19.08.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Fondée en 1928, la Confédération Nationale Défense de l’Animal (CNDA) réalise un travail plus discret que d’autres associations bien plus connues du grand public. Pourtant, son combat contre la maltraitance animale prend différentes formes essentielles. Rencontre avec Bruno Navarro, son délégué général. Il est des associations dont on entend peu parler. C’est le cas de […]
The post Depuis 1928, elle se bat pour les animaux : dans les coulisses de la CNDA, presque centenaire et pourtant méconnue first appeared on Mr Mondialisation.Il est des associations dont on entend peu parler. C’est le cas de la Confédération Nationale Défense de l’Animal. Elle agit pourtant depuis près d’un siècle auprès des animaux domestiques. Moins populaire que d’autres grands noms de la protection animale, elle est pourtant présente dans 97 départements français.
Son mode d’action se décline sous forme d’aide apportée aux refuges fédérés, de pédagogie, d’actions en justice ou encore de sauvetages. Grâce à la force de son réseau et le travail d’une équipe soudée et dévouée, la CNDA parvient à sauver plus de 200 000 animaux chaque année.
Elle est également particulièrement présente et vigilante face aux contenus de maltraitance diffusés sur les réseaux sociaux. Suite à sa plainte déposée à l’encontre d’un influenceur pour sa vidéo malmenant un chien, Bruno Navarro, délégué général de la CNDA, a accepté de faire le point avec Mr Mondialisation.

Bruno Navarro : « La Confédération Nationale Défense de l’Animal, souvent appelée CNDA, va fêter son centenaire en 2028. Par le nombre de refuges, c’est l’organisation la plus importante en France. Nous confédérons environ 260 associations de protection animale dans l’Hexagone ainsi qu’aux Outre-Mers. La particularité, c’est que les gens qui viennent se confédérer dans notre organisation sont des associations dites « indépendantes ». Elles ont chacune leur propre statut, leurs propres moyens de subsistance, etc.
Ce que nous apportons en tant que confédération, c’est un appui sur tous les aspects de la gestion quotidienne d’un refuge. À savoir ce qui a trait au bien-être animal, les problématiques rencontrées dans les gouvernances, les relations en termes de droit social vis-à-vis des salariés… Enfin, nous sommes une association reconnue d’utilité publique, ce qui nous autorise à traiter pour le bénéfice de ces associations les dons et les legs que le public peut leur attribuer. »

Bruno Navarro : « Cette confédération est composée d’un conseil d’administration de 12 membres bénévoles. Le siège de la confédération se situe à Lyon et comporte 10 salariés, dont moi-même. Et en tant que délégué général, je mets en œuvre la politique décidée par le bureau du conseil d’administration. Celui-ci est constitué de cinq membres: un président, deux vice-présidents, un trésorier et un secrétaire général.
Bénévoles et salariés sont tous arrivés chez la CNDA parce qu’ils ont chevillé au corps la protection animale. Ils sont impliqués au quotidien, et remarquables d’engagement et de stabilité émotionnelle. Parfois pourtant, c’est très difficile parce qu’ils font face chaque jour à la violence et à la maltraitance. Il faut être là pour les soutenir. »
« plus on entre dans la crise économique, plus la subsistance de nos refuges devient critique. »
Bruno Navarro : « Essentiellement de la générosité du public. Ce qui explique d’ailleurs que, plus on entre dans la crise économique, plus la subsistance de nos refuges devient critique. L’une des grandes questions posée par les refuges, c’est comment nourrir les animaux et comment les soigner. Nous assistons à une explosion des prix de l’alimentation animale, ainsi qu’à celle des interventions vétérinaires, que ce soient les médicaments ou les actes vétérinaires en eux-mêmes. Nos actions servent donc à aider financièrement ou matériellement les refuges qui en ont le plus besoin. »

Bruno Navarro : « Nous combattons systématiquement ces vidéos. Un animal ne peut pas être un accessoire de divertissement, ni l’instrumentalisation du désir de faire mal. En l’occurrence, lorsqu’un influenceur fait souffrir, terrorise ou maltraite un animal pour obtenir des vues, notre réaction s’inscrit dans le refus que la souffrance de l’animal devienne un outil de communication. Nous ne pouvons pas accepter ce passage systématique de la maltraitance à la mise en scène.
Pourquoi ? Parce que derrière, on a quelqu’un qui, pour obtenir des vues et augmenter le nombre des abonnés, voire parfois obtenir de l’argent, va mettre en scène volontairement une maltraitance, la filmer et puis la diffuser. Il s’agit d’un enchaînement d’actes tout à fait réfléchi et conscientisé, dans un but que nous ne pouvons pas accepter. »

