Le département d’État américain a fustigé tard dans la soirée de mercredi les propos du ministre israélien de la Défense, Israël Katz, qui affirmait plus tôt dans la journée qu’Israël ne « se retirerait pas » des territoires occupés au Liban-Sud, estimant que de telles déclarations n’étaient « pas conformes aux engagements pris dans le cadre de l’accord » entre Beyrouth et Tel-Aviv fin juin, parrainé par Washington. Jeudi pourtant, l'armée israélienne poursuivait ses opérations de démolition, ses tirs ainsi que ses mouvements de troupe au Liban-Sud.
« Les États-Unis attendent de toutes les parties qu’elles agissent d’une manière conforme au cadre sur lequel elles se sont entendues, et Israël a clairement déclaré qu’il n’avait aucune ambition territoriale au Liban », affirme un responsable du département d’État dans un communiqué transmis à des journalistes qui avaient sollicité une réaction aux propos d’Israël Katz, rapportent plusieurs médias israéliens. « Les États-Unis soutiennent pleinement l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban », poursuit le responsable, soulignant que l’accord-cadre négocié par Washington entre Israël et le Liban « prévoit clairement une voie, fondée sur le respect de certaines conditions, vers un redéploiement progressif lié au désarmement vérifié du Hezbollah et au démantèlement de ses infrastructures ». « Les Forces armées libanaises mettent en œuvre la première zone pilote, et les États-Unis continueront de soutenir la mise en œuvre intégrale de ce processus », ajoute-t-il, en référence à la localité de Zaoutar el-Gharbiyé, où l’armée libanaise a commencé à se déployer il y a deux semaines, après un retrait théorique des Israéliens, qui y faisaient des incursions avant le début du processus. Les forces israéliennes ont toutefois été aperçues de nouveau dans la localité en début de semaine.
Les États-Unis devraient organiser un nouveau cycle de négociations entre Israël et le Liban début septembre à Rome. Le Liban maintient son exigence de mettre en place de nouvelles « zones pilotes », ce que Tel-Aviv refuse. Mercredi, Israël Katz, en tournée dans des villages occupés libanais, avait ordonné à l'armée israélienne de se préparer sur les plans administratif et opérationnel, à une présence de longue durée au Liban, ainsi que de poursuivre la destruction de « toutes les maisons », et ce qu’il présente comme des « infrastructures terroristes ».
Le président de la République libanaise, Joseph Aoun, s'était rendu à Washington fin juillet pour s'entretenir avec son homologue américain, Donald Trump, afin de demander notamment davantage de pressions sur Israël pour le retrait des territoires occupés au Liban-Sud.
60 appartements détruits à Kfar Tebnit
À rebours d'un éventuel retrait, des mouvements de l'armée israélienne ont été observés en profondeur dans le caza de Bint Jbeil jeudi, dans une zone située entre les villages de Aïta el-Jabal et Beit Yahoun, près du séminaire religieux d’al-Chahid al-Thaleth, rapporte notre correspondant au Liban-Sud Mountasser Abdallah. Cette zone est de fait sous contrôle de l’armée israélienne au Liban-Sud, selon lui. Parallèlement, l’artillerie israélienne a visé les abords des localités de Beit Yahoun et Baraachit, dans la même région. Et les abords du village frontalier de Kfarchouba (caza de Hasbaya) ont été visés par l’artillerie israélienne, ainsi que par des tirs de ratissage à la mitrailleuse depuis la position de Roueissat al-Aalam.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, l’armée israélienne avait poursuivi ses tirs, parallèlement à ses opérations de dynamitage. Haddatha (caza de Bint Jbeil) notamment a été attaqué par des tirs d’artillerie, suivis de deux opérations de dynamitage de plusieurs maisons. Des tirs de ratissage similaires ont également visé Mansouri (Tyr), localité également victime d’une opération de dynamitage visant des maisons dans les terrains communaux, suivie de tirs de ratissage à la mitrailleuse de moyen calibre en direction de la localité. L’armée israélienne a également procédé à une explosion à Khiam (caza de Marjeyoun). L’aviation de guerre israélienne a en outre mené dans la nuit deux frappes successives sur Mansouri, parallèlement à une autre frappe visant Deir Seriane, dans le caza de Marjeyoun.
Signe des destructions d'ampleur au Liban-Sud, les forces israéliennes ont détruit « il y a une dizaine de jours » à Kfar Tebnit (caza de Nabatiyé) un complexe résidentiel « Ward », composé de 14 bâtiments abritant environ 60 appartements, selon Abou Moustapha Yassine, le mokhtar du village situé au sud de Nabatiyé, dans des propos rapportés jeudi à notre correspondant au Liban-Sud. « Le complexe a été entièrement détruit », a déclaré M. Yassine. Plusieurs autres maisons de Kfar Tebnit ont également été visées par des opérations de dynamitage similaires « ces derniers jours », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, dans un objectif affiché de « rétablir les liaisons entre les régions du Sud » et « faciliter la circulation des habitants », le ministère libanais des Travaux publics et des Transports a indiqué avoir entamé la construction d’un passage provisoire sur le fleuve Litani à Qaaqaiyet el-Jisr (caza de Nabatiyé), après la destruction de ponts et d’autres infrastructures essentielles dans le Liban-Sud lors d’attaques israéliennes.
La question des attaques israéliennes continues dans le Sud a été discutée à Baabda lors d'une réunion entre le président Joseph Aoun et le Premier ministre, Nawaf Salam. Les deux responsables ont également évoqué la visite du chef Groupe de coordination militaire pour le Liban (MCG4L), le général Joseph Clearfield.
Le chargé d’affaires par intérim de l’ambassade de France au Liban, Bruno Pereira da Silva, s’est en outre rendu mardi dans les villages chrétiens isolés au Liban-Sud de Rmeich et Aïn Ebel (caza de Bint Jbeil), en vue de soutenir les « élus locaux et la population », selon un communiqué de l’ambassade publié jeudi sur X. La visite était effectuée « sous le signe de l’action de la France en faveur dans les domaines l’éducation et de la nutrition », lit-on dans le message. Des réunions ont été organisées avec les conseils municipaux afin de témoigner de « l’engagement de la France auprès des communautés du Liban-Sud », selon la chancellerie. À Rmeich, des échanges ont eu lieu avec les bénéficiaires du projet « Sécurité alimentaire et nutrition », financé par la France et mis en œuvre par le groupe « Action contre la faim ».