02.04.2025 à 10:42
Un grand pouvoir mais aucune responsabilité
Framalang
Texte intégral (15065 mots)
Mise à jour – 2 avril 16:20 : Remplacement du terme « merdification » par « emmerdification ».
Cory Doctorow, blogueur, journaliste et auteur de science-fiction canado-britannique bien connu chez les lecteur·ices assidu·es du Framablog, et étant notamment à l’origine du néologisme d’ « emmerdification » des espaces numériques, a récemment publié sur son blog une transcription d’une conférence qu’il donnait lors de la conférence Ursula Franklin ayant lieu au Innis College de l’Université de Toronto. Si l’auteur parle avant tout de son point de vue de canadien, son analyse de la situation et ses pistes de réflexion nous semblent mériter toute votre attention.
Notez enfin que l’auteur a aussi récemment été publié en français chez C&F Éditions avec l’ouvrage « Le rapt d’Internet ».
Cet article est une traduction de la publication de Cory Doctorow. Il est traduit et republié avec l’accord de l’auteur selon les termes de la licence CC BY 4.0. Cette traduction apporte un certain nombre d’illustrations et de liens non présents dans la version originale, afin de rendre la lecture plus agréable. Une vidéo de la conférence est également disponible.
Traduction Framalang : cwpute, retrodev, MO, Jums, spf, Booteille, tcit
Hier soir, je me suis rendu à Toronto pour pour l’évènement annuel de la Conférence Ursula Franklin, pour lequel j’ai donné un discours, au Innis College de l’Université de Toronto.
La conférence était intitulée « Un grand pouvoir n’a impliqué aucune responsabilité : comment l’emmerdification a conquis le XXIème siècle, et comment nous pouvons la renverser ». Il s’agit du dernier grand discours de ma série sur le sujet, qui avait commencé avec la conférence McLuhan de l’année dernière à Berlin.
Et qui s’était poursuivie pendant l’été avec une conférence introductive au Defcon.
Ce discours aborde spécifiquement les opportunités uniques de désemmerdification créées par le « désassemblage imprévu en plein-air » du système de libre-échange international par Trump. Les États-Unis ont utilisé des accords commerciaux pour forcer presque tous les pays du monde à adopter les lois sur la propriété intellectuelle qui rendent l’emmerdification possible, et peut-être même inévitable. Alors que Trump réduit en cendres ces accords commerciaux, le reste du monde a une opportunité sans précédent pour riposter à l’intimidation américaine en se débarrassant de ces lois et en produisant les outils, les appareils et les services qui peuvent protéger chaque utilisateur·ice de la Tech (étasunien·nes y compris) de se faire arnaquer par les grandes entreprises étasuniennes de la Tech.
Je suis très reconnaissant à l’idée de pouvoir donner cette conférence. J’ai été accueilli pour la journée par le Centre for Culture and Technology, fondé par Marshall McLuhan, et installé dans le relais de poste qu’il utilisait comme bureau. La conférence, elle, s’est déroulée dans le Innis College, nommé en hommage à Harold Innis, le Mashall McLuhan des penseurs et penseuses. De plus, j’ai eu pour enseignante la fille d’Innis, Anne Innis Dagg, une biologiste féministe, brillante et radicale, qui a quasiment inventé le domaine de giraffologie (l’étude des girafes fossiles, NDT).
Cependant, et avec tout le respect que j’ai pour Anne et son père, Ursula Franklin est la Harold Innis des penseur·euses. Une scientifique, activiste, et communicante brillante qui a dédié sa vie à l’idée que ce n’est pas tant ce que la technologie fait qui est important, mais plutôt à qui elle le fait et pour le bénéfice de qui.
Avoir l’opportunité de travailler depuis le bureau de McLuhan afin de présenter une conférence dans l’amphithéâtre d’Innis qui tient son nom de Franklin ? Ça me fait tout chaud à l’intérieur !Voici le texte de la conférence, légèrement modifié.
Je sais que la conférence de ce soir est sensée porter sur la dégradation des plateformes tech, mais j’aimerais commencer par parler des infirmières.
Un rapport de janvier 2025, provenant du Groundwork Collective, documente comment les infirmières sont de plus en plus recrutées par des applis de mise en relation — « le Uber des infirmières » — ce qui fait qu’elles ne savent jamais d’un jour sur l’autre si elles vont pouvoir travailler et combien elles seront payées.
Il y a quelque chose de high-tech qui se trame ici vis-à-vis du salaire des infirmières. Ces applis pour infirmières — un cartel de trois entreprises : Shiftkey, Shiftmed et Carerev — peuvent jouer comme elles l’entendent avec le prix de la main d’œuvre.
Avant que Shiftkey ne fasse une offre d’emploi à une infirmière, l’entreprise achète l’historique d’endettement de sa carte de crédit via un courtier en données. Plus spécifiquement, elle paie pour savoir combien l’infirmière a de dettes sur sa carte de crédit, et s’il y a un retard de remboursement.
Plus la situation financière de l’infirmière est désespérée, plus le salaire qu’on lui proposera sera bas. Parce que plus vous êtes désespérée, moins ça coûtera de vous faire venir travailler comme un âne à soigner les malades, les personnes âgées et les mourant·es.
Bon, il y a plein de choses qui se passent dans cette histoire, et elles sont toutes terrifiantes. Plus encore, elles sont emblématiques de l’ « emmerdification » (« enshittification » en anglais), ce mot que j’ai forgé pour décrire la dégradation des plateformes en ligne.
Quand j’ai commencé à écrire sur le sujet, je me focalisais sur les symptômes externes de l’emmerdification, un processus en trois étapes :
D’abord, la plateforme est bénéfique pour ses usager·es, tout en trouvant un moyen de les enfermer.
Comme Google, qui limitait les pubs et maximisait les dépenses en ingénierie du moteur de recherche, tout en achetant leur position dominante, en offrant à chaque service ou produit qui avait une barre de recherche de la transformer en barre de recherche Google.
Ainsi, peu importe le navigateur, le système d’exploitation mobile, le fournisseur d’accès que vous utilisiez, vous feriez toujours des recherches Google. C’était devenu tellement délirant qu’au début des années 2020, Google dépensait tous les 18 mois assez d’argent pour acheter Twitter tout entier, juste pour s’assurer que personne n’essaie un autre moteur de recherche que le sien.
C’est la première étape : être bon envers les utilisateur·ices, enfermer les utilisateur·ices.
La deuxième étape c’est lorsque la plateforme commence à abuser des utilisateur·ices pour attirer et enrichir ses client·es professionnel·les. Pour Google, il s’agit des annonceur·euses et des éditeur·ices web. Une part toujours plus importante des pages de résultats Google est consacrée aux annonces, qui sont signalées par des libellés toujours plus subtils, toujours plus petits et toujours plus gris. Google utilise ses données de surveillance commerciales pour cibler les annonces qui nous sont adressées.
Donc voilà la deuxième étape : les choses empirent pour les utilisateur·ices et s’améliorent pour les client·es professionnel·les.
Mais ces client·es professionnel·les sont également fait·es prisonnier·ères de la plateforme, dépendant·es de ces client·es. Dès lors que les entreprises tirent au moins 10 % de leurs revenus de Google, quitter Google devient un risque existentiel. On parle beaucoup du pouvoir de « monopole » de Google, qui découle de sa domination en tant que vendeur. Mais Google est aussi un monopsone, un acheteur puissant.
Ainsi, vous avez maintenant Google qui agit comme un monopoliste vis-à-vis de ses utilisateur·ices (première étape) et comme un monopsoniste vis-à-vis de ses client·es professionnel·les (deuxième étape), puis vient la troisième étape : Google récupère toute la valeur de la plateforme, à l’exception d’un résidu homéopathique calculé pour garder les utilisateur·ices prisonnier·ères de la plateforme, et les client·es professionnel·es enchaîné·es à ces utilisateur·ices.
Google se merdifie.
En 2019, Google a connu un tournant décisif. Son activité de recherche avait cru autant que possible. Plus de 90 % d’entre-nous utilisaient Google pour leur recherches, et nous l’utilisions pour absolument tout. Chaque pensée ou vaine question qui nous venait en tête, nous la tapions dans Google.
Comment Google pouvait-il encore grandir ? Il n’y avait plus d’autre utilisateur·ice pour adopter Google. On allait pas se mettre à chercher plus de choses. Que pouvait faire Google ?
Eh bien, grâce à des mémos internes publiés dans le cadre du procès anti-trust de l’année dernière contre Google, nous savons ce qu’ils ont fait. Ils ont dégradé la recherche. Ils ont réduit la précision du système, de sorte que vous ayez à faire deux recherches ou plus afin de trouver votre réponse, doublant ainsi le nombre de requêtes et doublant la quantité de publicités.
Pendant ce temps, Google a conclu un accord secret et illégal avec Facebook, nom de code Jedi Blue, pour truquer le marché de la publicité, en fixant les prix de manière à ce que les annonceur·euses paient plus et que les éditeur·ices gagnent moins.
Et c’est ainsi que nous arrivons au Google merdifié d’aujourd’hui, où chaque requête renvoie une bouillie générée par IA, au dessus de cinq résultats payants signalés par le mot SPONSORISÉ écrit en gris police 8pt sur fond blanc, eux-même, placés au dessus de dix liens remplis de spam qui renvoient vers des sites SEO (Search Engine Optimization, des sites conçus pour être affichés dans les premiers résultats de Google, NDT) produits à la pelle et remplis d’encore plus de bouillie générée par IA.
Et pourtant, nous continuons d’utiliser Google, parce que nous y sommes enfermé·es. C’est l’emmerdification, vue de l’extérieur. Une entreprise qui est bénéfique pour ses utilisateur·ices, tout en les enfermant. Puis les choses empirent pour les utilisateur·ices, de manière à ce qu’elles s’améliorent pour les client·es professionnel·les, tout en enfermant ces dernier·ères. Puis elle récupère toute la valeur pour elle-même et se transforme en un énorme tas de merde.
L’emmerdification, une tragédie en trois actes.
J’ai commencé en me concentrant sur les signes extérieurs de l’emmerdification, mais je pense qu’il est temps de commencer à réfléchir à ce qu’il se passe à l’intérieur des entreprises qui rendent cette emmerdification possible.
Quel est le mécanisme technique de l’emmerdification ? J’appelle cela le bidouillage (« twiddling »). Les merveilleux ordinateurs qui les font tourner lèguent aux entreprises du numérique leur infinie flexibilité. Cela veut dire que les entreprises peuvent bidouiller les commandes qui contrôlent les aspects les plus fondamentaux de leur activité. Chaque fois que vous interagissez avec une entreprise, tout est différent : les prix, les coûts, l’ordre des résultats, les recommandations.
Ce qui me ramène à nos infirmières. Vous vous rappelez de l’arnaque, celle où vous consultez le degré d’endettement de l’infirmière pour réduire en temps réel le salaire que vous lui offrez ? Ça c’est du bidouillage. C’est quelque chose qu’on ne peut faire qu’avec un ordinateur. Les patrons qui le font ne sont pas plus malfaisants que les patrons d’antan, ils ont juste de meilleurs outils.
Notez que ce ne sont même pas des patrons de la Tech. Ce sont des patrons de la santé, qui se trouvent disposer des outils de la Tech.
La numérisation — tisser des réseaux informatiques à l’intérieur d’une entreprise ou d’un domaine d’activité — rend possible ce genre de bidouillage qui permet aux entreprises de déplacer la valeur depuis les utilisateur·ices vers les client·es professionnel·les, puis des client·es professionnel·les vers les utilisateur·ices, et enfin, inévitablement, vers elles-mêmes.
Et la numérisation est en cours dans tous les domaines — dont celui des infirmières. Ce qui signifie que l’emmerdification est en cours dans tous les domaines — dont celui des infirmières.
La juriste Veena Dubal a inventé un terme pour décrire le bidouillage qui comprime le salaire des infirmières endettées. Ça s’appelle la « Discrimination Salariale Algorithmique » (Algorithmic Wage Discrimination), et cela fait suite à l’économie à la tâche.
L’économie à la tâche est un lieu central de l’emmerdification, et c’est la déchirure la plus importante dans la membrane séparant le monde virtuel du monde réel. Le boulot à la tâche, c’est là où votre patron de merde est une application de merde, et où vous n’avez même pas le droit de vous considérer comme un employé·e.
Uber a inventé cette astuce. Les chauffeurs et chauffeuses qui font les difficiles pour choisir les contrats que l’appli leur affiche commencent par recevoir des offres avec de meilleurs paies. Mais si iels succombent à la tentation et prennent l’une de ces options mieux payées, alors les paies commencent à nouveau à réduire, à intervalles aléatoires, petit à petit, imaginés pour être en dessous du seuil de perception humain. Évitant de cuire la grenouille pour seulement la pocher, l’entreprise attend que lae chauffeur·euse Uber se soit endetté·e pour acheter une nouvelle voiture et ait abandonné tout boulot annexe qui lui permettait alors de choisir les meilleures contrats. Et c’est ainsi que leurs revenus diminuent, diminuent, diminuent.
Le bidouillage est une astuce grossière faite à la va-vite. N’importe quelle tâche assez simple mais chronophage est une candidate idéale à l’automatisation, et ce genre de vol de revenus serait insupportablement pénible, fastidieux et coûteux à effectuer manuellement. Aucun entrepôt du XIXème siècle rempli de bonhommes à visière vertes penchés sur des livres de compte ne pourrait faire ça. La numérisation est nécessaire.
Bidouiller le salaire horaire des infirmières est un exemple parfait du rôle de la numérisation dans l’emmerdification. Parce que ce genre de choses n’est pas seulement mauvais pour les infirmières, c’est aussi mauvais pour les patient·es. Pensons-nous vraiment que payer les infirmières en fonction de leur degré de désespoir, avec un taux calculé pour accroître ce niveau de désespoir, et donc décroître le salaire pour lequel elles vont sans doute travailler, aura pour conséquence de meilleurs soins ?
Voulez-vous que votre cathéter soit posé par une infirmière nourrie par les Restos du Cœur, qui a conduit un Uber jusqu’à minuit la nuit dernière, et qui a sauté le petit déjeuner ce matin pour pouvoir payer son loyer ?
Voilà pourquoi il est si naïf de dire « si c’est gratuit, c’est que c’est vous le produit ». « Si c’est gratuit » attribue aux services financés par la publicité un pouvoir magique : celui de contourner nos facultés critiques en nous surveillant, et en exploitant les dossiers qui en résultent pour localiser nos angle-morts mentaux, et en les transformant en armes pour nous faire acheter tout ce qu’un publicitaire vend.
Avec cette expression, nous nous rendons complices de notre propre exploitation. En choisissant d’utiliser des services « gratuits », nous invitons les capitalistes de la surveillance à notre propre exploitation, ceux-là même qui ont développé un rayon-laser de contrôle mental alimenté par les données de surveillance que nous fournissons volontairement en choisissant des services financés par la publicité.
La morale, c’est que si nous revenions à simplement payer pour avoir des choses, plutôt que de demander leur gratuité de manière irréaliste, nous rendrions au capitalisme son état fonctionnel de non-surveillance, et les entreprises recommenceraient à mieux s’occuper de nous, car nous serions les client·es, et non plus les produits.
C’est pour cette raison que l’hypothèse du capitalisme de surveillance élève les entreprises comme Apple au rang d’alternatives vertueuses. Puisqu’Apple nous fait payer avec de l’argent, plutôt qu’avec notre attention, elle peut se concentrer sur la création de services de qualité, plutôt que de nous exploiter.
Si on regarde de façon superficielle, il y a une logique plausible à tout cela. Après, tout, en 2022, Apple a mis à jour son système d’exploitation iOS, qui tourne sur les iPhones et autres appareils mobiles, ajoutant une case à cocher qui vous permet de refuser la surveillance par des tiers, notamment Facebook.
96 % des client·es d’Apple ont coché cette case. Les autres 4 % étaient probablement ivres, ou des employé·es de Facebook, ou des employé·es de Facebook ivres. Ce qui est logique car, si je travaillais pour Facebook, je serais ivre en permanence.
Il semble donc, à première vue, qu’Apple ne traite pas ses client·es comme un « produit ». Mais, en même temps que cette mesure de protection de la vie privée, Apple activait secrètement son propre système de surveillance pour les propriétaires d’iPhone, qui allait les espionner de la même manière que Facebook l’avait fait, et exactement dans le même but : vous envoyer des publicités ciblées en fonction des lieux que vous avez visités, des choses que vous avez recherchées, des communications que vous avez eues, des liens sur lesquels vous avez cliqué. Apple n’a pas demandé la permission à ses client·es pour les espionner. Elle ne leur a pas permis de refuser cette surveillance. Elle ne leur en a même pas parlé et, quand elle a été prise la main dans le sac, Apple a menti.
Il va sans dire que le rectangle à distractions à 1000 dollars d’Apple, celui-la même qui est dans votre poche, c’est bien vous qui l’avez payé. Le fait que vous l’ayez payé n’empêche pas Apple de vous traiter comme un produit. Apple traite aussi ses client·es professionnel·les — les vendeur·euses d’applications — comme un produit, en leur extorquant 30 centimes sur chaque dollar qu’ils gagnent, avec des frais de paiement obligatoires qui sont 1000 % plus élevés que les normes dans le domaine, déjà exorbitantes. Apple traite ses utilisateur·ices — les gens qui déboursent une brique pour un téléphone — comme un produit, tout en les espionnant pour leur envoyer des publicités ciblées.
Apple traite tout le monde comme un produit.
Voilà ce qu’il se passe avec nos infirmière à la tâche : les infirmières sont le produit. Les patient·es sont le produit. Les hôpitaux sont le produit. Dans l’emmerdification, « le produit » est chaque personne qui peut être productifiée.
Un traitement juste et digne n’est pas quelque chose que vous recevez comme une récompense de fidélité client, pour avoir dépensé votre argent plutôt que votre attention. Comment recevoir un traitement juste et digne alors ? Je vais y venir, mais restons encore un instant avec nos infirmières.
Les infirmières sont le produit et elles sont bidouillées, parce qu’elles ont été enrôlées dans l’industrie de la Tech, via la numérisation de leur propre industrie.
Il est tentant de rejeter la faute sur la numérisation. Mais les entreprises de la Tech ne sont pas nées merdifiées. Elles ont passé des années — des décennies — à concevoir des produits plaisants. Si vous êtes assez vieille ou vieux pour vous souvenir du lancement de Google, vous vous souviendrez que, au départ, Google était magique.
Vous auriez pu interroger Ask Jeeves pendant un million d’années, vous auriez pu remplir Altavista avec dix trilliards d’opérateurs booléens visant à éliminer les résultats médiocres, sans jamais aboutir à des réponses aussi nettes et utiles que celles que vous auriez obtenues avec quelques mots vaguement descriptifs dans une barre de recherche Google.
Il y a une raison pour laquelle nous sommes tous passé·es à Google, pour laquelle autant d’entre nous ont acheté des iPhones, pour laquelle nous avons rejoint nos amis sur Facebook : tous ces services étaient nativement numériques, ils auraient pu se merdifier à tout moment, mais ils ne l’ont pas fait — jusqu’à ce qu’ils le fassent, et ils l’ont tous fait en même temps.
Si vous étiez une infirmière, que tous les patient·es qui se présentent aux urgences en titubant présentent les mêmes horribles symptômes, vous appelleriez le ministère de la Santé pour signaler la potentielle apparition d’un nouvelle et dangereuse épidémie.
Ursula Franklin soutenait que les conséquences de la technologie n’étaient pas prédestinés. Elles sont le résultat de choix délibérés. J’aime beaucoup cette analyse, c’est une manière très science-fictionnesque de penser la technologie. La bonne science-fiction ne porte pas seulement sur ce que la technologie fait, mais pour qui elle le fait, et à qui elle le fait.
Ces facteurs sociaux sont bien plus importants que les seules spécifications techniques d’un gadget. Ils incarnent la différence entre un système qui vous prévient lorsqu’en voiture vous commencez à dévier de votre route et qu’un système informe votre assurance que vous avez failli dévier de votre route, pour qu’ils puissent ajouter 10 dollars à votre tarif mensuel.
Ils incarnent la différence entre un correcteur orthographique qui vous informe que vous avez fait une erreur et un patrongiciel qui permet à votre chef d’utiliser le nombre de vos erreurs pour justifier qu’il vous refuse une prime.
Ils incarnent la différence entre une application qui se souvient où vous avez garé votre voiture et une application qui utilise la localisation de votre voiture comme critère pour vous inclure dans un mandat de recherche des identités de toutes les personnes situées à proximité d’une manifestation contre le gouvernement.
Je crois que l’emmerdification est causée par des changements non pas des technologies, mais de l’environnement réglementaire. Ce sont des modifications des règles du jeu, initiées de mémoire d’humain·e, par des intervenants identifiés, qui étaient déjà informés des probables conséquences de leurs actions, qui sont aujourd’hui riches et respectés, ne subissant aucune conséquence ou responsabilité pour leur rôle dans l’avènement du merdicène. Ils se pavanent en haute société, sans jamais se demander s’ils finiront au bout d’une pique.
En d’autres termes, je pense que nous avons créé un environnement criminogène, un parfait bouillon de culture des pratiques les plus pathogènes de notre société, qui se sont ainsi multipliées, dominant la prise de décision de nos entreprises et de nos États, conduisant à une vaste emmerdification de tout.
Et je pense qu’il y a quelques bonnes nouvelles à tirer de tout ça, car si l’emmerdification n’est pas causée par un nouveau genre de méchantes personnes, ou par de grandes forces de l’histoire joignant leur poids pour tout transformer en merde, mais est plutôt causée par des choix de réglementation spécifiques, alors nous pouvons revenir sur ces règles, en produire de meilleures et nous extraire du merdicène, pour reléguer cet internet merdifié aux rebuts de l’histoire, simple état transitoire entre le bon vieil internet et un bon internet tout neuf.
Je ne vais pas parler d’IA aujourd’hui, parce que, mon dieu, l’IA est un sujet tellement ennuyeux et tellement surfait. Mais je vais utiliser une métaphore qui parle d’IA, pour parler de l’entreprise à responsabilité limitée, qui est une sorte d’organisme colonisateur immoral et artificiel, au sein duquel les humain·es jouent le rôle d’une sorte de flore intestinale. Mon collègue Charlie Stoss nomme ces sociétés des « IA lentes ».
Vous avez donc ces IA lentes, dont les boyaux grouillent de gens, et l’impératif de l’IA, le trombone qu’elle cherche à optimiser, c’est le profit. Pour maximiser les profits, facturez aussi cher que vous le souhaitez, payez vos travailleur·euses et vos fournisseur·euses aussi peu que vous le pouvez, dépensez aussi peu que possible pour la sécurité et la qualité.