Bruno Navarro : « En fait, il s’agit d’un cercle vicieux. C’est via les réseaux sociaux que l’alerte concernant une maltraitance se propage. Donc, le sujet, c’est à la fois d’utiliser intelligemment ces réseaux sociaux, mais également d’attirer l’attention du public. En effet, relayer des scènes de maltraitance, c’est apporter de l’eau au moulin de celui ou celle qui l’a causée, dans la perspective de faire de l’audience.
Le vrai sujet est double. C’est d’abord celui de la modération sur les réseaux sociaux, mais aussi de l’éducation du grand public, en expliquant qu’il ne faut surtout pas relayer ce type de contenu, mais le signaler auprès de plateformes comme Pharos. De ce point de vue, nous avons probablement une œuvre de sensibilisation à mener. Je suis en pleine réflexion avec les administrateurs sur la façon dont nous pourrons faire cela, dès septembre. »
Bruno Navarro : « J’ai pris la décision, il y a maintenant deux ans, de créer un véritable service juridique au sein de la CNDA. Une salariée, juriste, s’occupe activement de gérer ce genre d’affaires. Elle travaille avec un certain nombre d’avocats spécialisés, notamment dans le droit des animaux. Nous sommes donc déjà sur un certain nombre d’affaires, et avons obtenu des décisions de justice avec des sanctions à la clé. Soit le maltraitant se voyait retirer l’animal, soit il recevait une interdiction pendant plusieurs années, voire ad vitam aeternam, d’en détenir un. Mais il y a encore du chemin à parcourir… »
« il faudrait intégrer dans les programmes scolaires de vraies actions éducatives pour expliquer aux enfants qu’un animal est un être sensible. »
Bruno Navarro : « Il y a des progrès, certes, mais il faut probablement aller plus loin. Il y a désormais notamment un référent animal dans chaque gendarmerie. Des progrès ont été faits, mais plus largement, je pense qu’il faudrait intégrer dans les programmes scolaires de vraies actions éducatives pour expliquer aux enfants qu’un animal est un être sensible.
C’est un tout, complexe. S’y mêlent la volonté des pouvoirs publics, la sensibilité des politiques, la création de programmes éducatifs, la capacité des juges à faire dire la loi avec suffisamment de fermeté et faire en sorte que les peines soient véritablement appliquées… Ou encore l’audience que l’on peut donner aux institutions de protection animale comme la CNDA, peu connue du grand public et qui ne vit pourtant que de sa générosité. »

Bruno Navarro : « Oui, car nous travaillons de façon générale sur la question du lien humain-animal. Nous savons tout d’abord que lorsqu’il y a des violences intra-familiales, du fait de l’homme dans environ 97% des cas, l’animal en est souvent directement victime. Ou bien, il peut être instrumentalisé de deux façons. La première, c’est de menacer de lui faire du mal si femme et enfants ne se soumettent pas aux volontés du maltraitant. La deuxième, pour éviter que la femme parte avec les enfants, leur prédateur dit qu’il va se venger sur le chien, le chat ou le hamster.
Des situations qui font que, souvent, la femme battue préfère rester au foyer quel qu’en soit le coût à payer, pour sa santé et même sa vie. Nous avons donc signé deux protocoles que nous avons appelés « Violence intra-familiale ». L’un, avec le parquet général de Toulouse, l’autre, avec le parquet général d’Aix-en-Provence. Et d’autres encore vont suivre, car nous y travaillons activement.
« lorsqu’il y a des violences intra-familiales, du fait de l’homme dans environ 97% des cas, l’animal en est souvent directement victime »
À ce titre, dès lors que le juge a connaissance de violences intra-familiales et qu’il y a un animal au foyer, il alerte la CNDA qui, sur réquisition du juge, récupère l’animal et le met à l’abri dans un endroit qui est tenu secret vis-à-vis du maltraitant. Cela donne le temps à la victime de se retourner afin de trouver une solution pérenne pour l’animal. Et pendant ce temps-là, la CNDA prend en charge tous les frais, alimentation ou vétérinaires. C’est une avancée sur laquelle je fonde beaucoup d’espoir. »

Bruno Navarro : « Nous essayons de nous battre contre la double peine encourue par les chiens maltraités puis abandonnés. À chaque fois que je peux, je tente de sortir les chiens de la fourrière. Après cela, il faut leur trouver des points de chute dans les refuges, puis des financements avec de bons éducateurs pour les remettre sur les rails. Malgré un passé éprouvant, nous avons par exemple eu un chien remarquable, Usko, qui a réappris à faire confiance en l’humain et a fini par trouver un maître.
Quand il est parti, nous avions tous les larmes aux yeux parce qu’on savait que ce chien le méritait amplement. Alors que si vous l’aviez vu au sortir de la fourrière, je vous assure qu’il fallait y croire, et oser. C’est malheureusement la réalité quotidienne et tragique de ces animaux que les humains maltraitent. Alors, quand nous pouvons les aider et les sauver, c’est sans doute la plus belle des récompenses. »
– Entretien réalisé par Marie Waclaw
Photo de couverture : ©CNDA
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Au fil des années, la plateforme de prise de rendez-vous médicaux Doctolib s’est imposée comme un outil incontournable pour une grande partie de la population. Au point de devenir un véritable intermédiaire entre les patient·es et le système de soins. Derrière ce service largement utilisé se trouve pourtant une entreprise privée, qui occupe désormais une […]
The post Faut-il nationaliser Doctolib ? first appeared on Mr Mondialisation.L’accès aux soins constitue un droit fondamental et relève de l’intérêt général. Qu’une infrastructure devenue aussi importante appartienne à une société à but lucratif revient à privatiser une fonction qui devrait relever de la puissance publique. Dans ce contexte, la nationalisation de Doctolib mérite au moins d’être envisagée comme une piste de réflexion.
Doctolib permet de consulter en temps réel les créneaux disponibles chez de nombreux praticiens et de prendre rendez-vous directement en ligne, sans multiplier les appels téléphoniques. Ce fonctionnement constitue un gain de temps considérable pour les patient·es. Ainsi, les services proposés par Doctolib répondent à un besoin particulièrement important dans un contexte d’accès aux soins de plus en plus contraint.
Cette efficacité ne suffit toutefois pas à écarter les questions que soulève le modèle de la plateforme. Doctolib revendique près de 50 millions d’utilisateurs et occupe ainsi une place centrale dans le parcours de soins d’une partie importante de la population. Les données personnelles et de santé associées à ces usages sont dès lors confiées à une entreprise privée, dont l’activité répond également à une logique économique.
La situation crée une rupture d’égalité entre les personnes qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas avoir recours à ce service. Certains praticiens imposent en effet déjà Doctolib comme moyen de prise de rendez-vous, faisant de l’usage d’une plateforme privée une condition pratique d’accès à leurs consultations.
Confier des données aussi sensibles à une entreprise privée pose une question fondamentale : celle de la marchandisation d’informations liées à la santé et, plus largement, de la place du profit dans la gestion d’un bien commun. À l’été 2026, plusieurs médias ont d’ailleurs rapporté que Doctolib entendait recourir à l’intelligence artificielle pour analyser ces données afin d’« optimiser le parcours de soin ».
Mais que se passerait-il si l’entreprise se décidait à aller plus loin ? N’étant pas une structure publique, aucun contrôle démocratique n’est possible. Cette inquiétude est d’autant plus vive lorsque l’on prend en considération que le fondateur et PDG de Doctolib, Stanislas Niox-Chateau, avait auparavant lancé Otium Capital, société d’investissement de Pierre-Edouard Stérin. Ultraconservateur, catholique intégriste, et ouvertement libertarien, le profil du milliardaire Pierre-Edouard Stérin, et son projet Périclès ont de quoi faire frémir.

