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Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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08.01.2026 à 18:16

Macron et les ambassadeurs : volontarisme / réalités

Déborah Yapi

Aujourd’hui, 8 janvier, le président Emmanuel Macron a présenté les principaux axes de la diplomatie française à l’étranger pour l’année à venir, à l’occasion de la Conférence des ambassadrices et ambassadeurs réunis à Paris.Comment la France doit elle réagir face à la crise du multilatéralisme, à l’attitude des États-Unis et à l’affaiblissement de l’Europe ? Son discours s’articule autour de trois piliers, la paix, la défense et la démocratie, sur lesquels Pascal Boniface fait le point.

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Aujourd’hui, 8 janvier, le président Emmanuel Macron a présenté les principaux axes de la diplomatie française à l’étranger pour l’année à venir, à l’occasion de la Conférence des ambassadrices et ambassadeurs réunis à Paris.
Comment la France doit elle réagir face à la crise du multilatéralisme, à l’attitude des États-Unis et à l’affaiblissement de l’Europe ? Son discours s’articule autour de trois piliers, la paix, la défense et la démocratie, sur lesquels Pascal Boniface fait le point.

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08.01.2026 à 16:48

Coupe d’Afrique des Nations 2025 : enjeux géopolitiques, sport power et ambitions du Maroc

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Depuis 1968, la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN) rythme tous les deux ans la vie sportive et politique du continent. Un événement qui dépasse le simple cadre sportif pour s’inscrire au cœur des dynamiques de puissance, d’influence et de diplomatie. Organisée cette année au Maroc du 21 décembre au 18 janvier, l’édition 2025 met en lumière les usages géopolitiques du football africain et les ambitions du royaume chérifien. Le point avec Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS et spécialiste de la géopolitique du sport. Quels sont les enjeux géopolitiques et économiques autour de la Coupe d’Afrique des nations 2025 ? Événement majeur du calendrier panafricain, elle représente un instrument stratégique pour le pays hôte et pour le continent. Sur le plan géopolitique, accueillir la CAN offre d’abord une vitrine diplomatique et un levier d’influence à trois échelles dans une logique diatopique : locale (le Maroc), régionale (le continent africain), et mondiale (la planète football) : Dans ce contexte, le Maroc, comme avant lui la Côte d’Ivoire en 2024, entend capitaliser sur la compétition pour stabiliser la situation socio-politique au sein du pays, pour consolider son statut de puissance africaine de premier plan et pour préparer sa dimension internationale à l’aune du Mondial de football 2030. Au XXIe siècle, le sport est un outil de puissance polymorphe, à tel point que nous parlerons ici de sport power. À ce titre, l’organisation du tournoi reflète aussi les rapports de force politiques en Afrique et l’influence croissante de Rabat. L’attribution de la CAN 2025 au Maroc en est un exemple éloquent. En septembre 2023, la Confédération africaine de football (CAF) a désigné le Maroc comme hôte quasi incontesté, après le retrait soudain de toutes les candidatures concurrentes : notamment celle de l’Algérie, pourtant rivale régionale de Rabat. Officiellement motivés par la solidarité avec le Maroc, ces […]

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Quels sont les enjeux géopolitiques et économiques autour de la Coupe d’Afrique des nations 2025 ?

Événement majeur du calendrier panafricain, elle représente un instrument stratégique pour le pays hôte et pour le continent. Sur le plan géopolitique, accueillir la CAN offre d’abord une vitrine diplomatique et un levier d’influence à trois échelles dans une logique diatopique : locale (le Maroc), régionale (le continent africain), et mondiale (la planète football) :

