
19.05.2026 à 16:51
Coline Laroche
La spécificité de la guerre informationnelle réside dans son caractère évolutif : afin d’atteindre efficacement les opinions publiques, elle s’adapte aux environnements sociaux et politiques en se greffant aux thématiques qui suscitent une attention accrue dans les sociétés ciblées. Comme de nombreux autres enjeux, les changements climatiques peuvent donc être intégrés dans le cadre de la guerre informationnelle. Bien que l’intégration des questions climatiques dans le cadre d’ingérences informationnelles étrangères soit récente, la manipulation de l’information climatique est en réalité une pratique ancienne. Toutefois, la désinformation climatique contemporaine se distingue par la diversité des acteurs impliqués : aux acteurs des énergies fossiles s’ajoutent désormais ceux de la Big Tech, ainsi que des acteurs étatiques. De 2024 à 2026, la désinformation climatique représentait en moyenne 7,7 % de l’ensemble des contenus de désinformation recensés dans l’Union européenne (UE). La manipulation de l’information climatique recouvre une diversité de pratiques, dont les nuances reposent sur le degré d’intentionnalité. L’UE établit ainsi une distinction entre « mésinformation » – définie comme la « diffusion de contenus faux ou trompeurs transmis sans intention de nuire, même si leurs effets peuvent néanmoins être préjudiciables » – et la « désinformation », définie comme des « contenus faux ou trompeurs diffusés avec l’intention de tromper ou dans un but lucratif ou politique et susceptibles de causer un préjudice public ». Dans la continuité des travaux menés par l’Observatoire Défense et climat sur l’intégration des changements climatiques dans les dynamiques de guerre hybride, cette note propose d’analyser l’instrumentalisation de l’information climatique par des puissances étrangères, grâce à une approche multifactorielle. Dans cette perspective, elle intègre les questions climatiques comme nouvel objet de la guerre informationnelle. Ainsi, après une présentation du cadre méthodologique du nexus désinformation climatique – guerre informationnelle (I), cette note propose un panorama des principaux acteurs étatiques de la désinformation climatique ciblant l’Europe, notamment la Russie et les […]
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La spécificité de la guerre informationnelle réside dans son caractère évolutif : afin d’atteindre efficacement les opinions publiques, elle s’adapte aux environnements sociaux et politiques en se greffant aux thématiques qui suscitent une attention accrue dans les sociétés ciblées. Comme de nombreux autres enjeux, les changements climatiques peuvent donc être intégrés dans le cadre de la guerre informationnelle.
Bien que l’intégration des questions climatiques dans le cadre d’ingérences informationnelles étrangères soit récente, la manipulation de l’information climatique est en réalité une pratique ancienne. Toutefois, la désinformation climatique contemporaine se distingue par la diversité des acteurs impliqués : aux acteurs des énergies fossiles s’ajoutent désormais ceux de la Big Tech, ainsi que des acteurs étatiques. De 2024 à 2026, la désinformation climatique représentait en moyenne 7,7 % de l’ensemble des contenus de désinformation recensés dans l’Union européenne (UE).
La manipulation de l’information climatique recouvre une diversité de pratiques, dont les nuances reposent sur le degré d’intentionnalité. L’UE établit ainsi une distinction entre « mésinformation » – définie comme la « diffusion de contenus faux ou trompeurs transmis sans intention de nuire, même si leurs effets peuvent néanmoins être préjudiciables » – et la « désinformation », définie comme des « contenus faux ou trompeurs diffusés avec l’intention de tromper ou dans un but lucratif ou politique et susceptibles de causer un préjudice public ».
Dans la continuité des travaux menés par l’Observatoire Défense et climat sur l’intégration des changements climatiques dans les dynamiques de guerre hybride, cette note propose d’analyser l’instrumentalisation de l’information climatique par des puissances étrangères, grâce à une approche multifactorielle. Dans cette perspective, elle intègre les questions climatiques comme nouvel objet de la guerre informationnelle. Ainsi, après une présentation du cadre méthodologique du nexus désinformation climatique – guerre informationnelle (I), cette note propose un panorama des principaux acteurs étatiques de la désinformation climatique ciblant l’Europe, notamment la Russie et les États-Unis, ainsi que leurs interactions avec des acteurs non étatiques (II). L’analyse porte ensuite sur les conséquences sécuritaires de la désinformation climatique (III). Sur la base de ces conclusions, la note développe trois scénarii de prospective, accompagnés de recommandations à destination du ministère des Armées (IV).
