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28.03.2025 à 12:00

Bruit blanc

admin

Le nouveau Mouais (mars-avril 2025) est paru, avec un dossier consacré aux questions inter-générationnelle. Retrouvez l’édito de Lou Is On, adolescente d’aujourd’hui portant un regard vif et lucide sur notre époque : « Alors oui, dans ce monde où désormais tout va trop vite, peut-être avons-nous plus de mal à nous mélanger, nous, les différentes générations ». C’est fou de se dire que ceux que l’on caractérisent aujourd’hui de « jeunes ».. Read More

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Texte intégral (893 mots)

Le nouveau Mouais (mars-avril 2025) est paru, avec un dossier consacré aux questions inter-générationnelle. Retrouvez l’édito de Lou Is On, adolescente d’aujourd’hui portant un regard vif et lucide sur notre époque : « Alors oui, dans ce monde où désormais tout va trop vite, peut-être avons-nous plus de mal à nous mélanger, nous, les différentes générations ».

C’est fou de se dire que ceux que l’on caractérisent aujourd’hui de « jeunes » et de « vieux », ne le resteront pas et ne l’ont pas toujours été.

Il y a vingt ans, les Millenials devaient penser que le monde leur appartenait, ils représentaient la jeunesse et tout ce qu’elle implique. Certains disaient même qu’ils ne dépasseraient surement pas les trente ans, et il était alors préférable, selon eux, de prendre la vie par les deux bouts. Aujourd’hui, les engrenages continuent de tourner, et le cercle se referme peu à peu. C’est ainsi que le monde fonctionne, chaque génération attend son moment, celui où profiter de la vie est écrit en majuscules.

Et puis une fois cette période achevée, on s’ efface peu à peu, on se construit une vie pour combler le silence. Ce bruit blanc qui arrivera un jour, celui que toute génération confondue redoute, sans exception. Car malgré les différences, les fractures qui nous séparent, nous sommes concernés par grand nombre de choses. En effet, avant d’être un enfant , un quarantenaire ou un retraité, nous sommes des humains. Un point commun non négligeable. Alors oui, dans ce monde où désormais tout va trop vite, où les identités se confondent au milieux des likes, des cliques, des hashtags, ce monde où trouver une place devient de plus en plus éprouvant, où les âmes vides d’inconnues ressassent sans cesse comment les autres doivent mener leur vie, où ton existence même doit constamment dépendre de l’approbation des autres…effectivement, peut-être avons-nous plus de mal à nous mélanger, nous, les différentes générations.

Illustration 1

Il y a ceux qui plongent tête la première dans ce tourbillon étourdissant, ceux qui se battent pour sauver un possible futur désastreux, et quelques-uns, au milieu, qui essaient de survivre entre les « c’était mieux avant » et les « qu’est ce qu’il va se passer plus tard ?». Au plus on avance, au plus on construit, mais il ne faut pas oublier que ce qui a déjà été construit peut toujours s’effriter sous l’érosion et les intempéries. Au bout d’un moment, l’effet domino nous rattrape, et le retour en arrière n’est plus possible.

Alors à défaut de construire plus vite pour semer la tempête, mieux vaut s’arrêter pour réfléchir. Réfléchir aux conséquences de nos actes, mais aussi à ce qui nous rassemble. Les différences, les fossés, les ravins, nous avons les moyens de bâtir les ponts pour les franchir. Même au milieu des guerres sans fin que mène l’humanité depuis la nuit des temps, et de la crainte que l’histoire ne se répète.

Et tandis que le monde bourdonne, papillonne, vrombit tout autour, s’active sans se soucier de notre présence, nous seul avons le pouvoir de fermer les yeux pour se retrouver face à nous-même.

Et de réfléchir à cette peur que nous avons…du bruit blanc.

Illustration 2

Par Lou is On

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18.03.2025 à 13:08

A Beyrouth, la solidarité du Club Soudanais face à la violence d’Israël

admin

L’invasion israélienne du Liban, le 23 septembre 2024, a touché de plein fouet la communauté soudanaise (la guerre civile au Soudan a fait des dizaines de milliers de morts et 10 millions de déplacés) de ce pays, la jetant sur les routes une deuxième fois. Le Club Soudanais de Beyrouth est devenu un refuge pour des dizaines de déplacés et leurs famille. Reportage, par notre reporter Pluto. © Pluto pour.. Read More

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Texte intégral (1080 mots)

L’invasion israélienne du Liban, le 23 septembre 2024, a touché de plein fouet la communauté soudanaise (la guerre civile au Soudan a fait des dizaines de milliers de morts et 10 millions de déplacés) de ce pays, la jetant sur les routes une deuxième fois. Le Club Soudanais de Beyrouth est devenu un refuge pour des dizaines de déplacés et leurs famille. Reportage, par notre reporter Pluto.

Illustration 1© Pluto pour Mouais

  • Créé en 1967, le Club Soudanais de Beyrouth est devenu le lieu de rencontre incontournable de la communauté soudanaise du Liban depuis des décennies. Depuis que le Soudan est déchiré dans une guerre civile d’une violence inouïe, des centaines voire des milliers de Soudanais ont trouvé refuge au Liban, notamment dans le dud du pays, y ayant obtenu le statut de réfugiés politiques auprès de l’ONU et survivant de menus travaux (construction, agriculture, etc.). L’invasion israélienne du Liban, le 23 septembre 2024, les a touchés de plein fouet, a fait plusieurs victimes dans la communauté et en a jeté de nombreux sur les routes, une deuxième fois, à la recherche d’un lieu sûr.

Illustration 2© Pluto pour Mouais

  • Ce lieu est le Club Soudanais de Beyrouth, devenu un refuge, un hébergement d’urgence pour des dizaines de déplacés soudanais et leurs familles. L’immeuble situé dans le quartier de Hamra a aussi accueilli des familles libanaises, syriennes, palestiniennes de la Bekaa et du Sud-Liban fuyant les bombes israéliennes.

Illustration 3© Pluto pour Mouais

  • En plus d’aider les déplacés de guerre, des activistes et bénévoles de la communauté soudanaise ont interpellé l’ONU en tant que réfugiés politiques, demandant sa protection, voire même leur relocalisation vers des pays sûrs – mais face au silence de l’institution, elle a dû tenir bon comme elle pouvait face aux bombes et à l’absence de moyens. 

Illustration 4© Pluto pour Mouais

  • Un réfugié soudanais, ayant fui la guerre au Soudan puis les bombardements israéliens au Liban-Sud, a trouvé refuge avec sa fille au Club Soudanais de Beyrouth. 10 novembre 2024

Illustration 5© Pluto pour Mouais

  • Au Club soudanais de Beyrouth, des réfugiées et leurs enfants partagent un dîner traditionnel soudanais, que l’on se partage dans une grande assiette. 10 novembre 2024

Illustration 6© Pluto pour Mouais

Après le dîner, les réfugiés soudanais ayant trouvé refuge au Club soudanais de Beyrouth se passent des tasses de thé bien sucré. 10 novembre 2024

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11.03.2025 à 11:03

Le pire est avenir : penser le conflit intergénérationnel avec Maïa Mazaurette

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Vous connaissez Maïa Mazaurette, autrice et chroniqueuse féministe abordant principalement la question de la sexualité. Mais elle s’intéresse également aux conflits générationnels, et à ces «créatures fantastiques» que sont les jeunes. Thème abordé au vitriol dans un roman de jeunesse : Rien ne nous survivra, SF où les moins de 25 ans… partent en guérilla meurtrière contre leurs aînés. Rencontre. J’ai initialement contacté Maïa dans le cadre de mon nouveau.. Read More

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Texte intégral (2779 mots)

Vous connaissez Maïa Mazaurette, autrice et chroniqueuse féministe abordant principalement la question de la sexualité. Mais elle s’intéresse également aux conflits générationnels, et à ces «créatures fantastiques» que sont les jeunes. Thème abordé au vitriol dans un roman de jeunesse : Rien ne nous survivra, SF où les moins de 25 ans… partent en guérilla meurtrière contre leurs aînés. Rencontre.

J’ai initialement contacté Maïa dans le cadre de mon nouveau projet de bouquin, qui causera de la représentation de la violence d’émancipation des classes opprimées dans la pop-culture. Alors, évidemment, quand j’ai vu passer ce synopsis : « Les jeunes ont rasé Paris, ont renversé les fondamentaux de notre société ; les jeunes ont osé briser le plus délicieux des tabous : tuer les vieux. Tous les vieux. A partir de vingt-cinq ans », j’ai sauté sur l’occasion pour questionner l’autrice sur la genèse de cette œuvre, où l’on suit le parcours meurtrier de deux snipers, Silence et l’Immortel, avec en fond ce questionnement moral -ou immoral- : « Au jeu de l’intolérance jeunes / vieux, qui a commencé ? »

Disant d’emblée que « l’éthique est un genre qui me passionne », Maïa me détaille le contexte de production du roman. « J’étais très jeune la première fois que j’ai écrit Rien ne me survivra. J‘avais 19 ans. Je l’ai republié et réécrit quand j’avais 25 ans. Puis je l’ai re-republié, donc je l’ai encore écrit une troisième fois. C’est le seul texte que j’ai réécrit plusieurs fois, donc le seul texte qui m’a accompagnée longtemps », sans, précise-t-elle, qu’elle en ait changé le fond. Et, ajoute-t-elle, « je reste, à 46 ans, 100% derrière ce que j’ai écrit à cette époque-là, et ça oriente plein des choix que je fais encore aujourd’hui. Ce prisme du conflit de, disons, « guerre des sexes », qui est celui que j’ai le plus l’occasion de travailler, n’a jamais chez moi écrasé l’autre grand conflit qui m’intéresse : le conflit intergénérationnel ».

