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14.10.2026 à 06:00

Espagne : Lorsque Podemos remportait Barcelone

mondialisation

Octobre 2026. En France, la jeunesse se soulève et la gauche de rupture est créditée d’environ 19-20 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle de 2027. Cette dynamique est l’occasion d’une rétrospective sur la victoire, en Espagne, du mouvement Podemos. Les Indignés avait fait, en 2015, de la démocratie participative, de […]

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Texte intégral (2047 mots)

Octobre 2026. En France, la jeunesse se soulève et la gauche de rupture est créditée d’environ 19-20 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle de 2027. Cette dynamique est l’occasion d’une rétrospective sur la victoire, en Espagne, du mouvement Podemos. Les Indignés avait fait, en 2015, de la démocratie participative, de la lutte contre la corruption et du refus de l’austérité, les leviers d’une rupture avec l’ordre politique établi.

[Temps de lecture estimée : ~ 6 minutes]

Le dimanche 24 mai 2015, la politique espagnole connait une petite révolution : Podemos et ses alliés sont arrivés en tête aux élections municipales à Barcelone et pourraient remporter Madrid, fief des conservateurs depuis 1991.

Créé seulement un an auparavant, dans la lignée du mouvement des Indignés, le jeune parti anti-austérité allié aux listes citoyennes insuffle l’espoir de mettre fin au bipartisme espagnol, le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), qui dirige tour à tour l’Espagne depuis la fin de la dictature, empêtré dans les scandales financiers et les affaires de corruption.

Un vent démocratique souffle sur l’Espagne

Ils étaient attendus, ils en sont sortis grands gagnants : Podemos et ses alliés, des listes citoyennes regroupant collectifs et militants associatifs, ont fait basculer la scène politique espagnole, malgré l’opposition des grands médias acquis aux partis traditionnels. Ada Colau, militante anti-expulsions tête de liste à Barcelone, a remporté la ville avec 25,21 % des suffrages aux élections municipales.

À Madrid, la candidature de « Ahora Madrid », soutenue par Podemos et emmenée par la juge Manuela Carmena, arrive en deuxième position derrière le Parti Populaire (PP) de Esperanza Aguirre, elle aussi empêtrée dans plusieurs scandales de corruption, à l’image de son parti. Si Podemos décide de s’allier avec les « socialistes » du PSOE arrivés troisième, ils pourraient ravir la mairie de la capitale au Parti Populaire, dans des terres historiquement conservatrices.

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Ada Colau – Source : www.naciodigital.cat

D’autres villes ont vu les plateformes citoyennes arriver en tête ou légèrement derrière le PP : Saragosse, Corogne, Santiago… La particularité de ces plateformes est d’avoir regroupé des acteurs d’horizons divers se tenant habituellement à l’écart de la politique dite « professionnelle » et surtout des partis traditionnels.

La future maire de Barcelone, Ada Colau, est une activiste du droit au logement depuis les années 2000, après avoir milité dans les mouvements antilibéraux dénonçant le G8. Suite à la crise financière et immobilière qui frappa durement l’Espagne, elle fonda en 2009 la plateforme anti-expulsion PAH (Plataforma d’Afectats per la Hipoteca) afin d’apporter une aide juridique aux expulsés ou menacés d’expulsion immobilière.

Guanyem : démocratie participative, droit au logement, lutte contre la corruption et les inégalités

La liste qu’Ada Colau a menée à la tête de Barcelone, « Barcelona en Comu », est composé de membres de Guanyem (ex-Indignés présents localement en Catalogne), d’indépendantistes catalans, de syndicalistes, de militants associatifs, d’écolos, de membres de Podemos et de divers mouvements sociaux catalans.

« De cette crise, personne ne sortira comme avant. Ce qui nous attend, c’est, au choix, un horizon féodal, avec une augmentation brutale des inégalités, une concentration sans précédent des richesses, de nouvelles formes de précarité pour la majorité des citoyens. Ou alors, une révolution démocratique, où des milliers de personnes s’engagent, pour changer la fin du film. Cette opportunité, certains, comme Podemos, l’ont saisie à l’échelle nationale. Nous, il nous a semblé que Barcelone était le cadre idéal pour lancer cette démocratisation », expliquait Ada Colau, dans un entretien à Mediapart en novembre 2014.

Membre de Guanyem, Ada Colau a pu notamment compter sur le soutien de Joan Subirats, un universitaire spécialiste des questions d’exclusion sociale à Barcelone, et celui de l’avocat des droits humains, Jaume Assens, très critique envers ce qu’il nomme le « clan Pujol » en référence à Jordi Pujol, ex-président de la Catalogne aujourd’hui empêtré dans un vaste scandale de corruption. La force de Guanyem fut d’organiser de nombreuses rencontres et débats dans les quartiers de Barcelone afin de connaitre les souhaits, les problèmes et attentes des habitants.

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Affiche de Barcelona en Comu en faveur de la démocratie participative – Source : barcelonaencomu.cat

Madrid pourrait « tomber » aussi… dans la voix de la démocratie

Encore plus surprenant que la victoire de « Barcelona en Comu », l’ex-juge anti-corruption Manuela Carmena pourrait remporter la mairie de Madrid, acquise aux conservateurs depuis 24 ans et siège du PP. Ancienne juge du Tribunal suprême et fondatrice de l’association Juges pour la démocratie, l’ex-magistrate a toujours voulu rester en dehors de la politique traditionnelle, jusqu’à ce qu’elle prenne la tête de la liste citoyenne Ahora Madrid. Sur le même modèle que celle de Barcelone, cette liste regroupe des membres des partis de gauche et écolos, ainsi que des citoyens, des ex-Indignés, des acteurs des mouvements sociaux et des militants associatifs.

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Manuela Carmena © Myriam Navas / Ahora Madrid

Arrivée juste derrière le PP au premier tour (32% / 34%), cette militante de longue date pour les droits humains, ancienne avocate soutenant les victimes du franquisme, pourrait prendre la tête de la ville si elle reçoit le soutien du PSOE. Face à elle, la candidate du PP, l’aristocrate Esperanza Aguirre, réputée pour ses positions très conservatrices et ultralibérales, qui représente pour beaucoup la caste au pouvoir en Espagne depuis des décennies, gangrenée par les scandales de corruption.

Admiratrice de Margaret Thatcher, opposée à l’avortement, ex-ministre et ex-présidente du Sénat, Esperanza Aguirre fut présidente de la région de Madrid entre 2003 et 2012, période durant laquelle se succédèrent les affaires de corruption. Surnommée par les Indignés la « comtesse de la corruption », Esperanza Aguirre est soupçonnée d’avoir couvert les membres de son parti visés dans les scandales de corruption. De son coté, Manuela Carmena propose notamment de lutter…contre la corruption, d’ouvrir la gestion de la mairie aux citoyens et de diviser par deux son salaire de maire.

Que reste-t-il en 2026 ?

Le 13 juin 2015, Manuela Carmena est devenue maire de la capitale espagnole grâce au soutien du PSOE. Mais cette dynamique ne va pas suivre une trajectoire linéaire. En 2019, la droite reprend la mairie de Madrid, tandis qu’Ada Colau est réélue à Barcelone avant de perdre son mandat en 2023. Sur le plan national, Podemos est entré au gouvernement en 2020 aux côtés des socialistes. Mais les rivalités internes, les désaccords stratégiques et la concurrence entre les différentes composantes de la gauche ont affaiblit le mouvement.

Podemos. Pride de Madrid. 2016. Wikimedia

Onze ans après les élections municipales qui avaient fait souffler un vent d’espoir sur l’Espagne, le bilan est donc contrasté. Podemos n’a pas réussi à remplacer durablement le bipartisme qu’il combattait, mais il a contribué à bouleverser le paysage politique espagnol et à imposer au débat public des questions longtemps reléguées au second plan : le droit au logement, les inégalités sociales, l’austérité et la corruption. Son passage au pouvoir a également montré qu’une force issue des mouvements sociaux pouvait obtenir des avancées concrètes, tout en révélant les difficultés liées aux compromis gouvernementaux.

À l’heure où une partie de la jeunesse française exprime sa défiance envers le libéralisme et où la gauche de rupture pourraient gagner en 2027, l’histoire de Podemos résonne particulièrement. Car si le plus difficile est parfois de gagner une élection, le véritable défi reste de transformer l’espoir suscité par cette victoire en un changement politique durable.

– Mr Mondialisation


Photo de couverture : Ada Colau lors de la nuit électorale de Barcelona en Comú de lors des élections de 2015. Wikimedia.

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13.10.2026 à 06:00

Pesticides, cancers : l’État loin des 20 % de bio dans les cantines publiques

Mr Mondialisation

Huit ans après son adoption, la loi EGalim peine à s’imposer dans la restauration collective. Cette législation de 2018 exige pourtant 50 % de produits durables, dont 20 % de bio, ainsi que 100 % de viandes et poissons durables. Malgré ces obligations, les seuils sont loin d’être atteints. Face à cette inertie, une coalition […]

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Texte intégral (1148 mots)

Huit ans après son adoption, la loi EGalim peine à s’imposer dans la restauration collective. Cette législation de 2018 exige pourtant 50 % de produits durables, dont 20 % de bio, ainsi que 100 % de viandes et poissons durables. Malgré ces obligations, les seuils sont loin d’être atteints. Face à cette inertie, une coalition d’associations a lancé un recours juridique officiel le 17 septembre dernier. Cette nécessité de santé publique résonne fortement avec le refus de Mathilde Panot de porter le ruban d’Octobre rose pour dénoncer l’hypocrisie de l’État face aux pesticides.

