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Thomas Piketty
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Le blog de Thomas Piketty


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17.12.2024 à 09:39

Pour un nouveau clivage gauche-droite

piketty

Texte intégral (1814 mots)
Disons-le d’emblée : ce n’est pas en inventant une nouvelle coalition du centre que la France sortira de la crise politique actuelle. L’idée selon laquelle il faudrait gouverner le pays en rassemblant tous les partis dits « raisonnables », du centre-gauche au centre-droit, du PS à LR, à l’exclusion des « extrêmes », LFI à gauche et RN à droite, est une dangereuse illusion, qui ne fera que mener à de nouvelles déceptions et à renforcer les extrêmes en question. D’abord parce que cette coalition des gens raisonnables ressemble fort à une coalition des plus favorisés. Or ce n’est certainement pas en excluant les classes populaires du gouvernement que l’on va sortir de la crise démocratique. Ensuite parce que la démocratie électorale a besoin d’alternances claires et assumées pour fonctionner correctement.
 
La bipolarisation gauche-droite, à condition qu’elle se renouvelle suffisamment rapidement dans son contenu face aux transformations du monde, a ceci de vertueux qu’elle permet de telles alternances. Deux coalitions portées par des visions de l’avenir antagoniques mais cohérentes et s’appuyant sur des intérêts socio-économiques divergents alternent au pouvoir, et c’est ainsi que les électeurs parviennent à se faire leur opinion, à ajuster leur vote et à avoir confiance dans le système démocratique lui-même. C’est ce modèle vertueux qui a permis la consolidation de la démocratie au cours du 20e siècle, et c’est vers une nouvelle bipolarisation gauche-droite qu’il faut aller aujourd’hui si l’on souhaite éviter le délitement démocratique.
 
Une fois que l’on a dit cela, comment procède-t-on ? Dans les pays avec un scrutin majoritaire à un tour, comme aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, la bipolarisation se fait d’elle-même. Encore faut-il savoir quelle bipolarisation on souhaite. Outre-Manche, les travaillistes ont remplacé les conservateurs, mais avec un programme tellement timoré qu’ils suscitent déjà la défiance, après avoir conquis le pouvoir avec un faible score et grâce de très fortes divisions à droite.
 
Outre-Atlantique, la bipolarisation s’est retournée sur elle-même. Après avoir abandonné toute ambition redistributrice, les démocrates sont devenus au cours des dernières décennies le parti des plus diplômés puis des plus hauts revenus. Les républicains gardent de solides appuis dans le monde des affaires, mais ils sont parvenus à peu de frais à attirer le vote populaire en rompant avec le dogme du libre-échange et de la mondialisation libérale, urbaine et élitiste associé aux démocrates.
 
L’avenir dira si un nouveau retournement est possible. Ce qui est certain, c’est que cela exigera un changement de cap majeur pour les démocrates. Il est impossible en démocratie de faire ses meilleurs scores à la fois parmi les plus favorisés et les plus défavorisés. Si le parti démocrate veut redevenir celui de la justice sociale, il doit accepter de perdre le vote favorisé, en proposant des mesures vigoureuses de redistribution, qui devront répondre non seulement aux aspirations des classes populaires urbaines mais également à celles des petites villes et des territoires ruraux. Par exemple, on ne peut pas tout miser sur l’annulation des dettes étudiantes : il faut aussi s’adresser à ceux qui se sont endettés pour acquérir un logement ou une petite entreprise.    
 
Dans le contexte français, la question se pose différemment. La gauche reste bien vivante, mais elle a ici aussi perdu le vote populaire des bourgs et des villages, durement frappés par la libéralisation commerciale, la désindustrialisation et l’absence de services publics. En 1981, la gauche faisait quasiment le même score parmi toutes les classes populaires, quelle que soit la taille d’agglomération. Au cours des dernières décennies, un fossé territorial d’une ampleur inédite depuis un siècle s’est formé entre les classes populaires urbaines (qui continuent de voter à gauche) et rurales (qui sont passées au RN). C’est sur cette fracture territoriale que s’est bâtie la tripartition : un bloc central objectivement très favorisé entend gouverner le pays sur la base des divisions entre les classes populaires urbaines et rurales entre les blocs de gauche et de droite (Une histoire du conflit politique, J. Cagé et T. Piketty, 2023).
 
