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🖋 Tagrawla INEQQIQI
Notes pour mes prochains livres ou mes prochains spectacles, fiches de lecture, de visionnage de films ou de séries et quelques exutoires, coups de gueule et coups de hache

Le blog de Tagrawla INEQQIQI


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23.07.2026 à 10:10

La Soif, d’Andreï Guelassimov

Tagrawla Ineqqiqi

« Oh ben ça alors ! « , m’exclamai-je en refermant ce court roman qui ne va pas du tout là où on aurait pu s’y attendre. C’est que l’histoire démarrait tout à fait tragiquement : un jeune homme qui a eu le visage entièrement brûlé alors qu’il était soldat appelé en Tchétchénie vient de terminer un […]
Lire la suite (379 mots)

« Oh ben ça alors ! « , m’exclamai-je en refermant ce court roman qui ne va pas du tout là où on aurait pu s’y attendre.

C’est que l’histoire démarrait tout à fait tragiquement : un jeune homme qui a eu le visage entièrement brûlé alors qu’il était soldat appelé en Tchétchénie vient de terminer un contrat de travail et s’apprête à passer plusieurs semaines à boire en remplissant son frigo, son panier à linge sale et tout ce qui peut être rempli de bouteilles de vodka. Alors forcément, entre le titre et l’introduction, on s’attend à une descente aux enfers éthyliques. Mais ça n’est absolument pas de cette soif dont il s’agira mais bien d’une soif de vie.

En outre, le « oh ben ça alors » provient également du fait qu’il semble improbable de pouvoir raconter autant de choses en seulement 120 pages. Vraiment, j’ignore par quel sorte de génie Guelassimov arrive à ranger là dedans une sale guerre et ses traumatismes, autant d’humanité, de camaraderie, de conflits familiaux et autres sujets sociaux dans un récit construit d’un seul tenant et avec des sauts temporels sans transition aucune, mais le fait est que c’est exactement ce qu’il fait.

La Soif est donc un excellent petit roman à découvrir, presque « feel good », dans la version russe donc sans guimauve de l’expression, qui donne envie de le recommander et d’aller fouiller la bibliographie de son auteur.

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21.07.2026 à 11:05

De ma détestation de l’indignation

Tagrawla Ineqqiqi

Il y a une quinzaine d’années était publié un fascicule aussi économiquement rentable que concrètement vain nommé « Indignez-vous ! ». Toute la petite bourgeoisie médiatique et au-delà, censément de gauche, s’en pâmait : les quelques pages étaient absolument dépourvues de toute radicalité et justifiaient que l’indignation suffisait bien. Quinze ans plus tard, le fascisme s’installe un peu partout au […]
Texte intégral (845 mots)

Il y a une quinzaine d’années était publié un fascicule aussi économiquement rentable que concrètement vain nommé « Indignez-vous ! ». Toute la petite bourgeoisie médiatique et au-delà, censément de gauche, s’en pâmait : les quelques pages étaient absolument dépourvues de toute radicalité et justifiaient que l’indignation suffisait bien.

Quinze ans plus tard, le fascisme s’installe un peu partout au pouvoir, la planète brûle très littéralement et de lutte concrète, massive, globale : pas une ombre à l’horizon. Il suffit d’ouvrir les réseaux sociaux fréquentés par la petite bourgeoisie qui se défend d’en être pour comprendre à quel point il n’y aura pas de lutte : les gauches sont trop occupées à s’indigner vingt-huit fois par semaine. Ah ça, nul doute : on écrit des messages offusqués, avec même des points d’exclamations. Aujourd’hui une énième loi autorisant toujours plus de pollution, hier des cris épouvantés en défense d’une DJ, demain sans doute une quelconque petite phrase sale parmi tant d’autres : on tape nerveusement des messages, et puis… et puis rien de plus.

Au summum de l’indignation, on ira tout de même jusqu’à signer une pétition, signe par ailleurs d’absence totale d’instinct de conservation. Les opposants au fascisme, aussi mous soient-ils, s’inscrivent eux-mêmes sur les listes des opposants en connaissant pertinemment l’absolu inutilité de la démarche. « Ça permet de se compter » me répond-on. Je suis assez vieille pour pouvoir désormais dire que je vois ces gens s’entre-compter depuis des décennies.

