13.08.2026 à 19:08
Un odieux connard
Le cinéma français rayonne dans le monde entier.
« Comme Tchernobyl », répondront les esprits taquins, après avoir pleuré des larmes de sang devant la dernière comédie nationale d’une telle originalité qu’on aurait pu sobrement l’appeler Titre jaune sur fond bleu. Et si pour des raisons qui m’échappent, il n’est pas permis de couler une chape de béton sur certaines de nos, ahem, vedettes, tout comme cela fut fait sur le réacteur précédemment évoqué, contentons-nous de rêver.
Et si la France produisait vraiment des blockbusters ? À quoi ressembleraient-ils ?
C’est l’été, et m’étant honteusement amusé avec ma machine personnelle et un peu d’IA locale (point de datacenter dans l’affaire), je vous propose donc la bête suivante : Iron-Man made in France. Il y a bien des années, je l’avais évoqué par écrit, alors maintenant que j’ai les moyens de lui donner vie…
Voici donc.
Et si ça ne marche pas, cliquez ici.
Évidemment, je vous laisse le soin de hurler à l’utilisation d’IA en commentaires, ou sinon, à me glisser si un autre film mériterait une bande-annonce. Avatar, Spider-Man, Top Gun… que de possibilités
27.07.2026 à 08:57
Un odieux connard
Les blagues de caca font rire.
Oh, ne faites pas les prudes qui ne mangent pas de ce pain-là. Nous savons tous très bien quels gloussements vous retenez à la mention du sujet. Et pourtant, celui-ci est bien sérieux : tenez, saviez-vous qu’en avril 1945, les Allemands avaient perdu un sous-marin flambant neuf à cause d’une sombre histoire de capitaine qui a besoin d’aller vider ses flancs, d’une chasse d’eau surpuissante, et d’un petit pépin ?
Voici l’histoire du U-1206. Peu subtile, et pourtant : vraie.
Et si ça ne s’affiche pas, cliquez ici.
En attendant, restez au frais, comme on dit dans les morgues à sa clientèle.
11.07.2026 à 14:02
Un odieux connard
Pour l’amateur de zoologie, l’approche des élections est toujours un grand moment.
Il suffit d’enfiler ses bottes, sa veste, d’aller chercher ses jumelles et de s’installer au petit jour dans un endroit où l’on a une vue dégagée sur un plateau télé, et, oh ! Regardez, les voici ! Les candidats ! Ces êtres mystérieux qui se multiplient plus vite que des lapins sitôt que quelqu’un prononce le mot « urne » (ce qui pose souvent des soucis dans les crématoriums, mais c’est un autre sujet). D’où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Pourquoi a-t-on le droit de chasser le sanglier parce qu’il piétine nos champs, mais pas le candidat alors qu’il piétine nos neurones ?
Penchons-nous donc sur cet être mystérieux.
Le candidat est une espèce de primate qui, bien que similaire à l’homo sapiens en apparence, en est avant tout le parasite. L’espèce est répartie de manière assez uniforme dans le monde, et on la retrouve en général rôdant à proximité des micros et autres caméras pour raconter peu ou prou n’importe quoi. Raison pour laquelle les zoologistes amateurs confondent souvent le candidat avec le journaliste. La différence est pourtant facile : le journaliste pose les questions, le candidat n’y répond pas (mais nous y reviendrons).
Un candidat est appelé candidat ou candidate. Si l’on trouve plusieurs candidats au même endroit, on parle alors de débat. Si l’ensemble des présents dans la pièce sont candidats, sans exception, on parle alors de parti de gauche. Si ladite pièce est une prison, on parle alors de parti de droite. Si tous les candidats ont mystérieusement disparu et qu’il n’en reste qu’un dans la pièce qui vous assure qu’il ne sait pas ce qui est arrivé aux autres, on parle de Jean-Luc Mélenchon. Enfin, si le candidat vous assure que la démocratie c’est super, mais appelle le candidat précédent « papa« , on parle de Marine Le Pen.
L’histoire des hommes est riche en expériences démocratiques. La plupart des historiens s’accordent pourtant à dire que les grandes bases de la démocratie furent posées à Athènes, autour du Vème siècle avant Djizousse. On y retrouve par exemple la Boulè, assemblée de citoyens tirés au sort qui viennent voter les lois. Et comme ce faisant, ils ne pouvaient pas être à la fois présents aux débats et au travail, il fut décidé de les rémunérer. De nos jours encore, lorsque l’on parle d’un membre de l’assemblée payé pour y être et qu’on ne voit pas beaucoup au travail, le terme Boulè revient souvent.
C’est à peu près à cette époque qu’apparait le candidat, en même temps que les premiers postes à pourvoir en tant qu’élu. Certes, on n’a alors inventé ni le micro, ni la caméra, et le candidat se contente donc de parler très fort en place publique pour expliquer qu’avec lui attention, ça va changer, si vous m’élisez, vous allez voir, le merdier actuel va se transformer en véritable utopie, promis juré. À noter que puisque nous attendons toujours ladite utopie, on en conclura que cela fait pas moins de 2 500 ans que les candidats pipeautent. Une constante impressionnante, certes, mais pas aussi épatante que la crédulité de mon prochain qui se dit que cette fois, c’est la bonne.
À noter que dès le début, les Grecs eurent une illumination : si on limitait par exemple la participation à la Boulè à deux mandats ? Une grande idée, que les candidats, sitôt élus, ont rapidement attaquée au fil du temps. Raison pour laquelle, de nos jours, le candidat moyen a souvent derrière lui 30 ans de mandats divers et variés, et pour seule expérience professionnelle un stage de troisième en 1998, mais si, si, c’était ‘achement dur, je sais ce que c’est que le travail, je vous jure. Tenez : pas plus tard qu’hier, j’en parlais encore à mon chauffeur.
