
14.07.2026 à 00:00
Coline Laroche
L’étude du continent africain ne se résume pas à celle des 55 États qui le composent. Dans son ouvrage, Patrick Ferras étudie l’Afrique à travers différentes échelles et analyse l’évolution des organisations qui la composent, afin de mieux comprendre les dynamiques du continent. L’Afrique connaît une forte croissance démographique et dispose d’importantes ressources naturelles, qui représentent de véritables leviers de développement. À travers l’Union africaine et des initiatives comme l’Agenda 2063, les États africains cherchent à répondre aux enjeux sécuritaires, tout en renforçant leur intégration et leur poids économique, politique et diplomatique sur la scène internationale. Quels sont les principaux défis géographique et démographique du continent ? Quel rôle l’Union africaine joue-t-elle sur la scène internationale et en quoi l’Agenda 2063 illustre-t-il la volonté des États africains de renforcer leur poids politique et diplomatique ? Comment renforcer l’intégration économique régionale ? Enfin, quelle est l’action de l’Union africaine face aux enjeux sécuritaires en Afrique ? Le point avec Patrick Ferras, enseignant à IRIS Sup’ et président de l’association stratégies africaines, à l’occasion de la parution de son ouvrage Afrique = Union africaine + 55 États (2026). En quoi la géographie et la démographie du continent africain constituent-elles des opportunités, mais également des vulnérabilités pour son développement ? La géographie et la démographie du continent représentent un potentiel important, mais sa valorisation peine à être concrétisée. L’immensité et la diversité des ressources du continent (cobalt, terres rares, hydroélectricité…) sont de réelles opportunités et donnent à l’Afrique une valeur stratégique importante. Néanmoins, le faible nombre d’infrastructures de transport et d’énergie est une contrainte qui affecte de très nombreux États, et plus particulièrement les États enclavés. L’intégration régionale peut apporter une solution à ces nombreux obstacles, mais elle reste encore peu développée. Si la démographie est un atout pour certains économistes (en termes de main-d’œuvre ou de […]
L’article L’Afrique : entre dynamiques démographiques, intégration économique et affirmation géopolitique est apparu en premier sur IRIS.
L’étude du continent africain ne se résume pas à celle des 55 États qui le composent. Dans son ouvrage, Patrick Ferras étudie l’Afrique à travers différentes échelles et analyse l’évolution des organisations qui la composent, afin de mieux comprendre les dynamiques du continent. L’Afrique connaît une forte croissance démographique et dispose d’importantes ressources naturelles, qui représentent de véritables leviers de développement. À travers l’Union africaine et des initiatives comme l’Agenda 2063, les États africains cherchent à répondre aux enjeux sécuritaires, tout en renforçant leur intégration et leur poids économique, politique et diplomatique sur la scène internationale.
Quels sont les principaux défis géographique et démographique du continent ? Quel rôle l’Union africaine joue-t-elle sur la scène internationale et en quoi l’Agenda 2063 illustre-t-il la volonté des États africains de renforcer leur poids politique et diplomatique ? Comment renforcer l’intégration économique régionale ? Enfin, quelle est l’action de l’Union africaine face aux enjeux sécuritaires en Afrique ? Le point avec Patrick Ferras, enseignant à IRIS Sup’ et président de l’association stratégies africaines, à l’occasion de la parution de son ouvrage Afrique = Union africaine + 55 États (2026).
En quoi la géographie et la démographie du continent africain constituent-elles des opportunités, mais également des vulnérabilités pour son développement ?
La géographie et la démographie du continent représentent un potentiel important, mais sa valorisation peine à être concrétisée.
L’immensité et la diversité des ressources du continent (cobalt, terres rares, hydroélectricité…) sont de réelles opportunités et donnent à l’Afrique une valeur stratégique importante. Néanmoins, le faible nombre d’infrastructures de transport et d’énergie est une contrainte qui affecte de très nombreux États, et plus particulièrement les États enclavés. L’intégration régionale peut apporter une solution à ces nombreux obstacles, mais elle reste encore peu développée.
Si la démographie est un atout pour certains économistes (en termes de main-d’œuvre ou de jeunesse par exemple) et pourrait être un dividende, elle reste tributaire de systèmes éducatifs peu développés et de structures de santé insuffisantes. 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050 représentent un potentiel important, mais cela devra s’accompagner d’un investissement massif dans l’emploi.
Le développement du continent sera lié à la réduction de l’écart entre le potentiel de la géographie et de la démographie et sa valorisation effective.
