
27.03.2026 à 13:00
Pablo Pillaud-Vivien
Dans une tribune publiée dans Libération, un collectif de personnalités – parmi lesquelles Étienne Balibar, Thomas Piketty, Dominique Bourg, Roger Martelli ou encore Vanessa Springora – appelle à l’organisation d’une primaire pour éviter un nouveau naufrage face au RN. Le texte insiste sur le caractère existentiel de l’échéance de 2027, rappelant que l’extrême droite demeure une menace directe pour l’État de droit et les libertés publiques, et que les divisions électorales ont déjà coûté cher. S’appuyant sur l’expérience récente du NFP, les signataires défendent une unité programmatique minimale comme condition d’un débouché majoritaire, tout en pointant les résistances persistantes des partis. Une interpellation claire, qui place la responsabilité de l’échec ou du sursaut du côté des organisations politiques elles-mêmes. Le texte reste ouvert à signatures : https://tally.so/r/rjAgol.
27.03.2026 à 11:35
Roger Martelli
Le Rassemblement national n’a conquis ni Marseille ni Toulon. Mais si les sommets de la pyramide urbaine se refusent encore à lui, à l’exception de Nice, les étages inférieurs sont souvent plus réceptifs. L’ascension du RN reste résistible. Encore faut-il bien ouvrir les yeux.
Comme LFI, l’extrême droite a mis des forces importantes dans la bataille municipale : 565 listes, 35 députés RN en lice, presque tous dans les zones de force du Nord, de l’Est et du littoral méditerranéen.
Le résultat s’est avéré probant. Au premier tour, les listes du RN et de ses alliés l’emportent dans 22 villes et sont au-dessus de 30% dans 154 communes regroupant près de 2,9 millions d’habitants. Au second tour, 275 listes portaient les couleurs de l’extrême droite : 17 obtiennent plus de 50% et 47 autres ont entre 30 et 40%. À l’arrivée, ce sont 63 communes qui tombent dans l’escarcelle du RN et de ses alliés, pour une population totale de 1,5 million d’habitants. Sans compter l’entrée en force du RN dans de nombreux conseils municipaux.
Sur ces 63 villes, 61 sont au-dessus de 3 500 habitants, 24 sont comprises entre 10 000 et 30 000 et 13 ont plus de 30 000 habitants. Leur répartition géographique, comme celle du vote, reflète l’état des forces mobilisées : la plupart des villes gagnées se trouvent dans les zones de force historiques du littoral méditerranéen, du nord et de l’est. Mais le RN commence à s’implanter en dehors de ces territoires propices, dans les régions du centre (Vierzon, Montargis, La Flèche), du sud-ouest (Castres, Montauban) et même de l’ouest (Harfleur).
La porosité entre la droite et l’extrême droite a été une donnée marquante du scrutin. Elle écarte peu à peu les préventions d’une partie de l’électorat de droite à l’égard de son extrême. Elle permet des transferts importants, dans les deux sens. L’électorat de droite le plus radicalisé peut considérer que le vote RN est finalement le mieux à même de satisfaire les demandes de protection, d’ordre et d’autorité. En sens inverse, l’électorat d’extrême droite peut aisément se reporter sur des listes de droite, idéologiquement de plus en plus proches, surtout s’il s’agit de chasser la gauche (Aubignan dans le Var, Liévin dans le Pas-de-Calais) ou de l’empêcher de gagner (Toulouse). En règle générale, c’est aussi bien la gauche que le centre (Tarascon dans les Bouches-du-Rhône, Saint-Avold en Moselle) qui font les frais de l’inquiétante conjonction.
L’échec final à Marseille et à Toulon rappelle que la dédiabolisation du RN n’a pas totalement annihilé la répulsion qui touche toujours les héritiers de Jean-Marie Le Pen. Mais la globalité des deux tours montre que cette répulsion s’étiole, surtout chez les couches sociales conservatrices et fortunées qui constituent encore le socle de la droite et du centre.
Quant aux catégories populaires, si elles ont pu se porter sur la gauche dans des zones marquées par la tradition de gauche socialiste et communiste, elles ont aussi montré que le poids de la tradition n’était pas toujours à même d’empêcher le refuge dans l’abstention ou la tentation du vote de ressentiment en faveur du RN.
Le temps est désormais compté pour faire, des fragilités persistantes de l’extrême-droite, des leviers pour une contre-offensive. Il ne faudra plus alors compter sur un « front républicain » en recul depuis 2024, quand il avait encore limité la progression du RN. Mais le « front antifasciste » a montré lui aussi ses limites, dès le premier tour.
