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12.06.2026 à 09:54

« Les Congolais⋅es ont l’impression d’avoir servi de cobayes »

Solène Cahon Challa

La 17e épidémie d’Ebola en Afrique, jugée « extrêmement grave et particulièrement difficile à gérer » par l’Organisation mondiale de la santé, aurait déjà causé, selon l’Agence sanitaire de l’Union africaine, près de […]
Texte intégral (1344 mots)

La 17e épidémie d’Ebola en Afrique, jugée « extrêmement grave et particulièrement difficile à gérer » par l’Organisation mondiale de la santé, aurait déjà causé, selon l’Agence sanitaire de l’Union africaine, près de 114 décès.

Découvert en 1976, le virus, qui tue en moyenne une personne infectée sur deux, touche particulièrement la République démocratique du Congo (RDC). Révélateur des inégalités à l’échelle mondiale, Ebola – tout comme le fut le Covid-19 durant la pandémie de 2020 – est également un amplificateur des fractures sociales et de genre. Interviewée par La Déferlante, Nana Mimbu, épidémiologiste congolaise, analyse le cercle vicieux dont le pays peine à sortir : les difficultés socio-économiques aggravent la propagation d’Ebola, puis les épidémies mal contrôlées viennent exacerber la précarité socio-économique et sanitaire. Nana Mimbu a été coordinatrice de Médecins sans frontières et de son ONG satellite Épicentre lors de la 11e épidémie d’Ebola en RDC (2020), mais elle s’exprime aujourd’hui en son nom propre.



Pourquoi Ebola fait-il autant de ravages en République démocratique du Congo ?

Ebola est un virus qui provient des animaux. Or, dans le bassin du Congo, les activités minières [des compagnies internationales, de l’État congolais et d’exploitants artisanaux] entraînent une déforestation massive qui pousse la faune sauvage à se rapprocher des zones habitées. C’est à ce moment-là que les contaminations explosent.

La propagation du virus est ensuite facilitée par la grande fragilité des infrastructures sanitaires. De nombreuses zones rurales de la RDC manquent de laboratoires, d’unités d’isolement, de personnel de santé, de gants, de désinfectant, de tests efficaces, de courant électrique… Sans compter les difficultés d’accès à certaines zones, qui requièrent la mise en place d’une logistique de transports complexe, voire impossible.

Surtout, le problème est que, en RDC, les épidémies d’Ebola ne sont pas anticipées par les autorités. Elles ne deviennent une priorité qu’une fois la crise enclenchée. L’argent de l’aide internationale d’urgence arrive seulement après l’annonce des mort⋅es à la télévision. Pourtant, il permet de financer la prévention et la riposte : les traitements, le matériel de protection, la construction des centres de traitement Ebola, les campagnes d’information dans les villages…

Bien sûr, lorsque Ebola a menacé l’Europe et les États-Unis en 2014, les essais cliniques de vaccins ont été considérablement accélérés. Cela prouve que les laboratoires avaient les moyens. Les Congolais⋅es ont eu l’impression que leurs vies comptaient moins que celles des habitant⋅es des pays riches. Ce manque de financements est exacerbé depuis le début de 2025 par la suppression des aides étasuniennes, décidée par Donald Trump. On assiste à un échec collectif de la solidarité mondiale.


« Les mères sont celles qui soignent et s’occupent du foyer, multipliant ainsi les contacts directs avec les malades »


En quoi Ebola fragilise-t-il des populations ?

Cette crise sanitaire est le symbole d’un effondrement du bouclier étatique qui est supposé protéger les populations locales. Pour certain⋅es malades, accepter l’hospitalisation est synonyme de faillite économique*. Lorsqu’un chef de famille attrape le virus, il sait que le centre de santé lui imposera vingt et un jours d’isolement. Il préférera cacher ses symptômes pour continuer à travailler et éviter que sa famille bascule dans la famine.

