LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs Revues MÉDIAS
Observatoire des politiques culturelles
 
Organisme national, l'OPC travaille sur l’articulation entre l’innovation artistique et culturelle, les évolutions de la société et les politiques publiques au niveau territorial

▸ Les 10 dernières parutions

15.10.2026 à 09:58

Archives et mémoires queers françaises : les collectifs d’archives issus du réseau Big Tata

Frédérique Cassegrain

Comment transmettre les mémoires et cultures LGBTQIA+ en l’absence d’archives institutionnelles ? Depuis 2021, le réseau Big Tata réunit dix-huit associations qui tentent de répondre à cette question en développant une « archive vivante » : une mémoire queer collectée, indexée et réactivée par et pour les communautés concernées sur les territoires.

L’article Archives et mémoires queers françaises : les collectifs d’archives issus du réseau Big Tata est apparu en premier sur Observatoire des politiques culturelles.

Texte intégral (1122 mots)
© Marie-Madeleine Dumax-Vorzet

Inspiré de son mémoire, le texte que Marie-Madeleine Dumax-Vorzet a rédigé pour la collection Écrire demain, regards d’étudiants est disponible en téléchargement ici.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Marie-Madeleine Dumax-Vorzet, j’ai 25 ans. J’ai commencé mon parcours dans le secteur culturel vers l’âge de 16 ans environ comme administratrice puis vice-présidente d’une MJC. En parallèle, j’étais engagée dans plusieurs projets associatifs. Je suis issue d’études de lettres, puis j’ai fait le master Développement de projets artistiques et culturels internationaux à l’université Lyon 2 en 2024, qui venait rassembler un intérêt artistique et un engagement associatif, personnel et militant. Cet engagement a aussi son importance pour mon sujet de mémoire : je suis une femme transgenre, ce qui vient interroger des dynamiques personnelles, des réflexions à la fois intimes et communautaires. 

J’étais en voyage jusqu’à il y a quelques mois, et je recommence tout juste à chercher un emploi. Avant cela, je travaillais à la Biennale des arts contemporains de Lyon, au service Développement.

Comment est née l’envie de travailler sur ce sujet de mémoire ?

Dans mon cas, ce sujet s’est imposé assez rapidement et spontanément, avant même que je commence à vraiment y réfléchir, car il se situait à l’intersection de plusieurs questionnements que j’avais déjà. D’abord, l’univers artistique queer, très présent dans les collections des grands collectifs d’archives. S’y ajoutait la question de l’autoédition et de la microédition, très liée à ces collectifs d’archives queer, puisque nombre d’entre eux sont par ailleurs éditeurs ou auto-éditeurs. Il y avait également un intérêt militant :  comment faire communauté au sens large, pas seulement autour du présent, mais aussi autour du passé et d’une mémoire commune ? Ce mémoire est aussi parti de recherches personnelles sur les différents mouvements militants, qui m’ont fait prendre conscience d’un manque d’information sur l’histoire communautaire française. On associe souvent la révolution queer à des événements très américains, comme les émeutes de Stonewall, alors qu’il en existe une histoire française, tout aussi riche, mais largement méconnue. Ce sujet m’est venu par ce biais, mais aussi de façon plus autobiographique : c’est à cette période que j’ai rejoint le collectif lyonnais Mémoire minoritaire, ce qui m’a permis d’avoir un double point de vue, à la fois comme membre découvrant le collectif et comme acteur·rice culturel·le réfléchissant aux enjeux plus larges de programmation culturelle. 

Votre terrain d’enquête vous a-t-il surpris ? 