La question de la gestion des données de santé reste néanmoins centrale. Doctolib, entreprise française, s’appuie en effet sur l’infrastructure de stockage du géant américain Amazon pour héberger ses données. Si cette organisation est conforme au cadre légal en vigueur, elle n’en soulève pas moins des interrogations quant à la souveraineté numérique et à la capacité de la France à conserver la maîtrise d’infrastructures liées à des informations aussi sensibles.
Même si cette pratique est légale, elle soulève des interrogations importantes en matière de souveraineté numérique. La maîtrise collective des outils qui hébergent et traitent ces données apparaît essentielle pour garantir un contrôle démocratique, plutôt que de laisser leur gestion dépendre uniquement d’intérêts économiques. Lorsque ces infrastructures essentielles reposent en outre sur des acteurs étrangers, la question de la souveraineté se pose avec d’autant plus de nécessité.
Certains pensent, à tort, que seul le privé serait capable de créer des dispositifs numériques efficaces. Or, dans ce domaine, il existe pourtant « Mon espace santé ». Ce dispositif public, devenu obligatoire pour les médecins, recense des dossiers médicaux, des documents de santé et les échanges praticiens-patients pour tous les adhérents de la Sécurité sociale.
Il pourrait, de fait, être un sérieux concurrent à Doctolib, à la différence près que celui-ci ne permet pas la prise de rendez-vous. Comment donc justifier que l’État parvienne avec succès à gérer l’essentiel de l’infrastructure numérique de santé, mais qu’il laisse une entreprise privée occuper un rôle aussi crucial dans l’organisation des rendez-vous ?
Une autre approche consisterait à encadrer plus strictement les pratiques de Doctolib et à renforcer la protection des données, notamment en limitant leur marchandisation et en imposant davantage de transparence.
Cependant, ces mesures permettraient de mieux encadrer l’activité de la plateforme, mais ne modifieraient pas sa nature. Doctolib resterait une entreprise privée guidée par une finalité économique, tandis que la collectivité demeurerait dépendante d’une infrastructure essentielle qu’elle ne contrôle pas directement.
Ces considérations faites, il apparaît évident que l’intégralité du système de santé doit rester sous le giron public. De lors, la nationalisation de Doctolib devient une option plus qu’envisageable. Bien sûr, il serait également possible d’améliorer une structure comme « Mon espace santé » et de fermer légalement l’entreprise.
Il serait possible d’envisager une fusion avec « Mon espace santé », ce qui permettrait de planifier des rendez-vous et de référencer tous les praticiens de la même manière (tout en écartant certains charlatans actuellement présents sur la plateforme). Cet espace offrirait une protection maximale des données, gérées par l’État, sur des serveurs français. Elle pourrait également fournir un accès à tous en fondant une alternative téléphonique pour les personnes éloignées du numérique.
Il ne s’agirait pas de recréer un clone gouvernemental de l’actuel Doctolib, mais d’en garder le meilleur tout en lui apportant des ajustements nécessaires. Ce nouvel outil constituerait alors une plateforme publique, sur laquelle l’intégralité des praticiens serait intégrée, et qui pourrait devenir la porte d’entrée vers l’ensemble du parcours numérique de soin, prise de rendez-vous comprise.
En fin de compte, Doctolib illustre un phénomène de société de plus en plus présent : des groupes privés deviennent progressivement propriétaires ou gestionnaires d’infrastructures dont les individus ne peuvent plus se passer.
Cette forme de privatisation est facilitée par le numérique, puisqu’il la rend plus discrète. Ce ne sont plus directement les hôpitaux où les établissements qui tombent entre les mains d’entrepreneurs, mais des outils sans lesquels il s’avère plus compliqué de fonctionner.
La même question se pose d’ailleurs déjà pour d’autres secteurs, comme le cloud, l’IA, les données publiques, les logiciels administratifs ou encore les machines elles-mêmes. La prédominance des firmes américaines sur ces secteurs est, en outre, particulièrement inquiétante, d’autant plus à l’heure dans un contexte de fascisation sur le Vieux Continent et les États-Unis.
De facto, la question ne concerne même plus la qualité ou la probité des entreprises qui endossent ce type de fonction, mais un sujet de société plus profond : l’accès au soin peut-il dépendre en toute sérénité d’une infrastructure privée ? Il paraît d’autant plus logique que le réseau numérique lié au secteur soit géré de manière collective, puisque c’est bien de cette façon que le système de santé français dans son ensemble est financé.
À l’heure où le quotidien est de plus en plus dématérialisé, la possible nationalisation de Doctolib pourrait ne pas être qu’une simple exception, mais bien le premier débat d’une longue série sur ce que les individus souhaitent considérer comme un bien commun, à éloigner de la quête du profit.
– Simon Verdière
L’équipe Doctolib à ses débuts en 2014. « We need a word for that amount of awesome » par Thomas Wickham, CC BY-NC-SA 2.0
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Mr Mondialisation
Du 10 au 12 juillet, les Tanneries II à Dijon ont accueilli les deuxièmes rencontres des Bâtisseureuses des terres. Une journaliste de Mr Mondialisation s’est rendue sur place pour découvrir ce réseau qui rassemble des personnes issues du bâtiment, de l’architecture, de l’artisanat et de l’auto-construction autour d’une même ambition : mettre les savoir-faire constructifs […]
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[Temps de lecture estimé : ~ 11 min]
Né en 2023, le réseau des Bâtisseureuses des terres rassemble des professionnel·les du bâtiment, architectes, artisan·es, aménageur·euses et aussi auto-constructeur·ices, usager·es de lieux collectifs, de lieux en lutte ou encore habitant·es de squats. Tous et toutes partagent une même conviction : les métiers du bâtiment peuvent devenir des outils d’émancipation et de transformation sociale.
Leurs actions prennent des formes multiples : construction de cabanes ou de charpentes sur des zones-à-défendre, accompagnement de contre-projets, enquêtes critiques, création d’outils partagés ou encore transmission de savoir-faire constructifs. Le réseau revendique une organisation souple, fondée sur l’autonomie, l’entraide, la coopération et la subsistance, loin des logiques d’expertise descendantes.
Après plusieurs années consacrées à structurer le réseau et à mener les premiers chantiers, ces deuxièmes rencontres avaient un objectif clair : élargir ce réseau et créer des ponts avec d’autres collectifs engagés sur les questions d’habitat, d’écologie et de justice sociale.

