09.05.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actualité ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Ademe : l’agence de la transition écologique bientôt démantelée ? Régulièrement visée par la droite et l’extrême droite, l’agence – figure de la transition écologique en France – est à nouveau menacée de démantèlement. En […]
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Régulièrement visée par la droite et l’extrême droite, l’agence – figure de la transition écologique en France – est à nouveau menacée de démantèlement. En effet, le gouvernement, prépare un projet de loi pour rattacher des antennes locales de l’Ademe aux préfectures. Les syndicats s’inquiètent d’une casse sociale d’ampleur aux conséquences terribles pour les salariés comme pour l’environnement. Vous pouvez agir et soutenir les associations en cours de mobilisation. (Reporterre)
En pleine trêve, Donald Trump a annoncé une opération navale pour escorter les navires coincés dans le détroit d’Ormuz, présenté comme un geste destiné à rouvrir ce passage stratégique. L’Iran prévient qu’il considérera toute intervention américaine comme une provocation, ce qui fait monter le risque d’une nouvelle escalade militaire. (Common Dreams)
Le dispositif des « classes de défense et de sécurité globales » se développe dans les collèges et lycées, avec un renforcement visible depuis 2022 et une volonté de l’État de lier ces classes à la valorisation sur Parcoursup et au baccalauréat. Face à cette montée en puissance, Parents, enseignants et chercheurs y voient un risque d’embrigadement militaire et une menace pour l’esprit critique à l’école. (Basta!)
Le Women 7, coalition féministe internationale, alerte que le sommet du G7 qui se tiendra en France en juin 2026 fait l’impasse sur les inégalités de genre, pourtant aggravées par la crise climatique. Les ONG reprochent aux dirigeants des sept grandes puissances de ne pas intégrer la perspective de genre dans leurs agendas, alors même que les femmes sont les plus touchées par les crises environnementales et économiques. (Les Nouvelles News)
Le Patriots Network est un réseau international fondé par un ancien responsable du RN qui met en relation et forme de jeunes « patriotes » d’une quarantaine de pays, souvent membres ou proches de partis de l’extrême droite et de sensibilités pro‑Trump ou MAGA. L’enquête montre que ce réseau s’inscrit dans une « internationalisation » des extrêmes droites occidentales, alimentée par des think tanks et acteurs pro‑Trump, et qui cherche à construire une nouvelle génération de cadres politiques réactionnaires à l’échelle mondiale. (Basta!)
Dans Violence dans les champs, coréalisé avec Magali Serre et diffusé dimanche 3 avril sur France 5, Nicolas Legendre prolonge le travail de son livre-enquête Silence dans les champs et montre l’ampleur des tensions et pressions que subissent les agriculteur·ices dans un système productiviste présenté comme un « vortex de violences ». (Rural)
Des parlementaires LR, RN et Horizons ont bloqué la publication d’une note scientifique sur l’acétamipride, un pesticide controversé, au grand dam des apiculteurs et des défenseurs de l’environnement. Ils sont accusés d’avoir politisé le dossier pour retarder un texte gênant avant un nouveau débat sur la réautorisation du produit. (La Relève et la Peste)
La LDH dénonce une instrumentalisation de l’État de droit pour justifier une érosion des acquis sociaux, à commencer par le caractère chômé et protégé de cette journée. L’association y voit un précédent inquiétant, où la logique de sécurisation juridique des employeur·euses et de flexibilité du travail tend à passer devant la protection des droits des salarié·es et du sens social du 1er mai. (Ligue des Droits de l’Homme)
Ce lundi 4 mai s’ouvrait le procès en appel des prévenus arrêtés le 8 décembre 2020, condamnées en décembre 2023 à de la prison ferme pour « association de malfaiteurs », sur la base d’une enquête à charge et d’une interprétation discutable de surveillances de la DGSI. L’enjeu est important : la confirmation de leur condamnation créerait une jurisprudence étendant encore un peu plus le domaine de la lutte antiterroriste. (Blast)
l’Amazonie, soumise à la fois au réchauffement climatique et à la déforestation, risque de franchir un « point de bascule » transformant une grande partie de la forêt en savane, avec des conséquences majeures pour le climat mondial et la biodiversité. Les scientifiques insistent sur le fait que la perte de couverture forestière et la hausse des températures réduisent les pluies régionales et fragilisent un système déjà très malmené. (l’Humanité)
– Mara Pron
Photo de couverture : Greg Rosenke – Unsplash
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Elena Meilune
La forêt est un milieu qui interagit avec le corps humain. Depuis les années 2000, des recherches menées au Japon ont commencé à documenter ces effets, aujourd’hui explorés en France par des scientifiques comme Caroline Simon. À l’heure où les écosystèmes sont détruits à grande vitesse, ces données scientifiques ont, plus que jamais, une dimension […]
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À force de traiter l’environnement comme un simple réservoir de ressources à exploiter, on finit par oublier que notre vie en dépend entièrement. Les arbres que l’on abat en masse sont ceux qui nous permettent de respirer – et bien plus encore. Les forêts ne sont pas seulement vitales parce qu’elles participent à la production d’oxygène : elles régulent le climat, filtrent l’air, stabilisent les sols, et interagissent directement avec de nombreux processus de notre organisme.
