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21.05.2026 à 07:00

Les activités de « trading », une part considérable des profits de TotalEnergies

Olivier Petitjean

D'année en année, les bénéfices réalisés par les filiales de TotalEnergies dédiées au négoce, ou « trading », de pétrole et de gaz représentent 40%, voire parfois 80% des remontées de dividendes vers la tête de groupe. Critiquée sur ses superprofits et leur faible taxation, la major affirme partout que qu'elle paie ses impôts « là où elle extrait du pétrole et du gaz ». En réalité, ces filiales très lucratives sont basées à Singapour, en Suisse et au Royaume-Uni, où TotalEnergies ne produit (…)

- De l'Ukraine à l'Iran, pétrole et profits de guerre / , , , , , , ,
Texte intégral (3681 mots)

D'année en année, les bénéfices réalisés par les filiales de TotalEnergies dédiées au négoce, ou « trading », de pétrole et de gaz représentent 40%, voire parfois 80% des remontées de dividendes vers la tête de groupe. Critiquée sur ses superprofits et leur faible taxation, la major affirme partout que qu'elle paie ses impôts « là où elle extrait du pétrole et du gaz ». En réalité, ces filiales très lucratives sont basées à Singapour, en Suisse et au Royaume-Uni, où TotalEnergies ne produit pas (ou peu) d'hydrocarbures, mais où elles bénéficient d'une fiscalité très avantageuse. Le contexte actuel de tensions géopolitiques leur profite à plein. Explications.

Alors que le conflit en Iran s'éternise, TotalEnergies et la plupart des autres majors pétrolières ont annoncé des profits record pour le premier trimestre 2026. La hausse du cours des hydrocarbures et la persistance des incertitudes géopolitiques augurent de bénéfices tout aussi considérables dans les prochains mois, relançant le débat sur la taxation de ces « superprofits ».

Comme le souligne une tribune signée par plusieurs économistes, ces gains record « ne traduisent ni une hausse de l'activité réelle ni, de manière significative, une augmentation de leurs coûts de fonctionnement » et « ne reflètent pas non plus une performance économique propre, ne découlent ni d'une innovation ni d'une prise de risque, mais d'une situation extérieure, à savoir la guerre en Iran ». Pourquoi dès ne pas en prélever une partie pour faire face aux conséquences de la hausse des cours pour les usagers ?

Le gouvernement français fait la sourde oreille sur la taxation des profits de guerre, en reprenant sans le questionner l'argumentaire de la major pétrolière.

Le gouvernement français a pourtant choisi de faire la sourde oreille, comme en 2022 suite à l'invasion russe de l'Ukraine, en reprenant sans le questionner l'argument clé des dirigeants de TotalEnergies : le groupe réaliserait ses profits là où il extrait du pétrole et du gaz, et non en France. De sorte que, premièrement, il serait injuste – voire selon certains « néocolonial » – que l'État français cherche à récupérer des revenus sur des activités localisées dans d'autres pays du Sud, et que deuxièmement, ce serait de toute façon juridiquement impossible [1].

Les activités de TotalEnergies en France, à savoir essentiellement (selon le groupe) les raffineries, seraient quant à elles structurellement déficitaires, ce qui expliquerait qu'il paie très rarement l'impôt sur les sociétés dans l'Hexagone. « TotalEnergies paie ses impôts dans les pays où elle réalise des bénéfices, très majoritairement dans les pays où elle produit de l'énergie », a ainsi résumé l'entreprise sur le réseau social d'Elon Musk.

Négoce : la face cachée de TotalEnergies

Dans un précédent article, nous étions déjà revenus sur les faiblesses et les non-dits de cet argumentaire (lire Est-il vrai que « TotalEnergies paie ses impôts là où le groupe extrait du pétrole et du gaz » ?). On en retiendra surtout que de par sa structuration en une multiplicité de filiales commerçant entre elles, un groupe comme TotalEnergies est en capacité de loger ses profits dans certains pays plutôt que dans d'autres pour des raisons de convenance – qu'elles soient fiscales ou autres. En l'occurrence, les activités françaises du groupe semblent supporter un niveau de coûts anormalement élevé, ce qui les rend moins profitables que chez certains de nos voisins européens, pour des niveaux de ventes supérieurs ou largement supérieurs.

