17.08.2026 à 07:42
Khrys
Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.
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Décapitation du pouvoir, blocus naval, brouillage des communications et guerre urbaine figurent parmi les scénarios auxquels Taipei se prépare.
Le Parlement libanais a voté, mardi 11 août 2026, l’abolition de la peine de mort, une première au Moyen-Orient, dans une décision qualifiée d’« historique » par le ministre de la Justice, Adel Nassar. Le pays n’avait plus procédé à des exécutions depuis 2004.
Une personne a écopé d’une amende de 4 550 euros au Svalbard, dans l’Arctique, pour avoir actionné une corne de brume pour réveiller un ours polaire endormi.[…]La réglementation locale dispose qu’« il est interdit de déranger inutilement, d’attirer ou de poursuivre un ours polaire », déclaré espèce protégée au Svalbard en 1972.
Le trafic engendre des coûts que la collectivité doit supporter, souligne l’Université de Bâle dans un communiqué publié lundi. Il s’agit notamment des charges sanitaires liées à la pollution atmosphérique et au bruit, des frais médicaux occasionnés par les accidents de la route, des pertes financières dues au temps passé dans les embouteillages ainsi que des coûts associés aux dommages indirects du changement climatique.
Un feu d’ampleur s’est déclaré vendredi 14 août dans le pays. Celui-ci s’est rapidement propagé en quelques heures jusqu’à brûler 2 700 hectares.
L’extrême droite n’est plus une force politique marginale en Europe. Elle gouverne déjà plusieurs pays, domine la vie politique dans d’autres et influence désormais les principales décisions de l’Union européenne.

On Monday, the US Supreme Court decided in Trump v. Slaughter that the US Federal Trade Commission (“FTC”) may not be independent anymore. Since 2000, the EU has relied on the “independent” FTC as the enforcer of EU-US deals on personal data. According to EU treaty law, such oversight must be independent. In the current EU-US deal, the European Commission relies on the independent FTC 259 ( !) times. Max Schrems : “Given that there are no independent authorities in the US anymore, we call on the European Commission to orderly withdraw the adequacy decision on the US.”
Le 6 août, des bulldozers ont débarqué au sein du parc national de Big Bend, au sud du Texas, aux États-Unis. Des entrepreneurs mandatés par le gouvernement fédéral ont entamé les travaux de construction d’une barrière frontalière le long du Río Grande. « Il s’agit de l’attaque la plus odieuse contre un parc national américain depuis des générations »
The agency is looking to spend up to $20 million on the devices.
Hundreds of Homeland Security drones retasked to survey wildlife and livestock.
The opportunistic pathogen was first identified in 1986 from the brain of a San Diego Zoo monkey, which died from the infection. Since then, only about 200 human cases have been recorded worldwide. About 90 percent of them have been fatal.
President Trump signed an executive order Monday that makes sweeping, unilateral changes to federal vaccine recommendations. The order aims to reduce the number of lifesaving vaccines all children are recommended to get—from 18 to 11—while also splitting them up and spacing them out over more time and more medical visits.
Physics PhD graduates in 2025 left the US at the highest rate in the last 30 years, finds a new AIP report. Of these graduates, non-US citizens left the country at nearly double the rate of the previous year, the largest one-year increase since 1997.
An underground network of privacy activists is disabling or destroying the ubiquitous surveillance devices sprouting up across the US
Order requiring Verisign to suspend a noncompliant domain signals regulators are moving beyond fines to infrastructure-level enforcement
Cela fait plusieurs jours que Donald Trump a annoncé qu’il comptait rendre payant l’accès privilégié à ses publications sur Truth Social. Or, au vu de l’impact que celles-ci ont sur les marchés, la crainte de délits d’initié de grande ampleur s’est fait une place dans l’actualité américaine.
La « région du café » et la ville de Cali, la troisième du pays, ont notamment été touchées par ce séisme de magnitude 7,4.
Voir aussi « Nous perdions espoir » : après le séisme en Colombie, ces rescapés ont été sauvés des décombres (huffingtonpost.fr)
The X1 aircraft is comparable in size to a small regional airliner and can achieve a maximum takeoff weight exceeding 25,000 pounds with the help of four wing-mounted electric motors. The battery-electric propulsion system delivered more than one megawatt of power during the maiden flight.
Alors que les géants américains commencent à adapter leurs modèles à ce règlement européen entré en vigueur il y a dix jours, l’un de ses principaux architectes explique ce que l’on peut réellement faire de cet outil au service de l’autonomie.
Analyzing 30 of the most prominent companies currently in the market, they found that all but one had unlimited access to the consumer’s brain data ; two-thirds could share it with third parties ; and two implied that they were already selling it to third parties. “And if you sell something to a third party, […] they are not held by the original consumer agreement. You cannot be less protected. This is predatory. The companies act like this because there is no regulation. They think, ‘Let me just take possession of it all.’ It’s like the Wild West. You go in there and stake a claim for whatever you can.”
Amazon announces first off-the-grid data center in race to reap AI profits.

C’est le constat d’une étude publiée le 4 août […] le déploiement des outils d’IA va permettre de diminuer les coûts de forage, de récupérer entre 470 et plus de 1 000 milliards de barils supplémentaires de pétrole dans les gisements existants, et d’exploiter ceux qui étaient autrefois jugés non rentables.
Sous les yeux du monde, les soldats israéliens assassinent des enfants, avec une désinvolture méthodique. Dans leurs rapports, chaque fois, la même effarante litote : « des impacts ont été constatés ».
Des colons israéliens assiègent depuis plusieurs jours des habitations palestiniennes dans ce territoire, laissant les habitant·es sans accès à la nourriture.

Les Sages ont estimé que le texte voté sous l’impulsion d’Emmanuel Macron « porte atteinte à la liberté d’expression et de communication. »
Emmanuel Macron a salué la décision du Conseil constitutionnel qui va permet l’instauration d’une aide à mourir.
Un cybercriminel s’est attaqué cet été au système d’information du fisc et au Serveur professionnel de données cadastrales. Deux à trois millions de Français·es pourraient être concerné·es.
Voir aussi Les oppositions accusent le gouvernement d’avoir caché le piratage des impôts (huffingtonpost.fr)
Coup de théâtre après la mort d’un employé sur le chantier de la ligne C du métro toulousain lundi 3 août 2026. L’autopsie a révélé que l’homme de 48 ans a succombé à un écrasement, contrairement à ce qu’affirmait son employeur, qui évoquait un malaise. Une enquête pour “homicide involontaire” a été ouverte par le parquet de Toulouse.

Le Plug Off, festival débranché du réseau électrique, prévu à Plogoff les 22 et 23 août, est annulé, face aux fortes chaleurs et au risque d’incendie dû à la sécheresse.
Deux sapeurs-pompiers étaient décédés en juillet près de Bordeaux après que leur camion avait été « piégé » dans une parcelle de pins livrée aux flammes.
La région Île-de-France a décidé de fermer aux promeneurs les abords de la base nautique de Vaires-Torcy, en Seine-et-Marne, après deux noyades mortelles. Elle condamne ainsi un espace de fraîcheur gratuit, alors que les canicules s’enchaînent.

La designeuse Isabelle Daëron fait partie des dix derniers candidats dont les propositions ont été retenues par la Banque centrale européenne pour dessiner nos futurs billets. Ils seront mis en circulation courant 2030.
Sophie Adenot va effectuer une sortie extravéhiculaire dans l’espace le 18 août. Une première pour une Française.
Nombre d’athlètes féminines, « moi y compris, se sont retrouvées en compétition à se focaliser davantage sur les caméras que sur leur propre performance », témoigne dans le guide pratique Holly Bradshaw, médaillée de bronze au saut à la perche aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021 […] « Les commentateurs jouent également un rôle crucial pour enrichir les retransmissions », souligne-t-elle. Un aspect qui n’est toutefois pas couvert par le guide pratique.

Le Premier Ministre Sébastien Lecornu a rendu public dans un message publié sur X un bilan de la lutte contre la fraude sociale et fiscale “609 millions d’euros recouvrés au titre des fraudes sociales détectées et 11,3 milliards d’euros au titre des fraudes fiscales détectées”
Le président de la République apparaît en une de « Paris Match » sur un scooter des mers sous le titre « dernier été aux commandes ».
Voir aussi Dans « Paris Match », Emmanuel Macron dépeint en capitaine de jet-ski (humanite.fr)
Quand la France vient de brûler et que les Français subissent la cinquième canicule de l’été, présenter le président s’adonnant aux joies des sports nautiques ce n‘était peut-être pas la meilleure des idées.
Après les incendies de 2022 en Gironde, Gérald Darmanin avait promis une base aérienne locale pour que des canadairs puissent éteindre au plus vite les feux naissants. Mais rien n’a été fait. Interrogés, le garde des Sceaux et Bruno Retailleau se renvoient la responsabilité de cette annonce.
Le préfet de Seine-et-Marne a donné son autorisation le 29 juillet pour lancer le chantier de cet immense data center, qui va artificialiser 90 hectares de terres agricoles. Il devrait consommer, à lui seul, autant d’électricité que celle produite par un réacteur nucléaire.
Le préfet du Rhône a interdit ce rassemblement « introduisant une discrimination fondée sur la race et l’origine ethnique » et créant un risque de trouble à l’ordre public.
Lors d’un pot de départ, la BAC de Saint-Denis fait cramer son commissariat à coups de mortiers d’artifice après avoir vidé ses propres extincteurs pour s’amuser
Le pronostic vital du jeune homme est toujours engagé. D’après les premières investigations, ce dernier a doublé une voiture et s’est retourné “pour vérifier qu’il n’était pas suivi”, heurtant le fourgon de CRS qu’il n’avait pas vu.
Solidaires du Syndicat de la magistrature victime d’attaques pour avoir critiqué l’instauration d’une présomption de légitime défense pour les policiers et les gendarmes, les signataires de ce texte rappellent le principe de l’indépendance des pouvoirs et le droit des magistrats à la liberté d’expression.
Plus les services publics obligent à utiliser internet pour effectuer des démarches, plus ils fragilisent l’accès à des droits essentiels pour des millions d’usager·es, alerte depuis plusieurs années la défenseure des droits. Deux chercheureuses appellent l’État à garantir un égal accès aux services publics.
Tails a réparé une faille de sécurité critique du noyau Linux. Cette faille permettait à un site internet de désanonymiser un·e utilisateur·ice utilisant Tails. Il est donc urgent de mettre à jour sa version de Tails à 7.10.1 avant toute utilisation de cette distribution Linux réputée pour son haut niveau de sécurité et d’anonymat.
Aptoide has become the first app store distributed inside Google Play under a judge’s order.
Using ‘spy glasses’ made by Facebook owner leads to floods of negative comments, say content creators

