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14.02.2026 à 09:00

Verdi à l'Opéra Bastille : le bal et le poignard

Il y a, dans Un bal masqué , quelque chose d’un sourire déjà blessé. Verdi y dissimule le tragique sous la parure, l’assassinat sous la danse, la mort sous l’éclat des lumières. La production présentée à l’Opéra de Paris embrasse pleinement cette ambiguïté fondatrice, et choisit de faire du faste non un refuge, mais un révélateur. Dès les premières scènes, le spectacle instaure un monde où tout semble ne tenir que par l’élégance — gestes mesurés, hiérarchie bien ordonnée, sourires de cour. Mais cette élégance est fragile, presque nerveuse. Elle a le poli du masque, non la fermeté du visage. Le pouvoir, ici, ne s’impose pas : il se met en scène, conscient de sa propre vulnérabilité. Riccardo (Matthew Polenzani) n’est pas un tyran, ni même un héros ; il est un homme aimé, et c’est précisément là sa faute. Son autorité repose sur la séduction, son règne sur une confiance qu’il croit éternelle. La mise en scène souligne avec finesse cette légèreté dangereuse : chaque rire est déjà un peu trop long, chaque trait d’esprit, un pas de plus vers l’abîme. Le drame ne surgit pas brutalement — il se faufile. Renato (Étienne Dupuis) est l’ombre fidèle de Riccardo, celle qui le protège jusqu’au moment où elle se sent trahie par cette lumière même qu’elle servait. Son revirement n’a rien de spectaculaire : il est intime, progressif, presque silencieux. Sa jalousie n’éclate pas, elle se concentre, se durcit, se fait irréversible. Verdi offre là l’une des plus cruelles métamorphoses qui soit, et la production en respecte la lente transformation. Et puis il y a Amelia (Anna Netrebko), cœur secret de l’ouvrage, lieu même de la contradiction. Ni coupable ni innocente, elle avance comme quelqu’un qui sait déjà qu’il n’existe pas d’issue honorable. La nuit où elle cherche l’herbe salvatrice n’est pas seulement une scène d’opéra : c’est un paysage mental, un moment où le désir et la peur parlent la même langue. Le spectacle rend cette obscurité habitée, cette solitude peuplée d’aveux impossibles. Ulrica (Elizabeth DeShong), quant à elle, ne relève pas du pittoresque. Elle est la voix de ce que tous savent et refusent d’entendre : que le destin n’est peut-être rien d’autre que la somme de nos aveuglements. La prophétie n’écrase pas les personnages, elle les révèle. Le bal final, enfin, n’est pas une apothéose mais une dérision tragique. Masques, costumes, musique : tout concourt à nier la gravité de l’instant, et c’est précisément cette négation qui le rend insoutenable. La mort survient comme une faute de goût dans un monde trop bien éclairé — presque une inconvenance. Lorsque le masque tombe, il ne reste pas un cadavre spectaculaire, mais un silence coupable. Musicalement, la direction de Speranza Scappucci privilégie la respiration longue, la tension contenue. Les élans verdiens ne sont jamais forcés, ils surgissent comme des vérités que l’on aurait voulu taire. L’orchestre ne commente pas l’action : il en est la conscience souterraine, parfois plus lucide que les protagonistes eux-mêmes.
Texte intégral (595 mots)

Il y a, dans Un bal masqué, quelque chose d’un sourire déjà blessé. Verdi y dissimule le tragique sous la parure, l’assassinat sous la danse, la mort sous l’éclat des lumières. La production présentée à l’Opéra de Paris embrasse pleinement cette ambiguïté fondatrice, et choisit de faire du faste non un refuge, mais un révélateur.

Dès les premières scènes, le spectacle instaure un monde où tout semble ne tenir que par l’élégance — gestes mesurés, hiérarchie bien ordonnée, sourires de cour. Mais cette élégance est fragile, presque nerveuse. Elle a le poli du masque, non la fermeté du visage. Le pouvoir, ici, ne s’impose pas : il se met en scène, conscient de sa propre vulnérabilité.

Riccardo (Matthew Polenzani) n’est pas un tyran, ni même un héros ; il est un homme aimé, et c’est précisément là sa faute. Son autorité repose sur la séduction, son règne sur une confiance qu’il croit éternelle. La mise en scène souligne avec finesse cette légèreté dangereuse : chaque rire est déjà un peu trop long, chaque trait d’esprit, un pas de plus vers l’abîme. Le drame ne surgit pas brutalement — il se faufile.

Renato (Étienne Dupuis) est l’ombre fidèle de Riccardo, celle qui le protège jusqu’au moment où elle se sent trahie par cette lumière même qu’elle servait. Son revirement n’a rien de spectaculaire : il est intime, progressif, presque silencieux. Sa jalousie n’éclate pas, elle se concentre, se durcit, se fait irréversible. Verdi offre là l’une des plus cruelles métamorphoses qui soit, et la production en respecte la lente transformation.

