20.03.2025 à 16:54
Arnaud Brennetot, Géographie politique, Université de Rouen Normandie
L’avènement du néolibéralisme est souvent associé à l’élection de Margaret Thatcher au Royaume-Uni en 1979 et de Ronald Reagan aux États-Unis l’année suivante. En réalité, cette rationalité politique s’est lentement glissée au sein des politiques économiques à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, à la faveur d’une lente intégration de l’Europe de l’Ouest et des États-Unis. Retour sur la lente et discrète ascension des idées néolibérales qui visaient initialement à fonder la paix mondiale sur l’intégration marchande des nations, à l’heure où la déception générée par leurs promesses non tenues se manifeste en de nombreux lieux de la planète.
En août 1938, alors qu’Hitler s’apprête à envahir les Sudètes en Tchécoslovaquie, plusieurs économistes et philosophes européens dont Friedrich von Hayek, Michael Heilperin, Wilhelm Röpke et Jacques Rueff profitent de la venue à Paris de l’influent journaliste américain Walter Lippmann pour imaginer avec lui les conditions de restauration de la paix et de la liberté dans le monde.
Ensemble, ils constatent l’échec aussi bien du vieux libéralisme que des remèdes dirigistes et nationalistes imaginés pour le surmonter. Ils parviennent à la conclusion que la paix internationale ne pourra être garantie que grâce à l’institutionnalisation d’un marché mondial fondé sur des règles que les États auront un intérêt économique à respecter, y compris en renonçant à une partie de leur souveraineté : à leurs yeux, il est indispensable de garantir la liberté des prix, de la concurrence et des flux de marchandises et de capitaux.
Face à l’accumulation des périls, il devient pour eux urgent de promouvoir ce qu’ils nomment alors un « néo-libéralisme » pour désigner ce qui ressemble fort à ce que nous avons, plus tard, appelé la « mondialisation ».
Tout au long des années 1940, les intellectuels néolibéraux s’opposent aux solutions dirigistes comme aux politiques contracycliques préconisées par Keynes, qu’ils considèrent comme autant d’obstacles au bon fonctionnement des mécanismes d’autorégulation des marchés. Ce n’est qu’à partir du milieu des années 1950 que certains d’entre eux s’engagent dans la condamnation du Welfare State, notamment aux États-Unis, où ils se rapprochent des réseaux libertariens.
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Selon de nombreux historiens des idées, leur projet n’a triomphé sur le plan politique qu’avec la révolution conservatrice des années 1970 marquée par l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher au Royaume-Uni et de Ronald Reagan aux États-Unis.
Certains auteurs évoquent également comme point de départ le rôle des Chicago Boys dans la politique économique du Chili de Pinochet dès 1975.
Mais le néolibéralisme ne saurait être réduit à un simple mouvement d’opposition au Welfare State, l’objectif primordial demeurant pour ses théoriciens l’intégration des nations dans un marché transnational. Or, un tel processus d’ouverture économique et de restauration des mécanismes de marché était déjà à l’œuvre depuis plusieurs décennies, conformément à leurs espoirs initiaux.
Le retour progressif à l’économie de marché et la libération partielle des prix en Europe de l’Ouest après la crise inflationniste de l’après-guerre, la réduction des tarifs douaniers et la clause de la nation la plus favorisée négociées dans le cadre du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) signé dès 1947, la suppression des contingents commerciaux au cours des années 1950, le retour à la libre convertibilité des monnaies en 1958, le renoncement des États d’Europe de l’Ouest à la préférence impériale et leur engagement dans un marché commun ouvert au reste du monde (hormis dans l’agriculture) : toutes ces mesures allaient dans le sens préconisé par les néolibéraux depuis les années 1930.
D’ailleurs, loin de rester cantonnés à l’animation de cercles d’influence – comme le préconisait Hayek au sein de la Société du Mont-Pèlerin en 1947 –, plusieurs économistes néolibéraux ont activement participé à cet élan initial.
En Italie, un groupe d’économistes mené par Luigi Einaudi, alors ministre du budget et gouverneur de la Banque d’Italie, proche des néolibéraux, lance à partir de 1947 une série de réformes rigoristes qui visent à stabiliser le cours de la lire italienne et à entraîner, grâce aux exportations et à l’ouverture économique, une dynamique de croissance.
La République fédérale d’Allemagne devient quant à elle un véritable laboratoire du néolibéralisme : la politique économique menée entre 1948 et 1966 par Ludwig Erhard, ministre de l’économie puis chancelier, correspond à la tentative la plus aboutie de mise en œuvre des principes du néolibéralisme.