Quelle est la place de l’Union africaine sur la scène internationale et quels sont les défis internes auxquels elle fait face ? En quoi les objectifs de l’Agenda 2063 traduisent-ils la volonté des États africains de renforcer leur poids politique et diplomatique ?
La montée en puissance de l’Union africaine comme acteur diplomatique reconnu s’affirme depuis quelques années. Elle est devenue incontournable pour représenter le continent et siège au G20 depuis 2023. Elle enchaîne les sommets avec de très nombreux bailleurs (Union européenne, Chine, États-Unis, Japon, France…). Ses deux « bras armés », la Commission et le Conseil de paix et de sécurité, portent la voix du continent sur des enjeux globaux et sécuritaires.
Les défis restent néanmoins importants. Le financement de son budget est assuré à 60 % par des partenaires extérieurs. Comme toute union, elle est sujette aux intérêts nationaux divergents, mais aussi aux rivalités régionales (communautés économiques régionales (CER)[1]) qui l’affaiblissent. La gestion des crises majeures, qui impliquent 21 États africains, demeure le point faible de l’organisation africaine. Son poids institutionnel reste encore modeste face aux grandes puissances et aux institutions financières internationales.
L’Agenda 2063, est révélateur de la volonté des acteurs africains de penser l’avenir de leur continent. Cette ambition se heurte à plusieurs difficultés :
En résumé, l’Agenda 2063 traduit clairement une ambition de peser davantage. Il revendique une Afrique « influente, unie et forte » et la volonté d’être un acteur des relations internationales.
Quels sont les principaux moteurs de la croissance économique en Afrique ? Dans quelle mesure les communautés économiques régionales (CER) et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) contribuent-elles à renforcer l’intégration économique sur le continent africain ?
Les principaux moteurs de la croissance économique en Afrique sont les ressources naturelles, la démographie, les investissements directs étrangers (IDE) et le potentiel de l’agriculture. S’y ajoutent le potentiel des services et de la consommation intérieure.
L’intégration économique s’est construite par la montée en puissance de huit communautés économiques régionales majeures. Si elles ont permis des avancées réelles, la différence de niveau d’intégration au sein des CER est importante et ne facilite pas l’intégration du continent. De surcroît, la possibilité pour un État d’appartenir à plusieurs CER (fragmentées et inégales) complique l’intégration. En 2019, la Zone de libre-échange continentale africaine est créée. Elle réunit 54 États[2]. Seule l’Érythrée n’a pas adhéré à cette initiative économique majeure. Les objectifs sont l’augmentation du commerce intra-africain et une meilleure attractivité pour les investisseurs. Mais la mise en œuvre de la ZLECA reste lente et a été très ralentie par la pandémie de Covid-19 et les crises internationales qui se succèdent. Le manque d’infrastructures de transport participe à cette difficile mise en œuvre. L’affirmation de résultats positifs de la ZLECA prendra de nombreuses années. La question qui demeure posée pourrait être la suivante : quel sera l’avenir des CER lorsque la ZLECA sera pleinement opérationnelle ? Le mille-feuille des organisations économiques ne gagnerait-il pas à être réduit ?
Quels sont les principaux enjeux sécuritaires auxquels sont confrontés les États africains ? Quel rôle joue l’Union africaine dans la résolution des crises ? Quelles actions pourraient être mises en place pour renforcer la stabilité du continent ?
Ving-et-un États africains sont confrontés à une crise ou un conflit majeur (coups d’État, guerres civiles, terrorisme ou extrémisme violent). La criminalité organisée et les tensions liées aux ressources et au climat sont aussi des enjeux sécuritaires majeurs.
Dès le mois de février 2004, l’Union africaine s’est dotée d’une politique commune de défense et de sécurité. Deux principes fondamentaux sont à mettre en relief : la politique de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État, mais l’UA se réserve le droit d’intervenir en cas de crimes de guerre, de génocide ou de crimes contre l’humanité.
Un des programmes majeurs de l’UA réside dans l’Architecture africaine de paix et de sécurité (AAPS). Elle s’articule principalement autour du Conseil de paix et de sécurité (CPS), appuyé par la Commission de l’Union africaine. Seul le CPS peut autoriser des missions de soutien à la paix, imposer des sanctions, prendre des initiatives et des actions en réponse à des conflits éventuels ou réels. Il est composé de 15 membres, siégeant pour deux ou trois ans. Quatre outils sont importants au sein de l’AAPS : la Force africaine en attente (intervention), le Groupe des sages (médiation), le Système continental d’alerte rapide (information) et le Fonds pour la paix (financement).
L’AAPS demeure ralentie par le manque de moyens financiers et la rivalité décisionnelle entre le niveau continental et celui des CER.