Et puis il y a Amelia (Anna Netrebko), cœur secret de l’ouvrage, lieu même de la contradiction. Ni coupable ni innocente, elle avance comme quelqu’un qui sait déjà qu’il n’existe pas d’issue honorable. La nuit où elle cherche l’herbe salvatrice n’est pas seulement une scène d’opéra : c’est un paysage mental, un moment où le désir et la peur parlent la même langue. Le spectacle rend cette obscurité habitée, cette solitude peuplée d’aveux impossibles.

Ulrica (Elizabeth DeShong), quant à elle, ne relève pas du pittoresque. Elle est la voix de ce que tous savent et refusent d’entendre : que le destin n’est peut-être rien d’autre que la somme de nos aveuglements. La prophétie n’écrase pas les personnages, elle les révèle.

Le bal final, enfin, n’est pas une apothéose mais une dérision tragique. Masques, costumes, musique : tout concourt à nier la gravité de l’instant, et c’est précisément cette négation qui le rend insoutenable. La mort survient comme une faute de goût dans un monde trop bien éclairé — presque une inconvenance. Lorsque le masque tombe, il ne reste pas un cadavre spectaculaire, mais un silence coupable.

Musicalement, la direction de Speranza Scappucci privilégie la respiration longue, la tension contenue. Les élans verdiens ne sont jamais forcés, ils surgissent comme des vérités que l’on aurait voulu taire. L’orchestre ne commente pas l’action : il en est la conscience souterraine, parfois plus lucide que les protagonistes eux-mêmes.

