
28.07.2026 à 17:00
Coline Laroche
Le symbole est fort. À Omsk, le 25 juillet 2026, Kassym-Jomart Tokaïev a publiquement demandé à Vladimir Poutine de revoir sa politique. Assis aux côtés du président russe, il a estimé qu’il était « peut-être temps de geler ce conflit » en Ukraine et de revenir à une « formule d’Istanbul 2.0 ». « Tout cela doit cesser », a-t-il conclu. Sans surprise, le Kremlin a rapidement écarté cette proposition. Bien sûr, Tokaïev avait enveloppé son message dans le langage de la diplomatie, saluant « l’extrême souplesse diplomatique » de Vladimir Poutine et livrant « humblement » son opinion. Pourtant, la prudence des mots ne réduit pas la portée de la scène. Le dirigeant de la principale puissance d’Asie centrale s’adressait au président russe comme à un partenaire dont les choix pouvaient être discutés. Proche de Moscou, le Kazakhstan refuse désormais de se comporter comme sa périphérie. Dès lors, une question s’impose : comment l’appel de Tokaïev à mettre fin à la guerre révèle-t-il simultanément la recomposition de la relation russo-kazakhstanaise, l’érosion de la centralité russe dans l’espace post-soviétique et l’affirmation des puissances moyennes dans les relations internationales ? La diplomatie de la dentelle La déclaration d’Omsk intervient dans un contexte particulier. Quelques jours auparavant, des attaques ukrainiennes avaient perturbé le terminal russe de Novorossiïsk, où débouche l’oléoduc du Caspian Pipeline Consortium (CPC). Cette infrastructure, qui assure environ 80 % des exportations de pétrole kazakhstanais, révèle que la guerre atteint directement les revenus du Kazakhstan. Pris au prisme de l’actualité, l’appel de Tokaïev répond donc à une préoccupation humanitaire autant qu’à un intérêt national immédiat. Pourtant, ça n’est pas suffisant pour comprendre la situation et il faut changer de focale temporelle pour mieux l’appréhender. Rembobinons. Depuis 2022, le Kazakhstan pratique une diplomatie de la dentelle à vocation multivectorielle pour construire une centralité kazakhstanaise. Quelques semaines avant l’invasion, Tokaïev avait appelé l’Organisation […]
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Le symbole est fort. À Omsk, le 25 juillet 2026, Kassym-Jomart Tokaïev a publiquement demandé à Vladimir Poutine de revoir sa politique. Assis aux côtés du président russe, il a estimé qu’il était « peut-être temps de geler ce conflit » en Ukraine et de revenir à une « formule d’Istanbul 2.0 ». « Tout cela doit cesser », a-t-il conclu. Sans surprise, le Kremlin a rapidement écarté cette proposition. Bien sûr, Tokaïev avait enveloppé son message dans le langage de la diplomatie, saluant « l’extrême souplesse diplomatique » de Vladimir Poutine et livrant « humblement » son opinion. Pourtant, la prudence des mots ne réduit pas la portée de la scène. Le dirigeant de la principale puissance d’Asie centrale s’adressait au président russe comme à un partenaire dont les choix pouvaient être discutés. Proche de Moscou, le Kazakhstan refuse désormais de se comporter comme sa périphérie. Dès lors, une question s’impose : comment l’appel de Tokaïev à mettre fin à la guerre révèle-t-il simultanément la recomposition de la relation russo-kazakhstanaise, l’érosion de la centralité russe dans l’espace post-soviétique et l’affirmation des puissances moyennes dans les relations internationales ?
La déclaration d’Omsk intervient dans un contexte particulier. Quelques jours auparavant, des attaques ukrainiennes avaient perturbé le terminal russe de Novorossiïsk, où débouche l’oléoduc du Caspian Pipeline Consortium (CPC). Cette infrastructure, qui assure environ 80 % des exportations de pétrole kazakhstanais, révèle que la guerre atteint directement les revenus du Kazakhstan. Pris au prisme de l’actualité, l’appel de Tokaïev répond donc à une préoccupation humanitaire autant qu’à un intérêt national immédiat.