Alors quoi ? On laisse tout tomber ? La réalité c’est qu’à force d’indignation en ligne, nos générations ont déjà abandonné les suivantes, et pire, plutôt que de leur apprendre la lutte, la résistance, on leur a largement appris à vivre cette demi-vie en ligne où l’on déverse sa colère pour ne surtout pas avoir à s’en servir concrètement.

Ces jours-ci, un ado me disait : « non seulement vous nous laissez un monde de merde, mais en plus vous laissez les politiciens nous empêcher de profiter de notre jeunesse avec des lois répressives. » J’ai pensé que les gauches ont accepté de laisser les gens qui luttaient physiquement se faire éborgner parce que ces derniers n’étaient pas tous idéologiquement propres sur eux pendant que ces mêmes gauches du XXIe siècle s’indignaient loin de tout risque, en conséquence de quoi la jeunesse n’a plus beaucoup de marge de manœuvre. J’ai pensé que les gens qui se sont jadis physiquement engagés dans les brigades internationales ne se seraient peut-être pas emmerdés comme ça s’ils avaient su que l’avenir serait constitué de nos générations sans colonne vertébrale et pleines d’une absolue lâcheté confortable.

Alors si on se soucie un tantinet de ceux qui suivent, peut-être qu’il serait bon de s’indigner moins et de construire plus de réseaux très concrets. Qui peut cacher, qui peut nourrir. Bien sûr, ça implique de s’accorder avec des voisins pas idéologiquement purs. Voire foireux sur certains sujets. La vraie vie est plus compliquée que les postures parfaites en ligne. Je n’arrive pas à décider si c’est vraiment si surprenant, mais il est plus facile de trouver des gens réellement prêts à agir chez ceux qui ont aussi quelques idées foireuses que chez ceux qui s’en indigneraient.

Bref. Je suis désormais beaucoup trop en colère pour encore m’indigner. J’aimerais qu’on soit plus nombreux dans le même cas, mais ça ne viendra que quand on aura une masse critique de gens qui n’ont plus rien à perdre. Manque sans doute encore 1°C de plus au climat pour que tout le monde soit réellement, sincèrement, physiquement suffisamment en colère et pas juste vaguement indigné.

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03.07.2026 à 17:48

L’étrange destin du bénitier du cimetière

Tagrawla Ineqqiqi

Pendant des siècles, dans mon village, comme dans tous les villages, le cimetière était dans l’enclos paroissial, autour de l’église. Seulement le temps passant, dans la deuxième moitié du vingtième siècle est apparu la nécessité de le déplacer. Déjà : il était plein comme un œuf et les gens ne cessaient pas de mourir pour […]
Texte intégral (634 mots)

Pendant des siècles, dans mon village, comme dans tous les villages, le cimetière était dans l’enclos paroissial, autour de l’église. Seulement le temps passant, dans la deuxième moitié du vingtième siècle est apparu la nécessité de le déplacer. Déjà : il était plein comme un œuf et les gens ne cessaient pas de mourir pour autant. Ensuite, il est probable qu’on ait réalisé que mettre les cadavres au milieu des vivants n’étaient quand même pas la mesure de salubrité publique la plus pertinente dont on soit capable. Enfin, l’époque avait changé, il mourait maintenant des gens qui ne souhaitaient en aucun cas passer leur mort au pied d’une église et il fallait bien les mettre quelque part.

Un jour, donc, décision fut prise de créer un nouveau cimetière à l’écart de la ville et de transformer l’enclos paroissial en une sorte de petit parc. Les défunts qui avaient encore des familles furent déménagés avec leur sépulture. Seulement, il y avait aussi là des tombes que personnes ne réclamaient. Les restes furent réunis et rassemblés dans une fosse commune, restait la question des lourdes pièces de marbre qui les recouvraient. C’est alors qu’un membre du conseil municipal par ailleurs agriculteur décréta qu’on n’allait pas jeter de si belles pierres de taille et il les transporta toutes, avec le bénitier du cimetière, sur sa ferme.

