26.03.2025 à 05:00
Atome 33 : Des québecois en lutte contre un poison industriel
Mr Mondialisation
Ville florissante de l’ouest du Québec, Rouyn-Noranda s’est développée autour de la fonderie Horne, fleuron industriel de l’extraction de cuivre et d’autres métaux précieux. Pendant des décennies, l’usine incarne la prospérité locale, jusqu’à ce que les habitants mettent le doigt sur un un poison insidieux : la population présente des niveaux d’arsenic anormalement élevés dans […]
The post Atome 33 : Des québecois en lutte contre un poison industriel first appeared on Mr Mondialisation.Texte intégral (2679 mots)
Ville florissante de l’ouest du Québec, Rouyn-Noranda s’est développée autour de la fonderie Horne, fleuron industriel de l’extraction de cuivre et d’autres métaux précieux. Pendant des décennies, l’usine incarne la prospérité locale, jusqu’à ce que les habitants mettent le doigt sur un un poison insidieux : la population présente des niveaux d’arsenic anormalement élevés dans l’organisme. Face à cette pollution invisible, une mobilisation s’amorce, portée par un groupe de citoyens déterminé à exiger des comptes, à l’industrie mais aussi aux gouvernements complices. Dans Atome 33, Grégoire Osoha plonge au cœur de cette bataille, révélant les dessous d’un scandale environnemental où santé publique et intérêts industriels ne font pas le même poids.
Rouyn-Noranda, petite ville du Québec, dans l’est du Canada. Pour les quelques 44 000 habitants qui vivent au pied de la fonderie Horne, la quotidien s’écoule paisiblement…ou presque.
À l’occasion d’une étude sanitaire de routine, des dizaines de familles découvrent avec stupeur des taux d’arsenic bien supérieurs à la moyenne dans le corps de leurs enfants.

Une pollution massive et insidieuse
« C’est le début d’une lutte, celle de la population qui demande à la fonderie de réduire sa pollution invisible », explique Grégoire Osoha, auteur du livre Atome 33 qui retrace l’action collective de ces citoyens déterminés.
« Ce qu’ils ne mesurent pas encore, c’est l’immense influence de l’entreprise face à eux, qui n’est autre que le géant mondial des matières premières : Glencore. »
Au fil des 224 pages du récit publié aux éditions Marchialy, le lecteur est plongé dans deux chronologies parallèles : d’une part, l’indignation des citoyens, qui les poussent à partir en lutte contre cette pollution latente à laquelle ils sont exposés depuis des décennies avec l’aval du gouvernement, et d’autre part l’histoire de la fonderie et de son rachat par le géant Glencore, une importante entreprise anglo-suisse de négoce, courtage et d’extraction de matières premières.

Finalement, l’auteur et journaliste propose un reportage fouillé et profondément humain, dévoilant les ficelles d’un scandale sanitaire passé longtemps sous silence en faveur du profit financier.
Une ville, une mine
« Depuis sa création dans les années 1920, la ville de Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue est indissociable, aux yeux de tous les Québécois, de son cuivre, de ses mines, de ses cheminées et de sa fonderie. Elle l’est désormais tout autant du combat de quelques-uns contre la pollution générée par l’atome 33 », explique Grégoire Osoha, qui s’est rendu sur les lieux pour l’écriture de son deuxième ouvrage, après Voyage au Liberland, également publié aux éditions Marchialy.
L’atome 33, c’est l’arsenic, souvent présenté comme le roi des poisons. L’exposition chronique à cette molécule a un impact prouvé sur le développement de cancers (poumon, foie, peau, prostate, etc.) et favorise également le développement de problèmes endocriniens, cardio-vasculaires et neurologiques. « On note aussi une augmentation des fausses couches, bébés mort-nés et retards de croissance intra-utérine ainsi qu’une augmentation du nombre d’enfants présentant des retards de développement, un quotient intellectuel plus bas, des troubles d’apprentissage, d’attention et de concentration », détaille le site de l’ARET, un comité de citoyens et de parents d’enfants de la ville.

Au Québec, la quantité maximale autorisée d’arsenic dans l’air ambiant est de 3 ng/m3. Une norme systématiquement dépassée à Rouyn-Noranda. « En 2007, une attestation d’assainissement, accordée par le gouvernement, autorise une moyenne annuelle d’émissions d’arsenic de 200 ng/m3, alors qu’en 2005 et 2006, la fonderie émettait déjà en moyenne 150 ng/m3 par an », note l’association citoyenne. Dix ans plus tard, une nouvelle attestation d’assainissement autorise à nouveau une moyenne annuelle d’émissions d’arsenic de 200 ng/m3.
