LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie BLOGS Revues Médias
Julien HERVIEUX
Qu'il est bon d'être mauvais

UN ODIEUX CONNARD


▸ les 10 dernières parutions

09.03.2026 à 09:09

Human-Slop

Un odieux connard

Vous avez probablement déjà croisé le terme d’AI-Slop. Pour ceux du fond qui n’auraient pas suivi, l’AI-Slop (ou « truc dégueulasse d’intelligence artificielle » en langue civilisée) désigne toutes les productions à […]
Texte intégral (3472 mots)

Vous avez probablement déjà croisé le terme d’AI-Slop.

Pour ceux du fond qui n’auraient pas suivi, l’AI-Slop (ou « truc dégueulasse d’intelligence artificielle » en langue civilisée) désigne toutes les productions à la valeur artistique nulle générées en masse par l’intelligence artificielle et qui déferlent sur ce bas-monde via les sites webs et autres réseaux sociaux. Généralement, il suffit qu’un margoulin poste une quelconque image (brillante et de bon goût, comme Sonic et Mario enceintes l’un de l’autre, au hasard), pour que dans les commentaires, on se déchaîne : AI-Slop ! C’est honteux ! Et pense à toutes les ressources utilisées pour produire ta merde ! Tiens, tu mériterais qu’on te prive d’eau et qu’on te colle à un radiateur tel un pensionnaire d’EHPAD qui doit faire de la place pour plus riche que lui !

S’il faut saluer la verve de ces braves gens, et prendre bonne note de l’enthousiasme général pour dénoncer l’AI-Slop, permettez à votre serviteur d’aborder un sujet qui, curieusement, déchaîne moins les passions :

L’Human-Slop

Ou « truc dégueulasse d’humain« , ce qui désigne à la fois nos productions artistique de basse qualité, nos excréments, « l’incroyable diversité du cinéma français » (©Camille Cottin) et une plage de Loire-Atlantique après le départ de la population parisienne en septembre. Or, non seulement le Human-Slop semble mystérieusement accepté alors qu’il ne vaut guère mieux que son pendant artificiel, mais plus incroyable encore, des millions, voire des milliards de gens s’y vautrent joyeusement quotidiennement sans ciller dans une orgie de ressources et de moyens à en faire rougir un Donald Trump.

« Je vous vois venir Monsieur Connard ! Plein de mauvaise foi, vous allez comparer la production artistique d’une IA et d’un humain pour défendre le… »

Diego, tiens bien les lèvres de cette personne fermées avec la pince-à-con, veux-tu ?

Et pour répondre : nenni. Car si ma mauvaise foi est proverbiale, elle joue parfois les monte-en-l’air et s’introduit chez autrui avec une habileté qui force le respect. Parfois, on la retrouve même à copuler avec l’hypocrisie, ce qui est tout de même très inconvenant, tant ça reste de la même famille. On n’est pas à Dunkerque ici, ah mais. Toujours est-il qu’il me revient de faire la démonstration de notre problème.

Qu’est-il reproché à l’intelligence artificielle et à sa production ? Eh bien, qu’il s’agit avant tout d’une machine qui va pomper du contenu à droite et à gauche, en fait une grosse soupe, et à la demande d’un vide-gousset de bas-étage, relâche un peu de ladite soupe pour former ce qui est une image mélangeant un peu tout ce qu’elle a piqué et qu’on lui a demandé suite à une idée bien évidemment incroyablement originale (« Fais-moi une image de Sydney Sweeney… nan c’est tout… reeuuh… reeuuuh…« ). On ne peut pas dire que l’art progresse fort, par contre, il y a du monde pour vous rappeler que la consommation en électricité et en refroidissants divers, elle, a gentiment grimpé.

L’Humanité, cette espèce qui a conçu internet, reliant tous les hommes à toutes les bibliothèques du monde, et qui s’en sert pour s’abrutir.

Fort bien, nous avons donc trois problèmes pointés : 1) s’en remettre à la machine, 2) produire du caca, et tout ça avec 3) un certain impact environnemental.

C’est entendu ? Alors prenez du brandy, vous allez en avoir besoin.

Car il existe une machine encore moins créative que l’IA, qui produit du contenu encore plus foireux, et en quantité titanesque. Une machine qui niveau créativité, s’approche de Ramzy Bedia (ce qui n’est pas peu dire). Cette machine, car c’en est bien une, porte un nom : l’algorithme des réseaux sociaux. Un merdou encore plus monstrueux, puisque non seulement ça scanne un peu tout ce qui passe pour faire sa sauce, mais c’est encore plus bête qu’une IA. C’est juste, comme son nom l’indique, un algorithme dont le seul but est de vous coller un peu plus à votre écran pour vous envoyer un peu plus de publicité à la margoulette.

Et là où c’est intéressant, c’est que là où l’IA produit de la merde à la demande des humains… l’algorithme demande aux humains de produire de la merde à sa place. Et le plus beau ? C’est qu’ils le font. Et mieux encore, et c’est là que je remercie mon prochain pour son hypocrisie : on tombe rarement sur les producteurs de daubes 2.0 pour leur expliquer que ce qu’ils font fait perdre du temps et des moyens à tout le monde, eux compris, tout ça pour satisfaire une équation dans un serveur lointain.

Car quiconque utilise internet depuis un moment a pu constater qu’entre la liberté de création et le diktat des algorithmes, on a vite vu qui a plié. Souvenez-nous, vieux lecteurs, c’était avant vos problèmes de dos : cela a commencé doucement, avec les articles de journaux dont, peu à peu, les titres se sont transformés en travailleuses-du-clic, abordant l’internaute innocent d’un « Une célébrité vient d’avoir un terrible accident. Clique pour savoir qui c’est ! «  (et en réalité, il s’agissait bien sûr d’un candidat de télé-réalité inconnu de 2009 qui a fait tomber son scooter). Du contenu de basse qualité, qui a rapidement proliféré, occupant des milliers, puis des millions de pages web (on le retrouve même dans les encarts de journaux supposément sérieux), tout ça pour récupérer du clic et de la popularité auprès de l’algorithme. Et puis, voici que le mal a atteint d’autres domaines : Youtube a vu ses miniatures de vidéo se transformer en monstres dégueulasses, avec titres jaunes, flèches rouges, et bien sûr l’énorme et laide face de l’auteur, figée dans une grimace exprimant un sentiment basique, mais mal surjoué (un peu comme Francis Huster sur scène). Je pense, entre deux gorgées de brandy, qu’il n’est pas bien risqué de supposer que tout cela n’avait rien à voir avec l’amour du beau ou de la qualité. Non, le but était de récupérer du clic en racolant le client, car qui dit clic dit vues, qui dit publicités, qui dit pognon… car c’est ce que l’algorithme leur a fixé comme règles : toi vouloir dix centimes ? Toi produire merde-à-clics.

