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29.05.2026 à 06:00

Pourquoi Spinoza est l’ennemi de l’extrême droite

Elena Meilune

Trois siècles avant les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu, Baruch Spinoza avait déjà compris, avec une lucidité rare, les mécanismes profonds qui font que les êtres humains courent parfois vers leur propre servitude. Par un temps de tempêtes fascisantes, relire Spinoza, c’est se donner des outils pour comprendre pourquoi nous en sommes-là […]

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Texte intégral (2609 mots)

Trois siècles avant les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu, Baruch Spinoza avait déjà compris, avec une lucidité rare, les mécanismes profonds qui font que les êtres humains courent parfois vers leur propre servitude. Par un temps de tempêtes fascisantes, relire Spinoza, c’est se donner des outils pour comprendre pourquoi nous en sommes-là – et comment en sortir.

Jamais nous n’avons eu autant d’informations à portée de main. Jamais nous ne nous sommes autant pensés comme des individus autonomes, capables de choisir nos opinions, nos désirs, nos identités, nos modes de vie. Et pourtant, jamais les affects collectifs n’ont semblé aussi facilement manipulables à grande échelle.

La fabrique contemporaine des affects politiques

Les paniques morales se propagent à une vitesse phénoménale. Les réseaux sociaux récompensent la colère, plutôt que la compréhension. Les chaînes d’information en continu transforment l’indignation en modèle économique. L’extrême droite prospère partout sur le ressentiment, la peur et la désignation de boucs émissaires.

Et pendant ce temps, la catastrophe écologique rappelle chaque jour un peu plus brutalement notre dépendance à un monde vivant que notre civilisation a longtemps cru pouvoir dominer. C’est là que Spinoza devient peut être le philosophe le plus contemporain qui soit – parce qu’il fait de la compréhension la condition même de la liberté.

Les idées inadéquates : quand les affects remplacent la compréhension

Voir des effets sans comprendre les causes

Ce que Baruch Spinoza appelle les « idées inadéquates » éclaire avec une force saisissante les mécanismes contemporains de la désinformation et des politiques réactionnaires.

Une idée inadéquate n’est pas simplement une erreur factuelle, c’est une perception tronquée du réel, qui saisit des fragments du monde sans comprendre les rapports qui les produisent. Une connaissance partielle, confuse, mutilée des causes réelles. Comme l’écrivait Spinoza dans L’Éthique, œuvre jugée scandaleuse et interdite l’année suivant sa publication posthume en 1677 :

« Nous sommes agités en bien des sens par les causes extérieures et, comme les flots de la mer poussés par des vents contraires, nous sommes ballottés, ignorants de notre destin et de notre sort. »

Dans les périodes de crise sociale, cette désorientation peut favoriser l’adhésion à des récits politiques simplificateurs, qui transforment des phénomènes structurels complexes en menaces immédiatement identifiables.

Dire que les personnes migrantes seraient responsables de la crise sociale, que les féministes détruiraient la famille ou que l’écologie serait la cause de l’appauvrissement populaire relève précisément de cette logique. Ces récits transforment des angoisses sociales complexes en explications simples et émotionnellement satisfaisantes. Et c’est précisément pour cette raison qu’ils fonctionnent.

Les affects avant la raison

On le voit clairement aujourd’hui, les faits ne suffisent pas à convaincre. Face à la peur, au ressentiment ou au besoin d’appartenance, une idée fausse peut devenir plus désirable qu’une explication juste, factuelle.

L’extrême droite prospère exactement sur ce terrain. Elle ne convainc pas par la cohérence de ses idées. Elle organise des passions tristes (les émotions qui nous affaiblissent selon Spinoza) : peur du déclassement, humiliation sociale, nostalgie identitaire, colère diffuse. Les plateformes numériques amplifient encore ce phénomène, privilégiant les contenus qui provoquent l’indignation ou le conflit, parce que ces émotions captent davantage l’attention. Notre époque industrialise les idées inadéquates.

Spinoza sait aussi que les êtres humains ne se libèrent pas facilement de leurs illusions. Les idées inadéquates ne disparaissent pas simplement parce que les faits existent : elles sont liées à des affects, à des habitudes, à des structures sociales profondément incorporées.

Mais Spinoza permet aussi d’éviter le mépris facile envers celles et ceux qui adhèrent à ces récits. Les passions tristes prennent appui sur des souffrances sociales bien réelles : précarité, destruction des services publics, isolement.

Les déterminismes : ce qui nous traverse sans que nous le voyions

L’illusion du libre arbitre

Spinoza rejette l’idée d’une volonté toute-puissante capable de décider sans cause. Si nous nous croyons libres, c’est uniquement parce que nous avons conscience de nos désirs tout en ignorant les causes naturelles et extérieures qui nous poussent à les avoir. Dans L’Éthique, Spinoza écrit :

« Les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs actions, mais ignorants des causes qui les déterminent. »

Il attaque ici l’illusion d’un individu entièrement autonome, capable de penser et d’agir indépendamment des forces sociales, historiques ou matérielles qui le traversent. Cette intuition résonne aujourd’hui avec une force particulière.

Nous aimons nous penser comme des sujets souverains : nos opinions seraient les nôtres, nos goûts le produit de choix personnels, nos désirs l’expression spontanée de notre individualité. Pourtant, une grande partie de ce que nous considérons comme intime ou naturel est socialement fabriquée.

Bourdieu : la sociologie comme prolongement de Spinoza

Les sciences sociales du XXe siècle ont donné un contenu concret à cette intuition spinoziste. Bourdieu, notamment, montre que nos manières de parler, de juger, de nous tenir, de désirer ou même de percevoir ce qui est « normal » sont profondément structurées par notre trajectoire sociale.

C’est ce qu’il appelle l’habitus : un ensemble de dispositions incorporées au fil de l’existence. Un enfant de classe populaire et un enfant de grande bourgeoisie n’habitent pas le monde de la même manière. Ils n’ont pas les mêmes rapports au langage, à l’école, à la culture, au pouvoir ou à leur propre légitimité.

Non parce que leurs capacités individuelles seraient différentes, mais parce que l’ordre social s’inscrit dans les individus, dans les réflexes et dans les affects.

En fin de compte, nous croyons souvent choisir librement ce que le monde social a déjà largement façonné en nous.

Genre, race, colonialité : des dominations incorporées

Ces déterminismes ne concernent pas uniquement la classe sociale. Le patriarcat, le racisme et l’histoire coloniale produisent eux aussi des formes d’intériorisation profondes. Et les rapports de domination façonnent nos comportements et nos façons de voir le monde.

Des femmes apprennent à limiter leurs ambitions, à minimiser leur parole ou à intérioriser certaines formes de peur. Des personnes racisées grandissent dans des sociétés où elles sont davantage associées au danger, au soupçon ou à l’illégitimité. Les hiérarchies sociales deviennent alors des habitudes affectives incorporées. Là encore, Spinoza permet de comprendre que les dominations les plus efficaces sont celles qui finissent par sembler naturelles.

Les algorithmes : nouveaux dispositifs de capture des affects

À ces déterminismes historiques s’ajoutent désormais des infrastructures technologiques inédites. Les plateformes numériques organisent les conditions affectives dans lesquelles nous percevons le monde. Les algorithmes sélectionnent ce qui suscite le plus de réactions immédiates – colère, peur, indignation, anxiété – parce que ces affects prolongent le temps d’attention et augmentent la rentabilité publicitaire.

Ces dispositifs créent des passions tristes en captant des affects déjà produits par les inégalités sociales, les insécurités matérielles ou les paniques identitaires, puis les amplifient à large échelle. L’économie numérique contemporaine apparaît alors comme une gigantesque machine à produire et à faire circuler des idées inadéquates.

Comprendre les causes : le début de la liberté

C’est précisément ici qu’intervient la notion spinoziste d’« idée adéquate ». Une idée adéquate ne signifie pas posséder une vérité pure ou définitive. Elle désigne la capacité à comprendre les causes réelles qui produisent les phénomènes sociaux, politiques ou affectifs.

Comprendre les mécanismes économiques qui nourrissent le racisme, les structures matérielles qui perpétuent le patriarcat, les logiques capitalistes qui détruisent les écosystèmes ou les architectures numériques qui orientent l’attention collective : c’est là que commencent les idées adéquates.

Pour Spinoza, la liberté ne consiste pas à échapper aux déterminismes. Elle consiste à cesser d’être passivement ballotté par des causes extérieures que nous ne comprenons pas. Être libre, ce n’est pas être sans causes ; c’est agir à partir d’une compréhension plus adéquate de ce qui nous détermine. Et c’est sans doute ce qui rend aujourd’hui sa pensée si précieuse : dans une époque saturée d’opinions instantanées, elle rappelle que comprendre demeure un acte profondément politique.

Dieu, c’est la Nature : l’interdépendance contre l’illusion de séparation

« Deus sive Natura »

L’autre grande intuition de Spinoza – celle qui lui valut l’excommunication – est peut-être encore plus actuelle aujourd’hui. Avec sa formule célèbre Deus sive Natura (« Dieu, c’est-à-dire la Nature »), Spinoza refuse de séparer l’être humain du reste du vivant.

Pour Spinoza, l’être humain n’est pas « un empire dans un empire ». Il est une production de la nature parmi d’autres, entièrement pris dans des chaînes d’interdépendances qui le dépassent. Il n’existe pas d’un côté l’humanité, et de l’autre une nature extérieure que nous pourrions exploiter sans conséquences. Tout est lié, tout est interdépendant.

Cette idée entre en collision frontale avec la vision du monde qui a accompagné le capitalisme moderne : celle d’une nature réduite à un stock de ressources disponibles pour la croissance économique.

La catastrophe écologique comme crise de la séparation

L’effondrement écologique montre précisément l’échec de cette illusion. Réchauffement climatique, disparition de la biodiversité, pollution des sols et des océans, multiplication des catastrophes sanitaires : ce que nous faisons au vivant finit toujours par nous revenir.

Là encore, les idées inadéquates prospèrent. Le climatoscepticisme ou le fantasme d’une croissance infinie reposent sur une incapacité à penser les causes réelles et les interdépendances. Spinoza, au contraire, pense les êtres comme des relations plutôt que comme des entités isolées. Trois siècles avant l’écologie moderne, il comprend déjà que l’humanité ne peut pas s’extraire du monde dont elle dépend.

La joie contre les passions tristes

Face aux passions tristes qui nourrissent les régimes autoritaires, Spinoza oppose une autre manière d’habiter le monde : la joie. Non pas la joie superficielle de la consommation ou du divertissement permanent, mais la joie comme augmentation de notre puissance d’agir.

C’est ce que Spinoza appelle le conatus : cette tendance fondamentale de chaque être à persévérer dans son existence. Les passions tristes capturent cette énergie et la retournent contre des ennemis désignés. Les affects joyeux, au contraire, augmentent notre capacité à comprendre, coopérer et agir collectivement, construire des formes de vie communes.

Une société démocratique ne tient jamais durablement par la peur, la concurrence ou le ressentiment. Elle tient par ce que le pouvoir voudrait souvent rendre invisible : la solidarité ordinaire, l’entraide, la confiance minimale sans laquelle aucune vie collective n’est possible. Là où les passions tristes fragmentent, les affects joyeux relient. Et c’est précisément cette puissance commune que toute politique émancipatrice devrait chercher à cultiver.

Notre époque a cruellement besoin de Spinoza

Baruch Spinoza, issu d’une famille de Juifs portugais convertis de force au christianisme, excommunié à 23 ans et marginal toute sa vie, n’avait rien d’un prophète. Il regardait simplement le monde avec une honnêteté si radicale qu’elle demeure encore aujourd’hui profondément subversive.