  1. À l’échelle locale, la CAN est mobilisée comme un outil de légitimation politique et de mise en récit de la modernité étatique. Si elle permet de renforcer une fierté nationale et de justifier d’importants investissements publics, elle révèle également des tensions sociales persistantes, notamment autour de la priorisation des dépenses, de l’utilité à long terme des infrastructures sportives et de l’inégale redistribution des bénéfices économiques. L’événement peut alors produire un effet de vitrine, incapable de masquer des fragilités structurelles et sociales.
  2. À l’échelle régionale, la CAN s’inscrit dans une compétition de leadership africain où le sport devient un espace d’affirmation de puissance et d’influence. Le Maroc y consolide des réseaux diplomatiques et institutionnels, mais cette dynamique renforce également des rapports asymétriques entre États, marginalisant les pays disposant de moindres capacités financières ou infrastructurelles. La compétition sportive reflète alors, plus qu’elle ne les corrige, les déséquilibres politiques et économiques du continent. Ainsi, la CAN est-elle mobilisée comme un outil de légitimation politique et de mise en scène de la modernité marocaine. La rénovation accélérée des stades de Rabat, Casablanca ou Tanger, l’amélioration des infrastructures de transport et la communication institutionnelle autour d’une organisation « exemplaire » participent à la construction d’un récit de performance étatique. Toutefois, cette vitrine sportive entre en tension avec des réalités sociales persistantes. Les investissements consentis sont concentrés sur des équipements événementiels. C’est pourquoi ils suscitent des interrogations quant à leur utilité à long terme, dans un contexte marqué par des attentes fortes en matière d’emploi, de pouvoir d’achat et de services publics.
  3. À l’échelle mondiale, enfin, la CAN fonctionne comme un instrument de visibilité et de crédibilité au sein de la planète football, dominée par des acteurs extra-africains. Si elle permet au Maroc de démontrer sa capacité organisationnelle et de se positionner dans la gouvernance sportive internationale, elle souligne aussi la dépendance structurelle du football africain à des normes, des calendriers et des capitaux largement définis ailleurs, en Occident notamment. Pour le Maroc, la CAN joue un rôle de démonstrateur en vue de l’accueil de la Coupe du monde 2030. La qualité organisationnelle du tournoi, la gestion sécuritaire, l’expérience spectateur et la couverture médiatique internationale sont autant d’éléments destinés à crédibiliser le Maroc auprès des instances sportives mondiales et des partenaires européens. Toutefois, cette projection globale reste contrainte par un ordre footballistique international dominé par des acteurs extra-africains. La CAN, malgré son importance continentale, demeure périphérique dans la hiérarchie du football mondial, comme en témoignent les tensions récurrentes avec les clubs européens autour de la libération des joueurs. Le Maroc s’insère ainsi dans la planète football davantage comme un acteur émergent performant que comme un véritable centre de décision. Pourtant, c’est clairement une porte d’entrée pour atteindre une nouvelle dimension à terme : celle d’une puissance sportive globale.

Dans ce contexte, le Maroc, comme avant lui la Côte d’Ivoire en 2024, entend capitaliser sur la compétition pour stabiliser la situation socio-politique au sein du pays, pour consolider son statut de puissance africaine de premier plan et pour préparer sa dimension internationale à l’aune du Mondial de football 2030. Au XXIe siècle, le sport est un outil de puissance polymorphe, à tel point que nous parlerons ici de sport power.

À ce titre, l’organisation du tournoi reflète aussi les rapports de force politiques en Afrique et l’influence croissante de Rabat. L’attribution de la CAN 2025 au Maroc en est un exemple éloquent. En septembre 2023, la Confédération africaine de football (CAF) a désigné le Maroc comme hôte quasi incontesté, après le retrait soudain de toutes les candidatures concurrentes : notamment celle de l’Algérie, pourtant rivale régionale de Rabat. Officiellement motivés par la solidarité avec le Maroc, ces retraits ont été interprétés comme le signe de l’influence diplomatique marocaine et de la fragmentation politique au sein du continent.

Sur le plan économique, les enjeux de la CAN sont tout aussi déterminants pour le pays organisateur. Le Maroc, fort de son expérience et de son réseau de stades modernisés, a engagé des travaux d’envergure dans ses villes hôtes (Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, Fès, Agadir). Dès lors, il mise sur l’afflux de centaines de milliers de visiteurs pour promouvoir son image et son patrimoine, et table sur des recettes touristiques additionnelles évaluées à plus de 12 milliards de dirhams, grâce à la venue de 600 000 à 1 million de supporters sur son sol. À ce stade, difficile de tirer des conclusions pour le moment. Mais, on le sait, l’événement sportif peut agir comme un accélérateur de croissance et un argument pour améliorer les infrastructures générales (routes, aéroports, réseaux de communication), dont la population locale peut bénéficier durablement si les projets sont menés à bien.

Toutefois, ces promesses s’accompagnent de risques bien réels. Les retombées économiques des méga-événements sportifs s’avèrent souvent inférieures aux attentes et « l’effet rebond » en est la principale conséquence. L’exemple du Cameroun, hôte de la CAN 2022, est souvent cité comme un avertissement : malgré un budget comparable à celui de la Côte d’Ivoire en 2024, Yaoundé n’est pas parvenu à pérenniser les emplois créés pendant le tournoi ni à réduire la pauvreté dans la durée, le soufflé économique étant retombé une fois la compétition terminée. En plus d’être très difficile à mesurer, la capitalisation économique sur un événement n’est pas systématique : l’impact positif n’a rien d’automatique ni de durable. D’importants stades construits pour l’occasion risquent de devenir des « éléphants blancs » sous-utilisés. Voir ces enceintes tomber en désuétude – à l’instar du stade olympique d’Athènes abandonné après les Jeux de 2004 – constituerait un échec politique cinglant et un possible motif additionnel de colère sociale. Les pays hôtes multiplient donc les initiatives pour éviter ce scénario, par exemple en prévoyant la reconversion des stades en salles de concert, en centres de conférences ou en les attribuant à des clubs locaux afin d’ancrer l’héritage sportif et économique du tournoi.

