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Mr Mondialisation

Think tank informel et citoyen francophone à visée internationale


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17.03.2026 à 05:00

Objectifs de développement durable : 10 ans de promesses et d’illusions

Mr Mondialisation

En septembre 2015, lors d’un sommet consacré au développement durable, les 193 États membres de l’Organisation des Nations unies ont adopté les Objectifs de développement durable (ODD). Ces 17 priorités constituent un cadre d’action universel visant, d’ici 2030, à éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir à tous les êtres humains des conditions de […]

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Texte intégral (2357 mots)

En septembre 2015, lors d’un sommet consacré au développement durable, les 193 États membres de l’Organisation des Nations unies ont adopté les Objectifs de développement durable (ODD). Ces 17 priorités constituent un cadre d’action universel visant, d’ici 2030, à éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir à tous les êtres humains des conditions de vie décentes. En 2026, où en est-on ? On fait le bilan.

Les États s’étaient notamment engagés à améliorer les conditions de vie en faveur des populations et des pays les plus précarisés. Toutefois, l’absence de mécanismes juridiques contraignants pour assurer le suivi et l’application de ces engagements continue de soulever des interrogations.

Les ODD, dans quelles mesures sont-elles durables?

À première vue, ces objectifs affichent une ambition considérable. Présentés comme une rupture avec les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), ils élargissent le cadre d’action en intégrant plus explicitement les dimensions environnementales, sociales et institutionnelles du développement.

Dix ans après leur adoption par l’Organisation des Nations unies, la question de leur réalisme et de leur capacité à infléchir durablement les trajectoires de développement à l’échelle mondiale est largement posée.

Une limite majeure se profile : les ODD reposent essentiellement sur des engagements volontaires, inscrits dans un système économique et politique souvent jugé structurellement incompatible avec les impératifs de durabilité.

Selon le Rapport sur les objectifs de développement durable de 2023, la plupart des indicateurs progressent à un rythme extrêmement lent. Cette inertie tient surtout à des choix politiques et économiques qui privilégient la croissance à court terme au détriment de la soutenabilité. Faute d’actions rapides, selon les mots d’António Guterres, secrétaire général de l’ONU, le Programme 2030 risque de devenir « l’épitaphe d’un monde qui aurait pu être ».

Cette situation révèle une tension structurelle : les États affichent leur adhésion aux ODD tout en poursuivant des politiques qui accentuent les fractures sociales, les inégalités et la dégradation environnementale.

António Guterres à la COP30 à Belem le 20 novembre 2025. Wikimedia.

La domination des pays du Nord envers les pays du Sud

Le caractère non contraignant — relevant du « soft law » — renforce cette contradiction. Les États ne sont soumis à aucune obligation juridique stricte pour aligner leurs politiques sur ces objectifs, ce qui transforme souvent l’engagement en déclaration d’intention plutôt qu’en véritable mécanisme d’action. Dans ces conditions, la promesse de durabilité apparaît davantage comme un discours normatif que comme une réalité opérationnelle.

Cette critique rejoint les analyses de Arturo Escobar dans l’ouvrage Encountering Development (1995). L’anthropologue y souligne que les dispositifs internationaux de développement tendent à masquer les rapports de pouvoir globaux plutôt qu’à les corriger.

Dans cette perspective, les ODD placent les pays dits « en développement » face à des objectifs universels alors même qu’ils ne disposent pas des mêmes ressources financières, technologiques et institutionnelles que les économies avancées. Une symétrisation d’autant plus irréaliste que les pays à faible revenu sont les plus exposés aux effets du changement climatique, alors qu’ils en sont les moins responsables.

Sentir-penser avec la Terre. L’écologie au-delà de l’Occident. Arturo Escobar. Seuil, 2018.

2030 : l’échec programmé des ODD

Comme le souligne le Rapport sur les objectifs de développement durable de 2023, la trajectoire actuelle menace non seulement l’atteinte des objectifs fixés pour 2030, mais aussi les droits et les perspectives des générations présentes et futures.

Même en cumulant les progrès réalisés, aucun des 17 ODD n’est aujourd’hui assuré d’être pleinement atteint à l’échelle mondiale. Les avancées restent trop limitées pour combler l’écart entre les résultats actuels et les ambitions initiales, nourrissant l’idée d’un « échec programmé ».

« À mi-parcours de l’échéance 2030, les ODD sont gravement distancés, et ce sont les pays pauvres et les plus vulnérables qui en souffrent le plus »

C’est par ces mots que Jeffrey Sachs, président du Sustainable Development Solutions Network (SDSN), a lancé l’alerte et appellé la communauté internationale à accélérer ses efforts et à conclure un nouveau pacte mondial de financement.

Jeffrey Sachs au Forum pour la Paix du Mathias Corvinus Collegium à Budapest en 2023. Wikimedia

Droit international : fantôme ou réalité ?

Conçus comme un cadre global pour construire un monde plus juste, les ODD reposent sur un postulat fondamental : celui d’États prêts à respecter les normes internationales, à coopérer et à agir dans l’intérêt collectif.

Mais la multiplication des guerres impérialistes, les violations répétées du droit international, l’exploitation des ressources naturelles et les violences ciblant les civils, témoignent du décalage grandissant entre les engagements pris et leur application sur le terrain.

Les mécanismes de justice internationale peinent, eux aussi, à imposer leur autorité. Les décisions des tribunaux internationaux restent difficiles à faire appliquer, les sanctions sont souvent contournées et la diplomatie est régulièrement mobilisée pour défendre des intérêts stratégiques ou économiques plutôt que des principes universels.

Quand la bonne volonté remplace l’obligation

Selon le Rapport sur les objectifs de développement durable de 2023 :

« environ la moitié des 140 cibles suivies accusent un retard modéré ou sérieux ; pour plus de 30 % d’entre elles, la situation n’a pas évolué ou a même régressé depuis 2015 ».

L’absence de mécanismes contraignants n’est pas la seule limite. Un autre frein majeur est bien le manque de ressources. Réaliser les ODD exige des investissements massifs dans l’éducation, la santé, l’énergie durable, les infrastructures et la protection de l’environnement. Dans de nombreux pays en développement, les moyens financiers font défaut, limitant l’impact des politiques publiques.

Les crises mondiales viennent amplifier ces difficultés. La pandémie de COVID-19 a par exemple inversé plusieurs progrès en santé et en éducation, détournant des ressources et ralentissant la mise en œuvre des programmes de développement. Ces chocs externes révèlent la vulnérabilité des ODD face à des systèmes peu résilients.

Enfin, l’interdépendance des 17 objectifs complique la tâche : l’échec d’un objectif peut compromettre d’autres avancées. La faiblesse des institutions, le manque de données fiables et des capacités limitées de gouvernance rendent difficile la planification, le suivi et l’ajustement efficace des politiques.