Pourtant, ça n’est pas suffisant pour comprendre la situation et il faut changer de focale temporelle pour mieux l’appréhender. Rembobinons. Depuis 2022, le Kazakhstan pratique une diplomatie de la dentelle à vocation multivectorielle pour construire une centralité kazakhstanaise. Quelques semaines avant l’invasion, Tokaïev avait appelé l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) à contenir les troubles dans son pays et des troupes russes avaient pénétré son territoire et stabilisé son pouvoir. Astana semblait durablement redevable à Vladimir Poutine. Mais la suite a démenti cette lecture. Dès juin 2022, au Forum économique de Saint-Pétersbourg, Tokaïev refuse devant Vladimir Poutine de reconnaître les républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk, qualifiées de « territoires quasi étatiques ». En septembre de la même année, le Kazakhstan rejette aussi les référendums organisés dans les territoires occupés et s’abstient lors de plusieurs votes des Nations unies, sans soutenir les annexions. Marchant sur un fil, le pays ne s’associe pas aux sanctions occidentales, mais s’engage à limiter leur contournement. Puis, le 9 novembre 2023. À Astana, après une rencontre avec Vladimir Poutine, Tokaïev ouvre sa déclaration en langue kazakh. Il poursuit en russe une vingtaine de secondes plus tard, mais la délégation venue de Moscou est prise de court. Sergueï Lavrov, Dmitri Peskov et plusieurs responsables russes cherchent leurs dispositifs de traduction. Il faut bien comprendre que, jusqu’à présent, les échanges verbaux diplomatiques entre la Russie et le Kazakhstan se déroulaient uniquement en russe. Le changement paraît minuscule. Dans un espace marqué par la domination politique et culturelle russe, l’émancipation passe aussi par la langue. Tokaïev n’efface pas le russe, largement pratiqué et officiellement utilisé. Il rappelle que le kazakh est la langue d’un État souverain. Pendant quelques secondes, Moscou doit traduire et s’adapter.
Mais attention aux conclusions trop hâtives, car de fortes dépendances existent entre Moscou et Astana. La géographie, d’abord. Les deux pays partagent plus de 7 500 kilomètres de frontière, soit la plus grande frontière terrestre de la planète. Les institutions, ensuite. Comme la Russie, le Kazakhstan appartient à l’Union économique eurasiatique (UEE) et à l’OTSC. L’économie, enfin. En 2024, les échanges avec la Russie atteignaient 28,1 milliards de dollars. Ça n’est pas un hasard si Rosatom conduira le consortium chargé de construire la première centrale nucléaire kazakhstanaise.
Néanmoins, parallèlement, Astana multiplie les alternatives à la Russie. La Chine est devenue son premier partenaire commercial pris individuellement, tandis que l’Union européenne conserve cette place si l’on considère les Vingt-Sept comme un bloc. Elle demeure également la principale source d’investissements étrangers dans le pays. Le Kazakhstan développe le corridor transcaspien, qui relie la Chine à l’Europe sans traverser le territoire russe, et renforce ses relations avec la Turquie, l’Azerbaïdjan et les États du Golfe. À l’échelle régionale, son rapprochement avec l’Ouzbékistan et le projet « Central Asia 2040 » visent à faire émerger une Asie centrale capable de défendre ses propres intérêts. Cette diplomatie dite « multivectorielle » a pour objectif de répartir les dépendances afin de préserver la souveraineté du Kazakhstan.
Si cette évolution nourrit l’idée d’un affaiblissement russe, la réalité est plus contrastée. Moscou conserve en Asie centrale une influence militaire, économique et culturelle considérable. Elle reste un marché majeur, une voie de transit et un partenaire sécuritaire. De plus, les sanctions ont même accru la valeur du Kazakhstan et du Kirghizstan pour les entreprises russes, qui y trouvent des intermédiaires et de nouvelles routes.