Il faut ajouter que les conflits armés, qui ont cours dans l’est de la RDC depuis trente ans, ont entraîné des déplacements massifs de population et la création de nombreux camps de réfugié⋅es, dans lesquels la promiscuité extrême facilite grandement la dispersion du virus. Parmi ces populations, les femmes et les jeunes enfants sont les plus exposé·es au virus. Les mères sont, par exemple, celles qui soignent et s’occupent du foyer, multipliant ainsi les contacts directs avec les malades. Ce qui les expose à un risque très élevé de contamination, avec un risque fort de transmission à leurs enfants. Pourtant, les Congolaises sont moins intégrées à la riposte sanitaire que leurs homologues masculins. Quand les autorités ou certaines ONG organisent des réunions de sensibilisation auprès des relais communautaires, ce sont les hommes qu’on invite : les pères, les chefs de village.

Lors de l’épidémie de 2018, de nombreuses Congolaises ont été victimes de violences sexuelles. Quel impact cela a‑t-il aujourd’hui sur la prise en charge des malades d’Ebola ?

Entre 2018 et 2020, des agents humanitaires prédateurs proposaient aux femmes un vaccin, des équipements de protection ou même un emploi contre des faveurs sexuelles. Nombre d’entre elles, parfois mineures, ont aussi été violées. Encore aujourd’hui, certaines femmes à qui on propose une visite à l’hôpital suspectent un piège. La confiance est détruite, et la reconstruire prend énormément de temps.


En réalité, [à l’échelle de la population congolaise] la méfiance tue plus que le virus lui-même. Elle est le fruit d’un choc social : à chaque nouvelle épidémie, les habitant⋅es voient débarquer dans leurs localités des soignant⋅es venue⋅es de Kinshasa et du personnel humanitaire étranger avec des grosses voitures et des moyens financiers importants. Quand le virus reflue, tout ce beau monde repart, et le village reste tel qu’il était auparavant : sans routes, sans école, sans eau. Les gens ont l’impression d’être instrumentalisés, d’avoir servi de cobayes à une sorte d’« Ebola business ». Leur colère est d’autant plus forte que de nombreuses personnes voient leurs moyens de subsistance brutalement entravés par la riposte sanitaire, que cela soit les taxis-motos ou les vendeuses sur les marchés. Pour ces travailleur⋅euses, Ebola est synonyme de ruine.

La défiance est encore accentuée par le manque d’éducation et les difficultés d’accès à l’école, qui participent à la propagation de la désinformation. Beaucoup de gens n’ont pas les outils pour démêler le vrai du faux. Ils sont nombreux à croire qu’Ebola est un complot des Blancs ou du gouvernement.
Les rites funéraires, par exemple, sont au cœur de ces tensions. Les dépouilles des victimes du virus restent très contagieuses et doivent être enterrées avec un niveau de sécurité maximal. Sauf que les traditions locales impliquent d’accompagner et de toucher à de multiples reprises l’être aimé. Les familles qui sont mal informées sur la maladie refusent ces restrictions et vont jusqu’à enterrer clandestinement les corps des malades non déclarés ou attaquer les centres de soin [comme en mai 2026 à Rwampara et Mongbwalu, deux municipalités de l’est du pays]. Sans s’en rendre compte, ces personnes s’exposent, ainsi que leur communauté, à des risques sanitaires accrus.

*Selon la Banque mondiale, trois quarts des Congolais⋅es vivent avec moins de 2,15 dollars par jour, soit le seuil international d’extrême pauvreté.

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04.06.2026 à 16:31

🌈Riposter à l’homophobie

La Déferlante

Lundi 1er juin, à Avignon, débutait le procès de six jeunes femmes et hommes, accusé⋅es d’avoir organisé des guets-apens sur des applis de rencontre pour détrousser des personnes homosexuelles. Un […]
Texte intégral (2126 mots)

Lundi 1er juin, à Avignon, débutait le procès de six jeunes femmes et hommes, accusé⋅es d’avoir organisé des guets-apens sur des applis de rencontre pour détrousser des personnes homosexuelles. Un jeune homme a été tué, un autre frappé et traité de « sale pédé ».

