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18.03.2026 à 05:00

« Bites », un roman mordant contre le masculinisme

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Bites, roman satirique féministe de Karine Degunst, ne fait pas dans la nuance mais dans l’humour cathartique et dénonciateur. Les protagonistes masculinistes y vivent un enfer, en perdant soudain leur sacro-saint pénis suite au vœu d’une petite fille abusée. Et disparaît du même coup leur pouvoir de domination sur les femmes qu’ils opprimaient. [Temps de […]

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Texte intégral (2533 mots)

Bites, roman satirique féministe de Karine Degunst, ne fait pas dans la nuance mais dans l’humour cathartique et dénonciateur. Les protagonistes masculinistes y vivent un enfer, en perdant soudain leur sacro-saint pénis suite au vœu d’une petite fille abusée. Et disparaît du même coup leur pouvoir de domination sur les femmes qu’ils opprimaient.

[Temps de lecture : ~ 7 min]

Ce roman satirique, mobilise l’absurde pour fustiger masculinisme et pédocriminalité : une petite fille abusée fait disparaître tous les pénis via sa peluche licorne, révélant la fragilité symbolique de la domination masculine.

Une fiction malmenant des masculinistes

Marie, petite fille de trois ans, n’aime pas Tonton, le meilleur ami de ses parents. Parce que quand il leur rend visite, Tonton vient dans sa chambre le soir pour la forcer à faire des bisous à son « espèce de gros bout de bois poilu, humide et visqueux ». Alors, pour que ça ne recommence plus, elle va demander à sa peluche licorne de faire disparaître tous les pénis de la terre. « Cela veut dire au moins quatre » puisque Marie sait tout juste compter jusqu’à ce chiffre.

La licorne magique va exaucer ce vœu. Le pénis de Tonton va disparaître. Et aussi celui d’un président à la peau orange, qui est à la tête d’un des plus puissants pays du monde et qui s’apprêtait à violer une de ses employées, Muneera. Et celui d’un acteur en plein tournage, un « monstre sacré du cinéma » qui se permet toutes les outrances face à Claire, la jeune première qui lui donne la réplique. Et celui de Julien, un monsieur tout-le-monde sur le point de demander sa petite amie Sophie en mariage, lors d’un dîner au restaurant.

Bites est publié par l’éditeur militant Ex Aequo.

Ces messieurs ne sont pas au bout de leur peine car la petite Marie fera d’autres vœux dommageables à leur virilité dont ils sont si fiers. Avec leur membre phallique, c’est leur domination tant symbolique qu’effective qui disparaît. La balle est désormais dans le camp des femmes qu’ils brutalisaient.

« un récit volontairement provocateur pour dénoncer les comportements virilistes néfastes de ses personnages inspirés d’incarnations bien réelles. »

Derrière les personnages sans noms du président et de l’acteur, on reconnait sans mal les références à Donald Trump et Gérard Depardieu, quand Tonton et Julien sont des figures où on peut projeter des hommes de notre entourage. Karine Degunst, l’autrice de « Bites », brosse de ses protagonistes masculins un portrait acerbe et caricatural. Et en forçant ainsi délibérément le trait, elle insuffle légèreté et humour à un récit volontairement provocateur pour dénoncer les comportements virilistes néfastes de ses personnages inspirés d’incarnations bien réelles.

Chacun d’entre eux renvoie en effet à une forme de masculinité toxique. Cet ensemble de normes culturelles (ne pas se montrer vulnérable, cacher ses émotions, devoir subvenir aux besoins du foyer, assumer une vision patriarcale de la famille) qui définissent ce qu’un homme doit être mais qui nuisent autant à la société qu’aux individus par leur promotion de l’agressivité, de la domination masculine, la dévalorisation des femmes et des personnes LGBT.

Tonton, c’est l’homme bien sous tout rapport, que son entourage croit incapable de faire du mal à autrui — Pensez donc, il donne des cours à l’aumônerie ! — ce qui rend d’autant plus difficile l’acceptation de la vérité. Or, contrairement aux idées reçues, les violeurs ne sont pas des malades asociaux mais des hommes parfaitement intégrés à la société.

Il nous rappelle aussi que les abuseurs se trouvent principalement chez les proches de la victime. Selon le Rapport de la CIIVISE en 2023, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année. C’est toute la société qui est concernée par ce fléau.