Le temps passa, tout le monde a oublié les stèles et le bénitiers. Le fils repris la ferme sans rien trouver à faire de ce granit et plus tard encore la ferme fut vendue à un nouvel agriculteur. Et cette ferme, c’est celle tout à côté de chez moi.

J’avais repéré de longue date un bénitier abandonné, à demi enterré, au milieu de plaques funéraires. On m’en avait expliqué l’histoire, et je trouvais triste que personne n’en fasse rien. Et puis aujourd’hui, avec l’accord de l’agriculteur voisin soulagé d’être débarrassé d’au moins un de ces bidules, j’ai entrepris de sortir le bénitier du sol.

Ça n’a pas été une mince affaire : je ne pensais pas qu’il était si gros dans sa partie sous terre. Il a fallu une pelle, une pioche, un pied de biche, des sangles, un diable, beaucoup de fibres musculaires et encore plus d’imagination, mais voilà, ça y est, le visiteur sera bientôt accueilli à l’entrée de chez moi par le bénitier de l’ancien cimetière du village, et je trouve ça super-classe.

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28.06.2026 à 15:07

Coup de chaud

Tagrawla Ineqqiqi

Il y a quelque chose de désespéramment fascinant à observer les réactions des gens des réseaux de gauche à la canicule. Il y a bien sûr ceux qui ont les moyens d’envisager l’installation rapide de leur climatisation individuelle. Que ça réchauffe l’extérieur on s’en fout : un cul de petit-bourgeois au frais vaut bien un clochard […]
Texte intégral (963 mots)

Il y a quelque chose de désespéramment fascinant à observer les réactions des gens des réseaux de gauche à la canicule.


Il y a bien sûr ceux qui ont les moyens d’envisager l’installation rapide de leur climatisation individuelle. Que ça réchauffe l’extérieur on s’en fout : un cul de petit-bourgeois au frais vaut bien un clochard grillé. Ils feront sans doute plus tard un quelconque don pour soulager leur conscience et leur déclaration d’impôt.

Il y a ceux, assez nombreux, qui expliquent que la canicule les a radicalisés. Quelque chose me dit que ça n’implique pas de potentiellement mettre leur vie en jeu dans la lutte ni d’attenter de quelque manière que ce soit à celle des responsables les plus directs de cette fin du monde en cours d’installation. Sans doute mettront-ils désormais des smileys qui montrent les dents à la fin de leurs messages, allez savoir.
Il y a ceux qui ont menacé de faire grève, même si ceux qui l’ont vraiment faite étaient peu nombreux en réalité. Peut-être bien que la grève est déjà trop radicale. Ou alors menacer de la faire est leur ultime radicalité.
Et puis, inévitablement, ceux qui demandent à leur psy de régler leur problème d’éco-anxiété. Une thérapie, un cacheton et c’est reparti pour un tour de production-consommation.

Mais il apparaît bien peu de gens questionnant leurs propres modes de vie, leurs propres consommations, leurs usages du monde. Pire, si on a l’outrecuidance de relever la chose, on nous renvoie à l’idée que c’est aux puissants sociaux de montrer l’exemple – nul doute qu’ils le feront si on le leur demande radicalement poliment, n’est-ce pas ?

Que l’on parle énergie, alimentation, transports, chacun a sa raison personnelle d’attendre qu’un autre change quelque chose. Parce que ceux si prompts à dénoncer la génération de consommateurs que sont les « boomers » fonctionnent très exactement de la même manière : on ne va pas faire maintenant un effort de sobriété pour laisser une chance à la génération suivante – on m’a même répliqué sans rire que c’était de l’autoflagellation que de l’envisager. Les boomers avaient au moins l’excuse, pour la plupart, de ne pas avoir alors accès aux connaissances permettant de mesurer l’impact de leurs consommations. Les générations actuelles se cachent derrière leurs pancartes de manif’ mais pour rien au monde n’accepteront d’en revenir à des niveaux raisonnables de confort et de consommation. La sobriété s’arrête aux portes de l’aéroport, des garde-robes trop pleines, des dix paires de godasses, des 22°C intérieurs non négociables – hiver comme été désormais – et autres consommations selon les goûts, perçues comme normales.