Et cela a donc été fait, sans poser de question.

En ce temps-là, pendant que les gens de goût tentaient de se rincer les yeux à la javel, la pente devenait pourtant toujours plus rude, et au-delà de l’équation basique du « populaire = gros sous », l’algorithme donnait de plus en plus de consignes. Les règles sont devenues plus strictes sur les musiques utilisables ou non, même légalement. Puis, ce furent les mots : l’algorithme sanctionnait certains mots, pas assez populaires ou sympathiques. Et tout le monde s’y est plus ou moins plié : qui n’a jamais croisé une vidéo où les mots « incorrects » sont censurés ? Et par incorrect, ça peut être « mort » ou « violence » qui deviennent « m*rt » ou « V10L3nce », parce que c’est plus difficile de proposer des publicités pour des machines à laver sur ce genre de sujets (ce qui n’empêche pas ces gens de le faire, notez). Vous me direz « Oui enfin les gens emploient quand même ces mots et abordent ces sujets !« . Oui, enfin au début, ils le faisaient à l’oral et à l’écrit. Puis quand l’écrit a été inspecté par le bot de l’algorithme, ils ont bidouillé leurs sous-titres. Puis quand le bot s’est mis à écouter la partie sonore de la vidéo, ils ont censuré le mot. Je vous laisse donc deviner ce qu’il se passera quand le bot sera capable de détecter ces contournements. Et non, ce ne sera probablement pas l’algorithme qui pliera. Si vous en doutez, c’est que vous avez encore un peu trop foi en l’humanité. 20 minutes sur X devraient vous remettre dans le droit chemin de la misanthropie.

« Oui, mais Monsieur Connard, certains créateurs ont, justement, dénoncé ces règles qui apparaissent sans cesse et réduisent toujours la liberté de créer ! » me dira-t-on, m’obligeant à demander à Diego de resserer la pince.

Certes oui. Mais il s’agit hélas d’une minorité, qui en plus, se prend des douilles quand l’algorithme leur dit « Tu ne veux pas te plier aux règles ? Tiens, prends ta sanction« . Pendant qu’à côté, il met en avant toujours plus de merdes, certes, mais qui justement, sont conçues uniquement pour lui plaire et permettre à Mattenzo, 14 ans, de tenter de percer pour devenir « influenceur » en postant des vidéos de lui se filmant chaque jour en train de s’enfiler un paquet de chips différent. Du pur human-slop. Mattenzo comme son contenu, d’ailleurs, mais là n’est pas le sujet.

Le dernier clou – en date – dans le cercueil fut donc TikTok, qui apporta l’idée géniale de carrément orienter le contenu, en annonçant ouvertement quelle musique ou quel « défi » relever pour être mis en avant. Et non, on ne parle pas de Mozart ou de défis mathématiques. On est plus proches de Mariés au Premier Regard que d’un documentaire Arte. De toute façon, le documentaire Arte contient des mots vilains, donc hop : poubelle.

En un mot comme en cent, les algorithmes sont devenus les maîtres de la création de contenu. En élevant toujours plus de murs pour orienter la création vers une seule direction – la mauvaise – avant de carrément encourager la production de coprolithes en .mp4. Tout ça pour vendre des crèmes miracles pour le cul, ou des VPN pour aller en voir.

Le Human-Slop n’excuse donc en rien l’AI-Slop, mais vous noterez, bonnes gens, qu’il est un peu hypocrite de tomber sur l’IA comme la vérole sur le bas clergé, au nom du manque de créativité, du remplacement par la machine, et des ressources consommées, tout en n’ayant pas un mot pour les pelletées de vidéos produites chaque jour à la demande d’un algorithme commercial, qui n’est rien qu’une machine, dans le seul but de vendre des produits plus ou moins utiles, le tout via des vidéos dont le tournage, le stockage et la distribution demandent des ressources qui, bizarrement, ne sont jamais évoquées. D’ailleurs, quand des influenceurs évoquent la consommation des ressources de l’IA, bizarrement, ils comparent toujours ça à un golf, une voiture ou une piscine. Mais jamais à, au hasard, la consommation des serveurs Instagram, TikTok ou Youtube, qui aux dernières nouvelles, ne sont pas refroidis par la Reine des Neiges. Tout ça pour stocker des perles comme « Je réagis à un trailer de Fortnite » ou » Je mange des pâtes dans ma voiture« . Après, je suis taquin : si dans la vie, on faisait toujours le ratio entre les ressources consommées par quelque chose, et le bien que ça fait à l’humanité, le restaurant du Sénat aurait déjà subi le feu nucléaire deux fois.

Dois-je pourtant l’avouer ? Je rêve d’un monde où l’on trouverait, sous ces vidéos, des commentaires dénonçant le « Human-Slop » et évoquant l’énergie nécessaire au stockage de ce vide intellectuel, qui aurait été plus utile à alimenter une chaise électrique pour leurs auteurs. Mieux, si tout le monde dénonçait joyeusement sur le human-slop, les publicitaires voudraient moins y caser leurs produits, l’algorithme s’adapterait donc, et nous entrerions dans un cercle vertueux.

Mais, en lieu et place, le Human-Slop n’a pas de nom, et n’est même pas un sujet. C’est tout au mieux présenté comme une sympathique activité visant à devenir influenceur, c’est-à-dire, homme-sandwich 2.0 au service d’une machine hors de contrôle. Certes, vous ne ferez pas preuve de plus de créativité qu’une calculatrice, mais qu’importe, tant que vous collez à ce que l’algorithme demande et que vous faites vendre des yaourts protéinés ! Ce n’est pas parce que c’est fait par un humain que ce n’est pas un « truc dégueulasse« , que diable :  peut-on dire que le contenu de Michou est d’une grande qualité artistique ? Que les vidéos publicitaires d’EnjoyPhoenix font avancer l’humanité ? Ou que les influenceurs qui vendent des arnaques depuis Dubaï marquent le monde culturel par leur génie créatif ?

