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Rubrique «À LIRE AILLEURS»

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14.04.2024 à 15:00

Podcast. Raymond Gurême : toujours debout, jamais à genoux

Ce podcast rend hommage à Raymond Gurême. Figure de la communauté des Voyageurs, rescapé des camps d'internement pour « nomades », ancien résistant et infatigable militant, Raymond Gurême est décédé le 24 mai 2020 à l'âge de 94 ans.

Texte intégral (545 mots)

Ce podcast rend hommage à Raymond Gurême. Figure de la communauté des Voyageurs, rescapé des camps d'internement pour « nomades », ancien résistant et infatigable militant, Raymond Gurême est décédé le 24 mai 2020 à l'âge de 94 ans.

Toujours debout, jamais à genoux
Il était l'éternel résistant, l'infatigable militant.
Il était celui qui refusait de se soumettre, qui nous encourageait, envers et contre tout, à rester « toujours debout, jamais à genoux ».
Cet homme, c'est Raymond Gurême.

Il était l'éternel résistant, l'infatigable militant.
Il était celui qui refusait de se soumettre, qui nous encourageait, envers et contre tout, à rester « toujours debout, jamais à genoux ».
Cet homme, c'est Raymond Gurême.

Figure de la communauté des Voyageurs, rescapé des camps d'internement pour « nomades », Raymond nous a quittés, le 24 mai 2020, à l'âge de 94 ans.

Dans ce podcast, des proches témoignent et se souviennent, du grand-père, du frère, de l'ami, de cette force de caractère incroyable qui aura marqué nos vies.

Pour en savoir plus sur le parcours de Raymond :

Leny Mauduit

14.04.2024 à 14:00

NGE doit disparaître

Depuis de nombreux mois, la lutte contre le projet autoroutier A69 ne cesse de s'intensifier et de s'enrichir de nouvelles formes d'oppositions. Appel à actions contre NGE.

Texte intégral (1186 mots)

Depuis de nombreux mois, la lutte contre le projet autoroutier A69 ne cesse de s'intensifier et de s'enrichir de nouvelles formes d'oppositions. Appel à actions contre NGE.

Les forces de l'ordre, malgré les moyens déployés, ont finalement échoué à expulser la Crém'Arbre. La cellule anti-zad, les blindés Centaure et la brigade de grimpe spécialisée de la gendarmerie ont été ridiculisés de par la courageuse détermination des militant.es perché.es et des nombreux soutiens au sol. À présent, les flics ont levé le camp et la zone de la Crém'Arbre est réoccupée.

Depuis plusieurs semaines, d'autres lieux de vie à défendre fleurissent aussi sur l'ensemble du tracé. C'est le cas du Bacamp, de la Cal'Arbre, et plus récement du Verger vers Verfeil en Haute-Garonne. Autant d'endroits qui viennent renforcer et étendre la lutte contre l'A69.

L'occupation policière, avec son lot d'intimidations et de violences, et la répression judiciaire qui l'accompagne ne parviennent pas à étouffer la lutte. Cette dernière a un écho national et dépasse les frontières du Tarn.

Le 20 février dernier, le GIEC (pour Groupe Incendiaire d'Engins de Chantiers) a incendié « une pelleteuse à chenille du concessionnaire mortifère NGE » dans les terres de la Haute-Vienne, appelant au passage à diffuser cette pratique.

Communiqué complet sur La Grappe

Le 29 février, la ligne de chemin de fer entre Toulouse & Narbonne est sabotée, nous rappelant au passage que la lutte contre le projet autoroutier n'est pas seulement une question d'écologie. C'est bel et bien par les flux que le pouvoir capitaliste se maintient, faisant ainsi le pont avec la lutte contre la LGV Bordeaux-Toulouse.