Je reviens avec elle sur mon moment de lecture, dans les transports en commun de Montréal. Au bref instant de règne de la gérontocratie Barnier, comment il était cathartique de voir ces jeunes gens décimer leurs aînés, notamment lors d’une brutale et jouissive séquence de tir au vieux lapin dans les rangs d’une Assemblée Nationale en panique. Dans les ressentiments, les rancœurs et les raisons qui y poussent les jeunes à partir en guérilla contre les vieilles générations, beaucoup de choses font mouche. « Notre société n’a toujours pas réussi à vraiment appréhender la question de l’adolescence, du fait qu’on doit vivre, et c’est bien, avec des personnes dont le cerveau ne fonctionne pas complètement comme le nôtre. On ne sait pas quoi en faire. On ne sait ni utiliser le caractère brillant des moins de 25 ans, ni s’en protéger quand il faudra s’en protéger ». Dans notre société, les personnes en situation de pouvoir sont âgées, faisant peser leur domination sur leurs enfants et leurs petits-enfants, « je trouve étrange qu’on ne se questionne pas plus sur ce truc un peu nébuleux et mystérieux, au milieu de l’enfance et de l’âge adulte. Un moment où, comme les neurosciences l’ont pas mal creusé, ta puissance physique et ta capacité à appuyer sur des boutons -ceux d’un fusil, par exemple…- est optimale par rapport à celle d’un adulte et d’un enfant. Et, en même temps, la conformation de ton lobe préfrontal te rend moins capable de ressentir de l’empathie, donc plus capable de créer de la violence ». Elle évoque un livre sorti récemment, Les causes de la violence, de Jean-David Zetoun (éditions Denoël), où il est notamment expliqué que la forme la plus statistiquement prévalente de violence est celle-ci : un homme de 22 ans qui tue un autre jeune homme de 22 ans, de la même classe sociale. Zetoun « pointe la question de la jeunesse et de la violence, qui est peut-être la seule force que tu as pour t’imposer dans l’espace public à cet âge-là. Tu n’as pas la thune, pas les réseaux, éventuellement pas des formes de sagesse -ou de compromission- qui vont te permettre d’aller jusqu’à l’Assemblée nationale… Par contre, ce que tu as, c’est la puissance physique ».

Et, donc, qu’est-ce qui l’a poussée à vouloir décrire ce monde où, justement, par « hygiène », c’est ainsi qu’ils le disent, les jeunes, plutôt que de se taper entre eux, justement, décident de tuer les vieux purement et simplement ? « On a, me dit Maïa, des créatures fantastiques qui vivent à côté de nous, quasiment des demi-divinités. Je trouve que c’est un moment où tu sors quasiment de l’humanité. Mais bon, j’aime vraiment les jeunes (rires) ». Elle poursuit, à propos de son roman : « Utopie, dystopie ? Aux gens de décider, dans la forme que prend la Révolution. Mais j’estime qu’il y a là une description du réel. Je m’étais documentée, j’avais l’âge d’être concernée par ces problèmes. C’était ma réponse de jeune femme, tout simplement ». Dans quel sens ? « Je me sentais démunie. Révoltée, car j’étais ambitieuse, je voulais une place vite, mais j’avais l’impression qu’avant que ce soit mon tour de pouvoir profiter pleinement de la vie, j’aurais peut-être 50-60 ans, à être toujours dans l’urgence, l’urgence féministe notamment, en mode, si l’égalité salariale c’est dans 150 ans, moi je serai morte ! » Donc, « à un moment tu ne vois plus que la violence pour avancer. Sans négliger le fait que moi, petit chat qui ne peut pas écraser un moustique, j’adorais cette idée de pouvoir prendre des gros flingues et de se tirer dessus (rires) » -avec un côté Counter Strike notammé tiré de son expérience de gameuse.

Un texte précurseur sur le thème, aujourd’hui massivement abordé, notamment depuis que Chlöe Swarbrick, une parlementaire néo-zélandaise, a un atomisé d’un « OK Boomer » définitif un bonhomme qui voulait la couper tandis qu’elle évoquait la question du réchauffement climatique, des Baby boomers donc, cette caste de pollueurs aigris et âgés qui règnent sans partage sur ce monde et refusent tout changement. « Chaque fois qu’on élit une assemblée, bien sûr, je regarde la proportion de femmes, mais je regarde aussi l’âge des gens qui nous gouvernent. Plus on se renseigne, qui a l’argent ? Qui a le pouvoir ? Les gens âgés ». Et, ainsi, « mon utilisation de la violence dans le livre, c’est aussi pour acter une impuissance des jeunes, une impuissance politique, économique, une impossibilité à se faire entendre, qui est encore complètement présente aujourd’hui ».

Plus tard dans notre entretien, Maïa évoque sa lecture passionnée du livre de l’anarchiste et antispéciste Yves Bonnardel, La domination adulte. L’oppression des mineurs (éditions Le Hêtre Myriadis), « une vraie bombe, une manière de penser différemment ces sujets-là, avec un peu moins d’angélisme ». Elle critique « cette tendance, dès qu’on parle des mineurs, à dire, « ils sont innocents, il faut protéger leur innocence ». Moi, personnellement, je pense que j’ai été innocente cinq minutes et demie mais, y compris dans le rapport à la sexualité, je pense que déjà à 13 ans j‘avais conscience d’une forme de pouvoir ». Sachant qu’il y a évidemment, insiste-t-elle « une différence entre dire que l’adulte n’a pas à s’immiscer là-dedans, ce qui est absolument complètement le cas, et dire que les enfants sont innocents ». Ce qui, pour le coup, lui semble « être une une restriction totale, à nouveau, d’une force de la jeunesse, qui est sauvage, qui n’est pas maîtrisable. Et il faut donc des perspectives pour donner plus de place à cette énergie infantile, qui est parfois extrêmement violente ».

Illustration 3

Quelles pistes de sortie de l’enfer adultiste ? « Faire, faire des choses. On sait que chez les gamins aujourd’hui, il y a une crise de la santé mentale terrible, et le Covid n’a pas aidé. Et on leur dit tout le temps « faites-vous confiance », comme s’il suffisait de décider. Mais moi, ce que je voudrais, c’est leur donner beaucoup plus de capacités d’action, leur donner des responsabilités, –et évidemment, leur donner le droit de vote beaucoup plus tôt, c’est une certitude ». Avant de tacler cette mode « de l’over-parenting, les parents hélicoptères (terme désignant les parents surprotecteurs, NDLR) qui commencent à foutre des GPS dans le sac de leurs gosses… Il y a une espèce d’annihilation d’une puissance de vie qui me paraît extrêmement néfaste. Il pouvoir mettre les gens dans la liberté ». Et de conclure, sur où elle en est maintenant qu’elle n’a plus 25 ans : « Comment étendre le champ du bonheur ? De la liberté de mouvement, de la paresse ? Ce sont des défis qui me passionnent. Et là, j’ai l’impression d’être exactement à l’endroit où je veux être, qui est d’envoyer bazarder le vieux monde ».

Par Mačko Dràgàn

Un article tiré du Mouais n° 55, à paraître très bientôt, et consacré à la question inter-générationnelle, pour recevoir votre revue papier directement dans votre boîte aux lettres et soutenir la presse libre, une seule solution, l’abonnement ! : https://mouais.org/abonnements2025/

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11.03.2025 à 10:49

PORTRAITS | Le carnaval indépendant de Nice dans l’oeil de Hugo Gueniffey

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Sous la pluie (car la météo est de droite le sachiez-vous) mais toujours avec l’aplomb que permet le pantaï à celles et ceux qui s’y adonnent pleinement, le carnaval indépendant officiel de Nice, le seul vrai carnaval qui soit, s’est comme chaque année élancé depuis la place Saint-Roch jusqu’au Babazouk, rassemblant les âmes rieuses de Nice, de la Roya & encore au-delà · Retour en image de Hugo Gueniffey, photographe.

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Sous la pluie (car la météo est de droite le sachiez-vous) mais toujours avec l’aplomb que permet le pantaï à celles et ceux qui s’y adonnent pleinement, le carnaval indépendant officiel de Nice, le seul vrai carnaval qui soit, s’est comme chaque année élancé depuis la place Saint-Roch jusqu’au Babazouk, rassemblant les âmes rieuses de Nice, de la Roya & encore au-delà · Retour en image de Hugo Gueniffey, photographe.

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26.02.2025 à 10:33

Addictions : « Et maintenant ? Comment tenir ? Que faire pour rester abstinente ? »

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« Je m’appelle M@my et je suis alcoolique, addicte, dépendante. Je me démène comme je peux pour rester clean, jour après jour, 24 heures à la fois ». La dépendance touche toutes les catégories socio-professionnelles. Tous les âges. Une fille, un frère. Des parents. Qu’est qu’on fait alors ? On s’énerve, on ferme les yeux, on coupe les liens, ou… on cherche une autre façon de faire. Témoignage. Je vous.. Read More

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Texte intégral (1844 mots)

« Je m’appelle M@my et je suis alcoolique, addicte, dépendante. Je me démène comme je peux pour rester clean, jour après jour, 24 heures à la fois ». La dépendance touche toutes les catégories socio-professionnelles. Tous les âges. Une fille, un frère. Des parents. Qu’est qu’on fait alors ? On s’énerve, on ferme les yeux, on coupe les liens, ou… on cherche une autre façon de faire. Témoignage.

Je vous propose ici de découvrir mon regard sur la dépendance, ce qui marche pour moi, ce qui je pense, pourrait marcher pour un plus grand nombre. Et en parler pour moi… ça marche.

Je m’appelle M@my et je suis alcoolique, addicte, dépendante. Je me démène comme je peux pour rester clean, jour après jour, 24 heures à la fois. Et comme la vie de manière générale, parfois, ça vrille.

Illustration 1

                                             PP.P pour Mouais, un dessin inspiré du travail de Brandon Campbell

Je suis née bourrée. Famille dysfonctionnelle mais vite prise en charge. J’ai eu autant de chance que je n’ai su créer ma propre malchance sur mon chemin. J’ai un bac +2, sans malheureusement avoir jamais trop bossée en cours. Si j’avais su. Je suis plus qu’adulte, presque un peu vieille, aux premiers jours de l’automne de ma vie j’espère. TDAH diagnostiqué récemment. Ça m’aurait peut-être aidé de le savoir plus tôt. Ah oui, je suis borderline… J’ai du mal à gérer mes émotions mais j’ai bien avancé là-dessus. Je présente bien. J’ai toujours su arrondir les angles. Je suis vivante alors que j’ai bu plus que de raison, que j’ai beaucoup fait la fête, que je me suis parfois persuadé que gagner un gros lot changerait toute ma vie, que j’ai énormément kiffé et usé de la poudre et des pétards. Mais maintenant, je ne peux plus me permettre d’avoir d’illusion à ces sujets.