Pour sortir de la tripartition, le scrutin présidentiel peut jouer un rôle utile : il pousse à se rassembler pour le second tour et peut accélérer l’avènement d’une nouvelle bipolarisation. Mais cela ne suffira pas : nous avons surtout besoin d’un travail de fond au sein des partis politiques et des citoyens qui les soutiennent. A gauche, les partis doivent apprendre à délibérer et à trancher démocratiquement leurs différends, d’abord en votant au sein des députés du NFP, puis en faisant participer directement les électeurs de gauche. La priorité doit être de répondre aux aspirations des classes populaires de tous les territoires et de rassembler bien au-delà des bases électorales de chacun. En particulier, LFI devra faire preuve d’humilité et accepter un constat simple : son noyau électoral actuel est réel mais minoritaire dans le pays et ne permet guère d’envisager une victoire au second tour.
 
A droite, il est temps que LR et les fractions les plus droitières du parti macroniste acceptent l’idée qu’ils doivent former une coalition majoritaire avec le RN. C’est déjà ce qu’ils ont fait pour voter la loi immigration et bien d’autres textes (comme la loi anti-locataires). Il est temps d’assumer ouvertement l’union des droites, faute de quoi cela sera imposé tôt ou tard par les urnes. C’est aussi ce qui contraindra le RN à sortir des postures faciles et à droitiser son discours économique et budgétaire, contribuant ainsi à l’émergence d’une nouvelle bipolarisation. Ce qui est certain, c’est qu’il n’est pas sain de laisser LFI et le RN en dehors du système : ils doivent l’un et l’autre assumer leur place au sein de leurs coalitions respectives et affronter l’épreuve difficile du pouvoir. C’est à ce prix que la démocratie sortira de sa crise actuelle.

 

17.12.2024 à 09:37

For a new left-right cleavage

piketty

Texte intégral (1627 mots)

Let’s face it: France will not emerge from its current political crisis by inventing a new central coalition. The idea that the country should be governed by bringing together all the so-called « reasonable » parties, from the center-left to the center-right, from the Parti Socialiste (PS) to Les Républicains (LR), excluding the « extremes » – La France Insoumise (LFI) on the left and the Rassemblement National (RN) on the right – is a dangerous illusion, which will only lead to further disappointment and strengthen the extremes in question. Firstly, because this coalition of the reasonable looks very much like a coalition of the better-off. Excluding the working class from government is certainly not the way out of the democratic crisis. Secondly, electoral democracy needs clear and accepted alternations to function properly.

The virtue of the left-right bipolarization, provided that its content is sufficiently rapidly renewed in the face of global change, is that it makes such alternations possible. Two coalitions driven by antagonistic but coherent visions of the future and based on divergent socio-economic interests alternate in power, and this is how voters can form their opinions, adjust their votes and have confidence in the democratic system itself. It was this virtuous model that enabled the consolidation of democracy throughout the 20th century, and it is toward a new left-right bipolarization that we must move today if we wish to avoid democratic disintegration.

Once that’s acknowledged, how do we proceed? In countries with a first-past-the-post system, such as the United States and the United Kingdom, bipolarization is a matter of course. But you have to know what kind of bipolarization you want. Across the Channel, Labour has replaced the Conservatives, but with a program so timid that it is already generating mistrust, having won power with a low score and thanks to very strong divisions on the right. Across the Atlantic, bipolarization has turned in on itself. After abandoning any redistributive ambitions, the Democrats have become, over the last few decades, the party of the most highly educated, and of the highest income earners.

The Republicans retain a strong support base among the business world, but they have succeeded at little cost in attracting the popular vote by breaking with the Democrats’ dogma of free trade and liberal, urban and elitist globalization. Time will tell whether a new turnaround is possible. What is certain is that it will require a major change of course for the Democrats. In a democracy, it’s impossible to obtain your best scores among both the most privileged and the most disadvantaged. If the Democrats want to become the party of social justice once again, it must accept the loss of the vote of the privileged by proposing vigorous redistribution measures, which will have to respond not only to the aspirations of the urban working class but also to that of small towns and rural areas. For example, you can’t bet everything on canceling student debt: You also need to reach out to those who have taken on debt to buy a home or a small business.

