Plusieurs agences de l'ONU et organisations internationales ont tiré la sonnette d'alarme vendredi sur la situation humanitaire au Liban, empêtré depuis le 2 mars dans un nouveau conflit entre Israël et le Hezbollah.
Un responsable du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en visite au palais présidentiel de Baabda a mis en garde contre les « déplacements fréquents » de population en raison des attaques et menaces de l'armée israélienne, et appelé à ce que cette tendance ne devienne pas la « norme ». Selon des estimations de l'Unicef, le Fonds des Nations unies pour l'enfance, les frappes massives et les appels à évacuation lancés par l'État hébreu ont déplacé environ 20% de la population libanaise. Dans le même temps, les frappes israéliennes sur les ponts du Litani au Liban-Sud ont « isolé » environ 150.000 personnes, coupées désormais du reste du pays, déplore le Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR).
« Les déplacements fréquents de population dans le Sud et la banlieue sud de Beyrouth, dans un climat de peur et de pression constant, ne peuvent devenir la norme », a alerté le directeur régional pour le Proche et le Moyen-Orient du CICR, Nicolas Von Arx, à l'issue d'une rencontre avec le président de la République Joseph Aoun. « La situation humanitaire au Liban se détériore rapidement et ce sont les civils qui en paient le plus lourd tribut. Il est impératif de protéger les civils et d'assurer leur retour en toute sécurité après la cessation des hostilités », a-t-il ajouté.
Le CICR poursuit ses opérations « dans le Sud, notamment à Tebnine et Marjeyoun, malgré les craintes de perturbations des services d'aide et de santé », a poursuivi M. Von Arx. « Nous fournissons de l'eau à plus de 800.000 personnes, une aide d'urgence à environ 10.000 personnes et un soutien aux hôpitaux. Le Liban est confronté à de graves défis humanitaires et le maintien du soutien international est essentiel », a poursuivi le responsable, tout en saluant « le travail de la Croix-Rouge libanaise (CRL) et le courage de ses volontaires qui sauvent des vies ». Les secouristes eux-mêmes se sont retrouvés sous le feu israélien, avec 42 ambulanciers tués depuis le 2 mars, dont au moins un de la CRL.
« Il n’y a aucun endroit sûr où les gens peuvent se rendre, même ici à Beyrouth », a déclaré pour sa part le représentant de l’Unicef au Liban, Marcoluigi Corsi, lors d'un briefing, déplorant qu'environ 20 % de la population du Liban a été déplacée, ce qui représente plus de 370.000 enfants qui ont été contraints de quitter leur domicile. Il a par ailleurs rappelé que 121 enfants ont été tués et 399 blessés dans des bombardements israéliens. M. Corsi a dans ce cadre appelé « de toute urgence à un accès humanitaire pour toutes les personnes dans le besoin », précisant que le mécanisme de réponse rapide dans le pays avait déjà permis de fournir à « plus de 167.000 déplacés des articles essentiels non alimentaires et des kits d’hiver. » De son côté, un responsable d'ONU Femmes a indiqué qu'« un quart des femmes et des filles au Liban ont été contraintes de fuir leur domicile » sur fond de guerre.
Selon les données officielles, plus d'un million d'habitants ont été déplacés par le conflit, sur une population estimée à près de 6 millions. Par ailleurs, les attaques israéliennes ont tué 1.116 personnes depuis le début des hostilités le 2 mars et fait plus de 3.000 blessés.
Commentant la destruction de plusieurs ponts sur le Litani par l'armée israélienne au cours des deux dernières semaines, un responsable du HCR a indiqué qu'environ 150.000 personnes étaient désormais « isolées » au Liban-Sud. L'armée israélienne avait annoncé avoir bombardé ces ponts pour empêcher le transfert d'armes et l'arrivée de renforts du Hezbollah dans le Sud, une stratégie qui lui permet également d'isoler la région dans le cadre de son offensive terrestre.
Cette situation complique la donne pour les villageois restés sur place, notamment dans plusieurs bourgades chrétiennes proches de la frontière, qui ont reçu plusieurs convois d'aides humanitaires affrétés par l'Église catholique.
De son côté, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), confrontée à des perturbations aériennes et maritimes au niveau de sa plateforme logistique d’urgence à Dubaï, a annoncé avoir dépêché un premier convoi humanitaire par voie terrestre vers le Liban.
