19.04.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Kazakhstan : le retour des tigres, 70 ans après leur disparition Le Kazakhstan prépare la réintroduction de tigres sur leurs terres historiques grâce à un vaste programme mêlant reforestation, restauration des proies sauvages […]
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Le Kazakhstan prépare la réintroduction de tigres sur leurs terres historiques grâce à un vaste programme mêlant reforestation, restauration des proies sauvages et suivi des félins par satellite. Entre conservation spectaculaire et coexistence avec les habitants, le projet veut prouver qu’un grand prédateur peut retrouver sa place dans un écosystème reconstruit. (Marca)
Une ONG britannique développe des modules de jeux en bois, démontables et facilement transportables, pour offrir des espaces de joie et de reconstruction aux enfants vivant dans des camps de réfugiés, de l’Ukraine à l’Éthiopie. Au-delà du jeu, le projet mise aussi sur l’apprentissage collectif et la reconstruction symbolique dans des lieux marqués par l’exil. (The Guardian)
À Héricourt, le nouveau maire communiste Gilles Lazar a annoncé qu’il réduirait sa propre indemnité au niveau de celle de ses adjoints, soit 1 800 € mensuels de moins, pour reverser cette somme aux Restos du Cœur et au Magasin alimentaire social de la ville pendant tout son mandat. Le geste s’ajoutera aux subventions municipales existantes, avec en plus la promesse de nouveaux locaux mieux équipés pour ces structures. (20 Minutes)
La ville impose l’arrêt des robots tondeuses de 30 minutes avant le coucher du soleil jusqu’au lever du jour afin de protéger les hérissons, qui ne fuient pas face au danger et sont souvent grièvement blessés par les lames. La mesure vise aussi crapauds, lézards et autres petits animaux nocturnes, avec des amendes potentiellement élevées en cas d’infraction. (BR24)
En 2025, les énergies renouvelables ont atteint 49,4 % des capacités électriques mondiales, portées par un bond record du solaire (+511 GW), selon l’IRENA. Avec 692 GW supplémentaires en un an, le rythme actuel rapproche le monde de l’objectif de tripler les capacités d’ici 2030, tandis que la crise au Moyen-Orient rappelle la vulnérabilité persistante des énergies fossiles. (Reuters)
Un poussin de cacatoès palmiste, espèce menacée en Australie, a quitté avec succès un nid artificiel installé par des conservationnistes dans le nord du Queensland. Cette première, obtenue à peine un mois après l’installation, redonne de l’espoir à une espèce dont il resterait moins de 2 000 individus sauvages, menacée par la disparition des cavités naturelles dans les vieux arbres. (Mongabay)
L’Hespérie du barbon, un petit papillon non observé en France depuis 1984 et classé éteint en PACA, a été redécouvert sur une falaise littorale des Alpes-Maritimes. La présence d’une femelle, d’œufs et de chenilles confirme qu’il s’agit d’une population locale toujours vivante, relançant les espoirs de conservation sur la Côte d’Azur. (La Relève et la Peste)
Réunies autour de 350.org et de la Fight Inequality Alliance, plus de 130 organisations demandent une fin permanente des conflits au Moyen-Orient et une taxe exceptionnelle sur les superprofits du pétrole et du gaz, dopés par la flambée des prix liée à la guerre. L’objectif : financer aides d’urgence, services publics, renouvelables locales et allègement de la dette des pays du Sud, durement frappés par la hausse des coûts de l’énergie et des engrais. (Common Dreams)
La cagnotte solidaire « 1 euro contre les violences policières » a déjà dépassé 60 000 euros, permettant de soutenir six familles confrontées aux frais de justice, d’obsèques ou de suivi psychologique. Prolongée en avril, elle aidera une famille supplémentaire à chaque nouveau palier de 10 000 €. (Komune)
Cinq ans après l’interdiction du chalutage de fond au large du Sussex, les scientifiques observent un retour net de la biodiversité : hausse des daurades noires, bancs de moules sur plus d’un kilomètre et 92 espèces recensées en vidéo. La régénération progressive des forêts de kelp montre qu’une protection ciblée des fonds marins peut restaurer rapidement les habitats, avec à la clé protection côtière, nurseries pour les poissons et pêche plus durable. (BBC)
* Visuel de couverture : wikipédia
– Mauricette Baelen
The post Tigres, cacatoès et maire : les 10 bonnes nouvelles first appeared on Mr Mondialisation.18.04.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.Pérou : la gauche arrache le second tour grâce au vote rural Au Pérou, Roberto Sánchez (gauche) se hisse à la deuxième place avec 91 % des bulletins dépouillés et devrait affronter Keiko Fujimori en […]
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Au Pérou, Roberto Sánchez (gauche) se hisse à la deuxième place avec 91 % des bulletins dépouillés et devrait affronter Keiko Fujimori en juin. Longtemps dominé par les résultats de Lima favorables à López Aliaga, le dépouillement a basculé avec l’arrivée des votes des zones rurales andines, confirmant une nouvelle fois le poids décisif des campagnes. (France 24)
Au soir des législatives, Péter Magyar a célébré une victoire historique de son parti Tisza, revendiquant une majorité des deux tiers et la fin du “système Orbán” après seize ans de pouvoir. Dans un discours très symbolique, il promet un retour à l’État de droit, à l’Europe et à la reconstruction des institutions démocratiques. (444)
Meta a discrètement modifié ses règles pour permettre la suppression ou la mise en invisibilité de publications mentionnant “antifa” dès qu’elles sont associées à des formulations jugées menaçantes, parfois de manière très large. Cette évolution s’inscrit dans le rapprochement croissant du groupe avec l’agenda sécuritaire et politique de l’administration Trump. (The Intercept)