Small cruise ship rescued skiff in south-east Alaska even though Meta billionaire’s $300m megayacht was closer
“OneDrive Photos automatically scans your system storage for photos,” and apparently “doesn’t need a Microsoft account to work, as it can also detect your local files.”
Screen-sharing bug lets remote hackers log in without a password.
En mai 2026, le réseau Internet par satellite Starlink, de la société SpaceX d’Elon Musk, avait réussi à s’implanter dans plus de la moitié des 54 États du continent africain.
Why tackling electronic waste requires stronger regulations, international cooperation, and sustainable solutions
Jeudi 30 juillet, des dizaines de milliers de personnes ont convergé depuis le Maroc vers la ville de Ceuta. Au moins 77 personnes sont mortes en essayant de rejoindre l’enclave espagnole, dans une indifférence générale qui souligne une hiérarchisation des vies et un racisme banalisé.
En mêlant information et divertissement, ces feuillets pouvaient paraître quelques jours à peine après un séisme, un incendie, mais aussi relater toutes sortes de faits divers. Retour sur l’histoire d’un format médiatique méconnu, qui a su contourner la censure pour faire circuler des nouvelles dans le Japon d’avant le XXᵉ siècle.
La capitale chinoise s’inspire d’Amsterdam pour venir à bout de la congestion causée par l’explosion du nombre de voitures.
Baltimore has engineered a 68 % drop in homicides since 2019, outpacing the national average—all while operating with 400 fewer officers. Here’s how the city debunked the myth that more police are the only answer to violent crime.
Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.
Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).
16.08.2026 à 10:00
Framasoft
Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 02 juin 2026 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.
Tout l’été, profitez de republications de « Dans Les Algorithmes » ! Rendez-vous tous les dimanches de juillet et d’août pour réfléchir, ensemble, sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle.
L’application de l’IA à la science ne promet pas tant des progrès qu’une concentration renforcée.
Les promesses de l’IA pour découvrir de nouveaux matériaux ou révolutionner les découvertes scientifiques sont fortes. L’idée que l’IA serait l’avenir de la science comme on l’entend très souvent est bien plus un moyen d’orienter les investissements qu’une vérité scientifique, au risque d’augmenter la dépendance de la science à l’IA.
Dans le domaine de la fabrication de médicament, on attend là encore que l’IA permette de nouvelles percées, explique The Economist. Pourtant, les partenariats entre entreprises pharmaceutiques et sociétés d’IA se multiplient, notamment dans l’espoir de mieux identifier des molécules, de raccourcir le temps de développement des essais cliniques et de diminuer le taux d’échec de ceux-ci (actuellement, « les médicaments candidats entrant en essais cliniques ont un taux d’échec de 90 %, ce qui porte le coût de développement d’un médicament efficace à la somme astronomique de 2,8 milliards de dollars »). « Même des gains d’efficacité marginaux représenteraient des avantages considérables. Des rapports provenant de l’ensemble du secteur suggèrent que l’IA a commencé à apporter ces gains. Elle a réduit la phase préclinique (celle qui précède les essais cliniques sur l’homme) à 12-18 mois, contre trois à cinq ans auparavant. Et elle a amélioré le taux de réussite. Une étude publiée en 2024, portant sur les performances de molécules proposées par l’IA lors des premiers essais cliniques, a révélé un taux de réussite de 80 à 90 %. À titre de comparaison, les moyennes historiques se situaient entre 40 et 65 %. »
« La conception d’un nouveau médicament commence généralement par le criblage de petites molécules organiques afin d’identifier celles présentant une activité biologique prometteuse afin de sélectionner les plus probables. L’IA peut analyser des bibliothèques de dizaines de milliards de molécules, en testant des propriétés telles que la puissance, la solubilité et la toxicité grâce à des émulations logicielles de ces molécules, sans qu’il soit nécessaire d’utiliser les molécules réelles en laboratoire. Jim Weatherall, l’un des responsables de cette activité chez AstraZeneca, une autre grande entreprise pharmaceutique, affirme que cette méthode permet de trier les molécules prometteuses deux fois plus vite qu’auparavant, et que plus de 90 % du processus de découverte de petites molécules de l’entreprise est désormais assisté par l’IA. »
L’IA sert donc d’abord à optimiser les investissements. L’IA contribue également à améliorer la conception des essais cliniques. Par exemple en formulant une hypothèse sur une maladie et en tentant de confirmer ou d’infirmer ces hypothèses par une recherche bibliographique.
L’IA se révèle également prometteuse dans la sélection des patients pour les essais cliniques. Elle peut analyser les dossiers médicaux, les biopsies et les examens d’imagerie des candidats afin d’identifier ceux qui pourraient tirer le meilleur parti d’un nouveau médicament. Une meilleure sélection des participants permet de réduire la taille des essais, et donc de les rendre plus rapides et moins coûteux. Une autre utilisation de l’IA consiste à créer des patients synthétiques permettant de comparer un patient réel et son double numérique pour comparer l’évolution prédite sans traitement par rapport au patient testé. À terme, les patients synthétiques permettraient de réduire les groupes témoins et leurs coûts (au risque tout de même que ces comparaisons aient une fiabilité relative).
L’optimisation des essais cliniques via l’IA représente une réduction considérable des risques, avec une diminution concomitante des coûts de développement des médicaments.
Mais si l’IA promet de produire de nouveaux médicaments, elle ne promet pas que nous ayons les capacités industrielles de le faire, comme le montrent les innombrables pénuries que nous traversons. Elle ne résout pas le risque d’abandon de la santé pour tous, qu’évoquait par exemple le philosophe Alexandre Monnin dans AOC il y a quelques mois (voire notre synthèse).
Au contraire. Dans le domaine de la médecine, comme le soulignaient l’avocate américaine des sans-abris Leah Goodridge et la médecin et chercheuse, Oni Blackstock, directrice de l’association Health Justice, dans une tribune pour The Guardian, l’IA risque bien plus d’être utilisée pour refuser des soins que pour faire progresser la médecine. En Californie du Sud, où le nombre de personnes sans abris est l’un des plus élevés du pays, Akido Labs gère des cliniques pour les personnes sans domicile fixe et celles à faibles revenus. Mais ces patients sont vus par des assistants médicaux qui utilisent l’IA pour écouter les conversations, puis proposer des diagnostics et des plans de traitement potentiels, qui sont ensuite examinés par un médecin. L’objectif de l’entreprise, a déclaré son directeur technique à la Technology Review, est de « supprimer le médecin de la consultation ».
Cela s’inscrit dans une tendance plus large où l’IA générative est de plus en plus intégrée au système de santé, rappellent Goodridge et Blackstock. En 2025, une enquête de l’Association médicale américaine a révélé que deux médecins sur trois utilisaient l’IA dans leur travail quotidien, notamment pour diagnostiquer les patients. Une start-up spécialisée en IA (OpenEvidence, qui n’est pas accessible en Europe) a levé 200 millions de dollars pour fournir aux professionnels de santé un ChatGPT pour médecins. Et les législateurs américains examinent actuellement un projet de loi qui autoriserait l’IA à prescrire des médicaments. Bien que cette tendance à l’intelligence artificielle dans le secteur de la santé affecte presque tous les patients, son impact est plus profond sur les personnes à faibles revenus, qui rencontrent déjà d’importants obstacles à l’accès aux soins. « Les personnes sans domicile fixe et à faibles revenus ne devraient pas servir de cobayes pour l’IA dans le domaine de la santé. Au contraire, leurs voix et leurs priorités devraient déterminer si, comment et quand l’IA sera mise en œuvre dans leurs soins ».
La saturation des hôpitaux, les coûts d’accès au soin… expliquent en grande partie ces développements. D’autant que ces contraintes « sont souvent amplifiées dans les communautés économiquement défavorisées, où les établissements de santé sont souvent sous-financés et les patients non assurés, avec un fardeau plus lourd de maladies chroniques dû au racisme et à la pauvreté ». Les très documentés biais des IA de santé, « qui diagnostiquent bien moins les problèmes des patients noirs et hispaniques, des femmes et des patients bénéficiant de l’assurance Medicaid, promettent surtout d’aggraver les inégalités de santé pour les patients qui rencontrent déjà des obstacles à l’accès aux soins ». Pire, comme on le lit dans la TR, les patients ne sont même pas informés que leur professionnel de santé ou leur système de santé utilise l’IA. Un assistant médical explique ainsi que ses patients savent qu’un système d’IA les écoute, mais qu’il ne leur dit pas qu’elle formule des recommandations diagnostiques. Ces discriminations sont renforcées par la tendance croissante à l’utilisation de l’IA pour déterminer les remboursements de santé des personnes à faibles revenus (voir ce que nous disions d’United HealthCare connu pour sa politique de refus de remboursement de soins de santé). Bref, si l’IA d’un côté promet une amélioration de la production de médicaments, elle risque bien plus d’empêcher les publics d’y accéder.
Il y a d’autres domaines que l’IA accélère, comme le pointait Cade Metz dans le New York Times. Notamment la recherche en mathématiques, en biologie et en chimie. Mais là encore, bien des annonces tonitruantes se révèlent souvent assez décevantes une fois que les spécialistes les décortiquent. C’était le cas notamment lorsqu’une startup d’IA, Harmonic a annoncé avoir résolu un problème mathématique, avant que les experts ne constatent que ses solutions ne différaient guère des travaux antérieurs de mathématiciens. L’IA parvient à identifier des solutions existantes, enfouies dans des décennies d’articles de recherche plus qu’elle n’en invente. « On a l’impression d’être face à un élève brillant qui a tout mémorisé pour l’examen, mais qui ne comprend pas vraiment le concept », assène le mathématicien Terence Tao. L’IA permet bien plus de suggérer des hypothèses ou des expériences qui permettent de cibler les recherches, explique un spécialiste du cancer, qui constate lui aussi que cela permet d’accélérer les processus. Mais un chercheur expérimenté est toujours nécessaire pour guider le système. Pour Terence Tao, interviewé dans Nature, l’IA peut commettre des erreurs invérifiables dans nombre de domaines, mais en maths, elles sont vérifiables. Les inconvénients sont donc bien plus limités. « On commence à voir des exemples où l’IA – peut-être par chance – résout des problèmes importants pour les mathématiciens. C’est encore très rare et l’IA présente encore de nombreuses faiblesses ; elle ne remplace pas le travail humain. Mais il devient de plus en plus difficile de nier l’efficacité de ces outils. » Mais définir de nouveaux concepts et déterminer les problèmes à résoudre restera probablement du ressort des mathématiciens humains… au moins pendant un certain temps encore, estime le médaillé Fields.
Si l’IA pour la recherche scientifique promet, elle pourrait aussi avoir des effets délétères, rappelle la journaliste Grace Huckins pour la Technology Review et réduire à terme le dynamisme de la science. Une étude publiée dans Nature a révélé que si certains scientifiques perçoivent des avantages professionnels à adopter l’IA, la science dans son ensemble pourrait en pâtir, car l‘IA réduit le champ d’investigation de la communauté scientifique. Cela pourrait s’expliquer par le fait que l’IA excelle particulièrement dans l’analyse de données et de publications existantes, ce qui incite les scientifiques qui l’utilisent à se concentrer sur des domaines établis où des données à grande échelle sont disponibles. Il pourrait en résulter un nombre réduit de scientifiques disponibles pour étudier des problèmes moins adaptés à l’IA. Intégrer efficacement l’IA dans la science est plus qu’un simple défi technique : préserver le dynamisme et la diversité de la science à l’ère de l’IA pourrait nécessiter un effort concerté de la part de la communauté scientifique.
Dans un éditorial pour Science, Julio Ottino et Brian Uzzi enfoncent le clou et dénoncent le risque d’une « progression sans progrès ». « Les progrès réalisés dans l’utilisation de l’intelligence artificielle pour faire progresser la découverte scientifique rendent de plus en plus réaliste l’idée de systèmes automatisés de « science de bout en bout » : des chaînes de traitement intégrées capables de générer des hypothèses, de mener des expériences (in silico ou robotisées), d’analyser les résultats et de produire des résultats publiables avec une intervention humaine minimale. La question cruciale n’est pas de savoir si l’IA peut « faire » de la science, mais si la science – en tant que système social et évolutif produisant des connaissances fiables – peut survivre à la manière dont l’IA la pratique. »
Or, « la science n’est pas simplement une suite de tâches optimisables. Elle progresse par un processus analogue à l’évolution darwinienne : variation à travers de nombreux efforts indépendants ; sélection par la critique, la réplication et la compétition ; et conservation des résultats robustes. Cette structure distribuée permet à la science de s’autocorriger et de générer de la nouveauté. L’indépendance n’est pas fortuite ; elle est le mécanisme qui produit à la fois la fiabilité et la découverte. »
Mais, la science n’a jamais pleinement atteint cet idéal, rappellent-ils. Elle a aussi été façonnée par les biais, les erreurs et la fraude. Les partisans de l’intelligence artificielle arguent que l’automatisation pourrait atténuer certaines de ces limitations tout en accélérant les découvertes et en élargissant la participation. Reste donc à savoir si l’IA en science réduit ces imperfections ou les amplifie à l’échelle des machines.
L’intégration de l’IA à la science risque de modifier fondamentalement la structure de la science. Notamment en favorisant des plateformes dominantes, entraînées sur des données similaires et optimisées pour certains objectifs. « Comme sur d’autres marchés de technologies numériques, la concentration est un résultat plausible. Le risque est fort qu’une poignée de systèmes façonnent la majorité de la production scientifique […]. La diversité simulée au sein d’un système ne saurait se substituer à la diversité épistémique entre des approches véritablement concurrentes. »
La conséquence n’est pas seulement institutionnelle ; elle est bien épistémique, c’est-à-dire qu’elle concerne toutes les connaissances. « Le système scientifique prospère grâce à l’inefficacité : efforts redondants, tentatives infructueuses et chemins divergents. Il ne s’agit pas de coûts à éliminer, mais de sources de découverte. À l’inverse, les pressions d’optimisation favorisent la convergence. Il risque d’en résulter une production accrue, mais une exploration moindre de l’inattendu. »
« Ce rétrécissement a des implications sur la créativité. Une grande partie de la force de l’IA réside dans l’exploration combinatoire, le réarrangement des connaissances existantes en de nouvelles configurations. Or, nombre d’avancées majeures en science ne sont pas des combinaisons ; ce sont des ruptures, des changements conceptuels qui contredisent les hypothèses des cadres antérieurs. Parce que ces avancées s’écartent des schémas encodés dans les données existantes, elles sont les moins susceptibles d’émerger de systèmes entraînés sur le passé. »
« L’indépendance n’est pas seulement une garantie de fiabilité ; elle est la condition de la rupture conceptuelle. » À l’inverse, « l’optimisation de chaque composant ne garantit pas l’intégrité de l’ensemble. » Au contraire, elle peut la compromettre.
« Il ne s’agit pas de rejeter l’IA, mais de la considérer comme un simple progrès technique. Préserver les propriétés fondamentales d’un système scientifique évolutif devient désormais une contrainte de conception. Les résultats scientifiques doivent garantir une traçabilité claire – une chaîne de responsabilité identifiable qui ne se dissout pas dans des systèmes opaques. Les dispositifs institutionnels et techniques doivent assurer des approches véritablement distinctes, et non de simples variations au sein d’une architecture partagée. »
« Ces exigences ne sont pas des inefficacités à éliminer par l’ingénierie. Elles représentent les solutions accumulées au problème de la fiabilité des connaissances. Un système d’IA peut produire des résultats impressionnants. Mais s’il remplace un processus évolutif par un processus artificiel, il risque de restreindre non seulement le champ de nos découvertes, mais aussi notre capacité de découverte tout court. »
Geraint Rees et James Wilsdon pour Nature tirent la sonnette d’alarme. L’IA est en train de submerger les appels à projets et demandes de financement de la recherche, améliorant le nombre, la qualité, le volume des demandes au risque de provoquer l’effondrement même du système. Les réponses générées par l’IA peuvent être entraînées sur les publications des chercheurs, sur les critères d’attribution des subventions et même sur les projets retenus pour ajuster les demandes aux résultats attendus. Et l’effet se constate déjà, pointent les chercheurs. Dans une étude qui a regardé les projets de 12 organismes de financement de la recherche de l’Union européenne, les chercheurs montrent une augmentation des candidatures depuis 2022.
« Les décideurs politiques et les organismes de financement vont devoir repenser l’allocation des fonds de recherche avant que le système ne devienne ingérable. » Confrontés à un afflux de réponses de qualité, ils devront alors faire des choix largement arbitraires quant aux projets à financer et aux candidats.
Jusqu’à présent, les organismes de financement de la recherche ont principalement réagi à ces évolutions en restreignant l’utilisation de l’IA par les candidats et les évaluateurs, certains déclarant les demandes inéligibles si elles sont élaborées avec de l’IA. Mais ces préconisations sont impossibles à appliquer, car la probabilité de détection est faible et ne constitue pas une réponse au problème. Le risque est fort que toutes les propositions répondent aux critères de financement et que les différences entre elles soient minimes. « Lorsque les propositions et les évaluations sont toutes deux gérées par des agents entraînés sur le même corpus de travaux déjà financés, le système n’évaluera plus la qualité des idées, mais plutôt la capacité des agents à simuler les idées précédemment récompensées par les financeurs. »
« Parmi les propositions visant à remédier à la surcharge des systèmes de financement figurent le recours à des tirages au sort (attribution aléatoire de fonds à des demandes de subvention correspondant à un certain niveau de qualité) et des modèles distribués d’évaluation par les pairs, où les chercheurs qui soumettent des demandes de subvention sont chargés d’évaluer celles d’autres chercheurs. Ces mesures permettent de lutter contre le volume de demandes, mais elles restent inefficaces si les indicateurs de qualité deviennent peu fiables. »
Geraint Rees et James Wilsdon proposent plutôt que les organismes de financement envisagent de recentrer l’évaluation non plus sur les propositions écrites, mais sur le chercheur principal, son équipe et ses programmes de recherche passés et en cours. « Les financeurs devraient investir dans la vérification des antécédents afin d’examiner la performance de recherche d’un individu ou d’un groupe sur une période prolongée, ainsi que dans des entretiens et des évaluations de portefeuilles de la performance d’équipe sur la durée. » Mais cette solution écarte de fait les plus petites ou plus jeunes équipes : les aides risquent alors d’aller uniquement aux projets les plus établis.
En mars, le Conseil de la recherche médicale du Royaume-Uni a annoncé le rétablissement des entretiens pour tous les candidats présélectionnés : une approche chronophage et laborieuse et peu adaptée aux grands volumes de candidatures. Le NIH américain, regroupant l’ensemble des Instituts nationaux de la santé, lui, a limité à 6 dépôts par an le nombre de candidatures individuelles, après avoir constaté que certains chercheurs en soumettaient plus de 40. Les financeurs pourraient également envisager des approches plus radicales, suggèrent les deux chercheurs. Il pourrait s’agir d’instaurer un quota fixe de propositions par chercheur ou pour l’ensemble de sa carrière, toutes sources de financement confondues. Ils pourraient aussi répartir le budget disponible entre les chercheurs éligibles à l’échelle nationale et attribuer le même montant à tous, éliminant ainsi la concurrence.
D’autres solutions proposent aux organismes de recherche de s’appuyer sur l’IA pour l’évaluation. « L’IA pourrait ensuite servir à prioriser et à présélectionner les candidatures, en comparant les données selon ces différents profils afin d’identifier les candidats dont le parcours est cohérent avec les informations fournies dans leur dossier. Ce processus de présélection serait transparent, auditable et conçu pour favoriser la diversité, et non la freiner, à travers les différentes étapes de carrière, disciplines et institutions. » Mieux (ou pire, c’est selon), certains modèles proposent de prédire l’impact d’un article ou d’une recherche, fléchant les financements vers les projets les plus porteurs.
Quelles que soient les solutions retenues, la nécessaire transformation du financement de la recherche risque de se faire dans la douleur et la contestation, estiment les chercheurs. La mise en place d’infrastructures IA nécessite des investissements soutenus, des tests rigoureux et une gouvernance continue. Les financeurs confrontés à des contraintes budgétaires pourraient hésiter. C’est oublier pourtant que le système gaspille déjà des ressources considérables en comités d’experts et en nouvelles soumissions, sans parler du temps consacré par les chercheurs à répondre aux appels. Un système basé sur l’IA native et bien conçu pourrait constituer un investissement judicieux, défendent les chercheurs. Reste que des systèmes d’évaluation entraînés sur des données de financement historiques intégreront les inégalités passées, risquant d’amplifier, plutôt que de corriger, l’effet Matthieu, c’est-à-dire la concentration au profit des plus dotés. « Il s’agit d’un risque réel, mais nous pensons que la conception et la gouvernance peuvent contribuer à l’atténuer. Les biais dans les systèmes d’IA sont mesurables, ce qui permet de les examiner et d’y remédier », soulignent-ils, certainement trop rapidement, car les biais ne sont ni mesurables ni corrigeables facilement. Troisièmement, les chercheurs et les institutions pourraient se montrer réticents face aux décisions façonnées par des algorithmes qu’ils ne peuvent pas interroger. La transparence et les mécanismes d’appel pourraient contribuer à instaurer la confiance, défendent-ils encore.
Le système de financement par subvention conçu pour un monde pré-IA est devenu défaillant. Les financeurs doivent s’adapter, estiment les chercheurs. Il pourrait en résulter un système plus performant : un système qui exploite la puissance de l’IA et la combine à des connaissances spécialisées, et qui réduit le temps et l’énergie gaspillés dans la rédaction de demandes de subventions improductives pour les réorienter vers une recherche novatrice. Un constat plus facile à déclamer qu’à mettre au point.
Certains modèles proposent de prédire l’impact d’un article ou d’une recherche, fléchant les financements vers les projets les plus porteurs, expliquaient donc Geraint Rees et James Wilsdon. Qu’en est-il ?
Savoir si une étude changera le monde ? C’est pourtant l’idée que propose Funding the Frontier : un tableau de bord pour prédire l’impact de la recherche. L’outil (non disponible) utilise le Big data pour retracer l’impact sociétal des projets de recherche sur les politiques, les médicaments ou les produits, explique Nature (voir également l’article de recherche qui montre des captures d’écran du tableau de bord et la vidéo promotionnelle). Le projet porté par Dashun Wang « intègre des données sur les publications de recherche, les brevets, les documents d’orientation et les essais cliniques, et présente ces informations de manière visuelle et intuitive. Ils ont également combiné cet outil à un algorithme prédictif basé sur l’apprentissage automatique pour prédire les études et les domaines susceptibles d’apporter les plus grands bénéfices sociétaux à l’avenir – par exemple, les subventions les plus susceptibles de déboucher sur un brevet ». « Même sans son aspect prédictif, disposer d’un outil permettant de rechercher l’impact des recherches sur la société » est déjà une information importante, estime un chercheur.
Un chef de projet d’une importante agence de financement américaine l’a utilisée pour examiner les impacts sociaux généraux des subventions de l’agence, lui permettant de constater l’impact de certaines recherches ailleurs dans le monde. « Un autre utilisateur, investisseur dans le domaine de la recherche biomédicale, a constaté que dans le domaine de la recherche sur la maladie d’Alzheimer, l’impact clinique le plus important au cours des 20 dernières années provenait d’études visant à comprendre la maladie, mais que l’impact futur le plus important prévu se concentrait sur les études portant sur les systèmes de soutien social des personnes atteintes de la maladie, ce qui laisse entrevoir de nouvelles opportunités d’investissement ».
L’aspect prédictif est pourtant préoccupant, estime le même James Wilsdon qui en évoquait les perspectives précédemment. Le spécialiste des politiques de recherche estime que ce tableau de bord pourrait créer des prophéties autoréalisatrices et des décisions d’investissements plus conservatrices, au détriment de recherches plus originales, capables d’ouvrir d’autres possibilités.
En attendant, le travail académique commence à crouler sous la « prolifération métastatique de publications » truffées d’hallucinations et de distorsions de contenus, comme s’en plaint sur Facebook la philosophe du droit, Antoinette Rouvroy. L’Academic Slop est arrivé, constate également le chercheur Seva Gunitsky dans sa newsletter. Il raconte que dans la revue dont il s’occupait le nombre de soumission a doublé voire triplé depuis l’apparition de l’IA générative, et que le taux de rejet s’est envolé. Techniquement compétents, certains de ces articles respectent les normes et sont tout à fait convenables. Faciles à produire et exigeant peu de créativité, ils constituent néanmoins le type de travail incrémental légitime que le philosophe des sciences Thomas Kuhn appelait la fabrique de la « science normale ». Pour Gunitsky la valeur d’une théorie originale va continuer à prendre de l’importance. « Les travaux quantitatifs de qualité deviennent bon marché et abondants ; une bonne théorie reste difficile à élaborer ».
Mais l’effet le plus important est que l’évaluation par les pairs repose désormais davantage sur le discernement. Si n’importe qui peut produire un article empirique compétent sur n’importe quel sujet, le principal obstacle devient l’identification des questions importantes à poser. « Dans ce contexte, la question pour les évaluateurs et les éditeurs n’est plus tant « est-ce juste ? » que « pourquoi est-ce important ? ». Cette question est inévitablement subjective, mais pas totalement, car elle exige une solide connaissance des débats en cours. Elle nécessite néanmoins de connaître les tensions et les lacunes productives, les énigmes intéressantes et les idées reçues apparemment établies. »
« Ce concept porte un nom : la phronesis. C’était le terme employé par Aristote pour désigner la sagesse pratique, ou la capacité à discerner la conduite à tenir dans des circonstances particulières. Contrairement à l’épistémè (la connaissance scientifique) ou à la technè (le savoir-faire technique), la phronesis ne peut se réduire à des règles ou à des algorithmes. Elle requiert de l’expérience, du jugement et ce qu’Aristote appelait la « perception ». Cela signifie non seulement l’intelligence, mais aussi la capacité intellectuelle de percevoir les caractéristiques essentielles d’une situation donnée. »
La philosophe Isaiah Berlin appelait cette qualité « le sens du réel » dans le jugement politique : la capacité de percevoir ce qui est possible et ce qui compte à un moment historique donné. Or, il n’est pas certain que les IA possèdent cette capacité voire ne la possèdent jamais. « Si le discernement devient le critère ultime de qualité, nous nous dirigeons encore davantage vers un système à deux vitesses dans l’édition scientifique. Les revues les plus prestigieuses privilégieront les articles d’une originalité remarquable ou présentant des avancées théoriques ou empiriques majeures, tandis que toutes les autres publieront les articles produits par l’IA qui font progresser, de manière graduelle, notre compréhension de sujets spécifiques. Et peut-être que la théorie gagnera en prestige au détriment des méthodes sophistiquées d’analyse des données. »
Pas sûr que la théorie et l’empirisme puissent ainsi si facilement se scinder en deux. Le risque que les publications automatisées se transforment en matière noire scientifique, que personne ne lit ni ne consulte est fort. À nouveau, ici aussi, le risque est fort que s’accentue davantage les hiérarchies de prestige comme critère d’importance. « Paradoxalement, l’effet uniformisant de l’IA pourrait rendre le monde universitaire plus élitiste encore ».
« La technologie qui nous a inondés de dissertations étudiantes façonnées avec l’IA va maintenant inonder de nos propres travaux, et nous aurons besoin de ce même discernement dont nous nous plaignons de l’absence chez nos étudiants. » Pas sûr que ce soit plus facile pour les experts. L’IA fait peut-être gagner beaucoup de temps à certains, mais la pollution des travaux de recherche qu’elle engendre en fait perdre énormément aux lectrices et lecteurs. Le goulot d’étranglement de la lecture et de la vérification s’annonce plus resserré que jamais.
La seule chose dont on soit sûr, en observant toutes ces perspectives… ce n’est pas que l’IA apporte un progrès scientifique notable, c’est que l’IA en science renforce les inégalités dans toutes les couches de la science.
Hubert Guillaud
MAJ du 02/06/2026 : Une analyse de 7,3 millions d’articles de revues scientifiques publiés entre 2020 et 2025 révèle qu’en 2025, un peu plus de la moitié présentent des signes d’influence des LLM, avec des variations importantes d’utilisation selon la région du monde, le prestige de l’établissement, l’éditeur et la discipline. « Le développement économique et la proximité de l’anglais comme langue principale sont des facteurs prédictifs clés de ces variations régionales. Les établissements moins bien classés affichent des taux d’adoption plus élevés que les universités d’élite, les jeunes éditeurs à but lucratif présentent des taux supérieurs à ceux de leurs concurrents, et l’adoption varie considérablement selon les disciplines universitaires. L’adoption des LLM dans la rédaction académique est répandue, mais socialement stratifiée. »
MAJ du 21/06/2026 : Dans leur newsletter, Tim O’Reilly et Ilan Strauss, proposent de garantir un exosquelette pour appliquer l’IA à la science. Cet exosquelette est constitué d’innombrables systèmes permettant de garantir les références, comme le DOI (l’identifiant d’objets numériques qui attribue un numéro à chaque publication scientifique), RetractationWatch (la base de données des articles scientifique dé-publiés et rétractés), Orcid (qui fournit un identifiant unique aux chercheurs), Open Alex (un graphe de connaissances scientifiques)… ou encore le projet Vraix du MIT (cherchant à créer une toile du savoir pour distinguer les contenus possiblement génératifs des autres)… et nombres d’autres, qui n’ont pas été intégrés aux systèmes d’IA, alors qu’ils pourraient permettre de résoudre de nombreux problèmes : diminuer les citations erronées, réduire l’emprise de la littérature scientifique non valide… une infrastructure fondée sur des principes ouverts qui cherchent à garantir que les contenus scientifiques ne puissent être ni accaparés ni dégradés. Ces infrastructures sont des biens publics que les entreprises d’IA ignorent pour la plupart ou, pire, fragilisent. « À l’heure actuelle, la relation entre l’IA et l’infrastructure scientifique est presque exclusivement extractive. Les entreprises d’IA entraînent leurs modèles sur des articles scientifiques. Elles créent des produits capables de générer et de manipuler des textes scientifiques. Elles se disputent le marché de l’« IA au service de la science ». Pourtant, elles ne contribuent pratiquement pas à l’infrastructure qui, à la base, garantit la fiabilité des connaissances scientifiques. »
Les entreprises d’IA consomment du contenu scientifique sans rien apporter en retour. Strauss et O’Reilly font une analogie avec Content ID de YouTube : face à l’utilisation non autorisée de leurs œuvres, la première réaction de l’industrie musicale a été d’exiger leur retrait. La réponse de YouTube a été : « Et si nous vous aidions plutôt à les monétiser ? » Cette approche a permis d’aligner les intérêts et de créer une économie dynamique pour les créateurs. Nous devrions appliquer le même raisonnement à la science. Les entreprises d’IA ne devraient pas seulement utiliser l’infrastructure scientifique pour améliorer leurs produits (elles le devraient pourtant), mais elles devraient surtout chercher à aider la science à gagner en valeur, en pérennité et en exhaustivité.
Pour cela, les systèmes d’IA devraient améliorer la validation de leurs sources et références. L’infrastructure existe, il leur suffit de l’utiliser. Ils pourraient également réinjecter les métadonnées extraites dans OpenAlex, améliorant ainsi le graphe de données pour tous. Ils pourraient utiliser et financer RetractationWatch pour améliorer leurs modèles et réponses. Les fournisseurs d’IA pourraient également financer cette infrastructure scientifique très fragile qui constitue le socle technique de la crédibilité de la science. « Les entreprises d’IA, qui génèrent des milliards de revenus grâce à des produits reposant sur la crédibilité scientifique, devraient contribuer à l’infrastructure qui garantit cette crédibilité. Il ne s’agit pas de philanthropie, mais d’un intérêt bien compris. » Elles pourraient également contribuer à améliorer cette chaîne qui identifie la provenance du contenu scientifique. « Lorsque l’IA contribue à un article scientifique, cette contribution doit être traçable : elle ne doit pas simplement faire l’objet d’une déclaration standard, mais être liée à des affirmations, des sources et des étapes de vérification précises. »
« Les entreprises d’IA qui s’appuieront sur cette infrastructure créeront de meilleurs produits. Mais surtout, elles investiront dans l’infrastructure civilisationnelle qui rend possible, à la base, l’existence de connaissances fiables. À condition toutefois que les entreprises d’IA cessent de considérer cette question comme le problème d’autrui et commencent à la voir comme un socle sur lequel bâtir — un socle dont dépend leur propre succès dans le domaine scientifique. »
10.08.2026 à 07:42
Khrys
Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.
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As countries around the world look to follow Australia’s lead in restricting young people’s access to social media, a new report by the eSafety Commissioner might give them reason to pause, at least temporarily.
Des records absolus de température sur terre et en mer, des forêts en feu, des fleuves à sec, une surmortalité importante, et un seuil de + 2 °C qui pourrait être franchi pour la première fois dès le début de l’année 2027.

