22.01.2026 à 13:43
Yannis Youlountas
21.01.2026 à 14:11
Yannis Youlountas
La petite cuisine capitaliste, chapitre 1.
LA RECETTE DES RICHES TRANQUILLES ![]()
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Pour que les plus riches puissent s’empiffrer toujours plus sans finir lynchés par la masse des précaires, il existe un moyen imparable qui a fait ses preuves dans beaucoup de pays du monde : il suffit d’acheter la plupart des médias et de leur faire montrer du doigt les migrants et certaines personnes que vous aurez soigneusement choisies.
Simple, efficace, à condition que tous les ingrédients sont bien incorporés !
Vous voulez échapper à la révolte des pauvres ?
Voici la recette :
1- Donnez-leur en pâture des boucs-émissaires sélectionnés parmi eux. Couleur de peau, religion, orientation sexuelle, peu importe : choisissez selon votre humeur du moment !
2- Divisez-les de toutes les façons possibles. Coupez, tranchez et divisez encore.
3- Si la division n’est pas suffisante à votre goût, incorporez une poignée d’éléments diviseurs qui sauront faire le travail, quelques temps après avoir été ajoutés.
4- Discréditez les organisations qui vous inquiètent le plus et tentent de dévoiler votre façon de faire.
5- Ajoutez du bruit, de la confusion et des sujets abrutissants.
6- Laissez mijoter quelques années en remuant un peu de temps en temps. Ajoutez une pincée de faits divers.
7- Retirez du feu quand la plupart des éléments sont devenus bien mous et serviles, misanthropes et stupides à souhait.
C’est prêt ! Vous pouvez tranquillement continuer à vous empiffrer !
Y.Y.
16.01.2026 à 17:47
Yannis Youlountas
11.01.2026 à 19:13
Yannis Youlountas
06.01.2026 à 08:58
Yannis Youlountas
Bonjour à toutes et à tous.
Dans cette première lettre d’infos de 2026, vous trouverez : quelques bonnes nouvelles en ce début d’année, un point sur les actions en cours et les livraisons de l’hiver aux lieux solidaires autogérés, ainsi que l’agenda des prochaines occasions de nous retrouver en France et en Belgique, à partir du 10 janvier 2026.
Concernant cette fin d’année, les principales nouvelles sont bonnes en matière de luttes. Les mobilisations sont puissantes, les manifestations souvent nombreuses et le mouvement social fait beaucoup de choses intéressantes.
En premier lieu, les mobilisations antifascistes se succèdent ces temps-ci. La principale, bien sûr, a été celle du 17 novembre « contre le fascisme d’hier et d’aujourd’hui ». La mobilisation a été immense : nous avons été très nombreux dans les rues, à Athènes et ailleurs. Un record depuis la période du covid. Au fil des années, nous remontons la pente.
C’est aussi l’occasion de rappeler que le 17 novembre 1973, c’est un soulèvement de la base sociale qui a réussi à déstabiliser la dictature des Colonels, en se rassemblant à l’Ecole polytechnique, sur le flanc ouest du quartier d’Exarcheia. Une mobilisation étudiante et ouvrière qui a ouvert la voie à la chute de la junte, quelques mois plus tard.
Vu le contexte actuel en France et ailleurs, c’est peut-être le bon moment pour faire tourner cette vidéo sur notre expérience de l’extrême-droite au pouvoir en Grèce (10mn) :
Censure, répression, torture, disparition d’opposants politiques : c’était ça l’extrême-droite au pouvoir en Grèce, de 1967 à 1974. Il serait bon que ça se sache un peu plus.
Dimitris Papachristos, la voix de la radio pirate du soulèvement de Polytechnique (qui intervient dans l’extrait de Je lutte donc je suis) me demande de vous transmettre son message qui vous met en garde sur le risque de laisser l’extrême-droite arriver au pouvoir en France : « Les fascistes, on ne sait jamais jusqu’où ils sont capables d’aller ! »
Plusieurs procès ont provoqué des mobilisations dans les tribunaux et tout autour. Par exemple, une douzaine de membres de Rouvikonas ont été condamnés à 9 mois de prison avec sursis pour une simple banderole déployée devant la tombe du soldat inconnu, le 17 novembre. La sanction paraît tellement disproportionnée et même infondée que de nombreuses organisations et associations ont manifesté leur soutien à Rouvikonas, à commencer par la Ligue des Droits de l’Homme en Grèce et d’autres organisations de gauche et humanistes. Cette convergence des luttes est, là aussi, une promesse d’avenir pour prolonger et diversifier la riposte.
Parmi les autres compagnons de lutte qui sont en procès également : les membres du squat Koukaki sont exagérément accusés d’avoir voulu tuer des policiers. Tout ça parce qu’ils ont jeté des choses de leur balcon durant l’évacuation de leur squat en 2020. Là encore, le pouvoir veut frapper fort, criminaliser le mouvement en utilisant tous les prétextes possibles, mais beaucoup de monde se mobilise pour ne pas laisser faire. Dans ce contexte tendu, l’audience prévue ces jours-ci a finalement été reportée au 30 avril 2026. À suivre…

Durant toute la fin de l’année, la mobilisation s’est étendue aux paysans, en particulier aux éleveurs qui se heurtent, comme en France, à des abattages systématiques des troupeaux quand un seul et unique animal est malade. Les éleveurs sont également exaspérés par les difficultés à être remboursés. Les aéroports d’Héraklion, Chania, Thessalonique et Athènes ont donc été bloqués à plusieurs reprises, donnant lieu à des scènes épiques, surtout en Crète, comme le montrent certaines photos d’Héraklion et Chania :
Rappelons que cet automne 2025 a commencé avec plusieurs grands blocages et grèves générales, principalement à cause des dysfonctionnements de la justice bourgeoise qui continue de protéger les responsables politiques de la catastrophe ferroviaire de Tempi et qui ménage aussi des policiens proches du pouvoir qui trempent dans d’autres scandales. La tension reste forte à ce sujet en Grèce.
Durant l’année 2025, nous avons battu les records absolus de mobilisations sur ce motif : nous avons vu encore plus de monde descendre dans les rues que dans les années 2008-2015. Du jamais vu à Héraklion, à Chania, à Patras, à Larissa, à Ioannina, à Thessalonique, à Athènes ! Historique ! Des places et des avenues noires de monde, des centre-villes complètement bloqués, une colère qui gronde…
Mais qui sait ce que peut provoquer ce cocktail de révoltes dans les mois à venir, conjugué à certaines informations choquantes ? La défiance toujours plus forte à l’égard d’un système politique archaïque et clientéliste va-t-elle finir par profiter aux forces progressistes ou bien, à l’inverse, comme dans d’autres pays, à une nouvelle extrême-droite qui n’est pourtant que le jocker des mêmes dirigeants économiques et médiatiques ? Tout le monde n’a pas encore compris que le fascisme n’est que le prolongement du capitalisme en temps de crise, quand le pouvoir n’arrive plus à bercer la population d’illusion et, dès lors, pointe du doigt des boucs-émissaires pour faire oublier les vrais responsables.
L’Histoire l’a souvent montré : l’extrême-droite n’est qu’un renforcement du pouvoir, toujours plus autoritaire et injuste. Elle avance dans le cheval de Troie de la patrie à défendre. Elle appelle à une union nationale totalement amnésique des inégalités. Elle réduit la liberté aux choix illusoires du consommateur qui ne sait plus comment s’en sortir et invente toutes les raisons possibles au lieu de traiter le problème à sa source. Choisir l’extrême-droite, c’est sortir par le bas de la crise, au lieu de sortir par le haut : par le progrès social et la remise en question d’un système politique complètement dépassé, verrouillé, malade.
Alors que l’état grec traine les pieds pour rembourser les éleveurs, que des milliers de fonctionnaires ont parfois trois mois de retard de salaires, que de nouvelles coupes frappent actuellement les chômeurs et les précaires, que les hôpitaux n’ont plus les moyens de fonctionner, le premier ministre Mitsotakis n’a pas trouvé mieux que de donner de l’argent non demandé à l’état français, en payant plusieurs années en avance une échéance de 1,1 milliards d’euros ! C’est l’incompréhension et le tollé en Grèce !
