
07.09.2026 à 07:00
Au Poste
Première matinale de la saison. Ritchy Thibault devait ouvrir le bal à 7h30. Il n'est jamais venu. On apprendra en fin d'émission pourquoi: il était en garde à vue, interpellé la veille lors d'une marche blanche. Son procès s'ouvre mardi, pour avoir rappelé à Macron que la France est le pays qui fait tomber la tête des monarques.
Elsa Gambin, ancienne éducatrice spécialisée, Nantaise, signe avec la dessinatrice Fanny Vella «La petite histoire des luttes» (Leduc Graphic), préfacé par Olivier Besancenot. Douze chapitres, une BD pensée pour les ados, et une seule idée fixe: rien n'a été donné. «Des militants, des militantes sont descendus dans la rue, des syndicalistes, c'était vraiment rappeler ça, que tout ce qu'on a, on le doit qu'à nous, et qu'accessoirement on essaye de nous les sucrer depuis un petit moment maintenant.»
Le livre s'ouvre sur une banderole. Objet banal, objet politique: «Les banderoles sont volées par les policiers depuis quelques années, donc ça veut bien dire que cet objet vient déranger.» Suivent un papyrus égyptien attestant la grève des ouvriers de Ramsès III, faute de paye, et Flora Tristan, ouvrière en fuite d'un mari qui a tenté de la tuer: «Elle a fait sa tournée de toutes les entreprises de France avec son manifeste politique pour penser les droits des ouvriers, avec sa balle logée dans le corps.» Elle avait pensé la lutte ouvrière avant Marx.
Trois chapitres pour la répression: violences policières, maintien de l'ordre, technosurveillance. Gambin raconte le choix français: «le pays a fait le choix de laisser sa chaise vide et de se dire, nous on va continuer à taper sur la gueule de nos citoyens, de nos citoyennes.» Et le constat qui ne fait plus scandale: «Aujourd'hui la police française est celle qui mutile et qui tue le plus en Europe. Cette simple phrase, c'est un scandale d'État, et j'ai l'impression que ça passe crème.» La suite s'écrit avec les drones, les écoutes, les caméras posées chez les militants. D'où le kit du manifestant, en fin d'ouvrage, et son conseil: «Aujourd'hui le smartphone, on est obligé, légalement, de l'ouvrir si on est en garde à vue, et donc si on ne veut pas l'ouvrir, le mieux c'est tout simplement de ne pas l'avoir avec soi.»
La lutte est-elle de gauche? Le livre laisse la question ouverte, entre Danielle Tartakowsky et Ludivine Bantigny. L'ouvrage est dédié à Nantes, capitale des luttes: pas de déclaration en préfecture depuis la mort de l'ouvrier Jean Rigollet en 1955, Notre-Dame-des-Landes à trente minutes. «Il y a un fort potentiel insurrectionnel à Nantes.» Puis sont venus la répression, les contrôles judiciaires, la fatigue. Ça couve encore.
04.09.2026 à 09:00
Au Poste
Zurich, 1916. Cent et quelques jours pendant lesquels une troupe d'artistes ouvre un cabaret et fait sauter TOUS les codes du vieux monde pendant que l'Europe s'entre-tue. Dada irrigue ensuite tout : surréalistes, situationnistes, punks. Le duo Bocquet au scénario, et Kent, au dessin et à la couleur, ont su capter l'ambiance comme personne. Leur merveilleuse BD Cabaret Voltaire rend merveilleusement hommage à cette avant-garde sans nulle autre pareille. Dada vaincra! C'était ce matin Au Poste!
Un scénariste qui creuse depuis trente ans, un dessinateur qui fut punk à vingt ans: leur Cabaret Voltaire raconte comment, en 1916, une bande d'exilés a inventé une contre-culture totale.
Kent décrit un lieu improbable dans un quartier mal famé de Zurich, où des artistes fuyant le front décident «de monter un joyeux bordel créatif». La formule qui a lancé le livre tient en trois mots: «Un club punk». Bocquet précise: «C'était une scène libre» où l'on pouvait déclamer Dostoïevski ou faire du bruit avec sa bouche, «et ça c'est leur manière de dire fuck la société». Le mobile est politique: «les élites culturelles ont failli à leur mission qui est de maintenir la paix et l'amour entre les peuples».