Chaque dollar que vous ne dépensez pas pour les fournisseur·euses, les travailleur·euses, la qualité ou la sécurité est un dollar qui peut revenir aux cadres et aux actionnaires. Il y a donc un modèle simple d’entreprise qui pourrait maximiser ses profits en facturant un montant infini de dollars, en ne payant rien à ses travailleur·euses et à ses fournisseur·euses, et en ignorant les questions de qualité et de sécurité.
Cependant, cette entreprise ne gagnerait pas du tout d’argent, pour la très simple raison que personne ne voudrait acheter ce qu’elle produit, personne ne voudrait travailler pour elle ou lui fournir des matériaux. Ces contraintes agissent comme des forces punitives disciplinaires, qui atténuent la tendance de l’IA à facturer à l’infini et ne rien payer.
Dans la Tech, on trouve quatre de ces contraintes, des sources de discipline anti-emmerdificatoires qui améliorent les produits et les services, rémunèrent mieux les travailleur·euses et empêchent les cadres et des actionnaires d’accroître leur richesse au détriment des client·es, des fournisseur·euses et des travailleur·euses.
La première de ces contraintes, c’est le marché. Toutes choses égales par ailleurs, une entreprise qui facture davantage et produit moins perdra des client·es au profit d’entreprises qui sont plus généreuses dans leur partage de la valeur avec les travailleur·euses, les client·es et les fournisseur·euses.
C’est la base de la théorie capitaliste, et le fondement idéologique de la loi sur la concurrence, que nos cousins étasuniens nomment « loi anti-trust ».
En 1890, le Sherman Act a été première loi anti-trust, que le sénateur John Sherman, son rapporteur, défendit devant le Sénat en disant :
Si nous refusons de subir le pouvoir d’un roi sur la politique, nous ne devrions pas le subir sur la production, les transports, ou la vente des produits nécessaires à la vie. Si nous ne nous soumettons pas à un empereur, nous ne devrions pas nous soumettre à un autocrate du commerce disposant du pouvoir d’empêcher la concurrence et de fixer les prix de tous les biens.
Le sénateur Sherman faisait écho à l’indignation du mouvement anti-monopoliste de l’époque, quand des propriétaires de sociétés monopolistiques jouaient le rôle de dictateurs, ayant le pouvoir de décision sur qui pouvait travailler, qui mourait de faim, ce qui pourrait être vendu et à quel prix.
En l’absence de concurrence, ils étaient trop gros pour échouer, trop gros pour être emprisonnés, et trop gros pour s’en préoccuper. Comme Lily Tomlin disait dans ses publicités parodiques pour AT&T dans l’émission Saturday Night Live : « Nous n’en avons rien à faire. Nous n’en avons pas besoin. Nous sommes l’entreprise de téléphone. »
Qu’est-il donc arrivé à la force disciplinaire de la concurrence ? Nous l’avons tuée. Depuis une quarantaine d’années, la vision reaganienne des économistes de l’École de Chicago a transformé l’anti-trust. Ils ont rejeté l’idée de John Sherman selon laquelle nous devrions maintenir la concurrence entre les entreprises pour empêcher l’émergence d’« autocrates du commerce », et installé l’idée que les monopoles sont efficaces.
En d’autres termes, si Google possède 90 % des parts de marché, ce qui est le cas, alors on se doit d’inférer que Google est le meilleur moteur de recherche au monde, et le meilleur moteur de recherche possible. La seule raison pour laquelle un meilleur moteur de recherche n’a pas pu se démarquer est que Google est tellement compétent, tellement efficace, qu’il n’y a aucun moyen concevable de l’améliorer.
On peut aussi dire que Google est le meilleur parce qu’il a le monopole, et on peut dire que le monopole est juste puisque Google est le meilleur.
Il y a 40 ans, donc, les États-Unis — et ses partenaires commerciaux majeurs — ont adopté une politique de concurrence commerciale explicitement pro-monopole.
Vous serez content·es d’apprendre que ce n’est pas ce qui s’est passé au Canada. Le Représentant du Commerce étasunien n’est pas venu ici pour nous forcer à bâillonner nos lois sur la compétitivité. Mais ne faites pas trop les fier·es ! Ce n’est pas arrivé pour la simple raison qu’il n’y en avait pas besoin. Parce que le Canada n’a pas de loi sur la concurrence qui mérite cette appellation, et n’en a jamais eue.
Au cours de toute son histoire, le Bureau de la Concurrence (« Competition Bureau ») a contesté trois fusions d’entreprise, et a empêché exactement zéro fusion, ce qui explique comment nous nous sommes retrouvés avec un pays qui doit tout aux ploutocrates les plus médiocres qu’on puisse imaginer comme les Irving, les Weston, les Stronach, les McCain et les Rogers.
La seule raison qui explique comment ces prodiges sans vergogne ont été capables de conquérir ce pays est que les étasuniens avaient boosté leurs monopolistes avant qu’il ne soient capables de conquérir les États-Unis et de porter leur attention sur nous. Mais il y a 40 ans, le reste du monde adoptait le « standard de bien-être du consommateur » pro-monopole de la Chicago School (Consumer Welfare Standard, CWS), et on s’est retrouvé·es avec… des monopoles. Des monopoles en pharmaceutique, sur le marché de la bière, celui des bouteilles de verre, des Vitamine C, des chaussures de sport, des microprocesseurs, des voitures, des lunettes de vue, et, bien sûr, celui du catch professionnel.
Souvenez-vous : ces politiques spécifiques ont été adoptées de mémoire d’humain·e, par des individus identifiables, qui ont été informés, qui sont devenus riches, et n’en ont jamais subi les conséquences. Les économistes qui ont conçu ces politiques sont encore dans le coin aujourd’hui, en train de polir leurs faux prix Nobel, de donner des cours dans des écoles d’élite, de se faire des millions en expertise-conseil pour des entreprise de premier ordre. Quand on les interroge sur le naufrage que leurs politiques ont provoqué, ils clament leur innocence, affirmant — sans ciller — qu’il n’y a aucune manière de prouver l’influence des politiques pro-monopole dans l’avènement des monopoles.
C’est comme si on avait l’habitude d’utiliser de la mort-au-rat sans avoir de problème de rats. Donc ces gens nous demandent d’arrêter, et maintenant les rats nous dévorent le visage. Alors ils prennent leurs grands yeux innocents et disent : « Comment pouvez-vous être sûrs que notre politique contre la mort-au-rat et l’invasion globale de rats soient liées ? C’est peut-être simplement l’Ère des Rats ! Peut-être que les tâches solaires ont rendu les rats plus féconds qu’à d’autres moments de l’histoire ! Ils ont acheté les usines de mort-au-rat puis les ont fermé, et alors quoi ? Fermer ces usines après qu’on ait décidé d’arrêter d’utiliser de la mort-au-rat est une décision rationnelle et Pareto-optimale. »
Les marchés ne punissent pas les entreprises de la Tech parce qu’elles ne font pas de concurrence avec leurs rivaux, elles les achètent. C’est une citation, de Mark Zuckerberg :
Il vaut mieux acheter que d’entrer en concurrence.
C’est pour cela que Mark Zuckerberg a acheté Instagram pour un milliard de dollars, même si l’entreprise n’avait que 12 salarié·es et 25 millions d’utilisateur·ices. Comme il l’écrivait à son Directeur Financier dans un e-mail nocturne particulièrement mal avisé, il était obligé d’acheter Instagram, parce que les utilisateur·ices de Facebook étaient en train de quitter Facebook pour Instagram. En achetant Instagram, Zuck s’assurait que quiconque quitterait Facebook — la plateforme — serait toujours prisonnier·ère de Facebook — l’entreprise.
Malgré le fait que Zuckerberg ait posé sa confession par écrit, l’administration Obama l’a laissé entreprendre cette fusion, parce que tous les gouvernement, de tous les bords politiques, et ce depuis 40 ans, ont pris comme position de croire que les monopoles sont performants.
Maintenant, pensez à notre infirmière bidouillée et paupérisée. Les hôpitaux font partie des secteurs les plus consolidés des États-Unis. D’abord, on a dérégularisé les fusions du secteur pharmaceutique, les entreprises pharmaceutiques se sont entre-absorbées à la vitesse de l’éclair, et elles ont gonflé les prix des médicaments. Alors les hôpitaux ont eux aussi fusionné vers le monopole, une manœuvre défensive qui a laissé une seule chaîne d’hôpitaux s’accaparer la majorité d’une région ou d’une ville et dire aux entreprises pharmaceutiques : « Soit vous baissez le prix de vos produits, soit vous ne pouvez plus les vendre à aucun de nos hôpitaux ».
Bien sûr, une fois cette mission accomplie, les hôpitaux ont commencé à arnaquer les assureurs, qui mettaient en scène leur propre orgie incestueuse, achetant et fusionnant jusqu’à ce que les étasunien·nes n’aient plus le choix qu’entre deux ou trois assurances. Ça a permis aux assureurs de riposter contre les hôpitaux, en laissant les patient·es et les travailleur·es de la santé sans défense contre le pouvoir consolidé des hôpitaux, des entreprises pharmaceutiques, des gestionnaire de profits pharmacologiques, des centrales d’achats, et des autres cartels de l’industrie de la santé, duopoles et monopoles.
Ce qui explique pourquoi les infirmières signent pour travailler dans des hôpitaux qui utilisent ces effroyables applis, remplaçant des douzaines d’agences de recrutement qui entraient auparavant en compétition pour l’emploi des infirmières.
Pendant ce temps, du côté des patient·es, la concurrence n’a jamais eu d’effet disciplinaire. Personne n’a jamais fait de shopping à la recherche d’une ambulance moins chère ou d’un meilleur service d’urgences alors qu’iel avait une crise cardiaque. Le prix que les gens sont prêts à payer pour ne pas mourir est « tout ce que j’ai ».
Donc, vous avez ce secteur qui n’a au départ aucune raison de devenir une entreprise commerciale, qui perd le peu de restrictions qu’elle subissait par la concurrence, pavant le chemin pour l’emmerdification.
Mais j’ai dit qu’il y avait 4 forces qui restreignaient les entreprises. La deuxième de ces forces, c’est la régulation, la discipline imposée par les états.
C’est une erreur de voir la discipline du marché et la discipline de l’État comme deux champs isolés. Elles sont intimement connectées. Parce que la concurrence est une condition nécessaire pour une régulation effective.
Laissez-moi vous l’expliquer en des termes que même les libertariens les plus idéologiques peuvent comprendre. Imaginons que vous pensiez qu’il n’existe précisément qu’une seule régulation à faire respecter par l’État : honorer les contrats. Pour que le gouvernement puisse servir d’arbitre sur le terrain, il doit avoir le pouvoir d’inciter les joueurs à honorer leurs contrats. Ce qui veut dire que le plus petit gouvernement que vous pouvez avoir est déterminé par la plus grande entreprise que vous voulez bien tolérer.
Alors même si vous êtes le genre de libertarien complètement gaga de Musk et qui ne peut plus ouvrir son exemplaire de La Grève tellement sont toutes collées entre elles, qui trépigne à l’idée d’un marché du rein humain, et demande le droit de se vendre en esclavage, vous devriez quand même vouloir un robuste régime anti-monopole, pour que ces contrats puissent être honorés. Quand un secteur se cartelise, quand il s’effondre et se transforme en oligarchie, quand internet devient « cinq sites internet géants, chacun d’eux remplit des d’écran des quatre autres », alors celui-ci capture ses régulateurs.
Après tout, un secteur qui comporte 100 entreprises en compétition est une meute de criminels, qui se sautent à la gorge les uns les autres. Elles ne peuvent pas se mettre d’accord sur quoi que ce soit, et surtout pas sur la façon de faire du lobbying.
Tandis qu’un secteur de 5 entreprises — ou 4 — ou 3 — ou 2 — ou une — est un cartel, un trafic organisé, une conspiration en devenir. Un secteur qui s’est peu à peu réduit en une poignée d’entreprises peut se mettre d’accord sur une position de lobbying commune.
Et plus encore, elles sont tellement isolées de toute « concurrence inefficace » qu’elles débordent d’argent, qu’elles peuvent mobiliser pour transformer leurs préférences régulatoires en régulations. En d’autres termes, elles capturent leurs régulateurs.
La « capture réglementaire » peut sembler abstraite et compliquée, aussi laissez-moi vous l’expliquer avec des exemples concrets. Au Royaume-Uni, le régulateur anti-trust est appelé l’Autorité des Marchés et de la Concurrence (« Competition and Markets Authority », abbrégé CMA), dirigé — jusqu’à récemment — par Marcus Bokkerink. Le CMA fait partie des enquêteurs et des régulateurs les plus efficaces du monde contre les conneries de la Big Tech.
Le mois dernier (le 21 janvier 2025, NDT), le Premier ministre britannique Keir Starmer a viré Bokkerink et l’a remplacé par Doug Gurr, l’ancien président d’Amazon UK. Hey Starmer, on a le poulailler au téléphone, ils veulent faire entrer le renard.
Mais revenons à nos infirmières : il y a une multitude d’exemples de capture réglementaire qui se cachent dans cette situation, mais je vais vous sélectionner le plus flagrant d’entre eux, le fait qu’il existe des courtiers en données qui vous revendront les informations d’étasunien·nes lambda concernant leurs dettes sur carte de crédit.
C’est parce que le congrès étasunien n’a pas passé de nouvelle loi sur la vie privée des consommateur·ices depuis 1988, quand Ronald Reagan a signé la loi appelée « Video Privacy Protection Act » ( Loi de Protection de la Vie Privée relative aux Vidéos) qui empêche les vendeur·euses de cassettes vidéo de dire aux journaux quelles cassettes vous avez emmenées chez vous. Que le congrès n’ait pas remis à jour les protections de la vie privée des étasunien·nes depuis que Die Hard est sorti au cinéma n’est pas une coïncidence ou un oubli. C’est l’inaction payée au prix fort par une industrie irrespectueuse de la vie privée, fortement concentrée — et donc follement profitable — et qui a monétisé l’abus des droits humains à une échelle inconcevable.
La coalition favorable à maintenir gelées les lois sur la vie privée depuis la dernière saison de Hôpital St Elsewhere continue de grandir, parce qu’il existe une infinité de façons de transformer l’invasion systématique de nos droits humains en argent. Il y a un lien direct entre ce phénomène et les infirmières dont le salaire baisse lorsqu’elles ne peuvent pas payer leurs factures de carte de crédit.
Donc la concurrence est morte, la régulation est morte, et les entreprises ne sont punies ni par la discipline du marché, ni par celle de l’état. Mais il y a bien quatre forces capables de discipliner les entreprises, de contribuer à l’environnement hostile pour la reproduction des monstres merdifiants et sociopathes.
Alors parlons des deux autres forces. La première est l’interopérabilité, le principe selon lequel deux ou plusieurs autres choses peuvent fonctionner ensemble. Par exemple, vous pouvez mettre les lacets de n’importe qui sur vos chaussures, l’essence de n’importe qui dans votre voiture, et les ampoules de n’importe qui dans vos lampes. Dans le monde non-numérique, l’interopérabilité demande beaucoup de travail, vous devez vous mettre d’accord sur une direction, une grandeur, un diamètre, un voltage, un ampérage, une puissance pour cette ampoule, ou alors quelqu’un va se faire exploser la main.
Mais dans le monde numérique, l’interopérabilité est intégrée, parce que nous ne savons faire qu’un seul type d’ordinateur, la machine universelle et Turing-complète de von Neumann, une machine de calcul capable d’exécuter tout programme valide.
Ce qui veut dire que pour chaque programme d’emmerdification, il y a un programme de contre-emmerdification en attente d’être lancé. Quand HP écrit un programme pour s’assurer que ses imprimantes refusent les cartouches tierces, quelqu’un d’autre peut écrire un programme qui désactive cette vérification.
Pour les travailleur·euses à la tâche, les applis d’anti-emmerdification peuvent endosser le rôle du fidèle serviteur. Par exemple, les conducteur·ices de taxi à la tâche en Indonésie se sont monté·es en coopérative qui commissionnent les hackers pour écrire des modifications dans leurs applis de répartition de travail. Par exemple, une appli de taxi ne contractera pas un·e conducteur·ice pour aller cherche un·e client·e à la gare, à moins qu’iel soit juste à la sortie de celle-ci, mais quand les gros trains arrivent en gare c’est une scène cauchemardesque de chaos total et létal.
Alors les conducteur·ices ont une appli qui leur permet d’imiter leur GPS, ce qui leur permet de se garer à l’angle de la rue, mais laisse l’appli dire à leur patron qu’iels sont juste devant la sortie de la gare. Quand une opportunité se présente, iels n’ont plus qu’à se faufiler sur quelques mètres pour prendre leur client·e, sans contribuer à la zizanie ambiante.
Aux États-Unis, une compagnie du nom de Para proposait une appli pour aider les conducteur·ices chez Doordash à être mieux payé·es. Voyez-vous, c’est sur les pourboires que les conducteur·ices Doordash se font le plus d’argent, et l’appli Doordash pour ses conducteur·ices cache le montant du pourboire jusqu’à ce que vous acceptiez la course, ce qui veut dire que vous ne savez pas avant de la prendre si vous acceptez une course qui vous paiera 1,15$ ou 11,50$ avec le pourboire. Alors Para a construit une appli qui extrayait le montant du pourboire et le montrait aux conducteur·ices avant qu’iels ne s’engagent.
Mais Doordush a fermé l’appli, parce qu’aux États-Unis d’Amérique, les applis comme Para sont illégales. En 1998, Bill Clinton a signé une loi appelée le « Digital Millenium Copyright Act » (Loi du Millénaire Numérique relative aux Droits d’auteur, abrégé DMCA), et la section 1201 du DMCA définit le fait de « contourner un accès contrôlé par un travail soumis aux droits d’auteur » comme un délit passible de 500.000$ d’amende et d’une peine de prison de 5 ans pour une première condamnation. Un simple acte de rétro-ingénierie sur une appli comme Doordash est un délit potentiel, et c’est pour cela que les compagnies sont tellement excitées à l’idée de vous faire utiliser leurs applis plutôt que leurs sites internet.
La toile est ouverte, les applis sont fermées. La majorité des internautes ont installé un bloqueur de pubs (qui est aussi un outil de protection de vie privée). Mais personne n’installe de bloqueur de pubs pour une appli, parce que c’est un délit de distribuer un tel outil, parce que vous devez faire de la rétro-ingénierie sur cette appli pour y arriver. Une appli c’est juste un site internet enrobé dans assez de propriété intellectuelle pour que la compagnie qui l’a créée puisse vous envoyer en prison si vous osez la modifier pour servir vos intérêts plutôt que les leurs.
Partout dans le monde, on a promulgué une masse de lois qu’on appelle « lois sur la propriété intellectuelle », qui rendent illégal le fait de modifier des services, des produits ou des appareils afin qu’ils servent vos propres intérêts, plutôt que les intérêts des actionnaires.
Comme je l’ai déjà dit, ces lois ont été promulguées de mémoire d’humain·e, par des personnes qui nous côtoient, qui ont été informées des évidentes et prévisibles conséquences de leurs plans téméraires, mais qui les ont tout de même appliquées.
En 2010, deux ministres du gouvernement Harper (Premier ministre canadien, NDT) ont décidé de copier-coller le DMCA étasunien dans la loi canadienne. Ils ont entrepris une consultation publique autour de la proposition qui rendrait illégale toute rétro-ingénierie dans le but modifier des services, produits ou appareils, et ils en ont pris plein les oreilles ! 6138 canadien·nes leurs ont envoyé des commentaires négatifs sur la consultation. Ils les ont mis en garde que rendre illégale le détournement des verrous propriétaire interférerait avec la réparation des appareils aussi divers que les tracteurs, les voitures, et les équipements médicaux, du ventilateur à la pompe à insuline.
Ces canadien·nes ont prévenu que des lois interdisant le piratage des verrous numériques laisseraient les géants étasuniens de la Tech s’emparer du marché numérique, nous forçant à acheter nos applis et nos jeux depuis les magasins d’appli étasuniens, qui pourraient royalement choisir le montant de leur commission. Ils ont prévenu que ces lois étaient un cadeau aux monopolistes qui cherchaient à gonfler le prix de l’encre ; que ces lois sur les droits d’auteur, loin de servir les artistes canadien·nes, nous soumettraient aux plateformes étasuniennes. Parce que chaque fois que quelqu’un dans notre public achèterait une de nos créations, un livre, une chanson, un jeu, une vidéo verrouillée et enchaînée à une appli étasunienne, elle ne pourrait plus jamais être déverrouillée.
Alors si nous, les travailleur·euses créatif·ves du Canada, nous mettions à migrer vers un magasin canadien, notre public ne pourrait pas venir avec nous. Il ne pourrait pas transférer leurs achats depuis l’appli étasunienne vers l’appli canadienne.
6138 canadien·nes le leur ont dit, tandis que seulement 54 répondant·es se sont rangé·es du côté du Ministre du Patrimoine canadien, James Moore, et du Ministre de l’Industrie, Tony Clement. Alors, James Moore a fait un discours, à la réunion de la Chambre Internationale du Commerce ici à Toronto, où il a dit qu’il allait seulement écouter les 54 grincheux·ses qui supportaient ses idées affreuses, sur la base que les 6138 autres personnes qui n’étaient pas d’accord avec lui étaient des « braillard·es… extrémistes radicaux·ales ».
Donc en 2012, nous avons copié les horribles lois de verrouillage numérique étasuniennes dans notre livre de lois canadien, et nous vivons maintenant dans le monde de James Moore et Tony Clement, où il est illégal de pirater un verrou numérique. Donc si une entreprise mets un verrou numérique sur un produit, ils peuvent faire n’importe quoi derrière ce verrou, et c’est un crime de passer passer outre.
Par exemple, si HP met un verrou numérique sur ses imprimantes qui vérifie que vous n’êtes pas en train d’utiliser des cartouches d’encre tierces ou de recharger une cartouche HP, c’est un crime de contourner ce verrou et d’utiliser une encre tierce. Et c’est pour ça que HP peut continuer de nous racketter sur le prix de l’encre en le faisant monter, et monter, et monter.
L’encre d’imprimante est maintenant le fluide le plus coûteux qu’un·e civil·e peut acheter sans permis spécial. C’est de l’eau colorée qui coûte 10.000$ le gallon (environ 2000€ le litre, NDT) ce qui veut dire que vous imprimez votre liste de courses avec un liquide qui coûte plus cher que la semence d’un étalon gagnant du Derby dans le Kentucky.
