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08.02.2026 à 05:00

Devoir conjugal, régularisation et PFAS : les 10 bonnes nouvelles de la semaine !

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Fin du « devoir conjugal » votée à l’unanimité Le 28 janvier 2026, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité la suppression du « devoir conjugal » du code civil, précisant qu’aucune obligation sexuelle […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Fin du « devoir conjugal » votée à l’unanimité

Le 28 janvier 2026, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité la suppression du « devoir conjugal » du code civil, précisant qu’aucune obligation sexuelle n’existe entre époux et que le refus ne constitue plus une faute en cas de divorce. Cette réforme, transpartisane et motivée par une condamnation de la France par la CEDH en 2025, vise à prévenir les violences sexuelles dans le couple et à briser un tabou, tout en renforçant le mariage. L’adoption définitive dépend encore du Sénat et l’évolution des mœurs de la sensibilisation des citoyens. (Le Monde)

2. Espagne : régularisation exceptionnelle de sans‑papiers à contre‑courant de l’Europe

Fin janvier, l’Espagne a lancé une régularisation exceptionnelle visant environ 500 000 personnes sans papiers présentes avant fin 2025, leur donnant un titre de séjour et le droit de travailler (candidatures d’avril à juin). Le gouvernement socialiste présente cette mesure comme pragmatique, tandis que les médias européens la saluent comme une réponse réaliste aux besoins économiques et sociaux du pays. (Courrier International)

3. PFAS : près de 200 citoyens engagent une action civile historique contre des industriels de la chimie

Une action civile d’ampleur inédite est lancée à Lyon contre Arkema et Daikin pour la pollution aux PFAS : près de 200 citoyens et associations demandent réparation. Portée par le cabinet Kaizen Avocat ce lundi 2 février, la procédure vise à faire reconnaître la responsabilité des industriels et à appliquer le principe pollueur-payeur. Après des années de mobilisation, ce procès marque une avancée majeure pour la reconnaissance des préjudices subis. Il ouvre aussi la voie à une meilleure prise en compte judiciaire des scandales sanitaires environnementaux. (Reporterre)

4. En appel, prison et inéligibilité sont à nouveau requises contre Marine Le Pen

Marine Le Pen est jugée en appel depuis le 13 janvier 2026 dans l’affaire des assistants parlementaires européens, après sa condamnation en première instance en mars 2025 à une peine de prison et cinq ans d’inéligibilité. Lors de ce procès, les procureurs ont requis, le 3 février 2026, une peine similaire — notamment cinq ans d’inéligibilité — ce qui pourrait la priver de se présenter à l’élection présidentielle de 2027 si la cour suit ces réquisitions. Son recours se poursuivra avec un jugement attendu avant l’été. (Mediapart)

5. Groenland : les Inuits s’organisent et refusent toute vente aux États‑Unis

Au Groenland, peuple majoritairement inuit et territoire autonome du Danemark, les autorités et la population affirment leur contrôle sur leurs terres et ressources et rejettent toute idée de vente ou de cession à une puissance étrangère, en réponse aux appétits exprimés par Donald Trump. Le mouvement local souligne que le Groenland n’est « pas à vendre » et défend son droit à l’autodétermination. (L’Humanité)

6. Mouvement paysan : vers un tournant décisif

Le mouvement paysan français de début 2026, initialement né contre l’abattage des troupeaux pour lutter contre une maladie bovine, s’est radicalisé en ciblant le traité de libre‑échange UE‑Mercosur, qu’il juge néfaste pour l’agriculture française et l’environnement. Il mène des blocages de routes, ports et dépôts, et réunit des agriculteurs de différentes tendances avec des écologistes et citoyens préoccupés par les pesticides et la biodiversité ; il est ainsi à la croisée entre un repli corporatiste productiviste et une possible revendication pour une agriculture plus durable(Frustration Magazine)

7. L’Indonésie interdit les promenades à dos d’éléphant

L’Indonésie a interdit les promenades à dos d’éléphant dans les zoos, parcs animaliers, aires de conservation et sites touristiques, une première en Asie. La mesure vise à mettre fin à une pratique jugée néfaste pour le bien-être des animaux, dont la morphologie n’est pas adaptée au port de charges. Des sanctions sont prévues en cas d’infraction, avec quelques exemptions possibles sur autorisation ministérielle. Toutefois, cette décision ne suffit pas à protéger l’éléphant de Sumatra, toujours menacé par la déforestation et le braconnage. (L’Humanité)

8. Puy-de-Dôme : abandon du projet de deux mégabassines

Dans le Puy‑de‑Dôme, le projet de construction de deux mégabassines — très grandes réserves d’eau — a été abandonné, après avoir suscité une forte opposition locale et des manifestations importantes en 2024. Ces ouvrages, qui auraient été parmi les plus grands de France, étaient jugés « gigantesques, démesurés et mal ficelés » par leurs détracteurs et ont connu des problèmes techniques qui ont finalement bloqué leur réalisation. Les opposants locaux se félicitent de cette décision tout en restant vigilants, craignant que d’autres projets plus petits ne soient proposés à l’avenir. (Le Parisien)

9. En Inde, un État de 25 millions d’habitants passe en 100% bio

Un État indien d’environ 25 millions d’habitants a annoncé un passage à 100 % d’agriculture biologique, abandonnant l’usage de pesticides et d’engrais chimiques après un scandale sanitaire et en réponse à des préoccupations environnementales et de santé publique. Cette transition, qui s’inscrit dans une politique volontaire de longue date pour développer une agriculture sans produits chimiques, vise à protéger l’environnement, améliorer la qualité des sols et encourager des pratiques agricoles durables malgré les défis économiques et structurels. (Reporterre)