« On veut saluer ici les révolté.es qui dans ces mois d'hiver ont essayé de résister avec hargne et acharnement sur la zad de la crèm-arbre au rouleau compresseur d'un système mafieux et puéril. On imagine que les quelques nuits dans ces cabanes ont du être bien froides et bien humides. C'est pourquoi on a essayé par notre action de vous transmettre un peu de chaleur. »

Communiqué complet sur Iaata

Mi-mars, une seconde section du GIEC (pour Groupe d'Intervention pour l'Extinction des Chantiers) a frappé, cette fois-ci en Gironde. Deux machines sabotées et une voiture mise hors-service sur un chantier de NGE à côté de la gare de Cénon.

« Nous voulons contribuer à créer un climat de peur pour cette entreprise responsable du ravage écologique dans le monde et surtout en solidarité à la lutte contre l'A69. Nous demandons, comme d'autres collectifs, un moratoire sur la construction de l'autoroute, l'arrêt immédiat des travaux et la relaxe pour toutes les personnes ayant subi la répression ces derniers mois. »

Communiqué complet sur sansnom

Début avril, près d'Agen, une troisième section du GIEC (cette fois-ci pour Groupe d'Idéalistes Enrayant le Capitalisme) a « enrayé les moteurs de toutes les machines sur le chantier NGE du Pont et du Barreau de Camélat reliant Brax à Colayrac-Saint-Cirq »

« Nous avons donc ciblé ce chantier, car ce pont est à la croisée de deux projets dévastateurs. En plus d'être lié à la construction de l'autoroute Toulouse-Castres via son principal promoteur NGE, il est aussi le premier ouvrage d'art de la Ligne à Grande Vitesse (LGV) qui se construit dans le Sud-Ouest (Bordeaux-Toulouse/Bordeaux-Dax). En effet, cet enjambement de la Garonne, est le prémisse de la route qui desservira la prochaine « Gare d'Agen » construite essentiellement pour accueillir la LGV. Cette dernière implique 4800 hectares de terres artificialisées, 14 milliards de dépenses a minima (financé en partie par le contribuable via une taxe, la TSE), des dizaines de maisons expropriées puis détruites et on vous passe les détails. »

Communiqué complet sur Iaata

Fort de son chiffre d'affaire de 3,1 milliards, le groupe NGE (Nouvelles générations d'entrepreneurs) est l'un des visages du BTP français, impliqué dans le construction de nombreuses grandes infrastructures. Le groupe NGE possède de nombreuses filiales.

S'attaquer à NGE, c'est essayer de s'attaquer aux structures du capitalisme moderne.

Nous appelons donc à intensifier les actions inspirantes contre les acteurs principales du projet autoroutier ; à donner de la force à celles et ceux qui luttent sur le tracé et sur ses proches environs ; à renforcer les liens de solidarité entre les luttes A69/LGV.

Pour cela, nous remettons à disposition cette carte mise à jour ainsi qu'une cartographie des différents acteurs du projet.

https://framacarte.org/fr/map/les-mechants_176633#6/47.369/3.362

14.04.2024 à 13:12

JO : le nouveau Village Potemkine / Résistons Ensemble no 216

Bulletin no 216 – du 6 avril 2024, du réseau Résistons Ensemble. Formé en 2002, Résistons Ensemble a pour but d'informer, de briser l'isolement des victimes des violences policières et sécuritaires et de contribuer à leur auto organisation.

Texte intégral (948 mots)

Bulletin no 216 – du 6 avril 2024, du réseau Résistons Ensemble. Formé en 2002, Résistons Ensemble a pour but d'informer, de briser l'isolement des victimes des violences policières et sécuritaires et de contribuer à leur auto organisation.

Le petit journal mobile recto-verso A4 « RESISTONS ENSEMBLE » du réseau contre les violences policières et sécuritaires est sorti. Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa rédaction, à se joindre à l'équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions, propositions, critiques...
Lire l'intégralité et télécharger ce bulletin mis en page au format pdf.