Pourtant, le dossier d’instruction ne mentionne nulle part les circonstances homophobes de ces agressions présumées. Le lendemain à Metz, un jeune homme de 19 ans est décédé des suites d’une agression lors de laquelle des insultes auraient fusé, selon des témoins : « sale pédale », « sale pédé ». Là non plus, le caractère homophobe n’a pas été retenu par le parquet.
Dans son rapport 2026, l’association SOS homophobie rappelle qu’en France aucun lieu, aucun environnement social n’échappe aux manifestations d’homophobie. Parmi les contextes les plus à risque : les lieux publics, la haine en ligne, la famille et l’entourage proche.

Alors qu’aux mois de mai et juin, la fierté homosexuelle s’affiche au grand jour un peu partout en France, il nous a semblé utile de vous proposer, dans cette newsletter, une sélection de ressources qui visibilisent les vécus LGBTQIA+. Éclectique et subjective, elle rassemble nos coups de cœur de ces derniers mois (et parfois années !) et fait se côtoyer des œuvres de fiction, des productions journalistiques, du texte, du son et de l’image.

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Une bande dessinée

Y a toujours quelqu’un qui pleure

Marnie doit-elle pardonner à Rose de l’avoir trompée avec une autre ? N’a‑t-elle pas, dans des histoires passées, ressenti cette même nausée qui lui intimait de fuir ? Dans sa deuxième bande dessinée, l’artiste Chien Fou poursuit son exploration des tourments amoureux avec, comme fil rouge, toujours cette même question : quelle part de soi abdique-t-on dans une histoire d’amour ? Enchaînant, comme au cinéma, des plans larges et des plans serrés, usant de l’intensité des couleurs et de la force des symboles, l’artiste nous plonge dans la tempête intérieure d’une femme qui voudrait bien ne plus jamais souffrir par amour. Mais est-ce seulement possible ?

📖 Y a toujours quelqu’un qui pleure de Chien Fou, La Fourmi Éditions, 2026. 20 euros.

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Une bande dessinée

Bi⋅es

Si au commencement d’une identité minoritaire, il y a l’insulte et sa réappropriation, les bi⋅es sont bien en peine de s’accrocher à un étendard. Souvent moqué⋅es ou dénigré⋅es aussi bien par les hétéros que par les gays et les lesbiennes, elles et ils partagent pourtant un vécu commun : celui de la fluidité du désir, de l’entrelacement des expériences et de l’invisibilité. Ainsi, à la suite de Pédés et de Gouines, les deux précédents ouvrages collectifs publiés dans la collection Points féminismes, Bi⋅es rassemble les contributions de huit auteur⋅ices, dont la cinéaste Amandine Gay, l’autrice Pauline Harmange ou encore la militante antivalidiste Charlotte Puiseux. Collectée par la journaliste et autrice Camille Regache, la somme de ces récits personnels rend aux vies bies leur histoire, leurs images et leurs expériences concrètes.

📖 Bi⋅es, ouvrage collectif coordonné par Camille Regache, avec des textes d’Amandine Gay, Jeanne Godard-Davant, Mathis Grosos, Pauline Harmange, Morgane N. Lucas, Stéphanie Ouillon, Préca et Charlotte Puiseux, éditions Points, 2026. 7,90 euros.

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Une biographie

Moi, Giovanna

Peu connue du grand public, Giovanna Rincon est pourtant une des défenseuses les plus acharnées des droits des femmes trans travailleuses du sexe en France. Née en Colombie à la fin des années 1960 dans une famille pauvre, victime de transphobie dans son cercle proche comme dans l’espace public, elle apprend qu’elle est séropositive en 1990. Elle quitte alors son pays pour rejoindre Rome où elle devient travailleuse du sexe. Puis elle déménage à Paris, où elle intègre une communauté trans organisée et politisée autour du VIH et du sort des personnes sans papiers. En 2020, elle fonde l’association Acceptess‑T, devenue, ainsi qu’elle le dit dans son livre, une « référence européenne sur l’accompagnement global des personnes trans ». Dans cet ouvrage coécrit avec la psychanalyste et ancienne journaliste Stéphanie Malphettes, elle convoque les souvenirs de sa jeunesse puis de sa formation militante pour raconter une vie de combats.

