29.11.2025 à 17:00
nfoiry
Et si la façon dont nous ressentions la musique était une clé pour mieux se connaître et s’orienter dans l’existence ? C’est l’hypothèse originale que développe ici Alexandre Lacroix, en s’appuyant sur sa lecture de Jean-Jacques Rousseau.
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Est-ce qu’il n’y aurait pas deux sortes de personnalités différentes, les mélodiques et les harmoniques ? Et si c’est le cas, ne serait-il pas intéressant de se demander à laquelle de ces deux catégories on ressemble le plus, afin de savoir quelles conduites adopter, comment s’orienter dans l’existence ?
Voilà l’idée un peu saugrenue qui m’est venue en lisant le Dictionnaire de musique (1768) de Jean-Jacques Rousseau – qui était aussi compositeur et a longtemps gagné sa vie en recopiant des partitions. Ce texte qui, comme son nom l’indique, traite de l’art musical, mais il mobilise, entre les lignes, des enjeux plus larges et plus directement philosophiques.
Découverte scientifique ou invention barbare ?
Dans son Dictionnaire de musique en effet, Rousseau ne se contente pas de produire des notices pédagogiques, il livre aussi une bataille. Il entend faire triompher la recherche de la mélodie sur celle de l’harmonie. Son adversaire dans ce domaine, sa cible, c’est le compositeur Jean-Philippe Rameau, autorité incontournable de son siècle, auteur d’un très respecté Traité de l’harmonie (1722). Au-delà de la rivalité entre les deux hommes et des aspects techniques de leur querelle, qui retiendront surtout l’attention des musicologues, ce combat pour la mélodie contre l’harmonie donne l’occasion à Rousseau de développer une réflexion originale sur ce qui a le don de nous toucher, de nous émouvoir.
Entrons dans le sujet de la discorde.L’harmonie, c’est l’art de combiner et de jouer plusieurs notes à la fois. Certaines combinaisons de notes sont dissonantes, d’autres équilibrées. Rameau est loin d’être le seul à avoir proposé un système d’harmonie, dans le grand mouvement de la culture classique de nombreux musiciens se sont efforcés d’établir des règles théoriques visant à associer parfaitement les sons entre eux.
Prenons un exemple, « do-mi-sol », qu’on appelle en solfège l’« accord en do majeur » : s’il est agréable à nos oreilles, s’il est euphonique, c’est, selon un avis répandu en ces temps-là, qu’il respecte certaines proportions naturelles.
Pour un théoricien de la musique comme Rameau, les lois de l’harmonie ne sont pas des conventions arbitraires, ce sont plutôt des découvertes qui nous éclairent sur le fonctionnement caché de la nature. De même qu’en physique, on étudie les mouvements des corps et qu’en optique on s’intéresse à la trajectoire des rayons lumineux, en musique on cherche à affiner la compréhension du « corps sonore », à en identifier les propriétés.
“Les beautés purement harmoniques sont des beautés savantes, qui ne transportent que les gens versés dans l’art”Jean-Jacques Rousseau
Mais Rousseau est plus que réservé quant à ces recherches et ne pense pas qu’on puisse faire de la composition musicale une science : selon lui, les soi-disant lois de l’harmonie n’ont rien de naturel, ce sont des raffinements artificiels, « des analogies et des convenances qu’un homme inventif peut renverser demain ».
Pire, en suivant les principes de l’harmonie ou l’art du contrepoint, on prive la musique « de son énergie et de sa force », de sa puissance expressive. « Les beautés purement harmoniques sont des beautés savantes, qui ne transportent que les gens versés dans l’art. » À l’appui de sa position, Rousseau fournit un argument de type culturaliste :
« Quand on songe que, de tous les peuples de la terre, qui tous ont une musique et un chant, les Européens sont les seuls qui aient une harmonie, des accords, et qui trouvent ce mélange agréable ; quand on songe que le monde a duré tant de siècles, sans que, de toutes les nations qui ont cultivé les beaux-arts, aucune n’ait connu cette harmonie ; qu’aucun animal, qu’aucun oiseau, qu’aucun être dans la nature ne produit d’autre accord que l’unisson, ni d’autre musique que la mélodie […], il est bien difficile de ne pas soupçonner que toute notre harmonie n’est qu’une invention gothique et barbare. »
Les voix entremêlées du mondeCe qui est naturel, selon Rousseau, ce n’est pas l’harmonie mais au contraire l’unisson, soit le fait d’émettre une seule note à la fois. La mélodie est l’art de déployer dans le temps une succession de notes, de lui imprimer des vagues, des modulations, de la rythmer, et c’est cela qui plaît dans l’écoute, bien plus que la structure interne d’un accord.