Le « président orange » incarne la facette réactionnaire et dictatoriale, d’autant plus dangereux qu’il se trouve en position d’imposer ses caprices à un pays entier. De peur d’être renvoyés, les membres de son entourage cède à la moindre de ses demandes, paralysé par son pouvoir. Et ses lubies ont des répercussions au niveau mondial : climato-scepticisme, attaques violentes contre la science, contre les minoritésL’opposition politique de son pays se trouve incapable de riposter à sa politique agressive qui menace la paix mondiale.

« L’aura de la célébrité lui assurait d’être défendu pour des comportements condamnés chez une personne anonyme. »

L’acteur star regrette le temps où son aura lui permettait d’effacer tous les excès et les débordements. Il sent que le monde a changé et que lui, appartient à un passé révolu auquel il s’accroche. Ses saillies graveleuses et sexistes ne font plus rire que les obséquieux. La présence d’un coordinateur d’intimité sur le plateau lui parait complètement absurde.

De son temps, on ne s’indignait pas pour des abus lors du tournage de scènes intimes ce qui lui permettait d’en profiter. L’aura de la célébrité lui assurait d’être défendu pour des comportements condamnés chez une personne anonyme. Mais la loi du silence et le sempiternel principe de la séparation entre l’homme et l’artiste se fissurent.

Julien, c’est l’homme ordinaire qui manque de confiance en lui. Pour y remédier, il cherche des réponses sur internet et va se laisser happer par le discours masculiniste qui vante les bienfaits d’un régime carnivore pour se « reconnecter à sa part animale ». Complexé par son physique, il se met à la musculation, milieu où le masculinisme prospère. Tragiquement, c’est en voulant se montrer digne de la femme qu’il aime qu’il va s’en éloigner, alors qu’aux yeux de celle-ci, il l’était déjà.

La violence misogyne bien réel de notre société

On sent venir les réactions virulentes, du type « c’est inacceptable de se moquer ainsi des hommes », « vous auriez été outrés si la situation avait été inversée » etc. Alors désamorçons d’avance une polémique qui n’a pas lieu d’être : Le masculinisme n’est pas le pendant du féminisme comme certaines personnes aiment à renvoyer dos à dos ces deux mouvements dans une fausse équivalence.

Comme nous l’expliquions dans un article dédié : le féminisme est un mouvement d’émancipation né de l’oppression des femmes, tandis que le masculinisme s’inscrit dans une réaction défensive cherchant à préserver une domination.

Le féminisme vise à une égalité et une équité des genres qui profiterait aux femmes comme aux hommes. Alors que le masculinisme s’oppose aux avancées féministes. Au contraire, il promeut la domination des hommes sur les femmes et fantasme une société rétrograde avec des normes de genre sexistes, enfermant hommes et femmes dans des rôles strictement définis.

« [les actions féministes] n’ont jamais provoqué la mort d’aucun homme.»

Une autre différence cruciale réside dans les conséquences de ces idéologies. Les féministes contemporaines n’ont pas recours à la violence – hors en cas de légitime défense – et mènent des actions non-violentes (collages, manifestations, actions directes, etc.), contrairement à leurs prédécesseuses qui ont parfois dû aller jusqu’à poser des bombes pour faire valoir leurs droits.

Actions considérées comme « trop bruyantes » par leurs détracteurs, aimant dire qu’« elles nuisent à leur cause » entre autres clichés — car elles troublent et viennent remettre en question l’ordre établi — mais elles n’ont jamais provoqué la mort d’aucun homme.

À l’inverse, les mouvances masculinistes et incel en particulier ont provoqué des tueries de masse coûtant la vie à des femmes. Leurs auteurs, adorés de la communauté masculiniste, deviennent des martyrs en ligne et des modèles à suivre. Si les principaux attentats masculinistes ont eu lieu en Amérique du Nord (comme celles menées par Marc Lépine, Elliot Roger, Alek Minassian), la France n’est pas épargnée par les effets concrets de cette idéologie.

En un an, trois attaques incel ont été déjouées sur le territoire français, à Bordeaux, Meythet, et Saint Étienne. Le rapport du Haut Conseil à l’égalité, sur l’état des lieux du sexisme en France paru le 21 janvier, alerte sur la menace masculiniste alors que depuis #MeToo, les discours de haine misogyne et anti-LGBT+ se multiplient en ligne. Chez Mr Mondialisation, nous avons également pu le constater en réaction à nos publications.

Et sans parfois aller jusqu’au meurtre, les masculinistes n’hésitent pas agir de manière à nuire aux femmes, comme l’illustre la récente vague d’appels malveillants au 3919 (la ligne d’écoute pour les femmes victimes de violences), s’accompagnant de menaces envers les écoutantes. L’influence de cette idéologie sexiste se fait aussi ressentir au sein des familles et de l’école.