📖 Moi, Giovanna, une enfance trans à Bogotá, de Giovanna Rincon et Stéphanie Malphettes, Grasset, 2026. 20,90 euros.
📖 Moi, Giovanna, une enfance trans à Bogotá, de Giovanna Rincon et Stéphanie Malphettes, Grasset, 2026. 20,90 euros.

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Un roman

Certaines fièvres échappent au mercure

Deux genoux qui se touchent dans un train de banlieue, un « petit arrêt cardiaque » dans la poitrine, des boucles dans lesquelles on demande la permission de passer la main. Mathilde Forget a décidément un talent particulier pour raconter les rencontres amoureuses, tordant le cou au male et à l’hetero gaze tel qu’il irrigue, depuis des siècles, l’ensemble de la littérature. Quand Édith rencontre C., elle est toujours l’enfant apeurée dont la mère s’est suicidée lorsqu’elle avait huit ans. « Je trouvais, en te rencontrant, la possibilité de rassasier mon besoin de consolation », écrit la narratrice à l’adresse de son amante, dont le regard et la présence peu à peu la réparent : « T’aimer, insiste-t-elle, c’est me raconter d’autres histoires que celles qui me permettaient de survivre aux évènements aussi définitifs que la mort des autres, car ces fictions-là commençaient à m’éloigner de la vie. »

📖 Certaines fièvres échappent au mercure de Mathilde Forget, L’Iconoclaste, 2026. 18,50 euros.

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On regarde

Love lies bleeding

Sorti en 2024 au cinéma, Love lies bleeding est un film qui mérite que l’on continue à parler de lui tant il bouscule toutes les représentations de genre. Au commencement, il y a la rencontre amoureuse entre Lou, employée d’une salle de musculation, et Jackie, une bodybuildeuse bisexuelle qui s’entraîne pour un futur tournoi. Mais sous l’effet des produits dopants que lui administre chaque jour, amoureusement, sa partenaire, le corps de Jackie mute, sa force décuple et sa colère déborde. C’est le début des ennuis pour les deux femmes dont l’aventure se poursuit sur le mode du thriller, au milieu de violentes bagarres et de scènes de crime. Admirablement filmé, Love lies bleeding manie les lumières chaudes et multiplie les images de muscles huilés, de corps dénudés et de justaucorps aux couleurs criardes pour rendre un hommage appuyé aux meilleures séries B des années 1990.

🍿 Love lies bleeding, réalisé et coécrit par Rose Glass, 2024. Disponible en Blu-ray, DVD et en VOD.
🍿 Love lies bleeding, réalisé et coécrit par Rose Glass, 2024. Disponible en Blu-ray, DVD et en VOD.

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On écoute

D’où vient l’homosexualité ?

En recevant Mathias Chaillot, journaliste et auteur de 4 % en théorie (éditions Goutte d’or, 2023), Tal Madesta prend le parti de dérouler aussi loin que possible les questionnements scientifiques autour de l’homosexualité. Pour mieux, évidemment, prouver leur faiblesse. Pourquoi devient-on homosexuel⋅les ? Quel rôle les gènes, les hormones ou le contexte culturel se partagent-ils dans la définition de nos désirs et de notre orientation sexuelle ? Pourquoi l’hétérosexualité est-elle, pour sa part, si peu questionnée sur le plan biologique ? Un épisode passionnant qui fournit des arguments concrets pour riposter aux discours homophobes.