Redites-moi que le Human-Slop n’existe pas ?

Permettez-moi de jouer les Cassandre (en plus, je la joue super bien), mais j’ose penser que dans un siècle, il y a peu de chances que les musées s’arrachent ces vidéos pour les diffuser au public. Et que ce dernier trouve une once de créativité là-dedans. Tout cela, après avoir lourdement consommé – et poussé à consommer – ira rejoindre les poubelles de l’humanité.

Qu’on ne me fasse pour autant pas dire ce que je n’ai pas dit : il y a plein de choses intéressantes et de créateurs qui se remuent le roudoudou sur internet pour faire des choses bien (j’ai dit qu’ils se remuaient le roudoudou, attention, pas qu’ils le remuaient devant la caméra, ça, ça s’appelle OnlyFans). Mais nous parlons bien dans le présent article de ceux qui créent avec, pour seul objectif, de satisfaire un algorithme qui leur a promis des likes, des abonnés et quelques centimes en échange de leur soumission pleine et entière à ses règles plus ou moins aléatoires.

Puisque nous approchons de la conclusion, je résume donc le problème (avec des majuscules, comme dans les miniatures Youtube) :

Si un HUMAIN demande à une MACHINE de produire du CACA et que ça consomme des RESSOURCES, alors… tout le monde crie que c’est un scandale ! Et que les machines ne doivent pas nous remplacer pour créer, bon dieu !

Par contre, si une MACHINE (l’algorithme) demande à un HUMAIN de produire du CACA et que ça consomme des RESSOURCES, alors… pas un mot, voire, justement, des likes ! Vous voyez bien que ma mauvaise foi sait aller danser le tango chez autrui.

Vous l’aurez donc compris : produire du contenu foireux avec une machine, c’est MAL, par contre, produire du contenu foireux pour satisfaire une machine encore plus bête et en roue libre et son armée de bots faisant la police du contenu… eh bien circulez, il n’y a rien à voir.

Je vous avoue que je suis un peu déçu, puisqu’on m’avait toujours vendu les machines réduisant les humains en esclavage par la force des armes, après une grande révolte. Mais en réalité, l’humanité accepte bien volontiers de faire tout ce que les machines lui disent de faire, et ce, avec un enthousiasme épatant. Si quelqu’un produit une chanson via une machine, et un clip IA, on lui jettera des pierres. Mais si un algorithme lui lance joyeusement :  « Hep,  utilisateur TikTok : savais-tu que tu pouvais gagner jusqu’à 10 balles en dansant sur la dernière musique de merde, elle-même lourdement vocodée ?« , là, oubliez la résistance aux machines ! Pensez-vous : 10 balles et peut-être même quelques abonnés ! Allez, tant pis pour la créativité et l’amour propre, va pour la censure des thèmes et mots… on fera ce que la machine veut.

Réduits en esclavage par un algorithme de réseau social… je vous avoue que je crois qu’au final, je préférais Skynet qui envoie le feu nucléaire. Au moins, on partait avec panache (de bien des manières).

On pensait que les machines allaient nous asservir avec des terminators, mais non : des likes auront suffi.

Pardon ? Ce blog lui-même consomme des ressources, sans parler des vidéos de votre serviteur. C’est là que… oooh !

Te voilà, mauvaise foi. Tu es rentrée.

Bon retour à la maison.

PDF

20.02.2026 à 09:12

Troll 2 (trop)

Un odieux connard

Vous souvenez-vous du film Troll ? Non ? Ma foi, permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire, et de vous rappeler à quel point Netflix sait nous gâter avec des blockbusters […]
Texte intégral (7435 mots)

Vous souvenez-vous du film Troll ? Non ?

Ma foi, permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire, et de vous rappeler à quel point Netflix sait nous gâter avec des blockbusters de qualité. Une gorgée de brandy, et… ahem :

Troll : En Norvège, la construction d’un tunnel réveille une gigantesque créature, à savoir un troll. Pour résoudre cette crise, Nora, une paléontologue qui n’a rien à voir avec la choucroute, est appelée à la rescousse. Après avoir passé 90% du film à rappeler qu’elle n’avait rien à faire là, et à remettre en cause l’existence des trolls même quand il y en a un à deux mètres d’elle en train de tuer tout le monde, Nora finit par se rappeler que ah tiens, si ce sont des créatures sorties des légendes, pourquoi ne pas utiliser les solutions des légendes ? Elle découvre ainsi que le troll, tel le parisien roux exilé, n’aime ni le son des clochers, ni la caresse des UV, et en utilisant l’un, puis l’autre, parvient à vaincre la bête. Fin.

Vous avez tout suivi ? Ce n’était pas trop dur ? Fort bien, car dans sa grande cruaut… ahem, bonté, Netflix nous a généreusement proposé un deuxième volet.

Alors, est-ce qu’on se rapproche d’un bon film ou d’un autre troll ?

Spoilons, mes bons !


L’affiche : oui, il y aura deux trolls, ce qui vous spoile la moitié du film. Merci.

Notre film s’ouvre sur une scène touchante : une petite norvégienne écoute son papa lui raconter des histoires. Mais là où nombre d’entre vous se contentent de lire les aventures de la Pat’Patrouille pour tenter d’endormir ce petit rabouin de Jean-Mathéo, le papa du film, lui, préfère la lecture de la Troll’Troupe, où il est essentiellement question de massacres, de gens dévorés et de trolls éventrés. La maman, entendant tout cela, passe une tête dans la chambre.

– Dis donc mon chéri, est-ce bien raisonnable de lui farcir la tête avec ces histoires ? Tu sais très bien ce que je t’ai dit sur ce qu’il arrive aux enfants que l’on obsède avec la violence.
– Je sais : ils finissent chroniqueurs sur CNews.
– Voilà. Donc, hop, dehors. Je prends la relève : je vais plutôt chanter une chanson à notre petite Nora.

Et la maman de s’assoir tendrement près de sa fille, à qui elle caresse la joue, avant d’entonner de sa voix la plus douce : « Baby Troll, døø døø døø døø, Baby Troll…. »

Oui : la mère en assez que son mari ne parle que de trolls à leur fille, aussi la première chose qu’elle fait, c’est de lui chanter une chanson… sur les trolls. Bon. On va dire qu’il n’y a pas d’autre sujet en Norvège. J’espère qu’il y aura une adaptation française de ce film, où tout le monde ne parle que de baguettes et entonne des chansons boulangères. Ou une version allemande où le seul sujet possible est le port de sandales-chaussettes (l’intrigue promet d’être palpitante).