Toutefois, la centralité russe est désormais contestée. Pendant plusieurs décennies, depuis 1991, le Kremlin fixait les limites de l’autonomie acceptable dans l’espace post-soviétique mais la guerre a fragilisé cette hiérarchie. La puissance qui prétendait garantir la stabilité régionale menace désormais la souveraineté de ses voisins. Au Kazakhstan, les discours russes mettant en doute les frontières inquiètent particulièrement le nord du pays, où vit une importante population russophone. Les difficultés de l’Arménie face à l’Azerbaïdjan ont également dégradé la crédibilité des garanties russes. La Chine étend son influence économique, la Turquie consolide ses réseaux dans le monde turcique (dont le Kazakhstan fait partie) et l’Union européenne investit dans les transports, l’énergie et les matières premières critiques. Leur présence simultanée multiplie les possibilités offertes aux États de la région. Concrètement, l’affaiblissement russe est une affaire de rivalités de pouvoir. Désormais, Moscou obtient plus difficilement l’alignement de ses voisins et dépend davantage d’eux pour réorienter ses échanges. Tokaïev peut ainsi exprimer son désaccord sans renverser l’ensemble du partenariat.
La notion d’« espace post-soviétique » s’en trouve fragilisée. Elle place la Russie au centre d’un ensemble défini par un passé commun. Or les trajectoires nationales divergent et de nouvelles régions politiques s’affirment. Le Kazakhstan se présente comme un État d’Asie centrale connecté à l’Europe et à l’Asie. Si la Russie demeure un pôle majeur de l’Eurasie, elle n’en constitue plus l’unique centre de gravité.
Le Kazakhstan illustre enfin une transformation des relations internationales. Depuis 2024, Tokaïev présente son pays comme une « puissance moyenne ». La notion ne désigne pas simplement un rang économique ou militaire. Les travaux d’Eduard Jordaan, comme ceux d’Andrew Cooper, Richard Higgott et Kim Nossal, insistent sur une pratique de la puissance : multilatéralisme, médiation, coalitions et secteurs stratégiques permettent d’exercer une influence supérieure à ses capacités matérielles. Le Kazakhstan possède plusieurs de ces leviers. Situé entre la Russie, la Chine, la mer Caspienne et l’Europe, il dispose de pétrole, de gaz, d’uranium et de minerais critiques. Son renoncement à l’arsenal nucléaire soviétique alimente sa diplomatie de non-prolifération. Astana accueille des négociations et tente de convertir son enclavement en fonction d’intermédiation. En d’autres termes, le Kazakhstan veut s’imposer de nouveau comme un carrefour.
De manière générale, la fragmentation du monde doublée de sa multipolarité élargit la marge de manœuvre de tels États. Ils négocient dossier par dossier : la sécurité avec la Russie, les infrastructures avec la Chine, les investissements avec l’UE, la défense avec la Turquie ou les technologies avec les États-Unis. Ce multi-alignement adapte la diplomatie kazakhstanaise à un monde moins hiérarchisé. Le statut de puissance moyenne ne se décrète pas. Le Kazakhstan reste dépendant des infrastructures russes, exposé au poids chinois et faiblement doté sur le plan militaire. Son régime autoritaire limite aussi la portée de son discours sur le multilatéralisme. Tokaïev peut proposer un gel de la guerre, mais il ne peut l’imposer. Sa puissance est donc limitée et réside dans sa marge de décision, ses ressources stratégiques et sa capacité à parler à plusieurs camps.
Les propos d’Omsk prolongent une série de gestes diplomatiques et symboliques. En 2022, Tokaïev refusait les annexions russes. En 2023, les dirigeants de Moscou écoutaient quelques mots de kazakh. En 2026, il demande à Vladimir Poutine d’arrêter la guerre. Cette affirmation politique du Kazakhstan sur la Russie s’appuie désormais sur des transformations matérielles : le développement du corridor transcaspien doit réduire la dépendance envers les routes russes, les investissements chinois et européens diversifient les partenaires du pays, tandis que les rapprochements avec l’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan et la Turquie renforcent son ancrage régional. Le projet « Central Asia 2040 » donne également un contenu politique à l’émergence d’une Asie centrale plus autonome. La Russie demeure présente dans la région. Mais elle n’y parle plus seule.