Car sa pensée, elle, reste d’une actualité troublante. Elle refuse l’illusion d’un individu entièrement libre et autonome. Elle montre que les êtres humains sont traversés par des affects avant d’être gouvernés par la raison, que les dominations finissent par s’incorporer dans les habitudes, et que la peur comme le ressentiment peuvent être organisés politiquement. Mais elle refuse aussi toutes les séparations artificielles : entre le corps et l’esprit, entre l’individu et la société, entre l’humanité et la nature.

À l’heure des algorithmes de l’indignation, des paniques identitaires et de la catastrophe écologique, sa pensée rappelle que la liberté commence lorsque nous comprenons les causes réelles qui nous façonnent, plutôt que de les subir passivement. Notre époque a cruellement besoin de cette lucidité-là.

Elena Meilune


Photo de couverture : Montage à partir du portrait de Spinoza / Wikimedia Commons

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28.05.2026 à 06:00

Couleurs et pouvoir politique : sens, histoire et manipulation

Mr Mondialisation

Les couleurs sont partout. Sur les drapeaux, les logos, les vêtements, les panneaux de signalisation ou les affiches électorales. Elles structurent notre environnement visuel au point que nous finissons souvent par ne plus les remarquer. Pourtant, depuis toujours, les sociétés humaines leur attribuent des significations précises.  [Temps de lecture estimé : ~ 6 min] Qu’elles […]

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Texte intégral (2144 mots)

Les couleurs sont partout. Sur les drapeaux, les logos, les vêtements, les panneaux de signalisation ou les affiches électorales. Elles structurent notre environnement visuel au point que nous finissons souvent par ne plus les remarquer. Pourtant, depuis toujours, les sociétés humaines leur attribuent des significations précises. 

[Temps de lecture estimé : ~ 6 min]

Qu’elles soient explicites ou implicites, les couleurs racontent quelque chose. Elles évoquent des émotions, signalent des appartenances et suggèrent des valeurs.

Comme le rappelle souvent l’historien Michel Pastoureau, les couleurs ne sont jamais neutres : leur symbolique dépend toujours d’un contexte culturel et historique. Une même couleur peut évoquer la pureté, la révolte ou le pouvoir selon les sociétés et les époques. Il observe :

« Aujourd’hui cela nous semble évident que le monde entier s’emblématise par la couleur. »

En politique, cette dimension symbolique devient particulièrement stratégique. Bien avant les programmes ou les discours, une couleur agit déjà sur nos perceptions. Elle rassure, mobilise, inquiète ou inspire confiance. Comprendre la politique contemporaine implique donc aussi de comprendre le langage visuel des couleurs.

La psychologie des couleurs en politique

Les couleurs influencent nos émotions de manière rapide et souvent inconsciente. Ce phénomène est étudié par la psychologie sociale autant que par le marketing politique.

Certaines associations sont devenues très fortes dans l’imaginaire collectif. Le rouge évoque l’énergie, la lutte, la colère, et la mobilisation. À l’inverse, le bleu renvoie une image de stabilité, de confiance, et d’autorité. La vert, lui, invoque la nature, le renouveau, et l’espoir. Enfin, le noir symbolise à la fois la puissance, la rupture, et la radicalité.

Ces effets émotionnels expliquent pourquoi les partis politiques accordent une grande attention à leur identité visuelle. Une couleur peut transmettre en quelques secondes une image de sérieux, de radicalité ou de modernité.

Dans les sociétés médiatiques analysées par le philosophe Guy Debord, la politique devient aussi une mise en scène visuelle : les symboles, les images et les couleurs participent pleinement à la construction de l’image publique.

La couleur fonctionne ainsi comme un raccourci idéologique : elle simplifie des programmes complexes en une impression visuelle immédiate.

Composition actuelle de l’Assemblée Nationale – Wikipedia

Rouge : la couleur historique de la gauche

Le rouge est l’une des couleurs politiques les plus anciennes et les plus chargées symboliquement.

Depuis la Révolution française, il est associé aux luttes populaires et aux mouvements révolutionnaires. Au XIXᵉ siècle, il devient le symbole du mouvement ouvrier et du socialisme. Il représente le sang versé dans les luttes sociales, la mobilisation collective ainsi que la transformation politique.

Aujourd’hui encore, le rouge reste central dans l’identité visuelle de nombreux partis de gauche. En France, on le retrouve notamment dans l’imaginaire visuel de La France Insoumise ou du NPA, même si son intensité varie. Certains partis ont progressivement adouci cette couleur afin de paraître moins radicalement contestataires, à l’image du Parti Socialiste, dont le rose apparaît comme une version atténuée du rouge originel.

La liberté guidant le peuple ou la révolution française vu par Delacroix – Unsplash

Bleu : la couleur dominante du pouvoir

Le bleu est aujourd’hui la couleur la plus utilisée dans la communication politique occidentale.

Historiquement, il devient en Europe une couleur prestigieuse associée à la monarchie et à l’autorité. Progressivement, il s’impose comme la couleur de l’ordre et de la stabilité. Il est omniprésent dans les institutions régaliennes, comme la police, la gendarmerie ou la marine.

Dans la politique contemporaine, le bleu évoque la compétence, la sécurité, la modération et la responsabilité. C’est pourquoi de nombreux partis de gouvernement l’utilisent. En France, cette couleur domine l’aile droite de l’hémicycle : on la retrouve dans l’identité visuelle de Renaissance, des Républicains ou encore du Rassemblement National. On notera également sa présence sur le fond du drapeau de l’Union Européenne.

Le bleu est souvent choisi pour sa capacité à inspirer confiance et à donner une image de stabilité politique. Ce qui en fait un choix privilégié des partis conservateurs.

Vert : la couleur de l’écologie politique

La couleur verte apparaît plus tardivement dans le paysage politique.

Ce n’est qu’à partir des années 1970 que les mouvements écologistes commencent à l’utiliser pour symboliser leur projet politique. Le vert évoque logiquement la nature, et par extension la protection de l’environnement. Mais il représente aussi le renouveau et l’avenir. En France, cette couleur est naturellement associée à Europe Écologie Les Verts.

Mais le succès symbolique du vert a aussi conduit à de nombreuses récupérations. Certaines entreprises l’utilisent pour suggérer un engagement écologique, même lorsque leurs politiques restent limitées. Ce phénomène est souvent qualifié de greenwashing.

Noir :  histoire politique multiple, parfois contradictoire

Certaines formations politiques utilisent des couleurs encore plus chargées symboliquement.

Le noir, par exemple, évoque souvent la radicalité ou la rupture. Historiquement associé à certains mouvements contestataires, il peut aussi suggérer une posture anti-système. On pense notamment aux black blocs et aux mouvements antifascistes. Mais il est aussi l’une des couleurs historiques de l’anarchisme.

Dans la tradition libertaire, contrairement aux idées reçues sur ce mouvement, le noir symbolise le refus de l’autorité étatique, la solidarité horizontale et l’autonomie. Il est fréquemment utilisé par les mouvements anarchistes et certains courants antifascistes.

Le rouge et le noir, combinés, renvoient encore plus explicitement à ces traditions : l’anarcho-communisme, l’anarcho-syndicalisme ou l’anarcho-socialisme. Ce code couleur rappelle que les significations politiques des couleurs ne sont jamais univoques : elles peuvent recouvrir plusieurs courants, parfois concurrents.

Parallèlement, le noir a aussi été récupéré ou réinterprété dans des contextes d’extrême droite ou néonazis, ce qui complexifie encore sa lecture. Une couleur peut ainsi porter des sens contradictoires selon les contextes historiques et politiques.

Tricolore : symbole de la nation et héritage révolutionnaire

D’autres partis préfèrent mobiliser les couleurs nationales. En France, le bleu, le blanc et le rouge du drapeau sont fréquemment utilisés pour évoquer l’identité nationale.

Mais le drapeau tricolore n’a pas toujours eu ce sens. Il faut savoir que sous l’Ancien Régime, le rouge et le bleu étaient déjà des couleurs dominantes dans les tenues des gardes et soldats du roi.

Le bleu, le blanc et le rouge existaient déjà dans l’iconographie monarchique, parisienne et française, le rouge a changé lui aussi de symbolique après 1789. Il symbolise le sang des citoyen·nes, le souvenir des luttes populaires et, plus tard, l’héritage de la Commune de Paris – Louise Michel ayant combattu sous ce même drapeau rouge, avant de l’abandonner au profit du drapeau noir, symbole du « deuil des morts et des illusions ».

Le tricolore rassemble donc en lui à la fois une tradition monarchique, une rupture révolutionnaire et une union entre Paris et la France. Quand des partis de gouvernement l’utilisent, ils peuvent vouloir se placer dans une continuité républicaine, une unicité parfois ou bien un – volontaire ou non – oubli historique.

C’est notamment le cas du Rassemblement National, dont la communication visuelle insiste fortement sur des références patriotiques. Dans ce cas, la couleur sert à renforcer une narration politique centrée sur la nation et l’identité, au détriment d’une réalité historique plus complexe.

Une bataille visuelle permanente

Dans les démocraties contemporaines, la politique se joue aussi – et peut-être surtout – au niveau de l’image. Logos, affiches, réseaux sociaux : chaque détail visuel est pensé pour transmettre une identité claire.

Les couleurs participent évidemment à cette stratégie. Elles permettent d’identifier rapidement un camp politique et de structurer les oppositions dans l’espace médiatique.

Mais cette simplification visuelle peut aussi masquer la complexité des idées. Une couleur rassurante peut dissimuler un programme contesté, tandis qu’une couleur radicale peut servir à mobiliser les émotions.

Comprendre la symbolique des couleurs permet donc de lire autrement la communication politique. Car derrière chaque couleur se joue souvent bien plus qu’une question d’esthétique : une stratégie de pouvoir, un code culturel – comme le souligne Michel Pastoureau – largement diffusé par l’Occident.

Florian Doare


Photo de couverture : montage Mr Mondialisation

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27.05.2026 à 13:14

Tribune : Ce que devient la recherche quand elle doit se vendre

Mr Mondialisation

La recherche scientifique et académique connaît depuis plusieurs années une transformation profonde, marquée par la montée en puissance des logiques d’appels à projets, d’évaluation et de mise en concurrence. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement celle des moyens alloués à la recherche, mais aussi celle de ses finalités : que devient une recherche […]

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Texte intégral (3241 mots)

La recherche scientifique et académique connaît depuis plusieurs années une transformation profonde, marquée par la montée en puissance des logiques d’appels à projets, d’évaluation et de mise en concurrence. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement celle des moyens alloués à la recherche, mais aussi celle de ses finalités : que devient une recherche sommée de démontrer son « impact » et de se justifier en permanence avant même d’avoir pu se déployer ?

Un lecteur de Mr Mondialisation nous a adressé la tribune qui suit. Sous une forme satirique et volontairement ironique, elle porte un regard critique sur les mécanismes de financement et d’évaluation de la recherche, notamment dans le contexte des Hautes Écoles en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Si le texte s’ancre dans un terrain institutionnel précis, il aborde des enjeux plus larges qui traversent aujourd’hui de nombreuses institutions académiques : précarisation des carrières, inflation bureaucratique et transformation du savoir en objet de compétition et de mesure.

Tribune

Ce matin, en ouvrant ma boîte mail, j’ai revu une partie de ma vie défiler. Ce qui, à mon âge, commence à prendre un certain temps et nécessite parfois une chaise. Le message m’invitait à « déposer » un projet au Fonds de la Recherche en Haute École (FRHE). Le verbe est important. On ne propose pas un projet. On ne partage pas une idée. On ne confie pas une intuition fragile à la communauté scientifique. Non : on la « dépose ». Comme on dépose un colis, une plainte, un enfant à la garderie ou un animal malade chez le vétérinaire en espérant qu’il revienne vivant.