[Temps de lecture estimée : ~ 5 minutes]

Plus de bio dans la restauration collective – cantines, hôpitaux, restaurants universitaires, restauration d’entreprise, c’est pour quand ? Pas tout de suite, apparemment. Et pour cause : les chiffres dévoilés par l’analyse des déclarations faites sur le site gouvernemental « Ma Cantine » révèlent que l’État lui-même ne fait pas vraiment preuve d’exemplarité. Dans les ministères, les CROUS, les prisons ou les entreprises publiques comme la SNCF et EDF, seuls 35,4 % des produits déclarés sont considérés comme durables, avec à peine 12,8 % issus de l’agriculture biologique. Ces données montrent un écart significatif par rapport aux 20 % de bio exigés par la loi.

Mais alors, qu’est-ce qui bloque ? On se le demande, surtout que l’approvisionnement en aliments bios et locaux n’est pas le problème, comme l’admet elle-même l’administration, qui reconnaît ce retard comme « incompréhensible ».  L’exemple n’est donc pas donné par l’État, dont l’inaction s’inscrit dans une tendance plus large au niveau national : sur l’ensemble de la restauration collective, moins de 7 % des achats sont en bio, loin de l’objectif légal. En d’autres termes, sans mécanisme de contrôle effectif ni de sanctions au niveau national, la loi risque de rester un vœu pieux plutôt qu’un outil de transformation.

Un enjeu de santé publique et de soutien aux agriculteur·ices

Au-delà du simple respect administratif, l’application d’EGalim porte des enjeux majeurs. Pour la santé publique, augmenter la part de bio permet de réduire l’exposition aux pesticides et aux polluants chimiques comme les PFAS, particulièrement importants pour les enfants qui consomment chaque jour les repas servis à la cantine.

Cette question de santé publique résonne particulièrement en ce mois d’Octobre rose. Mathilde Panot a récemment dénoncé les liens historiques entre l’industrie à l’origine de la campagne et le géant des pesticides Syngenta, qu’elle accuse également d’être « étroitement lié au projet d’expansion coloniale d’Israël » via sa filiale Adama. Le 3 octobre 2026, des milliers de personnes, parmi lesquelles des malades du cancer, des agriculteur·ices et des militant·es, se sont mobilisées devant un site de Syngenta pour dénoncer les ravages des pesticides ; une partie du cortège a été exposée aux gaz des forces de l’ordre.

Sans oublier la loi Duplomb, votée en juillet 2025 par la majorité de l’Assemblée nationale après une alliance entre la droite et l’extrême droite, c’est une succession d’épisodes qui interroge, une fois de plus, les priorités d’un gouvernement davantage prompt à réprimer les mobilisations qu’à protéger la santé publique, alors même que la jeunesse se mobilise dans les lycées.

Pour le monde agricole, l’enjeu est majeur et trace la voie vers la transition écologique et agricole. En effet, les producteurs qui s’engagent dans la transition ont besoin de débouchés stables et rémunérateurs. La commande publique représente un marché considérable (près de 4 milliards de repas servis annuellement) qui pourrait sécuriser leurs revenus et structurer durablement les filières biologiques et locales. Refuser d’utiliser ce levier, c’est freiner la transition en ne garantissant pas les conditions économiques nécessaires à sa réussite. Une vision défendue aujourd’hui par les associations qui œuvrent pour la défense d’une alimentation et d’une agriculture plus respectueuse des paysan·nes et du vivant.

Une coalition exige l’exemplarité avant de saisir la justice

Face à cette inertie, cinq associations – Notre Affaire à Tous, Générations Futures, Bio Consom’acteurs, Agir pour l’environnement et le Collectif Les Pieds dans le Plat – ont décidé d’agir. Elles ne demandent pas une nouvelle loi, mais l’application stricte de celle qui existe déjà. Leur demande préalable vise à obtenir de l’État qu’il respecte ses propres objectifs dans ses cantines, qu’un contrôle effectif soit mis en place et que la commande publique serve enfin les filières locales et biologiques.

Si le gouvernement ne donne pas suite sous deux mois, la coalition prévoit de saisir la justice administrative. Cette démarche rappelle que la loi n’est pas facultative et que l’exemplarité de l’État est indispensable pour crédibiliser les politiques, qu’elles soient alimentaires ou touchent à d’autres enjeux sociétaux. Car, comme le rappellent les associations engagées dans cette procédure, derrière chaque assiette servie se dessine un choix de société : celui de continuer sur un modèle industriel ou de construire une agriculture soutenable face à l’urgence climatique et écologique.

– Emilie Fenaughty


Photo de couverture : Mathilde Panot. Wikimedia.

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12.10.2026 à 18:48

Parcoursup : huit ans d’une machine libérale qui broie les rêves de la jeunesse

Simon Verdiere

La suppression de Parcoursup figure en bonne place des revendications majeures des mobilisations de l’automne 2026. Créé en 2018 par Emmanuel Macron, ce dispositif en ligne était censé optimiser l’orientation des bacheliers vers l’enseignement supérieur. Huit ans plus tard, Parcoursup est largement dénoncé par les élèves, les parents, les professionnels de l’éducation et du supérieur. [Temps […]

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Texte intégral (2266 mots)

La suppression de Parcoursup figure en bonne place des revendications majeures des mobilisations de l’automne 2026. Créé en 2018 par Emmanuel Macron, ce dispositif en ligne était censé optimiser l’orientation des bacheliers vers l’enseignement supérieur. Huit ans plus tard, Parcoursup est largement dénoncé par les élèves, les parents, les professionnels de l’éducation et du supérieur.

[Temps de lecture estimée : ~ 8 minutes]

Chaque année, des centaines de milliers de lycéens se trouvent sous la pression de Parcoursup. Pendant des mois, les étudiants subissent l’angoisse des résultats et sont déjà soumis à une âpre mise en concurrence dès leur plus jeune âge. La plateforme s’est, en outre, transformée en véritable outil de ségrégation, reproduisant, sans ambiguïté, les inégalités. Zoom sur un échec absolu, symbole d’un séparatisme social institué par le macronisme.

Journée « Lycées morts » à Strasbourg. 31 mai 2018. Flickr.

La machine à angoisses

Depuis ses débuts, Parcoursup n’a cessé d’être critiqué pour la pression qu’il engendre. Certains lycéens peuvent ainsi passer des mois à scruter leurs vœux, leurs rangs et d’interminables listes d’attente.

L’outil était censé mettre fin au tirage au sort qui avait parfois lieu auparavant lorsqu’une formation avait plus de demandes que de places et que d’autres critères avaient été épuisés (académie, niveau de préférence, situation familiale…).

Frédérique Vidal, ministre de l’Éducation de l’époque, promettait même qu’aucun bachelier ne « recevrait un non » sur le portail. Et pourtant, tous les ans, des milliers d’étudiants peinent à trouver une issue. En juillet 2026, ils étaient près de 100 000 sans affectation.

Un système obscur

Dès ses débuts, le système était déjà contesté, accusé d’opérer un tri entre les lycéens. Si le procédé précédent était loin d’être parfait, il installait néanmoins l’idée que l’obtention du baccalauréat offrait un droit aux études supérieures. Avec Parcoursup, l’entrée n’est plus garantie, et la sélection entre postulants reste opaque.

Il existe certes un algorithme national qui classe les élèves en fonction de leurs résultats au lycée et au bac. Mais d’autres critères viennent s’ajouter au niveau local. Et à ce petit jeu, chaque université dispose d’une liberté de discrétion. Impossible alors de ne pas y voir une sorte de tri social déguisé.

Des inégalités criantes

Dans ce contexte, les lycéens ne disposent évidemment pas tous des mêmes cartes. L’établissement d’origine joue d’abord un rôle prépondérant. Ainsi, dans certaines filières prestigieuses, un bachelier issu d’une banlieue défavorisée aura nettement moins de chances qu’un élève des beaux quartiers parisiens, y compris si ses résultats sont brillants. Le défenseur des droits a d’ailleurs déjà été saisi sur cette question.

Ces inégalités sociales sont aussi trahies par les lettres de motivation ou par certains documents que doivent produire les lycéens et qui laissent parfois transparaître leur milieu social. Là encore, les adolescents venant de familles privilégiées disposeront, en outre, d’appuis beaucoup plus solides pour construire leur dossier grâce au bagage culturel ou professionnel de leurs parents. Ceux-ci seront, de surcroît, plus en mesure d’indiquer à leurs enfants les parcours à choisir pour atteindre leur but et d’expliquer comment multiplier les stratégies.

Lors du passage de la licence au master, une autre plateforme du même type a aussi été mise en place. Mais ici, les noms des candidats ne sont plus anonymisés, comme c’est le cas pour les bacheliers. De ce fait, une étude a ainsi démontré que les personnes avec des patronymes à consonances « africaines » avaient moins de chances d’être retenues.

Former des petits soldats du capitalisme

Au-delà de l’injustice soulevée par ce système opaque, c’est aussi le logiciel de pensée instillé par la macronie qui pose question. Dans une société déjà de plus en plus basée sur l’individualisme, les lycéens sont placés en concurrence les uns avec les autres avant même d’arriver à l’âge adulte.

Cette ambiance installe un stress permanent avec l’enjeu suivant : la moindre note au lycée pourrait influencer toute une vie. Comme si un jeune de 17 ans était tenu de construire un projet professionnel tout tracé.

La compétition plutôt que l’orientation

Mais plus loin encore, les adolescents ne sont pas seulement sommés de trouver un avenir, il leur faudra aussi se battre entre eux pour être certains de voir leur vœu se réaliser. Cette philosophie brise dès le plus jeune âge toute idée de solidarité et installe la croyance qu’il est nécessaire « d’écraser les autres pour réussir ».

