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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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17.04.2024 à 06:00

Cisjordanie : Israël est responsable de la montée de la violence des colons

Human Rights Watch

Click to expand Image Une famille palestinienne s’apprêtait à quitter la communauté de Khirbet Zanuta, dans le sud de la Cisjordanie, le 30 octobre 2023. Les attaques répétées menées par des colons, parfois accompagnés de soldats, ont contraint tous les habitants de cette communauté à partir. © 2023 Marcus Yam/Los Angeles Times via Getty Images

(Jérusalem) – L'armée israélienne a participé à des violentes attaques menés par des colons en Cisjordanie ou n'a pas protégé les Palestiniens contre ces attaques, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui ; ces attaques ont déplacé des habitants de 20 communautés, et ont entièrement déraciné au moins sept communautés depuis le 7 octobre 2023.

Sous couvert des hostilités en cours à Gaza, des colons israéliens ont agressé et torturé des Palestiniens, commis des violences sexuelles, volé leurs biens et leur bétail, menacé de les tuer s'ils ne partaient pas définitivement, et détruit des domiciles et des écoles. De nombreux Palestiniens – dans certains cas des communautés entières – ont fui leurs foyers et leurs terres. L’armée israélienne n’a pas indiqué aux résidents déplacés qu’elle assurerait leur sécurité ou qu’elle leur permettrait de rentrer chez eux, les obligeant à vivre ailleurs dans des conditions précaires.

« Des colons et soldats ont déplacé des communautés palestiniennes entières, détruisant chaque foyer, avec le soutien apparent des plus hautes autorités israéliennes », a déclaré Bill Van Esveld, directeur adjoint de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Alors que l’attention du monde est tournée vers Gaza, les abus en Cisjordanie se multiplient, alimentés par des décennies d’impunité et l’indulgence des alliés d’Israël. »

Click to expand Image Décombres d’une maison détruite à Al-Qanub, une communauté palestinienne dans le sud de la Cisjordanie, suite à la fuite des habitants qui étaient menacés de mort par des colons israéliens armés, le 9 octobre 2023. © 2023 Privé

Human Rights Watch a enquêté sur des attaques qui ont forcé le déplacement de tous les habitants de cinq communautés palestiniennes en Cisjordanie en octobre et novembre 2023 : Khirbet Zanuta et Khirbet al-Ratheem au sud d'Hébron, Al-Qanub à l'est d'Hébron, ainsi qu'Ein al-Rashash et Wadi al-Seeq, à l'est de Ramallah. Les éléments de preuve indiquent que des colons armés, avec la participation active d'unités de l'armée, ont à plusieurs reprises bloqué les accès routiers et attaqué des communautés palestiniennes ; les colons ont détenu, agressé et torturé des habitants, les ont chassés de leurs maisons et de leurs terres sous la menace d'armes, ou les ont contraints à fuir en les menaçant de mort, parfois en les empêchant d’emporter leurs biens.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 27 témoins des attaques et a visionné des vidéos filmées par les résidents, montrant le harcèlement commis par des hommes en uniforme militaire israélien qui tenaient des fusils d'assaut M16. Au 16 avril, les Forces de défense israéliennes (FDI) n'avaient toujours pas répondu aux questions posées à ce sujet par Human Rights Watch, dans un courrier électronique transmis le 7 avril.

Click to expand Image Un habitant palestinien de Wadi al-Seeq, en Cisjordanie, photographié après l’attaque menée par des colons en présence de soldats israéliens, le 12 octobre 2023. Il a été dû être hospitalisé en raison de ses blessures. © 2023 Privé

Le nombre d’attaques par des colons contre des Palestiniens a augmenté en 2023, atteignant son plus haut niveau depuis que l’ONU a commencé à enregistrer ces données en 2006. Ceci était déjà le cas même avant les attaques menées par le Hamas le 7 octobre, qui ont tué environ 1 100 personnes en Israël.

L'ONU a enregistré plus de 700 attaques menées par des colons entre le 7 octobre 2023 et le 3 avril 2024, dont près de la moitie en présence de soldats en uniforme. Depuis le 7 octobre, les attaques ont entraîné le déplacement de plus de 1 200 personnes, dont 600 enfants, qui vivaient dans des communautés rurales d'éleveurs. Depuis le 7 octobre, selon l’ONU, au moins 17 Palestiniens ont été tués et 400 ont été blessés en Cisjordanie, tandis que les Palestiniens y ont tué 7 colons depuis cette date.