Caroline Simon, enseignante-chercheuse à l’ENSTIB d’Épinal, mène depuis deux ans une expérimentation rigoureuse dans la forêt de Darney-la-Vôge, classée « forêt d’exception ». Avec ses étudiant·es ingénieur·es, elle a identifié 13 molécules gazeuses dans l’air forestier vosgien – toutes de la famille des terpènes, composés organiques émis par les plantes pour se défendre.

Ces molécules pénètrent dans notre corps par la respiration. Certaines stimulent la production de cellules immunitaires, d’autres abaissent le taux de cortisol dans le sang, ce marqueur biologique du stress chronique. Leur concentration varie selon les saisons, les essences d’arbres, et même l’âge des peuplements, ce qui ouvre un champ entier de recherche encore largement inexploré en Europe.
Au Japon, le docteur Qing Li a consacré une vingtaine d’années à documenter les effets des « bains de forêt » – en réponse directe à l‘explosion des suicides liés au burn-out dans un pays écrasé par la productivité. Ses travaux suggèrent que la forêt agit concrètement sur notre physiologie : baisse du cortisol et de l’adrénaline, ralentissement du rythme cardiaque, diminution de la pression artérielle, activation du système nerveux parasympathique, et renforcement du système immunitaire.
Dans certaines expériences, l’activité des cellules NK – impliquées dans la destruction des cellules infectées ou cancéreuses – augmente de plus de 50 % après quelques jours en forêt, avec des effets pouvant durer jusqu’à une semaine, voire davantage.
À une échelle plus large, les résultats tendent à se confirmer sur le plan de la santé mentale. Une méta-analyse publiée en 2025 dans Frontiers in Psychology, portant sur des essais cliniques randomisés contrôlés, met en évidence que les immersions en forêt sont associées à une réduction significative de l’anxiété, de la dépression, de la colère, de la fatigue et de la confusion, tout en augmentant le sentiment de vitalité.

Elle montre aussi que ces effets dépendent des conditions : ils deviennent réellement significatifs au-delà de 30 à 60 minutes d’exposition, et sont renforcés lorsque l’expérience implique une activité physique, comme la marche.
Il est important de préciser que la plupart des études analysées ont été menées en Asie, même si certaines incluent des populations européennes. Ce déséquilibre limite la généralisation des résultats et suggère que les effets observés peuvent varier selon les contextes culturels, sociaux et écologiques.
La majorité des études ont aussi été menées sur des échantillons de taille modeste. Si leur accumulation permet aujourd’hui de dégager de réelles tendances, elles doivent être replacées dans un ensemble de recherches plus large, qui en confirme globalement les effets tout en en nuançant l’ampleur et les mécanismes. Entre promesses de « soins naturels » et offres commerciales peu encadrées, un champ de recherche en évolution tend à être absorbé par les logiques marchandes.
Ce qui relève à la base d’une réflexion sur les liens entre santé et milieux vivants se trouve ainsi reconfiguré en offre de bien-être individualisée, monétisable, dépolitisée. Autrement dit, un savoir encore en construction est déjà capté, transformé en produit, et intégré à une économie du « bien-être » qui détourne en partie son sens initial.
« Un savoir encore en construction est déjà capté, transformé en produit »
Le risque est alors double : simplifier à l’extrême des résultats scientifiques encore nuancés, et invisibiliser les causes structurelles des troubles que ces pratiques prétendent atténuer. Car ces causes ne disparaissent pas : elles s’aggravent.
Si la forêt soigne, c’est aussi parce que nos environnements sociaux rendent malades. Le stress chronique est devenu un déterminant majeur de santé publique, au cœur de l’explosion des troubles mentaux et des maladies chroniques. Urbanisation massive, travail intensifié, pollution : tout concourt à déséquilibrer nos systèmes biologiques.