Des mélodies, il y en a partout autour de nous : il suffit de tendre l’oreille aux vocalises des oiseaux, aux grandes coulées du vent dans les arbres, aux conversations entre les humains. Aux yeux de Rousseau, la musique authentique, celle qui plaît pour de bon, est une imitation des mélodies déjà présentes dans la nature, elle s’en inspire et les prolonge.
Pourquoi certaines mélodies nous remuent-elles, comment peuvent-elles nous exalter, nous réveiller d’un coup, nous donner envie de sourire, de danser, de courir, ou bien au contraire nous pousser à la tristesse, nous tirer des larmes ? Parce que le principe de la mélodie est « le même qui fait varier le son de la voix, quand on parle ».
Celui qui joue une musique mélodieuse s’adresse à moi, et le fait qu’il emploie un langage sans paroles n’enlève rien à l’expressivité de son jeu, au contraire. C’est un échange, une sorte de confession intime qui se déroule quand l’un joue de la musique et que l’autre écoute :
« Toute musique qui ne chante pas, quelque harmonieuse qu’elle puisse être, n’est point une musique imitative, et ne pouvant ni toucher ni peindre avec ses beaux accords, lasse bientôt les oreilles, et laisse toujours le cœur froid. »
La voix et l’osQuand j’ai découvert ces passages de Rousseau, ce fut comme un déclic. J’ai compris pourquoi, amateur de jazz, je vibre davantage à l’écoute des saxophonistes que des pianistes. Dans les échappées de mes ténors préférés, John Coltrane, Pharoah Sanders, Roland Kirk, je crois toujours entendre une espèce de voix personnelle poignante. J’ai l’impression qu’avec leurs montées et leurs descentes, leurs digressions lyriques et leurs revirements subits, leurs accélérations frénétiques, leurs enchaînements, leurs chutes libres, ils traduisent, sans avoir besoin de rien expliquer, les remuements de nos vies intérieures, les transports d’amour et de désir, la traversée des désillusions et des inquiétudes.
Tandis que les pianistes, si adroits soient-ils, ne m’émeuvent pas de la même façon. J’apprécie leur jeu, mais de manière plus distancée. C’est que le saxophone ou la trompette (Miles Davis !) ou la clarinette (Sidney Bechet !) sont structurellement mélodiques, tandis que le piano est l’instrument harmonique par excellence, qui permet de superposer autant de notes qu’on a de doigts, d’entrelacer les accords.
En lisant Rousseau, j’ai saisi pourquoi l’écoute du Clavier bien tempéré joué par Glenn Gould m’évoque toujours les ossements d’un squelette auquel manquerait la chair. Il paraît difficile de s’élever à un tel niveau d’inexpressivité, de pâle indifférence. Et c’est à peine si Keith Jarrett parvient à réchauffer la partition en la jouant au clavecin.
Vivre sa vie
C’est un avis subjectif que je vous livre là (rien de plus difficile à partager qu’une playlist !), cependant je pense que cette opposition entre l’harmonie et la mélodie se laisse aisément transposer à nos préférences existentielles.
En effet, certains d’entre nous conçoivent le bonheur comme un problème de composition – ce sont les harmoniques. À leurs yeux, pour être heureux, il convient d’assembler une série de facteurs consonants entre eux – un certain type de métier, un lieu d’habitation, des relations affectives et sexuelles, des loisirs sportifs et culturels, pourquoi pas un peu de bricolage le week-end. L’idée étant fondamentalement de trouver le bon accord, celui qui est le plus équilibré.
Cette recherche de l’harmonie existentielle se maintiendra prudemment à l’écart des excès, et sans doute que la prudence prônée par Aristote dans son Éthique à Nicomaque ne lui est pas étrangère. Au contraire, le mélodique va se mettre en quête de sensations fortes, il s’élèvera probablement aussi haut dans le plaisir qu’il plongera profondément dans le désespoir, mais peu lui chaut le juste milieu – puisqu’il s’efforce de transformer sa vie en un chant, en une modulation, une succession d’états contrastés.
Au risque de relations dissonantes
Je ne hiérarchiserais pas, je ne vois aucune raison de blâmer les personnalités harmoniques ni de louer les mélodiques – même si je me place spontanément du côté des secondes. Seulement, ce qui est certain, c’est qu’il peut être difficile, dans une amitié de long terme, dans un couple, de réconcilier les deux approches, cela ne tardera pas à produire des frictions et des malentendus.
Aux yeux du mélodique, l’harmonique aura l’air d’un rabat-joie, d’un éteignoir, de quelqu’un qui compose et calcule là où l’on devrait se contenter de satisfactions plus immédiates. Pour l’harmonique au contraire, le mélodique est chancelant et imprévisible, exaspérant même car chez lui l’entrain cède vite à l’abattement, le désir à l’épuisement. C’est fondamentalement un agité, pour qui on aura éventuellement de l’estime, mais aussi de la condescendance.