Eight of the biggest oil companies amassed profits of more than $90bn (£67bn) in just three months as the Iran conflict sent energy prices soaring and the emissions-fuelled climate crisis caused deadly heatwaves.
Starting last week, the German automaker started blasting a promotion for the new Spider-Man movie into its customers’ cars without warning — because nothing says riding in luxury like a full-vehicle pop-up ad. BMW, showing that it was about as in-touch as its drivers are familiar with turn signals, teased the promotion as a “special surprise.”
Voir aussi “C’est du délire” : tollé mondial pour BMW qui affiche une pub Spider-Man au démarrage de ses voitures (lesnumeriques.com)
Selon une nouvelle étude publiée dans Nature Sustainability et relayée par Live Science, environ un cinquième des réservoirs dans le monde sont déjà à haut risque de remplissage par les sédiments, et d’ici 2060, la moitié pourraient devenir inopérants.
Authorities issue alert saying indoor spaces without airconditioning are ‘dangerous’ as temperatures pass 40C for fifth straight day
Le village indonésien de Somang, dans l’ouest de l’île de Java, était englouti sous les eaux d’un réservoir créé en 2023 pour approvisionner Jakarta. Mais la baisse du niveau de l’eau due à la sécheresse fait réapparaître les ruines de bâtiments.
Six expéditions archéologiques sont en cours en Crimée, sous l’égide de Moscou. Des agents russes sont accusés de fermer les yeux sur le pillage de sites antiques en échange de pots-de-vin, laissant disparaître de précieux vestiges.
Des mois de vagues de chaleur et de sécheresse ont fait chuter le niveau du Danube à des niveaux critiques dans toute l’Europe.
En quelques jours, la Hongrie s’est improvisée laboratoire grandeur nature de la sobriété électrique. Pas par amour soudain de la décroissance, mais parce que le Danube, épuisé par la sécheresse, ne fournit presque plus assez d’eau pour refroidir Paks, l’unique centrale nucléaire du pays.
Voir aussi Hungary faces energy crunch as drought shuts down Paks nuclear plant, PM says (politico.eu)
Budapest loses 40 percent of the country’s electricity generation as water levels continue to drop.
Un projet financé par l’UE et publié en open source peut-il vraiment rester ouvert s’il exige des puces propriétaires ? Le système de vérification de l’âge européen impose l’attestation matérielle, excluant de fait les ROM personnalisées et les environnements Linux indépendants.
Un incident de sécurité impliquant au moins un drone a entraîné la suspension temporaire du trafic à l’aéroport de Leipzig, hub militaire utilisé par l’Otan et pour l’Ukraine, près duquel un avion a heurté un objet volant. Les enquêteurs confirment que le drone portait une charge explosive.
German singer-songwriter Danger Dan and pianist Igor Levit were invited to perform a song titled “Keine Angst” (No Fear) for the 100th episode of a political satire TV show called “Die Anstalt” (The Institution). But shortly before the recording of the program, public broadcaster ZDF withdrew the invitation.
Une enquête OSINT retrace la diffusion des appels au passage et décrit un réseau horizontal, sans commandement apparent, capable de se reconstituer rapidement.
En réponse aux mesures similaires imposées par Rome après l’afflux massif de migrants à Ceuta, l’Espagne va instaurer des contrôles temporaires aux frontières à ses ports et aéroports pour les voyageurs en provenance d’Italie.
Inoffensifs pour l’humain, ces reptiles, qui peuvent dépasser les 2 m de long et sont capables de nager sur de longues distances, représentent toutefois une grande menace pour le lézard des Pityuses (Podarcis pityusensis). Une espèce endémique d’Ibiza et véritable emblème de l’île, qui se retrouve aujourd’hui menacée d’extinction.
Les villes d’Agadir et de Marrakech testent un nouveau revêtement poreux à la place du bitume conventionnel. La surface perméable pourrait refroidir les routes jusqu’à 9°C, notamment grâce à l’évaporation de l’eau.[…] Petit bémol, cependant : une étude de l’université Rutgers a montré que si le béton perméable dégage 25 % à 30 % de chaleur en moins les jours de pluie, il peut en dégager légèrement plus que l’asphalte conventionnel par temps sec et ensoleillé.
Island’s government says no approval given after Greenland Energy brings kit ashore for exploratory drilling
Fire experts warn such markets could incentivize arson.
So far, there’s been no widespread disruptions to water supplies or treatment.
Trump’s DOJ says citizens should no longer be able to enforce environmental laws.
A federal docket shows the Foundation retained Littler Mendelson, the firm Starbucks used against its baristas, to face its employees’ union.
Face à la pire épidémie de rougeole depuis trente-cinq ans, Robert F. Kennedy Jr. a fait un choix radical : ne rien faire, sans le dire.
As Abelardo de la Espriella takes office as president vowing a new military offensive, the country’s last leftwing rebels are getting ready to fight back
the $2,000 figure covers the successful runs rather than every attempt the model made […] Outside researchers have also noted that OpenAI staff helped prepare the papers and formalize the arguments, with the company saying the mathematical content came from Astra. And nobody outside the company can run the model that did the work, so the result cannot be reproduced independently, only checked.
Studies show, over and over, that when we engage in AI-assisted learning we give up sooner. One found that after just “10 minutes of AI-assisted problem-solving, people who lost access to the AI performed worse and gave up more frequently than those who never used it”. An MIT study showed that test groups who used ChatGPT had the lowest brain activity and “consistently underperformed at neural, linguistic, and behavioural levels”. We undergo not just cognitive offloading, but cognitive surrender : we forget what was possible.

The next time you ask Claude about where to bank, its answer may have been influenced by this bot-targeted content.
Dans un message publié sur ses réseaux sociaux, le premier ministre israélien a affirmé que Tel-Aviv rejetait le plan de Donald Trump pour Gaza, malgré des garanties sur le désarmement du Hamas. A l’approche des élections législatives, Benyamin Netanyahou ménage ses alliés d’extrême droite qui restent opposés à tout accord de paix dans l’enclave.