Dès le vendredi soir, les Tanneries II donnent le ton. Lieu emblématique des luttes dijonnaises, l’endroit accueille des participant·es venu·es de toute la France. Après le repas préparé par Commun Maïs, une association montreuilloise qui propose des cantines à prix libre en vue de faciliter l’accès à l’emploi et au logement de personnes sans-papiers, les premiers récits commencent.
La veillée « Retours de chantiers », proposée par le groupe « Traces & Cartes » constitué pour l’occasion, revient sur plusieurs jours de travaux réalisés collectivement avant les rencontres dans quatre lieux de la métropole dijonnaise et de la campagne voisine, l’Auxois. Malgré la chaleur caniculaire, les équipes racontent avoir réussi à œuvrer tout en accordant une attention particulière aux conditions de travail, à la répartition des tâches et au soin apporté aux personnes.

Les cartes, dessins et récits produits pendant ces chantiers sont mis en forme et imprimés à la risographie afin d’en conserver une mémoire directe.
Pendant ce temps, le documentaire Pied de biche est projeté dans la salle de cinéma. Le film suit plusieurs lieux autogérés de Dijon et sa périphérie, dont les Tanneries et le Quartier libre des Lentillères, où des collectifs expérimentent d’autres manières d’habiter, de construire et de lutter.
Le samedi matin, les organisateur·ices ouvrent officiellement les rencontres en rappelant la ligne directrice : réunir des personnes issues d’horizons variés afin de renforcer un réseau à la fois politique, professionnel et humain.
« Nous défendons l’idée que c’est de cette diversité, de ces échanges et de cette capacité à nous remettre en question collectivement que continuera à se renforcer notre réseau. »
Après un temps de présentation, place au mouvement. Un « débat mouvant » invite chacun·e à se positionner selon son lieu de vie, avant de multiplier les échanges en petits groupes. Derrière l’apparente simplicité de l’exercice, l’intention est de créer rapidement des liens entre des personnes qui, pour beaucoup, ne se connaissent pas mais partagent des préoccupations communes.
Pendant que certain·es rejoignent les cuisines de Commun Maïs pour préparer le déjeuner, d’autres assistent à une discussion consacrée aux luttes contre le mal-logement avec le collectif Locataires Ensemble. Dans les cuisines comme dans l’atelier, les discussions circulent librement : une enceinte retransmet les débats jusque derrière les fourneaux.

L’après-midi, un atelier réunit l’association A4, la mutuelle de La Kunda et Commun Maïs autour d’une question concrète : comment les métiers du bâtiment peuvent-ils devenir un levier de régularisation pour les personnes sans papiers ?
Les intervenant·es rappellent que des outils juridiques existent, mais restent largement méconnus. L’objectif est donc autant de partager ces ressources que d’encourager les artisan·es, coopératives ou petites entreprises à s’en saisir.
Les échanges mettent également en lumière une réalité souvent invisibilisée : une part importante de la main-d’œuvre du BTP est composée de personnes étrangères, pourtant particulièrement exposées à la précarité administrative, aux accidents du travail et aux contrôles. Avec les récentes évolutions réglementaires, plusieurs intervenant·es alertent sur la fragilité de situations où des personnes travaillant depuis des années en France peuvent perdre leur titre de séjour.
Pour A4, la solidarité ne peut cependant se limiter à l’accompagnement individuel. L’enjeu est aussi d’éviter les rapports de dépendance qui placent les personnes sans papiers sous la tutelle de celles et ceux qui les soutiennent. L’association défend une logique d’émancipation, fondée sur l’accès aux droits, la transmission des outils d’auto-défense juridiques et le développement de réseaux locaux d’entraide.
Il est également dénoncé le choix, chez certains militants privilégiés, d’actions de désobéissance civile spectaculaires au détriment d’un travail d’alliance plus long et moins visible avec des personnes sans papiers. Or, ces alliances peuvent permettre de les soutenir concrètement, de renforcer leur capacité collective à faire valoir leurs droits et, à terme, de contribuer à leur régularisation.