De quoi relativiser la soit disant « outrance » du propos fictionnel de Bites. Reste à savoir si et comment les héros du roman récupèreront leurs attributs, et pour cela, on vous encourage à le lire.

S. Barret


Photo de couverture : couverture du livre pris en photo par S. Barret

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17.03.2026 à 05:00

Objectifs de développement durable : 10 ans de promesses et d’illusions

Mr Mondialisation

En septembre 2015, lors d’un sommet consacré au développement durable, les 193 États membres de l’Organisation des Nations unies ont adopté les Objectifs de développement durable (ODD). Ces 17 priorités constituent un cadre d’action universel visant, d’ici 2030, à éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir à tous les êtres humains des conditions de […]

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Texte intégral (1935 mots)

En septembre 2015, lors d’un sommet consacré au développement durable, les 193 États membres de l’Organisation des Nations unies ont adopté les Objectifs de développement durable (ODD). Ces 17 priorités constituent un cadre d’action universel visant, d’ici 2030, à éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir à tous les êtres humains des conditions de vie décentes. En 2026, où en est-on ? On fait le bilan.

Les États s’étaient notamment engagés à améliorer les conditions de vie en faveur des populations et des pays les plus précarisés. Toutefois, l’absence de mécanismes juridiques contraignants pour assurer le suivi et l’application de ces engagements continue de soulever des interrogations.

Des objectifs ambitieux, mais sans contrainte réelle

Les ODD marquent une évolution importante par rapport aux Objectifs du Millénaire pour le développement, en élargissant leur champ d’action et en affirmant une vision plus globale du développement. Pourtant, cette ambition se heurte rapidement à une limite majeure : l’absence de mécanismes contraignants.

Les États ne sont soumis à aucune obligation juridique stricte pour mettre en œuvre ces objectifs. Leur application repose essentiellement sur des engagements volontaires, sans dispositif de sanction ni véritable instance de contrôle. Dans ce contexte, les ODD apparaissent souvent comme un cadre normatif incitatif plutôt qu’un outil de transformation effective.

Le Rapport sur les objectifs de développement durable de 2023 confirme ce décalage : la majorité des indicateurs progressent à un rythme insuffisant. António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a ainsi mis en garde contre le risque de voir le Programme 2030 devenir « l’épitaphe d’un monde qui aurait pu être ».

La domination des pays du Nord envers les pays du Sud

Les États ne sont donc soumis à aucune obligation juridique stricte pour aligner leurs politiques sur ces objectifs. Dans ces conditions, la promesse de durabilité apparaît davantage comme un discours normatif que comme une réalité opérationnelle.

Ce constat rejoint les analyses de Arturo Escobar dans l’ouvrage Encountering Development (1995). L’anthropologue y souligne que les dispositifs internationaux de développement tendent à masquer les rapports de pouvoir globaux plutôt qu’à les corriger.

Dans cette perspective, les ODD placent les pays dits « en développement » face à des objectifs universels alors même qu’ils ne disposent pas des mêmes ressources financières, technologiques et institutionnelles que les économies avancées. Une symétrisation d’autant plus irréaliste que les pays à faible revenu sont les plus exposés aux effets du changement climatique, alors qu’ils en sont les moins responsables.

Sentir-penser avec la Terre. L’écologie au-delà de l’Occident. Arturo Escobar. Seuil, 2018.

2030 : l’échec programmé des ODD

Comme le souligne le Rapport sur les objectifs de développement durable de 2023, la trajectoire actuelle menace non seulement l’atteinte des objectifs fixés pour 2030, mais aussi les droits et les perspectives des générations présentes et futures.

Même en cumulant les progrès réalisés, aucun des 17 ODD n’est aujourd’hui assuré d’être pleinement atteint à l’échelle mondiale. Les avancées restent trop limitées pour combler l’écart entre les résultats actuels et les ambitions initiales, nourrissant l’idée d’un « échec programmé ».

« À mi-parcours de l’échéance 2030, les ODD sont gravement distancés, et ce sont les pays pauvres et les plus vulnérables qui en souffrent le plus »

C’est par ces mots que Jeffrey Sachs, président du Sustainable Development Solutions Network (SDSN), a lancé l’alerte et appellé la communauté internationale à accélérer ses efforts et à conclure un nouveau pacte mondial de financement.