Histoire d’un fleuron industriel
Comment expliquer ces dérogations à répétition ? La réponse ne tient qu’en quelques mots : la fonderie Horne. En 1917, un riche gisement de cuivre, d’or et d’argent est découvert sur les rives du lac Osisko. Une décennie plus tard, la fonderie ouvre ses portes et attire à ses pieds des milliers de personnes, désireuses d’y travailler. Les municipalités de Rouyn et de Noranda, plus tard regroupées, sont nées.

En 2008, la fonderie Horne est l’une des plus importantes fonderies de cuivre au monde, pour la plus grande fierté des habitants de la ville. Dans les années 2020, elle traite une marchandise en provenance de 18 pays et recycle également l’or et d’autres métaux précieux. Après près de 100 ans d’activité, elle se classe parmi les plus grands centres de recyclage de composants électroniques en Amérique du Nord.
« Circuits intégrés de radios-réveils en panne, d’ordinateurs devenus désuets du fait de l’obsolescence programmée, de télécommandes fatiguées… Par dizaines de milliers de tonnes, ces rebuts, qu’il convient désormais d’appeler « ressources », arrivent chaque année dans les ports canadiens et sont convoyés en train ou en camion jusqu’en Abitibi-Témiscamingue », raconte le journaliste dans son ouvrage. Au cœur de ces débris, qui seront bientôt triés puis déchiquetés, on retrouve au choix du cadmium, du mercure ou de l’arsenic.
« Ici, tout est cuivre »
« Une ville, une mine », un slogan qui représente bien l’énergie de Rouyn-Noranda. « On va voir un spectacle au théâtre du Cuivre, on fait ses courses sur les promenades du Cuivre, on se rend chez le médecin à la clinique médicale du Cuivre et on prend un permis de chasse chez Moto Sport du Cuivre », décrit l’auteur qui déambule dans les rues de la ville.
Autrefois canadienne, la fonderie a depuis été rachetée par le géant Glencore, une multinationale incontournable sur le marché mondial des matières premières. « L’entreprise à laquelle les citoyens rouynorandiens ont affaire n’est donc pas vraiment cette imposante et bien palpable fonderie locale que leurs parents et avant eux leurs grands-parents ont toujours connue. Il ne suffit pas d’aller se poster devant l’entrée pour apercevoir et même, pourquoi pas, saluer ses dirigeants. Non, leur fonderie appartient désormais à une hydre fascinante et insaisissable. À la fois lointaine et puissante. Méconnue du grand public, mais forte de milliards de dollars de bénéfices annuels », rapporte Grégoire Osoha.

L’inaction coupable du gouvernement
Une course au profit qui ne se fait pas sans heurt. En 2018, après une étude sanitaire de routine, les familles de la ville découvrent médusés les résultats des analyses effectuées sur leurs enfants. « Au total, un enfant né au début des années 2000 et élevé dans le quartier Notre-Dame aura été exposé en moyenne à 60 fois le taux d’arsenic communément admis dans les autres villes du pays », découvrent, effarés, les habitants du secteur le plus à proximité de l’industrie.
« D’autant plus que de nouvelles données affligeantes ont été récemment publiées par la Santé publique. Celles-ci font état d’une espérance de vie de 77,5 ans dans le quartier Notre-Dame, quand elle atteint 82,5 ans en moyenne au Québec. Les cas de cancers du poumon à Rouyn-Noranda sont 30 % plus fréquents que la moyenne québécoise. Et les complications liées aux grossesses sont à l’avenant », résume l’auteur d’Atome 33.

« Comment l’État a-t-il pu tolérer d’aussi forts niveaux de pollution en toute connaissance de cause ? », se questionnent les citoyens, premières victimes de ce scandale sanitaire aux proportions insensées. Pour répondre à cette question, et espérer inverser la tendance, des collectifs se constituent et entrent en lutte contre l’entreprise et les autorités publiques, qui ont trop longtemps passé sous silence ces taux démentiels.
David contre Goliath dans un récit puissant
C’est au printemps 2018 que Grégoire Osoha s’est rendu sur place et a suivi l’action collective de ces citoyens déterminés. Il se met alors en tête de retracer l’histoire de cette pollution silencieuse afin de comprendre pourquoi il est si difficile encore aujourd’hui d’obtenir gain de cause quand la santé des populations est impactée. À travers ce récit, il pointe les dérives d’un système qui semble prêt à tout pour faire plus de profits.
