29.05.2026 à 16:38
Un odieux connard
Longtemps, l’Homme a contemplé les étoiles.
Ces astres scintillants lointains, inatteignables, et pourtant, tellement attirants. Mû par cette volonté qui lui a permis d’abattre tous les obstacles depuis la nuit des temps, il inventa des outils pour vaincre la gravité. Il le fit, par une belle journée de décembre 1903, quelque part en Caroline du Nord, narguant les lois de la nature durant une poignée de secondes le temps de voler sur quarante mètres. Qui aurait pu prédire que seulement quelques décennies plus tard, il irait sur la Lune ? À présent, l’Homme avait les yeux rivés sur Mars. Et savait déjà que les étoiles qui le narguaient depuis bien avant l’invention de l’écriture, seraient bientôt siennes.
Alors, bordel, pourquoi son train n’arrivait-il pas à faire Paris-Le Mans ?
Le monde des transports est ainsi : mystérieux. On dit d’ailleurs que c’est en discutant avec une guichetière Gare de l’Est que Lovecraft, jusqu’alors homme raisonnable, inventa Cthulhu. Et si récemment, ledit monde a fait parler de lui, c’est parce que la SNCF, dans un instant de naïveté, tenta d’améliorer la qualité de son offre de voyage en proposant, pour quelques euros de plus, des voitures « sans enfants », où le voyageur fatigué n’aurait pas à supporter les hurlements de Léanon ou l’épisode de la Pat’Patrouille diffusé à plein volume de Matthenzo. Cette affaire, qui a déjà quelques mois, fit trembler l’internet français jusqu’à son dernier Minitel, les uns arguant qu’une société dans laquelle on ne voulait pas voir d’enfants était une société mourante, alors que les autres rétorquaient que c’est Léanon qu’on aurait voulu voir mourante, là, de suite, pourvu qu’elle ferme sa grande bouche.
Maintenant que la poussière des débats est retombée, permettez-moi de vous inviter à prendre un siège, un cigare, et rappeler cette règle simple : en train, le problème, ce ne sont pas les enfants. Non. Le problème…
C’est que c’est peuplé de gigantesques connards.
Et croyez-moi, je m’y connais.
Permettez-moi, riche de ma longue expérience, de vous rappeler que si la Cour des Miracles n’existe plus dans les souterrains de Paris, c’est parce qu’elle a été montée sur roues puis sur rails, enrichissant désormais le quotidien de tous ceux qui n’en demandaient pas tant.
Mais, assez introduit, comme on dit dans les soirées interlopes : passons donc aux cas pratiques.
Il est facile d’identifier les personnes qui ne prennent pas souvent le train. En effet, on les reconnait à leur air surpris lorsque 10 minutes après le départ du train, elles constatent que des gens circulent encore en tous sens en cherchant leur place. Ils n’ont pas connaissance de cette créature maudite des hommes et des dieux : l’errant.
Tout train en a, c’est une sorte d’obligation. Certains suggèrent que cela pourrait être les âmes damnées de voyageurs restés coincés lors d’une grève de Sud-Rail, et qui hantent les lieux pour l’éternité, mais personnellement, je pense à une explication bien plus simple : ces gens sont incroyablement cons.
L’errant n’est en effet pas foutu de comprendre un billet. Pas de le lire, non : de le comprendre.. On le reconnait au fait qu’il débarque toujours dans la mauvaise voiture, et mieux encore, à la mauvaise place, et l’énonce à voix haute avec une candeur qui laisse pantois. Prenons un exemple : vous venez de prendre place dans votre train en direction de Marseille, car vous aimez l’aventure. Vous êtes voiture 3, place 42. Soudain, une voix vous interpelle :
« Bonjour ! C’est ma place.
– Ah bon ? Vous êtes voiture 3, place 42 ?
– Non, je suis voiture 5, place 81. »
L’errant prouve ainsi qu’il sait lire son putain de billet, nardin, mais que par on ne sait quelle logique, il ne fait aucun lien entre le joli numéro qu’il vient de lire dans sa tête et le joli numéro qui s’étale devant ses yeux. Il se contente, tel un bébé devant une table basse, de s’avancer hagard vers le premier coin qui passe, et d’y rencontrer un échec douloureux avant de continuer un peu plus loin. Rappelons que cette créature dont la logique rendrait fou la plupart des scientifiques a le droit de vote : elle ne sait pas lire 3 chiffres sur un billet de train, mais on lui demande son avis sur la gestion du budget de l’Etat.
« Allons, Monsieur Connard ! » s’exclameront les plus audacieux qui ne craignent ni ma pelle, ni le Diego qui est au bout « Ce sont peut-être juste des gens arrivés en retard et qui, montés dans la première voiture, cherchent désormais, encore confus de la course, où s’installer. »
Votre optimisme vous honore, mais l’errant est rude à la tâche, et souhaite bien prouver que son QI est inférieur à son numéro de siège. Ainsi, il aura TOUJOURS remonté le quai trop loin, prouvant que, non, il n’est pas monté dans le train au plus vite. Parfois, il va même marcher 5mn sous la pluie pour aller tout au bout du quai, et montrer que vraiment, il en veut, avant de là, et seulement là, grimper à bord, dégoulinant de toute l’eau d’averse qu’il a accumulée durant son inutile voyage, et commencer seulement à demander « C’est bien la voiture 2 ? » alors que clairement, non, ici c’est la 17, espèce de sombre petit coprolithe, tu aurais pu t’en inquiéter 150m plus tôt, maintenant file, tu sens le chien mouillé.
« Vous exagérez », diront certains. Prouvant ainsi qu’ils ne prennent pas souvent le train, tant le phénomène des errants est si commun que même la SNCF a fini par se demander en termes élégants « Mais bon sang, qu’est-ce qu’ils ne comprennent pas dans « Voiture 5, place 81″ ? ». Et proposé une réforme des billets où il est désormais marqué… « Voiture 5, place 581 ». Non, ça ne risquait pas d’aider. Oui, c’est toujours autant le bordel.
Alors qui êtes-vous, errants ? Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi cherchez-vous encore votre place 25mn après le départ ? Là où des coquins s’enfoncent des objets dans le roudoudou pour égayer le quotidien des urgentistes, avez-vous fait de même avec des crayons de couleur (founis par la SNCF) dans vos narines jusqu’à vous gratter l’intérieur de la boîte crânienne ? Par quel miracle avez-vous atteint l’âge adulte alors que quand on vous dit que la place 81 est du côté du numéro marqué « 81 », vous semblez véritablement vraiment apprendre quelque chose ?