À noter que le candidat n’a pas la même notion de l’histoire que nous : par exemple, il n’est souvent même pas au courant de la sienne. Si vous en doutez, je vous propose l’expérience suivante : mettez un candidat en présence d’un juge. Vous verrez : soudainement, le candidat ne se souvient plus de rien, et n’a aucune idée de qui est ce Monsieur sur la photo avec lui. Comment ? On l’y voit pourtant qui se baigne dans la piscine dudit Monsieur, avec lui, un cocktail à la main ? Non, aucun souvenir. Un marchand d’armes vous dites ? Ah ! Si j’avais su Monsieur le juge…
Mais nous parlerons des juges plus loin, lorsque nous évoquerons les prédateurs du candidat.
Le candidat a un comportement qui varie de l’amical (en période pré-électorale) à l’hostile (le lendemain de l’élection). Tel l’oiseau des îles, lorsque vient la saison des urnes, on le voit se promener sur les marchés, distribuant des tracts comme autant de plumes chamarrées. Alors certes, qui se fait encore un avis politique en lisant un tract récupéré entre deux pomme de terres sur un marché en 2026 ? Personne, mais le candidat a ses traditions, et le tractage fait partie de sa parade amoureuse pour tenter de séduire l’électeur.
Au lendemain de l’élection, lorsque l’électeur demande pourquoi on n’applique pas ce qui était écrit sur le tract, le candidat se met alors à froncer les sourcils très fort pour expliquer qu’en fait, c’est pas si simple, il voudrait bien, mais vous voyez, en peu de mots : non. Ahlala, c’est pas de chance ! Bon par contre je vais quand même rester en poste, hein.
La perception du temps n’est pas la même chez le candidat que chez vous et moi. Pour le candidat, il n’existe que deux repères temporels :
Tel le serpent, à chaque élection, le candidat fait sa mue et laisse derrière lui son image et ses promesses de la dernière échéance, et se présente comme un candidat nouveau. Oui, même s’il était ministre trois mois avant et qu’on lui demande pourquoi il n’a pas appliqué toutes ses promesses quand il le pouvait. On en revient alors au point précédent : froncement de sourcils, c’est pas si simple, il voulait bien, mais vraiment, pas de chance !
De manière générale, le candidat est le second appeau à claques le plus connu de la planète, juste après l’enfant de film américain avec une coupe à la con.

Ici, un exemple de la rencontre entre les deux éléments précédemment cités. On parle de « Cumul des mandales ».
Le candidat est, avec la punaise de lit, l’un des parasites les plus communs que l’on retrouve à Paris. Il dispose de la même capacité à se démultiplier alors qu’on souhaiterait l’exact contraire, et contrairement à la puce, et pour des raisons mystérieuses, il est interdit de l’asperger de Baygon. Pire, alors que la puce peut être évacuée en envoyant le matelas contaminé loin de chez soi, le candidat, lui, revient toujours. Même si vous l’expédiez hors de vos frontières en lui expliquant que vraiment, ça va pas être possible, il revient : c’est ce qu’on appelle faire une Manuel Valls.
De manière intéressante, le candidat déteste voir un nombre de candidats supérieur à 1. Il appelle régulièrement tous les autres candidats à se « rassembler », ce qui signifie foutre le camp manu militari pour se ranger derrière lui et fermer sa gueule. Ce qui confirme une chose : le candidat est un être tellement méprisable qu’il méprise lui-même les candidats. CQFD.
Le candidat est omnivore. Il mange de tout, et bien souvent, à tous les râteliers. Sous ses apparences de tribun, le candidat reste cependant un être profondément timide, voire carrément cachotier, qui sait se montrer très discret sur les notes de frais de ses repas.
Si l’alouette grisolle et la grive babille, le candidat, lui, discoure. Son cri – le discours, donc – a une durée allant de 30mn à 2 heures, et consiste à se poser devant un micro pour étaler, devant un public de gens d’accord avec lui, à quel point il est d’accord avec eux. La longueur du propos est l’une des caractéristiques typiques du candidat. Ainsi, si vous posez une question fermée à un enfant de 5 ans, il arrivera à répondre par oui ou par non. Pas le candidat, qui qu’importe le sujet, se sent dans l’obligation de broder longuement pour mieux montrer qu’il est la caricature qu’il assure ne pas être. Le tout en répétant les prénoms et nom complet de la personne avec qui il parle pour rallonger la sauce.
Si vous appliquez la logique d’un candidat à n’importe quelle situation de la vie, on comprend mieux à quel point l’interdiction d’un permis de chasse pour ces bestioles est criminelle. Par exemple :
« Dis candidat, tu peux me passer le sel ?
– Ecoutez, Jean-Jacques Pipounet, avant de vous répondre, je tiens à rappeler aux gens qui nous écoutent que c’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. En effet, comme tout un chacun, j’ai lu beaucoup d’ouvrages sur le sel, et j’ai été particulièrement touché par les conditions de travail des employés des mines de sel. Saviez-vous par exemple…
– Non mais candidat : je veux juste le sel. Tu me le passes oui ou non ?
– Un instant, Jean-Jacques Pipounet. C’est une question complexe, et je vais y répondre, mais je tiens à vous dire deux choses. D’abord – et je pense que les Françaises et Français qui nous écoutent en sont conscients…
– Mais bordel candidat on est SEULS à une FUCKING TABLE d’aire d’autoroute !