Si la victoire n’a pas (encore) eu lieu, des victoires restent à célébrer. À l’image de David contre Goliath, le combat est inégal, mais la bataille ne sera pas abandonnée tant que le taux d’arsenic rejeté par la fonderie ne respectera pas les normes nationales. Grâce à un style fluide et rythmé, le lecteur est emporté sur les rives du lac Osisko, desquelles on aperçoit, dressées vers les ciel, les deux cheminées de la fonderie. Dans sa bouche, le « goût de la mine » s’infiltre, râpeux et amer, et ressemble à s’y méprendre au goût de l’injustice.
– Lou Aendekerk
Photo de couverture de l’article : Fours à réverbères dans la première fonderie en 1975. Wikimedia.
The post Atome 33 : Des québecois en lutte contre un poison industriel first appeared on Mr Mondialisation.25.03.2025 à 05:00
Typhons, cyclones, inondations : miroirs d’un océan en surchauffe
Mr Mondialisation
Parue dans Nature Climate Change, une nouvelle étude révèle que les années 2023-2024 ont connu une augmentation sans précédent des jours de canicule marine, provoquant des phénomènes météorologiques extrêmes, le blanchissement des coraux et l’effondrement des pêcheries. Malgré les avertissements des scientifiques, les interventions préventives ont été limitées. Les auteurs alertent sur de nécessaires « stratégies […]
The post Typhons, cyclones, inondations : miroirs d’un océan en surchauffe first appeared on Mr Mondialisation.Texte intégral (2032 mots)
Parue dans Nature Climate Change, une nouvelle étude révèle que les années 2023-2024 ont connu une augmentation sans précédent des jours de canicule marine, provoquant des phénomènes météorologiques extrêmes, le blanchissement des coraux et l’effondrement des pêcheries. Malgré les avertissements des scientifiques, les interventions préventives ont été limitées. Les auteurs alertent sur de nécessaires « stratégies proactives” pour faire face « aux événements futurs inévitables ».
Les océans du globe ont connu trois fois et demi plus de jours de vague de chaleur l’année dernière et en 2023 que toute autre année jamais enregistrée, selon une nouvelle étude parue dans la revue Nature Climate Change le 28 février 2025. Ce phénomène, qui se définit à l’instar des vagues de chaleur terrestres par une période de température supérieure à la normale sur une certaine période, a de multiples conséquences sur les écosystèmes marins et les communautés côtières.
Des vagues de chaleur records
« La hausse soutenue des températures des océans a coûté des millions de vies marines et causé des milliards de dollars de dégâts dus aux tempêtes, a augmenté les risques d’échouage des baleines et des dauphins, a porté préjudice à la pêche commerciale et a déclenché un blanchissement mondial des coraux », détaillent les chercheurs, atterrés par les résultats de leur recherche.
En cause ? Le changement climatique d’origine humaine, amplifié par le phénomène El Niño et une couverture nuageuse importante, qui ont provoqué des températures de surface de la mer (SST) records en 2023 et 2024. « Le nombre de jours de SST élevée en 2023-2024 a augmenté de 240 % par rapport à toute autre année enregistrée », expliquent les auteurs du rapport. Au total, 8,8 % de la surface totale des océans ont affiché les températures les plus élevées jamais enregistrées sur la même période.
Des impacts environnementaux et humains considérables
Ces conditions jamais vues ont donné lieu à des événements dramatiques dans le monde entier. En 2023, en Nouvelle-Zélande, une vague de chaleur marine a alimenté le cyclone Gabrielle, tuant 11 personnes et causant plus de 8 milliards de dollars de dégâts. Les échouages de baleines et de dauphins sur les côtes du pays se sont également multipliés.

Dans la région, les vagues de chaleur océaniques ont « radicalement transformé nos écosystèmes marins », estime Alex Sen Gupta, professeur associé à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (Australie), auprès du média EnergyMix.
« La disparition définitive des forêts de varech sur des centaines de kilomètres de côtes d’Australie-Occidentale et l’état de dégradation extrême de la Grande Barrière de Corail, comparé à il y a quelques décennies seulement, en témoignent ».