L’Agenda 2063 reste une feuille de route intéressante. L’écart entre les ambitions affichées et la réalité du terrain reste important. L’intégration économique continentale, comme l’unité politique, ne pourront se réaliser qu’avec l’application du principe de base de la renaissance africaine : « Faire taire les armes en 2030 ».
[1] Elles sont au nombre de huit : la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), l’Union du Maghreb arabe (UMA), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), le Marché commun d’Afrique orientale et australe (COMESA), l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), la Communauté des États sahélo-sahariens (CENSAD) et la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC).
[2] Qui représentent un potentiel d’environ 1.5 milliard de consommateurs.
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13.07.2026 à 12:05
stagiairedecomm@iris-france.org
Le match de demi-finale de la Coupe du monde 2026, qui opposera l’Argentine à l’Angleterre mercredi 15 juillet, s’inscrit comme un nouveau chapitre d’une rivalité unique, où sport et géopolitique s’entremêlent depuis soixante ans. De la polémique arbitrale de 1966, où l’Argentine se sent lésée par un arbitrage perçu comme partial, à la guerre des Malouines en 1982, qui creuse un fossé politique entre les deux nations, chaque affrontement a dépassé le cadre sportif. Puis, en 1986 : la « Main de Dieu » et le « But du Siècle » de Maradona transforment un simple quart de finale en acte de résistance symbolique, où le football devient l’arme d’une revanche historique. Pourquoi cette rivalité, plus qu’une autre, cristallise-t-elle autant de passions et de tensions ? Mon analyse dans cette vidéo.
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Le match de demi-finale de la Coupe du monde 2026, qui opposera l’Argentine à l’Angleterre mercredi 15 juillet, s’inscrit comme un nouveau chapitre d’une rivalité unique, où sport et géopolitique s’entremêlent depuis soixante ans.
De la polémique arbitrale de 1966, où l’Argentine se sent lésée par un arbitrage perçu comme partial, à la guerre des Malouines en 1982, qui creuse un fossé politique entre les deux nations, chaque affrontement a dépassé le cadre sportif. Puis, en 1986 : la « Main de Dieu » et le « But du Siècle » de Maradona transforment un simple quart de finale en acte de résistance symbolique, où le football devient l’arme d’une revanche historique.
Pourquoi cette rivalité, plus qu’une autre, cristallise-t-elle autant de passions et de tensions ? Mon analyse dans cette vidéo.
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13.07.2026 à 10:17
Coline Laroche
L’échec du programme du système de combat aérien du futur (SCAF) est un échec collectif des États qui l’ont promu, ainsi que des industriels censés le mettre en œuvre. Il est fondamental d’en comprendre les raisons avant d’esquisser les voies et moyens de sortir de l’impasse. Les États font de l’industrie et pas de la défense La première raison est que les États européens font passer les préoccupations de leurs industriels avant celles de leurs forces. Or, l’intérêt premier des armées est de disposer du meilleur avion possible, avec une totale liberté d’action, et non pas d’un avion qui se vend à l’export. Or, le Rafale de Dassault et l’Eurofighter de BAE-Airbus-Léonardo résultent de programmes lancés au début des années 1980 et entrés dans les forces au début des années 2000. Ce sont des avions dits de « quatrième génération » (ils ne sont pas furtifs) alors qu’une « sixième génération » (combat collaboratif avec des drones de combat) pointe déjà son nez. Notre retard technologique va donc s’accroître. En ne donnant pas les meilleures armes à leurs armées, les États manquent à leur « premier devoir – la défense » pour reprendre les mots du général de Gaulle. Tous les hommes politiques qui, en France, se réclament du gaullisme devraient s’en souvenir. Les intérêts de nos industriels ne sont pas toujours ceux de nos États. Les Allemands et les Français se racontent des histoires La deuxième raison de l’échec est que les décideurs politiques, les industriels et les forces armées se mentent entre eux et se mentent à eux-mêmes. Les décideurs allemands ont menti aux Français en acceptant ab initio des spécifications opérationnelles telles que l’emport d’un missile nucléaire ou la capacité d’apponter, qu’ils font mine de découvrir dix ans après, pour mieux les refuser. Et ils se mentent à eux-mêmes s’ils croient pouvoir développer […]
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L’échec du programme du système de combat aérien du futur (SCAF) est un échec collectif des États qui l’ont promu, ainsi que des industriels censés le mettre en œuvre. Il est fondamental d’en comprendre les raisons avant d’esquisser les voies et moyens de sortir de l’impasse.