Le fonctionnement en tant que tel ne m’a pas vraiment étonnée, car les collectifs sont assez présents sur les réseaux sociaux et j’avais déjà une bonne idée de la manière dont ils agissaient. Ce qui m’a davantage surprise, c’est l’ampleur de ce qu’ils proposent. Je les imaginais un peu comme des bibliothèques qui organisent occasionnellement deux ou trois événements. En réalité, j’ai découvert une grande diversité de formes – chaque collectif s’organise différemment – et une programmation culturelle souvent ambitieuse, ne se limitant pas à l’archivage et touchant aussi bien la littérature que l’art contemporain. La seconde surprise concerne les spécificités locales. Je pensais au départ que ce réseau fonctionnerait presque comme des antennes régionales chargées de relayer la bonne parole parisienne sur le reste du territoire. Or, j’ai constaté l’inverse : une véritable revendication de spécificité locale de la part des collectifs, aussi bien à travers les événements et les auteur·ice·s qu’ils mettent en avant que dans le contenu de leurs collections, avec une volonté de valoriser des mémoires locales queers – un sujet encore plus invisibilisé que l’histoire queer française en général. Cet aspect a été la partie la plus enrichissante de mes rencontres avec les différents collectifs. 

Que voudriez-vous faire évoluer dans le secteur culturel ?

Selon moi, et de façon un peu prosaïque, la question la plus actuelle est celle des moyens. Les principales scènes nationales sont complètement sous l’eau budgétairement, avec une incertitude terrible. En tant que jeune actrice culturelle, je constate également une forte précarisation du secteur : des difficultés à entrer dans le domaine professionnel, mais aussi à s’y maintenir au-delà d’un fonctionnement précaire, temporaire et incertain. Un aspect découle de ce manque de moyens et constitue un vrai problème :  la mise en concurrence croissante des actrices et acteurs culturels entre eux. Il faut toujours proposer plus et mieux que le voisin, avec des fonctionnements toujours plus ambitieux mais toujours moins de moyens. Le troisième point important, notamment dans le contexte politique actuel, concerne l’engagement. S’il y a bien un domaine appelé à s’engager et à se mobiliser, c’est précisément le domaine culturel et artistique, au sens très large. C’est en tout cas, ce que l’on essaie de faire aujourd’hui dans le secteur, même si les nouvelles ne sont pas toujours très bonnes.

L’article Archives et mémoires queers françaises : les collectifs d’archives issus du réseau Big Tata est apparu en premier sur Observatoire des politiques culturelles.

13.10.2026 à 10:58

Chronique de la répression culturelle en Serbie

Frédérique Cassegrain

Depuis 2024, avec l’effondrement meurtrier d’un auvent en béton dans la gare de Novi Sad, le mouvement de contestation lancé par les étudiants secoue désormais l’entièreté de la Serbie. Face à la corruption, au contrôle des médias et à la répression dans le domaine culturel, tous réclament le respect de l’État de droit. Nous republions ici la tribune rédigée par des artistes et acteurs culturels en 2025 dans laquelle ils témoignent et documentent les entraves aux libertés de pensée, d’expression et de création qu’ils subissent.

L’article Chronique de la répression culturelle en Serbie est apparu en premier sur Observatoire des politiques culturelles.

Texte intégral (1488 mots)
© Madison Inouye, Pexels

Avec le lancement de la Chronique de la répression dans le domaine culturel en novembre 2025, la Communauté des arts et de la culture [en serbe, Zajednica umetnosti i kulture – ZUK] – un collectif informel de travailleurs issus de différents domaines de la production culturelle en Serbie, créé dans le contexte particulier de 2025 Le 1er novembre 2025, un an après l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad, des dizaines de milliers de personnes se sont réunies sur les lieux de l’accident lors d’un rassemblement commémoratif. – cherche à créer un espace commun pour échanger des connaissances sur la répression exercée par le régime à l’encontre du secteur culturel dans le pays. Ce faisant, la ZUK vise à empêcher que les travailleurs culturels et les artistes ne soient cantonnés à des luttes individuelles, et à contrer leur isolement et atomisation persistants. En documentant les cas de représailles politiques, nous assumons le rôle de témoins collectifs, afin que ces cas ne soient ni passés sous silence ni oubliés, mais servent au contraire à favoriser la solidarité, les liens mutuels et le soutien.

Un questionnaire, mis à la disposition de nos collègues, visait à recueillir des témoignages concernant des expériences d’intimidation, de menaces, de coercition, de licenciements, de censure, ainsi que le retrait d’un soutien financier ou du droit au travail pour ceux qui ont rejoint la vague de manifestations de masse en Serbie en 2024 et 2025. Outre les nombreux cas bien connus de violations de la liberté d’expression et de réunion, du droit au travail et d’infraction à la loi dans le domaine de la culture et du patrimoine culturel, ZUK a recueilli en un mois, du 15 novembre au 15 décembre 2025, 37 signalements supplémentaires concernant des cas moins connus de répression au sein du secteur culturel national.

