22.07.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Chaque nouvel épisode de canicule ravive les mêmes questions : comment protéger les populations, préserver les récoltes ou maintenir les services publics malgré des températures toujours plus extrêmes ? Mais face à l’urgence climatique, il ne suffit pas de s’adapter aux canicules. Il faut aussi interroger la place de l’élevage dans notre modèle agricole et […]
The post Tribune : Canicule, le grand tabou de l’élevage first appeared on Mr Mondialisation.Céline Marfaing et Jean-Marc Gancille dénoncent : les canicules ne sont pas de simples catastrophes naturelles auxquelles il faudrait apprendre à survivre. Elles sont le symptôme d’un système économique qui dépasse les limites planétaires.
À partir des travaux du GIEC, de la FAO et d’autres données scientifiques, ils plaident pour ouvrir un débat encore largement tabou en France : celui d’une sortie progressive de l’élevage, accompagnée d’une reconversion juste pour les agriculteurs et d’une transformation profonde de notre système alimentaire.
Chaque été, les politiques se demandent comment survivre à la canicule. Très peu se questionnent sur les moyens d’empêcher la prochaine.
La France toute entière suffoque. Les records de chaleur tombent, les écoles ferment, on ne respire plus dans les hôpitaux, les travailleuses et travailleurs exposée·es sont mis·es en danger, les animaux non-humains des élevages meurent ou au mieux survivent dans des bâtiments surchauffés, partout les êtres vivants cherchent de l’eau.
À chaque épisode caniculaire, le débat public semble suivre le même scénario : il faut climatiser, ventiler, économiser l’eau. On modifie les horaires et on fait attention aux personnes et aux animaux domestiques plus vulnérables. Des mesurettes bien insuffisantes au regard des prévisions scientifiques. Une politique qui ne traite que les conséquences finit par organiser la survie dans un monde invivable.
La question centrale demeure toujours évitée. Quels sont les systèmes économiques qui rendent ces canicules plus fréquentes, plus longues et toujours plus intenses ?
Le GIEC est clair : le réchauffement climatique est causé par les activités humaines. Les scientifiques nous rappellent que les vagues de chaleur, telles que nous les subissons en ce moment, vont devenir plus nombreuses et plus sévères. La canicule n’est pas un accident isolé, elle est la conséquence d’un modèle de production qui dérègle les conditions mêmes de la vie. Et parmi les causes structurelles de ce dérèglement, l’élevage reste l’un des grands tabous du débat écologique français.
On parle parfois des conséquences de la canicule sur les élevages et il faut le faire. Les animaux exploités subissent eux aussi le stress thermique, l’enfermement, la déshydratation, les maladies et en meurent parfois. Mais il faut aller plus loin. L’élevage n’est pas seulement une victime du dérèglement climatique. Il en est aussi l’une des causes principales.
« L’élevage n’est pas seulement une victime du dérèglement climatique. Il en est aussi l’une des causes principales. »
Les études estiment que les aliments d’origine animale représentent environ 57 % des émissions du système alimentaire mondial et génèrent à eux seuls environ 16,5 Gt CO₂e par an à l’échelle mondiale. Pris isolément, l’élevage émet donc davantage que l’ensemble du secteur mondial des bâtiments (6%) et représente un volume comparable aux émissions du transport routier mondial et environ quatre à cinq fois plus que l’ensemble de l’aviation mondiale (2,5%).
En France, l’agriculture représente encore un poste majeur d’émissions. Derrière chaque élevage de vaches se trouve l’une des principales sources d’émission de méthane, un gaz dont le pouvoir de réchauffement est bien supérieur à celui du dioxyde de carbone. Sur vingt ans, il réchauffe environ 81 fois plus que le CO₂. Les ordres de grandeur alimentaires sont tout aussi parlants. Selon les données Agribalyse de l’ADEME, un kilogramme de « viande » de vache représente environ 28 kg CO₂e. En comparaison, un kilogramme de lentilles représente environ 0,582 kg CO₂e, soit 48 fois moins. Ce n’est pas une différence marginale. C’est un gouffre climatique.
Face à cela, la réponse ne peut pas être de demander aux individus de « faire des efforts » pendant que l’État continue de soutenir un modèle destructeur. La transition écologique doit être collective, planifiée, radicale et juste.
La REV défend une écologie radicale qui ne se contente pas d’adapter les populations aux conséquences du dérèglement climatique. Face à l’urgence, nous assumons la nécessité de transformer les causes structurelles de la catastrophe en cours. Cela implique de reconsidérer le principe même de l’élevage et d’engager une sortie progressive de toutes les formes d’exploitation des animaux. D’un point de vue scientifique et écologique, contrairement aux idées reçues, ni l’élevage industriel ni l’élevage paysan ne peuvent revendiquer de quelconques vertus. Bien au contraire, les deux se combinent pour maximiser les dégâts environnementaux d’une activité qui compte d’ores et déjà de nombreuses alternatives.