En définitive, à l’échelle de l’ancien empire de l’URSS, ce mouvement dépasse largement le Kazakhstan. L’espace post-soviétique apparaît désormais atomisé : l’Ukraine combat la Russie, la Moldavie se tourne vers l’Union européenne, le Caucase du Sud se réorganise autour de nouveaux rapports de force, l’Asie centrale affirme ses propres intérêts quand les pays baltes ont depuis longtemps rejoint l’UE et l’OTAN. La guerre en Ukraine accélère cette fragmentation. Affaiblie et embourbée sur le front ukrainien, la Russie conserve une importante capacité d’influence, de pression et de déstabilisation, mais sa centralité recule. Les anciennes périphéries construisent leurs propres espaces politiques, leurs alliances et leurs voies de circulation. Une nouvelle ère post-impériale s’ouvre ainsi en Eurasie. La fin de l’espace post-soviétique prend forme sous nos yeux.
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27.07.2026 à 18:13
Coline Laroche
La Coupe du monde masculine 2026, conclue par la victoire de l’Espagne, a été marquée par plusieurs controverses et a soulevé de nombreux enjeux géopolitiques. Organisée pour la première fois conjointement par le Canada, les États-Unis et le Mexique, l’administration Trump a pourtant occupé une place quasi-omniprésente dans ce Mondial. Tout au long de la compétition, Donald Trump a cherché à faire de cet événement une vitrine de sa capacité à accueillir les plus grands événements sportifs internationaux, relançant les interrogations sur les liens entre football et pouvoir politique au regard de ses interactions avec la FIFA. Quel bilan géopolitique peut-on tirer de cette Coupe du monde ? Comment comprendre l’omniprésence de Donald Trump lors de ce Mondial et les ambitions de la diplomatie sportive américaine ? Quels enjeux l’organisation de la prochaine Coupe du monde féminine au Brésil soulève-t-elle pour l’avenir du football féminin et sa diffusion à l’échelle mondiale ? Le point avec Carole Gomez, assistante diplômée au sein de l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL), et chercheuse associée à l’IRIS. Quel bilan peut-on faire de cette Coupe du monde ? Présentée comme la Coupe du monde la plus géopolitique de l’histoire, l’a-t-elle réellement été ? Il est intéressant de noter qu’à première vue, cette Coupe du monde masculine a semblé rencontrer des mobilisations différentes que celles observées au Qatar en 2022. Pas ou peu de campagne d’appels aux boycotts en amont de la compétition, pas des prises de position collectives de sélections européennes autour des droits humains, ou des enjeux environnementaux, pourtant omniprésents lors de cette édition XXL. Par exemple, l’Allemagne, particulièrement engagée au Qatar, est ainsi restée discrète, son directeur sportif, Rudi Voller, ayant demandé aux joueurs de ne pas exprimer leurs opinions politiques. Ce qui semble être un recul des mobilisations collectives ne […]
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La Coupe du monde masculine 2026, conclue par la victoire de l’Espagne, a été marquée par plusieurs controverses et a soulevé de nombreux enjeux géopolitiques. Organisée pour la première fois conjointement par le Canada, les États-Unis et le Mexique, l’administration Trump a pourtant occupé une place quasi-omniprésente dans ce Mondial. Tout au long de la compétition, Donald Trump a cherché à faire de cet événement une vitrine de sa capacité à accueillir les plus grands événements sportifs internationaux, relançant les interrogations sur les liens entre football et pouvoir politique au regard de ses interactions avec la FIFA. Quel bilan géopolitique peut-on tirer de cette Coupe du monde ? Comment comprendre l’omniprésence de Donald Trump lors de ce Mondial et les ambitions de la diplomatie sportive américaine ? Quels enjeux l’organisation de la prochaine Coupe du monde féminine au Brésil soulève-t-elle pour l’avenir du football féminin et sa diffusion à l’échelle mondiale ? Le point avec Carole Gomez, assistante diplômée au sein de l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL), et chercheuse associée à l’IRIS.