A la lecture écœurante de tout ces messages énervés d’avoir trop chaud mais quand même pas au point d’envisager ni de remettre en cause l’ultra-confort de l’époque, ni de renverser la table politique, on est bien obligé d’admettre que l’idée même de gauche est de longue date calcinée. Il reste bien des bribes de défense des minorités, de vagues idées de libertés individuelles, mais c’est en fait presque une part du problème : il n’y a plus de place pour la pensée au-delà du nombril de chacun. Penser collectif n’est plus une option. Je veux ma clim’ à moi tout seul. Le problème n’étant pas la climatisation en elle-même, mais cette incapacité absolue d’encore penser le collectif avant son individualité. Oh il reste bien sûr les trois illuminés du fond pour y penser : des marginaux qu’on aime bien, pour le folklore de gauche, mais qu’on ne prend pas vraiment au sérieux.

Je me demandais ces jours-ci pourquoi tous les réseaux de gauche finissent systématiquement par me mettre les nerfs en pelote, surtout quand surgit une crise, alors que je supporte en général pas si mal mes connaissances de droite, mais c’est en fait assez évident : parce que les seconds assument leur individualisme sans hypocrisie aucune alors que les autres sont quoi qu’il arrive le camp du bien.

Je ne sais plus comment être membre d’une espèce de grands singes biologiquement sociaux mais culturellement individualistes. Et quand je ne sais plus, je m’éloigne.

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12.12.2025 à 10:07

Espace et labyrinthes de Vassili Golovanov

Tagrawla Ineqqiqi

J’ai découvert Vassili Golovanov par son excellent Éloge des voyages insensés qui mériterait tant d’être plus connu. Son second ouvrage traduit en français, Espace et labyrinthes, plus court, plus facile d’accès sans doute, n’est pas moins bon, et rarement titre d’ouvrage aura été aussi bien choisi. Dans ce livre, Golovanov se perd en voyageur dans […]
Texte intégral (602 mots)

J’ai découvert Vassili Golovanov par son excellent Éloge des voyages insensés qui mériterait tant d’être plus connu. Son second ouvrage traduit en français, Espace et labyrinthes, plus court, plus facile d’accès sans doute, n’est pas moins bon, et rarement titre d’ouvrage aura été aussi bien choisi.

Dans ce livre, Golovanov se perd en voyageur dans l’immensité des espaces russes. Ouvrez la parenthèse, c’est là qu’est toute la différence entre un voyageur et un touriste : le voyageur prend plaisir à se perdre, le touriste fait tout pour l’éviter, fermez la parenthèse. Mais n’allez pas croire que l’auteur ne parlera que de son expérience propre en décrivant des paysages : ça n’est absolument pas cela. Des sources de la Volga à son embouchure en passant par les steppes et la taïga, on rencontrera, loin des vitrines moscovites et pétersbourgeoises, la Russie rurale désenchantée, mais aussi le poète ornithologue Velimir Klebnikov, ce qui nous fera approcher la langue des oiseaux dans la poésie persane, on campera avec de jeunes anarchistes dans la maison semi-effondrée et la biographie de Bakounine, on croisera des Américains végétariens en quête de chamanisme touvain – et si vous avez une petite idée d’à quoi ressemblent les grands espaces de Touva, vous sentez le potentiel comique de la situation – il y aura aussi sur la route une très belle et toute simple déclaration d’amour et, enfin, on partira en quête de Tchevengour. Si vous n’avez pas lu l’incroyable roman de Platonov, certes c’est mieux de le faire avant de se lancer dans l’espace et les labyrinthes de Golovanov, mais sinon ça n’est pas grave : il vous donnera envie de le faire de toute façon.