Mais cette transition ne peut se faire contre les agriculteur·ices. Nous proposons la création d’un véritable service public de l’agriculture, garantissant accompagnement, formation, sécurisation des revenus et reconversion vers des productions végétales, l’agroécologie et des activités compatibles avec les limites planétaires. Nous défendons également une sécurité sociale de l’alimentation permettant à toutes et tous d’accéder à une alimentation végétale saine, durable et choisie. Loin d’opposer justice sociale, justice climatique et condition animale, nous considérons qu’elles sont indissociables.
Enfin, nous refusons de séparer la question climatique de la condition animale. Les animaux non-humains ne sont pas seulement des unités de production. Ils sont des êtres sensibles, exposés à la chaleur, à la soif, à l’enfermement et à la violence d’un système qui les rend invisibles jusque dans les catastrophes qu’il contribue à produire.
Enfin, nous refusons de considérer les animaux comme de simples ressources économiques. Les connaissances scientifiques sont aujourd’hui largement établies sur leur sensibilité, tandis que les travaux du GIEC et de la FAO identifient la réduction des productions et consommations animales comme un levier important de lutte contre le changement climatique.
Pourtant, les propositions visant à ouvrir ce débat continuent d’être caricaturées ou disqualifiées dans l’espace politique, comme l’ont montré les réactions suscitées récemment à l’Assemblée nationale. Alors que, dans le cadre des discussions autour de la loi d’urgence agricole, Aymeric Caron défendait un amendement visant à intégrer un objectif de réduction de la viande pour des raisons climatiques, de nombreux députés ont préféré moquer cette proposition plutôt que d’admettre la réalité scientifique de ce texte.
Pour nous, la REV, reconnaître les animaux comme des êtres sensibles et transformer notre rapport à leur exploitation ne relèvent pas de l’utopie, mais d’une exigence écologique, démocratique et éthique. L’écologie radicale commence ici. Elle ne consiste pas à gérer les ruines du vivant, elle consiste à mettre fin aux systèmes qui les produisent.
– Par Céline Marfaing et Jean-Marc Gancille,
référents du pôle Antispécisme de la Révolution Écologique pour le Vivant (REV),
parti d’écologie radicale fondé par Aymeric Caron
Photo de couverture : cottonbro studio / Pexels
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Mr Mondialisation
Le jeu vidéo est à un tournant. Après plusieurs années de recul des ventes de jeux physiques, Sony a annoncé qu’à partir de 2028, les nouveaux jeux PlayStation seront distribués exclusivement au format numérique. À première vue, le changement paraît anodin. Plus besoin de disque. Plus de boîtier à ranger. Les jeux sont accessibles immédiatement, […]
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À première vue, le changement paraît anodin. Plus besoin de disque. Plus de boîtier à ranger. Les jeux sont accessibles immédiatement, sans déplacement. Le numérique promet davantage de simplicité. Mais cette évolution soulève une question bien plus large. Que devient la propriété lorsqu’une œuvre culturelle n’existe plus que sous la forme d’un fichier téléchargé depuis une boutique appartenant au fabricant de la console ?
Car derrière la disparition progressive du disque se cache une transformation profonde du marché. Avec le tout-numérique, Sony ne fabrique plus seulement une console, l’entreprise contrôle également le magasin, les prix, les promotions, les licences et l’accès aux œuvres. Pour les consommateurs, les conséquences sont loin d’être anodines.
Depuis des années, on peut acheter des jeux vidéo dans un marché relativement ouvert. Les grandes surfaces, les boutiques spécialisées, et les sites de vente en ligne proposent souvent des prix différents. Les promotions varient selon les distributeurs. Les joueurs peuvent comparer, attendre une réduction ou acheter un jeu d’occasion quelques mois après sa sortie.
Le support physique entretient une véritable concurrence. Avec une console entièrement numérique, cette concurrence disparaît. Sur PlayStation, chaque achat passera exclusivement par le PlayStation Store. Le constructeur devient donc également le distributeur exclusif des jeux disponibles sur sa plateforme. Cette situation lui confère un pouvoir inédit. Sony fixe les prix, décide des promotions et choisit les périodes de soldes. Le géant japonais peut retirer un jeu de la vente. Le consommateur, lui, n’a plus d’alternative. Contrairement au marché physique, il ne peut plus acheter ailleurs si le tarif lui paraît trop élevé. Il dépend entièrement de la politique commerciale d’une seule entreprise.
Les autres victimes de cette évolution seront, bien sûr, les commerces spécialisés. Depuis plusieurs années, ces enseignes voient déjà leurs ventes diminuer au profit du téléchargement. Nombre d’entre elles ont d’ailleurs disparu à l’aube des années 2010. Pourtant, elles continuent de jouer un rôle essentiel. Elles conseillent les joueurs. Elles rachètent les jeux terminés. Elles permettent d’acheter d’occasion. Elles prolongent la durée de vie des consoles. Elles font vivre des centres-villes déjà fragilisés. La disparition du support physique risque d’accélérer leur déclin. Et avec elles, c’est tout un écosystème qui disparaît.