Pire encore, l’état grec a décidé d’acheter une quatrième frégate française pour 982 millions d’euros ! Elle sera baptisée « Thémistocle ». Un collectif de précaires a aussitôt répliqué que cette frégate devrait plutôt s’appeler : « Famine » ! Sur sa lancée, le gouvernement grec a également annoncé l’achat de 24 Rafale français ! Budget du programme d’armement supplémentaire prévu sur douze ans : 25 milliards d’euros ! Pendant ce temps, les inégalités continuent de se creuser dans le pays, comme le confirment les chiffres de la pauvreté qui place la Grèce à la queue du classement européen avec la Bulgarie. « La pseudo croissance économique ne concerne que quelques riches investisseurs et il n’y a absolument aucun ruissellement » répondent les syndicats au récit officiel des médias pro-gouvernement.
Une partie de la population s’étant fait bourrer le crâne avec la théorie fumeuse du « grand remplacement », le gouvernement grec essaie maintenant de jouer le rôle de « sauveur de la race grecque ». En effet, cette expression nauséabonde vient d’être employée par plusieurs militants de l’alliance de droite, provoquant des réactions indignées. Par contre, on ne compte plus les félicitations d’anciens sympathisants d’Aube dorée qui se rapprochent du parti Nouvelle Démocratie. De quoi s’agit-il exactement ? Le Premier ministre grec a annoncé la possibilité d’allègements fiscaux dès ce début d’année 2026 pour encourager les Grecs à faire des enfants. En résumé, plus le nombre d’enfants augmente, plus les impôts diminuent. Un enfant donne droit à un taux de 18% sur la première tranche d’impôt au lieu de 22% (jusqu’à 20.000 euros). Avec deux enfants ça descend à 16%. Et ainsi de suite jusqu’à 4 enfants et plus, avec un taux qui passe alors à 0%.
La Grèce a l’un des trois plus faibles taux de natalité en Europe, avec l’Espagne et l’Italie. Mais quel rapport avec les migrants ? La Grèce n’accorde que très peu le droit d’asile aux exilés. C’est aujourd’hui l’un des pays d’Europe les plus sévères à l’égard des migrants, aux antipodes de l’élan de solidarité formidable développé par le mouvement autogestionnaire en Grèce. Pour le dire autrement : le mouvement social est d’une solidarité exemplaire depuis dix ans pendant que son gouvernement est l’un des pires en Europe. Le premier est soutenu dans ses initiatives solidaires autogérées par d’autres mouvements sociaux en Europe, alors que le second est financé par des fonds européens dans toutes ses horribles décisions, à commencer par la transformation des hot-spots d’enregistrement en camps de plus en invivables et fermés, sur les îles grecques orientales puis sur le continent également.
Au fil des années, le pays devient confronté à un manque d’eau dramatique dans plusieurs régions, La situation devient particulièrement urgente en Attique (région d’Athènes) et dans plusieurs îles desséchées, à commencer par Leros et Patmos. Les réserves diminuent chaque année et des mesures urgentes sont en cours de discussion : la redirection partielle de plusieurs fleuves, la modernisation des réseaux de distribution d’eau existants, la construction de nouvelles unités de dessalement ou encore deux tunnels de 14km et 6km de longueur, avec un diamètre de 4m, conçus pour acheminer jusqu’à 200 millions de mètres cubes d’eau par an. Sauf que s’il ne pleut pas suffisamment, cela ne servira à rien. Le vrai problème, c’est la cause profonde : l’impact désastreux du capitalisme et du productivisme sur le cycle de l’eau, en Grèce comme ailleurs. Encore une bonne raison de s’insurger, avant qu’il ne soit trop tard.
Le 6 décembre, nous avons également observé une participation à la hausse dans les habituelles manifs anti-répression. Preuve que les mobilisations reprennent force et vigueur, d’année en année, après une période très difficile pour nous qui a débuté en 2019, avec le retour au pouvoir de la droite, avec plusieurs ministres issus de l’extrême-droite dans ses bagages (Mitsotakis leur a confié des postes clés, notamment à l’Intérieur et à l’Immigration).
C’est le sujet principal du film Nous n’avons pas peur des ruines qui a plusieurs fois été actualisé et qui sera à nouveau présenté en France et en Belgique dans quelques jours. Les villes et dates sont ici :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique15
Ce retour en force des mobilisations est aussi l’occasion de rappeler que l’histoire d’Exarcheia n’a pas commencé avec l’assassinat d’Alexis Grigoropoulos fin 2008, contrairement à ce que vient de raconter un journal allemand durant les fêtes. C’est une erreur très fréquente au sujet d’Exarcheia et un méconnaissance profonde de son évolution depuis un demi siècle. Dès la fin des années 70, le quartier était dans le collimateur du pouvoir et se voyait accusé d’être… « une zone de non-droit » ! En 1984, les descentes policières se sont multipliées (avec plus de 10 fourgons de police et 200 policiers autour de la place, durant plusieurs mois) et les médias titraient déjà « la forteresse Exarcheia » (to avato).

C’est l’époque où Jean-Marie Le Pen est venu rendre visite au célèbre dictateur emprisonné : son grand ami, le sinistre colonel Papadopoulos, responsable de nombreuses tortures et disparitions d’opposants politiques durant la junte. Finalement, en raison d’intenses mobilisations antifascistes à Athènes, le gouvernement a interdit cette rencontre et Le Pen s’est contenté d’une conférence en catimini pour soutenir le parti fasciste grec EPEN, nostalgique de la dictature, avant de repartir au plus vite vers la France.
L’un des jeunes porte-parole d’EPEN à l’époque était Makis Voridis, grand soutien du dictateur déchu. Plus tard, en 1994, Voridis a fondé le Front hellénique (sur le modèle du Front national), puis l’Alerte populaire orthodoxe (LAOS), puis il est finalement devenu ministre de Mitsotakis au poste de… ministre de l’immigration !
Le 17 novembre 1985, un jeune anarchiste de 15 ans est assassiné dans Exarcheia, sous les coups de feu d’un policier. Oui, vous avez bien lu : exactement la même description que le 6 décembre 2008. Des émeutes vont suivre, des banques vont brûler, des occupations vont s’organiser, notamment l’occupation retentissante de l’École de Chimie qui va conduire à un véritable siège par de nombreuses forces de police durant 5 jours, devant les caméras de télévision et de nombreux journalistes déjà impressionnés par la vigueur du mouvement anarchiste (c’est la deuxième occupation de l’École de Chimie cette année-là, après des premières émeutes au printemps). L’École Polytechnique toute entière sera également occupée par la suite et plusieurs lieux et projets vont naître dans la foulée. Bref, beaucoup de gens ne savent pas que, 23 ans avant Alexis Grigoropoulos, nous avons connu la même chose avec Michalis Kaltezas.
En 1985, dans les manifs, on scande déjà « Flics, porcs, assassins ! » (et oui, ça aussi, ça ne date pas de 2008). Aujourd’hui, le mot porcs, en deuxième position du slogan, est souvent remplacé par un autre quolibet qui ne fait plus la confusion avec des animaux. Les porcs ne méritent pas une telle insulte.
Dans les années 80, les médias titrent déjà sur les « nuits d’anarchie », les « émeutes anarchistes » en caricaturant Exarcheia et le mouvement antiautoritaire.