10. Les députés votent la gratuité des parkings d’hôpitaux publics 

Les députés ont adopté en première lecture, le 29 janvier 2026, une proposition de loi visant à rendre gratuits les parkings des hôpitaux publics pour les patients, leurs proches et le personnel, avec une gratuité limitée à deux heures pour les visiteurs avant l’application d’un tarif plafonné. Cette mesure, portée notamment par des députés socialistes, est présentée comme un moyen de faciliter l’accès aux soins en allégeant les coûts annexes, mais le texte doit encore être examiné par le Sénat et a suscité des débats sur l’étendue de la gratuité. (France Bleu)

– Mara Pron


Source photo de couverture : ©Pexels 

 

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07.02.2026 à 05:00

Friend, Epstein et budget 2026 : les 10 actus de la semaine

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Friend : l’« ami » IA qui exploite la solitude et banalise la surveillance permanente Depuis fin janvier, une campagne de publicité pour le collier IA Friend dans le métro parisien — présenté comme […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Friend : l’« ami » IA qui exploite la solitude et banalise la surveillance permanente

Depuis fin janvier, une campagne de publicité pour le collier IA Friend dans le métro parisien — présenté comme un « ami virtuel » censé lutter contre la solitude — suscite une vive controverse, en particulier à cause de son écoute permanente de l’environnement de la personne qui le porte, des inquiétudes sur la vie privée et des réactions d’internautes qui jugent le concept dystopique ou dangereux pour les relations humaines. (l’Humanité)

2. Documents Epstein : entre chaos et opacité, les élites protégées, les victimes exposées

Loin d’une théorie du complot sataniste, c’est le caractère tristement banal et systémique qui se cache derrière la publication brute de plus de 3 millions de pages de documents sur le dossier Epstein. Ces fichiers exposent des victimes (noms, photos) tout en laissant les élites protégées par l’opacité du DOJ — le Department of Justice (Ministère de la Justice des États‑Unis) — une gestion critiquée pour noyer l’information sérieuse dans le chaos médiatique. (Mediapart)

3. Budget 2026 : adoption définitive après le rejet des motions de censure

Le budget 2026 a été adopté malgré le recours au 49.3 et l’échec des motions de censure (gauche : 260 voix, RN : 135). Il maintient 35 milliards d’euros de coupes, supprime 4 000 postes d’enseignants et exclut certains étudiants des APL, tout en augmentant le budget militaire (+6,7 milliards) (L’Humanité)

4. France : perquisition chez X, Elon Musk convoqué

Le parquet de Paris a perquisitionné le 3 février les locaux français de X et convoqué Elon Musk et Linda Yaccarino le 20 avril prochain pour des auditions libres dans le cadre d’une enquête sur des images pédopornographiques, des deepfakes sexuels, le négationnisme et l’administration illicite de la plateforme, avec le soutien de l’UNCyber et d’Europol (les Numériques)

5. Coordination rurale : radicalisation et liens avec l’extrême droite

Une enquête de Reporterre et StreetPress montre que plusieurs cadres de la Coordination rurale, syndicat agricole dit apolitique, diffusent des propos racistes, climatosceptiques et proches de l’extrême droite, et participent à des actions violentes ou identitaires. (Reporterre / StreetPress)

6. Grammys 2026 : Bad Bunny, Kendrick Lamar récompensés et prises de parole anti-ICE

Lors des Grammys 2026, Bad Bunny et Kendrick Lamar ont remporté des prix majeurs, Lamar devenant le rappeur le plus récompensé de l’histoire. La cérémonie a été marquée par des discours dénonçant la détention de migrants par l’ICE. Des célébrités comme Bad Bunny, Billie Eilish et Kehlani appelant à l’humanité et à l’amour face aux politiques anti-immigration. Un engagement anti-ICE déjà visible au festival de Sundance à travers les propos d’Olivia Wilde et de Natalie Portman. (The Guardian)

7. Accord Damas–Forces Démocratiques Syriennes : vigilance à l’entrée en vigueur

L’accord entre Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS) entre en vigueur le 2 février 2026, après  trois semaines d’offensives, l’armée syrienne récupère 80% du nord-est, sonnant la fin du rêve d’autonomie kurde. Cet accord prévoit l’intégration des FDS à l’État comprenant : brigades, police locale, gouvernance de la province de Hassaké et une garantie des acquis de ces dernières années pour les Kurdes, malgré une certaine prudence et la crainte de trahison émises par ces derniers. (rfi)

8. Explosion des data centers en France

La construction de data centers explose en France, encouragée par l’État et la course à l’IA. Un collectif en recense 350 existants et 47 en projet, tandis que l’ADEME alerte sur leur forte consommation d’énergie et d’eau, menaçant les objectifs climatiques et provoquant des tensions locales. (La Relève et la Peste)

9. 225 jours de ZAD pour bloquer la mine de Nussir

En Norvège arctique, des activistes et Sámies (population autochtone) ont tenu 225 jours de ZAD pour bloquer la mine de cuivre Nussir, dénonçant l’accaparement de leurs terres. Le camp est levé, mais des actions et recours juridiques se poursuivent. (Reporterre)

10. Pesticides : 70 % des sols européens touchés

Une étude montre que 70 % des sols européens contiennent des pesticides, principalement des fongicides. Cette pollution affecte fortement la biodiversité souterraine et perturbe des fonctions essentielles du sol, comme les cycles des nutriments, menaçant durablement les écosystèmes et l’agriculture. (Futura Sciences)

– Mara Pron


Source photo de couverture : pub Friend métro – par une lectrice, avec toutes autorisations

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06.02.2026 à 05:00

Sismique : le podcast pour comprendre le monde de demain

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Animé par Julien Devaureix, le podcast Sismique sonde auprès de scientifiques, penseur·euses ou acteur·rices contemporain·es les trajectoires de notre société, avec l’ambition de comprendre pourquoi notre société est au pied du mur et à quoi pourra ressembler demain. Retour sur un podcast enrichi par des perspectives de plus en plus diverses. [Temps de lecture : […]

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Animé par Julien Devaureix, le podcast Sismique sonde auprès de scientifiques, penseur·euses ou acteur·rices contemporain·es les trajectoires de notre société, avec l’ambition de comprendre pourquoi notre société est au pied du mur et à quoi pourra ressembler demain. Retour sur un podcast enrichi par des perspectives de plus en plus diverses.