En somme, le gouvernement libéral d’Emmanuel Macron a déjà tenté pendant près de dix ans de soumettre les nouvelles générations à son dogme du « tous contre tous », comme si l’université devait former de futurs travailleurs corvéables et prêts à surpasser tout le monde. Assujettir les lycées à une immense charge de labeur et à une pression constante s’inscrit d’ailleurs également dans ce mode de pensée.

Abandonner ses rêves

Cette sélectivité accrue va, en outre, conduire certains étudiants à renoncer à leurs véritables aspirations pour bifurquer vers des choix « raisonnables ». La décision de l’orientation peut même devenir une sorte d’auto-censure. Là où plusieurs filières et universités resteront pratiquement intouchables, d’autres ouvriront plus largement leurs portes, mais ne seront pas valorisées pour une entrée en master.

De quoi décourager bon nombre de jeunes et tout simplement les pousser à abandonner leurs cursus pour se tourner directement vers le milieu du travail ou des secteurs moins « ambitieux » et moins en phase avec leurs rêves. Parcoursup et son système de compétition installent aussi une forme de résignation et de soumission au monde capitaliste.

Ce système met également en place une logique de rentabilité : les élèves doivent choisir des études pour espérer en tirer un emploi et un revenu. Les filières sont alors hiérarchisées, à l’instar des établissements, et un certain prestige prend même le dessus sur le droit à l’éducation, la culture, la formation et l’émancipation intellectuelle.

Rendre le droit d’étudier aux lycéens

L’alternative à ce système ne consiste donc pas seulement à créer un Parcoursup plus « humain » ou plus « transparent ». Le problème est plus profond et plus simple à la fois : il n’y a pas assez de places pour tout le monde aux endroits où les jeunes veulent étudier.

Là encore, la logique austéritaire interdit d’investir et le sous-financement de l’enseignement supérieur est directement responsable de la situation. Plutôt qu’instaurer une concurrence sans pitié, il conviendrait donc de rendre au baccalauréat son statut de sésame pour l’université.

Manifestation du 5 février 2019 à Paris à l’appel des syndicats CGT, Solidaires, et FO, des gilets jaunes, d’Attac, de la France Insoumise…. Pour une justice fiscale et sociale et une hausse des salaires. Flickr.

Changer de vision

Si une faculté n’a plus assez de places pour ses étudiants, alors elle doit en ouvrir des supplémentaires plutôt que trier les gens. Pour ce faire, il est indispensable de rénover et d’agrandir les installations, de faciliter l’accès au logement et renforcer les équipes enseignantes.

De facto, les jeunes n’ont pas à porter la responsabilité de pénuries organisées par un manque de volonté politique. C’est au contraire à l’État d’assumer cette charge pour mettre fin à un système aussi inégalitaire que Parcoursup. Parce qu’à 18 ans, chacun devrait pouvoir choisir ce qu’il veut apprendre sans avoir l’impression de jouer son avenir à la loterie.

– Simon Verdière


Paris le 6 février 2018. Journée de grève et d’action contre la réforme du lycée et de l’université. Pour le maintien du bac comme diplôme national et pour l’abandon du plan Étudiant (projet de loi Vidal). Flickr.

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11.10.2026 à 06:00

Mobilité, sols et chants : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.  1. Des véhicules intermédiaires pour réduire la dépendance à la voiture en zone rurale À Saint-Augustin, en Corrèze, le festival « Roue Libre en Folie » a présenté des véhicules intermédiaires, entre vélo et […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 

1. Des véhicules intermédiaires pour réduire la dépendance à la voiture en zone rurale

À Saint-Augustin, en Corrèze, le festival « Roue Libre en Folie » a présenté des véhicules intermédiaires, entre vélo et voiture, pour faciliter les déplacements ruraux. Speed bikes, vélos à habitacle, véhicules à assistance solaire ou quadricycles électriques peuvent atteindre jusqu’à 80 km/h selon les modèles. Pour des acteurs locaux de la mobilité, ces véhicules pourraient répondre à une partie des trajets du quotidien, dans des territoires où les transports en commun sont limités. (Télé Millevaches)

2. Dans la Crau, une plante pourrait aider à stabiliser des sols contaminés par des munitions

Dans la plaine de la Crau, près d’Arles, des chercheurs expérimentent depuis novembre 2025 la plantation de 900 pieds de brachypode sur d’anciens sites militaires contaminés par des métaux lourds. L’objectif n’est pas de dépolluer les sols, mais de limiter la dispersion des polluants grâce à la couverture végétale et au système racinaire de la plante. Les premiers résultats préliminaires sont encourageants, notamment après une période de sécheresse exceptionnelle (La Relève et La Peste)

3. Le chant des oiseaux et la nature réduisent le stress, y compris en ville

Une étude menée auprès de 95 participants montre que l’exposition à des environnements naturels et l’écoute de chants d’oiseaux sont associées à une diminution du stress physiologique. Les chercheurs ont notamment observé une baisse de la fréquence cardiaque lors de l’écoute de chants d’oiseaux, y compris dans un environnement urbain. Ces effets étant indépendants, les auteurs estiment que la végétation et les ambiances sonores naturelles pourraient aussi contribuer au bien-être en ville. (HuffPost)

4. En Écosse, des millions de jeunes arbres témoignent du retour des forêts

Dans le parc national des Cairngorms, en Écosse, une étude menée par l’Université de Cambridge a recensé plus de 6 millions d’arbres sur 569 km² grâce à des relevés LiDAR analysés avec l’aide de l’IA. Parmi eux, 2,65 millions sont des arbres de petite taille, soit plus de 40 % des arbres recensés. Ces résultats témoignent de la régénération des forêts natives portée notamment par le projet Cairngorms Connect, engagé sur 200 ans. (BBC Countryfile Magazine)

5. En Angleterre, les musées nationaux resteront gratuits pour les touristes étrangers

Le gouvernement britannique a finalement renoncé à faire payer l’entrée des musées nationaux aux visiteurs étrangers. La gratuité, en vigueur depuis 2001 dans 15 institutions subventionnées comme le British Museum ou la National Gallery, sera donc maintenue. En 2023-2024, les visiteurs étrangers représentaient 43 % de leur fréquentation. (franceinfo)

6. Au Brésil, le retour du tapir illustre la renaissance d’une forêt tropicale

Dans l’État de Rio de Janeiro, la famille Locke a planté environ 840 000 arbres indigènes en deux décennies sur d’anciennes terres d’élevage dégradées. Ce reboisement a restauré plus de 600 hectares et permis le retour du tapir du Brésil, disparu de la région depuis environ un siècle. Réintroduits dans la réserve de Guapiaçu à partir de 2017, trois premiers individus se sont reproduits et la population dépasse désormais une vingtaine d’animaux. (Linternaute)

7. Deux millions de dépistages d’IST réalisés en un an grâce à un dispositif gratuit pour les moins de 26 ans

En 2025, environ 2 millions de dépistages d’infections sexuellement transmissibles ont été réalisés dans le cadre de « Mon test IST », lancé en septembre 2024. Le dispositif permet aux moins de 26 ans de se faire dépister gratuitement, sans rendez-vous ni ordonnance, pour cinq IST : VIH, hépatite B, syphilis, gonorrhée et chlamydia. Dans les laboratoires Cerballiance, ces tests représentent un tiers des dépistages d’IST et permettent notamment de détecter une part importante des infections chez les jeunes.  (franceinfo)

8. En Australie, lutter contre une étoile de mer protège les coraux et crée des emplois

Dans le Queensland, un programme de lutte contre l’étoile de mer « couronne d’épines », qui contribue à la perte de coraux sur la Grande Barrière, a généré environ 20 millions de dollars australiens de retombées économiques en 2024-2025, pour 5,5 millions investis. Il a également soutenu 61 emplois équivalents temps plein dans la région de Cairns.  (Oceanographic Magazine)

9. Un champignon forestier produit des molécules rares contre les insectes

Dans le Kentucky, des chercheurs ont découvert un champignon vivant dans une graminée sauvage qui produit une combinaison rare de trois alcaloïdes – molécules pourraient contribuer à protéger la plante contre les insectes. L’étude publiée dans Applied and Environmental Microbiology pourrait aussi aider à mieux comprendre ces interactions et à développer des graminées fourragères plus sûres. (Phys.org)

10. À Poitiers, des ateliers pour limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens

Depuis 2023, le CHU de Poitiers propose des ateliers pour apprendre à réduire les polluants comme les perturbateurs endocriniens présents dans l’air intérieur et les produits du quotidien. Ouverts à tous depuis octobre 2026, ils abordent notamment les produits ménagers, les cosmétiques et l’alimentation. Le dispositif pourrait désormais être étendu à l’ensemble de la Vienne. (Vert)

* Photo de couverture : Unsplash

– Mauricette Baelen

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10.10.2026 à 06:00

Lycées, précarité et pesticides : les 10 infos de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. À Lens, un lycéen grièvement blessé lors de la mobilisation Un lycéen de 15 ans a perdu sa main gauche lundi à Lens, en marge de la mobilisation lycéenne, blessé après le tir d’une […]

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Texte intégral (1202 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. À Lens, un lycéen grièvement blessé lors de la mobilisation

Un lycéen de 15 ans a perdu sa main gauche lundi à Lens, en marge de la mobilisation lycéenne, blessé après le tir d’une grenade, probablement assourdissante, par les forces de l’ordre. Le lycée Auguste-Béhal a été fermé le lendemain, tandis que des enseignants se sont rassemblés devant l’établissement. Des enseignants et des élèves dénoncent un usage « disproportionné » de la force. L’IGPN a été saisie. 141 établissement étaient fermés hier. (Mediapart)