Jeffrey Sachs au Forum pour la Paix du Mathias Corvinus Collegium à Budapest en 2023. Wikimedia

Droit international : fantôme ou réalité ?

Conçus comme un cadre global pour construire un monde plus juste, les ODD reposent sur un postulat fondamental : celui d’États prêts à respecter les normes internationales, à coopérer et à agir dans l’intérêt collectif.

Mais la multiplication des guerres impérialistes, les violations répétées du droit international, l’exploitation des ressources naturelles et les violences ciblant les civils, témoignent du décalage grandissant entre les engagements pris et leur application sur le terrain.

Les mécanismes de justice internationale peinent, eux aussi, à imposer leur autorité. Les décisions des tribunaux internationaux restent difficiles à faire appliquer, les sanctions sont souvent contournées et la diplomatie est régulièrement mobilisée pour défendre des intérêts stratégiques ou économiques plutôt que des principes universels.

Quand la bonne volonté remplace l’obligation

Selon le Rapport sur les objectifs de développement durable de 2023 :

« environ la moitié des 140 cibles suivies accusent un retard modéré ou sérieux ; pour plus de 30 % d’entre elles, la situation n’a pas évolué ou a même régressé depuis 2015 ».

L’absence de mécanismes contraignants n’est pas la seule limite. Un autre frein majeur est bien le manque de ressources. Réaliser les ODD exige des investissements massifs dans l’éducation, la santé, l’énergie durable, les infrastructures et la protection de l’environnement. Dans de nombreux pays en développement, les moyens financiers font défaut, limitant l’impact des politiques publiques.

Les crises mondiales viennent amplifier ces difficultés. La pandémie de COVID-19 a par exemple inversé plusieurs progrès en santé et en éducation, détournant des ressources et ralentissant la mise en œuvre des programmes de développement. Ces chocs externes révèlent la vulnérabilité des ODD face à des systèmes peu résilients.

Enfin, l’interdépendance des 17 objectifs complique la tâche : l’échec d’un objectif peut compromettre d’autres avancées. La faiblesse des institutions, le manque de données fiables et des capacités limitées de gouvernance rendent difficile la planification, le suivi et l’ajustement efficace des politiques.

Une équité intergénérationnelle à l’abandon

Alors que les ODD devaient incarner un principe d’équité intergénérationnelle, le constat actuel préfigure un échec pour l’atteinte des objectifs en 2030. Un échec qui compromet la possibilité des conditions de vie décentes pour les générations actuelles et futures.

Cela montre aussi combien la seule bonne volonté ne peut être garante de politiques ambitieuses. Les pays du Nord devraient être contraints pour réellement réparer les dégâts socio-environnementaux produits par de siècles de domination sur le reste du monde. Or, il n’existe aujourd’hui pas de contre-pouvoir assez puissant pour les y obliger, malgré la détermination de la Gen Z à faire entendre ses intérêts.

Thérence Hategekimâna


Photo de couverture : António Guterres à la COP30 à Belem le 20 novembre 2025. Wikimedia.

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16.03.2026 à 15:45

L’extrême droite va-t-elle mettre la main sur Hollywood ?

Simon Verdiere

Après plusieurs rebondissements, l’un des plus célèbres studios de cinéma de l’Histoire, la Warner Bros, pourrait passer sous l’égide de Paramount, un autre géant du secteur. Mais derrière cet accord pharaonique, se cache l’ombre de l’extrême droite et de Donald Trump. La direction de Paramount est en effet étroitement liée au président états-unien et compte […]

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Texte intégral (1466 mots)

Après plusieurs rebondissements, l’un des plus célèbres studios de cinéma de l’Histoire, la Warner Bros, pourrait passer sous l’égide de Paramount, un autre géant du secteur. Mais derrière cet accord pharaonique, se cache l’ombre de l’extrême droite et de Donald Trump. La direction de Paramount est en effet étroitement liée au président états-unien et compte bien étendre son emprise à travers l’offre culturelle des grands écrans, mais aussi grâce aux chaînes de télévision comprises dans ce rachat.

110 milliards de dollars. C’est la somme colossale avancée par le groupe Paramount-Skydance, pour mettre la main sur la célébrissime compagnie Warner Bros-Discovery. Si cette transaction doit encore être validée par les autorités de la concurrence et par les actionnaires, elle pourrait fournir une influence médiatique considérable à l’extrême droite, à l’image de l’Empire Bolloré en France. Retour sur une opération loin d’être anodine.