🎧 D’où vient l’homosexualité ?, épisode 133 du podcast Les Couilles sur la table, Binge Audio, 2026. À écouter par ici

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Glossaire

Alors que l’actualité montre à quel point la guerre culturelle qui fait rage est aussi une bataille sémantique, il nous a paru important que La Déferlante propose à ses lecteur·ices des définitions de concepts clés pour appréhender l’époque dans une perspective féministe intersectionnelle. Queer, TERF, ou encore travailleur⋅euse du sexe : toutes les définitions sont en accès libre sur notre site internet, alimenté au fil des numéros pour faciliter la compréhension des concepts mobilisés dans chaque dossier.

☝🏼 Consulter notre glossaire

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28.05.2026 à 18:02

Cinq recos pour comprendre le MeToo Périscolaire

La Déferlante

🎒Un an de violences dans le périscolaire Mardi 26 mai, David G., un ancien animateur de l’école maternelle Alphonse-Baudin (Paris, 11e) était jugé pour agression sexuelle sur neuf enfants, harcèlement […]
Texte intégral (1883 mots)

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Un an de violences dans le périscolaire

Mardi 26 mai, David G., un ancien animateur de l’école maternelle Alphonse-Baudin (Paris, 11e) était jugé pour agression sexuelle sur neuf enfants, harcèlement sexuel sur deux collègues et agression sexuelle sur l’une d’entre elles. Le parquet a requis contre lui trois ans de prison, dont un an ferme sous bracelet électronique.
Cette affaire est une de celles qui, il y a un peu plus d’un an, lançaient le « scandale du périscolaire ». Depuis, 78 animateurs – principalement des hommes – ont été suspendus par la ville de Paris ; 31 pour violences sexuelles.

Cette longue série d’affaires qui touche particulièrement – mais pas uniquement – les écoles parisiennes est un nouveau révélateur de la violence systémique exercée par les adultes sur les enfants. Elle prend également racine dans les conditions de travail très précaires auxquelles ces professionnels peu ou pas formés sont soumis. Rendu possible par une longue série de décisions politiques autant que par la banalisation des violences dites « éducatives », ce scandale doit nous interpeller en tant que féministes.

👉🏻 Pour mieux en comprendre les enjeux, nous vous proposons dans cette newsletter une série de recommandations à lire ou à écouter.

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Revue de presse

Un Me Too Enfants

La journaliste Mathilde Mathieu qui suit, depuis un an, le scandale des violences dans le périscolaire pour Mediapart interroge dans cette chronique les défaillances graves, au sein des municipalités, qui ont permis aux violences contre les enfants de perdurer. Parlant d’un crime de « lèse-enfance », elle rappelle que « vingt ans après le fiasco judiciaire d’Outreau, certains spécialistes [dont le psychiatre et anthropologue Daniel Delanoë] suggèrent […] de parler d’un #MeTooEnfants ».

🐻 À retrouver sur le site de Mediapart

Le courage des enfants

Dans un article très émouvant publié au début de mai, Mediapart raconte comment plusieurs filles de CM2 se sont spontanément mobilisées pour faire cesser le harcèlement et les violences sexuelles d’un animateur de leur école. L’homme a été jugé le 5 mai à Paris. Le parquet a requis dix-huit mois de prison avec sursis.

💔 Un article à lire également dans Mediapart

Responsabilité politique

Dans une lettre publiée en début de semaine, Catherine Tricot, directrice de la publication de Politis et directrice du magazine Regards, revient sur les responsabilités de la Ville de Paris, « riche et arrogante », qui a « promis monts et merveilles » aux familles dans le cadre de la réforme du temps scolaire en 2013, puis, par la suite, tardé à entendre les alertes. Plus largement, elle fustige le cloisonnement entre services municipaux et Éducation nationale, ce qui a retardé la prise en compte des violences, au détriment des enfants.

