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Publication épinglée 10:20 10:20 Podcast   « Peut-on encore se parler ? » : découvrez le 6e épisode de L'Orient-La Nuit

Anthony Samrani et Stéphanie Khouri reçoivent la journaliste et commentatrice politique libanaise Dima Sadek autour d’une question urgente : dans un pays de plus en plus polarisé, les Libanais sont-ils encore capables de dialoguer ?

(À écouter également sur la plateforme Podbean. Si vous cliquez sur pause, une fenêtre va apparaitre qu'il faudra refermer, en cliquant sur la croix en haut à droite, pour reprendre la lecture)

Issue d’une famille chiite originaire de Khiam, au Liban-Sud, Dima Sadek connaît de l’intérieur l’univers social, politique et culturel dans lequel le Hezbollah exerce son influence. Depuis plusieurs années, elle s’est imposée comme l’une des critiques les plus acerbes du parti chiite, tout en continuant de dénoncer les crimes israéliens. Ses prises de position lui ont valu nombre de menaces, poursuites judiciaires et campagnes de harcèlement.

Depuis des mois, la guerre redessine le paysage du Liban. Au Sud, les destructions s’accumulent, l’avancée israélienne se poursuit, des villages entiers sont rayés de la carte et vidés de leurs habitants. Une très grande majorité de Libanais rejettent cette logique meurtrière, et la puissance de feu israélienne qui continue de détruire des pans entiers du territoire. Mais les Libanais continuent de se déchirer quant à l’origine de l’étincelle et la solution à venir. Les lignes de fracture se creusent. Les accusations fusent, les récits s’affrontent et chacun semble sommé de choisir son camp, son langage, sa vérité.

D’un côté, une partie du pays tient le Hezbollah comme principal responsable de la guerre et ne voit d’issue que dans son anéantissement. De l’autre, une partie du Liban est convaincue de la nécessité d’une « résistance » face à une politique israélienne faisant fi des vies humaines. Entre les deux, le divorce est acté. D’incidents armés en affrontements verbaux, la tension est à son comble.

Dans ce contexte inflammable, la voix de Dima Sadek résonne avec une force particulière. Un échange sur la possibilité du désaccord et les limites du vivre-ensemble, mais aussi sur la nécessité de continuer à construire un langage commun lorsque tout semble pousser à la fragmentation.

Poème de Sofia Karampali Farhat, extrait de Zaatar, Editions Bruno Doucey 2023

Chanson « Ecorché » de Cyril Mokaiesh et Clara Ysé, avec l’aimable autorisation des artistes, album Dyade, 2021. Compositeurs Cyril Mokaiesh, Jan Pham Huu Tri.

Cet épisode a été produit par Rima Abdul Malak et Paul Victor Schoucair

Jingle - Musique originale : Khaled Mouzanar

Retrouvez, ici, les précédents épisodes de notre podcast :

17:54 À l’ONU, Jean-Pierre Lacroix défend la Finul et esquisse l’après-2026 au Liban

Au cours de la dernière célébration de la Journée internationale des Casques bleus, le secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, a rendu un hommage appuyé aux soldats de la paix tombés au Liban, salué le rôle grandissant des femmes dans les missions onusiennes et livré un message politique majeur sur l’avenir de la présence des Nations Unies au Liban. Interrogé par L’Orient-Le Jour, il a confirmé que les propositions soumises par le secrétaire général Antonio Guterres au Conseil de sécurité pour l'après-Finul ont été élaborées en étroite concertation avec les autorités libanaises et visent à accompagner la mise en œuvre de la résolution 1701 ainsi que le renforcement de la souveraineté de l’État.

À un moment où les opérations de paix sont confrontées à des contraintes budgétaires sans précédent, Jean-Pierre Lacroix a lancé un plaidoyer en faveur du maintien de la paix. « S’il y a une leçon que j’espère vous voir relayer aujourd’hui, c’est celle-ci : le travail de nos Casques bleus compte. Il mérite d’être défendu. Le maintien de la paix mérite l’investissement. »

Le responsable français a rappelé que le budget annuel des dix opérations de maintien de la paix de l’ONU représente environ 5,4 milliards de dollars. « C’est à peu près ce que le monde dépense en dépenses militaires en seize heures seulement », a-t-il observé. Une comparaison destinée à rappeler que le coût de la prévention reste infiniment inférieur à celui des guerres. « Le coût du maintien de la paix est largement inférieur au coût des conflits lorsqu’ils deviennent incontrôlables. » Cette défense du maintien de la paix prenait un relief particulier alors que les missions onusiennes subissent depuis plusieurs mois les conséquences des retards de paiement de certains États membres, obligeant les Nations Unies à réduire certaines capacités opérationnelles sur le terrain.

