09.01.2026 à 15:07
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici les 10 bonnes nouvelles de la semaine. 1. Royaume-Uni : interdiction de la publicité pour les produits trop gras, salés ou sucrés Au Royaume-Uni, la publicité pour les produits trop gras, salés ou sucrés est interdite depuis lundi à la télévision avant 21 heures. […]
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Au Royaume-Uni, la publicité pour les produits trop gras, salés ou sucrés est interdite depuis lundi à la télévision avant 21 heures. La mesure vise à lutter contre l’obésité infantile, qui touche 22 % des enfants à l’entrée en primaire et près de 36 % à 10-11 ans. Selon le gouvernement britannique, cette interdiction pourrait éviter 20 000 cas d’obésité par an. En France, des tentatives similaires ont jusqu’ici échoué. (Reporterre)
Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, les agglomérations de Lens-Liévin, Hénin-Carvin et Béthune-Bruay ont lancé un vaste réseau de transports publics gratuits. Les bus sont gratuits pour tous les usagers, tandis que le train est gratuit pour les habitants du territoire, sous conditions. Le dispositif concerne près de 650 000 habitants. (Politis)
3. Norvège : près de 100 % de voitures neuves électriques
En Norvège, 95,6 % des voitures neuves immatriculées en 2025 sont électriques, un niveau proche de la généralisation. Cette transition repose sur de fortes incitations publiques financées par la rente pétrolière (avantages fiscaux, malus sur le thermique, réseau de recharge dense). Malgré leurs impacts, les véhicules électriques émettent 2 à 3 fois moins de CO₂ que les voitures thermiques sur l’ensemble de leur cycle de vie. (TV5monde)
4. Congo : des habitants replantent des arbres pour sauver leur île
Sur l’île d’Idjwi, au Congo, des habitants se mobilisent pour replanter des arbres après des années de déforestation liée au charbon de bois et à l’extraction de sable. Portées par des associations de femmes, des écoles, des églises et une radio communautaire, ces initiatives visent à lutter contre l’érosion, les inondations et la perte de terres agricoles. Si la pression économique reste forte, les habitants cherchent à concilier exploitation du bois et reboisement durable. (Reporterre)
Dans la bande de Gaza, les enfants recommencent progressivement à aller à l’école depuis le cessez-le-feu. Les cours se tiennent dans des écoles partiellement détruites, encore occupées par des familles déplacées, ou sous des tentes installées dans les camps. Selon l’ONU, près de 90 % des établissements scolaires ont été visés par des attaques israéliennes depuis octobre 2023, laissant une génération d’enfants lourdement marquée par la guerre. (Politis)
En Bretagne, un martin-pêcheur d’Amérique, jamais observé officiellement auparavant en France hexagonale, a été identifié le long du canal de Nantes à Brest, près de Glomel. Probablement victime d’un accident de migration, l’oiseau attire depuis plusieurs semaines des centaines d’ornithologues venus de toute l’Europe. L’individu, un jeune mâle, semble en bonne santé et s’est adapté à son environnement, mais sa présence suscite aussi des débats sur l’afflux de visiteurs et les dérangements possibles. (Vert)
Au Pérou, deux municipalités d’Amazonie (Nauta et Satipo) ont reconnu aux abeilles sans dard le statut de sujets de droit, une première mondiale. Ces pollinisatrices essentielles obtiennent le droit d’exister, de prospérer, de vivre dans un environnement sain et d’être représentées en justice en cas de menace. La décision s’appuie aussi sur l’importance écologique et culturelle de ces abeilles pour les peuples autochtones. (La Relève et La Peste)
Sur l’atoll de Clipperton, territoire français du Pacifique nord, la LPO alerte sur une crise écologique majeure liée à l’invasion de rats noirs introduits accidentellement. Les rongeurs détruisent œufs et poussins, provoquant l’effondrement de la reproduction de plusieurs espèces d’oiseaux marins, dont certaines sont déjà proches du point de bascule. Une éradication totale des rats est jugée techniquement possible et urgente, mais elle nécessite un fort soutien logistique et politique de l’État français. (La Relève et La Peste)
Aux États-Unis, une entreprise américaine a été condamnée à verser 115 millions de dollars à une ancienne salariée pour discrimination raciale et représailles. La justice a reconnu un environnement de travail hostile et des sanctions professionnelles liées à des dénonciations internes. Cette décision judiciaire est présentée comme exemplaire. (L’Humanité)
En Colombie, le président Gustavo Petro a annoncé une hausse historique de 23,7 % du salaire minimum pour 2026, bien supérieure aux 7,21 % demandés par le patronat. Le chef de l’État affirme vouloir garantir un salaire permettant aux familles de vivre dignement, et non simplement de survivre. Cette décision, prise fin décembre, suscite une vive opposition des employeurs, mais s’inscrit dans la ligne sociale assumée du gouvernement Petro. (L’Humanité)
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Venezuela : un retour à l’ère coloniale à Caracas, au Venezuela, la capture du président Nicolás Maduro par des forces spéciales américaines est qualifiée d’acte colonial pour s’approprier le pétrole du pays qu’elles considèrent […]
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à Caracas, au Venezuela, la capture du président Nicolás Maduro par des forces spéciales américaines est qualifiée d’acte colonial pour s’approprier le pétrole du pays qu’elles considèrent comme le leur. La communauté internationale met du temps à réagir, ce qui fragilise le droit international. Un grand classique des États-Unis, en somme. (Les2rives)
Depuis les manifestations agricoles en France, des contenus sur TikTok, X et d’autres plateformes utilisent des vidéos générées par IA et de faux comptes pour amplifier et déformer le mal-être des agriculteurs. Un phénomène qui nuit au débat public en mélangeant information et manipulation. (Vert)
Le gouvernement Trump a annoncé l’arrêt de tous les projets d’éoliennes offshore aux États-Unis, une décision qui remet en cause les objectifs climatiques nationaux et ralentit le développement des énergies renouvelables en mer. Les acteurs du secteur dénoncent un manque de vision à long terme face aux urgences climatiques. (France culture)
Aux Pays-Bas, le gouvernement a décidé d’interdire les feux d’artifice pour les particuliers afin de protéger les animaux domestiques et sauvages, causant stress et blessures importantes. Les feux d’artifice resteront possibles uniquement via des événements professionnels ou publics contrôlés. L’interdiction est saluée par les associations de protection animale. (Radio Contact)
En France, le programme EVARS (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle) a été discrètement retiré de certaines écoles du fait de pressions politiques et sociales. Le Planning familial, partenaire historique des actions d’éducation sexuelle, a été marginalisé dans ce processus. Des enseignants et des associations dénoncent un affaiblissement de l’accès à une information complète sur les relations, la sexualité et le consentement. (basta)
Trump a signé un décret ordonnant le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, dont plusieurs liées à l’ONU et au climat, comme la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et le Giec. Son administration justifie ces retraits par la défense de « l’Amérique d’abord » et le rejet de ce qu’elle qualifie d’idéologie progressiste. Des juristes contestent la légalité d’une sortie unilatérale de la CCNUCC sans vote du Sénat. (Vert)
Les ruptures conventionnelles de CDI pourraient disparaître dans la réforme de l’assurance chômage. Le gouvernement souhaite limiter son usage, jugé coûteux pour le régime d’indemnisation et susceptible d’abus, afin de réaliser des économies importantes sur les dépenses sociales. Ce mécanisme, très utilisé et intégré depuis 2008, représente une part notable des fins de contrat en France. (L’humanité)
Deux nouveaux décrets à propos des PFAS : 1/ l’interdiction progressive de certains usages non essentiels de PFAS dans des produits du quotidien comme les cosmétiques, textiles ou emballages. 2/ Surveillance des rejets industriels, en obligeant les sites concernés à mesurer et à déclarer leurs émissions de PFAS. Des mesures encore trop insuffisantes face à l’ampleur et la dangerosité du problème. (Vert)
Depuis lundi, la grève nationale des médecins libéraux touche cabinets privés et consultations de ville. De nombreux cabinets restent fermés et certaines opérations programmées sont reportées, entraînant des perturbations dans l’accès aux soins. Les médecins dénoncent des conditions de travail dégradées et des réformes jugées défavorables, tandis que l’ARS conseille la population sur les alternatives. Soutien ! (Basta!)