En outre, la question du sponsoring de la compétition pose question d’un point de vue géopolitique. La présence de la plateforme de paris en ligne 1XBET parmi les sponsors officiels de la CAN 2025 illustre ces dynamiques contemporaines d’influence indirecte. Bien que l’entreprise soit juridiquement enregistrée hors de Russie, ses fondateurs sont d’origine russe et sa trajectoire internationale est marquée par un recentrage vers des marchés non européens, notamment africains, après des restrictions ou controverses dans plusieurs pays occidentaux. Sans constituer une preuve d’ingérence étatique directe, ce type de partenariat relève d’une stratégie d’influence économique : le sponsoring d’un événement sportif majeur permet une visibilité massive et une normalisation symbolique de la marque, associée à des valeurs positives telles que l’unité, la fête populaire et la performance. Dans un contexte géopolitique mondial fragmenté, où l’Afrique est devenue un espace de concurrence accrue entre influences occidentales, chinoises, turques, russes ou moyen-orientales, le football apparaît comme un levier d’accès privilégié aux imaginaires collectifs. Du point de vue des organisateurs, cette ouverture à des sponsors aux origines diverses relève avant tout d’un pragmatisme financier. La Confédération africaine de football et le Maroc cherchent à sécuriser des ressources indispensables à l’organisation d’événements de grande ampleur, parfois au prix d’une exposition à des acteurs économiques controversés. La CAN 2025 révèle ainsi une zone grise de l’influence internationale, où intérêts économiques, visibilité symbolique et rapports de force géopolitiques s’entrecroisent, sans pour autant traduire un alignement politique explicite. Elle confirme néanmoins que le football africain, tout en étant un vecteur d’affirmation continentale, demeure inséré dans des circuits de financement et d’influence largement transnationaux.

En conclusion, la CAN 2025 au Maroc porte en elle des enjeux de pouvoir multifactoriels et diatopiques qui dépassent le cadre sportif : en ce sens elle est porteuse d’un enjeu géopolitique. Pour le royaume chérifien, c’est une opportunité de s’affirmer sur la scène africaine et mondiale, de consolider son image de pôle stable et prospère, tout en stimulant son économie interne. Mais c’est aussi un pari risqué : la réussite organisationnelle et sportive devra se doubler d’une gestion avisée de l’après-compétition pour transformer l’essai en bénéfices durables, tout en s’émancipant des influences étrangères. Épreuve de prestige autant que test de développement, la CAN est donc un laboratoire où se mêlent diplomatie, économie et géopolitique.

Dans quelle mesure la Coupe d’Afrique des nations de football constitue-t-elle un outil de soft power pour les États africains ?

Le concept de soft power, introduit par Joseph Nye au début des années 1990, désigne la capacité d’obtenir des résultats en influençant les préférences d’autrui par l’attraction et la persuasion plutôt que par la coercition ou le paiement. Dans cette optique, la culture, les valeurs ou le sport deviennent des vecteurs de rayonnement international. Pourtant, ce concept apparait insuffisant pour comprendre la puissance du sport dans sa totalité. À l’heure d’internet, de la mondialisation ou encore de la multiplication des usages du sport comme instrument de puissance, nous pouvons désormais parler de sport power. Concrètement, le sport power désigne la façon plurielle d’utiliser le sport. Si elle peut se résumer parfois à « séduire » ou à améliorer une image (soft power), elle renvoie à la capacité d’un acteur politique à peser par le sport de façon polymorphe : en mobilisant des ressources, en contrôlant des leviers institutionnels et calendaires, en investissant l’événementiel, les performances, les infrastructures, la diplomatie des coursives, le narratif (storytelling) ou la propagande pour pénétrer les espaces informationnels d’acteurs tiers (sharp power), le nation branding, le nation building, voire l’entrisme économique (rachat de clubs, partenariats, etc.).

Le football, passion largement partagée à travers le continent africain, constitue à ce titre un levier privilégié de sport power : organiser ou remporter une CAN offre une tribune pour projeter une image, renforcer l’unité nationale et accroître une influence symbolique, mais aussi, de plus en plus, pour consolider des positions de puissance au sein d’un ordre sportif international structuré par des rapports de force.