Au Sud-Liban, malgré le cessez-le-feu annoncé, les destructions israéliennes, les déplacements forcés et l’occupation de fait se poursuivent, empêchant des milliers d’habitants de regagner durablement leurs villages. À travers un récit familial, l’article montre aussi l’abandon ressenti face à un État libanais jugé incapable de protéger sa population et sa souveraineté. (Contretemps)
La métropole de Lyon expérimente sur un ruisseau des aménagements low-tech inspirés des barrages de castors afin de ralentir l’eau, restaurer l’humidité des sols et recréer des refuges pour la biodiversité. Peu coûteuse et participative, cette méthode pourrait offrir une alternative crédible aux lourdes infrastructures classiques de gestion de l’eau. (La Relève et la Peste)
Faute de raccordement électrique assez rapide, certains promoteurs de mégadata centers dédiés à l’IA envisagent de fonctionner directement au gaz, au prix d’émissions massives de CO₂ et d’un non-sens énergétique dénoncé jusque par GRDF. Derrière la ruée vers l’IA, l’article révèle comment la pression sur les réseaux pourrait relancer durablement les énergies fossiles, y compris en France. (Reporterre)
Avec le retour de Donald Trump, TotalEnergies a fortement accru son lobbying à Washington, dont 770 000 dollars versés à un cabinet ultra-connecté à la Maison Blanche pour sécuriser le financement de son mégaprojet gazier au Mozambique. L’affaire illustre à la fois l’alignement du groupe sur la stratégie gazière américaine et le prix politique d’un accès direct au pouvoir trumpiste. (Observatoire des multinationales)
Malgré plus de 700 000 signatures, la pétition contre la loi Yadan sur les “nouvelles formes d’antisémitisme” a été classée sans suite par la commission des lois, au motif que le texte sera débattu directement dans l’hémicycle. Ce rejet, dénoncé par la gauche comme un mépris démocratique, annonce des échanges particulièrement tendus à l’Assemblée. (LCP)
Trois ans après le début du conflit entre l’armée et les Forces de soutien rapide, le Soudan reste plongé dans une catastrophe humanitaire majeure, avec des millions de déplacés, des crimes de guerre documentés et des signes de génocide au Darfour. L’article pointe aussi le silence persistant de la communauté internationale malgré l’implication de puissances régionales et la circulation d’armes étrangères. (Afrique XXI)
En Russie, les nouvelles lois assimilant la “mouvance LGBT” à de l’extrémisme ont transformé le numérique en terrain de chasse, entre pièges sur les applis, chantage et dénonciations. La répression déborde désormais la sphère publique : proches, collègues ou familles utilisent aussi ces outils pour surveiller, menacer et faire taire les personnes queer. (taz)
* Visuel de couverture : unsplash
– Mauricette Baelen
The post Elections, Yadan et Meta : les 10 infos de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.17.04.2026 à 06:00
Elena Meilune
Coralie se bat depuis des années pour que son fils soit reconnu par la société. Aujourd’hui, il est en chambre d’isolement et sous contention dans un hôpital psychiatrique ardéchois, au détriment de sa santé physique et psychique. Une maltraitance institutionnelle qui touche des milliers de familles, maintenues dans l’invisibilité. Il y a des phrases qu’aucune […]
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Il y a des phrases qu’aucune mère ne devrait avoir à prononcer dans une société censée être protectrice. Celle-ci en fait partie : « Dans deux ans, mon fils sera mort si ça continue comme ça. ». Coralie cherche désespérément une solution pour que son fils Lucien, 22 ans, diagnostiqué avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA), puisse accéder à des soins médicaux éthiques et adaptés.
Depuis le début de l’année 2026, il a été hospitalisé à plusieurs reprises en psychiatrie de secteur en Ardèche, où les professionnels sont encore très peu formés à l’autisme.
Lucien n’a pas reçu de diagnostic précoce. Quand il est entré à l’école, Coralie a alerté sur ses difficultés. On l’a rassurée. Mais les problèmes ont pourtant persisté. Entre 4 et 7 ans, Lucien a été orienté vers un hôpital de jour en pédopsychiatrie de secteur. Il y est resté près de quatre ans, sans diagnostic, sans que sa mère sache vraiment ce qui s’y faisait.
Pendant ce temps, elle lisait. En anglais, en espagnol, tout ce qui n’existait pas encore en français sur l’autisme. C’est elle qui a compris, seule, qu’il était dysphonique et qu’il fallait changer de méthode pour lui apprendre à lire. Elle qui a identifié sa dyscalculie, sa dyspraxie. Elle qui a construit, bricolé, inventé.
Le mythe du « meilleur système de santé au monde » et la fable républicaine de l’école inclusive, elle y a cru. Puis elle a dû lire les textes de loi et « trouver les failles » juridiques pour que son fils ait simplement le droit d’aller au collège, d’avoir un accompagnement adapté. Chaque droit a dû être arraché.
En 2021, Lucien chute de cinq mètres. Réception sur les pieds. Nouveau parcours du combattant pour accéder aux soins :
« parce qu’il est autiste, et que quand vous êtes autiste, vous pouvez crever sur place, le système médical ne se sent pas concerné du tout. »
C’est un algologue du Centre de Ressources Autisme de Lyon qui finit par mettre en place un protocole médicamenteux contre la douleur chronique.
Depuis, Lucien vit avec cette douleur. D’après Coralie, elle n’a jamais été prise en compte à l’hôpital psychiatrique alors qu’elle est un facteur majeur de la souffrance psychique actuelle de son fils. En effet, c’est après cet accident que les meltdowns commencent – des crises d’une intensité croissante, de plus en plus fréquentes. De la détresse sensorielle et physique devenue insupportable dans un corps qui souffre et un système nerveux qui ne peut plus réguler.
À ces douleurs physiques s’ajoutent des traumas psychiques que Coralie tente, seule, de faire reconnaître et prendre en charge. Elle cherche aujourd’hui un praticien formé à l’EMDR – une thérapie reconnue pour le traitement des stress post-traumatiques – capable de travailler avec une personne autiste. En vain. « Je ne trouve personne qui accepte de le prendre », dit-elle.