En 2013, j’en ai marre d’en avoir marre, je ne parviens pas seule à arrêter de boire. Tous les jours je me dis « demain je ne boirai pas ». Et tous les matins avant d’aller bosser, il me faut un petit truc avec le café sinon je tremble. Le midi je déjeune dans une brasserie, comme toujours je suis bien vue alors le cocktail du patron est offert. Un quart de vin avec le plat du jour, et un digestif avec le café. Sur le chemin du retour du boulot je bois quelques demis, m’achète deux bouteilles de vins blancs, une bouteille de Téquila ou de Jack Daniels s’il n’y en a plus. Une fois chez moi, je grignote autour du vin, je fume mon pétard, je m’assomme avec un dernier verre d’alcool dur pour celui-ci. Je tombe et le matin je me relève. Et ça recommence. Je sais, c’est « dark ». Mais c’est mon chemin. Et malheureusement, il peut vite devenir celui de n’importe qui. A cette époque, je gagne très bien ma vie, ça ne se voit pas que je bois, parfois j’ai la mine fatiguée mais j’arrive toujours à me rebooster.

Bref je décide d’essayer des trucs, je me renseigne sur les addictions. En même temps je regarde des séries, surtout US à l’époque, et un des personnages un peu border que je kiff essaye d’arrêter en allant aux Narcotiques Anonymes (NA). Bon, je regarde sur internet et je trouve des réunions Alcooliques Anonymes (AA). Mouais, peut-être que… Fin septembre 2014, je pousse la porte de ma première réunion des AA, un lundi soir après le travail. Et vraiment, je suis certaine que si j’ai la chance d’être devant ce clavier aujourd’hui, et bien vivante, c’est grâce à ça. Parce que depuis malheureusement, j’ai connu plusieurs personnes qui n’ont pas réussies à se relever, qui ont sombré dans la rue, dans l’isolement, dans la dépression et pour certaines sont mêmes décédées. Rip : Gaby, Soizig, Pierre, Philippe.

Grâce à ce choix, cet acte de pré-survie, j’ai appris que je suis atteinte de la maladie de la dépendance. Je suis atteinte de la maladie de l’alcoolisme. Je ne suis pas responsable de ma maladie mais je suis responsable de mon rétablissement.

Les Alcooliques Anonymes sont une organisation d’entraide pour les personnes qui souhaitent arrêter de boire. Les réunions des AA sont largement disponibles avec environ 87 000 groupes AA dans le monde. AA est un programme de vie qui met l’accent sur l’abstinence d’alcool, la croissance personnelle et spirituelle et la confiance en une puissance supérieure. Tout repose sur un programme en douze étapes et un bon nombre d’outils comme la prière de la sérénité que l’on attribue à Marc Aurèle. On la fait lors de chaque réunion AA et NA en début et fin de séance. C’est une prière d’action et de lâcher prise.

« Mon Dieu, Donne-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer celle que je peux et la sagesse d’en connaître la différence. »

Il y a aussi le parrain ou la marraine. En anglais « sponsor ». C’est une personne de confiance, à qui tu confies tes difficultés. Tu peux par exemple lui faire des appels sandwich. Ma daronne fête son anniversaire, je ne me sens pas d’y aller, de me sentir jugé, d’entendre une phrase qui me fera péter un câble, qui m’amènera à exploser ce qui évidemment gâchera l’anniversaire. Je ne veux pas y aller et je dois lui dire. J’appelle mon sponsor avant d’appeler ma mère, on fait le point sur comment je vais présenter les choses, sur le fait que d’une manière générale c’est ok que je n’y aille pas, le jour suivant se lèvera quand même. J’appelle ma mère, on se frite un peu au téléphone, ça m’énerve. Elle a raison je gâche toujours tout. Purée je boirais bien un petit verre pour me calmer. J’appelle mon sponsor. Je verbalise l’échange avec ma mère. Et en fait elle a raison. C’est fait. Ça ne dépend plus de moi. Et ça aurait était pire si j’y étais allée. Ah… tiens mais dis donc, l’envie du verre a disparue.

Au moment où j’écris ces lignes, cela fait 92 jours que je n‘ai pas consommé. Ce n’est pas la première fois que j’arrête. Et maintenant ? Comment tenir ? Qu’est-ce que je dois faire pour rester abstinente ?

Il est évident que je dois rester en lien avec des personnes du programme qui se rétablissent et mon sponsor. Je dois fuir comme la peste mon autosuffisance, mes idées et lubies scabreuses. Il m’est nécessaire de mettre en pratique le programme, l’humilité, le service, la foi et plus que tout l’Action dans tous les domaines de ma vie. J’ai besoin de me souvenir tous les jours que je dois tout faire pour ne pas aller chercher la première goutte du premier verre, la première « taf » du premier joint, le premier grattage du premier jeu, la première ligne de la première poudre, la première conso quoi ! Je dois aller en réunion, mettre les principes au-dessus des personnalités car j’ai tendance à m’insatisfaire de l’autre et à me raconter des histoires de supposés ressentiments. Continuer à avoir de l’espoir, à méditer, à nourrir ma puissance supérieure car c’est un de mes meilleurs traitements, c’est mon meilleur cacheton.

Je dois me rappeler sans avoir tendance à en faire une sinécure, que je fais de mon mieux, que tant que je pose des actes pour me rétablir, je suis sur la bonne voie. Que l’alcool est une drogue et que pour me rétablir je dois m’abstenir de toute drogue.

Je pourrais dresser des listes de gratitude, ce qui est fortement recommandé en période de difficultés ou de début de clean, mais je pense déjà les faire en remerciant chaque jour l’univers pour ce que j’ai et là où je suis, où j’en suis.

Je dois, chaque jour, 24 heures par 24 heures, me souvenir que je suis dépendante et que je me rétablis en agissant. Je dois lâcher prise sur ce qui ne dépend pas de moi, accueillir les événements et ne pas y voir un succès ou une défaite personnelle. La vie est faite d’interactions, je peux juste faire que celles qui me concernent soient des plus justes, douces et bienveillantes.

Entretenir mon cadre de vie en y incorporant et en y nourrissant la meilleure version de moi. Celle dont je suis fière, celle qui résonne à mon enfant intérieur, qui peut s’avérer être une excellente challengeuse. Et cette version ne consomme pas.

Par M@my

Un article tiré de notre numéro #53, en accès libre, mais pour nous soutenir et nous recevoir directement dans votre boîtes aux lettres, abonnez-vous à la version papier ! https://mouais.org/abonnements2024/

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10.02.2025 à 08:38

« Rester barbare » : retour sur le mouvement social martiniquais avec Michael Roch

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Cet automne a commencé en Martinique un vaste mouvement contre la vie chère, dans une île où 90% des produits alimentaires sont importés, 40% plus chers qu’en métropole, et aux prises avec une caste coloniale. Nous en avons parlé avec l’écrivain afro-futuriste Michael Roch qui, dans Les Choses immobiles, aborde la question de la lutte violente, légitime, pour l’indépendance -et ses dérives. Manifestations, pillages, incendies, avec au moins trois morts.. Read More

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Texte intégral (2838 mots)

Cet automne a commencé en Martinique un vaste mouvement contre la vie chère, dans une île où 90% des produits alimentaires sont importés, 40% plus chers qu’en métropole, et aux prises avec une caste coloniale. Nous en avons parlé avec l’écrivain afro-futuriste Michael Roch qui, dans Les Choses immobiles, aborde la question de la lutte violente, légitime, pour l’indépendance -et ses dérives.

Manifestations, pillages, incendies, avec au moins trois morts et des blessés, sur fond de Bruno-Retailleau-le-facho (mais tout va sans doute aller mieux avec l’arrivée de Valls à l’Outre-Mer, par pitié tuez-moi)faisant tout son possible pour pisser sur le fioul : depuis septembre dernier, la situation sur l’île des Antilles française, quinze années après la grève générale initiée par le collectif guadeloupéen Liyannaj Kont Pwofitasyon, dit LKP, est à nouveau explosive -il faut dire que rien là-bas ne s’est amélioré, bien au contraire. L’occasion était donc bonne de se pencher dans Les Choses immobiles, de Michael Roch, paru récemment aux éditions Mu. Un roman-brulôt de science-fiction, écrit tambour battant, dont la verve gouailleuse m’a rappelé mes quelques mois passés là-bas, à Schoelcher. Se déroulant dans une Martinique en pleine guérilla de libération, avec deux frères longtemps séparés se déchirant entre lutte contre joug colonial et dérives fascisantes du combat indépendantiste, l’œuvre pose moult questions, dont j’ai eu la joie de discuter avec son auteur, en visio -capricieux- depuis Fort-de-France.

« Tout ce que j’ai écrit dans Les Choses immobiles, me dit-il d’emblée, c’est juste une extrapolation de ce qui se passe actuellement dans nos milieux militants ». « Quand j’ai écrit le bouquin, c’était en rapport au Déchoucage [Mouvement anticolonialiste antillais passant notamment par le déboulonnage -« déchoucage », donc- de statues]. Et puis là, aujourd’hui, on a le mouvement contre la vie chère, et c’est rebelote ». « Rebelote » de quoi ? « Des leaders du mouvement ont parfois des propos ethno-suprémacistes. Il y en a une, par exemple, Aude Goussard, qui déclare en live que la souveraineté d’une nation ne doit appartenir qu’à l’ethnie dominante de cette nation-là. C’est du noirisme, du supremacisme noir. Et il faut pouvoir pointer du doigt, dans nos propres mouvements de lutte, là où ça dérape ».