La première raison est que les États européens font passer les préoccupations de leurs industriels avant celles de leurs forces. Or, l’intérêt premier des armées est de disposer du meilleur avion possible, avec une totale liberté d’action, et non pas d’un avion qui se vend à l’export. Or, le Rafale de Dassault et l’Eurofighter de BAE-Airbus-Léonardo résultent de programmes lancés au début des années 1980 et entrés dans les forces au début des années 2000. Ce sont des avions dits de « quatrième génération » (ils ne sont pas furtifs) alors qu’une « sixième génération » (combat collaboratif avec des drones de combat) pointe déjà son nez. Notre retard technologique va donc s’accroître.
En ne donnant pas les meilleures armes à leurs armées, les États manquent à leur « premier devoir – la défense » pour reprendre les mots du général de Gaulle. Tous les hommes politiques qui, en France, se réclament du gaullisme devraient s’en souvenir. Les intérêts de nos industriels ne sont pas toujours ceux de nos États.
La deuxième raison de l’échec est que les décideurs politiques, les industriels et les forces armées se mentent entre eux et se mentent à eux-mêmes.
Les décideurs allemands ont menti aux Français en acceptant ab initio des spécifications opérationnelles telles que l’emport d’un missile nucléaire ou la capacité d’apponter, qu’ils font mine de découvrir dix ans après, pour mieux les refuser. Et ils se mentent à eux-mêmes s’ils croient pouvoir développer seuls, dans un délai raisonnable et à un coût maîtrisé, un avion de combat de sixième génération, comme le leur a justement rappelé Tom Enders, l’ancien patron Airbus. À supposer que l’industrie allemande y arrive, elle risque fort de ne pouvoir le vendre que sur son propre marché. En outre, les décideurs allemands sont familiers des promesses de coopération qui n’ont jamais abouties telles que l’avion de patrouille maritime, la modernisation de l’hélicoptère Tigre, l’Eurodrone ou qui ont abouti à des échecs patents comme le missile Trigat LR.
Côté français, si Dassault se déclare capable de construire un avion de combat de sixième génération « tout seul », il est chimérique de penser que la France peut le financer. Le programme Rafale a coûté plus de 50 milliards d’euros aux conditions financières de 2026, pour un total de 178 appareils. Le programme Eurofigther a coûté plus de 90 milliards d’euros pour près de 500 avions. Quant au F-22 raptor américain il aurait coûté 62 milliards d’euros pour 195 appareils. Dans ces conditions, un programme strictement national coûterait au bas mot une petite centaine de milliards d’euros pour une centaine d’avions disponibles, à la fin des années 2040. Un milliard d’euros par avion : ouvrons les yeux ! Dans le contexte budgétaire qui est le sien, la France ne pourra pas financer un nouveau porte-avions, moderniser sa force de dissuasion nucléaire, remonter en volume et en qualité sur les équipements et les munitions et de surcroit développer seule un nouveau système de combat aérien, alors même que la dotation de l’armée de l’Air n’a toujours pas atteint la cible capacitaire initiale de 286 Rafale ! Prétendre le contraire, c’est se mentir.
La troisième raison de l’échec, la plus importante, est que les forces armées des deux pays n’ont pas tiré les enseignements de la guerre en Ukraine ni de celle d’Iran et n’ont pas modifié en conséquence le besoin opérationnel.
Les spécifications du SCAF datent de 2017, voire 2014 si on remonte au projet franco-britannique du FCAS, un échec lui aussi. Or, ces guerres ont montré la difficulté pour des avions de combat de quatrième génération de percer les systèmes de défense anti-aérienne intégrés aussi bien du côté ukrainien que du côté russe. Elles ont rappelé au contraire l’importance de la guerre industrielle.
La masse, le coût et la vitesse de production et d’adaptation sont désormais les paramètres essentiels de la guerre. Est-ce que cela fait encore sens de disposer d’un nombre restreint d’avions de combat extrêmement coûteux alors que des drones bon marché peuvent frapper dans la profondeur du territoire ennemi avec des charges militaires beaucoup plus lourdes que les meilleurs de nos missiles ?
Les responsables de la défense nationale ont continué de penser « dans la boite », en voulant refaire ce qui existe déjà : un avion omnirôle capable d’effectuer toutes les opérations de supériorité aérienne, d’attaque au sol, d’emporter le missile nucléaire et en prime d’apponter sur le porte-avions… On refait du même, en mieux, mais en plus cher et en moindre quantité… Dans ces conditions, pourquoi changer ? Et du reste, la conclusion vient de tomber : on ne changera pas. Pour la France ce sera du Rafale pour seul horizon.