Au sommaire :

  • JO : le nouveau Village Potemkine
  • Chronique de l'arbitraire : Répression extraordinaire spéciale JO (voire plus si affinités ?) • Mineurs isolés (en recours de minorité) : des mois de lutte • Répression dans l'éducation nationale • Racisme partout • Poursuites pour « apologie du terrorisme » • Olivio Gomes, le policier auteur des tirs mortels renvoyé aux assises • Wissam El Yamni a été tué il y a 12 ans déjà • Un membre du GIGN acquitté après un tir mortel • À Aubervilliers, Wanys est mort, percuté par un véhicule de police • « Punishment park » lyonnais

L'édito :

JO : le nouveau Village Potemkine
Tout était beau dans cette Russie de la fin de XVIIIe siècle. Les gens étaient heureux, bien nourris, vivaient dans la paix et la fraternité… Mais ce n'était qu'un bonheur en carton-pâte, ce n'étaient que des figurants dans un village en trompe-l'œil, fabriqué par le ministre Potemkine à l'occasion de la visite de l'impératrice Catherine II. Eh bien, à peine trois siècles plus tard, nous avons notre village Potemkine à nous : c'est le village olympique. Ses murs en béton tiennent grâce à la sueur des milliers d'ouvriers sans-papiers pourtant expulsables après la fin des travaux.
Pour les bisounours de la démagogie sportive, tout le monde, il est beau, il saute plus haut, court plus vite... Pour cacher le monde tel qu'il est, Paris est nettoyé : expulsion massive de sans-papiers, de sdf, de jeunes mineurs isolés, caméras et drones intelligents, contrôles au QR codes, tribunaux ouverts jour et nuit, armées de flics, de militaires, milliers d'agents de sécurité composés en partie de chômeurs et RMIstes contraints de suivre une formation, même des retraités paisibles sont embrigadés… et pour fournir un cadre « républicain », les lois anti terroristes, racistes, anti immigrés sont déjà là.
Pas de quoi s'étonner : le nationalisme, le chauvinisme, la répression anti pauvres, les enjeux géopolitiques forment le squelette même des JO. Un exemple ? Aux JO de Rio en 2016, le pouvoir a aussi fait place nette en expulsant, manu militari, des milliers des pauvres hors des favelas.
Aujourd'hui, sur ces terreaux pourris, fleurissent les pires manipulations géopolitiques des puissances.
En 2024, au nom de la « neutralité » des JO, les délégations d'athlètes envoyées par l'agresseur Poutine et ses alliés biélorusses sont privées de défilé et de drapeaux.
Pourtant ce soi-disant apolitisme ne s'applique pas à l'État génocidaire israélien. Sa délégation pourra brandir librement le drapeau israélien taché du sang des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Face à ce « deux poids deux mesures », le COI déclare que Gaza et l'Ukraine « ce n'est pas la même chose » : circulez, rien à voir !
Le pouvoir macronien s'engouffrera dans cette brèche pour réprimer l'antisionisme au nom de la lutte contre l'antisémitisme et le terrorisme.
Mais le propre d'un village Potemkine est sa fragilité. Un coup de vent libérateur peut ébranler ses fondements fissurés, les pluies et les orages peuvent délaver ses murs bariolés de mensonges. Ainsi l'échec de l'opération Potemkine de Paris pourrait dessiner un espoir de renaissance de l'unité des pauvres et des opprimés à l'agonie des quatre coins de ce monde.

Lire l'intégralité et télécharger ce bulletin mis en page au format pdf.

14.04.2024 à 11:00

Une brochure pratique sur le groupe IMERYS

Contre le projet de mine de lithium dans l'Allier, contre l'extractivisme et le capitalisme, une brochure pratique sur le groupe IMERYS. Article publié sur Numéro Zéro.

Texte intégral (648 mots)

Contre le projet de mine de lithium dans l'Allier, contre l'extractivisme et le capitalisme, une brochure pratique sur le groupe IMERYS. Article publié sur Numéro Zéro.

Cette brochure est née de la volonté de lutter contre l'ouverture d'une mine de lithium à Echassières. Ce projet de mine est porté par la société multinationale IMERYS, dont l'extraction de minerai est la spécialité. Et si nous ne voulons pas de mine ici dans l'Allier, nous n'en voulons pas non plus ailleurs.