Un groupe comme TotalEnergies est en capacité de loger ses profits dans certains pays plutôt que dans d'autres pour des raisons de convenance.

La justification est tout aussi contestable en ce qui concerne la source des profits réalisés par TotalEnergies. Contrairement à ce que le groupe et ses défenseurs dans les médias et dans la classe politique laissent entendre, une bonne partie de ces bénéfices ne proviennent pas des activités d'extraction de pétrole et de gaz, mais d'une autre activité dont ils parlent beaucoup moins volontiers : le négoce, ou « trading » d'hydrocarbures.

Gabriel Zucman a récemment attiré l'attention sur ce point aveugle dans le rapport de « transparence fiscale » publié par TotalEnergies : l'existence d'importants centres de profits localisés non dans les principaux pays de production ou de vente du groupe, mais dans une discrète catégorie « Reste du monde », où ils sont très peu imposés. Pour l'économiste, il s'agit principalement des activités de « trading » ou négoce, basées en Suisse.

Des filiales très profitables

Dans l'infographie qui suit, nous présentons de manière simplifiée les filiales de TotalEnergies dédiées au trading ainsi les circuits juridiques et financiers par lesquels elles sont rattachées à la société mère qui chapeaute le groupe depuis Paris. Les deux principales de ces filiales sont Totsa (TotalEnergies Oil Trading SA), localisée à Genève en Suisse et spécialisée dans le pétrole, et TotalEnergies Gas & Power (TGP), basée formellement au Royaume-Uni, et spécialisée dans le gaz et le GNL (gaz naturel liquéfié). Le plus gros de ses opérations est cependant réalisé dans une branche située, elle aussi, à Genève.

Trading : des filiales stratégiques et très profitables pour TotalEnergies
Infographie : Sandra Mu

Ces filiales de TotalEnergies ont pour activité d'acheter du pétrole ou du gaz à d'autres filiales du groupe ou à des producteurs tiers, puis de revendre ce pétrole ou ce gaz, soit à des filiales du groupe, soit à d'autres clients. Au passage, elles cherchent à réaliser une plus-value plus ou moins importante, que ce soit aux dépens des entreprises extérieures avec lesquelles elle font affaire, mais aussi potentiellement (et on retrouve là la question stratégique de la localisation des bénéfices au sein du groupe) aux dépens des autres filiales de TotalEnergies auxquelles elles achètent ou vendent des hydrocarbures.

Le milliard de dollars de plus-value réalisé au début de la guerre en Iran, opération certes spectaculaire, ne fait qu'illustrer ce qui est en réalité l'activité quotidienne des filiales de trading.

La major n'est pas obligée de rendre publique la liste des entreprises auxquelles elle achète du pétrole et du gaz, sauf lorsque celles-ci sont propriété en tout ou en partie d'un État. On sait ainsi que Totsa a acheté en 2024 pour un peu plus de 156 millions de dollars de pétrole à l'entreprise nationale irakienne Somo, ou encore que TGP a acquis cette même année pour plus de 200 millions de dollars de gaz et de GNL auprès d'Uniper, désormais détenue à 100% par Berlin. Mais ces transactions ne représentent qu'une minorité des volumes de pétrole et de gaz qui sont négociés par les filiales de trading.

Le Financial Times a raconté comment des traders travaillant pour Totsa à Genève ont réalisé une plus-value d'un milliard de dollars en réussissant à mettre la main, au début du conflit, sur des cargaisons de brut qui n'étaient pas bloquées du mauvais côté du détroit d'Ormuz. Une opération spectaculaire, certes, mais qui ne fait qu'illustrer ce qui est en réalité l'activité quotidienne de ces filiales de trading : une activité par nature spéculative, qui est d'année en année l'une des principales sources de profits du groupe.

Localisation stratégique

En se plongeant dans les comptes des filiales concernées, il est possible de suivre en partie la remontée des profits du trading vers la société mère de TotalEnergies, puis vers ses actionnaires. C'est ce que nous présentons dans cette deuxième infographie, avec les chiffres pour 2024 (dernière année pour laquelle les comptes sont disponibles pour toutes les filiales).