Cette orientation libérale sur le Vieux Continent est partagée par les gouvernements des petits pays européens qui sont structurellement dépendants des échanges extérieurs. Le plan Beyen proposé par les Pays-Bas, au début des années 1950, vise ainsi à orienter le projet européen en faveur du libre-échange. Une option qui deviendra par la suite centrale lors de la construction de l’Union européenne.
Malgré sa réputation de pays dirigiste et instable, la France n’est pas en reste. Après les hésitations des gouvernements de la IVème République, le tournant néolibéral a lieu en 1958 lorsque l’économiste Jacques Rueff convainc le général de Gaulle que la conformation à la discipline du marché est la condition de la restauration de la puissance économique du pays. La France renonce alors aux contingents (la limitation quantitative de ses importations), et décide la libre convertibilité du franc tout en honorant ses engagements en faveur de la réalisation du Marché commun.
La forte croissance qui en résulte et que consacre la reconnaissance de divers « miracles » économiques en Allemagne, en Italie puis en France, tranche alors avec les résultats de l’économie britannique, qui alterne entre phases d’expansion et de récession (« stop and go »). Le décrochage économique du Royaume-Uni inquiète les conservateurs ; certains d’entre eux, au début des années 1970, souhaitent un retour au libéralisme pour relancer l’économie. La trajectoire singulière du Royaume-Uni contraste cependant avec l’orientation libérale observable dans une partie du camp occidental.
La mise en œuvre des idées néolibérales dès la période d’après-guerre tient cependant moins à l’influence directe des économistes néolibéraux qu’au fait que leur programme n’est pas d’une grande originalité, recyclant un fond idéologique que les troubles de la première moitié du XXe siècle n’ont pas totalement éliminé.
Leur projet international n’est en effet rien d’autre qu’une résurrection du pacifisme du libre-échange appliqué à l’économie du XXe siècle. Il n’est donc pas du tout surprenant que leurs aspirations aient très tôt été partagées par certains leaders politiques malgré la vogue du keynésianisme, les tentations protectionnistes et l’attrait pour certaines formes de dirigisme économique.
Se pose alors la question de savoir comment ces idées ont pu être mises en œuvre, se glisser au sein de régimes économiques hétérogènes et, lentement, enclencher une dynamique d’ouverture marchande. Une première raison tient à la destruction, à la fragilité et à la dépendance économique des États d’Europe de l’Ouest après la guerre, situation qui les a poussés à se tourner vers l’aide extérieure et à renoncer à tout nationalisme intransigeant.
Contrairement aux années 1930, l’autarcie est partout devenue un repoussoir idéologique puissant et durable. La néolibéralisation a également été favorisée par la politique des États-Unis qui ont fait de l’ouverture marchande un de leurs outils privilégiés pour restaurer la paix après la Seconde Guerre mondiale, incitant explicitement leurs alliés ouest-européens à ouvrir leurs économies les unes aux autres pour sortir de la misère et de l’hostilité réciproque.
Ce choix résulte de la façon dont le gouvernement des États-Unis a envisagé son rôle mondial après-guerre. Après les échecs consécutifs de l’interventionnisme wilsonien à l’issue de la Première Guerre mondiale puis du repli protectionniste du début des années 1930, le Département d’État, chargé par le président Roosevelt de préparer le monde post-Seconde Guerre mondiale, décide de faire du libre-échange un instrument privilégié de refondation de l’ordre mondial.
Secrétaire d’État de 1933 à 1944, le démocrate Cordell Hull a fait du Département d’État un bastion du libre-échange au sein de l’administration fédérale. Animé par une foi inébranlable dans les vertus pacificatrices du commerce international, croyance qu’il partage avec les premiers économistes néolibéraux, il mène tout au long des années 1930 une lutte sans répit contre le Congrès pour faire de la réduction des tarifs douaniers un levier de la politique économique étrangère des États-Unis au service de la paix.
La Seconde Guerre mondiale lui donne l’occasion d’imposer la mention du libre-échange dans chacun des textes programmatiques et accords que les États-Unis signent avec leurs alliés. Après la démission de Hull en 1944, le Département d’État poursuit l’entreprise de démantèlement des barrières commerciales, nourrissant le projet de créer une grande Organisation internationale du Commerce (OIC) chargée de piloter la réduction des normes tarifaires. L’entreprise s’avère néanmoins difficile tant les alliés des États-Unis, à commencer par le Royaume-Uni, restent attachés au protectionnisme et à la préservation de leur souveraineté économique. La Charte de La Havane préparée après la signature des accords du GATT (1947) est vidée de toute substance au cours des négociations.
À lire aussi : Les accords de Bretton Woods, un champ de batailles
L’OIC ne voit donc jamais le jour et jusqu’en 1958 les conférences organisées pour compléter le GATT sont des échecs.