Bien sûr, j’imagine qu’il existe beaucoup de nuances, de positions intermédiaires entre les deux, cependant avoir ces deux catégories en tête – et savoir dans laquelle on se trouve ! – me paraît un bon point de départ quand on s’interroge sur la vie bonne.
novembre 202529.11.2025 à 06:00
nfoiry
Cette version révisée de la récente traduction du Monde comme volonté et représentation s’impose d’ores et déjà comme une référence ! Cette édition prestigieuse permet aussi au lecteur de se (re)plonger dans de nombreux suppléments au texte de Schopenhauer, comme la fameuse Métaphysique de l’amour sexuel. Un ouvrage indispensable qui a enthousiasmé Frédéric Manzini dans notre nouveau numéro !
novembre 202528.11.2025 à 20:00
nfoiry
En partenariat avec le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), l’École des Arts joailliers dédie une exposition à la passion de l’écrivain Roger Caillois pour les minéraux. Une collection qui a su ébrécher jusqu'au cœur de pierre de Cédric Enjalbert.
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« Fluorite violette, agates multicolores, quartz scintillants… En partenariat avec le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), l’École des Arts joailliers dédie une exposition à la passion de l’écrivain Roger Caillois pour les minéraux. Avec un nom qu’on croirait prédestiné, l’académicien français (dont l’épée est exposée) a réuni une spectaculaire collection de pierres (conservées au MNHN), dont il a fait le support de ses rêveries et le sujet de ses écrits. “Je parle des pierres : algèbre, vertige et ordre ; des pierres, hymnes et quinconces ; des pierres, dards et corolles, orée du songe, ferment et image”, consigne-t-il, lyrique, dans le recueil de poésie intitulé Pierres.
Ce texte est extrait de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi soir. Abonnez-vous, elle est gratuite !
Tantôt “objets-carrefours”, tantôt “objets-fées”, ces “pierres à images”, selon ses propres mots, ont la beauté des “tableaux involontaires de la nature somnambule”. Des paésines, ces calcaires dessinant d’étonnant paysages, sont par exemple mises en avant. “Natura pictrix”, écrit le poète : “la nature est peintre”. D’ailleurs, poursuit-il, “il est arrivé que des artistes, au lieu de peindre, se soient contentés de découper des plaques de marbre, de les encadrer, de leur donner un titre, de les signer et de les proposer ainsi au public, comme s'il s'agissait de véritables tableaux”.
Beau naturel et beau artistiqueLa visite conduit finalement à cette question qui a (peu) intéressé les philosophes : peut-on parler du beau naturel comme on parle du beau artistique ? Le minéralogiste François Farges en parle bien, en tout cas ! Responsable scientifique des collections de gemmes et d’objets d’art du MNHN, il a conçu le parcours de cette courte et riche exposition. En passionné, il transmet surtout son émerveillement et nous guide dans les arcanes de ce monde imaginaire.
Le spécialiste a même fait une découverte, qu’il dévoile ici : en fouillant dans des archives remisées à la médiathèque de Vichy, il a retrouvé le manuscrit d’un inédit de l’écrivain, que vient de publier Gallimard sous le titre Pierres anagogiques. Le mot grec “anagogé” signifie “élévation”, “ascension”. Difficile, en effet, de rester de marbre devant tant d’éclats ! »
➤ Rêveries de pierres. Poésie et minéraux de Roger Caillois. Exposition à l’École des Arts joailliers (16bis, boulevard Montmartre, Paris IXe). Jusqu’au 29 mars 2026. Infos pratiques.
novembre 202528.11.2025 à 17:00
nfoiry
Le 18 novembre, le Portrait d’Elisabeth Lederer, tableau de Gustav Klimt peint entre 1914 et 1916, est devenu l’œuvre d’art moderne la plus chère jamais vendue aux enchères (204 millions d’euros). L’occasion de revenir sur le travail du peintre autrichien, en six tableaux philosophiques.
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Peintre symboliste autrichien, figure de proue du mouvement art nouveau et de la Sécession viennoise, Gustav Klimt (1862-1918) est aujourd’hui l’un des artistes les plus populaires du monde. À l’origine d’un corpus d’environ 250 peintures et de plusieurs centaines de dessins, il fascine par la singularité de son style et l’universalité des thématiques de ses toiles, aujourd’hui majoritairement conservées à Vienne, où il a passé la grande majorité de sa vie. Depuis des décennies, sa cote n’a cessé de croître. L’occasion d’un cheminement philosophique au cœur de son œuvre, au croisement de l’amour et de la nature, de la vie et du sacré, mais aussi de l’opulence.
