La Banque du Liban (BDL) a appelé mercredi les banques opérant au Liban à ne pas refuser l’ouverture de comptes de campagne électorale aux candidats aux prochaines élections législatives. La seule exception concerne les cas justifiés par les exigences en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, précise l’annonce de la BDL.
Cette mesure vise à faciliter les procédures électorales à l’approche de la date limite de dépôt des candidatures. Elle n’est toutefois pas juridiquement contraignante, ce qui signifie que les banques ne sont pas tenues de s’y conformer – et que certaines pourraient choisir de ne pas le faire – selon des sources proches du dossier.
Une source au sein d’une banque libanaise, qui s’est exprimée auprès de L’Orient-Le Jour sous couvert d’anonymat, affirme que son établissement refuse d’ouvrir ce type de comptes depuis 2021. « L’ouverture de comptes pour des responsables politiques et des personnes politiquement exposées (PEP) expose les banques à des risques importants », explique-t-elle. Ceux-ci incluent notamment des risques liés au blanchiment d’argent – en particulier dans un contexte d’économie de cash – ainsi qu’une exposition à des personnes visées par des sanctions internationales. Ces risques sont accentués en période électorale, ajoute la source, lorsque l’origine des fonds est souvent difficile à établir. « On ne sait pas qui déposera l’argent, si le candidat agira par l’intermédiaire de tiers ou si le compte sera géré par procuration. »
Dans ce contexte, la banque a adopté une politique de refus systématique de toute nouvelle ouverture de comptes liés aux campagnes électorales. Les comptes existants détenus par des responsables politiques, en revanche, resteront ouverts.
Un autre banquier interrogé sous le couvert de l’anonymat affirme, lui, que son établissement n’a jamais interrompu l’ouverture de ces comptes. « Nous les acceptons, mais cela prend plus de temps en raison des procédures de “due diligence” », a-t-elle précisé. Ces contrôles de conformité supplémentaires visent à garantir la légitimité des fonds, d’autant que le secret bancaire est levé pour les comptes de campagne électorale. Les candidats ou personnes faisant l’objet de sanctions internationales sont en revanche « catégoriquement refusés », ajoute le banquier. Il précise que « selon la pratique en vigueur, ces comptes doivent être clôturés une fois la campagne électorale terminée ». Si les prochaines élections venaient à être reportées – un scénario qui demeure incertain –, le compte resterait actif jusqu’à ce qu’une nouvelle date soit fixée, avant d’être fermé. D’ici là, tout transfert entrant ferait l’objet d’un suivi et d’une traçabilité étroits, a précisé la source.
Le Liban a été inscrit sur la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI) en octobre 2024 en raison de lacunes en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Vous avez déjà un compte? Connectez-vous ici
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsUn journaliste turc de la radio-télévision publique allemande Deutsche Welle (DW) a été arrêté et placé en détention à Ankara jeudi, accusé de « diffusion de fausse nouvelle » et « insulte au président », a annoncé le procureur d'Istanbul.
Dans un communiqué, le parquet indique « avoir ouvert une enquête pour insulte au Président de la République et diffusion publique d’informations trompeuses » contre Alican Uludag, interpellé et placé en garde à vue à Ankara. Selon cette source ce sont des messages du journaliste postés « via le compte du réseau social X @alicanuludağ » qui sont incriminés. Cependant, selon son avocat joint par l'AFP jeudi soir, M. Uludag est mis en cause pour un article sur le site de la DW concernant le rapatriement de citoyens turcs affiliés au groupe Etat islamique.
« Alican Uludag a été placé en garde à vue (...) en raison de son article intitulé +La Turquie se prépare à rapatrier des citoyens turcs affiliés à l’État islamique+ », a déclaré Tora Pekin, avocat de DW Türkçe. Selon M. Pekin, le journaliste était jeudi soir en cours de transfert d'Ankara à Istanbul. Il sera présenté au parquet vendredi, a précisé le bureau du procureur qui assure que « l'enquête se poursuit avec le plus grand sérieux ».
Après l'intervention de l'armée syrienne dans le nord-est de la Syrie le mois dernier, pour rétablir le contrôle de Damas sur les territoires gérés par les Forces démocratiques syriennes, dominées par les Kurdes, des milliers de jihadistes présumés et leurs proches, gardés jusqu'alors dans des camps, ont été transférés en Irak. Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient a assuré la semaine dernière avoir emmené depuis le 21 janvier « plus de 5.700 hommes adultes » vers des prisons irakiennes.