L’Organisation européenne de coopération économique (OECE), créée en 1948 pour favoriser les échanges entre les économies d’Europe de l’Ouest en complément de l’aide Marshall, est privée de réelle capacité d’action en raison du blocage britannique. Seul l’engagement progressif des six pays de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en faveur de la libéralisation économique, au cours des années 1950, offre au Département d’État une réponse à la hauteur de ses attentes.
À partir de la fin des années 1950, la crainte que les Six se protègent derrière un tarif extérieur commun pousse l’administration américaine à ouvrir un nouveau cycle de négociations commerciales avec désormais comme premier interlocuteur non plus le Royaume-Uni, mais la CEE. Le Kennedy Round, sixième session de l’accord général sur les droits de douane et le commerce (GATT) qui s’est tenue entre 1964 et 1967, constitue un pas de plus en faveur de la libéralisation commerciale. Pendant ce temps, les échanges au sein de l’espace nord-atlantique croissent à un rythme accéléré, accompagnant une croissance économique sans précédent depuis le début du XXe siècle.
Cette première phase de l’histoire du néolibéralisme a été décisive dans l’amorce du processus d’internationalisation de l’économie de marché, qui a abouti à la mondialisation économique des années 1990. La création en 1995 de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) marque sans doute l’apogée d’un ordre néolibéral international.
Depuis, blocages, dérives et crises ont peu à peu fragilisé le régime, laissant à des forces nouvelles venues de l’extrême droite conservatrice, nationaliste et populiste la possibilité d’engager une lutte pour mettre fin au néolibéralisme et tenter d’imposer une nouvelle hégémonie, au risque de provoquer une dégradation incontrôlable des relations internationales.
Arnaud Brennetot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
19.03.2025 à 16:49
Thomas Pierret, Chargé de recherches à l’Institut de Recherches et d’Études sur les Mondes Arabes et Musulmans (IREMAM), Aix-Marseille Université (AMU)
Après la chute en décembre du régime de Bachar Al-Assad, responsable de plusieurs centaines de milliers de morts au cours de la guerre civile qui avait débuté en 2011, c’est à présent la communauté du président déchu, les alaouites – une branche de l’islam proche du chiisme mais n’en relevant pas directement – qui fait l’objet de massacres perpétrés par des combattants sunnites proches du nouveau pouvoir de Damas, dirigé par l’ancien chef djihadiste Ahmed Al-Charaa. Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie (IREMAM-CNRS), analyse cette nouvelle spirale de violence.
Aujourd’hui, quand on parle des alaouites en Syrie, de qui parle-t-on exactement ? Quelle est leur proportion dans la population syrienne ?
Thomas Pierret : En Syrie, il n’y a pas de recensement officiel prenant en compte l’identité ethnique et confessionnelle. Selon les estimations, les alaouites représentaient avant la guerre entre 7 % et 12 % des quelque 20 millions de Syriens. Durant la guerre, leur proportion dans la population totale a sans doute augmenté du fait de la vague de réfugiés qui ont quitté la Syrie pendant la guerre et qui étaient principalement des sunnites.
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On présente souvent les alaouites comme une minorité qui, pendant des décennies, a été dominante – associée à Hafez puis à Bachar Al-Assad, eux-mêmes alaouites – dans un pays où 80 % des habitants sont sunnites. Cette lecture est-elle fidèle à la réalité ? La communauté a-t-elle profité de l’ancien régime ?
T. P. : Les alaouites représentaient l’écrasante majorité des officiers de l’armée et des services de renseignement de l’ancien régime : à la chute de ce dernier, il n’y avait sans doute qu’un ou deux sunnites parmi les quarante plus hauts gradés de l’armée syrienne. Les alaouites étaient aussi très largement surreprésentés au sein de certaines unités d’élite spécifiquement vouées à protéger le régime contre les menaces intérieures, comme la Garde républicaine ou la Quatrième division blindée. En outre, dans les régions à forte population alaouite comme Homs ou la côte, il y avait aussi un phénomène de recrutement préférentiel dans le secteur public – des recrutements qui se faisaient via des relations personnelles, familiales, etc. Il s’agissait en général d’emplois mal payés mais il n’en demeure pas moins qu’avant la guerre, un rapport du PNUD montrait que le taux de pauvreté de la région côtière était le plus faible du pays et que les dépenses de consommation y étaient de 30 à 50 % plus élevées que la moyenne nationale, selon les districts.
T. P. : C’est différent : le milieu des affaires syrien est historiquement entre les mains de sunnites et, de manière plus minoritaire, de chrétiens. Certes, quelques figures alaouites sont montées en puissance du fait de leurs liens avec la famille Assad, l’exemple le plus connu était Rami Makhlouf, le cousin maternel de Bachar, qui dans les années 2000 est devenu le plus grand homme d’affaires syrien et qui a eu tendance à avaler tout ce qui se trouvait devant lui. Reste que, historiquement, les alaouites ne sont pas bien intégrés dans le milieu des affaires. Les seuls qui y sont parvenus sont ceux qui avaient des connexions étroites avec le pouvoir.