– Mais, Jean-Jacques Pipounet, je vois que mon propos vous dérange, n’est-ce pas ? Eh bien oui. Car je n’ai pas peur d’être politiquement incorrect. Je me suis déjà positionné, vous le savez, sur des sujets courageux comme « la guerre, c’est mal » ou « la pauvreté, c’est pas gentil », et je continuerai à… »
Le procès de M. Pipounet, pour strangulation et introduction d’une salière dans un rectum, est toujours en cours, raison pour laquelle je ne commenterai pas plus cet échange.
Depuis quelques années, en France, le candidat a aussi un cri curieux : « L’extrême-droite« . Il en parle le matin pour dire qu’il est contre, le midi pour dire qu’il est le meilleur pour la vaincre, et le soir pour expliquer que jamais il ne s’alliera avec. Pour une raison mystérieuse, depuis plus de 20 ans, absolument tous les candidats de tous les partis se sentent obligés d’en parler, laissant chez l’électeur assoupi une impression de « Vous avez le choix entre n’importe quel parti OU l’extrême-droite« . Curieusement, après deux décennies de ce régime, l’extrême-droite se rapproche de plus en plus des 50% voire les dépasse dans certains coins, mais ça n’alerte pas les candidats. Ah, si le candidat trouvait qui est le con qui fait la pub de l’extrême-droite matin midi et soir, et transforme tout en choix binaire !
À noter que le candidat d’extrême-droite, lui, a tendance a faire du rien et à attendre. Tant qu’il ne dit rien, il a moins de chances de dire une connerie : c’est ce que l’on appelle « La méthode Chirac « . Les plus anciens savent.

La méthode Chirac se définit comme suit : « Ne rien dire, ne rien faire, laisser les autres parler de vous. Comme ça, vous ne dites pas de conneries, eux, si, et en plus comme on parle de vous toute la journée, vous avez juste à regarder votre score monter ».
Contrairement à une rumeur bien établie qui voudrait que le candidat soit totalement dénué d’instinct de survie, au point de se présenter à des élections où tout le monde sait qu’il peinera à faire 0,3%, il s’agit là d’une méthode, bien au contraire, qui vise à assurer la continuité de sa misérable existence. En effet, le candidat étant un parasite (cf plus haut), il ne peut s’empêcher de pourrir les autres candidats. L’objectif étant de faire un score absolument nullissime, certes, mais qui pourrait faire la différence au second tour d’une élection. Frottant ses mains tordues par des années de complots et de trahisons, le candidat roule alors sa bosse jusqu’à l’antre du Gros Candidat (celui au second tour) et lui offre son ralliement en échange de, disons, un p’tit ministère ? Hmm ?
Sitôt en poste, le petit candidat se mettra alors à pomper tout ce qu’il peut pour grossir, espérant, un jour, devenir un gros candidat, qui sera à son tour parasité par plus petit que lui.
Et comme en plus tout cela lui permet de passer à la télé, vous pensez bien qu’il ne se prive pas.
C’est à ce stade de notre récit que les plus observateurs d’entre vous poseront cette question :
« Certes, Monsieur Connard, mais pour une espèce envahissante que vous semblez présenter comme rusée, pourquoi diable a-t-on l’impression que la plupart des candidats sont cons comme des branches de houx ? »
Une observation bien légitime, même s’il faut toujours préférer la branche de houx au candidat : en effet, un seul des deux peut être pendu à Noël dans une ambiance festive. Pour autant, concentrons-nous sur la réponse : cela a trait à l’instinct du candidat que nous venons d’évoquer. Le candidat sait qu’il est d’une espèce vile et pernicieuse, et que ses semblables n’attendent qu’une occasion pour le parasiter. Aussi, de manière générale, le candidat s’entoure toujours de gens qu’il estime plus cons que lui. En effet, s’ils sont moins malins, ils ne pourront pas la lui faire à l’envers et le trahir dans les grandes largeurs. En plus, un con, c’est toujours utile : mettons que vous soyez maire et que vous parveniez à décrocher un plus gros mandat. Allez-vous vraiment abandonner votre premier poste ? Nenni ! Vous y mettrez quelqu’un d’un peu plus con que vous, mais avant tout fidèle, afin de le dégager si les choses tournent mal et que vous devez vous replier.
Là où dans la nature, la loi est souvent celle du plus fort ou du plus adapté, le monde politique répond bien souvent à la loi du plus con. Et diable, certains sont incroyablement fidèles à la règle.
Si vous en doutez, il vous suffit d’observer les baronnies du royaume de France, où tel ou tel parti est si bien installé qu’on hérite des postes de génération en génération. Vous verrez qu’en général, tout a commencé par un type intelligent, qui à son départ, a nommé son fidèle lieutenant un peu moins malin, qui lui-même, a nommé son fidèle sergent qui n’était pas bien fin, qui lui-même.. bref. Quelques décennies de ce régime, et dans certains coins, le candidat est plus proche du teckel que de l’homo sapiens.
Si vous voulez une preuve que le candidat est par nature incroyablement con tant l’espèce va mal, je vous rappelle qu’à chaque élection, on pose les deux mêmes questions au candidat :
Et à chaque élection, alors que les ces questions sont attendues, ils ne sont pas foutus de répondre, alors que vous, si. Et vous, vous n’avez pas en plus une armée de conseillers pour vous faire vos fiches. À ce stade, je crois que même le teckel s’en tire un peu mieux finalement.
Heureusement, il reste des prédateurs pour s’occuper de ces créatures du démon.
On note deux grands prédateurs naturels au candidat : le journaliste et le juge.
Longtemps, le journaliste a été le principal prédateur de l’homme politique, n’hésitant pas à placarder en Une des scandales aptes à ruiner une carrière entière. Hélas, tout comme le chat domestique n’en a plus rien à branler des souris depuis qu’on lui donne du Whiskas tasty mix, le journaliste a perdu ses instincts de prédateur le jour où on lui a donné internet. Car voilà : il a découvert que ce qui faisait le buzz, et donc vendre sa soupe, c’était plus la dernière petite phrase de l’idiot du village que l’analyse géopolitique brillante de 2 heures d’un génie du droit international. Aussi, lorsque le journaliste a le choix entre faire un long travail d’investigation et de préparation pour tenter de cuisiner un homme politique, ou tendre un micro à Sandrine Rousseau, il a choisi.