Netflix mis sur la touche

La vente de la Warner Bros ne faisait plus aucun doute depuis plusieurs mois, tant le studio, fondé en 1923, est criblé de dettes depuis des années. En décembre dernier, l’affaire semblait entendue avec le géant du streaming Netflix pour la somme de 82 milliards de dollars. Mais quelque temps plus tard, un coup de théâtre allait renverser la situation, puisque Paramount, concurrent historique de la Warner, avait décidé de renchérir pour 110 milliards.

Une offre sur laquelle Netflix n’a pas souhaité s’aligner, la jugeant officiellement trop élevée. Pourtant, derrière ce renoncement pourraient en réalité se cacher des enjeux politiques majeurs. En effet, dès le mois de décembre, Donald Trump s’était montré sceptique face à l’acquisition du mastodonte du streaming, assurant que Netflix pourrait se trouver en situation de monopole.

Officieusement, il se pourrait plutôt que le président américain ne voulait tout simplement pas que cette acquisition se concrétise pour des raisons idéologiques. Personne n’a, par exemple, manqué d’observer son altercation avec Susan Rice, membre du conseil d’administration de Netflix et ex-proche de Barack Obama. L’ancien présentateur de télé-réalité est même allé jusqu’à réclamer son départ.

La famille Elisson, au service du trumpisme

Si la solution Netflix ne paraissait pas avoir les faveurs de Donald Trump, c’est surtout parce que la famille Elisson, à la tête de Paramount, lui offre bien plus de garanties politiques. En effet, David Elisson, le propriétaire de la société, n’est autre que le fils de Larry Elisson, sixième fortune mondiale et fondateur du groupe Oracle, et surtout large soutien financier de Trump.

Cet héritier qui rêvait de faire du cinéma a finalement pu bénéficier des fonds de son père pour ouvrir son propre studio, Skydance, en 2006 à l’âge de 23 ans. Après plusieurs succès au box-office, la fortune quasi sans limite de la famille lui permet de racheter Paramount en 2024, emprunt à de grosses difficultés financières. Dans le lot, il dégote même plusieurs chaînes de télévision, dont le réseau CBS.

Vague de licenciements et empire au service de l’extrême droite

À l’instar de ce que Vincent Bolloré a fait lors des rachats de médias comme CNEWS, le JDD ou Europe 1, les chaînes de télévision appartenant à Paramount ont subi des vagues de licenciements et des réorientations idéologiques. Ce fut, par exemple, le cas sur le canal d’information de CBS, à la tête de laquelle se trouve à présent Bari Weiss, journaliste bien identifiée pour ses positions très à droite, surtout à l’égard d’Israël.

Mais à présent que la famille Elisson est bien partie pour mettre la main sur la Warner, elle devrait aussi hériter des chaînes du groupe, et parmi lesquelles la célèbre CNN, bête noire de Donald Trump. Connue pour sa ligne éditoriale proche du camp démocrate, elle pourrait alors basculer sous le giron des ultraconservateurs, avec une réorientation politique en perspective. Quand on sait que l’extrême droite est déjà largement représentée par la chaîne Fox News, il y a de quoi s’inquiéter pour le pluralisme américain, particulièrement peu enclin à laisser une place à la gauche.

Une emprise culturelle ?

Mais le drame ne se cantonne pas aux médias américains, puisque Warner Bros fait partie des plus gros studios au monde avec Universal, Sony, Netflix, Apple, Amazon et donc Paramount. En fusionnant, les deux géants pourraient d’une part voir l’offre cinématographique s’effondrer. En France, plus d’un film sur dix projeté vient d’ailleurs de la Warner.

En outre, on peut aussi craindre une réduction du nombre de films et par conséquent, de diversité. C’est, du reste, ce qui est survenu lors du regroupement de Disney et 21th Century Fox. Séparément, ceux-ci produisaient en effet près de deux fois ce qu’ils fournissent aujourd’hui ensemble.

De fait, la Warner possède les droits de licences cultes, comme Harry Potter, Casablanca, Game of Thrones, ou encore le Seigneur des Anneaux. Il est, dès lors, légitime de s’inquiéter de ce que pourraient devenir ces œuvres entre les mains de l’extrême droite.

Une fusion à confirmer

Même si ce rachat doit être validé par les actionnaires de la Warner le 20 mars 2026, puis par les autorités de concurrence, il est fort probable que Donald Trump use de toute son influence pour que le projet se concrétise.