En Amérique du Sud, les pics de températures océaniques ont éloigné les anchois péruviens de leurs eaux habituelles, entraînant la fermeture de nombreuses pêcheries en 2023 et 2024, avec des pertes estimées à 1,4 milliard de dollars. Les vagues de chaleur ont également provoqué des « morts massives de poissons » de plusieurs espèces.
Sur le continent africain, près de 6 000 personnes sont mortes en Libye en 2023 lorsque les fortes pluies de la tempête Daniel ont provoqué l’effondrement du barrage de Derna, « l’inondation la plus meurtrière jamais enregistrée en Afrique », note la Scottish Association for Marine Science.
« La tempête Daniel a été rendue plus intense et pluvieuse par la hausse des températures de la mer due au changement climatique ».
En outre, le typhon Doksuri a frappé la Chine, Taïwan, les Philippines et le Vietnam, affectant plus de deux millions de personnes et causant près de 200 décès. De même, le Japon a connu de graves inondations côtières dues à l’intensification des tempêtes. « Dans l’océan Indien, les vagues de chaleur marines ont probablement contribué à l’intensification des phénomènes cycloniques, augmentant le risque de déplacements et de pertes économiques dans les régions vulnérables », note The CarbonCopy,
L’Europe également touchée
En Europe, « les vagues de chaleur marines ont contribué à des températures terrestres record dans les îles britanniques, ont nui aux populations de poissons et ont failli provoquer l’extinction de la grande nacre en Méditerranée », détaille l’association de chercheurs. Au large de l’Espagne, les vagues de chaleur marines ont touché certaines sortes de coquillages, mettant à mal les moyens de subsistance des fermes qui les récoltent traditionnellement.
Plus au Nord du continent, les populations d’oiseaux marins d’Écosse ont été affectées par le déclin de leurs sources de nourriture, tandis que l’aquaculture a subi des pertes dues à la prolifération d’algues nuisibles. « Les espèces d’eaux chaudes se sont déplacées vers le nord, autour des îles britanniques, entraînant une augmentation du tourisme d’observation de la faune sauvage. Le réchauffement des océans a alimenté la tempête Daniel, qui a provoqué des inondations meurtrières en Grèce, en Bulgarie et en Turquie », complètent les scientifiques.
Action ou réaction ?
Aussi extrêmes et violents soient-ils, la plupart de ces évènements ont pu être anticipés par les chercheurs, qui ont alerté à de nombreuses reprises les gouvernements. Certains États ont agi en conséquence, mettant en œuvre des plans d’intervention nationaux, tandis que d’autres ont manqué d’interventions coordonnées.
À titre d’exemples, en Australie, un quart de la population de poissons-mains rouges, considéré comme l’espèce de poisson la plus rare au monde, a été placée dans des aquariums avant la vague de chaleur marine, puis relâchée lorsque les eaux se sont refroidies. Aux États-Unis, certains coraux et conques ont été déplacés vers des eaux plus profondes et plus fraîches afin d’éviter les effets mortifères des hausses de températures. Au Pérou, le gouvernement a versé des indemnités aux pêcheurs qui n’ont pas pu prendre la mer lorsqu’il a été contraint de suspendre la pêche à l’anchois.
« Si l’ampleur des vagues de chaleur marines est alarmante, certaines interventions préventives ont fait une réelle différence. L’Australie a connu un succès remarquable, où les prévisions de vagues de chaleur marines ont permis d’en réduire les impacts. Si davantage de régions avaient accès à ces prévisions et les mettaient en œuvre, nous pourrions mieux protéger la pêche, l’aquaculture et les communautés côtières contre des pertes dévastatrices », espère le Dr Alistair Hobday, directeur de recherche du programme Sustainable Marine Futures du CSIRO.
Malheureusement, certaines régions du monde ne disposent pas de moyens suffisants pour de tels dispositifs. Bien souvent, les défis et urgences socio-économiques prennent le pas sur la préservation de l’environnement ou l’anticipation. C’est le cas notamment en Asie, où la réponse aux canicules a été largement réactive plutôt que proactive, note l’étude. À l’échelle globale, les chercheurs estiment que la réduction des dégâts était en grande partie insuffisante, probablement en raison de ressources limitées, de déconnexions entre les organisations et d’une mauvaise communication.
Une seule « solution permanente »
Dans une optique préventive, les auteurs de l’étude suggèrent différentes stratégies potentielles, comme une surveillance renforcée des températures de surface de la mer, la mise en œuvre de projets de conservation des coraux et des mesures d’adaptation telles que la relocalisation des espèces vulnérables.