Les Etats-Unis avaient précédemment annoncé qu'ils comptaient transférer environ 7.000 détenus et appelé les pays concernés à récupérer leurs ressortissants. Les autorités turques, interrogées à plusieurs reprises par la presse dont l'AFP, ont refusé de confirmer si des citoyens turcs figuraient parmi les détenus et s'ils seraient ramenés en Turquie.
Pour le représentant de l'organisation Reporter sans Frontière (RSF), « l'interpellation d’Alican Uludag s’inscrit dans un processus de harcèlement judiciaire à l'encontre de journalistes sérieux ». Dans un communiqué à l'AFP, Erol Onderoglu, dénonce « des pratiques incessantes arbitraires qui visent aujourd’hui un journaliste qui a pu déranger le pouvoir en raison de ses investigations ».
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLe mufti de la République Abdellatif Deriane a insisté jeudi soir, lors du traditionnel iftar (repas de rupture du jeûne) organisé chaque année au début du mois de ramadan par Dar el-Fatwa, plus haute instance sunnite au Liban, sur l'importance du « compromis politique ». Un appel lancé devant un parterre de personnalités de tous bords, du président Joseph Aoun à l'ancien Premier ministre Saad Hariri, en passant par des représentants des différentes communautés religieuses, à l'heure où de nombreuses questions divisent la politique libanaise, comme les prochaines législatives, les réformes économiques et le désarmement du Hezbollah.
Dans son discours, Abdellatif Deriane a souligné que « le respect de l’accord de Taëf constitue un attachement à l’unité du Liban et à son identité arabe ». Cet accord a « consacré les fondements du partenariat et de l’équilibre entre toutes les composantes nationales », a-t-il ajouté, réaffirmant que « tout projet de sauvetage ne peut reposer que sur la base de l’accord de Taëf ». Ce texte, signé en Arabie saoudite, avait mis un terme à 15 ans de guerre civile en 1989. Il accordait une meilleure répartition des pouvoirs entre les différentes communautés, notamment aux sunnites. De nombreuses dispositions de l'accord, comme la décentralisation administrative, la création d'un Sénat, et le désarmement total des milices, sont toutefois restées jusqu'à présent lettre morte. S’adressant au chef de l’État, le mufti Deriane a salué un début du mandat présidentiel et la première année du gouvernement qui ont selon lui rompu avec « l’immobilisme » des mandats précédents, « marqués par des appels à l’aide et des cris de détresse et de désespoir », au profit d'une « nouvelle dynamique » et d'une relance des administrations.
Le mufti Deriane a en outre appelé à privilégier le « compromis politique », affirmant s’adresser à un président qui « ne recherche ni le conflit ni ne le souhaite », mais « privilégie toujours des solutions de compromis ». Joseph Aoun a notamment illustré ce trait dans sa gestion du dossier de récupération du monopole des armes aux mains de l'État dans lequel il a privilégié un dialogue ouvert avec le Hezbollah tandis que certains partis réclamaient un désarmement par la force. Selon le mufti de la République, le président possède une « culture de l’État » comme détenteur du pouvoir de décision, dont l’absence passée avait conduit « à la prolifération des armes, à la dispersion des décisions économiques et à la pluralité des politiques à l’égard des pays voisins et de l’étranger ».
Le dignitaire religieux sunnite a, dans ce cadre, plaidé pour un renforcement toujours plus marqué de l’autorité étatique. « Un État fort par sa décision, aussi petit soit-il, dispose d’une large marge de liberté, tant sur le plan intérieur que dans ses relations extérieures », a-t-il déclaré.
À l’issue de l’événement, le président de la Chambre Nabih Berry et l’ancien Premier ministre Saad Hariri, qui s'est retiré de la scène politique en janvier 2022 mais est rentré temporairement au Liban à l'occasion des commémorations de l'assassinat de son père Rafic Hariri le 14 février 2005, ont quitté ensemble Dar el-Fatwa à bord d’un même véhicule, pour se rendre à Aïn el-Tiné afin d'y tenir une réunion.
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