C’est le monde que nous ont laissé Clement et Moore, de mémoire d’humain·e, après qu’on les ait avertis, et qu’ils aient tout de même appliqué leur plan. Un monde où les fermier·ères ne peuvent pas réparer leurs tracteurs, où les mécanicien·nes indépendant·es ne peuvent pas réparer votre voiture, où les hôpitaux pendant les confinements de l’épidémie ne pouvaient pas mettre en service leurs respirateurs artificiels défectueux, où chaque fois qu’un·e utilisateur·ice canadien·ne d’iPhone achète une appli d’un·e auteur·ice canadien·ne de logiciel, chaque dollar qu’iels dépensent fait un petit tour par les bureaux d’Apple à Cupertino en Californie, avant de revenir allégés de 30 centimes.
Laissez-moi vous rappeler que c’est le monde dans lequel une infirmière ne peut pas avoir de contre-appli ou d’extension pour son appli « Uber-des-infirmières » qu’elles doivent utiliser pour trouver du travail, qui les laisserait échanger avec d’autres infirmières pour refuser des gardes tant que les salaires pour celles-ci ne montent à des niveaux corrects, ou bloquer la surveillance de leurs déplacements et de leur activité.
L’interopérabilité était une force disciplinante majeure pour les entreprises de la Tech. Après-tout, si vous rendez les publicités sur votre site internet suffisamment inévitables, une certaine fraction de vos utilisateur·ices installera un bloqueur de pubs, et vous ne toucherez jamais plus un penny d’eux. Parce que personne dans l’histoire des bloqueurs de pub n’a jamais désinstallé un bloqueur de pubs. Mais une fois qu’il est interdit de construire un bloqueur de pubs, il n’y a plus aucune raison de ne pas rendre ces pubs aussi dégoûtantes, invasives et inévitables que possible, afin de déplacer toute la valeur depuis les utilisateur·ices vers les actionnaires et les dirigeants.
Donc on se retrouve avec des monopoles et les monopoles capturent les régulateurs, et ils peuvent ignorer les lois qu’ils n’aiment pas, et empêcher les lois qui pourraient interférer avec leur comportement prédateur — comme les lois sur la vie privée — d’être entérinées. Ils vont passer de nouvelles lois, des lois qui les laissent manipuler le pouvoir gouvernemental pour empêcher d’autres compagnies d’entrer sur le marché.
Donc trois des quatre forces sont neutralisées : concurrence, régulation, et interopérabilité. Ce ne laissait plus qu’une seule force disciplinaire capable de contenir le processus d’emmerdification : la main d’œuvre.
Les travailleur·euses de la Tech forment une curieuse main d’œuvre, parce qu’iels ont historiquement été très puissants, capables d’exiger des hauts salaires et du respect, mais iels l’ont fait sans rejoindre de syndicat. La densité syndicale dans le secteur de la Tech est abyssale, presque indétectable. Le pouvoir des travailleur·euses de la Tech ne leur est pas venu de la solidarité, mais de la rareté. Il n’y avait pas assez de travailleur·euses pour satisfaire les offres d’emploi suppliantes, et les travailleur·euses de la Tech sont d’une productivité inconcevable. Même avec les salaires faramineux que les travailleur·euses exigeaient, chaque heure de travail qu’iels effectuaient avaient bien plus de valeur pour leurs employeurs.
Face à un marché de l’emploi tendu, et la possibilité de transformer chaque heure de travail d’un·e travailleur·euse de la Tech en or massif, les patrons ont levé tous les freins pour motiver leur main d’œuvre. Ils ont cajolé le sens du devoir des travailleur·euses, les ont convaincus qu’iels étaient des guerrier·ères saint·es, appelant l’avènement d’une nouvelle ère numérique. Google promettait qu’iels « organiseraient les informations du monde et les rendraient utiles ». Facebook leur promettait qu’iels allaient « rendre le monde plus ouvert et plus connecté ».
Il y a un nom pour cette tactique : la bibliothécaire Fobazi Ettarh l’appelle la « fascination vocationnelle » (« vocational awe » en anglais, NDT). C’est lorsque l’intérêt pour le sens du devoir et la fierté sont utilisés pour motiver les employé·es à travailler plus longtemps pour de moins bons salaires.
Il y a beaucoup d’emplois qui se basent sur la fascination vocationnelle : le professorat, le soin aux enfants et aux personnes âgées, et, bien sûr, le travail d’infirmière.
Les techos sont différent·es des autres travailleur·euses cependant, parce qu’iels ont historiquement été très rares, ce qui veut dire que bien que les patrons pouvaient les motiver à travailler sur des projets auxquels iels croyaient, pendant des heures interminables, à l’instant-même où les patrons leurs ordonnaient de merdifier les projets pour lesquels iels avaient raté l’enterrement de leur mère pour livrer le produit dans les temps, ces travailleureuses envoyaient chier leurs patrons.
Si les patrons persistaient dans leurs demandes, les techos quittaient leur travail, traversaient la rue, et trouvaient un meilleur travail le jour-même.
Donc pendant de longues années, les travailleur·euses de la Tech étaient la quatrième et dernière contrainte, tenant bon après que les contraintes de concurrence, de régulation et d’interopérabilité soient tombées. Mais alors sont arrivés les licenciements de masse. 260 000 en 2023 ; 150 000 en 2024 ; des dizaines de milliers cette année, et Facebook qui prévoit d’anéantir 5 % de sa masse salariale, un massacre, tout en doublant les bonus de ses dirigeants.
Les travailleur·euses de la Tech ne peuvent plus envoyer chier leurs patrons, parce qu’il y a 10 autres travailleur·euses qui attendent derrière pour prendre le poste.
Bon, j’ai promis que je ne parlerai pas d’IA, mais je vais devoir un tout petit peu briser cette promesse, juste pour signaler que la raison pour laquelle les patrons de la Techs sont aussi excités par l’IA c’est qu’ils pensent qu’ils pourront virer tous leurs techos et les remplacer par des chatbots dociles qui ne les enverront jamais chier.
Donc voilà d’où vient l’emmerdification : de multiples changements dans l’environnement. L’effondrement quadruple de la concurrence, de la régulation, de l’interopérabilité et du pouvoir de la main d’œuvre crée un environnement merdigène, où les éléments les plus cupides et sociopathes du corps entrepreneurial prospèrent au détriment des éléments modérateurs de leur impulsion merdificatoire.
Nous pouvons essayer de soigner ces entreprises. Nous pouvons utiliser les lois anti-monopole pour les briser, leur faire payer des amendes, les amoindrir. Mais tant que nous n’aurons pas corrigé l’environnement, la contagion se répandra aux autres entreprises.
Alors discutons des manières de créer un environnement hostile aux merdificateurs, pour que le nombre et l’importance des agents merdificateurs dans les entreprises retrouvent leurs bas niveaux des années 90. On ne se débarrassera pas de ces éléments. Tant que la motivation du profit restera intacte, il y aura toujours des gens dont la poursuite du profit sera pathologique, immodérée par la honte ou la décence. Mais nous pouvons changer cet environnement pour qu’ils ne dominent pas nos vies.
Discutons des lois anti-trust. Après 40 ans de déclin anti-trust, cette décennie a vue une résurgence massive et globale de vigueur anti-trust, qu’on retrouve assaisonnée aux couleurs politiques de gauche comme de droite.
Au cours des quatre dernières années, les anti-monopolistes de l’administration Biden à la Federal Trade Commission (Commission Fédérale du Commerce, abrégé en FTC) au Department of Justice (Département de la Justice, abrégé en DoJ) et au Consumer Finance Protection Bureau (Bureau de Protection des Consommateurs en matière Financière) ont fait plus de répression anti-monopole que tous leurs prédécesseurs au cours des 40 années précédentes.
Il y a certainement des factions de l’administration Trump qui sont hostiles à ce programme mais les agents de répression anti-trust au DoJ et au FTC disent maintenant qu’ils vont préserver et renforcer les nouvelles lignes directrices de Biden concernant les fusions d’entreprises, qui empêchent les compagnies de s’entre-acheter, et ils ont effectivement déjà intenté une action pour bloquer une fusion de géants de la tech.
Bien évidemment, l’été dernier Google a été jugé coupable de monopolisation, et doit maintenant affronter la banqueroute, ce qui explique pourquoi ils ont été si généreux et amicaux envers l’administration de Trump.
Pendant ce temps, au Canada, le Bureau de la Concurrence édenté s’est fait refaire un dentier au titane en juin dernier, lorsque le projet de loi C59 est passé au Parlement, octroyant de vastes nouveaux pouvoirs à notre régulateur anti-monopole.
Il est vrai que le premier ministre britannique Keir Starmer vient de virer le chef du Competition and Markets Authority (Autorité des Marchés et de la Concurrence, abrégé en CMA) et l’a remplacé par l’ex patron d’Amazon UK. Mais ce qui rend le tout si tragique c’est que le CMA faisait un travail incroyablement bon au sein d’un gouvernement conservateur.
Du côté de l’Union Européenne, ils ont passé la Législation sur les marchés numériques (Digital Markets Act) et le Règlement sur les Services Numériques (Digital Services Act), et ils s’attaquent aux entreprises de la Big Tech avec le tranchant de la lame. D’autres pays dans le monde — Australie, Allemagne, France, Japon, Corée du Sud et Chine (oui, la Chine !) — ont passé de nouvelles lois anti-monopole, et lancent des actions majeures de répression anti-monopole, donnant souvent lieu à des collaborations internationales.
Donc vous avez le CMA britannique qui utilise ses pouvoirs d’investigation pour faire des recherches et publier des enquêtes de marché approfondies sur la taxe abusive pratiquée par Apple sur les applis, et ensuite l’UE qui utilise ce rapport comme feuille de route pour sanctionner Apple, puis interdire le monopole d’Apple sur les paiements grâce à de nouvelles régulations. Ensuite les anti-monopolistes en Corée du Sud et au Japon traduisent l’affaire européenne et gagnent des affaires quasi-identiques dans leurs propres cours de justice.
Et quid de la capture réglementaire ? Et bien, on commence à voir les régulateurs faire preuve d’astuce pour contrôler les grosses entreprises de la tech. Par exemple, la Législation sur les Marchés Numériques et le Règlement sur les Services Numériques européens ont été imaginés pour contourner les cours de justice national des états membres de l’UE, et spécifiquement de l’Irlande, le paradis fiscal où les entreprises étasuniennes de la Tech prétendent avoir leurs bureaux.
Le truc avec les paradis fiscaux c’est qu’ils deviennent immanquablement des paradis criminels, parce qu’Apple peut prétendre être irlandaise cette semaine, être maltaise ou chypriote ou luxembourgeoise la semaine d’après. Alors l’Irlande doit laisser les géants de la Tech étasuniens ignorer les lois européennes sur la vie privée et autres régulations, ou le pays les perdra au profit de nations plus sordides, plus dociles et plus compétitives.
Donc à partir de maintenant, la régulation européenne sur le secteur de la Tech sera exécutée en cour fédérale européenne, et pas en cour nationale, en considérant les cours irlandaises capturées comme endommagées et en les contournant.
Le Canada doit renforcer sa propre capacité à appliquer les régulations sur le secteur de la Tech, en détricotant les fusions monopolistes comme celle de Bell et Rogers, mais par dessus tout, le Canada doit poursuivre son programme sur l’interopérabilité.
L’année dernière, le Canada a passé deux projets de loi très excitants : le projet de loi C244, une loi nationale sur le Droit de Réparation ; et le projet de loi C294, une loi d’interopérabilité. Nommément, ces deux lois permettent aux canadien·nes de tout réparer, depuis les tracteurs aux pompes à insuline, et de modifier les logiciels dans leurs appareils, que ce soient les consoles de jeux comme les imprimantes, pour qu’ils puissent fonctionner avec des magasins d’applis, des consommables, ou des extensions tierces.
Pourtant, ces projets de loi sont fondamentalement inutiles, parce qu’ils ne permettent pas aux canadien·nes d’acquérir les outils nécessaires pour briser les verrous numériques. Vous pouvez modifier votre imprimante pour qu’elle accepte des encres tierces, ou interpréter les codes diagnostiques d’une voiture pour que n’importe quel mécanicien·ne puisse la réparer, mais seulement si il n’y a pas de verrou numérique qui vous empêche de le faire, parce que donner à quelqu’un l’outil qui permet de briser un verrou numérique reste illégal grâce à la loi que James Moore et Tony Clement ont fourré dans la gosier du pays en 2012.
Et chaque imprimante sans exception, chaque enceinte connectée, voiture, tracteur, appareil ménager, implant médical ou appareil médical hospitalier aura un verrou numérique qui vous empêchera de le réparer, de le modifier, ou d’utiliser des pièces, un logiciel ou des consommables tiers.
Ce qui veut dire que ces deux lois remarquables sur la réparation et l’interopérabilité sont inutiles.
Alors pourquoi ne pas se débarrasser de la loi de 2012 qui interdit de briser les verrous numériques ? Parce que ces lois font partie d’accords d’échange avec les États-Unis. C’est une loi dont on a besoin pour garder un accès sans taxe aux marchés étasuniens.
Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais Donald Trump va imposer 25 % de taxe sur toutes les exportations vers le Canada. La réponse de Trudeau c’est d’imposer des taxes de représailles, qui rendront les produits étasuniens 25 % plus chers pour les canadien·nes. Drôle de façon de punir les États-Unis !
Vous savez ce qui serait mieux encore ? Abolir les lois canadiennes qui protègent les compagnies des géants de la Tech étasuniens de la concurrence canadienne. Rendre légale la rétro-ingénierie, le jailbreak (le fait de contourner les limitations volontairement imposées par le constructeur) et la modification des produits technologiques et services américains. Ne demandez pas à Facebook de payer une taxe pour chaque lien vers un site d’information canadien, légalisez le crochetage de toutes les applis de Méta et de bloquer toutes les pubs qui en proviennent, pour que Mark Zuckerberg ne puisse plus se faire un sou sur notre dos.
Légalisez le jailbreak de votre Tesla par des mécanicien·nes canadien·nes, pour débloquer toutes les fonctionnalités normalement disponibles sur inscription, comme le pilotage automatique, et l’accès complet à la batterie, pour un prix fixe et pour toujours. Pour que vous puissiez mieux profiter de votre voiture et que, quand vous la revendrez, lae prochain·ne propriétaire continue de jouir de ces fonctionnalités, ce qui veut dire qu’iel paiera davantage pour votre voiture d’occasion.
C’est comme ça que l’on peut faire du tort à Elon Musk : pas en s’affichant publiquement comme horrifié·es par ses saluts nazi. Ça ne lui coûte rien. Il adore qu’on parle de lui. Non ! Frappez dans sa machine à sous incroyablement lucrative du marché de l’abonnement d’occasion sur lequel il se repose pour son entreprise de Swastikamions. Frappez-le en plein dans le câble d’alimentation !
Laissez les canadien·nes monter un magasin d’applis canadien pour les appareils Apple, le genre qui prend 3 % de commission sur les transactions, pas 30 %. En conséquence, chaque journal canadien qui vend des abonnements en passant par cette appli, et chaque créateur·ice de logiciel, musicien·ne ou écrivain·ne canadien·ne qui vend quelque chose en passant par une plateforme numérique verra ses revenus augmenter de 25 % du jour au lendemain, sans enregistrer un·e seul nouvelle·eau client·e.
Mais nous pouvons rallier de nouvelles·aux client·es, en vendant des logiciels de jailbreak et un accès aux magasins d’applis canadiens, pour tous les appareils mobiles et les consoles, partout dans le monde, et en incitant tous les éditeur·ices de jeux vidéos et les développeur·euses d’applis à vendre via les magasins canadiens pour les client·es du monde entier sans payer 30 % aux géantes entreprises étasuniennes de la Tech.
Nous pourrions vendre à chaque mécanicien·ne dans le monde un abonnement à 100$CAD par mois pour un outil de diagnostique universel. Chaque fermier·ère du monde pourrait acheter un kit qui leur permettrait de réparer leurs propres tracteurs John Deere sans payer 200$CAD de frais de déplacement à un·e technicien·ne de Deere pour inspecter les réparations.
Ils traceraient un chemin dans notre direction. Le Canada pourrait devenir un moteur de l’export des technologies, tout en baissant les prix pour les usager·ères canadien·nes, tout en rendant les affaires plus profitables pour tous ceux qui vendent des médias ou des logiciels sur des magasins en ligne. Et — c’est la partie la plus intéressante — ce serait un assaut frontal contre les entreprises étasuniennes les plus grandes, les plus profitables, les entreprises qui, à elles seules, maintiennent le S&P 500 à flot, en frappant directement dans leurs lignes de compte les plus profitables, en réduisant à néant, en l’espace d’une nuit et dans le monde entier, les centaines de milliards de revenus de ces arnaques.
Nous pouvons aller plus loin qu’exporter pour les étasuniens des médicaments à prix raisonnable. Nous pourrions aussi exporter pour nos amis étasuniens les outils extrêmement lucratifs de libération technologique.
C’est comme ça que vous gagnez une bataille commerciale.
Qu’en est-t-il des travailleur·euses ? Là, nous avons de bonnes et de mauvaises nouvelles.
La bonne nouvelle, c’est que la popularité des syndicats dans l’opinion publique est à son plus haut niveau depuis le début des années 1970, que le nombre de travailleur·euses souhaitant rejoindre un syndicat n’a pas été aussi haut depuis des générations, et que les syndicats eux-mêmes sont assis sur des réserves financières battant tous les records, qu’ils pourraient utiliser pour organiser la lutte de ces travailleur·euses.
Mais voilà la mauvaise nouvelle. Les syndicats ont passé toutes les années Biden — alors qu’ils disposaient de l’environnement réglementaire le plus favorable depuis l’administration Carter, que l’opinion public était à son maximum, qu’un nombre record de travailleur·euses voulaient rejoindre un syndicat, qu’ils avaient plus d’argent que jamais à dépenser pour syndiquer ces travailleur·euses — à faire que dalle. Ils n’ont alloué que des clopinettes aux activités de syndicalisation, aboutissant à la fin des années Biden à un nombre de travailleur·euses syndiqué·es inférieur à celui de leur début.
Et puis nous avons eu Trump, qui a illégalement viré Gwynne Wilcox du National Labor Relations Board, laissant le NLRB sans quorum et donc incapable de réagir à des pratiques professionnelles injuste ou de certifier des élections syndicales.
C’est terrible. Mais la partie n’est pas terminée. Trump a viré les arbitres, et il pense que cela signifie la fin de la partie. Mais je vais vous dire un truc : virer l’arbitre ne termine pas la partie, ça veut juste dire que l’on rejette les règles. Trump pense que c’est le code du travail qui crée les syndicats, mais il a tord. Les syndicats sont la raison par laquelle nous avons un code du travail. Bien avant que les syndicats ne soient légalisés, nous avions des syndicats, qui combattaient dans la rue les voyous à la solde des patrons.
Cette solidarité illégale a conduit à l’adoption d’un code du travail, qui légalisait le syndicalisme. Le code du travail est passé parce que les travailleur·euses ont acquis du pouvoir à travers la solidarité. La loi ne crée pas cette solidarité, elle lui donne seulement une base légale. Retirez cette base légale, et le pouvoir des travailleur·euses reste intacte.
Le pouvoir des travailleur·euses est la réponse à la fascination vocationnelle. Après tout, il est bon pour vous et pour vos camarades travailleur·euses de considérer votre travail comme une sorte de mission. Si vous ressentez cela, si vous ressentez le devoir de protéger vos utilisateur·ices, vos patient·es, vos patron·nes, vos étudiant·es, un syndicat vous permet d’accomplir ce devoir.
Nous avons vu cela en 2023, lorsque Doug Ford (premier ministre de l’Ontario, NDT) a promis de détruire le pouvoir des fonctionnaires d’Ontario. Des travailleur·euses de toute la province se sont soulevés, annonçant une grève générale, et Doug Ford a plié comme l’un de ses costumes bas de gamme. Les travailleur·euses lui on mis une raclée, et on le refera si il le faut. Chose promise, chose due.
Le « désassemblage imprévu en plein-air » du code du travail étasunien signifie que les travailleur·euses peuvent à nouveau se soutenir les uns les autres. Les travailleur·euses de la Tech ont besoin de l’aide des autres travailleur·euses, parce qu’eils ne sont plus rares désormais, plus après un demi-million de licenciements. Ce qui signifie que les patrons de la Tech n’ont plus peur d’eux.
On sait comment les patrons de la Tech traitent les travailleur·euses dont ils n’ont pas peur. Regardez Jeff Bezos : les travailleur·euses dans ses entrepôts se blessent trois fois plus que la moyenne nationale, ses livreur·euses doivent pisser dans des bouteilles, et iels sont surveillé·es par des caméras IA qui les balancent si leurs yeux ne regardent pas dans la direction requise ou si leur bouche est ouverte trop souvent pendant qu’iels conduisent, parce que le règlement interdit de chanter avec la radio.
En comparaison, les développeur·euses d’Amazon ont le droit de venir travailler avec des crêtes roses, des piercings au visage et des tshirts noirs qui parlent de choses incompréhensibles pour leurs patrons. Iels ont le droit de pisser quand iels veulent. Jeff Bezos n’est pas tendre avec les travailleur·euses de la Tech, de la même manière qu’il ne nourrit pas une haine particulière contre les travailleur·euses des entrepôts ou les livreur·euses. Il traite ses travailleur·euses aussi mal qu’il est permis de le faire. Ce qui veut dire que les dévelopeur·euses aussi connaîtrons bientôt les bouteilles de pisse.
Ce n’est pas seulement vrai pour Amazon, bien entendu. Prenons Apple. Tim Cook a été nommé directeur général en 2011. Le comité directeur d’Apple l’a choisi pour succéder au fondateur Steve Jobs parce c’est le gars qui a compris comment délocaliser la production d’Apple vers des sous-traitants en Chine, sans rogner sur la garantie de qualité ou risquer une fuite des spécifications de produit en amont des lancements de produit légendaires et pompeux l’entreprise.
Aujourd’hui, les produits d’Apple sont fabriqués dans une gigantesque usine Foxconn à Zhengzhou, surnommée « iPhone City« . Effectivement, ces appareils arrivent par conteneurs dans le Port de Los Angeles dans un état de perfection immaculée, usinés avec les marges d’erreur les plus fines, et sans aucun risque de fuite vers la presse.

Chantier de construction d’une usine Foxconn (sous-traitant principal d’Apple) à Zhengzhou.
Photo sous licence CC BY-NC-SA par Bert van Dijk.
Pour aboutir à cette chaîne d’approvisionnement miraculeuse, Tim Cook n’a eu qu’à faire d’iPhone City un enfer sur Terre, un lieu dans lequel il est si horrible de travailler qu’il a fallu installer des filets anti-suicide autour des dortoirs afin de rattraper les corps de travailleur·euses tellement brutalisé·es par les ateliers de misère de Tim Cook qu’iels tentent de mettre fin à leurs jours en sautant dans le vide. Tim Cook n’est pas attaché sentimentalement aux travailleur·euses de la Tech, de même qu’il n’est pas hostile aux travailleur·euses à la chaîne chinois·es. Il traite simplement ses travailleur·euses aussi mal qu’il est permis de le faire et, avec les licenciements massifs dans le domaine de la Tech, il peut traiter ses développeur·euses bien, bien pire.