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13.02.2026 à 11:00

L'égoïsme qui gagne la société

Dans son ouvrage Le triomphe des égoïsmes (PUF, 2026), le sociologue Camille Peugny  montre que la solidarité diminue au sein de la société et que cela a des effets délétères pour elle. Ce phénomène concerne en particulier, au-delà des ultra-riches, les « classes moyennes supérieures », mais les classes populaires n’en sont pas toujours exemptes non plus. Le responsable en est le contexte social de concurrence accrue pour les places, d'hégémonie des élites économiques et de fragmentation du travail.   Nonfiction : Vous décrivez l’adhésion croissante des « classes moyennes supérieures » aux principes de concurrence et aux logiques de la responsabilité individuelle. Comment l'expliquer ? Camille Peugny : Le débat public se focalise souvent sur les ultra-riches, ce qui est tout à fait essentiel pour saisir l’explosion des hauts revenus et les logiques de « repatrimonialisation » de la société française. Pour autant, il est également très important de s’intéresser aux 20 ou 30 % des individus composant ces « classes moyennes supérieures » car ces dernières contribuent à diffuser leurs valeurs au sein de l’espace social. Par « classes moyennes supérieures », j’entends la conjonction du cœur des classes moyennes stabilisées et des classes supérieures « ordinaires ». Ce regroupement demeure en partie hétérogène mais des travaux récents ont montré des formes de rapprochement entre ces différentes catégories, en matière d’origine sociale ou d’alliances conjugales. Surtout, les individus qui composent cet ensemble partagent des niveaux de diplôme élevés et des revenus bien supérieurs au revenu médian. Je m’attache à décrire l’évolution de l’ économie morale de ces classes moyennes supérieures au cours des vingt dernières années, en creusant tout particulièrement leurs attitudes à l’égard des questions économiques et sociales. Que pensent-elles du rôle de l’État-providence, de la protection sociale, du sort des plus démunis ou encore des politiques de redistribution ? Grâce aux données du baromètre d’opinion de la Drees , je mets en évidence leur adhésion accrue aux principes du néolibéralisme : concurrence, responsabilité individuelle, mérite. Si on assimile à la droite de l’échiquier politique ces grilles de lectures, qui n’accordent parfois qu’une place très secondaire aux différentes formes de logiques sociales, il est donc possible de parler de droitisation de ces groupes sociaux. Il est important de souligner que les classes moyennes supérieures ne sont animées par aucun déni des inégalités : en revanche, elles les expliquent désormais majoritairement par des différences de mérite individuel. Trois phénomènes sociologiques peuvent expliquer ces évolutions. D’abord, l’élévation de l’origine sociale de ces classes moyennes supérieures, et donc leur embourgeoisement relatif depuis le début des années 1980, lorsque les cadres et les professions intermédiaires étaient plus fréquemment issus des classes populaires. Ensuite, les conditions de formation de ces hommes et femmes ont évolué : le développement des écoles de commerce, de gestion ou de management joue un rôle important dans la diffusion de ce modèle de l’entreprenariat, et plus largement, de ces grilles de lecture individualisantes. Enfin, l’individualisation croissante de la relation de travail et la fragilisation des collectifs de travail est autant une conséquence de ces dynamiques qu’un terreau fertile pour leur diffusion. Un dernier point peut être mentionné : cette diffusion des valeurs caractéristiques du néolibéralisme économique parmi les classes moyennes supérieures n’est pas totalement indépendante de ce qui se produit au-dessus d’elle : la domination accrue, au sein du champ du pouvoir, des élites économiques. La concurrence accrue que rencontrent les enfants des classes moyennes supérieures suite à la massification scolaire les a conduites à mobiliser l’ensemble de leurs ressources pour assurer le maintien de leurs avantages, avec un certain succès, expliquez-vous. La compétition accrue pour les places constitue le contexte dans lequel se déploie la montée des égoïsmes que j’analyse dans ce livre. Bien sûr, le concept est ici déchargé de toute connotation morale. En tant que sociologue, je décris ces comportements comme étant le fruit d’une contrainte sociale, produits par le fonctionnement d’une société qui jette les individus et les groupes sociaux dans une compétition de plus en plus rude. L’école est bien évidemment le premier temps de cette compétition. Dans une société qui fonctionne au diplôme, au sens où ce dernier exerce une emprise sur l’ensemble de la carrière des individus, les verdicts scolaires sont décisifs. De ce point de vue, la massification scolaire a contraint les classes moyennes supérieures à défendre leurs avantages pour s’assurer que leurs enfants demeurent les vainqueurs de la compétition scolaire. Leurs stratégies ont été bien documentées par la sociologie de l’éducation : choix d’options et de filières spécifiques, enseignement privé, etc. Plus substantiellement, à mesure que le système éducatif s’est ouvert, il s’est aussi filiarisé. Le sociologue Pierre Merle a proposé le concept de « démocratisation ségrégative » pour souligner le fait que des inégalités quantitatives d’accès aux différents niveaux du système éducatif ont été remplacées par des inégalités qualitatives liées au type de filière fréquentée. Cette filiarisation de l’école explique pourquoi la massification scolaire ne s’est pas traduite, au cours des dernières décennies, par des progrès plus substantiels en matière de mobilité sociale. Vous montrez que cette diminution de la solidarité concerne également les classes populaires, les employés et ouvriers non-qualifiés. Dans quelle mesure peut-on y voir la conséquence des évolutions du travail qui ont fragilisé les collectifs et isolé les salariés ? Parmi les classes populaires, les emplois dont le nombre et la proportion augmentent le plus rapidement sont des emplois dans le secteur des services, qui font évoluer celles et ceux qui les exercent loin de tout collectif de travail digne de ce nom. Pour les femmes, il s’agit des emplois du secteur des services à la personne : aides à domicile, assistantes maternelles ou femmes de ménage. Pour les hommes, songeons aux emplois dans la sécurité, ou autour des plateformes logistiques. Plus généralement, l’allongement des chaînes de sous-traitance, l’incitation à l’auto-entreprenariat ou encore l’uberisation d’une partie de l’activité économique sont autant de dynamiques qui contribuent à fragiliser, voire saper, les collectifs. Cet isolement nuit bien évidemment à l’action collective. Plus encore, associé à la fragilisation des protections offertes par l’État social (songeons aux réformes de l’assurance chômage, de l’assurance maladie, ou aux multiples réformes des retraites), il contraint ces hommes et ces femmes à devenir auto-entrepreneur de leur propre précarité. Ces emplois se situent clairement à la marge du salariat, lequel finit par ne plus constituer un horizon possible pour beaucoup de ces personnes. C’est un piège redoutable qui se referme sur elles, d’ailleurs : cette individualisation contrainte favorise la reproduction de conditions d’emploi et de travail très dégradées. On comprend que ces attitudes et comportements des différents groupes sociaux, pris ensemble, font système. On peut penser, écrivez-vous, qu’ils ne sont pas pour rien dans le faible score à laquelle la gauche semble désormais réduite lors des élections. Mais surtout ils laissent entrevoir une pente dangereuse pour la société tout entière. Pourriez-vous en dire un mot ? À nouveau, l’égoïsme, tel que je le définis sociologiquement, et les différentes formes d’individualisme, progressent à mesure que l’État social recule et que la compétition sociale s’accroit. Ils obéissent en partie à des dynamiques différentes – plutôt une forme d’individualisme par défaut parmi les classes populaires, et plutôt une forme d’individualisme par excès dans le haut de la structure sociale, pour reprendre la grille de lecture de Robert Castel. Mais tout ceci n’est pas sans lien avec les performances électorales de la gauche depuis plusieurs années. Si elle semble plafonner autour de 30 % des suffrages exprimés, ce n’est pas seulement en raison de la turpitude de ses leaders ou de leur désunion. C’est aussi parce que les valeurs qui se diffusent au sein de la société ne lui sont guère favorables. La désaffection des classes populaires à son égard est documentée depuis assez longtemps. Si on y ajoute les évolutions en cours parmi les classes moyennes, qui ont été historiquement l’une des forces sociales soutenant le Parti socialiste, notamment, on mesure l’ampleur du défi pour la gauche. Mais on a aussi le droit de penser que cette dernière porte une part de responsabilité dans la situation, faute d’avoir su proposer un récit alternatif suffisamment solide pour résister face au rouleau compresseur du there is no alternative . Pourtant, la montée des égoïsmes crée beaucoup de souffrance, y compris parfois parmi celles et ceux qui peuvent avoir été les défenseurs de ces valeurs de compétition et de mérite individuel. C’est le cas, par exemple, des cadres qui peuvent connaître des formes d’épuisement professionnel et être brutalement digérés par et éjectés de cette société du chacun pour soi. Au niveau collectif, bien sûr, tout ceci sape la cohésion sociale et entretient des formes de repli sur soi et de défiance dont on ne finit pas de mesurer les traductions électorales.   À lire également sur Nonfiction, du même auteur : Un entretien à propos de son livre, Pour une politique de la jeunesse (Seuil/République des idées, 2022)
Texte intégral (1750 mots)