« Rester barbare » sans se perdre

Difficile, en effet, de contester un pouvoir tout en faisant en sorte de s’extraire de la matrice de ce même pouvoir -et beaucoup de mouvement décoloniaux en font les frais. « Ces mouvements se sont construits dans le carcan capitaliste, raciste, impérialiste ; ils ont tendance à reprendre ce vocabulaire-là, qui appartient déjà aux colons. Ces personnes ont le même trait psychologique du pouvoir. Chez eux aussi, l’expression de ce pouvoir ne passe que par un suprématisme ». Elles visent donc, selon Michael, « à réinstaurer un ordre qui sera d’autant plus violent pour d’autres catégories de personnes, à commencer par les femmes et les personnes LGBTQ+ ». Voilà donc, « au-delà de la question des békés » [dans les Antilles françaises, un béké est un blanc créole descendant des premiers colons esclavagistes, NDLR], et au travers d’une vaste réflexion « sur la blanchité, sur le rapport à l’État français et à son emprise coloniale, sur tout, en fait », ce contre quoi il faut lutter, sur tous les fronts. En vigilance.

Et c’est donc sur ces sujets complexes qu’il a souhaité travaillé dans les Choses immobiles, « parce qu’autant la lutte violente est nécessaire, autant ce qu’a fait Mandela dans ses années de sabotage, moi je suis tout à fait OK avec ça, autant il faut faire attention ». Ainsi, par exemple, « après qu’il y ait eu deux, trois attentats où il y a eu des morts, il est revenu là-dessus en se rendant bien compte que l’arbitraire, ne sert absolument à rien dans la lutte ». Citant le puissant essai « Rester barbare » (Ed. La Fabrique) de Louisa Yousfi, Michael affirme donc que c’est ça, cette ligne de crête, qui a servi de leitmotiv à son roman : « Ce « rester barbare », rester cannibale. Comment rester Marron (1), sans succomber à cette tentation du renversement de l’ordre mais pour mettre à la place le même type de pouvoir ? »

Mais comment développer ce genre de réflexion sur un mouvement légitime d’émancipation sans sombrer dans le moralisme ? L’exercice est ardu. Et pour Michael, en premier lieu, «  ce genre de texte doit se faire dans l’instant de la crise, dans l’instant de la révolte ». D’où un roman bref, incisif -abrupt, cassant, lui fais-je remarquer. « Oui, il a vraiment été écrit dans l’instant. Les notes ont été prises durant la crise ». Et finalement, cette crise, d’ailleurs « on n’en est pas vraiment sortis, parce que quelques mois après l’apparition du bouquin, il y a ce mouvement qui est apparu, avec quasiment les mêmes enjeux. Les protagonistes étaient différents, mais il y a eu de nouvelles couches qui se sont ajoutées ».

Retour sur le mouvement social martiniquais

Un mouvement social, donc, qui s’est fait remarquer de par son ampleur et son intensité. Et qui a été violemment réprimée ? « Pas tant que ça, nuance Michael. Enfin, si, ça a été effectivement violent. Cette arrivée des CRS, ça faisait 40 ans qu’ils n’étaient pas venus sur l’île. Ça a été pris véritablement comme une invasion du territoire, ces forces armées qui arrivent par avion. Mais finalement, leur présence n’a pas causé de violences policières comme on en avait eu dans les années 2020, avec notamment ce qui est arrivé à Kéziah ».

A cette époque, un 16 juillet, Kéziah Nuissier, 21 ans, militant antichlordécone, avait eu le crâne fracassé et un œil crevé, après avoir été tabassé derrière un camion par des policiers et des gendarmes -évidemment, selon une coutume hélas bien implantée, c’est lui avait été poursuivi pour violences supposées sur les forces de l’ordre, sur la base de faux témoignages (2). « Non, là, poursuit Michael, les CRS ont été déployés de manière assez stratégique, et pour répondre à des tirs à balles réelles qui étaient sur les zones d’émeute ».

Et de me faire le récit de ces journées de révolte populaire. « Ça a été bizarre les premiers jours. Il y avait ces camions militaires en plein centre-ville ». « Il y avait une manifestation qui était une espèce d’opération escargot, avec des camions qui montaient sur Fort-de-France. Et donc le centre-ville avait été barré, barricadé par des camions militaires. C‘était très impressionnant ». Ce fut, les trois premiers jours, la seule présence militaire sur le site -après quoi, ils interviendront la nuit, sur les barrages. En tournée de promotion loin de l’île pendant une bonne partie des événements, Michael n’y a guère participé. « Je n’ai du tout été sur les barrages J’ai fait la première marche, lors des premiers appels à la grève ». Et, de retour chez lui, il n’y est pas retourné, car « les leaders ont clairement montré leurs prétentions fascisantes, et en tant qu’antifasciste c’est plutôt quelque chose contre lequel j’ai envie de m’inscrire ».

« Le mouvement contre la vie chère est mené par une association qui s’appelle RPPAC [Rassemblement populaire pour la protection des populations et des ressources afro-caribéennes]et qui en Guadeloupe s’est associé directement avec le Rassemblement National de Guadeloupe, c’est dire… » Il n’empêche que, selon lui, effectivement, même mal posée, cette question de la richesse est prépondérante. « Ce rapport avec l’hégémonie et le monopole béké est extrêmement important, et ça nous pousse, nous, artistes, et d’autres qui y réfléchissent, à essayer de trouver des moyens pour porter ces questions-là autrement ». Et c’est tout l’enjeu actuel, puisque les leaders du RPPAC ont perdu leur statut d’interlocuteurs avec l’État et les békés. Notamment suite à l’arrestation du président de l’association, Rodrigue Petitot. Pourquoi ? « D’abord, il s’est introduit dans la résidence du préfet, d’où un dépôt de plainte, et il a été mis sous bracelet électronique, avec l’ordre de ne pas trop quitter son domicile. Puis il s’est fait arrêter et là, il est emprisonné parce qu’il a sorti une vidéo dans laquelle il menace les maires de Martinique de s’en prendre à eux de manière… très imagée. Il a dit « On va vous attaquer à l’intérieur comme à l’extérieur ». On ne sait pas trop ce que ça veut dire, mais couplé à d’autres propos, c’est quand même assez saisissant… » D’autant que, poursuit Michael, « avant de lancer le mouvement, il avait eu une vidéo dans laquelle il disait qu’il y avait trois étapes à leur lutte : la première, c’était le blocage des ronds-points, par exemple. La deuxième, je ne sais plus ce qu’il y mettait. Et la troisième, c’était… la traque de l’ennemi, et sa destruction. Le monsieur sort des mots, je ne sais pas s’il est conscient de ce qu’il dit ».

En tous les cas, « ça ne pouvait pas se passer crème comme ça ». Et, ajoute encore Michael, « ce n’est pas comme si le fascisme n’avait jamais existé dans les Antilles ». Il y a, en effet, par exemple, déjà eu un pouvoir aux connotations fascistes -celui de François Duvalier- en Haïti. Les historiens et les historiennes de l’île sont ainsi « très alertes sur ce qu’il se passe ». « On fait gaffe, et là, on est vraiment sur une jonction, car toutes les avancées du mouvement ont été rendues caduques par ce qui s’est passé en France récemment, avec la démission du gouvernement. Il faut tout recommencer à zéro ». Ce qui pose évidemment, il était impossible de ne pas en parler en conclusion, « cette question de : est-ce que c’est vraiment nécessaire qu’on soit encore rattaché à la France ? Sachant que moi, par exemple, je suis indépendantiste ». « C‘est totalement aberrant de dépendre d’une chute du gouvernement français… »

On a vu, notamment pendant les dernières élections présidentielles, un électorat martiniquais voter massivement pour la France Insoumise au premier tour, puis tout aussi massivement pour le Front National au deuxième tour. Est-ce que, selon lui, le fait d’accorder des gages sur une indépendance future à court ou moyen terme permettrait de faire retomber les tensions et de donner moins d’écho aux agitateurs fascisants sur l’île ? « Non, répond-il. Je pense que ce sera toujours le risque, parce que dès qu’il y a un changement de pouvoir, il y a des gens qui vont tenter de s’immiscer. Et on sait que le fascisme, et en tout cas l’extrême droite, est très volubile, très audible. Ce sont ceux qui crient le plus… »

Il n’en demeure pas moins que, selon Michael, l’indépendance des îles des Antilles peut être faite ici et maintenable. Des structures viables et fonctionnelles sont d’ores et déjà présentes -en partie installées par l’emprise coloniale française. « Mais, précise-t-il, ce n’est pas parce qu’on aurait une indépendance que ces structures seraient amenées à disparaître. La transition ne va pas forcément être abrupte. Ce n’est pas parce qu’on quitte le bateau que le bateau coule ». « Il y a déjà beaucoup de choses en place. Par exemple, il y a des questionnements sur : si on quitte l’État français, est-ce que tous les bandits vont se retrouver dans la rue ? Est-ce que ça ne va pas être le chaos total ? Non, parce qu’il y a déjà des structures existantes de gestion de la vie collective ». La même chose que nous autres anarchistes, disons souvent : si l’anarchie est déclarée demain, il y aura, par exemple, toujours des hôpitaux…

Il conclut : « Cette question de l’indépendance, c’est surtout un moyen d’aller vers autre chose, plutôt qu’une fin. Le but de toute ma politique et mon imaginaire, ce n’est pas de m’arrêter à l’indépendance, c’est de voir comment, en étant indépendants de l’État français, on peut bâtir un système meilleur pour les individus vivant en Martinique ».