[Temps de lecture : ~ 3 min]
Le podcast Sismique de Julien Devaureix fait partie des incontournables : 277 épisodes — depuis 2018 — pour explorer le futur à partir des secousses d’aujourd’hui. 
Si l’intention de départ était de comprendre les crises qui frappent notre monde et qui menacent la stabilité des régimes et des sociétés humaines de manière globale, Julien Devaureix propose de dépasser ces premiers constats afin de tenter de comprendre à quoi pourra ressemble le monde de demain. Sa méthode est alimentée par une analyse des « trois grandes ondes qui déterminent la marche du monde d’aujourd’hui. » 
Julien Devaureix présentant son podcast lors d’une conférence – avec toutes autorisations. Crédits : Sismique

Trois ondes et trois systèmes qui ébranlent le monde

Les trois ondes qui structurent l’analyse systémique de Julien Devaureix sur les mutations globales. Elles correspondent aux dynamiques interconnectées qui « font bouger le monde » selon lui.

  • Onde technologique : Accélération IA, biotech, énergie (risques cyber, disruptions emploi).
  • Onde géopolitique et économique : Déclin multilatéralisme, empires/rivalités (USA/Chine/Russie), ressources critiques.
  • Onde écologique : Limites planétaires, effondrements socio-écologiques, justice climatique.

Et les trois grands systèmes qui structurent l’approche de Sismique :

  • Le monde naturel : le « terrain de jeu », celui dont les humains dépendent totalement.
  • Les sociétés humaines : les règles, institutions, récits et infrastructures inventés par l’espèce humaine.
  • Les individus : les joueur·euses, avec leurs comportements, leurs biais, leurs motivations, leurs imaginaires.
image extraite du site expliquant les 6 catégories traitées par le podcast. Crédits : Sismique

Des voix pour penser la complexité

Toute l’originalité de Sismique est de sortir des sentiers battus et de propulser ses auditeur·rices dans de nouvelles réflexions indispensables pour mieux comprendre les articulations qui font le monde d’aujourd’hui et de demain.

Parmi les sujets abordés, on compte des « classiques » comme celui de la déplétion des métaux avec Philippe Bihouix ou de la décroissance avec Vincent Liegey, mais aussi plus récemment sur les « oubliés de l’écologie », traitant des angles morts de l’écologie dominante avec Féris Barkat. Le podcast traite également des problématiques moins médiatiques, mais tout aussi épineuses, comme celles liées à la géopolitique, à l’avenir de la médecine ou encore au risque cybernétique.

Un regard lucide sur les crises à venir

À quelques exceptions près « personne ne semble en mesure d’appréhender correctement l’onde de choc qui arrive », explique Julien Devaureix selon qui « le monde va mal ». L’auteur du podcast, qui travaille depuis 15 ans dans le numérique a commencé à s’intéresser aux analyses holistiques de notre monde il y a trois ans environ.

« Je me suis rendu compte que, alors que j’avais une lecture positive de l’avenir, que la situation est bien plus complexe », se souvient-il. Il commence alors à s’intéresser aux symptômes « des multiples crises » en cours ou à venir et qui laissent présager une « phase de correction, avec de nouvelles crises, de nouvelles révolutions » et à étudier les « liens » entre elles.

« Je veux savoir à quoi pourrait ressembler demain, ce qui est probable, souhaitable ou au contraire à éviter, pour décider de comment vivre ma vie aujourd’hui […] »

Pour expliquer sa démarche, il écrit sur Médium« Je veux savoir à quoi pourrait ressembler demain, ce qui est probable, souhaitable ou au contraire à éviter, pour décider de comment vivre ma vie aujourd’hui : Quelle compétence développer ? Quel travail faire ? Quels liens construire ? Quelle éducation donner, quoi transmettre ? Que faire de mes économies ? Comment consommer ? Sur quoi m’engager ? Comment voter ?… »

Pour découvrir Sismique et suivre Julien, rendez-vous sur son site ou sa page Facebook. Et si vous aimez les Podcasts, vous pouvez également suivre celui d’Alexia Soyeux, Présages, également consacré à l’avenir de la civilisation thermo-industrielle.

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Source photo de couverture : avec toutes autorisations – Sismique

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05.02.2026 à 05:00

The Promised Neverland : Et si l’espèce humaine n’était que du bétail ?

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Et si l’humanité n’était qu’un élevage destiné à nourrir une autre espèce ? C’est une des réflexions qui intrigue à la lecture du manga à succès, The Promised Neverland. Le duo Kaiu Shirai et Posuka Demizu interroge la domination, l’exploitation et la valeur de la vie — autant de thèmes que ce petit bijou de […]

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Et si l’humanité n’était qu’un élevage destiné à nourrir une autre espèce ? C’est une des réflexions qui intrigue à la lecture du manga à succès, The Promised Neverland. Le duo Kaiu Shirai et Posuka Demizu interroge la domination, l’exploitation et la valeur de la vie — autant de thèmes que ce petit bijou de genre fantastique, édité en 2018, fait résonner avec antispécisme, humanisme, critique sociale contemporaine et idéal de société. Analyse.

Avant L’éthique animale, parlons-en ! un manga pédagogique analysé chez Mr Mondialisation, est paru The Promised Neverland de Kaiu Shirai et Posuka Demizu : un thriller fantastique qui inverse les rôles et questionne avec originalité et sensibilité la domination humaine sur les animaux.

Spoiler alerte !
Cet article contient des révélations sur l’évolution de l’histoire de The Promised Neverland, mais ne dévoile pas son dénouement. La lecture de cet article est tout de même recommandé afin de vous donner l’envie de vous plonger dans ce manga.

Volumes 4, 6 et 18 du manga The Promised Neverland. 

Est-il éthique de tuer des animaux ?

C’est sans doute la question principalement posée à la lecture de The Promised Neverland : est-il éthique de continuer à manger des animaux ? Question que l’on pourrait même se poser de manière plus utilitariste : est-il dans l’intérêt des humains de manger des animaux ?