À mes côtés ces derniers jours, Vangelis vous conseille, par exemple, de lire cet article historique sur « la gigantesque opération policière » contre la « forteresse Exarcheia » en avril 1985, pour comprendre à quel point « notre histoire est ancienne et a déjà connu des hauts et des bas à plusieurs reprises » :
https://www.mixanitouxronou.gr/i-epicheirisi-areti-kai-avato-anomias-ta-exarcheia/
Si le sujet vous intéresse, j’y reviendrai et vous traduirai un petit éventail de documents et d’articles des années 70, 80 et 90. J’ai même d’autres belles surprises qui pourraient vous intéresser. On en reparlera bientôt 
Quelques temps plus tard, dans les années 90, plusieurs médias annoncent la mort d’Exarcheia (oui, déjà !), étouffé par les descentes policières et le trafic d’héroïne qui bénéficie d’une convergence d’intérêts entre la mafia et le pouvoir qui veut semer la zizanie dans le quartier et alentours. Ces magouilles sont dénoncés sur des affiches restées célèbres : « c’est la police qui vent l’héroïne » et par des artistes célèbres du quartier, notamment Katerina Gogou, poétesse fétiche d’Exarcheia, actrice, chanteuse et militante anarchiste réputée pour son franc-parler (disparue en 1993, à l’âge de 52 ans).
Mais comme souvent, le mouvement social finit par rebondir, diversifie ses activités, puis se renforce durant les années 2000.
Comme le disent les anciens à Exarcheia, pour savoir comment va le quartier, il suffit de regarder ses murs. Si les affiches sont fraîches et les tags continuent à être omniprésents, cela veut dire que le mouvement est toujours là, quels que soient les problèmes de lieux et de répression. L’un des principaux slogans du quartier réapparait régulièrement depuis plusieurs dizaines d’années et à nouveau depuis 2019 : « On n’évacue pas un mouvement » (par exemple, sur une banderole longtemps accrochée sur l’immeuble du squat Notara et sous forme de tags et d’affiches dans le quartier, à de multiples reprises).
Un autre slogan, né en mai 1968 en France et repris dans les années 70 en Grèce, disait : « Murs blancs, peuple muet ». C’est tout le contraire à Exarcheia, encore aujourd’hui. Les nouvelles affiches se superposent : anarchistes, autonomes, communistes, de gauche, antifascistes, écologistes, révolutionnaires de toutes les provenances, au sujet d’ici et d’ailleurs, le plus souvent le Rojava, car les Kurdes révolutionnaires sont très actifs ici. Toutes les semaines, tous les jours, du matin au soir et du soir au matin. Idem pour les tags et parfois les graffitis, petits ou grands. Les murs d’Exarcheia n’ont pas changé : 1973, 1984, 1990, 2000, 2008, 2019, 2026…
Le mouvement est là et bien là, comme dit Vangelis. Tous les autres ne disent pas autre chose. « Perdre des lieux est une chose, perdre le quartier en est une autre » résume Elena, une solidaire du quartier originaire de Thessalonique. « On peut nous expulser, on peut nous matraquer, on peut essayer de nous intimider, mais on est toujours là » ajoute-t-elle en riant. « Ça fait un demi-siècle que ça dure » conclut Vangelis avec son petit sourire habituel et ses yeux brillants d’ironie. Sous la botte qui la piétine, « la fourmilière se réorganise comme elle peut », qu’importe les pertes.
Ci-dessous dans le premier dessin, Exarcheia est entouré d’autres quartiers moins actifs, puis dans le deuxième dessin, Exarcheia a été affaibli par l’État mais est épaulé par ces mêmes quartiers qui ont gagné en vigueur au fil des années.
Au centre du quartier, le KVox vient de fêter ses 13 ans, toujours là lui aussi, avec toujours plus de succès, énormément de visiteurs et de soutiens, une bibliothèque sociale très dynamique et une cuisine sociale très sollicitée par les sans-abris et les autres personnes précaires de toutes les couleurs. Lors de plusieurs événements récents, nous avons vu une véritable marée humaine arriver dans le KVox et tout autour, avec énormément de jeunes. Un record là aussi, en 2025 ! Une vraie promesse d’avenir pour le mouvement social, ici.
Solidement ancré dans le quartier, le KVox a essaimé dans plusieurs quartiers voisins et a créé plusieurs autres lieux, à commencer par le centre social autogéré Skopeftirio à Kesariani (autre quartier historique des luttes en Grèce), sur le modèle du KVox. Né à Exarcheia, le groupe anarchiste Rouvikonas a fait de même. Sa base principale reste le KVox, au centre d’Exarcheia, mais il a créé de multiples sections dans d’autres quartiers d’Athènes et dans d’autres villes de Grèce : depuis début 2025, il y a même des sections de Rouvikonas à Thessalonique, à Ioannina, à Patras, à Kalamata et à Héraklion !
Au fil des années, le groupe Rouvikonas a également créé une section de pompiers pour lutter contre les incendies autour d’Athènes, en suppléant à la faiblesse des moyens étatiques, et parfois pour organiser des secours dans l’autogestion face à d’autres catastrophes naturelles. On se rappelle, par exemple, de la colonne de véhicules anarchistes partis d’Athènes pour la Thessalie afin d’aider une population complètement abandonnée par l’État durant de terribles inondations (septembre 2023).
À ce propos, sachez que la section autogérée de lutte contre les incendies recherche certains équipements qui lui manque cruellement. Peut-être que vous pouvez trouver et nous transmettre certaines choses. La liste spécifique des besoins des pompiers anarchistes est ici en grand format :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique38
(c’est la deuxième liste sur cette page, car la première liste concerne les besoins plus généraux des autres types d’actions)
La section féministe de Rouvikonas intervient, elle aussi, bien au-delà des limites du quartier, dans toute la capitale et parfois au-delà. En 2019, le nouveau premier ministre avait promis d’en finir avec Exarcheia « en un mois » et avait fait de Rouvikonas et du KVox ses cibles principales : « ils n’existeront bientôt plus ! » C’est tout le contraire qui s’est passé : jamais Rouvikonas n’a été aussi actif, malgré les procès à répétition, et jamais le KVox n’a été aussi rayonnant !
Comme les autres militants anarchistes grecs, les membres fondateurs de Rouvikonas n’ont pas attendu 2013 ni même 2008 pour participer à des luttes très puissantes. Prenons l’exemple du membre le plus célèbre du groupe, Giorgos Kalaïzidis : dans les années 2000, il était déjà très présent dans des rapports de force incessants avec le pouvoir et sa police.
Voyez, par exemple, cette vidéo de Giorgos à l’âge de 27 ans, en mars 2007, c’est-à-dire presque deux ans avant les émeutes de décembre 2008. Même si vous ne comprenez pas ce que dit notre ami et camarade, regardez les images de nos luttes, l’intensité de la résistance à Exarcheia et déjà les difficultés de la police grecque face aux anarchistes du quartier :
Ou encore, douze ans plus tôt, l’ambiance à Exarcheia en 1995 :
Rien de nouveau dans le quartier : l’histoire d’Exarcheia ne s’est jamais vraiment arrêtée, ni avant 2008, ni après 2019, malgré tous les efforts des gouvernements successifs et de leur police déployée massivement durant des années. De « l’opération vertu » en 1984-1985 au « nettoyage en un mois » en 2019, le pouvoir n’a jamais totalement réussi à éteindre les braises 
Et maintenant ? Tiens, jetons un petit coup d’œil à trois vidéos pour voir si tout est calme en ce moment à Exarcheia 
Petit tour dans les rues du quartier, le soir du 1er novembre 2025 :
Puis sur la place, autour du chantier du métro, ce 20 décembre 2025 :
Une dernière vidéo, cette fois pour voir, pendant ce temps, ce que font les enfants d’Exarcheia. Ils ont manifesté dans le quartier à la mémoire de l’insurrection du 17 novembre 1973, après un cours d’Histoire :
Le Steki Metanaston et la cuisine sociale El Chef (dont le logo est la tête de Che Gevara surmontée d’une toque et dont les jours d’ouverture alternent avec ceux de la cuisine sociale anarchiste du KVox) continuent de fonctionner solidement, toujours dans le même squat, à une centaine de mètres de la place. Rien n’a changé. Le petit parc en face sert de cour pour les repas et les événements. Les cuisines sociales sont toujours gratuites et autogérées, grâce au soutien local et international. Les films et les convois solidaires continuent de participer au financement et aux livraisons. À intervalles réguliers, nous livrons aussi de l’huile, des fruits, des légumes et des compléments urgents depuis la Crète, en soutenant simultanément des paysans crétois en lutte contre l’agriculture intensive et les grands projets inutiles et nuisibles.