Quel bilan peut-on faire de cette Coupe du monde ?
Présentée comme la Coupe du monde la plus géopolitique de l’histoire, l’a-t-elle réellement été ? Il est intéressant de noter qu’à première vue, cette Coupe du monde masculine a semblé rencontrer des mobilisations différentes que celles observées au Qatar en 2022. Pas ou peu de campagne d’appels aux boycotts en amont de la compétition, pas des prises de position collectives de sélections européennes autour des droits humains, ou des enjeux environnementaux, pourtant omniprésents lors de cette édition XXL. Par exemple, l’Allemagne, particulièrement engagée au Qatar, est ainsi restée discrète, son directeur sportif, Rudi Voller, ayant demandé aux joueurs de ne pas exprimer leurs opinions politiques.
Ce qui semble être un recul des mobilisations collectives ne signifie toutefois pas que les enjeux géopolitiques aient disparu. À l’exception près de la Team Melli qui a dénoncé les conditions extrêmement dégradées dans lesquelles elle a disputé cette Coupe du monde, et des manifestations importantes au Mexique pour attirer l’attention médiatique sur des personnes disparues, ces mobilisations se sont davantage exprimées à travers des initiatives individuelles. Songeons ici à la banderole « las Malvinas son argentinas » [« Les Malouines sont argentines »], brandie par certains joueurs argentins, ravivant les tensions diplomatiques avec le Royaume-Uni. Saisie par Londres, la commission de discipline indépendante de la FIFA se penche sur le sujet, alors que Andrew Guiliani, allié de Donald Trump et à la tête de la FIFA Task Force considérant au contraire que cela relevait de la liberté d’expression, semblant faire l’impasse sur le règlement de la FIFA interdisant toute manifestation politique. Signalons également la prise de parole du sélectionneur égyptien, Hossam Hassan, sur le conflit à Gaza. Après la qualification de son équipe en huitième de finale, il est apparu sur le terrain en portant sur ses épaules un drapeau palestinien, dédiant la victoire « aux frères palestiniens ». Lors d’une conférence de presse, il exhortait le monde à ne pas détourner le regard de ce qui se passe à Gaza. De la même manière, l’attaquant espagnol, Borja Iglesias, dont on avait suivi l’engagement politique lors du scandale de l’affaire Rubiales lors de la précédente Coupe du monde féminine et de la lutte contre le racisme et l’homophobie, a utilisé ses réseaux sociaux pour dénoncer les prix exorbitants des billets, et le mercantilisme éperdu de cette édition.
Il est intéressant de noter les actions venues d’institutions et d’associations. Toujours sur le sujet du prix des billets, des protestations ont quitté les terrains pour être portées devant les Cours de Justice. Ainsi, l’organisation des supporters européens (FSE) après avoir demandé en décembre 2025 à la FIFA d’intervenir, a finalement saisi la Commission européenne en portant plainte contre l’instance zurichoise, dénonçant les prix exorbitants, les procédures opaques et déloyales et l’abus de position de monopole. Cette procédure, lancée sur le territoire européen, a connu un écho outre Atlantique avec l’ouverture d’une enquête, quelques jours avant le début de la compétition, par les procureures générales des États de New York et du New Jersey, faisant donc entrer ces protestations dans les prétoires.