Première hospitalisation en hôpital psychiatrique de secteur : du 19 janvier au 9 février 2026. Lucien en sort avec quatre kilos en moins et un « cocktail de neuroleptiques » aux effets extrapyramidaux importants. Aucun suivi n’est organisé au CMP. Aucun réajustement du traitement obtenu. C’est le médecin généraliste de famille qui finira, seul, par baisser les doses.
Deuxième hospitalisation de deux semaines puis, sortie le 16 mars. Le bilan est accablant : dix kilos perdus depuis janvier, syndrome parkinsonien, raideurs musculaires des quatre membres et des mains, incapacité à parler, à articuler, à mastiquer, à déglutir – avec risque de fausse route à chaque repas. Perte de toute autonomie dans les gestes du quotidien. Effondrement des compétences cognitives. Insomnie.
« Son système nerveux central est en état d’alerte permanent. »
Ce tableau clinique est la conséquence d’une médication inadaptée, appliquée sans connaissance du fonctionnement autistique, sans suivi, sans réévaluation. Plus d’une décennie après les premières recommandations de bonnes pratiques de la Haute Autorité de Santé sur l’autisme, les psychiatres de secteur – y compris les plus jeunes, formés récemment – n’ont selon Coralie, pour la plupart, « aucune connaissance en TSA ». Ces recommandations existent sur le papier. Dans les services, elles restent lettre morte.
Le 3 avril, Lucien retourne à l’hôpital. Un meltdown dans la nuit, le veilleur de nuit appelle les pompiers. Depuis, il est en chambre d’isolement et sous contention. « Est-ce que ce sont les soins pour personnes TSA en 2026 ? », demande Coralie.
Depuis des semaines, Coralie cherche un service médical capable d’accueillir Lucien de façon adaptée – en prenant en compte ses fonctionnements sensoriels et cognitifs, en respectant sa dignité. Elle a appelé des établissements à Paris, contacté des associations, exploré chaque piste. « Il y a peu de consultations vraiment spécialisées en hospitalier », constate-t-elle. Celles qu’elle a testées – comme le Vinatier à Lyon – n’ont pas été plus concluantes que la psychiatrie de secteur selon elle.
Il existe un service non sectorisé spécialisé, à Niort. Liste d’attente : deux ans, pour une semaine d’observation. Une unité vient d’ouvrir près de Grenoble. Mais comme pour beaucoup de structures spécialisées, l’accès reste incertain, notamment en raison de la sectorisation.

La sectorisation psychiatrique, pensée comme un maillage territorial équitable, fonctionne ici comme une condamnation. Elle enchaîne les patients aux services de leur zone géographique, quelle que soit la qualité ou l’inadaptation de ces services. Pour une personne autiste en crise grave dans un territoire rural, elle peut signifier l’absence totale d’alternative.
Coralie a quitté l’Éducation nationale lorsque Lucien est entré au collège. Malgré les dispositifs d’adaptation existants à l’époque, sa scolarisation est restée partielle et fragile : il ne pouvait suivre que certains cours. Elle a alors dû compenser elle-même les manques du système et dire adieu à sa carrière d’enseignante. Aujourd’hui, elle travaille à temps partiel comme aide à la personne auprès d’un adulte autiste, à raison de quelques dizaines d’heures par mois. Elle consacre la majeure partie de son temps à chercher une sortie de crise pour son fils :
« Je passe mon temps à téléphoner, à envoyer des courriers »
Cette mobilisation permanente, épuisante, non rémunérée, est le quotidien de dizaines de milliers de proches aidants en France – majoritairement des mères. Une charge invisible que le système non seulement ignore, mais rend structurellement nécessaire.
Coralie élève seule ses enfants. Elle vit avec un faible revenu, quelque peu complété par le RSA. Pendant plus d’un an, une ligne budgétaire exceptionnelle – arrachée à l’ARS Ardèche après un courrier envoyé à l’Élysée, une nuit où elle n’en pouvait plus – avait permis à Lucien d’avoir son propre appartement, une équipe éducative formée, un début d’autonomie réelle. La ligne n’a pas été reconduite à hauteur nécessaire.
Les prestataires de nuit ont changé sans prévenir la famille. Un soir de septembre 2025, Lucien s’est retrouvé seul avec un inconnu chez lui. Coralie peut dater le début de l’effondrement : le 5 septembre 2025.
Lucien n’est pas un dossier médical. C’est une personne à qui l’on refuse une vie digne. Coralie voit son enfant tel qu’il est, pas à travers le regard déshumanisant du système.
L’intérêt spécifique de Lucien, ce sont les relations sociales. « C’est paradoxal pour un autiste », dit sa mère. Ce que Lucien désire le plus – les amis, une histoire d’amour, appartenir à un groupe de jeunes – lui est précisément le plus difficile d’accès. Il a grandi en fréquentant l’école sans jamais construire d’amitié propre. À 22 ans, il voit des bandes de jeunes au café tandis qu’il est avec sa mère. Il lui dit alors :
« Ce qui est difficile pour moi, c’est qu’il y a plein de choses dans la vie que je ne mérite pas. »
Il pense que c’est une question de mérite. Comme si cette situation était de sa faute, et non le produit de la violence institutionnelle qu’il subit.
Lucien a lu Le Journal d’Anne Frank. Il a fait des liens entre la ségrégation raciale, la Shoah et l’exclusion des autistes de l’école – sans intégrer la temporalité, mais avec une justesse politique que beaucoup d’adultes neurotypiques n’atteignent pas. Il a participé avec sa mère à une manifestation pour la scolarisation des enfants autistes. En rentrant, il lui a dit : « Les noirs, les juifs et les autistes, ils n’ont pas le droit d’aller à l’école. » Il voyait la discrimination. Il la nommait.
Coralie n’avait jamais vu Lucien pleurer de toute son enfance, de toute son adolescence. La première fois, c’était quelques jours après son accident. Elle l’a revu pleurer quand il est sorti de l’hôpital psychiatrique. Et avant qu’il y retourne, elle l’a encore vu pleurer.