Une équité intergénérationnelle à l’abandon

Alors que les ODD devaient incarner un principe d’équité intergénérationnelle, le constat actuel préfigure un échec pour l’atteinte des objectifs en 2030. Un échec qui compromet la possibilité des conditions de vie décentes pour les générations actuelles et futures.

Cela montre aussi combien la seule bonne volonté ne peut être garante de politiques ambitieuses. Les pays du Nord devraient être contraints pour réellement réparer les dégâts socio-environnementaux produits par de siècles de domination sur le reste du monde. Or, il n’existe aujourd’hui pas de contre-pouvoir assez puissant pour les y obliger, malgré la détermination de la Gen Z à faire entendre ses intérêts.

Thérence Hategekimâna


Photo de couverture : António Guterres à la COP30 à Belem le 20 novembre 2025. Wikimedia.

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16.03.2026 à 15:45

L’extrême droite va-t-elle mettre la main sur Hollywood ?

Simon Verdiere

Après plusieurs rebondissements, l’un des plus célèbres studios de cinéma de l’Histoire, la Warner Bros, pourrait passer sous l’égide de Paramount, un autre géant du secteur. Mais derrière cet accord pharaonique, se cache l’ombre de l’extrême droite et de Donald Trump. La direction de Paramount est en effet étroitement liée au président états-unien et compte […]

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Texte intégral (1466 mots)

Après plusieurs rebondissements, l’un des plus célèbres studios de cinéma de l’Histoire, la Warner Bros, pourrait passer sous l’égide de Paramount, un autre géant du secteur. Mais derrière cet accord pharaonique, se cache l’ombre de l’extrême droite et de Donald Trump. La direction de Paramount est en effet étroitement liée au président états-unien et compte bien étendre son emprise à travers l’offre culturelle des grands écrans, mais aussi grâce aux chaînes de télévision comprises dans ce rachat.

110 milliards de dollars. C’est la somme colossale avancée par le groupe Paramount-Skydance, pour mettre la main sur la célébrissime compagnie Warner Bros-Discovery. Si cette transaction doit encore être validée par les autorités de la concurrence et par les actionnaires, elle pourrait fournir une influence médiatique considérable à l’extrême droite, à l’image de l’Empire Bolloré en France. Retour sur une opération loin d’être anodine.

Netflix mis sur la touche

La vente de la Warner Bros ne faisait plus aucun doute depuis plusieurs mois, tant le studio, fondé en 1923, est criblé de dettes depuis des années. En décembre dernier, l’affaire semblait entendue avec le géant du streaming Netflix pour la somme de 82 milliards de dollars. Mais quelque temps plus tard, un coup de théâtre allait renverser la situation, puisque Paramount, concurrent historique de la Warner, avait décidé de renchérir pour 110 milliards.

Une offre sur laquelle Netflix n’a pas souhaité s’aligner, la jugeant officiellement trop élevée. Pourtant, derrière ce renoncement pourraient en réalité se cacher des enjeux politiques majeurs. En effet, dès le mois de décembre, Donald Trump s’était montré sceptique face à l’acquisition du mastodonte du streaming, assurant que Netflix pourrait se trouver en situation de monopole.

Officieusement, il se pourrait plutôt que le président américain ne voulait tout simplement pas que cette acquisition se concrétise pour des raisons idéologiques. Personne n’a, par exemple, manqué d’observer son altercation avec Susan Rice, membre du conseil d’administration de Netflix et ex-proche de Barack Obama. L’ancien présentateur de télé-réalité est même allé jusqu’à réclamer son départ.

La famille Elisson, au service du trumpisme

Si la solution Netflix ne paraissait pas avoir les faveurs de Donald Trump, c’est surtout parce que la famille Elisson, à la tête de Paramount, lui offre bien plus de garanties politiques. En effet, David Elisson, le propriétaire de la société, n’est autre que le fils de Larry Elisson, sixième fortune mondiale et fondateur du groupe Oracle, et surtout large soutien financier de Trump.

Cet héritier qui rêvait de faire du cinéma a finalement pu bénéficier des fonds de son père pour ouvrir son propre studio, Skydance, en 2006 à l’âge de 23 ans. Après plusieurs succès au box-office, la fortune quasi sans limite de la famille lui permet de racheter Paramount en 2024, emprunt à de grosses difficultés financières. Dans le lot, il dégote même plusieurs chaînes de télévision, dont le réseau CBS.

Vague de licenciements et empire au service de l’extrême droite

À l’instar de ce que Vincent Bolloré a fait lors des rachats de médias comme CNEWS, le JDD ou Europe 1, les chaînes de télévision appartenant à Paramount ont subi des vagues de licenciements et des réorientations idéologiques. Ce fut, par exemple, le cas sur le canal d’information de CBS, à la tête de laquelle se trouve à présent Bari Weiss, journaliste bien identifiée pour ses positions très à droite, surtout à l’égard d’Israël.

Mais à présent que la famille Elisson est bien partie pour mettre la main sur la Warner, elle devrait aussi hériter des chaînes du groupe, et parmi lesquelles la célèbre CNN, bête noire de Donald Trump. Connue pour sa ligne éditoriale proche du camp démocrate, elle pourrait alors basculer sous le giron des ultraconservateurs, avec une réorientation politique en perspective. Quand on sait que l’extrême droite est déjà largement représentée par la chaîne Fox News, il y a de quoi s’inquiéter pour le pluralisme américain, particulièrement peu enclin à laisser une place à la gauche.

Une emprise culturelle ?

Mais le drame ne se cantonne pas aux médias américains, puisque Warner Bros fait partie des plus gros studios au monde avec Universal, Sony, Netflix, Apple, Amazon et donc Paramount. En fusionnant, les deux géants pourraient d’une part voir l’offre cinématographique s’effondrer. En France, plus d’un film sur dix projeté vient d’ailleurs de la Warner.

En outre, on peut aussi craindre une réduction du nombre de films et par conséquent, de diversité. C’est, du reste, ce qui est survenu lors du regroupement de Disney et 21th Century Fox. Séparément, ceux-ci produisaient en effet près de deux fois ce qu’ils fournissent aujourd’hui ensemble.

De fait, la Warner possède les droits de licences cultes, comme Harry Potter, Casablanca, Game of Thrones, ou encore le Seigneur des Anneaux. Il est, dès lors, légitime de s’inquiéter de ce que pourraient devenir ces œuvres entre les mains de l’extrême droite.

Une fusion à confirmer

Même si ce rachat doit être validé par les actionnaires de la Warner le 20 mars 2026, puis par les autorités de concurrence, il est fort probable que Donald Trump use de toute son influence pour que le projet se concrétise.

Plus que jamais, alors que les milliardaires choisissent les uns après les autres la voie de l’extrême droite pour soutenir au mieux leur pouvoir, il est essentiel que les voix progressistes s’organisent pour ériger un contre-pouvoir face à cette toute-puissance. Sans quoi, la culture, comme les médias, pourrait muer en un simple instrument de propagande du fascisme.

