12.04.2026 à 08:46
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L’année 2026 s’inscrit sous un signe diplomatique particulier : elle a été désignée « Année
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L’année 2026 s’inscrit sous un signe diplomatique particulier : elle a été désignée « Année sino-africaine des échanges humains et culturels » lors du sommet du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) tenu à Pékin du 4 au 6 septembre 2024, avec le thème « Travailler ensemble à promouvoir la modernisation et construire une communauté d’avenir partagé Chine Afrique de haut niveau ».
Cette désignation s’accorde avec le 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et les pays africains, donnant lieu à près de 600 activités planifiées dans les domaines de l’éducation, de la culture, du tourisme, des sciences et du bienêtre social.
Pour la Namibie, pays situé au Nord-Ouest de l’Afrique du Sud, ce cadre continental vient amplifier une relation bilatérale déjà importante, qualifiée officiellement d’« amitié par tous les temps » (All Weather Friendship).
Les origines de cette relation remontent à la période anticoloniale de l’après Seconde Guerre mondiale, la Chine communiste de Mao Zedong apporte son soutien aux mouvements de libération africains dès la conférence de Bandung en 1955 où elle est représentée par Zhou Enlai, une étape fondatrice du mouvement des non-alignés, officiellement lancé à Belgrade en 1961.
En Namibie, cette dynamique s’inscrit dans le contexte des rivalités sino-soviétiques : la Chine soutient la SWANU (South West Africa National Union), à dominante héréro, tandis que l’URSS appuie la SWAPO (South West Africa People’s Organization), à dominante ovambo. Cette division reflète la rupture idéologique sino-soviétique : la SWANU adopte l’option chinoise à partir de 1963, ce qui conduit l’URSS à se tourner définitivement vers la SWAPO, le mouvement qui finira par s’imposer comme principal acteur de la libération nationale et qui deviendra le parti au pouvoir à l’indépendance en 1990, jusqu’à aujourd’hui.
Ainsi, le soutien prend plusieurs formes concrètes :
La profondeur de ces liens se mesure à un fait révélateur : la direction de la SWAPO sera l’une des rares au monde à soutenir officiellement la Chine après les évenements de la place Tiananmen. L’indépendance namibienne est proclamée le 21 mars 1990 vis-à-vis de l’Afrique du Sud, la Chine établit ses relations diplomatiques avec Windhoek dès le 22 mars, dans la continuité de sa première participation à des opérations de maintien de la paix sur le sol namibien entre 1989 et 1990, où elle avait envoyé des observateurs en lien avec la mission de l’ONU (Organisations des Nations Unies)
Aujourd’hui, la relation sino-namibienne est formalisée par un accord de partenariat stratégique global signé en 2018. Il se traduit par un alignement politique marqué :
Cette réciprocité est entretenue par des visites de haut niveau régulières : la visite de Hu Jintao en 2007, des présidents namibiens Nujoma, Pohamba et Geingob à Pékin, et, plus récemment, la visite du ministre des Affaires étrangères Wang Yi en Namibie en janvier 2025, première étape de sa tournée africaine annuelle, devenue une tradition trentenaire qui, selon The Namibian, témoigne du statut stratégique accordé par Pékin au continent.

Mais, un point de vigilance est régulièrement soulevé par les analystes, notamment dans The Namibian : la Namibie manque d’une politique formelle et structurée pour encadrer cet engagement, tandis que la Chine suit des objectifs stratégiques précis inscrits dans les cadres de la BRI (Belt and Road Initiative) et du FOCAC comme le titre le journal, « les analystes appellent à des avantages équilibrés dans un contexte de négociations diplomatiques de haut niveau ».
Les relations entre la SWAPO et le PCC trouvent leur origine dans une solidarité forgée durant la lutte pour l’indépendance d’après Seconde Guerre Mondiale.
La SWAPO avait adopté une rhétorique anti-impérialiste qui l’avait inévitablement tournée vers le bloc socialiste pour obtenir le soutien militaire et diplomatique indispensable contre le régime sud-africain, bien que cette affiliation relève en partie d’un pragmatisme stratégique, il s’agissait avant tout de sécuriser des armes et des financements, elle crée une « affinité de système » durable.
