16.03.2026 à 16:50
La Déferlante
La Déferlante est un média féministe composé d’une revue trimestrielle, une maison d’édition, une newsletter hebdomadaire d’actu et de recommandation et proposant de nombreux évènements dans toute la France. Indépendant et sans publicité, notre média donne la parole aux femmes, aux minorités de genre et plus largement à toutes les personnes victimes d’oppressions systémiques pour visibiliser leurs vécus et leurs combats.
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La date limite de dépôt des candidatures est le 5 avril 2026 à minuit.
Déroulé des entretiens
Le recrutement prévoit au minimum un entretien en visio ou en présentiel ainsi que la réalisation d’un cas d’usage
12.03.2026 à 17:12
Coline Clavaud-Mégevand
Un regard féministe sur les élections 2/4Pendant quatre semaines, la newsletter de La Déferlante vous propose de suivre les élections municipales avec des lunettes féministes. À travers des entretiens, des analyses et des reportages, nous interrogerons les discriminations et les logiques de pouvoir à l’œuvre dans la vie politique locale.
« Notre point commun, à nous autres Calaisien⋅nes, c’est qu’on en a marre de voir des exilé⋅es à la rue », lance Marine Deseille, infirmière et membre du collectif Transformons la ville, alors qu’elle s’apprête à monter à la tribune du meeting. « La réponse peut être le racisme et la stigmatisation, explique la trentenaire, mais moi, j’ai envie d’écrire une autre histoire : celle d’une ville qui construit des solutions collectivement. » Ce 22 février 2026, une centaine de personnes sont réunies dans la salle polyvalente du Minck, près du port à Calais, pour la réunion publique organisée par la liste « Calais à gauche toute ». En face du bâtiment, à seulement 30 kilomètres, on devine les côtes britanniques vers lesquelles, depuis le 1er janvier, plus de 1 500 exilé·es ont déjà tenté la traversée sur des bateaux gonflables pouvant chavirer à tout moment.
C’est notamment autour de la question des conditions de vie de ces personnes exilées que, dans la foulée des législatives de 2024, des habitant⋅es de Calais ont constitué le collectif Transformons la ville, avant de se rapprocher du parti Les Écologistes et de La France insoumise pour composer une liste pour les municipales menée par Jean-Philippe Lannoy. « Certain·es d’entre nous se sont connu⋅es dans des structures d’accueil pour les exilé⋅es, des centres sociaux ou des associations de solidarité internationale, et d’autres nous ont rejoint⋅es pendant la campagne éclair pour la Nupes [en juin et juillet 2024]. Le but, c’était de relier nos luttes », détaille la numéro deux sur la liste, Juliette Delaplace, ancienne chargée de mission au Secours catholique et aujourd’hui élève avocate.
Ce qui rassemble également les membres du collectif, c’est leur volonté de « tenir la ligne face à une politique de droite dure », explique Jade Lamalchi, quatrième sur la liste et responsable associative. La jeune femme juge très sévèrement l’action de la mairesse Natacha Bouchart (ex-Les Républicains, aujourd’hui sans étiquette) aux commandes de la ville depuis dix-huit ans. Qu’il s’agisse de ses tentatives d’interdire l’accès des transports publics aux personnes exilées, de son désintérêt pour les questions écologiques ou de l’installation de barbelés et de rochers dans l’espace public pour empêcher l’aménagement de campements de migrant⋅es. Un dispositif qui, lorsqu’il est mentionné à la tribune du meeting, suscite les huées du public.
« Entre 2015 et 2020, la municipalité a touché 150 millions d’euros, puis une rallonge de 44 millions en 2023, dans le cadre d’un contrat exceptionnel signé avec l’État pour le développement de sa commune », rappelle Jade Lamalchi. Mais le collectif s’inquiète que la mairie ait surtout investi dans l’embellissement des quartiers touristiques, plutôt que dans l’aide aux populations fragiles – en particulier les personnes migrantes.