“Le Baiser” (1908-1909) : idéal amoureux ou soif de domination ?© Domaine public
Coques de téléphone, gourdes, chaussettes et même préservatifs… Le célèbre Baiser a été décliné en dizaine de millions d’exemplaires de produits dérivés, s’immisçant dans les moindres recoins de notre intimité. Pourquoi ce tableau résonne-t-il si profondément chez le spectateur ? C’est que Klimt est avant tout un peintre de l’éros, dont Le Baiser accomplit l’idéal amoureux.
Sur une falaise de fleurs, une femme drapée d’une robe aux motifs circulaires s’abandonne au baiser de son amant, lui-même vêtu d’une longue cape recouverte de rectangles verticaux. Les deux formes se complètent et semblent créer une harmonie nouvelle, proche de la définition que donne dans Totalité et Infini (1961) le philosophe Emmanuel Levinas de l’amour érotique, unissant « en lui deux qualités s’opposant l’une à l’autre ».
Levinas face à Beauvoir
Dans cette réunion des contraires où la femme vacille, le baiser prend des allures de caresse. « La caresse ne vise ni une personne ni une chose, écrit Levinas. […] Elle se perd dans un être qui se dissipe comme dans un rêve impersonnel sans volonté et même sans résistance, une passivité, […] tout entier déjà à la mort ». L’amante, passive, semble en effet prête à tomber dans le vide, et seul le bout de ses pieds la rattache encore à la terre.
Faut-il voir là une représentation poétique de l’infinie fragilité de l’amour ? Ou percevoir, derrière cette définition comme derrière la toile, une forme de violence insidieuse – comme en témoigne la position à genoux de la femme ? Simone de Beauvoir, au début du Deuxième Sexe, critique la notion lévinassienne d’« Autre », qui renvoie toujours au féminin, défini depuis un regard masculin, et privée de subjectivité.
Lumière et ombre
Une remarque qui résonne avec les pratiques artistiques de Klimt. Car comme le rappelle Stephanie Auer, conservatrice au palais du Belvédère de Vienne où est exposé Le Baiser, Klimt « n’avait pas envie d’explorer [la] personnalité [de ses amantes]. Au contraire, il soumettait les femmes à sa volonté artistique et stylistique ».
Entre célébration de l’absolu amoureux et vampirisation, Le Baiser est aussi lumineux qu’ombrageux. Peint quelques années avant la Première Guerre mondiale, il exprime peut-être également le vacillement d’une époque au bord de l’abîme.
“Rosiers sous les arbres” (1905) : le regard captivé par le rythme de la nature© Domaine public
Klimt sait répondre au vertige du vide en retournant à une nature luxuriante, dans laquelle il plonge à travers ses toiles. En effet, le peintre a laissé 55 paysages peints, soit une part non négligeable de son œuvre.
Dans Rosiers sous les arbres (1905), la verdure envahit tout le tableau : nulle ligne d’horizon, un ciel réduit à l’extrême coin de la toile et une surface plane qui s’imprime dans les yeux du spectateur. Les influences compositionnelles japonaises se mêlent ici à un héritage pointilliste et néo-impressionniste. Ces éléments confèrent au tableau un rythme vibrant, restituant le mouvement du vent dans les arbres, si bien que celui qui l’observe finit happé.
“Admirez, je le veux !”
De quoi confirmer l’intuition du philosophe Henri Bergson, qui écrivait en 1888 dans son Essai sur les données immédiates de la conscience que « l’objet de l’art est d’endormir les puissances actives ou plutôt résistantes de notre personnalité, et de nous amener ainsi à un état de docilité parfaite [...] où nous sympathisons avec le sentiment exprimé ». Ici, les touches de couleur accumulées se mélangent en effet jusqu’à créer un effet de suggestion et d’immédiateté. Désarmé, le spectateur finit par participer à son tour de la création de l’oeuvre, à travers son regard.
Un état proche de l’hypnose, comme le rappelle le philosophe : « Dans les procédés de l’art on retrouvera sous une forme atténuée, raffinés et en quelque sorte spiritualisés, les procédés par lesquels on obtient ordinairement l’état d’hypnose. » La peinture apparaît alors non plus comme un objet à contempler, mais comme un dispositif singulier qui crée du rythme, venu enrichir la nature par sa force de suggestion.
“La Médecine” (1901-1907) et “La Philosophie” (1899-1907) : une obsession des forces vitalesSi Klimt aime tant peindre la nature et l’érotisme, c’est que ces deux thématiques partagent le même noyau : elles partent des forces vitales qui l’obsèdent. En 1894, l’université de Vienne lui commande trois fresques : La Philosophie, La Médecine et La Jurisprudence. Une fois terminées, toutes provoquent un scandale.