Simon Verdière


Photo de couverture : How A Billionaire And His Son Pulled Off The $8 Billion Paramount Deal. Forbes

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13.03.2026 à 17:32

Tabac, loups et lèpre : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.  1. Tabac : Le Royaume-Uni interdit la vente à vie pour les générations nées après 2009 C’est une décision historique et radicale : Londres vote une loi pour créer la première génération « sans […]

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Texte intégral (1009 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 

1. Tabac : Le Royaume-Uni interdit la vente à vie pour les générations nées après 2009

C’est une décision historique et radicale : Londres vote une loi pour créer la première génération « sans tabac ». En interdisant définitivement la vente de cigarettes aux mineurs actuels, même une fois adultes, le pays engage une politique de santé publique sans précédent qui suscite des débats passionnés sur les libertés individuelles. (Reporterre)

2. Victoire judiciaire pour les loups : Un coup d’arrêt aux tirs de prélèvement

Le Tribunal administratif de Marseille a annulé six arrêtés préfectoraux qui autorisaient des éleveurs des Alpes-de-Haute-Provence à tirer sur des loups. La justice a donné raison à One Voice en jugeant illégal de considérer, par principe, que les troupeaux bovins ne peuvent pas être protégés par d’autres moyens que l’abattage. (One Voice)

3. Santé mondiale : Le Chili officiellement libéré de la lèpre

Le Chili entre dans l’histoire en devenant le premier pays des Amériques à être certifié par l’OMS pour l’élimination totale de la lèpre. Cette victoire sanitaire majeure marque la fin d’un combat de plusieurs décennies contre une maladie millénaire et stigmatisante. (OMS)

4. Écologie urbaine : À Séoul, réduire ses déchets alimentaires devient rémunérateur

Pour lutter, notamment, contre le gaspillage alimentaire, la capitale de la Corée du Sud va proposer à partir de 2026 des sortes de bonus aux habitants qui réussissent à réduire le poids de leurs poubelles.(France Info)

5. Justice menstruelle : Une avancée historique pour le droit des femmes en Inde

La Cour suprême de l’Inde a ordonné au gouvernement de définir une politique nationale pour distribuer gratuitement des serviettes hygiéniques dans les écoles. L’arrêt souligne que le manque d’accès à ces protections entrave le droit à l’éducation et à la dignité des filles. (FOS Feminista)

6. Réensauvagement : Le retour spectaculaire des saumons sauvages en Californie

Après un siècle d’absence dû aux barrages, les saumons royaux réinvestissent leurs rivières natales, notamment le fleuve Klamath, en Californie, grâce à des travaux de restauration écologique massifs. Les résultats dépassent les espérances. (France Info)

7. Biodiversité : Au Botswana, l’élevage intelligent sauve les lions

Dans le delta de l’Okavango au Botswana, une technique de regroupement nocturne du bétail réduit les attaques de prédateurs, comme les lions. En diminuant les pertes pour les éleveurs, le programme évite les tirs de représailles contre les lions. (Mongabay)

8. Souveraineté alimentaire : La commune de Plessé sauve ses fermes de la disparition

Face à la pression foncière, cette commune française a mis en place une stratégie foncière anti spéculation pour préserver ses exploitations agricoles. Une réussite politique et locale qui prouve que l’extinction des fermes n’est pas une fatalité si la municipalité s’engage. (La Relève et la Peste)

9. Cantine 100% bio : Le modèle exemplaire de Mouans-Sartoux s’exporte

Avec sa propre régie agricole municipale, cette ville alimente ses écoliers en produits bios et locaux. Ce modèle de politique alimentaire globale, qui réduit le gaspillage et les coûts, devient une référence étudiée par de nombreuses villes européennes. (Vert.eco)

10. Patrimoine vert : Le combat pour sauver la plus grande bibliothèque de l’écologie

Un collectionneur passionné tente de pérenniser un fonds documentaire unique dédié à l’histoire de l’écologie. C’est une quête de mémoire pour préserver des milliers d’ouvrages et de documents souvent introuvables, essentiels pour comprendre l’évolution de la pensée environnementale. (Reporterre)

* Image de couverture – unsplash

– Mauricette Baelen

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13.03.2026 à 17:32

Iran, nucléaire et élections : les 10 actus de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suive l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine 1. Alice Cordier et son salut nazi Une photo d’Alice Cordier, dirigeante du collectif d’extrême droite Némésis, faisant un geste évoquant le symbole « SS » avec un militant néonazi, relance les accusations de liens […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suive l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine

1. Alice Cordier et son salut nazi

Une photo d’Alice Cordier, dirigeante du collectif d’extrême droite Némésis, faisant un geste évoquant le symbole « SS » avec un militant néonazi, relance les accusations de liens avec des milieux néonazis.  (Contre-attaque)

2. Offensive en Iran : Les infrastructures civiles ciblées pour provoquer l’asphyxie du pays

La stratégie militaire actuelle privilégie la destruction des centres névralgiques de l’Iran : les infrastructures de transport et les sites industriels et pétroliers, touchant aussi massivement des civils. (Le Monde)

3. Une crise énergétique mondiale à venir ?

Onze jours après le début du conflit entre Israel, l’Iran et les Etats-Unis, la fermeture du détroit d’Ormuz fait flamber le pétrole et le gaz, suscitant la crainte d’une crise énergétique mondiale. (L’Humanité)

4. Choc énergétique : L’AIE ordonne le déblocage massif des réserves stratégiques de brut

400 millions de barils de pétrole seront libérés sur le marché pour compenser la baisse d’approvisionnement causée par la fermeture du détroit d’Ormuz, après que trois navires ont été frappés mercredi matin par des « projectiles inconnus ». (Mediapart)

5. Nucléaire français : Une facture record estimée à 650 milliards d’euros

Le plan de relance de l’atome en France est sous le feu des critiques budgétaires après une facture records de 650 milliards. Entre la construction des nouveaux EPR et le prolongement des centrales vieillissantes, le coût total du chantier représenterait un investissement colossal, menaçant l’équilibre financier à long terme de la politique énergétique nationale. (Reporterre)

6. Santé publique : L’AVC, un fléau qui frappe une femme toutes les 7 minutes en France

Moins bien diagnostiquées en raison de symptômes parfois atypiques, les patientes arrivent souvent trop tard aux urgences. Un dépistage précoce pour réduire la mortalité est plus que nécessaire. (Radio France)

7. Crise climatique : Un facteur aggravant des violences sexistes et de genre

Le dérèglement du climat n’est pas qu’écologique, il est aussi social. En exacerbant la pauvreté et les déplacements forcés, les catastrophes environnementales créent des terrains favorables à l’augmentation des mariages précoces et des violences domestiques, touchant prioritairement les femmes. (Reporterre)