Dans la foulée de la décision de l’Unesco, le gouvernement israélien a annoncé, ce 30 juillet, une allocation de 112 millions de shekels (31,8 millions d’euros environ) à l’Administration civile israélienne pour restaurer et développer des sites archéologiques, y compris dans des secteurs relevant théoriquement de l’Autorité palestinienne.
Alors qu’Israël occupe de larges pans du Sud-Liban, des villages se retrouvent coupés du monde, d’autres rasés, leurs champs et vergers brûlés.
In country after country, more women are dying from the heat than men. But researchers say biology isn’t the main reason. Age, working conditions, and unequal access to rest may drive the gap.
De nombreuses normes de conception reposent encore sur le modèle du « corps masculin par défaut », qui suppose une utilisation rapide des toilettes, en position debout et avec un temps de passage minimal. Lorsque les espaces sont aménagés en fonction du corps et des habitudes des hommes, les retards sont facilement imputés au comportement des femmes
With less than a third of cycling journeys taken by women, Colombia’s capital, Bogotá, is installing bike lanes, teaching cycling and making sure ‘stereotypes are left behind’
« Chaque postier sera intégralement rémunéré malgré la suspension temporaire de son activité », écrivait la direction de la Nouvelle-Aquitaine dans un courrier du 26 juillet […] mais « les heures non réalisées seront reportées ».
Dans les Pyrénées-Orientales, des habitants ont reçu l’ordre d’évacuer des jardins communaux afin que soit créée une « ceinture de protection » contre les incendies. Ils dénoncent la violence de cette décision et l’hypocrisie des autorités locales.

En raison des changements climatiques en cours, la manière de gérer l’eau en France sera déterminante au cours de ce XXIème siècle. Le temps ayant passé, il convient de rappeler la manière dont fut géré le bassin versant de la Seine au XXème siècle. Comparé à la non gestion du cours de la Loire, il donne à voir les bons choix en la matière.
De premières vendanges ont débuté ce 6 août en Champagne. Jamais elles n’avaient eu lieu aussi tôt dans l’année, le signe d’un été record en chaleur et en sécheresse.
30 000 personnes ont été appelées à se confiner pendant plusieurs heures, dimanche 2 août, en raison de l’incendie d’un entrepôt classé Seveso, à Gandrange (Moselle). Un nouvel épisode révélateur de la vulnérabilité des industries à la sécheresse et aux canicules ?
Le jeune homme de 17 ans est le seul homme sélectionné dans l’équipe de France aux Championnats d’Europe qui se déroulent actuellement à Paris. […] Longtemps exclusivement féminine, la natation artistique s’est ouverte récemment aux participants masculins.
Le portrait des deux acteurs a été remplacé par celui de Géraldine Nakache et Mélanie Laurent.
45 membres d’un canal Telegram masculiniste ont été interpellés après une enquête du parquet de Paris. 34 seront jugés notamment pour provocation à la haine envers les femmes.
Selon le quotidien « La Provence », le quinquagénaire, déjà connu pour des faits de violence sur son ex-compagne, était colistier du candidat Rassemblement national dans la commune de Bollène, lors des élections municipales de mars.
Plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont été récemment visés par des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux. Sans grande visibilité directe pour certaines au moins, elles arrivent quand même à se faire une place dans l’actualité via leur dénonciation par les autorités, les candidats et les médias.
D’abord en pause puis remis à l’ordre du jour cet été, le projet lancé par la présidente de l’Assemblée et chiffré à 52,8 millions d’euros cristallise les critiques.

La France subit, en matière de mortalité des nouveau-nés, « une dégradation sanitaire préoccupante, remontant à quinze ans ».

Voir aussi Publié discrètement, un rapport interroge les causes de la forte mortalité infantile en France, avec les chiffres les plus préoccupants Outre-mer (la1ere.franceinfo.fr) et le rapport : Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique (igas.gouv.fr)
Saisie par les députés « insoumis », écologistes et communistes, notamment au sujet de la création d’un « état d’alerte de sécurité nationale », l’instance n’a censuré aucune mesure de ce texte
Par un mécanisme d’inversion du blâme, les politiques environnementales et les écologistes sont accusé·es d’entraver la prévention des risques et d’accroître la vulnérabilité des populations.
Le DJ a connu un « torrent de harcèlement » après son tweet en réponse à l’hommage de Jordan Bardella à Kavinsky : « Merci de vous abstenir de cet hommage : la musique électronique vous déteste » […] il est devenu la cible de nombreux messages d’insultes et de menaces, dont il cite des exemples : « On s’en souviendra et tu seras le premier qu’on viendra chercher. »
À l’initiative de l’association Bio Consom’acteurs, près de 1000 personnes ont signé une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, pour exiger un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique.
À l’AfricaMuseum de Tervuren, en Belgique, des archives géologiques héritées du Congo belge attisent les convoitises de KoBold Metals, une start-up minière étasunienne dopée à l’IA et soutenue par des milliardaires de la tech.
Meta was paying out-and-out neo-Nazis to post on Facebook, an investigation from Australia’s ABC News found. These pages and individual creators posted content that appeared to be in clear violation of Facebook’s own hate speech policies. Nonetheless, they were able to earn money on their posts through the platform’s “Content Monetization” program — which is invitation-only.

« J’exige qu’elle soit “shut down” [qu’on peut ici traduire par “réduite au silence”] pour trahison envers la France », a écrit le milliardaire au sujet de Marine Tondelier, dans un message vu plus de 400 000 fois.
Suggested Grokipedia edits haven’t been addressed since April, according to a report.
How Silicon Valley tech firms remade US defense contracting. And then opened the Pentagon’s checkbook—wide.
Jack Dorsey’s Bluetooth messaging app surged during India’s internet blackout — and the government’s response suggests a new tech battleground.
Longtemps restée dans l’ombre de son mari, Suzanne Césaire a pourtant, dans sa courte carrière littéraire, tracé les lignes d’une identité martiniquaise singulière, ancrée dans son rapport à la terre.
Ces canicules vous les avez voulues, vous les avez cherchées, et c’est aussi un peu pour ça qu’on les a eues, ah ah !
Une méduse de la taille d’un dé à coudre est capable de vivre éternellement, du moins en laboratoire.[…] Dans leur environnement naturel, en revanche, leur prétendue immortalité se heurte à une limite beaucoup plus terre à terre : les prédateurs peuvent tout simplement les dévorer.
Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.
Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).
09.08.2026 à 10:00
Framasoft
Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 30 septembre 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.
Tout l’été, profitez de republications de « Dans Les Algorithmes » ! Rendez-vous tous les dimanches de juillet et d’août pour réfléchir, ensemble, sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle.
L’idée que l’IA serait l’avenir de la science comme on l’entend très souvent est bien plus un moyen d’orienter les investissements qu’une vérité scientifique.
« Le discours selon lequel l’intelligence artificielle révolutionne la science est désormais quasiment incontournable », rappelle William Burns, consultant en politique scientifique, pour Tech Policy Press. « L’histoire raconte déjà que l’IA n’est pas seulement l’avenir : elle révolutionne les découvertes scientifiques ». Même des gens assez critiques de l’IA et de ses développements disent qu’elle possède des « capacités prometteuses » pour la recherche scientifique, justifiant son développement. Pourtant, l’IA, telle qu’elle est actuellement déployée en science, occulte plus qu’elle ne révèle, exacerbant les problèmes qu’elle prétend résoudre.
Les chercheuses Lisa Messeri et Molly J. Crockett affirmaient l’année dernière dans Nature que « la prolifération des outils d’IA en science risque d’introduire une phase de recherche scientifique où nous produisons davantage, mais comprenons moins ». Mais surtout, l’usage de l’IA pourrait compromettre la capacité à produire des connaissances fiables, sur lesquelles repose tout l’édifice scientifique. Cette crise annoncée prolonge celle que traverse la recherche depuis le début du XXIe siècle, notamment liée à la stagnation des découvertes pharmaceutiques. Burns rappelle par exemple que le Projet Génome Humain dans les années 90 a été lancé en promettant une prolifération de nouveaux médicaments qui n’est jamais advenue. Un chercheur d’une grande entreprise scientifique expliquait en 2008 que « rien de ce que les entreprises ont fait pour accroître la production de nouveaux médicaments n’a fonctionné, y compris les fusions, les acquisitions, les réorganisations et l’amélioration des processus ».
Le microbiologiste américain, Carl Woese, opposant à l’ingénierie biologique, estimait, en 2004, que la crise de l’innovation était liée à la généralisation de l’ingénierie du vivant. En 2011, l’économiste Philip Mirowski estimait que le néolibéralisme, obsédé par la technologie, avait tué la rigueur scientifique. La promesse de renouveau scientifique par l’IA s’inscrit pleinement en prolongement de cette crise. En 2023, l’OCDE expliquait que l’IA pourrait venir aider une science devenue « plus difficile ». À l’image d’AlphaFold, le système de pliage des protéines de Google DeepMind, pour lequel Demis Hassabis et John Jumper ont reçu le prix Nobel de chimie en 2024.
AlphaFold a permis de prédire la structure de 200 millions de protéines, mais il serait expérimentalement impossible d’en vérifier n’en serait-ce qu’une fraction. Pour ce faire, « il faudrait généralement isoler des protéines des cellules en quantités importantes – un processus capricieux – puis les soumettre à des techniques telles que la diffraction des rayons X et la résonance magnétique nucléaire. Ces étapes pourraient prendre des années, même pour une seule protéine ». Néanmoins, la philosophe Daria Zakharova a affirmé dans un pré-print que si les prédictions d’AlphaFold sont considérées comme fiables et sont utilisées par les scientifiques, cette « connaissance » est bien imparfaite. « D’un point de vue strictement matériel, AlphaFold n’est pas une représentation du comportement des protéines, mais plutôt du comportement des puces de silicium (sur lesquelles repose le calcul). En ce sens, les inventeurs d’AlphaFold ont avancé l’hypothèse que des puces de silicium pourraient imiter les protéines. Cela soulève la question de savoir comment des matériaux sans lien entre eux, tant chimiquement que spatialement et temporellement, pourraient s’imiter. Au minimum, des preuves substantielles seraient nécessaires pour le prouver. Pourtant, lorsque des efforts ont été déployés pour le vérifier, les résultats ont été mitigés », rappelle Burns. Une étude récente de Garrido-Rodríguez et ses collègues a par exemple soutenu que le calcul d’AlphaFold ne « correspondait pas aux modèles déterminés expérimentalement », faisant référence à une classe de protéines omniprésentes et biologiquement vitales appelées serpines. « De toute évidence, des recherches plus approfondies pourraient être nécessaires sur la fiabilité de l’IA en tant qu’outil prédictif ». Pour Burns, les preuves ne sont pas suffisamment solides à ce stade. Bien sûr, le repliement des protéines est complexe. Leur modélisation est ancienne et repose sur des hypothèses manifestement différentes de leur réalité. Longtemps, ces modèles servaient à interpréter des données d’observation issues de la diffraction des rayons X, et non à créer un modèle informatique, comme avec AlphaFold. Le problème, estime le chercheur en cancérologie et lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine 2019, William G. Kaelin Jr., c’est que la publication doit construire son savoir sur des briques plutôt que sur de la paille.
Au Royaume-Uni, la UK Biobank, une entreprise publique qui détient des données génétiques sur un sous-ensemble de la population britannique, aurait conclu en mars dernier un partenariat avec des sociétés pharmaceutiques et Calico, filiale d’Alphabet, qui auront accès à ces données pour des études menées avec l’IA. Le projet a été décrit par le Financial Times comme « un exemple emblématique de la manière dont les ordinateurs avancés et les modèles d’intelligence artificielle peuvent exploiter de vastes ensembles de données biologiques pour étudier en profondeur le fonctionnement du corps humain et ses dysfonctionnements potentiels ». Une question se pose cependant : l’exploitation de ces ensembles de données est-elle susceptible de produire des connaissances fiables, même en théorie ? En 2017, ces données ont été décrites comme « non représentatives de la population générale… Les participants à la UK Biobank vivent généralement dans des zones socio-économiquement moins défavorisées ; sont moins susceptibles d’être obèses, de fumer et de consommer de l’alcool quotidiennement ; et présentent moins de problèmes de santé auto-déclarés ». La structure de ces ensembles de données de santé, et d’autres similaires, qui ne sont certainement pas secrets, suscite des doutes. Même les observateurs optimistes doivent l’admettre : si les données sont inadéquates et l’IA opaque, quelle est la valeur épistémique réelle de ces projets ? Le prix Nobel Kaelin Jr. a conseillé : « La question… devrait être de savoir si… les conclusions sont susceptibles d’être correctes, et non de savoir s’il serait important qu’elles soient vraies. »
Si l’on veut sauver la science de son malaise actuel, des solutions sont déjà possibles, conclut Burns. « Des propositions comme la « slow science » d’Isabelle Stenger semblent valoir la peine d’être tentées, car elles pourraient élargir la charge de la preuve aux affirmations scientifiques et encourager un esprit de service public parmi les scientifiques. Pourtant, si une rénovation épistémique a eu lieu jusqu’à présent dans le domaine scientifique, elle est restée extrêmement timide et n’a pas produit d’effets escomptés.
Il faut dire que pour les investisseurs, l’idée que l’IA puisse nous sortir de l’impasse actuelle et donner naissance à toutes sortes d’inventions rentables est doublement séduisante. L’IA est une méthode qui ne nécessite que des capitaux pour sa mise en œuvre et qui peut être réalisée à grande échelle, contrairement à la recherche empirique, centrée sur l’humain et fastidieuse, où l’ingéniosité et la chance (qui ne s’achètent pas si facilement) semblent prédominer. Mais investir dans l’IA est aussi un moyen efficace de maintenir le statu quo, tout en semblant le bouleverser, car il pose l’hypothèse d’un avenir technologique sans les changements systémiques qu’impliquent d’autres réformes.
Dans cette optique, nous devons résister au spectacle. L’IA fait vendre une vision du progrès où les algorithmes peuvent révéler les secrets plus rapidement, mieux et à moindre coût ; pourtant, les secrets de la nature ne sont pas si facilement révélés, et la connaissance sans compréhension n’est pas une connaissance du tout. »
S’il y avait besoin d’une explication supplémentaire, Alberto Romero dans sa newsletter algorithmic Bridge, revient sur une étude du MIT et de Harvard, où les chercheurs se sont demandé si les modèles d’IA pouvaient passer de la simple prédiction au « développement de modèles fiables », en les faisant travailler sur un problème de physique assez classique ? Mais au lieu de tester avec le langage, qui est assez complexe et difficile à analyser, ils se sont concentrés sur la physique classique. Ils voulaient voir si le modèle utiliserait les lois de Newton pour prédire les vecteurs de force à l’origine du mouvement de révolution de la terre autour du soleil ou s’il inventerait simplement ses prédictions sans comprendre la physique réelle. Ils ont conclu que les modèles d’IA font des prédictions précises, mais ne parviennent pas à encoder le modèle universel de Newton et recourent plutôt à des heuristiques spécifiques à chaque cas, non généralisables et fortement incohérents. L’étude montre que « les modèles d’IA sont tout simplement incapables de coder un ensemble de lois robustes pour régir leurs prédictions : ils sont non seulement incapables de retrouver des modèles du monde, mais intrinsèquement mal équipés pour le faire ». Un modèle d’IA d’apprentissage profond est peut-être architecturalement incapable de développer des modèles du monde corrects estiment-ils. Même le rêve que l’IA puisse être utilisée pour améliorer la prédictibilité des modèles climatiques est battue en brèche. Dans leur livre, AI Snake Oil (voir notre recension), les chercheurs Arvind Narayanan et Sayash Kapoor montraient que son amélioration était assez limitée et qu’elle pourrait même atteindre un palier indépassable, à mesure que les phénomènes deviennent plus extrêmes. La croyance dans un progrès scientifique exponentiel porté par l’IA ne sert qu’à raviver les promesses des technosciences comme le disaient déjà Marc Audétat et les chercheurs invités dans Sciences et technologies émergentes : pourquoi tant de promesses ? (Hermann, 2015, voir notre recension). L’idée que l’IA serait l’avenir de la science comme on l’entend très souvent est bien plus un moyen d’orienter les investissements qu’une vérité scientifique.
MAJ du 25/01/2026 : L’IA va-t-elle tuer la science ou, au contraire, engendrer une révolution scientifique ? C’est la question que pose l’astrobiologiste Sara Imari Walker dans un article pour Noema. Si l’IA peut résoudre le problème du pliage des protéines comme le promettent beaucoup de recherches, que pourrait-elle accomplir d’autre ? Mais si « AlphaFold prédit les structures 3D, il n’explique ni la physique sous-jacente, ni les mécanismes de repliement, ni les ensembles conformationnels dynamiques. Il fonctionne bien pour les protéines composées de la vingtaine d’acides aminés présents dans la biologie terrestre. Pour étudier les protéines issues des centaines d’acides aminés contenus dans les matériaux météoriques, ou pour concevoir de nouvelles protéines thérapeutiques, ce modèle a besoin de données supplémentaires. La limitation ne réside ni dans l’algorithme ni dans sa capacité de mise à l’échelle : les données nécessaires n’existent pas. »
Si l’on considère la science uniquement comme la méthode scientifique (observation, hypothèse, vérification, analyse), alors l’automatisation semble inévitable, avance-t-elle. Les algorithmes d’IA réalisent de manière démontrée bon nombre, voire la totalité, de ces étapes, et leurs performances s’améliorent lorsqu’ils sont guidés par des scientifiques.
Pourtant, si la mise à l’échelle était notre seul besoin, l’IA actuelle offrirait une solution banale à la science : nous pourrions faire plus grâce à des modèles à plus grande échelle. Cependant, l’optimisme autour de l’IA ne se limite pas à l’automatisation et à la mise à l’échelle ; il concerne aussi la théorie de l’esprit. La science diffère radicalement de l’expérience : elle est fondamentalement intersubjective. Si une chose n’existe que dans un seul esprit et ne peut être partagée, elle ne peut devenir une connaissance scientifique. La science exige la vérification mutuelle des observations, la construction d’un héritage de découvertes passées et l’élaboration d’un consensus intergénérationnel sur la réalité. Les modèles scientifiques doivent donc être exprimables par des symboles, des mathématiques et le langage, car ils doivent être reproductibles et interprétables d’un esprit à l’autre. La science est par définition instable car elle n’est pas une caractéristique objective de la réalité : elle se comprend plus justement comme un système culturel évolutif, nourri par la représentation consensuelle et adaptable aux nouvelles connaissances que nous produisons. Notre principal mode de communication des idées scientifiques est la représentation symbolique. Nous communiquons des modèles du monde, et non le monde lui-même.
Plus fondamentalement, le discours actuel, optimiste, voire arrogant, autour de l’IA et de l’intelligence artificielle générale laisse entendre que ces algorithmes seront « plus qu’humains » dans leur capacité à comprendre et à expliquer le monde, dépassant ainsi ce que certains perçoivent comme les limites de l’intelligence imposées par la biologie humaine. Or, cela est impossible, de par les fondements mêmes de la théorie du calcul et l’héritage de l’abstraction humaine dont ces technologies sont directement issues. Comme l’écrit le physicien David Deutsch, si l’univers est effectivement explicable, les humains sont déjà des « explicateurs universels », car nous sommes capables de comprendre tout ce qu’un système informatique peut comprendre : en termes de capacités de calcul, ordinateurs et cerveaux sont tout aussi universels.
Les changements de paradigme révèlent que la puissance de la pensée scientifique ne réside pas dans la vérité littérale des théories, mais dans notre capacité à identifier de nouvelles façons de décrire le monde et dans la persistance des structures que nous décrivons à travers différents schémas de représentation.
Ceci nous amène à comprendre pourquoi l’IA ne peut remplacer les scientifiques. Les controverses et les débats sur le langage et la représentation en science ne sont pas des anomalies ; ils sont inhérents à un système sociétal qui détermine les modèles qu’il privilégie. Les milliards de paramètres d’AlphaFold 3 suggèrent que la parcimonie et la simplicité ne sont peut-être pas les seules voies possibles pour la science. Si nous voulons des modèles qui cartographient le monde avec la plus grande précision possible, la complexité est peut-être nécessaire.
C’est cette profondeur de sens, inhérente à nos théories, que la science découvre en construisant de nouvelles perceptions sociétales. Une vision superficielle, où la science se contente de créer des modèles prédictifs dépourvus de profondeur et de signification, ne peut la saisir. Lorsqu’un scientifique élabore une théorie, même avant l’évaluation par les pairs, il y a un acte intentionnel d’explication et un travail intérieur de confrontation avec l’intuition et sa représentation. Les modèles d’IA, en revanche, génèrent des prédictions par reconnaissance statistique de formes, un processus très différent.
« La question fondamentale n’est pas de savoir si l’IA peut faire de la science, mais si les sociétés peuvent construire des représentations partagées et des significations consensuelles avec des algorithmes dépourvus de la création intentionnelle de sens qui a toujours été au cœur de l’explication scientifique. » L’IA transformera-t-elle la science ? Certainement. Remplacera-t-elle les scientifiques ? Certainement pas, clame Sara Imari Walker. Si nous nous méprenons sur la nature de la science, en confondant l’automatisation des méthodes avec le projet humain de construction, de débat et d’affinage collectifs des représentations symboliques qui nous permettent de comprendre la réalité, l’IA risque d’annoncer la mort de la science : nous manquerons alors l’occasion de l’intégrer pleinement aux systèmes culturels de la science.
« La science ne se résume pas à la prédiction et à l’automatisation ; l’histoire nous enseigne qu’elle est bien plus que cela. Elle repose sur un consensus explicatif et une négociation humaine permanente quant aux descriptions du monde que nous adopterons collectivement. Cette négociation, cette articulation intersubjective des observations en une signification partagée, est fondamentalement sociale et, pour l’instant, fondamentalement humaine. »
MAJ du 26/01/2026 : L’IA peut-elle générer de nouvelles idées en science ?, interroge Cade Metz pour le New York Times, en revenant sur une polémique récente où une startup, Harmonic, affirmait que son IA aurait résolu un problème de math resté insoluble (voir les explications de Numerama). En fait, des mathématiciens et des chercheurs en IA ont rapidement souligné que le système avait identifié des solutions existantes, enfouies dans des décennies d’articles de recherche et de manuels, par exemple en trouvant une solution enfouie dans un article en allemand. “Un chercheur expérimenté est toujours nécessaire pour interroger le système, lui expliquer ce qu’il doit rechercher et, finalement, extraire les informations pertinentes du reste des données produites”.
03.08.2026 à 07:42
Khrys
Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.
Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)
Le rythme d’avancée de Moscou en Ukraine s’est ainsi effondré de près de 95 % en glissement annuel.
Le régime iranien qui fabrique des drones utilisés par la Russie pour ses frappes en Ukraine accuse Kiev d’avoir attaqué un navire iranien en mer Caspienne et menace de représailles.
La Protection civile grecque a ordonné vendredi l’évacuation préventive d’une partie d’une banlieue à l’ouest d’Athènes en raison d’un incendie de forêt, selon un message d’alerte envoyé sur les téléphones portables. Par ailleurs, l’île touristique de Crète était toujours la proie des flammes, poussées par des vents violents malgré une certaine amélioration, selon les pompiers.
Changement de Constitution, partisans de l’ancien régime traqués, manifestations réprimées, corruption… La gouvernance de Félix Tshisekedi est de plus en plus soumise aux critiques tandis que la situation dans l’Est ne progresse pas, au contraire de l’épidémie d’Ebola, devenue incontrôlable.
Les grandes surfaces commerciales en Tunisie font face à une tension sur l’approvisionnement en eau minérale conditionnée, dans un contexte marqué par une forte hausse de la consommation liée aux températures élevées enregistrées ces dernières semaines.
L’Italie a formulé cette proposition, soutenue par le Danemark et la Finlande, après l’afflux massif de migrants ces derniers jours dans l’enclave espagnole au Maroc.
Voir aussi Pourquoi Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente (theconversation.com) et Comment la crise à la frontière de Ceuta a immédiatement servi les intérêts de l’extrême droite espagnole (theconversation.com)
Le dirigeant socialiste espagnol a adressé une lettre offensive aux dirigeant·es de l’UE. Il déplore notamment une attitude « contraire » au principe de solidarité dans l’Union.
Un bilan provisoire fait état de 67 personnes décédées en essayant d’entrer à Ceuta.
C’est par voie de presse que les dessinateurs de presse Cristina et André Carrilho, membres de Cartooning for Peace, ont découvert leurs noms sur une liste d’individus et d’entités désignés comme des « cibles » et « menaces » pour le pays, établie par le Movimento Armilar Lusitano (MAL), un mouvement armé portugais d’extrême droite.