Sur le plan interne, la CAN exerce un formidable pouvoir de mobilisation populaire dont les dirigeants savent tirer parti. Chaque édition suscite un élan de ferveur patriotique : le parcours d’une équipe nationale peut soulever un élan d’unité dans des pays parfois divisés. Les victoires, en particulier, nourrissent un récit national glorieux. Les joueurs deviennent des ambassadeurs de la nation et des modèles de réussite. Conscients de cet impact, de nombreux chefs d’État associent leur image aux succès sportifs. Par exemple, les triomphes du Cameroun ou du Nigeria en CAN ont souvent été célébrés en grande pompe par les présidents en exercice, qui y voyaient une manière de renforcer la cohésion nationale autour de leur personne. Plus explicitement, les régimes autoritaires n’hésitent pas à instrumentaliser le football pour légitimer leur pouvoir. Mahfoud Amara, spécialiste des politiques sportives, rappelle ainsi que les leaders africains utilisent le sport à des fins de prestige et de relations publiques. En 2009, le régime soudanais d’Omar el-Béchir profita d’un match décisif de qualification au Mondial entre l’Algérie et l’Égypte, organisé à Khartoum, pour briser son isolement diplomatique : accueillir cette rencontre hautement médiatisée lui permit d’apparaître comme un acteur régional incontournable malgré le mandat d’arrêt international pesant sur lui. De même, en Égypte, le pouvoir a souvent cherché à récupérer l’aura de l’équipe nationale : Hosni Moubarak comme Abdelaziz Bouteflika en Algérie ont tenté de s’approprier les exploits de « leurs » joueurs pour cimenter un sentiment de fierté collective et occulter les problèmes intérieurs. Le football peut devenir alors une sorte de langage universel entre gouvernants et gouvernés : en offrant des victoires ou en organisant une CAN réussie, le dirigeant peut renforcer son contrat social symbolique, faisant oublier un temps les difficultés sociales ou politiques.

Sur le plan international, la CAN s’impose de plus en plus comme un outil pour les États africains. Accueillir la compétition est l’occasion de se présenter sous son meilleur jour aux yeux du monde et de ses voisins. Le pays hôte soigne son accueil, met en avant sa stabilité et sa modernité, espérant laisser une impression positive et attirer ultérieurement touristes, investisseurs ou grands événements. L’organisation de méga-événements sportifs s’inscrit dans des stratégies de nation branding (marketing national) comparables à celles observées ailleurs, à l’image du Qatar utilisant la Coupe du monde 2022 pour redéfinir son image internationale.

En Afrique, un cas emblématique fut celui de l’Afrique du Sud. Exclus du sport mondial pendant l’apartheid, les Sud-Africains ont fait des compétitions sportives un pilier de leur diplomatie post-apartheid. Dès les années 1990, Nelson Mandela comprit l’enjeu symbolique d’organiser des événements planétaires sur le sol africain. L’accueil de la CAN 1996, et surtout de la Coupe du monde de rugby 1995 et du Mondial de football 2010, a servi à « rebrander » le pays en nation « arc-en-ciel » unie et ouverte, tournant la page de l’apartheid. De même, le Maroc a multiplié pendant des décennies les candidatures à l’organisation de la Coupe du monde de football, et ce faisant a promu l’image d’une nation sportive en devenir malgré ses échecs successifs. Chaque candidature marocaine, même non couronnée de succès, était accompagnée d’une campagne internationale mettant en avant la culture marocaine, ses infrastructures et sa stabilité, contribuant à forger un capital de sympathie à l’étranger.

Certains pays africains à l’influence plus modeste utilisent également le sport comme un instrument de puissance. Le Rwanda du président Paul Kagame en est un exemple frappant. Ce pays d’Afrique de l’Est a investi massivement dans le sponsoring sportif international (partenariats « Visit Rwanda » avec le club anglais Arsenal ou le Paris Saint-Germain) et a accueilli en 2025 les championnats du monde de cyclisme. L’objectif est de transformer l’image du Rwanda en hub touristique et technologique en Afrique, et de faire oublier les critiques sur le déficit démocratique du régime. Ainsi, Kagame a-t-il fait du sport une arme pour son régime afin de détourner l’attention des atteintes aux droits de l’homme. Ce phénomène, souvent qualifié de sportswashing, illustre l’envers du décor du sport power : des gouvernements autoritaires cherchent à « blanchir » leur réputation en organisant des événements ou en sponsorisant des clubs prestigieux, espérant que le public international ne voit que le spectacle et oublie les réalités politiques plus sombres.

Malgré cette tendance, la CAN demeure avant tout un facteur de rapprochement entre les peuples africains. Sur le terrain comme en dehors, elle crée un espace d’échange où s’exprime une identité panafricaine construite dès la décolonisation dans les années 1950 et 1960. Le tournoi favorise les rencontres informelles entre responsables politiques du continent, en marge des tribunes VIP des stades, permettant un dialogue diplomatique doux en dehors des protocoles officiels : c’est la diplomatie des coursives. Il n’est pas anodin que l’Union africaine soutienne symboliquement la CAN comme un moment d’unité continentale.

En définitive, la CAN s’avère un puissant outil de sport power pour les États africains, à condition de savoir l’utiliser avec habileté. Elle peut servir à construire une image positive, à rapprocher les nations et à raconter une histoire collective valorisante. Mais son impact reste tributaire des politiques qui l’entourent : le sport power ne saurait compenser durablement des manquements en matière de gouvernance ou de développement. S’il peut attirer l’attention et la bienveillance, il doit s’inscrire dans une stratégie globale crédible. En effet, l’image d’un pays repose d’abord sur la réalité de son modèle politique et social : le sport peut en être le reflet scintillant, non le simulacre. Pour les États africains, la CAN est donc un miroir aux multiples facettes : elle renvoie à la fois l’image d’une Afrique dynamique, fière et unie, et le défi de transformer l’essai sportif en progrès réel aux yeux du monde. En d’autres termes, le sport power est une arme à double-tranchant : il peut être une arme de diffusion massive positive autant qu’un projecteur négatif braqué sur soi.

