Le gouvernement de Nawaf Salam a décidé, lundi, à l’issue d’une réunion d’urgence organisée pour réagir aux effondrements en série d’immeubles à Tripoli, chef-lieu du Liban-Nord et deuxième plus grande ville du pays, d’ordonner l’évacuation de 114 bâtiments à risque dans un délai d’un mois, en prenant en charge les frais de logement des habitants concernés.
Cette mesure, qui est la première d'une liste annoncée par le Grand sérail, a été prise après que 14 personnes ont trouvé la mort dans l’effondrement d’un bâtiment résidentiel dans le quartier de Bab el-Tebbané dimanche, selon le bilan définitif de la Défense civile, établi après une longue nuit de recherches avec l’aide de la Croix-Rouge, du Haut Comité pour le Secours et de nombreux volontaires. Huit autres personnes ont été blessées.
Ce drame, le deuxième de ce type en deux semaines, a provoqué une vague de colère et de manifestations dans la ville dans la nuit de dimanche à lundi, et a été largement commenté, aussi bien par les responsables en place que par des élus et des chefs religieux.
Le président de la municipalité de Tripoli, Abdel Hamid Karimé, a quant à lui annoncé dimanche soir avoir remis sa démission dans les mains du ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, considérant que la ville est « sinistrée » et que la municipalité n’a pas les moyens de faire face aux risques posés par le nombre très élevé de bâtiments fissurés – plus de 100 selon un recensement municipal de 2024, le dernier en date.
Les familles ont commencé à enterrer leurs proches, alors que le chef du gouvernement, également sous pression en raison des attaques quasi quotidiennes de l’armée israélienne au Liban-Sud, s’est réuni avec des membres de son cabinet et d’autres responsables concernés au Grand Sérail pour répondre à l’urgence. Abdel Hamid Karimé a participé à cette réunion.
Outre la décision d’évacuer 114 bâtiments à risque dans un délai d’un mois, qui devra être endossée par la municipalité de Tripoli, Nawaf Salam a annoncé qu’une liste de centres d’hébergement temporaire a été établie par le comité de gestion des catastrophes au Liban-Nord, avec la possibilité de créer des centres supplémentaires si nécessaire.
Le ministère des Affaires sociales, représenté par la ministre Hanine el-Sayed, fournira une assistance et inscrira les familles évacuées au programme « Aman », financé par la Banque mondiale, qui fournit déjà une aide financière à des milliers de familles au Liban.
Le ministère de la Santé publique prendra en charge les besoins médicaux des familles affectées – ce qui avait déjà été annoncé dans la journée, notamment par le ministre Rakan Nasreddine.
La Haute Autorité pour le Secours commencera à consolider les bâtiments pouvant l’être et à démolir présentant un danger imminent d’effondrement. Elle poursuivra également le recensement des immeubles à risque en coordination avec l’Ordre des ingénieurs, tandis que le Conseil pour le Développement et la Reconstruction évaluera l’état des infrastructures, notamment les réseaux d’eau et d’assainissement, selon le communiqué officiel.
Vous avez déjà un compte? Connectez-vous ici
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLa municipalité de Qalamoun, une localité du caza de Tripoli, a demandé aux habitants d’un complexe résidentiel abritant plus de 200 personnes d’évacuer le bâtiment après la détection de fissures et de dommages structurels dans les colonnes et l’infrastructure en béton.
Selon notre correspondant Michel Hallak, certaines familles ont quitté le complexe après avoir trouvé un logement alternatif, mais la majorité reste encore à l’intérieur en raison de l’absence de solutions de relogement, malgré le fait que la municipalité ait jugé le complexe inhabitable.
Le complexe, appelé Kabbara, est situé près de la station balnéaire North Heaven, dans la ville.
Notre correspondant ajoute qu’il ne s’agit pas de la première demande d’évacuation émise par la municipalité. Pendant ce temps, la plupart des occupants, qui n’ont pas d’abri alternatif, en appellent aux autorités concernées pour leur fournir un logement plus sûr.
La situation fait l’objet d’un suivi par la police municipale et les forces de sécurité, précise notre correspondant.