The U.K.’s Labour government seems afraid to talk about the climate emergency.
I reported this on January 3rd, 2026. It is now July 24th. Six months later. The vulnerability is still live. Nobody has ever responded. I guess my email wasn’t in their prayers.
Flock cameras have been in St. Pete since 2022, and while police say they help solve crimes, civil liberties advocates say they create an unprecedented mass surveillance network.
Had the case been properly investigated, the court says now, evidence “would have identified an individual whose first name is Jay whose IP address appears to be in California.”
Le président américain a crié sur tous les toits que du « vandalisme » expliquait le fiasco de la rénovation de l’étendue d’eau, mais la justice a conclu que l’« installation bâclée » est en cause.
The finding appears to be a setback to Kennedy’s Make America Healthy Again agenda, which has typically focused on overhauling nutrition guidance while neglecting food safety and infectious diseases.
Jusqu’à récemment, la vaccination contre la rougeole semblait si efficace que le développement de traitements contre la maladie n’avait aucun intérêt, médicalement comme financièrement […] alors que les taux de vaccination déclinent, des entreprises biotechnologiques et des instituts universitaires se penchent sur des traitements spécifiques
Dans l’imaginaire collectif, la silicose, grave maladie incurable qui détruit la fonction pulmonaire, est associée au travail des mineurs. Mais d’autres ouvriers y sont exposés. C’est notamment le cas de ceux qui travaillent la pierre synthétique, ou quartz aggloméré, qui voient également leur risque de cancer du poumon augmenter.
« C’est presque exclusivement des séquences tout public, montrant des marmottes en train de jouer, de se comporter de manière adorable, de creuser ou de rapporter des plantes dans leur terrier… bref, leur routine quotidienne »
Le 24 juin à 22h, deux tremblements de terre de magnitude 7,2 et 7,5 ont violemment secoué le Venezuela. Il s’agit du plus puissant séisme à avoir frappé le pays depuis au moins l’année 1900. Au moins 5500 morts et 16700 blessés et entre 10 000 et 50 000 personnes sont encore portées disparues. 16 000 personnes sont sans logement et 856 bâtiments sont sinistrés.
Chaque technique qui accélère remplit davantage les minutes qu’elle promettait de libérer.
Microsoft is on a mad dash behind the scenes to patch exploits before hackers find them.
Anthropic’s Project Glasswing may have uncovered tens of thousands of potential security flaws, but new research suggests AI-assisted vulnerability discovery has yet to produce the wave of real-world attacks many expected.
Le projet Debian débat de quatre propositions allant de l’interdiction des contributions directes assistées par IA à leur autorisation sous conditions. Derrière la qualité du code se joue surtout la protection des mainteneureuses bénévoles.
What it will come down to is whether the anti-AI groups in FOSS can work together and help each other to hold off the vast and commercially backed pressure from LLM-assisted and LLM-generated code, even though they may find themselves bitterly opposed in terms of politics and ethics.
Claude is exposing a wealth of users’ chats and creations in Google search results, meaning anyone can dig through conversations or other material that people used Claude to make but may not have realized were publicly available for strangers to see. The exposed data includes an AI-powered therapy app that someone appears to have vibe-coded, notes on meetings, and a dashboard someone made apparently to analyze medical billing data. Exposed chats reportedly include private cryptocurrency wallet keys and personal information like peoples’ addresses
Google’s aborted attempt to incorporate its Nano Banana 2 AI image generator as a Google Earth feature made it even easier for anyone to create modified versions of authentic imagery depicting real locations—something that Google boasted about when initially promoting the new feature.

the image of the map included in the presentation contained an artificial intelligence watermark that signals it was made with OpenAI tools.
New platforms are paying people to license their likeness for AI-generated dramas and ads, creating a new marketplace for biometric identity.
Gaps in laws may help Pennsylvania high school escape AI nudes scandal.One of the first schools to shut down after students were found making AI nudes of female classmates is now asking a court to toss a lawsuit filed by victims who claimed that the school stayed silent for months while the emboldened boys targeted many more girls.
Our investigation found that Hugging Face, the top platform for sharing open-source AI models, isn’t just hosting tools that generate non-consensual intimate imagery. It’s helping users compare, benchmark and optimize them, making image-based sexual abuse easier to scale.
A senior judge has accused the Home Office of relying on “AI hallucinated” information to refuse an asylum claim. The case relates to a Moroccan woman and her child who fled her country after experiencing forced underage marriage and extreme violence, including rape. The woman claimed asylum on the basis of fears that she would be killed by her husband : a powerful, previously convicted criminal. The Home Office refused her case, citing evidence from a supposedly independent and authoritative document known as a country policy information note (CPIN), which they said confirmed that Morocco would be safe for her. But the document could not be found, although its existence was relied upon by a judge who rejected her appeal against the Home Office’s refusal decision in an immigration court known as the first-tier tribunal.
It makes it easy to trick them into doing things they shouldn’t, such as telling you how to sabotage an aircraft’s navigation system.
Dans la Silicon Valley, les fleurons de l’intelligence artificielle font face à des menaces grandissantes, numériques, mais aussi physiques dans les bureaux ou au domicile des dirigeants.
L’InP, c’est un symbole de notre foi aveugle dans l’innovation : on croit résoudre un problème (l’efficacité énergétique de l’IA) en en créant un autre (la dépendance aux matériaux critiques)
The US and European stock markets might be numb to the enormity of the AI bubble at this point, but in East Asia it’s a different story.
D’après la BBC, il est interdit d’afficher en public des emblèmes nationaux étrangers, tels que des drapeaux, sans autorisation. Les personnes qui ne respectent pas cette règle s’exposent à une amende pouvant aller jusqu’à 500 dollars singapouriens (soit environ 338 euros) et une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à six mois.
My lawyer faces jail over a speech to jurors – a first in English history – as state seeks to silence Palestine solidarity
Mme Albanese est la cible d’attaques incessantes de la part d’organisations motivées politiquement, telles que UN Watch, qui mènent des campagnes de diffamation virulentes pour la réduire au silence et saper son mandat en matière de droits humains. Ces organisations n’ont qu’un seul objectif : protéger le gouvernement israélien de toute critique internationale et de toute responsabilité juridique. Malheureusement, des représentants de certains gouvernements occidentaux ont apporté un soutien indéfectible à ces campagnes de diffamation, accusant Mme Albanese d’antisémitisme. Nous rejetons ces accusations, qui sont infondées et incitent de manière irresponsable à des attaques contre Mme Albanese, mettant potentiellement sa sécurité personnelle en danger.
Le Britannique était visé par une procédure disciplinaire pour faute grave, liée à des accusations d’une collaboratrice. Cette décision survient au moment où la juridiction fait face à une pression croissante des Etats-Unis et d’Israël contre ses enquêtes sur les crimes commis dans les territoires palestiniens.
La périménopause, […] est par exemple peu documentée. Elle n’a fait son entrée dans le Larousse que cette année. La ménopause a, elle aussi, longtemps été traitée avec un mépris manifeste. Dans les années 1960, un médecin réputé de l’époque, Roger Wilson, allait jusqu’à qualifier de « vaches écervelées » les femmes ménopausées.
Le pareur lituanien à l’origine du sabotage a été suspendu de ses fonctions à vie, après qu’il a revendiqué son acte raciste et proféré de nouvelles insultes.
L’acteur américain se voit reprocher des « comportements sexuels délictueux » par quatre femmes. D’autres témoignages font état de comportements inappropriés vis-à-vis d’adolescentes.
Comment choisir une plateforme parmi 140 payantes ? La réforme de la facturation électronique concerne plus de dix millions d’entreprises, mais les craintes sont fortes chez beaucoup de petites structures paysannes ou artisanes, comme pour les auto-entreprises.
La Société Générale affiche, jeudi 30 juillet, un bénéfice net de 1,79 milliard d’euros pour son deuxième trimestre, du jamais-vu. La banque signe également un bénéfice record à l’échelle du semestre, à près de 3,5 milliards d’euros. En janvier dernier, le groupe annonçant la suppression de 1 800 postes en France.
Le Conseil constitutionnel a estimé, vendredi 31 juillet, que le code des collectivités qui a valu des amendes à Airbnb, pour un total de 8,6 millions d’euros, est conforme à la Constitution.
Devant le bâtiment du Samusocial, dans le 13e arrondissement de Paris, quelque 200 personnes, dont plus de 100 enfants, occupent le parvis.
Pour trouver l’aire d’accueil des gens du voyage d’Hellemmes-Ronchin, en périphérie de Lille, il ne faut pas suivre les panneaux routiers — inexistants — mais plutôt les camions toupie en route vers l’usine à béton. Là, coincée entre une concasserie de gravats et un grand champ de blé, se dresse un parking poussiéreux, sans un seul point ombragé.
Bilan de cette résurgence des flammes : « 6 hectares brûlés »
Voir aussi Incendies à Fontainebleau : sous terre, la forêt brûle toujours (reporterre.net)
Enterrés dans un champ calciné, à quelques mètres des habitations [du Porge], ils ont explosé sous l’effet de la chaleur au deuxième soir de l’incendie, dans la nuit du 23 au 24 juillet. L’un d’eux a même perforé le mur d’une maison évacuée.[…] Depuis, 75 obus ont été retrouvés, venus d’un dépôt de munitions oublié datant de la Seconde Guerre mondiale, selon la municipalité.
Ces habitant·es soutiennent que la commune a été abandonnée face au feu, avec un résultat catastrophique puisque près de 200 maisons ont été détruites.
Voir aussi “On n’y voit rien, c’est l’apocalypse” : on vous raconte les 48 heures qui ont ravagé la commune du Porge, anéantie par l’incendie en Gironde (franceinfo.fr)
Au Cap-Ferret, menacé par les violents incendies en Gironde, l’homme d’affaires Benoît Bartherotte et des ostréiculteurs ont refusé d’évacuer pour protéger la presqu’île. Pendant que le premier érige un pare-feu controversé, les seconds se battent pour sauver leurs huîtres et leur outil de travail.