J’ai donc relu le mail. Puis je l’ai relu encore, avec cette forme particulière d’attention que l’on réserve aux convocations administratives, aux résultats médicaux et aux messages commençant par « dans le cadre de la rationalisation de nos services ». Et là, une certitude m’est revenue : j’avais quitté la recherche académique il y a près de quinze ans non pas par accident, ni par paresse, ni parce que je préférais enfin dormir la nuit, mais par instinct de survie.

Car être chercheur, au départ, c’est magnifique. C’est se tenir devant le monde avec la stupéfaction d’un enfant qui démonte un réveil pour comprendre pourquoi le temps fait du bruit. C’est poser des questions là où tout le monde s’est habitué à répondre par des PowerPoint. C’est observer, douter, recommencer, se tromper, lire trop, boire trop de café, puis trouver parfois une petite chose vraie au milieu d’un grand tas de choses prétentieuses.

La recherche, dans sa version primitive, presque sauvage, consiste à dire : « Je ne comprends pas, donc je vais chercher. » La recherche académique contemporaine consiste plus souvent à dire : « Je ne comprends pas encore, mais je peux déjà remplir la case 12B relative aux livrables transférables et aux indicateurs d’impact transversal. » C’est moins romantique, mais ça rentre mieux dans un tableur Excel.

Et c’est là que le pouvoir politique intervient. Non pas pour dire aux chercheurs : « Allez, secouez-nous cette société, critiquez-nous, montrez-nous ce qui cloche, aidez-nous à inventer autre chose. » Ce serait dangereux. Des chercheurs qui cherchent vraiment finissent toujours par poser des questions désagréables. Pourquoi les pauvres sont-ils pauvres ? Pourquoi les riches sont-ils riches ? Pourquoi l’école reproduit-elle ce qu’elle prétend combattre ? Pourquoi l’innovation ressemble-t-elle si souvent à une machine à vendre des objets inutiles avec une application mobile ?

Non. Le pouvoir politique préfère une recherche bien élevée. Une recherche coiffée, budgétée, évaluée, classée, managée. Une recherche qui dit « impact sociétal » avant même d’avoir eu le temps d’émettre une pensée. Une recherche qui, comme un produit bien emballé, promet à l’avance qu’elle sera utile, rentable, transférable, valorisable, visible, durable, inclusive, innovante, interdisciplinaire et probablement biodégradable. Le tout pour une enveloppe qui permet de financer quelques projets et d’en laisser beaucoup d’autres sur le carreau.

Lors de l’appel FRHE 2024, 37 projets éligibles ont été soumis et 9 ont été sélectionnés, soit environ un projet sur quatre. C’est un système qui demande à des équipes entières de consacrer des semaines, parfois des mois, à construire une cathédrale administrative dont les trois quarts finiront au cimetière des PDF. Il faut être banquier pour y voir une politique scientifique. Un terme plus approprié pourrait être « machine à trier les vocations » : quelques-unes ressortent financées, les autres apprennent à appeler leur découragement « résilience ».

Pexels.

Le chercheur enthousiaste commence par lire le règlement. C’est son premier test. S’il survit, il découvre qu’il doit formuler une question de recherche, constituer un consortium, prévoir un calendrier, détailler les lots de travail, anticiper les résultats, décrire les risques, montrer l’impact, prouver la faisabilité, quantifier l’innovation, expliquer la dissémination, prévoir la valorisation, intégrer le genre, les objectifs de développement durable, la transition numérique, la transition écologique, la transition énergétique, la transition administrative et, si possible, la transition vers un état psychique compatible avec la poursuite de son existence.

Ensuite vient l’évaluation. Là aussi, tout est prévu pour rassurer. Votre projet ne sera pas abandonné à l’arbitraire d’une seule personne mal lunée ayant mal dormi dans un hôtel Ibis avant de lire votre résumé. Non. Il sera examiné par plusieurs experts, avec des critères pondérés. Pour le FRHE 2025-2026, les critères annoncés étaient par exemple la qualité scientifique, l’impact sociétal potentiel et la qualité de mise en œuvre, respectivement pondérés à 60 %, 30 % et 10 %. C’est beau, la pondération. Ça donne à l’injustice éventuelle une allure de recette de cake. Vous avez donc deux experts scientifiques. S’ils ne sont pas d’accord, on en ajoute un troisième, ce qui rappelle cette grande vérité démocratique : quand deux personnes ne suffisent pas à produire une décision discutable, il faut en trouver une troisième.

Puis arrive le moment merveilleux de l’impact. L’impact, c’est l’avenir radieux de la recherche. Avant, on demandait à une recherche si elle était juste, rigoureuse, originale. Aujourd’hui, on lui demande si elle va avoir de l’impact, comme une campagne de publicité pour une lessive, une trottinette connectée ou une nouvelle gamme de yaourts au bifidus. Votre projet étudie les inégalités scolaires ? Très bien. Quel impact ? Votre projet analyse les violences institutionnelles ? Très bien. Quel impact ? Votre projet montre que l’obsession de l’impact détruit les conditions mêmes d’une pensée critique ? Très intéressant. Mais pourriez-vous préciser l’impact de votre critique de l’impact, idéalement sous forme d’indicateurs mesurables ?

Et puis, au bout de la chaîne, il y a le gouvernement. C’est lui qui sélectionne finalement les projets financés. Il faut reconnaître que c’est pratique. Si votre recherche risque d’être trop critique envers le pouvoir, elle pourra toujours produire un effet mesurable : non pas sur la société, bien sûr, ni sur les politiques publiques ou sur votre compte bancaire, mais sur votre niveau de désillusion institutionnelle. Ce n’est pas exactement un indicateur d’impact, mais il a l’avantage d’être robuste. On me dira : « Mais enfin, tu exagères. Il faut bien évaluer. Il faut bien choisir. L’argent public n’est pas infini. » Bien sûr. C’est même précisément le problème : on organise la rareté, puis on appelle « excellence » la capacité à survivre dedans. On affame un secteur, puis on félicite les plus musclés d’avoir réussi à ramper jusqu’à la gamelle.

Pexels.

Apparaît alors la figure centrale de la recherche contemporaine : celle du bon chercheur, reconnaissable à la taille de son H-index. Jadis, les savants avaient des idées, des controverses, des correspondances, parfois des barbes. Aujourd’hui, ils ont des indicateurs. Le H-index est cette merveilleuse invention qui permet de donner une apparence scientifique à une vieille passion humaine : comparer la taille de ses attributs symboliques en prétendant parler d’excellence.

La communauté scientifique elle-même sait pourtant que ces métriques posent problème. La Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche — DORA — appelle à améliorer les façons d’évaluer la production scientifique et critique notamment l’usage abusif des indicateurs bibliométriques dans les décisions d’évaluation. Mais c’est comme les recommandations nutritionnelles : tout le monde sait qu’il faut manger moins gras, moins sucré, moins salé, et pourtant la frite sauce andalouse continue d’avoir un avenir institutionnel solide.

Quand un chercheur devient vraiment « bon », c’est-à-dire quand ses indicateurs atteignent une taille socialement enviable, il est promu. Et quand il est promu, souvent, il ne cherche plus. Il coordonne, pilote, supervise. Il rédige des projets permettant d’obtenir l’argent qui permettra d’engager des chercheurs précaires qui, eux, chercheront vraiment, publieront vraiment, s’épuiseront vraiment, et contribueront discrètement à l’élargissement de l’attribut du chef.

Le chercheur précaire devient alors une sorte de complément alimentaire pour carrière académique. On le recrute pour deux ans, parfois trois, le temps qu’il produise des données, des articles, des rapports intermédiaires, des rapports finaux, des communications, des annexes, des preuves d’impact, puis on lui explique avec beaucoup d’émotion que son contrat touche à sa fin, mais que son travail a été très apprécié. Et c’est bien vrai. Son travail a été tellement apprécié qu’il est désormais dans le CV de quelqu’un d’autre.

Je force le trait ? À peine. La précarité académique est devenue un sujet de recherche en soi. Admirez plutôt : le système produit de la précarité, puis finance des recherches précaires sur la précarité des chercheurs. Des articles récents parlent même du precarity dividend (prime à la précarité), le bénéfice que certains acteurs plus stables peuvent tirer du travail des chercheurs précaires. C’est la version universitaire de la spéculation boursière : on mise sur l’exploitation à bas coût de travailleurs précaires pour gonfler son portefeuille de publications, puis on liquide l’humain dès que le dividende est encaissé.

Pexels.

Et maintenant, voilà que les Hautes Écoles sont invitées à entrer pleinement dans cette grande fête. Elles aussi doivent devenir des actrices de la recherche, de l’innovation, du développement, du rayonnement, de la compétitivité, de l’écosystème. Elles aussi doivent parler la langue merveilleuse des appels à projets, des livrables, des partenariats stratégiques, de la valorisation, des objectifs transversaux et de l’impact sociétal potentiel.

Je ne nie pas qu’il existe de beaux projets, des collègues sincères, des recherches utiles, des équipes courageuses. Bien sûr qu’il y en a, et c’est même ce qui rend la situation plus triste. Ce système fonctionne parce qu’il capture des désirs authentiques : celui de découvrir, de comprendre, d’agir, de faire mieux. Mais ces désirs, au lieu d’être soutenus, sont dévoyés pour exacerber la compétition de chacun contre tous. On ne demande pas aux chercheurs de chercher. On leur dit :

« Convainquez-nous que vous méritez peut-être d’avoir le droit de chercher, à condition de prouver avant de commencer que ce que vous n’avez pas encore trouvé produira des résultats mesurables dans les vingt-quatre mois. »

La scène est presque belle, si l’on aime l’absurde. Pour avoir le droit de chercher, il faut d’abord expliquer ce que l’on va trouver. Pour avoir le droit de découvrir, il faut prédire la découverte. Pour avoir le droit de douter, il faut remplir une grille dans laquelle le doute n’apparaît nulle part.

Alors oui, cher·es collègues enthousiastes, déposez des projets si vous le voulez. Faites-le même, parfois, parce qu’il faut bien arracher quelques moyens là où ils se trouvent. Mais ne confondez pas le guichet avec la recherche. Ne confondez pas l’appel à projets avec l’appel du large. Ne confondez pas le formulaire avec la pensée. Le danger n’est pas seulement que quelques projets soient refusés. Le danger est plus discret, plus profond, plus quotidien : c’est que nous finissions par intérioriser cette logique. Que nous apprenions à nous vendre avant de penser. À calibrer nos questions avant de les poser. À traduire nos colères en livrables, nos doutes en indicateurs, nos intuitions en diagrammes de Gantt.

Pexels.

Ce matin, en refermant ce mail, je me suis souvenu de la lettre de démission d’Annick Stevens que j’avais lue à la fin de ma thèse comme on lit un avertissement. Elle y décrivait une université renonçant peu à peu à sa fonction critique, absorbée par l’économisme, la concurrence et les standards productivistes. Je croyais alors lire le témoignage d’un monde que j’étais en train de quitter. Près de quinze ans plus tard, je comprends que je lisais peut-être la brochure d’accueil du monde qui arrivait.

Les Hautes Écoles aussi ont désormais leur vocabulaire de start-up, leur arobase pour faire moderne et probablement bientôt leur baby-foot stratégique. On nous dira que c’est le progrès. Que c’est une reconnaissance. Que c’est une chance. Mais une chance de quoi ? De chercher vraiment ? Ou d’apprendre à promettre, à calibrer, à séduire, à convertir nos questions en dossiers recevables ?