Comment les travailleur·euses de la Tech s’organisent-iels en syndicat ? Il y a des organisations spécifiques au domaine de la Tech, comme Tech Solidarity et la Tech Workers Coalition. Mais les travailleur·euses de la Tech ne pourront massivement se syndiquer qu’en faisant preuve de solidarité avec les autres travailleur·euses et en recevant leur solidarité en retour. Nous devons toustes soutenir tous les syndicats. Toustes les travailleur·euses doivent se soutenir les un·es les autres.
Nous entrons dans une période de polycrise omnibordélique. Le grondement menaçant du changement climatique, de l’autoritarisme, du génocide, de la xénophobie et de la transphobie s’est transformé en avalanche. Les auteurs de ces crimes contre l’humanité ont transformé internet en arme, colonisé le système nerveux numérique du XXIème siècle, l’utilisant pour attaquer son hôte, menaçant la civilisation elle-même.
L’internet merdifié a été construit à dessein pour ce genre de co-optation apocalyptique, organisée autour de sociétés gigantesques qui échangeraient une planète habitable et des droits humains contre un abattement fiscal de 3 %, qui ne nous présentent plus que des flux algorithmiques bidouillables et bloquent l’interopérabilité qui nous permettrait d’échapper à leur emprise, avec le soutien de gouvernements puissants auxquels elles peuvent faire appel pour « protéger leur propriété intellectuelle ».
Ça aurait pu ne pas se passer comme ça. L’internet merdifié n’était pas inévitable. Il est le résultat de choix réglementaires spécifiques, réalisés de mémoire d’humain·e, par des individus identifiables.
Personne n’est descendu d’une montagne avec deux tablettes de pierre en récitant « Toi Tony Clement, et toi James Moore, tu ne laisseras point les canadien·nes jailbreaker leurs téléphones ». Ces gens-là ont choisi l’emmerdification, rejetant des milliers de commentaires de canadien·nes qui les prévenaient de ce qui arriverait par la suite.
Nous n’avons pas à être les éternel·les prisonnier·ères des bourdes politiques catastrophiques de ministres conservateurs médiocres. Alors que la polycrise omnibordélique se déploie autour de nous, nous avons les moyens, la motivation et l’opportunité de construire des politiques canadiennes qui renforcent notre souveraineté, protègent nos droits et nous aident à rendre toustes les utilisateur·ices de technologie, dans chaque pays (y compris les États Unis), libres.
La présidence de Trump est une crise existentielle, mais elle présente aussi des opportunités. Quand la vie vous donne le SRAS, vous faites des sralsifis. Il fut un temps où nous avions un bon vieil internet, dont le principal défaut était qu’il requérait un si haut niveau d’expertise technique pour l’utiliser qu’il excluait toustes nos ami·es « normalles·aux » de ce merveilleux terrain de jeu.
Les services en ligne du Web 2.0 avaient des toboggans bien graissés pour que tout le monde puisse se mettre en ligne facilement, mais s’échapper de ces jardins clos du Web 2.0 c’était comme remonter la pente d’une fosse tout aussi bien graissée. Un bon internet tout neuf est possible, et nécessaire. Nous pouvons le construire, avec toute l’auto-détermination technologique du bon vieil internet, et la facilité d’usage du Web 2.0.
Un endroit où nous pourrions nous retrouver, nous coordonner et nous mobiliser pour résister à l’effondrement climatique, au fascisme, au génocide et à l’autoritarisme.
Nous pouvons construire ce bon internet tout neuf, et nous le devons.
01.04.2025 à 09:42
Framamèmes : vos mèmes préférés en versions libres et accessibles !
Framasoft
Texte intégral (1340 mots)
Vous voulez produire du mème libre, artisanal et remixé ? Framasoft sort (vraiment) le service Framamèmes. Vraiment. Promis.
Un générateur de mèmes libres ? C’est une blague ?
Noyons le poisson dans le bocal : Framamèmes est une blague… mais une blague durable, qu’on compte bien continuer de maintenir même après ce 1er avril.
Vous pouvez d’ores et déjà vous rendre sur Framamemes.org, et tester vous-mêmes les mèmes à faire… comme chez mémé. Même que mémé aime les mèmes de millenials : si Framasoft a 20 ans, ses membres en ont (en moyenne) deux fois plus 😊.
Notez que ce n’est pas la première fois qu’à Framasoft, on prend la blague au sérieux et maintient le petit projet fun au-delà de l’annonce (l’occasion de vous faire redécouvrir Framaprout, Framadsense ou le fameux bingo du troll).
Les mèmes sont hors la loi… sauf chez Framamèmes !
Il faut dire que la culture du remix et du partage est (à peine) tolérée par les industries culturelles qui capitalisent sur le droit d’auteur et le copyright.
Fi du fair use, exit l’exception pour parodie… les mèmes pourraient tout à fait être considérés comme illégaux, et mener à des poursuites judiciaires si leurs ayants droits y voyaient un intérêt (même que c’est déjà arrivé).
C’est pour cela que Gee s’est jeté sur sa tablette graphique au cours d’un stream (sur PeerTube, parce qu’ici, on est libres de bout en bout) et s’est dit : « tiens, et si je faisais mes propres versions libres des mèmes les plus populaires ? »
La route est longue, mais le mème est libre
Avec son propre style de dessin bien connu du lectorat du Framablog, et en n’hésitant pas à franciser les mèmes, que ce soit simplement en traduisant les textes inclus dans les images (« draw 25 » sur la carte Uno devient « pioche 25 cartes ») ou même en appliquant le style français aux panneaux autoroutiers !

À gauche, les versions originales ; à droite, les versions dessinées ET francisées par Gee !
Quelques mèmes plus tard, il est devenu évident qu’un site web était nécessaire pour les partager. En ajoutant une pincée de JavaScript pour inclure un éditeur (libre, évidemment), et même une police libre (parce que All Fonts Are Beautiful, comme on dit)… on obtient Framamèmes !
Pour l’instant, une sélection restreinte de mèmes est proposée, mais Gee compte bien continuer à enrichir l’éditeur dans les semaines à venir ! N’hésitez pas à proposer les mèmes que vous voudriez voir adaptés en commentaires.
Des mèmes libres… et accessibles !
Partager des images en ligne, c’est bien : si elles sont accessibles à toutes et à tous, c’est mieux ! Une bonne pratique consiste à systématiquement inclure une description des images porteuses d’informations dans la balise prévue à cet effet (la fameuse balise alt
en HTML).
Pas mal de médias sociaux, notamment Mastodon (le réseau de microblogging libre et décentralisé que nous plébiscitons à Framasoft), permettent d’inclure un tel texte alternatif au moment d’intégrer une image dans un message.
Eh bien avec Framamèmes, on a décidé de vous simplifier la tâche : lorsque vous créez un mème, vous avez la possibilité de copier en un clic un texte descriptif de votre image dans le presse-papier ! Parce qu’il n’y a pas de raison que tout le monde ne puisse pas profiter de vos créations dont on ne doute pas qu’elles vaudront le détour…
Lancé sur un coup de tête et de crayon
Franchement : c’était pas prévu, à Framasoft, de faire un 1er avril cette année. On a du boulot plein le cloud. On a une Assemblée Générale ce week-end.
Alors faire un 1er avril qui en plus est un vrai service que vous pouvez vraiment utiliser… on ne l’imaginait pas. Sauf que Gee nous l’a servi sur un plateau. Et puis ça nous amuse. Et puis c’est une raison de rappeler que les monopoles de la propriété intellectuelle, ça peut très vite effacer de jolis sourires.
Alors on dit merci à Gee (et aux petites mains qui ont aidé à l’accouchement 😄) et on rappelle que cet artiste libre essaie de vivre de son art : vous pouvez le soutenir en achetant son nouveau livre, en jouant à ses jeux vidéo, ou encore par un don.
L’art libre, c’est vraiment bien plus intéressant que de voir ces mèmes refaits par des IA, avec OpenAI qui pille tranquillement le style de Hayao Miyazaki… le même Miyazaki qui déclarait que l’art généré par IA était « tout à fait écœurant » et constituait « une insulte à la vie même » (voir notamment cet article (en anglais).
Et puis surtout : amusez-vous avec Framamèmes, faites tourner autour de vous, et faites des mèmes libres, quelle que soit la date !
31.03.2025 à 07:42
Khrys’presso du lundi 31 mars 2025
Khrys
Texte intégral (8589 mots)
Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.
Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)
Brave New World
- La Corée du Sud confrontée aux incendies les plus dévastateurs de son histoire (france24.com) – voir aussi Au moins 27 morts, 36 000 hectares brûlés, crash d’un hélicoptère… Des incendies « sans précédents » ravagent la Corée du Sud (humanite.fr)
- La Chine dévoile un robot coupeur de câbles sous-marins (next.ink)
- Le séisme en Birmanie a fait plus de 1 600 morts selon la junte, les experts redoutent un bilan largement plus lourd (liberation.fr)
Les autorités birmanes ont revu à la hausse le nombre de victimes ce samedi 29 mars dans l’après-midi, tandis que les secours multiplient les efforts pour rechercher des survivants. L’Institut géologique américain anticipe jusqu’à 100 000 victimes possibles.
- L’administration Trump veut imposer un accord inégal qui ferait de l’Ukraine une propriété américaine (legrandcontinent.eu)
- Turquie : un mouvement de masse se construit contre le coup de force d’Erdoğan (contretemps.eu)
- Turquie : un juge ordonne l’incarcération de sept journalistes dont un photographe de l’AFP (liberation.fr)
L’ONG Reporters sans Frontières a qualifié mardi de « scandaleuse » la décision d’un juge turc de placer en détention provisoire les journalistes, accusés par les autorités d’avoir participé à un rassemblement illégal à Istanbul.
- Pro-opposition TV channel handed 10-day blackout over İmamoğlu protest coverage (bianet.org)
RTÜK has issued a total of seven penalties against four television channels due to their broadcasts during the protests
- Le PKK et Erdoğan : à peine né, le processus de paix est gelé (contretemps.eu)
- Fin de voyage pour Gaia : après une décennie à scruter 2 milliards d’objets célestes, quelles découvertes le satellite de l’Agence spatiale européenne a-t-il permises ? (humanite.fr)
- Europe is looking for alternatives to US cloud providers (arstechnica.com)
The global backlash against the second Donald Trump administration keeps on growing. Canadians have boycotted US-made products, anti–Elon Musk posters have appeared across London amid widespread Tesla protests, and European officials have drastically increased military spending as US support for Ukraine falters. Dominant US tech services may be the next focus.
- Guerres, inondations, incendies : l’UE recommande de préparer chez soi un kit de survie de 72 heures en cas de crise (liberation.fr)
La commissaire européenne chargée de la préparation et de la gestion des crises, Hadja Lahbib, a présenté mercredi 26 mars plusieurs mesures que la population devrait suivre pour anticiper une crise. Elle appelle les États membres à créer une stratégie commune sur le sujet.
- “Tesla kills” : le magasin Tesla de Lausanne vandalisé, une première en Suisse romande (rts.ch)
- Danish PM accuses US of ‘unacceptable pressure’ as JD Vance says he will join Greenland visit (theguardian.com)
US vice-president says he will join unsolicited visit to Arctic island, which Mette Frederiksen says is ‘not what Greenland needs or wants’
- Flight bookings between Canada and US down 70 % amid Trump tariff war (theguardian.com)
- Elon Musk started aligning with Donald Trump even before he won. Now Canada’s tech industry is following a similar playbook (thestar.com)
- Tesla : des manifestations anti-Musk devant des magasins à travers tout les États-Unis (liberation.fr)
Un peu partout dans le pays, de nombreuses personnes se sont rassemblées samedi 29 mars devant des boutiques de la marque automobile, dans le cadre d’une journée mondiale d’opposition au milliardaire et proche conseiller de Donald Trump.
- Comment l’administration Trump essaie de protéger Tesla (et Elon Musk) par tous les moyens (huffingtonpost.fr)
Du téléachat à la répression terroriste, Donald Trump fait tout pour sauver Elon Musk dont l’entreprise automobile est en déclin.
- Elon Musk Is Hijacking Rural America’s Internet (jacobin.com)
- Trump can’t fire us, FTC Democrats tell court after being ejected from office (arstechnica.com)
“A President cannot remove an FTC Commissioner without cause,” lawsuit says.
- As Trump Broadens Crackdown, Focus Expands to Legal Immigrants and Tourists (nytimes.com)
U.S. border officials are using more aggressive tactics at ports of entry as the administration scrutinizes green card and visa holders who have expressed opposition to its policies.
- ICE is kidnapping immigrant and labor rights activists (peoplesdispatch.org)
- El Salvador, a new migrant prison under the Trump administration (globalvoices.org)
- Immigration Myths Feed Divisions among Workers (labornotes.org)
The Trump administration’s opening barrage against immigrants—arresting thousands of people around the country and declaring that hospitals, schools, and churches are no longer off limits—has put a chill on immigrant communities.
- L’anglais, langue officielle des États-Unis : un décret de Trump qui bouleverse une longue histoire multilingue (theconversation.com)
Depuis leur indépendance, les États-Unis n’avaient jamais proclamé de langue officielle. Le 1er mars dernier, le président américain Donald Trump a décrété le statut officiel de l’anglais, marquant une rupture fondamentale avec l’approche traditionnelle du gouvernement américain en la matière.
- When the physicists need burner phones, that’s when you know America’s changed (theguardian.com)
- Aux États-Unis, la mort mystérieuse d’une ancienne procureure qui pose questions (lexpress.fr)
L’ex-procureure de Virginie, Jessica Aber, a été retrouvée morte samedi. Depuis, la disparition de celle qui avait enquêté sur des espions russes et un ex-agent de la CIA fait l’objet de spéculations outre-Atlantique.
- Harvard Professor Steven Levitsky : “Right Now, the U.S. Is Ceasing to Be a Democracy” (spiegel.de)
- DOGE Plans to Rebuild SSA Codebase in Months, Risking Benefits and System Collapse (wired.com)
Social Security systems contain tens of millions of lines of code written in COBOL, an archaic programming language. Safely rewriting that code would take years—DOGE wants it done in months.
- U.S. Officials Called Signal a Tool for Terrorists and Criminals. Now They’re Using It (theintercept.com)
Despite years of official criticism of encrypted messaging, CIA Director John Ratcliffe revealed that Signal comes installed on agency computers.
- The Trump Administration Accidentally Texted Me Its War Plans (theatlantic.com) – voir aussi Un journaliste de The Atlantic a reçu par erreur des informations militaires confidentielles, confirme la Maison-Blanche (nouvelobs.com)
Il a révélé avoir reçu le plan d’attaque détaillé des raids américains menés le 15 mars contre les Houthis au Yémen.
- Private Data and Passwords of Senior U.S. Security Officials Found Online (spiegel.de)
Donald Trump’s most important security advisers used Signal to discuss an imminent military strike. Now, reporting by DER SPIEGEL has found that the contact data of some of those officials, including mobile phone numbers, is freely accessible on the internet.
- Arkansas Bill Targets ‘Gender Nonconforming’ Haircuts for Kids (newsweek.com)
- États-Unis : la Floride veut assouplir la législation sur le travail de nuit des mineur·es (rfi.fr)
L’État de Floride examine un projet de loi qui assouplit les conditions dans lesquels les mineur·es pourraient travailler, et cela, pour compenser la perte de main d’œuvre liée à l’expulsion de migrant·es.
Voir aussi Florida debates lifting some child labor laws to fill jobs vacated by undocumented immigrants (edition.cnn.com)
Florida has been working for years to crack down on employers that hire undocumented immigrants. But that presented a problem for businesses in the state that are desperate for workers to fill low-wage and often undesirable jobs.
- 10 000 emplois de postiers bientôt supprimés aux États-Unis (rapportsdeforce.fr)
Selon le directeur général des Postes, le renouvellement des baux de près de 31 000 bureaux de poste serait trop coûteux pour l’État, en raison notamment « de la hausse générale des loyers à l’expiration des baux ». Pour compenser les hausses de dépenses, il acte également la suppression de 10 000 emplois « dans les 30 prochains jours », grâce à « des départs volontaires à la retraite »
- L’OMS n’a « pas d’autre choix » que de couper dans son budget après le retrait américain (huffingtonpost.fr)
Les États-Unis étaient de loin le plus grand contributeur au budget de l’Organisation mondiale de la santé, jusqu’à la décision de Donald Trump.
- “This will be a painful period” : RFK Jr. slashes 24 % of US health dept. (arstechnica.com)
- RECOVER Long COVID pathobiology grants restored (thesicktimes.org)
Long COVID research grants from the National Institutes of Health’s RECOVER program will be restored following news stories about their abrupt cancellations and advocacy to restore the funding, according to patient representatives in the initiative.
- Fin de partie pour 23andMe, en passe d’être vendue (next.ink)
Pour les usager·es installé·es dans des zones où la loi protège les données personnelles, il est encore possible de supprimer ses informations et données génétiques pour éviter qu’elles ne soient transmises à un futur acheteur.
Voir aussi A Sale of 23andMe’s Data Would Be Bad for Privacy. Here’s What Customers Can Do (eff.org)
- Kink and LGBT dating apps exposed 1.5m private user images online (bbc.com)
- COP30 : au Brésil, des syndicalistes rendent hommage au défenseur de l’environnement Chico Mendes (humanite.fr)
- « Cela n’augure rien de bon pour l’avenir » : la taille maximale de la banquise de l’Arctique n’a jamais été aussi réduite (humanite.fr)
- Indice de vie sur Mars : pour la première fois, des chercheurs découvrent des molécules similaires à celles sur Terre (humanite.fr)
- Chewing Gum Releases Hundreds of Microplastics In Your Mouth, Study Finds (sciencealert.com)
Spécial IA
- A well-funded Moscow-based global ‘news’ network has infected Western artificial intelligence tools worldwide with Russian propaganda (newsguardrealitycheck.com)
- How AI coding assistants could be compromised via rules file (scworld.com)
AI coding assistants such as GitHub Copilot and Cursor could be manipulated to generate code containing backdoors, vulnerabilities and other security issues via distribution of malicious rule configuration files
- Open Source devs say AI crawlers dominate traffic, forcing blocks on entire countries (arstechnica.com)
AI bots hungry for data are taking down FOSS sites “by accident”, but humans are fighting back.
- Fausses photos et vidéos porno : l’Espagne légifère contre les montages à caractère sexuel par IA (liberation.fr)
Le gouvernement de gauche espagnol a présenté ce mardi 25 mars un large projet de loi visant à « protéger les jeunes filles et garçons ainsi que les adolescents » face aux dangers du « numérique ».
- Elon Musk’s X has a new owner—Elon Musk’s xAI (arstechnica.com)
xAI buys X ; deal values social network at $33 billion, $11B less than Musk paid.”xAI and X’s futures are intertwined,” Musk wrote. “Today, we officially take the step to combine the data, models, compute, distribution and talent. This combination will unlock immense potential by blending xAI’s advanced AI capability and expertise with X’s massive reach.”
- OpenAI’s Studio Ghibli meme factory is an insult to art itself (bloodinthemachine.com)
Sam Altman is promoting his new image generator by appropriating the work of one of the greatest living animators—who is “disgusted” by AI.
- Apple says it’ll use Apple Maps Look Around photos to train AI (theverge.com)
The company says that as part of its commitment to privacy, any images it captures that are published in the Look Around feature have faces and license plates blurred. Apple also says it will only use imagery with those details blurred out for training models. It does accept requests for those wanting their houses to also be blurred, but by default they are not.
- Apple’s AI isn’t a letdown. AI is the letdown (edition.cnn.com)
AI can never fail, it can only be failed. Failed by you and me, the smooth-brained Luddites who just don’t get it.
- Boston Dynamics’ Atlas can run and cartwheel like a human now – and it’s stunning – (zdnet.com)
- You can now download the source code that sparked the AI boom (arstechnica.com)
On Thursday, Google and the Computer History Museum (CHM) jointly released the source code for AlexNet, the convolutional neural network (CNN) that many credit with transforming the AI field in 2012 by proving that “deep learning” could achieve things conventional AI techniques could not.
- La phase G : les GPU et les IA génératives comme nouvelle phase de l’histoire environnementale de la numérisation ? (gauthierroussilhe.com)
- Chronique imparfaite des risques des agents autonomes (maisouvaleweb.fr)
- Entre le factuel et le factice : l’esthétique fasciste contemporaine face à l’IA (chatonsky.net)
Special outils anti-IA
- AI Labyrinth (ai-labyrinth)
- Anubis (anubis)
- Glaze (glaze.cs.uchicago.edu)
- HarmonyCloak (mosis.eecs.utk.edu)
- Iocaine (iocaine.madhouse-project.org)
- Kudurru (kudurru.ai)
- Nepenthes (nepenthes)
- Nightshade (nightshade.cs.uchicago.edu)
Spécial Palestine et Israël
- Liban : en violation du cessez-le-feu, Israël bombarde la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la trêve (humanite.fr)
Israël a bombardé la banlieue sud de Beyrouth, vendredi 28 mars, après avoir frappé le sud du Liban. Après quatre mois de trêve, cette nouvelle attaque est une violation du cessez-le-feu déclaré fin novembre.
- Press freedom groups condemn targeted killing of two journalists in Israeli strikes (theguardian.com)
Israel Defense Forces has confirmed it killed Hossam Shabat and Mohammed Mansour, claiming they were terrorists
- Des Palestiniens témoignent devant l’ONU des abus sexuels infligés par des Israéliens (france24.com)
Des Palestiniens dénoncent, à visage découvert, les coups et les violences sexuelles qui leur ont été infligés dans les prisons israéliennes ou par des colons devant un panel d’experts des Nations unies à Genève”Je ne pensais pas qu’il existait sur Terre des gens avec un tel degré de laideur, de sadisme et de cruauté”.
- Gaza : les violences sexuelles et reproductives participent du génocide (humanite.fr)
- Israël : avec la visite de Jordan Bardella, c’est tout le RN qui est adoubé par Benyamin Netanyahou (humanite.fr)
- Israël : le cabinet du gouvernement a voté le limogeage de la procureure générale, Gali Baharav-Miara (liberation.fr)
Cette magistrate indépendante de 65 ans occupe ce poste depuis 2022. Elle s’est opposée à plusieurs reprises à Benyamin Nétanyahou, notamment en ordonnant une enquête sur les liens du Premier ministre israélien avec le Qatar, principal financeur du Hamas.