Des collégiens suédois, il y a quelques années, séjournaient chez Coralie dans le cadre d’un échange scolaire. Très vite, ils lui ont posé une question simple : « Elles sont où, les personnes handicapées chez vous ? On ne les voit pas. » Des adolescents qui avaient grandi dans des sociétés où la cohabitation avec le handicap est une norme, pas une exception.
En France, on ne voit pas les personnes handicapées parce qu’on les a mises ailleurs – dans des institutions, dans des appartements, dans des services fermés. Cette invisibilisation est le résultat d’un choix politique, reconduit décennie après décennie.
La France a été condamnée à plusieurs reprises par le Conseil de l’Europe pour ses manquements dans la scolarisation et la prise en charge des personnes autistes. Les plans autisme se succèdent depuis 2005. Les recommandations s’accumulent. Et Lucien, en 2026, est en chambre d’isolement.
« Depuis son enfance, je me bats pour qu’il ne soit pas considéré comme un citoyen de seconde zone. Hélas, tout aujourd’hui nous montre le contraire. »
Elle n’accuse pas nominativement. Elle a peur que ça se retourne contre eux. Voilà où en sont les familles : elles ont peur de se défendre. Elles mesurent leurs mots pour ne pas compromettre les soins fragiles et insuffisants qui restent. Elles intériorisent la menace. Et elles continuent quand même. « C’est mon enfant », dit Coralie quand on la qualifie de courageuse. « C’est pas du courage. C’est mon enfant. »
L’urgence grandit chaque jour. Un véritable cauchemar, vécu dans la solitude et l’impuissance. Mais aussi la détermination de continuer à se battre, face à une situation inconcevable et inacceptable. Coralie a lancé une pétition pour obtenir des soins adaptés et respectueux pour Lucien. Elle invite à la signer pour soutenir cette démarche et rendre visible une situation qui dépasse son seul cas. Elle cherche également tout contact pouvant orienter vers un service spécialisé TSA, accessible hors sectorisation.
– Entretien réalisé par Elena Meilune
Photo de couverture : Hôpital psychiatrique / Sandy Ravaloniaina – Pexels
The post « Ils vont le bousiller » : une mère alerte sur la prise en charge psychiatrique de son fils autiste first appeared on Mr Mondialisation.16.04.2026 à 06:00
Elena Meilune
S’adapter en permanence, surveiller ses gestes, ses mots, ses réactions. Pour de nombreuses personnes neurodivergentes, les interactions sociales ne relèvent pas de la spontanéité, mais d’un effort constant pour répondre aux normes sociales dominantes. Si l’incompréhension n’est pas à sens unique, l’adaptation demeure largement unilatérale. Ces ajustements invisibles épuisent, fragilisent et accroissent l’exposition aux violences. […]
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[Temps de lecture estimé : ~ 12 min]
Le modèle déficitaire a profondément structuré les représentations sociales de la neurodivergence. En situant l’origine des malentendus du côté des seules personnes concernées, il a contribué à naturaliser des normes interactionnelles spécifiques, tout en invisibilisant leur caractère situé.
Le précédent volet de ce dossier montrait que la souffrance psychique des personnes neurodivergentes ne peut être comprise indépendamment des conditions sociales dans lesquelles elle se développe, tandis que dans le premier volet, le propos se concentrait sur une différence pathologisée sous contrainte sociale.
Le présent texte propose de prolonger cette analyse en s’intéressant aux interactions elles-mêmes : non plus comme des difficultés individuelles, mais comme des espaces de décalage, de contraintes et d’ajustements inégalement répartis.
Les difficultés interactionnelles associées à l’autisme ont longtemps été interprétées à travers le prisme d’un déficit en « théorie de l’esprit », c’est-à-dire d’une capacité supposément altérée à attribuer des états mentaux à autrui (comprendre les intentions/émotions des autres). Pourtant, cette lecture présente des limites.
Une méta-analyse en neuroimagerie publiée en janvier 2026 dans PsyCh Journal remet en cause l’idée d’un déficit chez les personnes autistes : si certaines études rapportent un taux d’erreur plus élevé par rapport aux personnes neurotypiques, la majorité des travaux analysés ne montre pas de différences significatives en termes de performances ou de temps de réaction entre personnes autistes et non autistes.
« des différences dans les processus de traitement de l’information »
En revanche, l’étude met en évidence des différences dans les processus de traitement de l’information. Les circuits cérébraux mobilisés ne sont pas les mêmes : certains réseaux sont moins sollicités, d’autres prennent le relais. Le cerveau organise ainsi l’information sociale selon des logiques distinctes. Ces résultats invitent à interroger les modèles qui reposent sur une norme unique du fonctionnement social.
La dimension ethnocentrique de ce type de modèles doit également être questionnée, dans la mesure où ils sont élaborés à partir de cadres théoriques et méthodologiques ancrés dans des contextes occidentaux, puis généralisés à l’ensemble de l’humanité à partir d’échantillons très spécifiques, parmi les moins représentatifs à l’échelle mondiale.
Les approches dominantes reposent sur une conception particulière de l’esprit, où celui-ci est envisagé comme un espace intérieur, séparé du monde. Or, des travaux en anthropologie et en psychologie culturelle montrent pourtant que les conceptions du « soi » et de l’esprit sont socialement situées. Comprendre autrui ne se réduit pas à l’inférence d’états mentaux internes, mais implique des contextes et des relations.
Cette perspective entre en résonance avec des conceptions philosophiques comme celle de Spinoza, pour lesquelles les individus sont déterminés par des causes et ne peuvent être réduits à une approche purement internaliste.
Le concept de double empathie, introduit par Damian Milton en 2012, invite à repenser les difficultés interactionnelles comme un phénomène relationnel plutôt qu’individuel. Il ne s’agirait pas d’un déficit propre à un groupe, mais d’un décalage réciproque entre des modes de perception, d’interprétation et de communication différents.