Notons également la forte mobilisation de l’ONG FairSquare, particulièrement active depuis plusieurs années, qui a lancé la campagne « Reboot FIFA », appelant à une réforme de la gouvernance de la FIFA, et a déposé plainte auprès de la commission d’éthique de la FIFA, à la fois sur les conditions d’attribution du FIFA Peace Prize, remis en décembre 2025 à Gianni Infantino. De manière intéressante, cette demande d’explications a été soutenue par la Fédération norvégienne de football, dirigée par Lise Klaveness ainsi que par 50 parlementaires européens à l’approche de la compétition.
Enfin, cette édition met également en évidence les limites du pouvoir que l’on attribue à la FIFA. Depuis plusieurs décennies, l’organisation promeut l’idée que le football est capable de rassembler le monde au-delà des divisions politiques. Or, la Coupe du monde 2026 rappelle que cette ambition se heurte aux réalités de la souveraineté des États. Les restrictions de visas imposées à certains membres de la délégation iranienne ou l’impossibilité pour l’arbitre somalien Omar Artan d’entrer sur le territoire américain l’ont rappelé assez franchement. Aussi puissante soit-elle, la FIFA ne peut s’affranchir des décisions régaliennes des pays hôtes, avouant ainsi son impuissance. L’autorisation de la banderole argentine par la bien nommée FIFA World Cup Task Force est également un exemple particulièrement croquignolesque. Par ailleurs, et malheureusement comme à chaque grande compétition sportive, masculine et féminine, les insultes racistes submergent les réseaux sociaux et s’immiscent même sur certains plateaux TV et Parlements. Si Kylian Mbappé s’est fendu d’une réponse, la FIFA constate début juillet que la part des publications considérées comme racistes a augmenté de trois points de pourcentage par rapport à la Coupe du monde 2022. Au-delà des slogans et des actions performatives, il est temps que la FIFA et les instances sportives plus largement se saisissent réellement du fléau des violences.
Si la Coupe du monde masculine 2026 a été coorganisée par le Canada, les États-Unis et le Mexique, Donald Trump a été un acteur quasi-omniprésent lors de la compétition, et cela malgré son absence physique lors des matchs. Comment interpréter cette omniprésence et que révèle-t-elle des ambitions de la diplomatie sportive états-unienne sous Trump II ?
Plus grand événement sportif jamais organisé en termes de participation, avec un nombre inédit d’équipes engagées (48) et une audience mondiale considérable, cette compétition représentait une opportunité exceptionnelle de visibilité internationale. Compte tenu de la manière dont Donald Trump fait de la politique, il était donc prévisible que le président états-unien cherche à investir, voire à saturer l’espace médiatique afin de se promouvoir lui et son programme politique, contenter sa base électorale et de renforcer son image sur la scène internationale. Son omniprésence dans la préparation de l’événement est, à ce titre, particulièrement marquante. Le 47ème président s’est régulièrement mis en scène comme un acteur de premier plan de la compétition, y compris en jouant parfois le rôle du perturbateur. Ses déclarations laissant entendre que certaines villes gouvernées par des Démocrates pourraient perdre l’organisation de matchs sur une simple décision présidentielle, en « appelant Gianni », ou ses déclarations décourageant l’équipe iranienne de se rendre sur le territoire états-unien illustrent une volonté d’affirmer sa main mise sur l’événement et de rappeler que, malgré une organisation officiellement partagée entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, les États-Unis entendaient se tailler la part du lion dans ce Mondial.
Cette présence médiatique a toutefois contrasté avec une relative discrétion durant la compétition elle-même. Accaparé par d’autres enjeux internationaux (la guerre déclenchée avec Israël contre l’Iran, les célébrations du 250e anniversaire des États-Unis ou encore le G7 à Evian), Donald Trump n’était pas présent aux rencontres. Relative discrétion en tout cas jusqu’à l’affaire Balogun, où il a trahi toutes les règles en demandant (et obtenant !) au président de la FIFA, Gianni Infantino, l’annulation de la suspension de l’attaquant états-unien après un carton rouge. En outre, difficile d’ignorer sa présence lors de la finale. Copieusement sifflés avec Gianni Infantino, Donald Trump a, comme lors de la finale de la Coupe du monde des clubs en 2025, tardé à se retirer de la photo des vainqueurs, transformant un moment sportif en une nouvelle scène de représentation politique.