En fin de journée, un atelier en mixité choisie rassemble des femmes cisgenres hétérosexuelles et des personnes queers du bâtiment pour partager leurs expériences des violences sexistes et sexuelles dans les bureaux, les ateliers ou sur les chantiers. Réparti·es en groupes autour des notions d’autonomie, d’autodéfense et de fierté, les participant·es échangent sur leurs difficultés mais aussi sur les ressources qu’ils et elles construisent collectivement.
Mutualiser du matériel, gagner en autonomie financière, sortir du statut de débutant·e, se former entre pairs ou encore rendre les espaces militants plus accueillants pour les personnes neurodivergentes figurent parmi les préoccupations les plus souvent évoquées.
Les discussions mettent également en lumière un réseau grandissant d’initiatives destinées à transmettre des savoir-faire techniques entre personnes concernées : La Tenaille (Montpellier), la Cisaille (Grenoble), la Taloche (Paris), TekTek (Dijon), Selbst Gemacht DIY (Strasbourg), la Douille (Lyon), ou encore W19 à Paris.
Les restitutions, particulièrement chargées en émotion, rappellent combien les violences de genre demeurent une réalité quotidienne dans les métiers du bâtiment, renforçant l’urgence de transformer durablement ces milieux professionnels.

En soirée, un autre atelier aborde la notion de propriété d’usage : une manière d’envisager l’habitat à partir de l’usage réel d’un lieu plutôt que de sa valeur marchande.
Très vite, les échanges dépassent la seule question juridique. Comment transmettre un lieu collectif ? Que devient l’héritage lorsqu’il ne profite plus à une seule famille mais à un commun ? Comment accueillir de nouvelles personnes sans recréer de rapports de domination ? Autant de questions qui traversent aujourd’hui de nombreux habitats collectifs.
Si aucune réponse universelle n’émerge, plusieurs pistes reviennent régulièrement : documenter les décisions, organiser la transmission des savoir-faire, reconnaître les inégalités de départ entre les membres d’un collectif et construire des formes de gouvernance capables d’évoluer avec le temps.
Car tous les participant·es en conviennent : les communs ne tiennent pas uniquement grâce aux idéaux qu’ils portent, mais grâce au soin quotidien apporté aux relations humaines.
Après une journée dense en discussions sous une chaleur écrasante, un repas partagé, de la musique et de la danse laissent place à de la détente et de la légèreté.
Cette parenthèse festive n’a rien d’anecdotique. Elle rappelle qu’un réseau ne se construit pas uniquement dans des ateliers, mais aussi dans des moments informels où naissent les complicités qui feront vivre les futurs projets.

Le dimanche, plusieurs ateliers et discussions ont lieu simultanément. Des liens à créer entre luttes contre l’artificialisation des terres et luttes syndicales, aux réflexions sur les luttes enfantistes et antiracistes, un même fil rouge apparaît : celui de la défense de conditions de production et d’habitabilité des territoires justes pour toutes et tous.
Lors de l’atelier consacré à la création d’alliances entre luttes écologistes et luttes pour les droits des travailleur·euses du BTP, les intervenant·es reviennent sur l’absence criante de militant·es écologistes dans les luttes syndicales et vice-versa alors qu’a priori :
« La défense des conditions de la vie des sols sont aussi celles des conditions d’habitabilité de la Terre »
Raison pour laquelle ces compositions apparaissent nécessaire pour peser dans le rapport de force.
À partir de la mise en récit de mobilisations locales et nationales récentes contre des grands projets d’aménagement et les rares fois où des coalitions entre écologistes et syndicats ont émergé, les organisateur·ices insistent sur le fait qu’au-delà de la préservation des espaces naturels, l’artificialisation transforme durablement les territoires, fragilise les milieux et affecte directement les conditions de vie humaines comme non-humaines en premier lieux desquels les travailleur·euses de ces filières.
En réponse, la seconde partie de l’atelier invitait les participant·es à se regrouper par régions et/ou professions afin d’identifier des revendications communes et des solutions pour les faire émerger.

Pendant ce temps, une autre discussion se déroule à partir de luttes enfantistes. Des travailleur·euses sociales et militant·es de Dijon et de l’Auxois sont réuni·es pour partager des expériences d’éducation populaire autour d’un terrain d’aventure et d’une kid zone.
Un terrain d’aventure, c’est un espace où les enfants peuvent construire, bricoler, explorer, prendre des risques et transformer leur environnement, avec beaucoup plus de liberté que dans une aire de jeux classique. L’adulte n’est pas là pour tout contrôler : il accompagne, sécurise et laisse faire.
La discussion croisée aborde de nombreux sujets : surprotection et peur du risque, standardisation des espaces pour les enfants, confiscation de la liberté, violences intersectionnelles et biais racistes, classistes, validistes, et plus largement le constat d’une ville pensée par et pour les adultes, où l’enfant a de moins en moins de place pour expérimenter.
Plus tard dans la journée, un cercle de parole en mixité choisie entre personnes subissant du racisme permet à ses participant·es de faire remonter et de partager des expériences de violences et discriminations dont iels font l’objet au travail mais aussi dans les espaces militants où iels s’organisent – ces questions étant encore trop peu à l’agenda d’organisations écologistes encore en grande majorité blanches.
Si les thématiques diffèrent, toutes interrogent finalement une même question : comment construire des espaces réellement accueillants, solidaires et émancipateurs ?
Avant la clôture des rencontres, plusieurs participant·es profitent d’une visite improvisée du Quartier libre des Lentillères, situé à quelques minutes des Tanneries.
Depuis plusieurs années, ce territoire occupé expérimente d’autres façons d’habiter la ville : habitats légers et bâtis en bois, terre et paille, jardins maraîchers, espaces communs, ateliers et lieux culturels y coexistent dans une logique d’autogestion et de lutte contre des des projets destructeurs, issus des modes de construction conventionnels et de logiques capitalistes d’aménagement urbain. Nous documentions cette vie alternative sur Mr Mondialisation en 2022.
Pour beaucoup, cette visite agit comme une mise en perspective concrète des discussions du week-end : ici, les idées débattues dans les ateliers prennent corps.