🏛 Une lettre à retrouver dans Regards

Peu formés, mal payés

À l’occasion du mouvement de grève qui a eu lieu au mois de mai dans le périscolaire parisien, Le Monde a donné la parole aux animateurs et aux animatrices. Préoccupé⋅es par les nombreuses suspensions pour soupçon de violences ces derniers mois, tous et toutes évoquent les conditions précaires dans lesquelles leur métier est exercé.

🖇 Un article à retrouver dans Le Monde

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On lit

Les rois du silence

Écrit sur le vif par une journaliste du Parisien qui a suivi les affaires de violences dans le secteur périscolaire depuis l’été 2025, l’ouvrage a le mérite de revenir sur les conditions ultra précaires dans lesquelles travaillent la plupart des animateur⋅ices de centre de loisirs : formations quasi inexistantes, plannings donnés à la dernière minute, salaires dérisoires. L’autrice raconte surtout dans le détail l’enchaînement des choix politiques qui ont conduit au scandale actuel.
Lorsque, en 2013, sous la présidence de François Hollande, le ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon lance la réforme des rythmes scolaires qui répartit la semaine des écolier⋅es sur cinq journées plus courtes, il crée un appel d’air pour le recrutement d’animateurs et d’animatrices. La demande est forte : entre 2005 et 2025, la proportion des familles laissant leurs enfants à l’étude ou à la garderie du soir a presque été multipliée par cinq. Mais, alors que les communes recrutent à tour de bras, ni les formations, ni les salaires, ni l’encadrement ne suivent. « On se retrouve ainsi avec des professionnels […] ayant parfois vécu des situations de violence éducative, mais non armés pour éduquer à leur tour. »

📖 Victoire Haffreingue-Moulart, Les Rois du silence. Périscolaire : l’enquête choc, Robert Laffont, 2026. 264 pages. 21 euros

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On écoute

Un système dysfonctionnel

Dans une de ses matinales, France Culture faisait récemment dialoguer la journaliste Victoire Haffreingue-Moulard et l’avocate Marie Grimaud. La parole de cette dernière, qui défend plusieurs familles d’enfants agressés par des animateurs, est particulièrement saisissante. Elle rappelle que, jusqu’à la médiatisation de ce scandale, les sanctions prévues par la loi n’étaient pas appliquées. Elle relève également un point commun à toutes ces affaires : la plupart des personnes mises en cause sont des hommes, qui ne présentent pas des profils de « prédateurs » mais sont souvent « de très jeunes animateurs sans cadres structurants, lâchés dans un système dysfonctionnel ».

🎧 Violences sexuelles dans le périscolaire : les faillites d’un système, « L’invité des matins », France Culture, 21 mai 2026. À écouter par ici

Les enfants ont la parole

Afin d’élargir l’analyse mais surtout d’entendre la parole trop rare des premier⋅es concerné·es, il est utile de (ré)écouter L’École de la violence, un podcast signé Charlotte Bienaimé. Elle y interviewe plusieurs enfants qui témoignent des violences ordinaires en milieux scolaire et périscolaire, mais convoque également sociologue, anthropologues et militantes du collectif SOS Périscolaire pour répondre à une question fondamentale : comment nous, adultes, accueillons-nous les enfants dans ce monde ?

Un podcast à soi, épisode 43 : « L’école de la violence », Charlotte Bienaimé, 2023. À écouter sur le site d’Arte Radio
Un podcast à soi, épisode 43 : « L’école de la violence », Charlotte Bienaimé, 2023. À écouter sur le site d’Arte Radio

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Glossaire

Alors que l’actualité montre à quel point la guerre culturelle qui fait rage est aussi une bataille sémantique, il nous a paru important que La Déferlante propose à ses lecteur·ices des définitions de concepts clés pour appréhender l’époque dans une perspective féministe intersectionnelle. Infantisme, climat incestuel, ou encore care : toutes les définitions sont en accès libre sur notre site internet, alimenté au fil des numéros pour faciliter la compréhension des concepts mobilisés dans chaque dossier.

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