La grande dégringolade du journalisme est visible en France tous les 5 ans, au moment du débat de l’entre-deux tours, puisque l’on peut y observer des journalistes sur un plateau en présence de deux candidats à l’élection présidentielle et… ils ne font rien. Non, ils ne vérifieront aucune information. Oui, vous pouvez les remplacer par votre nièce de 8 ans qui se contente de dire « Sujet suivant, la parole est à vous », et c’est la même. Quand on peut se faire remplacer par une IA, c’est déjà sale. Mais quand un enfant de 8 ans peut faire votre boulot sans formation, il faut vraiment s’inquiéter.
Attention cependant : il reste tout de même des journalistes qui enquêtent, même si l’espèce est en danger. Ce sont eux qui, en général, finissent par attirer l’autre prédateur…
Le juge
Le juge est un être au goût vestimentaire douteux, et aux calembours qui le sont plus encore : on peut l’apercevoir gloussant en marmonnant « Vous devriez devenir avocat« , ce qui dans sa langue, signifie d’aller vous faire Maître. Ses meilleures blagues provenant en effet du Dalloz, son humour n’est pas des plus populaires, d’où l’absence totale de juges dans les soirées stand up. Mais tout comme on n’adopte pas un pitbull pour son amour des câlins, on ne recrute pas les juges pour leurs contrepèteries, mais bien pour chasser les candidats. Car si maman canard promène régulièrement ses canetons, dans la nature, le candidat promène plutôt ses casseroles.
Attention : le candidat n’est pas sans défense. À vrai dire, la sienne est toujours la même : « Evidemment, comme par hasard, on me fait un procès pile en période électorale ! »
Des paroles reprises en chœur par ses soutiens, sans jamais que qui que ce soit ne relève :
– Qu’en France, on est toujours en période électorale
– Qu’en France, on est tellement habitués à la corruption qu’au lieu de regarder le crime ou délit, on regarde le calendrier
Oui, pour le candidat, le problème n’est pas de taper dans la caisse : c’est qu’on lui dise que ce n’est pas bien juste avant un rendez-vous important, et ça, c’est vraiment dégueulasse !
Alors certes, on me dira « Oui, mais notez que certains dossiers ressortent à des moments un peu taquins« . Oui-da, mais notez que le problème est plus le dossier que le moment. Vraiment. Si vous me piquez mon portefeuille, et que vous hurlez au complot parce que je vous ai demandé de me le rendre pendant que vous faisiez un discours sur votre formidable probité, tenter de m’accuser d’être le vilain de l’histoire, c’est quand même… ma foi, non,, c’est vrai : c’est suffisamment bas et bête pour être un truc de candidat.
Comme tous les bons chasseurs, le juge reste cependant un ami de la nature : lorsqu’il prélève un candidat, il le bague. On appelle cela un bracelet électronique.

La tenue traditionnelle du juge est en fourrure blanche, faite à partir de cheveux de candidats condamnés. Oui, les candidats se font généralement avoir en fin de carrière, donc le poil est blanc.
Le candidat a une fâcheuse tendance à finir en captivité. Cependant, contrairement au zoo où les passants peuvent venir observer la bête tournant dans sa cage pour se distraire, ici, ce qui fait rire les enfants et pouffer les adultes, c’est le livre que le candidat fera écri… ahem, écrira durant son toujours trop bref temps passé derrière les barreaux. Permettez-moi de vous citer quelques extraits de l’ouvrage d’un candidat qui, afin de préserver son anonymat, sera nommé Le Comte de Monte-Tabouret.
Un téléphone était installé dans ma cellule comme dans celle des autres détenus. Il s’agissait d’un poste fixe. Je devais me tenir debout pour l’utiliser car il était fixé au mur à hauteur d’homme. Son utilisation n’était guère aisée.
Il est vrai que pour certains candidats, ce qui est à hauteur d’homme est hors de portée. Que ce soit un téléphone ou une carrière honnête.
Il convenait ensuite de composer pas moins de dix chiffres qui constituaient autant de codes nécessaires pour obtenir la ligne permettant enfin d’atteindre le correspondant désiré. Un véritable parcours du combattant.
Un triste rappel : si le candidat ignore le prix d’un ticket de métro ou d’un pain au chocolat, c’est parce qu’il vit dans un monde si différent du nôtre que même l’utilisation normale d’un téléphone lui semble incroyablement compliquée.
Même une simple enveloppe devenait un objet de convoitise. Pour en obtenir une, il fallait remplir un formulaire, attendre l’autorisation, puis espérer que le surveillant ait le temps de vous la remettre. Tout était compliqué, même l’acte le plus banal.
Le vrai drame du candidat en prison est que lorsqu’il reçoit l’enveloppe, elle ne contient pas d’argent. C’est une première : on comprend que ça surprenne un peu.
Tout comme les éléphants, lorsque les candidats sentent que la fin de l’un des leurs est proche, ils le guident vers un endroit secret où il pourra s’éteindre en paix, loin des prédateurs. On parle de Conseil Constitutionnel ou d’Académie Française (je vous rappelle que le candidat a écrit un livre, dites donc). Si jamais trop de candidats y sont déjà entassés à attendre que la grande faucheuse vienne les prendre comme une vulgaire valise derrière la Banque de France, on crée alors une commission. Un endroit où même les candidats qu’on n’ose plus envoyer à Bruxelles peuvent enfin s’endormir paisiblement sur un tapis fait d’épais fauteuils et de notes de frais. Attention cependant ; lorsque beaucoup de candidats sont dans la même commission, on parle de grande commission, et non de grosse commission, la seconde étant l’autre nom donné aux participants à la première.