2. Grande pauvreté : les Restos du Cœur dévoilent l’ampleur de la précarité

Une étude menée à partir de 5,5 millions d’identifiants suivis par les Restos du Cœur entre 2018 et 2025 analyse les trajectoires de grande pauvreté. Depuis 2018, la précarité résidentielle a augmenté de 62 %, avec les enfants de 0 à 9 ans particulièrement concernés. L’étude estime qu’environ 10 % de la population pourrait avoir recours à l’aide alimentaire dans les dix prochaines années. Elle souligne aussi l’impact du chômage et des loyers sur la précarité, ainsi que l’effet protecteur du logement social. (Les Restos du Cœur)

3. Des agriculteurs et des associations mobilisés contre les pesticides

À Saint-Pierre-la-Garenne, dans l’Eure, 15 000 personnes ont manifesté le 3 octobre contre Syngenta et les conséquences sanitaires des pesticides. Des agriculteurs et des associations écologistes, ainsi que des personnes touchées par le cancer ont participé au rassemblement. (Là-bas si j’y suis)

4. Les glaciers suisses continuent de fondre à un rythme record

Les glaciers suisses ont perdu 5,5 % de leur volume en 2026, après une baisse de près de 20 % en cinq ans. Le glacier d’Aletsch a notamment perdu jusqu’à 13 mètres d’épaisseur sur son point de mesure le plus bas. Au moins 30 glaciers pourraient avoir disparu cet été, tandis que la Suisse en a déjà perdu plus de 1 000 en cinquante ans. Cette fonte menace aussi les ressources en eau, dont la contribution devrait diminuer à mesure que les glaciers disparaissent. (franceinfo)

5. Violences sexistes : les députés retirent le caractère obligatoire des unités spécialisées

Dans le cadre d’une proposition de loi visant à améliorer la prise en charge des violences sexistes et sexuelles contre les femmes et les enfants, les députés ont examiné un article qui prévoyait de confier ces enquêtes à des services spécialisés de police et de gendarmerie. Mais lors des débats, cette obligation a été supprimée : le gouvernement avait proposé de la retirer, puis des amendements déposés par des députées ont abouti au même résultat. L’article 3 a finalement été adopté sans obliger le ministère de l’Intérieur à créer ces unités ni à imposer une formation spécifique à leurs agents. (Projet Arcadie)

6. Au Brésil, l’extrême droite bolsonariste confirme son emprise

Flávio Bolsonaro est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle avec 47,03 % des voix, devant Lula (45,16 %). Le Parti libéral, lié à la famille Bolsonaro, progresse également au Congrès et comptera 28 sénateurs sur 81 à partir de 2027. À Rio, fief de la famille Bolsonaro, Flávio obtient 53 % des suffrages contre 39,4 % pour Lula. Après s’être abstenu au premier tour, un habitant de Rocinha annonce qu’il votera le 25 octobre pour faire barrage à Flávio Bolsonaro. (Bondy Blog)

7. Le nucléaire grand gagnant du budget 2027

Le projet de loi de finances 2027 prévoit plusieurs soutiens à la filière nucléaire, dont jusqu’à 60 milliards d’euros de prêts pour financer les six EPR2. Le coût du programme pourrait atteindre 153,6 milliards d’euros, voire 189 milliards avec 7 ans retard. Le texte prévoit également une garantie publique jusqu’en 2090 et des allègements fiscaux pour le nucléaire, tandis que 120 millions d’euros d’économies sont prévus sur les aides aux énergies renouvelables. (Reporterre)

8. Le RN veut réduire les aides aux renouvelables et aux agences environnementales

Le contre-budget 2027 du RN prévoit 140 milliards d’euros d’économies sur cinq ans, dont plus de 5 milliards dès la première année via la suppression des aides aux énergies renouvelables. Le parti propose aussi un moratoire sur les nouveaux projets et 3,4 milliards d’euros d’économies sur les opérateurs de l’État, parmi lesquels plusieurs agences environnementales. En parallèle, certaines mesures écologiques sont maintenues ou remaniées, comme le Fonds vert et MaPrimeRénov’. (Vert)

9. Un projet d’élevage industriel de saumons inquiète

Pure Salmon prévoit de construire au Verdon-sur-Mer une usine de 75 000 m² capable d’élever et d’abattre environ 2 millions de saumons par an. Le projet, autorisé par la préfecture en août, soulève des inquiétudes sur la souffrance animale, la pollution des eaux et sa consommation d’énergie. Une dizaine d’associations, des riverains et des entreprises ont déposé des recours contre le permis de construire et l’autorisation environnementale. (Reporterre)

10.Des militants dans les arbres pour défendre les castors de l’A412

Le chantier de l’A412, en Haute-Savoie, doit détruire 180 hectares, dont 56 hectares de zones humides et des habitats de castors. Des militants grimpeurs, surnommés les « écureuils », occupent les arbres pour empêcher leur abattage. Le projet suscite des oppositions en raison de ses conséquences possibles sur la biodiversité et le cycle de l’eau. Plusieurs recours doivent être examinés à partir du 14 octobre pour demander la suspension du chantier. (La Relève et La Peste)

– Mauricette Baelen

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09.10.2026 à 06:00

Des livres sacrifiés pour entraîner l’IA

Mr Mondialisation

Des libraires européens voient affluer des commandes automatisées pour des ouvrages anciens, spécialisés et souvent invendus depuis des décennies. Achetés par des intermédiaires pour le compte d’entreprises d’intelligence artificielle, ces livres seraient numérisés puis détruits afin d’alimenter leurs modèles. Aubaine pour les bouquinistes, cette pratique soulève de nombreuses questions sur le droit d’auteur et la […]

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Texte intégral (1706 mots)

Des libraires européens voient affluer des commandes automatisées pour des ouvrages anciens, spécialisés et souvent invendus depuis des décennies. Achetés par des intermédiaires pour le compte d’entreprises d’intelligence artificielle, ces livres seraient numérisés puis détruits afin d’alimenter leurs modèles. Aubaine pour les bouquinistes, cette pratique soulève de nombreuses questions sur le droit d’auteur et la préservation du patrimoine écrit.

[Temps de lecture estimée : ~ 4min]

Depuis plusieurs mois, un étrange phénomène intrigue libraires et bouquinistes. Des milliers de  livres anciens et rares sont achetés, en masse, sur leur site en ligne. Selon la RTS, la Radio Télévision Suisse, « […] début mai, une librairie allemande de livres anciens recevait sur son site en ligne chaque nuit, entre 3h00 et 5h00 du matin, un nombre considérable de commandes automatisées d’ouvrages ».

Un évènement non isolé, car de nombreux confrères, notamment sur le réseau social Reddit, en font également constat. De la Nouvelle-Zélande, à l’Espagne, en passant par les Pays-Bas ou encore l’Australie et la Bulgarie, le même procédé a lieu.

Nouvel engouement pour les ouvrages anciens ?

Ce qui intrigue surtout les professionnels, ce sont les genres d’ouvrages sélectionnés : des livres peu recherchés, très spécialisés et invendus depuis des décennies, tels que des manuels techniques ou encore des livres de cuisine. Et chaque titre est méticuleusement acheté en un seul exemplaire.

Une méthode spécifique, rythmée, presque « algorithmique »… Plusieurs médias initient des enquêtes et portent alors leur regard sur les destinataires de ces commandes : Better World Books, World of Books et Zoom Books. Des centres de logistique basés aux États-Unis. Selon la RTS ou encore le média El Diario qui enquête sur le phénomène, ces sociétés seraient des intermédiaires logistiques pour des sociétés américaines spécialisées en IA. Mais une question reste en suspens : pourquoi acheter des milliers de livres dont presque personne ne veut ?

Les livres : nouvelles données pour l’IA

Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir au fonctionnement des intelligences artificielles génératives. Les grands modèles de langage sont entraînés à partir de gigantesques quantités de textes. Internet a longtemps constitué une source particulièrement abondante de données libres d’accès : articles, pages web, forums, documents accessibles publiquement…

Mais rapidement, les ressources disponibles se sont raréfiées. Pour poursuivre leur  développement, les entreprises d’IA se sont alors dirigées vers des données non libres d’accès, en passant par des plateformes de téléchargement illégal d’ouvrages. Des techniques qui les ont rapidement menés à des poursuites judiciaires, comme tel a été le cas pour l’entreprise Anthropic, à l’origine du modèle Claude, qui a été condamné en 2025 à verser 1,5 milliard de dollars aux auteurs d’ouvrages piratés.

Pour les sociétés d’IA ont alors cherché une solution : se tourner vers des ouvrages anciens et moins populaires. Un marché de grande envergure, peu coûteux et surtout, capable de passer dans les mailles du filet législatif.

Car en utilisant les livres papiers, les sociétés agissent sous couvert du principe étatsunien du « fair use », ou « principe d’utilisation équitable ». Une exception au droit d’auteur américain qui permet d’utiliser une partie d’un livre protégé sans l’autorisation de l’auteur, à condition que les fins soient spécifiques, comme la critique, l’enseignement ou la recherche. Et c’est ainsi que le livre papier entre paradoxalement dans l’histoire de la technologie la plus dématérialisée qui soit.

Des millions de livres découpés sans retour arrière possible… Jusqu’où peut-on prétendre à du « fair use » ? / Pexels

Des livres achetés pour être… détruits

Des intermédiaires logistiques comme Zoom Books collecteraient les ouvrages avant de les envoyer vers des centres de numérisation. Pour numériser rapidement chaque livre, les opérateurs en découpent le dos afin d’en séparer les pages, qui sont ensuite introduites dans des scanners. Une fois cette opération réalisée, les exemplaires ne peuvent plus être remontés ni lus comme des livres.