Une lutte entre éros et thanatos
Influencé par Freud, mais aussi par Schopenhauer et Nietzsche, Klimt y donne à voir une vie soumise à la lutte incessante entre éros et thanatos et expose des corps nus, qui lui vaudront une accusation de pornographie. Dans la lignée schopenhauerienne, il déploie là « un monde du vouloir, une énergie aveugle dans la ronde infinie de naissances dénuées de sens, de l’amour et de la mort ».
“Hygieia”, fragment du tableau Médecine, recoloration d’après photographie historique. Les œuvres originales ont été détruites par le feu au chateau d’Immendorf (basse-Autriche) en 1945.© Domaine public
Dans La Médecine (1901-1907), une colonne de corps enchevêtrés incarne le cycle de la vie et ses mille facettes, de la naissance au déclin, de l’exaltation à la souffrance. Le peintre n’élude ni la pauvreté ni la maladie, d’ordinaire éclipsées des peintures plébiscitées. Au premier plan, Hygie, déesse de la guérison, plus prêtresse que médecin, tourne le dos à ce fleuve humain, comme pour signifier l’impuissance de la science face à la finitude.
Pour autant, une grande puissance se dégage du tableau, et la proximité de corps resplendissant de jeunesse aux côtés de figures squelettiques évoque le motif nietzschéen de l’éternel retour, dans un mouvement d’affirmation.
La Philosophie, recoloration d’après photographie historique. Les œuvres originales ont été détruites par le feu au chateau d’Immendorf (basse-Autriche) en 1945. © Domaine public
Commencée une année plus tôt, La Philosophie (1899-1907) annonçait déjà cette vision du monde opposée à l’orthodoxie ambiante. Alors qu’on avait demandé à Klimt de représenter la lutte triomphale de la lumière contre les ténèbres, le peintre livrait au contraire une toile illustrant « la victoire de l’obscurité envers et contre tous », dans une esthétique du renversement aux accents nietzschéen, où les corps semblaient en proie à une folie dionysiaque.
Selon ses propres dires, les personnages de gauche incarnaient « l’éveil de la vie, la fertilité », tandis que la partie droite représentait le « mystère du monde » et « la connaissance », incarnée par le sphinx, symbole de la philosophie. La composition, en laquelle les professeurs de l’université viennoise ont vu une tentative de ridiculiser leur discipline, n’a finalement jamais orné les murs de l’institution, et a fini détruite dans un incendie en 1945.
“Judith I” (1901) : la transgression du sacré© Domaine public
Bien qu’il se tienne soigneusement à l’écart des autorités religieuses, Klimt insuffle à la plupart de ses toiles une portée mystique, où sacré et transgression s’entrelacent. Dans un discours véhément, l’un de ses détracteurs, l’architecte et théoricien de l’art Adolf Loos, ironise d’ailleurs à ce sujet, affirmant que « le premier ornement jamais apparu, à savoir la croix, était d’origine érotique ».
Le tableau Judith I, avec lequel Klimt inaugure son « Cycle d’or » en 1901, semble confirmer cette attaque avec une certaine insolence. La tête légèrement inclinée, la bouche entrouverte et les yeux mi-clos, l’héroïne biblique qui sauva le peuple juif fixe le spectateur avec le même air de séduction qui lui a permis de charmer le général Holopherne, dont elle tient désormais la tête coupée entre les mains. Le fin tissu de soie qui la recouvre laisse apparaître ses seins, savamment mis en valeur par un sfumato luxurieux.
Entre sainteté et souillure
Nimbée d’or, Judith est élevée au rang de sainte paradoxale. Cette ambivalence rappelle la remarque étymologique de Roger Caillois dans L’Homme et le Sacré (1939), où il souligne que le mot grec signifiant « saint » pouvait également vouloir dire « souillé ». La Judith de Klimt incarne alors ce que Caillois nomme le « sacré gauche ». Opposé au « sacré droit », le « sacré gauche » est maléfique et impur, à l’image de la femme fatale et iconique qui fascine tant le peintre, peut-être parce qu’elle incarne mieux que personne sa conception du sacré et de l’art comme discipline mystique de la transgression.
“Portrait d’Elisabeth Lederer” (1914-1916) : opulence et valeur de l’art© Domaine public
Bien que ses œuvres déplaisent à une grande partie de la société viennoise conservatrice du début du XXe siècle, Klimt a aussi su s’entourer de mécènes qui admirent son talent et dont il a pu peindre le quotidien, marqué par l’opulence et une grande richesse culturelle. Son Portrait d’Elisabeth Lederer (1914-1916) met en scène la fille de son principal acheteur privé, August Lederer. Ironiquement, c’est ce portrait d’une riche héritière qui est devenu le tableau le plus cher de Klimt jamais vendu aux enchères.