Entendues en février 2026 par la commission d’enquête parlementaire relative aux conséquences des accords du Touquet* sur l’action publique et le respect des libertés et droits fondamentaux des personnes migrantes, les associations d’aide aux exilé·es dénoncent elles aussi le non-respect de ces droits. Dans une ville où les habitant·es subissent par ailleurs de plein fouet les effets de la désindustrialisation. À Calais, le chômage touche désormais 11,4 % de la population active (contre 7,7 % à l’échelle nationale), et le taux de pauvreté s’élève à 29 %, presque deux fois plus que la moyenne nationale. Jade Lamalchi émet une hypothèse : stigmatiser les migrant·es permet de détourner l’attention mais aussi, de « siphonner les voix de l’extrême droite ». Marc de Fleurian, tête de liste du Rassemblement national aux municipales, déjà député de la 7e circonscription du Pas-de-Calais depuis juillet 2024, est en effet le concurrent le mieux placé face à Natacha Bouchart les 15 et 22 mars.
Également candidate sur la liste « Calais à gauche toute », Louise Druelle, une artiste calaisienne connue sous le pseudonyme de Loup Blaster, a cette fois tenu à ne pas figurer en position éligible. Élue indépendante sortante, elle raconte avoir subi de nombreuses pressions. « En conseil municipal, des élu·es m’ont accusée de faire le jeu des passeurs, explique-t-elle, et ces propos criminalisant ont été repris par la presse. » Marine Deseille, sa collègue du collectif Transformons la ville, confirme un climat délétère et se dit « choquée d’avoir assisté, en tant qu’administrée, à des conseils où on coupe les micros des élu·es d’opposition ».
« Moi, j’ai envie d’écrire l’histoire d’une ville qui construit des solutions collectivement. »
Marine Deseille, membre du collectif Transformons la ville
En se réunissant sous la bannière « Calais à gauche toute », militant⋅es antiracistes, écologistes et féministes souhaitent désormais parler d’une seule voix pour se faire entendre au sein de l’opposition municipale. « C’est aussi un moyen de peser sur les décisions financières, explique Juliette Delaplace. Le budget de la ville est de 200 000 millions d’euros, soit autant que celui de la Cour pénale internationale, mais pas un euro n’est donné aux projets qui défendent une vision protectrice et émancipatrice. Encore aujourd’hui, la Maison des femmes de Calais est peinte en rose et décorée d’affiches clamant “Vous êtes belles”, ce n’est pas possible ! »
Créditée d’environ 10 % des suffrages au premier tour, la liste « Calais à gauche toute » se réjouit de l’accueil reçu par les habitant·es. « Se présenter comme des acteurs et actrices de terrain facilite le dialogue avec les gens, se félicite Juliette Delaplace. Quand on tracte, on est mieux accueilli·es que les partis, même s’il y a aussi des moments de tension. » Sur la scène du meeting, le discours des candidat·es citoyen·nes semble moins codifié que celui de leurs camarades candidat·es insoumis·es et écologistes. « Ça donne envie de voter pour elles et eux », sourit une électrice une fois le meeting terminé. Un souffle qui n’existe pas qu’à Calais : plus de 600 listes citoyennes se présentent aux municipales de 2026, soit davantage que de listes du Rassemblement national.
* Signé en 2023 entre la France et le Royaume-Uni, le traité du Touquet a pour objectif la lutte contre l’immigration clandestine.
Mercredi 4 mars 2026, Natacha Bouchart, la mairesse de Calais, déposait plainte contre Jean-Philippe Lannoy, tête de liste « Calais à gauche toute » pour incitation à la haine. En cause, l’organisation quelques jours auparavant par la liste citoyenne, verte et insoumise d’une kermesse proposant un jeu de chamboule-tout sur lequel figurait une caricature de l’élue. Le mis en cause défend son droit à la critique politique et confirme, via les réseaux sociaux, « le souhait de […] faire tomber une politique qui est, elle, vraiment violente avec de vrais gens qui souffrent, pas des boîtes de conserve ». Dans un article publié le 6 mars, le média de gauche Calais la Sociale, analyse cette plainte comme un moyen de « déplacer le conflit du terrain politique au terrain judiciaire […] ou encore de créer un climat d’intimidation ».