Depuis quelques années, le « nouvel or blanc » du capitalisme (le lithium) reçoit un intérêt croissant de la part des exploiteurs, et pour cause : il est indispensable à la production des batteries électriques que l'on retrouve dans les voitures, les vélos, les trottinettes et autres produits phares du « capitalisme vert ». Sous couvert de transition écologique, le passage au tout-électrique entraîne un accroissement de la production mondiale d'électricité, et doit légitimer la construction de tout ce qui permet de la produire, de la transporter ou de la stocker. Ainsi, cette lutte contre l'implantation d'une mine de lithium est intrinsèquement liée aux luttes contre le nucléaire, les centrales photovoltaïques, les éoliennes industrielles ou encore les lignes THT. Pour les auteur-es de cette brochure, combattre un géant de l'industrie minière est un moyen parmi d'autres de s'opposer à ce mythe de la transition écologique, et plus généralement à la société capitaliste dans son ensemble. D'ailleurs, si nous mettons l'accent sur la multinationale IMERYS, c'est bien parce que celle-ci représente à merveille ce que nous voulons détruire : le système capitaliste, colonialiste et productiviste.

Alors à nous de jouer, détruisons IMERYS et son monde !

SOMMAIRE

  1. Le projet de mine de lithium dans l'Allier (p.3)
  2. Imerys, une rapide présentation (p.6)
  3. Actionnariat du groupe Imerys (p.8)
  4. Conseil d'Administration et Comité exécutif du groupe Imerys (p.10)
  5. Sites du groupe Imerys en France (p.14)
  6. Les filiales du groupe Imerys implantées en France (p.15)
  7. Ressources et documentation (p.16)

14.04.2024 à 09:00

Avril 1947 : La grève Renault enflamme la France

En avril 1947 démarrait à l'usine Renault de Boulogne-Billancourt une grève historique qui allait conduire à l'expulsion des ministres communistes du gouvernement. Le PCF et la CGT, alors en pleine fièvre patriotique, combattirent cette grève jusqu'à ce qu'ils ne puissent faire autrement que de l'accompagner. Le mouvement a démarré sous l'impulsion des groupes d'extrême gauche actifs à Renault. Article initialement paru sur Alternative Libertaire.

Texte intégral (3055 mots)

En avril 1947 démarrait à l'usine Renault de Boulogne-Billancourt une grève historique qui allait conduire à l'expulsion des ministres communistes du gouvernement. Le PCF et la CGT, alors en pleine fièvre patriotique, combattirent cette grève jusqu'à ce qu'ils ne puissent faire autrement que de l'accompagner. Le mouvement a démarré sous l'impulsion des groupes d'extrême gauche actifs à Renault. Article initialement paru sur Alternative Libertaire.

Assemblée des grévistes sur la place Nationale, le 28 avril 1947.

L'immédiat après-guerre fut, pour la France, une période à la fois d'immenses espoirs et d'écœurantes désillusions. De janvier 1946 à mai 1947, le pays est dirigé par un gouvernement associant le Mouvement républicain populaire (MRP, démocrates-chrétiens, lointains ancêtres de l'UDF), la SFIO (ancêtre du PS) et le PCF.

Ce dernier est alors à l'apogée de sa puissance : 800.000 adhérentes et adhérents revendiqués à la fin de 1946, et « premier parti de France » avec 28,3% aux législatives. Politiquement, il poursuit la ligne stalino-patriote qui est la sienne depuis 1935, mais désormais avec l'autorité d'un parti de gouvernement. En cette période où le « relèvement de la patrie » passe avant tout, la lutte des classes doit être limitée aux joutes parlementaires du Parti. Mais elle doit être bannie des lieux de production : « la grève c'est l'arme des trusts », clamera le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, et partout les communistes doivent s'y opposer.