La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a pour sa part indiqué que la Croix-Rouge libanaise distribuait de l’aide aux ménages, notamment des couvertures, des matelas, des repas, du pain et de l’eau potable. Le porte-parole de la FICR, Tommaso Della Longa, a déclaré que la Croix-Rouge libanaise (CRL) était le principal fournisseur de services ambulanciers et avait mis en œuvre un plan d'urgence de transfusion sanguine afin de garantir un approvisionnement continu en sang aux hôpitaux. « Entre le 2 et le 23 mars, les équipes de la CRL ont effectué 2.754 missions ambulancières et 11 opérations de recherche et de sauvetage en milieu urbain », a-t-il précisé, indiquant également qu'un volontaire de la CRL avait été tué et plusieurs autres blessés lors de missions ambulancières.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsUn jeune Palestinien a été tué par des tirs de l'armée israélienne près d'un camp de réfugiés au nord de Jérusalem, a annoncé vendredi le ministère de la Santé à Ramallah, les autorités locales faisant état d'une incursion militaire dans la zone. « Moustapha Asaad Hamad (22 ans) a été tué par les tirs des forces israéliennes à Kafr Aqab », a indiqué un bref communiqué du ministère.
Contactée par l'AFP, l'armée israélienne a déclaré « examiner » ces informations. De son côté, le gouvernorat de Jérusalem, l'entité palestinienne en charge de la région, a rapporté dans la nuit sur Facebook une « incursion (de l'armée israélienne) dans le camp de Qalandia », situé juste au sud de Kafr Aqab, publiant une vidéo de véhicules militaires stationnés devant plusieurs bâtiments. Selon cette même source, plusieurs Palestiniens ont été blessés par balles. Des proches du défunt ont affirmé à l'AFP, lors des funérailles, qu'il était originaire du camp de réfugiés de Qalandia.
Kafr Aqab est un quartier rattaché à Jérusalem-Est, annexée par Israël en 1967. Situé au-delà de la « barrière de sécurité » israélienne, il jouxte la ville de Ramallah, en Cisjordanie occupée. Comme le camp de Qalandia et d'autres zones autour de Jérusalem, le secteur connaît une recrudescence des raids israéliens depuis le début de l'année 2026, après le lancement par Israël de l'opération « Bouclier de la capitale », présentée comme visant à renforcer la sécurité de la ville.
Les violences en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, ont fortement augmenté depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre dans la bande de Gaza. Elles se sont poursuivies malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre à Gaza. D'après un décompte de l'AFP fondé sur les chiffres du ministère palestinien de la Santé, au moins 1.052 Palestiniens, dont de nombreux combattants mais aussi des civils, ont été tués par des soldats ou des colons israéliens en Cisjordanie depuis le début de la guerre à Gaza. Au moins 45 Israéliens, civils et soldats, ont été tués dans cette même région dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes, selon les données officielles israéliennes.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsUn nouveau convoi constitué d'une dizaine de camions s'est rendu vendredi dans plusieurs villages chrétiens du Liban-Sud, à l'initiative des associations Caritas et Œuvre d'Orient, en présence du nonce apostolique Mgr Paolo Borgia. Ce convoi doit distribuer de l'aide alimentaire et médicale à Kawkaba (caza de Hasbaya), Marjeyoun et Qlayaa (caza de Marjeyoun), afin qu'elle soit dans un second temps répartie entre 15 villages, en soutien à 10 000 personnes qui vivent encore dans les localités frontalières, malgré les frappes israéliennes continues et les combats intenses entre le Hezbollah et l'armée israélienne.
« Il y a un lien fort entre nous, une amitié qui nous rassemble », a déclaré Mgr Borgia, qui a effectué un premier arrêt à Kawkaba, où il a été accueilli par les habitants. La distribution des aides a été effectuée en coordination avec les associations Caritas et Œuvre d’Orient, qui ont déjà, avec le nonce apostolique, effectué plusieurs tournées de soutien dans les villages chrétiens du Sud au cours du mois écoulé. Le nonce a d'ailleurs affirmé, lors de sa visite dans le Sud, que « le pape suit la situation au Liban de près ».
Le maire de Kawkaba, Elie Abou Naqoul, a de son côté espéré un « retour à une vie normale » dans le Sud. « Nous remercions l'Église pour sa présence durant cette guerre, cela remonte beaucoup le moral des habitants. Nous n’allons pas quitter nos maisons, personne ne va partir d’ici », a-t-il ajouté.
Un habitant a confié à notre journaliste sur place, Emmanuel Haddad,
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