Que de mystères. Et tout autant d’envies de meurtres.
Pétomane, passe ton chemin, car il ne sera point question de tes hobbies.
Il convient ici d’éclaircir un autre grand mystère. Sur notre planète, plus de 5 000 végétaux différents peuvent se retrouver dans l’assiette des humains. Ce à quoi il faut ajouter la viande, le lait, les œufs, votre voisin (en cas d’apocalypse) et autres ressources venues de nos amis les animaux (qu’on aime bien, mais plus encore avec de la sauce bourguignonne). Alors, pourquoi ?
Pourquoi, sitôt dans un endroit étroit et clos, mangez-vous TOUJOURS UNE CLÉMENTINE ?
Alors, je n’ai rien contre cet agrume, mais rappelons que frère Clément, lorsqu’il le découvrit, déclara, et je cite « Mais putain, ça veut pas se peler cette merde, et puis raaah, je me fous du jus partout, ça colle. Bon, et pour le goût… mmgnouais, okay, mais cha fais « chkouich chkouich » quand che mords dedans, ch’envois du jus dans tous les chenches, et cha chent chuper fort.« . Comprendre que de nos jours, n’importe qui peut emmener une banane, des amandes ou un steak au poivre, mais non : le peuple mystérieux des transports a une sorte d’addiction pour l’un des rares fruits qui va fouetter dans tout le wagon, transformer la tablette en piscine et potentiellement envoyer du jus jusqu’au voisin qui espérait rester propre jusqu’à son arrivée.
Le parfumeur a donc cette passion secrète : faire que tout un chacun puisse profiter de son repas. Bien sûr, certains feront diversion en me disant « Oui, mais les burgers », « Oui, mais les kebabs »… mais apapap. Le snack est proposé en gare ou devant ses lourdes portes, dur, donc, de reprocher au voyageur du rail d’avoir cédé à son appel (voyez comme je suis généreux). Alors que la clémentine ? C’est parfaitement prémédité. Le parfumeur, chez lui, a contemplé sa cuisine et tout en faisant claquer au sol les sabots qui lui servent de pieds, a choisi le truc qui fouettait le plus à emmener avec lui.
Et ne parlons pas de l’homme qui s’est emporté un petit camembert dont vous me direz des nouvelles, et qui visiblement, a passé un peu trop de temps dans le sac.
Il faut donc être ferme : le parfumeur mérite le respect moins encore que le pétomane précédemment cité. Car ce dernier au moins la décence de ne pas aller acheter des accessoires pour accomplir son sinistre office avant de monter à bord.

Vous et moi savons qu’une partie de la population préférerait, en cas d’accident, sauver leur téléphone plutôt que leur enfant. Notez qu’on est d’accord sur un point : nous aussi on préfère notre téléphone à leur enfant.
Si la SNCF a proposé des voitures sans enfants, n’oublions pas que le vrai problème est plus grand. Et souvent, assis juste à côté : on parle de « parent ».
On reconnait le parent qui va provoquer l’apocalypse au fait qu’il monte dans le train avec un enfant dans une main et un téléphone dans l’autre. Or, en général, il a décidé qu’il n’avait assez d’attention que pour l’un des deux, et son enfant contenant vachement moins de vidéos de chats qui dansent, il a choisi. Noa (sans H) va donc pouvoir briser les vôtres librement, surtout que le parent a en général décidé que pour occuper l’enfant, rien de mieux que de lui donner du rien.
Vous confisqueriez son téléphone et toute distraction au parent pour un voyage de 3 heures, il péterait une durite, mais lui suppose que Noa, pour qui 3h ça va être encore plus long (durée ressentie : 2 jours), devrait bien s’occuper avec, je ne sais pas moi, une tablette SNCF. Toutes les conditions sont donc réunies pour que Noa passe de son état naturel (on parle de « trou du cul ») à son état de voyage (« je suis possédé par Satan »). L’Enfer peut donc ouvrir tout grand ses portes, et les hurlements de mille démons poussés par la minuscule gorge transformer ce qui n’aurait dû être qu’un simple voyage en publicité roulante pour l’autorisation de l’avortement dans les 48 mois après la naissance.
On notera d’ailleurs que le parent n’emmène jamais avec lui un enfant entre 8 et 18 ans, soit l’âge où il peut s’occuper plus ou moins seul. Pourquoi ? Où passent ces enfants ? Par quel miracle est-ce qu’on ne trouve que des bébés et des marmots incontrôlables en bas-âge, et bien évidemment tous atteints de troubles de l’attention et autre hyperactivité (c’est ce que le parent vous dit généralement lorsque vous sortez votre arme pour abattre la bête mugissante ; une curieuse excuse, puisque si la bête souffre, c’est une deuxième bonne raison d’en finir) ? Est-ce que ces gens sont conscients que répéter un vague « Chut » pour la 256e fois ne va pas plus que les 255 fois précédentes arrêter Noa d’imiter le cochon qu’on égorge avec un coupe boulon ? Pourquoi le contrôleur tente-t-il de me maîtriser lorsque je sors mon mauser ? Que d’interrogations sans réponses.
Evidemment, si jamais vous veniez à suggérer du bout des lèvres que mettre le marmot devant un film pourrait le calmer, seules deux choses pourront se passer :
A) On vous expliquera que les écrans, c’est mauvais pour Noa (alors que les possessions sataniques, ça va)
B) S’ils cèdent, ils n’auront pas de casque, vous pourrez donc entendre Dora se demander où elle a encore mis sa carte, et l’envie de répondre sera grande
La SNCF doit donc bien réaliser que le problème n’est pas tant l’enfant, dont tout le monde se moque bien lorsqu’il est occupé à son coloriage dans le cahier d’à côté. Par contre, je suis personnellement prêt à payer un billet plus cher, non pas pour voyager sans marmot, mais pour expédier les géniteurs à Cayenne. Où un adjudant de la Légion Etrangère leur expliquera sa propre vision de « l’éducation positive ».
Toujours est-il que cela nous amène à l’entité maléfique suivante…

Le sans-écouteurs, hypocrite, compte sur le fait que les autres mettent leurs écouteurs, sinon il ne pourrait pas entendre ce qui sort de son téléphone.
Lors de la Création, Dieu contempla le monde et vit qu’il était silencieux. Aussi, il créa le son.