Devient-on candidat à partir du moment où l’on dit « Je suis candidat » ?
Pas forcément, malheureux. Vous pouvez vous déclarer astronaute et ne pas l’être pour autant. Candidat, c’est pareil : des années d’emplois plus ou moins fictifs, de parachutisme sur des circonscriptions acquises à la cause, de pantouflage dans des cabinets d’élus copains… c’est un métier, tout de même. Je trouve que vous méprisez un peu les candidats. C’est mal.
Si un candidat est en captivité, n’est-ce pas dangereux de le relâcher dans la nature ?
Non. Le candidat n’a jamais vraiment connu la nature, ni le monde réel de manière générale. Comme expliqué plus haut, sitôt libéré, le candidat saura aller trouver auprès des siens le havre de paix dont il a besoin pour se tenir loin des prédateurs. Une commission, donc, ou un poste d’ambassadeur « contre la faim dans le monde » ou autre portefeuille flou, payé plus cher que vous, malandrin, et en plus pour assister à moins de réunions.
Je suis harcelée par un candidat, comment me débarrasser de ce gros lourd ?
Demandez-lui le prix d’une baguette. Il reculera en feulant.
Et si un candidat est honnête ?
Il perd.
Dites-donc Monsieur Connard, espèce de vil petit poujadiste, ne seriez-vous pas en train de nous faire le coup du monde politique où ils seraient « tous pourris » ?
Alors tous pourris, pas forcément. Mais tout pourri, certainement.
26.06.2026 à 09:01
Un odieux connard
Ce 26 juin, ce blog fête ses 17 ans.
Souvenez-vous, mes bons : c’était en 2009. En ce temps-là, les smartphones étaient encore une nouveauté, l’intelligence artificielle un terme utilisé principalement dans les films ou vos folles parties de Halo, et si on évoquait « Donald Trump », les gens bien informés vous répondaient « Ah, l’animateur télé ? ». Notez qu’il est resté dans le domaine de l’animation et des diffusions de messages idiots, mais à une autre échelle. Comme quoi, tout le monde progresse dans la vie.
Cependant, comme chaque année, cet anniversaire est l’occasion de faire le point et de papoter un peu.
Comme depuis quelques années, point de changement sur le rythme de publication : sur ce blog, nous avons toujours un article toutes les deux semaines, et la chaîne Youtube a une nouvelle vidéo toutes les 6 semaines. Quant aux bandes dessinées, saperlipopette ! Le Petit Théâtre des Opérations en est au tome 5, le tome 6 sortira en fin d’année, sa série dédiée à Napoléon a deux tomes et le troisième se prépare gentiment, et c’est sans compter sur les autres ouvrages chez Fluide Glacial, Grand Angle et ailleurs. La série du PTdO (ça fait sérieux) a décroché le prix des Galons de la BD, ce qui m’a permis de partir avec l’argent, et monsieur le chon, avec un paquet de Granolas (entamé). Mais il y a aussi du neuf puisque depuis ce mois de juin 2026, il y a désormais le spectacle !
C’est un bien grand mot, puisqu’il n’y a pas d’explosions ni un ballet de 300 danseuses, mais juste un type sur scène qui raconte les anecdotes improbables de l’histoire militaire. Ce sont les fameuses conférences que je faisais ailleurs, mais cette fois, avec un peu plus de moyens (comprendre : des vrais sièges et un vrai son), des inédits, tout ça tout ça. On aura l’occasion d’en reparler, mais merci aux Lyonnais chez qui je suis allé me roder. Et oui, c’est officiellement un « seul en scène », mais promis, pas de « Eh, toi, au premier rang, tu t’appelles comment ? Han han ! Et c’est ta meuf à côté ? Haaaan ! La tête ! Tu fais quoi dans la viiiie ?« . Nous savons tous que c’est l’équivalent du « Eh, ya des filles dans la salle ? » des années 2000, mais version 2020. On va donc tenter de prouver qu’il est possible de monter sur scène pour parler d’autre chose que de soi, sa vie, son cul, sa commode (qui est pourtant très jolie, s’entend).
Passons aux réseaux sociaux : oui, le blog a bien une page Instagram, mais comme pour la plupart de mes réseaux, je me contente principalement d’y annoncer les nouvelles, comme je le fais sur Facebook et X. Quant à TikTok, puisqu’il a bien fallu s’y mettre (c’est une longue histoire), on y retrouve Le Petit Théâtre des Opérations, sous un format vaguement différent, et surtout, avec moins d’images et de musique qui rend fou. Pas besoin d’installer l’application du démon, donc. Oui, je suis très mauvais vendeur. Mais déjà que j’ai poussé trop de gens ici à voir de mauvais films, je ne vais pas en plus vous faire installer ce truc.
Bref !
Pour reprendre la tradition annuelle, si vous voulez papoter, comme toujours, je descendrai dans les commentaires du présent article pour répondre à tout le monde. Patience cependant : votre serviteur étant par monts et par vaux, pas sûr qu’il le fasse dans la minute. Mais il le fera !
En attendant, et pour rappel pour suivre ce blog une année de plus : la page Facebook est ICI, le compte X, LÀ, la page Instagram est ICI, la page TikTok, LÀ (seigneur)) la FAQ qui vous fera gagner du temps, est PAR ICI, quant à vos communications diverses, questions particulières et autres, c’est toujours PAR LÀ. Enfin, la chaîne Youtube est ici : Le Petit théâtre des opérations.