« [cette opération est un ] effort visant à numériser de manière destructive tous les livres du monde »

Ce procédé n’est pas une simple hypothèse développée par quelques médias. En janvier 2026, le Washington Post a révélé une longue enquête sur le « projet Panama », une opération secrète lancée par la start-up américaine Anthropic, décrit en interne comme un « effort visant à numériser de manière destructive tous les livres du monde ».

Pour les professionnels du livre d’occasion, la situation est pour le moins paradoxale. D’un  côté, ces commandes représentent une manne financière inattendue : des ouvrages qui  dormaient depuis des années dans des réserves trouvent soudainement preneur. De l’autre, les libraires découvrent que certains de ces livres pourraient être achetés non pas pour être lus, collectionnés ou transmis, mais pour être dépouillés de leur contenu avant d’être détruits.

Une  situation particulièrement troublante pour un secteur qui ne se contente pas de vendre des livres : les bouquinistes participent aussi à leur conservation. C’est là que réside tout le paradoxe éthique de cette pratique.

Bouquinistes sur les quais de Paris, mars 2017 / WikimediaCommons

Vers la fin du savoir de l’humanité ?

Un livre représente bien plus qu’un ensemble de données. Il est aussi et avant tout un outil de  transmission physique. Depuis des millénaires, des parois rocheuses d’une grotte aux feuilles de papyrus, l’ensemble des connaissances du monde se partage, se diffuse et se transmet à travers des supports matériels.

Avec l’essor de l’intelligence artificielle, une nouvelle question se pose désormais : que devient cette fonction de transmission lorsque les livres sont réduits à des ensembles de données destinés à alimenter des modèles ?

La collecte massive d’ouvrages à cette fin soulève ainsi des enjeux qui dépassent la seule  question de leur destruction physique. Elle interroge les conditions dans lesquelles les œuvres peuvent être numérisées, utilisées et intégrées aux modèles d’IA, mais aussi la manière dont nous souhaitons préserver et transmettre le patrimoine écrit. Face à ces nouvelles pratiques, le  cadre juridique devra trouver un équilibre entre innovation technologique, droits des auteurs et  préservation de l’accès au savoir.

– Pauline Lunay


Photo de couverture : Librairie ancienne, David Henry / Pexels

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08.10.2026 à 06:00

Mouvement lycéen : une colère légitime maquillée en « manœuvre de LFI »

Elena Meilune

Le mouvement lycéen serait manipulé, instrumentalisé, voire organisé par La France Insoumise. Depuis quelque temps, le gouvernement désigne LFI comme responsable de la mobilisation, pourtant née de revendications très concrètes sur l’état de l’école publique. Une nouvelle fois, le parti se retrouve désigné comme bouc émissaire d’une contestation qui embarrasse le pouvoir. L’accusation est devenue […]

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Texte intégral (3332 mots)

Le mouvement lycéen serait manipulé, instrumentalisé, voire organisé par La France Insoumise. Depuis quelque temps, le gouvernement désigne LFI comme responsable de la mobilisation, pourtant née de revendications très concrètes sur l’état de l’école publique. Une nouvelle fois, le parti se retrouve désigné comme bouc émissaire d’une contestation qui embarrasse le pouvoir. L’accusation est devenue familière. Les preuves, beaucoup moins.

[Temps de lecture estimée : ~ 7min]

À mesure que le mouvement lycéen s’étend, le gouvernement et l’extrême droite imposent un autre récit, celui d’adolescent·es dépossédé·es de leur propre colère, comme si leur mobilisation ne pouvait venir d’elles et eux-mêmes sans qu’un parti politique ne leur souffle quoi penser. La France Insoumise soutient ouvertement le mouvement. Mais soutenir une mobilisation ne signifie pas l’avoir déclenchée ni la piloter.

Pendant que les médias des milliardaires scrutent les poubelles qui brûlent et cherchent la main de Jean-Luc Mélenchon derrière chaque lycée bloqué, les revendications et la souffrance bien réelle des lycéennes et des lycéens disparaissent derrière un écran de fumée.

Quand la polémique remplace l’information

Le traitement médiatique du mouvement lycéen illustre parfaitement comment une mobilisation sociale peut être réduite à un affrontement entre le gouvernement et La France insoumise.

Le 28 septembre, France 2 consacre enfin un premier sujet aux mobilisations lycéennes dans son journal de 20 heures, plus d’une semaine après leur commencement. Mais avant même d’expliquer pourquoi les élèves manifestent, le présentateur Jean-Baptiste Marteau annonce que « le ton monte entre le gouvernement et La France insoumise ».

Selon une analyse d’Acrimed, près de la moitié du reportage est consacrée aux accusations d’incitation aux blocages visant LFI. Quant aux revendications des lycéens, elles n’y sont tout simplement pas évoquées. Le mouvement social est à peine entré dans le journal télévisé qu’il a déjà disparu derrière la polémique politicienne.

Un mouvement initié par les professeur·es et les lycéen·nes

Revenons à l’origine de ces blocages. À Saint-Exupéry de Créteil, des enseignant·es et des personnels se mettent en grève le 17 septembre, notamment contre plusieurs postes non pourvus. Les lycéen·nes les rejoignent dès le lendemain. Le 21 septembre, Clémence Guetté, Louis Boyard et Abdoulbar Djaffar apparaissent publiquement dans la mobilisation. LFI s’engage donc très tôt, mais le conflit et la mobilisation des élèves préexistent à l’intervention de ses élu·es.

Les blocages essaiment ensuite, principalement par les réseaux sociaux, avec des revendications qui varient selon les établissements : enseignant·es et personnels manquants, classes surchargées, bâtiments dégradés, matériel, emplois du temps ou Parcoursup. Les syndicats prennent ensuite le relais : après une grève nationale le 29 septembre, l’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante appellent à de nouveaux blocages le 1er octobre et à une grande manifestation nationale le 6.

LFI ne cache pas son soutien. Louis Boyard appelle à son extension. Mais soutenir et chercher à amplifier une mobilisation déjà engagée ne signifie pas l’avoir déclenchée ni la piloter. La chronologie raconte surtout celle de personnels confrontés à un cruel manque de moyens, rejoints par leurs élèves, et d’une colère plus que légitime qui se propage d’établissement en établissement.

LFI, les Frères musulmans, agent iranien… qui dit mieux ?

Le gouvernement n’est visiblement pas le seul à chercher qui se cacherait derrière les lycéens. Le 30 septembre, Le Point – média appartenant à Artémis, société du milliardaire François Pinault – publie une chronique consacrée à la « bataille politique » autour des blocages. « Plusieurs collectifs liés à La France insoumise » sont présentés comme s’agitant derrière le mouvement. Certains auraient même « des liens avec la mouvance des Frères musulmans ».

Et ce n’est que le début. RED Jeunes, Génération EDR, Étudiants musulmans de France, Révolution permanente, élu·es insoumis·es : Le Point déroule les connexions jusqu’à faire entrer dans le tableau un influenceur soupçonné de liens avec le régime iranien. LFI, l’ultragauche, les trotskistes, les Frères musulmans, l’Iran : à ce rythme, il va bientôt falloir une commission d’enquête pour déterminer qui n’est pas derrière les lycéen·nes

La note de renseignement sur laquelle s’appuie Matignon

Le 1er octobre, Matignon franchit un cap : le mouvement serait une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l’ultragauche ». Pour étayer cette accusation, le gouvernement s’appuie notamment sur une note de la DRPP datée du 28 septembre et consultée par plusieurs médias dont Le Monde et Franceinfo.

Premier problème : celle-ci ne porte ni sur le mouvement national ni sur Créteil, où la mobilisation a commencé, mais uniquement sur les « actions lycéennes en Seine-Saint-Denis ». Elle conclut pourtant à une « instrumentalisation de structures syndicales étudiantes et de mouvements politiques proches de l’extrême gauche ».

Mais concernant spécifiquement LFI, Franceinfo ne relève dans les huit pages de la note que quatre références concrètes à des actions ou propos d’élu·es insoumis·es : Bally Bagayoko est notamment cité pour ses positions sur les LBD et les interpellations, Éric Coquerel pour avoir « fait un passage » devant un lycée de Saint-Ouen.

Quant à un « challenge des blocus » circulant sur les réseaux sociaux, la DRPP estime qu’il « rappelle fortement » celui lancé par Louis Boyard… en 2023. La note constate par ailleurs qu’au début du mouvement, les « structures syndicales classiques » sont « étonnamment invisibles sur le terrain », avant que certaines organisations étudiantes ne tentent de rejoindre le mouvement.

La présence de militant·es et d’organisations politiques autour de certains blocages est bien réelle. Mais entre constater ces interventions en Seine-Saint-Denis et démontrer que LFI aurait organisé un mouvement né plusieurs jours auparavant à Créteil, il manque toujours l’essentiel : des preuves.

Le récit gouvernemental en édition express

L’empressement avec lequel cette accusation a été relayée est tout aussi révélateur. Comme le rapporte La Dépêche du Midi, une communication de Matignon résumant les conclusions des renseignements est diffusée aux journalistes sur des boucles WhatsApp vers 16 heures, le 1er octobre. À 16 h 15, LCI commente déjà ces « informations des services de renseignement ». Quinze minutes à peine entre la communication gouvernementale et sa reprise à l’antenne. À cette vitesse, difficile de savoir si les journalistes ont eu le temps de vérifier l’information ou simplement de finir leur café.

De son côté, face aux faiblesses de la note, Le Monde a demandé à Matignon s’il disposait d’autres éléments pour accréditer l’instrumentalisation du mouvement. Les services du Premier ministre n’ont pas répondu.