Plus que jamais, alors que les milliardaires choisissent les uns après les autres la voie de l’extrême droite pour soutenir au mieux leur pouvoir, il est essentiel que les voix progressistes s’organisent pour ériger un contre-pouvoir face à cette toute-puissance. Sans quoi, la culture, comme les médias, pourrait muer en un simple instrument de propagande du fascisme.

Simon Verdière


Photo de couverture : How A Billionaire And His Son Pulled Off The $8 Billion Paramount Deal. Forbes

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13.03.2026 à 17:32

Tabac, loups et lèpre : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.  1. Tabac : Le Royaume-Uni interdit la vente à vie pour les générations nées après 2009 C’est une décision historique et radicale : Londres vote une loi pour créer la première génération « sans […]

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Texte intégral (1009 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 

1. Tabac : Le Royaume-Uni interdit la vente à vie pour les générations nées après 2009

C’est une décision historique et radicale : Londres vote une loi pour créer la première génération « sans tabac ». En interdisant définitivement la vente de cigarettes aux mineurs actuels, même une fois adultes, le pays engage une politique de santé publique sans précédent qui suscite des débats passionnés sur les libertés individuelles. (Reporterre)

2. Victoire judiciaire pour les loups : Un coup d’arrêt aux tirs de prélèvement

Le Tribunal administratif de Marseille a annulé six arrêtés préfectoraux qui autorisaient des éleveurs des Alpes-de-Haute-Provence à tirer sur des loups. La justice a donné raison à One Voice en jugeant illégal de considérer, par principe, que les troupeaux bovins ne peuvent pas être protégés par d’autres moyens que l’abattage. (One Voice)

3. Santé mondiale : Le Chili officiellement libéré de la lèpre

Le Chili entre dans l’histoire en devenant le premier pays des Amériques à être certifié par l’OMS pour l’élimination totale de la lèpre. Cette victoire sanitaire majeure marque la fin d’un combat de plusieurs décennies contre une maladie millénaire et stigmatisante. (OMS)

4. Écologie urbaine : À Séoul, réduire ses déchets alimentaires devient rémunérateur

Pour lutter, notamment, contre le gaspillage alimentaire, la capitale de la Corée du Sud va proposer à partir de 2026 des sortes de bonus aux habitants qui réussissent à réduire le poids de leurs poubelles.(France Info)

5. Justice menstruelle : Une avancée historique pour le droit des femmes en Inde

La Cour suprême de l’Inde a ordonné au gouvernement de définir une politique nationale pour distribuer gratuitement des serviettes hygiéniques dans les écoles. L’arrêt souligne que le manque d’accès à ces protections entrave le droit à l’éducation et à la dignité des filles. (FOS Feminista)

6. Réensauvagement : Le retour spectaculaire des saumons sauvages en Californie

Après un siècle d’absence dû aux barrages, les saumons royaux réinvestissent leurs rivières natales, notamment le fleuve Klamath, en Californie, grâce à des travaux de restauration écologique massifs. Les résultats dépassent les espérances. (France Info)

7. Biodiversité : Au Botswana, l’élevage intelligent sauve les lions

Dans le delta de l’Okavango au Botswana, une technique de regroupement nocturne du bétail réduit les attaques de prédateurs, comme les lions. En diminuant les pertes pour les éleveurs, le programme évite les tirs de représailles contre les lions. (Mongabay)

8. Souveraineté alimentaire : La commune de Plessé sauve ses fermes de la disparition

Face à la pression foncière, cette commune française a mis en place une stratégie foncière anti spéculation pour préserver ses exploitations agricoles. Une réussite politique et locale qui prouve que l’extinction des fermes n’est pas une fatalité si la municipalité s’engage. (La Relève et la Peste)

9. Cantine 100% bio : Le modèle exemplaire de Mouans-Sartoux s’exporte

Avec sa propre régie agricole municipale, cette ville alimente ses écoliers en produits bios et locaux. Ce modèle de politique alimentaire globale, qui réduit le gaspillage et les coûts, devient une référence étudiée par de nombreuses villes européennes. (Vert.eco)

10. Patrimoine vert : Le combat pour sauver la plus grande bibliothèque de l’écologie

Un collectionneur passionné tente de pérenniser un fonds documentaire unique dédié à l’histoire de l’écologie. C’est une quête de mémoire pour préserver des milliers d’ouvrages et de documents souvent introuvables, essentiels pour comprendre l’évolution de la pensée environnementale. (Reporterre)

* Image de couverture – unsplash

– Mauricette Baelen

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