Une organisation israélienne de défense des droits humains, Haqel: In Defense of Human Rights, a demandé à la Haute Cour israélienne d'ordonner à l'armée de protéger les habitants déplacés de six communautés, dont Khirbet Zanuta et de permettre leur retour. Le 20 février, selon Haqel, le bureau du procureur israélien a affirmé dans sa réponse qu'aucun déplacement forcé n’avait eu lieu, et que les Palestiniens étaient partis volontairement en raison de problèmes liés à l’élevage et à l’agriculture. La prochaine audience dans cette affaire est prévue pour le 1er mai.

La police israélienne a juridiction sur les colons, en matière d’application de la loi, tandis que l’armée a juridiction sur les Palestiniens en Cisjordanie occupée. Après le 7 octobre, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a ordonné à la police de ne pas appliquer la loi envers des colons violents, selon un journal d’investigation israélien. La police a nié cette information, mais Ben-Gvir lui-même ne l’a pas démentie. La grande majorité des plaintes palestiniennes contre des colons ou soldats israéliens n’aboutissent pas à des inculpations, selon les données officielles compilées par l’ONG israélienne Yesh Din.

Après le 7 octobre, le ministère israélien de la Sécurité nationale a distribué des milliers d’armes, à des habitants israéliens, notamment à des colons. En décembre, le bureau du Procureur général a signalé au Parlement (Knesset) que le ministère avait illégalement approuvé 14 000 permis d’armes à feu.

Depuis le mois de décembre, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont annoncé des politiques de visa interdisant à certains colons violents d’entrer dans ces pays. En outre, les États-Unis et le Royaume-Uni ont imposé des sanctions financières à huit colons, ainsi qu’à deux colonies israéliennes en Cisjordanie. L’Union européenne envisage aussi l’adoption de sanctions, mais les discussions sont toujours en cours, en raison de la forte réticence de la République tchèque et de la Hongrie.

Le transfert forcé ou la déportation d’habitants d’un territoire occupé, ainsi que la destruction ou l’appropriation massives de biens dans un territoire occupé, constituent des crimes de guerre.

Les autres gouvernements devraient suspendre leur soutien militaire à Israël, étant donné le risque de complicité dans des abus. Ils devraient également revoir et éventuellement suspendre les accords bilatéraux, tels que l’Accord d’association UE-Israël, et interdire le commerce avec les colonies dans les territoires occupés.

Les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni et d’autres pays devraient prendre des mesures afin que les individus responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité répondent de leurs actes, notamment par le biais d’enquêtes et de poursuites pénales relevant de la compétence universelle, et devant la Cour pénale internationale.

Texte complet en anglais, avec des informations plus détaillées : en ligne ici.

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15.04.2024 à 17:51

Arabie saoudite : Libérer l’activiste Waleed Abu al-Khair

Human Rights Watch

Click to expand Image L’avocat saoudien Waleed Abu al-Khair, spécialiste de la défense des droits humains basé à Djeddah, lors d’un entretien avec Human Rights Watch via Skype, le 19 septembre 2013. © 2013 Human Rights Watch

(Beyrouth, 15 avril 2024) – Les autorités saoudiennes devraient immédiatement libérer Waleed Abu al-Khair, un avocat et défenseur des droits humains qui a reçu plusieurs prix, ont conjointement déclaré aujourd'hui 17 organisations de défense des droits humains dont Human Rights Watch, à l'occasion du 10ème anniversaire de son arrestation. Abu al-Khair purge une peine de 15 ans de prison, simplement en raison de son militantisme pacifique en faveur des droits humains.

« Ce sombre anniversaire de l’arrestation de Waleed Abu al-Khair contredit les promesses de réformes du prince héritier Mohammed ben Salmane, qui s’apparentent à des paroles creuses », a déclaré Joey Shea, chercheuse sur l’Arabie saoudite à Human Rights Watch. « Waleed Abu al-Khair, ainsi que de nombreux autres citoyens éminents et brillants d’Arabie saoudite, restent injustement emprisonnés simplement pour avoir appelé à un avenir marqué par le respect des droits dans leur pays. »

15 avril 2024 Arabie saoudite : Déclaration conjointe d’ONG au sujet de Waleed Abu al-Khair

Dix ans après l’arrestation arbitraire du défenseur saoudien des droits humains Waleed Abu al-Khair, 17 ONG appellent à sa libération

En juillet 2014, la Cour pénale spécialisée (CSC), le tribunal antiterroriste saoudien, a condamné Abu al-Khair à 15 ans de prison, principalement pour ses commentaires dans les médias et ses tweets critiquant le bilan de l’Arabie saoudite en matière de droits humains, en particulier les lourdes peines prononcées contre les détracteurs pacifiques. Le tribunal a également prononcé contre Abu al-Khair une interdiction de voyager pendant 15 ans apres l’échéance de sa peine de prison, et lui a imposé une amende de 200 000 riyals saoudiens (environ 53 000 dollars US).