Au sommet de la coalition de soutien à l’Ukraine à Paris, la France et le Royaume-Uni ont déclaré être disposés à déployer des troupes pour garantir un éventuel cessez-le-feu avec la Russie, dans l’hypothèse d’un accord futur. Les États-Unis, eux, seraient prêts à assurer une surveillance sans déployer de forces terrestres. L’annonce vise à renforcer la posture de dissuasion dans le cadre de la guerre en Ukraine. (Mediapart)
Mauricette Baelen
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Mr Mondialisation
Initialement publié sur Politico en 2017 et traduit pour Mr Mondialisation, cet article d’Helena Bottemiller Evich expose comment la hausse du CO₂ altère la qualité nutritionnelle de nos aliments, un phénomène baptisé « effet junk food » encore trop peu médiatisé. Près de 30 ans de recherches confirment que le CO₂ accru booste les rendements […]
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Irakli Loladze a fait des études de mathématiques. Il était donc loin d’imaginer que c’était un paradoxe en biologie et que ça allait changer sa vie. C’était en 1998 alors qu’il préparait son doctorat à l’Université d’État de l’Arizona. Avec pour toile de fond des containers en verre remplis d’algues vertes, un biologiste apprend à Loladze et un groupe d’étudiants, que des scientifiques ont fait une découverte déconcertante sur les zooplanctons.
Ces animaux microscopiques, présents dans les lacs et les océans, se nourrissent soit d’algues, soit de « petites plantes ». Or, les scientifiques ont réalisé que ces végétaux poussent plus rapidement lorsqu’ils sont soumis à plus de lumière — produisant ainsi plus de nourriture pour les zooplanctons qui, eux, auraient dû proliférer. Mais rien ne s’est passé comme prévu.
Mais alors qu’ils avaient accès à plus de nourriture, ces animaux ont commencé à dépérir. Une énigme de taille ! Comment une population d’animaux peut décliner alors qu’elle a accès à plus de nourriture ? En quoi la prolifération des algues pourrait-elle être un problème ?
Bien qu’il relève du département de mathématiques, Irakli Loladze adorait la biologie et était fasciné par ce phénomène. Quant aux biologistes, ils avaient bien leur petite idée : sous l’effet d’une lumière accrue, les algues poussent plus rapidement mais elles contiennent moins d’éléments nutritifs, essentiels au développement des zooplanctons.
En accélérant leur croissance, les chercheurs ont fait perdre tout leur intérêt nutritif aux algues et les ont ainsi transformées en « junk food ». Et les zooplanctons ont commencé à mourir de faim alors qu’ils avaient plus de nourriture à disposition.
Irakli Loladze s’est servi de ses connaissances en mathématiques pour mesurer et comprendre la relation algue-zooplancton.
Ses collègues et lui établissent un modèle, publié en 2000, qui illustre le lien entre les animaux herbivores et leur source d’alimentation. Mais le mathématicien ne s’arrête pas là. Il est obnubilé par cette question : le fragile équilibre entre nourriture et animaux ne concerne t-il que les algues et les zooplanctons ?

Une problématique transposée aux animaux et plantes terrestres
Dans une interview, le mathématicien déclare : « Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, ce cas de figure n’est pas unique ». Le même problème peut-il survenir pour l’herbe et les vaches ? Et qu’en est-il du riz et des humains ? « Quand j’ai commencé à m’interroger sur l’alimentation humaine, ça a été un tournant décisif. », confie t-il.
Au niveau terrestre, le problème n’est pas que les plantes reçoivent plus de lumière, mais plutôt qu’elles absorbent de plus en plus de dioxyde de carbone au fil des ans. Pour pousser, les plantes ont besoin à la fois de lumière et de dioxyde de carbone.
Un surplus de lumière accélère la croissance des algues tout en dégradant leur ratio sucre/nutriments. On peut supposer un effet similaire avec un CO₂ accru. Toutes les plantes de la planète seraient alors menacées. Qu’est ce que cela implique pour les plantes consommées par les humains ?
Irakli Loladze s’est rendu compte qu’aucun scientifique n’avait la réponse à cette question. À l’époque, on savait déjà que le taux de CO₂ augmentait, mais il fut surpris de découvrir que peu de recherches avaient été menées sur l’impact de ce dioxyde de carbone sur la qualité des plantes que nous consommons. Pendant 17 ans, en parallèle de sa carrière en mathématiques, il se plonge dans les revues scientifiques à la recherche d’études ou de données sur le sujet.
Les résultats qu’il a rassemblés pointaient tous dans la même direction : L’« effet junk food » dont il avait entendu parlé pour la première fois dans ce laboratoire d’Arizona touchait maintenant les champs et les forêts du monde entier. « Chaque feuille, chaque brin d’herbe produit plus de sucre à cause de l’augmentation du taux de CO₂ », explique le mathématicien.
« De mémoires d’êtres humains, la planète n’a jamais produit autant de glucides. Ces taux de sucre inédits altèrent d’autres nutriments contenus dans nos aliments »
« De mémoires d’êtres humains, la planète n’a jamais produit autant de glucides. Ces taux de sucre inédits altèrent d’autres nutriments contenus dans nos aliments », ajoute-t-il. Ces conclusions, publiées il y a quelques années, s’ajoutent à celles d’un petit groupe toujours plus grand de chercheurs qui s’inquiètent pour l’avenir des aliments que nous consommons.
Avons-nous sous-estimés l’impact que ces émissions de dioxyde de carbone pourraient avoir sur notre santé ? À priori, oui. Pendant leurs travaux, Irakli Loladze et ses collègues se sont aussi heurtés aux plus grandes difficultés de leur métier, à savoir notamment la complexité de mener des recherches dans un tout nouveau domaine.
Dans le cadre des études en agriculture, on sait depuis longtemps que beaucoup des aliments essentiels à la santé humaine contiennent de moins en moins de nutriments. La teneur des fruits et légumes en vitamines, en minéraux et en protéines a significativement baissé depuis 50-70 ans.
Pour les scientifiques, la raison est assez simple : nous sélectionnons et cultivons des cultures à des fins de rendements et non pour leur qualité nutritive. C’est le cas des brocolis, des tomates ou du blé à très fort rendements mais qui contiennent moins de nutriments que d’autres aliments.
En 2004, une étude fondamentale sur les fruits et légumes a démontré que l’apport en protéines, en calcium, en fer et en vitamine C des cultures maraîchères a considérablement baissé depuis 1950. Selon les résultats de ces études, cette diminution s’expliquerait par les variétés de fruits et légumes que nous choisissons de cultiver.
Le mathématicien et une poignée d’autres scientifiques en sont venus à penser que l’atmosphère elle-même pourrait modifier la nourriture que nous consommons. Le dioxyde de carbone est essentiel aux plantes, tout comme l’oxygène l’est aux humains. Si les débats sur le climat sont parfois remis en question, une chose est certaine : le niveau de CO₂ dans l’atmosphère augmente.
Avant la révolution industrielle, la teneur en dioxyde de carbone dans l’atmosphère était de 280 ppmv (partie par million en volume). En 2016, ce chiffre s’élève à plus de 400 ppmv et devrait atteindre 550 ppmv d’ici 50 ans, soit deux fois plus qu’à l’époque des premiers tracteurs en Amérique.
Il y a deux manières d’aborder ce problème. Soit on se concentre sur la perte des nutriments, soit sur la croissance des plantes. C’est sur ce deuxième aspect que certains politiciens s’appuient pour minimiser les effets du changement climatique.
Lamar Smith, un républicain américain qui préside le House Committee on Science, Space, and Technology (Comité de la Chambre des communes sur les sciences, l’espace et la technologie) a décrété que l’augmentation du niveau de CO₂ serait une bonne chose pour les plantes, et par conséquent une bonne chose pour nous.
« Une plus grande teneur en dioxyde de carbone contribuerait à la photosynthèse et ainsi à la croissance des plantes », a-t-il soutenu. « Cela augmente la quantité d’aliments et améliore leur qualité ».
Mais l’expérience sur les zooplanctons tend à montrer que quantité et qualité ne vont peut-être pas de pair. Ce serait même l’inverse. Selon les connaissances actuelles en la matière, les scientifiques peuvent affirmer ceci : l’augmentation du CO₂ accélère la photosynthèse, ce processus qui permet aux plantes de transformer la lumière du soleil en matière organique.