In the French context, these kinds of questions are posed differently. The left is still very much alive, but here too it has lost the popular vote in the towns and villages hard hit by trade liberalization, deindustrialization and the absence of public services. In 1981, the left scored virtually the same among the working class, whatever the size of the town or city. Over the last few decades, a territorial divide on a scale unseen for a century has emerged between the urban working class (who continue to vote left) and the rural working class (who have switched to the RN). It is on this territorial divide that the political tripartition was built: A n objectively very privileged central bloc intends to govern the country based on the divisions between the urban and rural working classes between the left and right blocs (A History of Political Conflict, by Julia Cagé and Thomas Piketty, 2023).

The presidential election can play a useful role in breaking out of this tripartition: It encourages people to come together in the second round, and can speed up the advent of a new bipolarization. But that won’t be enough: What we need above all is in-depth work within the political parties and the citizens who support them. On the left, the parties must learn to deliberate and settle their differences democratically, first by MPs from the Nouveau Front Populaire left-wing coalition voting among themselves, then by directly involving left-wing voters. The priority must be to respond to the aspirations of the working classes in all territories, and to rally people far beyond each party’s electoral base. In particular, LFI will have to show humility and accept a simple fact: Its current electoral core is real, but it is a minority in the country, and can hardly envisage victory in the second round.

On the right, it’s time for LR and the more right-wing factions of the Macronist camp to accept the idea that they need to form a majority coalition with the RN. This is already what they did when they voted for the immigration law and many other texts (such as the anti-tenant law). It’s time to openly embrace the union of the right, otherwise it will sooner or later be imposed at the ballot box. This is also what will force the RN to move away from easy posturing and to shift its economic and budgetary discourse to the right, contributing to the emergence of a new bipolarization. What is certain is that it is not healthy to leave LFI and RN outside the system: They must both assume their place within their respective coalitions and face the difficult test of power. This is the price democracy will have to pay to emerge from its current crisis.

12.11.2024 à 12:22

Unite France and Germany to save Europe

piketty

Texte intégral (1627 mots)

In the wake of Donald Trump’s victory, Europe can no longer content itself with declarations of intent. It urgently needs to pull itself together and regain a grip on world affairs, without any illusions about what will come from the United States. The crux of the matter is that it is impossible to face up to the socio-economic, climatic and geopolitical challenges that are shaking the planet as long as the European Union (EU) makes its decisions by the unanimous vote of all 27 member states. Unfortunately, this is currently the case for all major decisions, particularly those with budgetary or financial implications.

The only way out of the impasse is for a strong core of countries, led by France and Germany, to finally put concrete proposals on the table enabling progress to be made on both budgetary and institutional fronts, without waiting for unanimous agreement from the other countries. The concept of a strong core to overcome the obstacles of unanimous consensus has been raised many times in the past, most recently in the report by Mario Draghi proposing a massive investment plan for Europe.

The time has now come to give it substance and make real progress. For this to happen, three conditions have to be met: This core group must be given solid institutional and democratic foundations; it is essential that Germany, and not just France, Italy or Spain, should be able to play its part, particularly on the budgetary front; and within each country, and at the European level as a whole, several political visions, from both the right and left, must be able to express themselves and flourish.

Let’s start with the first point. To create a core group of countries capable of making important budgetary and financial decisions with all the necessary democratic legitimacy, it is important to base it on a solid institutional and political framework. The most logical starting point would be the Franco-German Parliamentary Assembly (FGPA), set up in 2019 as part of the renewal of the bilateral Franco-German treaty. A young and little-known institution, made up of 100 lawmakers from all the parliamentary groups in the Assemblée Nationale and Bundestag, the APFA has met between two and three times a year since its creation and has so far been confined to a mainly consultative role.

But there’s nothing to prevent the two countries from giving it an essential decision-making role, particularly on budgetary matters, and opening it up to all EU countries wishing to join this strong core, thus transforming it into a genuine European assembly, as in the draft « Manifesto for the Democratization of Europe » (tdem.eu). This strengthened parliamentary union, which could be called a « European parliamentary union » (EPU), would bring together within the EU those countries ready to unite further to influence world affairs and invest in the future, and in particular to borrow jointly to finance investments in energy, transport, research and new technologies.