En 2016, Abu al-Khair s’est vu décerner le prestigieux Prix des droits de la personne du Barreau du Haut-Canada. Il a également reçu de nombreux autres prix dans le domaine des droits humains.

« Waleed Abou al-Khair a perdu 10 ans de sa vie à cause de la répression menée par le gouvernement saoudien », a déclaré Joey Shea. « Les autorités saoudiennes devraient le libérer immédiatement. »

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13.04.2024 à 05:00

Soudan : Une année d'atrocités nécessite une nouvelle approche mondiale

Human Rights Watch

Click to expand Image Un entrepôt médical détruit à Nyala, la capitale de la province du Darfour du Sud, au Soudan, le 2 mai 2023. © 2023 AFP via Getty Images

(Nairobi) – Alors que des dirigeants mondiaux et régionaux s’apprêtent à se réunir à Paris pour faire le point sur la situation au Soudan et marquer le premier anniversaire du conflit brutal qui oppose les Forces armées soudanaises (Sudanese Armed Forces, SAF) aux Forces de soutien rapide (Rapid Support Forces, RSF), ils devraient clairement indiquer que les responsables des atrocités en cours et d'autres violations du droit international humanitaire devront rendre des comptes, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Ces abus comprennent des meurtres intentionnels généralisés de civils, des attaques illégales contre des infrastructures civiles, ainsi que le pillage délibéré de l'aide, qui constituent des crimes de guerre.

Le 15 avril, la France, l'Allemagne et l'Union européenne tiendront conjointement une conférence sur le Soudan afin de faire pression pour la cessation des combats et pour une augmentation significative du financement international pour la réponse humanitaire ; celle-ci est gravement sous-financée, alors qu'une famine et une crise humanitaire plus large se propagent dans le pays et dans les pays d'accueil des réfugiés.

« Les parties belligérantes au Soudan ont infligé d’énormes souffrances aux Soudanais de tous horizons. La réponse mondiale au conflit brutal au Soudan doit changer », a déclaré Mohamed Osman, chercheur sur le Soudan à Human Rights Watch. « Les dirigeants réunis à Paris devraient agir pour lutter contre les niveaux honteusement bas de financement humanitaire, notamment pour les intervenants locaux, et s'engager à prendre des mesures concrètes contre ceux qui entravent délibérément l'acheminement de l'aide aux populations dans le besoin. »

Cette conférence se tiendra un an après l'éclatement du conflit entre les SAF et les RSF à Khartoum le 15 avril 2023, avant de s'étendre à d'autres régions, dont le Darfour et le centre du Soudan. Malgré l'ampleur des souffrances et des violations commises par les parties belligérantes, la situation au Soudan n’a suscité qu’une réponse décevante de la part de la communauté internationale.

Il est avéré que près de 15 000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit, mais ce chiffre est presque certainement une sous-estimation. Le conflit a déraciné 8,5 millions de personnes, pour la plupart à l’intérieur du pays, faisant de la crise au Soudan la plus grande crise de déplacement interne au monde. Environ 1,76 million de personnes ont fui vers les pays voisins. Sans aide humanitaire significative, cinq millions de personnes pourraient risquer la famine au cours des prochains mois.

Les deux parties belligérantes ont commis de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire, équivalant dans certains cas à des crimes de guerre et à d'autres atrocités criminelles, a déclaré Human Rights Watch. Les SAF ont tué illégalement des civils, mené des frappes aériennes visant délibérément des infrastructures civiles et entravé à plusieurs reprises l'aide humanitaire, entre autres violations. Les RSF ont commis de nombreux massacres de civils, dont beaucoup semblent avoir été ciblés en raison de leur ethnicité, notamment au Darfour occidental, tout en entravant l’aide, notamment par le pillage généralisé des fournitures humanitaires. Les RSF ont utilisé des armes explosives lourdes dans des zones densément peuplées et se sont livrés à des violences sexuelles généralisées et à des pillages. Les deux forces et leurs alliés ont recruté des enfants et arbitrairement détenu des civils.