Quelqu’un alluma alors du Booba, et Dieu se dit que houlala, merde, j’ai p’têt’ chié dans la colle. Dans sa grande bonté, il créa les écouteurs, permettant à chacun de ne pas avoir à révéler ses goûts discutables à son entourage. De nos jours, les écouteurs sont donc partout, tout le temps, ne coûtent quasiment rien, et toujours moins que les chaussures du type qui n’en a pas (d’écouteurs).
Car s’il est inutile de disserter sur les envies de meurtre avec des objets plus ou moins exotiques que provoque l’apparition d’un sans-écouteurs, il nous faut observer que malgré l’alignement chaotique mauvais de ces trublions, ils respectent scrupuleusement deux règles :
– Le sans-écouteurs a toujours des goûts de merde. Qu’il regarde une vidéo ou écoute de la musique, c’est inévitablement consternant. Preuve en est, personne ne raconte jamais avoir croisé un type qui écoutait de l’opéra sans écouteurs dans le métro, ou profité d’un documentaire sur Winston Churchill dans le RER.
– Plus une personne parle fort au téléphone, moins sa vie est intéressante. Ainsi, le sans-écouteurs fera profiter de toute la voiture de Kenza, tchu chai pas ch’qu’elle a dit ? Ch’te jure. Ch’te jure meuf. Chi, chi. Alors que personne, là encore, n’a croisé de type pilotant une opération à cœur ouvert depuis son mobile.
Dernier point essentiel : le sans-écouteurs étant une créature dégénérée, elle progresse sur cette voie en allant encore plus loin, par exemple en diffusant désormais les messages vocaux qu’elle reçoit, ou mieux encore, en faisant des appels en visio. Car il est évident qu’il est essentiel de diffuser à son interlocuteur l’image de soi-même assis dans un carré SNCF, et de préférence, suffisamment mal cadré pour filmer tous les autres passagers qui regardent vers le sans-écouteurs avec un rictus haineux. Autre règle mystérieuse : l’interlocuteur du sans-écouteurs, probablement du même niveau, sera lui aussi toujours mal cadré et en train de faire autre chose en même temps, prouvant ainsi que cet appel n’avait décidément rien d’urgent.
Attention, si la personne dispose carrément d’une enceinte bluetooth, on ne parle plus de « sans-écouteurs » mais de « gibier pour bagne ».
Evidemment, les trains regorgent de bien d’autres créatures magiques, comme les voyageurs sans billet qui, à l’approche du contrôleur, déploient mille ruses avec une inventivité et une créativité dignes du cinéma français. Autant dire, bien peu, tout cela pour donner un bien triste spectacle que personne n’a envie de voir, mais que les autres devront financer quand même. Mais, cela fait assez de misanthropie pour aujourd’hui.
Nous parlerons donc plus tard des autres cercles de l’enfer des transports, comme lorsqu’il se passe quand, dans la moiteur d’un hangar oublié, un TER s’accouple avec une rame de métro, et que jaillit de cette union monstrueuse un RER B.
Brrrr.
14.05.2026 à 09:43
Un odieux connard
L’appel.
Vous le connaissez. C’est cette miniature qui apparait dans un coin de votre champ de vision alors que vous n’en demandiez pas tant, et soudain, attire votre regard coupable. Vous savez que c’est un piège. Que vous ne devriez pas cliquer. Mais pourtant, vous avez envie de savoir. Et si vous regardez vers vos épaules brièvement, ce n’est pas pour prendre conseil auprès de votre bonne et de votre mauvaise conscience, que nenni ! C’est bien pour vous assurer qu’aucun témoin ne vous verra lorsque vous appuierez sur « Regarder ».
C’est cela, l’appel. Celui du film pas fin, qui sent bon la soirée pizza (chez vous, pas chez moi, ça jure sur ma table en chêne et je ne mange pas de ce pain-là), et qui se regarde avec culpabilité.
Et c’est probablement dans ce but que War Machine a été conçu. Un film sans subtilité, avec des gros muscles, des drapeaux américains géants, et bien sûr, des envahisseurs qui auraient mieux fait de tenter leur chance au Vatican. Alors, ne nous le cachons pas : ce spoil, c’est évidemment parce que même si vous ne l’avez pas regardé pour préserver votre réputation de personne qui ne se pose que devant Arte pour regarder des documentaires sur les tagueurs du métro de Berlin… vous avez envie de savoir. Aussi, pour que vous puissiez continuer à aller à vos soirées moustaches & vapoteuses sans être chassés à coups de pierre…
Spoilons, mes bons !
Notre film commence il y a quelques années, dans la riante province d’Afghanistan.
Car en ce temps-là, l’armée américaine aimait à y gambader joyeusement tant le paysage y est pittoresque. Sauf que voilà, un beau matin, un convoi tombe en panne : c’est encore le joint de culasse de la jeep de Dédé qui a lâché. Arrive donc en renfort un second groupe de véhicules avec à son bord notre héros : John Big Balls. Ingénieur militaire de son état, il est surtout une bonne grosse caricature de film d’action, du genre qui doit marcher en cow-boy non pas par patriotisme, mais à cause des big balls susmentionnées qui maintiennent ses genoux à 1 mètre l’un de l’autre et lui servent de pouf lorsqu’il s’assoit sur la courtoisie, l’élégance, le bon goût, et tout ce qu’on ne trouve pas dans un film à explosions.
Et c’est donc dans ce bel esprit que John va saluer le chef du convoi en rade.
– Bob ! You fucking bloody bad motherfucker ! Viens ici serrer ma grosse paluche !
– John ! You cocksucking fucking fuck fucker fucking fuck.. bref ! Viens faire câlin !
Et les deux de se frotter virilement les pectoraux, en toute hétérosexualité bien sûr. Un geste qui intrigue un pauvre soldat qui pose innocemment la question :
– Euh… vous vous connaissez ?
– À ton avis ? Tu crois que je frotte mes tétons avec ceux du tout venant, bidasse ?
– Ben c’est-à-dire qu’hier, au Fucking Blue Boy, vous avez…
– APAPAP ! Non, bidasse ! Le garçon que tu vois ici, ce John, qui a le même tatouage que moi « DFQ » au bras pour « DON’T FUCKING QUIT » (« N’abandonne putain de jamais » ou « Ne pas en train de baiser quitter« , selon votre niveau d’anglais)… c’est mon frère !
Et les deux, tout en réparant le véhicule en panne, car oui, c’était bien le joint de culasse, de reprendre une vieille conversation.
– John… tu te souviens quand on avait 18 ans ? On s’était promis de rentrer dans les Rangers ! Au lieu d’être ici, dans l’armée régulière, à réparer des moteurs au milieu de nulle part !