8. Foncier agricole : Le plafond de verre persiste pour les agricultrices de la Drôme

Malgré la féminisation croissante du secteur, 70 % des surfaces agricoles drômoises demeurent la propriété d’hommes. L’enquête pointe du doigt des barrières structurelles et des réseaux de transmission masculins qui freinent l’accès des femmes à la propriété terrienne et à l’indépendance économique. (Vert.eco)

9. Épidémiologie : Une cartographie inédite révèle la diversité des bactéries de Lyme

Des chercheurs ont dressé le premier inventaire précis des souches de Borrelia présentes dans les populations de tiques en France. Cette avancée scientifique permet de mieux comprendre la disparité des symptômes selon les régions et d’affiner les protocoles de soins pour les malades. (Le Monde)

10. Élections municipales 2026 : Le compte à rebours est lancé pour les 15 et 22 mars

Le ministère de l’Intérieur confirme le calendrier du prochain scrutin local. Les bureaux de vote fermeront leurs portes à 18h dans la majorité des communes françaises, avec une dérogation jusqu’à 20h pour les grandes métropoles. (Toute l’Europe)

* Photo de couverture : Unplash

–  Mauricette Baelen

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13.03.2026 à 05:00

Némésis : l’instrumentalisation des femmes iraniennes

Elena Meilune

Né en 2019 dans les cercles identitaires et néofascistes, le collectif Némésis a réussi un tour de force médiatique : se faire passer pour un mouvement féministe. Derrière les banderoles sur les violences faites aux femmes et les selfies avec des ministres, se dessine une réalité bien plus sombre : un groupuscule d’extrême droite raciste, dont […]

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Né en 2019 dans les cercles identitaires et néofascistes, le collectif Némésis a réussi un tour de force médiatique : se faire passer pour un mouvement féministe. Derrière les banderoles sur les violences faites aux femmes et les selfies avec des ministres, se dessine une réalité bien plus sombre : un groupuscule d’extrême droite raciste, dont le féminisme n’est qu’une arme rhétorique au service d’une idéologie xénophobe et islamophobe.

Au-delà des guet-apens organisés avec des néonazis (révélés en février 2026 par l’Humanité), les incohérences du collectif Némésis sont multiples. Et l’une des preuves les plus obscènes de leur imposture se joue en ce moment même. Alors que les frappes états-uniennes et israéliennes s’abattent sur l’Iran, Némésis agite à nouveau les femmes iraniennes comme étendard de guerre.

Soutenir Trump et Netanyahu au nom du féminisme : le paradoxe serait risible s’il ne révélait pas quelque chose de fondamental sur ce que Némésis est vraiment. Un collectif dont l’unique boussole est la haine de l’islam – et pour lequel les femmes, iraniennes ou françaises, ne sont jamais que des munitions.

Comment peut-on sérieusement prétendre défendre les femmes iraniennes en soutenant une guerre motivée non par l’émancipation du peuple mais par le contrôle géopolitique et pétrolier de la région ? Instrumentaliser la domination des femmes pour justifier une guerre impérialiste est une pratique récurrente dans l’histoire coloniale.

La rhétorique de leur « libération » sert depuis longtemps d’argument dans la propagande impériale. Némésis a simplement repeinte cette dernière aux couleurs du féminisme. In fine, les fémonationalistes soutiennent-elles les femmes iraniennes, ou plutôt la guerre impérialiste qui les tue ?

Némésis et l’Iran : la « solidarité » comme arme islamophobe

Cette manipulation ne date pas d’hier. En septembre 2022, la mort de Mahsa Amini sous les coups de la police des mœurs iranienne déclenche un soulèvement historique. « Femme, Vie, Liberté » : trois mots qui portent des décennies de résistance à l’oppression patriarcale institutionnalisée – la police des mœurs, l’apartheid vestimentaire, l’assassinat de militantes. Un mouvement autonome, iranien, populaire. Qui n’a demandé la tutelle de personne, et surtout pas celle de l’extrême droite française.

Via Les Répliques

Le collectif dirigé par Alice Cordier n’a pas tardé. Les militantes de Némésis se sont engouffrées dans les cortèges de solidarité – banderoles et caméras en main – non pour soutenir ce soulèvement, mais pour en faire un projectile orienté dans une seule direction : les mosquées de France.

La mécanique est simple et répétitive : une femme opprimée n’intéresse Némésis que si son oppresseur est musulman. La définition même du fémonationalisme poussé à son paroxysme. Parce que ce qui les intéresse ne sont pas rapports de domination et les violences systémiques massivement dirigées vers les femmes, mais l’instrumentalisation raciste.

Une idéologie plus proche de celle des mollahs que du féminisme ?

Mais c’est sur le terrain des droits reproductifs que le masque tombe complètement. En étant hostile à l’avortement, le collectif Némésis remet en cause le droit le plus fondamental qui soit : celui de disposer librement de son corps. On ne peut pas se revendiquer du féminisme d’un côté, et nier de l’autre le droit des femmes à avorter. Pas de nuance ici, juste une contradiction insurmontable qui dit tout sur la nature réelle du projet de Némésis. Dans une interview, Alice Cordier déclare, au nom du collectif Némésis :

« On considère qu’il y a énormément sinon trop d’avortements. »

Un paradoxe prend une dimension encore plus saisissante quand on regarde qui elles soutiennent. Donald Trump a méthodiquement démantelé le droit à l’avortement aux États-Unis, cible les personnes LGBT, s’appuie sur une rhétorique religieuse chrétienne autoritaire. Un autocrate qui présente structurellement plus de points communs avec le régime des mollahs – anti-avortement, anti-LGBT, répression des opposants, autoritarisme religieux – qu’avec le mouvement « Femme, Vie, Liberté ».

Némésis choisit pourtant son camp : une cohérence idéologique parfaitement assumée. Ce qui les unit à Trump et Netanyahou, ce n’est pas l’amour des femmes iraniennes. C’est l’islamophobie. Comme nous le dit si bien Florence Rochefort, chercheuse au CNRS, spécialiste de l’histoire du féminisme, ci-après :

« Leur méthode repose sur le principe de vider le discours de ses ennemis de son contenu en reprenant leurs termes et en y mettant sa propre idéologie. » 

Silence sur la Palestine et soutien à Israël : le révélateur définitif

Depuis octobre 2023, des organisations de défense des droits humains documentent à Gaza des viols, des féminicides, des massacres de femmes et d’enfants. La commission d’enquête mandatée par l’ONU a conclu à un génocide. Des violences sexuelles massives et systématiques sont commises par des soldats israéliens. Némésis : silence total. Pas une publication, pas un communiqué, pas une banderole. Mais un soutien indéfectible toutefois aux bombardements israéliens sur l’Iran.

Ainsi, si l’on suit la logique de Némésis, une femme n’est opprimée que si son oppresseur est musulman. Quand l’oppresseur est occidental, soutenu par les puissances impériales, financé par les États-Unis – les femmes disparaissent dans un silence assourdissant. Elles ne sont plus des victimes mais des dommages collatéraux acceptables dans une idéologie qui repose sur la hiérarchie des vies et la déshumanisation de celles que l’on considère « inférieures ».