Pendant ce temps, les forêts disparaissent. Chaque année, environ 10 millions d’hectares de forêts sont détruits dans le monde. En France même, les pratiques de coupes rases industrielles se multiplient, fragilisant les écosystèmes forestiers au nom de la rentabilité. Ce modèle extractiviste détruit à la fois les milieux vivants et les conditions de notre propre santé. Ce que l’on détruit pour notre « confort » immédiat, c’est précisément ce qui nous maintient en vie.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Ivan S / Pexels
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Simon Verdiere
Depuis toujours, l’immense majorité de l’humanité se retrouve confrontée à des inégalités et des crises qui nécessiteraient des transformations drastiques. Toutefois, les évolutions sont lentes, et beaucoup d’entre nous se complaisent dans le conservatisme. Et pourtant, cette peur des bouleversements est loin d’être une fatalité. [Temps de lecture estimé : ~ 4min] De fait, la […]
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[Temps de lecture estimé : ~ 4min]
De fait, la crainte du changement trouve ses racines dans des causes biologiques. Mais elle s’explique aussi en grande partie par un contexte de société. Une modification peut en effet engendrer une perte de repère, de stabilité, voire de moyens de vivre. Autrement dit, ce n’est pas le changement lui-même qui effraie, mais bien les conditions dans lesquelles il se produit. Dans ce cadre, le système capitaliste a lui-même créé des barrières pour rendre les mutations dangereuses, et se préserver de toute transformation.
De fait, l’évolution a conféré une peur naturelle de l’inconnu à l’être humain. À une époque lointaine, se méfier de ce qu’elle ne connaissait pas permettrait à notre espèce d’éviter le danger et de survivre. Or, le changement représente quelque chose que l’on ne maîtrise pas, et il est donc parfois plus difficile à appréhender qu’une situation stable, aussi précaire soit-elle.
« notre esprit a naturellement tendance à croire […] que « c’était mieux avant ». »
En outre, modifier son propre comportement, et par conséquent, ses habitudes, se heurte à plusieurs barrières cognitives. D’abord, notre esprit a naturellement tendance à croire, par moments à tort, que « c’était mieux avant ». Un biais de notre cerveau à retenir plus facilement les événements heureux pour nous aider à nous projeter dans l’avenir et à nous reproduire.
Nous sommes également programmés pour économiser un maximum notre énergie. Ainsi, avoir de solides habitudes et des tâches presque automatisées offre un confort physique difficile à modifier. À l’inverse, un changement de routine demande un effort constant et une réadaptation énergivore que notre corps aura plus de mal à accepter. Et plus l’habitude est ancienne, plus l’effort risque d’être important, d’autant qu’il touche aussi des ressorts identitaires marqués.
Pour autant, résumer la peur du changement à des causes biologiques s’avère un peu réducteur. En effet, l’être humain s’adapte régulièrement à des évolutions dans son parcours, qu’elles soient, par exemple, technologiques ou personnelles.
Dans les faits, la peur dépend surtout des conditions d’existence. Notre rapport au monde est intimement structuré par notre position sociale et nos habitudes, ainsi que le démontrait Pierre Bourdieu. Par là, un individu stable et protégé économiquement pourra davantage oser s’aventurer dans l’inconnu que quelqu’un de précaire pour qui le moindre dérèglement risque d’entraîner l’effondrement de toute une vie déjà très fragile. En d’autres termes, il est plus facile d’envisager des bouleversements lorsque l’on dispose d’une sécurité matérielle réelle.
Ironiquement, ce sont bien les plus vulnérables face au changement qui en auraient le plus besoin. À l’inverse, les populations les plus fortunées peuvent accepter des transformations dès lors qu’elles ne remettent pas en cause leur domination.
C’est précisément pour cette raison que le capitalisme crée une insécurité permanente. Il engendre ainsi une dépendance accrue au salaire qui provoque une aliénation certaine à l’emploi, y compris dans des conditions épouvantables.
Mais il instaure également une peur du déclassement et une compétition généralisée entre les travailleurs. Dans ce contexte, des transformations indispensables de société, qu’elles soient environnementales ou sociales, peuvent être perçues comme des menaces individuelles.