- Les excuses tardives de L’Académie des Oscars pour son manque de soutien au réalisateur Hamdan Ballal (telerama.fr)
D’abord silencieuse après l’arrestation du réalisateur palestinien primé début mars à Los Angeles, l’Académie a envoyé une lettre que nombre de ses membres ont publiquement jugée insuffisante. L’instance a présenté des excuses ce vendredi 28 mars.
- États-Unis. Dans les universités, une campagne maccarthyste pour protéger Israël (orientxxi.info)
Après de fortes mobilisations dans les plus grandes universités américaines contre la guerre que mène Israël à Gaza, vient le temps du retour de bâton, renforcé par l’administration toute puissante de Donald Trump. Sur les campus, pour les soutiens du peuple palestinien, c’est la chasse aux sorcières, qui n’épargne pas les voix juives.
- Projet Esther : le rapport de la Heritage Foundation dont s’inspire Trump pour sa lutte contre le mouvement pro-palestinien (legrandcontinent.eu)
- Répression des pro-palestinien·nes : une étudiante turque arrêtée aux États-Unis (humanite.fr)
À Somerville, dans la banlieue de Boston, une étudiante turque, Rumeysa Ozturk a été arrêtée en pleine rue par des agents fédéraux en civils, mardi. Son visa a été révoqué en raison de son soutien présumé à la cause palestinienne. La vidéo de son interpellation a rapidement suscité une vague d’indignation.
Voir aussi Aux États-Unis, le parcours infernal d’une étudiante turque arrêtée et déplacée à l’autre bout du pays (huffingtonpost.fr)
- UK : Oxford council passes Boycott, Divestment and Sanctions motion (middleeasteye.net)
The city council, in which no party has overall control, cites ICJ rulings over decision to pass motion boycotting Israel
Spécial femmes dans le monde
- La sociologue Eva Illouz « annulée » du prix Israël pour « idéologie anti-israélienne » (liberation.fr)
Le ministre de l’Éducation israélien a refusé l’attribution de la plus haute distinction scientifique du pays à la directrice d’études à l’EHESS pour avoir signé une pétition appelant à une investigation de la Cour pénale internationale contre de possibles crimes de guerre en Cisjordanie.
- Libération d’une otage kurde après 32 ans de captivité (kurdistan-au-feminin.fr)
- En Belgique, les autorités enquêtent sur des dizaines d’agressions sexuelles sous soumission chimique (liberation.fr)
Ces femmes auraient été droguées à leur insu, vraisemblablement par de la kétamine mélangée à leur boisson, en consommant dans des établissements de Courtrai, indique le parquet de Flandre occidentale ce jeudi 27 mars. A minima 41 victimes ont été identifiées entre décembre 2021 et décembre 2024.
- Elon Musk deadnames his ‘killed’ child — his trans daughter claps back (out.com)
- Le masculiniste Andrew Tate accusé de viol et de violences physiques par son ex-compagne (huffingtonpost.fr)
La mannequin Brianna Stern a déposé une plainte contre l’influenceur américano-britannique qu’elle accuse de l’avoir violée en mars 2025 dans un hôtel de Los Angeles.Brianna Stern n’a porté plainte qu’après le départ d’Andrew Tate pour la Roumanie, après qu’il l’a menacée de « la tuer » si elle le « trahissait »
Spécial France
- Procès Sarkozy : l’ex-président est le « véritable décisionnaire et commanditaire » du pacte conclu avec Kadhafi, affirme le parquet financier (liberation.fr)
Le procureur du PNF a évoqué ce mardi 25 mars dans ses réquisitions « l’implication totale » de l’ancien chef de l’Etat, demandant sa condamnation, avec Claude Guéant et Brice Hortefeux, pour corruption et association de malfaiteurs.
Voir aussi Procès Sarkozy-Kadhafi : sept ans de prison et 300 000 euros d’amende requis contre l’ancien président (liberation.fr)
Le parquet a requis une peine de sept ans de prison à l’encontre de Nicolas Sarkozy, accusé d’avoir conclu un « pacte de corruption » avec l’ancien dictateur libyen Muammar al-Kadhafi pour financer sa campagne de 2007.
- Olivier Faure menace sur les retraites : si le Parlement n’est pas saisi, la censure serait « une obligation morale » (liberation.fr)
- « Les universités jugées wokistes sont mal notées » : la gauche veut supprimer le Hcéres (reporterre.net)
- Pression américaine sur les entreprises françaises : « Inadmissible » pour le Medef, la loi « va continuer à s’appliquer » assure Bergé (liberation.fr)
Des sociétés françaises ont reçu une lettre de l’ambassade des États-Unis concernant leurs programmes internes en faveur de la diversité.
- Julie Sweet met fin aux politiques d’inclusion et de diversité chez Accenture (solidaires-octo.com)
Nous n’en sommes plus à une menace vague et lointaine d’un avenir déplaisant, ce sont les conséquences concrètes de politiques autoritaires de Trump. Il n’aura fallu que 17 jours pour qu’Accenture se plie aux exigences de Trump et de son administration fasciste.
- Au Centre Pompidou, l’exposition “Paris noir” invisibilise-t-elle ceux qui l’ont rendue possible ? (telerama.fr)
Pour son exposition mettant à l’honneur des artistes noirs, le musée se serait approprié le travail d’anciens collaborateurs, eux-mêmes noirs. C’est ce qu’affirme l’un deux, Chris Cyrille, dans un post Instagram interpellant les deux commissaires.
- Carambolage à Paris : le conducteur de la voiture percutée par trois véhicules de police qui le poursuivaient sera jugé en juin (liberation.fr) – voir aussi Carambolage après un refus d’obtempérer : pourquoi le conducteur de la BMW ne sera pas poursuivi pour les blessures des dix policiers (liberation.fr)
le parquet a semble-t-il considéré que si les véhicules de police ont fini encastrés dans la BMW poursuivie, ce n’est pas du fait du conducteur – quand bien même il aurait refusé de se soumettre à un contrôle routier – mais parce que les policiers n’ont pas pu ou su freiner à temps.
- Piétonnisation et végétalisation des rues à Paris : 66 % des votant·es pour étendre le dispositif (liberation.fr)
Par une large majorité, les participant·es à la votation citoyenne organisée ce dimanche 23 mars dans la capitale ont voté « oui » à la proposition de « végétaliser et rendre piétonnes 500 nouvelles rues dans Paris ». Mais le scrutin est marqué par une très faible participation (3,9 %).
- SUV, vols en avion… Il faut supprimer ces publicités, estiment des hauts fonctionnaires (reporterre.net)
- Vaches perturbées par l’électricité : RTE devra verser plus de 450 000 euros à un éleveur (reporterre.net)
Cette fois, la décision est définitive : la ligne à haute tension qui passait au-dessus de sa ferme est bien en lien avec les difficultés que Dominique Vauprès a rencontrées dans son élevage laitier.
- Dans le Marais poitevin, des mégabassines continuent d’être construites (reporterre.net)
Deux ans après la grosse manifestation antibassines de Sainte-Soline, où en est la construction des 16 retenues d’eau prévues dans les Deux-Sèvres ? Quatre bassines ont été construites, dont une jugée illégale après des recours.
- Tofu, steaks au soja : les cantines sommées de ne plus en servir (reporterre.net)
Dans un avis, l’Anses préconise de ne plus servir d’aliments à base de soja dans la restauration collective. Et recommande à l’industrie agroalimentaire de modifier ses méthodes de fabrication pour éviter les substances nocives.
- « Comportements inappropriés » avec des élèves : un directeur de lycée catholique de Saint-Nazaire suspendu après un voyage scolaire (liberation.fr)
Le chef d’établissement est accusé de s’être rendu dans les chambres d’élèves âgées de 15-16 ans lors d’un voyage scolaire organisé à Paris et d’y avoir eu des gestes ainsi que des propos « déplacés ». Enseignants et parents n’étaient même pas au courant de sa présence dans la capitale.
- Dans le milieu gay, les violences sexuelles sortent du placard (alterechos.be)
Peu documentées, les agressions entre partenaires masculins sont un angle mort de la prise en charge des violences sexuelles. Des représentations stéréotypées de la virilité aux espaces de drague particulièrement propices aux agressions, en passant par le chemsex et un contexte sociétal hétéronormé… Le tabou domine.
Spécial femmes en France
- Des noms de grandes scientifiques vont être gravés sur la tour Eiffel (humanite.fr)
Le projet Hypathie, du nom d’une scientifique grecque d’Alexandrie, a pour but de faire graver les noms de quarante grandes femmes scientifiques au deuxième étage de la Tour Eiffel. Dès son inauguration en 1889, 72 noms d’hommes scientifiques sélectionnés par Gustave Eiffel avaient été plaqués en lettre d’or sur une frise.
- Ce rapport déterré par Mediapart contredit le gouvernement sur le port du voile dans le sport (huffingtonpost.fr)
Le site d’investigation révèle l’existence d’un rapport fouillé passé sous les radars et niant l’existence d’un lien entre sport et radicalisation.
- « 81,5 % des actes islamophobes sont commis contre des femmes » : les femmes musulmanes à la croisée des oppressions (humanite.fr)
- Gérard Depardieu jugé pour agressions sexuelles : le one-man-show en trois actes de son avocat (telerama.fr) – voir aussi Procès de Gérard Depardieu : près de 200 avocats dénoncent le sexisme du conseil de l’acteur, Jérémie Assous, dans une tribune publiée par “Le Monde” (francetvinfo.fr) et Fin du procès Depardieu : quatre jours d’“apologie du sexisme”, selon les avocates de la partie civile (telerama.fr)
« Monsieur Depardieu est fort avec les faibles et il est faible avec les forts. »[…]« Monsieur Depardieu a plusieurs facettes : c’est aussi le voyou de Châteauroux, un homme d’argent qui a investi dans le pétrole, un homme proche des dictateurs et un agresseur sexuel. »
- Gérard Depardieu ne « sait pas » ce qu’est une agression sexuelle, voici un rappel de la définition (huffingtonpost.fr)
- L’actrice Vahina Giocante dénonce les « dégueulasseries » de Gérard Depardieu sur les tournages de films (huffingtonpost.fr)
« J’ai vu un homme se gargariser de la honte et de la terreur des plus faibles et s’abreuver de manière insatiable à toutes formes de domination. J’ai vu des équipes entières prises en otage par la gêne insupportable que ces mots et ces gestes provoquaient
- Une femme retrouvée morte dans la Marne, son mari arrêté après un assaut du GIGN (liberation.fr)
Une enquête en flagrance pour « homicide sur conjoint » a été ouverte par le parquet de Châlons-en-Champagne après l’arrestation d’un ancien policier septuagénaire déjà condamné pour des faits de violences conjugales, samedi 29 mars à Esternay.
- Féminicide de Chahinez : “Je ne ressens aucune culpabilité” répond l’accusé à son procès (rue89bordeaux.com) – voir aussi Féminicide de Chahinez Daoud : son ex-mari condamné à la perpétuité (humanite.fr)
- Féminicide de Sandra Pla : un procès contre l’État, « pour les autres » (humanite.fr)
Sandra quitte son compagnon fin décembre 2020. Dès le 6 janvier, elle porte plainte pour violences conjugales. Le 24 février, elle demande une ordonnance de protection auprès du juge aux affaires familiales de Bordeaux – demande rejetée après une semaine. Fin mars, elle veut porter plainte pour harcèlement : on ne lui laissera enregistrer qu’une simple main courante. Le 30 mars, elle écrit au procureur et au président de la République : « Je crains le pire des dénouements sans votre intervention. » Sans effet. […] Sandra Pla « n’a jamais eu la protection qu’elle souhaitait, sa famille veut que ça n’arrive plus jamais à d’autres ».
Spécial médias et pouvoir
- Le Syndicat de la Presse Pas Pareille, un acteur sur lequel compter (blogs.mediapart.fr)
Ça y est ! le Syndicat de la presse pas pareille (SPPP) est lancé, et doté d’un site. Il défend une presse émancipatrice, contre toutes formes de domination. Réfléchi lors des Assises de la Presse Pas Pareille, il souhaite promouvoir les médias indépendants, créer une dynamique collective entre rédactions et porter des revendications politiques et économiques.
- Débat sur Gaza : France info mis en garde par l’Arcom après une séquence qui imaginait l’enclave en Riviera du Moyen-Orient (liberation.fr)
- La mairie RN de Perpignan s’attaque à l’Empaillé (lempaille.fr)
- Politiser la haine : la stratégie du buzz (acrimed.org)
Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)
- Comment Bercy efface, en catimini, une ardoise de 320 millions d’euros de pénalité fiscale pour Vincent Bolloré (humanite.fr)
Le milliardaire aurait menti avec l’aide de Bercy. Selon le Canard Enchaîné, le groupe Vivendi a baissé son imposition sans payer les pénalités prévues, avec le soutien du ministère de l’Économie et des Finances.
- Sous Macron, 207 milliards d’euros de cadeaux fiscaux accordés aux ultrariches (reporterre.net)
- Alexis Kohler dit au revoir à l’Élysée et bonjour à la Société générale (liberation.fr)
Le bras droit historique d’Emmanuel Macron, secrétaire général de l’Elysée depuis huit ans, a été nommé directeur général adjoint de la banque française, a annoncé cette dernière ce vendredi 28 mars.
- Le scandale Galileo, énième rappel de la nécessité de réguler l’enseignement supérieur privé (alternatives-economiques.fr)
Alors qu’une enquête accablante sur le groupe Galileo a mis une nouvelle fois en lumière les abus des établissements supérieurs privés lucratifs, les pouvoirs publics s’interrogent enfin sur la régulation de ce secteur.
- Normandie : des professeurs apprennent par leur application professionnelle Iprof que leur poste est supprimé (francebleu.fr)
Le rectorat dit effectivement que les collègues vont recevoir un courrier et ils vont le recevoir à priori le 2 avril, puisque l’instance académique a lieu le 1er avril, sachant que pour saisir ses vœux quand on perd son poste et qu’il en faut un nouveau, les collègues ont jusqu’au 3 avril.
Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…
- La dématérialisation réduit l’accès aux droits, alerte (encore) la Défenseure des droits (next.ink)
- Médecins du monde dénonce “une grave atteinte aux fondements de notre modèle social”, après le vote du Sénat limitant l’accès aux prestations sociales pour les étrangers (francetvinfo.fr)
L’ONG signe une tribune publiée mercredi pour dénoncer “une préférence nationale déguisée” à propos d’une proposition de loi Les Républicains adoptée au Sénat pour restreindre certaines prestations sociales aux étrangers.
- Antisémitisme : Deux députés écologistes veulent saisir la justice contre Manuel Valls (20minutes.fr) Le ministre des Outre-mer Manuel Valls a affirmé lundi que « la haine des Juifs vient essentiellement du monde arabo-musulman, en France comme ailleurs ».
- Le « racisme anti-Blancs » n’existe pas (politis.fr)
Alors que les actes antisémites progressent de manière significative, de même que les actes racistes et islamophobes, les défenseurs de la France aux Français, les bons, les blonds, les Blancs, allument un contre-feu, et dénoncent avec force et vigueur le « racisme anti-Blancs ». C’est dire si leur combat contre l’antisémitisme est sincère. Et prioritaire. En réalité, ils ne font que hiérarchiser leur haine. Les Arabes et les Noirs d’abord, les juifs ensuite.
Voir aussi Fabien Roussel évoque un « racisme anti-blanc » (liberation.fr)
- “Je n’ai plus d’espoir” : sur les quais de Seine, un campement de 250 mineurs isolés bientôt évacué (francetvinfo.fr)
- Quand l’extrême droite instrumentalise le féminisme pour cibler l’islam et les migrant·es (theconversation.com)
Le féminisme est traditionnellement associé à des valeurs progressistes, telles que l’égalité et la justice sociale. Mais ces dernières années, des activistes d’extrême droite, comme « Némésis », les « Antigones » ou les « Caryatides », revendiquent leur féminisme. Ciblant l’islam et les migrants au nom de la défense des femmes, elles sont de plus en plus présentes dans les médias.
- Un an d’infiltration chez les identitaires (streetpress.com)
- À Toulon, deux mineurs tabassés par un groupe d’extrême droite attendent toujours des nouvelles de leurs plaintes (streetpress.com)
- Le silence de l’État face au meurtre d’un agriculteur anti-mafia en Corse (basta.media)
Pierre Alessandri était connu en Corse pour son engagement syndical contre la spéculation, les fraudes et les pratiques mafieuses. Alors que les investigations se poursuivent sur son assassinat le 17 mars, le silence des autorités est effarant.
Spécial résistances
- Mais qui brûle les voitures Tesla de Niort ? (liberation.fr)
En six mois, douze véhicules électriques de la célèbre marque du milliardaire Elon Musk ont été incendiés dans la ville des Deux-Sèvres. Les enquêteurs privilégient la piste criminelle.
- Millau fait flamber les machos : un carnaval pour cramer le crapaud patriarcal (millavois.com)
Spécial outils de résistance
- Bloque Bolloré sur Internet et les médias d’extrême droite (bloquebollore.codeberg.page)
- Non, la France n’est pas « submergée » par l’immigration (alternatives-economiques.fr)
Spécial GAFAM et cie
- Oops : Google says it might have deleted your Maps Timeline data (arstechnica.com)
- L’Italie ordonne à Google d’empoisonner son DNS public en vertu de la loi stricte Piracy Shield qui vise à empêcher le piratage des retransmissions en direct (developpez.com)
- Everything you say to an Alexa speaker will be sent to Amazon – starting today (theconversation.com)
Amazon has disabled two key privacy features in its Alexa smart speakers, in a push to introduce artificial intelligence-powered “agentic capabilities” and turn a profit from the popular devices.
- Whittaker : “don’t be fooled by WhatsApp’s marketing fluff” (cybernews.com)
Meredith Whittaker, the president of Signal, isn’t too happy with Will Cathcart’s recent statements, which suggest there are hardly any differences between WhatsApp and Signal.”WhatsApp can link that information to Facebook, to Instagram and to payment data that they could buy into. Signal simply doesn’t have all that data”
Voir aussi Dans un contexte tendu, Signal rappelle ses différences avec WhatsApp (next.ink)
Les autres lectures de la semaine
- Doctorow : rendre l’interopérabilité contraignante (danslesalgorithmes.net)
- Le service public dans la tourmente du néolibéralisme (contretemps.eu)
- D.O.G.E. : anatomie du coup d’État numérique d’Elon Musk (legrandcontinent.eu)
- Par pitié, arrêtez de dire « les Anglo-Saxons » (slate.fr – texte d’octobre 2020)
- A 1930s movement wanted to merge the US, Canada and Greenland. Here’s why it has modern resonances (theconversation.com)
- Guerre d’Algérie. Armes chimiques, le mur du silence (orientxxi.info)
Récemment déprogrammé par France Télévisions, Algérie, sections armes spéciales met en lumière la guerre chimique menée par l’armée française contre la population civile. En donnant la parole à des victimes et des anciens combattants, le documentaire soulève également des questions sur la transparence des archives militaires et la mémoire collective.
- « L’inceste reste considéré comme le problème de la victime » (revueladeferlante.fr)
- Comment nommer les nuages ? Une histoire entre science et art (theconversation.com)
Les BDs/graphiques/photos de la semaine
Les vidéos/podcasts de la semaine
- Retailleau : “Vive le sport, à bas le voile” : cette journaliste lui répond (lemediatv.fr)
- Loi Attal, narcotrafic : la grande offensive réactionnaire du Gouvernement Bayrou (lemediatv.fr)
- La Tesla du démon (radiofrance.fr)
- L’IA au service de la charia, c’est la charIA (radiofrance.fr)
les bros de la Silicon Valley inventent des technologies qui sont ensuite utilisées par leurs bros d’Iran pour oppresser les femmes. On est vraiment au carrefour des masculinités toxiques. […] Ça veut dire aussi que les génies de l’IA… font de loooongues études, très pointues… ils sont capables de coder des programmes hyper compliqués et la première chose qu’ils font au moment d’utiliser leurs compétences, c’est DE FOUTRE LA MISÈRE AUX MEUFS ? ! ! ! !
Les trucs chouettes de la semaine
- Sixteen Organizations Endorse the UN Open Source Principles (unite.un.org)
- Une alternative franco-allemande à Google Docs (francetvinfo.fr)
- Atlas international des nuages – Manuel de l’observation des nuages et des autres météores (cloudatlas.wmo.int)
Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.
Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).
30.03.2025 à 09:00
Spotify, la machine à humeur
Framasoft
Texte intégral (2386 mots)
Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 17 janvier 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.
Dans son livre, Mood Machine, la journaliste indépendante Liz Pelly, décortique ce que Spotify a changé dans la musique, pour les clients du service, comme pour les musiciens. Entre uberisation et syndrome de Stockholm.
Cela fait des années que la journaliste indépendante Liz Pelly observe Spotify. Son essai, Mood Machine : The Rise of Spotify and the Costs of the Perfect Playlist (Simon & Schuster, 2025) estime que la musique est devenue un utilitaire plus qu’un art. Pour les fans de musique, le streaming est, malheureusement, un « produit spectaculaire » : « un jukebox universel et infini ». Pour les musiciens cependant, Spotify a été une menace plus existentielle que la révolution du partage de fichiers qui l’a précédée, car le streaming, lui, a reçu le vernis de la légitimité, explique le Washington Post dans sa critique du livre. Mais Spotify a surtout détourné les bénéfices de la musique a son profit, tout en préparant le terrain pour remplacer les musiciens par de la musique générée par l’IA. Le secteur d’ailleurs s’y prépare : un récent rapport de la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (Cisac) annonce la chute de la rémunération des artistes et le déferlement à venir de la musique générée par IA
La musique, une activité purement fonctionnelle
Liz Pelly rappelle que les origines de Spotify plongent directement dans The Pirate Bay, l’emblème du téléchargement illégal de musique du début des années 2000, notamment parce que le service était une réponse au comportement des gens et à l’envolée du téléchargement illégal. Pour le fondateur de Spotify, la musique a été considérée comme Amazon a considéré les livres : un cheval de Troie pour exploiter les clients. La recette de la suprématie auditive de Spotify a surtout reposé sur les playlists, spécifiques, homogènes et de plus en plus automatisées, descendant monotone de la radio commerciale et des musiques d’ambiance. Nos habitudes d’écoute culturelles ont été peu à peu déformées par la domination de Spotify. « Les auditeurs ont été encouragés à aborder la musique comme une activité purement fonctionnelle – pour dormir, étudier ou meubler un lieu public – sans avoir à fournir aucun investissement particulier dans des artistes individuels et identifiables ». En fait, Spotify vise avant tout à maintenir ses clients dans leur zone de confort. Spotify incarne « un modèle de créativité axé sur le service client qui conduit à une stagnation esthétique », explique Pelly. Le « son Spotify » ressemble à la décoration des appartements sur Airbnb, partout identique.