Une colère qui ne sort pas de nulle part

Avant de chercher qui manipule les lycéen·es, encore faudrait-il regarder ce qu’ils et elles dénoncent. L’état du bâti scolaire en donne un aperçu. Selon un rapport de l’Alliance écologique et sociale, 20 à 30 % des bâtiments scolaires seraient vétustes et inadaptés aux aléas climatiques.

D’après une enquête du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES-FSU), des moisissures sont visibles dans 18 % des établissements étudiés, des problèmes d’infiltration ou d’humidité sont relevés une fois sur deux et des inondations une fois sur quatre en cas de pluie. Lors de la vague de chaleur de juillet 2025, plus de 2 000 établissements avaient dû fermer.

Mais manifestement, lorsqu’un adolescent voit de l’eau tomber du plafond ou étouffe dans une salle de classe, il lui faut encore attendre le passage d’un député LFI pour comprendre que quelque chose ne tourne pas rond.

Et parfois, on dépasse largement la question du confort. Au collège Georges-Politzer de Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, des analyses réalisées en juin 2026 ont révélé une contamination de l’eau par des matières fécales. Pourtant, l’établissement n’a été informé des résultats que le 26 septembre, après plusieurs mois d’alertes du personnel sur la qualité de l’eau.

Et alors que des enseignant·es et des membres du personnel éducatif manquent cruellement dans de très nombreux lycées le projet de budget 2027 prévoit encore 1 588 suppressions de postes d’enseignants, dont 1 250 dans le public.

Et l’angoisse liée à l’orientation est aussi bien réelle. Derrière Parcoursup, il y a la sélection, la mise en concurrence des dossiers et le tri social, dans une procédure à laquelle le ministère reconnaît lui-même un stress « encore trop souvent associé ». Les lycéen·es seraient donc assez grands pour Parcoursup mais trop jeunes pour avoir une opinion.

Une question de moyens, mais surtout de priorités

L’argent public existe. Reste à savoir où l’État choisit de le mobiliser. Pour 2026, la mission « Enseignement scolaire » représente environ 64,5 milliards d’euros hors pensions. Dans le même temps, 4 018 emplois d’enseignants sont supprimés, dont 2 373 dans le premier degré et 1 645 dans le second, le gouvernement justifiant notamment ces réductions par la baisse démographique.

Les aides publiques versées aux entreprises s’élèvent quant à elles à environ 211 milliards d’euros par an, sans contrepartie demandée, ni sociale ni environnementale. Au deuxième trimestre 2026, les grandes entreprises ont distribué 61 milliards d’euros de dividendes, premier montant européen sur la période, deuxième mondial, juste après les États-Unis.

« les crédits cumulés de la police et de la gendarmerie augmentent de 637 millions d’euros en 2026, à 25 milliards. »

Pendant ce temps, les crédits cumulés de la police et de la gendarmerie augmentent de 637 millions d’euros en 2026, à 25 milliards. En 2026, les crédits de la mission « Défense » augmentent de 6,7 milliards d’euros, tandis que ceux de la mission « Enseignement scolaire » progressent d’environ 167 millions d’euros hors pensions.

La France insoumise, l’éternelle coupable 

L’accusation devient plus absurde encore lorsqu’on examine les déclarations de Jean-Luc Mélenchon. Après avoir appelé les militant·es insoumis·es à « s’interposer face à la sauvagerie policière », il appelle explicitement les jeunes à employer des méthodes de lutte non violentes : « Cela ne sert à rien de mettre le feu », leur lance-t-il, tout en maintenant son soutien à leur mobilisation.

Manuel Bompard affirme également que les élus LFI ne se rendent pas devant les lycées pour « exciter » les élèves mais pour soutenir leurs revendications. Éric Coquerel appelle lui aussi à poursuivre les mobilisations « dans la non-violence ».

Le 28 septembre, une vidéo tronquée montrant le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, près d’une poubelle en feu devient virale, relayée par l’extrême droite et des élus dont Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. La séquence complète montre pourtant l’exact inverse : la poubelle brûlait déjà et Bally Bagayoko était précisément en train de l’éloigner des grilles du lycée.

À défaut d’arguments, parlons dissolution ?

La surenchère ne s’arrête d’ailleurs pas aux accusations d’instrumentalisation. Le 1er octobre, Bruno Retailleau propose sur BFMTV de mettre dans le débat public la question de l’interdiction de La France insoumise. Quatre jours plus tard, sur France Inter, l’éditorialiste Yaël Goosz s’interroge : « Faut-il, et peut-on, interdire La France insoumise ? » Si sa réponse est plutôt négative, la question a désormais droit à son espace médiatique.

En quelques jours, on passe d’un parti qui soutient une mobilisation lycéenne à un parti accusé de l’organiser clandestinement, puis à un parti dont on discute publiquement l’interdiction. Il fallait oser ! Face à des lycéens et des lycéennes qui réclament simplement les moyens d’étudier dignement, des responsables politiques trouvent désormais plus urgent de discuter de l’interdiction d’un parti d’opposition que de répondre à leurs revendications.

Pendant ce temps, le Rassemblement national, dont la candidate à l’élection présidentielle de 2027 a été condamnée pour détournement de fonds publics et dont le président est mis en cause pour des écrits antisémites, ne semble pas susciter le même enthousiasme lorsqu’il s’agit de débattre de son existence.

Un scénario désormais bien rodé

LFI n’en est pas à sa première accusation d’« attiser » la colère : 1er-Mai 2018, réforme des retraites et Sainte-Soline en 2023, révoltes après la mort de Nahel… À ces accusations désormais récurrentes s’ajoute, depuis le 7-Octobre, celle d’antisémitisme, régulièrement brandie contre des Insoumis·es en raison de leur soutien à la Palestine et de leur dénonciation du génocide à Gaza.

Les situations et les responsabilités diffèrent, mais le parti est régulièrement accusé d’alimenter les contestations ou les violences qui les accompagnent. À force, on en oublierait presque l’hypothèse beaucoup moins mystérieuse : les colères sociales peuvent avoir des causes sociales.

– Elena Meilune


Photo de couverture : Aurelio Cárdenas / Wikimedia Commons

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07.10.2026 à 06:00

Un étudiant sur cinq ne mange pas à sa faim : un concours d’éloquence pour faire entendre leurs revendications

Mr Mondialisation

Derrière les portes des amphithéâtres et des résidences universitaires, une crise silencieuse s’aggrave depuis des années. En 2026, la réalité est sans appel : un étudiant sur cinq ne mange pas à sa faim. La situation est même devenue structurelle et certains jeunes vont jusqu’à totalement sauter des repas, tandis que nombre d’entre eux disent […]

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Texte intégral (1028 mots)

Derrière les portes des amphithéâtres et des résidences universitaires, une crise silencieuse s’aggrave depuis des années. En 2026, la réalité est sans appel : un étudiant sur cinq ne mange pas à sa faim. La situation est même devenue structurelle et certains jeunes vont jusqu’à totalement sauter des repas, tandis que nombre d’entre eux disent réduire drastiquement leurs dépenses alimentaires pour payer leur loyer. Pour soutenir les étudiant·es à faire valoir leurs revendications, deux associations organisent un concours d’éloquence.

Selon le baromètre IFOP-COP1 de rentrée 2025, 34 % des étudiants français sautent régulièrement des repas par manque d’argent. Une précarité étudiante accentuée par l’inflation de ces dernières années, résultat de politiques libérales laissant les plus jeunes et les plus fragiles économiquement sur le carreau. Alors que le coût de la vie explose, l’accès à une alimentation saine, locale et durable deviendrait presque un luxe réservé à une élite.

Si les cantines des CROUS proposent des repas à 1 € à destination des étudiants boursiers ou en précarité, accéder à une alimentation à la fois abordable et saine (biologique, locale) pour tous·tes reste une autre paire de manches. Les cantines universitaires peinent encore à offrir des options accessibles et de qualité. D’ailleurs, les quotas en termes d’aliments biologiques et locaux y sont encore rarement respectés. Résultat : les étudiants sont pris en étau entre la nécessité de survivre économiquement et l’impossibilité d’accéder à une nourriture qui respecte leur santé et l’environnement.

Un concours pour réfléchir ensemble à l’alimentation de demain

Face à ce constat alarmant, Bio Consom’acteurs et FAIRe un monde équitable, deux associations engagées pour une agriculture équitable, bio et accessible, ont créé un concours d’éloquence au thème porteur : « Manger aujourd’hui, nourrir demain ». Pour les deux associations organisatrices, comme pour la faculté qui a accueille la finale du concours au sein de son amphithéâtre (Aix-Marseille Université), il s’agit avant tout d’offrir une tribune aux premier·es concerné·es. Pour ce faire, les étudiant·es sélectionné·es bénéficient d’un coaching en éloquence. De quoi faire peser les mots, tant dans le fond que dans la forme, pour un impact maximal.

Le concours, diffusé auprès de différentes universités réparties dans toute la France, a permis de recueillir plus de 50 contributions étudiantes, qui ont été réunies dans un véritable cahier de doléances. Au travers de leurs plaidoiries, les étudiant·es appellent à repenser la commande publique, à soutenir les filières locales et à garantir un accès universel à une alimentation de qualité. Chaque proposition offre matière à penser l’alimentation d’aujourd’hui et de demain, et offre quelques clés pour dépasser la dichotomie existante entre nourriture bon marché et alimentation de qualité.

Une finale accessible à tous·tes gratuitement

La finale du concours d’éloquence offrira à toutes et tous l’occasion rare d’écouter des voix jeunes, critiques et orientées vers l’avenir. Huit finalistes débattront et nous proposeront leur vision d’une alimentation juste et durable, accessibles à tous·tes, pour nous donner du grain à moudre et, on l’espère, une vision heureuse de l’avenir.