Cette relation historique survit à la chute du mur de Berlin, la SWAPO continue de considérer la Chine comme un « ami » dont le soutien ne s’est jamais démenti, contrairement aux puissances occidentales perçues comme autrefois complices de l’occupant sudafricain. Le New Era, quotidien namibien public, en témoigne : la Chine « continuera d’encourager les citoyens à investir en Namibie, soutient le manifeste Swapo ».
Cette alliance s’est aujourd’hui institutionnalisée à travers une diplomatie de « parti à parti » centrée sur le partage d’expériences en matière de gouvernance avec la création de l’école de leadership Mwalimu Julius Nyerere en Tanzanie, projet de 40 millions de dollars financé par le PCC pour former les cadres de six mouvements de libération africains, dont la SWAPO.
L’objectif est de renforcer la pérennité des partis au pouvoir en s’inspirant du modèle chinois, où le parti exerce un contrôle prépondérant sur l’État. Pour la SWAPO, ce modèle offre une alternative de développement privilégiant la stabilité politique et la discipline partisane comme moteurs de la croissance. Xinhua rapporte ainsi que « le parti au pouvoir en Namibie va s’inspirer du PCC en matière de développement centré sur l’humain ».
Cette convergence idéologique est également documentée par les travaux académiques de Henning Melber notamment son article « Looking East/Going South: The NamibianChinese ‘All Weather Friendship’ » (Stichproben, 2018) et de Gregor Dobler dans « China and Namibia, 1990 to 2015 » (Review of African Political Economy, 2017).
Le secteur minier constitue le cœur des intérêts économiques chinois en Namibie, deuxième producteur mondial d’uranium en 2020, le pays est devenu un actif stratégique majeur pour Pékin, qui cherche à sécuriser son approvisionnement en combustible nucléaire alors qu’il prévoit de faire passer sa capacité énergétique de 60 à 150 GWe d’ici 2035.
La mine d’uranium de Husab, l’un des plus grands gisements au monde, est contrôlée par Swakop Uranium, filiale de China General Nuclear Power Group (CGN), constituant l’un des investissements chinois les plus importants sur le continent.

À cela s’ajoute la mine de Rössing, dont China National Nuclear Corporation (CNNC) a racheté une participation majoritaire à Rio Tinto en 2019, une opération qui a immédiatement déclenché un conflit social majeur : la CNNC tenta de remettre en cause des acquis syndicaux de longue date, comme le documente AllAfrica dans un article de 2021 intitulé « New Mine Owners Trample On Namibian Workers’ Rights ».
En février 2026, l’entreprise australienne Bannerman Energy a conclu un accord stratégique majeur avec la CNNC, via sa filiale CNOL, pour financer et exploiter le mégaprojet uranifère d’Etango, cet accord prévoit un investissement chinois pouvant atteindre 321,5 millions de dollars, permettant de lancer la construction sans endettement. En échange, la CNNC acquiert une participation effective de 42,75 % dans le projet et s’assure l’achat exclusif de 60 % de la production totale d’uranium sur toute la durée de vie de la mine ; Bannerman en conserve 52,25 % et la fondation namibienne OEF 5 %.
Comme le souligne The Namibian qui titre sur « Les ambitions nucléaires de la Namibie offrent une voie vers l’indépendance énergétique », ce contrat consolide l’emprise croissante de Pékin sur l’uranium africain, où il détient déjà des parts majeures à Husab, Rössing et Langer Heinrich en Namibie, ainsi qu’au Niger sur le gisement d’Azelik.
Mais, cette domination suscite une concurrence internationale croissante : la Russie, à travers Rosatom au Niger, et les États-Unis, avec des entreprises comme NANO Nuclear Energy déjà présentes en Namibie, multiplient les protocoles d’accord.
Cela permet à Windhoek de négocier en position de force ce que The Namibian conseille explicitement : « La Namibie est encouragée à négocier en force alors que les Etats-Unis recherchent des partenariats stratégiques. », l’accord Etango reste toutefois suspendu à diverses validations réglementaires, notamment de la Commission namibienne de la concurrence, avec une finalisation espérée d’ici mi 2026.