Si la recherche sert encore à quelque chose, c’est peut-être d’abord à refuser les évidences trop bien emballées. Et celle-ci en particulier : ce n’est pas parce qu’un système finance quelques recherches qu’il la soutient. Parfois, il l’organise simplement de manière à ce qu’elle ne dérange pas trop.

Un lecteur


Photo de couverture : Pexels.

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26.05.2026 à 17:00

Kinshasa : la capitale congolaise étouffe sous ses déchets

Mr Mondialisation

À Kinshasa, mégapole de plus de 15 millions d’habitants et capitale de la République démocratique du Congo, la gestion des déchets est devenue l’un des défis environnementaux et sanitaires les plus préoccupants. Certaines statistiques révèlent que chaque jour, la ville génère plus de 12 000 tonnes de déchets solides, dont environ 40 % sont constitués […]

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Texte intégral (2183 mots)

À Kinshasa, mégapole de plus de 15 millions d’habitants et capitale de la République démocratique du Congo, la gestion des déchets est devenue l’un des défis environnementaux et sanitaires les plus préoccupants. Certaines statistiques révèlent que chaque jour, la ville génère plus de 12 000 tonnes de déchets solides, dont environ 40 % sont constitués de matières plastiques. Ces déchets, souvent abandonnés dans les rues, les marchés, les caniveaux ou les cours d’eau, contribuent à l’insalubrité de la ville, aggravent les inondations pendant les saisons de pluie et favorisent la propagation de maladies.

Au fil des années, plusieurs mesures ont été adoptés par les autorités afin de limiter la production, l’importation et l’utilisation des sacs ainsi que d’autres emballages plastiques à usage unique. Des initiatives citoyennes, des organisations environnementales et des programmes publics tentent de sensibiliser la population et de promouvoir des pratiques plus durables.

Cependant, ces efforts demeurent encore limités au regard de l’ampleur de la pollution qui continue de dégrader le cadre de vie des habitants et de menacer les écosystèmes urbains de la capitale congolaise. L’application des textes reste largement insuffisante en raison du manque de contrôle, de l’absence d’alternatives accessibles pour les consommateurs et de la faiblesse des infrastructures de collecte et de recyclage.

Inaction, confusion institutionnelle et stratégies stériles

Selon Joël Munongo Yula, docteur en science politique, le problème des déchets persiste à cause de la faible capacité du gouvernement provincial de Kinshasa et des municipalités, pourtant décentralisées, à mobiliser les ressources nécessaires pour définir le problème et mettre en place des dispositifs de gestion. L’absence de coordination entre les paliers de pouvoir, notamment, le gouvernement central, la province et les municipalités, est l’une des entraves de l’action publique en matière des déchets, ajoute ce chercheur.

Concrètement, la gestion des déchets à Kinshasa souffre d’un problème de répartition des compétences. En théorie, la décentralisation confère des responsabilités aux communes et à la province en matière d’assainissement. Mais dans la pratique, le pouvoir reste fortement centralisé et les municipalités disposent de peu d’autonomie financière et technique. 

Au niveau national, le ministère de l’environnement a mis en place un document de cadrage sur la politique nationale des déchets, définie comme un aspect de la politique nationale d’assainissement (PONA). Cette stratégie était censée être mise en place depuis 2017. À ce jour, cette stratégie se présente encore sous forme de projet en étude.

Le rapport final des études de faisabilité du Projet de gestion intégrée des déchets de la Ville-Province de Kinshasa a été présenté, au mois de mai 2026, en présence du Ministre d’État Guylain Nyembo. Selon lui, « l’ambition de ce projet est d’ériger un centre de tri et de valorisation énergétique des déchets, conçu non seulement comme une infrastructure opérationnelle, mais également comme le pionnier d’un modèle reproductible à l’échelle métropolitaine et nationale ».

Face à cette ambition, la méfiance reste de mise. En effet, selon l’étude de Joël Munongo Yula, « depuis plus de trois décennies de nombreux projets sur la gestion des déchets à Kinshasa existent dans les administrations » mais les finalités des projets restent imprécises, le plan de déroulement occulté et les actions parfois inachevées et abandonnées.

Marché de Kinshasa. Wikimedia.

Urbanisation défaillante, une des causes

En avril 2025, les pluies diluviennes qui ont frappé Kinshasa ont causé plusieurs dizaines de morts, des centaines de ménages sinistrés et d’importants dégâts matériels. Au-delà des fortes précipitations, plusieurs observateurs et autorités locales ont mis en cause la mauvaise gestion des déchets dans la capitale : les immondices jetés dans les caniveaux et les rivières auraient contribué à obstruer les voies d’évacuation des eaux, aggravant ainsi les inondations dans plusieurs communes de la ville.

Dans ce contexte, le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe a annoncé la convocation, le 16 avril 2025, de la Première ministre Judith Suminwa ainsi que des ministres sectoriels concernés, notamment ceux des Finances et du Budget, afin qu’ils répondent devant les députés aux questions relatives aux mesures préventives et à la gestion de cette catastrophe.

Par ailleurs, plusieurs acteurs institutionnels et de la société civile ont rappelé que ces inondations récurrentes sont aggravées par des problèmes structurels tels que l’insalubrité, les constructions chaotiques et la mauvaise gestion des déchets. Vital Kamerhe lui-même a évoqué les conclusions d’un rapport parlementaire sur l’insalubrité à Kinshasa, qui alertait déjà sur les risques d’inondation dans la capitale congolaise.

Pluie diluvienne le 22 Mars 2022 à Kinshasa. Wikimedia.

Des croyances populaires, un défi face à l’urgence sanitaire

Dans une étude consacrée aux perceptions populaires de l’environnement urbain à Kinshasa, Francis Lelo Nzuzi souligne l’influence de certaines croyances sur la gestion de la pollution dans la capitale congolaise. Le chercheur explique que de nombreux habitants attribuent les phénomènes d’érosion, d’inondations et d’accumulation des déchets à des causes surnaturelles.

Selon son analyse, les Kinois avancent principalement trois explications aux érosions qui touchent la ville : certains y voient une manifestation de la colère divine face aux fautes morales attribuées aux habitants, notamment en lien avec la transgression des Dix Commandements. D’autres explications relèvent de la sorcellerie, présentée comme une force hostile au développement de la ville, tandis que certains invoquent le mécontentement de chefs coutumiers face à l’occupation de terres considérées comme leur patrimoine.

Dans un autre registre, des pratiques s’appuient parfois sur des stéréotypes selon lesquels les populations noires seraient naturellement plus résistantes aux maladies et aux microbes. Cette idée, largement relayée dans des expressions populaires et des proverbes, participe à banaliser les risques sanitaires et à minimiser la gravité des conditions d’hygiène dégradées.

Pourtant, aucune base scientifique ne valide l’existence d’une immunité biologique particulière liée à la couleur de peau. Les connaissances médicales établissent au contraire que l’exposition prolongée à l’insalubrité accroît les risques de maladies infectieuses et de dégradation de la santé publique.

Dans ce contexte, la persistance de ces représentations ne peut être réduite à un simple problème technique de gestion des déchets. Elle révèle aussi des enjeux culturels et éducatifs plus larges, où certaines croyances et stéréotypes continuent d’influencer la perception des risques sanitaires et environnementaux, avec des conséquences concrètes sur la santé des populations.

Une politisation des déchets pendant la campagne électorale

La question de l’insalubrité est devenue un thème politique récurrent, particulièrement pendant les campagnes électorales. Les candidats et dirigeants utilisent régulièrement l’image de la ville sale, des montagnes d’ordures et des caniveaux bouchés comme un symbole de l’échec des autorités en place, mais surtout comme une promesse de changement capable de convaincre les électeurs. La saleté urbaine devient un outil de mobilisation politique et de conquête du pouvoir avec une ambition de la résoudre.

En ce sens, sur Top Congo FM, lors de l’émission Le débat du 22 avril 2024, Kevin Bolamba, candidat gouverneur de la ville de Kinshasa se montrait très préoccupé par la salubrité de la ville de Kinshasa : « J’ai identifié les problèmes des Kinois, je suis un homme de terrain. Nous avons un problème d’insalubrité qui ne permet pas de vivre paisiblement (…) l’assainissement du cadre de vie et gestion de l’espace »

Le cas de ce candidat n’était pas isolé. Lors des campagnes électorales de 2006 à 2024, il s’observait des conflictualités et concurrences entre les différents acteurs et candidats aux élections qui utilisaient le discours sur les déchets afin de persuader les électeurs et de contrôler le fief électoral. Or, jusque maintenant, le problème de salubrité dans la ville de Kinshasa n’a jamais eu une réponse adéquate.

Pour Byamungu Simon Walungu, ingénieur architecte interviewé dans le cadre de cet article, la définition des responsabilités du pouvoir central et des autorités provinciales doivent être mises en place afin de désambiguïser le rôle de chacun.

« Le pouvoir central doit élaborer des lois, règlements, mobiliser les financements, réaliser des études d’impact environnemental stratégique et social et faire le suivi et le contrôle du respect des normes et textes réglementaires. Pour le pouvoir provincial, il doit élaborer des stratégies de mise en œuvre de la politique nationale d’assainissement au niveau provincial et élaborer des programmes de renforcement des capacités dans le secteur de l’assainissement »

La lutte contre la pollution dans Kinshasa ne peut être efficace sans une stratégie globale associant les autorités publiques, les citoyens et les partenaires internationaux. L’amélioration de la gestion des déchets, le renforcement de l’urbanisme, la réhabilitation des infrastructures d’assainissement, le recyclage ainsi que la sensibilisation de la population apparaissent comme des solutions indispensables pour réduire l’insalubrité qui menace la santé publique et l’environnement urbain.

Therence Hategekimana


Photo de couverture : France 24

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25.05.2026 à 13:47

Comment Macron verrouille la République avant de quitter l’Élysée

Simon Verdiere

Dans moins d’un an, la France aura changé de président. Emmanuel Macron ne pourra en effet pas se représenter en 2027 et sera remplacé par un nouveau visage. Pour autant, avant de partir, le chef de l’État positionne ses pions au sein de l’Administration pour imposer son héritage. Si un dirigeant en rupture avec le […]

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Texte intégral (1521 mots)

Dans moins d’un an, la France aura changé de président. Emmanuel Macron ne pourra en effet pas se représenter en 2027 et sera remplacé par un nouveau visage. Pour autant, avant de partir, le chef de l’État positionne ses pions au sein de l’Administration pour imposer son héritage.

Si un dirigeant en rupture avec le courant actuel arrivait à la tête du pays en 2027, sa tâche serait considérablement compliquée par les dernières forces lancées dans la bataille par le Président actuel. En plaçant de nombreux proches à des postes clefs, Emmanuel Macron verrouille les institutions par un réseau fidèle à ses idées. Une tendance inquiétante qui appelle plus que jamais à une refonte de notre système politique et une redistribution démocratique du pouvoir.

Les rouages de la Ve république

Au sein d’une Ve République à bout de souffle, le locataire de l’Élysée et sa majorité disposent de nombreux droits de nomination à des postes cruciaux. Alors que certaines de ces fonctions sont censées constituer un contre-pouvoir face à l’exécutif.

Or, Emmanuel Macron semble bien décidé à utiliser ses prérogatives pour installer ses proches à des places importantes. Après Richard Ferrand à la tête du Conseil constitutionnel, puis Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, le premier élu de France vient de désigner Emmanuel Moulin, ancien secrétaire général de l’Élysée pour diriger la banque de France, et Marc Guillaume, ex-secrétaire général du gouvernement, à la vice-présidence du Conseil d’État. Une façon pour le fondateur de Renaissance de mettre des bâtons dans les roues de son futur successeur.