Le rapport complet en serbe est accessible ici.

Les formes et les méthodes de répression étaient diverses. Il convient de noter en particulier les problèmes liés à la mise en œuvre des appels à candidature et des concours publics, ainsi que les manipulations concernant la nomination des directeurs et des responsables d’institutions culturelles. Dans six cas, des licenciements ou des menaces de licenciement ont été signalés, tandis que cinq cas concernaient du chantage. Des témoignages font également état d’une forme spécifique de répression : les commissaires locaux du parti au pouvoir intimident le personnel politiquement dissident.

Les textes réglementaires internes, tels que les statuts et les systèmes de classification des postes, ont été modifiés, entre autres, pour permettre l’embauche de candidats sans qualifications appropriées mais politiquement loyaux, ou pour licencier des employés récalcitrants, comme ce fut le cas au Théâtre de la ville de Šabac. Au Théâtre national de Belgrade, un nouveau règlement sur la discipline au travail, la conduite des employés et l’indemnisation des dommages a été adopté le 25 septembre 2025, les privant  de nombreux droits humains, droit au  travail et à la création artistique. Des mesures similaires ont été adoptées dans certains musées, exigeant l’autorisation écrite des directeurs pour toutes les réunions, les visites protocolaires, les visites guidées gratuites des expositions et les déclarations aux médias. Les employés « désobéissants » des institutions culturelles à travers le pays ont été discrédités, malmenés, soumis à des insultes et à des humiliations, tandis que de fausses informations concernant leur travail ont été diffusées.

La plupart des cas signalés concernaient une censure directe – à savoir l’annulation de manifestations artistiques en raison de la participation d’acteurs politiquement indésirables ou du thème du programme. Parallèlement, des « listes noires » fonctionnent comme un mécanisme de répression efficace précisément parce qu’elles sont invisibles pour le grand public et que leur existence est niée. Les directeurs demandent à leurs collaborateurs de surveiller attentivement leurs propos lors des lancements de saison, l’autonomie éditoriale est sapée, et la qualité ainsi que la continuité du travail au sein des institutions culturelles publiques sont considérablement compromises.

Les travaux de rénovation ou la fermeture de bâtiments sous prétexte de sécurité incendie constituent une forme, jusqu’alors rare, de restriction de la liberté d’expression. Le Théâtre national de Belgrade s’est révélé être un exemple de ce mécanisme de musellement. Dans d’autres institutions, les employés ont été menacés de fermeture de l’établissement et de licenciement de troupes théâtrales si les manifestations se poursuivaient.

La scène culturelle indépendante a été confrontée à une forme spécifique de harcèlement et de pression externes, se traduisant par des poursuites judiciaires, des contrôles financiers, des audits extraordinaires de projets cofinancés et des charges administratives excessives. À la suite du soutien apporté par l’opinion publique aux manifestations étudiantes, l’attribution d’espaces à certaines organisations de la société civile au sein d’institutions publiques a été remise en cause ou suspendue. Dans de nombreux rapports, la survie des organisations de la scène indépendante – en particulier celles axées sur la critique sociale et l’engagement –  a été remise en question.  Des associations artistiques représentatives, telles que l’Association des artistes plasticiens de Serbie [ULUS], soulignent que non seulement leurs programmes habituels, mais aussi leur existence même sont menacés.

Pour les collègues qui ont été licenciés de manière injuste et illégale, les conséquences sont lourdes : les moyens de subsistance de leurs familles sont menacés, parfois de manière imminente, tandis que leur santé psychologique et physique, leur dignité et leur intégrité personnelle sont gravement compromises. Parmi les jeunes artistes censurés pour avoir soutenu le mouvement étudiant, on observe un sentiment de crainte manifeste quant à l’impact à long terme de la censure sur leurs carrières. Cette situation contribue à l’émigration des travailleurs culturels et des artistes à l’étranger, à la recherche d’opportunités leur permettant d’exercer un travail libre et à l’abri de telles contraintes politiques.