Au-delà du secteur minier, la présence chinoise se matérialise aussi dans l’ensemble du tissu infrastructurel namibien.
Premièrement, l’extension du port de Walvis Bay, réalisée par la China Harbor Engineering Company (CHEC) avec un financement de la China Development Bank et un bail d’exploitation de 16 ans, constitue l’illustration la plus emblématique de cette stratégie d’ancrage portuaire, le South China Morning Post y consacre une analyse sur la manière dont « la Chine devance d’autres nations pour tisser des liens commerciaux et militaires étroits en Afrique ».
Ensuite, Il y a un positionnement régulier d’entreprises étatiques comme Anhui Foreign Economic Construction Cooperation (AFECC) sur les appels d’offres pour l’extension du réseau routier et aéroportuaire, le Global Times célèbre ainsi l’« ouverture officielle d’une autoroute financée par la Chine en Namibie, stimulant la connectivité régionale » et une « route construite par la Chine qui stimule la croissance socioéconomique dans le nord de la Namibie ».
Puis, des cimenteries comme Whale Rock Cement (commercialisée sous la marque Cheetah Cement), mises en place grâce à des capitaux chinois, ont par ailleurs été créées pour briser les monopoles locaux et approvisionner les chantiers d’infrastructure.
Enfin, sur le plan technologique, la remise de la Station de réception de données satellitaires (SGDRS) constitue l’événement le plus marquant de la période récente.
Située au Telecom Earth Station en dehors de Windhoek, la station reçoit des données du satellite sino-brésilien CBERS4 et permettra de renforcer la gestion des ressources naturelles, la surveillance des terres, la lutte contre le braconnage et la pêche illégale, ainsi que la gestion des catastrophes, l’ambassadeur Zhao l’a qualifiée de « premier projet d’aide au développement dans le domaine des hautes technologies que la Chine réalise en Namibie » ; 14 techniciens namibiens ont reçu une formation spécialisée pour en assurer l’exploitation autonome.

Cette infrastructure doit toutefois être lue à la lumière d’une analyse du Center for Strategic and International Studies (CSIS, janvier 2026) : l’ancienne station de Swakopmund est gérée par le Centre de contrôle satellitaire de Xi’an, la « Base 26 », une installation opérée sous l’autorité de la Force spatiale de l’Armée populaire de libération.
La Namibie, qui ne possède pas de satellites en orbite, héberge désormais deux installations spatiales chinoises relativement sophistiquées ce que le South China Morning Post décrit comme la manière dont « la Chine construit l’épine dorsale hightech des ambitions spatiales africaines ».
L’énergie dite verte constitue le nouveau front de la coopération sino-namibienne. La Chine est devenue le principal partenaire de NamPower pour moderniser le réseau électrique et soutenir la transition énergétique, avec une série de projets emblématiques :
Ces dynamiques sont confirmées par le Global Times, qui note que « l’Afrique s’inspire de la Chine pour la coopération en matière d’énergie propre », et par le Boston University Global Development Policy Center, selon lequel le FOCAC 2024 marque un tournant vers les énergies renouvelables en Afrique subsaharienne.
L’ambition la plus importante reste cependant le projet Hyphen Hydrogen Energy qui est un investissement de plus de 10 milliards de dollars bien que soutenu par des capitaux européens, repose désormais sur l’expertise technique chinoise pour atteindre ses objectifs : 2 GW de capacité renouvelable dès fin 2026, visant à terme 7,5 GW pour produire 350 000 tonnes d’hydrogène vert par an, soit 2 millions de tonnes d’ammoniac.
Cette synergie a été techniquement validée par le succès de l’usine d’Oshivela en 2025, équipée d’électrolyseurs de 12 MW fournis par le groupe chinois Peric avec un coût de production estimé à 1,5 USD/kg, la Namibie espère générer 10 milliards de dollars d’exportations annuelles et créer 15 000 emplois, une perspective décisive pour une jeunesse touchée à 38 % par le chômage.
