Le Hezbollah a démenti vendredi la prise par Israël de la colline stratégique de Ali Taher, au sud de Nabatiyé au Liban-Sud, après qu'une porte-parole militaire israélienne avait annoncé une « prise de contrôle » de cette position qui était au centre des combats ayant précédé le cessez-le-feu. Les combattants du Hezbollah « restent déployés » dans ce secteur, a ajouté le parti chiite, répondant implicitement à un article du New York Times, selon lequel des dizaines de miliciens seraient pris au piège dans un tunnel sous cette colline.
Le Hezbollah « dément catégoriquement les informations publiées par des sources officielles de l'armée israélienne affirmant qu'elle aurait pris le contrôle de la colline de Ali Taher », peut-on lire dans un communiqué. Aucune présence des forces israéliennes ne se trouve dans la zone, qui demeure « sous le contrôle des combattants » du Hezbollah, ajoute le texte. Ces derniers sont « en état d'alerte maximale » et prêts à « repousser toute tentative d'avancée ou d'incursion » israélienne.
Un « fort imprenable tombé en quelques jours », selon Israël
Dans une publication sur X, la porte-parole arabophone de l'armée israélienne Ella Waweya avait affirmé depuis un tunnel présumé à Majdel Zoun, dans le caza de Tyr, que « l'équation a changé. La colline de Ali Taher où vous vous cachiez est passée sous le contrôle total de nos troupes ». « La base située dans cette colline ne représentera plus une menace pour Israël », avait-elle ajouté, alors que des sources de médias israéliens prétendaient que l'unité Badr du Hezbollah avait sa base dans un réseau de tunnels situé en-dessous ces hauteurs. « Ce +fort imprenable+ est tombé en quelques jours », ajoutait Ella Waweya. Selon notre correspondant au Liban-Sud Mountasser Abdallah, l'armée israélienne se trouverait toujours autour de la colline, mais aucune information confirmée n'a été rapportée sur une prise de cette position stratégique.
L'armée israélienne tentait depuis plusieurs semaines, et jusqu'à l'entrée en vigueur du cessez-le-feu samedi dernier, de prendre la colline de Ali Taher, après avoir réussi à prendre le château de Beaufort dans la même région. Cette colline a une valeur à la fois symbolique et stratégique. Située au nord du fleuve Litani, elle est considérée comme importante parce qu’elle surplombe une bonne partie du Sud-Est libanais, notamment le château de Beaufort et toute la vallée avoisinante, ainsi que le caza de Nabatiyé et même l'Iqlim al-Touffah et les hauteurs de Rihane dans le caza de Jezzine. Les Israéliens accusent le Hezbollah d’avoir fait de cette colline et de ses environs un centre de commandement militaire au Liban-Sud, hors de la zone d'opérations de la Force intérimaire de l'ONU (Finul) et de la région dans laquelle l'armée libanaise s'était engagée à commencer à désarmer le parti chiite. Des experts israéliens cités par le New York Times indiquaient que la construction – avec l'aide de l'Iran – de ce complexe de tunnels a duré plus de 20 ans.
Des combattants coincés « sans eau ni vivres »
Le NYT avait affirmé que des dizaines de miliciens du Hezbollah, dont des membres de la force d'élite al-Radwan, étaient encerclés dans des souterrains sous Ali Taher. Citée par le journal, l'armée israélienne affirmait que « des milliers » de ses soldats ont encerclé une « forteresse souterraine du Hezbollah sous les collines du Liban-Sud », piégeant des dizaines de combattants qui sont désormais à court de vivres et d'eau. « Nous supposons qu'ils sont piégés et qu'ils cherchent une solution », a indiqué une porte-parole militaire, et attendent de voir s'ils « doivent nous combattre, se rendre ou attendre un changement de situation, que ce soit un cessez-le-feu ou un retrait israélien. »
Selon des médias israéliens, des contacts sont en cours pour garantir la sortie de ces combattants sains et saufs, mais le gouvernement serait contre cette option et préférerait qu'ils se rendent. L’État hébreu considérerait cet incident comme une manière de vider les souterrains ainsi que la région de l'infrastructure militaire du parti chiite. Les combattants, eux, préféreraient rester sous terre, en attendant une solution.
Frappes aériennes et enlèvement d'agriculteurs
L'armée israélienne reste positionnée par ailleurs autour de cette colline depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu samedi dernier, mais sans tenter de nouvelles avancées depuis, et elle a empêché à de nombreuses reprises, au moyen de frappes et de tirs, les habitants des villages jouxtant ces hauteurs de s'en approcher. C'est notamment sur cette zone qu'elle a effectué des raids au moyen d'avions de chasse, pour la première fois depuis samedi dernier, ainsi que près de Beit Yahoun, dans le caza de Bint Jbeil, selon notre correspondant. Outre ces raids aériens, plusieurs tirs de mitrailleuse et d'artillerie ont été signalés dans plusieurs autres secteurs du Sud, sans faire de blessés. D'autre part, un drone israélien a lancé des tracts au-dessus de la localité de Mansouri (Tyr), appelant les habitants à ne pas s'approcher des soldats israéliens, pour ne pas « se mettre en danger ».
Dans le secteur est, les forces israéliennes ont enlevé huit agriculteurs à Aïn Arab, dans le caza de Marjeyoun, dont quatre Libanais : Ali Ibrahim et ses deux fils, Ahmad et Mohammad, ainsi que Ali al-Raja, et quatre autres Syriens, ajoute notre correspondant qui cite des informations de terrain. Une forte explosion a également été entendue à Aïn Arab, mais sa nature et sa cause restent inconnues. On ignore pour l’heure si elle résulte de la démolition de maisons ou d'une autre opération militaire. Ces événements surviennent dans un contexte de tensions persistantes ces derniers jours dans cette localité frontalière, après les menaces israéliennes proférées contre les habitants et les incursions et autres mouvements militaires successifs dans la région.