Il est plus que jamais nécessaire de se convaincre que la légitime référence morale à l’antifascisme ne suffit pas. Pas plus aujourd’hui qu’hier, tous les antifascismes ne se valent pas. Celui des communistes du temps de « classe contre classe » ne valait pas celui du Front populaire ; celui de « l’autodéfense » peut aujourd’hui comme hier conduire au résultat inverse de celui espéré.
Face au pire qui menace, il n’y a pas d’autre chemin que celui du rassemblement le plus large, donc sans exclusion, sans ostracisme à l’égard de quiconque. Et pour dynamiser ce rassemblement, il convient que s’impose un projet alternatif, recevable par le plus grand nombre, fondé sur des valeurs humanistes d’émancipation, de libre déploiement des capacités humaines, d’égalité, de solidarité. La République démocratique et sociale : quatre-vingt-dix ans après le triomphe du Front populaire, on en est toujours là.
26.03.2026 à 12:07
Roger Martelli
Le PCF conserve globalement ses positions municipales. Mais les pertes dans les villes populaires et industrielles, couplées aux percées du Rassemblement national, dessinent une géographie communiste en recomposition.
Le PCF s’en tire plutôt bien. Les élections de 2024 lui annonçaient un avenir municipal bien sombre. Dans les villes qu’il gérait depuis 2020, La France insoumise accumulait les scores insolents en Île-de-France et le Rassemblement national partout ailleurs.
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En fait, le PC devrait garder à peu près le même nombre global de mairies qu’en 2020. Il en avait entre 600 et 650, dont plus de la moitié comptaient moins de 1000 habitants, avec la plupart du temps une seule liste. Qu’en est-il dans les tranches supérieures ? Le tableau ci-dessous donne une première estimation.
| Répartition par taille de la population administrée | ||
| 2020 | 2026 | |
| Plus de 50 000 | 9 | 9 |
| De 20 à 50 000 | 17 | 13 |
| De 10 à 20 000 | 26 | 25 |
| De 5 à 10 000 | 58 | 46 |
| De 3500 à 10 000 | 39 | 30 |
| Total plus de 5000 | 110 | 92 |
Le sommet reste stable, la perte de La Courneuve et de Corbeil étant compensée par la reconquête de Nîmes et d’Aubagne. Les communistes pensaient certes pouvoir reprendre la tête du Havre, de Champigny, d’Arles ou de quelques autres encore. Mais la brillante réussite de Nîmes tempère les déceptions. C’est dans les tranches inférieures que les chiffres se contractent. Au total, le PCF perd 45 villes, dont 12 de plus de 10 000 habitants. Six d’entre elles passent à l’extrême droite : la principale est Vierzon dans le Cher, suivie de Lillers dans le Pas-de-Calais, Elne dans les Pyrénées-Orientales, Harfleur en Seine-Maritime, Billy-Montigny et Grenay dans le Pas-de-Calais.
Par fondation, la commune est un lieu où l’on a pris l’habitude d’articuler du national et du local. Cette élection a une fois de plus montré que le local n’enregistre pas mécaniquement les résultats nationaux.
Les pertes se concentrent dans les zones de force traditionnelles, celles des concentrations urbaines, autour des anciens fiefs de l’industrie et métallurgique et de la banlieue qui a été le territoire par excellence du communisme en général et du communisme municipal en particulier. Les pertes de Douchy-les-Mines, de Rive-de-Gier, de Villerupt ou d’Algrange illustrent le premier espace, celles de Vénissieux et de La Courneuve étant de belles incarnations du second.
Les zones les plus peuplées se contractent. La banlieue parisienne, la « banlieue rouge » par excellence, fond comme peau de chagrin. Les communes de l’ancienne Seine dirigées par des communistes étaient 63 en 1945, 54 en 1977, encore 21 en 2014 et 15 en 2026. Ils administraient 8,6 millions d’habitants en 1977 et aujourd’hui autour de 2 millions.
Cela reste un espace politique local non négligeable, espace populaire, englobant à la fois de la banlieue, des métropoles, des villes moyennes et petites, et du rural. À la fois des « tours et des bourgs » en quelque sorte… Le communisme en mairie, cela va encore de Nîmes (un peu plus de 150 000 habitants) à Buxeuil dans l’Indre, avec ses 21 habitants.
Par fondation, c’est un lieu où l’on a pris l’habitude d’articuler du national et du local. Cette élection a une fois de plus montré que le local n’enregistre pas mécaniquement les résultats nationaux. Mais, en sens inverse, ce n’est pas parce que le PCF résiste mieux localement qu’il peut envisager tranquillement de reproduire ses réussites majoritaires sur le plan national. Depuis les années 60, c’est au cœur de vastes unions que le communisme municipal a vécu ses plus beaux jours.