– Comment ça quand on avait 18 ans ? On n’est pas jumeaux. On a eu 18 ans en même temps ?
– Euh… attends… merde, je crois que le script… bon, on va dire que maman nous a pondus a 9 mois d’écart. Bref ! Qu’en dis-tu ?
– J’en dis que non.
– Alleeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeez !
– Très bien. Je me range à la puissance de tes arguments : on va s’inscrire au stage pour devenir Rangers.
Sauf qu’alors que tout le monde tombe d’accord, voici que c’est une roquette qui tombe tout court au milieu du convoi. Bien mal élevée, elle interrompt tout le monde d’une bruyante explosion, et pire encore, a invité d’autres amies roquettes à la fête. Ces roquettes n’ont aucun savoir-vivre. En peu de temps, tout le monde est mort, sauf John Big Balls, qui bien que blessé (il s’arrache des bouts de métal du corps et se remet debout sans hémorragie, hopopop), parvient à attraper son frangin mortellement touché et à marcher vers la base la plus proche…
Jusqu’à ce qu’il soit interrompu par son brutal réveil.
Car tout ça, mes bons amis, ce n’était qu’un souvenir de cette rude époque où on ne pouvait pas pique-niquer en bord de route sans être interrompu par des Talibans coquins (les Talibans détestent les pique-nique, le Babybel étant haram). Là, tout de suite, John, ses Big Balls et ses blessures fraîchement cicatrisées sont en réalité à bord d’un bus qui se rend dans le camp d’entrainement des Rangers, où toutes les recrues doivent abandonner toutes leurs affaires (papiers, photos, statuette de Donald Trump en ivoire) pour ne prendre qu’une chose : un numéro. Qui sera leur seul nom durant le stage. John devient ainsi le numéro 81, prêt à tenir la promesse faite à son frère de devenir un Ranger, et va se mettre en rang avec ses petits camarades pour écouter le discours du Major Carl Hicature, expliquant comment cela va se passer.
– Bidasses ! Si vous êtes ici, c’est que vous voulez devenir l’élite de l’élite, la crème de la crème ! Pour ce faire, vous allez rester 8 semaines avec nous pour ce qui est le stage d’entrainement le plus DIFFICILE AU MONDE.
Le discours est brièvement interrompu par les gloussements amusés de toutes les unités d’élite au monde. Mais Netflix, pour des raisons patriotiques, a évidemment coupé cela au montage et le discours peut reprendre.
– Ahem. Bref, vous allez en chier comme des ânes. ET J’ENTENDS ENCORE RIRE AU LOIN ! CA SUFFIT MAINTENANT !
On suit donc l’entrainement de John, qui malgré une papatte blessée après ses aventures en Afghanistan, reste un surhomme. Pourquoi ? Mais… parce que, bien sûr. Oui, le film a décidé de blesser le héros gravement au début du film, mais sachez qu’en fait, on n’en parlera plus. Ah. Toujours est-il que John Big Balls est plus fort que tout le monde dans tous les domaines, mais pour autant, ne fait pas ami-ami avec le reste de la troupe et s’assoit toujours seul à la cantoche (ses balls ont beau être énormes, elles ne peuvent servir de pouf qu’à une seule personne à la fois). Il refuse même de devenir chef d’escouade quand on lui propose. John veut juste finir le stage sans emmerdes, ça suffit maintenant.
Mais des emmerdes, il s’en attire seul lorsque lors d’un exercice où il faut rester le plus longtemps possible au fond d’une piscine…
John oublie de remonter.
D’après le film, c’est parce que ses énormes balls le maintiennent au fond : en effet, il ne sait tout simplement pas quand s’arrêter. Donc, quand remonter. D’après moi, c’est plutôt qu’il est un peu con. Je vous laisse juger de ce qu’il se passerait si tous les Rangers étaient comme lui :
– Monsieur le Président, nous sommes envahis. L’armée de Monaco est sur nous.
– Bon sang, comment allons-nous arrêter ces 5 carabiniers ? Tant pis : envoyez l’élite de l’élite. Déployez les Rangers.
– Alors, à ce sujet..
– Oui ?
– Ils sont tous morts.
– Ah bon ? Contre 5 Monégasques ?
– Non non. On a fait une sortie piscine, et pouf. Tous morts.
Alors ? Ça sonne con ou brave ? Voiiiiilà. Nous sommes d’accord.
C’est donc le reste de l’unité qui doit tirer John Big Balls de l’eau, et le ranimer sur le bord de la piscine, massage cardiaque compris. Le Major Carl, qui suivait tout ça en fronçant très fort les sourcils, décide de convoquer John. Pour lui expliquer qu’il a échoué en manquant de se tuer tout seul ? Allons, arrêtez tout de suite votre logique, bande d’êtres doués de raison ! C’est beaucoup plus profond.
– Caporal Big Balls, nous avons un problème. Et je ne parle pas du fait qu’on vous a retrouvé flottant inconscient dans le filtre de la piscine. Vous savez combien ça coûte de le changer ? Enfin bref. Vous êtes formidable. Vous avez des résultats extraordinaires. Mais… vous n’avez pas le bon état d’esprit. J’entends par là que nous avons étudié votre dossier : vous avez été blessé en Afghanistan. Et au lieu de vous reposer et de soigner votre traumatisme, tout ce que vous avez fait, c’est candidater pour venir ici. Vous feriez mieux de vous soigner d’abord. Alors signez votre départ volontaire de l’unité. Ainsi, vous pourrez recommencer le stage une autre fois, après avoir pris soin de vous. Alors que si on vous vire : c’est définitivement terminé. Donc vous avez le choix : partir volontairement et avoir une deuxième chance OU on vous vire maintenant.
– …
– Ne soyez pas con, John.
– …
– Oui pardon, en même temps, je demande de ces trucs. Non, sans rire : signez.
– … je refuse de signer. Je vous laisse, je dois retourner m’entraîner.
– Seigneur… quelles Big Balls !
Alors vous me direz « Attendez ? Le major ne vient pas à l’instant de lui dire que c’était départ volontaire ou coup de pied au cul ? Donc puisqu’il a refusé le départ volontaire, où est le coup de pied au cul ? ». Eh bien… ils ont oublié. Oui, toute cette scène ne sert à rien. Si John veut continuer à s’entraîner, bah, il peut, aucun problème. Ils l’ont donc juste convoqué pour lui demander un truc qu’en fait, ils n’avaient pas envie qu’il fasse. Et prouver qu’accessoirement, ils acceptent au stage « le plus difficile au monde » des gens dont ils n’ont jamais lu le dossier, puisque c’est le passif de John qui soudain, leur pose problème. Alors qu’il n’a pas changé.