Enfin, en verrouillant la fourniture des composants technologiques pour des projets destinés à alimenter le marché européen notamment l’Allemagne dès 2028, Pékin se positionne comme partenaire industriel indispensable dans la nouvelle géopolitique de l’énergie propre en Afrique australe, transformant la Namibie en pont stratégique entre les technologies de l’Est et les besoins de décarbonation de l’Ouest. Le Global Times présente cette dynamique comme une « nouvelle ère de coopération verte » dans le cadre de la BRI.
La coopération militaire entre la Namibie et la Chine s’enracine dans une relation historique profonde, transformée depuis 2018 en un véritable partenariat stratégique global. Sur le plan opérationnel, Pékin s’est imposé comme le principal fournisseur d’armes de la Namibie, profitant du recul de la Russie sur le marché africain pour proposer des équipements modernes et abordables.
Cette modernisation de la Force de Défense Namibienne (NDF) a été particulièrement visible lors de récents défilés militaires à la base aérienne de Grootfontein, où ont été dévoilés des drones de reconnaissance Aisheng ASN209, des modèles à décollage vertical CW30, des mortiers autopropulsés CS/SM1 et des systèmes de défense antiaérienne FB6A, comme le documente le China Africa Project dans son article « La Namibie présente un drone chinois nouvellement acquis » (juin 2025).
Plus significatif encore, la Namibie est devenue le second client à l’exportation de l’avion de transport militaire lourd chinois Shaanxi Y9E, dont les premiers exemplaires ont été livrés fin 2024, selon Raids Aviation.

Au-delà de la vente d’armements, cette alliance se traduit par un transfert de compétences et le développement d’infrastructures stratégiques : formation d’officiers supérieurs dans les académies militaires chinoises de Shanghai, financement de la construction du Musée Militaire namibien et de la nouvelle académie de la NDF à Okahandja.
Cette influence grandissante ne va pas sans controverses :
En 2020, des débats parlementaires namibiens ont évoqué la présence supposée de 3 000 soldats chinois et le projet d’une base militaire à Walvis Bay destinée à contrer l’influence américaine au Botswana, des allégations formellement démenties par l’ambassade de Chine à Windhoek, comme le rapporte L’Initiative (APA News, septembre 2020). Des observateurs internationaux et une partie de la société civile continuent néanmoins de dénoncer l’opacité des contrats d’armement, le risque d’endettement souverain et l’importation potentielle de technologies de cyber surveillance chinoises.
Pour la Chine, cette implication sécuritaire répond à une logique claire : protéger ses intérêts économiques colossaux notamment la mine d’uranium de Husab et offrir à son industrie de l’armement un terrain de valorisation en conditions réelles, ce qu’analyse Cocodia (2025) dans le Journal of Asian Peacebuilding, article intitulé « China’s growing influence on security in Africa ».
La coopération culturelle et éducative constitue le troisième pilier de la relation sino-namibienne, et 2026 lui donne une résonance dans le cadre de l’Année des échanges humains.
Elle commence par une coopération entre des universités chinoises et namibiennes :
L’institut Confucius de l’Université de Namibie (UNAM), fondé en 2013 en partenariat avec la China University of Geosciences (CUGB) est un partenaire historique depuis 2006, il constitue le point d’ancrage institutionnel de cette diplomatie culturelle.
Il ne se limite pas à l’enseignement du mandarin : il organise notamment le concours « Pont vers le Chinois », où des étudiants namibiens remportent des séjours culturels en Chine en démontrant leur maîtrise de la langue et des arts martiaux.
Selon son directeur Liu Dianbo, cité par Xinhua en décembre 2025, l’institution avait accueilli environ 8 000 étudiants au total depuis sa création, avec une trajectoire documentée : 1 153 inscrits en 2018, environ 3 000 formés cumulativement en 2019, une contraction sévère liée au COVID en 2022, avant une reprise portant les inscrits actifs à environ 500 vers 2023.
Mais, ces chiffres appellent une lecture critique car l’Institut Confucius est directement rattaché au gouvernement chinois, et Xinhua comme CGTN sont les principales sources de ces données et ce sont des médias d’État qui ne distinguent pas les niveaux de compétence atteints ni les locuteurs actifs à long terme.
Il faut également noter qu’aucune statistique officielle du gouvernement namibien ou de l’Agence nationale de statistiques ne porte spécifiquement sur les locuteurs du mandarin : le recensement de 2023 n’a pas publié de ventilation linguistique pour les minorités non indigènes.