Après la chute de Bachar Al-Assad, Ahmed Al-Charaa semblait avoir tout intérêt à maintenir la stabilité sécuritaire du pays. Pourtant, la situation a basculé début mars. Que s’est-il réellement passé ? Quelle est votre lecture des événements ?
T. P. : Ce à quoi on a assisté à partir de début mars est le résultat de la détérioration de deux dynamiques qui avaient commencé tout de suite après la chute du régime.
D’une part, plusieurs milliers de combattants de l’ancien régime, sachant qu’ils étaient recherchés et qu’ils n’avaient rien à perdre, se sont cachés, avec leurs armes, dans la région côtière, à majorité alaouite. Depuis décembre, ils ont été impliqués dans des escarmouches. Ce n’étaient pas des affrontements de très grande ampleur, mais plutôt des embuscades contre les forces de sécurité. Cela a donné lieu à des opérations de contre-insurrection accompagnées d’exactions contre des civils mais, à ce moment-là, à une échelle qui n’avait rien à voir avec ce qu’on a vu début mars.
D’autre part, en particulier dans l’ouest des provinces de Hama et de Homs, on a assisté, à cette même période, à la multiplication de violences communautaires locales. Pendant la guerre, ce sont essentiellement des villages sunnites qui avaient été victimes d’exactions et parfois de massacres de la part des milices pro-régime (notamment à Al-Houla et Al-Qousayr en 2012). Après la chute d’Assad, certains habitants de ces villages ont voulu se faire justice eux-mêmes, s’en prenant parfois de manière aveugle aux civils alaouites qui se trouvaient dans le voisinage.
Ces violences ont changé d’échelle, le 6 mars dernier, lorsque les combattants de l’ancien régime ont lancé des attaques coordonnées dans les villes de la côte, tuant plusieurs centaines de membres des forces de l’ordre et de civils. Des renforts ont alors été dépêchés dans la région par la Direction des Opérations militaires, qui coordonne les factions armées ayant participé à l’offensive contre l’ancien régime en novembre et décembre derniers. Une mobilisation spontanée et désordonnée d’éléments armés en soutien aux autorités a aussi été observée dans d’autres régions du pays, notamment à Idlib. Parallèlement, les réseaux sociaux se sont emballés, et la dénonciation des « vestiges » (fulul) de l’ancien régime s’est bien souvent confondue avec la diabolisation des alaouites dans leur ensemble. C’est dans ce contexte que plusieurs centaines de civils alaouites ont été massacrés.
Concrètement, qui a commis ces massacres ? On a beaucoup parlé de la présence de djihadistes d’origine étrangère, notamment des Tchétchènes, des Ouzbeks, des Ouïghours…
T. P. : C’est sans doute le cas, mais des vidéos tournées pendant les faits attestent aussi de l’implication de combattants syriens. Il n’y a pas de profil type des auteurs de ces massacres : on trouve parmi eux à la fois des étrangers, des locaux, des membres des forces régulières et des civils armés.
Aujourd’hui, peut-on parler d’un retour au calme ou des affrontements sont-ils encore en cours ?
َT. P. : Au moment où nous parlons, le niveau des violences a considérablement diminué. Les massacres ont cessé – pour l’instant – et les accrochages avec les combattants de l’ancien régime sont redevenus occasionnels. Cependant, un autre point chaud a émergé, à la frontière du Liban.
C’est un problème assez différent parce que cette zone est constituée de villages essentiellement habités par des Libanais, qui sont des chiites duodécimains, pas des alaouites, et qui sont fortement liés au Hezbollah, ennemi acharné de HTC, l’organisation d’Ahmed Al-Charaa. Ils possèdent beaucoup d’armes, y compris des missiles antichars. Ce sont deux problèmes qui ne sont pas directement liés, mais il n’est pas impossible qu’une aggravation de la situation à la frontière libanaise puisse relancer un cycle de violence dans la région alaouite.
Parce que, dans cette région alaouite, les anciens militaires de l’armée de Bachar ont encore les moyens de s’opposer aux forces du régime et à leurs alliés ? Les massacres dont la communauté a été victime n’ont-ils pas significativement amoindri leurs capacités militaires ?
T. P. : C’est difficile à dire. Il y aurait quelques milliers de combattants alaouites, dont quelques centaines ont été tués pendant les combats. Il resterait donc des milliers de combattants dans la nature. N’oubliez pas que cette zone est l’une des seules régions montagneuses de Syrie, donc particulièrement propice à la guérilla car elle est assez difficile d’accès. Il est donc tout à fait possible que les affrontements reprennent et se poursuivent.