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19.05.2026 à 12:30
Déborah Yapi
Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Anne Sénéquier, chercheuse et co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale à l’IRIS, autour des risques de nouvelles crises sanitaires dans un contexte de propagation de l’hantavirus et à la résurgence d’Ebola en République démocratique du Congo.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Anne Sénéquier, chercheuse et co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale à l’IRIS, autour des risques de nouvelles crises sanitaires dans un contexte de propagation de l’hantavirus et à la résurgence d’Ebola en République démocratique du Congo.
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18.05.2026 à 18:09
admn_iris
La visite de Donald Trump en Chine, mercredi 13 mai, s’inscrit dans un contexte international particulièrement tendu, marqué à la fois par les conflits au Moyen-Orient et par l’intensification des rivalités entre Washington et Pékin. Reporté à la suite du déclenchement de la guerre en Iran, ce déplacement constitue la première visite de Donald Trump en Chine depuis 2017. Il intervient également quelques jours avant l’arrivée de Vladimir Poutine à Pékin, alors que le rapprochement stratégique entre la Russie et la Chine ne cesse de se renforcer. Au-delà de la question iranienne et des liens étroits entretenus par Pékin avec Téhéran, cette rencontre revêt une importance particulière en raison des nombreux sujets de tension entre les deux puissances, qu’il s’agisse des différends commerciaux, des enjeux technologiques ou encore de la question sensible de Taïwan. Quel bilan tirer de cette visite de Donald Trump en Chine ? Quels étaient les principaux enjeux abordés par les deux dirigeants ? Et quelles conséquences cette rencontre diplomatique pourrait-elle avoir sur la politique américaine vis-à-vis de Taïwan et sur la stabilité régionale ? Le point avec Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, co-responsable du Programme Asie-Pacifique. Dans quel contexte s’inscrit la visite de Donald Trump en Chine ? C’est la deuxième visite de Donald Trump en Chine depuis 2017. Rappelons que cette visite d’État avait été préalablement ajournée il y a un mois par les Américains pour cause de guerre au Moyen-Orient. Cette visite précède de quelques jours seulement celle de Vladimir Poutine à Pékin, ces 19 et 20 mai. Avec le recul, nous pouvons dire d’ores et déjà que le déplacement de Donald Trump dans la capitale chinoise est un échec. Seuls deux cents Boeing ont été vendus alors que la vente de cinq cents appareils était initialement escomptée. Aucun contrat dans le domaine céréalier, […]
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La visite de Donald Trump en Chine, mercredi 13 mai, s’inscrit dans un contexte international particulièrement tendu, marqué à la fois par les conflits au Moyen-Orient et par l’intensification des rivalités entre Washington et Pékin. Reporté à la suite du déclenchement de la guerre en Iran, ce déplacement constitue la première visite de Donald Trump en Chine depuis 2017. Il intervient également quelques jours avant l’arrivée de Vladimir Poutine à Pékin, alors que le rapprochement stratégique entre la Russie et la Chine ne cesse de se renforcer. Au-delà de la question iranienne et des liens étroits entretenus par Pékin avec Téhéran, cette rencontre revêt une importance particulière en raison des nombreux sujets de tension entre les deux puissances, qu’il s’agisse des différends commerciaux, des enjeux technologiques ou encore de la question sensible de Taïwan. Quel bilan tirer de cette visite de Donald Trump en Chine ? Quels étaient les principaux enjeux abordés par les deux dirigeants ? Et quelles conséquences cette rencontre diplomatique pourrait-elle avoir sur la politique américaine vis-à-vis de Taïwan et sur la stabilité régionale ? Le point avec Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, co-responsable du Programme Asie-Pacifique.
Dans quel contexte s’inscrit la visite de Donald Trump en Chine ?
C’est la deuxième visite de Donald Trump en Chine depuis 2017. Rappelons que cette visite d’État avait été préalablement ajournée il y a un mois par les Américains pour cause de guerre au Moyen-Orient. Cette visite précède de quelques jours seulement celle de Vladimir Poutine à Pékin, ces 19 et 20 mai.