Selon l'ONU, environ 25 millions de personnes, soit environ la moitié de la population, dépendent désormais des approvisionnements alimentaires d'urgence, que les SAF ont délibérément restreints et que les RSF ont pillés, en violation flagrante du droit international lors d’actes qui pourraient constituer des crimes de guerre, a déclaré Human Rights Watch.

Les entretiens de Human Rights Watch avec des travailleurs humanitaires ont décrit comment les autorités affiliées aux SAF, y compris ses services de renseignement militaire, ont imposé une multitude de restrictions bureaucratiques arbitraires qui ont entravé le travail des organisations humanitaires et leur capacité à atteindre les individus dans le besoin. Il s'agit notamment de retards, de refus et de non-réponses aux demandes de visas et de permis de voyage, que les autorités exigent pour permettre au personnel humanitaire de se déplacer entre les États fédéraux, ainsi que l'imposition de procédures administratives excessives pour l'importation et le transport de matériel de secours. L’obstruction illégale de l’aide exercée par les SAF fait suite à des décennies d’hostilité et d’obstruction systématique envers les agences humanitaires internationales sous l’ancien président soudanais Omar el-Bechir, ajoutant aux souffrances de la population dans les zones de conflit.

Les RSF et les milices alliées ont attaqué et pillé à maintes reprises les fournitures et infrastructures humanitaires, notamment des entrepôts, comme par exemple les stocks dans un entrepôt du Programme alimentaire mondial (PAM) à Wad Madani en décembre 2023. « Cette attaque – dans des zones contrôlées par les Forces de soutien rapide – a affecté des approvisionnements qui auraient pu nourrir pendant un mois entier 1,5 million de personnes en situation d'insécurité alimentaire aiguë », a indiqué le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA). Des communautés au Darfour ont aussi, plus récemment, accusé les RSF de pillages de vivres destinés aux camps de personnes déplacées. Le Darfour Network for Human Rights, un groupe de surveillance des droits, a déclaré dans un communiqué du 3 avril que les RSF et des combattants arabes ont pillé du matériel humanitaire, notamment des produits alimentaires pour enfants souffrant de malnutrition, qui était destiné à des résidents d'un camp de personnes déplacées au centre du Darfour.

Les deux parties au conflit, en particulier les SAF, ont cherché à restreindre l’aide entrant et transitant par les zones de contrôle des parties adverses, ce qui a placé Khartoum sous un blocus de facto depuis fin 2023 et a également entravé l’accès de l’aide au Darfour.

Un travailleur humanitaire local de la ville de Bahri, à Khartoum, a déclaré : « Les SAF empêchent tout approvisionnement d'entrer dans la ville et les RSF restreignent les déplacements à l'intérieur. Nous sommes obligés de faire entrer clandestinement des marchandises, notamment de la nourriture, ce qui fait augmenter les prix des produits. »

Le PAM a indiqué le 3 avril qu’il avait réussi à atteindre la localité de Karrari à Omdurman, qui est actuellement sous le contrôle des SAF, pour la première fois depuis décembre.

Le 6 mars, les autorités soudanaises ont informé l’ONU qu'elles n'autoriseraient les mouvements transfrontaliers que par des passages spécifiques sous le contrôle de forces alliées à l'armée, ajoutant ainsi des défis financiers et logistiques supplémentaires aux organisations humanitaires.

Le 21 mars, les RSF avaient publié une déclaration sur leur compte officiel X (anciennement Twitter), déclarant qu'elles ne permettraient pas à l'aide de Port-Soudan d'atteindre El Fashir, la capitale du Nord Darfour, affirmant que ce plan serait utilisé à des fins de réarmement par les SAF et leurs alliés.

Les parties belligérantes ont tué, blessé et détenu des dizaines de travailleurs humanitaires, et ont pris pour cible des convois humanitaires. En décembre, les SAF ont attaqué un convoi du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui comprenait des civils à évacuer, tuant deux personnes et en blessant sept, dont trois membres du CICR. Les SAF ont affirmé à la suite de l’incident que le CICR s'était écarté de l'itinéraire convenu et qu'ils étaient escortés par des véhicules des RSF.