Lors de la plénière de clôture, les retours convergent. Malgré un programme dense et parfois exigeant, ces deuxièmes rencontres sont largement saluées pour la qualité de leur organisation, la diversité des participant·es et l’attention portée aux questions de soin.
Des binômes d’écoute et de médiation mis en place par une équipe « soin », ont assuré tout au long du week-end un espace d’accueil pour les personnes qui en ressentaient le besoin. Accompagné·es par le collectif antiraciste et décolonial Tapages, ces dernières soulignent également les efforts entrepris pour rendre les rencontres plus accessibles, tout en rappelant le chemin qu’il reste à parcourir, notamment en matière de pluralité sociale et raciale.
Au-delà des ateliers, beaucoup retiennent la richesse des échanges informels, des repas partagés et des liens noués entre personnes venues d’horizons très différents. Et maintenant ?

Ces trois jours n’ont pas vocation à rester un moment suspendu. Avant même la fin des rencontres, plusieurs groupes de travail se constituent autour de thématiques comme le diagnostic énergétique, la création d’alliances entre lutte contre l’artificialisation des sols et syndicats du BTP, l’hébergement, les réseaux d’embauche ou encore le partage de ressources techniques.
Une réflexion revient également avec insistance : comment continuer à s’organiser sans dépendre exclusivement des outils numériques, pour des raisons à la fois de sécurité, d’accessibilité et de résilience collective ?
Les rencontres se referment ainsi moins sur une conclusion que sur une multitude de chantiers à poursuivre.