Leur récente hégémonie dans la CGT les y autorise. Au congrès d'avril 1946, les staliniens ont affirmé leur emprise sur une confédération, qui revendique 5,5 millions de syndiqués, et marginalisé les syndicalistes non communistes (regroupés autour du périodique Force ouvrière) et les minorités trotskistes et anarchistes. Devenue courroie de transmission du gouvernement, la CGT s'apparente alors de plus en plus à un syndicat jaune. Dans les grandes entreprises nationalisées (Renault, EDF, Charbonnages de France…), elle cogère la production, pousse les cadences, veille à la modération salariale, empêche les grèves.

Les minorités révolutionnaires ne sont pourtant pas sans influence. Elles rencontrent un écho non négligeable dans certaines franges de la jeunesse et du prolétariat dégoûtées par l'institutionnalisation du PCF et de la CGT. C'est cette extrême gauche qui, malgré la chape de plomb stalinienne, va réussir, en avril 1947, à mettre le feu aux poudres, et ce dans un des principaux bastions du mouvement ouvrier : l'usine Renault de Boulogne-Billancourt.

L'étincelle

Sur cette usine de 30 000 salarié-e-s, où la CGT revendique 17.000 cartes, les staliniens pensent que leur emprise est totale. Ils sous-estiment la capacité de nuisance des révolutionnaires qui s'agitent dans certains recoins. Ainsi l'Union communiste (UC, trotskiste) groupe une dizaine de membres actifs dans le « secteur Collas » : les départements 6 et 18 (fabrication de boîtes de vitesse, directions, pignons) ; la petite (une dizaine de personne) CNT anarcho-syndicaliste est animée par un militant de la FA, Gil Devillard, dans le département 49 (montage moteurs) [1]. ; le PCI dispose également de quelques militants.

Tout commence à la fin du mois de février 1947. À l'initiative de l'UC, des réunions ouvertes s'efforcent de rassembler les « mécontents » du régime stalino-patronal. Ces réunions, auxquelles participent le PCI, la FA, la CNT et même quelques bordiguistes, rassemblent jusqu'à 60 personnes. On y décide bientôt de lancer une revendication rassembleuse, précédemment brandie puis abandonnée par la CGT : une augmentation de 10 francs sur le salaire de base. À partir de la mi-avril, la revendication commence à prendre dans le secteur Collas. À l'issue d'une AG improvisée, un comité de grève est constitué, dans lequel un militant de l'UC, Pierre Bois, commence à se faire connaître [2]. Le vendredi 25 avril, dès 6 h 30, les ouvriers du secteur Collas débrayent, coupent l'électricité, mettent en place des piquets et lancent un appel à mobilisation au reste de l'usine.

Les staliniens débordés

Le PCF et la CGT se précipitent aussitôt pour tuer le mouvement dans l'œuf. « Ce matin, une bande d'anarcho-hitléro-trotskistes a voulu faire sauter l'usine », s'écrie Plaisance, le secrétaire de la CGT, dans un discours improvisé à l'entrée de l'usine. Face à ces diverses calomnies la grève piétine jusqu'au lundi 28, puis elle se propage brusquement.
Un meeting est convoqué à l'entrée de l'usine par le comité de grève. Lorsque Pierre Bois grimpe sur le kiosque à journaux de la place Nationale pour prendre la parole, l'assemblée qui écoute sa harangue est spectaculaire : 3.000 ouvriers ont répondu à l'appel.

Alors que les bonzes de la CGT et du PCF boycottent le meeting, les dirigeants nationaux de certaines organisations comme la CNT, la tendance Front ouvrier de la CGT (en fait le PCI) et la CFTC, sont venus exprimer leur soutien. La voiture-micro a été amenée par les Jeunesses socialistes. Le lendemain, on compte plus de 10.000 grévistes, bientôt 12.000.

Au département 49, les grévistes emmenés par la CNT courent arrêter le moteur principal, qui commande les chaînes de montage. On en vient aux mains avec les staliniens qui veulent les en empêcher. Le communiste libertaire Gil Devillard est désigné pour représenter le département au comité de grève.

Gil Devillard Militant FA et animateur de la CNT au département 49, il est membre du comité de grève.

