Le procureur général du Venezuela Tarek William Saab, figure de la répression sous Nicolas Maduro, d'origine libanaise, a démissionné, moins de deux mois après la capture du président par l'armée américaine et alors que la présidente par intérim Delcy Rodriguez a promis une réforme judiciaire. Il est toutefois nommé Défenseur du peuple à titre intérimaire, une mesure qui indigne les victimes de la répression sous sa magistrature.
Né au sein d’une famille de marchands libanais, Tarek William Saab occupe depuis 2017 le poste-clé de procureur général de la République du Venezuela. Militant chaviste de la première heure, poète, bouddhiste, avocat spécialisé en droits de l’homme, il est successivement député, gouverneur de l’État d’Anzoatégui, où il est né, puis « défenseur du peuple », un poste inscrit dans la Constitution du Venezuela visant à promouvoir et défendre les droits humains.
Sous pression américaine, Mme Rodriguez, qui a fait adopter une loi d'amnistie la semaine dernière et ouvert le secteur pétrolier au privé en janvier, a écarté ces dernières semaines plusieurs personnalités et notamment Alex Saab (aucun lien de famille avec Tarek William Saab), homme lige du président déchu Nicolas Maduro.
Le défenseur du peuple (médiateur de la République) Alfredo Ruiz Angulo a également démissionné de son poste, remplacé dans la foulée par M. Saab pour un intérim, a-t-elle précisé. M. Saab est lui remplacé de manière temporaire par l'avocat Larry Devoe. Ce dernier, représentant du Venezuela auprès du système international des droits de l'homme, dirige le Conseil national des droits de l'homme, un organisme public chargé de coordonner et de soutenir les politiques publiques en la matière.
Selon sa lettre de démission lue à l'Assemblée, M. Saab affirme « avoir exercé cette charge avec rectitude et honneur au cœur d'une conjoncture historique de défi exceptionnel pour le présent et l'avenir de notre patrie, où nous avons assumé le rôle constitutionnel de préserver la paix et de protéger les droits humains de notre peuple face à des agressions inimaginables contre la nation vénézuélienne ».
« Tarek a été un procureur extraordinaire, il a été un Défenseur du peuple extraordinaire et il revient à ses origines. Nous n'avons aucun doute sur le fait qu'il fera un excellent travail », a réagi en soirée le ministre de l'Intérieur Diosdado Cabello, considéré comme l'aile radicale du pouvoir. En poste depuis 2017 et reconduit en 2024, Tarek William Saab, qui fait l'objet de sanctions américaines, a toujours été très présent dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Ancien gouverneur de l'État d'Anzoategui (nord-est) pour le parti au pouvoir, M. Saab a été l'une des figures de proue de la justice vénézuélienne lors de la répression des manifestations qui ont suivi la réélection contestée de Nicolas Maduro en juillet 2024. De nombreux manifestants ont notamment été inculpés de « terrorisme ». « Il a placé son identité idéologique bien au-dessus de ses principes de défense des droits humains », a estimé Rafael Uzcategui, figure de la société civile qui l'a côtoyé pendant des années.
Le militant juge l'interprétation politique de la démission « intéressante »: « on a toujours considéré que Tarek William Saab fait partie du groupe d'influence de Diosdado Cabello », et cela « semble indiquer qu'ils (Delcy Rodriguez et son frère Jorge, président de l'Assemblée, ndlr) essaient de réduire l'influence non seulement de Nicolas Maduro avec la destitution d'Alex Saab et de son épouse, mais qu'ils sont également en train de limiter de manière progressive l'influence de Diosdado Cabello ».
L'Assemblée a aussi fait un point sur la loi d'amnistie, actualisant les données de la veille. Depuis la promulgation de la loi jeudi ont été recensées « 6.487 demandes », « 3.266 libertés pleines » (extinctions des procédures des personnes en liberté conditionnelle) ont été accordées et « 185 personnes libérées » des prisons du pays, selon Jorge Arreaza, le président de la commission chargée du suivi de cette loi.
Devant la prison de Rodeo 1, où sont détenus de nombreux prisonniers considérés comme politiques, les proches, dont certains campent devant l'établissement depuis le 8 janvier et les promesses de libération, ont exprimé leur inquiétude. « Nous avons ressenti une émotion quand nous avons vu la démission de Tarek William Saab, mais comme il a été nommé Défenseur du peuple, nous restons dans la même situation (...) qui nous consterne, qui nous remplit d'inquiétude et d'incertitude », a affirmé Yalitza Garcia, 57 ans, belle-mère d'un gendarme argentin emprisonné Nahuel Gallo.
M. Saab « a joué un rôle de premier plan dans la persécution systématique des critiques et des opposants au Venezuela », a réagi Juanita Goebertus, directrice de l'ONG Human Rights Watch pour les Amériques. Sa démission « est prometteuse, mais sa nomination comme défenseur du peuple est une gifle pour les victimes », a-t-elle estimé. Ancien candidat de l'opposition à la présidentielle, le député Henrique Capriles, a lui dénoncé sur X une « blague »: voir « celui qui jusqu'à aujourd'hui, jusqu'à hier était le responsable de la persécution » devenir défenseur du peuple.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLe ministère américain de la Justice s'est engagé mercredi à réexaminer des documents du dossier Epstein, après que des médias ont accusé le gouvernement d'en avoir caché plusieurs mentionnant Donald Trump, notamment des accusations d'agression sexuelle sur mineure.
