Alors que les débats sur la loi d'amnistie générale ont été reportés au Parlement, faute d'accord politique préalable et après des tensions en commissions, le Parti social nationaliste syrien (PSNS) a réclamé que Habib Chartouni, un de leurs membres condamné pour l'attentat de 1982 ayant coûté la vie à l'ancien président élu Bachir Gemayel, soit inclus dans la liste des amnistiés. De son côté, le chef du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, a exposé ses propres conditions à tout aval donné au texte, rejetant notamment toute amnistie pour les « trafiquants de drogue et assassins de soldats. »
Le PSNS a publié un communiqué appelant l’État libanais à inclure l’affaire Chartouni dans toute loi d'amnistie à venir, arguant que d’autres dossiers de l’époque de la guerre civile avaient été clos depuis longtemps. Habib Chartouni a été condamné à mort en octobre 2017 pour l’assassinat de Bachir Gemayel, un événement qui a marqué un tournant dans la guerre civile au Liban (1975-1990). Chartouni, membre du PSNS, avait reconnu son implication dans l’attentat dans les années 1980 et a été jugé par contumace après s’être évadé de prison en 1990, à la suite de huit ans de détention.
Selon le communiqué du parti, l'assassinat de Bachir Gemayel doit être « compris dans le contexte de la résistance au projet d’israélisation du Liban ». Il a également critiqué ce qu’il qualifie de « traitement sélectif » de la part de l’État libanais, soulignant que les autorités avaient relâché des détenus accusés dans des affaires liées au terrorisme ou en avaient extradé d’autres à l’étranger, tout en maintenant le dossier Chartouni ouvert « pour des raisons politiques. »
Pour sa part, Gebran Bassil, a déclaré dans une publication sur X que « l’amnistie pour les opprimés est un devoir, mais (celle) pour les trafiquants de drogue et les meurtriers est rejetée, tout comme il est inacceptable de pardonner à ceux qui ont volé l’argent des déposants. L’amnistie pour les assassins de soldats de l’armée ne doit même pas être proposée, car nous avons toujours été, et resterons, aux côtés de l’armée et de ses martyrs. »
Le débat autour de l’amnistie générale au Liban demeure profondément communautaire, chaque communauté ayant tendance à appréhender les détenus, les collaborateurs et les crimes de guerre à travers le prisme de leurs propres expériences historiques, alliances politiques et griefs collectifs, réclamant l'amnistie de différentes catégories de détenus, au grand dam des autres. Si les familles de détenus islamistes au Liban réclament ainsi activement une amnistie générale, des responsables chrétiens, en tête desquels le patriarche maronite Béchara Raï, ont demandé l'inclusion dans l'amnistie des Libanais résidant en Israël. C'est dans ce contexte que le projet de loi sur l’amnistie générale, réclamé pour désengorger les prisons libanaises, notamment des détenus qui n'ont jamais été jugés, a déclenché de vifs débats en commission parlementaire le 6 avril dernier.