C’est peu dire que Golovanov écrivait bien, il est à mon sens l’un des dignes héritiers de la tradition littéraire russe, quand bien même ses ouvrages ne sont pas des romans. Il est malheureusement mort peu de temps avant la guerre en Ukraine, il nous présente donc cette Russie d’avant, par petites touches au milieu d’une érudition pas du tout pompeuse. On sent chez Vassili Golovanov le passionné forcément passionnant.

La multiplicité de ses thèmes fait d’Espace et labyrinthes un livre difficile à conseiller. C’est un voyage, un long voyage plein de sentiers de traverse dont on sort, comme de tout voyage plein d’égarements, grandit. Quiconque a ne serait-ce qu’un peu d’appétence pour à la fois la géographie, la littérature et l’histoire ne pourra qu’y prendre un plaisir immense.

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11.09.2025 à 10:22

Diadorim, de João Guimarães Rosa (roman parfait)

Tagrawla Ineqqiqi

Le premier effet secondaire de la lecture intensive de long terme, c’est que le lecteur devient de plus en plus exigeant, donc de plus en plus frustré dans sa quête de livres a minima bouleversants : pour découvrir une grande œuvre, on doit en lire de plus mineures, parfois même de très mauvaises. Mais tout lecteur […]
Texte intégral (967 mots)

Le premier effet secondaire de la lecture intensive de long terme, c’est que le lecteur devient de plus en plus exigeant, donc de plus en plus frustré dans sa quête de livres a minima bouleversants : pour découvrir une grande œuvre, on doit en lire de plus mineures, parfois même de très mauvaises. Mais tout lecteur exigeant trouvera des alliés chez ses semblables, et c’est ainsi que l’on me conseilla – merci, mille fois merci – Diadorim de João Guimarães Rosa, dont je ne parviens pas à comprendre qu’il ait pu m’échapper jusqu’ici.

Avant même de commencer à le lire, on peut être interloqué voire un peu inquiet : les plus de neuf cents pages du récit ne sont pas chapitrées. Pas de page laissée blanche, même pas de saut de ligne : tout le récit est d’un seul tenant, avec tout de même quelques retours à la ligne. J’ai eu peur d’être tombée sur un nouveau Eden, Eden, Eden, qui est sans doute un bon livre, je ne sais pas : l’absence de point entre les phrases a été trop épuisante pour aller jusqu’au bout. Mais rien de tel ici : le récit est d’un seul tenant parce que le narrateur raconte son existence sans prendre de pause et que le récit a beau se donner l’apparence de partir dans tous les sens, il est en réalité tellement bien structuré que ça rend le chapitrage inutile. La forme dit aussi le fond.

Quant à ce fond… Comment expliquer sans trahir ? Car voilà : l’histoire en elle-même tient dans ce que j’ai déjà dit : un narrateur vieillissant déballe sa vie de jagunço. Je n’ai pas trouvé de traduction satisfaisante pour ce terme, mais avec une photo, vous aurez l’idée.

Diadorim est la rencontre improbable d’une tragédie shakespearienne et d’un western de Sergio Leone saupoudrés du Faust de Goethe et projetés dans l’univers des romans d’aventure populaires du Brésil du début du XXe siècle*. Une histoire d’amour toute en finesse au milieu de l’odeur de la sueur des chevaux et de la poudre, les questions existentielles d’un homme dont le métier implique la guerre et la mort, la hiérarchie, la cruauté, la sensualité, la beauté de la nature et un peu de fantastique, ou pas d’ailleurs, tout y est pour une grande épopée.

Je ne vois pas quel lecteur pourrait ne pas trouver ici au moins un peu de ce qu’il aime.

La langue est riche sans jamais être pompeuse, l’érudition de l’auteur est perceptible sans jamais rien écraser. Je ne sais pas comment le dire autrement sans avoir l’air d’exagérer, mais c’est très sincèrement rien de moins qu’un roman parfait, de ceux qu’on voudrait que le monde entier le lise sans douter que le dit monde s’en porterait mieux.

* Si vous n’avez jamais lu de littérature populaire brésilienne, je ne peux que vous recommander – encore – de jeter un œil au catalogue des Editions Anacaona qui proposent des traductions de petits livres vraiment très biens.

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