Les remontées de dividendes des filiales de trading de TotalEnergies en 2024
Infographie : Sandra Mu

Côté pétrole, malheureusement, on se heurte rapidement à un mur, du fait de la localisation de la filiale Totsa en Suisse. Les comptes sociaux 2024 de de TotalEnergies SE indiquent simplement qu'elle a réalisé un profit de 2,3 milliards d'euros cette année là et qu'elle a fait remonter 3,2 milliards d'euros à la société mère. On ne sait pas à quel niveau elle est imposée en Suisse, ni l'état de sa trésorerie.

En 2023, le taux d'imposition de la filiale singapourienne de trading était de 6,6%. Et l'année d'avant de 5,3%.

Il est cependant possible d'en apprendre un petit peu plus en étudiant les comptes d'une sous-filiale, basée à Singapour, qui gère les activités de négoce de la major française sur le continent asiatique. Détenue à 100% par Totsa, TotalEnergies Trading Asia a réalisé en 2024 un bénéfice de 222 millions de dollars US. Les impôts qu'elle a versés à la cité-État ont été de 39 millions de dollars, soit un taux d'imposition relativement avantageux de 14,9% (pour rappel, le taux de l'impôt sur les sociétés est aujourd'hui de 25% en France, contre 33% il y a encore quelques années). En 2023, année plus faste avec un bénéfice déclaré de près de 400 millions de dollars, ce taux d'imposition était encore plus bas à... 6,6%. Et l'année d'avant de 5,3% pour un bénéfice après impôt de 458 millions. Singapour propose de fait une taxation très accommodante pour les revenus du pétrole (10%) et du GNL (5%), ce qui explique sans doute le choix de TotalEnergies d'y implanter sa sous-filiale.

Un rôle charnière dans les activités gazières

Côté gaz cette fois, avec TGP, nous disposons de plus d'informations. Basée au Royaume-Uni – et plus précisément à Tadworth, dans le Surrey, juste au sud de Londres –, cette filiale est soumise à davantage d'obligations de transparence et ses comptes sont publics. Outre les opérations de négoce, elle abrite aussi des modestes activités de ventes de gaz et d'électricité sur le marché britannique. Elle dispose de branches en France, en Belgique, en Espagne et surtout en Suisse, à la même adresse officielle que Totsa à Genève.

La branche suisse semble clairement la plus active, si l'on en croit l'impôt sur les sociétés qu'elle déclare avoir versé dans le pays en 2024 : 142 millions de livres sur 206 millions au total. Les 64 millions restants sont acquittés au Royaume-Uni, l'Espagne et la France se contentant de miettes. En 2024, le taux d'imposition cumulé de TGP aura été de 16,6 % (le taux normal étant de 25% outre-Manche). En 2022 et 2023, années plus profitables pour la filiale, ce taux était de seulement 9,6 % et 10 % respectivement. Là encore, des conditions plutôt avantageuses.

En 2024 encore, TGP a acheté pour 1,9 milliard d'euros de gaz naturel liquéfié au mégaprojet russe Yanal LNG, et pour 2,4 milliards d'euros en 2023.

Les comptes de TGP donnent également quelques indications sur ses transactions avec d'autres entités du groupe, qui permettent de se plonger dans les dynamiques internes de commerce entre filiales. Le tableau reste incomplet, TotalEnergies ayant profité d'une exemption légale lui permettant de garder confidentielles les opérations de TGP avec d'autres filiales détenues à 100%. On constate cependant des flux financiers importants avec des sociétés partiellement détenues par TotalEnergies opérant des forages et des usines de liquéfaction partout dans le monde, comme Abu Dhabi Gas Liquefaction, Angola LNG, Ichtys LNG (Australie), Nigeria LNG, Qatar Liquefied Gas Company, et surtout Yamal LNG, le mégaprojet de la major française dans la Russie poutinienne. En 2024 encore, TGP lui a acheté pour 1,6 milliard de livres de GNL (1,9 milliard d'euros), et pour 2,4 milliards d'euros en 2023. TGP joue clairement un rôle charnière dans les activités gazières de TotalEnergies à l'échelle mondiale.

Au passage : on note aussi en 2024 des achats et des ventes importants, pour plusieurs centaines de millions de livres, à la Compagnie électrique de Bretagne, qui gère la centrale électrique au gaz de Landivisiau, dans le Finistère, ce qui suggère soit que TGP lui a vendu du gaz et lui a racheté de l'électricité en grande quantité, soit peut-être une transaction de convenance sur des stocks de gaz.