Le fémonationalisme : quand l’extrême droite vole le langage féministe

Pour comprendre Némésis, il faut d’abord nommer ce qu’est ce collectif. La sociologue Sara R. Farris a théorisé en 2017 le concept de fémonationalisme : l’instrumentalisation de la rhétorique des droits des femmes par des partis nationalistes à des fins islamophobes et anti-immigration. La stratégie consiste à désigner les hommes musulmans et immigrés comme les seuls oppresseurs ; se poser en sauveurs des femmes – blanches de préférence, bien évidemment – et faire passer un discours raciste pour un discours émancipateur.

Ceci s’inscrit dans la logique portée par Marine Le Pen et le Rassemblement national : l’extrême droite s’applique à se présenter comme un rempart pour les femmes – à condition que la menace vienne exclusivement de l’islam et de l’immigration. Némésis en est l’incarnation radicale et de terrain.

Au fond, cette stratégie met en lumière une posture patriarcale très ancienne : justifier la haine de l’étranger en se posant en protecteur des femmes, tout en exigeant en retour leur docilité et leur conformité à un ordre national. Les femmes ne sont pas des sujets politiques dans cette vision. Elles sont des symboles, des munitions, des prétextes.

L’extrême droite a une longue tradition de ce type de récupération : pendant les guerres coloniales en Algérie ou en Indochine, les femmes « indigènes » étaient déjà brandies comme argument pour justifier la domination. Aujourd’hui, ce sont les femmes iraniennes, afghanes ou maghrébines qui jouent ce rôle. La géographie change, le mécanisme reste identique et peut être résumé par la formule issue d’un des textes les plus connus des études postcoloniales, paru en 1985 : « Les subalternes peuvent-elles parler ? » de la philosophe indienne féministe Gayatri Spivak  :

« Les hommes blancs sauvent les femmes brunes des hommes bruns. »

Origines et réseaux : une immersion dans la fachosphère

Némésis naît en octobre 2019. Sa fondatrice, Alice Cordier (un pseudonyme), s’est formée au sein de l’Action française, organisation royaliste et ultranationaliste. Proche de groupes néofascistes violents comme la Cocarde, Génération identitaire ou le GUD, Némésis a également une section suisse encore plus explicite : plusieurs de ses fondatrices sont liées au groupe Militants Suisses, un groupuscule néonazi. En France, des militantes de Némésis ont travaillé comme assistantes parlementaires du Rassemblement national ou ont été candidates au scrutin.

N’oublions pas non plus les révélations glaçantes de l’Humanité en février 2026, d’échanges montrant que des militantes de Némésis coordonnent des actions avec des groupuscules néonazis lyonnais pour tendre des guet-apens aux antifascistes, utilisant leurs propres membres comme « appât » pour attirer les adversaires dans des traquenards.

Et c’est une stratégie récurrente pour Némésis : s’infiltrer dans des événements de gauche avec un service d’ordre informel et des journalistes d’extrême droite, provoquer des réactions, filmer, puis aller sur les plateaux du groupe Bolloré se présenter en victimes. Selon l’analyse du chercheur Tristan Boursier (CEVIPOF) pour l’AFP :

« C’est de l’agitation-propagande : l’objectif est de faire beaucoup de bruit avec peu de moyens »

Depuis sa création, Némésis accumule les procédures judiciaires, notamment en 2023 pour « incitation à la haine raciale », « atteinte à l’image » et « mise en danger de la vie d’autrui », et en 2024 pour « incitation à la haine ou à la violence en raison de l’origine ». Sans oublier le cyberharcèlement organisé par Némésis, provoquant des vagues de haine contre des militantes féministes et des élues de gauche.

Un féminisme tronqué : tout sauf le patriarcat

Pour mesurer l’imposture du féminisme de Némésis, il suffit d’examiner ce dont il ne parle jamais. Le collectif ne se prononce pas sur l’égalité salariale les femmes gagnent encore en France en moyenne 24 % de moins que les hommes. Pas un mot sur la répartition des tâches domestiques, le harcèlement au travail, le congé parental.

Plus révélateur encore : le collectif estime que l’égalité des sexes n’est plus à l’ordre du jour, effaçant d’un trait les données glaçantes des violences faites aux femmes. Chaque année, plus de cent femmes sont tuées par leur compagnon ou ex-compagnon. En 2024, 1 283 tentatives de féminicides ont également été recensées. L’année précédente, 376 000 femmes ont déclaré avoir subi des violences conjugales, dont 228 000 ont été enregistrées par la police ou la gendarmerie.

En 2017, parmi les 108 000 victimes de viol ou de tentative de viol déclarées, 91 % connaissaient l’agresseur et 45 % des agresseurs étaient le conjoint ou ex-conjoint. On est donc très loin du mythe de l’étranger psychopathe croisé dans une ruelle sombre. À ce sujet, vous pouvez (re)lire notre dossier « Les violeurs, ces hommes ordinaires ».

Et ce n’est pas sans rappeler que 77 % les violences sexuelles dont sont victimes les enfants ont lieu dans le cadre familial. Des chiffres qui font froid dans le dos… Et qui sont délibérément invisibilisés par l’extrême droite qui instrumentalise des cas marginaux pour justifier son islamophobie.

La normalisation institutionnelle

En janvier 2025, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau félicite Némésis pour son « combat » dont il se déclare « très proche ». Même s’il est revenu plus tard sur ses propos, le mal est fait.

Alice Cordier multiplie les passages sur CNews, Europe 1 et TPMP – médias du groupe Bolloré – sans que son appartenance à l’extrême droite identitaire soit systématiquement précisée par les présentateurs. Cette fenêtre médiatique est le cœur de sa stratégie : chaque action en rue est conçue pour générer des images et des réactions, alimenter un cycle médiatique, et continuer à banaliser l’idéologie identitaire dans le paysage public français. La normalisation de Némésis n’est en fin de compte que le produit d’une extrême droite qui a réussi à coloniser le débat public en volant le vocabulaire de ses adversaires.

Quand le mot « féminazies » prend tout son sens

Némésis n’est pas un collectif féministe dévoyé. C’est un collectif d’extrême droite identitaire et raciste qui utilise le mot « féminisme » comme un costume, un laisser-passer rhétorique pour faire circuler une haine des étrangers, des musulmans, des personnes trans, dans des espaces qui lui seraient autrement fermés.

La réponse à cette imposture n’est évidemment pas de se taire sur les violences réelles subies par les femmes en Iran, en France ou ailleurs. Elle doit être de refuser que ces luttes soient confisquées par ceux et celles qui les instrumentalisent. Les femmes iraniennes méritent une solidarité qui respecte leur parole propre, leur complexité et leurs revendications réelles – pas une récupération par des groupes qui, en France même, s’opposent aux droits fondamentaux des femmes et marchent main dans la main avec des néonazis.