D’un point de vue éthique, la question semble relativement claire : si l’on admet que la consommation de chair animale n’est ni vitale ni indispensable à la santé, alors l’élevage intensif et les conditions de mise à mort d’animaux posent un véritable problème moral. À ce propos, Victor Duran-Le Peuch dénonçait « notre indifférence » à l’égard de l’antispécisme.

Selon L214, près de 1 380 milliards d’êtres sensibles auraient ainsi été tués en 2018 pour l’alimentation, soit environ 3,8 milliards chaque jour. Ces chiffres donnent la mesure d’un phénomène d’une ampleur sans précédent, qui interroge le rapport des sociétés humaines au vivant et à la violence institutionnalisée.

 

Source : L214.

La grande force de The Promised Neverland, c’est qu’il ne se présente à aucun moment comme un outil militant ou comme une idéologie sûre d’elle, mais comme un simple objet de divertissement. Sa mise en situation est pourtant singulière, car elle invite ses dizaines de milliers de lecteurs à projeter — de manière fictive mais ô combien réaliste —  l’espèce humaine en tant que bétail destiné à être mangé par des démons, ceux-ci n’étant que le reflet de la société humaine.

L’héroïne Emma est quant à elle le reflet de la militante — ou du militant — révolutionnaire idéale, d’abord ignorante de sa condition d’opprimée, puis éveillée à la cruauté de son monde, et enfin déterminée à changer le monde, parce qu’il n’y a pas d’autre alternative pour la libération collective. The Promised Neverland joue donc sur deux tableaux : la sensibilisation à la cruauté de la production de viande animale d’un côté ; de l’autre, un appel à s’éveiller et à s’élever contre les injustices sociales de ce monde.

La viande d’élevage éthique n’existe pas

Emma est une « adolescente bétail », élevée et enfermée dans une ferme d’élevage de haute qualité, qui lui est présentée comme un simple orphelinat. Ce qu’elle ignore, c’est qu’elle ne sera pas envoyée dans une famille adoptive à ses 13 ans, mais qu’elle sera exécutée et dévorée par des démons.

Emma est un produit de haute qualité, ce qui signifie qu’elle a grandi dans d’excellentes conditions : sorties en plein air, nourriture abondante de qualité, et même traitement plein d’amour et de tendresse de la part de sa « maman », qui est en réalité son éleveuse.

Cette mise en situation est une réponse directe au mythe de l’existence possible d’une viande d’élevage qui serait éthique : si l’humain n’était que du bétail, certainement que de bonnes conditions de vie lui seraient préférables. Mais ni lui, ni aucun autre être sensible, n’accepterait d’être exécuté à un jeune âge. 

The Promised Neverland est une inversion de l’anthropomorphisme et de l’anthropocentrisme, à savoir qu’il n’attribue pas aux animaux des comportements humains, et réfute également l’idée d’une supériorité de l’espèce humaine vis-à-vis des autres espèces sensibles.

Au contraire, The Promised Neverland conçoit l’être humain à l’image des animaux d’élevage — un sens de comparaison important — doté de sensibilité aussi bien que poulets ou cochons qui finissent dans les assiettes. Le manga semble ensuite montrer que la domination de l’espèce humaine sur le reste du vivant n’est pas une affaire de supériorité, mais plutôt d’opportunisme.

Dessin de ElementalAlchemist03 (Deviant Art) inspiré de The Promised Neverland.

Devenir végan ou changer de système ?

Kaiu Shirai, auteur de The Promised Neverland, cache-t-il derrière cette fiction un militantisme végan ? À l’échelle individuelle, si tant est qu’Emma reflète sa pensée, Kaiu semble davantage être en proie au doute. L’héroïne, qui apprend à chasser des oiseaux dans une logique de survie, se questionne : « nous ne voulons pas être mangés. Nous voulons vivre. Mais nous aussi, nous avons toujours mangé. Et nous continuerons à devoir manger, pour survivre. »

La force du personnage d’Emma est qu’il est capable de se mettre dans la peau des autres, grâce à sa forte sensibilité et son sens aiguë de la justice. La sensibilité humaine est d’ailleurs la seule échappatoire pour les animaux d’élevage de ce monde, elle seule peut les épargner de l’abattage massif qu’elle leur fait subir, dès lors que les études montrent qu’une alimentation végétarienne, voire 100% végétale, est viable pour l’être humain. Une différence fondamentale avec le cas d’Emma qui est dans une contrainte de survie.

Si le manga, habilement, ne pointe pas du doigt, déculpabilise même les personnes qui mangent de la viande, il incite en revanche à mener collectivement des réflexions antispécistes. C’est là que le manga montre sa portée révolutionnaire, puisque les héros veulent renverser le pouvoir, libérer les individus opprimés — démons et humains compris — d’un système de domination profondément inégalitaire ; conscients que leur salut ne passera que par l’action collective.

Le renversement qui consiste à imaginer un échange de conditions entre les humains et les animaux d’élevage, rappelle les travaux artistiques de Barbara Daniels. Cette irlandaise expatriée à Berlin en Allemagne, a publié un livre illustré et traduit en français, nommé « Le règne animal », où les humains ne sont que d’impuissantes victimes d’un monde dominé par les animaux et leur bon vouloir, aidant à remettre en cause les pratiques spécistes.

Partagé avec autorisation. Crédit : @barbaradanielsart

Métaphore de ce monde

La métaphore la plus habile est sans doute celle du « sang maléfique ». Dans The Promised Neverland, les démons pensent être contraints de devoir manger de la viande humaine pour maintenir leur forme physique et mentale. Or, la démone Mujika possède un antidote : son propre sang.

En boire une seule goutte permettrait aux démons de survivre sans devoir s’alimenter de viande humaine. Mais ce sang est diabolisé et défini comme « maléfique » par la classe dominante des démons, peu encline à bouleverser un système qui lui profite, et lui permet de jouir des plaisirs que procurent la viande humaine de haute qualité, réservée aux élites.