Bref, en attendant, bondissons 30 ans dans le futur, car Nora a bien grandi.

En effet, c’était elle, l’héroïne du précédent film, et maintenant, elle vit recluse dans une cabane dans la pampa enneigée norvégienne, description qui correspond à 95% du pays, certes, mais tout de même. Sauf qu’alors qu’elle pensait être enfin tranquille et pouvoir traîner en crocs en pilou, voilà qu’un autre larron revenu du dernier film vient la déranger : Andreas. Si vous n’en avez aucun souvenir, c’est normal, puisque son charisme n’est pas sans rappeler celui d’un câble USB. Et je parle bien sûr de ce câble défectueux et dépiauté que vous oubliez toujours de jeter. Et Andreas est venu parler de…

– De trolls.
– Mais ? Nora, comment as-tu deviné ? Je n’ai encore rien dit ?
– On est en Norvège, Andreas. Tu serais venu me parler de tango, j’avoue, j’eus été bien étonnée.

Pourtant, Andreas lui suggère de ne pas se décourager, car de l’étonnement, elle pourrait bien en avoir au tournant. En effet, il veut lui montrer quelque chose et lui demande de le suivre. Nora, qui a toute une culture sur les trolls, mais beaucoup moins sur ce que les messieurs montrent généralement après avoir tenu ce genre de propos, accepte naïvement. Et cela tombe bien, car Andreas emmène notre bonne amie jusqu’à une base secrète dans les montagnes norvégiennes.

– Bienvenue à White Mesa, Nora. C’est l’endroit le plus secret du pays. Celui qui cache ce pourquoi les Allemands voulaient vraiment le contrôle de la Norvège durant la deuxième guerre mondiale. Car ce qui les intéressait, ce n’était ni le fer, ni l’eau lourde, non, c’était…
– Un troll ?
– Ah bah putain, comment vous avez encore deviné ?

Voilà pourquoi dans les pays nordiques, les élèves ont des notes aussi excellentes à l’école : qu’importe la question, il n’y a qu’une seule réponse possible. Forcément, ça aide un peu. Toujours est-il que Nora est emmenée dans un gigantesque bunker souterrain, où se trouve un troll, bien vivant, mais en hibernation, entouré de passerelles où s’affairent des scientifiques. Nora fronce alors les sourcils très fort.

– Attendez ! Vous êtes en train de me dire que le pays connait l’existence des trolls depuis un bail, et a même des bunkers secrets pour les cacher ?
– Toutafé.
– Mais alors, dans ce cas, pourquoi dans le précédent film le gouvernement norvégien lui-même n’était pas au courant de cela ?
– Eh bien parce que… euh… le gouvernement… n’avait pas les habilitations de sécurité pour être au courant de l’existence des trolls.

Oui, c’est bien l’excuse officielle du film : le gouvernement norvégien n’était pas assez haut-placé pour savoir ce que faisaient les fonctionnaires norvégiens, comme par exemple, garder des trolls en réserve. Ah, et durant la dernière attaque de trolls, celle qui a ravagé tout le pays dans le dernier opus, les mêmes ont donc « oublié » de se manifester pour dire « Ahah, au fait, on connait ces bestioles, on les étudie depuis des décennies, vous pensez que ça pourrait être utile ?« .

Andreas, Nora, et donc, deux scientifiques norvégiens payés à ne rien faire depuis des décennies.

Personnellement, j’aurais été Nora, j’aurais non seulement souligné ce petit souci, mais j’en aurais profité pour demander « Vous êtes en train de me dire que le gouvernement norvégien ignorait l’existence des trolls gérés par sa propre administration, par contre en 40, les nazis du pays d’à côté savaient tout au point de vouloir s’en emparer ?« . Et donc, visiblement : oui. Mais heureusement, Nora ne pense pas à poser la question. Elle est de toute façon plus occupée à rencontrer la personne en charge de ces lieux mystérieux.

– Nora ? Bonjour, je suis le docteur Sismograf, la directrice de White Mesa. Je vous avoue que je n’avais pas trop envie de vous faire venir ici mais… nous n’avons pas le choix. En effet, le but de notre centre est simple : si les trolls existent… nous devons savoir comment nous défendre face à eux. Or, nous n’avons obtenu aucun résultat probant ici. Raison pour laquelle nous avons besoin d’idées fraîches. Et donc, de vous. Car si nous ne trouvons rien de neuf, le centre fermera.
– Le centre est ouvert depuis des décennies puisqu’il existait déjà durant la deuxième guerre mondiale, et maintenant qu’Oslo a pris un troll sur la gueule, et sait que ça pourrait encore arriver… c’est maintenant qu’ils pensent à fermer le seul site qui pourrait les aider ?
– Ah merde, euh… oui… attendez, le script dit que…
– Je suppose qu’il dit simplement « troll » ?
– Ça alors ! Mais oui ! C’est fou !

Notez que le docteur Sismograf et son équipe sont de sacrés champions, car alors qu’ils ont un troll, un vrai, qui ne bouge pas et à leur entière disposition, ils n’ont aucune donnée sur quoi que ce soit. Ni jamais rien testé pour voir ce qui pourrait lui faire bobo ou non. Tout au plus sont-ils parvenus à lui retirer quelques échardes de peau pour les étudier, et l’ont entouré d’énormes panneaux à UV pour que si jamais il bouge, il soit instantanément changé en pierre puisque ces bestioles n’aiment pas trop ça. Et encore, cette idée… ils la tiennent de ce que Nora a fait dans le précédent film. Voilà voilà. Quant au reste de ce qu’ils auraient pu faire : étudier sa composition, le radiographier… haha, allons ! Pourquoi faire ? D’ailleurs, Nora ne vaut guère mieux, car quand on lui demande de quoi sont constitués ces êtres, elle répond :

« De nature. »

Une matière bien connue, et d’ailleurs, 100% naturelle. Mais sinon, Nora, tu sais que dans la nature, on trouve aussi bien des pâquerettes que de l’uranium ? Ce serait donc bien de savoir si la bête penche plutôt d’un côté ou de l’autre. Mais non, elle est faite « de nature« . Le docteur Sismograf rigole un peu, mais pas pour les raisons que l’on pense, puisqu’elle glisse, moqueuse :

– Ahaha, Nora ! De nature… c’est amusant, car vous citez les vieux livres. Les contes et traditions. Vous croyez sérieusement à ces choses-là ?