05.03.2026 à 16:58
Coline Clavaud-Mégevand
Un regard féministe sur les élections 1/4Pendant quatre semaines, la newsletter de La Déferlante vous propose de suivre les élections municipales avec des lunettes féministes. À travers des entretiens, des analyses et des reportages, nous interrogerons les discriminations et les logiques de pouvoir à l’œuvre dans la vie politique locale.
À la veille du scrutin municipal, quel bilan peut-on dresser concernant l’égalité de genre dans les équipes municipales ?
Selon les chiffres disponibles sur le site du ministère de l’Intérieur, plus de 80 % des maires sont des hommes. Le profil type est un sexagénaire, souvent retraité, dont le prénom est Philippe, Michel ou Alain. Les ex-cadres sont surreprésentés parce que leur fort de sentiment de légitimité fait qu’ils sont plus nombreux à prétendre à cette fonction. Par la suite, leurs compétences administratives et juridiques les aident à tirer leur épingle du jeu dans une fonction devenue très technique. Et, comme être maire est peu rémunérateur et que faire campagne coûte cher, ceux qui touchent une bonne retraite sont plus enclins à se présenter aux élections.
Les femmes candidates disposent en moyenne de moins de patrimoine et de moins de revenus, et les banques leur prêtent moins facilement, comme le montrent les études à l’échelle internationale. La perspective, si elles sont élues, d’affronter une triple journée en cumulant mandat, activité professionnelle et charges familiales, les décourage également. Quant aux retraitées, elles restent – plus que leurs époux – assignées au care auprès des petits-enfants ou des proches dépendant·es.
Qu’en est-il, une fois les élections passées, de la répartition des postes au sein des conseils municipaux ?
Aujourd’hui, 42 % des membres des conseils municipaux sont des femmes. Mais leur sentiment d’illégitimité fait qu’elles ne demandent pas les postes les plus prestigieux, comme les finances, la voirie ou l’urbanisme. Les sociologues Catherine Achin et Maud Navarre ont également montré que les têtes de listes, qui sont très majoritairement des hommes, avaient intégré la parité comme un simple outil organisationnel : ils conservent leur position centrale et relèguent les femmes à des fonctions subalternes. On observe même que, dans certaines équipes, les hommes se servent d’elles pour cocher toutes les cases de la « diversité » : elles sont souvent plus jeunes, racisées, parfois handicapées… Mais une fois la photo de campagne faite, on ne les laisse pas décider. Alors, beaucoup quittent la politique, écœurées du système.
Depuis la Révolution de 1789, la politique institutionnelle française a été construite par et pour les hommes. Ses règles, ses façons de faire, et ses codes sont masculins. Son vocabulaire est saturé de références à des univers genrés, comme la guerre ou le sport : on parle de « combat » électoral, de « passes d’armes », de « première division », ou de « transformer l’essai »… Toutes ces références sont présentées comme neutres et universelles, mais celles qui, du fait même qu’elles sont des femmes, y dérogent sont délégitimées ou invisibilisées. Prenez par exemple la question de la voix : dès qu’une femme s’exprime publiquement, elle est moquée soit parce que sa voix serait trop aiguë – on l’a beaucoup reproché à Sandrine Rousseau ou à Valérie Pécresse –, soit parce que son ton est jugé trop vulgaire. C’est ainsi que, comme dans tous les milieux très masculins, les violences misogynes prospèrent.
« La perspective de cumuler mandat, activité professionnelle et charges familiales dissuade les femmes d’être candidates. »
Sur ces violences, de quelles données dispose-t-on ?