La métaphore prend alors tout son sens. L’antidote, « le sang maléfique » ou plutôt « bénéfique », représente la connaissance : ces études scientifiques qui annoncent la viabilité pour l’être humain d’une alimentation végétarienne ou végétalienne, mais aussi comment s’y prendre : alimentation équilibrée, apports caloriques suffisants, supplémentation en vitamine B12, bien que ces impératifs soient aussi vrai pour une alimentation omnivore.

La diabolisation des personnes ayant bu le sang maléfique, est à s’y méprendre avec la diabolisation des écologistes et des militants végans. Ceux qui défendent l’intérêt général sont régulièrement la cible des classes dominantes qui les traitent de « woke », « agressifs » ou même « terroristes »

Dessin d’Emma et Ray, Promised Nerverland.

Ces attaques et ces manipulations de l’opinion visent à maintenir des systèmes de domination injustes : envers les animaux, mais aussi envers les classes populaires voire moyennes, contraintes économiquement de se nourrir de viande malsaine produite intensivement. Pendant ce temps, les élites se gavent de viande de haute qualité : on se rappelle tous de l’épisode des homards et de ces luxueux dîners financés aux frais de la République et organisés par l’ex-ministre français François de Rugy.

Par ailleurs, il est regrettable que les problèmes écologiques liés à la surproduction de viande humaine dans The Promised Neverland soient inexistants, alors que la pollution mais aussi les dangers sanitaires liés à l’élevage intensif de ce monde, sont des arguments essentiels à la nécessité de réduire drastiquement la consommation de viande.

L’indifférence derrière l’argument du « moindre mal »

En effet, ces enfants bétail auraient pu finir, comme la grande majorité des humains, dans une ferme d’élevage intensif, où l’on y trouve des milliers d’enfants légumes engraissés qui n’existent que pour être mangés : « les humains qui naissent là, n’apprennent même pas à parler. Ils n’ont pas de nom. Ils n’ont pas de volonté propre, ni même de raisonnement propre. »

À l’image de ces 75 milliards de poulets tués en 2018 pour l’alimentation selon L214, les humains sont ici perçus comme de la simple marchandise, de la nourriture bon marché, à produire en masse pour répondre aux besoins de la population.

L’argument utilisé par la « maman » est ici celui du « moindre mal ». Puisque la majorité des humains vivent sans exister, les enfants des fermes de haute qualité devraient se satisfaire de leur condition « privilégiée ».

Cette rhétorique du moindre mal est constamment utilisée dans ce monde par les classes dirigeantes : « continuez à nous élire » disent-ils, sinon le pire arrivera, à savoir l’arrivée au pouvoir du fascisme. Celui-là même qu’ils ont fait grandir en accentuant les inégalités sociales. 

Ce discours, maintes fois entendu, consiste à se satisfaire du système néolibéral et de ses logiques de domination sur des groupes d’humains et sur le reste du vivant. Ce type de discours, n’est rien d’autre qu’un aveu de résignation et d’indifférence à la souffrance d’autrui.

Abandonner l’ambition de changer le monde, c’est abandonner les plus vulnérables à leur sort. À la lecture de The Promised Neverland, on croirait impossible pour ces enfants victimes de changer le système et d’améliorer leur condition. Pourtant, Emma, activiste révolutionnaire, tentera de vous prouver le contraire.

Extrait traduit de la version italienne : « de l’extérieur cela semble un bel édifice, mais à l’intérieur c’est l’une des pires fermes de production intensive. »

Réflexions sur l’activisme

L’auteur de The Promised Neverland, Kaiu Shirai, ne revendique pas directement une pensée antispéciste, révolutionnaire ou même féministe. Pourtant, ses choix scénaristiques ne laissent place à aucun doute sur son idéal de société. Ce n’est pas un hasard si la protagoniste du manga est une jeune fille, devenue meneuse naturelle grâce à ses qualités sociales, mentales, stratégiques, psychologiques mais aussi physiques.

Emma peut être considérée comme une figure féministe pour ses qualités intrinsèques, mais surtout parce qu’elle évolue dans un groupe où personne ne la dévalorise et ne conteste son aura et son leadership parce qu’elle est femme.

Emma est clairement une militante, une meneuse destinée à changer le monde. Son combat est une sorte de reflet des activistes révolutionnaires de ce monde. Bien qu’elle agisse d’abord pour le bien de sa famille, elle remet constamment en question ce qui est juste ; pour les siens mais aussi pour les autres, et même ses pires ennemis.

« Tuer est-il vraiment le seul moyen [pour les êtres humains de survivre] ? N’y a-t-il pas un autre moyen que la violence ? […] Je ne veux pas qu’un autre humain soit tué. […] Mais cela ne signifie pas que je veuille te tuer. »

Cela dit, Emma n’est pas naïvement pacifiste : si sa tentative de dialogue échoue, elle se résout à prendre les armes, par légitime défense. Ceci est une nouvelle métaphore utile à cet activisme : la voie idéale des combats est toujours la voie pacifique, mais si le pouvoir maintient sa violence, son cynisme et ses menaces sur les droits fondamentaux des humains et sur leur propres vies ; alors le pouvoir devient le seul responsable des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestant.es.

Les dirigeants, tout comme Lewis, décuplent leur violence dès lors qu’ils refusent le dialogue et toute perspective de cesser leur violence première et systémique dont on rappelle que l’agression physique — dans ce monde — n’est pas sa seule forme : la violence institutionnelle est d’abord sociale et économique.

« la peur m’a saisie sans prévenir… des doutes m’ont envahie. était-ce la décision juste ? Ne faisons-nous pas fausse route ? »

Ces doutes, tant qu’ils ne paralysent pas l’action, sont non seulement bénins, mais indispensables à tout activisme politique. Kaiu Shirai se fait ainsi rousseauiste : à l’image du philosophe des Lumières, le mangaka rejette l’idée d’une nature humaine bonne en soi, corrompue uniquement par la société.