Cette réaction biochimique permet aux plantes de pousser mais leur fait aussi accumuler plus de glucides, tels que le glucose, au détriment d’autres éléments nutritifs dont nous dépendons, notamment les protéines, le fer et le zinc.
En 2002, Irakli Loladze, alors chercheur postdoctoral à l’Université de Princeton, publie un article de recherche novateur dans la très sérieuse revue Trends in Ecology and Evolution, dans lequel il soutient que l’augmentation du CO₂ et l’alimentation humaine sont inextricablement liées via un changement global dans la qualité des plantes.
Dans cet article, il se plaint également du manque de données : parmi les milliers de publications qu’il consulte sur les plantes et sur l’augmentation du CO₂, une seule se concentre sur les effets sur le riz, une culture consommée par des milliards d’individus (cet article, publié en 1997, révèle une baisse en zinc et fer).
Loladze a été le premier à faire le rapprochement entre le CO₂, la qualité des plantes et l’alimentation humaine. Mais il soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Pour lui, il existe des lacunes importantes dans la recherche. Et une partie du problème viendrait de là. Si ces changements nutritionnels se produisent en amont et en aval de la chaîne alimentaire, il serait important de mesurer et de comprendre ce phénomène.
Irakli Loladze pouvait faire les calculs mais le jeune académicien était déjà pris par le lancement de sa carrière et, quoi qu’il en soit, le département des mathématiques ne voyait pas beaucoup d’intérêt à tenter de résoudre des problèmes d’agriculture et de santé humaine. Il eut beaucoup de peine à obtenir les fonds qui lui permirent de recueillir de nouvelles données.
Parallèlement, il continua à rassembler les résultats de chercheurs partout dans le monde. Il accepta un poste de professeur adjoint à l’Université de Nebraska-Lincoln, une des meilleures universités pour la science agronomique. C’était encourageant, mais Loladze n’était toujours que professeur de mathématiques.
« J’ai essuyé les refus pendant des années. C’était très frustrant. Je crois que les gens ne réalisent pas à quel point ce sujet est important »
Il fut cependant autorisé à continuer ses recherches tant qu’il trouvait des financements. Ce ne fut pas une tâche facile. Les organismes de subvention en biologie trouvaient que son domaine de recherche contenait trop de maths et les organismes de subvention en maths trouvaient qu’il y avait trop de biologie. « J’ai essuyé les refus pendant des années. C’était très frustrant. Je crois que les gens ne réalisent pas à quel point ce sujet est important », confie-t-il.
Malheureusement, ce problème dépasse les secteurs des mathématiques et de la biologie. Peu de gens savent que les principales cultures sont de moins en moins nutritives en raison de la hausse du CO₂. Que ce soit dans les domaines de l’agriculture, de la santé publique ou de la nutrition, personne ne parle des effets du CO₂ sur les plantes. Absolument personne.

Lorsque nous avons contacté les plus grands experts en nutrition pour avoir leur avis sur le nombre croissant d’articles publiés à ce sujet, ils étaient presque tous surpris et ont demandé à les consulter. Un éminent nutritionniste à l’Université Johns Hopkins a admis ne jamais en avoir entendu parlé mais il s’est tout de suite intéressé au sujet.
Il nous a mis en contact avec l’une de ses consœurs, elle aussi experte en nutrition. Pour elle aussi, ce fut une découverte. The Academy of Nutrition and Dietetics, une association d’experts en nutrition aux États-Unis, nous a mis en contact avec Robin Foroutan, une nutritionniste en médecine intégrative. Elle n’avait jamais entendu parler de ces articles.
Nous lui en avons envoyé quelques-uns et elle nous a répondu par mail : « Ce sujet est très intéressant et vous avez raison, peu de gens ont conscience de ce problème ». Elle a demandé à en lire davantage. Elle était particulièrement intéressée par les conséquences que pouvait avoir une faible augmentation du glucide sur la santé humaine.
« Pour le moment, nous ignorons purement et simplement ce que cela peut provoquer ». Mais elle rappelle que la consommation accrue en amidon et en glucide entraîne une augmentation des maladies nutritionnelles, telles que l’obésité ou le diabète. « À quel niveau de l’augmentation l’impact se fera-t-il ressentir ? Impossible à dire. »
Kristie Ebi, chercheuse à l’Université de Washington, étudie depuis 20 ans la relation entre le changement climatique et la santé humaine au niveau mondial. Elle est l’une des rares scientifiques aux États-Unis à s’intéresser aux conséquences potentiellement néfastes du CO₂ sur notre alimentation et elle ne manque pas d’alerter la communauté mondiale à chacune de ses interventions publiques.
« C’est un secret bien gardé », explique-t-elle avant d’ajouter : « Comment savoir si le pain que l’on achetait il y a 20 ans contenait plus de nutriments qu’aujourd’hui ? ».
Selon cette spécialiste, il a fallu beaucoup de temps pour établir le lien entre le CO₂ et notre alimentation. De la même manière, les scientifiques se sont longtemps désintéressés de la relation qu’il pouvait y avoir entre le climat et la santé humaine. « Ce que vous voyez, c’est avant le changement. » dit-elle.

Selon cette spécialiste, il a fallu beaucoup de temps pour établir le lien entre le CO₂ et notre alimentation. De la même manière, les scientifiques se sont longtemps désintéressés de la relation qu’il pouvait y avoir entre le climat et la santé humaine. « Ce que vous voyez, c’est avant le changement. » dit-elle.
L’article de Loladze a soulevé plusieurs grandes questions auxquelles il est difficile ― mais pas impossible ― de répondre. Quel rôle joue l’augmentation du CO₂ dans l’atmosphère sur le développement des plantes ? À quel point la diminution de la teneur nutritive est-elle liée à l’atmosphère ou à d’autres facteurs tels que l’élevage ?
Il est également difficile ― mais pas impossible ― de procéder à des expériences relatives aux effets du CO₂ sur les plantes à l’échelle des fermes. L’une des techniques des chercheurs consiste plus ou moins à transformer un champ en laboratoire d’observation.
Actuellement, le nom donné à la procédure de référence pour ce type de recherche est « FACE » (Free Air Carbon dioxide Enrichment) : les chercheurs mettent en place de grandes structures à ciel ouvert et envoient du CO₂ sur les plantes d’une zone définie. De petits capteurs relèvent les niveaux de CO₂.
Lorsqu’une trop grande quantité de CO₂ sort du périmètre défini, le dispositif insuffle un supplément pour maintenir des niveaux stables de CO₂ dans l’air. Les scientifiques peuvent ensuite comparer les plantes étudiées aux autres plantes poussant aux alentours dans un air normal.
Ces expériences et d’autres expériences de ce type ont prouvé aux scientifiques que les plantes subissent d’importants changements lorsqu’elles se développent dans un air comportant un niveau élevé de CO₂.
« le taux élevé de CO₂ entraîne une diminution conséquente de minéraux importants comme le calcium, le potassium, le zinc et le fer. »
Pour les plantes de la catégorie « C3 » ― catégorie qui comprend environ 95 % des espèces de plantes sur Terre, dont certaines que nous consommons, telles que le blé, le riz, l’orge et les pommes de terre ― on note que le taux élevé de CO₂ entraîne une diminution conséquente de minéraux importants comme le calcium, le potassium, le zinc et le fer.
Les données récoltées observent la réponse des plantes à différentes concentrations de CO₂ à l’échelle d’une vie et affichent une importante diminution de minéraux, de 8 % en moyenne. Dans les mêmes conditions, la teneur en protéines des cultures C3 chute également, parfois de façon non-négligeable, comme dans le cas du blé et du riz, dont la teneur en protéines chute respectivement de 6 et 8 %.
Plus tôt cet été, une équipe de chercheurs a publié une étude tentant d’évaluer quel type d’impact ces mutations pourraient avoir sur la population mondiale. Les plantes sont une source cruciale de protéines pour les habitants des pays en développement. Une estimation avance que 150 millions de personnes pourraient souffrir de carences en protéines d’ici 2050, en particulier dans des pays comme l’Inde ou le Bangladesh.