Le marché de l’occasion, lui, permet à de nombreux foyers de continuer à jouer malgré l’augmentation constante du prix des nouveautés. Revendre un jeu terminé pour financer le suivant est une pratique aussi ancienne que le jeu vidéo lui-même. Le numérique met fin à cette possibilité. Une licence téléchargée est liée à un compte utilisateur. Elle ne peut généralement pas être revendue ni prêtée. Chaque joueur doit acheter sa propre copie. Pour les éditeurs et les constructeurs, le modèle est extrêmement rentable.
Pour les consommateurs, il réduit les libertés. Le disque n’est pas seulement un objet. Il garantit aussi un droit. Celui de disposer librement d’un bien culturel une fois acheté. C’est précisément ce droit qui tend aujourd’hui à disparaître.

Les défenseurs du tout-numérique mettent souvent en avant sa simplicité. Mais cette praticité cache une réalité moins connue : dans la plupart des cas, un jeu numérique n’est pas réellement acheté. Le joueur acquiert une licence d’utilisation.
Un disque peut être conservé toute une vie. Il peut être prêté, revendu, offert ou transmis. Une licence numérique, elle, reste soumise aux conditions fixées par la plateforme qui la distribue. Autrement dit, l’accès à une œuvre dépend désormais d’un compte utilisateur, d’une connexion à des serveurs et d’accords commerciaux conclus entre entreprises.
Sony l’a illustré en 2023. À la suite de l’expiration d’un contrat avec Discovery, plusieurs centaines de films et de séries achetés sur le PlayStation Store devaient disparaître des bibliothèques des utilisateurs. Face au tollé, un nouvel accord a finalement été trouvé et les contenus ont été conservés. L’épisode reste pourtant révélateur.
À terme, c’est aussi le rétrogaming qui pourrait en souffrir. Depuis plusieurs décennies, les collectionneurs participent à la conservation du patrimoine vidéoludique. Les cartouches, CD et Blu-ray permettent encore aujourd’hui de faire fonctionner des jeux parfois âgés de trente ou quarante ans. Le tout-numérique remet en cause cette transmission. Comment préserver une œuvre qui dépend d’une plateforme privée ? Comment rejouer à un titre lorsque les serveurs auront disparu ?
La question est également écologique. Les industriels présentent souvent le numérique comme une solution plus respectueuse de l’environnement. Il est vrai qu’il supprime une partie du plastique, des emballages et du transport. Mais cette comparaison est incomplète. Chaque téléchargement mobilise des centres de données, des infrastructures réseau et des équipements qui consomment eux aussi des ressources et de l’énergie. Un jeu physique peut vivre pendant plusieurs décennies. Il peut être revendu plusieurs fois, prêté ou transmis. Un seul exemplaire circule ainsi entre plusieurs joueurs. Une licence numérique, elle, est généralement achetée une seule fois… par une seule personne.
Le cas de Sony dépasse largement le monde des consoles. Depuis une quinzaine d’années, notre rapport à la culture change profondément. Les abonnements à Spotify, Prime et Netflix pour regarder des films et écouter de la musique sont devenus la norme. Les logiciels deviennent des abonnements mensuels. Le jeu vidéo semble suivre exactement la même trajectoire. On ne paie plus pour un produit, mais pour un service (GTA Online, Fortnite).
En 2026, près de 3,3 milliards de personnes jouent aux jeux vidéo dans le monde. Jamais un loisir culturel n’avait concerné autant d’individus. La question dépasse donc largement les utilisateurs PlayStation. À mesure que les supports physiques disparaissent, des centaines de millions de consommateurs deviennent toujours plus dépendants d’une poignée de multinationales. Ces entreprises contrôlent les catalogues. Les prix. Les promotions. Les licences. Et parfois même la disparition d’une œuvre.
Cette concentration du pouvoir soulève une question fondamentale. Que signifie encore « acheter » une œuvre culturelle lorsque son accès dépend entièrement d’une plateforme privée ? Alors que les appels à davantage de sobriété se multiplient, le modèle dominant continue de transformer toujours plus de biens culturels en services dépendants de plateformes privées.
Le discours est toujours le même. Plus rapide. Plus pratique. Plus moderne. Mais cette promesse s’accompagne d’une concentration sans précédent. Le débat ne porte donc pas seulement sur la disparition du disque. Il interroge notre rapport à la culture, et plus largement, le pouvoir croissant des grandes plateformes numériques.
– Florian Doare
Photo de couverture de Yunming Wang sur Unsplash
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Mr Mondialisation
Avec le dérèglement climatique, les feux de forêt semblent voués à se multiplier chaque année en France et dans le reste du monde. Pourtant, ce phénomène s’avère également être un symptôme de l’impréparation du néolibéralisme et de son incapacité à penser le temps long. Si les catastrophes existeront probablement toujours, la gestion des forêts françaises […]
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Si les catastrophes existeront probablement toujours, la gestion des forêts françaises suscite néanmoins des interrogations tant le sujet reste encore négligé aujourd’hui. Mais face à un danger de plus en plus grand, il devient plus que nécessaire d’aborder la question sous l’angle de la planification écologique.