Au final, TGP a réalisé en 2024 un bénéfice de 1,2 milliard de livres sterling (1,4 milliard d'euros), contre 2,1 en 2023 (2,4 milliards d'euros). Elle a versé en 2024 (sur les profits 2023) un dividende de 2,3 milliards de livres sterling (2,8 milliards d'euros) à ses propriétaires directs, à savoir d'autres sociétés du groupe TotalEnergies : en premier lieu, à 92%, une autre filiale britannique baptisée TotalEnergies Gas & Power Holding UK, mais aussi une société française du nom de Global LNG, et un fonds d'intéressement pour les traders suisses du groupe.

Empilement de sociétés

Contrairement à Totsa qui est directement reliée à la société mère TotalEnergies SE, TGP est rattachée au groupe à travers une succession de sociétés britanniques puis françaises dont la plupart n'ont pas d'employés. La majorité de ses dividendes remonte donc à TotalEnergies Gas & Power Holding UK, qui héberge en outre d'autres activités dites d'aval en Grande-Bretagne (vente de gaz, énergie renouvelable et une centrale électrique). Cette société verse ensuite des dividendes à peu près équivalents à une troisième, Elf Petroleum UK, qui intègre en outre les activités extractives de TotalEnergies dans la partie britannique de la Mer du Nord. Elf Petroleum verse ensuite des dividendes légèrement supérieurs, de 3,2 milliards d'euros en 2023, à une autre société encore, TotalEnergies Holdings UK, qui à son tour les reverse à une société cette fois basée en France, TotalEnergies Holdings Europe.

Les dividendes issus de TGP remontent progressivement vers la société mère via une série de sociétés britanniques et françaises.

TotalEnergies Holdings Europe agrège les bénéfices de TGP et des autres activités britanniques avec ceux réalisés dans le reste de l'Europe, notamment en Norvège. En 2024, elle a reversé 7,2 milliards d'euros à ses actionnaires, soit son bénéfice de l'année précédente, et réalisé un profit de 5,9 milliards d'euros. Ces dividendes ont été reversés aux trois sociétés qui la contrôlent, à savoir la société mère du groupe TotalEnergies SE (53%, donc 3,8 milliards d'euros), une autre filiale directe la société mère du nom de TotalEnergies Holdings (30%, donc 2,2 milliards) et une filiale de cette dernière appelée Elf Exploration Production (17%, donc 1,2 milliard). TotalEnergies Holdings, qui regroupe les bénéfices remontant de nombreuses filiales aux activités diverses partout dans le monde (y compris Global LNG qui est apparu plus tôt en tant qu'actionnaire de TGP) a versé cette même année un dividende de 3,5 milliards d'euros à TotalEnergies SE.

Au final, donc, les dividendes issus de TGP remontent progressivement vers la société mère où ils arrivent, en s'agrégeant à d'autres dividendes, via TotalEnergies Holdings Europe et via TotalEnergies Holdings. Pourquoi une structuration aussi complexe ? Elle s'explique en partie sans doute par des raisons historiques, en partie par des raisons opérationnelles et financières. Elle permet aussi potentiellement à TotalEnergies – illustrant notre propos initial – de loger les profits là où c'est le plus commode.

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Remontées de dividendes

Les remontées totales de dividendes de filiales vers TotalEnergies SE se sont élevées en 2024 à 15,2 milliards d'euros – dont 3,8 milliards de TotalEnergies Holdings Europe, 3,5 milliards de TotalEnergies Holdings et 3,2 milliards de Totsa. Les dividendes remontés par Totsa et TGP en 2024 représentent 6 milliards d'euros, soit 40% du total. Cette proportion est cependant variable d'année en année. En 2023, pic de la première vague des superprofits, les dividendes de Totsa et TGP représentaient 9,5 milliards sur 11,6 remontés à la société mère, soit 82% du total ! L'année d'avant, en 2022, c'était 39% (3,8 milliards d'euros sur 9,7).

Les dividendes remontés par Totsa et TGP en 2024 représentent 6 milliards d'euros, soit 40% du total des dividendes empochés par la société mère TotalEnergies SE. En 2023, c'était 82% !