Cependant, il considère à travers le personnage d’Emma, que l’être humain possède cette capacité de raisonnement, d’action et de communication, lui permettant de tendre constamment vers la justice sociale, de corriger au mieux les injustices de la nature ou bien celles créées par les sociétés humaines qui auraient fait fausse route.

Dessin d’Emma par متعة الرسم (Flickr) inspiré par The Promised Neverland.

Emma, une figure exemplaire

L’héroïne est tout bonnement un exemple à suivre, notamment pour sa capacité d’écoute, de compréhension des autres, quand bien même iels auraient mal agi. Elle cherche constamment le dialogue et le soutien psychologique. Sa capacité à discuter des problèmes pour les résoudre est une clef essentielle pour, collectivement, mener à bien la révolution : « ouvrons nos cœurs et parlons », dit-elle à Yugo, un homme aigri prêt à la tuer.

« Plus j’y pense et plus je suis convaincue qu’on a pas besoin d’être des ennemis. […] Nous devons nous comprendre et nous aider les uns les autres. »

Grâce à cet état d’esprit, les querelles de la gauche de ce monde seront enfin résolues ? Pas exactement, car Emma emporte avec elle l’ensemble des victimes d’un système qui les oppresse. Sa « maman », qui participe au massacre d’êtres humains malgré tout l’amour qu’elle leur transmet, peut être comparée aux éleveurs de bétail de ce monde.

Ceux-ci élèvent et tuent des animaux, mais ont-ils d’autres choix pour survivre — tant bien que mal d’ailleurs — économiquement ? La « maman » s’est résolue à devenir éleveuse car c’était là le seul moyen de survivre, avant que ne s’ouvre la voie de la révolution : « l’obéissance ne nous donne pas de futur. […] Je ne veux plus être l’esclave de personne », dit-elle.

Abattre l’ennemi ou le système ?

L’une des principales leçons que donne Emma sur l’activisme, concerne la capacité à dissocier la haine de l’ennemi de celle du système ; ce dernier étant la cible à abattre. Voici les propos d’Emma face à son bourreau ultime, Peter Ratri, l’être humain gagé de perpétuer le système en sacrifiant les « enfant-bétails »

« Nous ne pardonnons absolument pas. Mais je ne veux pas résoudre la situation en te tuant. […] Nous voulons nous libérer de tout, pas seulement de notre destinée et de notre condition, mais aussi de la haine et de la peur ! »

Emma rappelle que les conditions sociales et les classes ne sont pas choisies : elles sont subies, imposées de l’extérieur. Quiconque se retrouve en position de dominé ou de dominant agit alors selon ses intérêts immédiats, mais surtout selon son conditionnement — son éducation, son formatage social.

Voilà pourquoi la haine envers les dominants a ses limites. Épargner l’adversaire reste un luxe — ou plutôt un objectif ultime — possible uniquement quand il est acculé, en position de faiblesse. C’est d’ailleurs ainsi qu’Emma ouvre le dialogue avec ses bourreaux : une fois qu’elle détient le pouvoir, et que l’adversaire risque de tout perdre.

Dessin d’Emma par Juleteon (Deviant Art) inspiré de The Promised Neverland.

Cette analyse montre bien à quel point The Promised Neverland est un indispensable. Une œuvre de divertissement, destinée à un public plutôt jeune, qui cache en réalité tout un lot de valeurs, principalement antispécistes et révolutionnaires.

« Le pays imaginaire promis » n’est-il pas celui d’un monde post-révolution ? Ce monde, si lointain mais si accessible à la fois, où l’être humain cesserait d’employer ses logiques de domination sur l’espèce humaine et sur la nature.

Benjamin Remtoula @Fsociété


Photo de couverture : une des couvertures du manga par Yêu Phim sur ©Flickr

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04.02.2026 à 08:04

« Atyp(oet)ique » : le spectre de l’autisme en poèmes

Elena Meilune

Parler de l’autisme sans les personnes autistes est une habitude profondément ancrée dans nos sociétés. Atyp(oet)ique – Le spectre autistique de A à Z en 250 poèmes prend le contre-pied de cette logique en donnant la parole à celles et ceux qui vivent l’autisme au quotidien. À travers la poésie et l’art graphique, cet ouvrage […]

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Texte intégral (1356 mots)

Parler de l’autisme sans les personnes autistes est une habitude profondément ancrée dans nos sociétés. Atyp(oet)ique – Le spectre autistique de A à Z en 250 poèmes prend le contre-pied de cette logique en donnant la parole à celles et ceux qui vivent l’autisme au quotidien. À travers la poésie et l’art graphique, cet ouvrage déconstruit les clichés, expose les violences ordinaires et célèbre la diversité des fonctionnements humains.

Conçu par le collectif bénévole aRtistes Anonymes, Atyp(oet)ique est une anthologie gratuite et collaborative, née du besoin urgent de visibilité et de reconnaissance des vécus autistiques. Structuré comme un abécédaire, le recueil rassemble 250 textes et œuvres graphiques originales, rédigés par des personnes autistes ou proches de personnes concernées.

Refusant toute hiérarchisation des vies et toute vision pathologisante, l’ouvrage s’inscrit clairement dans une démarche de sensibilisation, d’inclusion et de lutte contre le validisme. Ici, la poésie devient un outil politique : dire, transmettre, et refuser la normalisation imposée.

Image extraite du recueil « Atyp(oe)tyque »

Une parole collective, incarnée et politique

Les textes d’Atyp(oet)ique ne cherchent ni l’uniformité ni la performance littéraire. Ils assument au contraire la pluralité des formes, des voix et des rythmes, à l’image du spectre autistique lui-même. Poèmes en vers libres, haïkus, proses poétiques, micro-récits ou témoignages se succèdent et se répondent, chacun portant un fragment de réel. Une diversité formelle qui est une traduction directe de fonctionnements cognitifs multiples, irréductibles à une norme unique.