Que ? Mais ? Madame, vous vous souvenez d’où vous travaillez ou bien ?!

Surtout que durant le précédent film, 100% de ce qui sortait desdits livres était vrai, donc… comment dire ? Mais c’est intéressant de voir que la directrice du programme sur les trolls ne s’est pas intéressée au sujet, ou alors pour dire « La littérature de mon domaine ? Oui, j’adore me torcher avec !« . Quelle surprise que ce centre n’ait pas de résultats ! Cependant, nous allons voir qu’il y a pire car au concours du plus gros neuneu, Nora ne compte pas laisser la première place si facilement.

Dans un premier temps, elle visite les locaux et s’émerveille devant un vieux manuscrit déchiré de Saint Grossebaf, où le célèbre roi qui a évangélisé la Norvège promet que tous les trolls seront expulsés du royaume. Puis, pendant que ça discute vieux papiers, elle prétexte un soudain mal de bide et un besoin pressant d’aller aux toilettes. Mais avant qu’Andreas ne puisse s’exclamer : « Un instant… vite, rattrapez-la ! Tout le monde sait que les femmes ne font pas caca !« , Nora, elle, est déjà en train de cavalcader jusqu’au bunker principal, où la sécurité est une passoire. Ah, ça, pour ne pas prévenir son gouvernement de sur quoi on bosse, il y a du monde, par contre, pour empêcher une touriste d’approcher du troll endormi, il n’y a plus personne. Car, oui, Nora se faufile sur les plateformes qui mènent jusqu’à la tête du troll… et lui chuchote à l’oreille :

« Baby Troll, døø døø døø døø, Baby Troll…. »

La douce mélodie que lui chantait sa maman.

Pourquoi fait-elle ça ? D’où lui vient cette idée ? Et accessoirement, pourquoi ne pas en parler aux autres, d’abord, si elle pense que ça aura un effet, surtout si c’est pour se retrouver à 5cm du visage d’un troll sortant d’hibernation, et probablement avec des envies de fringales ? Que de questions, et à tout cela, une seule réponse, qui est probablement ce que ce sont dit les scénaristes au moment de soumettre leur copie aux producteurs : trooooll !

Car oui, Nora fait ça, comme ça, pif paf, non, vous ne saurez pas pourquoi, et oui, cette chanson réveille le troll. Aussitôt, des alarmes rugissent, et toute l’équipe du centre scientifique débarque en galopant près de la commande de sécurité permettant d’allumer les lampes à UV. Car le troll a beau être attaché, il a l’air de mauvais poil, commence à secouer ses chaînes, à les arracher, mais au moment d’activer les lampes…

Le troll, comme tout un chacun, n’aime guère qu’on vienne lui chanter des trucs dans l’oreille alors qu’il pionce. Aussi au réveil est-il un peu grognon.

Le docteur Sismograf s’exclame « Oh ben non alors, moi je veux l’étudier vivant ! » et détruit volontairement toute le système de sécurité… en renversant volontairement un café sur les commandes.

Je. Comment dire ? J’ai connu des gens qui buvaient de la Javel et qui étaient pourtant moins neuneus. Je crois qu’il va falloir en proposer un petit verre au docteur Sismograf, voire une tournée en compagnie de Nora. Mais dans l’immédiat, nos deux génies ont d’autres soucis plus immédiats, comme un troll géant qui, puisqu’il n’y a plus rien pour l’arrêter, tente de leur ratiboiser la truffe. Quantité de scientifiques meurent alors que la créature parvient à quitter le bunker (qui était en réalité en pâte à sel, ah, ces problèmes budgétaires !), mais nos héros, hélas, survivent. Et réalisent qu’ils vont devoir se lancer dans une nouvelle chasse au troll.

L’occasion pour Nora d’aller retrouver un vieil ami : le capitaine Bogoss, des forces spéciales, qui commande désormais une unité chargée de décalquer les trolls coquins. Avec, pour ce faire, deux hélicoptères transportant d’énormes panneaux à UV pour griller les bestioles. Ni une, ni deux, tout le monde monte à bord (oui, Nora, le docteur Sismograf, Andreas et tous les gens qui veulent, faut-il croire, c’est journées portes ouvertes), et part à la chasse.

Et cela tombe bien, car le troll est facile à repérer : il vient d’attaquer une station de ski, où de jeunes gens riches et arrogants faisaient la fête. Et que font-ils en voyant un troll géant arriver vers eux, bestiole du même genre que celle qui a causé des centaines de morts quelques mois plus tôt ?

Mais, ils font des selfies, bien sûr !

D’un certain côté, j’ai envie de vous dire que c’est ridicule. De l’autre, Instagram prouve jour après jour que l’humanité mérite un bon gros astéroïde dans la gueule, voire deux histoire d’être sûr. C’est cependant sur ces entrefaites que nos amis les deux hélicoptères à UV arrivent pour tenter d’expliquer à la bête que s’il y a bien un truc que les humains savent foutre en l’air, c’est la nature, et comme le troll en est constitué, il va bientôt se retrouver dans le même état qu’un champ après une rave party, ça va le calmer.

Oui mais voilà : le troll… résiste aux UVs. Oh, ça lui fait un peu mal, mais en fait, ça va.

« Diable ! Mais pourquoi donc, puisque c’est son point faible ? » me demanderez-vous de cette voix où se mêlent peur et excitation. Eh bien la réponse est simple : parce que sinon le film s’arrête au bout de 30mn. Le troll n’est donc pas constitué de nature, mais de scriptonium, la matière dont on fait les Marvel. Non, vous n’aurez aucune explication sur pourquoi ça ne marche pas. Voilà.

Ainsi protégé par son cheat code honteux, le troll en profite pour attraper le premier truc qui lui passe sous la main, à savoir un poteau, et s’en sert pour abattre un des deux hélicoptères (celui piloté par Jean-Jacques, le meilleur ami du capitaine Bogoss depuis au moins deux scènes). L’autre doit donc repartir, avec à son bord, tout son lot de débilets un peu déçus (de l’échec de la mission, ou pour le docteur Sismograf, de ne pas avoir pu renverser du café plein l’hélicoptère pour le neutraliser comme elle aime à le faire).