Dans son ouvrage Le triomphe des égoïsmes (PUF, 2026), le sociologue Camille Peugny montre que la solidarité diminue au sein de la société et que cela a des effets délétères pour elle. Ce phénomène concerne en particulier, au-delà des ultra-riches, les « classes moyennes supérieures », mais les classes populaires n’en sont pas toujours exemptes non plus. Le responsable en est le contexte social de concurrence accrue pour les places, d'hégémonie des élites économiques et de fragmentation du travail.

 

Nonfiction : Vous décrivez l’adhésion croissante des « classes moyennes supérieures » aux principes de concurrence et aux logiques de la responsabilité individuelle. Comment l'expliquer ?

Camille Peugny : Le débat public se focalise souvent sur les ultra-riches, ce qui est tout à fait essentiel pour saisir l’explosion des hauts revenus et les logiques de « repatrimonialisation » de la société française. Pour autant, il est également très important de s’intéresser aux 20 ou 30 % des individus composant ces « classes moyennes supérieures » car ces dernières contribuent à diffuser leurs valeurs au sein de l’espace social. Par « classes moyennes supérieures », j’entends la conjonction du cœur des classes moyennes stabilisées et des classes supérieures « ordinaires ». Ce regroupement demeure en partie hétérogène mais des travaux récents ont montré des formes de rapprochement entre ces différentes catégories, en matière d’origine sociale ou d’alliances conjugales. Surtout, les individus qui composent cet ensemble partagent des niveaux de diplôme élevés et des revenus bien supérieurs au revenu médian.

Je m’attache à décrire l’évolution de l’économie morale de ces classes moyennes supérieures au cours des vingt dernières années, en creusant tout particulièrement leurs attitudes à l’égard des questions économiques et sociales. Que pensent-elles du rôle de l’État-providence, de la protection sociale, du sort des plus démunis ou encore des politiques de redistribution ? Grâce aux données du baromètre d’opinion de la Drees, je mets en évidence leur adhésion accrue aux principes du néolibéralisme : concurrence, responsabilité individuelle, mérite. Si on assimile à la droite de l’échiquier politique ces grilles de lectures, qui n’accordent parfois qu’une place très secondaire aux différentes formes de logiques sociales, il est donc possible de parler de droitisation de ces groupes sociaux.

Il est important de souligner que les classes moyennes supérieures ne sont animées par aucun déni des inégalités : en revanche, elles les expliquent désormais majoritairement par des différences de mérite individuel. Trois phénomènes sociologiques peuvent expliquer ces évolutions. D’abord, l’élévation de l’origine sociale de ces classes moyennes supérieures, et donc leur embourgeoisement relatif depuis le début des années 1980, lorsque les cadres et les professions intermédiaires étaient plus fréquemment issus des classes populaires. Ensuite, les conditions de formation de ces hommes et femmes ont évolué : le développement des écoles de commerce, de gestion ou de management joue un rôle important dans la diffusion de ce modèle de l’entreprenariat, et plus largement, de ces grilles de lecture individualisantes. Enfin, l’individualisation croissante de la relation de travail et la fragilisation des collectifs de travail est autant une conséquence de ces dynamiques qu’un terreau fertile pour leur diffusion.

Un dernier point peut être mentionné : cette diffusion des valeurs caractéristiques du néolibéralisme économique parmi les classes moyennes supérieures n’est pas totalement indépendante de ce qui se produit au-dessus d’elle : la domination accrue, au sein du champ du pouvoir, des élites économiques.

La concurrence accrue que rencontrent les enfants des classes moyennes supérieures suite à la massification scolaire les a conduites à mobiliser l’ensemble de leurs ressources pour assurer le maintien de leurs avantages, avec un certain succès, expliquez-vous.

La compétition accrue pour les places constitue le contexte dans lequel se déploie la montée des égoïsmes que j’analyse dans ce livre. Bien sûr, le concept est ici déchargé de toute connotation morale. En tant que sociologue, je décris ces comportements comme étant le fruit d’une contrainte sociale, produits par le fonctionnement d’une société qui jette les individus et les groupes sociaux dans une compétition de plus en plus rude. L’école est bien évidemment le premier temps de cette compétition. Dans une société qui fonctionne au diplôme, au sens où ce dernier exerce une emprise sur l’ensemble de la carrière des individus, les verdicts scolaires sont décisifs. De ce point de vue, la massification scolaire a contraint les classes moyennes supérieures à défendre leurs avantages pour s’assurer que leurs enfants demeurent les vainqueurs de la compétition scolaire. Leurs stratégies ont été bien documentées par la sociologie de l’éducation : choix d’options et de filières spécifiques, enseignement privé, etc. Plus substantiellement, à mesure que le système éducatif s’est ouvert, il s’est aussi filiarisé.

