Voilà deux mois qu'Alban Renoult, agent formateur, sensibilise de jeunes adultes aux "violences sexuelles sur mineurs" et "violences éducatives ordinaires", durant des sessions de deux jours destinées aux aspirants animateurs tout juste recrutés.
Le passage par "l'académie des vacataires", ouverte en février en plein scandale d'affaires sexuelles dans le périscolaire, est désormais obligatoire pour les agents de cette filière très précarisée. Ses 14.000 animateurs à Paris, plus de 10.000 sont vacataires.
"C'est la préfiguration de l'école du périscolaire qui ouvrira à la rentrée de septembre", décrit à l'AFP Isabelle Cordier, directrice de l'Ecole des métiers de la Direction des affaires scolaires (Dasco), qui a délivré environ 430 attestations depuis février.
Cette future formation d'environ deux mois est l'une des mesures phare du "plan d'action" à 20 millions d'euros engagé par le nouveau maire socialiste Emmanuel Grégoire, qui a fait du périscolaire la "priorité absolue" de son début de mandat.
Au coeur de la réforme: instaurer une "culture du signalement", avec la mise en place d'une cellule d'écoute directement accessible, aux parents comme aux agents. Une démarche qui passe d'abord par le recueil de la parole de l'enfant.
Devant son groupe d'une vingtaine de stagiaires, Alban Renoult expose d'abord les chiffres, "qui font froid dans le dos": un enfant sur dix en France est victime de violences sexuelles.
Il leur soumet ensuite des scénarios, comme celui d'un élève de maternelle qui demande de l'aide aux toilettes: "c'est pas votre boulot, vous demandez à l'Asem (agent spécialisé des écoles maternelles) et quoiqu'il arrive vous ne touchez pas l'enfant, vous le guidez à distance".
Il enchaîne sur le cas d'un élève de six ans qui confie qu'un autre animateur lui a touché les fesses. La parole de la victime est alors à prendre "comme une scène de crime", où "il ne faut pas mettre ses empreintes", explique une fiche défilant sur le tableau.
"Il faut être méthodique: recensez, factuellement. Ne réinterprétez pas ce que l'enfant a dit, répétez ses mots plutôt que de lui poser des questions, mettez-vous à sa hauteur mais évitez tout contact physique... Et allez en parler tout de suite au REV (Responsable Educatif Ville)", énumère Alban Renoult.
"Mais comment je suis sûre que mon directeur va bien remonter la chaîne du signalement?", demande Léa. "Si tu te sens mieux à prévenir deux ou trois personnes, fais-le", répond son formateur.
"Remonter l'info, coûte que coûte"
"Et si mon directeur, c'est lui le problème ?", interroge Adam. "Tu passes au-dessus, tu fais remonter l'info, coûte que coûte. Ne pas signaler quelque chose qui t'alerte, c'est passible d'emprisonnement", l'avertit Frédérique Baudot, ex-REV et formatrice.
Certains des stagiaires sont déjà titulaires du Bafa (brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur). "Ici, on insiste sur le cadre réglementaire et juridique, quand le Bafa se focalise sur l'animation en elle-même", souligne Isabelle Cordier.
L'académie forme aussi et surtout aux "violences éducatives ordinaires", les plus fréquentes et les moins visibles. Celles "dont l'intention de l'adulte est dite éducative - où il croit bien faire", décryptent les formateurs.
A bannir: les cris, les punitions collectives, comme éteindre d'un coup la lumière pour obtenir le silence, forcer tout le monde à se mettre la tête dans les bras, ou les menaces telles que la privation de goûter...
"Proposez toujours quelque chose de ludique, ne restez pas dans l'interdit. Par exemple, plutôt que de crier sur la table la plus bruyante à la cantine, organisez un jeu où la table qui aura compté le plus vite jusqu'à 30 aura gagné", suggère Alban Renoult.
"Il y a plein de violences éducatives ordinaires que je ne percevais pas, parce que je les ai vécues à l'école et je trouvais ça normal", témoigne Sidonie Leroy-Bignon.
La stagiaire de 25 ans se dit "rassurée" par la formation, qui lui a fait réaliser "qu'un animateur a un vrai rôle éducatif".