Pendant que vous faites chauffer vos claviers, je vous dis donc à l’année prochaine, si vous n’êtes pas tous morts sous la canicule d’ici là. Et on se retrouve dans deux semaines pour le prochain article.
15.06.2026 à 09:15
Un odieux connard
Boire ou conduire, il faut choisir.
Mais skier et se défoncer, ça peut se combiner, comme le prouva un jeune Finlandais en 1944, quand alors qu’il s’apprêtait à prendre sa ration de drogue de combat, il se planta et avala l’équivalent de ce qui était prévu pour 30 personnes. La suite ? Probablement la plus grosse soirée de l’histoire, au milieu de Russes qui n’ont pas tout compris.
Voici donc un nouvel épisode du Petit Théâtre des Opérations, hop.
Si ça ne s’affiche pas dans votre newsletter préférée, cliquez donc ici.
Et pour ceux qui auraient loupé l’info : votre serviteur sera ce 19 juin à Chambéry avec monsieur le chon, à la librairie Momie (15h30 – 18h30), et le 20 juin à Lyon au Comédie Odéon. De 14h30 à 17, ça dédicacera avec le chon et Eric Stalner, et à 17h, on me laisse monter sur scène avec un micro pour raconter des anecdotes historiques improbables (par contre il faut réserver ici). On s’y retrouve.
29.05.2026 à 16:38
Un odieux connard
Longtemps, l’Homme a contemplé les étoiles.
Ces astres scintillants lointains, inatteignables, et pourtant, tellement attirants. Mû par cette volonté qui lui a permis d’abattre tous les obstacles depuis la nuit des temps, il inventa des outils pour vaincre la gravité. Il le fit, par une belle journée de décembre 1903, quelque part en Caroline du Nord, narguant les lois de la nature durant une poignée de secondes le temps de voler sur quarante mètres. Qui aurait pu prédire que seulement quelques décennies plus tard, il irait sur la Lune ? À présent, l’Homme avait les yeux rivés sur Mars. Et savait déjà que les étoiles qui le narguaient depuis bien avant l’invention de l’écriture, seraient bientôt siennes.
Alors, bordel, pourquoi son train n’arrivait-il pas à faire Paris-Le Mans ?
Le monde des transports est ainsi : mystérieux. On dit d’ailleurs que c’est en discutant avec une guichetière Gare de l’Est que Lovecraft, jusqu’alors homme raisonnable, inventa Cthulhu. Et si récemment, ledit monde a fait parler de lui, c’est parce que la SNCF, dans un instant de naïveté, tenta d’améliorer la qualité de son offre de voyage en proposant, pour quelques euros de plus, des voitures « sans enfants », où le voyageur fatigué n’aurait pas à supporter les hurlements de Léanon ou l’épisode de la Pat’Patrouille diffusé à plein volume de Matthenzo. Cette affaire, qui a déjà quelques mois, fit trembler l’internet français jusqu’à son dernier Minitel, les uns arguant qu’une société dans laquelle on ne voulait pas voir d’enfants était une société mourante, alors que les autres rétorquaient que c’est Léanon qu’on aurait voulu voir mourante, là, de suite, pourvu qu’elle ferme sa grande bouche.
Maintenant que la poussière des débats est retombée, permettez-moi de vous inviter à prendre un siège, un cigare, et rappeler cette règle simple : en train, le problème, ce ne sont pas les enfants. Non. Le problème…
C’est que c’est peuplé de gigantesques connards.
Et croyez-moi, je m’y connais.
Permettez-moi, riche de ma longue expérience, de vous rappeler que si la Cour des Miracles n’existe plus dans les souterrains de Paris, c’est parce qu’elle a été montée sur roues puis sur rails, enrichissant désormais le quotidien de tous ceux qui n’en demandaient pas tant.
Mais, assez introduit, comme on dit dans les soirées interlopes : passons donc aux cas pratiques.
Il est facile d’identifier les personnes qui ne prennent pas souvent le train. En effet, on les reconnait à leur air surpris lorsque 10 minutes après le départ du train, elles constatent que des gens circulent encore en tous sens en cherchant leur place. Ils n’ont pas connaissance de cette créature maudite des hommes et des dieux : l’errant.
Tout train en a, c’est une sorte d’obligation. Certains suggèrent que cela pourrait être les âmes damnées de voyageurs restés coincés lors d’une grève de Sud-Rail, et qui hantent les lieux pour l’éternité, mais personnellement, je pense à une explication bien plus simple : ces gens sont incroyablement cons.
L’errant n’est en effet pas foutu de comprendre un billet. Pas de le lire, non : de le comprendre.. On le reconnait au fait qu’il débarque toujours dans la mauvaise voiture, et mieux encore, à la mauvaise place, et l’énonce à voix haute avec une candeur qui laisse pantois. Prenons un exemple : vous venez de prendre place dans votre train en direction de Marseille, car vous aimez l’aventure. Vous êtes voiture 3, place 42. Soudain, une voix vous interpelle :
« Bonjour ! C’est ma place.
– Ah bon ? Vous êtes voiture 3, place 42 ?
– Non, je suis voiture 5, place 81. »
L’errant prouve ainsi qu’il sait lire son putain de billet, nardin, mais que par on ne sait quelle logique, il ne fait aucun lien entre le joli numéro qu’il vient de lire dans sa tête et le joli numéro qui s’étale devant ses yeux. Il se contente, tel un bébé devant une table basse, de s’avancer hagard vers le premier coin qui passe, et d’y rencontrer un échec douloureux avant de continuer un peu plus loin. Rappelons que cette créature dont la logique rendrait fou la plupart des scientifiques a le droit de vote : elle ne sait pas lire 3 chiffres sur un billet de train, mais on lui demande son avis sur la gestion du budget de l’Etat.