Le week-end s’achève au bord de l’Ouche. Après trois jours d’ateliers, de débats et de travaux collectifs, la baignade offre une respiration bienvenue. Les discussions continuent, mais elles prennent un autre rythme. Les corps se reposent.
Dans un monde traversé par les crises écologiques, sociales et politiques, ces rencontres auront rappelé qu’il est encore possible de construire autrement : des bâtiments, bien sûr, mais aussi des solidarités, des savoir-faire et des imaginaires communs. L’eau emporte avec elle la fatigue des derniers jours. Les promesses de se revoir circulent déjà entre celles et ceux qui reprennent la route.
Parce qu’en plus de bâtir des murs, ces rencontres ont pour vocation de construire des ponts, et surtout un réseau : aussi inspirant et robuste que créatif et pérenne.
– Marie-Alexandra Perron
avec les contributions de la coordo bat’dtr 2026
Photo de couverture : chantier de démoussage d’une toiture © coordo bat’dtr 2026
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1. Amazonie : la déforestation recule Au Brésil, la déforestation de l’Amazonie a atteint son niveau le plus bas en dix ans, avec 2 874 km² déboisés entre août 2025 et juillet 2026, soit 37 % de moins que l’année précédente. Cette baisse est notamment attribuée au renforcement de la surveillance, des contrôles et des […]
The post Amazonie, Gen Z, mobilisation nationale : les 10 bonnes nouvelles de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.Au Brésil, la déforestation de l’Amazonie a atteint son niveau le plus bas en dix ans, avec 2 874 km² déboisés entre août 2025 et juillet 2026, soit 37 % de moins que l’année précédente. Cette baisse est notamment attribuée au renforcement de la surveillance, des contrôles et des sanctions contre la déforestation illégale depuis le retour de Lula au pouvoir. (RFI)
Après plusieurs semaines de mobilisation contre les fuites d’examens et les dysfonctionnements du système éducatif, des dizaines de milliers de jeunes Indiens ont obtenu la démission du ministre de l’Éducation Dharmendra Pradhan le 25 juillet. Le mouvement, né en ligne sous le nom satirique de « Cockroach Janta Party », a ensuite mis fin à sa mobilisation, le gouvernement ayant accepté ses principales revendications. (Reuters)
Près de 1 000 citoyens et citoyennes ont signé un appel à un plan d’urgence climatique et annoncent des marches et grèves partout en France le 26 septembre. Ils demandent notamment des mesures d’adaptation, la rénovation des logements, davantage de moyens pour les secours et une sortie des énergies fossiles. (Vert)
Après une mobilisation de plusieurs années, des communautés locales et des ONG ont obtenu le retrait définitif des autorisations d’exploration offshore de Shell sur la Côte Sauvage (Wild Coast). La Cour constitutionnelle a notamment jugé que les habitants n’avaient pas été suffisamment consultés. Cette décision pourrait faire jurisprudence. (RFI)
En Bretagne, Finisterestes29 récupère des fruits, légumes, poissons, viandes et fromages écartés des circuits classiques mais encore consommables, et les revend à prix réduit. L’entreprise sauve notamment 50 tonnes de légumes par jour et contribue à rémunérer des producteurs tout en attirant des clients dans des commerces en difficulté. (Marcelle)
Au Sénégal, l’association CAJUST a réuni une cinquantaine de journalistes à Dakar pour les former aux enjeux climatiques, à la transition énergétique et au journalisme de solutions. L’objectif : mieux informer les citoyens et mettre en lumière les initiatives qui renforcent la résilience des communautés. (Emedia)
Face aux vagues de chaleur, France Nature Environnement appelle les citoyens à installer des points d’eau pour aider les animaux sauvages à survivre à la canicule. L’initiative, déjà mise en place par des habitants du Doubs, invite chacun·e à agir à son échelle, dans les jardins comme sur les balcons. (France 3 Régions)
Après plusieurs semaines de mobilisation réunissant syndicats, organisations environnementales, peuples autochtones, organisations paysannes et militants, le gouvernement argentin a retiré plusieurs modifications controversées d’un projet de loi. Parmi elles figuraient des changements à la législation sur l’achat de terres par des étrangers ainsi qu’à la loi sur la gestion des incendies, qui auraient affaibli la protection des forêts, zones humides et prairies. Greenpeace a qualifié le résultat de « victoire pour le peuple ». (Global Freedom Of Expression)
Saisi par cinq associations, le tribunal administratif de Martinique a suspendu la chasse de quatre espèces pour la saison 2026-2027, jugeant leur chasse incompatible avec leur état de conservation. Le pluvier bronzé, le bécasseau à échasses, le pigeon à cou rouge et le moqueur corossol sont ainsi épargnés cette saison : une victoire pour les associations mobilisées. (R1CI)
À San Vicente, des habitant·es patrouillent chaque nuit sur plus de 8 km de plage pour protéger les tortues olivâtres et leurs œufs, avec l’aide de l’ONG LAMAVE. Les œufs transférés dans des écloseries affichent un taux d’éclosion proche de 75 %, tandis que les habitant·es sont désormais directement impliqué·es dans la protection des tortues de leur région. (Mongabay)
– Mara Pron
Photo de couverture : Bill Salazar / Pexels
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Mr Mondialisation
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actualité ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer. 1. Éclipse : la prévention en recul depuis 1999 Alors que l’éclipse du 12 août 2026 a provoqué des pénuries de lunettes de protection en France, la prévention publique a été nettement moins visible qu’en 1999 : […]
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Alors que l’éclipse du 12 août 2026 a provoqué des pénuries de lunettes de protection en France, la prévention publique a été nettement moins visible qu’en 1999 : à l’époque, l’État avait organisé une campagne nationale avec distribution massive de lunettes et messages de prévention. Le bilan de 1999 avait recensé 122 personnes ayant subi une brûlure de la rétine, dont 87 avec une baisse de vision, certaines lésions étant définitives. (Charente Libre)
Vendredi 14 août, la France connaît le pic de son 5ᵉ épisode de canicule de l’été, tandis qu’une grande partie de l’Europe subit des températures dépassant les 35 °C.
L’épisode illustre la répétition et l’intensification des vagues de chaleur dans un contexte de dérèglement climatique. (L’Humanité)
Les pompiers ont été appelés à une grève nationale le 13 août, les neuf syndicats dénonçent le sous-effectif, le manque de matériel et des moyens insuffisants face à la multiplication des crises et des incendies. Ils réclament notamment davantage de recrutements et un financement pérenne, tandis que le ministre de l’Intérieur devait recevoir leurs représentants. (Ouest-France)
Le Conseil constitutionnel a validé la quasi-totalité de la loi d’urgence agricole, dont les dérogations temporaires permettant de réintroduire certains pesticides interdits et les mesures visant à doubler le stockage d’eau agricole d’ici 2035. Les sages ont toutefois censuré plusieurs dispositions, notamment sur le curage des retenues d’eau, l’information du public et les zones tampons autour des parcelles traitées aux pesticides. (Le Monde)