Pour Al-Charaa, laisser ses forces et ses supplétifs massacrer les alaouites, n’est-ce pas un moyen d’unir l’ensemble des sunnites syriens contre cet « ennemi intérieur » accusé d’avoir pleinement soutenu le régime meurtrier d’Assad ?
T. P. : Je ne pense pas qu’Al-Charaa ait délibérément encouragé les massacres. La désignation des alaouites comme boucs émissaires est une dynamique qui s’auto-alimente par le bas, avec le discours de prêcheurs radicaux et d’influenceurs sur les réseaux sociaux.
Si l’on observe la rhétorique officielle avant les massacres, les boucs émissaires ciblés par le pouvoir syrien étaient plutôt l’Iran et le Hezbollah.
Le vrai problème, c’est l’incapacité (au moins temporaire) d’Al-Charaa à discipliner ceux de ses partisans qui se sont rendus coupables d’exactions. Agir avec sévérité poserait des problèmes par rapport à la cohésion de ses propres forces. Alors qu’il ne dirigeait encore qu’une partie de la province d’Idlib, il était déjà critiqué par des radicaux issus de sa propre organisation en raison de compromis idéologiques jugés excessifs, comme l’autorisation de la réouverture d’églises chrétiennes. L’avenir, en l’occurrence la répétition ou la cessation de ces massacres, nous dira quel crédit il faut apporter à la promesse faite par Al-Charaa de rappeler à l’ordre les auteurs des faits.
Al-Charaa, qui a appelé à « préserver l’unité nationale et la paix civile », peut-il être en quelque sorte dépassé sur sa droite par plus radicaux que lui ?
T. P. : C’est tout à fait possible, et ce ne serait pas dans son intérêt car, pour le président syrien, les conséquences négatives potentielles des massacres sont réelles. Premièrement, ils pourraient entraver la levée des sanctions occidentales imposées au pays depuis 2011 alors que les efforts diplomatiques considérables déployés par Damas ces dernières semaines avaient abouti à progrès significatifs avec l’Union européenne dans ce dossier. Si de nouveaux massacres se produisent, un rétablissement des sanctions suspendues n’est pas à exclure.
Deuxièmement, les massacres peuvent renforcer, parmi les alaouites, le soutien populaire pour les combattants de l’ancien régime ; ceux-ci n’ont probablement aucune chance de l’emporter mais une insurrection endémique dans la région côtière immobiliserait durablement des forces armées dont le gouvernement a besoin pour affermir son autorité ailleurs dans le pays.
Troisièmement, les événements des 7 et 8 mars ont déjà conforté les partisans d’une ligne centrifuge, de type fédéraliste, parmi les Druzes de la province de Soueida, dans le sud.
Quel degré de menace l’Iran et le Hezbollah constituent-ils aujourd’hui pour le nouveau pouvoir syrien ?
T. P. : Les déclarations de l’Iran, du Hezbollah et de leurs relais médiatiques dans la région (notamment en Irak) contre le nouveau régime syrien ont pu laisser penser qu’ils apportaient un soutien actif aux insurgés alaouites. De son côté, Damas a un intérêt évident à affirmer que les insurgés alaouites bénéficient de soutiens extérieurs. Toutefois, il n’y a guère d’éléments tangibles à l’appui de cette hypothèse.
Au cours des derniers mois, les forces de sécurité syriennes ont affirmé avoir déjoué des tentatives de trafic d’armes à travers la frontière, mais celles-ci étaient transférées de la Syrie vers le Liban et non l’inverse. Des armes iraniennes ont également été saisies dans des villages alaouites, mais elles peuvent très bien avoir été livrées à la Syrie avant la chute d’Assad.
Pour le pouvoir iranien et le Hezbollah, soutenir les alaouites en Syrie peut s’avérer utile en termes de légitimité, mais c’est un combat d’arrière-garde sans grand intérêt stratégique. Le seul théâtre sur lequel l’implication du Hezbollah est avérée, ce sont les villages chiites frontaliers dont je vous ai parlé, parce que leurs combattants sont organiquement liés à la milice libanaise.
Y a-t-il d’autres forces extérieures qui soutiennent les alaouites de Syrie ?
T. P. : Il y a eu quelques manifestations d’alaouites en Turquie, mais il s’agit de la société civile, et pas de la position du gouvernement. Aujourd’hui, les alaouites sont seuls.
Quelles sont les autres menaces pour le régime ?
T. P. : Dans le sud de la Syrie, Israël occupe des territoires syriens, recrute des ouvriers syriens pour travailler dans le Golan et prétend vouloir protéger les Druzes. Mais le régime syrien ne peut rien faire face à Israël, parce que le rapport de force est écrasant en faveur de celui-ci.