Le recueil s’attaque frontalement aux représentations dominantes de l’autisme, encore largement façonnées par les clichés médiatiques, le sensationnalisme ou une vision strictement médicale. Ici, pas de figures de génie fantasmé ni de caricatures misérabilistes. Les textes parlent de surcharge sensorielle, de fatigue chronique, de crises, de violence institutionnelle, de diagnostic tardif, de précarité sociale et professionnelle. Ils rappellent que l’autisme n’est pas une métaphore ni une curiosité, mais une réalité vécue, souvent douloureuse, toujours politique.

Image extraite du recueil « Atyp(oe)tyque »

Le refus du validisme et de la normalisation

Atyp(oet)ique se positionne contre le validisme, c’est-à-dire contre l’ensemble des normes et pratiques qui hiérarchisent les existences en fonction de leur conformité à un idéal de performance, d’autonomie et de productivité. De nombreux textes dénoncent l’injonction au camouflage, l’exclusion scolaire, le chômage massif des personnes autistes, ainsi que les maltraitances ordinaires dans les sphères médicale et sociale. Le recueil rappelle que ce ne sont pas les personnes autistes qui sont inadaptées, mais les environnements qui refusent de s’adapter.

Pour beaucoup d’auteur·ices, l’écriture apparaît comme un outil vital : un moyen de régulation, de compréhension de soi, mais aussi de reprise de pouvoir sur un récit trop souvent confisqué. La poésie devient un espace où la parole peut exister sans être corrigée, interprétée ou disqualifiée. En ce sens, Atyp(oet)ique ne relève pas seulement de la création artistique, mais aussi d’une démarche de soin collectif, non médicalisé, fondé sur l’écoute et la bienveillance.

Image extraite du recueil « Atyp(oe)tyque »

Entièrement bénévole, gratuit, diffusé hors de toute logique marchande, le projet revendique une organisation horizontale et inclusive. Il fait le choix conscient de l’accessibilité, notamment par une attention portée à la lisibilité des textes et à l’explicitation de certains termes. En refusant toute récupération commerciale ou institutionnelle, Atyp(oet)ique affirme que la visibilité des personnes autistes ne doit pas être conditionnée à leur rentabilité ou à leur conformité.

« Rien sur nous sans nous » : reprendre la parole confisquée

Le principe politique et éthique du « rien sur nous sans nous » est revendiqué de longue date par les mouvements de personnes neurodivergeantes et en situation de handicap. Trop souvent, l’autisme est raconté par des experts, des institutions ou des proches, au détriment des personnes directement concernées. Ce recueil opère un renversement clair : ici, ce sont les personnes autistes qui parlent d’elles-mêmes, avec leurs mots, leurs formes, leurs silences et leurs colères. Il s’agit d’une auto-représentation qui conditionne la justesse du propos. Elle rappelle que toute réflexion sur l’autisme, toute politique publique, toute démarche de soin ou d’inclusion qui exclut les premiers concernés est non seulement illégitime, mais structurellement violente.

Image extraite du recueil « Atyp(oe)tyque »

À l’heure où les discours sur l’inclusion restent trop souvent déclaratifs, Atyp(oet)ique apporte une matière brute, incarnée, impossible à ignorer. Il ne demande pas la compassion, mais la reconnaissance. Il ne cherche pas à rassurer, mais à faire comprendre. Ce recueil s’adresse autant aux personnes concernées qu’à celles qui ne le sont pas encore – parce qu’il est temps que la société accepte de remettre en question ce que l’on appelle encore, trop facilement, la « normalité ».

Elena Meilune


Image d’en-tête : Autism Spectrum Disorder

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03.02.2026 à 14:08

Burundi : la réaction en chaîne qui détruit les sols

Mr Mondialisation

Dans les hautes montagnes de la région de Mugamba, au Burundi, en Afrique de l’Est, de nombreux éleveurs collectent des feuilles mortes, des fougères et d’autres herbes sauvages pour garnir la litière de leurs étables. Une pratique qui peut sembler anodine et nécessaire à l’élevage. Pourtant, retirer cette matière organique du sol contribue à la […]

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Texte intégral (2167 mots)

Dans les hautes montagnes de la région de Mugamba, au Burundi, en Afrique de l’Est, de nombreux éleveurs collectent des feuilles mortes, des fougères et d’autres herbes sauvages pour garnir la litière de leurs étables. Une pratique qui peut sembler anodine et nécessaire à l’élevage. Pourtant, retirer cette matière organique du sol contribue à la dégradation des terres.

L’explosion démographique au Burundi a entraîné une forte pression sur les terres. Dans la région de Mugamba, cette dynamique s’est traduite par une déforestation progressive, liée à la recherche de nouvelles terres cultivables. Les zones humides et forestières, autrefois utilisées pour la collecte d’herbes destinées à la litière animale, ont peu à peu disparu.

« Ces dernières années, nous utilisions des herbes des marais, notamment le scirpe. Mais avec la disparition progressive de ces zones pour les exploiter, je recours aujourd’hui aux feuilles mortes d’eucalyptus et aux herbes sauvages comme les fougères et les lianes », explique Charles, un éleveur d’une soixantaine d’années, interrogé pour cet article.

Cette pratique s’est encore intensifiée avec la politique gouvernementale encourageant la stabulation permanente des troupeaux, mise en place pour pallier le manque de fumier et accroître la production laitière. En gardant les animaux à l’étable, les éleveurs ont besoin de quantités plus importantes de litière, alors même que les zones de collecte se raréfient.

Localisation du Burundi. Wikimedia.

Appauvrissement du sol et réduction de la récolte

Pour les spécialistes, le retrait des feuilles mortes et des jeunes herbes ne se limite pas à une simple perte de couverture végétale. Selon Yvan Nduwimana, ingénieur agronome de formation, ces éléments constituent la principale source de matière organique du sol.

Lorsqu’elles se décomposent sous l’action des micro-organismes et de la faune du sol, les feuilles mortes libèrent progressivement des éléments nutritifs essentiels comme l’azote ou le calcium. Leur collecte interrompt ce cycle naturel, empêchant la restitution des nutriments au sol. À long terme, cela entraîne une diminution de l’humus, élément clé de la fertilité chimique et biologique des sols.