Ensuite, en matière de bourses, environ 40 à 50 étudiants namibiens partent chaque année en Chine via le programme CSC (China Scholarship Council) pour des cursus complets avec un chiffre confirmé par l’ambassadeur Zhao Weiping lors d’une conférence de presse en mai 2025 comme avec de jeunes ingénieurs formés dans les universités de Wuhan ou de Pékin, qui reviennent ensuite travailler sur les projets de la mine d’uranium de Husab.
Mais aussi, des dons matériels complètent ce dispositif : la Chine a offert des laboratoires informatiques complets à des écoles secondaires dans des régions rurales comme Ohangwena.
Enfin, l’aspect le plus symboliquement chargé de cette coopération culturelle reste l’inauguration, le 3 juillet 2024, de la première statue de Mao Zedong en Afrique. Elle a été dévoilée par la ministre namibienne de l’Éducation Anna Nghipondoka au Chairman Mao Zedong High School, situé dans le quartier d’Otjomuise à Windhoek, en présence de l’ambassadeur Zhao Weiping, comme le documente le site officiel de l’ambassade de Chine en Namibie. À cette occasion, l’ambassadeur déclara que Mao Zedong avait « fermement soutenu les luttes de libération des nations opprimées, y compris en Afrique », et que la statue constituerait « un symbole éternel de l’amitié sino-namibienne ».

Les liens institutionnels académiques se sont par ailleurs considérablement densifiés :
En revanche, contrairement à ce qui est parfois avancé, aucun Atelier Luban, le programme chinois de formation technique et professionnelle n’est documenté en Namibie : les sources académiques et institutionnelles disponibles n’en mentionnent aucun, alors que ce dispositif est actif dans une douzaine à une quinzaine d’autres pays africains (Éthiopie, Ghana, Kenya, Afrique du Sud, Maroc, Égypte, etc.).
Estimer le nombre de locuteurs natifs du mandarin en Namibie revient avant tout à estimer la taille de la communauté chinoise résidente est une question elle-même profondément disputée car les données les plus fiables convergent vers des chiffres modestes : une cinquantaine de Chinois en activité commerciale en 1998 selon Radio Chine Internationale, plus d’un millier en 2005, et entre 3 000 et 4 000 selon une estimation de l’ambassade américaine révélée par WikiLeaks en 2009.
En 2019, le chargé d’affaires de l’ambassade de Chine lui-même déclarait que moins de 4 000 citoyens chinois résidaient dans le pays, en recul par rapport à environ 10 000 sept ans auparavant.
De son coté, les données officielles namibiennes corroborent cette fourchette basse : l’ancienne ministre de l’Intérieur Pendukeni IivulaIthana recensait 1 358 permis de résidence permanente délivrés de 1990 à 2017, auxquels s’ajoutent 4 470 permis de travail et 1 124 permis de résidence temporaire (Namibia Fact Check).
Ces chiffres contrastent avec les estimations circulant dans le débat public : 40 000 Chinois en 2006 selon les Conseillers du commerce extérieur de la France et le South African Institute of International Affairs ; 130 000 selon un article du quotidien The Namibian en 2020 avec un chiffre formellement démenti par Namibia Fact Check, rattaché à l’IPPR.
Un rapport IPPR de 2019 concluait que les spéculations dépassant les 100 000 semblent exagérées au regard des enquêtes menées par McKinsey & Company, l’OIM et la China Africa Research Initiative de Johns Hopkins.
Tensions, controverses et résistances sociales
La relation sino-namibienne n’est pas exempte de frictions. L’installation de milliers de migrants chinois indépendants dans le petit commerce, les fameux « China Shops », y compris dans les zones rurales et autour d’Oshikango au nord du pays suscite des tensions récurrentes avec les commerçants locaux, qui dénoncent une concurrence déloyale et le non-respect des réglementations douanières.
Des violations documentées du droit du travail namibien avec des pratiques de bas salaires, conditions de sécurité insuffisantes, refus de syndicalisation sont régulièrement signalées dans des rapports cités par The World (PRX) et des publications académiques.