La préfecture a annoncé l’évacuation de près de 2 500 personnes de plusieurs communes du département ce vendredi.
Aux yeux des assureurs, un feu de forêt ne coche pas les cases de la garantie Cat-Nat, le régime d’indemnisation des dommages majeurs causés par un événement naturel.
Connu pour ses tubes Nightcall, Roadgame, Testarossa Autodrive ou Rampage, Kavinsky a marqué toute une génération d’artistes, notamment ceux de la French Touch avec qui il collaborait régulièrement. L’annonce de sa disparition soudaine, trois jours avant son 51e anniversaire, a donc été vécue comme un choc dans le monde de la musique électro, mais pas uniquement.
C’était il y a maintenant 20 ans dans « Steak », une comédie loufoque avec Éric et Ramzy signée Quentin Dupieux, l’un de ses meilleurs amis.
L’ouverture de l’assistance médicale à la procréation pour les couples de femmes et les femmes seules fête ses cinq ans. Entre les délais d’attente, les inégalités d’accès et les discriminations persistantes, associations et professionnels de santé dressent un bilan très critique.
Sur sa page Facebook privée, le président du syndicat agricole de l’Oise Régis Desrumaux a violemment attaqué Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Ecologie les Verts, suite au vote de la loi d’urgence agricole.
Voir aussi « Force à toutes les ‘’grosses salopes’’ et à toutes les ‘’sales connes’’ » : Marine Tondelier riposte après l’insulte sexiste d’un membre de la FNSEA (humanite.fr)
Marine Tondelier exige « des excuses publiques » de la part d’un responsable de la FDSEA de l’Oise qui a fini par s’exécuter après l’avoir insulté de « grosse salope » sur Facebook. Si la patronne des Écologistes a reçu le soutien unanime des élus de gauche, cet événement met de nouveau en lumière le sexisme en politique.
Le chanteur de 67 ans est visé par deux nouvelles plaintes, l’une pour viol, l’autre pour agression sexuelle. Les faits dénoncés remontent à 1994 et 2005.
Derrière les promesses de « sororité » et de « reconstruction », se cachent parfois des structures qui s’apparentent à des organisations pyramidales. Dans le sud-ouest de la France ou en région parisienne, des réseaux de coaching attirent les victimes de violences conjugales via des stratégies dignes des plus agressives écoles de commerce.
La journaliste russe, accusée d’être en France une « propagandiste » du Kremlin, est visée par un arrêté d’expulsion.
« L’islamo-gauchisme et le wokisme ont gagné » […] « Je défends l’idée qu’Israël est une démocratie. Je constate que les preuves d’un génocide à Gaza restent introuvables. Je pense qu’on peut parler sans détour d’un antisémitisme musulman. »

Les deux séquences remontent à 2025. Les propos d’Erik Tegnér, fondateur du média identitaire « Frontières », sont notamment pointés du doigt.

Les pompiers ont rappelé le danger et la perte de temps engendrés par l’absence de respect des consignes de sécurité.

« La seule solution qu’on nous offre, ce sont des masques FFP2, en quantité limitée, et qui ne sont pas résistants au feu » […] Pourtant, il existe bien de nouvelles cagoules, filtrantes celles-ci, qui ont été intégrées depuis 2019 dans le référentiel technique de la Direction générale de la sécurité civile

Pour nombre d’observateurs, [la FNSEA] a perdu une partie de sa capacité d’influence politique. Mais c’est justement dans ce contexte qu’il devient essentiel pour le syndicat de l’agro-industrie de renforcer ses appuis politiques, en particulier issus de la droite traditionnelle, son alliée historique.
La promulgation de cette loi est désormais suspendue, depuis le 24 juillet 2026, à la saisine du Conseil constitutionnel entreprise par plusieurs député·es « insoumis » et écologistes.
Ces derniers jours, environ 40 000 migrants ont traversé la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta.Ils n’auraient pas pu réagir plus vite. Pour servir leur discours, de nombreux dirigeants politiques français, à droite, à l’extrême droite, mais également chez les macronistes, sautent sur les vidéos en provenance de Ceuta
Jardins, écoquartiers, ferme municipale… Une fois élus, les maires d’extrême droite ne s’attaquent pas qu’à la culture et aux syndicats. Ils sabotent aussi des projets écologiques.
Un homme de 28 ans a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir fait ce geste en marge de la manifestation du 8 mars pour le droit des femmes. Il était jugé pour apologie de crime ou de délit. […] cet homme avait été candidat aux élections municipales à Mulhouse sur la liste du parti d’extrême-droite Reconquête
« Le dernier jour du festival, une fête tolérée a été organisée par le collectif [La Méandre] dans leurs locaux. On y était nombreux.ses et c’était super. Jusqu’à ce que la police puis 15 camions de CRS nous rejoignent et là c’était carrément moins festif »
les associations Data for Good, Humanité et Nature et France Nature Environnement Bouches-du-Rhône déposent des recours contre l’autorisation environnementale accordée par la préfecture au projet de centres de données de Pennes-Mirabeau.
Deux semaines après son lancement, la plateforme de recensement de victimes directes du changement climatique rassemble 105 000 personnes et plus de 30 000 témoignages. Son objectif : que « l’État regarde leurs réalités et agisse ».
Le tribunal administratif de Poitiers a ordonné le démantèlement de quatre réserves d’eau illégales à la lisière des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime. Une décision qualifiée d’historique par BNM.
Après une semaine de blocage, de nuits passées dans la canopée et de vives tensions, la mobilisation a payé. Ce mercredi 22 juillet, le maire de Jouy a officiellement signé un arrêté municipal garantissant la conservation et la protection des six tilleuls centenaires. Au pied des arbres, l’heure est à la fête et au bilan d’une lutte exemplaire.

Le géant Amazon profite de sa position dominante pour peser de tout son poids sur chaque maillon de la chaîne du livre. Ou comment la vente en ligne peut mettre en péril la « bibliodiversité ».
Alors que Tchap est devenue la messagerie sécurisée de référence de l’État, la France cherche désormais à étendre sa stratégie de souveraineté numérique à l’échelle européenne en promouvant le protocole Matrix auprès d’autres pays.
Alors que la justice a retenu la circonstance aggravante de racisme dans le meurtre de Thomas à Crépol, le racisme anti-Blanc s’invite à nouveau dans le débat public.
Au milieu des flammes, les écologistes sont mis en accusation. Stratégie de déni qui rappelle l’antiféminisme. Écologie et féminisme contestent l’actuel modèle économique : il valorise la destruction du vivant bien plus que sa préservation
la police de Delhi a déployé autour du site de protestation une infrastructure de surveillance […] Tours de surveillance, reconnaissance faciale assistée par l’IA, caméras à 360 degrés, caméras-piétons, unités mobiles et même lunettes intelligentes Meta ont créé un environnement dans lequel presque chaque déplacement des manifestants pouvait être enregistré, analysé et archivé.
En Argentine, la dictature n’a pas seulement imposé la terreur et le néolibéralisme : elle a également laissé une empreinte durable sur la façon dont le camp populaire pense la démocratie
Unlike some of Nolan’s other films, The Odyssey is not boring, thanks to the source material, which is impossible to mess up entirely. It’s a family-friendly audiovisual spectacle, like an elaborate Fourth of July fireworks display – and with about the same level of narrative and emotional depth.