« À quel moment un système de recommandation cesse-t-il de recommander des chansons et commence-t-il à recommander une idée complète de la culture ? » demande Pelly. Spotify préfère que vous vous engagiez de la manière la plus passive et la plus distraite possible. Comme en politique, les superstructures panoptiques fonctionnent mieux lorsque leurs sujets ne leur accordent pas trop d’attention. Comme l’aurait dit un jour Daniel Ek, le fondateur de Spotify, « notre seul concurrent est le silence ». Dans le New Yorker, le prof de littérature Hua Hsu qui discute du même livre, parle d’un syndrome Spotify comme d’un syndrome de Stockholm. « Tout comme nous entraînons l’algorithme de Spotify avec nos goûts et nos dégoûts, la plateforme semble, elle, nous entraîner à devenir des auditeurs 24 heures sur 24 ». Pelly soutient, en fait, que la plus grande innovation de Spotify a été sa compréhension de l’affect, de la façon dont nous nous tournons vers la musique pour nous remonter le moral ou nous calmer, nous aider à nous concentrer sur nos devoirs ou simplement nous dissocier. Contrairement aux maisons de disque, son but n’était pas de nous vendre un tube dont on se lasse, mais de nous vendre un environnement sonore permanent. Quand on écoutait MTV ou la radio, nous pouvions parfois tomber sur quelque chose de différent ou d’inconnu. Désormais, la personnalisation « laisse présager d’un avenir sans risque, dans lequel nous ne serons jamais exposés à quoi que ce soit que nous ne voudrions pas entendre ». Sur Spotify, « les sons flottent en grande partie sans contexte ni filiation ». Les artistes y sont finalement assez invisibles. La musique décontextualisée de son histoire.
Internet était censé libérer les artistes de la monoculture, en offrant les conditions pour que la musique circule de manière démocratique et décentralisée. Certes, elle circule plus que jamais, mais la monoculture, elle, s’est terriblement renforcée.
Spotify, une ubérisation comme les autres
Dans les bonnes feuilles du livre que publie Harpers, Pelly évoque une autre dimension des transformations qu’a produit la plateforme, non pas sur les utilisateurs et clients, mais sur la musique et les musiciens eux-mêmes. Elle décrit les artistes fantômes de la plateforme, une polémique où les playlists populaires de Spotify semblaient se peupler de musiques de stock et d’artistes qui n’existaient pas. Pelly montre que Spotify avait en fait, malgré ses longues dénégations, bel et bien des accords avec des sociétés de productions pour produire des flux de musique moins chers. Ce programme, baptisé Perfect Fit Content (PFC, que l’on peut traduire par « contenu parfaitement adapté »), offrait des conditions de rémunération moindre et visait clairement à réduire les droits payés par Spotify aux artistes, normalisant des titres bons marchés pour remplir les playlists. « Au milieu des années 2010, le service s’est activement repositionné pour devenir une plateforme neutre, une méritocratie axée sur les données qui réécrivait les règles de l’industrie musicale avec ses playlists et ses algorithmes ». En se rendant compte que de nombreux abonnés écoutaient de la musique en fond sonore, Spotify a opté pour une solution qui lui permettait de réduire les dividendes qu’elle versait au majors (représentant quelques 70 % de ses revenus) afin de devenir bénéficiaire. Pour cela, elle a misé sur les recommandations par playlists d’humeur qui se sont peu à peu peuplées de titres PFC – et ce alors que Spotify se défend de faire des placements de chansons dans ses playlists.
De nombreuses entreprises fournissent désormais Spotify en musique libre de droits à petits budgets, au détriment d’artistes indépendants. Loin d’être la plateforme de la méritocratie musicale qu’elle prétend être, Spotify, comme bien des entreprises, « manipule secrètement la programmation pour favoriser le contenu qui améliore ses marges ». Pour les musiciens précarisés qui produisent ces musiques, cela ressemble surtout à une ubérisation à marche forcée, avec des enregistrements à la chaîne et des musiques écrites sur un coin de table pour correspondre à un style précis, qui signent des contrats avec des droits réduits. « La musique de fond est à certains égards similaire à la musique de production, un son produit en masse sur la base d’un travail à la demande, qui est souvent entièrement détenu par des sociétés de production qui le rendent facilement disponible pour la publicité, la sonorisation de magasin, la production de films… » Ce que l’on appelle « la musique de production » est d’ailleurs en plein essor actuellement, explique Pelly, notamment pour créer des fonds sonores aux micro-contenus vidéo de Youtube, Insta ou TikTok, afin d’éviter des accords de licences compliqués voire la suppression de contenus lié à la violation du droit d’auteur. Pour ces entreprises qui produisent de la musique à la chaîne, comme Epidemic Sound, la musique n’est rien d’autre qu’une « activité de données », aplanissant les différences entre les musiques, produisant un brouillage des frontières esthétiques.
Les musiciens de l’Ivors Academy, une organisation britannique de défense des auteurs-compositeurs, affirment que les « frictions » que des entreprises comme Epidemic cherchent à aplanir sont en fait des protections industrielles et de droit d’auteur durement gagnées. Nous sommes entrés dans une course au moins disant, explique un producteur. Quand ces morceaux décollent en audience, ils génèrent bien plus de revenus pour Spotity et les labels fantômes que pour leurs auteurs, par contrat. « Ce traitement de la musique comme rien d’autre que des sons de fond – comme des pistes interchangeables de playlists génériques et étiquetées en fonction de l’ambiance – est au cœur de la dévalorisation de la musique à l’ère du streaming. Il est dans l’intérêt financier des services de streaming de décourager une culture musicale critique parmi les utilisateurs, de continuer à éroder les liens entre les artistes et les auditeurs, afin de faire passer plus facilement de la musique à prix réduits, améliorant ainsi leurs marges bénéficiaires. Il n’est pas difficile d’imaginer un avenir dans lequel l’effilochage continu de ces liens érode complètement le rôle de l’artiste, jetant les bases pour que les utilisateurs acceptent la musique créée à l’aide de logiciels d’IA générative. » Epidemic Sound a déjà prévu d’autoriser ses auteurs à utiliser les outils d’IA pour générer des pistes musicales. Et Spotify, pour sa part, a fait part ouvertement de sa volonté d’autoriser la musique générée par l’IA sur la plateforme.
L’exploitation de l’IA par Spotify ne s’arrête pas là. Elle est toujours corrélée à des initiatives pour réduire les coûts, rappelle Pelly, en évoquant par exemple le Discovery Mode, un programme de promotion automatique où les artistes qui acceptent d’y participer acceptent également une redevance inférieure. Bien sûr, Discovery Mode a attiré l’attention des artistes, des organisateurs et des législateurs et il est probable que PFC attise également les critiques… Mais « les protestations pour des taux de redevance plus élevés sont plus difficiles quand les playlists sont remplies d’artistes fantômes ».
MÀJ du 27/01/2025 : Liz Pelly est en interview dans le Monde.
24.03.2025 à 07:42
Khrys’presso du lundi 24 mars 2025
Khrys
Texte intégral (11100 mots)
Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.
Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)
Brave New World
- The New World Order Is Here, And America Isn’t Part Of It (theindex.media)
History pivoted in Tokyo yesterday – though few Americans noticed. The foreign ministers of Japan, China, and South Korea gathered for the first time since 2023, posed for ceremonial photographs, and drafted plans for an Asian future where American preferences no longer command deference.
- Subsea fibre cables can ‘listen out’ for sabotage (bbc.com)
- « Il y a des choix terribles à faire » : combien de millions de personnes vont mourir à cause des coupes de l’aide américaine, interroge l’OMS ? (humanite.fr)
- Faute de fonds, l’OMS pourrait cesser 80 % de ses opérations en Afghanistan (lapresse.ca) L’Organisation mondiale de la Santé (OMS)
prévient lundi que si elle ne trouve pas de fonds alternatifs, elle sera forcée de fermer d’ici juin « 80 % des services de soins essentiels » qu’elle soutient en Afghanistan, dont le système de santé ne tient que grâce au soutien des bailleurs internationaux.
- Une arme sonique utilisée contre des manifestant·es en Serbie ? (huffingtonpost.fr)
Les autorités serbes ont démenti avoir usé de cet arsenal dont l’utilisation est interdite dans le pays. Mais un émetteur d’ondes millimétriques pourrait également être en cause. Ce type d’arme non-létale émet un intense rayon de chaleur causant une sensation de brûlure extrêmement désagréable.
- La Hongrie de Viktor Orbán interdit la marche des fiertés et va utiliser la reconnaissance faciale pour cibler les participant·es (leparisien.fr)
Le texte a été adopté via une procédure exceptionnelle à une large majorité par la coalition au pouvoir avec 136 voix pour et seulement 27 voix contre.
- Musk’s X suspends opposition accounts in Turkey amid civil unrest (politico.eu)
Suspensions affect accounts spreading information about the widespread demonstrations.
- Heritage Foundation and Allies Discuss Dismantling the EU (desmog.com)
The group behind the radical Project 2025 agenda is increasingly turning its attention to Europe.
- Conflit en RDC : le Rwanda rompt ses relations diplomatiques avec la Belgique (liberation.fr)
Le ministère des Affaires étrangères rwandais a annoncé sa décision « avec effet immédiat » ce lundi 17 mars, accusant la Belgique d’avoir « pris parti » pour Kinshasa.
- Allemagne : Tesla coupe les vivres aux travailleurs de sa giga-factory en congés maladie (humanite.fr)
La direction de la giga-factory Tesla près de Berlin s’affranchit du droit du travail en coupant dans les revenus de ses salariés malades, jusqu’à les pousser à un départ sans indemnités. […] Pour y parvenir Musk a bénéficié de la complicité des autorités fédérales et du Land de Brandebourg, en vertu d’une très grande coalition rassemblant CDU, libéraux SPD et Verts.
- Tesla removed as participant in 2025 Vancouver International Auto Show (vancouverisawesome.com)
The decision was for “the safety of attendees, exhibitors, and staff.”
- 80 Teslas damaged at Hamilton dealership, largest car vandalism reported in Canada against the U.S. company (cbc.ca)
- Teslas set on fire with Molotov cocktails, Las Vegas police say (reviewjournal.com)
- Man Tests If Tesla Autopilot Will Crash Into Wall Painted to Look Like Road (futurism.com)
The Elon Musk-led EV maker has given up entirely on LIDAR or radar sensors, which its many competitors have been using for object detection for years, with Musk once calling LIDAR “fricking stupid, expensive and unnecessary.”But by relying only on visual data, Tesla’s Autopilot can easily be fooled by anything from heavy fog to a wall-scale painting of the road ahead
- Tesla rappelle tous ses Cybertruck à cause d’un risque de chute de carrosserie (liberation.fr)
Le constructeur américain, propriété d’Elon Musk, rappelle l’ensemble de ces véhicules produits depuis novembre 2023 à cause de panneaux de carrosserie qui risquent de tomber.
- « Adaptable aux menaces futures », plus performant, furtif… Trump présente le F-47 de Boeing, avion de combat nouvelle génération (liberation.fr)
- UK issues new ‘travel warning’ to anyone going to the US (express.co.uk)
Brits going to the USA have been warned after high profile incidents of tourists being detained ‘in chains’ at the border.
- German man with green card ‘violently interrogated’ by US border officials (theguardian.com)
Berlin checking if US immigration policy has changed after Fabian Schmidt becomes third German to be detained
- Tourist in US chained ‘like Hannibal Lecter’ (bbc.com)
- Un scientifique français refoulé à son entrée aux États-Unis pour des messages anti-Trump, Paris grince des dents (liberation.fr)
Le gouvernement français a déploré ce mercredi 19 mars l’interdiction d’entrée sur le territoire américain d’un chercheur venu assister à une conférence pour le CNRS, en raison de son « opinion personnelle » sur la politique du président américain concernant la recherche.
- The airport panopticon is getting people deported and detained (theverge.com)
as Trump expands the Department of Homeland Security’s (DHS) mandate, legal immigrants, too, are finding themselves in the government’s crosshairs. Their arrests are facilitated by DHS’s vast surveillance capabilities, which are largely invisible to the public by design — and where the details of a person’s life, from years-old criminal charges to seemingly innocuous social media posts, are weaponized.
- Les États-Unis mettent fin au statut légal de plus de 500 000 migrant·es, indignation des associations (liberation.fr)
Arrivé·es en 2022 et 2023 dans le cadre d’un programme lancé par Joe Biden, un demi-million de Cubain·es, Haïtien·nes, Nicaraguayen·nes et Vénézuélien·nes vont être contraint·es de quitter les États-Unis d’ici le 24 avril.
- What the Venezuelans Deported to El Salvador Experienced (time.com)
- Donald Trump met fin au programme de traçage des enfants ukrainiens enlevés par la Russie (huffingtonpost.fr)
Durant trois années, des chercheurs de l’université de Yale avaient collecté numériquement de précieuses informations, compromettantes pour Vladimir Poutine.
- Donald Trump retire la protection des deux enfants de Joe Biden et révèle la localisation de son fils Hunter (liberation.fr)
Le président américain a déclaré lundi 17 mars suspendre le dispositif de sécurité du Secret Service qui protégeait jusqu’à présent le fils et la fille de son prédécesseur.
- The Trump Administration Wants USAID on the Blockchain (wired.com)
“It feels like a fake technological solution for a problem that doesn’t exist”
- Trump moves to close down Voice of America (bbc.com)
US President Donald Trump has signed an order to strip back federally funded news organisation Voice of America, accusing it of being “anti-Trump” and “radical”.
Voir aussi The silencing of Voice of America (vox.com)
- Lawsuit demands an immediate halt to VOA’s dissolution and the prompt reinstatement of its employees (substack.com)
A lawsuit was filed in federal court here today seeking to restore the Voice of America. My successor as VOA’s White House bureau chief, Patsy Widakuswara, who grew up under a dictatorship in Indonesia, is the lead plaintiff. Some of the other plaintiffs, who for now are anonymous, are among nearly 50 VOA journalists whose J-1 visas are being cancelled and must leave the country within 30 days. At least six of those face going home to authoritarian countries where they could be jailed, or worse.
- États-Unis : RSF poursuit l’administration Trump pour défendre Voice of America (rsf.org)
Les régimes autoritaires, comme le Kremlin et le Parti communiste chinois, se réjouissent de la mort de Voice of America. Il est clair que l’action de Donald Trump encouragera une répression plus sévère contre les journalistes et la liberté de la presse.
- Wired is dropping paywalls for FOIA-based reporting. Others should follow (freedom.press)
The news business isn’t just any business — it serves a vital role in our democracy, recognized by the First Amendment. But media outlets can’t serve that role if they’re bankrupt. And as a result, news readers often find themselves blocked by paywalls from reading important stories about government business. […] Wired has a solution — it’s going to stop paywalling articles that are primarily based on public records obtained through the Freedom of Information Act.
- Holocaust remembrance pages — and one about Bea Arthur — removed in Pentagon’s DEI purge (jta.org)
Stories of Holocaust survivors were caught in the anti-DEI net, as was an article about Jewish “Golden Girls” star Bea Arthur.
- États-Unis : le démantèlement du ministère de l’Éducation validé dans la journée par Donald Trump (liberation.fr)
Le président américain prévoit de ratifier, ce jeudi 20 mars, un décret visant à fermer le ministère de l’Education et à transférer ses compétences aux États. Mais ce démantèlement n’est pas possible sans l’adoption d’une loi au Sénat.
- The US government has sent Columbia University a ransom note (theguardian.com)
Like a mob boss, the government threatens to cut off two of the university’s fingers : academic freedom and faculty governance
- Frappée au portefeuille, l’université Columbia accepte les réformes voulues par Trump (liberation.fr)
Pour garder ses 400 millions de dollars de subventions, l’université new-yorkaise cède au chantage et s’engage notamment à évaluer le travail du Centre d’études palestiniennes et de l’Institut d’études israéliennes et juives.
- FTC removes posts critical of Big Tech from its website (techcrunch.com)
The Federal Trade Commission (FTC) has removed over 300 blog posts published during the agency’s leadership under former chair Lina Khan, Wired reports. These include posts that are critical of companies like Amazon and Microsoft for their handling of customer data.
- FCC to get Republican majority and plans to “delete” as many rules as possible (arstechnica.com)
- The Trump-Musk Regime Wants to Make Segregation Great Again (thenation.com)
Last month, the Trump administration made a racist change to its rules for business that get federal contracts, so that “the federal government no longer explicitly prohibits contractors from having segregated restaurants, waiting rooms and drinking fountains.”
- ‘It’s a Heist’ : Real Federal Auditors Are Horrified by DOGE (wired.com)
- Donald Trump se fait recadrer par le président de la Cour suprême après avoir appelé à destituer un juge fédéral (huffingtonpost.fr)
- Report : mRNA vaccines are in RFK Jr’s crosshairs ; funding in question (arstechnica.com)
Federal support for mRNA vaccine research appears in jeopardy after KFF Health News reported Sunday that officials at the National Institutes of Health have directed scientists to remove all references to the lifesaving technology from their grant applications. All such research is now under direct scrutiny from health secretary and long-time anti-vaccine advocate Robert F. Kennedy Jr.
- Scientists Say NIH Officials Told Them To Scrub mRNA References on Grants (kffhealthnews.org)
National Institutes of Health officials have urged scientists to remove all references to mRNA vaccine technology from their grant applications, two researchers said, in a move that signaled the agency might abandon a promising field of medical research.
- Resisting Attacks on Science (criticalpublichealth.org)
So it happened. We have officially withdrawn a paper accepted for publication in a scientific journal because of editorial requests to remove language deemed out of compliance with executive orders.[…] It’s true, we could ‘comply’ with these editorial requests without altering the article’s main scientific contributions. But, let’s be clear. These are not editorial requests aimed at improving our science or clarifying our main arguments. […] By erasing entire groups of people from scientific dissemination, these requests reinforce the very inequities that the public health community should be seeking to address. […] We refuse to publish our work in any journal that enables such political interference or denies access to dissemination for reasons unrelated to the quality of the science itself […]Not everyone will have the luxury to make this choice, but for those who do, please take a stand.
- Measles arrives in Kansas, spreads quickly in undervaccinated counties (arstechnica.com)
- Grippe aviaire : réapparition d’une souche transmissible à l’homme dans un élevage de poulets aux États-Unis (liberation.fr)
Des cas de grippe aviaire de type H7N9, une des principales souches à l’origine des contaminations humaines, ont été confirmés dans un élevage de poulets aux Etats-Unis, déjà confrontés à une flambée de H5N1.
- Les États-Unis supplient l’Europe de leur envoyer des… œufs (infos.rtl.lu)
- Bill Gates Gives Up on Climate Change (futurism.com)
By the early 2020s, billionaires had positioned themselves as the masters of climate change policy, taking advantage of their great fortunes to become indispensable to environmentalism. Now, however, many of those same billionaires are pulling support at an alarming rate. And Bill Gates — Microsoft founder, sixth richest man in the world, and alleged sex pest — is the latest among them.
- Greenpeace condamnée aux États-Unis à verser des centaines de millions de dollars à l’exploitant du Dakota Access Pipeline (liberation.fr)
L’ONG a été condamnée ce mercredi 19 mars à verser plusieurs centaines de millions de dollars à Energy Transfer pour avoir participé à des manifestations en 2017 contre ce pipeline traversant le nord des États-Unis.
- Les deux astronautes américains coincé·es dans l’ISS depuis 9 mois ont quitté la station (liberation.fr)
Sunita Williams et Barry Wilmore ont embarqué ce mardi 18 mars au petit matin dans le vaisseau Crew Dragon de l’entreprise SpaceX d’Elon Musk, qui s’est détaché du laboratoire orbital. Elle et il doivent regagner la Terre dans la soirée.
- Incendies, cyclones… Un nombre record d’exilés climatiques en 2024 (reporterre.net)
L’histoire de la semaine
- Man Installed “Kill Switch” So That If He Was Ever Fired, All Hell Would Break Loose (futurism.com)
Last week, a Texas-based software developer by the name of Davis Lu was found guilty by a federal jury for maliciously disrupting servers at Eaton Corp, a huge power management firm headquartered in Dublin, Ireland.
Spécial IA
- Amid Job Cuts, DOGE Accelerates Rollout of AI Tool to Automate Government Tasks (pcmag.com) – voir aussi AI can’t do your job (pluralistic.net)
- Elon Musk et DOGE : Votez Grok (arretsurimages.net)
Les logiciels ne remplaceront jamais les êtres humains, et ceux qui défendent leur déploiement le savent. Tout ce que les fossoyeurs de la démocratie attendent de l’outil technique, c’est qu’il soit perçu comme un concurrent plausible du fonctionnaire le temps du remplacement de la bureaucratie par l’infrastructure […] Si j’écris jusqu’ici “IA” entre guillemets, c’est parce que “l’IA” en tant qu’outil technique n’existe pas. L’IA n’est pas un outil technique, c’est une idéologie
- AI Is Not Unavoidable. Not This AI, That’s for Sure (fossforce.com)
Current AI is a perfect smoke screen to mess with democracy and freedom. More exactly, current AI is great for “manufacturing excuses and replacing politics, automating not paperwork but democratic decision-making… If you want a labor force, a regulatory bureaucracy, or accountability to disappear, you simply say, ‘AI can do it.’”
- AI Slop Is a Brute Force Attack on the Algorithms That Control Reality (404media.co)
Generative AI spammers are brute forcing the internet, and it is working. […] The best way to think of the slop and spam that generative AI enables is as a brute force attack on the algorithms that control the internet and which govern how a large segment of the public interprets the nature of reality. It is not just that people making AI slop are spamming the internet, it’s that the intended “audience” of AI slop is social media and search algorithms, not human beings.
- AI crawlers haven’t learned to play nice with websites (theregister.com)
- AI bots are destroying OpenAccess (go-to-hellman.blogspot.com)
- FOSS infrastructure is under attack by AI companies (thelibre.news)
LLM scrapers are taking down FOSS projects’ infrastructure, and it’s getting worse. (theregister.com) SourceHut says it’s getting DDoSed by LLM bots
- Cloudflare turns AI against itself with endless maze of irrelevant facts (arstechnica.com)
On Wednesday, web infrastructure provider Cloudflare announced a new feature called “AI Labyrinth” that aims to combat unauthorized AI data scraping by serving fake AI-generated content to bots. The tool will attempt to thwart AI companies that crawl websites without permission to collect training data for large language models that power AI assistants like ChatGPT.
- Quand les IA font des rapprochements trompeurs (theconversation.com)
Qu’elles soient génératives ou non, les IA ayant appris des corrélations fallacieuses exposent leurs utilisateurs à des biais plus ou moins importants. Si les corrélations fallacieuses peuvent apparaître amusantes de par leur absurdité, elles peuvent également être source de discriminations.