L'après-Finul : la question qui a donné sa portée stratégique à la conférence

Mais c’est la réponse de Jean-Pierre Lacroix à une question de L’Orient-Le Jour qui a donné à cette conférence de presse sa dimension la plus stratégique. Interrogé sur la lettre adressée le 1er juin par Antonio Guterres au Conseil de sécurité concernant l’avenir de la présence des Nations Unies au Liban après l’expiration du mandat de la Finul le 31 décembre 2026, le chef des opérations de paix a confirmé que le secrétaire général avait soumis plusieurs options pour une future présence internationale chargée de soutenir l’application de la résolution 1701.

La lettre est publique depuis plusieurs jours. Mais l’intérêt de la réponse de Jean-Pierre Lacroix résidait ailleurs : dans les explications qu’il a apportées sur la philosophie politique de ces propositions et sur le rôle joué par les autorités libanaises dans leur élaboration. « Nous avons écouté ce que les autorités libanaises nous ont dit », a-t-il expliqué. Selon lui, les consultations menées avec Beyrouth ont fait apparaître deux priorités fondamentales. La première est la volonté affichée par les autorités libanaises de mettre en œuvre pleinement la résolution 1701 et de renforcer progressivement l’autorité exclusive de l’État sur les armes. « Les autorités libanaises ont pris des décisions importantes pour s’engager activement dans la mise en œuvre de la résolution 1701, notamment en travaillant à garantir le contrôle exclusif des armes par les autorités, l’armée et les forces de sécurité. »

La seconde concerne le maintien d’une présence internationale au Liban-Sud. « Elles nous ont fait savoir qu’il était important de conserver une présence humaine chargée de la surveillance, de l’observation, du rapportage, de la liaison et de la prévention des incidents. » Cette déclaration constitue probablement l’élément le plus important de toute la conférence. Elle montre que les réflexions engagées sur l’après-Finul ne reposent pas sur l’hypothèse d’un retrait des Nations Unies mais sur celle d’une transformation de leur présence, avec le soutien explicite des autorités libanaises.

Une nouvelle architecture internationale pour soutenir la souveraineté du Liban

La lettre de M. Guterres s’inscrit précisément dans cette logique. Le secrétaire général y constate que la situation au Liban s’est « dramatiquement détériorée » depuis mars et estime qu’une présence en uniforme des Nations unies demeurera nécessaire dans tous les scénarios envisagés afin d’appuyer une mission politique renforcée chargée de rechercher une solution durable au conflit. Les options étudiées reposent toutes sur un même principe : remplacer progressivement la structure actuelle de la Finul par une présence plus légère centrée sur l’observation, le rapportage, la liaison, la désescalade et la surveillance de la cessation des hostilités. Toutes prévoient des observateurs militaires, appuyés par des moyens de protection, de mobilité, d’évacuation médicale, de génie militaire et de déminage, ainsi que par des capacités technologiques avancées : drones, radars, hélicoptères et imagerie satellitaire.

Pour Jean-Pierre Lacroix, ces propositions doivent être comprises à la lumière d’un changement fondamental : la volonté des autorités libanaises d’assumer davantage de responsabilités dans la mise en œuvre de la résolution 1701. « La résolution 1701 demeure le cadre politique de référence », a-t-il insisté. « Elle vise essentiellement au rétablissement de la pleine souveraineté du Liban sur l’ensemble de son territoire, y compris le contrôle exclusif des armes par les autorités libanaises. »

En filigrane se dessine ainsi une évolution majeure : l’ONU réfléchit désormais à une architecture de sécurité dans laquelle l’armée libanaise assumerait progressivement un rôle accru au sud du Litani, tandis qu’une présence internationale renouvelée continuerait d’assurer les fonctions de surveillance, de liaison et de prévention des incidents le long de la Ligne bleue.

« Toutes ces propositions ont un seul objectif : soutenir le Liban, soutenir la mise en œuvre de la résolution 1701 et accompagner les efforts politiques actuellement en cours », a conclu Jean-Pierre Lacroix. Puis, dans ce qui ressemblait presque à un testament politique après plus de sept années à la tête des opérations de paix, il a livré une réflexion qui résume peut-être mieux que toute autre la raison d’être des Casques bleus : « Je n’ai jamais entendu les populations nous dire : Partez. Elles nous disent toujours : Faites davantage et restez avec nous. »

Au moment où l’ONU réfléchit déjà à l’après-Finul, cette phrase résonne comme un rappel : au Liban comme ailleurs, la question n’est pas seulement celle de la forme que prendra demain la présence internationale, mais sa capacité à continuer d’accompagner un pays encore en quête de stabilité, de souveraineté et de paix durable.

17:51    Trois militaires de l'armée libanaise, dont deux officiers, tués dans une frappe israélienne au Liban-Sud

Trois soldats de l'armée libanaise, dont deux officiers, ont été tués samedi matin dans une frappe israélienne contre un véhicule militaire sur la route entre Khardali et Nabatiyé. Réagissant à cette attaque, l'armée israélienne a affirmé que le véhicule se déplaçait de manière « suspecte » en direction de ses forces près de Kfar Tebnit.