Dans la même rue Tsamadou, il y a toujours le local de l’Asteras Exarchion qui propose une autre façon de pratiquer le sport (cf. film L’Amour et la Révolution). Et au croisement de la place, le kafeneion reste le lieu de rendez-vous historique de beaucoup d’anarchistes du quartier.
De l’autre côté d’Exarcheia, au bout de la rue Kalidromiou, un autre bistrot reste le point de rendez-vous des vieux militants de l’insurrection de l’École Polytechnique contre la dictature des Colonels. Dans le vieux café Mouria, ouvert en 1915, on retrouve souvent Dimitris Papachristos, la voix de la radio pirate de l’époque, et le chanteur Dimitris Poulikakos (qui interviennent tous deux dans le film Je lutte donc je suis), ainsi que d’autres figures de la résistance, aujourd’hui chenues et affaiblies, mais toujours debout.
Par contre, c’est beaucoup plus compliqué depuis six ans en ce qui concerne l’accueil des migrants. C’est dans ce domaine que les évacuations de l’État ont été les plus nombreuses (d’où l’importance des maraudes, grâce aux cuisines sociales, encore plus importantes qu’autrefois). Par exemple, nous avons perdu notre squat Spirou Trikoupi 17 (ouvert en septembre 2016), mais le squat Notara 26 (ouvert en septembre 2015) existe encore et continue de loger de nombreuses familles. En bordure du quartier, il existe d’autres endroits, petits ou grands, où des migrants continuent d’être hébergés visiblement ou discrètement.
Le plus grand squat à côté d’Exarcheia est sans aucun doute Prosfygika, un ensemble d’immeubles vétustes squattés du côté d’Ambelokipi (nord-est d’Exarcheia) où vivent plus de 300 migrants actuellement. Ces bâtiments très vétustes ont fait l’objet de travaux récemment, avec l’aide de fourgons solidaires venus de France. En Crète également, trois fourgons solidaires venus d’Allemagne nous ont récemment aidé pour faire face aux urgences de nombreux migrants en provenance de Tobrouk via la petite île de Gavdos, dont certains n’avaient même plus de chaussures. Rappelons également que, malgré les menaces de l’État, les squats crétois sont systématiquement repris à la moindre évacuation, et ça s’est produit encore récemment. À Chania, le magnifique squat Rosa Nera fonctionne toujours, malgré deux évacuations et deux réoccupations. Idem à Héraklion pour le squat Evaggelismo, qui a été évacué puis repris par trois fois, avec l’aide du mouvement social en Crète. La dernière fois, c’était en novembre, suite à une pluie d’œufs balancée sur la tête du ministre de l’immigration dans un restaurant d’Héraklion 
Au centre d’Exarcheia, la structure autogérée de santé du quartier (ADYE) tient bon, elle aussi, et continue ses activités dans son squat qui jouxte le KVox. Certains soins font l’objet de permanences hebdomadaires avec des horaires fixes et d’autres soins sont sur rendez-vous, selon les spécialités. Tout est gratuit. Là aussi, avec du soutien local et international.
En bordure d’Exarcheia, du côté de Kipselli, se trouve le plus vieux squat d’Athènes encore en activité. Lelas Karagianni est un squat anarchiste quifonctionne depuis 1988 et une des composantes majeures du mouvement libertaire au centre d’Athènes.
À 200 mètres de la place, le Parc Navarino est toujours occupé par le mouvement social, lui aussi. C’est le plus grand parc d’Exarcheia et il est entièrement autogéré depuis 2009. ll devait devenir un parking et a rapidement été occupé par une foule déterminée pour devenir à la fois un lieu de réunions, d’assemblées, de projections gratuites de films, de jeux pour les enfants et de jardins partagés. Notre précédent convoi a fêté les 17 ans d’existence du Parc Navarino en plantant un arbre de la liberté avec des enfants du quartier et une jeune fille membre du convoi (et en apportant un soutien financier pour les activités proposées, comme toujours lors des convois ou livraisons).
Il existe d’autres squats à Exarcheia, notamment plus bas dans la rue Themistocle, en direction d’Omonia et dans des ruelles autour de la colline, mais certains ne souhaitent pas être connus. Ce sont des squats d’hébergement qui ont une vocation politique indirecte. Ils n’accueillent pas de public et n’organisent rien en tant que lieux. Ils occupent simplement une ruine, un appartement abandonné, une ancienne antenne de l’État, un petit immeuble vétuste dont l’entrée semble murée et dont l’accès est, par exemple, un obscur labyrinthe par lequel on rejoint une grande salle commune chaleureusement décorée 
C’est l’autre Exarcheia. Underground et discret. Celui dans les recoins duquel dorment certains membres de Rouvikonas et d’autres collectifs. Des lieux dont on ne peut connaitre l’existence que si on est membre de ces collectifs. Il y a un Exarcheia visible et un autre moins visible. Idem dans plusieurs quartiers aux alentours. Ces solutions discrètes existent encore plus sur l’axe en direction du Pirée, autour de la veille rue « odos Pireos », longée de ruines et de bidonvilles. Mais nous n’avons pas peur des ruines, n’est-ce pas ?
Depuis une dizaine d’années, la gentrification fait des ravages dans le quartier comme dans tout le centre ville d’Athènes. C’est la même chose dans la plupart des grandes villes du sud de l’Europe : Barcelone, Marseille, Rome… Encore une conséquence du capitalisme qui tente de transformer le monde entier en marchandise, y compris les logements, problème qu’on connait aussi beaucoup dans l’hexagone, à Bruxelles et à la frontière suisse.
L’une des solutions est-elle de renforcer notre présence dans les campagnes et les villes moyennes désertées, en relançant des cultures vivrières et des projets collectifs fondés sur la démocratie directe ? En tout cas, c’est une des idées qui circulent et commencent à se mettre en place (très lentement). En Thessalie, par exemple, se loger et trouver un bout de terrain à cultiver est beaucoup moins un problème que dans le Sud. Peut-être faut-il riposter par la mobilité géographique, l’autonomie et la capacité d’adaptation aux situations nouvelles ?
Concernant les espaces principaux d’Exarcheia, vous avez récemment demandé des nouvelles de la lutte sur la colline de Strefi et de celle contre le métro sur la place. Tout d’abord, ce sont deux collectifs différents qui mènent ces luttes distinctes. Ensuite, nous connaissons des hauts et des bas, au fil des mois et des années, mais globalement, nous pouvons dire ceci : le projet immobilier à Strefi a été repoussé vivement par les habitants du quartier et la police a longtemps cessé d’occuper la colline. Depuis quelques temps, la situation est à nouveau compliquée et la police nous harcèle à nouveau, mais rien ne s’est encore construit sur la colline.
Idem plus bas, sur la place d’Exarcheia. Le projet de la station de métro s’est heurté à une forte opposition et a connu de nombreux échecs. Parmi les derniers en date : l’obligation de réduire son installation et certaines de ses palissades autour du chantier. Jusqu’alors, on pouvait à peine circuler. Maintenant, on organise des débats et des projections de films contre les palissades et, plus récemment, des petits tournois de foot pour les enfants du quartier encore privés de leur place où se trouvait autrefois un jardin d’enfants dans un coin.
Autre exemple : une énorme erreur dans les calculs de la direction de la ligne 4 (forage sous la terre) l’a conduite où ce n’était pas du tout prévu (encore loin du quartier), et a provoqué la risée générale, des suspicions de sabotage et de nouvelles interrogations sur l’avenir du chantier. Concrètement, il n’y a plus de travaux sur la place depuis plus d’un an maintenant ! Les plantes recommencent à pousser sur le chantier abandonné : tout un symbole !