Une fois à l’abri, la fine équipe réfléchit à un plan B. Et cela tombe bien, puisque Nora en a un.

– Nous avons tenté de l’arrêter par la violence… mais peut-être pourrions-nous déjà trouver ce qu’il veut ?
– Nora, ces créatures sont sauvages et dangereuses. Je vous rappelle que l’une d’entre elles a tué votre père.
– Oui, mais le jour où mon père est mort a été le plus beau de sa vie.

Vous voyez cette dernière ligne de dialogue ? Hmm ? Eh bien elle n’est pas de moi, elle sort bien du film. On va dire que Nora est dépressive pour dire que le plus beau jour de la vie de quelqu’un, c’est celui où il se fait écraser la gueule par un troll géant qui sent le petit sous-bois qui se néglige. Pendant que ses camarades vont lui chercher du Xanax, d’autres continuent à essayer de comprendre ce que Nora veut dire.

– Où voulez-vous en venir, ma petite dame ?
– Nous essayons d’arrêter une créature sans essayer de comprendre ce qu’elle veut. Peut-être pourrions-nous l’aider en lui parlant.
– Ah ouais ? Vous voulez pas lui proposer un atelier-théâtre aussi, sale petite gauchiste ? Et quand bien même, comment ? Il nous est impossible de communiquer avec ces êtres !
– En fait, je crois que je connais justement quelqu’un qui peut communiquer avec ce troll.

Nora guide ainsi les bras cass… ahem, les héros de ce film jusqu’à une grotte perdue dans les montagnes. Et explique :

– Ce n’est pas une simple grotte. C’est un piège ancien. Du temps où Saint Grossebaf a massacré tous les trolls du pays.
– Ah bah tiens d’ailleurs, on pourrait en parler ? Non parce que si des clodos avec des épées ont pu massacrer des milliers de trolls, ce serait sympa de nous dire comment, non ? Vu qu’on n’arrive pas en arrêter un avec tout un arsenal moderne ?
– Non, je propose de ne pas en parler.
– De tout le film ?
– De tout le film : je vous rappelle que déjà dans le précédent, on n’a jamais abordé la question.

C’est vrai que ce serait dommage d’ouvrir un livre quelconque, de lire comment ils ont fait leur coup, et de reprendre la méthode visiblement suffisante pour éradiquer des armées entières de trolls. En lieu et place, donc, nos larrons écoutent Nora leur parler de cette grotte.

– Je disais donc, avant d’être interrompue par vos questions logiques et un peu embêtantes, que cet endroit est un piège. C’est là que Saint Grossebaf avait installé des pieux géants marqués de croix chrétiennes pour tuer le roi des trolls. Et pour l’attirer, il avait un appât : son fils. Et son fils… est toujours ici Mesdames et Messieurs ! Mais oui ! Allez Timétroll, ne fait pas ton timide, sors !

Et de l’ombre sort un immense troll, qui ne se montre pas hostile. Nora explique l’avoir découvert ici, et l’avoir amadoué. Timétroll est ainsi gentil et tout pacifique. Et il n’a pas peur des humains.

Timétroll, qui vit dans une grotte sans aucune explication alors que dès qu’un troll autre se réveille, il se met à courir le pays.

– Il pourra communiquer avec le troll que nous cherchons. Je vais le lui demander.
– Vous voulez dire que vous pouvez communiquer avec un troll ?
– Ben oui.
– Alors pourquoi on a besoin de ce troll si vous pouvez déjà le faire ?
– … haaan, merde. J’avais pô pensé.

C’est beau, tant de travail sur l’écriture d’un film qui a dû coûter quoi ? Quelques millions, au bas mot ?

Timétroll accepte cependant sa mission, qui consiste à aller expliquer à l’un de ses congénères qu’il doit arrêter de tout casser, à commencer par les burnes norvégiennes. Timétroll est donc prestement invité à se mettre sur la route de son camarade, au moment où il traverse un lac gelé. Hélas ! Ce que nos héros ignoraient, c’est que le vilain troll fraîchement réveillé n’est pas du genre à apprécier la diplomatie. Non, lui, ce qu’il aime, c’est savater de beaux quartiers, fumer des sapins et jouer à Fifa avec des Twingos compressées. Et pour mieux faire comprendre son désarroi, il détruit la glace du lac sous les pieds de Timétroll, qui disparait dans les eaux glacées sans avoir pu expliquer son propos. Evidemment, il doit être mort, puisqu’on ne retrouve pas son corps ! Hmm ? HMMM ?

Nos héros doivent en conséquence une fois encore se replier, et se retrouvent à devoir tenter d’anticiper les déplacements du vilain troll. Et en étudiant une carte, ils constatent qu’il se dirige droit vers Trondheim ! Où se trouve, heureux hasard si l’on en croit la légende, la tombe de Saint Grossebaf, qui serait cachée sous la cathédrale. Vite ! Nos héros s’y précipitent, persuadés que le troll compte se venger pour le massacre des siens, probablement en allant profaner la tombe du vieux roi pour y poser une méga-pêche (mais faite de nature, que l’on se rassure). Ces trolls alors ! Ils ne respectent rien. Que le docteur Sismograf se torche avec toute la littérature ancienne qui lui passe sous la main, passe encore. Mais chier sur un vieux roi mort, là, ça va trop loin.

Sitôt arrivés à Trondheim, nos amis vont chercher une experte de l’histoire de la cathédrale, qui est bien embêtée, et pas seulement à l’idée de voir un monstre pondre un gros coprolithe dessus.

– Oui, jeunes gens, oui ! Vous avez bien raison, d’après la légende, la tombe de Saint Grossebaf serait ici… mais personne ne l’a jamais trouvée.
– Vraiment ?
– Non. Je l’ai cherchée des années, et tout ce que j’ai trouvé, c’est au bout de ce souterrain, ce mystérieux mur dédié à Saint Grossebaf où est représenté son enterrement. Mais, ça n’a sûrement aucun rapport !

Si, si. La personne a consacré sa vie à cette quête, est tombée sur ce qui est clairement le mur d’une sépulture, puis s’est dit « Ah ben non, c’est pas exactement une tombe, je vais donc rentrer chez moi et faire des mots fléchés« . Car figurez-vous que rien qu’en TOUCHANT le mur, POUF ! Cela dévoile un trou, qui n’est autre qu’une serrure.