Par Macko Dràgàn

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(1) Le marronnage désigne, à l’époque coloniale, la fuite d’un esclave hors de la propriété de son maître. Le fugitif lui-même était appelé marron ou cimarron (du castillan cimarrón)

(2) https://theconversation.com/martinique-contre-la-vie-chere-un-collectif-atypique-242869

(3) https://reporterre.net/Keziah-militant-anti-chlordecone-tabasse-par-les-forces-de-l-ordre-puis-accuse-de-violences

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07.02.2025 à 16:02

Favoritisme, intimidations : à Nice, l’extrême-droite mascu’ en planque derrière l’atelier Missor et sa statue de Jeanne d’Arc

admin

A Nice, une statue de Jeanne d’Arc, célèbre figure locale *sarcasme* suscite une polémique nationale depuis que le préfet, Hugues Moutouh, proche de Robert Ménard et Eric Ciotti peu suspects de gauchisme, a demandé son retrait de l’espace public, car elle a été installée sans appel d’offre, comme l’exige la loi. Avec le soutien du maire, Christian Estrosi, qui soutient une souscription pour racheter l’œuvre, et tout ce que ce.. Read More

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Texte intégral (3745 mots)

A Nice, une statue de Jeanne d’Arc, célèbre figure locale *sarcasme* suscite une polémique nationale depuis que le préfet, Hugues Moutouh, proche de Robert Ménard et Eric Ciotti peu suspects de gauchisme, a demandé son retrait de l’espace public, car elle a été installée sans appel d’offre, comme l’exige la loi. Avec le soutien du maire, Christian Estrosi, qui soutient une souscription pour racheter l’œuvre, et tout ce que ce pays compte d’extrême-droite, l’atelier Missor, qui a réalisé le monument, dénonce « la bureaucratie, avec la complicité d’intellectuels de gauche et de profs des Beaux-Arts » (sic). Mais localement, le profil de ces dandys parisiens réactionnaires interroge, notamment à la librairie féministe Les Parleuses, qui a fait l’objet de leurs intimidations, comme elles en témoignent auprès de Mouais.

L’information était déjà brièvement mentionnée dans le portrait que leur avait consacré le journal l’Humanité en février 2023, où au détour d’une phrase, l’on pouvait lire que les Parleuses avaient « fait l’objet d’une vidéo moqueuse de la part de l’Atelier Missor, un groupe d’identitaires masculinistes en col blanc ». Un collectif de sculpteurs plus précisément, nommé du nom de l’artiste qui le dirige, Missor donc, aux avis Google… mitigés (Voici les trois apparaissant sur le moteur de recherche : « toujours rien reçu après plus d’un an d’attente et de renvoi. Franchement ça devient vraiment la honte. Surtout que nous avons bien évidemment été débités… » ; « Commande passée en novembre 2023 pour un buste Napoléon. Toujours aucune nouvelle… » ; « Commande passée en novembre 2023 avec une livraison annoncée avant Noël. Aucune nouvelle depuis plusieurs mois. Ils continuent les prises de commandes… »), et récemment nationalement médiatisés suite à « l’affaire Jeanne d’Arc ».

Dessin de PP.P pour Mouais

Mais revenons d’abord sur cette -pitoyable- histoire. Car s’il est une commande qui est arrivé à bon port, après avoir été dûment débitée, c’est bien celle de la monumentale statue dorée de Jeanne d’Arc brandissant une croix (en fait un pommeau d’épée tenue par la lame, ce qui est formellement déconseillé, surtout à cheval), demandée par le maire de Nice, Christian Estrosi, pour la bagatelle de 170 000 euros, et inaugurée en grande pompe le 19 décembre dernier. Las, rapidement, le préfet des Alpes-Maritimes demande à ce que Jeanne soit descellée, et saisit en ce sens le tribunal administratif de Nice, qui acte que « le marché, lancé par la Régie Parcs d’Azur, a été attribué sans publicité ni mise en concurrence à la société Atelier Missor ». Comprendre : sans appel d’offre, ainsi que l’exige la loi quand il s’agit de deniers publics.

On pourrait y voir une simple guéguerre entre deux turbo-droitards dont l’entente, depuis quelques mois, n’est plus au beau fixe ; une querelle interne en terres estroso-ciottiste en somme, dont les sculpteurs auraient fait les frais, par ailleurs sans grand dommages puisqu’une ville du Sud-est de la Hongrie fasciste de Viktor Orbán s’est déjà proposé de recueillir la statue, le maire de cette bourgade déclarant, dans un communiqué commun avec les deux chefs du Parti populaire démocrate-chrétien (KDNP), allié du Fidesz, que « Le KDNP soutient toute initiative visant à sauver notre culture occidentale fondée sur le christianisme » (1).

Fin de l’histoire ? Non. Les choses se sont emballées. Furieux, Missor, dans une vidéo -les artistes sont très actifs sur Youtube, nous y reviendrons- accuse « la bureaucratie, avec la complicité d’intellectuels de gauche et de profs des Beaux-Arts », et analyse subtilement la situation : « Le fond du problème, c’est qu’en France, depuis un demi-siècle, on a un monstre de bureaucratie qui veut noyer les gens », avec pour résultats que toute les œuvres mises dans l’espace public sont « moches » -et dans le cas de Nice, on ne peut pas lui donner tort puisque c’est Estrosi qui les choisit toutes lui-même, notamment pour 99 540 euros d’argent public des « œuvres » de son « sculpteur » et surtout ami Richard Orlinski, avant que Mediapart ne révèle « que l’édile et son épouse, la journaliste Laura Tenoudji-Estrosi, [ont] reçu ces dernières années plusieurs statues de l’artiste, dont les exemplaires numérotés sont vendus des dizaines de milliers d’euros », a fortiori sans le déclarer, comme la loi et la déontologie l’auraient obligé.

N’ayant manifestement pas d’argent à lui, après avoir signé un chèque aux frais de la ville, Estrosi a soutenu le jeudi 16 janvier le lancement, par notamment le prince napoléonien Joachim Murat, d’une « souscription populaire » afin de compenser l’annulation de la commande publique en faisant appel à « tous les citoyens de Nice et d’ailleurs qui le souhaitent à y participer ». Il conclut son courrier officiel par cette vibrante adresse au préfet :« Je ne céderai rien. Les déboulonneurs de notre grand destin national peuvent passer leur chemin ».

Estrosi en soutien de l’extrême-droite masculiniste

Loin semble-t-il de ce genre d’agitations, se trouve la librairie des Parleuses, qui existe depuis septembre 2018, et « forcément féministe parce que c’est nous, que nous sommes deux femmes, en couple, et on voit bien qu’on fait face à des choses particulières en tant que telles », ainsi qu’elles nous l’expliquaient il y a deux ans. Il y a deux semaines, elles ont écrit à Christian Estrosi, dans un courrier co-signé par d’autres libraires. Pour quel motif ? « Ça m’a mis en colère, nous explique Maud à la terrasse de la librairie, quand je l’ai vu prendre fait et cause, et demander aux Niçois de payer, pour ces gars-là ». En effet, elle les connaît un peu : en novembre 2021, ils sont venus intimider une librairie qui ne leur avait rien demandé, avant, ainsi que nous le rapportions plus haut, de s’en moquer dans une vidéo publique, captée avec un portable et diffusée en infraction totale de l’article 9 du Code civil relatif au droit à l’image.

Tirant sur sa vapote, elle nous raconte l’histoire. « Ils sont venus à la librairie pour demander de mettre un buste, je ne sais plus de qui, Victor Hugo ou Dostoïevski. Ça nous arrive souvent, que des gens passent pour proposer d’exposer chez nous, et même si on n’accepte pas toujours, c’est toujours cordial. Mais là, ils sont arrivés à deux bonhommes, agressifs. Ils étaient intimidants, moqueurs, notamment avec la vendeuse présente à ce moment là ».

Elle rapporte entre autres, que, leur ayant été demandé pourquoi ils ne proposent que des bustes d’auteurs, ils auraient rétorqué, goguenards que « ce n’est pas notre faute si tous les génies sont des hommes »… « Je me suis douté que ça cachait quelque chose, et j’ai bien fait, car effectivement, ils avaient tout filmé avec leur portable, et mis en ligne pour nous humilier ». Elle leur écrit alors, texte de loi à l’appui, pour leur demander de retirer cette vidéo. « On n’a pas porté plainte, on voulait régler ça à l’amiable… On n’aurait peut être pas dû » -sachant que quiconque « photographie ou filme une personne dans un lieu privé ou transmet son image, sans son accord » risque un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

Vu sur la toile, en référence et soutien à l’humoriste Merwane Benlazar

Après quelques relances, l’atelier finit par répondre, laconiquement, qu’il supprimera les passages où elles apparaissent. « Naïvement, j’ai fait confiance, je les ai crus…. » Avant de se rendre compte, plus tard, qu’il n’en est rien, et que la vidéo est simplement passée en statut « privé », et donc accessible aux membres de leur communauté, ce qui contrevient toujours au respect de la vie privée et du droit à l’image.

Maud nous dit son incompréhension de ce genre de procédés, tout particulièrement contre des lieux de culture. « D’autres librairies ont été visées. Et j’ai vu une autre vidéo, où ils s’en prennent à un taxi… » Étrange façon, pour ces nouveaux arrivants aux allures de dandys bourgeois parisiens, de contribuer à la culture locale…

L’atelier Missor, ou comment « rendre des idées nauséabondes sympathiques »

Comme dit plus haut, l’atelier est très actif sur les réseaux sociaux, et notamment en vidéo. Le 20 octobre 2022, David-Julien Rahmil, rédacteur en chef adjoint de la revue en ligne L’ADN et auteur de L’internet des enfants aux éditions Divergences, publie un article titré L’Atelier Missor, la meilleure (et la pire) série de téléréalité que vous pouvez regarder. Il y détaille les contenus de la chaîne Youtube, aux 50 000 abonnés alors, de la petite bande de Missor, « spécialisée dans des personnages historiques appréciés par une clientèle que l’on pourrait qualifier de traditionaliste ou de nationaliste », qu’il décrit comme « une pépite de drôlerie non intentionnelle et de cringe », sur fond de « virilisme à la sauce cryptogay ».

Sapes à la Peaky Blinders, langage excessivement châtié, vouvoiement systématique, tatouages de marins, moustaches en guidons de vélos, marcels chatoyants, et viriles bagarres ou embrassades torses nus ou en slip, « le tout se mélange à une forme de folie collective donnant aux vidéos une ambiance cryptogay permanente et totalement savoureuse, étant donné l’orientation politique et masculiniste des protagonistes ». « Ce spectacle navrant donne l’impression de voir des adolescents lâchés dans un squat d’artistes tenter les pires expérimentations ». Mais, conclut le journaliste, « derrière tout ça, on se prend aussi à trouver sympathique une bande de garçons porteuse d’idées qui ne le sont pas vraiment. L’Atelier Missor est-il une nouvelle forme de pilule rouge, cette fameuse technique d’endoctrinement par les mèmes et l’humour ? Leur vidéo intitulée « Jeanne au secours », faisant référence au fameux mème lié à Jean-Marie Le Pen a de quoi mettre le doute sur leurs véritables intentions ».