Or, cela pose un problème pour l’innovation de défense, appelée à stagner, et plus encore pour la composante aérienne de la dissuasion nucléaire française. Aujourd’hui un raid des forces aériennes stratégiques a encore de très bonnes chances de percer la défense russe. Mais demain ? Si l’on veut en être certain, il faudra un missile capable d’aller beaucoup plus loin et d’aller beaucoup plus vite que l’actuel missile ASMPA-NG. Et pour ce faire il sera nécessairement plus long et plus lourd. Il aurait donc fallu déterminer l’architecture du futur avion d’armes français en fonction du missile et non pas l’architecture du missile en fonction de l’avion qui le porte. Pour cela, il aurait mieux valu envisager de construire plusieurs avions : un bombardier (les Européens n’en ont aucun) et un chasseur. Cela eût permis de donner du travail à tout le monde. Hélas…
L’Allemagne, la France et l’Espagne ont eu raison de vouloir faire un programme commun de système de combat aérien, car le problème majeur de la défense européenne ne tient pas dans le trop grand nombre d’industriels de défense – ce qui est une chance – mais dans la trop grande fragmentation de la demande du fait de l’incapacité des États à s’entendre. Mais ils ont eu tort de décider d’une coopération en partant du partage industriel – le mortifère « juste retour » – et plus encore de ne pas faire évoluer leur besoin opérationnel. Alors que faire ?
Le plus important dans l’immédiat serait de préserver les enfants du divorce : sauver le « système » à défaut de sauver « l’avion », à savoir le cloud, le moteur à flux variable, les drones de combat et les systèmes d’armes, dont le système de mission embarqué. Car pour la France, la fin du SCAF n’impacte pas seulement Dassault, mais aussi Safran, Thales et MBDA et tous leurs sous-traitants. Malheureusement la décision du gouvernement allemand d’attribuer – sans appel d’offres – un contrat de 500 millions d’euros à la société Helsing pour l’architecture d’un cloud de combat augure mal de la suite. Quant à la coopération sur le futur moteur qui semblerait se dérouler au mieux, elle aura besoin de déboucher sur un avion… Néanmoins, trois voies de sortie nous semblent pouvoir être empruntées.
La première est de concentrer, à court terme, les efforts sur les drones de très longue portée et la défense anti-aérienne et anti-missiles. Dans ce domaine il conviendrait de miser sur des start-up innovantes plutôt que sur les grands « prime ». Certaines de ces entreprises existent déjà en France et des coopérations avec d’autres entreprises européennes et surtout ukrainiennes devraient être favorisées. Cela pourrait déboucher sur des familles de drones meilleur marché, du type des « Valkyrie XQ-58 A » de la société américaine Kratos qui coûtent moins de 2 millions d’euros par unité, à l’inverse du drone NEUROn plus cher qu’un Rafale. Cela suppose de contourner les procédures bureaucratiques de certification dont la France a le secret.
La seconde piste serait de favoriser une coopération avec le troisième avionneur européen, SAAB, pour un futur avion de combat qui pourrait être équipé du moteur franco-allemand de SAFRAN-MTU, des radars et de l’avionique de Thales et des effecteurs de MBDA. Il s’agirait en quelque sorte d’européaniser le Gripen qui est un bon chasseur, mais dont les parties essentielles (moteur, radar) sont américaines. S’il est bien une leçon qu’il faut retenir des évolutions technologiques récentes c’est que le futur de l’aviation de combat passe davantage par le système de mission et sa capacité à communiquer que par les caractéristiques du porteur qui emporte ce système.
Enfin, il faudrait avoir le courage de repenser les forces stratégiques aériennes stratégiques en partant du missile et de sa tête, qui sont les véritables instruments de la « souveraineté », et non pas du porteur qui peut être interchangeable et pourrait même être un avion de transport tels qu’un A330 MRTT ou un A400M.
Au demeurant, une réflexion sur un missile balistique sol-sol, du type de l’Orechnik doit être poursuivie. Des solutions existent déjà, à l’instar du programme de planeur hypersonique V-MAX d’Ariane group et de l’Onera ou le programme Sylex, ou encore un missile balistique de théâtre (MBT) sol-sol, tel que cela est envisagé dans la loi de programmation militaire. L’Ukraine comme l’Iran ont montré que rien ne protège à 100 % une attaque saturante de missiles balistiques, par nature hypersoniques et, dans la plupart des cas, inarrêtables. Nous ferions mieux d’y réfléchir.
L’échec du SCAF doit conduire les responsables politiques et militaires européens à penser « hors de la boite » et à tenir à la juste distance les intérêts de leurs propres industriels. Les États européens étaient « souverains » avant Airbus et Dassault. Ils le seront encore après eux.
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