Le sociologue Pierre Merle a proposé le concept de « démocratisation ségrégative » pour souligner le fait que des inégalités quantitatives d’accès aux différents niveaux du système éducatif ont été remplacées par des inégalités qualitatives liées au type de filière fréquentée. Cette filiarisation de l’école explique pourquoi la massification scolaire ne s’est pas traduite, au cours des dernières décennies, par des progrès plus substantiels en matière de mobilité sociale.

Vous montrez que cette diminution de la solidarité concerne également les classes populaires, les employés et ouvriers non-qualifiés. Dans quelle mesure peut-on y voir la conséquence des évolutions du travail qui ont fragilisé les collectifs et isolé les salariés ?

Parmi les classes populaires, les emplois dont le nombre et la proportion augmentent le plus rapidement sont des emplois dans le secteur des services, qui font évoluer celles et ceux qui les exercent loin de tout collectif de travail digne de ce nom. Pour les femmes, il s’agit des emplois du secteur des services à la personne : aides à domicile, assistantes maternelles ou femmes de ménage. Pour les hommes, songeons aux emplois dans la sécurité, ou autour des plateformes logistiques. Plus généralement, l’allongement des chaînes de sous-traitance, l’incitation à l’auto-entreprenariat ou encore l’uberisation d’une partie de l’activité économique sont autant de dynamiques qui contribuent à fragiliser, voire saper, les collectifs. Cet isolement nuit bien évidemment à l’action collective.

Plus encore, associé à la fragilisation des protections offertes par l’État social (songeons aux réformes de l’assurance chômage, de l’assurance maladie, ou aux multiples réformes des retraites), il contraint ces hommes et ces femmes à devenir auto-entrepreneur de leur propre précarité. Ces emplois se situent clairement à la marge du salariat, lequel finit par ne plus constituer un horizon possible pour beaucoup de ces personnes. C’est un piège redoutable qui se referme sur elles, d’ailleurs : cette individualisation contrainte favorise la reproduction de conditions d’emploi et de travail très dégradées.

On comprend que ces attitudes et comportements des différents groupes sociaux, pris ensemble, font système. On peut penser, écrivez-vous, qu’ils ne sont pas pour rien dans le faible score à laquelle la gauche semble désormais réduite lors des élections. Mais surtout ils laissent entrevoir une pente dangereuse pour la société tout entière. Pourriez-vous en dire un mot ?

À nouveau, l’égoïsme, tel que je le définis sociologiquement, et les différentes formes d’individualisme, progressent à mesure que l’État social recule et que la compétition sociale s’accroit. Ils obéissent en partie à des dynamiques différentes – plutôt une forme d’individualisme par défaut parmi les classes populaires, et plutôt une forme d’individualisme par excès dans le haut de la structure sociale, pour reprendre la grille de lecture de Robert Castel. Mais tout ceci n’est pas sans lien avec les performances électorales de la gauche depuis plusieurs années. Si elle semble plafonner autour de 30 % des suffrages exprimés, ce n’est pas seulement en raison de la turpitude de ses leaders ou de leur désunion. C’est aussi parce que les valeurs qui se diffusent au sein de la société ne lui sont guère favorables. La désaffection des classes populaires à son égard est documentée depuis assez longtemps. Si on y ajoute les évolutions en cours parmi les classes moyennes, qui ont été historiquement l’une des forces sociales soutenant le Parti socialiste, notamment, on mesure l’ampleur du défi pour la gauche.

Mais on a aussi le droit de penser que cette dernière porte une part de responsabilité dans la situation, faute d’avoir su proposer un récit alternatif suffisamment solide pour résister face au rouleau compresseur du there is no alternative. Pourtant, la montée des égoïsmes crée beaucoup de souffrance, y compris parfois parmi celles et ceux qui peuvent avoir été les défenseurs de ces valeurs de compétition et de mérite individuel. C’est le cas, par exemple, des cadres qui peuvent connaître des formes d’épuisement professionnel et être brutalement digérés par et éjectés de cette société du chacun pour soi. Au niveau collectif, bien sûr, tout ceci sape la cohésion sociale et entretient des formes de repli sur soi et de défiance dont on ne finit pas de mesurer les traductions électorales.