Chaque année, la situation climatique empire et les records tombent les uns après les autres. Au mois de mai 2026, près de 400 records de chaleur ont d’ailleurs été battus en France, avec des températures atteignant les 37 degrés.
Dans ce contexte, les sécheresses vont inévitablement se multiplier. Et si elles présentent un danger évident pour les besoins en eau, l’agriculture et la biodiversité, elles sont aussi le terreau parfait pour la prolifération de mégafeux.
Les incendies ne sont plus l’apanage des régions du Sud. Les événements récents, tels ceux survenus dans la forêt de Fontainebleau, ont rappelé que l’ensemble de l’Hexagone est concerné par la menace.
Si les activités humaines engendrant le dérèglement climatique sont évidemment les responsables, la course en avant tels que le manque de préparation et la gestion des forêts, doit également être pointée du doigt.
La transformation progressive des forêts en monocultures d’arbres est déjà reconnue comme un risque supplémentaire. En effet, un groupe d’arbres d’âge et d’essence similaires est particulièrement sensible au feu. L’abondance de conifères, très prisés par l’industrie du bois pour leur pousse rapide, est aussi très propice aux flammes.
En outre, les coupes rases, fréquemment utilisées par l’industrie, saccagent les sols en détruisant toute vie en leur sein. De plus, les friches qui remplacent les terrains nus pendant les premières années sont particulièrement inflammables. À l’inverse, les grands arbres favorisent, la pénétration de l’eau dans la terre, ce qui les rend moins secs.
Il est vrai que les incendies peuvent être dus à un manque d’entretien des forêts. Si le débroussaillement constitue une mesure de prévention reconnue, notamment autour des habitations, des routes et des infrastructures, son objectif est de limiter la quantité de végétation combustible afin de ralentir la propagation des flammes, et non d’ouvrir les forêts au public, car 90 % des départs de feu sont dus à l’être humain.
Comme tous les domaines de la société, la gestion des forêts est soumise à la même logique financière. Ainsi, malgré la multiplication des incendies et les promesses accumulées au fil des ans, le budget public alloué à cette branche ne cesse de dégringoler. L’Office national des forêts (ONF) est lui aussi assujetti à une cure d’austérité avec une perte d’un tiers de ses effectifs sur les vingt dernières années.
Le secteur privé, qui voit la forêt comme une simple ressource financière à exploiter, détient également sa part de responsabilité. L’État n’a, par ailleurs, rien fait pour interdire des pratiques écocidaires, telles les coupes rases, ou pour imposer la pluralité des essences associée à une gestion durable.
Mais face aux flammes, si l’on a pu déjà pointer du doigt des coupes budgétaires sur l’achat de canadairs, il est également essentiel de rappeler le rôle crucial de la prévention. Disposer des moyens pour lutter contre les feux reste important, mais éviter qu’ils ne se produisent l’est davantage.
L’augmentation des moyens alloués à l’ONF, ainsi qu’à la recherche publique (INRAE, CNRS, universités) sur les écosystèmes forestiers, pourrait faire partie des solutions afin de mieux accompagner l’adaptation des forêts au dérèglement climatique et de réduire leur vulnérabilité aux incendies.
Pour autant, il ne s’agit pas tant de « comprendre comment favoriser des forêts plus résilientes » que de donner les moyens de mettre en œuvre des connaissances déjà largement établies : diversification des essences, limitation des monocultures, restauration des sols, adaptation des pratiques sylvicoles et gestion durable des peuplements forestiers.
La prévention passe aussi par la sensibilisation du public et l’éducation afin de limiter au maximum les départs de feu involontaires dus à des comportements irresponsables, que ce soit de touristes ou de riverains. Elle suppose également des moyens suffisants pour les services de prévention, l’accompagnement social et le repérage des situations à risque.
À l’image de la forêt, la lutte contre les incendies repose aussi sur le retour de politiques basées sur le temps long. Pour ce faire, il est nécessaire de rompre avec le culte de l’immédiateté et de la rentabilité propre au capitalisme néolibéral.
Dans cette optique, l’État doit remplir son rôle de gestionnaire, que ce soit dans l’urbanisme, les normes de constructions, la sensibilisation des populations et l’aménagement des territoires. Pour y parvenir, une coordination entre habitants, communes et services de secours demeure cruciale.
Néanmoins, cette gestion sur le temps long passe, en premier lieu, par la lutte contre le dérèglement climatique, mais aussi par des politiques sérieuses sur l’eau, la biodiversité, l’agriculture et les sols. En outre, il est inévitable de légiférer pour réguler l’appétit des entreprises privées les plus voraces.
Enfin, ce sujet pose également la question de la place des écosystèmes non-humain dans un monde où une part de l’humanité veut tout contrôler, posséder et cloisonner. Pendant des millions d’années, avant même l’apparition de notre espèce, la forêt s’est pourtant gérée seule, sans intervention.