Comment expliquer un tel succès ? À première vue, le tableau est un énième portrait bourgeois. La robe d’Elisabeth, ornée de dragons, ressemble à une cape d’empereur, témoignant de la puissance de sa famille. En arrière-plan, les motifs japonisants rendent compte de la richesse cosmopolite du Jugendstil, nom donné au mouvement art nouveau autrichien qui se déploie à la toute fin du XIXe siècle jusqu’à la fin des années 1910.
Une aura romanesque
Cet âge d’or s’achève brutalement en 1939, lorsque les nazis prennent possession de la collection Lederer, avant de traquer Elisabeth pour la déporter en camp de concentration. Pour échapper à la mort, elle invente alors une histoire invraisemblable : Klimt, qui n’est pas juif, serait son véritable père. Sa réputation de coureur de jupons ainsi que l’estime qu’Elisabeth et lui se portent mutuellement rendent le mensonge crédible et permettent de la sauver. Une histoire romanesque, qui pourrait expliquer l’engouement pour cette enchère.
Comme l’écrivait le philosophe Georg Simmel dans sa Philosophie de l’argent (1900), la valeur attribuée à un objet résulte d’un processus subjectif dont l’élément moteur serait le désir. Ici désir d’histoire, curiosité romanesque. De quoi penser au statut de l’artiste, dont Marcel Proust parlait si bien : « nous voudrions qu’il nous donnât des réponses, quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs. »
Peut-être est-ce alors ce qui fait aussi les grandes œuvres, à l’image de ce Portrait d’Elisabeth Lederer : cette capacité à susciter du mystère et du désir à mesure que le temps passe.
novembre 202528.11.2025 à 12:00
hschlegel
Comment un jeune rebelle de gauche, attiré par les théories décoloniales et les études de genre, est-il devenu le fondateur des Proud Boys, groupe d’ultradroite qui a participé à l’assaut du Capitole ? Voici l’histoire du créateur du célèbre magazine contre-culturel Vice. Cette enquête est parue dans notre nouveau hors-série, « Petit traité des vices à l’usage des honnêtes gens ».
novembre 202528.11.2025 à 06:00
nfoiry
En déclin ces dernières années, la part du nucléaire dans le mix énergétique connaît un rebond depuis 2024. Un choix qui fait figure d'exception dans le monde, comme l'explique, chiffres à l'appui, Octave Larmagnac-Matheron dans notre nouveau numéro.
novembre 202527.11.2025 à 21:00
nfoiry
« Jeudi dernier, c’était le jour du beaujolais nouveau. Je commençais à attraper froid, et une sale petite bruine s’était mise à tomber, agrémentée d’un vent glacial. C’est bien sûr le soir où j’avais programmé une exploration nocturne des égouts de Paris, dans le cadre d’un article à paraître.
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Rendez-vous est pris à 19h30. Je me retrouve en compagnie de Mika, notre guide égoutier, et d’une dizaine de curieux, sous le pont de l’Alma, à arpenter les tunnels au rythme des “bip bip” pas si rassurants émis par un boîtier destiné à nous alerter en cas d’intoxication aux gaz. Après avoir parcouru quelques mètres sous terre, nous voilà en face d’une grande étendue d’eau marron, où flotte une quantité de déjections qui avancent sous nos yeux au rythme d’un courant assez rapide.
Au rythme du “bateau-vanne”Une odeur (prévisible) de canalisation flotte dans l’atmosphère. “Si vous tombez, c’est quatre jours d’hôpital minimum”, prévient Mika. Nous sommes séparés de l’eau brunâtre par une sorte de filet de pêche qui recouvre la surface, mais j’ai quand même le réflexe de me reculer. Plus loin, on aperçoit un “bateau-vanne”. L’engin imposant, retenu par des chaînes, sert à nettoyer les dépôts solides qui gisent au fond des souterrains. “Le processus prend plus de trois semaines car le bateau avance mètre par mètre”, précise le guide.
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Cet univers pour le moins archaïque m’a étonnée. Une part de moi s’attendait peut-être à voir des canalisations toutes propres et des robots high-tech ultra-sophistiqués triant les déchets en silence. Certes, ces machines existent : on les appelle “les dégrilleurs mécaniques”, dotés de sortes de bras censés trier les gros détritus. “Mais elles dysfonctionnent à cause des lingettes jetées dans les toilettes qui se posent dessus et qu’on passe notre temps à retirer”, explique Mika.
Les autoroutes du cacaL’intelligence artificielle paraîtrait bien ridicule face à cette immensité d’eau souillée et croupissante à gérer. À la place, il y a du gros œuvre, de l’ingénierie civile robuste qui date de la période Haussmann, dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Les 2 500 kilomètres de tunnels qui constituent les égouts parisiens sont parcourus par des tuyaux en grès. “Au plafond, vous avez les eaux propres et en bas les eaux sales”, poursuit notre guide. On remarque d’ailleurs que le tuyau des eaux sales est tout encroûté par rapport à l’autre. “C’est normal, l’eau sale est pleine d’acides et de bactéries qui rongent le matériel.”