Elena Meilune


Photo de couverture : Alice Cordier / Capture d’écran d’une émission de BFMTV (17/02)

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12.03.2026 à 05:00

En finir avec les caricatures sur le Venezuela – Volet 5 : La grande bascule

Simon Verdiere

Après 25 ans de Chavisme, le Venezuela voit se profiler une autre élection présidentielle en 2024. À la suite d’Hugo Chávez, Nicolás Maduro vient de mener deux mandatures marquées par un blocus nord-américain, un effondrement des cours du pétrole et surtout de nombreuses violences entre force de l’ordre et opposition putschiste. Dans ce contexte, et […]

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Texte intégral (5089 mots)

Après 25 ans de Chavisme, le Venezuela voit se profiler une autre élection présidentielle en 2024. À la suite d’Hugo Chávez, Nicolás Maduro vient de mener deux mandatures marquées par un blocus nord-américain, un effondrement des cours du pétrole et surtout de nombreuses violences entre force de l’ordre et opposition putschiste.

Dans ce contexte, et alors que la situation économique s’améliorait légèrement depuis la fin de la crise du COVID-19, le chef de l’État sortant s’avance en tant que candidat pour la troisième fois, sans se douter de ce qui l’attendra dans les années à venir. Dans ce dernier volet de son enquête sur le Venezuela, Mr Mondialisation revient sur cette nouvelle période de bouleversements dans le pays de Simon Bolivar.

La grande bataille de 2024

En 2024, lorsqu’une nouvelle élection suprême approche, l’opposition est à nouveau persuadée qu’elle va la remporter, dans le sillage des médias internationaux. Nombre d’entre eux affirment d’ailleurs que les sondages donnent à l’unanimité une défaite écrasante pour Nicolás Maduro.

Une fausse information largement démentie par le journaliste Maurice Lemoine, qui produit dans un article pas moins de dix enquêtes donnant le président sortant vainqueur. En outre, l’ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique juge beaucoup de sondages « ridicule pour qui connaît le Venezuela ». Certains annonçaient, en effet, Nicolás Maduro à seulement 11 %, alors que son parti compte pourtant encore quatre millions d’adhérents.

L’extrême droite vassalisée aux États-Unis

Depuis le désaveu de Juan Guaido en 2023, l’opposition s’est tournée vers Maria Corina Machado, nouvelle cheffe de file de l’extrême droite, dont Mr Mondialisation brossait récemment le portrait, après son obtention du prix Nobel de la paix (qu’elle a offert à Donald Trump). Or, celle-ci a été rendue inéligible après avoir illégalement représenté le Venezuela à l’étranger et après avoir encouragé les sanctions économiques contre son propre pays.

« On en a fait un scandale, mais dites-moi, est-ce que Marine Le Pen ou Jair Bolsonaro ne sont pas inéligibles ? » souligne Maurice Lemoine. Il ajoute, en outre, que les faits pour lesquels elle a été condamnée sont « passibles de trente ans de prison en France ».

Quoi qu’il en soit, elle sera donc dans l’incapacité de se porter candidate, ce qui explique qu’elle ait déniché un prête-nom en la personne d’Edmundo Gonzalez Urrutia, décrit par Maurice Lemoine comme sa « marionnette ». Romain Migus, reporter pour les 2 rives, note même qu’il a « refusé de faire campagne », laissant ce soin à Machado.

Un conseil électoral parallèle

Toujours est-il que, le soir du scrutin, c’est bien le président sortant qui l’emporte à nouveau avec simplement 51,2 % des suffrages, contre 44,2 % pour son adversaire. Et comme à chaque élection remportée par les chavistes, une partie de leurs rivaux crie à la fraude.

Elle affirme d’ailleurs avoir les preuves que Gonzalez aurait « gagné avec 70 % des voix », précise Romain Migus. Maurice Lemoine, présent sur place au moment des faits pour réaliser un reportage, explique, de plus, que l’opposition a annoncé quelques jours avant le vote qu’elle « ne reconnaîtra pas les résultats du CNE, seulement les chiffres obtenus à partir de son propre système de comptage ».

Le candidat Edmundo Gonzalez Urrutia en visite au Parlement européen en 2024 – WikimediaCommons

C’est donc avec ce fameux « système » qu’elle dévoile ses conclusions alternatives via un « conseil électoral parallèle », avant même la publication des scores officiels. Elle avait en outre profité du chaos causé par une gigantesque cyberattaque contre le dispositif de transmission des résultats pour asseoir son récit. Piratage d’ailleurs revendiqué par le hacker Astra, accusé par le gouvernement d’avoir été engagé par Maria Corina Machado elle-même.

Sur un site, qui sert de « preuve de la fraude » dans toute la presse, l’opposition fait paraître une partie de procès-verbaux que le journaliste espagnol, Roman Cuesta a étudié. Et à la suite de cette analyse, il a décelé de nombreuses irrégularités dans l’immense majorité des documents.

Le manque de crédibilité de l’opposition

Romain Migus, qui avait prédit des résultats approchant de ceux annoncés par le gouvernement « après avoir observé les forces en présence », juge, quant à lui, les chiffres de l’opposition d’extrême droite « invraisemblables ».

Une impression que semble d’ailleurs avoir approuvée Donald Trump, malgré lui. Romain Migus note ainsi qu’il a « reconnu que Maria Corina Machado n’a aucun soutien au Venezuela. Passer de 70 % des voix à “aucun soutien” de l’aveu même de son plus grand partisan, c’est un peu bizarre. » Maurice Lemoine confirme : « selon la presse, c’est la femme la plus populaire du Venezuela : ce n’est pas vrai et les nord-américains le savent. »

Mais peu importe, il y a eu « une opération médiatique pour proposer à la communauté internationale un résultat avant toute publication officielle par le pays », affirme le journaliste. Dès le début, tout était fait pour orienter l’opinion et, dans tout l’occident, le fait que l’élection était truquée n’a alors plus fait l’ombre d’un doute. Et ce, même si sept candidats d’opposition de droite modérée ont finalement reconnu la victoire de Maduro, à l’inverse de l’extrême droite.

Résultat validé par la Cour suprême

Pourtant, l’intégralité des résultats a bien été transférée et « validée par le tribunal suprême de justice ». C’est exactement « ce qu’a fait Biden en 2020 » pour faire entériner sa victoire contestée par Donald Trump, note Romain Migus. On pourrait en effet ironiser sur le fait, qu’à l’époque, aucun dirigeant vénézuélien n’a affirmé pour autant que ce processus était falsifié.