Des spectateurs de nos films nous ont également demandé des nouvelles d’un autre lieu, autrefois bien connu à Exarcheia : le Nosotros. C’était un grand bâtiment surmonté d’un drapeau rouge et noir, tout en haut de la rue Themistocle, à 30 mètres de la place. Ce lieu, nous l’avions présenté dans Ne vivons plus comme des esclaves, en 2013. Ce n’était pas un squat, contrairement au KVox par exemple, mais un immeuble loué dont le loyer était financé par le bar autogéré et les concerts (et les films et les convois durant ses dix dernières années d’existence), en parallèle des activités plus politiques.
Le Nosotros a tenu bon jusqu’en 2021 et a beaucoup aidé le mouvement social durant les évacuations de 2019, en relogeant provisoirement des dizaines de migrants dans ses étages. Puis en 2021, le loyer a beaucoup augmenté, du fait de la gentrification du quartier, et le mouvement antiautoritaire pour la démocratie directe (AK) a préféré quitter ce lieu et se déplacer… à 100 mètres !
C’est ainsi qu’en 2022 a été créé Altaï, un nouveau lieu aussi grand que le Nosotros, avec à peu près la même équipe, notamment notre vieil ami Vangelis, intervenant majeur de Ne vivons plus comme des esclaves et présent dans tous les films pour expliquer l’origine, l’histoire et l’évolution du quartier. Comme le Nosotros autrefois, l’espace social libre Altaï se trouve dans la rue Themistocle, mais de l’autre côté de la place, en montant vers la colline, après le KVox (sur la gauche).
De l’autre côté d’Altaï, dans la rue parallèle (Economou), ce grand lieu a également ouvert une librairie autogérée, à but non lucratif, qui sert à financer les luttes et s’appelle Lucio. D’autres librairies amies viennent simultanément de se créer à Exarcheia et aux environs, ces dernières années. Nous en reparlerons bientôt pour évoquer l’importance historique de l’édition et de la diffusion des livres dans ce secteur d’Athènes. À savoir que le nombre de librairies a augmenté dans le quartier et aux alentours, depuis quelques années, à l’inverse de la tendance globale : encore un signe qui montre que le mouvement social ne se porte pas si mal, car ce ne sont pas les romans à l’eau de rose et les tartufferies néolibérales qui se vendent le mieux dans leurs rayons.
Sur cette photo, dans la librairie Lucio en novembre dernier, un homme est à mes côtés : c’est Nikos Koufopoulos, l’un des meilleurs historiens du quartier, reconnu pour son sérieux et ses écrits passionnants sur la longue histoire d’Exarcheia (disponibles uniquement en grec et anglais, pour l’instant, mais une traduction devrait être disponible dans quelques mois).
Nikos est aussi musicien et a participé à la bande originale du film Ne vivons plus comme des esclaves. Un vieil ami et un homme passionnant.
Depuis le mois de novembre, nous avons commencé à fournir nos lieux autogérés en huile d’olive crétoise et en fruits et légumes achetés à des paysans en lutte sur l’île, comme nous le faisons depuis une douzaine d’années. Parmi les nombreuses personnes présentes pour nous accueillir au centre d’Exarcheia : Dimitris, Vangelis et Yannis que vous avez vu intervenir tous les trois dans le film Nous n’avons pas peur des ruines.
Des retrouvailles également avec la cuisine sociale du KVox qui fait un énorme travail en entrant dans la saison froide, avec une forte augmentation des demandes. De l’argent a également été transmis à la plupart des structures livrées, ainsi que d’autres choses demandées : lait infantile, hygiène bébé, protections féminines (prises en charge par la section féministe de Rouvikonas) et d’autres aliments qui se conservent plus longtemps que les produits frais et que nous avons commencé à acheter en gros.
Une partie des denrées ont été transmises au centre social autogéré Bloc15 pour servir à sa cuisine sociale et aux maraudes dans le port du Pirée : les besoins sont énormes là-bas. Pour l’instant, nous avons rempli la moitié de l’objectif (merci à toutes celles et ceux qui ont déjà participé). Si, vous aussi, vous voulez aider, c’est le moment. Si nous le pouvons, les autres livraisons auront lieu dans les prochains jours, sous réserve des moyens nécessaires. Si vous le souhaitez et si vous pouvez participer (ne vous mettez pas en difficultés), les coordonnées sont à la fin de cette lettre. Faites-vite.
Hassan, un compagnon afghan que certains d’entre vous ont bien connu, est décédé la semaine passée. C’était un militant discret qui avait traversé énormément d’épreuves, en Afghanistan, en Iran, en Turquie et en Grèce, avant de s’impliquer à nos côtés. Nous sommes toutes et tous fiers de l’avoir connu. Un exemple que nous n’oublierons pas.
Entre deux livraisons et actions solidaires, Maud a couru le Marathon d’Athènes, une fois de plus accompagnée par plusieurs de nos compagnons de lutte. Et comme à chaque fois, un slogan a été choisi collectivement et repris en chœur par tout le monde : « N’abandonnez jamais la lutte ! » (Don’t give up the fight!). Les slogans choisis dans les courses précédentes était « Animal liberation », « Refugees welcome » (plusieurs fois) et « Always antifascist ». Rappelons que nous ne participons pas dans un esprit de compétition, bien sûr, mais pour le plaisir et pour propager nos idées. Le soutien à l’arrivée dans le stade antique, au bout des 42 kilomètres, a été mémorable. Le slogan contre la résignation était parfait dans les circonstances actuelles.
Nous avons également appris la mort de notre amie Françoise Verdier alias Mounette. Elle était la fille de Jeanne et François Verdier, résistants antinazis du Midi-Toulousain (en haut à droite, Mounette et son papa, juste avant la guerre).
En ces circonstances, nous avons également appris la disparition de Anne Beaumanoir quelques mois auparavant. Une femme qui nous avait énormément impressionnée au Rassemblement des Glières en 2015 et dans d’autres circonstances. Anne n’avait pas seulement résisté contre les nazis, elle avait ensuite pris fait et cause pour la décolonisation et avait soutenu de toutes ses forces le FLN au point d’être arrêtée, malgré son passé reconnu de résistante sous l’occupation nazie.
L’occasion de rappeler que nos luttes et nos résistances ne sont pas à géométrie variable : les opprimés sont les opprimés, quelles que soient leur origine, leur religion ou leur couleur de peau. Juifs déportés, Palestiniens massacrés, Algériens torturés, etc. Et quelle que soit l’époque : tout déni de solidarité est un parjure (ci-dessous, Anne Beaumanoir en 2015).
Nous avons également appris depuis Athènes que Laurent Nuñez, le ministre de l’intérieur français, a porté plainte contre Pierre-Emmanuel Barré suite à son sketch au sujet des violences commises par la police française, pendant nos livraisons et nos assemblées à Exarcheia. Nous avons donc échangé au sujet de la liberté d’expression, en particulier à propos des violences policières. S’il est un endroit en Europe où « ACAB » et « 1312 » sont tagués sur tous les murs, c’est bien à Exarcheia ! Nos compagnons de lutte ont donc spontanément transmis leur soutien à Pierre-Emmanuel et au collectif de l’émission « La dernière ». En découvrant l’existence d’un village imaginaire créé par l’humoriste, nous avons proposé en riant que St-Roustan soit jumelé avec Exarcheia. « Puisqu’on nous dit qu’on n’existe plus, a lancé Elena, autant se jumeler avec un village lui aussi imaginaire ! » Bref, on a beaucoup rit à ce sujet et on tire notre chapeau à toutes celles et ceux qui osent bafouer le pouvoir et ses valets dans l’hexagone.
J’ai une petite confidence à vous faire : il y a quelques temps, j’ai perdu énormément de numéros et de messages dans le blocage de mon ancien téléphone. Pour l’instant, je n’ai pas réussi à les récupérer (pas sûr que j’y arrive un jour, malheureusement, malgré l’aide d’amis compétents). Bref, si vous avez l’impression désagréable que je ne vous ai pas répondu à un message, n’hésitez pas à me le renvoyer. D’autant que je n’ai peut-être plus vos coordonnées. Un petit texto ou signal me permettra de retrouver votre numéro.
De retour en France dans quelques jours, j’aurais plaisir à vous retrouver à ces rendez-vous publics ci-dessous.