« ce processus de décroissance consiste surtout à ralentir la production pour respecter les limites environnementales de notre planète. »
Si l’on prend, par exemple, le cas de la bifurcation écologique, celle-ci exigerait sans aucun doute une plus grande sobriété. Or, dans ce système capitaliste, cette modification nécessaire pourrait être analysée par certains comme une restriction de confort et un recul du mode de vie. Certains, à l’instar du président Macron, ont d’ailleurs appuyé sur ce ressort en évoquant un « retour à la lampe à huile ». Et pourtant, loin des caricatures, ce processus de décroissance consiste surtout à ralentir la production pour respecter les limites environnementales de notre planète.
Cependant, l’exemple environnemental illustre bien l’absurdité de la peur d’un renversement de paradigme. Dans ce cas précis, c’est bien l’inaction qui représente le véritable danger. Le changement climatique est d’ailleurs d’ores et déjà en marche.
Paradoxalement, beaucoup redoutent bien plus la bifurcation écologique que la catastrophe elle-même. Un phénomène qui n’est en soi pas si surprenant, puisqu’elle est dépeinte comme une suite de renoncements et de contraintes individuelles plutôt que comme une transformation collective désirable.
Le changement se révèle d’autant plus difficile à instaurer lorsqu’il vient bousculer les privilèges d’une classe dominante. Cette résistance s’est notamment manifestée face aux avancées portées par le féminisme ou les luttes pour les droits des minorités, qui visent précisément à redistribuer ces privilèges de manière plus équitable.
Dans ce cadre, un certain conservatisme des mœurs se renforce, notamment à l’extrême droite, pour tenter d’établir des repères dans un monde devenu instable. Parfois jusqu’à se référer à un passé fantasmé et à un « âge d’or » qui n’a jamais réellement existé.
La lenteur des changements de sociétés s’appuie enfin sur un fatalisme largement diffusé par les classes dominantes. Installant l’idée qu’il n’existerait qu’un système envisageable et que toute alternative serait « déraisonnable », « extrême » ou « utopique », le néolibéralisme a aussi fabriqué une résignation certaine au sein de la population.
Toutefois, cette logique a démontré ses limites à plusieurs reprises, puisque de nombreux modèles parallèles ont su se développer en marge de la machine capitaliste présentée comme unique voie possible. Preuve, s’il en est, que le changement n’est pas seulement souhaitable, mais bel et bien faisable.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Ali Azad – Pexels
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Mr Mondialisation
Conçu comme un « livre-outil pour explorer le sens que l’on veut donner à sa vie », GÉNÉRATION est le fruit de plusieurs années de rencontres, de travail, de quête de sens – et de soi. Son autrice, Diane Lami, est à l’origine de l’association Inspeer, fondée avec son ami Théo dans le but de […]
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[Temps de lecture estimé : ~ 10min]
Alors que tout la prédestinait à décrocher un poste haut placé dans le milieu du commerce international, Diane Lami, née en 1995, a un jour commencé à interroger ses études ainsi que ses choix de vie et de consommation. Voyages et rencontres lui ont ouvert les yeux, la poussant à tirer un trait sur une carrière toute tracée et sécurisée.
Après plusieurs années de reportages sur les routes du monde et de vidéos témoignant de rencontres enrichissantes, engagées dans une écologie positive et inspirantes, Diane a décidé de sortir son premier livre. GÉNÉRATION s’adresse aux jeunes en quête de sens, qui se demandent quelle direction prendre et cherchent des outils pour s’interroger et, pourquoi pas, changer de cap.
Récit d’expédition, espace d’exploration, journal de bord, GÉNÉRATION est un ouvrage positif et optimiste, pour toutes celles et ceux prêts à se réinventer. Rencontre.

Diane Lami : « Effectivement, dans GÉNÉRATION, je commence par une mise en situation. J’explique d’où je viens pour aider le lecteur à se situer, montrer quels sont les enseignements et schémas qui ont façonné mon parcours.
J’ai grandi en banlieue de Toulouse, dans une famille très chouette et impliquée. J’ai connu une enfance épanouie, guidée par des parents issus de cycles universitaires poussés, en école de commerce. Mon chemin était donc tout tracé vers HEC ! Je me dirigeais vers une réussite matérialiste, à laquelle j’adhérais par défaut. J’ai donc fait un bac S, puis une école de commerce. La première chose à m’avoir ouvert l’esprit, c’est de l’avoir faite à l’étranger. En l’occurrence à Montréal, qui est une ville de diversité et d’inclusion.