Un pouvoir tentaculaire

En soi, il serait déjà sain de remettre en question l’excès de pouvoir de désignation des élus. Au nom de quel idéal démocratique les représentants au sommet de l’État auraient-ils le droit de choisir tant de personnes à des places aussi importantes ?

D’autant que ce pouvoir concerne un nombre de sphères incalculables qui devraient pourtant être aux mains des citoyens et non d’élus en clair conflit d’intérêts. On peut ainsi citer, pêle-mêle, le Conseil d’État, l’ARCOM, la CNIL, l’autorité de la concurrence, l’audiovisuel public, l’inspection des finances, les préfets, les ministres, la direction du Trésor, les grandes entreprises publiques (EDF, SNCF, la Poste, RATP, etc.), et bien d’autres encore. De quoi imposer un contrôle quasi total sur le pays.

Le Conseil d’État détient, d’ailleurs, une influence considérable pour bloquer des mesures gouvernementales ou prendre des décisions hautement symboliques, comme lorsqu’il a validé le choix de l’exécutif de situer la France insoumise à l’extrême gauche, contre toute forme de logique.

L’exemple du Conseil constitutionnel

Le Conseil constitutionnel, quant à lui, est censé s’opposer aux transgressions de la Constitution. Pourtant, il est également désigné par les hautes sphères du pouvoir. Après dix ans d’exercice, Emmanuel Macron y a fait installer six membres sur neuf. Et cinq d’entre eux seront encore là au moins jusqu’en 2031, autrement dit la majorité.

Or, cette domination macroniste représente une protection considérable pour l’antique constitution de 1958. Ainsi, en théorie, il faudrait l’aval de l’Assemblée et du Sénat pour pouvoir la modifier. Or, le système électif anti-démocratique du Palais du Luxembourg lui assure une hégémonie bourgeoise permanente.

Imaginons, par exemple, qu’en 2027, Jean-Luc Mélenchon arrive à la tête de l’État. S’il décide de changer de constitution comme le prévoit son programme, il n’aura d’autre choix que passer par référendum, ne disposant pas de l’appui nécessaire au Sénat. Or, dans ce cas, certains constitutionnalistes affirment que ce procédé ne respecterait pas notre texte suprême. Et bien qu’il existe un précédent avec Charles de Gaulle en 1962, c’est le Conseil constitutionnel qui pourrait avoir le dernier mot.

Des postes parfois verrouillés pour longtemps

Certains pourraient arguer que tous les présidents de la cinquième république ont œuvré de cette façon, et que tout ce qui a été construit par l’un pourra être démantelé par le suivant. Et cet argument peut s’entendre sur certaines postes.

Pour d’autres, en revanche, ces nominations sont irrévocables. Ainsi, le poste d’Amélie de Montchalin à la Cour des comptes lui est garantie jusqu’à ses 68 ans. Or, celle-ci n’étant âgée que de quarante ans, elle pourrait rester en place jusqu’en 2053 ! Cette partisane de l’austérité budgétaire pourra alors mettre la pression sur les futurs gouvernements en produisant des rapports visant à détériorer les services publics au profit de la privatisation. Un argument de poids dans le débat politique pour l’avenir.

La banque de France comme blocage économique

Le constat est de même nature avec le gouverneur de la banque de France. Celui-ci est en effet nommé pour une durée de six ans. Autrement dit, en choisissant Emmanuel Moulin, le président Macron impose à son successeur un dirigeant néolibéral pendant l’intégralité de son mandat. Inquiétant lorsque l’on sait que celui-ci pèse sur les taux d’intérêt, le crédit, ou la stabilité financière.

De ce fait, si un président de gauche veut investir ou nationaliser massivement, ou bien sortir des règles budgétaires européennes, la banque de France pourra mettre tout son poids dans la balance pour effrayer la population, parler de risque économique et ainsi affoler les marchés et renforcer la pression de Bruxelles. Autant dire que le prochain locataire de l’Élysée devra s’avérer particulièrement solide dans ses convictions pour résister à de tels leviers.

Un système à bout de souffle

Même si ces aller-retour entre public et privé, et ce jeu de réseau n’ont rien d’inhabituel dans les hautes sphères de l’État, la Macronie paraît avoir franchi un nouveau palier dans le verrouillage des institutions.

Ces agissements sont une énième démonstration d’un système qui se tourne vers l’autoritarisme pour maintenir ses politiques à l’œuvre. Pour autant, les multiples crises, qu’elles soient sociales, environnementales ou démocratiques, pourraient soulever une force au sein de la population. Reste à savoir si cette force sera canalisée par une gauche de rupture ou phagocytée par une gauche complaisante avec le système en place, ou pire l’extrême droite.

Simon Verdière


Photo de couverture : Emmanuel Macron. Wikimedia.

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24.05.2026 à 06:00

Association Routes Vivantes, policiers et Brésil : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer.  1. Animaux écrasés sur les routes : création de l’association Routes vivantes Une association nommée Routes vivantes a été créée pour réduire la mortalité des animaux sauvages due aux collisions routières. Elle cherche à sensibiliser les […]

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Texte intégral (1065 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer. 

1. Animaux écrasés sur les routes : création de l’association Routes vivantes

Une association nommée Routes vivantes a été créée pour réduire la mortalité des animaux sauvages due aux collisions routières. Elle cherche à sensibiliser les automobilistes et à travailler avec les collectivités pour améliorer les passages à faune et mieux intégrer la biodiversité dans l’aménagement des infrastructures routières. (Le Zéphyr)

2. Des policiers appellent à désobéir aux ordres contre la liberté de la presse

Une association de policiers, PRC, dénonce les violences et entraves subies par les journalistes lors de manifestations. Elle appelle à sanctionner les comportements abusifs et invite même les policiers à refuser certains ordres jugés contraires à la liberté de la presse, tout en critiquant la concentration des médias. (Blast)

3.Vallée de l’Arve : des habitants participent à la recherche sur les pollutions

Dans la vallée de l’Arve (Haute-Savoie), l’une des zones les plus polluées de France, des habitants participent à un institut écocitoyen qui associe citoyens, scientifiques, élus et acteurs locaux. Ensemble, ils définissent les thèmes de recherche en santé-environnement (qualité de l’air, de l’eau, des sols, impacts sur la santé) afin de produire des études utiles aux décisions publiques et mieux comprendre les effets des pollutions locales. (Vert)

4. Dans un village de la Meuse, les habitants décident directement des projets locaux

À Ménil-la-Horgne, une assemblée citoyenne permet aux habitants de voter directement sur les projets du village (équipements, services, énergie). Le maire et le conseil municipal mettent ensuite en œuvre les décisions prises collectivement. Le dispositif renforce la participation et la cohésion locale, même s’il ne fait pas l’unanimité parmi les habitants.(Reporterre)

5. Au Brésil, réforme fiscale pour alléger la classe moyenne et taxer davantage les riches

Le gouvernement brésilien a adopté une réforme de l’impôt sur le revenu qui relève le seuil d’exonération, permettant à des millions de ménages de la classe moyenne de ne plus payer d’impôt. En parallèle, la contribution des plus riches est augmentée via la taxation des dividendes et un impôt minimum sur les très hauts revenus. (La Relève et la Peste)

6. Sanctuaire pour éléphants au Portugal : une alternative à la captivité en Europe

Un sanctuaire pour éléphants ouvre dans le sud du Portugal, dans la région de l’Alentejo. Il doit accueillir des animaux issus de cirques et de zoos européens, dont Julie, dernière éléphante de cirque du Portugal, et Kariba, une éléphante vivant seule dans un zoo en Belgique. (The Guardian)

7. Un nouveau scanner pour détecter l’endométriose

Des chercheurs d’Oxford testent un nouveau type de scanner combiné à un traceur pour détecter plus tôt l’endométriose. L’objectif est de réduire les années d’attente avant diagnostic, souvent très longues avec les méthodes actuelles. Les premiers résultats sont encourageants mais doivent être confirmés par des études plus larges. (BBC)

8.Victoire juridique contre la vénerie sous terre des blaireaux dans le Tarn-et-Garonne

Le tribunal administratif de Toulouse a annulé un arrêté préfectoral autorisant la chasse des blaireaux en période complémentaire dans le Tarn-et-Garonne. La décision juge cette pratique illégale, notamment car elle pouvait toucher des jeunes blaireaux encore dépendants dans les terriers. Les associations de protection de la nature obtiennent ainsi une victoire après plusieurs années de recours.(ASPAS)

Un modèle de placenta artificiel pour mieux tester les médicaments pendant la grossesse

Des chercheurs de l’Université de Berne ont développé un modèle de placenta artificiel en laboratoire pour étudier comment les médicaments passent de la mère au fœtus. L’objectif est de mieux évaluer les risques, car les effets sur les femmes enceintes sont souvent mal connus et difficiles à tester. Ce système pourrait aussi réduire le recours aux tests sur les animaux. (Swisscom / blue News)

À Varsovie, des canards prioritaires sur la route au printemps

À Varsovie, en Pologne, des bénévoles et la police interrompent temporairement la circulation chaque printemps pour permettre à des canards sauvages de traverser une route en toute sécurité. Ces opérations protègent notamment les jeunes harles bièvres lors de leur déplacement vers la rivière Vistule. (France 24)

– Mauricette Baelen

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23.05.2026 à 06:00

Transphobie, Bolivie et fraude : les 10 actus de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Aux États-Unis, soutenir les personnes trans assimilé au « terrorisme » Dans sa nouvelle stratégie antiterroriste, l’administration Trump cible les mouvements jugés « pro-trans » ou antifascistes, assimilés à des menaces intérieures. Des […]

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Texte intégral (984 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Aux États-Unis, soutenir les personnes trans assimilé au « terrorisme »

Dans sa nouvelle stratégie antiterroriste, l’administration Trump cible les mouvements jugés « pro-trans » ou antifascistes, assimilés à des menaces intérieures. Des militant·es dénoncent une criminalisation grandissante de la solidarité envers les personnes trans et des dérives sécuritaires héritées de l’après-11 septembre. (Problematik)

2. En Bolivie, la politique ultralibérale du président Rodrigo Paz provoque une vague de colère sociale

Mineurs, routiers, enseignants et agriculteurs manifestent depuis plusieurs semaines contre la hausse des prix, les pénuries de carburant et plusieurs réformes du gouvernement. Face à une mobilisation grandissante, les syndicats réclament désormais la démission du président bolivien. (L’Humanité)

3.La majorité des fraudes à la Sécurité sociale viendraient des professionnels de santé

Selon la CPAM des Bouches-du-Rhône, 72 % des montants frauduleux détectés sont liés à des professionnels de santé et non aux assurés. L’enquête met en lumière l’ampleur des détournements opérés par certains centres médicaux, praticiens ou réseaux organisés. (Marsactu)

4. Thales a fourni des radars de surveillance à l’armée birmane en plein massacre des Rohingya

Une enquête révèle que le groupe d’armement Thales a vendu des radars à la junte birmane entre 2017 et 2020, malgré un embargo européen et dans un contexte de répression violente des Rohingyas. Ces équipements soulèvent des soupçons de complicité indirecte dans la surveillance et la répression de civils. (Disclose)

5.Exécutions en hausse et recul global de l’abolition de la peine de mort

Un rapport d’Amnesty International indique une forte augmentation des exécutions dans plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Iran ou l’Arabie saoudite, faisant grimper le nombre mondial à un niveau inédit depuis 44 ans. L’organisation dénonce l’usage de la peine de mort comme outil de répression politique et d’intimidation. (Common Dreams)