Bon à savoir également : si vous voulez, vous pouvez apporter de la collecte pour nos lieux solidaires autogérés en Grèce à n’importe lequel de ces rendez-vous. Il y aura au moins un ou deux fourgons solidaires sur place. La nouvelle liste des besoins actualisée est ici en grand format:
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique38
SAMEDI 10 JANVIER 2026 À BLAGNAC (31)
14h30 : Goûter-philo pour les petits et les grands (gratuit et ouvert à tous, de
7 à 107 ans)
« Comment vivre ensemble avec nos différences ? »
J’animerai le goûter-philo avec la participation de la comédienne Aline Ladeira et de la Cie Diffractions (accompagné d’un goûter offert)
Médialudo, Odyssud, 4 avenue du Parc, 31700 Blagnac
MARDI 13 JANVIER 2026 À LAGRAVE (81, proche 12, 31 et 32)
20h00 : Accueil du public, infokiosque, buvette
20h30 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines puis débat :
« Comment reprendre la marche vers l’utopie ? »
Salle des fêtes, 10 rue de Contet 81150 Lagrave
Org. Philobulle
SAMEDI 17 JANVIER 2026 À BRIANÇON (05, proche 38 et 73)
19h30 : Accueil du public, infokiosque
20h00 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
21h30 : Discussion en présence du réalisateur
Les Croquignards, Les Queyras, 05310 La Roche-de-Rame (à côté de
Briançon)
DIMANCHE 18 JANVIER 2026 À ST-PAUL-LE-JEUNE (30, proche 07)
Nous n’avons pas peur, journée festive contre la résignation
14h00 : Table-ronde : « Comment agir dans des temps de plus en plus
difficiles ? »
16h00 : Goûter-philo pour les petits et les grands (ouvert à tous, de 7 à 107
ans) « Avons-nous besoin de héros ? » (précédé de quelques extraits de films et de dessins-animés)
Buvette et stand de crêpes garanties sans roi ni maître !
Stand d’organisations et de collectifs en luttes (Gard, Ardèche, Grèce)
17h00 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
18h30 : Discussion avec le réalisateur, actualité des luttes en Grèce et en
France
20h00 : Cantine et karaoke guinguette de chants révolutionnaires avec
Lynette Horner suivi de chansons libertaires à taire avec Fred’o
Espace culturel La Bête du Champval
Org. CNT 30, CNT 07, Confédération paysanne 30, Confédération paysanne
07, Assemblée populaire Cèze-Cévennes, Contes éclatés
SAMEDI 24 JANVIER 2026 À BLAGNAC (31)
14h30 : Goûter-philo pour les petits et les grands (gratuit et ouvert à tous de 7
à 107 ans)
« De quoi devons-nous avoir peur ? »
J’animerai le goûter-philo avec la participation du dessinateur Antoine
Guilloppé (accompagné d’un goûter offert)
Médialudo, Odyssud, 4 avenue du Parc, 31700 Blagnac
DIMANCHE 25 JANVIER 2026 À SAUCATS (33)
16h00 : Accueil, infokiosque
17h00 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines puis discussion avec le réalisateur, actualité des luttes en Grèce et en France
Coop’café Recyclerie, ZA des pins verts, 21 allée de Migelane 33650 Saucats
MARDI 27 JANVIER 2026 À ROCHEFORT (47)
19h00 : Accueil du public, tables d’infos
19h30 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
puis débat avec le réalisateur
Participation libre en soutien des luttes en Grèce + point collecte pour les lieux solidaires autogérés, via deux des fourgons qui vont partir (liste des besoins dans l’onglet « Prochain convoi solidaire »)
Auditorium du Palais des Congrès, 73 rue Toufaire 17300 Rochefort
MERCREDI 28 JANVIER 2026 À LA RÉOLE (33, proche du 47 et du 24)
20h00 : accueil
20h30 : projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
puis actualité des luttes en Grèce et en France
et débat : « Comment reprendre la marche vers l’utopie ? »
Prix libre en soutien des luttes en Grèce + point collecte pour les lieux solidaires autogérés, via deux des fourgons qui vont partir (liste des besoins dans l’onglet « Prochain convoi solidaire »)
Café de la Gare 8, avenue la Victoire 33190 La Réole
SAMEDI 31 JANVIER 2026 À NÎMES (30)
Le Ciné du Chat Noir
15h00 : Accueil du public, tables d’infos, livres, surprises
15h30 : Goûter-philo pour les petits et les grands (ouvert à tous de 7 à 107 ans)
« Avons-nous besoin de héros ? » (débat ludique précédé d’une petite compilation vidéo)
17h00 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
18h30 : Actualité des luttes en Grèce et en France, échanges avec le réalisateur.
Participation libre en soutien des luttes en Grèce + point collecte pour les lieux solidaires autogérés, via deux des fourgons qui vont partir (liste des besoins dans l’onglet « Prochain convoi solidaire »)
Bar du Midi (grande salle à l’arrière), 51 boulevard Gambetta 30000 Nîmes
Org. Ciné du Chat Noir, Attac Nîmes, CNT 30, Bar du Midi
SAMEDI 07 FÉVRIER 2026 À REILLANNE (04, proche 84, 13 et 83)
18h30 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
20h00 : Échanges avec le réalisateur, actualité des luttes en Grèce et en France
21h00 : Soupe préparée par les bénévoles de La Strada et repas partagé tiré du sac (amenez vos couverts)
Point collecte pour les lieux solidaires autogérés en Grèce, via deux des fourgons qui vont partir (liste des besoins dans l’onglet « Prochain convoi solidaire »)
Salle des fêtes, à côté de l’école
MARDI 10 FÉVRIER 2026 À LAGRAVE (81, proche 12, 31 et 82)
20h00 : Café-philo « Pourquoi y a-t-il un retour en force du cléricalisme et comment y faire face ? »
Mes amis de Philobulle m’ont confié ce débat et, par avance, je souhaite apporter une petite précision pour éviter tout confusion :
« Le problème ici posé n’est pas celui de la foi ou de la religion, mais du cléricalisme. Le cléricalisme est l’idéologie qui prône la prédominance des idées religieuses et du clergé dans la vie publique et politique. Le cléricalisme refuse la séparation des églises et de l’État, et peut conduire dans certains pays à la théocratie. »
Salle des fêtes, 10 Rue de Contet 81150 Lagrave
Org. Philobulle
MERCREDI 11 FÉVRIER 2026 À AUSSILLON (81, entre Castres et Mazamet)
14h30 : Ciné-philo sur le football
Rencontre animée par Yannis Youlountas, autour d’une compilation de vidéos, d’anecdotes et de questions (cf. affiche)
Tout le monde est le bienvenu : enfants, ados, parents, grands-parents, simples curieux, passionnés de foot ou critiques du foot. Cette rencontre conviviale est organisée par l’Espace de Vie Sociale dans l’amphithéâtre muni d’un grand écran et d’un matériel de projection. Ce sujet s’adresse particulièrement aux jeunes des quartiers populaires qui sont autour de l’Espace Nougaro (et connaissent déjà Yannis qui anime des ateliers philo depuis quinze ans dans les écoles primaires et collèges d’Aussillon), mais le rendez-vous est ouvert à tous et gratuit, d’où que vous veniez ! N’hésitez pas ! L’occasion de vérifier qu’on peut philosopher sur tous les sujets.
Amphithéâtre de l’Espace Nougaro, 1 avenue du grand pont 81200 Aussillon
Org. EVS
JEUDI 19 FÉVRIER 2026 À TARARE (69, proche 42 et 71)
19h30 : accueil du public, infokiosque
20h00 : projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
Actualité des luttes en Grèce et en France, échanges avec le réalisateur
Cinéma Jacques Perrin, 19 rue Bataillon Berthier 69170 Tarare
Org. Les gaulois jardiniers
Ensuite, à partir du 20 février, Yannis et deux de ses films seront présents à la 63E RENCONTRE DU CINÉMA DE PÉZENAS (un bel endroit entre Béziers, Montpellier, Bédarieux et Sète), principalement consacrée cette année au cinéma grec ! Un festival très convivial à ne pas manquer ! Venez au moins le week-end (21 et 22 février) découvrir ou redécouvrir les films inoubliables de Costa Gavras en présence du réalisateur, ainsi que plusieurs merveilles de Michael Cacoyannis et Théo Angélopoulos.