Maurice Lemoine rappelle d’ailleurs qu’à « aucune élection, le Venezuela n’a présenté des procès-verbaux ». Il remarque même qu’aux États-Unis en 2020, « aucun procès-verbal n’a non plus été exposé par Joe Biden », ce qui n’a pas ému l’ensemble des médias du monde. En 2022, lorsque Jair Bolsonaro rejette également sa défaite face à Lula, c’est bien là aussi le tribunal qui a rendu une décision, sans que personne ne le conteste à l’international.

Le retour aux affaires de Donald Trump

Cet épisode électoral, malheureusement devenu habituel, est à nouveau suivi de violents affrontements entre oppositions et police ; Maria Corina Machado chauffe les esprits en lançant ce qui a tout d’un appel au coup d’État : « le devoir des forces armées est de faire respecter la souveraineté populaire ». Pourtant, à peine deux mois plus tard, toute manifestation d’envergure a cessé.

Il faut dire, que, malgré ces évènements, grâce à une économie agricole redynamisée, le Venezuela commençait à aller un peu mieux. Les relations avec les États-Unis s’étaient même largement apaisées, après que Chevron, une entreprise nord-américaine, avait été autorisée à exploiter le pétrole sur place. Joe Biden avait d’ailleurs légèrement desserré l’étau du blocus « surtout avec les besoins occidentaux provoqués par le conflit russo-ukrainien », note Maurice Lemoine.

Mais avec le retour de Donald Trump au pouvoir, la donne s’est à nouveau inversée. Le président d’extrême droite avait en effet toujours gardé en tête l’idée de reprendre la main sur les réserves de pétrole et de faire tomber le gouvernement de Nicolás Maduro.

Le faux trafic de drogues

Fin 2025, un nouveau blocus renforcé s’installe près des côtes vénézuéliennes. Un narratif très peu original, dont Hugo Chávez avait, lui aussi, été victime en son temps, est relancé par Donald Trump : le Venezuela serait la plaque tournante d’un gigantesque réseau de drogue, dont Nicolás Maduro serait le responsable. En 2020, Donald Trump avait d’ailleurs déjà offert 15 millions de dollars pour sa tête.

Selon le président nord-américain, Nicolás Maduro serait « le chef du cartel des soleils et d’une bande de narcotrafiquants qui s’appelle le train d’Aragua », détaille Maurice Lemoine. Problème, ceux-ci « n’existent pas ».

Le reporter raconte : « Le Cartel des Soleils, c’est une histoire qui est née en 1993 avant l’arrivée au pouvoir de Chávez quand on a trouvé deux généraux de l’armée vénézuélienne avec les mains dans la cocaïne. » Or, « les généraux au Venezuela ont des soleils sur les épaulettes ». Cartel des soleils est devenu une expression argotique « inventée par un journaliste » de l’époque pour désigner la corruption dans le secteur militaire. « Chaque fois qu’on a identifié un soldat impliqué dans une affaire de drogue, c’était le cartel des soleils. », rajoute-t-il.

Des cartels imaginaires

Cette légende est très vite « instrumentalisée à partir du moment où Chávez est arrivé au pouvoir et où on avait fait de lui le patron du cartel. » Des reproches qui seront ensuite repris par Donald Trump à l’encontre de Nicolás Maduro. « Or, dans les rapports de l’ONU sur les drogues, le cartel du soleil n’existe pas », martèle Maurice Lemoine.

« Les États-Unis ont d’ailleurs implicitement reconnu eux-mêmes que ce cartel n’était pas authentique »

Les États-Unis ont d’ailleurs implicitement reconnu eux-mêmes que ce cartel n’était pas authentique, puisqu’ils ont abandonné les charges qui accusaient Nicolás Maduro de le diriger. Et l’histoire est à peu près la même avec le train d’Aragua. « Une bande qui a vraiment existé », mais qui a été « démantelée », explique Maurice Lemoine. Si certains ex-membres de ce gang ont néanmoins pu se trouver dans les vagues migratoires vénézuéliennes qui ont fui vers les États-Unis, un rapport nord-américain admet lui-même que Nicolás Maduro n’y est pour rien, à l’inverse des affirmations de l’ancien présentateur de télé-réalité.

Il demeure cependant bien une partie de la drogue qui transite par le Venezuela. Mais il s’agit d’une proportion minime. « Dans tous les rapports publics de l’ONU, il y a seulement 5 % de la cocaïne qui sort par le Venezuela », rappelle Maurice Lemoine. L’immense majorité provient en effet de Colombie. Dans cette optique, « installer une flotte monstrueuse face au Venezuela pour lutter contre le narcotrafic, c’est une escroquerie », certifie le journaliste.

Des procédés révoltants

Pour Maurice Lemoine, les procédés employés sont d’ailleurs révoltants et n’ont rien à voir avec le combat contre le trafic : « Quand vous luttez contre le narcotrafic, vous arrêtez les narcotrafiquants, vous faites une enquête pour savoir d’où ça provient, où ça va, quels sont les complices. Là, ce sont des assassinats purs et simples ».

Que Donald Trump prenne l’excuse d’un tel réseau, pour s’immiscer au Venezuela, manque d’autant plus de crédibilité que celui-ci vient de gracier l’ancien dirigeant du Honduras, Juan Orlando Hernandez, condamné à 45 ans d’incarcération sous le mandat de Joe Biden pour un motif identique. Donald Trump s’était d’ailleurs fendu d’une phrase qui a de quoi faire rire (jaune) en s’adressant au détenu : « Même s’il y a des trafiquants de drogue dans votre pays […], on n’envoie pas forcément le président en prison pour 45 ans ».

Dans les faits, cette accusation de « narco-terrorisme » lancé contre Nicolás Maduro avait cela de bien pratique qu’elle permettait d’agir sans l’aval du congrès, puisque cet enlèvement n’était alors pas considéré comme une opération militaire, mais comme une intervention de police.

L’enlèvement de Nicolás Maduro

Dès lors, début 2026, alors que personne ne s’y attendait, les États-Unis bombardent Caracas et réussissent à enlever Nicolás Maduro, ainsi que Mr Mondialisation vous le racontait. Cette opération avait bien sûr pour but de déstabiliser le mouvement chaviste, voire d’en causer la chute.

Mais pour Romain Migus, cela ne fait aucun doute « toutes les institutions vénézuéliennes ont réagi à l’unisson, considérant que le président vénézuélien reste Nicolás Maduro et qu’il est empêché d’exercer et donc que Delcy Rodriguez assure la présidence en charge jusqu’à la fin du mandat en 2030 ». Dans les rues, des foules massives ont exigé la libération du chef de l’État.

Delcy Rodriguez pour perpétuer le Chavisme ?

Certains observateurs craignent maintenant une trahison du chavisme de la part de la vice-présidente Delcy Rodriguez, à présent au pouvoir. Quelques-uns vont même jusqu’à supposer qu’elle serait à l’origine de l’enlèvement de Maduro avec un accord secret avec la CIA.