Face à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur marines, les scientifiques insistent sur la nécessité de revoir en profondeur nos modes de vie et en particulier sur la réduction majeure d’émissions de gaz à effet de serre liée à la consommation d’énergies fossiles. « En attendant, la préparation aux vagues de chaleur marines et les interventions visant à limiter la disparition des espèces ont connu quelques succès, mais il ne s’agit pas de solutions permanentes », conclut le Dr Kathryn Smith de l’Association de biologie marine du Royaume-Uni, dans les colonnes du Guardian.
– Lou Aendekerk
Photo de couverture : Le typhon Doksuri a déclenché des pluies torrentielles et une suspension des transports dans le Fujian, dans le sud-est de la Chine. 2023. Wikimedia.
The post Typhons, cyclones, inondations : miroirs d’un océan en surchauffe first appeared on Mr Mondialisation.24.03.2025 à 12:33
Les scientifiques français se mobilisent contre Trump
Mr Mondialisation
Face aux attaques répétées contre la recherche scientifique aux États-Unis – coupes budgétaires, censure idéologique et répression des chercheurs – la mobilisation s’intensifie. Alors que l’administration Trump renforce son offensive contre les sciences, la communauté académique française se lève en soutien à ses collègues américains à l’occasion de plusieurs manifestations Stand up for Science organisées […]
The post Les scientifiques français se mobilisent contre Trump first appeared on Mr Mondialisation.Texte intégral (1824 mots)
Face aux attaques répétées contre la recherche scientifique aux États-Unis – coupes budgétaires, censure idéologique et répression des chercheurs – la mobilisation s’intensifie. Alors que l’administration Trump renforce son offensive contre les sciences, la communauté académique française se lève en soutien à ses collègues américains à l’occasion de plusieurs manifestations Stand up for Science organisées sur tout le territoire.
Le 7 mars, devant le campus Pierre-et-Marie-Curie de l’université de la Sorbonne à Paris, 2 500 personnes se sont rassemblées pour dénoncer l’offensive contre les sciences déclenchée par le président américain Donald Trump. Dans plusieurs autres villes de France, des chercheurs de toutes les disciplines se sont également réunis pour défendre la recherche à travers une vaste mobilisation, en soutien à leurs confrères et consoeurs d’outre-Atlantique. Au total, ils seraient plus de 8 000 à s’être mobilisés.

Un assaut frontal contre la recherche et la démocratie
Et pour cause, entre licenciements massifs, abandons de projets, suppressions de données, censures de certaines thématiques, pertes de budgets et isolement sur la scène internationale, les agressions envers la recherche sont brutales depuis le début du second mandat de Donald Trump à la Maison-Blanche.
« Par le passé, des scientifiques avaient été attaqués sur leurs opinions. Là, nous sommes visés sur la définition même de notre métier, et c’est sans précédent de ce point de vue-là. C’est une attaque massive contre la démocratie », s’exclame l’historien Patrick Boucheron lors de la conférence de presse qui a précédé la marche, couverte par les journalistes de Vert.
Des coupes budgétaires et une censure sans précédent
En quelques semaines, l’administration Trump et le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE) d’Elon Musk ont successivement retoqué les programmes d’aide à l’inclusion au sein des universités, réduit les financements de recherche et restreint l’accès à de nombreuses bases de données.
En outre, le Président s’est empressé de supprimer le programme de la NASA destiné à la surveillance de la Terre, qui évaluait les taux de gaz à effet de serre, mais aussi la pollution touchant la santé des populations. Cette décision dramatique a eu pour effet d’interrompre la continuité des observations, impactant profondément tous les pays qui basaient en partie leur recherche sur ces données.
Donald Trump s’est aussi attaqué à plusieurs agences fédérales, dont l’USDA en charge de l’agriculture, en leur interdisant de poursuivre des travaux sur certaines thématiques. « Il a ainsi fait supprimer des sites fédéraux au moins 8 000 pages web mentionnant des sujets désormais interdits, touchant au changement climatique, à l’environnement, à la biodiversité ou aux études de genre », relève l’Académie des sciences dans un communiqué.
L’institut français note aussi le démantèlement du plan fédéral de réformes écologiques et sociales pour la protection de l’environnement et le développement des énergies propres et renouvelables. A contrario, la Maison Blanche annonce un soutien massif à l’industrie des énergies fossiles.