6.La Cour suprême américaine suspend une décision menaçant l’accès à la pilule abortive

La Cour suprême des États-Unis a temporairement bloqué une décision qui aurait restreint l’accès à la mifepristone par téléconsultation et livraison postale, maintenant ainsi l’accès au médicament dans plusieurs États. Cette affaire illustre les tensions juridiques persistantes autour du droit à l’avortement après l’annulation de Roe v. Wade. (Mother Jones)

7.Un dispositif unique en langue des signes pour la déclaration d’impôts à Dijon

Un centre des Finances publiques de Dijon met en place un accompagnement inédit en langue des signes pour aider les personnes sourdes ou malentendantes à effectuer leur déclaration de revenus en face-à-face. L’initiative vise à améliorer l’accessibilité administrative et à réduire la dépendance aux dispositifs uniquement numériques. (France Bleu)

8.La facture de gaz va baisser de 4,8 % en juin pour 6 millions de ménages

Après une forte hausse en mai, le prix du gaz recule légèrement en juin pour les foyers ayant un contrat indexé sur le prix repère de la CRE. Cette baisse reste limitée et ne compense qu’une partie de la hausse précédente, mais apporte un léger soulagement aux consommateurs concernés. (L’Indépendant)

9. Trois morts dans une attaque contre une mosquée à San Diego, sur fond de haine islamophobe aux États-Unis

Une attaque armée menée par deux adolescents contre une mosquée en Californie a fait trois morts avant que les assaillants ne se suicident. L’enquête privilégie un mobile islamophobe, dans un contexte de montée des discours de haine et de tensions religieuses dans le pays. ( L’Humanité )

10. Des pesticides interdits retrouvés dans des aliments importés vendus en Europe

Une enquête de l’association Foodwatch révèle que de nombreux produits alimentaires importés (thés, épices, riz) vendus en Europe contiennent des résidus de pesticides interdits, parfois au-delà des seuils légaux. L’ONG dénonce des failles dans la réglementation européenne et appelle à un durcissement des contrôles et à l’interdiction totale de ces substances dans les importations. (Vert)

– Mauricette Baelen

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22.05.2026 à 06:00

L’Histoire est un bien commun, pas une marchandise

Simon Verdiere

À une période où les fantômes du passé semblent ressurgir, l’importance de conserver notre patrimoine historique demeure plus que jamais déterminante. Or, le capitalisme appose, là encore, sa griffe sur des objets et des lieux privatisés par de grandes fortunes et retirés d’accès à la population. Lorsque l’on visite un musée ou un site historique, […]

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Texte intégral (1625 mots)

À une période où les fantômes du passé semblent ressurgir, l’importance de conserver notre patrimoine historique demeure plus que jamais déterminante. Or, le capitalisme appose, là encore, sa griffe sur des objets et des lieux privatisés par de grandes fortunes et retirés d’accès à la population.

Lorsque l’on visite un musée ou un site historique, on reste souvent contemplatif devant des vestiges ou des témoignages aussi remarquables de siècles lointains. Ces visites permettent également d’ouvrir une réflexion sur le présent en tirant des leçons d’époques révolues. Mais face aux États néolibéraux et à leurs cures d’austérité, l’Histoire n’est parfois plus perçue que comme une ressource économique. Pour endiguer ce phénomène, une réappropriation collective du patrimoine devient plus que jamais indispensable.

Une logique de marché

Notre patrimoine commun est parfois soumis à un système marchand comme n’importe quel autre objet, en particulier dans certaines nations, tels les États-Unis. Ainsi, au pays de l’oncle Sam, un fossile de dinosaure découvert sur un terrain privé appartient au propriétaire et non à l’État.

Dès lors, ce fonctionnement a engendré l’apparition de centaines de « chasseurs de dinosaures » qui sillonnent la région pour obtenir l’accord des ayants droit afin de fouiller leurs terres et partager les bénéfices. Certains spécimens peuvent en effet se revendre plusieurs millions de dollars auprès de riches collectionneurs. Et pendant ce temps, ces découvertes extraordinaires échappent aux scientifiques, aux musées et au regard des citoyens.

Ce type d’exemple ne fait malheureusement pas exception et tend à se généraliser dans l’ensemble du milieu. Les antiquités, en particulier lorsqu’elles ont une valeur artistique, deviennent ainsi de plus en plus de véritables actifs financiers sur lesquels la spéculation va bon train. Et à ce petit jeu, les établissements publics ne peuvent tout simplement pas rivaliser avec les grandes fortunes.

Un milieu sous pression économique

Si les institutions nationales de la conservation historique ont tant de mal à rivaliser avec les riches collectionneurs, c’est bien, avant tout, du fait de décisions politiques. En effet, c’est d’abord l’État qui choisit le budget alloué à ce secteur.

En France, en 2025, seuls 4,5 milliards étaient consacrés à la culture, et à peine 1,2 milliard à la sauvegarde du patrimoine. Des sommes dérisoires en comparaison de la fortune de certains individus friands d’objets de ce type.

Une dépendance accrue au secteur privé

Avec un tel contexte, les musées et les institutions du patrimoine se retrouvent astreints de générer leurs propres fonds, que ce soit par la billetterie, mais aussi via le mécénat privé. Ainsi, la recherche de partenaires ou de « sponsors » va parfois fragiliser leur indépendance.

Les donateurs n’agiront alors que rarement pour l’amour des arts, mais bien souvent pour imposer leur vision sur les expositions ou la façon de mettre en valeur les œuvres. À tel point que des temples de la connaissance se voient contraints de se travestir en véritables relais publicitaires de leurs « bienfaiteurs ».

En outre, cette situation édicte également une logique de rentabilité où les lieux de patrimoine ne sont plus seulement destinés à enrichir la culture du public, mais bien à rester au-dessus d’une ligne de flottaison financière.

Cure d’austérité généralisée

In fine, dans le domaine du patrimoine, comme dans la santé, l’éducation, l’écologie et tous les autres, c’est bel et bien la logique d’austérité budgétaire qui règne. Le sous-financement chronique de ce milieu impose donc de mettre en place des solutions souvent problématiques.

Ce processus, justifié par la « nécessité de faire des économies », organisée par le pouvoir autour d’une raréfaction des recettes de l’État, ouvre en réalité la voie à la privatisation massive. De plus en plus de musées fleurissent d’ailleurs déjà en dehors du giron public. Il ne s’agit plus d’un complément, mais bien d’une lente substitution.

Manque d’investissements

Or, si le droit à la connaissance et à l’Histoire dépend de fonds privés, la situation pourrait rapidement devenir problématique. D’abord parce que, pour faire face aux cures d’austérité, les musées devront augmenter leur tarif pour survivre.

Ces augmentations conduiraient alors tout droit à un accès à la culture à deux vitesses, entre ceux qui pourraient se payer les billets d’un côté, et les autres. Ce processus ne pourrait qu’aggraver la fracture sociale entre les classes populaires et les plus aisés.

Le secteur public risque, en outre, de devenir incapable de développer, préserver, et mettre en valeur ses collections. Le Louvre, par exemple, possède 480 000 objets, mais n’en présente que 36000 (soit 7,5 %). Le reste dort dans des réserves à l’abri des regards des gens. Une politique d’État ambitieuse pourrait investir pour bâtir des antennes à travers toute la France afin d’exposer un maximum de ces œuvres, et déconcentrer la culture de la région parisienne, à l’instar du Louvre-Lens.

Un danger pour la culture libre

Dans le même temps, la pression exercée par le marché privé pourrait empêcher le public d’accéder à des œuvres accaparées par des collections de riches propriétaires. Mais pire encore, ces grandes fortunes pourraient elles-mêmes orienter une certaine lecture de l’Histoire en organisant des rétrospectives présentant les événements pour servir une idéologie particulière.

Ainsi, le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin tente d’infiltrer le monde de la culture et de l’histoire pour imposer son agenda politique. Croyant intégriste, il a, par exemple, bénéficié de l’image du musée d’Orsay en 2023 en soutenant une exposition consacrée au peintre catholique Louis Janmot.

On peut aisément imaginer les conséquences si les grandes fortunes identitaires augmentaient leur emprise sur le milieu de la mémoire. Il suffit d’ailleurs de voir ce que le nationaliste Philippe De Villiers a fait avec le Puy du fou, un parc à la gloire de la monarchie française, qui réécrit sans vergogne certains épisodes historiques.

Reprendre le contrôle

Cette substitution organisée du secteur public par le marché engendre donc une perte évidente de souveraineté populaire sur le patrimoine et le savoir. Dans cette logique de rentabilité où les musées et expositions sont gérées comme des entreprises, l’attractivité économique passe avant une mission éducative indispensable.

Dans ce cadre, il s’avère crucial que l’État reprenne la main sur son patrimoine et institutionnalise l’accès gratuit à la culture historique. Pour ce faire, un réinvestissement massif dans ce secteur est nécessaire pour sortir de la dépendance au mécénat privé et à la participation financière des visiteurs.

La marchandisation de l’Histoire et la perte de contrôle sur le récit de celle-ci pourraient, en effet, entraîner une dangereuse orientation des esprits. Parce qu’en oubliant l’Histoire ou en inculquant une version altérée de celle-ci, les risques de voir les populations basculer à nouveau vers certaines horreurs du passé deviennent plus grands. Un écueil à éviter absolument pour se préserver d’une dépossession politique et espérer l’avènement d’une société plus juste et égalitaire.

Simon Verdière


Photo de couverture : Galerie du Temps du Louvre-Lens par Jean-Pierre Dalbéra – flickr 

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21.05.2026 à 06:00

Éditions Evalou : faire entendre les voix que le marché invisibilise

Mauricette Baelen

Défendre la cause animale et l’écologie relève presque de l’acte de résistance. C’est le combat qu’ont choisi de mener les éditions Evalou, face au monde éditorial dominé par quelques grands groupes carnaciers. Pendant que l’industrie culturelle transforme les livres en produits, certaines voix irréductibles refusent encore de se soumettre aux lois du marché. Dans un […]

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Texte intégral (3511 mots)

Défendre la cause animale et l’écologie relève presque de l’acte de résistance. C’est le combat qu’ont choisi de mener les éditions Evalou, face au monde éditorial dominé par quelques grands groupes carnaciers.

Pendant que l’industrie culturelle transforme les livres en produits, certaines voix irréductibles refusent encore de se soumettre aux lois du marché. Dans un paysage éditorial verrouillé par quelques grands groupes, tels que ceux de Bolloré – où la rentabilité décide de ce qui mérite d’être publié ou invisibilisé, défendre la cause animale, l’écologie ou la critique du productivisme devient un acte militant.

David, créateur des Editions Evalou, Avec toutes autorisations – Evalou

Car parler des animaux, aujourd’hui, ce n’est pas seulement évoquer la souffrance ou l’alimentation. C’est remettre en cause un système économique fondé sur l’exploitation du vivant, interroger nos habitudes les plus ancrées et affronter des industries puissantes qui préfèrent le silence au débat.

Les éditions Evalou font partie de ces structures qui ont choisi de ne pas séparer culture et militantisme. À travers leurs livres, leurs combats et leur modèle atypique, elles défendent une vision profondément politique de l’édition : publier non pas ce qui se vend le mieux, mais ce qui doit être entendu.

Mr Mondialisation : À l’heure où une grande partie du monde de l’édition appartient à quelques groupes industriels et milliardaires, pourquoi était-il important pour vous de créer une maison d’édition indépendante et militante ?