Vu le niveau, je crois qu’il va falloir que le major aussi se tienne loin de la piscine.
Enfin. Semaine après semaine, la plupart des candidats dégagent, jusqu’à ce qu’à la fin, ne restent que John et une poignée de larrons. Le major peut donc leur annoncer ce qu’est l’épreuve finale.
– Une dictée.
– OOOOOOOOOOOOOOOOOH ! J’aband-
– Non, attendez, je déconnais.
– Aaaaaah !
– L’épreuve finale est une mission commando. Nous allons simuler un sauvetage de pilote. Deux hélicoptères vont vous déposer un peu plus loin sur un des terrains de la base à quelques bornes d’ici, et vous devrez, par vos propres moyens, vous rendre sur le site où nous avons placé une épave d’avion, la détruire pour qu’elle ne tombe pas aux mains de l’ennemi imaginaire, puis libérer le pilote dans un village voisin. Les méchants seront joués par nous, les cadres du stage. Si on vous tombe dessus, c’est perdu ! Quant à votre équipement, vous aurez les trucs basiques genre boussole et chaussettes propres, des fusils chargés à blanc, et un peu d’explosifs pour faire péter l’épave. Vous aurez 24h pour terminer la mission et revenir sur la place d’armes de la base. Des questions ?
– Greu… si le fusil est chargé à blanc, est-ce que je peux…
– Non, John. Vous n’avez pas le droit d’attaquer les cadres avec votre couteau.
– Rhooo…
– Par contre, on vous nomme chef d’escouade.
– Mais ? Vous n’étiez pas à deux doigt de me virer il y a dix minutes ?
– Si, mais on s’est dit que ce serait rigolo.
L’humour militaire reste un grand mystère.

« On applique la méthode française de la fonction publique : si ça pose problème, on donne suffisamment de points de mutation pour le dégager ailleurs, quitte à ce que ce soit avec une promotion. »
Les stagiaires sont donc chargés dans les aéronefs, et comme convenu, largués dans les montagnes qui entourent la base. Ils peuvent donc gambader joyeusement jusqu’à un fourré joli où ils se regroupent tels d’élégants lutins kakis. Et où John leur explique que ça va être bien simple :
– Il suffit de me suivre et nous y arriverons. On ne baise pas quitter.
– Pardon ?
– Euh… on n’abandonne pas. Et comme l’a dit le major avant notre départ : nous avons exactement 24h pour accomplir notre mission et revenir à la base. Si nous y parvenons, au moment où nous nous tiendrons victorieux et debout sur le gros logo « Rangers, fuck yeah » de la place d’armes, il nous remettra la bande velcro officielle des Rangers. Et nous aurons réussi. Je lance donc ma montre… voilà. Nous avons exactement 23h, 59mn et 59s à partir de maintenant.
– Euh… chef ?
– Oui ?
– Au moment où on a sauté de l’hélico, on a entendu les pilotes annoncer que l’épreuve débutait. Donc entre notre petite cavalcade, le rassemblement et le speech, vous êtes déjà dans les choux de plusieurs minutes.
« Plusieurs minutes« , c’est peut-être un détail pour vous (surtout si vous êtes parisien), mais quand il s’agit de régler un détonateur ou d’attaquer en même temps, comme ce que l’on fait au hasard dans l’armée et plus encore dans les unités qui se réclament de l’élite, ça devient un poil plus important. On le sait donc désormais officiellement : non seulement John oublie parfois de respirer, mais en plus, il ne sait pas compter.
La mission se poursuit cependant, et tout le monde se promène entre les pins majestueux, lorsque soudain, un grand bruit secoue tout le monde : des projectiles enflammés fendent brièvement les cieux avant d’aller exploser, hors de vue, bien plus loin. Qu’est-ce que c’était ? Nos héros supposent qu’il s’agit de feux d’artifices et autres effets spéciaux pour simuler de l’artillerie (ou tout simplement un enfant qui s’amuse avec un canon de 105 dans son jardin, nous sommes aux Etats-Unis, c’est crédible). Grave erreur ! Mais nous y reviendrons.
Car au petit matin, nos amis débouchent enfin là où l’épave qu’ils doivent détruire se trouve. Enfin, on va pouvoir bosser un peu, saperlipopette, parce que marcher dans la pampa, ça va bien cinq minutes, dites. Et en effet : dans un ruisseau gît un énorme aéronef. Du genre futuriste.
– Ah non vraiment, ils ont un gros budget effets spéciaux chez les Rangers ! On dirait un vrai engin du futur !
– On est l’armée américaine mec. On a des moyens. Si on était français, la cible serait représentée par une Twingo. De 1995. Sans pneus. Dessinée sur un papier. Recyclé. Ayant servi à imprimer un mail. Lui-même ayant…
– Oui bon, ça va, on n’est pas un pays pauvre : on s’y met ?
Et une petite équipe va poser les explosifs pour détruire le bousin. Mais John Big Balls, lui, aperçoit un truc qui brille un peu plus haut dans la forêt jolie. Serait-ce les cadres du stage qui tendent une embuscade ? Il décide d’aller voir prudemment, des fois qu’il puisse les planter au couteau malgré tout, rheuu, rheuu, et…
Tombe sur une épave d’avion. Elle, bien pourrie, ayant bien plus la gueule de ce qu’on utilise en exercice.
– Mais ? Mais ? Si le vrai objectif est là… qu’est-ce qu’on s’apprête à faire péter ?
Se tromper d’objectif, faire péter une cible qui n’a rien à voir : ce film est finalement assez crédible quant aux méthodes de l’armée américaine. Et, boum ! Ils tentent de faire sauter le premier aéronef trouvé… sauf que le tout ne fait même pas une rayure sur le bousin. L’étonnement est général chez les apprentis rangers, qui se demandent si c’est leur matériel qui est pourri, ou si cet aéronef est en Balkanium (c’est quand un truc résiste à tout au point que c’en est ridicule), mais la stupéfaction grandit encore quand l’étrange machine s’anime avec tous les poncifs des créatures mécaniques de films hollywoodiens :
– Des lumières partout
– Des parties qui se déplient et qui se replient en faisant GRON ! GRON !