En 2025, Totsa a encore fait remonter à la société mère près de 2,6 milliards d'euros de dividendes. TotalEnergies Holdings lui a versé 6,7 milliards d'euros et TotalEnergies Holdings Europe 2,3 milliards d'euros, mais on ne sait pas encore, les comptes n'étant pas publiés, quelle part est issue de TGP pour cette année là.

Une grosse partie des profits générés par TotalEnergies ne vient donc ni de France, ni des pays du « Sud », ni de là où TotalEnergies extrait effectivement son pétrole et son gaz. Elle vient de places financières offshore comme Genève ou Singapour, où s'exercent des activités de négoce par nature spéculatives, qui y bénéficient en outre de conditions fiscales particulièrement avantageuses.

Et, comme le montre notre infographie, ces remontées de profits vont ensuite directement dans les proches des actionnaires. En 2024, les dividendes et rachats d'actions du groupe pétrogazier français équivalaient peu ou prou aux dividendes remontés à la société mère, qui n'est en réalité qu'une autre chaîne dans cette courroie de transmission.

On ne s'étonnera pas qu'il y a quelques semaines, en même temps que les dirigeants de TotalEnergies ont rendu public leur profit record du premier trimestre, ils ont aussi annoncé une augmentation du dividende et un doublement du programme de rachat d'actions.


[1] Lire par exemple ces tribunes dans Le Point et Le Monde.

20.05.2026 à 11:58

De l'Ukraine à l'Iran, pétrole et profits de guerre

Plongée dans les profits de guerre des multinationales pétrolières et gazières comme TotalEnergies et leurs manoeuvres pour esquiver les revendications de justice fiscale.

- De l'Ukraine à l'Iran, pétrole et profits de guerre
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L'invasion russe de l'Ukraine a inauguré une ère de "superprofits" pour les majors pétrolières et gazières comme TotalEnergies, et de débats houleux sur la nécessaire taxation de ces bénéfices de guerre - sans beaucoup d'effets concrets. Quelques années plus tard à peine, avec le conflit en Iran et dans le Golfe, la question revient au premier plan.

20.05.2026 à 07:00

Capgemini, « chasseur de prime » pour l'ICE

Olivier Petitjean

En signant fin 2025 un nouveau contrat avec l'ICE, la police anti-migrants de Donald Trump, Capgemini pouvait espérer toucher jusqu'à 365 millions de dollars. Une véritable manne pour sa filiale dédiée à la sous-traitance pour l'administration fédérale américaine, Capgemini Government Solutions.
Sauf que le groupe français se mettait ainsi au service de la politique la plus controversée du président américain, pour une activité qui n'a rien d'innocent : du « skip tracing », c'est-à-dire de (…)

- Chiffres / ,
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En signant fin 2025 un nouveau contrat avec l'ICE, la police anti-migrants de Donald Trump, Capgemini pouvait espérer toucher jusqu'à 365 millions de dollars. Une véritable manne pour sa filiale dédiée à la sous-traitance pour l'administration fédérale américaine, Capgemini Government Solutions.

Sauf que le groupe français se mettait ainsi au service de la politique la plus controversée du président américain, pour une activité qui n'a rien d'innocent : du « skip tracing », c'est-à-dire de la localisation de personnes en vue de leur arrestation et de leur déportation. Pour couronner le tout, l'entreprise devait être rémunérée en fonction du nombre de migrants qu'elle aurait réussi à faire appréhender.

L'Observatoire des multinationales a révélé l'existence de ce contrat à un moment où les actions et les méthodes de l'ICE étaient au centre de l'attention des médias du monde entier, avec l'assassinat de (entre autres) Renee Good et Alex Pretti.

Suite à nos révélations et au scandale qu'elles ont suscité au sein de l'entreprise et dans l'opinion publique, la direction a annoncé, au terme d'un conseil d'administration extraordinaire début février, la mise en vente de sa filiale controversée.

Depuis, aucune nouvelle. La direction de Capgemini veut tourner la page et se concentrer sur le déploiement de l'IA, qu'elle voit comme son principal levier de croissance (et peut-être son seul moyen de survie). Mais le sujet sera certainement à nouveau à l'ordre du jour de l'assemblée générale du groupe, qui se tient le 20 mai à Paris.

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