David : « En France, on estime que 10 % des maisons d’édition publient près de 90 % des livres achetés. Cela s’explique notamment par la concentration des chaînes de librairies, des Relay H et par l’hypercentralisation des grands groupes éditoriaux qui, comme vous l’avez souligné, appartiennent souvent à de grandes fortunes.

Leur vocation première reste la rentabilité, quitte à laisser de côté des valeurs qui rapportent peu d’argent, comme la solidarité, la cause animale ou encore l’entraide entre les peuples. Militer, c’est donner l’occasion à des valeurs non lucratives d’exister. »

Mr Mondialisation : Pourquoi avoir choisi de placer la cause animale au cœur même de votre ligne éditoriale, alors qu’elle reste encore largement marginalisée dans le paysage culturel français ?

David : « Ce combat est profondément inégal, car le lobby de la viande et de la charcuterie dépense chaque année des millions d’euros pour faire croire qu’un repas équilibré doit forcément contenir de la viande.

Les initiatives comme celles des éditions Evalou sont totalement invisibilisées face aux actions menées par les géants du secteur, qui cherchent depuis la Seconde Guerre mondiale à ancrer l’idée que la viande est indispensable à la santé.

À notre échelle, nous essayons d’offrir un contre-discours en expliquant qu’il est possible d’être en parfaite santé – de même que des athlètes de haut niveau – sans consommer de viande. Mais il est vrai que cela peut parfois sembler décourageant. Cependant, de nombreux influenceurs, sensibles à nos valeurs, nous aident en partageant nos parutions et cela nous aide beaucoup à visibiliser nos livres engagés. »

Mr Mondialisation : Vos revenus sont en partie reversés à des associations de protection animale. Pourquoi était-il essentiel pour vous que l’édition ne soit pas seulement un discours engagé, mais aussi un soutien concret sur le terrain ?

David : « Effectivement, les éditions Evalou n’ont aucun salarié, que des bénévoles (3 au départ en 2017, douze aujourd’hui) et reversent une partie de leurs revenus à des associations de défense des animaux.

C’est un modèle économique unique en France : aucune autre maison d’édition ne fonctionne ainsi, et pourtant nos livres se vendent et sont nommés pour des prix littéraires d’envergure.

« Militer, c’est partager son temps, son énergie et ses convictions. C’est aussi redistribuer. »

De notre côté, il nous semblait important d’aider ceux dont nous admirons l’engagement, qu’il s’agisse de refuges comme Groin-Groin, d’éco-activistes comme Sea Shepherd ou d’associations à vocation juridique comme l’ASPAS ou encore l’Institut Jane Goodall, Pollinis, One Voice ou L214. Faire connaître leur travail, c’est aussi faire avancer la cause animale. »

Mr Mondialisation : Pensez-vous que la littérature et les essais engagés peuvent réellement faire évoluer notre rapport aux animaux et au vivant ?

David : « C’est indéniable. Peter Singer, philosophe animaliste, a publié en 1975 La Libération animale, un ouvrage qui sert aujourd’hui de référence à de nombreux militants de la cause animale. L’émergence de prix littéraires engagés, comme le Prix Tournesol au Festival international de la BD d’Angoulême, porté par les écologistes, ou le Prix Maya, consacré à la littérature animaliste, témoigne d’un véritable intérêt des lecteurs et du développement de cette branche littéraire qui invite à repenser notre rapport au vivant. »

Mr Mondialisation : Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises utilisent l’« engagement » comme argument marketing. Comment éviter de tomber dans cette logique et conserver une vraie cohérence militante ?

David : « Effectivement, certains éditeurs publient des collections sur le vivant – prétendument pour mieux prendre en compte la condition animale – tout en éditant, dans le même temps, des ouvrages pro-corrida.

« Ce greenwashing animaliste se retrouve un peu partout dans le paysage éditorial, de la littérature à la BD en passant par le manga. »

Au final, seule compte souvent la rentabilité, sans réelle motivation éthique derrière. »

Peter Singer – source : Wikicommons

Mr Mondialisation : Est-ce difficile de défendre une ligne éditoriale radicalement engagée dans un secteur dominé par des impératifs de rentabilité et de consommation culturelle rapide ?

David : « La cause animale et l’alimentation sans viande restent une niche. Même si nous ne disposons pas de représentants pour placer nos livres en librairie, nous avons la chance d’être soutenus par des influenceurs très engagés qui relaient nos ouvrages sur leurs réseaux et font connaître notre catalogue.

En termes de visibilité, nous n’avons rien à envier aux grandes maisons d’édition. Là où nous tirons notre épingle du jeu, c’est sur la rentabilité.

« Peu nous importe qu’un manga ne se vende qu’à 300 exemplaires : s’il correspond à nos valeurs, nous le publierons.»

J’ai passé les 25 dernières années dans différentes maisons d’édition, et le fameux CEP – le compte prévisionnel d’exploitation – reste le véritable maître des décisions éditoriales. En d’autres termes, si un livre n’est pas jugé assez rentable, il n’est pas publié. »

Mr Mondialisation : Quels types de récits ou de voix cherchez-vous à mettre en avant chez Éditions Evalou ?

David : « Au départ, les éditions Evalou proposaient principalement des livres destinés aux enfants de 3 à 8 ans, avec des collections emblématiques comme Captain Paul, consacrée aux campagnes de Paul Watson pour les plus jeunes, ou Tendresse végane, destinée à faire naître la bienveillance envers les animaux.

Mais depuis quelques années, nous nous sommes également tournés vers la BD, le manga et la littérature afin d’accompagner les jeunes en grandissant et de continuer à leur proposer des récits porteurs des mêmes valeurs.

Notre catalogue met donc en avant des ouvrages autour de l’écologie, de la défense des animaux et de l’alimentation sans viande. C’est un véritable impératif éditorial. »

Paul Watson avec le livre Captain Paul – avec toutes autorisations – Editions Evalou

Mr Mondialisation : Selon vous, pourquoi la souffrance animale reste-t-elle aussi difficile à regarder collectivement, même dans des milieux qui se disent humanistes ou progressistes ?

David : « La raison est simple : on n’entend pas les animaux. Ils souffrent en silence dans un monde où l’humain domine tout, partout.

« Défendre la cause animale demande une énergie immense, justement parce que ceux qui souffrent directement n’ont pas de voix pour témoigner.»

Et puis, les habitudes culturelles semblent parfois immuables : on considère encore comme normal qu’un agneau soit consommé à Pâques ou une dinde à Noël. Cela donne parfois l’impression que rien ne pourra jamais changer. Pourtant, les mentalités évoluent.

Aujourd’hui, même les géants de l’industrie agroalimentaire proposent des produits qui auraient semblé inconcevables il y a quelques années : Aoste commercialise du jambon végétal, Danone investit dans le lait végétal… Bien sûr, ces choix sont davantage motivés par des parts de marché que par une réflexion éthique, mais ils témoignent malgré tout d’un changement profond chez les consommateurs.

Désormais, beaucoup de personnes se préoccupent aussi des conditions d’élevage et vérifient, par exemple, si les animaux ont été élevés en plein air. Ce n’est pas encore suffisant, mais c’est déjà une évolution importante. »

Mr Mondialisation : Est-ce qu’il existe encore une forme de mépris culturel envers les œuvres et les discours centrés sur la condition animale ?

David : « Oui, cela se ressent encore fortement, notamment dans certains milieux conservateurs. Dans le manga philosophique L’éthique animale, parlons-en !, publié aux éditions Evalou, l’autrice rappelle d’ailleurs que ce type de discours moqueur a toujours existé face aux grandes avancées sociales.

On tournait déjà en dérision ceux qui réclamaient l’abolition de l’esclavage ou, plus récemment, le droit de vote des femmes. Ridiculiser des idées nouvelles ou des changements profonds du quotidien a toujours été une manière de tenter de discréditer certains combats. Mais, au final, lorsque la société souhaite évoluer, ces résistances finissent souvent par céder. La cause animale suit aujourd’hui ce même cheminement. »

Manga – L’éthique animale – Avec toute autorisatins – Editions Evalou

Mr Mondialisation : Vos ouvrages cherchent-ils seulement à sensibiliser ou aussi à déranger ?

David : « Notre vocation première est de sensibiliser. Certains titres, comme la BD ARCHE, qui dénonce le braconnage en Afrique, ou le roman Je m’appelais Lune, à paraître le 28 juin, peuvent aussi choquer ou interpeller les lecteurs. Mais notre objectif reste avant tout d’accompagner une réflexion et de conforter les personnes qui souhaitent développer un rapport plus respectueux et bienveillant envers les animaux.

Nous cherchons aussi à sensibiliser à l’alimentation sans viande, car beaucoup de gens affirment aimer les animaux tout en ne pensant qu’aux chats ou aux chiens, en occultant – consciemment ou non – les cochons, les veaux ou les agneaux qu’ils consomment. Il reste encore un immense chemin à parcourir, et nos livres ont justement vocation à accompagner ces évolutions personnelles et sociétales. »Mr Mondialisation : Dans le contexte écologique et politique actuel, quel rôle les maisons d’édition engagées ont-elles à jouer selon vous ?

David : « Depuis Gutenberg, le livre a toujours été un outil essentiel de transmission du savoir. Aujourd’hui, dans une époque marquée par les fake news, les contenus complotistes et l’information instantanée, le livre reste un espace de réflexion, de nuance et de débat.

Les maisons d’édition engagées ont donc un rôle fondamental à jouer : celui de permettre l’existence de voix, de récits et d’idées qui ne trouveraient sans doute pas leur place dans des groupes éditoriaux uniquement guidés par la rentabilité et le retour sur investissement.

Mais leur rôle va encore plus loin. Une maison d’édition engagée peut aussi contribuer à faire émerger de nouveaux imaginaires collectifs.

Pendant longtemps, l’écologie ou la condition animale étaient considérées comme des sujets marginaux. Aujourd’hui, ils deviennent des enjeux centraux de société. Les éditeurs indépendants ont la capacité d’accompagner cette transformation culturelle en donnant la parole à des auteurs, des artistes ou des penseurs qui interrogent notre rapport au vivant, à la consommation ou au progrès.

« L’engagement éditorial consiste aussi à préserver une diversité intellectuelle dans un paysage culturel de plus en plus concentré et formaté. »

Là où certains grands groupes privilégient des projets calibrés pour le marché, les structures indépendantes peuvent encore prendre des risques, publier des œuvres atypiques et défendre des convictions avant des logiques financières. À mes yeux, c’est indispensable dans une démocratie : une société qui ne laisse plus de place aux voix dissidentes, critiques ou alternatives finit par appauvrir le débat public. »

Mauricette Baelen


Photo de couverture : créateur de la maison d’éditions – avec toutes autorisationsEvalou 

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20.05.2026 à 06:00

Au Pays basque, Marjorie et Alex cultivent des plantes médicinales loin de l’agriculture dominante

Mauricette Baelen

Au Pays basque, Marjorie et Alex cultivent des plantes médicinales à la main, et tentent de bâtir une activité viable en dehors des logiques agricoles dominantes. Alma Sauvage est le nom de leur démarche, un choix de vie radical et une réalité bien plus exigeante que le fantasme du retour à la terre. Revenir à […]

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Texte intégral (3040 mots)

Au Pays basque, Marjorie et Alex cultivent des plantes médicinales à la main, et tentent de bâtir une activité viable en dehors des logiques agricoles dominantes. Alma Sauvage est le nom de leur démarche, un choix de vie radical et une réalité bien plus exigeante que le fantasme du retour à la terre.

Revenir à la terre, ralentir, produire autrement… Ces aspirations traversent de nombreuses trajectoires individuelles, comme une réponse à un sentiment diffus de décalage avec les rythmes contemporains. Derrière cette idée, souvent idéalisée, se cache pourtant une réalité bien plus complexe, faite de contraintes économiques fortes et d’un engagement quotidien total.