« Je me dirigeais vers une réussite matérialiste, à laquelle j’adhérais par défaut. »
Ma première claque, je l’ai prise lors d’un échange en Amérique du Sud, pour mon avant-dernière année universitaire. J’ai rencontré en Bolivie un guide passionnant et passionné, qui m’a parlé des mines de lithium. Cela m’a dirigée vers de nombreuses questions d’ordre géopolitique. J’ai découvert que leurs terres étaient rachetées par des Chinois. Qu’on extrayait toutes leurs ressources, leur créait des difficultés financières, les exploitait. J’ai alors fait le parallèle avec mes études, que ce soit dans la révolution électrique ou n’importe quelle autre industrie. J’ai compris que les gens étaient exploités partout, quelle que soit la ressource… »
Diane Lami : « Je savais que je ne voulais pas participer à ça. J’ai commencé à regarder beaucoup de documentaires, comme En quête de sens, et à m’entourer de gens qui pensaient différemment… Mais également de jeunes en écoles de commerce, qui comprenaient que ce n’était pas idéal ! Je me situais un peu à la frontière du système.

Je me demandais donc à quoi mon futur travail allait contribuer : l’esclavagisme et la destruction des écosystèmes ? Alors, je me suis lancée dans un projet d’émancipation des femmes à Madagascar, avec l’association Pachamama. Une amie m’en avait parlé lors du dernier mois de mon diplôme. Je suis partie et y suis restée un an, en reculant idée de démarrer ma carrière…
Là-bas, j’ai découvert la réalité des inégalités sociales. J’ai aussi pu me questionner sur le milieu de l’humanitaire. Cet aspect colonialiste des « Blancs sauveurs » qui gèrent les pauvres dans leur propre pays m’a posé problème. Je me suis dit qu’on pouvait commencer par agir chez nous, sur des problématiques locales, autour de projets à impact positif. »
Diane Lami : « Oui, je suis rentrée en France sans trop savoir quoi faire… J’ai d’abord envoyé des candidatures dans des entreprises de conseil en stratégie de développement durable. Je cherchais des « grosses machines », pour avoir un impact plus fort. Un an passé à Paris ne m’a définitivement pas faite rêver… Le système n’est pas fait pour changer les choses. Or, faire « un peu moins pire » dans un système dysfonctionnel, ça ne mène à rien.
J’ai donc décidé de démissionner. J’avais six mois de chômage devant moi, soit six mois pour décider si je tirais un trait définitif sur la voie toute tracée de la réussite. Théo, mon meilleur pote d’université, a démissionné également. Ensemble, nous avons structuré Inspeer en 2020. Nous avions en tête un projet de vidéos, témoignages, rencontres, idées inspirantes… Puis, nous sommes partis à l’aventure, pour un tour du monde sans avion. Cela a donné trois ans de reportage sur les routes, au lieu d’un an et demi initialement prévu. »
Diane Lami : « Nous avons grandi au fur et à mesure de ce voyage. Il avait démarré en mode très start-up à impact social et solidaire, mais plus le projet avançait, plus nous avons ralenti. L’étape Transatlantique, au milieu, a créé une grosse pause. Nous avons intitulé notre discipline le « Slow Reportage ». Le but était désormais d’attendre pour dénicher le bon sujet.

Je cherchais alors des formes de sagesse sur comment habiter le monde différemment, et non plus juste innover durablement. C’est devenu un parcours de déconstruction et de déprogrammation. Nous étions nous-mêmes dans la consommation du documentaire ! Mais l’essence était plus importante : c’est vraiment là que nous avons rencontré des gens encore plus incroyables. Des artistes, des gens qui portaient des messages positifs, tous centres d’intérêt mêlés. Nous tenions la preuve que tout peut se réinventer… »
Diane Lami : « Tout l’enjeu du livre est de pousser à se poser les bonnes questions. C’est un projet en filigrane de mon parcours personnel. Il évoque le moment où j’ai commencé à mettre le nez dans la question du climat, des pouvoirs géopolitiques, des conflits internes… Je ne me suis pas sentie prête ni formée aux enjeux qui s’imposent à ma génération. Je veux donc essayer de guider la mienne et celle qui suit.
Pour moi, l’écologie, c’était élever des chèvres dans le Larzac ! Je n’avais pas d’inspiration, pas de modèle, pas d’idée. Je cherchais une écologie désirable, innovante. J’ai alors découvert l’économie bleue, qui est une forme d’économie régénérative. Il existe peu de contenus vidéo à ce sujet. Or la vidéo, c’est un média actuel, les gens le consomment, donc il me semblait pertinent de partir filmer des témoignages. Créer une grande enquête documentaire. Les réseaux sociaux et notre chaîne YouTube nous ont permis de partager notre aventure.