Une offensive idéologique contre l’inclusion et la diversité
Pour justifier ces interventions, Donald Trump évoque une lutte contre la prétendue « idéologie woke » et assure défendre des valeurs réactionnaires qui redonneront sa grandeur à l’Amérique. Sous ce prétexte, l’administration s’attaque en réalité à toutes les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion. L’Académie des sciences conclut :
« Toute discrimination positive est désormais interdite : ceci s’applique tout aussi bien aux étudiants étrangers aux États-Unis qu’aux femmes et aux minorités dans les entreprises, les universités et les institutions académiques »
À ce titre, une liste d’une centaine de termes proscrits ou « à surveiller » est rapidement parvenus à la National Science Foundation, qui supervise la recherche scientifique américaine. Parmi eux figurent notamment « handicap », « femme », « racisme », « victime », « justice sociale », « personne noire » ou « latino/latina » et encore « discrimination ». Des termes génériques des sciences sociales, comme « historiquement », « politique », « socioculturel » et « socio-économique », apparaissent également dans la liste.
Qualifiée d’un « assaut lexical contre la recherche » par les analystes du Monde, cette guerre du vocabulaire vise sans détours à « combattre et modeler à la source le débat politique, au risque de la censure », assure le journal.

Entre exil et risque de représaille : des chercheurs en danger
Pour les scientifiques d’outre-Atlantique, la crainte des représailles est réelle. « Nous avons reçu de premières candidatures américaines », indique Patrick Boucheron à Vert, faisant référence au programme de recherche Pause, censé accueillir au sein des institutions françaises des scientifiques en exil, privés de leur liberté académique dans leur pays d’origine. Lancée en 2017, cette initiative était alors destinée à offrir une opportunité aux scientifiques menacés en Syrie, en Afghanistan, en Ukraine ou en Russie.
« L’Université et la recherche font aujourd’hui l’objet d’attaques d’une ampleur inédite depuis la Seconde Guerre mondiale », expliquent Olivier Berné, astrophysicien, Patrick Lemaire, biologiste et Emmanuelle Perez-Tisserant, historienne, initiateurs de l’action Stand up for sciences en France. Basée sur le même modèle que son homologue américain, la mobilisation a atteint son objectif de visibilisation de la menace qui pèse sur la communauté scientifique.
L’Europe face aux mêmes dérives ?
Si l’offensive « est particulièrement alarmante aux États-Unis », où les institutions de recherche, les agences de régulation, les droits civiques et les fondements mêmes de la démocratie sont mis à mal par l’administration Trump, la solidarité internationale s’avère « indispensable », selon les trois chercheurs, alors que « de semblables menaces pèsent sur l’Europe ».
Institutions scientifiques ciblées, financements fragilisés, chercheurs accusés de « wokisme » : la recherche subit en France une offensive croissante, souvent menée par l’extrême droite. Au micro de Vert, Valérie Masson-Delmotte, climatologue et ancienne co-présidente de l’un des groupes de travail du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), questionne :
« Je vous invite à réfléchir sur les symboles quand, en France, on mure l’entrée de l’Office français de la biodiversité, de l’Anses, de l’Inrae. Qu’est-ce que ça veut dire : on veut intimider, on ne veut pas laisser parler ? »
« Nous ne sommes pas au même niveau d’attaques, mais il faut prendre soin de la science, qui est un bien commun » : C’est ce qu’a fermement défendu le mouvement Stand up for Science, aux Etats-Unis mais également dans l’Hexagone, le 7 mars dernier.
– Lou Aendekerk
Photo de couverture : Marche de mobilisation Stand up for Science, organisée à Nantes. – Crédits : Stand up for science
The post Les scientifiques français se mobilisent contre Trump first appeared on Mr Mondialisation.21.03.2025 à 13:08
États-Unis : 5 preuves que la résistance anti-Trump s’organise
Simon Verdiere
Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, de multiples décisions et prises de position constituent de graves menaces. Racisme, sexisme, impérialisme, obscurantisme, l’avenir du pays sombre dans une fascisation flagrante. Pourtant, face à cette perspective, de nombreux Américains sont déjà entrés en résistance. Pour son second mandat, Donald Trump paraît bien déterminé à passer […]
The post États-Unis : 5 preuves que la résistance anti-Trump s’organise first appeared on Mr Mondialisation.Texte intégral (2241 mots)
Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, de multiples décisions et prises de position constituent de graves menaces. Racisme, sexisme, impérialisme, obscurantisme, l’avenir du pays sombre dans une fascisation flagrante. Pourtant, face à cette perspective, de nombreux Américains sont déjà entrés en résistance.