 

À lire également sur Nonfiction, du même auteur :

Un entretien à propos de son livre, Pour une politique de la jeunesse (Seuil/République des idées, 2022)

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11.02.2026 à 11:00

Comment la gauche a gagné la mairie de New York

L'élection d'un jeune socialiste et musulman à la mairie de New York, face à un cacique du parti démocrate, est venue nous rappeler que l'Amérique n'était peut-être pas totalement vouée au trumpisme. Plus généralement, cette élection est aussi venue redonner espoir à la gauche progressiste, incitant d'éventuels candidats à étudier sa campagne, qui a très vite fait figure de modèle, pour s'en inspirer, comme l'explique Tristan Cabello dans l'ouvrage qu'il vient de faire paraître.   Nonfiction : La victoire de Zohran Mamdani à New York a suscité un grand intérêt dans le monde entier et notamment en France, où elle a été lue comme la preuve que la gauche et les minorités contre lesquelles Trump s’acharne pouvaient l’emporter contre lui et ses soutiens  — même si l’on sait que New York présente des caractéristiques très particulières. Quels groupes d’électeurs en particulier ont permis cette victoire ? Tristan Cabello : La victoire de Zohran Mamdani vient contredire un récit désormais bien installé, celui d’une gauche condamnée à l’échec face à la droite radicale, dès lors qu’elle assume des positions claires sur l’économie. On insiste souvent sur le caractère « particulier » de New York pour relativiser cette victoire. Pourtant, New York n’est pas une anomalie politique hors sol. Elle fonctionne plutôt comme un espace d’anticipation, où apparaissent plus tôt les grandes recompositions sociales et électorales qui traversent ensuite l’ensemble du pays — et parfois même au-delà des frontières américaines. Certes, la ville possède des caractéristiques spécifiques : une forte densité urbaine, une immigration importante, une longue histoire de luttes municipales. Mais ces traits ne l’isolent pas du reste des États-Unis. Ils préfigurent au contraire ce que deviennent de nombreuses métropoles et territoires populaires confrontés à la même crise du coût de la vie. La force de Mamdani n’a pas été d’additionner des électorats dits « minoritaires », mais de les unifier autour de problèmes matériels communs. Les groupes décisifs sont précisément ceux que le Parti démocrate avait cessé de mobiliser : les jeunes urbains précaires d’abord, en particulier les locataires ; les électeurs issus des diasporas sud-asiatiques, musulmanes et indo-caribéennes, ensuite, qui ont voté en masse là où l’abstention dominait auparavant. Une partie significative de l’électorat juif progressiste, notamment parmi les plus jeunes, s’est également engagée, en rupture avec les positions institutionnelles dominantes. Enfin, Mamdani a regagné une fraction de l’électorat populaire qui avait voté Trump en 2024 par rejet du statu quo économique. Cette coalition ne repose pas sur une identité unique, mais sur une expérience sociale partagée : la vie chère. Cette victoire n’a été possible, montrez-vous, que grâce une énorme mobilisation de bénévoles et d’organisateurs des communautés, dont on peinerait à trouver des équivalents en France. Qu’est-ce qui les distingue de l’ensemble des responsables des mouvements associatifs et politiques engagés à gauche que l’on peut trouver en France ? Cette mobilisation a d’abord été structurée politiquement par des petits partis politiques, au premier rang desquels les Democratic Socialists of America et le Working Families Party. Numériquement, ce sont des partis modestes, mais très organisés, tournés aussi bien vers le travail de terrain que vers le numérique. À bien des égards, leur fonctionnement n’est pas très éloigné de celui de partis de gauche français comme La France insoumise. Ils ont constitué la colonne vertébrale de la campagne de Mamdani, en fournissant des cadres militants et des méthodes d’organisation. Autour de ce noyau se sont agrégées des organisations de quartier, des associations de locataires, des syndicats locaux ainsi que des réseaux communautaires et religieux. La force de la campagne tient à cette articulation entre un parti structuré et un tissu dense d’organisations enracinées dans la vie quotidienne des quartiers populaires. Ce modèle reste, à ce stade, plus structuré qu’en France, même si des dynamiques comparables commencent à émerger dans certains territoires, comme en témoignent des initiatives telles que l’Assemblée des quartiers. La différence tient moins à l’absence de forces sociales qu’à leur intégration encore incomplète dans un projet partisan. Ce qui distingue surtout l’« organizing » new-yorkais, c’est son pragmatisme. Il ne s’agit pas d’abord de produire un discours idéologique général, mais de résoudre des problèmes concrets : loyers, transports, accès aux services publics. L’élection n’est qu’un moment dans un rapport de force permanent. La victoire de Zohran Mamdani bouscule fortement la majorité du parti démocrate, dont la direction a été jusqu’à cautionner une alliance avec les trumpistes pour essayer de l’empêcher. Qu’est-ce qui a suscité ce rejet de leur part ? Vous expliquez que la majorité de l’opinion aux États-Unis serait pourtant acquise à des mesures de gauche, telles que celles que Mamdani mettait en avant dans son programme ; mais les principaux responsables du parti démocrate restent très réticents à s’engager dans cette voie. Pourriez-vous exposer l’état des forces au sein du parti ? Le problème que pose Mamdani à l’establishment démocrate n’est pas son programme, relativement modéré, mais sa méthode. Il montre qu’on peut gagner sans grands donateurs, sans consultants traditionnels, et sans dépendre de l’appareil du parti. Ce qu’il remet en cause, c’est l’ordre interne. Le Parti démocrate demeure profondément structuré par des intérêts puissants, notamment ceux de la finance et de l’immobilier. Depuis 2016, une aile progressiste s’est incontestablement renforcée, mais elle a été systématiquement contenue par l’aile centriste, comme l’ont montré les primaires de 2016 et de 2020. Le décalage est aujourd’hui massif entre une opinion publique largement favorable à des politiques économiques de gauche et une direction partisane attachée aux compromis avec le capital. La nouveauté, c’est que Mamdani n’est plus une exception. Des candidats de gauche battent désormais l’establishment démocrate, dans les grandes villes comme dans des territoires ruraux. La victoire de Analilia Mejia dans le New Jersey en est un signal clair. Les centristes se retrouvent de plus en plus contestés par des candidats de gauche dans des primaires. Pour Mamdani, tout reste à faire, comme vous l’écrivez en conclusion. On peut s’attendre à ce qu’il rencontre des difficultés dans la mise en œuvre de son programme. Ses soutiens sauront-ils s’accommoder du pragmatisme qui devrait s’imposer s’agissant de la gestion d’une ville de la taille de New York ? Et réussira-t-il à traduire ses promesses de campagne dans des actions concrètes ? Les difficultés seront réelles. Gouverner New York implique de composer avec un appareil administratif puissant et des lobbys structurés. Mamdani devra hiérarchiser ses priorités et accepter des compromis tactiques. La question n’est pas de savoir s’il sera pragmatique, mais sur quoi portera ce pragmatisme. Sa ligne est claire : le programme, rien que le programme. Tant que le Parti démocrate lui permet d’avancer sur ses priorités centrales, il accepte des alliances tactiques. C’est dans cette logique qu’il a soutenu Kathy Hochul et Hakeem Jeffries. Et les premiers résultats sont déjà visibles : la gouverneure de l’État de New York a accepté d’appuyer son programme de crèches universelles dans le cadre d’un plan de financement sur quatre ans, appelé à être étendu à l’ensemble de l’État. Il s’agissait de l’une des promesses centrales de sa campagne. Pour l’instant, cette stratégie fonctionne. Zohran Mamdani apparaît comme un maire profondément politique et tactique, qui n’a jamais dévié de sa ligne : il veut être jugé sur une seule chose : la réalisation de son programme. À ce stade, cela tient. Les prochaines échéances électorales diront s’il existe d’autres Mamdani, capables ailleurs de construire des coalitions populaires similaires et d’imposer un programme social ambitieux.
Texte intégral (1438 mots)