Entre 2025 et 2030, le Maroc accueillera la Coupe d’Afrique des nations, puis la Coupe du monde de football. Que révèle cet investissement massif dans la diplomatie sportive des ambitions géopolitiques et régionales du royaume ?

Depuis 2025 et jusqu’à 2030, le Maroc est en train de vivre une séquence sportive sans précédent et historique : le royaume chérifien accueille d’abord la CAN 2025, puis se prépare à co-organiser la Coupe du monde 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal. Cet investissement massif dans la diplomatie sportive s’inscrit au cœur des ambitions géopolitiques et régionales du Maroc sous le règne de Mohammed VI. Fort de ses réussites sportives récentes, à commencer par l’épopée des Lions de l’Atlas en demi-finale du Mondial 2022, le Maroc mise sur le sport pour affirmer un leadership en Afrique, accroitre son statut de trait d’union entre l’Europe et l’Afrique, et rayonner à l’échelle mondiale.

Accueillir la CAN 2025 est d’abord pour Rabat l’aboutissement d’une stratégie patiemment déployée depuis des années. Le Maroc n’en est pas à son coup d’essai : il avait déjà organisé la CAN en 1988, et s’est porté candidat à de multiples reprises à la Coupe du monde de football (en 1994, 1998, 2006, 2010, 2026), échouant de peu à chaque fois. Ces revers n’ont fait que renforcer la détermination du Royaume à devenir une place forte du sport. Sous l’impulsion de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), le Maroc a modernisé son écosystème footballistique : création de l’Académie Mohammed VI en 2009 pour la formation des jeunes talents, professionnalisation de la gestion des clubs, et ouverture aux compétences étrangères. Les résultats sportifs sont là (une génération dorée de binationaux a choisi de porter le maillot marocain, symbole de l’attractivité retrouvée du projet national) et servent de tremplin pour les ambitions hors du terrain.

Sur le plan régional, la CAN 2025 au Maroc est conçue comme une démonstration de force tranquille. Six villes hôtes (Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, Fès, Agadir) ont été mobilisées. Pour la première fois, chaque sélection disposera de son camp d’entraînement dédié et sera logée dans un hôtel cinq étoiles, tandis que neuf stades aux normes internationales serviront d’écrin au tournoi. Ces chiffres révèlent une ambition géopolitique assumée : le Maroc, classé 3ᵉ en Afrique dans l’indice global de soft power 2025, entend consolider son statut de puissance africaine émergente en offrant la CAN « la plus aboutie de l’histoire ». La qualité de l’organisation (infrastructures, sécurité, accueil) sera scrutée de près par l’ensemble du continent, tant le Maroc souhaite apparaître comme le partenaire privilégié pour les grands événements sportifs en Afrique. Réussir cette CAN est un test de crédibilité majeur avant l’horizon 2030 : le royaume se positionne comme un hub régional incontournable capable d’accueillir des compétitions de premier plan. Puis, quelques mois après la CAN, le Maroc accueillera d’autres rendez-vous sportifs internationaux en 2026 (on pense à la Coupe du monde des clubs, aux Jeux africains, etc.). Tous ces événements constituent une répétition générale du Mondial 2030 que le pays co-organisera. Sans aucun doute, la CAN 2025 fait figure de laboratoire logistique, sécuritaire et médiatique grandeur nature pour le Maroc.

L’investissement du Maroc dans la diplomatie sportive répond aussi à des considérations de puissance plus globales. À l’échelle mondiale, le Royaume reste une puissance moyenne. Conscient de ne pouvoir rivaliser frontalement avec les géants, Rabat a choisi d’investir dans l’immatériel : la culture, les idées et le sport.

En effet, le retour du Maroc au sein de l’Union africaine en 2017, après 33 ans d’absence, s’est accompagné d’une intense campagne pour obtenir le soutien d’une majorité d’États africains à la marocanité du Sahara occidental. Or, la diplomatie sportive a servi subtilement cette cause. Le Maroc s’est présenté comme un pays africain solidaire, multipliant les initiatives de coopération sportive avec ses voisins. La FRMF a signé une quarantaine d’accords de partenariat avec d’autres fédérations du continent, offrant au passage son expertise, du matériel, des formations pour les cadres sportifs africains. Mieux, lorsque certains pays se sont retrouvés sans infrastructures aux normes ou en proie à l’insécurité (Libye, Mali, Guinée…), le Maroc leur a prêté ses stades pour organiser des matchs internationaux, ou hébergé leurs sélections nationales en stage. Cette solidarité a créé une proximité affective entre le Maroc et de nombreux pays africains, une influence douce que d’autres puissances extérieures – pays du Golfe, Turquie ou Chine – ne peuvent s’acheter. Dans ce cadre, la CAN 2025 a pour objectif de fonctionner comme une plateforme diplomatique pour le Royaume.

