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03.11.2026 à 15:26

Démesures ou un sort

dev

Nous n'avons pas encore gagné mais ils ont déjà perdu [Ciné-tract]

- 2 novembre / , ,
Lire + (301 mots)

Du 31 octobre au 5 novembre, nouveau ciné-tract magistral de Kompost Modern.

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03.11.2026 à 15:12

Quels artistes (ne) soutiennent (pas) le soulèvement ?

dev

« Le J n'est pas le S »

- 2 novembre / , ,
Texte intégral (762 mots)

Parmi les grands absents du mouvement en cours, les artistes populaires. L'auteur de cette note de mauvaise intention dit toute sa déception de ne pas avoir vu le rappeur Jul en tête de manifestation sur la Cannebiere. C'eut-été, il faut bien le reconnaître, un game changer. Heureusement, nous apprenons au moment de boucler cette édition que le rappeur Niska publiera ce vendredi un nouveau tube intitulé Fuck la Macronie.

Que les choses soient claires. Ces lignes sont écrites par un fan. J'ai pété mon PEL pour m'offrir une place au stade de France y'a quelques mois, ça fait des années que le J est dans mon top écoute Spotify, et je connais la moitié de ses sons par cœur - ce qui est énorme lorsqu'on connaît la productivité de l'artiste.

Mais si Jul envoie du hit à la pelleteuse, il est un aspect sur lequel le bougre est plus radin : le soutien aux différents mouvements sociaux qui agitent la société. Alors oui, de temps en temps, il lâche une petite punchline sur l'extrême droite - le strict minimum lorsqu'on est un rappeur. Mais dans l'ensemble, force est de constater que Jul brille par son absence sur le champ de la contestation sociale.

Pourtant, imaginez seulement le poids potentiel de sa présence aux côtés des manifestants ? Pas forcément dans la rue, ne rêvons pas trop, mais ne serait-ce que virtuellement, en ligne, sur ses réseaux sociaux. Mais non, le mec parvient à rester muet comme une carpe au fond de la vase, regardant les événements de loin (Calvi, dit-on), serein. Mec ! Pendant ce temps, l'extrême droite fait des reels avec tes sons, et toi, tu laisses faire. Pourquoi ? Parce que c'est des vues, et donc du fric.

Il est temps de le dire, et ça me fait mal au coeur : le J, c'est pas le S. C'est pas un camarade. A notre époque, on a besoin d'artistes contre qui se serrer, se réchauffer, qui nous accompagnent dans nos nuits d'émeute et pour se remonter le moral quand on soigne nos blessés. Y'a quelques semaines, cette petite merde d'Ed Sheeran a fini par chialer sur scène après avoir été lâché par ce gros bg de Macklemore qui a refusé de continuer la tournée en silenciant la situation en Palestine. Ce que je vous propose, c'est de mettre le J dans cette même position : face à ses responsabilités. Jul, t'es avec nous, ou contre nous. En attendant, je vais pas pondre 25 albums pour le dire. Faisons péter ce mot d'ordre : #BoycottJUL, et tous les artistes de merde qui soutiennent pas la lutte.

FUCK le régime et ses soutiens.
Boycott JUL et que crame le capital

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03.11.2026 à 15:02

Brésil entre le messie et l'antéchrist

dev

Texte intégral (2471 mots)

Il s'agit ici de contextualiser la victoire surprise (ou miraculeuse) de Lula au Brésil. Pour Frederico Lyra, le « messie Lula » ne pourra rien, si ce n'est retenir quelques années encore la fin des temps. Reste la nécessité toujours plus impérieuse de constituer une force à même de défaire la montée fasciste en cours.

La victoire de Lula tient du miracle électoral. C'est le maximum que l'on puisse attendre d'un scrutin. Nous avons gagné du temps. En 2018, avant d'être emprisonné, Lula avait déclaré : « Je ne suis pas un être humain, je suis une idée. Et cela ne sert à rien d'essayer d'en finir avec les idées ». Il se trompait, car il n'est pas une idée pure de la raison, bien au contraire, sa fonction est avant tout théologique : il est notre katéchon. Lula, et lui seul, aurait pu empêcher le retour de l'Antéchrist. Car c'est bien là le rôle principal qu'il joue au Brésil, au moins depuis 2016, lorsque la procédure de destitution de Dilma Rousseff — considérée par certains comme un impeachment, par d'autres comme un coup d'État — a ouvert les portes des cercles de l'enfer brésilien. Nous pouvons dire qu'il constitue une force de contention et que nous avons gagné quatre années supplémentaires pour tenter de nous organiser et d'imaginer autre chose, même si nous n'avons pas su tirer parti des quatre années précédentes (2022-2026), qui ont failli déboucher sur un accident mortel. Peut-être verrons-nous émerger un nouveau mouvement révolutionnaire brésilien pour cette ère qui s'ouvre devant nous ? Quoi qu'il en soit, nous avons retardé la fin du monde, comme aurait pu le dire Ailton Krenak, car le pays aurait pu s'autodétruire ce dimanche 25 octobre 2026. Et nous ne parlons pas ici de manière superficielle [1].