Un collège d’expert·es viendra titiller la repartie et l’éloquence des participant·es le jour J et un jury se chargera de sélectionner la meilleure plaidoirie. Face à l’ampleur prise par la mobilisation lycéenne et étudiante, la finale du concours « Manger aujourd’hui, Nourrir demain », initialement prévue le 6 octobre, est reportée au 9 décembre 2026. Un rendez-vous à retrouver en live dans l’amphithéâtre d’Aix-Marseille Université sur simple inscription, ou en ligne, de 17h à 20h.

– Emilie Fenaughty


Photo de couverture : Bio Consom’acteurs et FAIRe un monde équitable

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06.10.2026 à 06:00

Écrits antisémites de Jordan Bardella : les preuves s’accumulent

Elena Meilune

Après avoir révélé des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, Mediapart publie les documents et détaille la méthode employée pour les authentifier. Extraction des données auprès de Meta, constat d’huissier, éléments biographiques concordants : face aux dénégations persistantes du RN, l’affaire ébranle surtout le récit d’une extrême droite « dédiabolisée ». « Faux grossiers », […]

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Texte intégral (1931 mots)

Après avoir révélé des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, Mediapart publie les documents et détaille la méthode employée pour les authentifier. Extraction des données auprès de Meta, constat d’huissier, éléments biographiques concordants : face aux dénégations persistantes du RN, l’affaire ébranle surtout le récit d’une extrême droite « dédiabolisée ».

« Faux grossiers », « dinguerie », « opération de barbouzerie » : depuis les premières révélations de Mediapart, Jordan Bardella et le Rassemblement national contestent en bloc. Jeudi 1er octobre, le média d’investigation a donc publié une partie des documents sur lesquels repose son enquête et détaillé leur authentification. L’affaire vient surtout ébranler quinze années de récit autour de la « dédiabolisation » d’un parti dont la fondation comptait notamment d’anciens Waffen-SS et dont le premier président, Jean-Marie Le Pen, a été condamné à plusieurs reprises pour des propos antisémites.

Paradoxalement, depuis plusieurs années, c’est largement La France insoumise qui se retrouve au centre du débat politique et médiatique sur l’antisémitisme en France. Des blagues sur la prononciation de noms font les gros titres, pendant qu’une grande partie du paysage médiatique a passé des années à raconter la prétendue disparition de l’antisémitisme au RN.

Des écrits antisémites et conspirationnistes

« Les banques sont toutes détenues par des Juifs. » La phrase figure parmi les conversations privées de Jordan Bardella révélées le 28 septembre par Mediapart. En 2013, celui qui est alors adhérent au Front national développe auprès de son entourage une vision du monde puisant dans les poncifs classiques de l’antisémitisme conspirationniste.

« Le juif doit dominé [sic] les autres peuples, les écraser et les voler », écrit-il notamment, avant d’évoquer un « Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël ». Dans un autre échange, il affirme que les ministères les « plus importants » seraient confiés à des personnes pour lesquelles « Israël et l’intérêt bancaire priment sur les intérêts Français ». À propos de Pierre Moscovici, il estime que sa volonté de « sauver les entreprises » servirait à « venger Moïse ».

Le jeune militant relaie également des théories complotistes autour du 11-Septembre et recommande une vidéo soupçonnant le Mossad d’être derrière les attentats. Il affirme encore que le « commerce alimentaire (les marques) du Hallal appartient à des juifs ».

Ces propos s’inscrivent dans tout un univers idéologique de l’époque. Bardella vante alors les analyses d’Alain Soral, dont il estime que « tout se vérifie dans les faits », et reprend notamment ses thèses associant « sionisme » et « domination bancaire ».

La stratégie du RN : dénégations et menaces

Jordan Bardella nie tout. Dès les premières révélations, le président du RN dénonce des « faux grossiers » et une « véritable opération de barbouzerie ». Il assure que ces positions n’ont « jamais été les [siennes] ». Et la riposte ne se limite pas à contester l’enquête. Bardella évoque les « prémices d’une guerre totale » contre le RN et une « tentative de déstabilisation de la campagne présidentielle ». Marine Le Pen va plus loin encore :

« Maintenant, c’est à Mediapart, je crois, qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en Kevlar »,

Le Kevlar étant notamment utilisé dans la fabrication des gilets pare-balles, la députée écologiste Léa Balage El Mariky annonce saisir le procureur pour ces propos qui « ressemblent à des menaces de mort ». Des menaces à peine déguisées. Mediapart dénonce de son côté des « propos menaçants d’une grande gravité » et la « violence sidérante » du RN.

Face aux dénégations, Mediapart sort les documents

Mediapart a donc décidé de rendre publique sa méthode d’authentification. Les conversations Messenger ont été transmises par deux sources distinctes ayant fréquenté Bardella à l’époque. Pour vérifier qu’elles n’avaient pas été fabriquées ou modifiées, l’une d’elles a demandé à Meta, le 16 août, une extraction de ses données Facebook de 2013. Le dossier généré par la plateforme contient l’intégralité de ses conversations, dont celle avec un compte enregistré au nom de Jordan Bardella. L’extraction a ensuite été certifiée par huissier le 29 septembre.

Restait à déterminer si l’homme derrière ce compte était bien l’actuel président du RN. Les conversations contiennent une accumulation de détails biographiques concordants : origines de ses parents, engagement auprès de Marine Le Pen, études, anniversaire, pétition contre la suppression de la bourse au mérite ou encore échec au concours de Sciences Po. Certains épisodes seront racontés onze ans plus tard par Bardella lui-même dans son autobiographie.

À moins d’imaginer un faussaire capable, dès 2013, de connaître ce que Bardella ne révélerait lui-même au public que onze ans plus tard, la thèse du faux suppose donc quelques talents de divination.

Malgré ces éléments, Jordan Bardella maintient ses dénégations. Jeudi soir, il évoque encore sur X « des montages grossiers » et « d’obscures captures d’écran manipulables », et annonce une plainte pour faux et usage de faux, en plus de celle pour diffamation. Sur LCI, il affirme ensuite que Mediapart n’aurait avancé « absolument aucun argument » et suggère une opération « extrêmement trouble », avant de rebaptiser le média « Mediaflop ».

« La politique, c’est de la com »

L’affaire dépasse cependant les seuls messages écrits par Bardella à 17 ans. Elle met à mal directement le récit construit par le RN autour de sa « dédiabolisation ». Dans ces mêmes conversations, Bardella se félicite que le FN soit « resté fidèle à son idéologie de base » depuis « plus de 40 ans », tout en constatant que le discours de Marine Le Pen est devenu « plus polyssé » et que « le nombre d’électeurs explose ». Sa conclusion tient en six mots : « La politique, c’est de la com ».

Fin 2013, Bardella crée d’ailleurs un second compte Facebook destiné à son activité publique : « Je dédie ce compte exclusivement au FN, l’autre restera un compte perso. » Un an plus tard, devenu responsable départemental, il demande aux candidats de vérifier le contenu de leurs pages Facebook, tweets et blogs afin d’éviter les « délires personnels ou idéologiques » susceptibles de provoquer une nouvelle « tempête médiatique ».

L’ombre persistante d’Alain Soral

L’environnement politique dans lequel Bardella se forme est également documenté. Un ancien conseiller raconte à Mediapart que le futur président du RN a regardé « des kilomètres de vidéos de Soral » et lu ses livres. En février 2014, Laurent G., responsable local du FNJ (Front national de la jeunesse), lui transmet par mail un livre d’entretiens d’Alain Soral avec Éric Naulleau. Le même responsable diffuse alors auprès des militants des références à des auteurs antisémites, collaborationnistes ou négationnistes.

Le lien ne s’arrête pas à ses fréquentations adolescentes. François Paradol, aujourd’hui directeur de cabinet de Jordan Bardella, apparaît dans des fichiers internes d’Égalité et Réconciliation consultés par Mediapart. Égalité et Réconciliation est une association politique d’extrême droite fondée en juin 2007 par Alain Soral, Jildaz Mahé O’Chinal et Philippe Péninque, deux anciens responsables du GUD, où militait Loïk Le Priol. Mediapart rappelle ainsi plusieurs cas de responsables ou prestataires restés proches du RN malgré des écrits ou engagements liés à l’antisémitisme.

Quinze ans de « dédiabolisation »

Depuis son accession à la tête du FN en 2011, Marine Le Pen a précisément construit sa stratégie autour d’une rupture affichée avec l’héritage antisémite du parti. L’exclusion de Jean-Marie Le Pen a constitué l’un des principaux symboles de cette transformation.

En 2023, Marine Le Pen et Jordan Bardella participent ainsi à la marche contre l’antisémitisme organisée après les attaques du 7-Octobre. En mars 2025, Bardella se rend en Israël et prononce à Jérusalem un discours consacré à la lutte contre l’antisémitisme, assurant que celle-ci ne devrait souffrir « aucune ambiguïté ».

Cette stratégie a largement été entérinée dans le débat médiatique. Acrimed a recensé de nombreuses déclarations présentant ces dernières années l’antisémitisme du RN comme « résiduel », considérant que le parti avait « changé », voire qu’il protégeait désormais les personnes juives.

L’observatoire des médias estime que la réussite de la « dédiabolisation » constitue aussi un échec journalistique, tant l’histoire et les réseaux du parti avaient déjà fait l’objet de nombreux travaux. Les révélations sur Jordan Bardella rappellent surtout que le fonds de commerce n’a pas changé.