La radio publique NPR avait rapporté mardi que le ministère (DoJ), dirigé par une fidèle du président républicain, avait empêché la publication de documents liés à des accusations contre lui, selon lesquelles il aurait agressé sexuellement une mineure. Selon NPR, plusieurs documents évoquant des accusations contre Jeffrey Epstein et qui mentionnent Donald Trump ont également été retirés de la base de données publique relative au criminel sexuel mort en prison en 2019 avant un procès.
Dans un communiqué publié mercredi soir, le ministère de la Justice a écrit que selon des médias, des fichiers relatifs à la complice d'Epstein Ghislaine Maxwell semblaient manquer dans la base de données publique. « Comme pour tous les documents qui ont été signalés (...), le ministère passe actuellement en revue les fichiers appartenant à cette catégorie », a-t-il écrit sur X. « Si un document s'avère avoir été mal classé lors du processus d'examen et qu'il répond aux critères de la loi, le ministère le publiera bien sûr », a assuré le DoJ, faisant allusion au texte adopté l'an dernier pour ordonner au gouvernement de divulguer tous ses dossiers sur Epstein.
Plus tôt, le ministère avait soutenu sur X que « RIEN (n'avait) été supprimé »: seuls des documents doublons, tombant sous le coup d'une interdiction légale de publication, ou bien faisant partie d'une enquête fédérale en cours n'ont pas été rendus publics, avait-il assuré.
Dans le sillage de NPR, le New York Times a rapporté mercredi que parmi les documents non-publiés figurent des notes de la police fédérale (FBI) résumant des interrogatoires effectués en lien avec les accusations d'une femme en 2019. Celle-ci s'était présentée après l'arrestation du financier new-yorkais et avait affirmé avoir été agressée sexuellement quelques décennies plus tôt, lorsqu'elle était mineure, par Jeffrey Epstein et Donald Trump. Le quotidien new-yorkais affirme que sur les quatre interrogatoires effectués, un seul résumé - évoquant les accusations contre Jeffrey Epstein - a été rendu public.
Les élus démocrates de la puissante commission de supervision de la Chambre des représentants ont de leur côté dit avoir enquêté ces dernières semaines sur le travail du FBI autour de ces accusations formulées en 2019. Ils affirment « pouvoir confirmer que le ministère de la Justice semble avoir illégalement retenu des interrogatoires du FBI » avec la victime présumée.
« Etouffer des preuves directes d'une agression potentielle par le président des Etats-Unis est le crime le plus grave possible dans cette opération de dissimulation de la Maison Blanche », ont-ils accusé mercredi sur X. « C'est la plus grande opération de dissimulation du gouvernement dans l'histoire moderne (...) Nous exigeons des réponses ». En réponse, le DoJ les a exhortés à « cesser de tromper le grand public en fabriquant de l'indignation de la part de leur base radicale anti-Trump ».
Le ministère a publié le 30 janvier « plus de trois millions de pages » en partie caviardées du dossier Epstein, affirmant que l'administration Trump s'était ainsi acquittée de son obligation légale de faire toute la lumière sur ce dossier politiquement explosif. Mais plusieurs victimes de Jeffrey Epstein s'indignent que de nombreux documents aient été caviardés, et qu'aucune suite n'ait été donnée en matière judiciaire contre les complices présumés du financier.
Un temps proche de Jeffrey Epstein avec qui il évoluait dans les mêmes cercles, Donald Trump a toujours nié avoir eu connaissance de son comportement criminel et assure avoir rompu avec lui bien avant ses ennuis judiciaires.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLe gouvernement américain a souligné mercredi qu'il n'interdisait pas totalement de revendre du pétrole d'origine vénézuélienne à Cuba, marquant une inflexion à l'égard de l'île communiste qui souffre du blocus énergétique imposé par les Etats-Unis. Le service chargé des sanctions économiques au sein du ministère américain des Finances (OFAC) a publié une mise au point sur son site internet. Il s'y dit enclin à regarder d'un bon oeil les demandes de licences issues d'acteurs souhaitant revendre, à Cuba, du pétrole pompé au Venezuela. Il affirme qu'il s'agit d'une mesure de « soutien et de solidarité au peuple cubain ».
L'OFAC ajoute mercredi que les transactions ne doivent en aucun cas bénéficier « à des personnes ou entreprises liées à l'armée cubaine, aux services de renseignement ou à d'autres institutions gouvernementales ». Sa note a été diffusée en marge d'une visite officielle du secrétaire d'Etat Marco Rubio dans les Caraïbes, où il rencontre des dirigeants inquiets de la dégradation de la situation humanitaire à Cuba.
Dans l'île, la pénurie de carburant, déjà chronique, s'est fortement aggravée depuis l'arrêt des livraisons de pétrole vénézuélien décidé par Washington en janvier. La publication de l'OFAC met en avant la possibilité de demander des licences « BIS », qui permettent aux entrepreneurs privés cubains d'importer certains produits, y compris du carburant.
Le gouvernement communiste n'a toutefois lui-même que récemment autorisé l'importation de carburant par des entreprises, face à la gravité de la crise.
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