S'il n'y a pas de coup d'État — une possibilité qui ne peut être écartée face à Trump et au vieil impérialisme nord-américain que nous, en Amérique latine, connaissons depuis toujours, mais aussi face aux forces intérieures, à l'extrême droite et à une partie de la bourgeoisie, qui ont perdu une bataille sans pour autant être près de perdre la guerre —, il sera intéressant de voir ce que Lula tentera de faire au cours de son mandat, car il n'a absolument pas les moyens de gouverner. La Chambre des députés et le Sénat sont majoritairement à droite, voire à l'extrême droite. Si Flávio Bolsonaro l'avait emporté, il aurait pu modifier la Constitution et transformer radicalement la République en toute légalité, sans rencontrer de difficulté particulière. Lula, quant à lui, va devoir inventer une manière de gouverner totalement nouvelle [2]. Cela pourrait nécessiter une certaine mobilisation qui, si elle se produit — et elle devra se produire s'il veut gouverner et si le pays veut trouver une issue à l'extrême droite —, pourrait aller bien au-delà de tout ce que nous avons connu jusqu'ici au cours de ses trois mandats précédents. Car, sous tous les gouvernements précédents, la démobilisation populaire et l'essoufflement des mouvements sociaux ont précisément constitué des traits caractéristiques de l'action gouvernementale. Mais aujourd'hui, avec les deux chambres du Parlement contre lui, le gouvernement Trump contre lui, le Tribunal suprême fédéral contre lui et une partie de la classe dominante contre lui, plusieurs scénarios se dessinent : soit il ne gouverne pas, ne fait rien et reste paralysé — c'est une possibilité —, soit il est destitué, ce qui constituerait un nouveau coup d'État — c'en est une autre. Ou bien, s'il veut gouverner, il devra mobiliser la population.

Le député André Janones a peut-être montré une voie pour le moins ambiguë. Il a créé un groupe whatsapp baptisé « L'Armée de Lula », dont il s'était autoproclamé Général [3]. Or, dans l'un des pays les plus connectés au monde, où les réseaux sociaux et les applications de messagerie occupent une place considérable dans la vie des gens, toute forme d'organisation tournée vers le monde réel ne pourrait-elle pas commencer en ligne ? Il convient de noter qu'au Brésil, le monde virtuel domine peut-être déjà le monde concret. En revanche, cette forme d'organisation militaire virtuelle ne semble pas reproductible. Elle présente les caractéristiques d'une mobilisation de courte durée, typique du régime temporel propre à l'ère de l'urgence (Paulo Arantes) [4]. Au terme de la campagne électorale, cette armée comptait dix millions de membres mobilisés, et puis nous avons assisté aux plus grandes manifestations de rue de l'histoire du pays, qui n'auraient pas été possibles sans cette mobilisation radicale en ligne. Imaginons que Lula tente de gouverner en maintenant un contact direct avec son armée — en Maréchal, peut-être ? — et que celle-ci se développe au point d'acquérir une force sociale supérieure à celle des institutions du pays. Pourquoi pas ? S'agirait-il d'une domestication des manifestations, autrement dit d'un mode de gestion de la rue, où les revendications de la mobilisation seraient subordonnées aux intérêts du gouvernement, ou serait-ce plutôt la rue qui imposerait son agenda au pouvoir ? Reste également le risque d'une concertation, voire d'un compromis politique en coulisses, typique de Lula, susceptible de neutraliser la capacité d'organisation et de mobilisation de la rue. Cependant, en mobilisant la population, Lula prend le risque sérieux d'en perdre le contrôle. Or, si une partie de la classe dominante lui apporte toujours son soutien, c'est précisément parce qu'il est considéré comme le seul capable de contenir l'entropie du pays et de contrôler la population. Une telle mobilisation pourrait donc ouvrir une brèche vers quelque chose de plus radical. Cela semble ainsi relever d'une nécessité impossible.