Les chercheurs ont observé que 138 millions de personnes seraient susceptibles de souffrir de carences en zinc ― élément essentiel pour la santé des femmes enceintes et des jeunes enfants. Ils estiment également que plus d’1 million de mères et 354 millions d’enfants vivent dans des pays où la teneur en fer alimentaire pourrait chuter considérablement, ce qui accentuerait le problème de l’anémie, déjà trop répandu.
Il n’y a pour l’instant aucune estimation concernant les État-Unis où, dans l’ensemble, la population bénéficie d’une alimentation variée sans carence en protéine. Mais certains chercheurs étudient l’augmentation de la proportion de sucre dans les plantes et forment l’hypothèse selon laquelle une mutation généralisée pourrait accroître les taux d’obésité et de maladies cardiovasculaires déjà alarmants.
Un autre important et nouvel effort de recherche sur le CO₂ et les plantes dans l’alimentation nous vient des États Unis, plus précisément du Département de l’Agriculture US. Grâce à de nouvelles études menées sur le sujet de l’alimentation, Lewis Ziska, physiologiste des plantes au siège de l’Agricultural Research Service à Beltsville dans le Maryland, tente d’approfondir certaines des problématiques soulevées par Loladze 15 ans plus tôt.
Ziska a élaboré une expérience permettant de mettre de côté le facteur de complications causées par la culture sélective des plantes : Il décida de se pencher sur l’alimentation des abeilles, vulnérables et menacées par l’extinction de masse.
Ziska a élaboré une expérience permettant de mettre de côté le facteur de complications causées par la culture sélective des plantes : Il décida de se pencher sur l’alimentation des abeilles, précieuses à la biodiversité et vulnérables, grandes menacées par l’extinction de masse.

Le solidago (Verge d’or ou solidage), une fleur des champs souvent considérée comme une mauvaise herbe, est extrêmement important pour les abeilles. Ses fleurs apparaissent tardivement et son pollen est une source importante de protéines pour les abeilles à la veille de l’hiver.
Étant une espèce sauvage qui n’est pas exploitée par les humains, il a subi moins de mutations que le maïs ou le froment. La Smithsonian Institution conserve depuis 1842 des échantillons de solidage, entreposés aux archives, ce qui a donné à Ziska et ses collègues l’occasion d’observer la mutation d’une plante sur une très longue durée.
L’observation a révélé que la teneur en protéines du pollen de la solidage avait diminué d’un tiers depuis la Révolution industrielle — cette diminution suit de près l’augmentation en CO₂. Des scientifiques tentent de déterminer ce qui pouvait provoquer la disparition progressive des abeilles, disparition qui présente une menace pour de nombreuses cultures dont la pollinisation dépend des abeilles.
L’étude de Ziska formule l’hypothèse selon laquelle une diminution de la teneur en protéines avant l’hiver rendrait les abeilles plus vulnérables aux autres facteurs de stress.
L’inquiétude de Ziska réside en ce que nous ne semblons pas mesurer l’importance qu’il y a à étudier en profondeur les impacts du CO₂ sur les plantes, en sachant que la réorganisation des cultures ne se fait pas en un jour.
« Actuellement, il peut se passer 15 à 20 ans avant que les résultats de recherche soient mis en application sur le terrain. »
« Nous utilisons les techniques traditionnelles de l’agriculture, telles que la culture sélective, pour compenser le fait que nous tardons à intervenir », déclare-t-il. « Actuellement, il peut se passer 15 à 20 ans avant que les résultats de recherche soient mis en application sur le terrain. »
Comme Loladze et ses collègues ont pu le découvrir, s’attaquer à de nouvelles questions qui dépassent les domaines scientifiques, dans une perspective internationale, peut être une entreprise difficile. De nombreux physiologistes des plantes étudient les cultures, mais la majorité d’entre eux se consacrent au suivi de données telles que le rendement ou la résistance aux nuisibles — deux domaines qui n’ont aucun lien avec l’alimentation.
D’après les observations de Loladze, les recherches sur l’alimentation n’ont pas l’air d’être une priorité dans le secteur des mathématiques. Il faut noter que l’étude d’êtres vivants est une opération longue et coûteuse. Un processus qui nécessite plusieurs années et d’importantes sommes d’argent pour générer des données en quantité suffisante pour en tirer des conclusions.
Malgré ces obstacles, les chercheurs s’intéressent de plus en plus à ces questions, et cela signifie que nous pourrions obtenir certaines réponses claires dans les années à venir. Ziska et Loladze — aujourd’hui professeur de mathématiques au Bryan College of Health Sciences à Lincoln, dans le Nebraska — travaillent avec des chercheurs en Chine, au Japon, en Australie, ou ailleurs aux États-Unis, sur une étude de grande ampleur.
Cette dernière vise à observer l’augmentation du niveau de CO₂ et le profil nutritionnel du riz, l’un des aliments de base de l’alimentation humaine. L’étude portera également sur les vitamines, un composant nutritionnel important qui, à ce jour, n’a pas fait l’objet de recherches approfondies.
Des chercheurs du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) ont retrouvé des variétés de riz, de blé et de soja que l’USDA conservait depuis les années 1950 et 1960, et les ont plantées à travers le pays, sur des parcelles utilisées par d’autres chercheurs pour planter les mêmes cultivars plusieurs décennies auparavant, dans le but d’observer l’impact de l’augmentation actuelle du CO₂.
Ziska fait partie d’une petite équipe de chercheurs qui tentent actuellement de mesurer ces mutations et de déterminer leur impact pour l’être humain. Samuel Myers est une autre figure-clé de l’étude de cette jonction. Ce médecin, devenu climatologue à l’Université d’Harvard, dirige maintenant la Planetary Health Alliance qui tente de mettre en évidence les liens entre la climatologie et la santé humaine.
La même année―en fait, le même jour―Loladze, alors professeur de mathématiques à la Catholic University de Daegu, en Corée du Sud, publiait sa propre étude, résultat de plus de 15 ans de collecte de données sur ce même sujet. Il s’agissait de l’étude la plus conséquente consacrée à l’augmentation du CO₂ et à son impact sur la teneur nutritive des plantes. Loladze aime à décrire la science des plantes comme « bruyante », un terme qui évoque une masse de données complexes au travers de laquelle il peut s’avérer difficile de repérer ce que l’on recherche. Son nouvel ensemble de données est finalement devenu assez grand pour que Loladze puisse trouver ce qu’il cherchait, pour détecter « la variable cachée », comme il l’appelle.
Loladze a découvert que sa théorie de 2002 — ou plutôt, les gros doutes qu’il avait formulés à l’époque — pouvait se vérifier. Pour presque 130 variétés de plantes et plus de 15 000 échantillons provenant d’expériences faites durant ces trente dernières années, la concentration globale en minéraux tels que le calcium, le potassium, le zinc, ou le fer, avait chuté de 8 % en moyenne. Le rapport glucides-minéraux augmentait.
Les plantes se transformaient en « junk food » : le résultat de plusieurs décennies d’évolution de l’agriculture — surtout intensive — à une échelle systémique globale délétère.
L’impact sur les humains — dont les plantes sont la principale source d’alimentation — commence à peine à être étudié. Les chercheurs prêts à plonger dans ce sujet devront surmonter un certain nombre d’obstacles, comme sa faible popularité, son évolution lente, et un contexte politique dans lequel le mot « climat » suffit à faire dérailler n’importe quelle demande de financements.
Il faudra édifier de nouveaux ponts entre les domaines scientifiques, une problématique que Loladze lui-même reconnaît, avoir rencontré dans ses recherches. À la publication de son étude, Loladze n’a pas oublié de citer dans les remerciements les subventions qui lui ont été refusées…
– Helena Bottemiller Evich
[« Nous n’en sommes qu’aux balbutiements », déclarait Ziska en 2017.
Aujourd’hui les méta-analyses les plus récentes, confirment la dilution nutritionnelle (protéines en diminution de -6 à -8 % et -10 % de zinc dans le riz et le blé), mais les financements FACE stagnent face à l’urgence. Les politiques vantent toujours le « CO₂ fertilisant » invisibilisant la malnutrition de 150 millions de personnes. L’effet « junk food » climatique reste réel, étudié… et toujours sous-estimé.]