L'élection d'un jeune socialiste et musulman à la mairie de New York, face à un cacique du parti démocrate, est venue nous rappeler que l'Amérique n'était peut-être pas totalement vouée au trumpisme. Plus généralement, cette élection est aussi venue redonner espoir à la gauche progressiste, incitant d'éventuels candidats à étudier sa campagne, qui a très vite fait figure de modèle, pour s'en inspirer, comme l'explique Tristan Cabello dans l'ouvrage qu'il vient de faire paraître.

 

Nonfiction : La victoire de Zohran Mamdani à New York a suscité un grand intérêt dans le monde entier et notamment en France, où elle a été lue comme la preuve que la gauche et les minorités contre lesquelles Trump s’acharne pouvaient l’emporter contre lui et ses soutiens  même si l’on sait que New York présente des caractéristiques très particulières. Quels groupes d’électeurs en particulier ont permis cette victoire ?

Tristan Cabello : La victoire de Zohran Mamdani vient contredire un récit désormais bien installé, celui d’une gauche condamnée à l’échec face à la droite radicale, dès lors qu’elle assume des positions claires sur l’économie. On insiste souvent sur le caractère « particulier » de New York pour relativiser cette victoire. Pourtant, New York n’est pas une anomalie politique hors sol. Elle fonctionne plutôt comme un espace d’anticipation, où apparaissent plus tôt les grandes recompositions sociales et électorales qui traversent ensuite l’ensemble du pays — et parfois même au-delà des frontières américaines.

Certes, la ville possède des caractéristiques spécifiques : une forte densité urbaine, une immigration importante, une longue histoire de luttes municipales. Mais ces traits ne l’isolent pas du reste des États-Unis. Ils préfigurent au contraire ce que deviennent de nombreuses métropoles et territoires populaires confrontés à la même crise du coût de la vie. La force de Mamdani n’a pas été d’additionner des électorats dits « minoritaires », mais de les unifier autour de problèmes matériels communs.

Les groupes décisifs sont précisément ceux que le Parti démocrate avait cessé de mobiliser : les jeunes urbains précaires d’abord, en particulier les locataires ; les électeurs issus des diasporas sud-asiatiques, musulmanes et indo-caribéennes, ensuite, qui ont voté en masse là où l’abstention dominait auparavant. Une partie significative de l’électorat juif progressiste, notamment parmi les plus jeunes, s’est également engagée, en rupture avec les positions institutionnelles dominantes. Enfin, Mamdani a regagné une fraction de l’électorat populaire qui avait voté Trump en 2024 par rejet du statu quo économique. Cette coalition ne repose pas sur une identité unique, mais sur une expérience sociale partagée : la vie chère.