Let’s turn to the second point. While some countries, such as France, Italy and Spain, can identify with such a vision, the central difficulty has always been to convince Germany, which is very reticent about the idea of joint borrowing, or even borrowing in general. This situation is now changing: A growing segment of the German public understands that the country urgently needs to invest in its infrastructure, in the disadvantaged regions of the East as well as throughout the country. This is now the majority opinion of German economists, recently joined by a large proportion of employers. In fact, the issue is in the process of shattering the coalition between the left and the liberals.

To overcome the last remaining reservations, however, it’s necessary to demonstrate that joint European borrowing is the right tool and guarantee that it will not lead to a « transfer union, » an absolute bogeyman on the other side of the Rhine. For example, it can be stipulated in advance that transfers will not exceed 0.1% of GDP (article 9 of the draft TDEM, see tdem.eu). This is unfortunate: If students from all over Europe are going to attend the same campuses to prepare for the future of the continent, then one day we’ll have to stop complex calculations and address all Europeans indiscriminately. But in the meantime, we need to find ways to move forward and build trust between countries and states with different histories. It’s worth the effort. The euro and the European Central Bank (ECB) now have such a global financial footprint that it’s in everyone’s interest to agree to borrow together, even without transfers.

Third and last point: For a project of such importance to see the light of day, it is essential that several political visions can be brought together. In the Draghi report, the approach is deliberately liberal and technophile. The former ECB president insists on public subsidies for private investment, for example in industry or artificial intelligence, and on clusters of excellence in major metropolises. Liberals and the right will also be in agreement and will no doubt emphasize the strengthening of military budgets and the promotion of a « fortress Europe. »

The left, on the other hand, will place the emphasis on social, educational and health investments, and infrastructure open to the greatest number of people, in poor suburbs as well as in outlying regions, as well as on tax justice objectives. It will be up to the European assembly and national parliaments to decide, on the basis of contradictory deliberations, under the watchful eye of Europe’s citizens. What does it matter if this reinforced union begins with just a few countries? The urgent need today is to react to the shock of Trumpism by asserting the strength of European values – those of parliamentary democracy, the social state and investment in the future.

12.11.2024 à 06:31

Unir la France et l’Allemagne pour sauver l’Europe

piketty

Texte intégral (1842 mots)
Après la victoire de Trump, l’Europe ne peut plus se contenter de déclarations d’intentions: elle doit urgemment se ressaisir et se mettre en capacité de reprendre prise sur les affaires du monde, sans se faire d’illusions sur ce qui viendra des Etats-Unis. Or le point central est qu’il est impossible de faire face aux défis socio-économiques, climatiques et géopolitiques qui agitent la planète tant que l’Union européenne prendra ses décisions à l’unanimité des 27 États membres, ce qui est malheureusement le cas actuellement pour toutes les décisions importantes, notamment pour toutes celles ayant une incidence budgétaire ou financière.
 
La seule façon de sortir de l’impasse est qu’un noyau dur de pays, tiré par la France et l’Allemagne, mette enfin sur la table des propositions concrètes permettant d’avancer, à la fois sur le plan budgétaire et institutionnel, sans attendre l’accord unanime des autres pays. Cette hypothèse d’un noyau dur permettant de dépasser les blocages de l’unanimité a été évoquée maintes fois dans le passé, tout récemment encore dans le rapport Draghi proposant un plan d’investissement massif à l’Europe. Il est temps aujourd’hui de lui donner une consistance et d’avancer réellement.
 
Pour cela, trois conditions doivent être remplies: il faut donner à ce noyau dur des fondements institutionnels et démocratiques solides; il est l’essentiel que l’Allemagne y trouve son compte, notamment sur le plan budgétaire, et pas seulement la France, l’Italie ou l’Espagne; enfin, il faut qu’au sein de chaque pays et au niveau européen dans son ensemble plusieurs visons politiques, de droite comme de gauche, puissent trouver matière à s’y exprimer et à s’épanouir.
 