- People are using Google’s new AI model to remove watermarks from images (techcrunch.com)
- Farewell Photoshop ? Google’s new AI lets you edit images by asking. (arstechnica.com)
- Gemini gets new coding and writing tools, plus AI-generated “podcasts” (arstechnica.com)
- Le journal italien « Il Foglio » confie la rédaction de ses articles à l’IA pendant un mois (liberation.fr)
- AI running out of juice despite Microsoft’s hard squeezing (theregister.com)
Biz leaders still dream of obedient agents replacing workers. In the actual workplace, they’re going AWOL
- Microsoft augmente ses prix pour déplacer les coûts de l’IA générative sur les utilisateurices (theconversation.com)
- The Unbelievable Scale of AI’s Pirated-Books Problem (theatlantic.com)
- Majority of AI Researchers Say Tech Industry Is Pouring Billions Into a Dead End (futurism.com)
Asked whether “scaling up” current AI approaches could lead to achieving artificial general intelligence (AGI), or a general purpose AI that matches or surpasses human cognition, an overwhelming 76 percent of respondents said it was “unlikely” or “very unlikely” to succeed.
- Shift Project : la trajectoire du numérique est « insoutenable », d’autant plus avec l’IA (next.ink)
- The Environment Can’t Afford AI (open.substack.com)
Spécial Palestine et Israël
- La guerre israélienne a réduit à néant l’agriculture et l’élevage de Gaza (chroniquepalestine.com)
- Israël lance une « opération terrestre » à Gaza et menace de prendre « des mesures d’une envergure jamais vue » (liberation.fr)
L’État hébreu a continué ce mercredi 19 mars de bombarder Gaza, en dépit du cessez-le-feu et des critiques de la communauté internationale. Tsahal a par ailleurs « pris le contrôle » du couloir de Netzarim, dans le centre de l’enclave.
- L’ONU « choquée », la Turquie évoque une « politique génocidaire »… La communauté internationale s’inquiète des attaques israéliennes à Gaza (liberation.fr)
Dans la nuit du lundi 17 au mardi 18 mars, la bande de Gaza a été la cible de bombardements israéliens venus rompre la trêve en vigueur depuis plusieurs semaines. Des attaques condamnées à l’international, sauf par les États-Unis.
- Gaza, le test décisif de la liberté de presse (pivot.quebec)
Malgré une pétition, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec refuse de dénoncer les violations de la liberté de la presse par Israël.
- Gaza : plus de 470 mort·es palestinien·nes dans les bombardements, Israël lance ses « opérations terrestres ciblées » et interdit la circulation sur le principal axe nord-sud (humanite.fr)
- Mahmoud Khalil, emprisonné aux USA pour avoir soutenu Gaza (amnesty.fr)
L’arrestation et la détention d’un ancien étudiant de l’université Columbia, qui avait manifesté en faveur de la population palestinienne à Gaza, créent un dangereux précédent pour la liberté d’expression aux États-Unis.
- Benjamin Netanyahu vient en aide à Elon Musk, Tesla devrait bientôt équiper les hauts fonctionnaires israéliens (auto-moto.com)
- Israël. La start-up nation au service de la guerre et de l’occupation (orientxxi.info)
Les start-up, souvent présentées comme un symbole de la modernité d’Israël, sont en réalité une partie intégrante du complexe militaire de ce pays. Une troisième enquête montre comment le géant américain Microsoft est partie prenante de cette stratégie de mort visant les Palestiniens. […] Dès que Lavender désigne un individu comme étant un militant du Hamas, ce repérage fait office d’ordre d’exécution, sans que soient vérifiées les données qui ont conduit la machine à cette conclusion. En faisant abstraction de leur rang ou de leur grade, l’IA a sélectionné 37 000 Palestiniens selon le principe des « traits » communs aux membres du Hamas et du Djihad islamique, l’armée assumant le risque que cette similarité l’induise en erreur et que le programme désigne des policiers, des membres de la défense civile, des parents de militants, des homonymes comme cibles potentielles. C’est exactement ce qui est arrivé. Lavender a donc joué un rôle déterminant dans l’usage intensif des bombardements, en particulier pendant les premières phases de la guerre durant lesquelles les officiers, couverts par leur hiérarchie, n’ont pas été tenus de vérifier les critères de choix de la machine (bien qu’elle se trompe dans 10 % des cas), s’assurant seulement que la cible était un homme puisque le Hamas et le Djihad islamique n’ont pas recours à des combattantes. Un fonctionnement qui a conduit l’armée israélienne à tuer quelques 15 000 Palestiniens au cours des six premières semaines de son intervention à Gaza. Ce carnage s’est interrompu non pas pour des raisons morales, mais par peur de manquer de bombes. Une crainte infondée puisque l’aide américaine s’est poursuivie sans interruption.
Spécial femmes dans le monde
- Mexico Recognizes Palestine : A Historic Gesture of Solidarity (pressenza.com)
In a significant diplomatic move, Mexico’s President Claudia Sheinbaum has officially recognized Palestine as a state, marking a historic moment in international relations. Sheinbaum, who enjoys an 80 % approval rating, reaffirmed her commitment to Palestinian human rights as she welcomed the Palestinian Authority’s ambassador to Mexico, Nadya Rasheed.
- Belarus forces accused of raping women fleeing to Poland (euobserver.com)
Testimonies are emerging of sexual violence against women and girls attempting to enter Poland from Belarus, in a wider report on illegal pushbacks of prospective asylum seekers.
- Aux États-Unis, les existences trans et non-binaires en danger vital (basta.media)
- Vivian Jenna Wilson on Being Elon Musk’s Estranged Daughter, Protecting Trans Youth and Taking on the Right Online (teenvogue.com) – voir aussi Vivian Jenna Wilson, fille d’Elon Musk : « C’est un gros bébé pathétique, pourquoi devrais-je avoir peur de lui ? » (liberation.fr)
RIP
- Émilie Dequenne, de “Rosetta” à “La Consolation” : où revoir ses rôles les plus marquants ? (telerama.fr)
L’actrice belge est morte ce dimanche 16 mars, emportée, à 43 ans, par un cancer.
Spécial France
- L’Algérie rejette une liste de ses ressortissants à expulser soumise par la France et dénonce la démarche (lemonde.fr) – voir aussi Benjamin Stora : « Cette crise franco-algérienne est instrumentalisée à des fins de politique intérieure » (humanite.fr)
- La CGT claque la porte du conclave sur les retraites, qui reste-t-il autour de la table ? (huffingtonpost.fr)
Le conclave initié par François Bayrou prend l’eau depuis son refus à un retour à la retraite à 62 ans. Trois organisations sur huit ont déjà quitté les négociations.
- Panne et messageries chiffrées : une nuit agitée pour l’Assemblée sur le narcotrafic (liberation.fr)
Une rarissime panne technique a empêché de comptabiliser les votes des députés jeudi soir dans l’hémicycle. Les élus ont finalement voté, à l’ancienne, contre la levée de la confidentialité des messageries chiffrées dans la lutte contre les trafiquants de drogue.
Voir aussi Panne informatique à l’Assemblée nationale : quand la démocratie bugue, la voix reprend ses droits (projetarcadie.com)
- “On part avec les opérateurs” : des communes privées d’antennes relais sur fond de guerre des pylônes téléphoniques entre des entreprises concurrentes (francetvinfo.fr)
- Scandale des eaux en bouteille : la commission d’enquête va saisir Gérard Larcher pour parjure, après l’audition de la PDG de Nestlé Waters (publicsenat.fr)
- Nucléaire : une mise en service du premier des six nouveaux réacteurs EPR2 d’ici 2038 au lieu de 2035, affirme l’Élysée (liberation.fr)
À l’issue d’un conseil de politique nucléaire ce lundi autour d’Emmanuel Macron, la présidence de la République a indiqué que le programme EPR2 serait retardé d’au moins trois ans. Le coût de ce programme devrait se situer « sous les 100 milliards d’euros » selon le ministre de l’Énergie.
- Polémique après la nomination de Dominique Voynet au sein d’un comité sur le nucléaire (leparisien.fr)
L’ancienne ministre de l’Environnement, fervente opposante autoproclamée à l’atome, a été nommée par Yaël Braun-Pivet au sein du Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire.
- Périphérique : une nouvelle étude confirme les effets positifs des transformations (paris.fr)
L’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) a une nouvelle fois analysé les effets de la baisse de la vitesse sur le périphérique, cinq mois après sa mise en place. Et tous les voyants sont au vert : bruit, embouteillages, pollution et accidents.
- Les laboratoires français Cerballiance ont été victimes d’une cyberattaque : voici les données qui ont fuité (clubic.com)
- Notre-Dame-de-Bétharram subit une inspection pour la première fois depuis trente ans (liberation.fr)
- “On a ouvert la boîte de Pandore” : après Bétharram, des accusations visent l’institution Saint-Dominique de Neuilly (francebleu.fr)
D’anciens élèves de l’Institution Saint-Dominique de Neuilly-sur-Seine ont ouvert un groupe Facebook suite aux révélations dans l’affaire Bétharram. Il a permis de recueillir une vingtaine de témoignages à l’encontre de plusieurs anciens professeurs et surveillants. […] “On a été extrêmement choqué·es. On a eu l’impression d’ouvrir une boîte de Pandore parce qu’en moins de dix jours, on a eu des témoignages sur sept personnes accusées de faits très graves, de violences physiques, de violences psychologiques, de violences sexuelles”
- Sévices à l’établissement catholique Notre-Dame-de-Garaison : « Mon témoignage est politique » (liberation.fr)
Violenté enfant dans l’établissement catholique digne d’un « Bétharram bis », Renaud Serraz veut briser, pour lui et tous les autres, le « douloureux silence » dans lequel l’a enfermé le déni familial et collectif.
- “Una disgrazia di più”, “insupportable drame”, “toute la Corse paye le prix du sang”, vague de réactions après l’assassinat de Pierre Alessandri (france3-regions.francetvinfo.fr)
- L’association à l’origine des alertes aux pollens met la clé sous la porte (ouest-france.fr)
Le Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA) a envoyé ce vendredi 21 mars son dernier bulletin. Alerté sur des problèmes de gestion, le gouvernement n’a pas versé sa subvention fin 2024. Dans l’attente d’une décision du tribunal de commerce de Lyon le 26 mars, l’association risque la liquidation.
- Deux ans et demi après les incendies en Gironde, les derniers panaches de fumée ont enfin disparu (liberation.fr)
Ce jeudi 19 mars, le quotidien « Sud Ouest » rapporte que tous les points chauds de l’incendie de Landiras sont désormais éteints. Sur le dernier site encore actif, la combustion souterraine a été stoppée grâce à une opération d’envergure.
- Météo-France décrit une France à +4 °C apocalyptique (reporterre.net)
Spécial femmes en France
- Épigénétique, inactivation du chromosome X et santé des femmes : conversation avec Edith Heard (theconversation.com)
Edith Heard est biologiste et directrice générale de l’European Molecular Biology Laboratory (EMBL). Elle a reçu la médaille d’or du CNRS en 2024 pour ses travaux sur l’épigénétique et l’inactivation du chromosome X.
- Cinq ans après le début du Covid : infirmières et aides-soignantes toujours déconsidérées (basta.media)
- Femmes discriminées : « Le principe d’un salaire égal pour un travail égal n’est pas appliqué » (basta.media)
- Le Centre-Val de Loire devient la deuxième région à proposer un congé menstruel à ses 2 200 fonctionnaires (liberation.fr)
Après la Nouvelle-Aquitaine, une deuxième collectivité régionale autorise, depuis janvier, ses agentes qui souffrent de menstruations douloureuses à s’absenter de leur travail, sans retrait de salaire, maximum treize jours par an.
- IVG : le Sénat vote une loi réhabilitant les femmes condamnées pour avoir avorté avant la dépénalisation (liberation.fr)
Le texte visant à faire reconnaître à l’Etat les « souffrances » des femmes condamnées a été adopté à l’unanimité par les sénateurs ce jeudi 20 mars, en première lecture.
- Port du voile dans le sport : n’arborer « aucun signe religieux ostentatoire » dans les compétitions est la « seule ligne du gouvernement », assure Aurore Bergé (lemonde.fr)
- Un homme avoue avoir drogué et violé une quinzaine de femmes près de Montpellier (liberation.fr)
Un paysagiste de 34 ans est mis en examen après avoir reconnu quinze agressions sexuelles avec soumission chimique. Trois plaintes avaient été enregistrées, la gendarmerie cherche d’autres victimes.
- Joël Le Scouarnec reconnaît la totalité de ses abus sexuels sur 299 victimes (huffingtonpost.fr)
Devant la cour criminelle du Morbihan, l’ex chirurgien a même évoqué un viol, disant « accepter les conséquences judiciaires », a précisé son avocat à « Ici Breizh Izel ».
- Procès Pelicot : “Pour les familles des condamnés, la honte fait partie du quotidien” (courrierinternational.com)
- Viols de Mazan : Gisèle Pelicot va publier ses mémoires, « avec ses propres mots », en janvier 2026 (liberation.fr)
La septuagénaire sortira dans quelques mois un livre dont le titre provisoire est « Un hymne à la vie », annonce-t-elle au « Guardian » ce jeudi 20 mars. L’ouvrage sera publié dans 21 langues.
Spécial médias et pouvoir
- Comment le groupe Bolloré réduit ses anciens journalistes au silence, révèle Reporters sans frontières (telerama.fr)
- Nathalie Saint-Cricq nommée temporairement directrice de la rédaction nationale de France Télévisions (liberation.fr)
- Jean-Marc Morandini condamné à deux ans de prison avec sursis en appel pour corruption de mineurs (liberation.fr)
L’animateur de la chaîne CNews qui avait été condamné en première instance à un an de prison avec sursis, voit sa peine s’alourdir. Il doit aussi payer une amende de 20 000 euros pour des faits commis sur trois adolescents entre 2009 et 2016.
- Affiche de Cyril Hanouna : LFI condamnée pour atteinte au « droit à l’image » (liberation.fr)
- Le « Figaro Magazine » fait sa une sur le « Belgiquistan » « woke » et « islamisé » (huffingtonpost.fr)
Le dossier de l’hebdomadaire français sur une Belgique supposément aux mains de l’extrême gauche et des islamistes est loin d’avoir fait l’unanimité dans le pays.
Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)
- « Non » à la retraite à 62 ans : Eric Lombard contredit François Bayrou et assure que « c’est aux partenaires sociaux de décider » (liberation.fr)
Quelques heures après l’annonce du Premier ministre sur France Inter ce dimanche 16 mars, son ministre de l’Economie a assuré que le dernier mot sur l’âge de départ à la retraite reviendra aux partenaires sociaux.
- Le droit du travail est-il devenu une machine à licencier ? (alternatives-economiques.fr)
Confrontées à des difficultés économiques, les entreprises multiplient les plans sociaux. Mais certaines n’hésitent également plus à se séparer directement de leurs salariés tant la législation leur a facilité la tâche.
- “Irréaliste, dangereux et inefficace” : l’ex-boss de l’ANSSI détruit l’article sur les backdoors du projet de loi Narcotrafic (clubic.com)
L’ancien directeur de l’ANSSI, Guillaume Poupard, a fermement dénoncé la tentative du gouvernement d’imposer des backdoors dans les messageries chiffrées. Il y voit une approche inefficace et risquée pour la sécurité numérique française.
Voir aussi Le gouvernement prêt à tout pour casser le droit au chiffrement (laquadrature.net) et Loi narcotrafic : Bruno Retailleau échoue à faire écouter les messageries chiffrées (humanite.fr)
- En signant avec Microsoft, l’Éducation nationale piétine souveraineté et autonomie numérique (zdnet.fr)
Alors que les appels politiques à la défense de la souveraineté technologique se multiplient, le ministère signe un énorme contrat avec Microsoft. Montant de l’accord : de 74 à 152 millions d’euros.
Voir aussi Microsoft aime toujours l’Éducation nationale (cafepedagogique.net) et Souveraineté numérique : fronde contre l’Éducation nationale qui attribue un “gros” contrat à Microsoft (silicon.fr)
Hexatrust, l’association professionnelle des acteurs français et européens de la cybersécurité et du cloud de confiance, pousse un coup de gueule contre le ministère de l’Éducation nationale qui vient d’attribuer un marché public de 74 millions € à Microsoft. De son côté, le député Philippe Latombe demande son annulation.
Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…
- Prolongement de la VSA : la petite danse autoritaire du gouvernement (laquadrature.net)
Voir aussi Gestion des foules, enquêtes policières : la vidéosurveillance algorithmique s’implante-t-elle durablement en France ? (theconversation.com)Le gouvernement avait lancé une expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique (VSA) dans la perspective des Jeux olympiques de Paris. L’Exécutif souhaite désormais prolonger l’expérimentation jusqu’en 2027, ce que l’Assemblée nationale a définitivement voté, ce mardi 18 mars.
- Loi « simplification » : un déni de démocratie pour mieux imposer les data centers (laquadrature.net)
À son article 15, ce projet de loi « simplification » (ou PLS) prévoit d’accélérer la construction d’immenses data centers sur le territoire français, en permettant à l’État de les imposer aux territoires concernés et en multipliant les dérogations au droit de l’urbanisme, de l’environnement ou au principe de participation du public.
- Sénat : la droite, au soutien de Retailleau, présente deux propositions de loi sur l’immigration (liberation.fr)
Les textes, présentés ce mardi 18 mars, proposent notamment d’augmenter la durée de rétention pour les étrangers dangereux et de conditionner les prestations sociales à une durée de résidence. La gauche dénonce une « retaillisation du Sénat ».
- Gérald Darmanin appelle dans une circulaire à repérer les détenus étrangers expulsables (lemonde.fr)
- Voile dans le sport : François Bayrou recadre les ministres opposés à l’interdiction (liberation.fr)
Le Premier ministre a convoqué et recadré ce mardi 18 mars cinq ministres opposés à « la ligne » du gouvernement : celle d’interdire le port de signes religieux dans l’ensemble des compétitions sportives. Gérald Darmanin avait mis sa démission dans la balance.
- Une suspension de 30 % à 100 % du RSA en cas de sanction : la précarisation débridée des privé·es d’emploi (humanite.fr)
Le gouvernement a détaillé auprès des conseils départementaux les grandes lignes de sa réforme du RSA dans une lettre […] jeudi 20 mars. Selon cette dernière, les allocataires qui ne peuvent pas justifier une quinzaine d’heures d’activité hebdomadaire verront leur allocation être suspendue de 30 à 100 %, et ce, pendant plusieurs mois.
- “Pas assez handicapée pour eux” : amputée et cardiaque, son allocation est supprimée (francebleu.fr)
- Gaîté lyrique : la police lance une évacuation brutale des jeunes migrant·es (liberation.fr)
Ce mardi 18 mars au petit matin, les forces de l’ordre ont encerclé la salle de spectacle parisienne occupée depuis trois mois par environ 500 exilé·es. Des dizaines de manifestant·es sont présent·es et nassé·es.
Voir aussi Évacuation de la Gaîté Lyrique (lundi.am) « La merde ambiante se propage »
- Dans les quartiers populaires, le « monde d’après » est pire que celui d’avant (reporterre.net)
Confinés, verbalisés, endeuillés : en Seine-Saint-Denis, la pandémie de Covid-19 a laissé des cicatrices.« C’était la chasse aux gamins. Ils couraient dans les escaliers, les flics leur tombaient dessus. À chaque étage, on frappait aux portes : “Ouvrez ! Ils sont où ?” »« Les jeunes étaient coincés chez eux à huit ou neuf. Comment respirer ? Mais dehors, c’était l’amende assurée. »
- À Paris, trois policiers condamnés pour des violences hors-service devant le pub Saint-Michel (liberation.fr)
En mai 2024, au petit matin, en plein cœur de la capitale, trois fonctionnaires frappent violemment trois hommes d’origine maghrébine face à l’établissement de nuit. Deux des agents de police n’en sont pas à leur première condamnation de ce type.
- Paris : le journaliste Clément Lanot frappé à la tête par un policier lors de la manifestation contre l’extrême droite (leparisien.fr) – voir aussi Manifestation contre le racisme à Paris : un journaliste témoigne après avoir reçu un coup de matraque d’un policier (huffingtonpost.fr)
Le journaliste indépendant Clément Lanot affirme qu’il était « clairement identifiable » et portait un casque.
- France : 100 000 personnes manifestent contre le racisme (secoursrouge.org)
Des journalistes frappés. Des personnes âgées plaquées au sol. Des manifestants agressés alors qu’ils brandissaient des drapeaux antifascistes, une banderole mentionnant « Tant qu’il le faudra » arrachée en tête de cortège. Voici la réaction de la police lors d’une marche nationale contre le racisme et l’extrême droite ce samedi 22 mars à Paris.
- L’assassinat de Djamel Bendjaballah, ce crime raciste que l’État refuse de voir (huffingtonpost.fr)
Sept mois après la mort de Djamel Bendjaballah tué près de Dunkerque, ses proches et des élus écologistes appellent à reconnaître le mobile raciste de l’acte.
La mauvaise conduite de la semaine
- Paris : 13 blessés dont 10 policiers après un refus d’obtempérer (liberation.fr)
on voit le véhicule des mis en cause percuter le feu rouge, avant d’être à son tour heurté par une voiture de police qui le suivait. Une deuxième voiture de police suivant juste après s’encastre à son tour dans la première voiture de police. Un peu plus tard, une troisième voiture de police vient percuter les deux premières.
- La vidéo associée (tube.fdn.fr)
Spécial résistances
- « Jamais l’art ne pourra servir d’alibi à des matraquages et à des expulsions de mineur·es » (politis.fr)
Plus de 400 personnalités du monde de la culture dénoncent la violente expulsion de la Gaîté lyrique qui a eu lieu le mardi 18 mars 2025. Depuis le 10 décembre, 460 mineur·es isolé·es occupaient ce théâtre emblématique de la capitale.
- Pour les victimes de Gérard Depardieu : une riposte féministe le 24 mars devant le tribunal judiciaire de Paris (humanite.fr)
Nous, militantes féministes, dont Anna Toumazoff, Rose Lamy, Blanche Sabbah, avec le soutien des associations la Fondation des femmes, trois comités locaux de #NousToutes, le collectif Le Bruit Qui Court et la Brigade d’action féministe, appelons à nous réunir le 24 mars devant le tribunal judiciaire de Paris à 12 h 00.
- Discriminations en entreprise : huit organisations syndicales lancent une campagne unitaire contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie au travail (humanite.fr)
- Polytechnique et ministère de l’Éducation Nationale : le CNLL exige l’arrêt immédiat des migrations vers Microsoft 365 (cnll.fr)
Spécial outils de résistance
- Résister à l’extrême droitisation du débat public (acrimed.org)
- « Grand remplacement », insécurité, immigration et Islam : 4 intox de l’extrême droite débunkées (humanite.fr)
- Saboter, faire la fête, surgir… 16 actions pour désarmer le fascisme (reporterre.net)
Spécial GAFAM et cie
- “Careless people” : le livre qui fait trembler Meta et (Mark Zuckerberg) (lesinrocks.com)
Sarah Wynn-Williams dénonce avec le plus de virulence les pratiques sans foi ni loi de Mark Zuckerberg : elle l’accuse d’avoir facilité, au Myanmar, la diffusion de messages de haine de la part de la junte et la planification de violences sexuelles et de tueries de masse à l’encontre de la minorité musulmane.