*Helena Bottemiller Evich est une journaliste spécialiste de l’alimentation et de l’agriculture pour POLITICO Pro. – Article original : politico.com – Traduction : Carole Roudot-Gonin, Laura Clabé et Gwen Tallec.
Source photo de couverture : scientifique en labo – Unsplash
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Simon Verdiere
Huile la plus utilisée au monde dans l’alimentation humaine, l’huile de palme n’en finit pas de faire parler d’elle. Très souvent décriée pour les problèmes écologiques qu’elle suscite, notamment au niveau de la déforestation, elle représente également un enjeu sanitaire et social. Pourtant, des alternatives existent. Poule aux œufs d’or pour l’industrie, l’huile de palme […]
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Poule aux œufs d’or pour l’industrie, l’huile de palme engendre toutefois beaucoup de débats. Elle est un symbole de l’alimentation ultra transformée mondialisée et génère des milliards pour l’industrie au prix de la biodiversité et des droits humains. S’il existe des possibilités locales plus respectueuses, l’usage de cette huile questionne nos habitudes de consommation, nos modes de vie et appelle à une décroissance choisie.
Originaire d’Afrique de l’Ouest, le palmier à huile a été exporté en Asie du Sud-Est dès les années 60. Et c’est d’ailleurs dans cette zone géographique, en particulier en Indonésie et en Malaisie, que se concentre l’essentiel de la production mondiale. 85 % de celle-ci est en effet basée dans ces deux pays.
Problème, à l’endroit où se situent aujourd’hui ces immenses monocultures, se trouvaient autrefois de vastes forêts tropicales ainsi que d’importantes tourbières. Or pour faire place nette, les industriels n’y sont pas allés par quatre chemins ; les arbres ont alors été rasés au bulldozer ou pire encore, brûlés pour gagner du temps et de l’argent. Quant aux tourbières, elles ont tout simplement été drainées pour être asséchées, ce qui a davantage favorisé les incendies. Et ce type de procédé se poursuit toujours aujourd’hui, à mesure que l’expansion de cette culture prolifère.
Or, procéder de cette manière n’est pas sans conséquence pour la planète et ses habitant·es. Il s’agit d’abord d’une immense production de gaz à effet de serre : en premier lieu par la destruction des arbres – réservoirs de carbone – mais aussi par les conséquences du feu qui dégage évidemment une quantité colossale de dioxyde de carbone.
Même si l’huile de palme n’est pas la seule responsable, il est tout de même intéressant de noter qu’elle a grandement participé à faire de l’Indonésie le cinquième pays le plus émetteur de CO² au monde entre 1850 et 2021. Enfin, le transport de l’huile de palme à travers la planète contribue également à ce problème.
Mais ce n’est pas le seul désastre engendré par cette déforestation. En effet, la première victime est probablement la biodiversité locale. En rasant leur habitat, les industriels mettent en péril de grands mammifères dont le cas le plus connu est sans doute celui de l’orang-outan aujourd’hui en voie d’extinction, en grande partie à cause de ce phénomène. Entre 2005 et 2021, Bornéo en a ainsi perdu pas moins de 150 000 spécimens.
Mais ce n’est pas la seule espèce en danger car toutes sortes de plantes, d’animaux et d’insectes ont vu leur population largement décliner. Au total, pas moins de 193 espèces déjà considérées comme menacées seraient affectées.
Les brûlis et les coupes rases des forêts sont déjà extrêmement nocifs pour la fertilité des sols et la vie qui s’y trouve. Mais l’emploi abondant de pesticides et d’engrais chimiques, dont certains peuvent être très dangereux, comme le Paraquat (interdit depuis 2007 dans l’UE), ne fait qu’aggraver la situation.
En plus de nuire à la faune indigène, ces intrants chimiques polluent également les sols, l’air et les nappes phréatiques, ce qui impacte nécessairement les populations concernées et affaiblit durablement les écosystèmes locaux.
Le fait d’avoir massivement opté pour la monoculture pour planter les palmiers est aussi un poison considérable pour les régions intéressées. En effet, un écosystème naturel est composé de dizaines de végétaux différents qui fonctionnent en symbiose avec les espèces animales en surface et en dessous. À l’inverse, les monocultures appauvrissent la terre et la biodiversité, et favorisent les maladies et les incendies.
Pour redorer leur blason concernant leur usage de l’huile de palme, certaines entreprises se sont adossées à des labels comme la certification RSPO qui promettent une culture durable et respectueuse de la planète. C’est le cas du géant italien Ferrero qui a récemment déclenché à nouveau les débats avec le lancement d’un « nutella végane ».
Pourtant, ce type de label a été largement décrié puisqu’il ne permet absolument pas d’assurer que la production actuelle est réalisée dans des conditions décentes pour l’environnement. RSPO n’interdit par exemple pas la déforestation, ni les brûlis, ni les pesticides les plus dangereux. Dans les faits, la traçabilité de l’huile de palme est aujourd’hui très compliquée à établir, y compris avec des labels.
Enfin, l’huile de palme n’est pas seulement un problème environnemental au niveau mondial. Sur place, les populations sont aussi particulièrement touchées, surtout les salarié·es directement concernés. Ainsi, Amnesty International dénonce dans un rapport la situation déplorable des ouvrier·ères des grandes firmes de cette industrie.
Les employé·es – qui peuvent être aussi des enfants – subissent même du travail forcé, sous peine de se voir sanctionné·es. Dans les exploitations, on doit effectuer des journées interminables et harassantes pour des salaires de misère tombant parfois jusqu’à 2,50 dollars par jour.
Cet emploi, qui exige souvent de grimper à plus de vingt mètres de hauteur, expose les ouvrier·ères à de graves dangers pour la santé : risque physique, exposition aux pesticides et inhalation des fumées toxiques des brûlis.
Pire, ce ne sont pas seulement les travailleur·euses qui sont touchés par cette pollution, mais également les autochtones, proches des sites. Les grandes exploitations industrielles ont d’ailleurs aussi des conséquences sur la vie locale puisqu’elles dépossèdent de leurs terres les petites fermes et détruisent le tissu social en accaparant tout.
« Et même si l’huile de palme n’est intrinsèquement pas plus nocive qu’une autre pour la santé, son abus peut tout de même conduire à des problèmes cardio-vasculaires. »
Enfin, en bout de course, les consommateur·ices finissent par ingérer ces résidus de substances toxiques, y compris ceux interdits en Europe. Et même si l’huile de palme n’est intrinsèquement pas plus nocive qu’une autre pour la santé, son abus peut tout de même conduire à des problèmes cardio-vasculaires. De fait, c’est surtout son association répétée aux produits transformés et à l’alimentation industrielle en général qui lui vaut une aussi mauvaise réputation.
Si malgré tous ces problèmes majeurs les industriels continuent de fabriquer de l’huile de palme de manière croissante, c’est encore une fois une histoire d’argent. Ce marché représentait en effet à lui seul 67 milliards d’euros dans le monde en 2023. Et d’ici dix ans, si rien n’est fait, il pourrait bien dépasser les 100 milliards.
Il faut dire que les palmiers produisent beaucoup sur peu de surface. En ajoutant à cela le fait que la main d’œuvre des pays où elle est réalisée coûte extrêmement peu cher, on comprend pourquoi elle est définitivement la favorite des géants de l’agroalimentaire.
D’autant que son huile résiste aux hautes températures, rancit peu et reste solide à température ambiante. Pas étonnant qu’elle équipe 50% des produits d’un supermarché occidental – des biscuits aux pâtes, en passant par certains carburants.
Interdire totalement l’huile de palme serait contre-productif. Dans les zones tropicales propices, cultivée à petite échelle par des structures locales pour leur subsistance – sans déforestation massive – elle reste viable.
Importer cette huile en France tempérée l’est tout autant, sauf rares micro-exploitations d’outre-mer à usage local. Transporter ce produit sur des dizaines de milliers de kilomètres est un non-sens et aggrave la crise climatique.
Enfin, dépendre de quelques États producteurs expose aux crises : la guerre en Ukraine avait ravagé les rayons des supermarchés français d’huile de tournesol, rappelant l’impératif d’autonomie alimentaire.
L’hexagone, ou tout au moins l’Union européenne, a pourtant toutes les cartes en main pour cultiver sur son sol bon nombre de plantes capables de remplacer cette huile dans nos assiettes : tournesol, soja, pépin de raisin, colza, lin, olive, etc.