Depuis plus d’un siècle, la France et l’Espagne se partagent l’administration de l’île des Faisans, un petit bout de terre posé au milieu de la Bidassoa. Du 1er août au 31 janvier, le plus petit condominium au monde est français, et le reste du temps, il est espagnol
Face à l’annonce irresponsable de Microsoft de ne plus mettre à jour son système d’exploitation Windows 10, qui va rendre obsolète plus de 400 millions d’ordinateurs dans le monde, la Ville a décidé de convertir progressivement les ordinateurs qu’elle fournit aux écoles sous Linux, le système d’exploitation libre et gratuit. Une expérimentation est ainsi menée dans trois écoles élémentaires. Une opportunité éducative mais aussi environnementale qui prolongera la durée de vie des ordinateurs.
« Le castor est un véritable ingénieur de son écosystème. S’il constate que le niveau du cours d’eau baisse, notamment lors des sécheresses, il construit des barrages, qui retiennent l’eau. Il participe aussi à la stabilisation des berges en faisant tomber les grands arbres tout en conservant leurs systèmes racinaires »
La coiffeuse Janet Stephens a corrigé une erreur de longue date dans l’interprétation des sculptures romaines. Pour faire tenir les cheveux, il fallait en fait une aiguille et du fil.
Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.
Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).
02.08.2026 à 10:00
Framasoft
Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 04 septembre 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.
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Emily Bender et Alex Hanna publient The AI con, « L’escroquerie de l’IA ». Une synthèse très documentée qui nous invite à lutter contre le monde que nous proposent les géants de l’IA. Lecture.
L’arnaque de l’IA est le titre d’un essai que signent la linguiste Emily Bender et la sociologue Alex Hanna : The AI con : how to fight big tech’s hype and create the future we want (HarperCollins, 2025, non traduit). Emily Bender est professeure de linguistique à l’université de Washington. Elle fait partie des 100 personnalités de l’IA distinguées par le Time en 2023. Elle est surtout connue pour être l’une des co-auteure avec Timnit Gebru, Angelina McMillan-Major et Margaret Mitchell du fameux article sur les Perroquets stochastiques, critique du développement des grands modèles de langage (voir l’interview du Monde avec Emily Bender). Alex Hanna, elle, est sociologue. Elle est la directrice de la recherche de DAIR, Distributed AI Research Institut. Les deux chercheuses publient également une newsletter commune et un podcast éponyme, « Mystery AI Hype Theater 3000 », où elles discutent avec nombre de chercheurs du domaine.
AI con pourrait paraître comme un brûlot technocritique, mais il est plutôt une synthèse très documentée de ce qu’est l’IA et de ce qu’elle n’est pas. L’IA est une escroquerie, expliquent les autrices, un moyen que certains acteurs ont trouvé “pour faire les poches de tous les autres”. « Quelques acteurs majeurs bien placés se sont positionnés pour accumuler des richesses importantes en extrayant de la valeur du travail créatif, des données personnelles ou du travail d’autres personnes et en remplaçant des services de qualité par des fac-similés ». Pour elles, l’IA tient bien plus d’une pseudo-technologie qu’autre chose.
L’escroquerie tient surtout dans le discours que ces acteurs tiennent, le battage médiatique, la hype qu’ils entretiennent, les propos qu’ils disséminent pour entretenir la frénésie autour de leurs outils et services. Le cadrage que les promoteurs de l’IA proposent leur permet de faire croire en leur puissance tout en invisibilisant ce que l’IA fait vraiment : « menacer les carrières stables et les remplacer par du travail à la tâche, réduire le personnel, déprécier les services sociaux et dégrader la créativité humaine ».
Bender et Hanna nous le rappellent avec force. « L’intelligence artificielle est un terme marketing ». L’IA ne se réfère pas à un ensemble cohérent de technologies. « L’IA permet de faire croire à ceux à qui on la vend que la technologie que l’on vend est similaire à l’humain, qu’elle serait capable de faire ce qui en fait, nécessite intrinsèquement le jugement, la perception ou la créativité humaine ». Les calculatrices sont bien meilleures que les humains pour l’arithmétique, on ne les vend pas pour autant comme de l’IA.
L’IA sert à automatiser les décisions, à classifier, à recommander, à traduire et transcrire et à générer des textes ou des images. Toutes ces différentes fonctions assemblées sous le terme d’IA créent l’illusion d’une technologie intelligente, magique, qui permet de produire de l’acceptation autour de l’automatisation quelles que soient ses conséquences, par exemple dans le domaine de l’aide sociale. Le battage médiatique, la hype, est également un élément important, car c’est elle qui conduit l’investissement dans ces technologies, qui explique l’engouement pour cet ensemble de méthodes statistiques appelé à changer le monde. « La fonction commerciale de la hype technologique est de booster la vente de produits ». Altman et ses confrères ne sont que des publicitaires qui connectent leurs objectifs commerciaux avec les imaginaires machiniques. Et la hype de l’IA nous promet une vie facile où les machines prendront notre place, feront le travail difficile et répétitif à notre place.
En 1956, quand John McCarthy et Marvin Minsky organisent un atelier au Dartmouth College pour discuter de méthodes pour créer des machines pensantes, le terme d’IA s’impose, notamment pour exclure Norbert Wiener, le pionnier, qui parle lui de cybernétique, estiment les chercheuses. Le terme d’intelligence artificielle va servir pour désigner des outils pour le guidage de systèmes militaires, afin d’attirer des investissements dans le contexte de la guerre froide. Dès le début, la « discipline » repose donc sur de grandes prétentions sans grande caution scientifique, de mauvaises pratiques de citation scientifiques et des objectifs fluctuants pour justifier les projets et attirer les investissements, expliquent Bender et Hanna. Des pratiques qui ont toujours cours aujourd’hui. Dès le début, les promoteurs de l’IA vont soutenir que les ordinateurs peuvent égaler les capacités humaines, notamment en estimant que les capacités humaines ne sont pas si complexes.
L’une des premières grande réalisation du domaine est le chatbot Eliza de Joseph Weizenbaum, nommée ainsi en référence à Eliza Doolittle, l’héroïne de Pygmalion, la pièce de George Bernard Shaw. Eliza Doolittle est la petite fleuriste prolétaire qui apprend à imiter le discours de la classe supérieure. Derrière ce nom très symbolique, le chatbot est conçu comme un psychothérapeute capable de soutenir une conversation avec son interlocuteur en lui renvoyant sans cesse des questions depuis les termes que son interlocuteur emploie. Weizenbaum était convaincu qu’en montrant le fonctionnement très basique et très trompeur d’Eliza, il permettrait aux utilisateurs de comprendre qu’on ne pouvait pas compatir à ses réponses. C’est l’inverse qui se produisit pourtant. Tout mécanique qu’était Eliza, Weizenbaum a été surpris de l’empathie générée par son tour de passe-passe, comme l’expliquait Ben Tarnoff. Eliza n’en sonne pas moins l’entrée dans l’âge de l’IA. Son créateur, lui, passera le reste de sa vie à être très critique de l’IA, d’abord en s’inquiétant de ses effets sur les gens. Eliza montrait que le principe d’imitation de l’humain se révélait particulièrement délétère, notamment en trompant émotionnellement ses interlocuteurs, ceux-ci interprétant les réponses comme s’ils étaient écoutés par cette machine. Dès l’origine, donc, rappellent Bender et Hanna, l’IA est une discipline de manipulation sans entrave biberonnée aux investissements publics et à la spéculation privée.
Bien sûr, il y a des applications de l’IA bien testées et utiles, conviennent-elles. Les correcteurs orthographiques par exemple ou les systèmes d’aide à la détection d’anomalies d’images médicales. Mais, en quelques années, l’IA est devenue la solution à toutes les activités humaines. Pourtant, toutes, mêmes les plus accomplies, comme les correcteurs orthographiques ou les systèmes d’images médicales ont des défaillances. Et leurs défaillances sont encore plus vives quand les outils sont imbriqués à d’autres et quand leurs applications vont au-delà des limites de leurs champs d’application pour lesquels elles fonctionnent bien. Dans leur livre, Bender et Hanna multiplient les exemples de défaillances, comme celles que nous évoquons en continu ici, Dans les algorithmes.
Ces défaillances dont la presse et la recherche se font souvent les échos ont des points communs. Toutes reposent sur des gens qui nous survendent les systèmes d’automatisation comme les très versatiles « machines à extruder du texte » – c’est ainsi que Bender et Hanna parlent des chatbots, les comparant implicitement à des imprimantes 3D censées imprimer, plus ou moins fidèlement, du texte depuis tous les textes, censées extruder du sens ou plutôt nous le faire croire, comme Eliza nous faisait croire en sa conscience, alors qu’elle ne faisait que berner ses utilisateurs. C’est bien plus nous que ces outils qui sommes capables de mettre du sens là où il n’y en a pas. Comme si ces outils n’étaient finalement que des moteurs à produire des paréidolies, des apophénies, c’est-à-dire du sens, des causalités, là où il n’y en a aucune. « L’IA n’est pas consciente : elle ne va pas rendre votre travail plus facile et les médecins IA ne soigneront aucun de vos maux ». Mais proclamer que l’IA est ou sera consciente produit surtout des effets sur le corps social, comme Eliza produit des effets sur ses utilisateurs. Malgré ce que promet la hype, l’IA risque bien plus de rendre votre travail plus difficile et de réduire la qualité des soins. « La hype n’arrive pas par accident. Elle remplit une fonction : nous effrayer et promettre aux décideurs et aux entrepreneurs de continuer à se remplir les poches ».
Dans leur livre, Bender et Hanna déconstruisent l’emballement. En rappelant d’abord que ces machines ne sont ni conscientes ni intelligentes. L’IA n’est que le résultat d’un traitement statistique à très grande échelle, comme l’expliquait Kate Crawford dans son Contre-Atlas de l’intelligence artificielle. Pourtant, dès les années 50, Minsky promettait déjà la simulation de la conscience. Mais cette promesse, cette fiction, ne sert que ceux qui ont quelque chose à vendre. Cette fiction de la conscience ne sert qu’à dévaluer la nôtre. Les « réseaux neuronaux » sont un terme fallacieux, qui vient du fait que ces premières machines s’inspiraient de ce qu’on croyait savoir du fonctionnement des neurones du cerveau humain dans les années 40. Or, ces systèmes ne font que prédire statistiquement le mot suivant dans leurs données de références. ChatGPT n’est rien d’autre qu’une « saisie automatique améliorée ». Or, comme le rappelle l’effet Eliza, quand nous sommes confrontés à du texte ou à des signes, nous l’interprétons automatiquement. Les bébés n’apprennent pas le langage par une exposition passive et isolée, rappelle la linguiste. Nous apprenons le langage par l’attention partagée avec autrui, par l’intersubjectivité. C’est seulement après avoir appris un langage en face à face que nous pouvons l’utiliser pour comprendre les autres artefacts linguistiques, comme l’écriture. Mais nous continuons d’appliquer la même technique de compréhension : « nous imaginons l’esprit derrière le texte ». Les LLM n’ont ni subjectivité ni intersubjectivité. Le fait qu’ils soient modélisés pour produire et distribuer des mots dans du texte ne signifie pas qu’ils aient accès au sens ou à une quelconque intention. Ils ne produisent que du texte synthétique plausible. ChatGPT n’est qu’une machine à extruder du texte, « comme un processus industriel extrude du plastique ». Leur fonction est une fonction de production… voire de surproduction.
Les promoteurs de l’IA ne cessent de répéter que leurs machines approchent de la conscience ou que les êtres humains, eux aussi, ne seraient que des perroquets stochastiques. Nous ne serions que des versions organiques des machines et nous devrions échanger avec elles comme si elles étaient des compagnons ou des amis. Dans cet argumentaire, les humains sont réduits à des machines. Weizenbaum estimait pourtant que les machines resserrent plutôt qu’élargissent notre humanité en nous conduisant à croire que nous serions comme elles. « En confiant tant de décisions aux ordinateurs, pensait-il, nous avions créé un monde plus inégal et moins rationnel, dans lequel la richesse de la raison humaine avait été réduite à des routines insensées de code », rappelle Tarnoff. L’informatique réduit les gens et leur expérience à des données. Les promoteurs de l’IA passent leur temps à dévaluer ce que signifie être humain, comme l’ont montré les critiques de celles qui, parce que femmes, personnes trans ou de couleurs, ne sont pas toujours considérées comme des humains, comme celles de Joy Buolamnwini, Timnit Gebru, Sasha Costanza-Chock ou Ruha Benjamin. Cette manière de dévaluer l’humain par la machine, d’évaluer la machine selon sa capacité à résoudre les problèmes n’est pas sans rappeler les dérives de la mesure de l’intelligence et ses délires racistes. La mesure de l’intelligence a toujours été utilisée pour justifier les inégalités de classe, de genre, de race. Et le délire sur l’intelligence des machines ne fait que les renouveler. D’autant que ce mouvement vers l’IA comme industrie est instrumenté par des millionnaires tous problématiques, de Musk à Thiel en passant par Altman ou Andreessen… tous promoteurs de l’eugénisme, tous ultraconservateurs quand ce n’est pas ouvertement fascistes. Bender et Hanna égrènent à leur tour nombre d’exemples des propos problématiques des entrepreneurs et financiers de l’IA. L’IA est un projet politique porté par des gens qui n’ont rien à faire de la démocratie parce qu’elle dessert leurs intérêts et qui tentent de nous convaincre que la rationalité qu’ils portent serait celle dont nous aurions besoin, oubliant de nous rappeler que leur vision du monde est profondément orientée par leurs intérêts – je vous renvoie au livre de Thibault Prévost, Les prophètes de l’IA, qui dit de manière plus politique encore que Bender et Hanna, les dérives idéologiques des grands acteurs de la tech.
L’IA se déploie partout avec la même promesse, celle qu’elle va améliorer la productivité, quand elle propose d’abord « de remplacer le travail par la technologie ». « L’IA ne va pas prendre votre job. Mais elle va rendre votre travail plus merdique », expliquent les chercheuses. « L’IA est déployée pour dévaluer le travail en menaçant les travailleurs par la technologie qui est supposée faire leur travail à une fraction de son coût ».
En vérité, aucun de ces outils ne fonctionnerait s’ils ne tiraient pas profits de contenus produits par d’autres et s’ils n’exploitaient pas une force de travail massive et sous payée à l’autre bout du monde. L’IA ne propose que de remplacer les emplois et les carrières que nous pouvons bâtir, par du travail à la tâche. L’IA ne propose que de remplacer les travailleurs de la création par des « babysitters de machines synthétiques ».
L’automatisation et la lutte contre l’automatisation par les travailleurs n’est pas nouvelle, rappellent les chercheuses. L’innovation technologique a toujours promis de rendre le travail plus facile et plus simple en augmentant la productivité. Mais ces promesses ne sont que « des fictions dont la fonction ne consiste qu’à vendre de la technologie. L’automatisation a toujours fait partie d’une stratégie plus vaste visant à transférer les coûts sur les travailleurs et à accumuler des richesses pour ceux qui contrôlent les machines. »
Ceux qui s’opposent à l’automatisation ne sont pas de simples Luddites qui refuseraient le progrès (ceux-ci d’ailleurs n’étaient pas opposés à la technologie et à l’innovation, comme on les présente trop souvent, mais bien plus opposés à la façon dont les propriétaires d’usines utilisaient la technologie pour les transformer, d’artisans en ouvriers, avec des salaires de misères, pour produire des produits de moins bonnes qualités et imposer des conditions de travail punitives, comme l’expliquent Brian Merchant dans son livre, Blood in the Machine ou Gavin Mueller dans Breaking things at work. L’introduction des machines dans le secteur de la confection au début du XIXe siècle au Royaume-Uni a réduit le besoin de travailleurs de 75 %. Ceux qui sont entrés dans l’industrie ont été confrontés à des conditions de travail épouvantables où les blessures étaient monnaies courantes. Les Luddites étaient bien plus opposés aux conditions de travail de contrôle et de coercition qui se mettaient en place qu’opposés au déploiement des machines), mais d’abord des gens concernés par la dégradation de leur santé, de leur travail et de leur mode de vie.
L’automatisation pourtant va surtout exploser avec le 20e siècle, notamment dans l’industrie automobile. Chez Ford, elle devient très tôt une stratégie. Si l’on se souvient de Ford pour avoir offert de bonnes conditions de rémunération à ses employés (afin qu’ils puissent s’acheter les voitures qu’ils produisaient), il faut rappeler que les conditions de travail étaient tout autant épouvantables et punitives que dans les usines de la confection du début du XIXe siècle. L’automatisation a toujours été associée à la fois au chômage et au surtravail, rappellent les chercheuses. Les machines de minage, introduites dès les années 50 dans les mines, permettaient d’employer 3 fois moins de personnes et étaient particulièrement meurtrières. Aujourd’hui, la surveillance qu’Amazon produit dans ses entrepôts vise à contrôler la vitesse d’exécution et cause elle aussi blessures et stress. L’IA n’est que la poursuite de cette longue tradition de l’industrie à chercher des moyens pour remplacer le travail par des machines, renforcer les contraintes et dégrader les conditions de travail au nom de la productivité.
D’ailleurs, rappellent les chercheuses, quatre mois après la sortie de ChatGPT, les chercheurs d’OpenAI ont publié un rapport assez peu fiable sur l’impact du chatbot sur le marché du travail. Mais OpenAI, comme tous les grands automatiseurs, a vu très tôt son intérêt à promouvoir l’automatisation comme un job killer. C’est le cas également des cabinets de conseils qui vendent aux entreprises des modalités pour réaliser des économies et améliorer les profits, et qui ont également produit des rapports en ce sens. Le remplacement par la technologie est un mythe persistant qui n’a pas besoin d’être réel pour avoir des impacts.
Plus qu’un remplacement par l’IA, cette technologie propose d’abord de dégrader nos conditions de travail. Les scénaristes sont payés moins cher pour réécrire un script que pour en écrire un, tout comme les traducteurs sont payés moins cher pour traduire ce qui a été prémâché par l’IA. Pas étonnant alors que de nombreux collectifs s’opposent à leurs déploiements, à l’image des actions du collectif Safe Street Rebel de San Francisco contre les robots taxis et des attaques (récurrentes) contre les voitures autonomes. Les frustrations se nourrissent des « choses dont nous n’avons pas besoin qui remplissent nos rues, comme des contenus que nous ne voulons pas qui remplissent le web, comme des outils de travail qui s’imposent à nous alors qu’ils ne fonctionnent pas ». Les exemples sont nombreux, à l’image des travailleurs de l’association américaine de lutte contre les désordres alimentaires qui ont été remplacés, un temps, par un chatbot, deux semaines après s’être syndiqués. Un chatbot qui a dû être rapidement retiré, puisqu’il conseillait n’importe quoi à ceux qui tentaient de trouver de l’aide. « Tenter de remplacer le travail par des systèmes d’IA ne consiste pas à faire plus avec moins, mais juste moins pour plus de préjudices » – et plus de bénéfices pour leurs promoteurs. Dans la mode, les mannequins virtuels permettent de créer un semblant de diversité, alors qu’en réalité, ils réduisent les opportunités des mannequins issus de la diversité.
Dans cette perspective, le travail avec l’IA consiste de plus en plus à corriger leurs erreurs, à nettoyer, à être les babysitters de l’IA. Des babysitters de plus en plus invisibilisés. Les robotaxis autonomes de Cruise sont monitorés et contrôlés à distance. Tous les outils d’IA ont recours à un travail caché, invisible, externalisé. Et ce dès l’origine, puisqu’ImageNet, le projet fondateur de l’IA qui consistait à labelliser des images pour servir à l’entraînement des machines n’aurait pas été possible sans l’usage du service Mechanical Turk d’Amazon. 50 000 travailleurs depuis 167 pays ont été mobilisés pour créer le dataset qui a permis à l’IA de décoller. « Le modèle d’ImageNet consistant à exploiter des travailleurs à la tâche tout autour du monde est devenue une norme industrielle du secteur« . Aujourd’hui encore, le recours aux travailleurs du clic est persistant, notamment pour la correction des IA. Et les industries de l’IA profitent d’abord et avant tout l’absence de protection des travailleurs qu’ils exploitent.
Pas étonnant donc que les travailleurs tentent de répondre et de s’organiser, à l’image des scénaristes et des acteurs d’Hollywood et de leur 148 jours de grève. Mais toutes les professions ne sont pas aussi bien organisées. D’autres tentent d’autres méthodes, comme les outils des artistes visuels, Glaze et Nightshade, pour protéger leurs créations. Les travailleurs du clic eux aussi s’organisent, par exemple via l’African Content Moderators Union.