– Ah ben merde alors, si j’avais su qu’il suffisait de toucher le mur…

Marmonne l’experte en se demandant dans quelle daube elle a mis les pieds. Car nos amis ont tôt fait d’ouvrir le mur, qui avait bel et bien une porte vaguement cachée, et derrière, pif paf, voici la tombe de Saint Grossebaf, enterré avec sa fidèle épée en argent, connue pour occire du troll. Nos héros se demandent bien pourquoi puisque bon, l’argent, c’est un peu mou, alors pour taper de gros trucs, c’est pas super pratique, un peu comme combattre Godzilla avec une frite de piscine (ce qui ne veut pas dire que ça n’a pas été essayé, cf le très méconnu Godzilla VS Loana). Cependant, ils trouvent aussi… un demi-parchemin coincé sous le corps.

– Super, je vais pouvoir me torcher avec !
– Non, docteur Sismograf ! Remontez votre jupe sur le champ ! C’est important, écoutez : vous vous souvenez du parchemin déchiré que vous stockiez dans votre bunker secret, docteur Sismograf ? Celui où il était question du roi Saint Grossebaf qui voulait expulser tous les trolls du royaume ?
– Oui ? Un plaisantin l’avait mis sous vitrine pour ne pas que je puisse m’en servir.
– Eh bien c’est l’autre moitié ! Et si on assemble les deux, on obtient qu’il ne voulait PAS les expulser ! Et qu’il voulait leur DONNER un royaume !
– Hmm. Et ça change quoi ?
– Cela veut dire… que ce troll… VIENT TOUS NOUS TUER.

Pardon ? Le rapport avec la choucroute ? Non, aucun. D’ailleurs, je suis aussi curieux de savoir quel rapport ont les trolls avec les textes légaux humains, surtout ceux dont personne n’avait connaissance. Mais à toutes ces questions, comme toujours, une seule réponse : TROOOOLL !

Cela dit, vous avez sûrement vous-même quelques interrogations, comme « Mais nom d’une pipe, que fait le gouvernement pendant ce temps ?« . Eh bien, il n’est pas resté inactif. Ainsi, on retrouve le premier ministre norvégien qui donne une conférence de presse digne des plus grands moments de Jordan Bardella tant la qualité est au rendez-vous à chaque question des journalistes.

– Monsieur le premier ministre, que comptez-vous faire.
– *inspire* TRO-
– Et pas le droit de répondre « troll ».
– Ah, merde. Bon, eh bien nous savons que la créature se dirige vers Trondheim.
– Vous allez donc mettre un barrage de panneaux à UV pour la stopper, puisque vous savez que ça marche ? Enfin, ça marchait ?
– Non. Nous allons abandonner la ville.
– Hein ?! Mais… et après ?
– Après… euh… je sais pas.

C’est vrai que ce serait dommage d’essayer d’arrêter le troll, par exemple avec les méthodes qui ont marché dans le précédent film. Pendant ce temps, nos fiers protagonistes préfèrent disserter sur « Mais pourquoi diable l’autre con de Grossebaf avait une épée en argent ? C’est pas pratique, quand même !« . Et de se souvenir que « Mais attendez… dans les livres, ils disent qu’il avait une épée en argent pour pouvoir la tremper dans l’eau bénite sans rouiller ! Car l’eau bénite détruit les trolls !« . Et comme ils ont réussi à sauver du bunker secret un petit bout de peau de troll, ils versent un peu du bénitier de la cathédrale dessus et… pouf ! Ça tranche le truc sans souci !

Le troll résiste aux missiles, roquettes, grenades, balles… mais un moine en claquettes dans la gueule, et hop, ça fait tout de suite moins le malin !

– Formidable ! Nous avons juste à le bombarder d’eau bénite, et ça tombe bien, la source qui passe sous la cathédrale est sacrée (oui, ça marche comme ça) ! Vite, réunissons tous les volontaires de la ville qui souhaitent la défendre, on va tellement bénir ce troll qu’il finira mort ou pape !

Notons d’ailleurs que comme dans le précédent volet, nos héros ne pensent pas aux conséquences de pareille révélation : si l’eau bénite fonctionne, c’est que le divin existe. Et qu’il est visiblement du côté des chrétiens. Andreas devrait donc commencer à envisager une carrière dans les ordres histoire d’assurer le salut de son âme immortelle, le docteur Sismograf réfléchir à aller à la messe le dimanche, et le capitaine Bogoss se demander s’il va finir en enfer pour avoir repris deux fois des crêpes alors que c’était Carême.

Nora, elle, sue à grosses gouttes en pensant à ses relations hors mariage.

D’ailleurs, pour vous dire à quel point les personnages loupent cet élément quelque peu central, alors que tout le monde prépare de l’eau bénite et la défense de la ville, on a le droit à une scène fabuleuse où Andreas va demander à Nora :

– Crois-tu en Dieu ? Car moi, je ne sais pas, mais je crois en toi.

Alors certes, Andreas, mais comme vous venez d’avoir la preuve que Dieu existe, tu pourrais peut-être avoir une réflexion un peu plus profonde que « Lui, je sais pas, mais toi copine, j’ai grave la foi en tes grosses capacités ». Laissez-moi d’ailleurs en profiter pour évoquer autre chose au sujet d’Andreas : celui-ci va bientôt être papa. Et à CHAQUE scène depuis le début du film, quelqu’un lui dit « Pense bien à ne pas mourir, hein, ce serait trop triste« . Les trois premières fois, c’est déjà gros, à la quinzième, on a l’impression que tout le monde est à deux doigts de le jeter sous un bus.

Toujours est-il que la défense de Trondheim s’organise, qu’on a assez d’eau bénite pour organiser les JMJ en Norvège, et que l’armée a bourré ses grenade et roquettes du précieux liquide. Et lorsqu’à la nuit tombée, le troll se pointe… la ville est prête. On fait donner les cloches pour faire souffrir la vilaine bête, on lui envoie le PIB du Soudan en roquettes dans la mouille, mais une fois de plus, si la créature râle…

Elle ne tombe pas.