Les ambitions géopolitiques du Maroc via la diplomatie sportive se lisent également à l’échelle intercontinentale. La co-organisation de la Coupe du monde 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal consacre le rôle du Maroc comme trait d’union entre l’Europe et l’Afrique. Comme l’a souligné le ministre de la Jeunesse et des Sports marocain, cette Coupe du monde ne sera « pas une simple manifestation sportive, mais un projet civilisationnel par excellence, incarnant la vision clairvoyante du roi Mohammed VI et consacrant le leadership du Royaume comme trait d’union entre les continents et les civilisations ». Au-delà des formules diplomatiques, force est de constater que jamais un pays africain n’avait été intégré à un dossier de Mondial avec des nations européennes. En réussissant la CAN puis en se préparant pour 2030, le Maroc veut démontrer qu’il est « au standard international » et qu’il opère désormais comme le chainon manquant entre l’Afrique et l’Europe.

Cependant, cette diplomatie sportive ambitieuse n’est pas sans soulever des défis et des critiques. D’abord en interne, le Maroc doit veiller à ce que l’investissement dans le sport ne se fasse pas au détriment d’autres secteurs sociaux. En septembre 2025, à quelques mois de la CAN, des manifestations de jeunes Marocains (surnommés la génération « Z 212 ») ont éclaté dans plusieurs villes pour dénoncer la dégradation des services publics (éducation, santé) et le chômage, pointant du doigt les dépenses jugées excessives consacrées aux stades et à l’organisation des événements. La CAN cristallisait ici un mécontentement social latent : une partie de la population ne se reconnaît pas dans cette vitrine de développement et réclame des investissements plus directement utiles à son quotidien. Le gouvernement marocain a dû déployer un discours justificatif, affirmant que les infrastructures sportives s’accompagnent de programmes de développement local et que les retombées économiques bénéficieront in fine à tous. Il n’en demeure pas moins que Rabat marche sur une ligne de crête : réussir la CAN et le Mondial sans provoquer un ressentiment intérieur sera crucial pour la légitimité du projet. À cet égard, les autorités promettent des mesures pour pérenniser l’héritage des équipements construits : intégration des stades dans un réseau national sportif, ouverture pour des concerts, des activités culturelles et communautaires, afin que l’investissement profite aux Marocains au-delà du football. Cette logique d’amortissement social et politique vise à éviter que ne se creuse un fossé entre une vitrine sportive flamboyante et la réalité vécue par la population. Difficile de savoir à ce stade si ces promesses seront suivies des faits.

Ensuite, sur le plan régional, l’offensive sportive du Maroc peut susciter des rivalités. L’Algérie voisine voit d’un œil inquiet son compétiteur historique s’ériger en pôle d’attraction du sport africain. Alger avait initialement candidaté pour la CAN 2025 et 2027 avant de se retirer, officiellement pour se concentrer sur des réformes internes. Officieusement, ce désistement à la veille de la décision de la CAF traduisait la crainte d’une humiliation diplomatique et l’aveu que le Maroc avait déjà remporté la bataille des soutiens. De même, le succès populaire des Lions de l’Atlas en 2022 – acclamés dans toute l’Afrique – a un peu éclipsé les performances algériennes de 2019 (victoire des Fennecs à la CAN) dans l’imaginaire collectif. Il y a donc une émulation maghrébine forte autour du soft power sportif, chaque pays cherchant à s’affirmer comme leader naturel de la région. Dans ce contexte, le Maroc joue habilement la carte de la coopération africaine plutôt que de l’isolement : en s’alliant à l’Europe pour 2030 et en invitant largement les voisins africains à profiter de ses installations, il se pose en fédération plutôt qu’en concurrent. Néanmoins, il devra maintenir cet équilibre et éviter toute arrogance pouvant raviver des tensions latentes.

En définitive, l’engagement sportif du Maroc révèle une vision géopolitique ambitieuse : faire du royaume un carrefour des influences : africaines, méditerranéennes, européennes et mondiales. Grâce à la CAN 2025 puis au Mondial 2030, Rabat espère consacrer son rôle de puissance moyenne à l’influence décuplée par le sport power. Cette « diplomatie en crampons »  a déjà porté ses fruits en termes de prestige et de partenariats. Elle correspond à une doctrine où le sport est intégré aux stratégies de développement et d’influence, au même titre que l’économie ou la diplomatie classique. Bien sûr, le pari n’est pas sans risques : il faudra que le Maroc convertisse l’essai en réussissant à la fois l’organisation logistique, la performance sportive de son équipe, et l’héritage socio-économique. C’est là toute la mesure des ambitions géopolitiques du royaume : construire, ballon au pied, des passerelles d’influence et de coopération qui assoient son rang en Afrique et dans le concert des nations.