Les élues municipales sont confrontées à un continuum allant du sexisme ordinaire aux violences les plus graves. En 2019, dans une enquête menée par le réseau Élues locales – le premier réseau national de femmes élues – et NousToutes, 72 % d’entre elles déclaraient avoir subi du sexisme ou des violences sexistes et sexuelles pendant leur mandat. Ces dernières années, les enregistrements vidéo des conseils municipaux ont rendu certains faits plus visibles : parole coupée, infantilisation, insultes misogynes, etc. Il existe aussi un observatoire des violences faites aux élu⋅es, piloté par le ministère de l’Intérieur, mais il ne prend pas en compte les violences sexistes et sexuelles. C’est un angle mort majeur.
Les lois sur la parité (lire notre encadré ci-dessous) sont-elles suffisantes ?
Sans doute pas, mais elles sont indispensables. Même si on cite toujours Simone Veil ou Édith Cresson — qui étaient en réalité des exceptions à leurs postes — les figures féminines marquantes étaient rarissimes en politique jusqu’aux années 2000. Dans les communes de moins de 1 000 habitant⋅es, où la parité va s’appliquer pour la première fois les 15 et 22 mars prochains, le nombre d’élues est encore inférieur de 15 % à celui des plus grandes villes. Et on trouve encore plusieurs centaines de conseils municipaux 100 % masculins.
Comment lever les freins qui empêchent les femmes de s’engager ?
Il est important qu’on change notre façon d’aborder la question de la parité. Certains médias la présentent comme un casse-tête, surtout dans les petites communes. Le cadrage proposé est souvent « elles ne veulent pas y aller » alors qu’il faudrait plutôt se demander « quelles sont les données structurelles qui font qu’elles n’y vont pas ? » Cette presse fait comme si les maires découvraient le sujet, alors que la loi impose la parité depuis plus de vingt-cinq ans. La vraie question à poser aux maires c’est : « Qu’avez-vous fait, depuis vingt-cinq ans, pour intégrer des femmes dans vos équipes ? » La parité reste traitée comme une difficulté logistique plutôt qu’un principe d’égalité fondamental.
En parallèle, des organisations comme le collectif Open Politics organisent des formations transpartisanes pour les femmes, mais ces initiatives reposent largement sur le bénévolat. Si l’on voulait réellement changer la donne, c’est l’État qui devrait investir dans des dispositifs, du mentorat pour lever l’autocensure, proposer du soutien financier… Il doit aussi travailler à réduire les inégalités économiques, notamment salariales et domestiques, qui résultent de l’assignation des femmes à la sphère domestique. Sans cela, ces inégalités continueront de se retrouver dans la vie publique.
Il faut préciser que la situation est encore plus difficile pour les femmes qui cumulent plusieurs types de discriminations : les candidates handicapées ou celles issues des milieux populaires. Les chiffres sont édifiants : seuls 0,02 % des élu·es seraient concerné·es par le handicap, une situation que dénonce notamment Odile Maurin, élue divers gauche à Toulouse. Et les classes populaires sont sous-représentées, comme le montrent les enquêtes du collectif Démocratiser la politique. Là encore, on peine à voir comment la situation pourrait s’améliorer sans cadre législatif ou soutien financier.
Cela fait bientôt trente ans que la législation française contraint candidat·es et formations politiques à respecter une stricte parité lors des élections. Si l’accès égal des femmes et des hommes aux mandats électoraux est inscrit dans la Constitution depuis juillet 1999, c’est en juin 2000 que la loi dite « sur la parité » impose 50 % de femmes sur les scrutins de liste : municipales (pour les communes de plus de 3 500 habitant·es), régionales, européennes et sénatoriales (pour les département qui élisent plus de six sénateur·ices). Aux élections législatives, la parité n’est pas imposée, mais des retenues financières s’appliquent aux partis qui s’en dispensent. Les dispositifs visant la parité seront étendus à d’autres scrutins par la loi du 31 janvier 2007. Le 21 mai 2025, un nouveau texte élargit l’obligation de parité aux listes présentées dans les communes de moins de 1 000 habitant·es, faisant des élections des 15 et 22 mars les premières élections municipales pour lesquelles se présentent autant de candidats que de candidates.
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