Intentions du reste assez aisément identifiables, quand, sur leur site où ils vendent leurs bustes de bonhommes -jamais de femmes, à part Jeanne d’Arc bien évidemment-, la clique se définit comme « un petit groupe d’hommes qui se bat pour défendre les grands hommes du passé », avant de partir en envolée romantico-lyriques sauce Nietzsche mal digéré de type « Et si nous construisions des statues monumentales pour les villes. Et si nous reprenions ce rêve de civilisation, qui avait été abandonné ? », ou encore « Napoléon avait un rêve. Avant de mourir, il voulait faire de Paris la capitale de l’univers » (et on se demande donc pourquoi s’installer à Nice, d’autant plus si c’est pour venir se foutre de la gueule des locaux).

Nice, terre d’inculture municipale

Retour à la terrasse des Parleuses. En décembre 2022, leur vitrine avait été couverte d’un drap noir par des policiers, à l’occasion de l’invitation, par Christian Estrosi, de Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur, pour visiter le futur commissariat avoisinant. Des collages en soutien des femmes victimes de violence avaient été apposés sur la librairie. Le tribunal administratif de la ville a condamné une une « atteinte à la liberté d’expression ».

« Nous n’avons reçu aucun soutien du maire lors de notre censure. A part une lettre, visiblement écrite par le stagiaire, où il nous a dit… son intérêt pour la lutte contre l’illettrisme. On lui a répondu qu’on ne voyait pas le rapport (rires». Elle fulmine : «  Et là, on nous demande de faire le dos rond, de laisser des mascus venus nous intimider, et nous jeter en pâtures sur leurs réseaux d’extrême-droite, empocher de l’argent public, et représenter la culture à Nice ? Il y a un moment où c’est trop ». D’autant que, l’extrême-droite, le couple en a déjà fait les frais, ayant notamment dû déposer une main courante après des dégradations retrouvées un matin, et portant la marque de l’Action Française -sans nul doute elle aussi friande du travail de Missor.

La faferie locale, d’ailleurs, ne s’y est pas trompé. Deux jours de suite, une centaine de manifestants se sont rassemblés aux abords de l’église Sainte Jeanne-d’Arc jouxtant la fameuse statue, à l’appel de la section locale de Reconquête, de Philippe Vardon, ex-skin néo-nazi co-fondateur de Génération identitaire et élu dans « l’opposition » -il sait semble-t-il trouver des accords avec le maire- au conseil municipal de la ville, et d’Identité-Liberté, groupuscule de Marion Maréchal, ces deux derniers ayant également mis en ligne une pétition, où l’on peut lire :

« Depuis des mois, la gauche locale s’est montrée réticente à l’installation d’une statue de Jeanne d’Arc à Nice. Elle est non seulement allergique au symbole bien sûr, mais aussi au collectif d’artistes choisi : l’atelier Missor. Des artistes qui ne semblent pas pencher à gauche, c’est évidemment inacceptable… Le Tribunal administratif de Nice s’appuie aujourd’hui sur un principe de « mise en concurrence » absolument inadapté pour casser le contrat passé entre la Métropole et l’atelier Missor. Quels autres artistes pouvaient réaliser une telle œuvre ? La préfecture a fait savoir qu’il fallait désormais démonter la statue de Jeanne d’Arc : Quels que soient les arguments administratifs, ou même juridiques, il est absolument inconcevable de déboulonner une statue de Jeanne d’Arc en France ».

Quant à Maud, elle conclut en nous disant que, dans leur courrier au maire de la ville, elles avaient demandé à ce que la place à côté de la librairie « soit renommée en hommage à Rose Valland, une grande dame, une Résistante, et très importante dans l’histoire du mouvement lesbien » -elle a également contribué grandement au sauvetage et à la restitution des œuvres et bien culturels volés par les nazis aux institutions et aux familles Juives pendant la Guerre. Une prochaine commande -avec appel d’offre cette fois-ci- pour l’atelier Missor ?

Par Mačko Dràgàn

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(1) Source : le JDD, oui on sait.

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04.02.2025 à 12:52

Felix Tréguer : « Avec la technopolice, on n’aurait pas pu résister en 1940 »

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Auteur d’un ouvrage intitulé Technopolice, Félix Tréguer, chercheur associé au Centre Internet et Société du CNRS et membre de La Quadrature du Net, une association dédiée à la défense des droits humains dans le contexte d’informatisation, analyse l’accouplement de la machine et de la police. Entre Nice, Marseille et Denver, le constat apparaît terrifiant. Les bonds technologiques permettent d’enserrer de plus en plus la population, avec des formes de contrôle pas.. Read More

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Texte intégral (3247 mots)

Auteur d’un ouvrage intitulé Technopolice, Félix Tréguer, chercheur associé au Centre Internet et Société du CNRS et membre de La Quadrature du Net, une association dédiée à la défense des droits humains dans le contexte d’informatisation, analyse l’accouplement de la machine et de la police. Entre Nice, Marseille et Denver, le constat apparaît terrifiant. Les bonds technologiques permettent d’enserrer de plus en plus la population, avec des formes de contrôle pas si éloignées du modèle chinois. Malgré tout, le réel et la rue résistent. Entretien. Par Edwin Malboeuf

« On est prêt, on attend juste la législation ». Ce mot d’un policier au Centre de supervision urbain, lors d’une rencontre citoyenne un soir de février 2024 fait froid dans le dos. Après une heure et demie à montrer à la petite quinzaine de personnes présentes l’ampleur des dispositifs en matière de vidéosurveillance algorithmique (VSA), il donnait des exemples de paramètres installés sur les logiciels pour lever une alerte. Comme un attroupement de plus de 5 personnes sur la place centrale de Nice. Enterrant ainsi l’idée d’agora, soit la place comme cœur de la démocratie. Félix Tréguer, chercheur et membre actif de la Quadrature du Net, association visant à défendre les libertés dans un contexte d’informatisation du monde, ne dit pas autre chose dans son livre titré par un néologisme idoine pour décrire l’accouplement de la technologie avec la surveillance de masse : Technopolice.

Celle-ci selon lui est « incompatible avec les formes de vie démocratique ». Pourquoi, lui demande-t-on ? « A l’époque de la création du fichier TES (Titres électroniques sécurisés) qui prévoyait la prise d’empreinte faciale pour les documents d’identité, l’un des fondateurs de la Quadrature avait eu cette analogie avec 1940. Si à ce moment, on n’avait pas pu falsifier des documents d’identité, on aurait été incapable d’organiser des réseaux clandestins, dissidents, capables de résister à l’occupant nazi. L’argument est de dire qu’une reconnaissance faciale, couplée aux 100 000 caméras déployées aujourd’hui dans les rues, empêche de monter des réseaux clandestins de résistance. La sauvegarde des formes de vie démocratiques passe par le refus en tant que société qui veut demeurer démocratique, d’instaurer ces structures de surveillance massive. C’est l’un des arguments les plus forts ». Avec un Rassemblement national aux portes du pouvoir, l’argument est effectivement de poids. Que donneraient ces outils dans des mains (encore) plus malintentionnées ?

La rue résiste à la domestication

Malgré tout, de nombreux exemples historiques permettent de garder un brin d’optimisme face à la méga-machine qui se met en place. Notamment, le mouvement des Gilets jaunes fin 2018, parvenu à contourner les effectifs policiers malgré une technologie avancée et omniprésente à l’époque. « Malgré la puissance des dispositifs, il y a encore des craquelures dans cet appareil d’Etat technopolicier. Il demeure un géant aux pieds d’argile. Avec une certaine régularité, il se fait dépasser » énonce Félix Tréguer. Dans Technopolice, il écrit à propos des révoltes ouvrières du début du XXème siècle : « La rue résiste aux tentatives de domestication ». Car le sujet est bien celui-ci. Domestiquer. Contrôler. Surveiller. « Il y a aussi tout ce que cela change en nous, dans le rapport à l’altérité, à la rue, à la spontanéité, au pouvoir. La manière dont ces technologies tentent de faire de nous des sujets dociles. De produire des subjectivités normées, conformes, qui se déplacent d’un point A à un point B dans la ville : bosser, consommer, rentrer chez soi. Et surtout ne pas parler politique, s’attrouper pour créer des formes de vie un peu plus organiques. On sent à quel point le projet de technopolice renvoie à une vision surannée et dangereuse. Il faut le dénoncer sur le plan de la critique politique », poursuit-il.

La tech pour votre bien-être

Dans un édito du Monde diplomatique d’août 2021, Serge Halimi écrit : « Il fut un temps, qui n’était pas le Moyen Âge, où l’on pouvait prendre le train en demeurant anonyme, traverser une ville sans être filmé, se sentir d’autant plus libre qu’on ne laissait derrière soi nulle trace de son passage. Et pourtant, il y avait déjà des enlèvements d’enfants, des attentats terroristes, des épidémies — et même des guerres. » Un rappel utile lorsque la technologie est toujours invoquée, d’abord pour des raisons moralement légitimes. « Il y a une volonté qui remonte aux origines de l’informatique de vouloir épouser au maximum le réel. Il faut reconnaître que les systèmes d’intelligence artificielle ont progressé en la matière ces dernières années. C’est notamment le cas pour la videosurveillance algorithmique sur laquelle on travaille », informe Félix Tréguer.

Un pouvoir agoraphobe

Le pouvoir se méfie de la foule, de la plèbe rassemblée et organisée, et ce depuis que le pouvoir est pouvoir. « L’enjeu de cette foule rassemblée et concentrée dans les villes avec la cohabitation de classes sociales antagonistes que ça suppose, la proximité de ces masses prolétariennes constitue un défi pour le pouvoir, explique le chercheur. L’Etat moderne se met en place comme une instance capable de domestiquer cette vie urbaine qui lui échappe, subversive et indocile, largement auto-organisée jusqu’à la fin du Moyen-Age. Francis Dupuis-Déri [intellectuel anarchiste – N.D.L.R.] a ce terme d’agoraphobie pour désigner ce rapport de crainte viscérale des élites politiques vis-à-vis du peuple. On retrouve ça très largement aujourd’hui dans les discours politiques », retrace Félix.