Finalement, la question principale reste la suivante : le Maroc résoudra-t-il la délicate équation mêlant ambitions géopolitiques internationales et progrès politico-sociaux locaux ? Si oui, il s’imposerait alors réellement comme un acteur majeur du sport mondial doublé d’un laboratoire du sport africain. Dans le cas contraire, il rejoindrait la liste interminable des puissances ayant tenté d’accaparer le sport power sans y parvenir. La balle est dans le camp de Mohammed VI.

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08.01.2026 à 10:30

Israël, nouvel hégémon au Liban ?

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Le Liban est aujourd’hui à la croisée des chemins. Après un dernier trimestre 2024 marqué par l’affrontement entre Israël et le Hezbollah, et qui avait vu la milice chiite libanaise encaisser des coups d’une violence extrême face à une armée israélienne victorieuse, l’élection du commandant en chef de l’armée Joseph Aoun à la présidence de la République le 9 janvier 2025, suivie par la nomination de Nawaf Salam, ex-président de la Cour internationale de Justice, au poste de Premier ministre, avait semblé annoncer le début d’une ère nouvelle. Un an plus tard, les choses paraissent toutefois plus complexes. Si le nouveau pouvoir libanais a fait de nombreux progrès sur la voie des réformes financières, économiques et sociales, c’est en effet sur le plan sécuritaire et politique, enjeu central, que le bât blesse. La problématique essentielle tourne autour du désarmement du Hezbollah, exigé par Israël. Si le cessez-le-feu conclu le 27 novembre 2024 sous médiation américaine (et qui s’appuie sur la Résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU) a mis fin aux combats, et énoncé le principe du désarmement du Hezbollah, entérinant de facto l’affaiblissement de ce dernier, il n’a cependant pas spécifié de façon claire et incontestable l’ampleur exacte de ce désarmement, ni son aire géographique. Israël affirme ainsi que le désarmement doit se faire dans tout le Liban, alors que le Hezbollah répond que cela doit se faire uniquement dans une étroite bande frontalière, d’une largeur de 5 à 7 kilomètres, au sud du fleuve Litani à la frontière libano-israélienne. Si certaines sources affirment, de leur côté, que le Hezbollah aurait été largement neutralisé au plan militaire, puisqu’il aurait perdu entre 2000 et 4000 morts, ainsi que l’élite de ses chefs et cadres militaires, tandis que près de 90 % de ses armes dites « stratégiques » (les missiles et les […]

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Un an plus tard, les choses paraissent toutefois plus complexes. Si le nouveau pouvoir libanais a fait de nombreux progrès sur la voie des réformes financières, économiques et sociales, c’est en effet sur le plan sécuritaire et politique, enjeu central, que le bât blesse. La problématique essentielle tourne autour du désarmement du Hezbollah, exigé par Israël. Si le cessez-le-feu conclu le 27 novembre 2024 sous médiation américaine (et qui s’appuie sur la Résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU) a mis fin aux combats, et énoncé le principe du désarmement du Hezbollah, entérinant de facto l’affaiblissement de ce dernier, il n’a cependant pas spécifié de façon claire et incontestable l’ampleur exacte de ce désarmement, ni son aire géographique. Israël affirme ainsi que le désarmement doit se faire dans tout le Liban, alors que le Hezbollah répond que cela doit se faire uniquement dans une étroite bande frontalière, d’une largeur de 5 à 7 kilomètres, au sud du fleuve Litani à la frontière libano-israélienne.

Si certaines sources affirment, de leur côté, que le Hezbollah aurait été largement neutralisé au plan militaire, puisqu’il aurait perdu entre 2000 et 4000 morts, ainsi que l’élite de ses chefs et cadres militaires, tandis que près de 90 % de ses armes dites « stratégiques » (les missiles et les drones de portée suffisante pour frapper le cœur d’Israël) auraient été détruites, cela ne suffit toutefois pas du point de vue de Tel-Aviv, qui veut un désarmement total. Une éventualité pour l’instant rejetée tant par le parti chiite que par son parrain iranien, qui continue de miser sur la carte du Hezbollah. De ce fait, Israël a continué de frapper quotidiennement ce dernier dans tout le Liban depuis le cessez-le -feu du 27 novembre 2024 (environ 700 frappes au total), tandis que le parti chiite aurait perdu plus de 200 membres supplémentaires, tout en se gardant bien de riposter. Une posture qui montre bien le déséquilibre du rapport de forces.