« Une frappe agressive et barbare israélienne a visé un véhicule militaire sur la route Kfar Tebnit-Khardali (Nabatiyé), tuant deux officiers, aux grades de général de brigade et de capitaine, ainsi qu'un soldat », a annoncé la troupe dans un communiqué. Elle a également indiqué que « la poursuite de l’agression israélienne sauvage, délibérée et répétée contre le Liban, son peuple et l’armée, ne fait que renforcer notre fermeté, notre foi et notre détermination à faire face à ces tentatives hostiles visant à faire échouer tous les efforts destinés à parvenir à une solution permettant le rétablissement de la stabilité, un cessez-le-feu global et le retrait israélien des territoires libanais occupés. »

Dans un autre communiqué, la troupe a identifié les victimes : Wissam Sabra, Élie Khoury et Hussein Abdel Ali Ghazal.

Commentant la frappe israélienne, le porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Avichay Adraee, a indiqué dans une publication sur X que le véhicule militaire se déplaçait de manière « suspecte » en direction des soldats israéliens près de Kfar Tebnit, dans une « zone de combat active ayant fait l'objet d'un ordre d'évacuation ». « Après avoir repéré le véhicule et au vu des renseignements reçus ainsi que de la menace qu'il aurait représentée pour les troupes, il a été pris pour cible », indique la publication ajoutant que « l’incident fait toujours l'objet d'une enquête ». Le Colonel Adraee a en outre souligné qu'il « s’agissait d'une zone de combat où tout déplacement nécessite une coordination préalable avec (ses) forces ». L’armée israélienne a également précisé que « les informations dont elle dispose font état d'une présence et d'activités importantes du Hezbollah dans cette zone ».

Réagissant à cette attaque, le président libanais Joseph Aoun a condamné dans un communiqué « dans les termes les plus fermes » l'attaque israélienne ayant tué deux officiers et un soldat qui « rejoignent la longue liste des martyrs militaires, civils, enfants, femmes, secouristes et journalistes qui ont irrigué de leur sang pur la terre précieuse du Sud ». Le chef de l'État a estimé que cette attaque constitue « une violation flagrante de la souveraineté libanaise, ainsi que des lois et usages internationaux ». Selon lui, elle s'inscrit dans le cadre de « l'escalade continue qui menace la stabilité et la sécurité dans le Sud », malgré les efforts déployés par le Liban dans le cadre des négociations menées à Washington pour mettre fin aux attaques israéliennes qui se poursuivent « sans aucun frein ».

Joseph Aoun a présenté ses plus sincères condoléances au commandement de l'armée ainsi qu'aux familles des victimes, affirmant que le Liban « ne transigera pas sur la protection de son territoire et de son peuple » et que ces attaques ne le détourneront pas de la défense de ses droits nationaux. Il a appelé la communauté internationale à assumer ses responsabilités, à mettre un terme à ces agressions répétées et à garantir le respect des résolutions internationales pertinentes, afin de préserver la sécurité et la stabilité du Liban.

Mercredi, à l'issue d'une quatrième session de négociations entre le Liban et Israël à Washington, un nouvel accord de cessez-le-feu avait été annoncé, la trêve en vigueur à partir du 17 avril n'ayant jamais été respectée. L'accord prévoit un cessez-le-feu conditionné à un « arrêt complet » des tirs du Hezbollah et un maintien à ce stade des tirs et opérations de l'armée israélienne dans le sud du Liban. Mais le Hezbollah a rejeté cet accord, comme le précédent. Sur le terrain, les affrontements se poursuivent.

« Une attaque contre le Liban »

Pour sa part, le chef du gouvernement Nawaf Salam a présenté ses condoléances aux familles des militaires tués, affirmant que « le fait qu'ils aient été pris pour cible par Israël constitue un crime et une attaque contre le Liban et tous les Libanais ».

Le président de la Chambre, Nabih Berry, a de son côté estimé que « le crime commis aujourd'hui n'est en aucun cas une erreur ni une méprise, comme Israël tente de le justifier ». Lors d'un entretien téléphonique avec le commandant en chef de l'armée, le général Rodolphe Haykal, M. Berry a présenté ses condoléances à l'institution militaire, à son commandement, à ses officiers et à ses soldats, ainsi qu'aux familles des victimes : le Général de brigade Wissam Sabra, le Capitaine Élie Khoury et le soldat Hassan Ghazal.

Le ministère jordanien des Affaires étrangères a estimé pour sa part que cette attaque constitue « une violation flagrante de la souveraineté, de la sécurité et de la stabilité du Liban, ainsi qu’une violation manifeste du droit international ». Il a aussi souligné « la nécessité de mettre immédiatement fin aux attaques israéliennes contre le Liban, de consolider l’accord de cessez-le-feu et de s’engager pleinement à appliquer la résolution 1701 du Conseil de sécurité dans toutes ses dispositions ».

De son côté, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a indiqué que « le ciblage par l’ennemi israélien de militaires libanais confirme une nouvelle fois que l’entité occupante porte atteinte au Liban dans toutes ses composantes », soulignant que « cet ennemi ne fait aucune distinction entre un soldat, un résistant ou un civil, ni entre un enfant, une femme ou une personne âgée.

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