Au-delà d’une peur panique du pouvoir en place face aux masses, l’intensification des flux et des échanges (populations, marchandises, biens), corollaire de la contre-révolution néolibérale dans les années 1980, a nécessité la mise en place d’outils de contrôle disparates. « La circulation beaucoup plus intense suscitée par le capitalisme moderne pour produire de la richesse nécessite une logique sécuritaire et des formes de contrôles qui doivent laisser la circulation dans des espaces ouverts, garante de richesse et de prospérité et qu’il faut stimuler. Et pour garder des formes de contrôles efficaces, ce sont tous ces capteurs pour calculer à la volée, et décider si untel ou unetelle a droit d’accès à tel endroit. Ces technologies de technopolice qu’on a documentées rendent possible ces formes de gouvernances massifiées. Un avocat dans un salon sécuritaire à Nice avait dit : “Dans une société à 10 milliards de personnes, on aura besoin de la biométrie pour s’administrer”. Cette complexité sociale et les échelles de circulation modernes en lien avec le capitalisme mondialisé nécessite ce contrôle des flux toujours plus serrés et cette technologie pour le faire de manière efficace, la plus fluide possible. »

Surveillance et néolibéralisme vont de pair

Dit autrement, « la surveillance est le produit de rationalisation du gouvernement des sociétés modernes », peut-on lire dans Technopolice. « L’intégration étatique et capitaliste toujours plus poussée se double donc d’une consolidation de l’emprise policière, qui participe à ce qui peut s’apparenter à une colonisation de l’intérieur », poursuit-il plus loin. Par le prisme de la technopolice, on lit en creux une théorie de la formation de l’Etat. Pour rappeler que la police est au cœur de la matrice originelle de l’Etat.  « A partir du XIXème siècle, l’apparition d’une force policière professionnalisée est simultanée de processus de dislocation de formes d’auto-régulations, de communauté rurale et urbaine. La technopolice a une histoire ancienne. Mais dans les années 1960, avec une crise de gouvernementalité, due aux révoltes raciales dans les ghettos noirs américains, les revendications sociales, démocratiques, anticapitalistes très poussées, l’informatique est approprié pour venir tenter d’amplifier et rationaliser l’action policière. Aux Etats-Unis, puis en France, se met en place un cadrage uniquement répressif en considérant ces revendications comme de la délinquance ordinaire et non des revendications politiques. Avec des investissements massifs et des renoncements de tout l’échiquier politique, à penser la délinquance uniquement par le prisme psychologisant de la déviance individuelle ». Le chercheur membre de la Quadrature du Net note également un paradoxe « des discours sur la liberté et l’inflation de la sphère carcérale pour gérer les populations reléguées de ce capitalisme dérégulé qui fleurit dans les années 1980 ». A ce titre, l’on doit au sociologue Loïc Wacquant cette formule imagée dans Les prisons de la misère, paru en 1999 : « La main invisible du marché nécessite le poing de fer de l’Etat pénal ».

Démocratie vs dictature ? Stratégies diverses mais horizons communs

Comme dans bien d’autres politiques publiques, la stratégie des petits pas est à l’œuvre s’agissant de technopolice. Il s’agit d’avancer à pas feutrés, petit à petit dans la montée en intensité de l’emprise techno-sécuritaire. Car des bonds en avant trop grand raidissent l’opinion publique. Le député Philippe Latombe (Modem) le sait bien. « Avec la reconnaissance faciale, on touche à un tabou absolu, au truc qui fait hurler tout le monde. Ce que nous avons proposé […], c’est que si on y va d’un coup d’un seul, ça va tellement crisper que ça ne passera pas. Il faut y aller en touchant les choses du bout des doigts et en y allant dans des cas très particuliers, très bien balisés. » (Technopolice, page 149). Plus loin, il affirme que son utilisation est inéluctable : « Ce serait une faute [de ne pas utiliser la reconnaissance faciale]. Si on a des outils pour le faire, utilisons-les, et après on verra bien si ça ne marche pas ». Voilà pour le cynisme. Où l’on se rend compte qu’à la différence du modèle chinois, un certain assentiment populaire, tout du moins de la représentation nationale, est nécessaire pour installer des outils sécuritaires similaires. En somme, un horizon partagé, mais des stratégies pour y parvenir qui diffèrent, notamment dues aux différences de régimes politiques.

« La Chine est une toile de fond lancinante, énonce Félix Tréguer. A la fois une espèce d’altérité radicale dans la bouche des promoteurs de la technopolice. Ce qu’il faudrait ne pas devenir. De l’autre côté, il y a une partie des élites qui a du mal à cacher, voire assume très clairement une forme de fascination par le spectacle techno-sécuritaire mis en place par le gouvernement chinois. Cette ambivalence est assez structurante dans beaucoup de domaines et dans le débat public. L’espace de contestation est évidemment bien plus grand dans un pays libéral comme la France. Mais la différence entre la Chine et l’Europe de manière générale est une différence de degré plus que de nature, dans la taille de ces espaces de contestation, l’ampleur, la profondeur et l’ubiquité de ces systèmes de surveillance. On sent une manière de se rassurer alors qu’ils sont en train de se faire complice de tendance techno-sécuritaire qui participe de la dérive fasciste », affirme-t-il.

Face à cette installation progressive de la technopolice, quels garde-fous ? Dans son livre, le chercheur montre que ceux-ci ne sont que de papiers. La loi informatique et libertés de 1978 fait foi en la matière. Instituant la CNIL cette même année, cette commission s’apparente aujourd’hui à un gendarme numérique peu doté, dont son avis simplement consultatif n’a que peu d’effets sur l’évolution des dispositifs. Dès 1969, le chargé de mission ministériel d’informatisation de la police se demandait : « La mise en mémoire d’un certain nombre de données n’est-elle pas attentatoire à la liberté et même à la dignité de l’Homme ? Ne présente-t-elle pas des dangers si nous connaissons à nouveau comme naguère la férule d’un Etat totalitaire, le joug d’une police politique orientée non vers le maintien de l’ordre public, la prévention et la répression des crimes, mais vers l’asservissement des citoyens libres, privés par une minorité de leurs moyens d’expression ? » (Technopolice, p.154).

Force est de constater que sa prophétie s’est partiellement réalisée. La technopolice est advenue ou en train d’advenir et l’Etat sus aux mouvements sociaux d’ampleur des dernières années et d’une pandémie a réagi de manière extrêmement autoritaire. Un contrôle surplombant dans des centres de supervision urbain, couplé à une colonisation de l’intérieur, où le policier recueille des données du terrain ; partout le flic se dresse face à la contestation, à l’altérité, au problème social ou sanitaire à résoudre.

Dans cette informatisation tous azimuts, Félix Tréguer y voit « le flic comme un travailleur de la donnée comme un autre ». Il fait « l’hypothèse qu’au moins du point de vue de l’informatisation, le travail du policier peut se rapprocher de ce qu’induit l’informatisation pour plein d’autres secteurs professionnels. Comme devoir remplir des bases de données diverses et variées. Et les formes de contrôle managériales que cela suppose. Notamment, les marges d’interprétation laissées aux agents sont très largement réduites, voire annulées. On pourrait penser que s’agissant de la police c’est une bonne chose. Pas toujours, il y a une capacité de négociation du policier parfois qui est possible. Avec l’utilisation de la bodycam, s’il constate une infraction, il est obligé d’activer la chaîne pénale. L’annihilation des marges d’interprétation contribue à l’arbitraire et à la violence policière, articulé au système pénal et carcéral ».

Que faire face à la machine ?

A la fin de son livre, il consacre les derniers chapitres à montrer les réalisations et résistances possibles. Si les garde-fous institutionnels sont maigres, les collectifs et associations ne sont pas légion non plus sur ces questions. « On n’est pas seuls. Mais c’est sûr qu’on n’est pas dans un contexte historique très porteur. Néanmoins, j’ai essayé de montrer ce qu’on a pu faire avec l’action collective, à ralentir des processus. Par exemple lorsque le gouvernement teste pour la première fois la VSA, il le fait sur des cas d’usage peu sensibles pour les libertés publiques : individus à contre-sens, port d’arme, départ de feu. On n’est pas sur le recours la reconnaissance faciale comme c’était envisagé au départ ». La Quadrature a également empêché la reconnaissance faciale au lycée des Eucalyptus à Nice, à clouer les drones du ministère de l’intérieur au sol pendant deux ans, et ceux de la police municipale au grand dam de Christian Estrosi. « Il y a quelques petites victoires pas si anecdotiques qu’un petit effort militant collectif permet de mettre en place », affirme-t-il.

Des alternatives et un enjeu à repolitiser

Le plus grave dans cette fuite en avant se trouve surtout être son caractère irréversible. Observe-t-on des retours en arrière ça et là ? « Bonne question. Je n’ai pas l’impression… Mais des listes de gauche plurielle ont au moins annoncé des moratoires sur ces questions. Le problème c’est que l’Etat et le ministère de l’Intérieur verrouillent ces débats et engagent des rapports de forces sur les dotations. Il y a une forte pression politico-administrative et empêcher les alternatives ».

Néanmoins, il se veut confiant pour la suite : « J’ai l’impression qu’il y a une entrée pour repolitiser cela, de montrer à quel point la police est une arnaque de la société capitaliste avancée. Qu’elle maintient un ordre social inégalitaire. Il est tout à fait légitime de prendre l’option d’une désescalade techno-sécuritaire. Faute d’une révolution, ça ne se fera pas de manière radicale. Mais ne pas remplacer des caméras qui tombent en panne etc…».