Costa Gavras sera présent samedi 21, dimanche 22 et lundi 23. Yannis sera présent vendredi 20, samedi 21 et dimanche 22 (il accompagnera deux de ses films et présentera trois autres films également). Parmi les autres invités du festival, Aurélien Vernhes-Lermusiaux sera présent le dimanche 22, Edwy Plenel sera présent le dimanche 22 et le lundi 23, Pierre Carles le mardi 24, Marielle Issartel le mardi 24 et le mercredi 25…
VENDREDI 20 FÉVRIER 2026 À PÉZENAS (34)
17h30 à la médiathèque : inauguration de l’exposition
20H30 au cinéma : séance d’ouverture du festival avec la projection du film Z de Costa Gavras présenté par Yannis Youlountas (1969, avec Irène Papas, Yves Montand et Jean-Louis Trintignant, musique de Mikis Theodorakis, d’après le roman du même nom de Vassilis Vassilikos écrit à la suite de l’assassinat du député grec Grigoris Lambrakis par l’extrême-droite, à Thessalonique en mai 1963)
SAMEDI 21 FÉVRIER 2026 À PÉZENAS (34)
10h00 au cinéma : projection du film Zorba le Grec de Michael Cacoyannis présenté par Yannis Youlountas (1964, avec Irène Papas, Anthony Quinn et Alan Bates, musique de Mikis Theodorakis, d’après le roman philosophique Alexis Zorba de Nikos Kazantzakis en 1946)
14h30 au cinéma : projection du film L’Amour et la Révolution de Yannis Youlountas en présence du réalisateur (2018)
14h30 au théâtre : projection du film Jamais le dimanche de Jules Dassin présenté par Francis Médina du Ciné-Club de Pézenas (1960)
17h30 au cinéma : projection du film Le Couperet de Costa Gavras en présence du réalisateur (2005)
17h30 au théâtre : projection du film Lumière, l’aventure commence de Thierry Frémaux (2016)
21h00 au cinéma : projection du film État de siège de Costa Gavras en présence du réalisateur (1972)
21h00 au théâtre : projection du film L’apiculteur de Théo Angélopoulos (1986)
DIMANCHE 22 FÉVRIER 2026 À PÉZENAS (34)
09h00 au cinéma : projection du film Stella, femme libre de Michael Cacoyannis présenté par Yannis Youlountas (1955, avec Mélina Mercouri, musique de Manos Hadjidakis et de Vassilis Tsitsanis, d’après la pièce de théâtre Stella aux gants rouges de Iakovos Cambanellis)
11h00 au cinéma : projection du film Missing de Costa Gavras en présence du réalisateur (1982)
14h30 au théâtre : projection du film Nous n’avons pas peur des ruines de Yannis Youlountas en présence du réalisateur (2024, version actualisée)
14h30 au cinéma : projection du film Cassandre de Hélène Merlin en présence de la réalisatrice (2024)
17h30 au cinéma : projection du film Hanna K. de Costa Gavras en présence du réalisateur (1983)
17h30 au théâtre : projection du film Little Girl Blue de Mona Achache (2023)
21h00 au cinéma : projection du film La couleuvre noire de Aurélien Vernhes-Lermusiaux en présence du réalisateur (2026, avant-première)
21h00 au théâtre : projection de courts-métrages Voyage en Grèce par temps de crise présentés par Jacques Choukroun (2015)
La suite du programme, du lundi 23 au jeudi 26 février, avec Marielle Issartel, Pierre Carles, Edwy Plenel, ci-dessous :
https://rencontrecinemapezenas.com/wp-content/uploads/2026/01/63RCP-Grille-de-programmation.pdf
Puis, en mars, Yannis accompagnera des projections-débats du film Nous n’avons pas peur des ruines dans deux villes de Grèce, puis dans deux villes de Belgique.
VENDREDI 6 MARS 2026 À ATHÈNES (GRÈCE)
Projection-débat du film Nous n’avons pas peur des ruines
Détails à suivre
VENDREDI 13 MARS 2026 À HÉRAKLION (GRÈCE)
Projection-débat du film Nous n’avons pas peur des ruines
Détails à suivre
JEUDI 19 MARS 2026 À GENAPPE (BELGIQUE)
20h30 : Projection du film Nous n’avons pas peur des ruines
22h00 : Échanges avec le réalisateur, actualité des luttes en Grèce et en France
Dans le cadre du festival du film citoyen Vivre debout
Réservations : https://vivredeboutfestival.be/
Le Monty 58, rue de Charleroi 1470 Genappe, Belgique
VENDREDI 20 MARS 2026 À NAMUR (BELGIQUE)
Projection-débat du film Nous n’avons pas peur des ruines
Détails à suivre
On en reparle bientôt ici, ainsi que d’autres surprises 
L’agenda continuant à se remplir au fil des jours, vous pouvez aussi vous tenir au courant en allant voir directement sa mise à jour sur cette page :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique15
Comme expliqué plus haut, les besoins sont énormes en ce moment et les moyens ont diminué. Pour l’instant, nous n’avons rempli que la moitié de l’objectif (merci à celles et ceux qui ont déjà participé). Si nous le pouvons, les autres livraisons auront lieu dans les prochains jours, sous réserve des moyens nécessaires. Si vous le souhaitez et si vous pouvez participer (ne vous mettez pas en difficultés), les coordonnées sont ici, par virement, paypal ou chèque :
– par virement à ANEPOS
IBAN : FR46 2004 1010 1610 8545 7L03 730
BIC : PSSTFRPPTOU (La Banque Postale)
Objet : « Livraisons urgentes »
– ou par Paypal en suivant sur ce lien : https://www.paypal.com/donate/?cmd=_sxclick&hosted_button_id=LMQPCV4FHXUGY&fbclid=IwAR2GlpO4fe9mZIvL4Uvcj3Tn4-JIEqXpFl4fgtBN_y7qYZ-C_FjK8pVWoDI
– ou par chèque à l’ordre d’ANEPOS : Adresse postale : ANEPOS – Livraisons urgentes – 6 allée Hernando – 13500 Martigues (France)
Contact, suggestions, propositions : solidarite@anepos.net
Tél. France 06 24 06 67 98 / Tél. Grèce (0030) 694 593 90 80
Si vous le pouvez, faites plutôt un virement, ça va plus vite et il n’y a aucune commission.
Un compte-rendu sera fait par la suite, comme chaque année.
Important : si vous choisissez d’envoyer un chèque à l’ordre d’ANEPOS, merci de nous prévenir du montant par mail (solidarite@anepos.net) ou par sms (06 24 06 67 98) pour qu’on puisse comptabiliser votre participation dans la préparation actuelle des livraisons.
Si vous préférez virer la somme sur le compte de l’un de nos paysans fournisseurs, dites-nous quel montant vous pouvez assurer, nous vous transmettons immédiatement leur RIB/IBAN (camarades oléiculteurs, maraîchers, arboriculteurs…).
L’un des traits qui caractérise notre époque est bien le pessimisme, la simplification à outrance et un rapport déformé à la réalité. En France comme ailleurs, des médias comme CNews fabriquent quotidiennement une post-vérité qui empoisonne l’imaginaire social et altère la conscience politique. Rien ne serait plus possible. Le monde serait définitivement devenu invivable et condamné à la guerre totale. Désespoir, résignation, peur, paranoïa, sentiment d’impuissance et colère contre des bouc-émissaires : voilà le poison qui consterne les zappeurs, excite les scrolleurs, saisit les esprits, immobilise les corps et pétrifie les cœurs.