Pour son second mandat, Donald Trump paraît bien déterminé à passer la vitesse supérieure en matière de projets réactionnaires. En quelques semaines, une pluie de mesures ahurissantes s’est abattue sur les États-Unis et continue d’être alimentée.
Pour autant, après quelques mois de sidération, scientifiques, féministes, étudiants et politiciens se sont mis en ordre de bataille pour enrayer cette dynamique effrayante. Pour un peu d’espoir, Mr Mondialisation vous présente six exemples de résistance au néofascisme américain.
1 — Les scientifiques vent debout
Connu pour ses multiples dénis de réalité, Donald Trump s’est également largement employé à dénigrer les faits scientifiques afin de séduire son électorat complotiste. La première victime de cette conception du monde est sans aucun doute la planète.
Le nouveau président n’a d’ailleurs jamais caché son climatoscepticisme, notamment en quittant les accords de Paris pour la seconde fois. Mais d’autres domaines liés à la science ont aussi été massivement attaqués, comme la médecine, ou encore les universités et le milieu de la recherche qui ont subi des milliers de licenciements, des coupes budgétaires et des censures au nom de « la lutte contre le wokisme ».
Plusieurs habitants et organisations sont alors entrés en résistance, notamment au niveau judiciaire pour contester des renvois et faire annuler des décisions aberrantes du gouvernement.
Dans le même temps, un collectif nommé « Stand up for Science » s’est constitué dans tout le pays et au-delà des ses frontières. Vendredi 7 mars dernier, plusieurs milliers de citoyens et scientifiques se sont ainsi rassemblés dans le monde pour s’opposer aux positions du président américain.

2 — Bernie Sanders, l’indéfectible
Depuis la victoire de Donald Trump, le camp démocrate, et notamment son aile libérale, semble être restée paralysée. Toutefois, un homme paraît ne pas avoir abandonné la lutte contre la présidence d’extrême droite. Cet homme, c’est l’indépendant Bernie Sanders, bientôt 84 ans, et pourtant plus actif que jamais.
Lancé dans une tournée géante à travers l’Amérique « contre l’oligarchie », celui qui avait brigué par deux fois, sans succès, l’investiture démocrate aux présidentielles, continue de soulever les foules en défendant un projet réellement à gauche, à l’inverse de Kamala Harris ou Joe Biden dont les politiques néolibérales avaient déçu beaucoup d’électeurs.
THOUSANDS of people went out to see Bernie Sanders in Warren, MI yesterday as part of his “Fighting Oligarchy” tour
— REVOLUTION TELEVISED (@revolution-tv.bsky.social) 2025-03-09T22:06:08.349Z
S’il n’est pas candidat à la présidence en 2028, en raison de son âge, il tente malgré tout de canaliser la colère anti-Trump pour faire avancer des idées progressistes dans le pays.
Assurance maladie et université publiques et gratuites ou encore grand plan écologique font notamment partie de ses aspirations phares. Autour de ces mesures, il souhaite pouvoir céder le flambeau à une nouvelle génération qui continuera à porter ces idées et à s’opposer à Donald Trump. La jeune sénatrice Alexandria Ocasio-Cortez, qui a participé à cette tournée, pourrait bien représenter un espoir à l’avenir.

3 — Des centaines de manifestations
Dans tous les pays, les manifestations ne cessent de se multiplier, même si le choc semblait avoir dans un premier temps anesthésié les foules. Un grand rassemblement avait d’ailleurs déjà eu lieu juste avant l’investiture du président. Les cortèges en faveur de Gaza n’ont néanmoins jamais reculé, et se poursuivent d’autant plus aujourd’hui face aux idées ahurissantes de déportation massive de Donald Trump.
Mais les protestations ne se limitent pas à ce sujet puisque l’on a pu voir des gens réunis pour la science, pour les droits des femmes, des personnes transgenres, ou encore des personnes immigrées. Dans les parcs nationaux, durement frappés par les mesures économiques de l’administration américaine, plusieurs mouvements de résistance se sont aussi construits.
4 — La mobilisation des artistes
Pour faire correspondre le pays à sa vision du monde, Donald Trump s’en est également pris à la sphère de la culture, en confisquant par exemple le contrôle du centre Kennedy, une célèbre salle de représentation de Washington. Il n’a pas hésité à en exclure immédiatement un spectacle de Drag Queens et d’autres divertissements mettant en scène la communauté LGBT.