Les acteurs des secteurs de la production culturelle n’ayant généralement pas les moyens d’intenter des poursuites judiciaires à titre privé, de nombreuses violations des lois et des règlements restent impunies. Les conséquences de la répression sont supportées exclusivement par les travailleurs culturels et les organisations elles-mêmes, tandis que la question de la responsabilité étatique reste en suspens. En raison d’expériences négatives relatives aux appels à projets publics, de nombreux artistes renoncent purement et simplement à y participer, exposant ainsi davantage les fonds culturels publics à des abus. Néanmoins, certains employés d’institutions culturelles documentent systématiquement les violations et les infractions pénales, mettant en évidence l’effondrement du système juridique. Ainsi, selon les employés du Théâtre national d’Užice, pas moins de 278 violations de la Constitution, des lois (sur le travail, la culture, la lutte contre les discriminations, les services publics, le système budgétaire, etc.), ainsi que des règlements intérieurs, ont été recensées.

La Communauté des arts et de la culture [ZUK] continuera à recueillir des témoignages sur la répression dans le secteur culturel et publiera périodiquement de nouveaux rapports.

L’article Chronique de la répression culturelle en Serbie est apparu en premier sur Observatoire des politiques culturelles.

30.09.2026 à 09:36

Légitimer les pratiques artistiques non professionnelles

Aurélie Doulmet

Cet épisode du 57’ s’inscrit dans la continuité du numéro 65 de la revue l’Observatoire « Enseignements artistiques : refonder les héritages ». Nous y discutons de la place des pratiques artistiques en amateur, massives dans la population mais encore trop souvent périphériques voire invisibles dans les institutions culturelles. Leur accorder de la valeur et de […]

L’article Légitimer les pratiques artistiques non professionnelles est apparu en premier sur Observatoire des politiques culturelles.

Lire plus (333 mots)

Cet épisode du 57’ s’inscrit dans la continuité du numéro 65 de la revue l’Observatoire « Enseignements artistiques : refonder les héritages ». Nous y discutons de la place des pratiques artistiques en amateur, massives dans la population mais encore trop souvent périphériques voire invisibles dans les institutions culturelles. Leur accorder de la valeur et de la légitimité, en dépassant l’opposition stérile « amateur vs professionnel », demande à se décentrer par rapport aux référentiels historiques des politiques culturelles.

Nous invitons Pascale Amiot, directrice du Conservatoire de Roanne Agglomération et Sonia Leplat, directrice de la Maison des pratiques artistiques amateur à Paris, à témoigner de leurs expériences très concrètes, des réussites comme des tensions et des écueils, toujours riches en apprentissages. Les droits culturels ont notamment été des balises pour transformer les dynamiques et l’esprit des lieux.

Un Padlet a été ouvert, sur lequel vous trouverez le powerpoint du webinaire, les coordonnées des intervenant·es, des échanges complémentaires.

L’article Légitimer les pratiques artistiques non professionnelles est apparu en premier sur Observatoire des politiques culturelles.

◁ 3 / 10 ▷
  GÉNÉRALISTES
Le Canard Enchaîné
La Croix
Le Figaro
France 24
France-Culture
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP / Senat
Le Media
La Tribune
Time France
 
  EUROPE ‧ RUSSIE
Courrier Europe Ctrale
Desk-Russie
Euractiv
Euronews
Toute l'Europe
 
  Afrique ‧ Asie ‧ Proche-Orient
Haaretz
Info Asie
Inkyfada
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
L'Orient - Le Jour
Orient XXI
Rojava I.C
 
  INTERNATIONAL
Courrier International
Equaltimes
Global Voices
Infomigrants
I.R.I.S
The New-York Times
 
  OSINT ‧ INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
G.I.J
I.C.I.J
 
  OPINION
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Hors-Serie
L'Insoumission
Là-bas si j'y suis
Les Jours
LVSL
Politis
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Reseau Bastille
StreetPress
 
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Conspisme
Culture
Curation IA
Extrême-droite
Human Rights Watch
Inégalités
Justice fiscale
Liberté de création
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
Wokisme
🌓