En plus d’être costaud, le système est intuitif. Il est inspiré par le fonctionnement de la nature. Tout comme les rivières se jettent dans les fleuves situés en aval, les égouts placés en hauteur se déversent dans ceux localisés plus bas. C’est ce que l’on appelle le modèle “gravitaire”, qui fonctionne donc grâce à la gravité, sans l’aide de pompes. Les petits égouts, “les branchements particuliers”, sont reliés à de plus grandes canalisations, que l’on appelle “égouts élémentaires”, eux-mêmes reliés à des grandes cavités souterraines de plus de 25 kilomètres, “les émissaires”, qui sont – pour le dire très prosaïquement – des sortes d’autoroutes du caca qui mènent jusqu’aux stations d’épuration.
Travailler en fonction de la natureLes concepteurs des égouts comme les égoutiers travaillent avec la nature et en fonction d’elle. Dans son livre La Terre et les rêveries de la volonté (1948), auquel j’ai pensé en arpentant l’antre de la ville, Gaston Bachelard explique que la vie souterraine “enracine l’atelier dans la nature”. Tous ceux qui travaillent sous terre sont obligés de composer avec les éléments naturels. Leur “atelier”, leur lieu de travail est situé à même la terre, en son sein. Ils doivent adapter leur façon de faire à cette situation tellurique. Par exemple, en cas de forte pluie, les égoutiers parisiens sont massivement mobilisés et peuvent utiliser ce que l’on appelle un “déversoir d’orage”, qui consiste simplement à rediriger les eaux de pluie dans la Seine.
Parce qu’ils sont très loin des techniques hypermodernes censément miraculeuses, les égouts représentent une des meilleures manières de nous ramener tous et toutes à une forme d’humilité. Ils nous rappellent que nous sommes pris entre deux mondes naturels : un en haut et un en bas. En haut, les orages ou les tempêtes. En bas, nos propres déjections. Deux natures que nous tentons tant bien que mal de canaliser… avec des canalisations, et grâce au travail de précision et de rapidité effectué chaque jour par les égoutiers. “L’un des arrondissements les plus à risque en cas de problème d’égouts, c’est le VIIe. Si on fait mal notre travail, c’est l’Assemblée nationale et l’Élysée qui risquent se retrouver les pieds dans la merde !” plaisante le guide. Une expérience fécale qui pousserait peut-être nos élus à redescendre sur Terre ? »
novembre 202527.11.2025 à 17:00
nfoiry
L’endroit où nous vivons détermine-t-il la manière dont nous vivons et souhaitons être gouvernés ? C’est la question au cœur de la « théorie des climats », thèse célèbre de Montesquieu dans son livre De l’esprit des lois. L’éclairage de Nicolas Tenaillon, professeur de philosophie et auteur.
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Inspirée par les Anciens mais formulée de manière systématique par le baron de Montesquieu dans De l’esprit des lois (1748), la théorie des climats soutient que les latitudes exercent sur les peuples une si forte influence qu’elles déterminent en partie leurs mœurs et les formes de gouvernement qui leur conviennent. Est-ce à dire qu’une fatalité géographique décide de ce qu’est une bonne politique ? Pour ce fin représentant de la philosophie des Lumières qu’était Montesquieu la réponse n’est pas si simple…
“Écorcher un Moscovite pour lui donner du sentiment” ?
C’est dans les chapitres XIV à XVIII de De l’esprit des lois, consacrés à l’influence des facteurs naturels sur les lois et les comportements humains, que Montesquieu développe sa théorie des climats. Bien qu’il s’inscrive dans une certaine tradition philosophique, son objet n’est pas de reprendre les observations d’Aristote sur le courage des peuples qui habitent les pays froids, ni celles des médecins antiques Hippocrate et Galien sur l’influence de l’humidité sur les nerfs. Montesquieu tire plutôt des lois générales relatives au lien qui unit d’abord la topographie à la sociologie – dont Montesquieu est l’un des précurseurs –, puis la sociologie à la politique. Il l’explique dans « l’idée générale » qui préside à son analyse.
“S’il est vrai que le caractère de l’esprit et les passions du cœur soient extrêmement différents dans les divers climats, les lois doivent être relatives et à la différence de ces passions et à la différence de ces caractères.”