Pour autant, il est tout de même juste de rappeler que l’huile de palme dispose d’un avantage certain sur ses concurrents ; celui de réclamer beaucoup moins d’hectares d’exploitation. Or, si la France cessait de consommer de l’huile de palme, il faudrait, en l’état, augmenter les surfaces de production d’autres végétaux.
Pour éviter cette conséquence fâcheuse, la clef serait donc tout simplement de réduire notre dépendance à l’huile en général, notamment en diminuant l’usage de nourriture transformée. De fait, dans ce secteur, comme pour la plupart des sujets environnementaux, la solution se trouve sans aucun doute dans la sobriété.
– Simon Verdière
Source photo de couverture : récoltant en Indonésie – Wikimedia Commons
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Mr Mondialisation
Depuis des années, Mr Mondialisation documente l’emprise du plastique sur nos sociétés, de l’explosion des microplastiques jusque dans nos cerveaux, à la contamination silencieuse des sols, des océans et de l’ensemble du vivant, en passant par la responsabilité écrasante des grands industriels de la pétrochimie. Le polyester, fibre reine de l’industrie textile contemporaine, s’inscrit pleinement […]
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Le polyester et ses dérivés ont peu à peu supplanté le coton, la laine, le lin et les autres fibres textiles naturelles — c’est-à-dire des fibres que l’on récolte directement sur des plantes ou des animaux — au profit de fibres synthétiques, fabriquées industriellement à partir de ressources fossiles. D’abord adoptés pour des raisons économiques, puis pour certaines propriétés techniques comme la durabilité ou l’imperméabilité, ces matériaux représentent aujourd’hui, avec les autres fibres synthétiques, près de 60,1 % de la consommation textile mondiale.
Pourtant, le contact direct du plastique – que ce soit avec les aliments, la peau, les muqueuses, en les portant ou en vivant et travaillant dans des intérieurs recouverts de plastique – s’avère un danger largement sous-estimé, pour le vivant dans son ensemble, comme le prouvent les études scientifiques récentes qui en dénonce les multiples risques : allergies, perturbations hormonales, toxicité des additifs, et même impact sur la fertilité.
Les produits dérivés du pétrole, comme le polyester, le nylon, l’élasthanne, ou encore l’acrylique, sont extrêmement nocifs pour le vivant, et se retrouvent, par la production et l’utilisation que nous en faisons, en quantité astronomique partout : en Antarctique, dans les placentas, le lait maternel, les poêles, les emballages alimentaires, nos cerveaux et même la pluie.
Ces particules, une fois dans l’environnement, reviennent dans la chaîne alimentaire et peuvent être absorbées par la peau ou ingérées, posant un risque sanitaire supplémentaire à long terme, comme la pollution, on ne peut plus avérée, des océans.

Selon Ifremer, 80 % des déchets dans les mers et les océans sont des plastiques. Mais la pollution aux microplastiques et nanoplastiques bien qu’établie, reste encore mal connue. Les macrodéchets, repérables à l’œil nu, ne représentent que 10 % du nombre des morceaux de plastique en mer. La grande majorité de cette pollution plastique reste invisible puisqu’elle est constituée de morceaux de moins de 5 millimètres de diamètre. Les microplastiques représentent 90 % du nombre de plastiques : ce sont 24 000 milliards qui flottent à la surface des océans.
Parmi ces microplastiques, les microplastiques primaires sont directement libérés dans l’environnement sous forme de petites particules. Ils proviennent notamment des fibres textiles relâchées lors du lavage en machine, des granulés ou microbilles plastiques, des fibres issues des filets de pêche, ou encore de fragments provenant de l’usure des pneus. Selon une étude publiée en septembre 2025 sur la revue scientifique ScienceDirect :
« Plus de 700 000 microfibres seraient ainsi produites lors d’une machine de 6 kg »
Sur les 102 tortues marines examinées dans une étude internationale en 2018, toutes étaient contaminées par du plastique, avec plus de 800 particules retrouvées dans certains individus. Cette quantité ne concernait qu’une partie de leur système digestif, ce qui laisse penser que la quantité totale pourrait être jusqu’à 20 fois supérieure.
Il en est de même pour les amphipodes des abysses. Ces petits crustacés vivant dans les fosses océaniques profondes (jusqu’à près de 6 500 mètres) présentent des taux de contamination record : dans la fosse des Mariannes, 100 % des amphipodes étudiés avaient du plastique dans leur intestin postérieur, surtout du PET (polyester).

Pour les oiseaux marins, c’est la même chose : plus d’un quart des décès d’oiseaux de mer sont liés à l’ingestion de plastique, et la quasi-totalité des espèces (albatros, mouettes, manchots, etc.) sont touchées. Les oiseaux peuvent accumuler de nombreux fragments dans leur estomac, ce qui cause obstructions, malnutrition et mortalité.
Les baleines, dauphins, lions de mer et phoques ingèrent également de grandes quantités de plastique sous toutes ses formes, parfois sous forme de gros débris qui provoquent des blessures internes ou la mort. Les poissons marins, notamment ceux vivant près des estuaires, sont aussi fortement contaminés (jusqu’à 86 % pour certaines espèces comme le merlu européen), selon une étude menée par l’Université autonome de Barcelone dans le cadre du projet de recherche I plastic qui analyse la présence de ces particules dans les rivières et les estuaires.
Commençons par l’eau potable, qui peut également devenir une bombe de plastique, selon un article du CNRS, révélant que la majorité des microplastiques présents dans l’eau potable échappent aux détections actuelles en raison de leur petite taille (< 20 µm). Qu’elle soit en bouteille en plastique, ou non, l’eau est polluée, en somme – sans parler des scandales Nestlé en cours pour ses eaux contaminées vendues à prix d’or.
Concernant les vêtements et les intérieurs en plastique, le contact du polyester ou de toute autre matière plastique avec la peau provoque régulièrement des réactions allergiques et des irritations, surtout chez les personnes sensibles. Plusieurs études cliniques et observations dermatologiques le confirment : peu respirant, il favorise la transpiration et les frottements. Résultat : rougeurs, éruptions cutanées, démangeaisons, voire eczéma chez certains individus.
Le port de sous-vêtements en polyester augmente le risque de cystites et d’infections urinaires, car les fibres retiennent l’humidité et la chaleur, créant un environnement propice à la prolifération bactérienne. Même partiellement doublé de coton, le polyester peut libérer des microfibres qui contaminent les muqueuses et accroissent le risque d’infections, voire de syndrome du choc toxique. Le contact direct avec les muqueuses vaginales par exemple peut avoir de lourds effets, puisque les muqueuses, en général, absorbent davantage toute sorte de polluants que le reste du corps, mais les muqueuses vaginales sont encore plus perméables que les autres.
Mais surtout, selon l’ANSES, le polyester est systématiquement traité avec des colorants, agents de finition, anti-froissements, retardateurs de flamme, phtalates, etc, des substances sont loin d’être inoffensives : ce sont des perturbateurs endocriniens avérés. Ils peuvent migrer du tissu vers la peau, puis pénétrer dans l’organisme.
Cerise sur le gâteau de l’ultrapollution textile, une étude publiée en juin 2024 a montré que les PFAS présents dans de nombreux textiles synthétiques traversent facilement la barrière cutanée :
Selon les tests réalisés sur des modèles de peau humaine, jusqu’à 59 % de certaines molécules PFAS sont absorbées après 24 à 36 heures d’exposition.
Enfin, les microfibres de polyester, libérées lors du port ou du lavage, peuvent être absorbées par la peau ou inhalées. Elles servent de vecteurs à des substances toxiques, notamment le BPA, dont l’exposition est associée à des troubles du développement cérébral et de la prostate chez les enfants et les fœtus.
Le polyester et ses dérivés peuvent présenter des risques pour le système endocrinien, mais la dangerosité dépend principalement des substances chimiques ajoutées lors de la fabrication et de la finition des textiles, plutôt que du polymère de polyester lui-même. Plus précisément, le polyester pur, composé d’éthylène glycol et d’acide téréphtalique, n’est pas intrinsèquement classé comme perturbateur endocrinien.
