Frappes sur la Békaa, avancée au nord du Litani, évacuation de Nabatiyé... Si les déclarations lundi soir du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, concernant l'« intensification » de l'offensive israélienne au Liban, ont créé un mouvement de panique dans la banlieue sud de Beyrouth - épargnée à une exception près depuis la trêve du 17 avril - elles se sont traduites mardi par une offensive violente contre le Liban-Sud et la Békaa. Les attaques se sont enchaînées dans ces deux régions, sonnant comme un prélude à une extension de l'invasion israélienne, au niveau notamment du secteur Est. Et c'est dans l'après-midi que l'armée israélienne a confirmé mardi avoir étendu ses opérations terrestres contre le Hezbollah au-delà de la « ligne jaune » qu'elle a établie dans le sud du Liban pour délimiter une zone qu'elle contrôle. L'armée « opère de manière ciblée au-delà de la ligne de défense avancée afin d'éliminer les menaces directes qui pèsent sur les citoyens de l'Etat d'Israël et sur les soldats (...) conformément aux directives de l'échelon politique », a-t-elle dit dans un communiqué.
Alors qu'elle effectuait une incursion presque inédite au nord du fleuve Litani, cherchant à gagner le village de Zaoutar el-Charqiyé (caza de Nabatiyé), qui ne fait pas partie de la « zone tampon » établie de facto par l’État hébreu au Liban-Sud, l'armée israélienne a ordonné pour la première fois l'évacuation de l'ensemble de la ville de Nabatiyé, située à environ six kilomètres plus au nord. Simultanément, elle a bombardé la Békaa-Ouest au niveau de l'axe principal qui relie le village de Qaraoun à celui de Machghara, localité lourdement bombardée la veille, dans des frappes ayant fait onze victimes, selon un bilan toujours provisoire du ministère de la Santé. Des développements qui ne peuvent être séparés les uns des autres, une accélération dans le secteur Est permettant de gagner la Békaa-Ouest, et la séparer ainsi du Liban-Sud, coupant des voies essentielles utilisées par les combattants du Hezbollah... ou préparant le terrain à une offensive dans la Békaa.
Progression vers Zaoutar el-Charqiyé
Les combats ont fait rage dès l'aube entre le Hezbollah et l'armée israélienne aux abords du village de Zaoutar el-Charqiyé, sans que les forces israéliennes ne puissent y pénétrer jusqu'à présent, selon notre correspondant au Liban-Sud Mountasser Abdallah. Dans son premier communiqué de la journée, le Hezbollah a fait état de combats rapprochés avec des soldats israéliens qui « avançaient en direction » de la localité. Puis il a publié une série de communiqués détaillant ses attaques. La formation chiite dit ainsi avoir touché depuis le matin un véhicule militaire de type Humvee au moyen d'un drone kamikaze, des véhicules et soldats à l’aide d’obus d’artillerie puis de roquettes, un bulldozer D9 à l'aide aussi d'un drone kamikaze, et un véhicule de télécommunications. Les cibles se trouvaient à chaque fois aux abords du village, selon les communiqués du Hezbollah, soit au niveau des rives du Litani, soit près du « réservoir d'eau » de la localité.
Signe de sa volonté d'étendre son invasion, l'armée israélienne a simultanément bombardé près d'une dizaine de fois le village de Yohmor el-Chaqif, situé dans le coude du Litani, à quelques kilomètres à l'est de Zaoutar el-Charqiyé, et inclus pour sa part dans la « zone tampon ». Et elle a ordonné aux habitants de la ville de Nabatiyé, l'un des principaux centres urbains du Liban-Sud, de se rendre « vers le nord du fleuve Zahrani », avant des attaques visant le Hezbollah, selon un message sur X du porte-parole militaire arabophone Avichay Adraee. S'en sont suivis une série de bombardements soutenus sur plusieurs quartiers et villages environnants. En une heure dans l'après-midi, au moins 33 frappes israéliennes ont visé le caza de Nabatiyé, touchant plusieurs villages dont Habbouche, Deir Zahrani, Kfarremane et Meifadoun, ainsi que la ville de Nabatiyé. Une attaque de drone à Jebchite a également fait trois blessés. Dans le caza de Tyr, des frappes ont touché Bourj Chemali, Bazouriyé et Cana, tandis que des raids ont aussi visé les abords du château de Beaufort et Hariss (Bint Jbeil). À Maarka, au moins cinq personnes, dont une fillette, ont été tuées dans une frappe, selon notre correspondant.
La Békaa bombardée
Dans la Békaa, l'armée israélienne a renouvelé son ordre d'évacuation visant les villages de Machghara et Sohmor (Békaa-Ouest), lourdement bombardés au cours des derniers jours. « Pour votre sécurité, vous devez évacuer immédiatement vos maisons et vous diriger vers le nord, en direction de la Békaa », a écrit l'armée israélienne dans l'après-midi. Un avion de chasse avait bombardé un peu plus tôt la route qui longe le barrage sur le lac Qaraoun, qui a été bloquée à la circulation, selon notre correspondante dans la région. Selon les informations disponibles, trois missiles ont été tirés.
L'armée israélienne a affirmé avoir frappé pendant la nuit de lundi à mardi, « plus de 100 infrastructures » du Hezbollah dans la Békaa et au Liban-Sud. Dans un message sur X, la porte-parole militaire Ella Waweya a précisé que ces bombardements visaient notamment « des dépôts d'armes, des quartiers généraux et des postes d’observation ». Commentant les attaques meurtrières en série sur Machghara lundi soir, l'armée israélienne affirme avoir effectué « plusieurs frappes en quelques secondes contre des bâtiments » qui auraient été utilisés par des combattants du Hezbollah.
Plus largement, dans un développement faisant craindre la poursuite de l'invasion dans la durée, l'armée israélienne a commencé à mobiliser des réservistes, a rapporté l'autorité de radiodiffusion de l’État hébreu. Selon ces informations, « les soldats démobilisés ces derniers jours ont été sommés de rejoindre le service de réserve sans délai. »