À les entendre, tout est fini. La lutte, c’est terminé, inutile de descendre dans la rue. La révolution sociale et libertaire, c’est fini, inutile de s’y préparer. La victoire de la gauche, c’est fini, car l’extrême-droite a déjà gagné comme le répètent chaque jour les sondages et les animateurs télé. Les ZAD ? C’est fini également, puisqu’on nous affirme que les grands projets inutiles et nuisibles finiront toujours par s’imposer, d’un façon ou d’une autre.
Et vous ? Franchement, vous y croyez à tout ça ? Vous pensez vraiment que l’Histoire est déjà écrite ? Vous avez facilement tendance à baisser la tête quand on vous dit que rien n’est possible ? Vous prenez le chemin qu’on vous montre du doigt, en suivant la foule, comme les « moutons de Panurge » de l’ironique Rabelais ?
Mais non, vous ne tombez pas dans le panneau. Vous savez bien que les choses ne se passent pas comme ça, que l’Histoire est faite de surprises et de rebondissements, et qu’un seul domino peut parfois faire basculer une série d’événements, n’est-ce pas ?
Vous savez que l’esclavage moderne relève de l’imaginaire social et de la résignation, de notre façon de voir le monde et du pessimisme distillé qui nous fait jouer petits bras et renoncer à agir selon nos convictions. Parfois, nous n’osons même pas essayer, alors que la victoire est à portée de main, à portée de poing. L’Histoire ne s’écrit pas devant nous, c’est nous qui participons à l’écrire.
Nous ne sommes chacun qu’un minuscule grain de sable, mais ensemble, en participant à la prise de conscience et en étendant la mobilisation, il est encore possible de bloquer les rouages et d’enrayer la machine.
Nous sommes les grains de sable qu’une tempête pourrait subitement projeter au visage de ceux qui prétendent nous gouverner et nous diriger. Nous sommes des grains de sable en mesure d’aveugler ceux qui veulent tout contrôler, tout régenter, tout organiser à notre place.
Ils font de notre monde un désert, mais nous, grains de sable, nous savons qu’il y a quelque part un rivage. Un rivage baigné d’écume et d’aurores éblouissantes. Un rivage depuis lequel on voit loin à l’horizon. Le rivage de l’utopie.
Tenez bon !
Anarmicalement,
Yannis Youlountas, avec la participation d’Elena, Vangelis, Nikos, Nathalie, Cyril, Giorgos et d’autres solidaires et compagnons de lutte.
Les années passent, les visages vieillissent, des proches ont disparu, mais nous sommes toujours là, bien décidés à continuer tant qu’il le faudra. Ici, avec Vangelis, lors de l’arrivée d’un convoi solidaire il y a neuf ans, et avec Giorgos, lors de la dernière livraison au KVox, il y a quelques jours (oui, j’étais un peu malade, mais je suis rétabli, comptez sur moi, sur vous, sur nous).
25.12.2025 à 16:42
Yannis Youlountas
Retour en Grèce depuis quelques jours, avec d’autres solidaires qui donnent des coups de mains dans plusieurs lieux. De mon côté, je travaille surtout sur un projet dont je vous parlerai bientôt.
L’ENTRAIDE CONTRE LA HAINE ![]()
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Jour de Noël. Qu’importe les religions des uns et des autres : orthodoxes, catholiques, protestants, juifs, musulmans… Qu’importe aussi l’athéisme ou les doutes. Qu’importe nos différences. Hier et aujourd’hui, des humains ont choisi de manger ensemble, une fois encore, dans des lieux autogérés, dans des salles, dans des squats, dans des maraudes à même la rue, parfois dans la nuit froide autour d’un brasero plus au nord, en Thessalie. Sans se soucier des croyances des uns et des autres. Sans étaler notre foi ou notre incroyance. Dans un espace neutre, accueillant, respectueux. Juste pour le plaisir d’être ensemble, entre solidaires et précaires grecs et migrants, parfois originaires de pays en guerre (Congo, Palestine, Soudan…) ou tout comme (Afghanistan, Iran…).
Dans une époque où la haine est devenue la norme, nous avons choisi la fraternité, ou plutôt l’adelphité (mot grec qui concerne tous les sexes). Nous avons choisi la paix. Nous avons choisi l’entraide.
Nous sommes fatigués de ces discours de haine qui appellent partout à l’exclusion, à la violence et à la guerre. Ces discours qui cherchent des bouc-émissaires à la moindre occasion au lieu d’examiner les vrais causes des problèmes. Ces discours qui mettent de l’huile sur le feu. Ces discours qui divisent pour mieux régner.
De notre côté, nous posons des actes : nous refusons de nous détester parce que nous ne sommes pas originaires du même pays. Nous refusons d’avoir peur d’une couleur de peau différente de la nôtre. Nous refusons de nous inquiéter d’un accent ou d’une langue qui n’est pas la nôtre.
Ces craintes sont ridicules, parodiques, détestables. Le repli sur soi est un repli dans la tombe. Ce n’est pas cultiver ses racines, c’est manger les pissenlits par la racine. Être déjà mort et enterré avant même de s’être ouvert au monde.
CHANGER CETTE SOCIÉTÉ ABSURDE
Nos différences font notre richesse, notre force, notre beauté. Ce sont elles qui nous aident à trouver des solutions à la plupart des problèmes. C’est dans la diversité que s’écroulent les préjugés, que se construit la pensée, que se planifient les grands projets.
C’est seulement dans la diversité et la force du nombre que nous parviendrons à arrêter les guerres, à chasser les tyrans et les semeurs de haine, à réfléchir ensemble à ce que nous désirons vraiment faire de nos vies et à changer cette société absurde.
L’entraide est le premier pas vers l’utopie. L’entraide donne à voir l’utopie. L’entraide prouve que l’utopie est à portée de main. Elle suscite la rencontre. Elle stimule l’imagination. Elle inspire une autre façon de vivre ensemble.
L’entraide contre la haine.
Yannis Youlountas, avec Maria, Akinita, Touria, Nathalie, Cyril, Lefteris, Giorgos, Eric et Nikos.
Photo : contenu de la récente livraison à la cuisine sociale du KVox et de Bloc15, ainsi que pour la maraude du Pirée (attendue par de nombreux sans-abris près du port). À chaque fois, nous avons livré de l’huile d’olive, des légumes et des fruits de Crète, ainsi que des achats groupés de produits de première nécessité correspondant à la liste des besoins (+ de l’argent pour d’autres achats à prévoir). Merci à celles et ceux qui ont soutenu ces premières livraisons, sachez que nous ne sommes malheureusement qu’à 25% de l’objectif, les temps sont durs. Toute aide est la bienvenue : solidarite@anepos.net
Voici le rappel des coordonnées si vous voulez participer. C’est possible par virement, paypal ou chèque :
– par virement à ANEPOS
IBAN : FR46 2004 1010 1610 8545 7L03 730
BIC : PSSTFRPPTOU (La Banque Postale)
Objet : « Livraisons urgentes »
– ou par Paypal en suivant sur ce lien :
https://www.paypal.com/donate/?cmd=_s-xclick&hosted_button_id=LMQPCV4FHXUGY&fbclid=IwAR2GlpO4fe9mZIvL4Uvcj3Tn4-JIEqXpFl4fgtBN_y7qYZ-C_FjK8pVWoDI
– ou par chèque à l’ordre d’ANEPOS :
Adresse postale : ANEPOS – Livraisons urgentes – 6 allée Hernando – 13500 Martigues
Contact, suggestions, propositions : solidarite@anepos.net
Tél. France 06 24 06 67 98 / Tél. Grèce (0030) 694 593 90 80
Important : si vous choisissez d’envoyer un chèque à l’ordre d’ANEPOS, merci de nous prévenir du montant par mail (solidarite@anepos.net) ou par sms (06 24 06 67 98) pour qu’on puisse comptabiliser votre participation dans la préparation actuelle des livraisons.
Si vous préférez virer la somme sur le compte de l’un de nos paysans fournisseurs, dites-nous quel montant vous pouvez assurer, nous vous transmettons immédiatement leur RIB/IBAN (camarades oléiculteurs, maraîchers, arboriculteurs…).