Cependant, selon Santé.gouv, et comme évoqué, les textiles en polyester sont traités avec divers additifs chimiques, qui peuvent migrer du tissu vers la peau, notamment en cas de chaleur ou de transpiration, puis être absorbées par l’organisme. Les effets potentiels incluent des troubles de la fertilité, des anomalies du développement, des troubles hormonaux, et d’autres pathologies liées à une perturbation du système endocrinien.
Une étude sur des sujets exposés en continu à des vêtements en polyester a montré une azoospermie (absence de spermatozoïdes) après 140 jours. Le phénomène était réversible, mais souligne la capacité du polyester à perturber la spermatogenèse, probablement via son potentiel électrostatique élevé et la migration de substances chimiques.
Tout comme le polyester, les tissus synthétiques comme le polyamide, le nylon ou l’élasthanne incluent des perturbateurs endocriniens, des cancérigènes, des neurotoxiques et des mutagènes qui peuvent migrer dans l’air ou être en contact direct avec la peau. Tous ces effets délétères sont également sublimés par vos textiles d’intérieur, à savoir vos rideaux, vos canapés, tapis, coussins et oreillers, draps, matelas, etc… Donc, si vos enfants ont des peluches, ce sont également des réserves de polluants ultra-toxiques.
La toxicité des matelas pour enfants a été mise en exergue par deux études publiées par l’université de Toronto le 15 avril 2025 :
« les bébés et les jeunes enfants peuvent respirer et absorber des produits chimiques nocifs contenus dans les matelas lorsqu’ils dorment ».
Les bébés et les enfants sont encore plus susceptibles d’être exposé à ces polluants, à cause de leur peau plus perméable, le fait qu’ils mettent fréquemment leur main à la bouche et sont plus près des tissus et du sol, réceptacle de microplastiques et autres polluants en tout genre (comme les produits d’entretien synthétiques).
Pour réduire leur exposition, les chercheurs conseillent aux parents de réduire le nombre d’oreillers, de couvertures et de jouets. Ils recommandent aussi de laver régulièrement la literie et les vêtements, car ils agissent comme une barrière protectrice, ainsi que de favoriser les tissus non teints ou aux couleurs neutres. La conservation des couleurs vives nécessite l’ajout de filtres UV et autres additifs pouvant être nocifs. Couplé à la toxicité et des rejets des meubles, ainsi qu’aux produits d’entretien, il est très important d’aérer régulièrement.
La généralisation du polyester et des fibres synthétiques est la conséquence directe de stratégies industrielles et politiques. En privilégiant des matériaux issus de la pétrochimie, peu coûteux et hautement rentables, les industriels ont imposé un modèle textile fondé sur la surproduction, l’opacité et l’externalisation des coûts sanitaires et environnementaux. Le discours dominant, qui fait peser la responsabilité sur les consommateurs, occulte le rôle central des grands groupes de la fast fashion et de la pétrochimie dans l’organisation de cette dépendance au plastique.
Présenté comme une solution « écologique » par le biais du recyclage, le polyester recyclé demeure aussi une source majeure de microplastiques et de substances toxiques. Réduire réellement l’impact du textile implique un changement structurel : encadrer strictement la production de fibres synthétiques, imposer la transparence sur les substances chimiques utilisées, et mettre fin aux fausses solutions industrielles. Tant que les industriels ne seront pas tenus pleinement responsables des dommages qu’ils causent aux écosystèmes et à la santé humaine, le polyester restera l’un des symboles les plus visibles d’une économie qui sacrifie le vivant à la rentabilité.
– Maureen Damman
Photo de couverture de EqualStock sur Unsplash
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Mr Mondialisation
Sanctuaire antispéciste, le Little Phoenix Sanctuary accueille une centaine d’animaux sur 10 hectares de terrain, en Charente. Une oasis de paix pour d’anciens animaux d’élevage, tenue par William Lenoir, également créateur de l’association L-PEA. Rencontre avec un militant de la cause animale. Fondée en 2011, l’association L-PEA (Lumière sur les Pratiques d’Élevage et d’Abattage) a […]
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Fondée en 2011, l’association L-PEA (Lumière sur les Pratiques d’Élevage et d’Abattage) a vu le jour dans le département de la Creuse, avant de s’installer définitivement en Charente. William Lenoir, son fondateur, milite depuis l’adolescence en faveur des droits animaux et humains.
Cet amour d’enfance pour les animaux l’a d’abord mené à cofonder un sanctuaire pour les primates en Inde, puis à ancrer son action dans sa vie quotidienne, de retour en France. Aujourd’hui, il s’occupe à temps plein d’une centaine d’animaux. Son refuge, Little Phoenix Sanctuary, accueille, protège et défend des animaux d’élevage ou victimes de maltraitance. Le résultat d’années de combat et de militantisme en faveur des animaux victimes de l’exploitation humaine.

William Lenoir : « Je suis le président et fondateur de l’association L-PEA. Le combat a débuté en 2011 avec une campagne contre un abattoir situé à Guéret, en Creuse. Il s’agissait du premier abattoir européen sans étourdissement. Un combat qui a reçu énormément de soutien à l’époque, et que nous avons fini par gagner en 2014. Je l’avais commencé seul, et cela s’est fini en larges manifestations…
J’ai alors eu la preuve qu’il existait un potentiel de travail sur les animaux de ferme. Pendant un an, je me suis interrogé sur l’angle à choisir. Abolitionniste (ndlr : pour l’abolition totale de l’exploitation animale) ou welfariste (ndlr : pour une amélioration de leurs conditions de vie) ? J’ai d’abord dû faire des compromis, via le welfarisme, pour que notre discours soit acceptable. Mais je vivais mal ce que je disais, je trouvais cela contradictoire… De fait, avec le temps, L-PEA est devenue abolitionniste car c’était la seule posture cohérente pour moi. Elle synthétise tous mes combats contre la maltraitance animale : chasse, cirque, foie gras, etc.

Je tiens à préciser que, personnellement, je lutte pour cette cause car elle représente une injustice flagrante. Je ne fais pas ça par excès d’empathie pour les animaux, ou parce que cela me touche plus que la souffrance humaine. Les deux vont de pair, nous ne pouvons pas les faire s’entrechoquer. L’antispécisme, par définition, prend en compte les deux car nous ne voulons hiérarchiser aucune espèce. »
« Que ce soit côté humain ou animal, il y a de l’injustice, de la douleur et de la souffrance. Elles doivent toutes être combattues. »
William Lenoir : « Je me suis très tôt posé la question de savoir ce que je voulais faire de ma vie. Des questionnements qui m’ont mené jusqu’en Inde, ou qui m’ont poussé, adolescent, à lutter pour les droits des populations humaines indigènes. En parallèle, j’ai vite commencé à recueillir des animaux. Finalement, j’ai choisi cette cause car c’est là que je pouvais avoir le plus d’impact. J’ai une meilleure aptitude au contact animal qu’au contact humain, je savais donc où et comment je pourrais réellement aider. »
« Si l’image populaire des sanctuaires est souvent idyllique, la réalité, c’est plutôt quelqu’un d’épuisé avec de la boue jusqu’aux oreilles ! »
William Lenoir : « C’est un travail difficile ! Mes journées se répartissent entre les clôtures, les soins, le nourrissage, les abris… Mais je suis seul et le corps commence à ne plus suivre. Malheureusement, le système de bénévolat n’est pas assez fiable, car il faut bien connaître les animaux pour les soigner. Si l’image populaire des sanctuaires est souvent idyllique, la réalité, c’est plutôt quelqu’un d’épuisé avec de la boue jusqu’aux oreilles !

Le quotidien de base est tenable, mais quand à cela s’ajoute des épidémies, des maladies, ou des intrusions de chasseurs sur le terrain… Alors je n’ai même plus le temps de manger. De plus, je crée un journal chaque mois pour donner des informations aux donateurs et parrains sur les animaux. Très peu de gens se rendent compte de l’investissement réel. Parfois, cela me blesse. Je ne demande évidemment pas de médaille, mais juste la reconnaissance d’un travail assez éreintant. Auquel s’ajoutent les morts, agonies et accidents, que l’on porte sur la conscience quoi qu’il arrive.