Jean-Paul, environnementaliste et chercheur, partage cette analyse. Il rappelle que les feuilles mortes sont souvent qualifiées d’« or brun des jardiniers » en raison de leur rôle fondamental dans la fertilité des sols. En se décomposant, elles nourrissent les végétaux, protègent le sol contre les variations climatiques et servent d’habitat à de nombreux organismes vivants.

Route entre Bujumbura et Makamba, province de Burunga, Wikimedia.

Moins d’humidité, plus d’érosion

Au-delà de la fertilité, les feuilles mortes jouent également un rôle essentiel dans la régulation de l’eau. Une étude publiée sur Springer Nature Link montre que leur collecte ou la coupe des herbes pour la litière réduit fortement l’humidité du sol pendant la saison sèche, en exposant directement la surface au rayonnement solaire. À l’inverse, lorsqu’elles restent en place, elles agissent comme un tampon naturel, maintenant l’humidité du sol.

Chaque année, la litière forestière — principalement constituée de feuilles mortes — peut atteindre plusieurs tonnes par hectare, soit plusieurs centaines de grammes par mètre carré,. Cette matière organique riche en azote, phosphore et autres oligo-éléments nourrit les organismes du sol et soutient durablement la productivité des écosystèmes forestiers. Cette décomposition libère des minéraux qui seront puisés par les racines des arbres. Avec les cadavres d’animaux (du sanglier à la bactérie), fruits et branchages morts, se forme une litière organique de grande richesse nourrissant des forêts entières.

Lorsque le sol perd sa couverture organique formée par les feuilles mortes et jeunes arbres, il perd sa capacité d’absorption de l’eau de pluie. Conséquemment, les eaux ruissellent sur la surface emportant toutes particules fertiles, un phénomène qui favorise la formation de ravines, d’envasements des rivières et la baisse de la production agricole, notamment dans la région à forte précipitation.

Herbes coupées pour en faire de la litière. Crédit : Hategekimana Thérence

Une région particulièrement vulnérable

Or, la région de Mugamba est l’une des plus arrosées du Burundi, avec des précipitations annuelles pouvant atteindre jusqu’à 2 000 mm. Cette forte pluviométrie, liée à son altitude et à sa position sur la crête Congo-Nil, rend les sols particulièrement sensibles à l’érosion lorsqu’ils sont dénudés.

Selon Horizon IRD, la réduction de l’épaisseur du sol causée par l’érosion entraîne une baisse significative de la productivité agricole. Dans la région de Mugamba, où la végétation naturelle a été largement remplacée par des cultures vivrières et industrielles, cette dégradation se traduit par des récoltes faibles. Les enquêtes agricoles montrent ainsi une production moyenne par ménage particulièrement basse, notamment dans les anciennes provinces de Bururi et Mwaro.

Production par ménage exprimée en équivalent kilogramme de céréales (EKC). Source : Enquête nationale agricole du Burundi 2013-2014

Glissements de terrain : une conséquence visible

L’absence de couverture organique ne fragilise pas seulement l’agriculture. Elle accentue aussi les risques de glissements de terrain, d’autant plus accentués par le déréglementent climatique. Dans l’ancienne commune de Mugongo-Manga, par exemple, ces phénomènes sont devenus récurrents pendant la saison pluvieuse, bloquant parfois des axes routiers majeurs.

Selon Yvan Nduwimana,

« la couche naturelle formée à partir des feuilles mortes et jeunes herbes amortit l’impact de l’érosion, réduit la perte d’eau par évaporation et par ruissellement, stimule de l’activité bactérienne du sol et favorisent l’infiltration progressive des eaux. »

Sans cette protection, l’eau s’accumule rapidement dans les terrains en pente, en augmente le poids et réduit leur résistance, jusqu’à provoquer des glissements menaçant champs, habitations et infrastructures.

Glissement de terrain dans la région de Mugamba suite à l’érosion Photo crédit : Hategekimana Thérence

Des alternatives possibles et durables

Face à la raréfaction des matériaux de litière, des solutions existent. Le nourrissage direct des animaux à l’étable permet, par exemple, de limiter la collecte de feuilles mortes. Une partie du fourrage distribué — tiges de maïs, de bananier ou tripsacum — tombe au sol et joue naturellement le rôle de litière.

Jean-Marie Nduwayezu, éleveur à Mugamba et ancien agronome, en témoigne :

« Aujourd’hui, il n’y a presque plus de scirpe. Une partie du tripsacum que je donne à ma vache tombe dans l’étable et me sert de litière. »

Il regrette cependant que cette pratique reste peu répandue, beaucoup d’éleveurs continuant de prélever feuilles mortes et herbes sauvages, souvent sans mesurer les conséquences environnementales.

D’autres solutions sont également envisagées, comme l’utilisation de sous-produits agricoles locaux ou la modernisation des étables. Selon Mariro Jean, agronome local rencontré à Mugamba, les étables cimentées et couvertes de tôles peuvent réduire, voire supprimer, le besoin permanent de litière. La baisse de fumier qui en résulte peut être compensée par la mise en place de compostières artificielles.

Repenser les pratiques avant qu’il ne soit trop tard

Pour les spécialistes, la collecte excessive de feuilles mortes et la coupe des jeunes herbes traduisent avant tout une méconnaissance de leur rôle écologique. En perturbant les cycles naturels, ces pratiques affaiblissent les sols, réduisent les récoltes et aggravent les risques environnementaux.

Ce qui apparaît comme un geste banal révèle en réalité une contradiction profonde : chercher à soutenir l’élevage tout en compromettant les bases mêmes de la fertilité des sols. Repenser les pratiques agricoles et pastorales dans la région de Mugamba devient aujourd’hui une urgence, avant que les sols ne rappellent définitivement leurs limites.

Therence Hategekimana


Photo de couverture : Élevage au Burundi. Wikimedia.

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