Il y a aussi la question des Kurdes. Elle est prétendument réglée depuis l’accord qui a été signé la semaine dernière pour intégrer au sein de l’État les institutions autonomes kurdes du nord-est du pays. En réalité, cet accord est très flou, il n’y a pas grand-chose de concret dedans. La marge de manœuvre d’Al-Charaa vis-à-vis des Kurdes est très réduite puisque ceux-ci bénéficient, pour l’instant, de la protection des États-Unis. Il doit donc aborder ce dossier avec une extrême prudence.
Dans ces circonstances, peut-on imaginer un exode massif des alaouites de Syrie vers d’autres pays ?
T. P. : Ce n’est pas à exclure. Certains se sont déjà réfugiés au Liban. D’autres pourraient suivre, craignant une reprise des massacres.
Cette perspective vous paraît-elle crédible ?
T. P. : Il faut la prendre au sérieux. Je dirais même que le contexte actuel présente plusieurs signaux d’alerte propres à une situation pré-génocidaire : une communauté (les alaouites) largement perçue comme un ennemi intérieur ; un État faible, malgré les apparences, en raison de la transition en cours, de la multitude des groupes armés (loyalistes ou autonomistes) opérant sur le territoire national ; l’état de guerre de jure et, de plus en plus, de facto, qui prévaut avec Israël ; une sphère publique relativement ouverte où peuvent se répandre des discours de haine ; et une situation économique désastreuse. Cela ne veut pas dire qu’un génocide se produira mais que le risque est réel.
Le problème n’est-il pas avant tout que le nouveau régime considère les alaouites comme des hérétiques ?
T. P. : La question est surtout politique, car les considérations théologiques ne permettent pas de comprendre la diversité des relations entre Damas et chacune des différentes minorités religieuses. Pour des sunnites rigoristes comme ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, les Druzes ou les ismaéliens ne sont pas significativement moins « hérétiques » que les alaouites. Or, les relations entre le régime et ces deux communautés religieuses se présentent de manière très différente.
Dans la province majoritairement druze de Soueïda, Damas essaie de coopter certaines factions locales, comme Ahrar Jabal al-Arab, pour faire pièce à des tendances centrifuges telles que celle que dirige le cheikh Hikmat Al-Hajari. Les ismaéliens, qui sont eux-mêmes une minorité vivant au milieu de régions à majorité alaouite, jouent un rôle clé de médiation entre le pouvoir central et les villages alaouites.
Par ailleurs, le chef spirituel des ismaéliens l’Aga Khan a récemment rencontré le ministre syrien des Affaires étrangères et promis à la Syrie une aide financière de 100 millions d’euros.
Quant aux chrétiens, certains ont été tués les 7 et 8 mars, mais l’écrasante majorité des civils tués par des combattants progouvernementaux étaient alaouites. Il ne semble pas y avoir eu d’attaques de grande ampleur contre les localités à majorité chrétienne.
Et dans ce contexte pratiquement pré-génocidaire, les réactions de la communauté internationale sont-elles à la hauteur ? A-t-on vraiment pris conscience de la gravité de la situation, que ce soit dans les pays européens ou dans les pays de la région qui soutiennent le régime de Damas ?
T. P. : Pour faire simple, les pays de la région sont obsédés par la stabilité de la Syrie et soutiennent sans réserve le régime de Damas. En Europe, on souffle le chaud et le froid en recevant le ministre syrien des affaires étrangères tout en menaçant, comme l’a fait le Quai d’Orsay, de ne pas accepter de nouvelles levées de sanctions sans garanties que les exactions ne resteront pas impunies.
Cette tactique de la carotte et du bâton me paraît raisonnable. Rétablir immédiatement les sanctions, comme le demandent certains, pourrait faire plus de tort que de bien. Si l’économie de la Syrie se dégrade encore davantage, si le régime se retrouve ostracisé, si la ligne pragmatique que cherche à incarner Al-Charaa est délégitimée, on assistera à la remontée de l’aile la plus radicale au sein du régime, ce qui n’est pas dans l’intérêt des alaouites.
Par ailleurs, dans le cas de la France, il est souhaitable de tenir envers Damas un discours de fermeté sur ce sujet, mais en observant une certaine discrétion et en évitant les effets de manche. Ce ne serait pas rendre service aux alaouites que de les étiqueter comme les protégés de l’ancienne puissance coloniale, qui a jadis tenté de démembrer la Syrie en créant un éphémère État des alaouites dans la région côtière. Leur stigmatisation n’en serait que renforcée. Certains appellent même au déploiement en Syrie d’une force de protection. Dans le contexte actuel, dominé par la menace russe, est-on prêt à renvoyer au Moyen-Orient un contingent militaire français qui serait perçu comme une force d’occupation par les nombreux sunnites des provinces côtières, et deviendrait probablement la cible d’une nouvelle insurrection armée ?