Le dessinateur, lui, a fui Tardi («qui peut mieux que lui dessoner 14-18?») et cherché l'expressionnisme: dans le cabaret, la page se déstructure, «ça pète dans tous les sens»; dehors, c'est la bichromie du quotidien. Kent a découvert tardivement sa propre filiation --- à 20 ans, avec Starshooter, il avait décidé d'oublier Dada: «je fais table rase de mon passé lycéen». D'où son agacement devant la récupération: «tout le monde est punk maintenant». Sur les huées reçues par les dadaïstes, il tranche: «C'était le meilleur cadeau qu'on pouvait leur faire, c'est de les huer.»
Bocquet, biographe de femmes oubliées, refuse le récit officiel des cinq pères fondateurs du mouvement Dada et rappelle qui payait l'électricité et attirait le public: «sans Emmy Hennings qui serait venu au cabaret Voltaire?» Sa méthode: «Tout est vrai, c'est mon principe», les dialogues sont composés de phrases réellement prononcées ou écrites. «C'est la mise en scène de la réalité.»
Reste la blessure française. «Dada est effacé de l'histoire de l'art en France», constate le scénariste, phagocyté puis absorbé par un Breton qui méprise le «petit métèque» roumain Tzara. Alors il se lâche: «soyons surréalistes, chions sur la gueule de Breton», «cette bande de Breton qui veut être une sorte de tsar de la culture».
Et puis, un moment de grâce. Kent se revoyant, en 1977, tout cassant, dans le Get Baque de Starshooter.
02.09.2026 à 09:00
Au Poste
Avec Michel Feher (Diagrammes), on lance «Faire mieux?», quatre soirées publiques au Point Éphémère pour préparer la présidentielle: internationalisme, union des droites, guerre culturelle, climat. Face à l'extrême droite, l'émission propose de «mener notre propre guerre culturelle». A chaque soirée, trois plateaux: un club de la presse, un débat avec des chercheurs et un concert.
Euryale, notre modératrice de toujours, prend les clés de la chaîne avec «Au nom de la loi», suivi en direct de l'Assemblée et du Sénat: «garder un œil sur eux et leur mettre la pression où il faut quand on peut».
Nayan poursuit «Silence Platô», son rendez-vous ciné mensuel. La première de la saison sera consacrée à l'archivage des films de cinéma. Nayan qui, avec Théophile, a repeint de noir et orange le studio: de toute beauté !
Hélène Assekour (Écoloscope) sort de l'été caniculaire avec «beaucoup de colère». La catastrophe ne mobilise pas mécaniquement: «ça reste un travail politique». Les débats télé de la présidentielle? «Ma vision de l'enfer». Elle promet «des idées un peu plus audacieuses que ce que l'on entend partout; on ne réfléchit jamais très bien tout seul».
Dès octobre, Julien Le Guet, un des porte-parole de Bassines Non Merci, condamné à six mois de bracelet électronique, va retourner sa peine en émission hebdomadaire depuis son grenier: «6 mois ferme». «Je me considère aujourd'hui comme un prisonnier politique.» Journal des luttes, camarades sur le canapé, flûte à bec: «c'est la stratégie du contre-pied». Il dénonce «toutes ces procédures bâillons pour faire taire des militantes» et fera de sa cheville libre «un espace d'expressions». Le bracelet ira à droite, «parce que je considère que c'est la droite qui me fait vivre tout ça».
Nora Bouazzouni passe à une émission par mois, en alternant «Bouffe de là» et «Qui va faire la vaisselle», et écrit un livre sur l'alimentation, «un thème qui va fâcher les fachos». Au menu de ses prochains lives: maternité sous capitalisme, marges de la grande distribution («8% seulement du prix qui va dans la poche des agriculteurs»), body fascism, Ozempic, et savoir jardiner punk.
Mathilde Larrère («Faisons table basse du passé») revient le 17 septembre avec Delphine Diaz sur les luttes des immigrés, puis Odyssée de Nolan et les avortements Karman. Et son t-shirt «liberté, égalité, fraternité ou la mort», elle le décode: «je serai libre ou je serais mort».
Ça nous va bien.
Bonne rentrée à toutes et tous!