Au-delà de sa propre personne, cette Coupe du monde s’inscrit dans une stratégie plus large de diplomatie sportive américaine fondée, notamment sur l’accueil de grands événements internationaux. Gardons en tête que les États-Unis accueilleront ainsi dans les prochaines années les Jeux olympiques et paralympiques Los Angeles en 2028, les Coupes du monde masculine et féminine de rugby, la Coupe du monde féminine en 2031 et bien d’autres. Ils soulèvent néanmoins une question centrale, déjà apparue lors de cette Coupe du monde : quel accès au territoire états-unien ? Les politiques restrictives de visas, pour ne citer qu’elles, vont effet entrer en tension avec la vocation universelle de ces événements, notamment pour les Jeux olympiques, qui réuniront 206 comités nationaux olympiques et sans doute encore l’équipe des réfugiés.
Enfin et plus largement, cette première Coupe du monde organisée conjointement par trois États pose désormais une dernière question : quel héritage laissera-t-elle, tant pour les relations entre les pays organisateurs que pour la gouvernance future des méga-événements sportifs ?
Dans un an, la Coupe du monde féminine de football se déroulera pour la première fois sur le continent latino-américain, la candidature brésilienne l’ayant emporté sur celle européenne (Allemagne, Belgique et Pays-Bas) en 2024. Que traduit donc ce choix et quelles opportunités offre-t-il ? Alors qu’historiquement les compétitions s’étaient en grande partie déroulées dans des pays occidentaux, ce mondial peut-il permettre d’offrir au football féminin un caractère plus universel ?
À la suite d’un scrutin somme tout serré (119 voix – 91 voix), le Brésil a été élu pays hôte, de ce qui sera la 10ème édition de la compétition. Face à lui se présentait une candidature européenne portée par l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas qui proposait un modèle de compétition plus compact géographiquement, mettant notamment l’accent sur les mobilités douces.
Indéniablement, cette élection du Brésil constitue une décision importante pour plusieurs raisons. D’une part, pour la première fois, cette compétition féminine sera organisée en Amérique latine, où si le football occupe une place centrale dans les identités nationales, sa féminisation reste encore marquée par d’importantes inégalités structurelles. Après l’Europe, l’Asie, l’Océanie et l’Amérique du Nord, la FIFA continue donc à étendre son empire. D’autre part, rappelons que le choix du Brésil représente aussi une forme de continuité, faisant écho à l’édition masculine organisée dans le pays en 2014, permettant de s’appuyer sur des infrastructures existantes, notamment plusieurs stades construits ou rénovés à cette occasion.
Cette édition sera la dernière à 32 équipes puisque le format atteindra 48 équipes à partir de 2031. Là encore, cette évolution traduit une stratégie de la FIFA, cherchant à offrir à davantage de nations la possibilité de participer au plus haut niveau, reflétant également une démocratisation de la pratique féminine. Sur le papier donc, et au regard des belles surprises de la Coupe du monde masculine qui vient de s’achever comme celle du Cap Vert ou de la République démocratique du Congo, davantage d’équipes représentées signifie aussi davantage de fédérations impliquées sur la période d’éliminatoires, davantage d’investissements potentiels et une visibilité accrue, y compris pour des territoires où la pratique féminine est encore en structuration. Restons cependant prudentes et prudents. L’organisation ou la participation à une compétition, fusse-t-elle la plus importante de sa discipline, ne garantit pas en rien un développement pérenne des sections féminines ni au plus niveau, ni au niveau amateur. Comme à chaque fois, loin des promesses et des superlatifs dont Infantino s’est fait la spécialité, l’enjeu sera de mesurer, au-delà de l’événement, les effets à long terme de ce mondial, sur la professionnalisation des championnats, les conditions offertes aux joueuses, la pérennité des investissements et les relations entre équipes nationales et fédérations. Il s’agira également d’être très attentives et attentifs aux actions menées par la FIFA. Après avoir publié sa première stratégie globale pour le développement du « football féminin » en 2018 (soit 114 ans après sa fondation, rappelons-le), la FIFA a un rôle déterminant à jouer dans la manière dont elle accompagne, valorise et promeut cette compétition. Reste à savoir dans quelle mesure, elle s’en saisira.