Avec le recul, nous pouvons dire d’ores et déjà que le déplacement de Donald Trump dans la capitale chinoise est un échec. Seuls deux cents Boeing ont été vendus alors que la vente de cinq cents appareils était initialement escomptée. Aucun contrat dans le domaine céréalier, ainsi que dans le high-tech – alors que dix-sept chefs d’entreprises parmi lesquels Elon Musk étaient présents dans la délégation présidentielle – n’ont été signés. Donald Trump a beau avoir dit à la cantonade que Xi Jinping était un « ami », cela n’engage manifestement que lui tant il est vrai que Xi Jinping a été très ferme, voire menaçant, sur l’attitude de Washington à l’égard de Taïwan. Le Président américain a également constaté que ses vœux d’obtenir de la Chine une plus grande coopération sur le dossier iranien se heurtaient à un mur. À l’encontre de l’Iran, Donald Trump va donc devoir « poursuivre la diplomatie par d’autres moyens », si l’on parle le langage de Clausewitz, et ce, en optant de nouveau pour la guerre. Comme pour le conflit en Ukraine, la Chine ne peut que s’en réjouir. En aidant matériellement les Russes et les Iraniens par la livraison de composants nécessaires au montage de drones, tout en étant une force de propositions en proposant des plans de paix que rejettent toutefois les belligérants, la Chine assiste à l’embourbement de la première puissance du monde.
À présent, tous les regards convergent naturellement vers la Chine, les pays de l’Union européenne – dont la France – n’étant pas en reste. D’autant que la Chine se voit confortée dans ses choix de transition écologique entamée il y a plus de vingt ans et veillera à développer des corridors alternatifs pour assurer ses approvisionnements énergétiques. Parmi ces corridors, on peut noter celui des régions médianes de l’Eurasie, c’est-à-dire du Caucase, et qui expliquent le fort rapprochement de la Chine avec des pays jugés stratégiques, tels l’Azerbaïdjan ou le Turkménistan.
Quels étaient les enjeux bilatéraux et internationaux soulevés lors de cette rencontre et quel bilan peut-on en dresser ?
Il n’y a aucune avancée significative. La certitude pour Donald Trump est qu’il faut désormais frapper un grand coup contre l’Iran pour se sortir de ce bourbier au plus vite, et porter ainsi indirectement un coup à l’économie chinoise. Car, même si une trentaine de navires chinois sont arrivés à passer sans encombre le détroit d’Ormuz, les importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient se font beaucoup plus rares et l’on en perçoit l’impact dans les usines de plastique en Chine.
La visite de Vladimir Poutine à Pékin va quant à elle donner lieu à un renforcement du partenariat entre les deux pays, voire à la concrétisation du fameux Force de Sibérie 2, gazoduc devant relier la Russie, ses champs pétroliers et gaziers, via l’Altaï à la province du Xinjiang. Cela signifie un retour du renforcement des interconnexions entre la Chine et les régions occidentales et septentrionales de l’Asie centrale.
La question de Taïwan reste un point de tension majeur entre Washington et Pékin, notamment autour de la vente d’armes américaines à Taïwan. Quelle influence cette visite pourrait-elle avoir sur la politique américaine vis-à-vis de l’île et de la stabilité régionale ?
On a senti des crispations chez Xi Jinping concernant la question taïwanaise qui a mis en garde son homologue américain d’entreprendre toute action qui irait à l’encontre des intérêts chinois. Cette mise en garde verbale et ferme trahit-elle le fait que les Chinois ne sont pas prêts en définitive à une action militaire ? Ce n’est pas impossible. Le limogeage de He Weidong, chef de l’État-major en charge des affaires stratégiques taïwanaises au sein de l’Armée populaire de libération (APL), et l’annonce récemment de la condamnation à la peine capitale de l’ancien ministre de la Défense Li Shangfu, expliquent la nervosité tout à fait inhabituelle, de surcroît exprimée publiquement de Xi Jinping à ce sujet. Sur le vol du retour, Donald Trump a à son tour mis en garde Taïwan de proclamer son indépendance. Devra-t-il pour autant renoncer à honorer le Taiwan Relations Act en vigueur depuis 1979 et l’exportation d’armes américaines vers l’île ? C’est peu certain.
En tout cas, Xi Jinping a donné des gages à une partie très nationaliste de l’opinion chinoise en montant sur ses ergots alors que le scénario le plus probable à mon sens concernant les relations interdétroits est l’asphyxie économique de l’île et non le recours à la force.
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