Ce cadre théorique a été progressivement étayé par des travaux empiriques. Des recherches récentes montrent que les difficultés de compréhension sont bidirectionnelles et que les interactions entre personnes autistes et non autistes sont affectées par des différences de styles communicationnels et des biais d’interprétation du côté non autiste.
Les personnes non autistes rencontrent elles aussi des difficultés à interpréter les états mentaux et les expressions des personnes autistes, et tendent à évaluer plus négativement les interactions mixtes. En revanche, les interactions entre personnes autistes ne sont pas jugées de moindre qualité que celles entre personnes non autistes, ce qui contredit l’hypothèse d’un déficit communicationnel intrinsèque.
Ces résultats portent toutefois sur la manière dont les interactions sont perçues et évaluées. D’autres travaux, davantage centrés sur leur efficacité communicationnelle, apportent un éclairage complémentaire.
Une étude expérimentale de grande ampleur publiée dans Nature Human Behaviour en 2025 remet en question l’idée d’une dégradation systématique des interactions entre neurotypes différents. Si les personnes autistes présentent des performances comparables à celles des personnes non autistes dans les interactions entre pairs, l’étude ne met pas non plus en évidence de différence significative de transfert d’information dans les interactions mixtes.
Ces résultats suggèrent que les difficultés interactionnelles ne peuvent être réduites ni à un déficit individuel, ni à un simple effet de « mismatch », mais doivent être envisagées à partir des contextes sociaux dans lesquels elles prennent place.
Les recherches sur le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) illustrent également les tensions qui traversent l’étude de la cognition sociale. Une méta-analyse publiée en 2024 dans The Journal of Child Psychology and Psychiatry met en évidence des écarts modérés à importants en théorie de l’esprit, en reconnaissance des émotions faciales et en compétences sociales chez les enfants et adolescents présentant un TDAH.
Toutefois, les auteurs soulignent eux-mêmes que ces différences pourraient être liées à des dimensions cognitives telles que des fonctions exécutives. Les difficultés observées pourraient ainsi être moins le signe d’une altération spécifique de la cognition sociale que la conséquence de contraintes attentionnelles, de l’impulsivité ou de la charge cognitive.
« les compétences sociales et les stratégies d’adaptation évoluent au cours du développement. »
Il convient aussi de noter cette méta-analyse porte exclusivement sur des populations jeunes, dans des contextes souvent fortement normés. Les résultats doivent donc être interprétés à la lumière de ces conditions, les compétences sociales et les stratégies d’adaptation évoluant au cours du développement.
En outre, d’après une revue systématique publiée en 2024 dans The Journal of Attention Disorders, si certaines études rapportent une moindre précision de la reconnaissance des émotions chez les personnes ayant un TDAH par rapport aux neurotypiques, elles présentent en moyenne une qualité méthodologique significativement inférieure aux études ne retrouvant aucune différence. De quoi interroger les conditions de production de ces résultats et les biais susceptibles d’influencer leur interprétation.
Les écarts observés dans le TDAH varient fortement selon les conditions expérimentales et tendent à diminuer lorsque sont prises en compte des variables telles que l’attention, les fonctions exécutives ou les caractéristiques des tâches.
Dans cette perspective, une étude publiée dans PLOS One en 2024, utilisant l’eye-tracking chez des enfants avec TDAH, montre que les difficultés de reconnaissance des émotions faciales relèvent de processus distincts, liés notamment à la manière dont l’attention visuelle se porte sur les indices émotionnels du visage, sans corrélation avec les performances en théorie de l’esprit.
Pris ensemble, ces éléments montrent que les différences observées dans le TDAH ne peuvent être réduites à une altération fondamentale des capacités sociales. Elles renvoient plutôt à une interaction complexe entre processus cognitifs, contraintes attentionnelles et contextes d’évaluation. À ce titre, elles illustrent les limites des modèles qui isolent la cognition sociale de ses conditions concrètes d’exercice et tendent à interpréter toute variation comme un déficit.
Parce que leurs différences sont généralement perçues comme des déficits, de nombreuses personnes neurodivergentes développent des stratégies d’adaptation pour éviter d’être stigmatisées. Parmi elles, le camouflage social, qui désigne l’ensemble des comportements par lesquels une personne inhibe, corrige ou dissimule ses traits neurocognitifs afin de se conformer aux attentes sociales dominantes.
Il peut s’agir de contrôler ses expressions émotionnelles, forcer le contact visuel, surveiller son langage corporel ou calquer ses réponses sur celles attendues. Bien que particulièrement étudié dans l’autisme, ce phénomène est également observé dans le TDAH.
Avant tout, ces capacités d’adaptation mettent elles aussi en porte-à-faux les lectures déficitaires de la cognition sociale. Le camouflage social suppose de facto une observation fine des interactions, une anticipation des attentes et un ajustement constant des comportements. Il mobilise des compétences d’interprétation sociale que les modèles classiques décrivent souvent comme altérées. Sans nier les différences, il montre que ces capacités peuvent être mobilisées autrement, impliquant toutefois un coût cognitif important dans une société peu tolérante à la neurodiversité.

Les stratégies de masquage s’inscrivent ainsi dans un rapport social de contrainte, structuré par la stigmatisation, l’exclusion et des normes implicites. Elles ont des effets majeurs sur la santé mentale et contribuent à la surreprésentation des personnes neurodivergentes dans les troubles psychiatriques.
Une étude publiée en 2025 dans la revue Scientific Reports (introduite dans le précédent volet de ce dossier) montre que plus une personne présente de traits autistiques, plus son bien-être mental tend à être fragilisé, non pas en raison desdits traits autistiques, mais du fait du camouflage social qui est fortement conditionné par l’exclusion et la stigmatisation.