Si ces considérations peuvent paraître utopiques dans une société telle qu’elle est aujourd’hui, il serait malgré tout légitime de réclamer plus de territoires vierges de toute présence humaine, comme c’est le cas dans la réserve du Lauvitel.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Un canadair CL-415 dans les Alpes Maritime en mai 2014. Wikimedia.
The post La lutte contre les incendies passe par la planification écologique first appeared on Mr Mondialisation.19.07.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. L’Arménie veut protéger 20 % de son territoire d’ici 2030 L’Arménie prévoit de porter la part de son territoire classée en aires naturelles protégées de 13 % à 20 % d’ici 2030, dans […]
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L’Arménie prévoit de porter la part de son territoire classée en aires naturelles protégées de 13 % à 20 % d’ici 2030, dans le cadre de ses engagements internationaux en faveur de la biodiversité. Une réforme de la législation introduit notamment une nouvelle catégorie de paysages protégés afin de renforcer la préservation des écosystèmes. (Hetq)
Le tribunal judiciaire de Nîmes a rejeté la plainte en référé de la mairie RN de Beaucaire contre L’Arlésienne et StreetPress, poursuivis après une enquête sur de possibles discriminations dans l’attribution de locaux commerciaux. Le juge a estimé que la bonne foi des journalistes constituait un élément sérieux, permettant aux deux médias de poursuivre leur travail. (Le Poing)
Longtemps considéré comme un « nuisible », le renard roux bénéficie d’une image plus favorable, portée par des agriculteurs qui soulignent son rôle dans la régulation des rongeurs et par une opinion publique plus sensible à la biodiversité. Malgré cette évolution, l’espèce reste massivement chassée et demeure classée comme susceptible d’occasionner des dégâts dans une grande partie du territoire. (Socialter)
À la Castellane, quatre amis d’enfance organisent des tournois de football et un festival de musique pour offrir des perspectives aux adolescents et les détourner des réseaux de stupéfiants. À travers ces initiatives, ils revendiquent une démarche de transmission et de solidarité entre générations au sein des quartiers populaires. (StreetPress)
La France déploie Impulsion, un programme pilote de dépistage du cancer du poumon destiné aux fumeurs et anciens fumeurs de 50 à 74 ans dans plusieurs régions. L’objectif est d’évaluer l’intérêt d’un dépistage organisé à l’échelle nationale, après des études ayant montré qu’un scanner régulier pouvait réduire d’au moins 20 % la mortalité liée à cette maladie. (Que Choisir)
Les institutions européennes poursuivent les négociations sur l’euro numérique, un projet porté par la Banque centrale européenne visant à créer un moyen de paiement public et à renforcer la souveraineté européenne face aux réseaux américains comme Visa et Mastercard. Les discussions portent notamment sur la protection des données, le plafond de détention et les frais appliqués aux transactions. (Alternatives Économiques)
Face aux épisodes de chaleur de plus en plus fréquents, Lyon déploie son plan « Objectif fraîcheur », avec plus de 700 lieux frais accessibles au public, des musées gratuits, des parcs ouverts en soirée et même des cours d’école transformées en refuges climatiques. La municipalité présente ces mesures comme une réponse d’urgence, tout en rappelant qu’elles ne remplaceront pas la lutte contre le réchauffement climatique. (Vert)
Huit adolescents du camp de réfugiés de Balata, en Cisjordanie, ont été accueillis en Bretagne dans le cadre d’un projet mêlant danse, rencontres scolaires et découvertes culturelles. Pour les organisateurs, cette initiative visait à offrir une parenthèse de sérénité aux jeunes Palestiniens tout en favorisant le dialogue et la sensibilisation autour de leur quotidien. (La Relève et la Peste)
À Montpellier, un immeuble bioclimatique conçu avec des patios, des loggias végétalisées et des appartements traversants cherche à limiter naturellement les effets des fortes chaleurs. Si ses habitants constatent un meilleur confort qu’un bâtiment classique, les architectes rappellent que l’architecture seule ne pourra pas compenser l’intensification du réchauffement climatique. (franceinfo)
Le NHS England lancera début 2027 un défi invitant les participants à marcher 30 minutes par jour, soit l’équivalent d’un marathon par mois. Les personnes qui relèveront le défi pourront bénéficier de récompenses ou de réductions, dans le but d’encourager l’activité physique et de prévenir les maladies liées à la sédentarité. (BBC News)
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.Trump dément la fermeture du détroit d’Ormuz annoncée par l’Iran La trêve entre Washington et Téhéran est menacée après une nouvelle escalade militaire autour du détroit d’Ormuz. Les États-Unis affirment avoir frappé 140 cibles iraniennes, […]
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La trêve entre Washington et Téhéran est menacée après une nouvelle escalade militaire autour du détroit d’Ormuz. Les États-Unis affirment avoir frappé 140 cibles iraniennes, tandis que Trump assure que le trafic maritime reste ouvert, malgré les déclarations de l’Iran qui revendique le contrôle de cette voie stratégique. (The Guardian)
Après six mois d’enquête, une commission parlementaire dénonce les conséquences humanitaires des accords du Touquet et formule 33 recommandations pour améliorer la situation à la frontière franco-britannique. Les associations saluent une première reconnaissance institutionnelle de leurs constats, tout en craignant que le rapport ne reste sans effet politique. (Guiti News)