Propos recueillis par Grégory Rayko.
Thomas Pierret ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
19.03.2025 à 16:22
Daniele Curci, PhD Candidate in International and American History, University of Florence
Si les amish sont numériquement peu importants aux États-Unis, leur image, celle d’une communauté profondément attachée aux « valeurs traditionnelles », fait d’eux un enjeu électoral important. Durant la dernière campagne présidentielle, le soutien d’une partie significative d’entre eux à Donald Trump a sans doute eu une influence importante dans la victoire du candidat républicain.
Le 5 novembre 2024, alors que des millions d’Américains se rendaient aux urnes, le milliardaire Elon Musk publiait sur la plateforme du réseau social X une vidéo montrant une caravane d’amish voyageant en calèche pour aller voter pour Donald Trump.
Le lendemain, en réponse à un message exprimant de la gratitude envers les amish pour leur contribution à la victoire de Trump, Musk écrivait :
« Les amish pourraient bien sauver l’Amérique ! Dieu merci, ils existent. Et laissons le gouvernement en dehors de leur vie. »
Les tweets de Musk soulignent l’importance croissante de la religion dans la politique américaine et les efforts du Parti républicain pour intégrer les amish à son électorat.
Les amish forment une communauté religieuse protestante issue des premiers mouvements anabaptistes européens. Plutôt réticents aux avancées technologiques, ils adoptent un mode de vie spécifique marqué par la simplicité, des vêtements sobres et un fort esprit communautaire, donnant la priorité à leurs liens sociaux et à leur vie spirituelle. En 2022, leur nombre s’élevait aux États-Unis à environ 373 620 individus sur une population d’environ 330 millions d’habitants, soit un peu plus d’un Américain sur 1 000. La forte concentration des communautés amish dans des États stratégiques pour les élections, comme la Pennsylvanie et l’Ohio, explique en partie l’intérêt que leur ont porté les républicains durant la dernière campagne présidentielle.
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Traditionnellement, les amish s’abstiennent majoritairement de voter, sauf lorsqu’ils estiment que leur liberté religieuse, leur mode de vie ou leurs principes moraux cruciaux sont menacés. Historiquement, ce type d’engagement électoral ne s’est produit que trois fois.
La première occurrence remonte à l’élection présidentielle de 1896. La campagne menée par le candidat républicain William McKinley, centrée sur les intérêts des grandes industries, s’opposait fortement aux intérêts des amish. Ces derniers se rangèrent alors du côté du démocrate William Bryan, favorable aux petits agriculteurs et à la défense de l’Amérique rurale.
L’engagement politique des amish a refait surface lors de l’élection présidentielle de 1960, qui opposa le républicain Richard Nixon au démocrate John F. Kennedy. Les amish percevaient Kennedy comme un allié de l’Église catholique, une institution qu’ils considéraient comme intolérante. En conséquence, ils apportèrent leur soutien à Nixon, un quaker dans lequel ils voyaient le défenseur d’une Amérique protestante.
Plus récemment, les amish se mobilisèrent fortement lors des campagnes présidentielles du républicain George W. Bush en 2000 et 2004 – un phénomène inédit connu sous le nom de « Bush Fever ». En 2000, sur 2 134 amish inscrits sur les listes électorales du comté de Lancaster, en Pennsylvanie – qui abrite l’une des plus grandes communautés amish des États-Unis – 1 342 votèrent, soit 63 % d’entre eux.
En 2004, la part des électeurs amish inscrits sur les listes électorales a augmenté de 169 % par rapport à la présidentielle précédente, atteignant au total 21 % des adultes susceptibles de voter. Cette mobilisation a été rendue possible grâce à l’action de Chet Beiler, fils de parents amish ayant quitté la communauté lorsqu’il avait trois ans. S’appuyant sur ses origines et sa maîtrise du Pennsylvania German, langue traditionnelle parlée dans de nombreuses communautés amish, Beiler développa une stratégie d’inscription des électeurs spécifiquement destinée aux amish pour soutenir la campagne de réélection de Bush.
Pour comprendre l’intérêt du Parti républicain pour les amish, il est essentiel d’examiner la place croissante de la religion dans la politique américaine. Ce phénomène persiste malgré l’augmentation du nombre d’Américains se déclarant non religieux ou moins pratiquants.
Dans le contexte politique des États-Unis, la religion dépasse le cadre de la foi pour devenir un facteur de revendication d’une identité culturelle et un vecteur de cohésion sociale. Les chercheurs qualifient souvent ce phénomène de Christianism – à ne pas confondre avec christianity, qui se traduit en français par christianisme –, une forme de nationalisme fondée sur l’appartenance au christianisme et qui émerge dans le cadre des guerres culturelles en cours.