Au quotidien, le maintien du camouflage implique une vigilance constante et une mobilisation continue des ressources cognitives et émotionnelles. Si les stratégies de masquage protègent à court terme en limitant les discriminations immédiates, leur effet à long terme est dévastateur. Le camouflage peut être source d’épuisement profond, d’anxiété chronique, de troubles dissociatifs d’épisodes de burnout*, d’une augmentation des diagnostics psychiatriques, des idées et des comportements suicidaires.
Une étude publiée dans Molecular Autism en 2025 suggère que le camouflage agit comme un stresseur chronique, avec des effets mesurables sur le plan biologique (augmentation du cortisol à long terme), confirmant qu’il ne s’agit pas seulement d’un vécu subjectif mais d’un processus physiologiquement coûteux.
Malgré cela, le camouflage social est fréquemment perçu comme un indicateur de bonne adaptation, voire comme le signe d’un faible niveau de handicap alors qu’il constitue l’un des principaux facteurs de risque en santé mentale chez les personnes neurodivergentes, en particulier lorsqu’il est mobilisé de manière précoce, prolongée et socialement valorisée.
Cette logique contribue directement aux retards diagnostiques, en particulier chez les femmes, qui développent en moyenne des stratégies de camouflage plus efficaces, ce qui rend leurs difficultés moins détectables et participe à leur invisibilisation. La reconnaissance de la neurodivergence intervient alors fréquemment après des années de suradaptation, lorsque les ressources psychiques sont déjà largement entamées.
* Le burnout autistique désigne un état d’épuisement intense, souvent associé à une aggravation des sensibilités sensorielles, un retrait social et une perte temporaire de certaines capacités. Ses effets sur la santé mentale sont colossaux, plus particulièrement en cas de diagnostic tardif.
L’exclusion et le camouflage social qui en découle ne produisent pas seulement une souffrance psychique diffuse ; ils altèrent durablement les conditions d’entrée en relation. Confrontées à des réactions négatives ou disqualifiantes, de nombreuses personnes neurodivergentes en viennent à douter de leur propre perception. Avec le temps, la capacité à poser ses limites, à identifier ses besoins ou à reconnaître ses signaux d’alerte s’affaiblit.
Dans un tel contexte, les logiques d’emprise et de manipulation peuvent facilement s’installer et se maintenir. Le consentement est quant à lui fragilisé, non par incapacité, mais par un environnement qui pousse à se méfier de son propre jugement et à privilégier l’adaptation.
« Une femme autiste sur neuf a été victime de violences sexuelles au cours de sa vie. »
Les personnes autistes sont nettement surreprésentées parmi les victimes de violences, en particulier sexuelles. Une étude publiée en 2022 dans Frontiers in Behavioral Science indique qu’environ une femme autiste sur neuf en a été victime au cours de sa vie.
La mise en cause de la crédibilité des personnes autistes constitue un rouage central de cette vulnérabilité socialement produite. Et la disqualification du récit est encore plus marquée lorsque la personne est une femme ou appartient à une minorité, dans des contextes où les stéréotypes sexistes et racistes fragilisent déjà fortement la reconnaissance de la parole des victimes. L’entrecroisement de ces rapports de domination augmente à la fois l’exposition aux violences et la probabilité qu’elles demeurent impunies.
Les personnes autistes sont aussi plus exposées aux violences institutionnelles, notamment dans les interactions avec la police, la justice ou le système de santé. Leurs difficultés à décoder les attentes sociales, à communiquer selon les codes dominants, ou à gérer les stimuli sensoriels les rendent vulnérables aux malentendus, aux arrestations arbitraires, ou à des soins inappropriés.
Ce risque est encore accru pour les personnes racisées – dont les comportements sont plus facilement construits comme menaçants par des institutions traversées par le racisme – et qui sont déjà davantage exposées aux violences policières.
Les violences multiples subies par les personnes neurodivergentes, de l’enfance à l’âge adulte, marquent durablement leurs trajectoires de vie. La souffrance qui en résulte ne peut être réduite à des vulnérabilités individuelles : elle s’inscrit dans un ordre social qui la produit en grande partie, puis la pathologise, invisibilisant ainsi ses causes.
Le tout dans un contexte où le terme « autiste » continue d’être utilisé comme une insulte, révélant la banalisation de rapports de stigmatisation jusque dans le langage ordinaire. Le prochain volet examinera les formes que prennent ces trajectoires dans le temps, ainsi que la manière dont elles s’inscrivent dans une spirale de pathologisation.
– Elena Meilune
Photo de couverture : femme couvrant son visage avec ses mains / Thegiansepillo sur Pexels
The post Neurodivergence : le coût invisible d’une adaptation contrainte first appeared on Mr Mondialisation.15.04.2026 à 08:36
Mauricette Baelen
Face à la fermeture annoncée de leur usine, trois acteurs se sont associés pour préserver un savoir-faire industriel français et maintenir l’emploi à Romorantin, en Loir-et-Cher. Entre engagement local, production responsable et valorisation du travail manuel, ils défendent une autre vision de l’industrie mortifère de l’électroménager. [temps de lecture estimé : ~ 7 min] Et […]
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[temps de lecture estimé : ~ 7 min]
Et si produire en France n’était plus seulement un rêve arraché à la mondialisation carnassière, mais un acte de résistance accessible ? À Romorantin, dans le Loir-et-Cher, c’est en effet chose faite.
Alors que la fermeture de l’usine de sèche-cheveux Velecta semblait inévitable, salariés et repreneur ont refusé de voir disparaître leur savoir-faire. Face à la logique du tout-délocalisé, de l’obsolescence et du jetable, ils défendent une autre voie : celle d’une industrie ancrée dans son territoire, respectueuse des femmes et des hommes qui la font vivre, et tournée vers le long terme.

Trois acteurs aux parcours complémentaires – Philippe Melao, ancien cadre en quête d’une entreprise française à reprendre, Rose Gaudet, salariée de l’usine depuis 30 ans, et Aurélien Gauvin, employé depuis 5 ans – unis par un même objectif : sauver leur usine et préserver un savoir-faire industriel local.