- Polytechnique cède aux sirènes du cloud de Microsoft (lalettre.fr)
La directrice générale de Polytechnique, Laura Chaubard, a acté en toute discrétion une migration des données de la prestigieuse école d’ingénieurs vers l’offre Microsoft 365. La bascule suscite les critiques de chercheurs, qui s’inquiètent de voir la confidentialité de leurs données menacée par les lois extraterritoriales américaines.
Voir aussi L’école Polytechnique veut migrer sur Microsoft 365 et déclenche un tollé (next.ink)
Les autres lectures de la semaine
- Les amish, un rôle plus important qu’on le croit dans la dernière élection présidentielle aux États-Unis (theconversation.com)
Si les amish sont numériquement peu importants aux États-Unis, leur image, celle d’une communauté profondément attachée aux « valeurs traditionnelles », fait d’eux un enjeu électoral important. Durant la dernière campagne présidentielle, le soutien d’une partie significative d’entre eux à Donald Trump a sans doute eu une influence importante
- DOGE is going global. It needs to be stopped (disconnect.blog)
The extreme right is organizing for a new austerity campaign modeled on Elon Musk’s destructive efforts
- Why Fighting Back Against Trump Is the Only Option (theintercept.com)
If there’s any lesson so far in Trump’s second term, it’s that playing nice isn’t just bad optics — it’s a losing strategy.
- « Le pouvoir en place montre sa volonté de faire disparaître des pans entiers de savoirs » (basta.media)
- Lettre de Mahmoud Khalil, prisonnier politique palestinien en Louisiane (contretemps.eu)
Le pouvoir trumpiste a jeté en prison Mahmoud Khalil, militant palestinien et figure du mouvement étudiant de solidarité avec Gaza aux États-Unis. Dans cette lettre, dictée depuis sa prison dans l’État de Louisiane, celui-ci revient sur les conditions et la signification politique de son arrestation arbitraire
- But how to get to that European cloud ? (berthub.eu)
The very short version : It has now become clear that European governments can no longer rely on American clouds, and that we lack good and comprehensive alternatives. Market forces have failed to deliver a truly European cloud, and businesses won’t naturally buy as yet unproven cloud services, even when adorned with a beautiful European flag, so for now nothing will happen. This means it’s time for industrial policy, which requires politics to be proficient in “industry.” Such proficiency is the only way to develop policies and plans that don’t go off the rails (which, unfortunately, can happen in many ways).
- Why We Need “Shortwave 2.0” (radioworld.com)
international broadcasters should not close any more shortwave transmitting sites. They are essential facilities to relay information when the internet is blocked, which will happen in more places, more frequently and more thoroughly.
- Open Source Software : The $9 Trillion Resource Companies Take for Granted (library.hbs.edu)
- L’Hécatombe Capitaliste de l’Excellisation dans la Recherche et l’Enseignement Supérieur (aoc.media)
- Inférences : comment les outils nous voient-ils ? (danslesalgorithmes.net)
- Le document secret qui a bouleversé le contrôle du nucléaire français (mcinformactions.net)
- La tragédie de l’adaptation (lundi.am)
« Se préparer au pire devient le discours officiel »
- Pétromasculinité : Quand la crise climatique et l’autoritarisme se nourrissent l’une de l’autre (revuepolitique.be)
- Jeanne Guien : « Se libérer de la consommation est une bataille féministe » (reporterre.net)
- Passive Voice Considered Harmful · Refactoring English (refactoringenglish.com)
- « Iels notaient absolument tout » : en Irak, des traces de bureaucratie vieilles de 4 000 ans dépoussiérées (liberation.fr)
Des centaines de tablettes administratives de l’empire d’Akkad, fondé en Mésopotamie vers 2330 av. J.-C., ont été déterrées en Irak, offrant un rare aperçu de la bureaucratie à l’époque antique.
- À quand remonte la consommation régulière de viande ? Les dents fossilisées apportent des réponses (theconversation.com)
- Transmission, influence des migrations ou des générations… Ce que le chant des mésanges nous apprend sur l’évolution de la culture dans le monde animal (humanite.fr)
loin d’être identique au fil des millénaires, le chant des oiseaux serait en perpétuelle évolution culturelle au gré des migrations aviaires
Les BDs/graphiques/photos de la semaine
- Angoisse
- Étrangers
- Voile
- Gymnase
- Bistrot
- Complices
- Genocide
- Silencer
- Consignes
- Gaslighters
- Device
- Training
- MAGA
- Masques
- Empathy
- Tesla
- Crazy
- Violence
- Minorités
- Trade Unions
- Morning
- Obscene
- Geeks
Les vidéos/podcasts de la semaine
- L’Europe au pied du mur (radiofrance.fr – podcast en trois épisodes)
- À propos de la nouvelle enseigne des Marchands de Presse (tube.fdn.fr)
- Violences policières le 22 mars (video.blast-info.fr)
- Viril : la masculinité mise à mâle (arte.tv)
- Welcome to Hell (tube.fdn.fr)
Les trucs chouettes de la semaine
- 52 bonnes nouvelles – récolte du jeudi 20 mars (lescerisesdehiatus.blogspot.com)
- Un site web avec une vidéo live de l’espace devant une porte, et un bouton pour que les internautes puissent ouvrir la porte quand un poisson est devant (visdeurbel.nl)
- Sur l’île d’El Hierro, le savant qui récolte l’eau des nuages (politis.fr)
Sur l’île d’El Hierro, aux larges des Canaries espagnoles, en proie à une pénurie d’eau, un biologiste polonais tente de produire des fruits sans apport d’eau autres que la pluie et le brouillard, en se fondant sur la recherche scientifique.
Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.
Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).
23.03.2025 à 09:00
Y aura-t-il une alternative au technofascisme ?
Framasoft
Texte intégral (3824 mots)
Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 08 novembre 2024 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.
Dans « Les prophètes de l’IA », le journaliste Thibault Prévost nous explique que le futur est désormais un programme idéologique et politique, celui des grands acteurs de la Tech. Leur objectif : faire perdurer la religion, le capitalisme et le colonialisme en les rendant fonctionnels. La méthode que met en œuvre cette petite élite de technomilliardaires consiste à prendre le pouvoir par la technologie, non pas pour sauver le monde, mais uniquement pour se sauver eux-mêmes. La perspective technofasciste est un récit éminemment séducteur… mais sans horizon, puisque cette élite ne propose ni d’améliorer notre futur ni d’en partager les fruits. Seulement de renforcer leur pouvoir.
Le livre du journaliste Thibault Prévost, Les prophètes de l’IA (Lux éditeur, 2024), a une grande vertu : nettoyer notre regard de ce qui l’embrume.
Il permet d’abord de comprendre que la technologie ne mobilise pas tant des imaginaires, comme on l’entend trop souvent, mais bien des idéologies. Imaginaire, le terme fait référence à quelque chose qui n’existerait que dans l’imagination, qui serait sans réalité, comme dévitalisé, sans effet autre que sûr le rêve et l’irréel. Rien ne me semble moins vrai. Ce que nous sommes capables de composer dans nos esprits à une puissance d’évocation sans précédent, qui mobilise et galvanise les énergies et façonne le réel. Le terme d’imaginaire dépolitise ce que nos esprits façonnent, quand les récits que nous brodons et partageons construisent d’abord des ralliements, des adhésions ou leur exact inverse, des rejets, des défections, des oppositions. Ce que nous imaginons ne flotte pas dans l’éther, bien au contraire. Nos imaginaires reflètent tout le temps des idées et conduisent nos agissements, décrivent des façons de voir le monde, de le régir, de le gouverner. Imaginaire : le terme ne vise qu’à dépolitiser ce qui est à l’œuvre dans la mise en représentation du monde, à savoir dévitaliser les luttes idéologiques par des récits neutralisés qui ont pour but de les rendre plus séduisants, plus accrocheurs, plus malléables, plus appropriables, plus diffusables. Mais derrière le storytelling, les récits que l’on construit sur l’IA, les discours que l’on porte sur la technologie, il n’est question de rien d’autre que d’une lutte idéologique.
A mesure que la technologie a pris une place prépondérante dans nos sociétés, le discours qui la porte s’est chargé de promesses, de prophéties, de mythes, de prédictions qui se sédimentent en idées politiques qui annoncent, au choix, la fin du monde ou le retour des Lumières. L’un comme l’autre d’ailleurs n’ont qu’un objectif : nous éloigner de la réalité et nous faire adhérer à leur promesse. À savoir qu’il n’y a pas d’alternative au futur que propose la technologie. Qu’il soit rose ou sombre, c’est la technologie qui le façonne, c’est l’élite technologique qui le construit. Le futur est devenu une religion.
Prévost rappelle trop rapidement la longue histoire de l’avènement des religions technologiques, schismes du rêve transhumaniste, pour se concentrer surtout sur les courants et les figures les plus récents. Ce qui l’intéresse, c’est de regarder les habits les plus neufs du transhumanisme, cette consécration de la science et de la technologie, qui promet d’améliorer la condition humaine. Qui souhaite rendre la religion, le capitalisme et le colonialisme fonctionnels, effectifs, comme pour les faire perdurer à jamais. Ces courants qui déifient les sciences de l’ingénierie ne proposent pas qu’une transcendance, c’est-à-dire un dépassement de l’homme par la technique, mais bien l’avènement d’une technocratie toute puissante. L’essai, qui se présente sous forme d’un catalogue des idées du secteur, devient vite épuisant à lire, tant ces délires mis bout à bout se concatènent dans leur logique rance, qui ne produit rien d’autre qu’un total mépris pour la société comme pour les individus qui la composent.
Un monde de… tarés
Le livre de Thibault Prévost a une autre vertu. Il nous montre que les grands ingénieurs, les grands investisseurs, les grands entrepreneurs et les grands penseurs de l’IA sont tous complètement… tarés ! Excusez du peu ! Les récits de dépassement, de conquête, de croisade, de puissance ou d’IApocalypse qu’ils nous vendent forment un ramassis de technodélires qui n’ont rien de sérieux ou de rationnel, malgré le fait qu’ils se présentent ainsi. Ces délires sur l’intelligence artificielle générale, sur la transcendance par la machine comme sur l’effondrement, nous abreuvent d’idéologies hors-sol, sectaires, fanatiques et vides pour mieux invisibiliser leur autoritarisme et leur cupidité débridée (à l’image de celle qu’exprimait Mustafa Syleyman dans son livre particulièrement confus, La déferlante). Tous les grands gourous de la tech que Prévost évoque dans son livre (et il n’y a pas que Musk) semblent d’abord et avant tout des individus totalement perchés et parfaitement lunaires. Ils sont tous profondément eugénistes, comme le répète le chercheur Olivier Alexandre (voir aussi dans nos pages). Ils sont obsédés par le QI et la race. Ils ont à peu près tous tenu à un moment ou à un autre des propos racistes. Ils sont tous profondément opposés à la démocratie. Ils partagent tous des discours autoritaires. Derrière leurs récits, aussi barrés les uns que les autres, tous n’oeuvrent qu’à leur propre puissance. A peu près tous partagent l’idée que ceux qui ne croient pas en leurs délires sont des parasites. Leur délire élitiste, eugéniste et cupide a de quoi inquiéter. Le futur qu’ils nous vendent n’a rien d’un paradis, puisqu’il ne remet en rien en cause des privilèges qui sont les leurs, bien au contraire. Tous nient les biens communs. Tous veulent détruire la régulation, à moins qu’ils en soient en maîtres. Ils nous exhortent à penser un futur si lointain qu’il permet de ne plus être fixé dans un cadre politique normé, ce qui permet de totalement le dépolitiser. Tous cachent les enjeux politiques qu’ils défendent sous des questions qui ne seraient plus que technologiques. Remplacer le discours politique par un discours technique permet d’abord de déplacer son caractère politique, comme pour l’aseptiser, l’invisibiliser.
A le lire, Prévost nous donne l’impression de nous plonger dans les disputes sectaires, rances et creuses… qui anônent un « cocktail d’arrogance élitiste et de naïveté qui défend férocement la légitimité morale des inégalités ». Qu’ils se définissent comme altruistes efficaces, longtermistes, doomers, ultralibertariens, extropiens ou rationalistes… (tescralistes, comme les ont qualifiés Timnit Gebru et Emile Torres), ils semblent avant tout en voie de fascisation avancée.
L’IA ne va pas sauver le monde, elle vise à sauver leur monde !
L’IA ne va pas sauver le monde. Elle vise à sauver leur monde, celui d’une caste de milliardaires au-dessus des lois qui cherchent à se garder du reste de l’humanité qu’elle abhorre. « L’IA n’est que le paravent technique d’une entreprise tout à fait classique de privatisation et de captation des richesses ». L’IA vise d’abord la préservation du taux de profit.
La Tech a longtemps été Démocrate et pro-démocratie, rappelle le journaliste, mais c’est de moins en moins le cas. La perspective que la Silicon Valley perde de sa puissance, explique en partie son réalignement. Le techno-solutionnisme progressiste qu’ils ont longtemps poussé a fait long feu : la Tech n’a produit aucun progrès social, bien au contraire. Ses solutions n’ont amélioré ni la démocratie, ni l’économie, ni l’égalité, ni l’espérance de vie… surtout quand on les compare aux technologies sociales du XXᵉ siècle comme l’hygiène publique, le développement des services publics ou la justice économique.
Si ces évolutions politiques ont plusieurs origines, l’influence de grandes figures, de financeurs milliardaires, sur le secteur, semble déterminant, à l’image des Marc Andreessen et Peter Thiel, qui ne sont pas tant des évangélistes de la tech, que des évangélistes néolibéraux ultra-conservateurs, qui promeuvent par leurs discours et leurs investissements des projets anti-régulation et autoritaires. Prévost rappelle que la grande caractéristique de cette élite financière est d’être férocement opposée à la démocratie. Ces milliardaires rêvent d’un monde où une poignée d’individus – eux – captent toutes les richesses et tous les pouvoirs. « La tech est un système immunitaire développé par le capitalisme pour lutter contre tout ce qui pourrait le mettre en crise », disait déjà Antoinette Rouvroy. Ces gens sont tous admirateurs de régimes autoritaires. Ils rêvent d’un progrès technique sans démocratie tel qu’ils le font advenir dans les outils qu’ils façonnent et les entreprises qu’ils dirigent.
En compilant toutes ces petites horreurs qu’on a déjà croisées, éparses, dans l’actualité, Prévost nous aide à regarder ce délire pour ce qu’il est. Nous sommes confrontés à « un groupe radicalisé et dangereux », d’autant plus dangereux que leur fortune astronomique leur assure une puissance et une impunité politique sans précédent. Leurs exploits entrepreneuriaux ou financiers ne peuvent suffire pour les absoudre des horreurs qu’ils prônent. Prévost les montre comme ce qu’ils sont, un freak-show, des sortes de monstres de foire, complotistes, fascistes, prêts à rejoindre leurs bunkers et dont le seul rêve est de faire sécession. Le journaliste décrit un monde réactionnaire qui ne craint rien d’autre que son renversement. « Ces patrons méprisent nos corps, nos droits, nos existences ». Leur discours sur les risques existentiels de l’IA permet de masquer les effets déjà bien réels que leurs outils produisent. « L’IA est une métaphore du système politique et économique capitaliste qui menace l’espèce humaine ». Pour sécuriser leur avenir, cette élite rêve d’un technofascisme qu’elle espère mettre en œuvre. Notamment en manipulant les peurs et les paniques morales pour en tirer profit.
Le pire finalement c’est de constater la grande audience que ces pensées rances peuvent obtenir. La réussite fait rêver, la domination fait bander… oubliant qu’il s’agit de la domination et de la réussite d’un petit monde, pas de celui de l’Occident ou de tous les entrepreneurs du monde. En nous répétant que le futur est déjà décidé et qu’ils en sont les maîtres, ils nous intoxiquent. « À force de se faire dire que le futur est déjà plié, que c’est la Silicon Valley qui décide de l’avenir de l’humanité, le public, convaincu qu’il n’a pas son mot à dire sur des enjeux qui le dépassent, remet son destin entre les mains des Google, Microsoft, Meta ou Amazon. » Ce déplacement permet d’orienter la régulation vers des dangers futurs pour mieux laisser tranquille les préjudices existants. Derrière la promotion de leur agenda néolibéral pour maximiser leurs profits aux dépens de l’intérêt général, se profile le risque d’une bascule vers un capitalisme autoritaire qui contamine le monde au-delà d’eux, comme le notait la chercheuse Rachel Griffin. « À l’instar de la Silicon Valley, l’Union européenne semble être en train de mettre à jour son logiciel idéologique vers un capitalisme autoritaire qui privilégie l’économie de la rente et les monopoles à l’économie de marché et la concurrence ». Cette transformation du capitalisme est assurée par la technologie. Les systèmes s’immiscent dans nos institutions, à l’image de leurs LLM que les acteurs publics s’arrachent en permettant aux entreprises de la Silicon Valley « d’étendre leur intermédiation sur un corps social médusé ». Qu’importe si ChatGPT raconte n’importe quoi. Les prophètes de l’IA, ces « bullionaires » (contraction de bullshitters et de millionnaires) eux aussi mentent avec assurance. Derrière leurs délires apparents, un transfert de pouvoir est en cours. Pas seulement une privatisation du futur, mais bien son accaparement par quelques individus qui font tout pour n’avoir de compte à rendre à personne. La fétichisation de l’individu rationnel, tout puissant, du génie solitaire, du milliardaire omnipotent, du grotesque individualiste ne nous conduit à aucune société qu’à son délitement. La métaphore computationnelle qui permet d’affirmer que la seule intelligence est désormais celle de la machine, vise à nous reléguer, à nous transformer en une marchandise dévaluée, puisque nos esprits valent désormais moins que le calcul, tout comme notre force de travail a été dévaluée par l’énergie fossile.
Du grand leurre de l’IA au risque technofasciste
Prévost rappelle que les machines nous trompent. Que l’automatisation est un leurre qui masque les ingénieurs et les travailleurs du clic qui font fonctionner les machines à distance. L’IA générative aussi. Nombre d’utilisateurs de ChatGPT l’abandonnent au bout d’une quarantaine de jours, comme un jouet qu’on finit par mettre de côté. Google SGE produit des fausses informations après plus d’un an de tests. Par essence, la prédiction statistique ne permet pas de produire de résultats fiables. Partout où ils se déploient, ces systèmes se ridiculisent, obligeant à les surveiller sans cesse. Notre avenir sous IA n’est pas soutenable. Il repose sur un pillage sans précédent. Les « cleptomanes de la Valley » ne cessent de nous dire que l’IA doit être illégale pour être rentable. L’IA est une bulle financière qui risque de finir comme le Metavers (que McKinsey évaluait à 5000 milliards de dollars d’ici 2030 !).
« Arrêtons pour de bon de donner du crédit aux entrepreneurs de la tech. Depuis le début de la décennie 2020, le technocapitalisme ne fonctionne plus que par vagues d’hallucinations successives, suivies de (très) brèves périodes de lucidité. La Silicon Valley semble bloquée dans un trip d’acide qui ne redescend pas, et dont l’IA n’est que la plus récente hallucination », rappelle, cinglant, Thibault Prévost, fort des punchlines saisissantes auxquelles il nous a habitués dans ses articles pour Arrêt sur Images.
L’IA n’est que la nouvelle ligne de front de la lutte des classes, où les systèmes d’analyse dégradent les conditions d’existence des plus mal notés, ce lumpenscoretariat. Sa grande force est d’avancer masqué, opaque, invisible à ceux qu’il précarise. Nous n’utilisons pas l’IA, mais nous y sommes déjà assujetties, explique très justement Prévost. Les systèmes de calculs se démultiplient partout. « Aucun d’entre eux n’est fiable, transparent ou interprétable. Nous vivons tous et toutes à la merci de l’erreur de calcul sans recours ».
« Les systèmes d’IA sont le reflet des oligopoles qui les commercialisent : privés, opaques, impénétrables, intouchables, toxiques et dangereux. » L’IA prolonge le continuum des discriminations et de l’injustice sociale et raciale. La faute aux données bien sûr, jamais « à leurs beaux algorithmes neutres et apolitiques ».
« Comme l’idéologie d’extrême droite, l’IA échoue à représenter le monde. Elle ne fonctionne que par archétypes et biais, par catégorisation a priori ». Elle rappelle aux humains la distance qui les sépare de la norme masculine, blanche et riche. L’IA n’est rien d’autre qu’une « prothèse pour le maintien de l’ordre social racial et l’avancée des projets capitalistes impérialistes », comme le dit Yarden Katz dans son livre Artificial Whiteness. Elle n’est rien d’autre que le nouvel auxiliaire du pouvoir. Elle exploite la violence structurelle comme une grammaire et un grand modèle d’affaires. « Si la Silicon Valley essaie de nous vendre l’apocalypse, c’est parce que son projet technique, économique et politique en est une ». Ce que veulent les milliardaires de la tech, c’est la fin du monde social pour imposer le leur.
Avec l’élection de Trump, c’est exactement là où nous sommes. La Silicon Valley a obtenu ce qu’elle voulait, dit Brian Merchant.
Dan McQuillan nous avait mis en garde du risque fasciste de l’IA. Les opportunités politiques sont devenues des prises de risques financières. La victoire de Trump vient d’assurer à Musk et quelques autres la rentabilité de tous leurs investissements. Son rachat de Twitter n’était rien d’autre que l’achat d’une arme qu’il a transformée en site suprémaciste, pour amplifier ses délires, permettant d’attiser la haine en ligne et la traduire en vote et en violence dans le monde physique. Comme l’explique Martine Orange pour Mediapart, l’enjeu, désormais, consiste à éradiquer la régulation et mettre l’ensemble de l’appareil d’État à la disposition de la Tech, c’est-à-dire assurer la mainmise de la Tech sur le pouvoir politique.
Face au technofascisme qui vient, le risque est que nous soyons démunis d’alternatives technologiques et donc idéologiques. Sans récit et réalisations progressistes de la tech, la seule option pour beaucoup ne consistera qu’en une chose : abandonner la technologie et arrêter les machines.
Hubert Guillaud
MAJ du 19/11/2024 : Allez lire également ce très bon entretien avec Thibault Prévost qui explique que l’IA n’est pas qu’un outil de puissance au service des technoprophètes, il est aussi un outil d’asservissement et de déresponsabilisation de la puissance publique.
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