La justice a rejeté près de 240 000 euros de dépenses de campagne déclarées par Jordan Bardella pour les européennes de 2024, considérant notamment que certaines relevaient du fonctionnement habituel du RN. Parmi les frais invalidés figurent 400 euros pour 50 kits de dégustation de vins de Blaye, ainsi qu’une bouteille de champagne offerte au dirigeant de Vox. (Sud Ouest)
Un rapport de l’IGF et de l’IGAS remis au gouvernement préconise de calculer les APL des étudiants en fonction des revenus de leurs parents, ce qui pourrait supprimer l’aide pour plus de 200 000 d’entre eux et la réduire pour 150 000 autres.
Cette réforme, présentée comme une mesure d’économie, fait polémique alors que le logement pèse déjà lourdement dans le budget étudiant et que les situations de rupture ou d’émancipation familiale ne sont pas prises en compte. (L’Humanité)
Aminata Pouye, tête de liste de La Gauche au Sénat en Gironde, raconte son agression raciste dans la nuit du 8 au 9 août à Talence, alors qu’elle rentrait chez elle.
Elle a porté plainte et dénonce une agression « d’une rare violence », qui, selon elle, renforce sa détermination à poursuivre son engagement politique. (Sud Ouest)
Selon une analyse publiée par Le Vent Se Lève, l’extrême gauche française, qui représentait plus de 10 % des voix et plusieurs dizaines de milliers de militants au début des années 2000, a fortement décliné en vingt ans. La montée de LFI, les transformations du militantisme et des réseaux sociaux ainsi que l’essor de nouvelles mobilisations écologistes et féministes ont progressivement déplacé cet espace politique, sans pour autant faire disparaître les courants révolutionnaires. (Le Vent Se Lève)
Au Sud-Liban, près de 30 000 ruches ont été affectées par les bombardements israéliens, tandis que des apiculteurs ont dû fuir leurs terres et déplacer les colonies survivantes. La destruction des habitats menace également une biodiversité exceptionnelle, avec 800 à 900 espèces d’abeilles recensées dans le pays. Malgré les pertes, des apiculteurs déplacés s’organisent pour sauver les colonies restantes et reconstruire leur activité, notamment grâce à des réseaux de solidarité entre producteurs. (Reporterre)
Une marée noire menace les mangroves de Hara, sur l’île iranienne de Qeshm, alors que plusieurs pollutions pétrolières ont été détectées dans le golfe Persique depuis le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran. L’origine de cette contamination n’est pas encore établie, mais elle pourrait affecter durablement les mangroves, la biodiversité, la pêche et les ressources en eau d’une région déjà soumise à un fort stress hydrique.
Photo de couverture : Valentin Lacoste / Unsplash
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Mr Mondialisation
À l’heure où les épisodes de forte chaleur se multiplient, Toulouse Anti-Cruauté invite à élargir le regard aux animaux non-humains, eux aussi exposés aux conséquences des canicules. Dans cette tribune, le collectif interroge les conditions qui les rendent vulnérables à la chaleur, mais aussi, plus largement, les formes d’exploitation et de mise à mort auxquelles […]
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On peut lire et entendre, ainsi que soi-même penser, que « la canicule tue ». La chaleur seule n’explique pas ces morts.
Au-delà d’un certain seuil de chaleur, une chose peut être endommagée par la dite chaleur. Avec du temps ou plus de chaleur, ça peut être fatal.
Mais le problème n’est pas la chaleur en soi, c’est d’y être exposé. Les choses inanimées et les plantes n’ont pas de prise sur leur environnement, elles ne peuvent que subir. Il en est autrement des animaux, et les humains en sont.
Quand il est dit que « la canicule tue » pour un ou des animaux, c’est très souvent du fait que celui-ci ou ceux-ci n’ont pas pu faire en sorte d’atténuer les effets de la chaleur environnementale. Dans les contextes fréquents qui nous intéressent ici, il y a eu empêchement, plus ou moins direct.
Par exemple, les travailleur·euses ne souffrent pas et ne meurent pas de la canicule. Ils et elles souffrent et meurent des conditions de travail qui leur sont imposées plus ou moins directement par l’encadrement ou la concurrence du marché. De même, nos aîné·es ne crèvent pas de la canicule, mais notamment du sous-financement chronique du système de santé et d’absence de lieux proches qui soient frais, ainsi que de de la faiblesse de certaines pensions.
Les radicaux iraient plus loin en affirmant que c’est avant tout causé par un système qui a cru et continue d’accroître la puissance et la fréquence des canicules. Cet angle n’est ici pas le nôtre.
Nous proposons d’ouvrir notre regard sur autre chose : les animaux non-humains sentients, ou zoo sentients. Comme les êtres humains, ils peuvent souffrir et ont donc un intérêt à ne pas se voir infliger de la souffrance, mais aussi à ne pas être tués contre leur gré. C’est pourquoi on dit qu’ils sont sentients. Pour les poules et les poulets, les vaches et les veaux, les cochons, les lapins, et d’autres animaux non humains, à peu près tout le monde reconnait la sentience, sans utiliser le mot.
Eux aussi se prennent la canicule. Certains sont sauvages et il est souvent plus difficile d’agir pour eux. D’autres sont domestiqués.
Bien que souvent enfermés, les animaux terrestres considérés comme compagnons, bénéficient en principe d’une certaine considération. Et c’est sans compter le nombre élevé d’abandons de ces derniers devenus ultra-dépendants des humains. Enfin, il y a ceux « dédiés » à l’alimentation, à l’habillement, aux cosmétiques, aux loisirs, etc.
Il est scientifiquement démontré depuis des décennies que nous n’avons pas besoin du moindre produit d’origine animale pour être en bonne santé à tous les âges de la vie, y compris pour les enfants, les femmes enceintes et les sportifs de haut niveau. Remplacer la viande, le poisson, les produits laitiers et les œufs, par des légumineuses : lentilles, haricots secs, pois secs, soja, notamment, ça coûte moins cher – les ersatz ne sont pas indispensables, tandis que la complémentation en vitamine B12 est peu coûteuse.
Nous savons qu’il existe des alternatives au cuir pour nos chaussures ou nos canapés. Nous savons que nous pouvons découvrir le vivant sans enfermer des zoo-sentients derrière des barreaux ou des vitres. Nous savons également que de nombreux cosmétiques peuvent être conçus sans produits d’origine zoo-sentiente ni expérimentation sur des zoo-sentients. Et ce ne sont là que quelques exemples.
Eux aussi crèvent de la chaleur que l’exploitation humaine leur fait subir. Mais canicule ou pas, il y a le plus souvent pour eux une mise à mort planifiée avant même la naissance, pour des produits et services dispensables. Nos « justifications » sont principalement la commodité et le plaisir. Le cas échéant, on consommerait des aliments animaux aussi peu que possible, en s’autorisant tout de même une marge de sécurité, aucune chaussure ne contiendrait du cuir ou tout autre produit d’origine zoosentiente, etc.
Souffrir et se faire tuer ne nous plait pas, il en est de même pour les zoosentients. Soyons justes : ne les exploitons pas, ne les tuons pas, et faisons en sorte d’en finir collectivement avec l’exploitation et la mise à mort volontaire des êtres sentients.
– Toulouse Anti-Cruauté
Photo de couverture : Montage / Unsplash
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