– L’engin fait en permanence un bruit qui ressemble à une guimbarde reliée à un ampli de basse (sauf si personne ne le regarde, bien sûr, là, pouf, il est silencieux)
Et le tout se transforme en énorme bipède avec des tonnes d’armes, qui se met à scanner toute la zone avec une lumière bleue, parce que les machines super sophistiquées intergalactiques, c’est indestructible, par contre, ça envoie plus de lumière que mon scanner à main du temps de Windows 98. Puis, la lumière vire au rouge, ce qui est mauvais signe, plus encore quand elle verrouille l’équipe qui avait posé les charges… et qu’elle est suivie par une série de tirs de canons du bousin qui pulvérisent les pauvres gens.
Bon, ne me demandez pas pourquoi, la machine infernale tire ce qui ressemble à des fusées de feu d’artifice. Ça fait moyennement sérieux, mais puisque ça fait le boulot quand même, on va dire que l’alien est comme ça : il est festif. Puisque oui, cette machine vient bien de l’espace, comme se le disent les survivants, menés par John, qui s’enfuient en courant.

La machine, qui a évidemment des lumières rouges méchantes des fois qu’on la pense venue jouer à la belote.
– John ! C’est quoi cette merde ? Ça a tué les copains, ça ne fait pas partie du stage !
– Je ne sais pas, mais ça ne vient pas de cette planète ! Vous vous souvenez à la cafet’ avant qu’on ne parte ? La télé parlait d’un curieux objet qui approchait la Terre… et s’était divisé en plein d’objets plus petits. Apparemment, on vient de trouver un des trucs largués par l’objet spatial ! C’est ce qu’on a dû voir passer au-dessus de nous un peu plus tôt !
– Mais alors, on fait quoi ? On a utilisé nos explosifs, nos fusils sont chargés à blanc…
– Je n’aime pas dire cela mais : FUYOOOONS !
Et tout le monde de courir, pour finir au bord d’un ravin.
Hélas, l’engin de l’espace ne compte pas les laisser s’en tirer à si bon compte. Ainsi, après avoir fait plus de ZUIP ZUIP VZOUUU et de lumières qu’un concert de Daft Punk, la machine infernale décide de propulser vers nos amis… un mystérieux objet. Qui atterrit à leurs pieds. Alors, quelques indices quant à ce que c’est :
– C’est envoyé par une machine qui tente de les tuer
– Ça ressemble à une grenade
– Ça se déplie en faisant une lumière rouge
– Ça fait VZOUM VZOUM de plus en plus vite
À votre avis, faut-il se jeter à terre ou simplement s’exclamer : « MAIS QU’EST-CE DONC ? » des fois que ce soit en réalité un œuf de Pâques (car Djizousse étant intergalactique, le lapin de Pâques doit l’être aussi) ?
Eh bien nos héros choisissent la seconde option. Et pas de bol : c’était bel et bien une grenade du futur, qui leur pète au nez.
Sachez d’ailleurs que de tout le film, à chaque fois que l’engin enverra des grenades, le temps avant détonation ne sera jamais le même. Parfois, ça pète une seconde plus tard, parfois cinq, voire dix. Vous me direz « Vous êtes de mauvaise foi : peut-être que l’engin peut programmer la durée avant explosion quand il les lance !« . Alors, je veux bien, mais dans ce cas : pourquoi est-ce que c’est calculé pour toujours péter de la manière la moins efficace possible, laissant ainsi aux héros le temps de filer ? Voilà. Merci. Maintenant, cessez de me contredire : j’ai encore de la place à la cave pour les gens comme vous, margoulins.
Dans l’immédiat cela dit, et comme tout le monde est resté sur place à regarder bêtement, la grenade fait boum et envoie nos stagiaires dévaler la pente du ravin voisin. Ce qui en tue plusieurs, en blesse d’autres, et même John Big Balls s’y fracasse deux doigts… qu’il se remet en place avant d’aller dire à ses hommes que eh, oh, d’accord, vous aussi vous avez mal, mais est-ce une raison pour gueuler comme des putois ?
– C’est-à-dire que, chef, ya Dédé, y s’est empalé sur un tronc d’arbre pointu.
– Mais qu’il est con ce Dédé aussi ! Dédé ! Qu’est-ce qui t’as pris ?
– Aaah… désolé… chef… j’ai glissé…
Et John d’attraper Dédé pour le retirer du tronc d’arbre. À noter que les Rangers ont dû oublier la formation aux premiers secours, car depuis le début du film, dès que quelqu’un a un truc quelconque planté dans le corps (comme John en Afghanistan), il le retire aussitôt en grognant, et non, n’essaie même pas d’arrêter l’hémorragie dans la foulée. Pourquoi ? Eh bien parce que… euh… parce que.
Dédé est donc certes décroché de son arbre, mais se vide donc de son sang et meurt comme une merde, à la surprise générale.
John compte ses morts, car il y en a eu d’autres, note que son second, « numéro 7 », est tout bonnement incapable de marcher et va devoir être trainé sur une civière, et réorganise la patrouille.
– Il faut joindre la base pour les avertir. Où est passé le type qui transportait notre radio ?
– Il est resté en haut du ravin.
– Raaaah ! Bon, j’vais le chercher.
Malgré ses doigts tout cassés, John et ses big balls escaladent la paroi (les balls le ralentissent un peu mais lui donnent force et courage), remontent, et trouvent bien le radio, mais avec un trou dedans. Le Monsieur comme l’objet qu’il portait. Quant à l’engin extraterrestre, sentant bien que ça bouge encore dans le coin… il se remet à poursuivre nos malheureux héros, qui se retrouvent à cavalcader dans les bois en portant le malheureux numéro 7 sur sa civière. Heureusement, en dévalant encore un peu plus de terrain, ils perdent de vue le Deceptic… ahem, le vilain robot.
Tout le monde pense ainsi avoir semé la vilaine machine dans les bois, quand soudain, un obstacle inattendu se présente : il faut traverser une rivière !
– De l’eau ! Mon ennemie jurée !
– Du calme John.
– Tu as raison… on peut tendre des cordes au-dessus et franchir ces rapides sans se mouiller. Sans compter qu’on pourra faire passer la civière ainsi. Faisons comme ça.
Sauf que pour de mystérieuses raison, nos amis ont oublié qu’il y avait un énorme noeud à leurs cordes (un détail) et que le mousqueton par lequel on a accroché la civière de 7… ben n’aime pas trop les gros nœuds, ce petit intolérant. Tout le monde est donc bien embêté et propose son aide.
– Et en forçant ?
– Non !
– Et en revenant en arrière pour utiliser une autre corde ?
– Non !
– Et en laissant tomber le blessé ?
– Non !
– VZOUIIIII VZON VZON ZOOOOON ?
– N… ah ? MAIS ? KÉKIFOULALUI ?