Il semble que la population brésilienne aspire à un gouvernement stable dans un monde profondément instable. À l'intérieur du pays, les fractures politiques sont particulièrement marquées, tandis que les inégalités sociales ne cessent de se creuser dans un pays qui figure depuis toujours parmi les plus inégalitaires au monde. Quant au taux de chômage officiel, il donne une image trompeuse de la réalité, dans la mesure où une grande partie de la population travaille dans des conditions précaires, sous le régime de l'uberisation [5]. Si l'on y ajoute les effets de la crise climatique, cette aspiration à la stabilité apparaît comme un rêve impossible, qui prend des accents théologiques dans l'un des pays les plus religieux au monde [6]. L'extrême droite alimente ces tensions sociales autant qu'elle en tire profit. Elle dit la vérité, insiste depuis des années Paulo Arantes. Elle compte désormais de nouveaux leaders, comme Michelle Bolsonaro, Nicolas Ferreira, Renan Santos et d'autres encore. Ce sont eux qui, comme le souligne Miguel Lago [7] dans plusieurs de ses interventions, incarnent le caractère révolutionnaire de l'extrême droite brésilienne. Il s'agit d'un véritable mouvement de masse qui entend transformer radicalement le pays. En ce sens, Lula agit donc comme une force contre-révolutionnaire, dans sa tentative de retarder l'avènement apocalyptique du « nouveau visage de la nation brésilienne » (Paulo Arantes).

Au bout du compte, il ne s'agit que d'une digue temporaire, d'autant plus précaire si l'on tient compte de l'âge du président : 81 ans. Le seul contrepoint véritablement envisageable à la force de l'ennemi serait peut-être de faire émerger un désir et un imaginaire tout aussi radicaux que ceux de l'extrême droite, mais orientés dans la direction opposée. Nous avons gagné quatre années pour tenter, une fois encore, de changer le cours de l'histoire et de retrouver cet esprit perdu. Tout cela relève, à certains égards, d'une spéculation excessive, certes. Cela dit, il ne faut cependant pas oublier que le katéchon, dans toute son ambiguïté, peut non seulement empêcher la venue de l'Antéchrist, mais aussi celle de notre Messie.

Frederico Lyra


[1] Pour une bonne analyse à chaud des élections, lire l'article d'Alex Huchuli : https://www.compactmag.com/article/lula-won-lulismo-didnt/

[2] Le troisième mandat de Lula a été relativement discret, essentiellement consacré à la réparation des dégâts causés par Jair Bolsonaro. Il s'est agi d'un gouvernement de contention, qui a tenté de stabiliser une société profondément fracturée. Comme partout dans le monde, le coût de la vie a considérablement augmenté et l'endettement de la population est devenu insoutenable. Le rejet dont Lula fait l'objet et la persistance du bolsonarisme reposent donc sur des fondements matériels bien concrets. Lula devra aller beaucoup plus loin que les timides mesures adoptées au cours de son troisième mandat s'il veut contenir la crise sociale majeure qui se profile à l'horizon. Parmi ces mesures figurent l'exonération de l'impôt sur le revenu pour les personnes gagnant moins de 1 000 dollars par mois, soit 84 % de la population, mais aussi, à l'approche du scrutin, le passage d'une semaine de travail de six à cinq jours, l'interdiction des paris sportifs (Bets), qui se sont rapidement transformés en un véritable fléau social (depuis quelques semaines, on observe que les familles les plus pauvres consacrent à l'alimentation une partie de leurs revenus auparavant destinée aux jeux), l'allègement des dettes des microentreprises et la revalorisation des aides versées dans le cadre de la Bolsa Família. En somme, rien de véritablement nouveau n'a été créé. L'alliance avec les banquiers et le grand capital brésilien, en particulier l'agro-industrie, responsable d'une exploitation massive de la main-d'œuvre et d'une importante destruction environnementale, n'a évidemment pas été remise en cause. Certes, le lulisme a permis de réduire la déforestation, mais il est encore loin d'y mettre fin en Amazonie. Pire encore, cette réduction s'est faite au détriment d'autres biomes, notamment le Cerrado et le Sertão. La monoculture du soja menace également ces deux écosystèmes. Lula a par ailleurs autorisé l'exploration pétrolière à l'embouchure du fleuve Amazone, ouvrant ainsi la voie à un risque d'accident susceptible d'avoir des conséquences catastrophiques pour la biodiversité de cet écosystème, alors même que l'effondrement environnemental s'accélère. À cela s'ajoute le pouvoir des milices et du crime organisé, qui n'a cessé de s'étendre à travers le pays, donnant naissance, de fait, à des territoires placés sous l'autorité de pouvoirs parallèles, notamment à Rio de Janeiro.

[4] De sorte que la volonté mimétique de La France insoumise de reproduire la stratégie de Janones semble vouée à l'échec, non seulement en raison des différences structurelles entre les deux pays, mais aussi parce que, malheureusement, la France ne semble pas encore éprouver le même sentiment d'urgence face à la possibilité de l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir.

[6] Un des principaux enjeux de l'élection, par exemple, fut la dispute autour de la sainte patronne du Brésil, Notre-Dame d'Aparecida : https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2026/10/22/au-bresil-la-sainte-noire-notre-dame-d-aparecida-consacree-enjeu-de-l-election-presidentielle_6798651_6038514.html

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