L’incendie qui a détruit plus de 1 900 hectares de la forêt de Fontainebleau illustre une nouvelle géographie des feux de forêt, favorisée par le changement climatique. Selon les experts interrogés, des territoires jusqu’ici peu exposés doivent désormais se préparer à des incendies plus précoces, plus fréquents et plus intenses. (Reporterre)
Le violent incendie qui a frappé la région de Los Gallardos (Almería) a fait au moins 12 morts, 23 disparus et plus de 6 000 hectares brûlés. Au-delà du bilan humain, le manque de moyens du dispositif Infoca et la non utilisation des crédits destinés à la prévention des incendies par la région sont vivement critiqués. (El Salto)
Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés dans le Pas-de-Calais pour dénoncer le projet de canal Seine-Nord Europe, qu’ils jugent destructeur pour la biodiversité et trop coûteux. Les opposants mettent en avant son impact environnemental, sa forte consommation d’eau et défendent des alternatives comme la modernisation du réseau fluvial existant ou le développement du fret ferroviaire. (Vert)
Après plus de deux ans de débats parlementaires, les députés ont définitivement adopté la loi créant un droit à l’aide à mourir, par 291 voix contre 241. Le texte instaure un dispositif strictement encadré pour les personnes gravement malades, tandis que le gouvernement a annoncé saisir le Conseil constitutionnel avant sa mise en œuvre. (L’Humanité)
Reconnu coupable au civil d’agression sexuelle et de diffamation, Donald Trump a versé 5,6 millions de dollars à l’autrice Elizabeth Jean Carroll, conformément à une décision de justice devenue définitive. Le président américain reste également visé par une autre condamnation à 83,3 millions de dollars dans une affaire distincte de diffamation. (L’Humanité)
L’État poursuit Greenpeace France après l’immersion de quinze « rochers anti-chalut » dans une aire marine protégée du golfe du Lion. L’ONG défend une action destinée à dénoncer le maintien du chalutage de fond dans des zones censées être protégées, tandis que la justice doit prochainement se prononcer sur la légalité de la procédure engagée. (La Relève et la Peste)
Le parti Renaissance a engagé une procédure judiciaire contre le Rassemblement national et Marine Le Pen, accusés d’avoir utilisé le terme « Renaissance » dans leur campagne pour la présidentielle de 2027. Le mouvement de Gabriel Attal dénonce une « appropriation indue » de son identité politique et une volonté de créer la confusion chez les électeurs. (franceinfo)
La ville d’Helsinki a adopté un plan visant à remplacer 50 % de la viande et des produits laitiers par des alternatives végétales dans les écoles, hôpitaux et autres établissements publics d’ici 2030. Présentée comme une mesure en faveur du climat, de la santé et du bien-être animal, cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de transition alimentaire. (European Livestock Voice)
* Image de couverture : Unsplash
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
À rebours des explications exclusivement psychologiques, Marianne Fougère défend dans L’anorexie, pathologie du capitalisme une thèse forte : ce trouble ne révèle pas seulement une souffrance individuelle, mais aussi les contradictions d’un système qui érige la maîtrise de soi, la performance et l’optimisation permanente en idéaux. [Temps de lecture estimé : ~ 10 min] L’anorexie […]
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L’anorexie est généralement pensée comme une maladie relevant de l’intime : une histoire personnelle, familiale, psychique. Dans L’anorexie, pathologie du capitalisme, Marianne Fougère, docteure en science politique, propose de déplacer le regard : sans nier la singularité de chaque parcours, elle montre comment ce trouble s’inscrit aussi dans un contexte social qui valorise le contrôle, l’autonomie et la performance.
Pourquoi parler de « pathologie du capitalisme » ? En quoi le corps anorexique révèle-t-il les contradictions de notre époque ? Et comment penser la guérison lorsque les causes sont à la fois individuelles et structurelles ? Entretien.

Marianne Fougère : « Cela ne s’est pas imposé d’un seul coup. Pendant longtemps, j’ai vécu l’anorexie comme une énigme personnelle : mon problème, mon corps, ma responsabilité.
C’est d’ailleurs ainsi qu’on nous invite à la penser. Puis j’ai constaté que des comportements associés au trouble étaient valorisés tant qu’ils restaient socialement acceptables : se contrôler, être mince, disciplinée, performante, ne pas prendre trop de place.
« La société célèbre cette maîtrise avant de s’inquiéter lorsqu’elle devient extrême. »
J’ai alors compris que l’anorexie ne surgissait pas hors du monde : elle pousse jusqu’à leur point de rupture des valeurs très ordinaires comme la performance, l’autonomie, la restriction ou le refus des besoins. Cela ne signifie pas que le capitalisme cause mécaniquement chaque anorexie, mais que nos souffrances empruntent les langages de leur époque. Aujourd’hui, ce langage est celui du contrôle, de l’optimisation et de la peur de dépendre. »
Marianne Fougère : « Le mot « capitalisme » permet de relier des phénomènes souvent étudiés séparément : la marchandisation des corps, l’injonction à la performance, la concurrence, l’optimisation de soi ou la responsabilité individuelle en matière de santé.