Des supputations auxquelles ne croit pas Maurice Lemoine pour qui il s’agit d’une « théorie d’enfumage pour essayer de diviser les forces chavistes et briser la cohésion du gouvernement. » Il rappelle d’ailleurs que sur ses premières déclarations, Delcy Rodriguez est « dans la ligne de Maduro ». Bien qu’elle se soit dite prête à travailler avec les États-Unis « sur la base d’un pays souverain », ce sont exactement les positions tenues par Maduro, encore quelques jours avant sa capture.

Trump cherche à semer la zizanie

Selon lui, les déclarations élogieuses de Donald Trump envers elle seraient donc un savant « calcul » du président d’extrême droite pour « semer la zizanie » et « la confusion » au sein des soutiens du mouvement bolivarien. Perche d’ailleurs déjà saisie par certains médias, y compris à gauche.

« le peuple vénézuélien n’accepte aucun ordre venant de l’extérieur. »

Mais Delcy Rodriguez a appelé tout le monde à rester tranquille face à ces manœuvres : « l’ennemi travaille. L’ennemi externe et l’extrémisme interne ; ils travaillent pour la division de notre peuple ; la meilleure réponse est le calme, la patience et la prudence stratégique ».

Pour maintenir la paix dans le pays, elle a même consenti à relâcher « 600 personnes emprisonnées pour des délits ou des crimes à caractère politique », excluant cependant les individus liés au narcotrafic ou ayant fait couler le sang. Mais elle garde la main ferme face à Washington, signifiant que « le peuple vénézuélien n’accepte aucun ordre venant de l’extérieur. »

Romain Migus n’adhère pas non plus à la théorie de la trahison, rappelant que, depuis sa cellule, Nicolás Maduro a renouvelé « toute sa confiance » à la vice-présidente en charge de le suppléer. Cette dernière raconte d’ailleurs que durant l’enlèvement du chef de l’État, les autorités nord-américaines l’auraient contactée pour lui faire croire que Maduro avait été tué et qu’il en serait de même pour elle si elle ne se soumettait pas.

Avant de découvrir la supercherie, celle-ci leur aurait alors répondu « être prête à subir le même sort ». Puis, elle a persisté au moment de son investiture : « Le Venezuela ne redeviendra jamais la colonie d’aucun empire. »

Pétrole, pétrole

Évidemment, au-delà des accusations fallacieuses de Donald Trump, la véritable raison de cette intervention, comme toutes les précédentes, est bien de remettre la main sur les réserves d’hydrocarbures du pays.

Comme le rappelle Maurice Lemoine, le président nord-américain ne s’en cache d’ailleurs pas, puisqu’il déclarait : « les Vénézuéliens nous ont volé notre pétrole, nous ont volé nos terres, nous ont volé nos terres rares. Ils doivent les rendre immédiatement. ». Face à ces propos, le journaliste ne mâche pas ses mots et dénonce une « opération coloniale » menée par « une mafia qui est en train de s’emparer d’un territoire parce qu’il veut ses richesses » et qui aspire aussi à « évacuer de l’Amérique latine, la Chine et la Russie ».

Vision colonialiste

Pourtant, selon le journaliste, ce sont les États-Unis eux-mêmes qui ont poussé le Venezuela dans les bras de la Chine et de la Russie. Leurs mesures coercitives unilatérales ont privé le pays de son principal partenaire commercial.

Si le Venezuela a signé des contrats avec la Chine et la Russie, ce n’était pas « par proximité idéologique » avec ces pays avec qui [le Venezuela] n’a rien à voir », rappelle Maurice Lemoine, mais bien pour sa survie économique. Il note d’ailleurs que « la Chine est devenue le premier partenaire commercial de quasiment toute l’Amérique latine, y compris des gouvernements de droite ».

Ces coopérations se font plutôt sur la base d’intérêts communs et non dans une logique de subordination, un peu comme le faisait dans les années 50 « le mouvement des non-alignés pour sortir de la colonisation » et du monde bipolaire avec États-Unis d’un côté et URSS de l’autre.

« Cuba a été poussé dans les bras de l’Union soviétique ».

Pour le rédacteur de « mémoire des luttes », cette situation rappelle la manière avec laquelle « Cuba a été poussé dans les bras de l’Union soviétique ».  Si la connexion a été rompue avec les États-Unis, c’est bien du fait de leur comportement : ils n’ont jamais cessé de considérer l’Amérique du Sud comme leur chasse gardée.

Une guerre totale peu probable

Difficile, toutefois, de spéculer sur l’avenir, d’autant plus que Donald Trump continue à menacer le Venezuela. Mais Maurice Lemoine craint un nouveau blocus encore renforcé et que les États-Unis ne refassent « ce qu’ils ont déjà fait : affamer la population. Soit pour qu’elle se retourne contre Delcy Rodriguez, soit pour que cette dernière cède le pouvoir ».

Pour autant, le journaliste ne « croit pas à une occupation » possible au sol, tant un grand nombre de gens semble prêt à protéger le pays, y compris par « la lutte armée ». Il rappelle ainsi que « deux à trois millions de Vénézuéliens s’entraînent régulièrement pour défendre la patrie ». Se lancer dans une telle guerre engendrerait donc de très lourdes pertes nord-américaines.

L’avenir du Venezuela

Romain Migus se veut plus optimiste, jugeant qu’une « partie des sanctions va être levée ». Il note d’ailleurs que les échanges commerciaux entre le Venezuela et l’entreprise nord-américaine Chevron devraient déjà être facilités rouvrant la voie au dollar.

Pour le journaliste, il ne faut cependant pas y voir la fin du Chavisme ou un virage à 180°. Certes, « le Venezuela a un pistolet sur la nuque », mais il reste un « État souverain ». Donald Trump a sans doute compris qu’il ne pouvait pas contrôler le Venezuela. Pour autant, il n’a pas renoncé au pétrole de la région, d’autant plus vis-à-vis de la Chine.

Vers une normalisation ?

Dans cette optique, il pourrait donc bien mettre de l’eau dans son vin et ouvrir la voie à des échanges commerciaux avec le Venezuela. D’autant plus que le fait d’avoir enlevé Nicolás Maduro lui offre un « trophée » qui lui permettrait de ne pas perdre la face auprès de sa base. Dans ces conditions, la production pétrolière de la nation pourrait en tout cas repartir de plus belle.

Il serait bien sûr risqué de tirer des plans sur la comète dans un sens comme dans l’autre, mais il semblerait que Delcy Rodriguez soit pour le moment déterminée à perpétuer l’héritage du chavisme, ainsi qu’en témoignent déjà ses premières mesures sociales qui n’ont rien de décisions « d’un pays sous tutelle », souligne Romain Migus. En outre, elle a également tenu à affirmer sa volonté de pouvoir commercer avec n’importe quel État du monde, que ce soit les États-Unis ou la Chine. Reste à savoir si l’avenir lui permettra.

Simon Verdière


Photo de couverture : Delcy Rodriguez, présidente par intérim du Venezuela – Wikipédia

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