L’escroquerie de l’IA se développe également dans les services sociaux. Sous prétexte d’austérité, les solutions automatisées sont partout envisagées comme « la seule voie à suivre pour les services gouvernementaux à court d’argent ». L’accès aux services sociaux est remplacé par des « contrefaçons bon marchés » pour ceux qui ne peuvent pas se payer les services de vrais professionnels. Ce qui est surtout un moyen d’élargir les inégalités au détriment de ceux qui sont déjà marginalisés. Bien sûr, les auteurs font référence ici à des sources que nous avons déjà mobilisés, notamment Virginia Eubanks. « L’automatisation dans le domaine du social au nom de l’efficacité ne rend les autorités efficaces que pour nuire aux plus démunis » . C’est par exemple le cas de la détention préventive. En 2024, 500 000 américains sont en prison parce qu’ils ne peuvent pas payer leurs cautions. Pour remédier à cela, plusieurs États ont recours à des solutions algorithmiques pour évaluer le risque de récidive sans résoudre le problème, au contraire, puisque ces calculs ont surtout servi à accabler les plus démunis. À nouveau, « l’automatisation partout vise bien plus à abdiquer la gouvernance qu’à l’améliorer ».
“De partout, quand les services publics se tournent vers des solutions automatisées, c’est bien plus pour se décharger de leurs responsabilités que pour améliorer leurs réponses”, constatent, désabusées, Bender et Hanna. Et ce n’est pas qu’une caractéristique des autorités républicaines, se lamentent les chercheuses. Gavin Newsom, le gouverneur démocrate de la Californie démultiplie les projets d’IA générative, par exemple pour adresser le problème des populations sans domiciles afin de mieux identifier la disponibilité des refuges… « Les machines à extruder du texte pourtant, ne savent que faire cela, pas extruder des abris ». De partout d’ailleurs, toutes les autorités publiques ont des projets de développement de chatbots et des projets de systèmes d’IA pour résoudre les problèmes de société. Les autorités oublient que ce qui affecte la santé, la vie et la liberté des gens nécessite des réponses politiques, pas des artifices artificiels.
Les deux chercheuses multiplient les exemples d’outils défaillants… dans un inventaire sans fin. Pourtant, rappellent-elles, la confiance dans ces outils reposent sur la qualité de leur évaluation. Celle-ci est pourtant de plus en plus le parent pauvre de ces outils, comme le regrettaient Sayash Kapoor et Arvind Narayanan dans leur livre. En fait, l’évaluation elle-même est restée déficiente, rappellent Hanna et Bender. Les tests sont partiels, biaisés par les données d’entraînements qui sont rarement représentatives. Les outils d’évaluation de la transcription automatique par exemple reposent sur le taux de mots erronés, mais comptent tout mots comme étant équivalent, alors que certains peuvent être bien plus importants que d’autres en contexte, par exemple, l’adresse est une donnée très importante quand on appelle un service d’urgence, or, c’est là que les erreurs sont les plus fortes.
Depuis l’arrivée de l’IA générative, l’évaluation semble même avoir déraillé (voir notre article « De la difficulté à évaluer l’IA »). Désormais, ils deviennent des concours (par exemple en tentant de les classer selon leurs réponses à des tests de QI) et des outils de classements pour eux-mêmes, comme s’en inquiétaient déjà les chercheuses dans un article de recherche. La capacité des modèles d’IA générative à performer aux évaluations tient d’un effet Hans le malin, du nom du cheval qui avait appris à décoder les signes de son maître pour faire croire qu’il était capable de compter. On fait passer des tests qu’on propose aux professionnels pour évaluer ces systèmes d’IA, alors qu’ils ne sont pas faits pour eux et qu’ils n’évaluent pas tout ce qu’on regarde au-delà des tests pour ces professions, comme la créativité, le soin aux autres. Malgré les innombrables défaillances d’outils dans le domaine de la santé (on se souvient des algorithmes défaillants de l’assureur UnitedHealth qui produisait des refus de soins deux fois plus élevés que ses concurrents ou ceux d’Epic Systems ou d’autres encore pour allouer des soins, dénoncés par l’association nationale des infirmières…), cela n’empêche pas les outils de proliférer. Amazon avec One Medical explore le triage de patients en utilisant des chatbots, Hippocratic AI lève des centaines de millions de dollars pour produire d’épouvantables chatbots spécialisés. Et ne parlons pas des chatbots utilisés comme psy et coach personnels, aussi inappropriés que l’était Eliza il y a 55 ans… Le fait de pousser l’IA dans la santé n’a pas d’autres buts que de dégrader les conditions de travail des professionnels et d’élargir le fossé entre ceux qui seront capables de payer pour obtenir des soins et les autres qui seront laissés aux « contrefaçons électroniques bon marchés ». Les chercheuses font le même constat dans le développement de l’IA dans le domaine scolaire, où, pour contrer la généralisation de l’usage des outils par les élèves, les institutions investissent dans des outils de détection défaillants qui visent à surveiller et punir les élèves plutôt que les aider, et qui punissent plus fortement les étudiants en difficultés. D’un côté, les outils promettent aux élèves d’étendre leur créativité, de l’autre, ils sont surtout utilisés pour renforcer la surveillance. « Les étudiants n’ont pourtant pas besoin de plus de technologie. Ils ont besoin de plus de professeurs, de meilleurs équipements et de plus d’équipes supports ». Confrontés à l’IA générative, le secteur a du mal à s’adapter expliquait Taylor Swaak pour le Chronicle of Higher Education (voir notre récent dossier sur le sujet). Dans ce secteur comme dans tous les autres, l’IA est surtout vue comme un moyen de réduire les coûts. C’est oublier que l’école est là pour accompagner les élèves, pour apprendre à travailler et que c’est un apprentissage qui prend du temps. L’IA est finalement bien plus le symptôme des problèmes de l’école qu’une solution. Elle n’aidera pas à mieux payer les enseignants ou à convaincre les élèves de travailler…
Dans le social, la santé ou l’éducation, le développement de l’IA est obnubilé par l’efficacité organisationnelle : tout l’enjeu est de faire plus avec moins. L’IA est la solution de remplacement bon marché. « L’IA n’est qu’un pauvre facsimilé de l’État providence ». « Elle propose à tous ce que les techs barons ne voudraient pas pour eux-mêmes ». « Les machines qui produisent du texte synthétique ne combleront pas les lacunes de la fabrique du social ».
On pourrait généraliser le constat que nous faisions avec Clearview : l’investissement dans ces outils est un levier d’investissement idéologique qui vise à créer des outils pour contourner et réduire l’État providence, modifier les modèles économiques et politiques.
« Nous habitons un écosystème d’information qui consiste à établir des relations de confiance entre des publications et leurs lecteurs. Quand les textes synthétiques se déversent dans cet écosystème, c’est une forme de pollution qui endommage les relations comme la confiance ». Or l’IA promet de faire de l’art bon marché. Ce sont des outils de démocratisation de la créativité, explique par exemple le fondateur de Stability AI, Emad Mostaque. La vérité n’est pourtant pas celle-ci. L’artiste Karla Ortiz, qui a travaillé pour Marvel ou Industrial Light and Magic, expliquait qu’elle a très tôt perdu des revenus du fait de la concurrence initiée par l’IA. Là encore, les systèmes de génération d’image sont déployés pour perturber le modèle économique existant permettant à des gens de faire carrière de leur art. Tous les domaines de la création sont en train d’être déstabilisés. Les “livres extrudés” se démultiplient pour tenter de concurrencer ceux d’auteurs existants ou tromper les acheteurs. Dire que l’IA peut faire de l’art, c’est pourtant mal comprendre que l’art porte toujours une intention que les générateurs ne peuvent apporter. L’art sous IA est asocial, explique la sociologue Jennifer Lena. Quand la pratique artistique est une activité sociale, forte de ses pratiques éthiques comme la citation scientifique. La génération d’images, elle, est surtout une génération de travail dérivé qui copie et plagie l’existant. L’argument génératif semble surtout sonner creux, tant les productions sont souvent identiques aux données depuis lesquelles les textes et images sont formés, soulignent Bender et Hanna. Le projet Galactica de Meta, soutenu par Yann Le Cun lui-même, qui promettait de synthétiser la littérature scientifique et d’en produire, a rapidement été dé-publié. « Avec les LLM, la situation est pire que le garbage in/garbage out que l’on connaît” (c’est-à-dire, le fait que si les données d’entrées sont mauvaises, les résultats de sortie le seront aussi). Les LLM produisent du « papier-mâché des données d’entraînement, les écrasant et remixant dans de nouvelles formes qui ne savent pas préserver l’intention des données originelles”. Les promesses de l’IA pour la science répètent qu’elle va pouvoir accélérer la science. C’était l’objectif du grand défi, lancé en 2016 par le chercheur de chez Sony, Hiroaki Kitano : concevoir un système d’IA pour faire des découvertes majeures dans les sciences biomédicales (le grand challenge a été renommé, en 2021, le Nobel Turing Challenge). Là encore, le défi a fait long feu. « Nous ne pouvons déléguer la science, car la science n’est pas seulement une collection de réponses. C’est d’abord un ensemble de processus et de savoirs ». Or, pour les thuriféraires de l’IA, la connaissance scientifique ne serait qu’un empilement, qu’une collection de faits empiriques qui seraient découverts uniquement via des procédés techniques à raffiner. Cette fausse compréhension de la science ne la voit jamais comme l’activité humaine et sociale qu’elle est avant tout. Comme dans l’art, les promoteurs de l’IA ne voient la science que comme des idées, jamais comme une communauté de pratique.
Cette vision de la science explique qu’elle devienne une source de solutions pour résoudre les problèmes sociaux et politiques, dominée par la science informatique, en passe de devenir l’autorité scientifique ultime, le principe organisateur de la science. La surutilisation de l’IA en science risque pourtant bien plus de rendre la science moins innovante et plus vulnérable aux erreurs, estiment les chercheuses. « La prolifération des outils d’IA en science risque d’introduire une phase de recherche scientifique où nous produisons plus, mais comprenons moins » , expliquaient dans Nature Lisa Messeri et M. J. Crockett (sans compter le risque de voir les compétences diminuer, comme le soulignait une récente étude sur la difficulté des spécialistes de l’imagerie médicale à détecter des problèmes sans assistance). L’IA propose surtout un point de vue non situé, une vue depuis nulle part, comme le dénonçait Donna Haraway : elle repose sur l’idée qu’il y aurait une connaissance objective indépendante de l’expérience. « L’IA pour la science nous fait croire que l’on peut trouver des solutions en limitant nos regards à ce qui est éclairé par la lumière des centres de données ». Or, ce qui explique le développement de l’IA scientifique n’est pas la science, mais le capital-risque et les big-tech. L’IA rend surtout les publications scientifiques moins fiables. Bien sûr, cela ne signifie pas qu’il faut rejeter en bloc l’automatisation des instruments scientifiques, mais l’usage généralisé de l’IA risque d’amener plus de risques que de bienfaits.
Mêmes constats dans le monde de la presse, où les chercheuses dénoncent la prolifération de « moulins à contenus”, où l’automatisation fait des ravages dans un secteur déjà en grande difficulté économique. L’introduction de l’IA dans les domaines des arts, de la science ou du journalisme constitue une même cible de choix qui permet aux promoteurs de l’IA de faire croire en l’intelligence de leurs services. Pourtant, leurs productions ne sont pas des preuves de la créativité de ces machines. Sans la créativité des travailleurs qui produisent l’art, la science et le journalisme qui alimentent ces machines, ces machines ne sauraient rien produire. Les contenus synthétiques sont tous basés sur le vol de données et l’exploitation du travail d’autrui. Et l’utilisation de l’IA générative produit d’abord des dommages sociaux dans ces secteurs.
Le dernier chapitre du livre revient sur les doomers et les boosters, en renvoyant dos à dos ceux qui pensent que le développement de l’IA est dangereux et les accélérationnistes qui pensent que le développement de l’IA permettra de sauver l’humanité. Pour les uns comme pour les autres, les machines sont la prochaine étape de l’évolution. Ces visions apocalyptiques ont produit un champ de recherche dédié, appelé l’AI Safety. Mais, contrairement à ce qu’il laisse entendre, ce champ disciplinaire ne vient pas de l’ingénierie de la sécurité et ne s’intéresse pas vraiment aux dommages que l’IA engendre depuis ses biais et défaillances. C’est un domaine de recherche centré sur les risques existentiels de l’IA qui dispose déjà d’innombrables centres de recherches dédiés.
Pour éviter que l’IA ne devienne immaîtrisable, beaucoup estiment qu’elle devrait être alignée avec les normes et valeurs humaines. Cette question de l’alignement est considérée comme le Graal de la sécurité pour ceux qui œuvrent au développement d’une IA superintelligente (OpenAI avait annoncé travailler en 2023 à une super-intelligence avec une équipe dédiée au « super-alignement », mais l’entreprise a dissous son équipe moins d’un an après son annonce. Ilya Sutskever, qui pilotait l’équipe, a lancé depuis Safe Superintelligence Inc). Derrière l’idée de l’alignement, repose d’abord l’idée que le développement de l’IA serait inévitable. Rien n’est moins sûr, rappellent les chercheuses. La plupart des gens sur la planète n’ont pas besoin d’IA. Et le développement d’outils d’automatisation de masse n’est pas socialement désirable. « Ces technologies servent d’abord à centraliser le pouvoir, à amasser des données, à générer du profit, plutôt qu’à fournir des technologies qui soient socialement bénéfiques à tous ». L’autre problème, c’est que l’alignement de l’IA sur les « valeurs humaines » peine à les définir. Les droits et libertés ne sont des concepts qui ne sont ni universels ni homogènes dans le temps et l’espace. La déclaration des droits de l’homme elle-même s’est longtemps accommodé de l’esclavage. Avec quelles valeurs humaines les outils d’IA s’alignent-ils quand ils sont utilisés pour armer des robots tueurs, pour la militarisation des frontières ou la traque des migrants ?, ironisent avec pertinence Bender et Hanna.
Pour les tenants du risque existentiel de l’IA, les risques existentiels dont il faudrait se prémunir sont avant tout ceux qui menacent la prospérité des riches occidentaux qui déploient l’IA, ironisent-elles encore. Enfin, rappellent les chercheuses, les scientifiques qui travaillent à pointer les risques réels et actuels de l’IA et ceux qui œuvrent à prévenir les risques existentiels ne travaillent pas à la même chose. Les premiers sont entièrement concernés par les enjeux sociaux, raciaux, dénoncent les violences et les inégalités, quand les seconds ne dénoncent que des risques hypothétiques. Les deux champs scientifiques ne se recoupent ni ne se citent entre eux.
Derrière la fausse guerre entre doomers et boomers, les uns se cachent avec les autres. Pour les uns comme pour les autres, le capitalisme est la seule solution aux maux de la société. Les uns comme les autres voient l’IA comme inévitable et désirable parce qu’elle leur promet des marchés sans entraves. Pourtant, rappellent les chercheuses, le danger n’est pas celui d’une IA qui nous exterminerait. Le danger, bien présent, est celui d’une spéculation financière sans limite, d’une dégradation de la confiance dans les médias à laquelle l’IA participe activement, la normalisation du vol de données et de leur exploitation et le renforcement de systèmes imaginés pour punir les plus démunis. Doomers et boosters devraient surtout être ignorés, s’ils n’étaient pas si riches et si influents. L’emphase sur les risques existentiels détournent les autorités des régulations qu’elles devraient produire.
Pour répondre aux défis de la modernité, nous n’avons pas besoin de générateur de textes, mais de gens, de volonté politique et de ressources, concluent les chercheuses. Nous devons collectivement façonner l’innovation pour qu’elle bénéficie à tous plutôt qu’elle n’enrichisse certains. Pour résister à la hype de l’IA, nous devons poser de meilleures questions sur les systèmes qui se déploient. D’où viennent les données ? Qu’est-ce qui est vraiment automatisé ? Nous devrions refuser de les anthropomorphiser : il ne peut y avoir d’infirmière ou de prof IA. Nous devrions exiger de bien meilleures évaluations des systèmes. ShotSpotter, le système vendu aux municipalités américaines pour détecter automatiquement le son des coups de feux, était annoncé avec un taux de performance de 97 % (et un taux de faux positif de 0,5 % – et c’est encore le cas dans sa FAQ). En réalité, les audits réalisés à Chicago et New York ont montré que 87 à 91 % des alertes du système étaient de fausses alertes ! Nous devons savoir qui bénéficie de ces technologies, qui en souffre. Quels recours sont disponibles et est-ce que le service de plainte est fonctionnel pour y répondre ?
Pour les deux chercheuses, la résistance à l’IA passe d’abord et avant tout par luttes collectives. C’est à chacun et à tous de boycotter ces produits, de nous moquer de ceux qui les utilisent. C’est à nous de rendre l’usage des médias synthétiques pour ce qu’ils sont : inutiles et ringards. Pour les deux chercheuses, la résistance à ces déploiements est essentielle, tant les géants de l’IA sont en train de l’imposer, par exemple dans notre rapport à l’information, mais également dans tous leurs outils. C’est à nous de refuser « l’apparente commodité des réponses des chatbots ». C’est à nous d’œuvrer pour renforcer la régulation de l’IA, comme les lois qui protègent les droits des travailleurs, qui limitent la surveillance.
Emily Bender et Alex Hanna plaident pour une confiance zéro à l’encontre de ceux qui déploient des outils d’IA. Ces principes établis par l’AI Now Institute, Accountable Tech et l’Electronic Privacy Information Center, reposent sur 3 leviers : renforcer les lois existantes, établir des lignes rouges sur les usages inacceptables de l’IA et exiger des entreprises d’IA qu’elles produisent les preuves que leurs produits sont sans dangers.
Mais la régulation n’est hélas pas à l’ordre du jour. Les thuriféraires de l’IA défendent une innovation sans plus aucune entrave afin que rien n’empêche leur capacité à accumuler puissance et fortune. Pour améliorer la régulation, nous avons besoin d’une plus grande transparence, car il n’y aura pas de responsabilité sans elle, soulignent les chercheuses. Nous devons avoir également une transparence sur l’automatisation à l’œuvre, c’est-à-dire que nous devons savoir quand nous interagissons avec un système, quand un texte a été traduit automatiquement. Nous avons le droit de savoir quand nous sommes les sujets soumis aux résultats de l’automatisation. Enfin, nous devons déplacer la responsabilité sur les systèmes eux-mêmes et tout le long de la chaîne de production de l’IA. Les entreprises de l’IA doivent être responsables des données, du travail qu’elles réalisent sur celles-ci, des modèles qu’elles développent et des évaluations. Enfin, il faut améliorer les recours, le droit des données et la minimisation. En entraînant leurs modèles sur toutes les données disponibles, les entreprises de l’IA ont renforcé la nécessité d’augmenter les droits des gens sur leurs données. Enfin, elles plaident pour renforcer les protections du travail en donnant plus de contrôle aux travailleurs sur les outils qui sont déployés et renforcer le droit syndical. Nous devons œuvrer à des « technologies socialement situées », des outils spécifiques plutôt que des outils qui sauraient tout faire. Les applications devraient bien plus respecter les droits des usagers et par exemple ne pas autoriser la collecte de leurs données. Nous devrions enfin défendre un droit à ne pas être évalué par les machines. Comme le dit Ruha Benjamin, en défendant la Justice virale (Princeton University Press, 2022), nous devrions œuvrer à “un monde où la justice est irrésistible”, où rien ne devrait pouvoir se faire pour les gens sans les gens. Nous avons le pouvoir de dire non. Nous devrions refuser la reconnaissance faciale et émotionnelle, car, comme le dit Sarah Hamid du réseau de résistance aux technologies carcérales, au-delà des biais, les technologies sont racistes parce qu’on le leur demande. Nous devons les refuser, comme l’Algorithmic Justice League recommande aux voyageurs de refuser de passer les scanneurs de la reconnaissance faciale.
Bender et Hanna nous invitent à activement résister à la hype. À réaffirmer notre valeur, nos compétences et nos expertises sur celles des machines. Les deux chercheuses ne tiennent pas un propos révolutionnaire pourtant. Elles ne livrent qu’une synthèse, riche, informée. Elles ne nous invitent qu’à activer la résistance que nous devrions naturellement activer, mais qui semble être devenue étrangement radicale ou audacieuse face aux déploiements omnipotents de l’IA.
Hubert Guillaud