Non, vraiment, il faudra m’expliquer comment des pinpins de l’an mil équipés de fourches ont réussi à éradiquer ces trucs. Mais vous l’aurez compris, la seule chose qui protège notre monstre, c’est son cuir en scriptonium pur. Car devant l’échec de la méthode aqueuse, tous les volontaires et l’armée doivent se replier, sauf bien évidemment, nos héros, qui refusent d’abandonner le combat. Vont-ils se faire piétiner par la vilaine bête ? Non, car alors que tout semble perdu voilà…

– Timétroll ! Ça alors ! On t’avait vu disparaître dans le lac gelé plus tôt dans le film, mais on n’avait jamais retrouvé ton corps ! Qui aurait pu deviner que tu n’étais pas mort ?

En effet, houloulou, quelle surprise mes petits amis. Tenez, je suis aussi surpris que la fois où j’ai appris que Nicolas Sarkozy n’était pas un grand innocent. La bagarre reprend ainsi, avec deux trolls qui se mettent sur le nez comme sur l’affiche du film (quelle surprise !), mais hélas, Timétroll et sa bonne éducation ne font pas le poids face à son vil cousin éduqué dans des cavernes de banlieue où la violence fait loi. Pour nos héros, il ne reste donc qu’une solution :

– On pourrait juste utiliser des lampes à UV, puisqu’on sait que ça marche et…
– Nan. Je propose de larguer un baril d’eau bénite droit dans la gorge du monstre. Et je propose comme volontaire pour ce faire… ANDREAS !

Hmmm. Je me demande ce qu’il va se passer.

Et donc, oui, c’est bien ce que vous pensez : Andreas monte dans un hélicoptère avec le capitaine Bogoss, et à bord, ça se résume à :

– Andreas, surtout, ne te sacrifie pas !
– Oh non ! L’eau bénite ! J’ai perdu le détonateur pour faire sauter le baril qui la contient à distance !
– Andreas, surtout, ne te sacrifie pas !
– Oh non ! Pour remplacer le détonateur, j’ai trouvé une grenade, mais il faudrait sauter de l’hélico avec pour l’activer !
– Andreas, ne te sacrifie pas !
– Oh non ! Le monstre ne veut pas ouvrir la bouche, il faudrait qu’il ait une raison de le faire, comme un truc à manger, pour que l’on puisse larguer le baril dans sa gorge !
– Andreas, ne…

Et Andreas se sacrifie. Je sais, personne ne l’avait vu venir : il saute de l’hélico dans la gorge du monstre, et une fois là-dedans, fait sauter sa grenade, son baril d’eau bénite, et pouf pouf, le vilain troll s’effondre, victime d’une indigestion et d’une bénédiction en même temps.

Nos héros ont donc vaincu, mais à quel prix ! Et pour fêter cela, parce que bon, on va pas chialer non plus… tout le monde décide d’aller chez Nora, dans la demeure où elle s’était isolée du monde (super, merci, je veux être tranquille, et hop, v’là les squatteurs), et où Timétroll vit en paix avec eux, à part quand il chie sur le toit parce qu’il n’a pas trouvé sa litière ou la tombe royale la plus proche. Tout est bien qui finit bien, surtout maintenant que ce blaireau d’Andreas est mort et…

… FIN !

« Mais alors dès le début du film, si on avait pris n’importe quel texte médiéval sur les trolls au pif, on aurait su comment les vaincre ? Oh ben flûte alors ! »

Eh bien, comme le disait le prince Charles en regardant Harry au Canada : « Ça valait le coup d’en faire un deuxième. »


Hop ! Vous pensiez vous en tirer si facilement ? Voici un petit contrôle surprise pour vérifier que vous avez bien suivi le film. Voyons si vous répondez comme un vrai Norvégien :

– Pouvez-vous citer une créature du folklore nordique ?
– Qu’est-ce qui hante les réseaux sociaux et est souvent accusé d’être russe ?
– Si je dis que l’éducation nationale est en pleine forme, je suis un… ?
– Qu’est-ce qui vit sous les ponts mais ne boit pas de 8-6 pour se réchauffer ?
– À quoi ressemble Jack Lang ?

Attention, c’est pas facile.

PDF

05.02.2026 à 13:50

Chapeau melon et bottes au cul

Un odieux connard

En septembre 1944, les Alliés lancent une grande opération aux Pays-Bas, afin d’ouvrir une route vers l’Allemagne, sous le doux nom de « Market Garden ». L’affaire ne va pas exactement se […]
PDF

19.01.2026 à 11:16

Le cycliste, cet être majestueux

Un odieux connard

L’homme moderne est privé d’aventure. Le monde est déjà exploré, l’espace aérien conquis, quant aux fonds marins, ne m’en parlez pas, on y retrouve des bouts de sac plastique et […]
PDF

05.01.2026 à 10:21

Avatar 3 – Bon pour le cendrier

Un odieux connard

– Diego, viens par ici. Le brave serviteur cesse d’épousseter ma collection d’armes à intrus et approche d’un pas timide, voire ouvertement lâche. – Je vais te faire un petit […]
PDF

24.12.2025 à 17:00

Le petit mot de Noël 2025

Un odieux connard

Voici venir l’heure traditionnelle du petit mot de Noël. Comme chaque année, ceux d’entre vous qui ont un métier dans la santé, le droit ou l’informatique vont devoir passer le […]
PDF
6 / 10
 Persos A à L
Carmine
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
Lionel DRICOT (PLOUM)
EDUC.POP.FR
Marc ENDEWELD
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
Samuel HAYAT
Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Christophe LEBOUCHER
Michel LEPESANT
 
 Persos M à Z
Henri MALER
Christophe MASUTTI
Jean-Luc MÉLENCHON
MONDE DIPLO (Blogs persos)
Richard MONVOISIN
Corinne MOREL-DARLEUX
Timothée PARRIQUE
Thomas PIKETTY
VisionsCarto
Yannis YOULOUNTAS
Michaël ZEMMOUR
LePartisan.info
 
  Numérique
Blog Binaire
Christophe DESCHAMPS
Louis DERRAC
Olivier ERTZSCHEID
Olivier EZRATY
Framablog
Fake Tech (C. LEBOUCHER)
Romain LECLAIRE
Tristan NITOT
Francis PISANI
Irénée RÉGNAULD
Nicolas VIVANT
 
  Collectifs
Arguments
Blogs Mediapart
Bondy Blog
Dérivation
Économistes Atterrés
Dissidences
Mr Mondialisation
Palim Psao
Paris-Luttes.info
ROJAVA Info
 
  Créatifs / Art / Fiction
Nicole ESTEROLLE
Julien HERVIEUX
Alessandro PIGNOCCHI
Laura VAZQUEZ
XKCD
🌓