Or, les éditions DashBook sont spécialisées dans l’impression de livres de créateurs de contenus. C’est comme cela que j’ai été contactée. J’ai aimé la démarche car c’est une maison d’édition qui fonctionne sur la précommande, et qui m’a laissée très libre dans le choix du contenu. Il faut atteindre 150 commandes pour que GÉNÉRATION soit imprimé. Cela évite le gâchis et les livres invendus que l’on détruit… De plus, le livre sera ensuite éditable à vie, n’importe quel libraire pourra le commander et le vendre. La campagne de précommande va me permettre de tester la validité du projet. »
Diane Lami : « J’espère en faire un outil pour les générations qui arrivent, une boussole que j’aurais aimé avoir moi, plus jeune. Je vais droit au but dans mes recherches, dans le dysfonctionnement du système. Les lecteurs y trouveront beaucoup d’informations, de découvertes, et un travail de vulgarisation scientifique. Climat, inégalités… L’objectif est d’essayer de comprendre ce qui ne va pas, et ce qu’on peut faire à son échelle personnelle.
Je n’aborde pas le livre sous le prisme du militantisme, mais de la quête de sens. J’y pose une grande question générationnelle : comment donner sens à notre quotidien, à notre travail ? Même mes amis les moins engagés, qui ont maintenant cinq ans de boîte, commencent à se poser des questions. Que voulons-nous laisser ? Je joue plutôt sur cet affect. »

Diane Lami : « J’explique justement que je ne viens pas d’un foyer militant, et que ce sont les grands claques de ma vie qui m’ont ouvert les yeux. De par mon parcours, j’ai espoir de toucher des jeunes qui ne se posent pas de questions. Je sais que je vais surtout toucher des gens qui me ressemblent : ceux qui ont fait des grandes études, issus de milieux « favorisés ». On organise d’ailleurs des conférences en écoles de commerce : si j’arrive à en faire switcher un ou deux dans ces moments-là, que je peux pousser à créer des projets qui contribuent au bien commun, c’est déjà formidable.
« moi aussi, j’ai eu cette idée de la réussite, mais je l’ai déconstruite et décortiquée, j’ai fait mon cheminement intellectuel. »
Mon but est d’encourager les gens éduqués et formés, qui connaissent le luxe d’avoir fait des études. J’ai envie de leur dire : utilisez cette chance, et redistribuez-la. On se ressemble par notre parcours : moi aussi, j’ai eu cette idée de la réussite, mais je l’ai déconstruite et décortiquée, j’ai fait mon cheminement intellectuel.
Autour des récits et des prises de conscience, mon livre laisse des pages blanches : elles deviennent des espaces de réflexion, et transforment GÉNÉRATION en journal de bord. Il devient le parcours du lecteur, et offre également un côté ludique avec des quizz, des baromètres, ou encore des espaces libres pour dessiner. C’est un outil conçu pour s’explorer, et explorer le sens que l’on souhaite donner à notre vie. »

Diane Lami : « En effet, ce premier tome évoque ma scolarité, mon passage en école de commerce, puis ma bifurcation jusqu’à la Transatlantique. Il retrace un an et demi de rencontres, le ralentissement enclenché dans les pays scandinaves, puis en Guadeloupe et au Mexique. Nous nous sommes alors éloignés de la question entrepreneuriale pour nous diriger davantage vers des vies riches de sens.
Le tome 2 sera plus ancré dans une démarche spirituelle, parlera de « Deep écologie ». Comment intégrer tous ces apprentissages au quotidien, quand on est des gens « normaux » ? J’ai prévu deux tomes car je ne voulais pas livrer de pavé décourageant ! Pour information, mes royalties seront reversées à la création d’une bourse d’écriture pour les jeunes auteurs engagés. Je sais qu’il est dur de faire une place à une première œuvre sur des sujets de société. Je vais donc initier cette bourse, et chaque livre de GÉNÉRATION vendu contribuera à sa dotation. »
GÉNÉRATION, Journal de bord d’une génération enquête de sens, est édité chez DashBook où les précommandes sont d’ores et déjà ouvertes. Il est également possible de suivre Inspeer sur Instagram ou Facebook.
– Entretien réalisé par Marie Waclaw
Photo de couverture : Diane Lami, GÉNÉRATION Inspeer ©Diane Lami
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