Alors que toute la presse fait écho à la grève chez Renault, le défilé du 1er mai est énorme. Les 100 000 exemplaires d'une édition spéciale du Libertaire sont intégralement vendus. Eugène Hénaff, secrétaire général de la Métallurgie CGT, qui est venu en personne à l'usine, s'est fait huer. La pression sur les staliniens est énorme, d'autant plus que la base de la CGT participe au mouvement. Au bout de quelques jours, elle n'a d'autre choix que de s'y rallier et en revendique aussitôt la direction.

Le comité de grève ne fait finalement pas le poids face à la CGT, qui reprend peu à peu le contrôle de l'usine. Le 8 mai, le gouvernement accorde 3 francs d'augmentation. Le 9 mai, les staliniens font voter la reprise du travail aux deux tiers. Ne restent dans la lutte que les plus combatifs. Les départements 6, 18, 88, 31, 48 et 49 persistent ainsi dans une « grève bouchon » qui paralyse le reste de l'usine et ne cesse totalement que le 15 mai, une fois que le gouvernement a concédé une prime de 1.600 francs et une avance de 900 francs pour toutes et tous les salariés.

La guerre froide est lancée

Cependant, pour le PCF, le mal est fait. Ses ministres ont été brièvement obligés de se solidariser avec les grévistes. Le 5 mai, ils sont expulsés du gouvernement.

Détachés de leurs obligations gouvernementales, les staliniens lâchent la bride au mécontentement ouvrier. Dès juin, des grèves éclatent chez les cheminots, les mineurs et ailleurs. Ça tombe bien, Moscou est justement décidé à changer de tactique. L'heure n'est plus à la coexistence pacifique avec l'Ouest, mais à la confrontation. Les Soviétiques vilipendent les communistes français et italiens qui depuis 1945 se sont laissés aller au « crétinisme parlementaire ». Le PCF se sent obligé de faire ses preuves et lance, partout où il le peut, des « grèves Molotov », dont les objectifs correspondent souvent davantage aux plans de la diplomatie soviétique qu'aux revendications ouvrières. Qu'importe : la lutte des classes reprend ses droits, même si c'est sur un échiquier politique nouveau : celui de la Guerre froide.

À Renault-Billancourt et ailleurs, les staliniens redorent leur blason jauni. Quelques mois après la grève, la CNT disparaît du paysage, lorsque son principal animateur part en formation à l'extérieur. Le courant communiste libertaire développera à nouveau une activité dans l'usine entre 1949 et 1956, en y créant le groupe Makhno. De son côté, l'UC impulse un syndicat concurrent de la CGT, le Syndicat démocratique Renault (SDR) qui va compter jusqu'à 406 membres mais se retrouve rapidement marginalisé. Il se disloque peu après la scission de l'UC en 1949.

C'est que le retour des staliniens aux luttes sociales bouleverse la donne. Trotskistes et libertaires se retrouvent privés de l'espace qu'ils et elles ont pu occuper pendant la parenthèse gouvernementale du PCF. Faute de perspectives, l'extrême gauche va peu à peu s'effriter et s'enfoncer dans des dissensions sur l'orientation à adopter pour sortir du marasme – le PCI scissionne en 1952, la FA en 1953. Il faudra attendre Mai 68 pour que les révolutionnaires retrouvent une audience nationale.

Guillaume Davranche (AL Montrouge)

Article initialement paru sur Alternative Libertaire

L'extrême gauche en 1947

Parti communiste internationaliste (PCI) : Organisation trotskiste fondée en 1944, ancêtre des actuels Parti des travailleurs (PT) et Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Défend à l'époque le mot d'ordre « Pour un gouvernement PS-PC-CGT ».

Union communiste (UC) : Dirigé par l'ouvrier roumain Barta, ce groupe trotskiste né en 1939 est l'ancêtre de l'actuelle Lutte ouvrière. Il critique la politique du PCI qualifiée de « front unique avec le stalinisme ».