Face aux blocages de l’aide internationale, les intervenants soudanais, dont beaucoup se portent volontaires dans les salles d’urgence du pays, ont supporté le plus gros des efforts déployés pour répondre aux besoins croissants des civils à Khartoum, au Darfour, à Al Gezira et ailleurs. Les deux parties au conflit ont harcelé, détenu et maltraité les intervenants locaux. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a déclaré en février que les SAF et les RSF détenaient arbitrairement des milliers de civils et avaient soumis des centaines d’entre eux à des disparitions forcées, notamment des membres des salles d'intervention d'urgence. Human Rights Watch a également documenté les arrestations arbitraires et les mauvais traitements infligés à des secouristes et à des membres du personnel de santé par les RSF et les SAF à Khartoum.

Le mépris flagrant des parties belligérantes à l’égard du droit international humanitaire et des droits humains a provoqué le cauchemar humanitaire actuel et a laissé les civils dans les zones particulièrement durement touchées par les combats, notamment Khartoum et ses « villes sœurs » et de grandes parties du Darfour, épuisés et incapables d’accéder aux produits de première nécessité.

Les attaques des parties belligérantes, notamment contre des installations comme les établissements de santé et les usines de traitement des eaux, ont rendu la vie des civils précaire et peu sûre. Depuis le début du conflit, les forces des SAF et des RSF ont bombardé des établissements de santé, tandis que les RSF ont à maintes reprises occupé des hôpitaux. Les attaques contre des établissements de santé, dont beaucoup étaient délibérées, ont rendu 70 à 80 pour cent de ces établissements non opérationnels, notamment à Khartoum et au Darfour. Même ceux qui sont jugés fonctionnels sont confrontés à d'énormes défis, en raison du manque d'électricité, de personnel et de fournitures médicales, notamment de médicaments vitaux. « Nous ne pouvons pas dire qu’il existe un secteur de santé fonctionnel », a déclaré un professionnel de la santé international à Human Rights Watch en février. Au cours de l'année dernière, les combats incessants menés par les belligérants dans les zones résidentielles du Grand Khartoum, notamment en utilisant des armes qui aboutissent fréquemment à des attaques indiscriminées en violation des lois de la guerre, ont également empêché les déplacements en toute sécurité des civils et des intervenants locaux.

En mai 2023, les deux parties se sont engagées à respecter le droit humanitaire international et à autoriser l’acheminement de l’aide lors de pourparlers organisés à Djeddah par l’Arabie saoudite et les États-Unis, ensuite rejoints par l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Inter-Governmental Authority on Development, IGAD). Compte tenu des informations faisant état d'une reprise des pourparlers de Djeddah, les hôtes devraient faire pression en faveur de la création d'un mécanisme qui surveillera la mise en œuvre des engagements visant à faire respecter le droit international humanitaire et les droits humains, et à protéger les civils, notamment en dénonçant les attaques et l'obstruction délibérée de l'aide humanitaire et la destruction illégale d’infrastructures civiles.

Les États membres du Conseil de sécurité de l'ONU et du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine devraient continuer de surveiller de près la situation de la sécurité alimentaire, en organisant régulièrement des séances d'information publiques au cours des six prochains mois.

Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union européenne et d’autres pays devraient coordonner leurs actions dans le cadre de leurs régimes de sanctions respectifs contre le Soudan et désigner de toute urgence les entités et les individus responsables de l’obstruction de l’aide et d’autres violations graves.

Les gouvernements se réunissant à Paris devraient également soutenir activement et publiquement les efforts visant à enquêter sur les abus en cours sur le terrain, a déclaré Human Rights Watch. Le bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé en juillet 2023 qu’il enquêtait sur les crimes récents commis au Darfour, dans le cadre des enquêtes en cours sur le Darfour. La mission internationale indépendante d'établissement des faits sur le Soudan, créée par le Conseil des droits de l'homme de l’ONU en octobre et mandatée pour enquêter sur les violations commises dans tout le Soudan, y compris à Khartoum et au Darfour, devrait bénéficier d’un soutien total et d’un accès sans entrave, et être renouvelée si nécessaire jusqu'à ce que les enquêtes soient terminées.

« La communauté internationale devrait avoir honte du coût horrible de son inaction. Les civils au Soudan méritent de bénéficier d’une réponse mondiale robuste et concertée », a conclu Mohamed Osman. « La conférence de Paris ne devrait pas être le point final de l'attention portée au Soudan, mais plutôt le lancement d'une nouvelle approche, en annonçant des augmentations majeures du financement humanitaire, notamment pour les intervenants locaux, et en précisant des critères clairs et des mesures concrètes que les États devraient prendre pour mettre fin à la militarisation de l'aide par les deux parties belligérantes. »

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