La modernité me semblait trop vaste. La société de consommation est incontournable, mais l’anorexie ne relève pas seulement d’un refus de consommer : elle participe aussi d’une logique de production d’un corps efficace, désirable et employable.

Quant au patriarcat, il est indispensable pour comprendre pourquoi les femmes sont davantage exposées, mais il fonctionne avec l’économie. Les normes féminines sont aussi des marchés. Le patriarcat distribue la pression ; le capitalisme la monétise, l’intensifie et la présente comme un choix personnel. Les deux font assez bon ménage. Ils n’ont même pas besoin de partager l’addition. »
Marianne Fougère : « Elle révèle un système qui prétend ne connaître aucune limite tout en exigeant des individus qu’ils se limitent sans cesse. Il faut consommer toujours plus, tout en restant mince, performant et parfaitement maître de soi.
« L’anorexie pousse jusqu’au point de rupture l’idéal d’un individu qui ne dépendrait de rien, pas même de ses propres besoins. Or avoir faim, c’est reconnaître une dépendance fondamentale. »
Elle montre aussi que la maladie peut être l’exagération de la norme : le corps anorexique n’est pas hors système, il applique trop parfaitement certaines de ses consignes. Enfin, elle révèle notre difficulté collective à entendre un refus. Face à un corps qui ne coopère plus, nous cherchons d’abord à le remettre en état de fonctionner avant d’en interroger le sens. »
Marianne Fougère : « Oui, mais déplacer ne signifie pas abolir. Je ne remplace pas une explication simpliste par une autre. Chaque personne anorexique a une histoire singulière. En revanche, la responsabilité individuelle devient écrasante lorsqu’elle est la seule que l’on accepte de voir.
« On demande à la personne de guérir tout en la renvoyant dans un environnement qui continue de célébrer la minceur, la restriction et la maîtrise. »
C’est un peu comme demander à quelqu’un d’arrêter de tousser sans s’interroger sur la qualité de l’air. La responsabilité collective consiste à examiner les conditions dans lesquelles ces troubles apparaissent, sont encouragés ou mal soignés : l’industrie de la beauté, les plateformes numériques, le travail, l’école, la médecine, mais aussi nos conversations ordinaires. Il ne s’agit plus seulement de demander : « Qu’est-ce qui ne va pas chez cette personne ? », mais : « Dans quel monde cette souffrance a-t-elle pris cette forme ? » »
Marianne Fougère : « Le corps reste intime, mais c’est une intimité très fréquentée. Il est traversé par le regard familial, médical, amoureux, professionnel, publicitaire et désormais algorithmique.
« Nous croyons disposer librement de notre corps, mais nos choix sont façonnés par des normes. Le paradoxe est là : le corps est présenté comme un projet individuel alors qu’il est soumis à une évaluation collective permanente. »
Il devient à la fois une vitrine, un capital et une preuve morale. Reprendre possession de son corps suppose donc aussi de lui reconnaître un droit à l’opacité, à l’imperfection, au besoin, au vieillissement et, soyons audacieuses, à la tranquillité. »

Mr Mondialisation : L’anorexie est souvent présentée comme une obsession de la minceur. N’est-elle pas plutôt une obsession du contrôle ?
Marianne Fougère : « La minceur est la forme visible du trouble, mais elle n’en est pas toujours le cœur. Le contrôle occupe une place centrale : contrôler son alimentation peut donner l’impression de reprendre prise lorsque le reste paraît chaotique.
« Mais l’anorexie commence parfois comme une tentative de maîtrise et finit par devenir ce qui vous maîtrise. »
Les règles se multiplient, l’espace mental se rétrécit et la liberté disparaît. Derrière le contrôle se joue aussi une question plus profonde : celle des besoins. Contrôler sa faim, c’est tenter de contrôler sa vulnérabilité, pouvoir se dire : « Je n’ai besoin de rien. » Une position qui correspond étrangement à l’idéal contemporain de l’individu autonome et performant. La minceur est moins une fin qu’un langage. »
Marianne Fougère : « Oui, à condition de souligner le mot « paradoxale ». Refuser de manger dans une société fondée sur la consommation produit une dissonance. En ce sens, je parle d’une « grève du corps » : une grève étrange, sans revendication formulée, où le corps suspend sa coopération.
Mais cette résistance est profondément ambivalente, car elle reproduit aussi les valeurs qu’elle semble refuser : la discipline, la performance, le contrôle de soi. L’anorexie n’est ni une révolte héroïque ni une solution politique. C’est une résistance qui se retourne contre celle qui la porte, mais qui possède un potentiel critique : elle révèle qu’un monde sans limites peut produire des individus obsédés par le fait de s’en imposer, jusqu’à disparaître. »
Marianne Fougère : « Heureusement, oui. Dire que les causes sont en partie structurelles ne signifie pas qu’il faille attendre la fin du capitalisme pour commencer une thérapie ou reprendre un repas. La prise en charge individuelle est indispensable : l’anorexie met la vie en danger et nécessite des soins médicaux, psychologiques et nutritionnels.