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27.07.2026 à 15:26
stagiairedecomm@iris-france.org
Qu’est-ce qu’un pogrom ? Ce terme russe, signifiant « destruction » ou « pillage », désigne des violences organisées par des individus contre une communauté jugée inférieure, souvent avec la complicité passive ou active des autorités. Historiquement, les Juifs russes en ont été victimes à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, dans un contexte où l’État attisait la haine antisémite pour détourner la colère populaire. Aujourd’hui, les Palestiniens subissent cette même logique de la part des colons israéliens en Cisjordanie. Depuis le 7 octobre, plus de 1 000 Palestiniens ont été tués, soit par l’armée israélienne, soit par des colons, dans une impunité totale. Les autorités israéliennes, loin de sanctionner ces actes, les légitiment souvent en inversant le récit : des colons armés deviennent des « randonneurs » victimes de « terroristes », tandis que les Palestiniens subissent arrestations arbitraires, humiliations et punitions collectives. Les exemples sont nombreux : villages terrorisés, oliviers arrachés, mosquées incendiées, hôpitaux investis, femmes enceintes empêchées d’accoucher. Pourtant, la communauté internationale, et notamment l’Union européenne, reste silencieuse ou se contente de discours équilibristes, renvoyant dos à dos oppresseurs et opprimés. Quelques Israéliens, comme l’ancien ministre Moshe Arens, osent qualifier ces actes de « terrorisme juif ». Comment expliquer que des violences aussi systématiques, perpétrées en toute impunité, puissent persister sans réaction forte de la communauté internationale ? Dans quelle mesure l’inversion du récit par les autorités israéliennes contribue-t-elle à normaliser l’oppression des Palestiniens ? Comment concilier l’universalisme des droits humains avec le silence assourdissant face à ces crimes ?
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Qu’est-ce qu’un pogrom ? Ce terme russe, signifiant « destruction » ou « pillage », désigne des violences organisées par des individus contre une communauté jugée inférieure, souvent avec la complicité passive ou active des autorités. Historiquement, les Juifs russes en ont été victimes à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, dans un contexte où l’État attisait la haine antisémite pour détourner la colère populaire.
Aujourd’hui, les Palestiniens subissent cette même logique de la part des colons israéliens en Cisjordanie. Depuis le 7 octobre, plus de 1 000 Palestiniens ont été tués, soit par l’armée israélienne, soit par des colons, dans une impunité totale. Les autorités israéliennes, loin de sanctionner ces actes, les légitiment souvent en inversant le récit : des colons armés deviennent des « randonneurs » victimes de « terroristes », tandis que les Palestiniens subissent arrestations arbitraires, humiliations et punitions collectives.
Les exemples sont nombreux : villages terrorisés, oliviers arrachés, mosquées incendiées, hôpitaux investis, femmes enceintes empêchées d’accoucher. Pourtant, la communauté internationale, et notamment l’Union européenne, reste silencieuse ou se contente de discours équilibristes, renvoyant dos à dos oppresseurs et opprimés. Quelques Israéliens, comme l’ancien ministre Moshe Arens, osent qualifier ces actes de « terrorisme juif ».
Comment expliquer que des violences aussi systématiques, perpétrées en toute impunité, puissent persister sans réaction forte de la communauté internationale ? Dans quelle mesure l’inversion du récit par les autorités israéliennes contribue-t-elle à normaliser l’oppression des Palestiniens ? Comment concilier l’universalisme des droits humains avec le silence assourdissant face à ces crimes ?
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