Montesquieu, De l’esprit des lois
Autrement dit, on ne saurait comprendre la diversité des mœurs sans la référer à la diversité des conditions naturelles d’existence des humains. Et ce serait être un bien mauvais législateur que d’ignorer ce que le climat a fait des peuples et ce qu’il continuera à produire sur eux. Prenons ici un exemple soulevé par Montesquieu : sous les latitudes très froides, les corps deviennent moins sensibles, si bien qu’il faudrait, écrit-il, « écorcher un Moscovite pour lui donner du sentiment ». Or, sous ces mêmes latitudes glacées, le travail est particulièrement pénible. Donc on ne doit pas s’étonner, d’après le philosophe, que ce soit à coups de knout qu’on ait contraint les serfs de Russie à travailler et que cet empire froid et immense ait été dirigé par des tsars tyranniques. Non pas que Montesquieu, adversaire de l’esclavage, approuve cette pratique cruelle. Le climat ne fait pas tout. Mais du moins explique-t-il cet état de fait : « Dans tout ceci je ne justifie pas les usages, mais j’en rends les raisons. »
Légiférer contre vents et marées
Cependant, tenir compte du climat ne signifie pas s’y soumettre. C’est seulement chez les « sauvages » que « la nature et le climat dominent presque seuls », écrit Montesquieu, avec le langage qui caractérise son temps. Ailleurs, d’autres facteurs interviennent, comme « les manières » en Chine ou « les maximes de gouvernement et les mœurs anciennes » à Rome.
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Pour bien légiférer, il importe donc de relativiser cette influence. Aux yeux de Montesquieu, « les mauvais législateurs sont ceux qui ont favorisé les vices du climat, les bons sont ceux qui s’y sont opposés ». Le penseur et magistrat déplore ainsi que dans certains pays chauds, on ait davantage préféré valoriser la religion que le travail productif (« en Asie, le nombre de derviches ou moines augmente avec la chaleur du climat »), au risque de fragiliser la puissance de certains États.
“C’est ainsi qu’un air pur est quelquefois nuisible à ceux qui ont vécu dans un pays marécageux”Montesquieu
Mais jusqu’à quel point peut-on empêcher la mauvaise influence du climat de déterminer défavorablement les mœurs et les lois ? Libéral, admirateur de l’Angleterre, Montesquieu n’en soutient pas moins que certains pays ne pourraient se satisfaire d’une monarchie parlementaire et a fortiori d’une législation républicaine. N’hésitant pas à écrire que « la liberté même a paru insupportable à des peuples qui n’étaient pas accoutumés à en jouir », il propose, pour le faire comprendre, une image saisissante : « C’est ainsi qu’un air pur est quelquefois nuisible à ceux qui ont vécu dans un pays marécageux. »
On mesure ici toute la nuance de la pensée de Montesquieu, même s’il est vrai qu’elle n’échappe pas au défaut d’ethnocentrisme. Le climat n'explique pas tout mais il n’est jamais une donnée négligeable, même pour les peuples les plus avancés, en l’occurrence ceux qui vivent sous des latitudes tempérées comme les Européens. Aussi ces derniers seraient-ils bien avisés de reconnaître que leurs idées progressistes ne sont peut-être pas partout exportables.
Des critiques en pleines Lumières
Et l’on comprend pourquoi la théorie des climats a pu être contestée par d’autres philosophes des Lumières. Denis Diderot, supervisant l’article « Climat » (1752) de l’Encyclopédie, admettait certes que « le climat influe, sans doute, sur la constitution du corps », mais il précisait d’emblée qu’il ne « détermine point nécessairement les mœurs ». De son côté, Condorcet, révolutionnaire et abolitionniste convaincu, affirmait dans ses Réflexions sur l’esclavage des nègres (1781) que « ce n’est ni au climat, ni au terrain, ni à la constitution physique, ni à l’esprit national qu’il faut attribuer la paresse de certains peuples ; c’est aux mauvaises lois qui les gouvernent ».
Un retour en grâce à l’heure du dérèglement climatique ?
La théorie des climats de Montesquieu a ceci de dérangeant qu’elle tend à limiter la capacité des humains à s’affranchir de leur condition naturelle pour s’accorder sur des principes communs de justice. Mais en soutenant que « l’empire des climats est le premier tous les empires », Montesquieu ne voulait-il pas seulement dire que pour le sociologue comme pour le politique, le climat doit être une donnée de base ? Et que cette cause première, plus différenciante que déterminante, est trop souvent ignorée, alors qu’elle explique pourtant la conduite de bien des peuples et qu’elle oblige le législateur à adapter ses convictions à la réalité du terrain ?
Produit d’une pensée anti-utopique, mais moins conservatrice qu’il n’y paraît, la théorie des climats est considérée aujourd’hui comme scientifiquement et anthropologiquement dépassée. Elle n’a toutefois rien perdu de sa pertinence philosophique car elle nous interroge, nous humains du XXIe siècle, de manière inédite : ne doit-on pas craindre que le dérèglement climatique bouscule aussi nos repères politiques ?
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