Pour conclure, Félix Tréguer donne des alternatives: « Il y a plein de pistes qui montrent comment tu peux produire de la sécurité, au sens de protection de l’intégrité physique des gens, autrement que par la matraque et la prison. Le féminisme anti-carcéral, la justice communautaire pour prendre en charge la violence des gangs dans certains quartiers aux Etats-Unis par exemple ».

Et réaffirme l’utilité d’une critique totale, à la fois d’un point de vue policier mais également politique. « Avec le peu d’études qu’on a, on voit tout de même que dans les enquêtes pénales, ça ne sert à que dalle. Sur la prévention de la délinquance, ça a plutôt tendance à simplement la déplacer. Néanmoins, il y a des progrès techniques très importants. Cet argument de l’inefficacité, il faut l’utiliser à titre subsidiaire et ne pas faire l’économie d’un discours politique qui critique ces technologies ».

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30.01.2025 à 12:18

Bernard Arnault, mon fantôme en costume trois-pièces

admin

Le jeudi 28 novembre, Bernard Arnault s’est pointé au tribunal de Paris, porte de Clichy pour s’expliquer dans l’affaire d’espionnage de la rédaction de Fakir… Tristan, directeur du journal amiénois et ami de Mouais, nous livre son récit. «Bernard Arnault, c’est pas grand-chose je me dis. Rien qu’un homme minable, misérable, comme tout le monde». – Monsieur l’huissier, allez chercher le témoin. L’huissier se lève. Un murmure parcourt la salle... Read More

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Texte intégral (1472 mots)

Le jeudi 28 novembre, Bernard Arnault s’est pointé au tribunal de Paris, porte de Clichy pour s’expliquer dans l’affaire d’espionnage de la rédaction de Fakir… Tristan, directeur du journal amiénois et ami de Mouais, nous livre son récit. «Bernard Arnault, c’est pas grand-chose je me dis. Rien qu’un homme minable, misérable, comme tout le monde».

– Monsieur l’huissier, allez chercher le témoin.

L’huissier se lève. Un murmure parcourt la salle. Les têtes se tournent vers la porte qu’il vient de franchir. Quelques secondes s’égrainent. J’ai toujours du mal à croire qu’il est venu. C’est la voix d’Élise Lucet, hurlant ses questions dans le couloir, qui me fait réaliser qu’il est bien là. Puis, il entre. L’homme que l’on dit plus puissants que les chefs d’État. Ce qu’on découvre est pourtant d’une plate banalité. Un vieux monsieur tiré à quatre épingles dans un costume moche et hors de prix. Son visage n’est pas celui de la vieillesse habituelle. Non, lui sa gueule est ravagée. Mal rafistolée par des années de maquillage, peut être de chirurgie, difficile à dire. Le visage d’un homme qui fuit la mort en la portant sur lui.

Quand il prend place à la barre, c’est pas d’une voix d’empereur qu’il s’exprime, on entend que dalle. Des – Plus fort ! sont criés par des journalistes. C’est mal, mais c’est un peu jouissif de le voir se faire engueuler pour qu’il hausse le ton.

Bernard Arnault, c’est pas grand-chose je me dis. Rien qu’un homme minable, misérable, comme tout le monde.

Pour rappel, entre 2013 et 2016, LVMH a fait surveiller la rédaction de Fakir, Ruffin en tête, parce qu’on s’intéressait un peu trop à son empire à son goût. Dans notre numéro 53 de décembre 2012, on révélait comment ce fils à papa avait construit sa fortune sur le mensonge. En 1984, il avait racheté le groupe Boussac Saint-Frères, en empruntant 40 millions de Francs à son paternel et… 1 milliard à l’État français. En contrepartie il promettait de sauver tous les emplois dans le nord de la France. À peine deux ans plus tard, tout le monde était à la porte. Il n’avait gardé que Dior, et bazardé le reste. Alors non seulement ça lui a pas plu qu’un petit canard picard en parle, mais comble du blasphème, ce même petit journal préparait un documentaire (Merci patron !) consacré au sujet. S’en était trop, il fallait agir, et c’est à Bernard Squarcini, ancien numéro un de la DCRI qu’a été confié la mission. Vous trouverez tous les détails de cette affaire sordide dans notre numéro 115 actuellement en kiosque (évitez les Relay, Bolloré aussi est fâché…).

Aujourd’hui, à la barre il est là pour témoigner. C’est la moindre des choses quand on sait qu’il n’est même pas sur le bancs des accusés. On l’a quand même cité à comparaître comme témoin histoire qu’il s’explique. En réalité, on y croyait pas vraiment qu’il allait se pointer, mais Benjamin Blanchet, le président du tribunal avait déjà Sarko à son tableau de chasse. Il avait eu recours à la force publique pour le forcer à venir témoigner lors du procès des sondages de l’Élysée. Sarko escorté par des flics pour l’obligé à aller au tribunal, ça fait toujours un peu plaisir. Sûrement que Bernard a du se dire qu’il valait mieux éviter que ça lui arrive.

Pendant près de trois heures il a répondu aux questions du tribunal. Il est lisse, bien préparé. Il n’est au courant de rien. Tout est la faute à Pierre Godet, son BFF, le numéro deux de toujours de LVMH décédé en 2018, c’est pratique. Pourtant, quand c’est au tour de nos avocats de le questionner, le vernis craque. Il s’énerve, refuse de répondre à ces élucubrations débiles.

En le voyant là, à la barre, perdre son sang froid face à nos avocats, je ne peux pas m’empêcher de penser à un truc. Ce gars est un fantôme. Tout glisse sur lui, de la moral à la justice. Il maîtrise chacune de ses apparitions. Ce que l’on voit, ce sont les merdes qu’il nous vend. Ses sacs, ses robes, ses parfums, toutes ces conneries brillent pour lui, pendant qu’il reste dans l’ombre. Alors là, être assis sur les bancs du tribunal à le regarder s’énerver en publique, c’est un moment bien particulier, et ça m’a étrangement ramené sur les bancs de la fac de Nanterre. Grégory Delaplace, c’était un de mes profs quand j’étais en Master d’anthropologie (filière d’excellence de l’islamo-gauchisme comme chacun le sait). Delaplace donc, explore les notions d’invisible et d’apparition pour analyser la manière dont certaines réalités sociales ou personnes agissent. L’invisible ne signifie pas l’absence mais une présence diffuse, qui existe sans être directement perceptible. Ça peut être un pouvoir, une influence ou même une croyance, toujours agissants mais hors du champ visible quotidien. L’apparition, quant à elle, marque un moment où cet invisible se manifeste. Phénomène, souvent bref, qui dévoile une réalité cachée ou un acteur discret, sans pour autant dissiper son mystère ni sa puissance. Ces concepts montrent que l’invisible structure nos sociétés, et lorsqu’il apparaît, il ne disparaît pas, mais se révèle brièvement pour rappeler son influence essentielle.

Et je me dit que Bernard Arnault, avec son empire de luxe, c’est vraiment une allégorie du capitalisme. LVMH incarne la production du désir à travers ses marques de luxe. Cette quête incessante du toujours plus. Tout ça génère une présence invisible. Les campagnes publicitaires, jusqu’aux JO de Paris, et l’image des produits, transforment ce désir en une force agissante, qui structure nos attentes. Il est là le plus grand pouvoir de nuisance de ces gars là. Je sais pas s’il en a conscience. Ce que je sais, c’est que lui aussi s’est perdu dans cette quête du toujours plus. Toujours plus de pouvoir et d’influence. C’est pour ça qu’il était prêt à tout pour choper une place à l’Académie des sciences morales et politiques. Et c’est pour ça qu’il ne peut pas souffrir de critiques, même celles venant d’un petit journal picard.

D’ailleurs, venir au tribunal, ça a du lui faire mal à la gueule à Bernard, lui qui a si longtemps incarné l’invisible: un pouvoir gigantesque, lointain et intangible, se dérobant à toute véritable responsabilité. Son apparition à la barre, diffère de ses apparitions habituellement bien orchestrées, et révèle que l’invisible n’est qu’un masque. Derrière, il y a un humain qui se dérobe dès qu’il est confronté à la vérité. ‘En vos miroirs menteurs, vous faites mentir les miroirs’ chantait Ferré. Son pouvoir repose sur notre acceptation. Regardons-le, interrogeons-le, et faisons en sorte que l’invisible ne soit plus qu’un spectre qui se dissipe à la lumière. Se faisant, il restera encore un invisible à questionner, celui du désir capitaliste, tous ces petits Bernard Arnault qui nous rongent de l’intérieur.

Par Tristan Quemener, directeur de Fakir

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29.01.2025 à 10:04

Municipales de 2026 à Nice : quelle union à gauche ?

admin

Nous sommes allés dimanche 26 janvier 2025 aux vœux de la France Insoumise des Alpes-Maritimes sur la place Garibaldi afin d’interroger les principaux leaders de gauche locaux sur les difficultés à se rassembler pour les Municipales 2026. Quel espoir pour l’union à gauche contre l’affrontement Ciotti-Estrosi ? La situation niçoise en dit beaucoup sur les tensions nationales… Après une première réunion entres partis qui excluait le rassemblement citoyen VIVA –.. Read More

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Nous sommes allés dimanche 26 janvier 2025 aux vœux de la France Insoumise des Alpes-Maritimes sur la place Garibaldi afin d’interroger les principaux leaders de gauche locaux sur les difficultés à se rassembler pour les Municipales 2026. Quel espoir pour l’union à gauche contre l’affrontement Ciotti-Estrosi ? La situation niçoise en dit beaucoup sur les tensions nationales…

Après une première réunion entres partis qui excluait le rassemblement citoyen VIVA – Nice, que soutient La France Insoumise, quel espoir pour l’union à gauche ?

Avec par ordre d’apparition

Anne-Laure Chaintron – La France Insousmise

Thomas Ghestem – La France Insousmise

Bernard Friot – sociologue

Patrick Allemand – Parti Socialiste

Olivier Salerno – La France Insoumise

Robert Injey – Alternative Communiste

Julien Picot – Secrétaire départemental du Parti Communiste Français

Saber Gasmi- Secrétaire départemental Les Écologistes

Journaliste : Edwin Malboeuf

Images : David Mus

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