Dans cette situation, le Liban fait face à trois scénarios possibles. Le premier, celui de l’apaisement, que l’on pourrait appeler le scénario « irlandais », reposerait sur un accord politique (à l’image de l’accord du « vendredi saint » de 1998 en Irlande du Nord), à travers lequel les membres du Hezbollah rendraient progressivement leurs armes, tandis que l’armée libanaise, soutenue par des forces internationales, notamment européennes avec un soutien américain, pourrait jouer le rôle « d’intermédiaire honnête » afin de réceptionner ces armes. Si ce scénario, qui semble privilégié par le pouvoir libanais, demanderait du temps (la remise volontaire des armes avait pris sept ans en Irlande du Nord), il exigerait également un engagement de long terme des États-Unis et de leurs alliés européens pour rassurer les différentes parties locales et soutenir massivement l’armée libanaise (un sommet étant prévu début 2026 à Paris pour chiffrer ce soutien à l’armée). Il serait probablement également conditionné à une stabilisation de la Syrie voisine, avec laquelle la frontière est extrêmement poreuse, et dont le nouveau régime du président Ahmad el-Chareh peine encore à s’imposer. Et, enfin, il serait conditionné à une solution du contentieux avec l’Iran, afin que ce dernier cesse de pousser le Hezbollah à durcir ses positions.

Le deuxième scénario serait de mettre en place au Liban un schéma comparable à celui de la Cisjordanie, où les forces de l’Autorité palestinienne sont, tant bien que mal, contraintes de collaborer avec Israël pour éviter des représailles économiques, politiques, voire militaires. Si la question des armes du Hezbollah n’est pas réglée, Israël pourrait en effet opter alors au Liban pour un scénario maximisant sa sécurité. Il consisterait à forcer le pouvoir ainsi que l’armée libanaise à coopérer avec l’État hébreu, en menaçant, dans le cas contraire, de frapper non seulement le Hezbollah mais l’ensemble des infrastructures publiques et des administrations libanaises, qui sont à la merci de l’armée israélienne (ces menaces ayant été émises plus d’une fois dernièrement). Les prémices de ce scénario « cisjordanien » se sont manifestées lors d’un épisode récent à Yanouh au Sud-Liban, où Israël a forcé le Hezbollah à accepter une série de perquisitions, et a, surtout, forcé l’armée libanaise elle-même à exécuter ces perquisitions, en lui transmettant des messages par l’intermédiaire du comité de supervision du cessez-le-feu (connu sous le nom de « mécanisme »), afin d’identifier des caches d’armes potentielles, sous la menace de bombardements israéliens en cas de refus. Une situation nouvelle qui pourrait imposer à terme à l’armée libanaise de modifier en partie sa doctrine opérationnelle, puisqu’elle considère jusqu’à présent Israël comme une menace extérieure et un ennemi avec lequel la coopération n’est pas envisageable.

Ce scénario ne supposerait pas une remise des armes, mais plutôt la perpétuation d’un climat de statu quo, ou « d’instabilité sous contrôle », où l’armée israélienne confirmerait sa nouvelle domination en soumettant à ses volontés les forces en place au Liban, le Hezbollah, les autres milices et formations armées, ainsi que l’armée libanaise elle-même, tout en consacrant la création au Liban-Sud d’une zone tampon à sa frontière, vidée comme aujourd’hui de ses habitants, et qui pourrait être patrouillée par des forces internationales (lesquelles succèderaient à la FINUL, dont le mandat se termine fin 2026). Ce scénario ne nécessiterait en outre pas d’engagement massif et continu des États-Unis envers le Liban, pas plus qu’il ne nécessiterait un vaste règlement avec l’Iran, mais simplement le maintien d’un équilibre régional minimum, ce que le dispositif militaire américain dans la région pourrait assurer.

Enfin, le dernier scénario, comparable à celui de Gaza, consisterait en une nouvelle explosion, poussant l’État hébreu à frapper ses adversaires avec violence, en détruisant des pans entiers du Liban ainsi qu’en frappant l’Iran, afin d’affaiblir fortement ses adversaires et d’imposer des évolutions politiques radicales au Proche-Orient (ce qui pourrait, in fine, menacer le régime à Téhéran lui-même). Ce scénario pourrait cependant exiger un engagement des États-Unis en Iran même, pour s’assurer que l’instabilité ne gagnerait pas le pays ainsi que le reste de la région, notamment l’Irak et les pays du Golfe, en cas de basculement du régime.

Ces trois scénarios ont un fil conducteur : le niveau d’engagement des États-Unis. S’ils ne souhaitent pas s’embarquer massivement dans des entreprises de « nation-building » et dans le soutien des pouvoirs locaux, au Liban ou ailleurs (comme auparavant en Irak), alors ils privilégieront des solutions sécuritaires qui préserveront le statu quo, en collaborant avec les puissances régionales en place, ce qui adouberait de facto Israël, en particulier sur le terrain libanais, comme un nouvel hégémon.

L’inconnue serait cependant la Turquie, l’autre allié de Washington, qui entretient avec Tel-Aviv une forte rivalité sur le terrain syrien, ce qui ne peut qu’influencer le Liban voisin où vit une forte proportion de déplacés syriens, tandis que le nord du pays, à majorité sunnite et qui abrite une communauté de turcophones, bat en partie au rythme d’Ankara.

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