Sur moins d’un hectare, Marjorie et Alex cultivent et transforment les plantes. Une autonomie relative, qui implique en réalité une grande dépendance aux cycles naturels, mais aussi aux contraintes du marché. Avec Alma Sauvage, il ne s’agit pas seulement de cultiver des plantes médicinales. Mais bien de s’inscrire dans mode de vie cohérent, en lien avec le vivant, nourri de savoirs ancestraux et d’une certaine rigueur scientifique.

Dans cette interview pour Mr Mondialisation, le duo franco-chilien de paysan·nes herboristes racontent sans détour leur quotidien, les tensions entre leurs valeurs et le système agricole actuel, ainsi que les enseignements tirés de cette expérience encore en construction.

Mr Mondialisation : Pour commencer, comment décririez-vous simplement ce que vous faites aujourd’hui ?

Alma Sauvage : « Nous cultivons des plantes médicinales au Pays basque, en bio et sur sol vivant, que nous transformons ensuite en solutions buvables via la macération des plantes en amphore de terre cuite.

Nous cultivons des plantes de partout, choix inspiré de notre approche des médecines traditionnelles du monde et de notre double culture (franco-chilienne). Cela permet aussi de proposer une alternative locale et traçable de ces plantes. 

On cultive, entre autres, de l’Ashwagandha, Tulsi, Brahmi, Gotu Kola, Curcuma (plantes ayurvédiques), Jiaogulan, Yi Mu Cao, Mao Bo He (plantes de la médecine chinoise), Cedron (plante andine), et des plantes d’ici : armoise, sauge, millepertuis, camomille… »

Alex et Marjorie récoltant l’armoise ! Avec toutes autorisations – Alma Sauvage

Mr Mondialisation : En quoi votre pratique est-elle vivante, comme vous le proclamez ?

Alma Sauvage : « Concrètement, nous n’utilisons aucun engrais chimique, aucun pesticide, herbicide, etc. Cela signifie que nous retirons les limaces et les chenilles à la main, ce qui est possible sur un terrain de moins d’1 hectare.

Nous paillons nos cultures avec l’herbe ou la fougère que nous cueillons dans la forêt, ce qui crée un couvert végétal pour favoriser la vie du sol, décompacte et nourrit le sol.

Nous utilisons aussi le compost, le fumier d’une ferme voisine qui est en agriculture biologique, et le Bokashi, une technique japonaise de fermentation pour nourrir la terre, qui consiste à multiplier les micro-organismes de la terre de forêt, que nous allons chercher nous-même. »

Mr Mondialisation : Qu’est-ce que ce choix de vie a changé dans votre quotidien,  et votre manière d’habiter le travail ?

Alma Sauvage : « Nous sommes beaucoup plus connectés à la nature et aux éléments, puisqu’ils impactent directement notre activité. On est vraiment portés par notre passion des plantes et on se sent beaucoup plus libres aussi, ce qui est un privilège incroyable.

« Nous vivons aussi beaucoup plus en extérieur, et au rythme des conditions naturelles. Concrètement, cela veut dire que s’il pleut, nous effectuons les tâches administratives, si le temps est clément, nous travaillons au champ. Cela nous demande donc de nous adapter en permanence. »

Ce qui est à la fois exaltant mais difficile, c’est que nous portons à deux l’entière responsabilité du projet, les choix, les questionnements, les doutes ; ce qui représente une charge de travail autant physique que mentale. »

Mr Mondialisation : Votre rapport au temps a-t-il changé ?

Alma Sauvage : « J’aimerais dire que ce choix nous a permis de ralentir mais pour l’instant ce n’est pas le cas car nous ne sommes encore qu’au début de cette aventure. Malgré tout, l’agriculture nous ramène à l’essentiel et nous “force” à ralentir, à observer.

Notre cycle de production est sur une année entière, depuis les semis des graines en mars, jusqu’à la récolte, qui s’étend jusqu’à décembre notamment pour les racines, puis enfin la transformation.

« C’est comme s’il y avait une dualité entre le temps long de la nature, et le temps court du marché commercial actuel, qui nous pousse à accélérer. »

Mais nous devons composer avec ça, portés par nos valeurs et notre passion d’une vie et d’une activité en harmonie avec la nature. »

Marjorie récolte la camomille. Avec toutes autorisations @Alma Sauvage

Mr Mondialisation : À quel moment avez-vous compris que cette reconversion agricole était aussi une manière de quitter un système de production et de consommation qui ne vous convenait plus ?

Alma Sauvage : « Bien avant cette reconversion justement. Pour nous, tout est parti d’un désir de vivre au milieu de la nature, avec une certaine autonomie, notamment alimentaire.

On le pratiquait déjà à travers un potager, la culture de légumes et plantes aromatiques, la transformation et conservation en bocaux. On voulait vivre au rythme des saisons, se retirer du bruit et de l’inessentiel. Mais surtout de ce besoin de consommer pour combler le vide et pour se divertir. On ne se sentait plus vraiment en phase avec notre environnement.

On sentait le temps qui filait, la vie qui nous échappait. Et on avait envie de liberté, plus de se conformer à une vie déjà tracée et décidée pour nous.

« A l’époque, pourtant, nous étions tous les deux cadres à Paris, moi dans le marketing et Alex dans le commerce. Puis, un jour on en a eu assez. »

La découverte des plantes médicinales s’est fait ensuite, dans des fermes au Chili, puis dans d’autres pays, notamment en Inde. On a plongé dans leur médecine traditionnelle, et on a découvert qu’il y avait d’autres voies que le scénario dominant dans lequel on baignait. »

Alex retourne la terre en douceur. Avec toutes autorisations @Alma Sauvage

Mr Mondialisation : On fantasme beaucoup le « retour à la terre ». Dans quelle mesure votre quotidien raconte aussi la crise plus large du monde agricole et la difficulté de produire autrement aujourd’hui ?

Alma Sauvage : « En effet, nous l’avons aussi beaucoup fantasmé, pour être honnêtes. Ce fantasme répond à un besoin de sens que beaucoup cherchent à l’heure actuelle. Créer une ferme demande de partir de zéro : trouver des terres, construire des infrastructures, acheter du matériel coûteux. 

Il existe une vraie solidarité entre paysans, au-delà des pratiques agricoles. Cette entraide est précieuse pour tenir sur la durée, car ce métier demande un immense soutien moral et financier.

Le plus difficile, c’est que le système ne récompense pas le travail éthique qui préserve la nature. Il favorise surtout la productivité, les volumes et les prix bas. La valeur échappe souvent aux paysans pour se concentrer dans la transformation et la vente, alors que ce sont eux qui prennent tous les risques.

Le modèle agricole actuel favorise les grandes exploitations et les monocultures, notamment à travers des subventions de la PAC calculées à l’hectare. Pour s’en sortir, beaucoup doivent vendre en direct ou développer des activités annexes comme des ateliers, des visites ou de l’accueil à la ferme. »

Mr Mondialisation : Quels sont aujourd’hui vos produits phares, et qu’est-ce que leur succès raconte selon vous des besoins ou des fragilités de notre époque ?

Alma Sauvage : « Nos produits phares sont nos élixirs anti-stress, sommeil, concentration, bien-être féminin, énergie, ainsi que notre huile de CBD qui sont très utiles pour la douleur. Ils répondent à des problématiques souvent liées à une même cause : un mode de vie qui va à l’encontre de nos rythmes naturels.

Les personnes neuro-atypiques, comme celles atteintes de TDAH, ressentent aussi cette pression à rester performantes dans un système très normé et notre élixir concentration est une aide précieuse pour eux.

Pour le bien-être féminin, beaucoup de femmes ressentent un déséquilibre entre leur rythme naturel et les exigences de la vie professionnelle. Elles cherchent donc des solutions naturelles pour mieux vivre leur cycle et soutenir leur équilibre hormonal. »

Mr Mondialisation : Quand vous affirmez qu’un élixir agit sur le stress, le sommeil ou la concentration, sur quoi repose cette promesse : tradition d’usage, littérature scientifique, tests de conformité, retours empiriques ?

Alma Sauvage : « La validation du choix de nos synergies de plantes repose sur plusieurs de ces critères. Nous aimons partir de la tradition d’usage de médecines traditionnelles.

Ensuite, nous confrontons cela avec la littérature scientifique, et très souvent ces propriétés, quand elles ont été étudiées (car une plante, si elle n’est pas validée, ce n’est pas forcément à cause d’absence de bienfaits mais parce qu’elle n’a tout simplement pas été étudiée), sont validées par la littérature scientifique moderne.

C’est le cas par exemple, de l’armoise qui a été longtemps considérée dans l’histoire comme remède contre les entités parasitaires, a ensuite été largement reconnue scientifiquement comme telle.

Ensuite, nous faisons valider cette formule et obtenons son homologation par les instances officielles de régulation du marché des compléments alimentaires qui valident la liste de plantes ainsi que les mentions légales et de contre-indication.

Puis ensuite, on passe aux tests en réel, de manière empirique, d’abord sur nous-mêmes puis sur d’autres personnes. Cette démarche de multiples vérifications nous permet aujourd’hui d’avoir d’excellents retours. »

Mr Mondialisation : Votre procédé de macération lente en amphore est central dans votre démarche : qu’apporte-t-il réellement à l’extraction des principes actifs par rapport à des méthodes plus standardisées ?

Alma Sauvage : « Nous cherchions un procédé lent, naturel et respectueux du vivant. Nous aimons leur dimension traditionnelle, leur fabrication à partir d’éléments naturels et leur porosité, qui permet une micro-oxygénation et un procédé plus vivant. Même s’il existe une légère perte liée à cette porosité, la qualité de l’extrait obtenu compense largement.

Plusieurs études scientifiques, menées surtout dans le domaine du vin, montrent que les amphores favorisent une meilleure stabilité des composés et des échanges naturels avec la matière végétale. »

Amphores de macération, une technique ancestrale. Avec toutes autorisations – Alma sauvage.

Mr Mondialisation : À travers vos produits, défendez-vous seulement des remèdes, ou une autre vision du soin, de l’autonomie et du lien entre santé humaine et santé des écosystèmes ?

Alma Sauvage : « On défend tout aussi bien le lien entre santé humaine et santé des écosystèmes, qui vont de pair. Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre. Aujourd’hui on voit une croissance des maladies dues aux causes environnementales qui va avec l’augmentation de la pollution.

« Aujourd’hui on voit une croissance des maladies dues aux causes environnementales qui va avec l’augmentation de la pollution » 

Quand tout cela devient trop angoissant, je m’en remets aux plantes, et ça m’apaise. En revanche, j’ai pris beaucoup de recul sur l’autonomie depuis notre installation, qui est une chimère selon moi. Nous sommes des êtres sociaux, et avons besoin des uns et des autres. »

Mr Mondialisation : Comment résiste-t-on à la tentation du storytelling “naturel” dans un marché du bien-être saturé de promesses parfois pseudo-scientifiques ?

Alma Sauvage : « Il y a beaucoup de storytelling dans le marché du bien-être malheureusement. C’est pour cela que nous préférons mettre l’accent sur du concret : la manière de de cultiver, des bienfaits issues des médecines traditionnelles et corroborées par des études scientifiques.

Nous n’avons pas besoin de créer un récit, nous montrons simplement notre réalité. Il ne faut pas oublier non plus que la science évolue constamment, et que les connaissances sur les plantes continueront d’évoluer elles aussi. »

Mauricette Baelen


Photo de couverture : Marjorie et Axel – avec toutes autorisations – Alma Sauvage 

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