Cette évacuation intervient un jour après l’effondrement d’un immeuble à Tripoli ayant causé la mort de 14 personnes. Tripoli, la ville la plus pauvre du Liban, connaît cet hiver une recrudescence des effondrements de bâtiments, due à de graves manques de financement, à une négligence ancienne et à la dégradation des infrastructures — une crise que les autorités ont à plusieurs reprises averti qu’elle pourrait s’aggraver sans intervention urgente.
Vous avez déjà un compte? Connectez-vous ici
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsAprès le rapt à l’aube du dimanche d’un membre de la Jamaa Islamiya à Hebbariyé, dans le caza de Hasbaya, l’armée israélienne a endeuillé le Liban-Sud avec une nouvelle frappe meurtrière qui a ciblé une camionnette dans la localité de Yanouh, dans le caza de Tyr, selon notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah.
Le véhicule a été visé devant le siège de la municipalité du village. Parmi les victimes, on compte le conducteur de la voiture visée, qui était retraité de l’armée libanaise, ainsi qu’un père et son enfant de trois ans présents sur les lieux au moment de l’impact. Il s’agit du fils et du petit-fils du président de la municipalité de Yanouh.
L’armée israélienne a revendiqué la frappe par le biais de son porte-parole arabophone, Avichay Adraee, via deux messages publiés à quelques heures d’intervalle. Dans le second, l’armée israélienne a affirmé avoir visé Ahmad Ali Salami, présenté comme « l’un des responsables de l’artillerie du Hezbollah ». Toujours selon le porte-parole, qui ne fournit aucun élément concret pour étayer ses propos, l’homme aurait, durant la guerre, « participé à de nombreux tirs de roquettes contre les forces israéliennes et le territoire israélien » et aurait « récemment œuvré à la reconstruction des capacités d’artillerie du Hezbollah depuis des zones habitées au Liban ».
Dans le message, l’armée israélienne assure « mettre tout en œuvre pour éviter de nouvelles victimes civiles » et ajoute qu’une enquête est en cours sur la mort de l’enfant et de son père.
Plus tard dans la journée, le Hezbollah a confirmé la mort de Ahmad Ali Salami. Cette frappe meurtrière n’est pas la seule violation du cessez-le-feu conclu fin novembre 2024 avec le Hezbollah qui a eu lieu lundi. Un drone israélien a ainsi largué une grenade sonore sur la ville de Kfar Kila (caza de Marjeyoun) en fin de matinée. En début d’après-midi, d’autres drones israéliens ont largué trois grenades assourdissantes sur le village de Zalloutiyé et une quatrième sur Yarine (caza de Tyr), tandis que des avions de guerre survolaient la région.
Un homme a été blessé par des tirs provenant du côté israélien à la périphérie de la localité de Aïta al-Chaab, dans le caza de Bint Jbeil, rapporte notre correspondant au Liban-Sud. Touché à l’épaule, l’employé municipal a été grièvement blessé, selon le mokhtar du village, et a été transféré vers l’un des hôpitaux de la région avant de succomber à ses blessures. Dans un autre message d'Avichay Adraee, l'armée israélienne a revendiqué cet assassinat, affirmant que la victime « était impliquée dans des activités de renseignement contre les forces israéliennes et dans des efforts visant à reconstruire les infrastructures du Hezbollah dans le Sud-Liban ».
Dans le sillage de cet incident, l’armée israélienne aurait aussi assiégé des habitants dans le même village et a lancé des grenades assourdissantes autour d’eux, indique notre correspondant. L'armée libanaise n'a pas encore communiqué sur les circonstances exactes de ce nouvel incident. Des drones israéliens et un hélicoptère Apache ont également survolé Aïta el-Chaab. Peu après, une patrouille de l’armée libanaise a évacué deux civils qui s'étaient cachés à proximité du cimetière du village et qui étaient pris pour cible par les soldats israéliens.
Un drone israélien a également survolé les fermes de Sarda et d’Amra, dans le caza de Marjeyoun, en ordonnant, via des messages sonores, aux agriculteurs présents de quitter les lieux.
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