Velecta : « Rose Gaudet travaille chez Velecta depuis 30 ans, tandis qu’Aurélien Gauvin y est employé depuis 5 ans. Philippe Melao, de son côté, était cadre salarié dans une autre structure et recherchait une entreprise de fabrication française à reprendre.
Très vite séduit par le professionnalisme de la marque et la fabrication française, lors de sa visite du site, les témoignages de Rose et Aurélien, très positifs à propos de leur entreprise, l’ont clairement convaincu de reprendre l’entreprise. »
Velecta : « Philippe ne connaissait pas Rose et Aurélien au départ. Le dossier lui a été transmis par la CCI pour étude. Après analyse, il a effectué une visite de l’usine. C’est à cette occasion que Rose et Aurélien lui ont proposé de s’associer. Installé à Blois, dans le Loir-et-Cher, il était particulièrement attaché au maintien du site à Romorantin, qu’il connaissait depuis de nombreuses années. »
Velecta : « C’était en tout cas la seule solution pour sauver les emplois, puisqu’aucune autre offre de reprise n’existait. Ce choix permettait également de préserver le savoir-faire et d’en assurer la transmission aux générations futures pour éviter toute délocalisation supplémentaire, dans un contexte où clairement, nous n’en avons pas besoin. Le local offre de belles perspectives et il faut miser là-dessus pour préserver notre indépendance et notre autonomie industrielle. »

Velecta : « C’est avant tout un choix de convictions personnelles, disons d’éthiques. Déjà, la marque est reconnue en France par les professionnels de la coiffure et c’est dommage de perdre cette expertise et cette reconnaissance, et aussi cette clientèle finalement, qui compte sur nous.
« C’est avant tout un choix de convictions personnelles, disons d’éthiques. »
Par ailleurs, de plus en plus de personnes veulent acheter des produits fabriqués localement, en circuit court. Ces produits offrent généralement des conditions de travail décentes pour les salariés, ce qui est plus rarement le cas dans des pays comme l’Inde, la Chine ou le Pakistan, pour ne citer qu’eux. Le savoir-faire, quant à lui, est ancré à Romorantin, gardons-le bien au chaud. »
Velecta : « Lors d’une reprise, il est essentiel de rester là où se trouve le savoir-faire. Tout était finalement déjà en place. Le savoir-faire est entre les mains de nos salariées. Ce sont les Romorantines qui font la richesse de Velecta.
Dans un territoire en difficultés économiques comme celui-ci, maintenir l’emploi local est clairement un acte de résistance face à la polarisation économique des grandes-villes. Pourquoi ce besoin de centralisation excessive ? »

Velecta : « En fait, nous avons un savoir-faire assez ancien. Avant, les produits électro-ménagers duraient longtemps, et étaient généralement de bien meilleure qualité. Aujourd’hui, l’heure est au tout jetable. On a voulu revenir aux produits solides, tout simplement.
« Les produits sont garantis 2 ans et réparables pendant 10 ans, mais l’expérience montre qu’ils peuvent durer bien plus longtemps. »
Cette approche s’oppose à la logique d’obsolescence programmée, qui va à l’encontre des valeurs de Velecta. Qui plus est, nos produits sont destinés à un usage professionnel, et ces salons de coiffures nous font confiance. »
Velecta : « L’objectif est de créer un cercle vertueux dès la conception des produits et de revenir au réparable. Le recyclage est intégré au processus de fabrication, notamment grâce à l’utilisation de matériaux mono-matière facilitant leur traitement. C’est une donnée capitale à laquelle peu de personnes pensent. Tout produit qui fonctionne en alliage n’est généralement pas recyclable.
De plus, les emballages sont éco-conçus pour limiter les déchets, et les nouveaux modèles intègrent des plastiques recyclés. »
Velecta : « Nous avons fait des choix pour la durabillité, la réparabilité et la fabrication locale : le choix de fournisseurs situés à moins de trois heures de l’entreprise permet de réduire significativement les émissions de CO₂ et l’empreinte carbone.
Cet engagement constitue également un argument fort pour une partie de la clientèle. Cela change complètement la donne des produits, dont la matière première vient de tel pays, la conception faite ailleurs, l’assemblage dans un autre endroit… Au final le produit fait le tour du monde pour ne plus fonctionner dans les deux ans qui suivent. »
Velecta : « Velecta fonctionne comme une entreprise familiale. Les 17 salarié(es) se sont mobilisé(es) ensemble et forment un collectif soudé. Les conditions de travail sont pensées pour être vivable, sans travail à la chaîne, avec une attention particulière portée à l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Le savoir-faire manuel de chacun est valorisé au quotidien. »
Velecta : « La réduction des troubles musculo-squelettiques est au cœur de la conception des produits. L’objectif est de ne pas nuire à la santé des coiffeurs comme des utilisateurs. Cette attention s’applique également en interne, avec une organisation du travail sans chaîne de production et une vigilance portée au bien-être des salariés. »
Velecta : « L’entreprise se veut la preuve que la fabrication française a toujours un avenir. Ce modèle, présent sur le marché depuis plus de dix ans en France comme à l’international, continue de séduire. Il démontre qu’il est possible de produire en France, dans de bonnes conditions de travail, tout en valorisant un savoir-faire reconnu. »
Velecta : « Les produits Velecta ne se positionnent pas sur le segment du luxe et restent moins chers que certaines grandes marques, comme Dyson, dont les prix peuvent atteindre 400 euros pour une fabrication à l’étranger.