« Allons, Monsieur Connard ! » s’exclameront les plus audacieux qui ne craignent ni ma pelle, ni le Diego qui est au bout « Ce sont peut-être juste des gens arrivés en retard et qui, montés dans la première voiture, cherchent désormais, encore confus de la course, où s’installer. »
Votre optimisme vous honore, mais l’errant est rude à la tâche, et souhaite bien prouver que son QI est inférieur à son numéro de siège. Ainsi, il aura TOUJOURS remonté le quai trop loin, prouvant que, non, il n’est pas monté dans le train au plus vite. Parfois, il va même marcher 5mn sous la pluie pour aller tout au bout du quai, et montrer que vraiment, il en veut, avant de là, et seulement là, grimper à bord, dégoulinant de toute l’eau d’averse qu’il a accumulée durant son inutile voyage, et commencer seulement à demander « C’est bien la voiture 2 ? » alors que clairement, non, ici c’est la 17, espèce de sombre petit coprolithe, tu aurais pu t’en inquiéter 150m plus tôt, maintenant file, tu sens le chien mouillé.
« Vous exagérez », diront certains. Prouvant ainsi qu’ils ne prennent pas souvent le train, tant le phénomène des errants est si commun que même la SNCF a fini par se demander en termes élégants « Mais bon sang, qu’est-ce qu’ils ne comprennent pas dans « Voiture 5, place 81″ ? ». Et proposé une réforme des billets où il est désormais marqué… « Voiture 5, place 581 ». Non, ça ne risquait pas d’aider. Oui, c’est toujours autant le bordel.
Alors qui êtes-vous, errants ? Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi cherchez-vous encore votre place 25mn après le départ ? Là où des coquins s’enfoncent des objets dans le roudoudou pour égayer le quotidien des urgentistes, avez-vous fait de même avec des crayons de couleur (founis par la SNCF) dans vos narines jusqu’à vous gratter l’intérieur de la boîte crânienne ? Par quel miracle avez-vous atteint l’âge adulte alors que quand on vous dit que la place 81 est du côté du numéro marqué « 81 », vous semblez véritablement vraiment apprendre quelque chose ?
Que de mystères. Et tout autant d’envies de meurtres.
Pétomane, passe ton chemin, car il ne sera point question de tes hobbies.
Il convient ici d’éclaircir un autre grand mystère. Sur notre planète, plus de 5 000 végétaux différents peuvent se retrouver dans l’assiette des humains. Ce à quoi il faut ajouter la viande, le lait, les œufs, votre voisin (en cas d’apocalypse) et autres ressources venues de nos amis les animaux (qu’on aime bien, mais plus encore avec de la sauce bourguignonne). Alors, pourquoi ?
Pourquoi, sitôt dans un endroit étroit et clos, mangez-vous TOUJOURS UNE CLÉMENTINE ?
Alors, je n’ai rien contre cet agrume, mais rappelons que frère Clément, lorsqu’il le découvrit, déclara, et je cite « Mais putain, ça veut pas se peler cette merde, et puis raaah, je me fous du jus partout, ça colle. Bon, et pour le goût… mmgnouais, okay, mais cha fais « chkouich chkouich » quand che mords dedans, ch’envois du jus dans tous les chenches, et cha chent chuper fort.« . Comprendre que de nos jours, n’importe qui peut emmener une banane, des amandes ou un steak au poivre, mais non : le peuple mystérieux des transports a une sorte d’addiction pour l’un des rares fruits qui va fouetter dans tout le wagon, transformer la tablette en piscine et potentiellement envoyer du jus jusqu’au voisin qui espérait rester propre jusqu’à son arrivée.
Le parfumeur a donc cette passion secrète : faire que tout un chacun puisse profiter de son repas. Bien sûr, certains feront diversion en me disant « Oui, mais les burgers », « Oui, mais les kebabs »… mais apapap. Le snack est proposé en gare ou devant ses lourdes portes, dur, donc, de reprocher au voyageur du rail d’avoir cédé à son appel (voyez comme je suis généreux). Alors que la clémentine ? C’est parfaitement prémédité. Le parfumeur, chez lui, a contemplé sa cuisine et tout en faisant claquer au sol les sabots qui lui servent de pieds, a choisi le truc qui fouettait le plus à emmener avec lui.
Et ne parlons pas de l’homme qui s’est emporté un petit camembert dont vous me direz des nouvelles, et qui visiblement, a passé un peu trop de temps dans le sac.
Il faut donc être ferme : le parfumeur mérite le respect moins encore que le pétomane précédemment cité. Car ce dernier au moins la décence de ne pas aller acheter des accessoires pour accomplir son sinistre office avant de monter à bord.

Vous et moi savons qu’une partie de la population préférerait, en cas d’accident, sauver leur téléphone plutôt que leur enfant. Notez qu’on est d’accord sur un point : nous aussi on préfère notre téléphone à leur enfant.
Si la SNCF a proposé des voitures sans enfants, n’oublions pas que le vrai problème est plus grand. Et souvent, assis juste à côté : on parle de « parent ».
On reconnait le parent qui va provoquer l’apocalypse au fait qu’il monte dans le train avec un enfant dans une main et un téléphone dans l’autre. Or, en général, il a décidé qu’il n’avait assez d’attention que pour l’un des deux, et son enfant contenant vachement moins de vidéos de chats qui dansent, il a choisi. Noa (sans H) va donc pouvoir briser les vôtres librement, surtout que le parent a en général décidé que pour occuper l’enfant, rien de mieux que de lui donner du rien.