Cette victoire n’a été possible, montrez-vous, que grâce une énorme mobilisation de bénévoles et d’organisateurs des communautés, dont on peinerait à trouver des équivalents en France. Qu’est-ce qui les distingue de l’ensemble des responsables des mouvements associatifs et politiques engagés à gauche que l’on peut trouver en France ?

Cette mobilisation a d’abord été structurée politiquement par des petits partis politiques, au premier rang desquels les Democratic Socialists of America et le Working Families Party. Numériquement, ce sont des partis modestes, mais très organisés, tournés aussi bien vers le travail de terrain que vers le numérique. À bien des égards, leur fonctionnement n’est pas très éloigné de celui de partis de gauche français comme La France insoumise. Ils ont constitué la colonne vertébrale de la campagne de Mamdani, en fournissant des cadres militants et des méthodes d’organisation.

Autour de ce noyau se sont agrégées des organisations de quartier, des associations de locataires, des syndicats locaux ainsi que des réseaux communautaires et religieux. La force de la campagne tient à cette articulation entre un parti structuré et un tissu dense d’organisations enracinées dans la vie quotidienne des quartiers populaires.

Ce modèle reste, à ce stade, plus structuré qu’en France, même si des dynamiques comparables commencent à émerger dans certains territoires, comme en témoignent des initiatives telles que l’Assemblée des quartiers. La différence tient moins à l’absence de forces sociales qu’à leur intégration encore incomplète dans un projet partisan.

Ce qui distingue surtout l’« organizing » new-yorkais, c’est son pragmatisme. Il ne s’agit pas d’abord de produire un discours idéologique général, mais de résoudre des problèmes concrets : loyers, transports, accès aux services publics. L’élection n’est qu’un moment dans un rapport de force permanent.

La victoire de Zohran Mamdani bouscule fortement la majorité du parti démocrate, dont la direction a été jusqu’à cautionner une alliance avec les trumpistes pour essayer de l’empêcher. Qu’est-ce qui a suscité ce rejet de leur part ? Vous expliquez que la majorité de l’opinion aux États-Unis serait pourtant acquise à des mesures de gauche, telles que celles que Mamdani mettait en avant dans son programme ; mais les principaux responsables du parti démocrate restent très réticents à s’engager dans cette voie. Pourriez-vous exposer l’état des forces au sein du parti ?

Le problème que pose Mamdani à l’establishment démocrate n’est pas son programme, relativement modéré, mais sa méthode. Il montre qu’on peut gagner sans grands donateurs, sans consultants traditionnels, et sans dépendre de l’appareil du parti. Ce qu’il remet en cause, c’est l’ordre interne.

Le Parti démocrate demeure profondément structuré par des intérêts puissants, notamment ceux de la finance et de l’immobilier. Depuis 2016, une aile progressiste s’est incontestablement renforcée, mais elle a été systématiquement contenue par l’aile centriste, comme l’ont montré les primaires de 2016 et de 2020. Le décalage est aujourd’hui massif entre une opinion publique largement favorable à des politiques économiques de gauche et une direction partisane attachée aux compromis avec le capital.

La nouveauté, c’est que Mamdani n’est plus une exception. Des candidats de gauche battent désormais l’establishment démocrate, dans les grandes villes comme dans des territoires ruraux. La victoire de Analilia Mejia dans le New Jersey en est un signal clair. Les centristes se retrouvent de plus en plus contestés par des candidats de gauche dans des primaires.

Pour Mamdani, tout reste à faire, comme vous l’écrivez en conclusion. On peut s’attendre à ce qu’il rencontre des difficultés dans la mise en œuvre de son programme. Ses soutiens sauront-ils s’accommoder du pragmatisme qui devrait s’imposer s’agissant de la gestion d’une ville de la taille de New York ? Et réussira-t-il à traduire ses promesses de campagne dans des actions concrètes ?

Les difficultés seront réelles. Gouverner New York implique de composer avec un appareil administratif puissant et des lobbys structurés. Mamdani devra hiérarchiser ses priorités et accepter des compromis tactiques. La question n’est pas de savoir s’il sera pragmatique, mais sur quoi portera ce pragmatisme.

Sa ligne est claire : le programme, rien que le programme. Tant que le Parti démocrate lui permet d’avancer sur ses priorités centrales, il accepte des alliances tactiques. C’est dans cette logique qu’il a soutenu Kathy Hochul et Hakeem Jeffries. Et les premiers résultats sont déjà visibles : la gouverneure de l’État de New York a accepté d’appuyer son programme de crèches universelles dans le cadre d’un plan de financement sur quatre ans, appelé à être étendu à l’ensemble de l’État. Il s’agissait de l’une des promesses centrales de sa campagne.

Pour l’instant, cette stratégie fonctionne. Zohran Mamdani apparaît comme un maire profondément politique et tactique, qui n’a jamais dévié de sa ligne : il veut être jugé sur une seule chose : la réalisation de son programme. À ce stade, cela tient. Les prochaines échéances électorales diront s’il existe d’autres Mamdani, capables ailleurs de construire des coalitions populaires similaires et d’imposer un programme social ambitieux.

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