Avec une gamme située entre 120 et 250 euros et une durée de vie plus longue, le rapport qualité-prix s’inscrit dans le temps et dans la réparabilité. Cette approche repose sur un mode de consommation durable, éloigné du jetable. Pour les budgets plus modestes, il s’agit d’un investissement transmissible : certains clients utilisent encore des appareils achetés par la génération précédente. »
– Propos recueillis par Mauricette Baelen
Photo de couverture : Velecta
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Mr Mondialisation
En 2016, Martin Esposito sortait le touchant documentaire « Le Potager de mon grand-père » où le petit-fils y avait redonné vie au potager de son aïeul grâce aux gestes et aux connaissances que celui-ci lui transmettait. C’est désormais un défi bien plus ambitieux que Papi lui réserve : planter une colline entière d’arbres. Un […]
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[Temps de lecture estimé : ~ 3 min]
Dix années ont passé depuis « Le Potager de mon grand-père » et Martin est resté proche de son grand-père, à Caussols, dans les Alpes-Maritimes, ainsi qu’il nous le confie : « Nous ne nous sommes jamais quittés après « Le Potager de mon grand-père » mais certains sont partis en chemin dans cette aventure. J’ai juste continué à filmer, à le suivre. »
Si pour le spectateur « La Terre de mon grand-père » fait office de retrouvailles, pour Martin et son grand-père, la vie a suivi son cours, les saisons ont passé, une à une, à leur rythme. Aujourd’hui, Papi a un rêve qu’il confie à Martin : il va lui léguer des hectares de terrain sur une colline pour la planter entièrement d’arbres. « Tu as l’air un peu angoissé, t’es livide ! » s’exclame Papi alors que Martin reste muet sous le choc de la révélation. Et à la place de Martin, n’importe qui aurait très certainement fait la même tête !
Cette colline, Papi la voit recouverte d’une forêt. Et c’est cette espérance qu’il transmet à Martin. Ensemble, ils vont planter, une à une, les graines de la vie, sur plusieurs générations. Une métaphore symbolique pour Martin : « La métaphore de la colline, d’une certaine façon, est le chemin vers le sommet. Et quand mon grand-père parle de recouvrir cette colline, c’est de ramener à nouveau la vie symboliquement.
Le berger est simplement un homme qui passe. Mais l’arbre lui s’enracine, il s’ancre à travers le sol, des pierres, il survit et donne la vie. Il accueille les oiseaux et toutes sortes d’animaux, il nous fait respirer. L’arbre va grandir pour donner, comme un père, des repères et je pense qu’aujourd’hui nous en avons besoin, moi le premier. »
Et cette vie, Martin n’imagine pas se l’approprier, quand bien même les terres sur lesquelles elle va naître lui appartiennent légalement : « On vous donne une terre, mais c’est la terre qui vous accepte ou pas. C’est un patrimoine national. Si même sur le papier ce sont mes terres, fondamentalement, je n’en suis que le gardien. Ces terres sont le repaire de beaucoup de monde et j’en suis fier, car finalement rien ne nous appartient vraiment. »

Alors Martin et son grand-père vont planter des arbres, pour un dessein qui ira bien au-delà de leurs propres vies et une simple satisfaction personnelle. Pour mener cette tâche à bien, Papi a aussi acheté un mobile-home. Ainsi, ils seront au plus près de la colline. De cette période de plantation, Martin nous confie qu’elle « ne s’est pas organisée, elle a juste suivi son cours, les saisons, la vie. »
Le premier arbre que Papi lui fait planter sera un châtaignier. D’autres essences (pommier, poirier, noyer), qu’ils choisiront ensemble, s’enracineront dans cette terre. Martin a d’ailleurs du mal à les reconnaître quand Papi lui demande de les identifier. « Ça fait rien, on apprend. Tu crois que moi j’ai appris comme ça ? Mon grand-père m’a montré 30 000 fois les choses. »
Le savoir de Papi hérité de son propre grand-père se transmet au petit-fils : « Pierre par pierre, arbre par arbre, tout viendra petit à petit. »

Les arbres revêtent une signification particulière pour Martin : « Depuis mon plus jeune âge, les arbres ont toujours fait partie de ma vie. Mais d’une manière naïve j’ai voulu partager ce retour essentiel et cette redécouverte à travers ce que je filme. » Caméra à l’épaule, Martin immerge le spectateur au cœur de son aventure et surtout de ses émotions.
On ne peut que ressentir toute l’affection profonde que se portent le petit-fils et son grand-père. C’est avec la même délicatesse que Martin filme l’idylle naissante – et qu’il a un peu poussée ! – entre Papi et sa voisine Marie. Sur la colline, les saisons défilent, Martin transporte de l’eau, plante les arbres, l’amour s’épanouit entre Papi et Marie.
Alors que la caméra dévoile ces moments intimistes, on se demande ce que Papi pense de devenir le héros du documentaire de son petit-fils. Est-ce que cela a un impact sur sa vie ? « Non cela ne change rien à sa vie car pour lui les héros ce sont les inconnus. » nous répond Martin. « Pour moi, les vrais héros sont dans la vraie vie. C’est pour cela que la réalité dépasse la fiction et parfois elle est plus magique dans ce monde qui change.
Un monde qui change, sans doute et pas toujours comme on le souhaiterait. Mais la nature et les liens qui unissent les individus demeurent, de génération en génération, à condition de les cultiver. Et l’amour est le plus puissant des engrais. Le film de Martin en est un vibrant témoignage.
Le dernier mot appartient à Papi, à travers la bouche de Martin : « « J’ai, après tout ce temps, compris que je suis un peu comme un arbre et que l’on peut s’appuyer contre moi pour ne pas tomber »… Voilà ce que mon grand-père m’a dit. Il y a quelques jours mon grand-père m’a aussi dit : « Maintenant que tu as compris certaines choses, alors en 2027, tu comprendras … », je lui ai dit « comprendre quoi ? ». Il m’a souri… »
Il faudra attendre quelques mois pour découvrir les 2 volets suivants de « La terre de mon grand-père » et comprendre à notre tour…

La Terre de mon grand-père (Partie 1 : L’Héritage) de Martin Esposito est distribué par Mother & Sun, au cinéma ce 22 avril.
Merci à Martin Esposito d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.
– S. Barret
Photo de couverture : 2026 © Mother and Sun Distribution
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