Fédération anarchiste (FA) : Fondée en 1945, ancêtre des actuelles Fédération anarchiste et Alternative libertaire. Refuse de choisir un des deux camps de la guerre froide et pratique la stratégie dite du « troisième front » : ni Staline, ni Truman.

Confédération nationale du travail (CNT)  : Scission anarcho-syndicaliste de la CGT, fondée en décembre 1946, héritière à la fois de la CGT-SR d'avant-guerre, et de la CNT espagnole en exil.

Bordiguistes : Militant-e-s de l'ultra-gauche léniniste et antisyndicaliste, se réclamant de la pensée de l'Italien Amadeo Bordiga.

Repères chronologiques

8-12 avril 1946 : Congrès de la CGT à Paris : hégémonie stalinienne. Scission des anarcho-syndicalistes.

13-15 septembre 1946 : IIe congrès de la FA à Dijon.

7-9 décembre 1946 : Premier congrès
de la CNT française.

19 décembre 1946 : Début de la guerre d'Indochine.

30 mars 1947  : Insurrection de Madagascar. La répression, atroce, va faire 12 000 morts. En France, la grève Renault va éclipser l'événement.

24 avril : Le gouvernement ramène de 300 à 250 grammes la ration quotidienne de pain.

25 avril : Début de la grève chez Renault.

4 mai : Les députés communistes refusent de voter la confiance au président du Conseil Ramadier.

5 mai  : Les ministres communistes sont exclus du gouvernement.

19 mai : Fin de la grève chez Renault.

2 juin : Début de la grève des cheminots, bientôt suivie par celle d'EDF-GDF, puis par les banques et les mineurs.

30 septembre-5 octobre : Sommet de neuf partis communistes européens, sous l'égide du PC soviétique, à Szlarska-Poreba en Pologne. Adoption de la doctrine Jdanov de guerre froide. Les PC italien et français sont tancés pour leur « crétinisme parlementaire ».

9-11 novembre : À Angers, IIIe congrès de la Fédération anarchiste.

10 novembre : Début à Marseille des grèves insurrectionnelles qui vont agiter le pays durant plusieurs mois.

19 décembre : La tendance Force ouvrière scissionne de la CGT.

12 avril 1948 : Fondation de la CGT-FO.

Avril : Nouvelle vague de grèves.

Septembre-novembre : Vague de grèves violentes.

4 octobre : Grève des mineurs lancée par la CGT.

16 octobre : Le gouvernement fait occuper les puits par l'armée. Affrontements très violents avec les grévistes, à Saint-Étienne, Carmaux, Montceau-les-Mines puis Alès.


[1] Gil Devillard, « Chez Renault, militer dans le groupe Makhno, ce n'était pas de tout repos ! », Gavroche n°148, octobre-décembre 2006

[2] Pierre Bois, « La Grève des usines Renault », in La Révolution prolétarienne du 25 mai 1947.

13.04.2024 à 14:00

Pour un 8 mai antifasciste en Essonne !

Nous appelons à le tenue d'un 8 mai antifasciste à Évry, dans le parc Missak Manouchian. On s'y retrouve à 15h !

Lire la suite (330 mots)

Nous appelons à le tenue d'un 8 mai antifasciste à Évry, dans le parc Missak Manouchian. On s'y retrouve à 15h !

Pour commémorer la fin du Nazisme, du Pétainisme, rendre hommage à la résistance antifasciste. Pour réaffirmer notre combat antifasciste contre l'extrême droite et ses idées, nous appelons à la tenue d'un 8 mai antifasciste en Essonne.

On se retrouve donc à 15h dans le parc Missak Manouchian, près de la gare RER Évry Village.

Au programme : un rassemblement, des prises de paroles, un goûter et de la musique !

À l'initiative de : L'ASTI des Ulis, Attac 91, BDS 91, la CNT-SO, Évry Palestine-AFPS, FSU 91, le Groupe de Résistance Antifasciste 91, la LDH Évry, le MNL 91, L'Olivier-AFPS Corbeil-Essonnes, Samidoun RP, Solidaires 91 et Urgence Palestine 91

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