Commençons par le premier point. Pour constituer un noyau dur de pays capable de prendre des décisions budgétaires et financières importantes avec toute la légitimité démocratique nécessaire, il importe de l’asseoir sur un cadre institutionnel et politique solide. Le plus logique serait de partir de l’Assemblée parlementaire franco-allemande (APFA) instituée en 2019 dans le cadre du renouvellement du traité bilatéral franco-allemand. Institution jeune et méconnue, composée de 100 députés issus de tous les groupes parlementaires de l’Assemblée Nationale et du Bundestag, l’APFA s’est réunie entre deux et trois fois par an depuis 2019, et a jusqu’ici été cantonnée à un rôle principalement consultatif. Mais rien n’interdit aux deux pays de lui donner une rôle décisionnel essentiel, notamment sur le plan budgétaire, et de l’ouvrir à tous les pays de l’UE souhaitant rejoindre ce noyau dur, en la transformant ainsi en véritable « Assemblée européenne », comme dans le projet de « Traité de démocratisation de l’Europe » (tdem.eu).
 
Cette union parlementaire renforcée, que l’on pourrait appeler « Union parlementaire européenne » (UPE), rassemblerait au sein de l’UE les pays prêts à s’unir davantage pour peser sur les affaires du monde et investir dans l’avenir, et notamment pour emprunter en commun afin de financer des investissements dans l’énergie, les transports, la recherche et les nouvelles technologies.
 
Venons en au second point. Si certains pays comme la France, l’Italie ou l’Espagne peuvent se retrouver dans une telle vision, la difficulté centrale a toujours été de convaincre l’Allemagne, très réticente à l’idée d’emprunts en commun, ou même de l’emprunt en général. Cette situation est en train de changer: une part croissante de l’opinion allemande réalise que le pays a un besoin urgent d’investir dans ses infrastructures, dans les régions déshéritées de l’est comme d’ailleurs dans l’ensemble du pays. C’est maintenant l’opinion majoritaire des économistes allemands, récemment rejoints par une large part du patronat. La question est d’ailleurs en train de faire exploser la coalition entre la gauche et les libéraux.
 
Pour vaincre les dernières réticences, il faut toutefois démontrer que les emprunts européens en commun sont le bon outil et garantir que ces emprunts ne déboucheront pas sur une « union de transferts », épouvantail absolu outre-Rhin. Par exemple on peut fixer à l’avance que les transferts ne dépasseront pas 0,1% du PIB (article 9 du projet de TDEM).
 
On peut le regretter: si des étudiants issus de toute l’Europe vont fréquenter les mêmes campus pour préparer l’avenir du continent, il faudra bien un jour arrêter les comptes d’apothicaires et s’adresser indistinctement à tous les Européens. Mais en attendant il faut bien trouver des moyens d’avancer et de construire la confiance entre des pays et des Etats issus d’histoires différentes. Le jeu en vaut la chandelle: l’euro et la BCE ont aujourd’hui une telle surface financière à l’échelle mondiale que tout le monde a intérêt à se mettre d’accord pour emprunter en commun, y compris sans aucun transfert.
 
Troisième et dernier point: pour qu’un projet d’une telle importance puisse voir le jour, il est essentiel que plusieurs visions politiques puissent s’y retrouver. Dans le rapport Draghi, l’approche est volontiers libérale et technophile: l’ancien président de la BCE insiste sur les subventions publiques aux investissements privés, par exemple dans l’industrie ou l’intelligence artificielle, et sur les pôles d’excellence des grandes métropoles. Les libéraux et la droite s’y retrouveront, et insisteront sans doute également sur le renforcement des budgets militaires et sur la promotion d’une « Europe forteresse ». A l’inverse, la gauche mettra l’accent sur les investissements sociaux, éducatifs et sanitaires et les infrastructures ouvertes au plus grand nombre, dans les banlieues pauvres comme dans les régions périphériques, ainsi que sur des objectifs de justice fiscale. C’est à l’Assemblée européenne et aux Parlements nationaux qu’il appartiendra de trancher, sur la base de délibérations contradictoires, sous le regard des citoyens européens.
 
Qu’importe si cette union renforcée commence avec quelques pays seulement: l’urgence aujourd’hui est de réagir au choc trumpiste en affirmant au grand jour la force des valeurs européennes, celles de la démocratie parlementaire, de l’Etat social et de l’investissement dans l’avenir.

 

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