La gestion des mines chinoises cristallise une partie de ces tensions. À la mine de lithium de Xinfeng à Uis, des militants et parlementaires accusent l’entreprise de loger ses travailleurs namibiens dans des conditions qualifiées d’« apartheid » séparés des logements construits pour les employés chinois comme le documente le Business & Human Rights Resource Centre et le reprend Inside Climate News (novembre 2023). À Rössing, des leaders syndicaux ont été licenciés immédiatement après l’entrée de la CNNC au capital, déclenchant un conflit international impliquant IndustriALL.
Sur le plan institutionnel, plusieurs affaires nourrissent un clivage croissant entre élites politiques favorables au partenariat et une partie de la population.
Le scandale de corruption lié à l’entreprise Nuctech, anciennement dirigée par le fils de Hu Jintao et soupçonnée de versements occultes dans le cadre de contrats de scanners de sécurité portuaires, les critiques sur l’exportation illicite de bois précieux et le braconnage de rhinocéros impliquant des ressortissants chinois, ainsi que les interrogations sur l’opacité de la dette namibienne envers la Chine, alimentent des accusations de « néocolonialisme » de la part de syndicats et d’une partie de la société civile.

Dans ce contexte, le gouvernement namibien utilise également sa relation avec Pékin comme levier stratégique dans ses négociations avec les partenaires occidentaux, dans une logique de diversification des alliances qui lui permet, comme le titre The Namibian, de « négocier en force alors que les Etats-Unis recherchent des partenariats stratégiques en matière d’énergie et de minéralogie ».

Par Tom SUTTER, analyste auprès de l’OFNRS
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10.04.2026 à 10:11
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Cette semaine, un train de fret Chine-Europe est parti de Wuhan, la capitale de la
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Cette semaine, un train de fret Chine-Europe est parti de Wuhan, la capitale de la province chinoise du Hubei, à destination de l’Azerbaïdjan via la Route de transport internationale transcaspienne, également connue sous le nom de Corridor transcaspien. Selon l’agence Azertag, il s’agit du premier service direct de fret Chine-Europe entre Wuhan et Bakou.
Le train transporte des équipements électroniques, des appareils électroménagers et des biens de consommation courante destinés aux marchés européens.Après avoir franchi le poste-frontière de Khorgos dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang en Chine, le train traversera la mer Caspienne pour rejoindre Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan.
Les Chemins de fer d’Azerbaïdjan (ADY) transféreront ensuite les marchandises du port de Bakou vers des trains-blocs à conteneurs à destination de l’Europe.Ce trajet multimodal, qui combine transport ferroviaire et maritime, devrait durer 18 jours, contre jusqu’à 22 jours habituellement.Cette nouvelle route devrait offrir aux entreprises exportatrices du Hubei une logistique efficace et stable, facilitant leur expansion sur les marchés émergents eurasiatiques.Wuhan s’est imposée comme un hub majeur pour les trains de fret Chine-Europe, reliant la Chine centrale à plus de 100 villes dans plus de 40 pays eurasiatiques grâce à un réseau en expansion de plus de 50 lignes. Ces trains, qui partent principalement des gares de Wujiashan et Xianglushan, transportent une grande variété de marchandises, notamment des produits électroniques, des pièces automobiles et des appareils électroménagers.
Le réseau devrait continuer de se développer en 2025 et 2026, avec le lancement de nouvelles routes qui renforceront le rôle de Wuhan dans la logistique eurasiatique. Parmi les dernières nouveautés figurent des services directs vers l’Europe du Nord, notamment Copenhague au Danemark, ainsi qu’une nouvelle liaison vers Bakou en Azerbaïdjan via le Corridor transcaspien. Les principales destinations desservies par les trains de fret de Wuhan figurent de grands centres logistiques et industriels tels que Hambourg en Allemagne, ainsi que des villes en Russie, en Pologne et dans la région nordique, notamment en Suède et en Norvège.
Les services de fret ferroviaire de Wuhan bénéficient également d’avantages logistiques, dont le dédouanement intégré à la gare de Xianglushan. Comparé aux routes logistiques internationales traditionnelles, le Corridor transcaspien présente un risque géopolitique moindre, une chaîne d’approvisionnement plus résiliente et des connexions de transport plus directes.