Car oui : la grosse machine, qui doit bien faire ses 50 tonnes et continue à faire des bruits de Modem pré-an 2000 a réussi à s’approcher discrètement. Halala, ces machines de 50 tonnes sont vraiment coquines ! Elle commence donc à scanner lentement tout ce petit monde, puis se met à distribuer des pruneaux, aussi, la seule solution est de se jeter à l’eau. Oui, même avec une civière. À nouveau, car décidément, c’est vraiment son point faible, John manque de se noyer…
… mais est sorti de l’eau par ses amis, ainsi que la civière de 7 (qui lui aussi va bien, merci), après qu’ils aient manqué de se noyer ET soient tombés d’une énorme cascade. Un détail. Le type qui a sorti notre ami des eaux lui tape l’épaule.
– Faut vraiment que vous restiez loin de l’eau, chef.
– C’est pour ça que j’ai choisi les Rangers, pas les Marines. Et… attendez ! Qui êtes-vous, soldat ?
– Le numéro 60.
– Mais vous n’étiez pas mort ?
– Euh… en fait… durant la première attaque j’ai… euh… je suis tombé dans les rapides et je suis arrivé ici.
On parle bien des rapides qui n’étaient PAS DU TOUT à côté du lieu où la première attaque s’est déroulée ? Oui ? Ah. Bon ben on va dire qu’il s’est téléporté.
Sachez que ça n’apporte rien au film : le larron aurait juste pu être avec eux depuis le début, c’eut été la même chose. Mais quelqu’un a voulu ajouter une scène où un soldat disparu réapparait de manière impossible sans explication crédible… parce que.
Hmmm hmmm.
Une seule question : pourquoi ? Pourquoi créer des scènes et dialogues qui ne rajoutent rien, si ce n’est des incohérences ?
Un jour. Un jour, j’espère avoir la réponse à cette question. Mais pendant que je fixe l’horizon les sourcils froncés et l’air mystérieux, poursuivons.
John reprend tout ce petit monde en main et leur propose de se diriger vers le village factice où, pour leur exercice, un pilote devait être retenu. Car sur place, il doit forcément y avoir des cadres des Rangers, à qui ils pourront expliquer qu’une sorte de gros malappris spatial fait rien qu’à gêner leur petit exercice. Hélas, en arrivant, ils ne trouvent que des ruines calcinées : il semblerait qu’ici aussi, on ait reçu la visite d’un merdou galactique. Heureusement, tout n’est pas perdu, car sur place ils trouvent un véhicule blindé qui est encore en état de rouler.
– Il suffit de le retaper un peu.
– Qu’est-ce qui ne va pas ?
– Le joint de culasse. Toujours ce foutu joint de culasse.
Mais avec un chewing-gum et un élastique, notre héros qui est ingénieur militaire et intervenait sur des convois en panne au début du film n’a aucun souci à tout remettre en route. On charge tout le monde à bord, y compris l’homme sur sa civière, et zou ! Direction la base !
Sauf qu’évidemment, qui a approché en douce ?
– VZOU VZOU ?
– MAIS PUTAIN TU FAIS 50 TONNES D’OU TU SORS DES SOUS-BOIS COMME UN PETIT LAPIN ?
– VZOU NOUF NOUF VZOUIP !

Pour votre gouverne, en plus de ses canons à feux d’artifice et de ses grenades qui pètent toujours trop tard, le robot aussi un laser façon Godzilla (il doit même ouvrir la gueule pour le lancer). Mais il loupe toujours les trucs importants.
Et c’est parti pour une course-poursuite au milieu des pins entre le véhicule blindé de nos héros et le bidule spatial bipède qui a décidé d’y faire des trous. Pour faire simple, le vilain robot envoie des obus qui font plus ou moins mal selon les besoins du script, des grenades qui explosent toujours trop tard ou finalement pas très fort (oui, leur puissance varie aussi), l’engin de nos amis a une tourelle avec un gros calibre 50 qui ne semble rien faire au vil bidule, mais John ordonne quand même à un soldat à bord de passer la tête dehors pour arroser au fusil : « en visant entre les plaques ».
Oui, c’est connu : le truc résiste à des explosifs, à de la mitrailleuse de gros calibre et tout le tintouin, mais nul doute qu’une balle de pétoire de base suffisamment précise (tirée depuis un véhicule qui zig-zague sur une route défoncée, je le rappelle) peut lui faire mal. L’idée est débile, mais exécutée, et il arrive peu ou prou la même chose au soldat désigné. Flûte. Au final, nos amis finissent avec un véhicule en partie déchiqueté qui fait une sortie de route, et tout le monde meurt… sauf John Big Balls, protégé par ses airbags velus, et numéro 7, dont la civière était tombée du blindé peu avant qu’il n’ait de gros problèmes, mais ça va, c’est rien. Tomber d’un véhicule à pleine vitesse dans du terrain accidenté avant d’être piétiné par un robot géant, vous savez, c’est surfait.
J’ignore si numéro 7, le type dont la civière dévale des cascades et des pentes forestières, est un vrai personnage ou un running gag, mais dans les deux cas, c’est très con.
Quid du robot, au fait ?
Eh bien John, voyant que même le lance-grenades du bord ne lui faisait rien, a eu la bonne idée d’envoyer la sauce dans la paroi rocheuse voisine, qui s’est éboulée sur le margoulin. Aussi, quand notre héros reprend connaissance, il repart en arrière récupérer numéro 7 (qui va très bien, j’insiste, sa civière aussi est en Balkanium)… et constate que le robot a certes perdu un bout sous les quelques tonnes de pierre, mais s’en est tiré et est allé un peu plus loin communiquer avec l’espace (car il communique par énooooormes signaux lumineux, là encore, c’est fort discret).
John décide donc qu’il est temps d’en finir (jusqu’ici, il laissait sa chance à ce migrant galactique, mais là, tant pis pour les qu’en dira-t-on : il va le bouter hors de ce monde).
Après avoir planqué numéro 7 dans un coin, il se débrouille pour laisser une piste bien visible qui mène jusqu’à un chantier voisin qu’il avait repéré plus tôt dans la mission. On y trouve des explosifs, certes, mais aussi… un TRACTOPELLE. Oui, c’est un vrai petit garçon : il est fasciné par les tractopelles. Alors que personnellement, pour affronter un monstre de l’espace, j’aurais quand même donné plus de chances aux explosifs, quand bien même ils avaient échoué jusqu’alors. Cependant, vous connaissez la logique des films américains :
« Si les méchants combattront toujours avec des armes plus ou moins terrifiantes, les gentils devront généralement se battre avec des trucs improvisés, issus A) d’un magasin de jouets B) d’un rayon bricolage C) d’un chantier D) d’une station service (qui permet aussi de se déguiser en enfilant une casquette et des lunettes de soleil) ». Probablement une passion secrète pour McGyver chez les scénaristes.