– Elena Meilune


Photo de couverture : Wikimedia Commons

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05.10.2026 à 13:22

Mobilisation lycéenne : ce gouvernement qui mutile des enfants

Simon Verdiere

En cette rentrée 2026, les lycéens se mobilisent massivement contre la dégradation de leurs conditions d’apprentissage : manque de professeurs, classes surchargées, établissements mal entretenus, chaleur étouffante en été, etc… Face à cette situation, les solutions ne manquent pourtant pas : investir massivement dans les services publics et redistribuer davantage les richesses, plutôt que de […]

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Texte intégral (2368 mots)

En cette rentrée 2026, les lycéens se mobilisent massivement contre la dégradation de leurs conditions d’apprentissage : manque de professeurs, classes surchargées, établissements mal entretenus, chaleur étouffante en été, etc… Face à cette situation, les solutions ne manquent pourtant pas : investir massivement dans les services publics et redistribuer davantage les richesses, plutôt que de poursuivre les politiques de réduction des dépenses qui préservent les plus hauts revenus. Mais le gouvernement fait un autre choix : il réprime lourdement et cherche à décrédibiliser le soulèvement en l’instrumentalisant pour stigmatiser encore une fois la puissance montante de la gauche présidentiable : la France insoumise.

Cette colère ne tombe pourtant pas du ciel. Elle est le résultat de nombreuses années de dégradation des conditions d’enseignement : établissements laissés à l’abandon, manque de personnels, orientation toujours plus sélective. Mais à travers leurs conditions d’études, c’est aussi leur avenir que les jeunes voient se jouer. Guerres, réchauffement climatique, précarité : leur génération est directement confrontée à un empêchement de vivre qui dépasse largement les murs du lycée.

Alors que la contestation prend de l’ampleur dans les établissements, elle pourrait bien dépasser le cadre scolaire et rejoindre une colère sociale plus large, à mesure que les politiques d’austérité et la hausse du coût de la vie touchent une part croissante de la population.

Un manque cruel d’enseignants

Dès la fin du mois de septembre 2026, des centaines d’établissements se sont mobilisés en s’appuyant sur des faits très concrets. Ainsi, en cette rentrée, 53 % des collèges et lycées manquaient d’au moins un professeur. Rien d’étonnant : Sébastien Lecornu, Premier ministre depuis le 9 septembre 2025, a fait supprimer pas moins de 4 000 postes d’enseignants cette année.

Dans le même temps, les classes sont toujours plus surchargées. Si la France est déjà à la dernière place européenne en primaire et au collège, sa situation n’est guère plus reluisante au lycée. Avec une moyenne de 30,4 adolescents par classe, elle surpasse largement l’Espagne (25,2), l’Angleterre (22,4) ou encore les États-Unis (21).

Certes, l’Hexagone connaît une légère baisse démographique. Mais le nombre d’élèves demeure tout de même trop important. Ce ralentissement de la natalité aurait d’ailleurs pu servir à désengorger les classes. Le 29 septembre 2026, à la veille de la présentation du projet de loi de finances pour 2027, un rapport de l’UNICEF France et VersLeHaut identifiait d’ailleurs cinq scénarios et cinq principes pour une politique éducative : transformer une baisse d’effectifs inédite depuis la Seconde Guerre mondiale en opportunité historique d’investissement pour l’École. Emmanuel Macron a préféré l’utiliser comme un prétexte pour supprimer des postes.

Des conditions toujours plus dégradées

En outre, les défaillances ne s’arrêtent pas au manque de professeurs et aux classes surchargées. Alors que 19 % des lycéens ont un risque important de dépression, il n’y a dans le pays qu’un psychologue scolaire pour 1 600 élèves. L’Union européenne n’en recommande pourtant pas moins du double.

Que ce soit au niveau des médecins ou des infirmières, le déficit est tout aussi calamiteux. Pour 12 millions d’élèves, il n’existe aujourd’hui que 900 médecins et 7800 infirmières. En plus des enfants mal-soignés, ce sont également les professionnels qui se trouvent débordés, sous-payés, et dans l’incapacité d’exercer leur tâche correctement.

Même constat chez les surveillants qui ont encore vu leurs effectifs se réduire et chez les accompagnants de personnes en situation de handicap. Un élève sur dix concernés n’en dispose d’ailleurs pas. Au total, 69 % des établissements n’avaient pas une équipe complète en cette rentrée.

Des établissements en ruines

Pour aggraver ce triste bilan, les infrastructures sont également bien souvent vieillissantes et inadaptées. Les multiples canicules subies en 2026 ont d’ailleurs fait ressortir des difficultés criantes.

Ainsi, seuls 7 % des établissements disposent de climatisation et certaines épreuves du bac se sont déroulées sous des chaleurs indécentes. Par ailleurs, d’autres problèmes s’ajoutent au tableau : amiante (70 % des bâtiments construits avant 1997 en contiendraient toujours), mauvaise isolation, humidité, chauffage défaillant ou encore sanitaires dégradés.

Des jeunes sous pression

Au-delà des moyens matériels, les lycéens contestent aussi la structure elle-même de l’enseignement français. Leurs emplois du temps sont ainsi parmi les plus chargés de l’OCDE. Dans une année, un Français suit pas moins de 1 142 heures de cours contre seulement 895 pour un Allemand ou 950 pour un Britannique. Les journées s’étalent même par fois de 8h à 18h.

Cette surcharge ne produit d’ailleurs pas d’effets positifs au niveau des résultats, puisque d’autres pays à l’agenda moins denses détiennent un meilleur bilan. Plus de moments libres permettraient en outre de développer des projets annexes, comme les activités sportives. À ce propos, les adolescents français pointent à une triste 119e place mondiale dans ce secteur. Un constat qui représente une véritable catastrophe sanitaire, mais qui peut s’expliquer facilement par l’épuisement.

L’enfer de Parcoursup

Cette pression constante et ce manque de temps libre pèsent, d’autre part, sur le mental, puisqu’il existe de moins en moins de créneaux pour s’épanouir en dehors du cadre scolaire. Cette contrainte fréquente s’exerce en outre également par l’intermédiaire du système Parcoursup, inventé par le gouvernement Macron et hautement contesté.

Ce processus de sélection sur dossier dans l’enseignement supérieur est d’ailleurs dans le viseur des mobilisations de l’automne 2026. Les élèves dénoncent, en effet, le stress permanent qu’il engendre et réclament sa suppression au profit de l’ouverture de davantage de places à l’université.

Entre la mise en concurrence, la pression des résultats et la surcharge de travail, toute la structure lycéenne pensée par le macronisme semble conduire vers l’idéal libéral du monde de l’entreprise. Mais ce modèle est pourtant de plus en plus contesté.

La France insoumise comme bouc émissaire

Dans une logique de déni et de répression, le gouvernement, appuyé par l’extrême droite, n’a rien trouvé d’autre à faire qu’accuser sa cible privilégiée : la France insoumise. Dans une condescendance la plus totale envers la jeunesse, il a ainsi dénié aux adolescents leur capacité à réfléchir par eux-mêmes.

Pourtant, les lycéens n’ont absolument pas besoin de la France insoumise pour constater la dégradation de leurs conditions d’études ou la pression exercée par Parcoursup. Cette chasse aux sorcières ressemble plutôt à une manœuvre désespérée pour ne pas avoir à parler du fond et tenter d’endiguer la dynamique électorale qui pousse actuellement Jean-Luc Mélenchon aux portes du second tour des présidentielles de 2027.

Manipulation médiatique et déni de démocratie

L’extrême droite, empêtrée dans l’affaire des propos antisémites de Jordan Bardella, n’a pas hésité à manipuler les images pour faire croire en l’implication de Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, dans un incendie. L’Humanité a pourtant rapidement démontré qu’il tentait en réalité de l’éteindre.

De son côté, l’ancien ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron, Bruno Retailleau est allé jusqu’à évoquer l’interdiction de la France insoumise. Une dérive autoritaire supplémentaire de la part de celui qui déclarait déjà en 2024 que « l’État de droit » n’était ni « intangible » ni « sacré ». La situation n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’arrivée au pouvoir du nazisme dans les années 30 lorsque le parti communiste allemand fut prohibé pour des motifs similaires.

Multiplication des violences policières

Dans la foulée, les indignés des feux de poubelles que les chaînes d’information en continu relaient toutes la journée, n’ont eu que peu de mots contre les violences faites aux enfants orchestrée par le ministère de l’Intérieur de Laurent Nuñez. Il faut dire que celui-ci était déjà fortement impliqué dans la doctrine de « sécurité » mise en place au moment de la contestation des Gilets Jaunes.

Certains policiers n’ont d’ailleurs eu aucun scrupule à appliquer cette même doctrine contre des mineurs. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses images d’adolescents violentés circulent. Plusieurs d’entre eux ont été sérieusement blessés, de manière irréversible, éborgnés, édentés, baignant dans leur propre sang.

Vers une convergence des colères ?

En réponse au nouveau budget austéritaire imposé par l’exécutif, l’indignation continue de monter dans le pays. Les lycéens ne représentent peut-être que l’étincelle d’une révolte plus importante. Certaines universités ont d’ailleurs déjà rejoint le mouvement. Face à l’explosion du coût de la vie, le retour des Gilets Jaunes a même été évoqué à plusieurs reprises.

Alors que les présidentielles s’approchent de plus en plus, une vague de contestation sociale ne cesse de progresser. Face à un monde de performance et de compétition, la jeunesse pourrait cependant définir un autre paradigme si elle se mobilise également dans les urnes. Pour peut-être s’offrir un quotidien et un avenir meilleur.

– Simon Verdière


Photo de couverture : Les lycéens du Lycée Turgot, déjà mobilisés contre le projet de réforme des retraites du gouvernement Philippe en décembre 2019. Flickr.

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