Le Corridor transcaspien comprend environ 4 250 kilomètres de voies ferrées et 500 kilomètres de routes maritimes. Son objectif principal est d’offrir aux marchandises chinoises et d’Asie centrale un accès aux marchés européens via la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie et la mer Noire.En plus d’être efficace, ce corridor bénéficie de conditions climatiques favorables qui réduisent le temps de trajet de 15 jours par rapport aux routes maritimes traditionnelles.
Il facilite également d’importants flux de marchandises à travers l’Asie, permettant aux biens d’atteindre le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et la région méditerranéenne grâce aux connexions portuaires intégrées en Turquie.Depuis 2022, le trafic de marchandises le long du Corridor transcaspien via l’Azerbaïdjan a augmenté de près de 90 %. En 2025, l’ADY a traité plus de 380 trains-blocs en provenance de Chine, soit une hausse de 35 % par rapport à 2024. Au cours de cette période, 137 000 EVP de marchandises ont été transportés, représentant une augmentation moyenne de 20 % par rapport à 2024.
Par Adrien MUGNIER
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10.04.2026 à 10:04
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Le géant suédois de l’acier Alleima AB, entré en Chine en 1985, a inauguré en novembre
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Le géant suédois de l’acier Alleima AB, entré en Chine en 1985, a inauguré en novembre dernier sa deuxième phase d’usine de finition à froid à Zhenjiang, dans la province du Jiangsu, dans l’est de la Chine, doublant ainsi sa capacité de production locale et introduisant des produits tubulaires haut de gamme.Cette expansion marque un jalon important pour l’entreprise, qui célèbre cette année ses 40 ans de présence sur le marché chinois. Avec un investissement de 255 millions de SEK (environ 193 millions de RMB), la nouvelle installation de 12 500 m² permet désormais de produire localement des tubes haute performance auparavant importés, tels que des tubes échangeurs de chaleur, tubes haute température, tubes composites, tubes pour stations de ravitaillement en hydrogène et tubes travaillés à froid.

Alleima, autrefois division Sandvik Materials Technology, est devenue indépendante en 2022. L’entreprise, dont les racines remontent à 1862 à Sandviken en Suède, est un leader mondial dans les aciers inoxydables avancés, les alliages spéciaux et les solutions de chauffage industriel. Ses produits servent des secteurs exigeants comme l’énergie (nucléaire, hydrogène, renouvelables), la chimie/pétrochimie, l’aérospatial, le médical et l’industrie papetière.La Chine représente un marché stratégique pour Alleima. Dès 1985, l’entreprise ouvre son premier bureau de représentation, l’une des premières sociétés suédoises à s’implanter dans le pays. En 2009, elle construit une unité de production de tubes en acier inoxydable et un centre de service à Zhenjiang. En 2024, les revenus d’Alleima en Chine dépassent 1,54 milliard de yuans, avec une croissance notable dans les segments chimie/pétrochimie, hydrogène, papier/pâte à papier et médical.
Aux yeux du PDG d’Alleima AB, Göran Björkman, les entreprises étrangères ont autrefois investi en Chine pour bénéficier de coûts peu élevés, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. « Nous investissons en Chine parce que ce pays est à la pointe de la technologie, et nous sommes attirés par le marché chinois. De nombreuses innovations écologiques verront le jour en Chine, et nous voulons y participer activement. »

Cette vision souligne le changement de paradigme : Alleima ne vient plus seulement pour produire à bas coût, mais pour collaborer à la transition énergétique et aux avancées technologiques chinoises. L’usine de Zhenjiang, certifiée « Green Factory » par la province du Jiangsu, fonctionne en partie à l’énergie solaire et utilise plus de 80 % de matériaux recyclés. L’entreprise vise une réduction de 50 % de ses émissions de CO₂ d’ici 2030 par rapport à 2019.
Avec cette extension, Alleima consolide sa position en Asie-Pacifique et démontre sa confiance dans le potentiel innovant de la Chine. En passant d’importateur à producteur local de classe mondiale, l’entreprise suédoise participe activement à la croissance verte et technologique du pays.
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