Vous confisqueriez son téléphone et toute distraction au parent pour un voyage de 3 heures, il péterait une durite, mais lui suppose que Noa, pour qui 3h ça va être encore plus long (durée ressentie : 2 jours), devrait bien s’occuper avec, je ne sais pas moi, une tablette SNCF. Toutes les conditions sont donc réunies pour que Noa passe de son état naturel (on parle de « trou du cul ») à son état de voyage (« je suis possédé par Satan »). L’Enfer peut donc ouvrir tout grand ses portes, et les hurlements de mille démons poussés par la minuscule gorge transformer ce qui n’aurait dû être qu’un simple voyage en publicité roulante pour l’autorisation de l’avortement dans les 48 mois après la naissance.
On notera d’ailleurs que le parent n’emmène jamais avec lui un enfant entre 8 et 18 ans, soit l’âge où il peut s’occuper plus ou moins seul. Pourquoi ? Où passent ces enfants ? Par quel miracle est-ce qu’on ne trouve que des bébés et des marmots incontrôlables en bas-âge, et bien évidemment tous atteints de troubles de l’attention et autre hyperactivité (c’est ce que le parent vous dit généralement lorsque vous sortez votre arme pour abattre la bête mugissante ; une curieuse excuse, puisque si la bête souffre, c’est une deuxième bonne raison d’en finir) ? Est-ce que ces gens sont conscients que répéter un vague « Chut » pour la 256e fois ne va pas plus que les 255 fois précédentes arrêter Noa d’imiter le cochon qu’on égorge avec un coupe boulon ? Pourquoi le contrôleur tente-t-il de me maîtriser lorsque je sors mon mauser ? Que d’interrogations sans réponses.
Evidemment, si jamais vous veniez à suggérer du bout des lèvres que mettre le marmot devant un film pourrait le calmer, seules deux choses pourront se passer :
A) On vous expliquera que les écrans, c’est mauvais pour Noa (alors que les possessions sataniques, ça va)
B) S’ils cèdent, ils n’auront pas de casque, vous pourrez donc entendre Dora se demander où elle a encore mis sa carte, et l’envie de répondre sera grande
La SNCF doit donc bien réaliser que le problème n’est pas tant l’enfant, dont tout le monde se moque bien lorsqu’il est occupé à son coloriage dans le cahier d’à côté. Par contre, je suis personnellement prêt à payer un billet plus cher, non pas pour voyager sans marmot, mais pour expédier les géniteurs à Cayenne. Où un adjudant de la Légion Etrangère leur expliquera sa propre vision de « l’éducation positive ».
Toujours est-il que cela nous amène à l’entité maléfique suivante…

Le sans-écouteurs, hypocrite, compte sur le fait que les autres mettent leurs écouteurs, sinon il ne pourrait pas entendre ce qui sort de son téléphone.
Lors de la Création, Dieu contempla le monde et vit qu’il était silencieux. Aussi, il créa le son.
Quelqu’un alluma alors du Booba, et Dieu se dit que houlala, merde, j’ai p’têt’ chié dans la colle. Dans sa grande bonté, il créa les écouteurs, permettant à chacun de ne pas avoir à révéler ses goûts discutables à son entourage. De nos jours, les écouteurs sont donc partout, tout le temps, ne coûtent quasiment rien, et toujours moins que les chaussures du type qui n’en a pas (d’écouteurs).
Car s’il est inutile de disserter sur les envies de meurtre avec des objets plus ou moins exotiques que provoque l’apparition d’un sans-écouteurs, il nous faut observer que malgré l’alignement chaotique mauvais de ces trublions, ils respectent scrupuleusement deux règles :
– Le sans-écouteurs a toujours des goûts de merde. Qu’il regarde une vidéo ou écoute de la musique, c’est inévitablement consternant. Preuve en est, personne ne raconte jamais avoir croisé un type qui écoutait de l’opéra sans écouteurs dans le métro, ou profité d’un documentaire sur Winston Churchill dans le RER.
– Plus une personne parle fort au téléphone, moins sa vie est intéressante. Ainsi, le sans-écouteurs fera profiter de toute la voiture de Kenza, tchu chai pas ch’qu’elle a dit ? Ch’te jure. Ch’te jure meuf. Chi, chi. Alors que personne, là encore, n’a croisé de type pilotant une opération à cœur ouvert depuis son mobile.
Dernier point essentiel : le sans-écouteurs étant une créature dégénérée, elle progresse sur cette voie en allant encore plus loin, par exemple en diffusant désormais les messages vocaux qu’elle reçoit, ou mieux encore, en faisant des appels en visio. Car il est évident qu’il est essentiel de diffuser à son interlocuteur l’image de soi-même assis dans un carré SNCF, et de préférence, suffisamment mal cadré pour filmer tous les autres passagers qui regardent vers le sans-écouteurs avec un rictus haineux. Autre règle mystérieuse : l’interlocuteur du sans-écouteurs, probablement du même niveau, sera lui aussi toujours mal cadré et en train de faire autre chose en même temps, prouvant ainsi que cet appel n’avait décidément rien d’urgent.
Attention, si la personne dispose carrément d’une enceinte bluetooth, on ne parle plus de « sans-écouteurs » mais de « gibier pour bagne ».
Evidemment, les trains regorgent de bien d’autres créatures magiques, comme les voyageurs sans billet qui, à l’approche du contrôleur, déploient mille ruses avec une inventivité et une créativité dignes du cinéma français. Autant dire, bien peu, tout cela pour donner un bien triste spectacle que personne n’a envie de voir, mais que les autres devront financer quand même. Mais, cela fait assez de misanthropie pour aujourd’hui.
Nous parlerons donc plus tard des autres cercles de l’enfer des transports, comme lorsqu’il se passe quand, dans la moiteur d’un hangar oublié, un TER s’accouple avec une rame de métro, et que jaillit de cette union monstrueuse un RER B.
Brrrr.