Dans le milieu du show-business, de multiples acteurs et actrices, chanteuses et chanteurs et musiciens musiciennes se sont, en outre, positionnés contre le président américain. De nombreuses stars ont ainsi marqué leur opposition au gouvernement, comme Jane Fonda, Bruce Springsteen, Sean Penn, Neil Young ou encore Lady Gaga.
5 — Désobéissance civile
Face aux lois iniques de Donald Trump, certains citoyens et entreprises ont tout bonnement décidé de désobéir pour entrer en résistance. Certaines villes ont par exemple rejeté l’idée de participer aux opérations de « chasse » contre les sans-papiers. Des associations ont d’ailleurs en ce sens fait suspendre juridiquement des décrets d’expulsion.
Certaines compagnies, comme Apple, ont, quant à elles, refusé d’appliquer les directives de suppressions des politiques d’inclusivité. Un manuel de sabotage des années 40 a, en outre, refait surface dans le pays de l’oncle Sam, marquant l’intérêt d’un nombre croissant d’Américains pour une certaine forme de résistance, comme l’incompétence volontaire.
Pour contrer les attaques d’extrême droite, de multiples citoyens ont par ailleurs mis en place une assistance juridique pour les plus défavorisés qui sont les plus touchés par la situation.
6 — Boycott contre les soutiens du gouvernement
Certains citoyens ont également décidé de boycotter les produits des sociétés qui auraient cédé aux injonctions du gouvernement ou qui le soutiendraient. La NAACP, association de défense des droits des noirs américains, a par exemple demandé à ses sympathisants d’orienter leurs achats vers des entreprises n’ayant pas abandonné les programmes de diversité, comme réclamé par Donald Trump.
Et ces appels, repris par d’autres organisations et même des pasteurs, n’ont pas été sans effet puisque selon le Guardian, un quart des Américains auraient délaissé leurs magasins préférés pour des raisons politiques.
Mais la compagnie la plus visée par les boycotts est sans aucun doute Tesla, la marque de voitures électriques appartenant au milliardaire d’extrême droite Elon Musk, soutien et membre du gouvernement Trump. Des boycotts qui traversent d’ailleurs les frontières : l’idée de se passer des produits américains commence à faire son chemin en France.
Même si la discrétion, voire la soumission de certains Américains à Donald Trump, a pu étonner et décevoir les observateurs internationaux, il faut donc noter que bon nombre d’entre eux n’ont pas cédé et cherchent à organiser la résistance. Et il y en aura bien besoin.
– Simon Verdière
Image article : Lincoln Memorial, 3/7/25 @Victoria Pickerin/Flickr
The post États-Unis : 5 preuves que la résistance anti-Trump s’organise first appeared on Mr Mondialisation.
- Persos A à L
- Mona CHOLLET
- Anna COLIN-LEBEDEV
- Julien DEVAUREIX
- Cory DOCTOROW
- EDUC.POP.FR
- Marc ENDEWELD
- Michel GOYA
- Hubert GUILLAUD
- Gérard FILOCHE
- Alain GRANDJEAN
- Hacking-Social
- Samuel HAYAT
- Dana HILLIOT
- François HOUSTE
- Tagrawla INEQQIQI
- Infiltrés (les)
- Clément JEANNEAU
- Paul JORION
- Michel LEPESANT
- Frédéric LORDON
- Blogs persos du Diplo
- LePartisan.info
- Persos M à Z
- Henri MALER
- Christophe MASUTTI
- Romain MIELCAREK
- Richard MONVOISIN
- Corinne MOREL-DARLEUX
- Timothée PARRIQUE
- Thomas PIKETTY
- PLOUM
- VisionsCarto
- Yannis YOULOUNTAS
- Michaël ZEMMOUR
- Numérique
- Christophe DESCHAMPS
- Louis DERRAC
- Olivier ERTZSCHEID
- Olivier EZRATY
- Framablog
- Francis PISANI
- Pixel de Tracking
- Irénée RÉGNAULD
- Nicolas VIVANT
- Collectifs
- Arguments
- Bondy Blog
- Dérivation
- Dissidences
- Mr Mondialisation
- Palim Psao
- Paris-Luttes.info
- ROJAVA Info
- Créatifs / Art / Fiction
- Nicole ESTEROLLE
- Julien HERVIEUX
- Alessandro PIGNOCCHI
- XKCD