Dans ce contexte, un programme politique mettant l’accent sur les principes chrétiens et les valeurs rurales est de nature à mobiliser certains segments de l’électorat. Les tweets de Musk sur les amish sont représentatifs de cette dynamique. Au sein d’une partie de l’électorat républicain, les amish sont perçus comme les « gardiens des valeurs perdues », et incarnent une vision idéalisée d’une Amérique rurale préservée, caractérisée par des structures familiales traditionnelles et une éthique du travail agricole. Cette rhétorique est notamment véhiculée par l’Amish PAC, un comité d’action politique fondé en Virginie en 2016 pour rallier à Trump une base politique identitaire et religieuse, promouvant les valeurs traditionnelles et s’opposant au droit à l’avortement.
L’influence de la religion au sein du Parti républicain est également mise en évidence par l’ascension du Christian Right, un mouvement politique apparu à la fin des années 1970. Bien que non homogène, il regroupe des individus – principalement des chrétiens évangéliques – cherchant à influencer la politique américaine en s’appuyant sur une interprétation conservatrice des principes bibliques et des valeurs sociétales.
Certains républicains soutiennent des lois favorables aux amish, comme l’ancien représentant Bob Gibbs, élu dans la circonscription de Holmes County, Ohio, où la communauté amish est fortement implantée.
En décembre 2021, Gibbs soumet un projet de loi permettant aux personnes ayant des croyances religieuses spécifiques, comme les amish – qui considèrent la photographie comme une forme d’idolâtrie –, d’être exemptées de l’obligation de posséder un document d’identité avec photo. Ce même mois, Gibbs présente un autre projet de loi visant à avantager les amish en leur permettant de ne pas être soumis aux prélèvements sur les salaires destinés à la sécurité sociale et à l’assurance maladie publique (Medicare), même lorsqu’ils sont employés par des entreprises non amish.
Au début de l’année 2021, la Cour suprême, à majorité conservatrice, a tranché un litige de longue date opposant les autorités locales aux amish du comté de Lenawee, en faveur de ces derniers. Au cœur du conflit se trouvait la gestion des eaux usées. Conformément à leurs principes religieux, les amish évitent généralement les technologies modernes, y compris les installations septiques. Dans le comté de Lenawee, ils utilisaient ainsi une méthode de gestion jugée non conforme par les responsables sanitaires.
Ce cas s’inscrit dans une série de litiges similaires impliquant d’autres communautés amish dans l’Ohio, dans le Minnesota et en Pennsylvanie.
Des conflits juridiques de ce type pourraient inciter les amish à percevoir plus favorablement le Parti républicain et Trump, qui défendent à la fois un « gouvernement réduit » et la liberté religieuse.
Plusieurs reportages du média d’information en ligne Anabaptist World ont établi un lien entre la hausse des inscriptions des amish sur les listes électorales en Pennsylvanie, lors de l’élection présidentielle de 2024, et la victoire de Donald Trump dans cet État. Cette augmentation des inscriptions sur les listes électorales aurait été motivée par l’ouverture de poursuites judiciaires fédérales contre un agriculteur amish accusé d’avoir vendu des produits laitiers crus au-delà des frontières de l’État – ce qui aurait entraîné des cas d’infection à l’Escherichia coli.
Cependant, les données officielles du comté de Lancaster, où se trouve la principale communauté amish de Pennsylvanie, ne permettent pas de démontrer une participation massive des amish aux élections. L’augmentation du score de Trump dans l’État – il est passé de 48,84 % en 2020 à 50,37 % en 2024 – s’est principalement produite dans les zones urbaines et suburbaines. Par exemple, son score à Philadelphie s’est amélioré de trois points. Les comtés suburbains clés, tels que Bucks, Monroe et Northampton, remportés par l’ancien président Joe Biden en 2020, avaient basculé en faveur de Trump.
Le candidat républicain avait également obtenu de meilleurs résultats dans les banlieues de Philadelphie, notamment dans les comtés de Delaware et de Chester. Ces régions, où la présence amish est faible, ont connu des évolutions électorales significatives, tandis que les districts comptant une population amish plus importante n’ont enregistré que de modestes gains pour Trump.
Toutefois, si les amish ne sont pas devenus un élément central de la coalition électorale de Trump, certains électeurs issus de cette communauté ont pu se montrer plus favorables à sa candidature. Plus important encore, les membres de ce groupe religieux constituent un puissant symbole de mobilisation et de propagande pour le Parti républicain dans un contexte de polarisation croissante de la politique américaine.
Daniele Curci ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.