Ce que je critique, c’est une conception trop étroite de la guérison, qui consisterait seulement à restaurer un poids ou à supprimer un comportement sans écouter ce qu’il a rendu supportable ou exprimé. Soigner l’individu et transformer le monde ne sont pas deux projets concurrents. Il vaut mieux faire les deux. C’est moins pratique qu’une ordonnance unique, mais plus honnête. »
Marianne Fougère : « Parce qu’elles sont encore socialisées à vivre leur corps comme un objet à surveiller, corriger et présenter. Très tôt, elles apprennent qu’elles seront regardées, comparées et évaluées. Elles doivent être désirables sans paraître trop conscientes de leur désirabilité, minces sans sembler obsédées, gourmandes mais pas grosses, performantes sans prendre trop de place. La féminité traditionnelle repose largement sur une discipline des appétits, qu’ils soient alimentaires, sexuels, professionnels ou politiques.
À cela s’ajoute une contradiction contemporaine : les femmes sont invitées à réussir tout en restant soumises à des normes esthétiques extrêmement contraignantes. L’anorexie peut cristalliser cette tension. Cela n’épargne évidemment pas les hommes ni les personnes trans ou non binaires, mais la disproportion entre les sexes n’a rien de mystérieux. »
Marianne Fougère : « Les troubles anorexiques existaient bien avant Instagram ou TikTok. Les réseaux n’ont pas créé le problème, mais ils en ont modifié l’intensité, la vitesse et l’intimité. La comparaison sociale est devenue permanente et s’invite jusque dans la chambre. Les plateformes personnalisent en outre les normes : l’algorithme comprend vite ce qui retient votre attention et vous propose toujours plus de contenus liés au régime, au fitness ou à la perte de poids. Cela peut créer un environnement obsessionnel.
Mais les réseaux ne produisent pas seulement de la souffrance : ils permettent aussi à des personnes isolées de trouver des ressources et des communautés de soutien. Le véritable changement tient peut-être au fait que nos corps sont devenus des contenus, et nos insécurités des données particulièrement rentables. »
Marianne Fougère : « Oui, mais je refuse d’opposer le médical et le politique. Une souffrance peut être socialement produite tout en nécessitant un traitement médical. Une anorexie reste une maladie grave. Le problème apparaît lorsque le diagnostic ferme la discussion au lieu de l’ouvrir.
Il donne accès à des soins indispensables, mais peut aussi réduire la souffrance à un dysfonctionnement individuel. La médecine doit évidemment agir dans l’urgence lorsque la vie est en danger. En revanche, si tout le soin se concentre sur le poids, les calories ou l’IMC, on risque de réparer le corps sans entendre ce qu’il exprimait. Il faut tenir ensemble l’urgence biologique, l’histoire singulière et le contexte social. »
Marianne Fougère : « Ce serait d’abord une société qui tolérerait davantage les besoins, les limites et la dépendance.
« Avoir faim, être fatigué, demander de l’aide ou ne pas être performant ne seraient plus des fautes morales. »
Il faudrait rompre avec l’association entre minceur, santé et valeur personnelle, mais aussi avec l’idéal de maîtrise absolue. Nous ne sommes pas des êtres capables de tout contrôler : nous avons besoin des autres, nous vieillissons, nous tombons malades.
Une société moins anorexigène transformerait aussi le soin, l’école, le travail et les médias : mieux repérer les troubles, limiter la promotion des régimes, cesser les commentaires sur le poids et garantir une véritable sécurité matérielle. Elle serait capable de dire collectivement « assez », pour que les individus n’aient plus à inscrire seuls cette limite dans leur chair. »
Marianne Fougère : « Les mécanismes que j’analyse prennent une intensité particulière dans le capitalisme néolibéral : individualisation des risques, mise en concurrence, recul des protections collectives, culte de l’entrepreneur de soi. Chacun est invité à gérer son corps, sa carrière ou sa santé comme un portefeuille d’actifs. Le néolibéralisme radicalise cette logique en transformant la discipline extérieure en autodiscipline : il ne se contente pas de nous imposer des normes, il nous demande de les désirer.
Mais je ne crois pas que le problème se limite à une version excessive du capitalisme. La croissance sans fin, la marchandisation et la mise en valeur de tout ce qui existe lui appartiennent structurellement. Les politiques publiques peuvent toutefois en limiter les effets : des protections sociales solides, un système de santé accessible ou une réduction des inégalités changent concrètement les vies. Le néolibéralisme n’a pas inventé cette logique ; il l’a rendue plus intime. Désormais, la petite entreprise à optimiser, c’est nous. »
– Mauricette Baelen
Photo de couverture : Marianne Fougère – © Sandrine Cornillot
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