L’épuisement m’a contraint à céder mes bovins à la Fondation Brigitte Bardot, car il m’était devenu trop difficile de m’en occuper… « Sombrer dans le chaos ou rebondir avec méthode », voilà ce que je me suis dit à l’époque. De fait, il m’a fallu trouver des solutions pour ne pas couler. »
William Lenoir : « Un mélange des deux. D’abord, il y a la question des fonds. Nous avons réalisé une collecte l’an dernier qui a bien marché. Cela nous permet de rémunérer des pet-sitters à l’heure, mais impossible d’embaucher en contrat régulier. Et personnellement, je vis une phobie sociale qui fait que je n’arrive pas à travailler avec quelqu’un à côté de moi. J’ai donc deux problèmes à résoudre : sécuriser mon budget, et régler un problème d’espace pour accueillir les bonnes volontés. »
William Lenoir : « Des quatre coins de la France. Ils sont souvent sauvés d’abattoirs, mais également de maltraitance ou d’abandon. Parfois, nous sommes directement contactés par les éleveurs. Le sanctuaire est un asile pour des animaux oppressés par le système. Nous recevons des centaines de SOS, auxquels nous répondons quand c’est possible… Cela demande que les conditions soient réunies en termes d’espace, de temps, ou encore de soins nécessaires. Je privilégie la qualité sur la quantité. Actuellement, je ne récupère plus d’animaux.
« Le sanctuaire accueille une centaine d’animaux : chienS, chats, cochons, dindons, chèvres, moutons, oies, jars, poules, canards… »
Les dindons sont les plus abîmés. De par leurs conditions d’élevage et de modifications génétiques, ils n’ont aucune défense immunitaire. C’est vraiment terrible. Ils souffrent de toutes les bactéries possibles, les mêmes qui sont inoffensives pour les autres animaux. Nous les soignons du mieux que nous pouvons. Le sanctuaire a même été élu refuge où les dindons étaient les mieux soignés de France !…

Enfin, je prends soin des animaux sauvages qui passent sur mon terrain, des rongeurs aux escargots en passant par les hérissons. Mais aujourd’hui, je ne vois plus de hérissons, même morts. Nous assistons à leur disparition en direct… »
William Lenoir : « Non, malheureusement… Ce qui est dommage car l’association a un gros potentiel. Nous sommes bons sur le travail de communication, ou juridique. Mais les campagnes menées sont épuisantes, elles peuvent rester bloquées des années sur un sujet, pendant que dix autres apparaissent en parallèle… Je garde toutefois espoir. Lors du combat contre l’abattoir de Guéret, il n’y avait aucun militantisme sur le terrain quand je suis arrivé. Après cette bataille, des habitants du coin sont revenus me voir pour me dire qu’ils étaient devenus végétariens. Un mot que nous n’avions pourtant jamais évoqué.
« Le problème, si on n’aborde ces sujets que par le biais du drame, c’est que les gens s’habituent et passent à autre chose. »
Je veux revenir sur le terrain militant. Cela fait partie d’un plus vaste projet qui inclut notamment des opérations artistiques. J’aimerais créer des événements pour faire passer le message autrement : théâtre, musique, expositions… L’objectif est de faire entrer les sujets de l’élevage et du spécisme dans l’esprit de chacun, mais sans que ce ne soit trop militant, ni dramatique. En effet, si on n’aborde ces sujets que par le biais du drame, le risque est que les gens s’habituent et passent à autre chose. Or il suffit de voir la famine dans certains pays d’Afrique : on y est tellement habitués qu’on n’y pense plus…
Enfin, j’aimerais également fonder un « think tank » sur la réflexion de la consommation de produits animaux. Y rassembler philosophes, psychologues, économistes… Le but serait de développer des théories réalistes et concrétisables, autour d’un réseau de collaboration voire de création collective. Mais tout cela demande temps et énergie ! »
William Lenoir : « Oui, je subis des intrusions à répétition – ce qui est le cas d’énormément de refuges… Récemment, des chiens de chasse sont entrés dans le bâtiment. Malheureusement, je n’avais rien pour filmer. Les chèvres étaient en panique, les cochons naviguaient au milieu des chiens… À se demander comment ils ont réussi à ne pas être blessés.
Nous avions également un sanglier qui venait régulièrement sur le terrain. Il s’est échappé de l’enclos et a été tué. Et dans ce cas-là, je peux rien dire… Mais c’est absolument épuisant, physiquement et mentalement. Et ça reste le quotidien de nos weekends, la moitié de l’année, quand on habite en milieu rural.
« Quand les chasseurs sont là, tout s’arrête, je ne peux plus travailler, et je risque de prendre une balle sur mon propre terrain ! »
Cette atteinte à mon travail et mon intégrité physique est insupportable. Cela nous tient en angoisse tout le weekend, même quand ils ne sont pas là. Mon terrain a beau être classé hors-chasse, notre pouvoir sur eux est ridicule. En cas de conflit, ils pourraient se venger sur un animal et je ne pourrais rien faire.

Alors à force, je me suis équipé. J’ai une caméra, et un pic électrique pour repousser les chiens – car oui, les chasseurs me poussent au point d’être prêt à faire du mal à des animaux pour protéger les miens ! Cette situation est aberrante dans un « pays des Droits de l’Homme ». Il faut nous rendre à l’évidence que personne ne devrait subir ça. Comment est-ce possible que des chasseurs se retrouvent à évoluer armés sur ma propriété ? Que diraient-ils si je venais jouer au volley dans leur jardin – juste ça, sans arme ?
Je ne peux m’empêcher de penser que cela pourrait très mal finir, et je ne parle pas forcément de moi. Heureusement, s’il tend à y avoir une omerta sur ce sujet, les lignes commencent à bouger. Les gens parlent, portent plainte, et les gendarmes écoutent – pour l’avoir vécu personnellement. »
William Lenoir : « Pierre Chart m’a sauvé la vie ! C’est lui qui m’a mis à la peinture. Depuis, je ne lâche plus mes pinceaux. Cela me permet de m’exprimer, rebondir, trouver de l’énergie… Pierre est un militant de la cause animale. Ses œuvres sont puissantes, fortes. Elles jettent la souffrance animale à la face du monde. C’est un écorché vif qui dénonce le sort subi par d’autres écorchés.

L’idée de créer une galerie d’art pour la cause animale me séduit. Cela permettrait de soutenir les sanctuaires. Car nos opérations artistiques fonctionnent bien et dégagent des fonds. Bientôt, nous allons recevoir des œuvres d’une peintresse vénicienne, Tatiana Furlan. Il y aura également le recueil de poésie Solastalgique de l’écrivaine végane et féministe Meryl Pinque. La moitié de son prix d’achat sera reversé au sanctuaire. »
William Lenoir : « La première chose qu’ils peuvent faire, c’est nous suivre, marquer leur approbation et partager nos informations sur les réseaux. Ensuite, nous avons évidemment besoin de ressources financières. La plus efficace reste le parrainage, via des dons mensuels : un apport régulier qui aide à se projeter, financer des soins ou des travaux.
Les dons matériels sont également possibles. En retour, j’envoie chaque mois un journal numérique avec des nouvelles des animaux. Quand le réseau artistique sera développé, nous pourrons donner davantage aux parrains, comme des prix sur les œuvres, des billets d’entrée pour des événements… Enfin, nous cherchons des gardiens sur des périodes données, pour surveiller le terrain en mon absence. J’offre alors de quoi habiter sur place. »

William Lenoir : « Oui, car une réflexion me revient souvent. Autour de moi, j’entends les gens écrire ou dire « Mais que fait le gouvernement ? » face à la souffrance animale et à l’élevage – intensif, surtout. Or, il n’y a rien à en attendre.
« On ne peut pas espérer manger de la viande pas chère sans entrer dans un système aussi délétère, pour tout le monde – hommes, animaux, environnement. »
On ne peut pas espérer manger de la viande pas chère sans entrer dans un système aussi délétère, pour tout le monde – humains, animaux, environnement. Le gouvernement est enfermé dans le lobbying, il ne résoudra jamais le problème. Alors oui, on peut se sentir impuissant. Et surtout, nous diluons notre responsabilité dans le collectif, ce qui aide à rester éteint alors que nous détenons les clés. La solution, c’est nous ! Nous avons tous une responsabilité individuelle. C’est elle qui, cumulée, peut tout renverser. »
– Entretien réalisé par Marie Waclaw
Photo de couverture : ©William Lenoir
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