Le plan de notre héros est aussi simple que pourri :
Et figurez-vous que la machine de l’espace qui broyait des véhicules blindés sans problème…
… n’est pas fichue d’endommager un tractopelle. Encore un complot du BTP ! Le plan de John marche donc, le robot géant surchauffe parce qu’il y a du merdou dans son aération, et bam, ça lui pourrit le joint de culasse. Ce qui est fatal, comme John le sait.
Notre héros n’a plus qu’à rentrer à la base en portant numéro 7 sur les épaules, et alors qu’il découvre ladite base bien endommagée, mais aussi encombrée de soldats qui se réorganisent au milieu de robots détruits, John va là où il devait se rendre. À savoir sur la place d’armes, comme prévu à la fin de l’exercice. Et où le major Carl le trouve.
– Mais ? Bordel ? Vous êtes con ? Vous savez que l’exercice est fini ?
– Symboliquement… je voulais… y arriver…
– Mec, t’as un blessé sur ton dos. Le temps perdu à faire ton « symbole » aurait pu le tuer.
– Ah oui, merde. On peut retirer ce dialogue du script ?
– Sans souci. Allez, on fait comme si c’était brillant, et comme tu as perdu tous tes copains… hop ! Voici un velcro officiel « Rangers » !
Eh bé. Ça valait le coup.
Le major en profite pour expliquer la situation à John.
– Pendant que vous faisiez le con dans les bois, nous avons été assaillis par ces choses venues de l’espace. Le monde entier a subi cette invasion.
– Ah ouais ?
– Vous doutez de ma parole, John ?
– Ben je sais pas… vous me dites qu’alors qu’on courrait les bois à quelques kilomètres de la base avec les copains, il y avait toute une bataille géante avec des roquettes dans tous les sens, mais on n’a même pas entendu un vague « boum » lointain ? Ou vu un avion ou un hélico passer ?
– … ah oui, je crois que le film a oublié ce détail. On va dire que tous les combats se sont faits à chifoumi. Et encore, en chuchotant.
Oublier une guerre galactique : un détail. Mais le major, lui, poursuit.
– Notre problème, c’est que cela n’était que la première vague. D’après la NASA, des dizaines de milliers d’engins similaires approchent de la Terre. Tous les pays du monde ont formé une grande alliance pour les affronter. Et ont choisi les Rangers pour mener l’assaut.
– Comment ça ?
– Je relis… les pays du monde… ont choisi les Rangers… pour mener l’assaut.
– Et ça se passe comment concrètement vu que le monde entier est attaqué en même temps ? À Pékin, ils jouent aux cartes en attendant les Rangers ? À Paris, on déclare 5 jours de congés en attendant la flotte américaine ?
– C’est vrai que c’est con.
Mais que ne ferait-on pas pour dire « Une fois de plus l’AMERIQUE VA SAUVER LE MONDE, FUCK YEAH ! »
Le major a une dernière question pour John : il a réussi à vaincre un de ces monstres sans armes. Comment a-t-il fait ?
– C’est facile. J’ai vu ce motherfucker, avec son énorme coque, et je lui ai dit « Je vais te blow ta big coque », et là…
– … John, je… ahem. Plus simple. Et en français. Entièrement en français. Pitié.
– Ah. Ben j’ai versé des gravillons dans son aération. Voilà. Environ 17 tonnes de gravillons depuis une machine de chantier.
– C’est super John ! Cela va sauver bien des vies en facilitant les combats.
– Ah bon ? Comment ? Vous comptez larguer un canadair de cailloux sur chaque engin ? Ou bien on peut admettre que mon info ne sert pas à grand chose ? Sans compter qu’on voit autour de nous plein d’épaves de robots vaincus que vous pouvez étudier à volonté, donc ça serait pas plus intelligent de demander aux gens en train de les démonter s’il y a des points faibles ? Plutôt que moi qui ai attaqué avec un vieux stock inadapté de chez Monsieur Bricolage ? Et puis en plus, attendez, nous, ni notre mitrailleuse de 50, ni nos explosifs ne l’égratignaient, alors c’est plutôt à moi de vous demander comment vous…
– Chhhhut John. Chut. Nous approchons de la fin. Arrête.
Le major envoie alors John et une nouvelle vague de Rangers vers des hélicoptères afin d’aller porter assistance à la ville la plus proche. On voit alors cette vague humaine foncer vers le même hélicoptère car personne n’a précisé aux figurants qu’il devaient se disperser entre les appareils. Puis, la caméra embarque avec John, qui dort enfin un peu, en route pour de nouveaux combats et…
… FIN !

Les Rangers, qui sont donc chargés de libérer le monde entier, alors qu’ils n’étaient pas foutus d’aller aider le héros qui gambadait dans les bois à 2 bornes de la base.
Et ne me parlez pas de suite. Il va déjà me falloir du temps pour me remettre de pareil chef d’œuvre.
Le film ayant rencontré son public, si j’en crois la critique, permettez-moi d’en proposer une version française. Ahem.
Machine de Guerre.
Nous ne sommes pas seuls. Il y a d’autres espèces pensantes dans l’univers, et l’une d’entre elles a décidé d’en finir avec nous. C’est ainsi qu’arrivent sur Terre de gigantesques robots, première vague d’une invasion extraterrestre que personne n’attendait. Le matin de l’attaque, voilà que l’un de ces monstres mécaniques atterrit au beau milieu d’un terrain d’entrainement militaire français, et tombe nez-à-nez avec l’adjudant 18 et ses hommes, alors occupés à un stage d’endurcissement, loin de tout. C’est un véritable massacre qui s’annonce.
Attendez, attendez, j’ai quand même mis un petit twist, comme on dit.
Pensant effrayer les humains, les extraterrestres ont donné à la machine une forme de chèvre. Et elle vient d’atterrir au milieu d’un camp de la Légion Etrangère.
La suite ? Eh bien, on suit la folle course du pauvre robot qui tente d’échapper aux derniers outrages.
29.04.2026 à 13:40
Un odieux connard
08.04.2026 à 14:16
Un odieux connard
25.03.2026 à 13:58
Un odieux connard
09.03.2026 à 09:09
Un odieux connard