Alors qu’une assemblée générale antifasciste s’est vue refuser l’accès à la maison des associations de Lorient par la mairie, celle de Quimperlé, elle, a autorisé, ce samedi 21 février 2026, un rassemblement en hommage à Quentin Deranque, militant néo-nazi. Cet hommage a déclenché la mobilisation des habitant·es de Quimperlé. Reportage sur ce « tapis rouge […]
Alors qu’une assemblée générale antifasciste s’est vue refuser l’accès à la maison des associations de Lorient par la mairie, celle de Quimperlé, elle, a autorisé, ce samedi 21 février 2026, un rassemblement en hommage à Quentin Deranque, militant néo-nazi. Cet hommage a déclenché la mobilisation des habitant·es de Quimperlé. Reportage sur ce « tapis rouge » offert au fascisme et la résistance qui s’y oppose.
Le 22 février 2026, L’Humanité a dévoilé que les fémonationalistes et d’autres groupuscules d’extrême droite planifiaient, en toute décontraction, de véritables traquenards visant à attirer les militants antifascistes dans des guet-apens. Cela pourrait être ce qui a mené à l’altercation violente dans laquelle Quentin Deranque a trouvé la mort.
Quentin Deranque était un militant néofasciste ayantfréquenté la section locale de l’Action française, mouvement national‑royaliste d’extrême droite français. Il a notamment été cofondateur en 2025 d’un groupuscule néofasciste nommé Allobroges Bourgoin, implanté en région iséroise. Il a participé à des rassemblements liés à des mouvements identitaires ou nationalistes, associé à la mouvance néofasciste, comme le Comité du 9 Mai.
L’antifascisme quimperlois mobilisé pour des «valeurs de solidarité, d’égalité et de respect »
Lorsque les habitant·es de Quimperlé ont appris qu’un hommage à un militant néofasciste, programmé le samedi 21 février 2026 et porté par un ancien candidat de Reconquête, avait été autorisé, la réaction ne s’est pas fait attendre. En l’espace de quelques heures à peine, l’indignation a laissé place à l’action… Très vite, une mobilisation citoyenne s’est organisée, déterminée à faire entendre une autre voix et à affirmer les valeurs de la ville.
« Ce samedi 21 février à 14h30, au prétexte d’un hommage à Quentin Deranque, l’extrême droite se rassemblera place Charles de Gaulle à Quimperlé. Face à cette initiative, nous appelons à une mobilisation citoyenne, pacifique et déterminée, pour affirmer haut et fort nos valeurs de solidarité, d’égalité et de respect. Face au déferlement réactionnaire en cours, nous, habitant·es du pays de Quimperlé, appelons celles et ceux qui ne se reconnaissent ni dans l’exclusion ni dans la nostalgie autoritaire la plus rance à s’opposer fermement à ce qu’un tel rassemblement puisse se tenir dans notre ville. Ils voudraient que le silence fasse loi, que l’habitude de la peur l’emporte, que la résignation devienne paysage. Que notre présence dise simplement ceci : ici, la peur ne gouverne pas. »
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
C’est par ce communiqué diffusé dans l’urgence que des habitant·es du pays de Quimperlé ont appelé au rassemblement antifasciste. Marie*, habitante de Quimperlé qui a rejoint ce rassemblement antifasciste nous raconte : « Je dirais qu’on était environ 200 personnes, donc beaucoup plus que le rassemblement en hommage à Deranque qui comptait une cinquantaine de personnes au maximum. Le rassemblement était très pacifique, nous nous sommes retrouvé·es à partir de 14 heures sur la place Hervo, autour des Halles de Quimperlé, et nous sommes resté·es pendant 1h30 environ. »
« Des gens ont convergé de différentes villes du Finistère pour soutenir l’antifascisme. Des slogans ont été scandés dont « pas de facho ni en ville ni en campagne » ET « siamo tutti anti fascisti » (ndlr : slogan italien signifiant « Nous sommes toustes antifascistes »). En parallèle, le rassemblement pour Deranque a été très bref, les gens sont parti·es tôt, vers 15 heures. »
Juliette*, également habitante de Quimperlé se réjouit : « Ça a fait beaucoup de bien à toustes de voir qu’on était si nombreuxses, que tant de monde a répondu à l’appel ! C’était très intergénérationnel, représentatif de la population de la ville. On a vu un Quimperlé deter’ et bienveillant ! Et les prises de paroles et les chants de chorale ont donné beaucoup d’énergie pour les combats à mener ! »
Le rassemblement en hommage à Deranque comptait une cinquantaine de personnes au maximum.
Une forte présence policière, armée de lanceur grenade et de LBD,est remarquée entre la place Charles de Gaulle, lieu de l’hommage fasciste, et la place Hervo, lieu du rassemblement antifasciste. Marie témoigne : « Il y a eu la proposition que le rassemblement antifasciste rejoigne la place Charles de Gaulle, une fois que l’hommage à Deranque était terminé et que la place était libre, mais la police a refusé, indiquant qu’elle avait l’ordre de ne pas laisser passer les habitant·es de Quimperlé opposé·es à cet hommage. » Elle ajoute que « les forces de l’ordre ont fouillé les sacs des personnes venu·es place Hervo ».
Pour cette habitante quimperloise,ce dispositif répressif fait écho à celui qui avait été déployé pour la mobilisation du 10 septembre 2025 : « Certains policiers ont annoncé venir d’ailleurs, les forces de l’ordre n’étaient pas que de Quimperlé »
Le fascisme protégé, l’antifascisme réprimé
Cette protection des militant·es solidaire de l’idéologie fasciste par les forces de l’ordre, allant de paire avec la répression de l’antifascisme, est une mécanique qui se répète. Le samedi 25 février 2023 à Saint-Brévin-les-Pins, des militants d’extrême droite (Reconquête, Civitas, Riposte Laïque et autres collectifs fascistes) avaient manifesté contre un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Saluts nazis à l’appui, ils ont été couverts par un important dispositif policier. En parallèle, les 1 200 personnes venues soutenir les exilé·es et dénoncer la manifestation fasciste ont été nassées, filmées et contrôlées par 300 policiers. Quelques semaines plus tard, la maison du maire Yannick Morez, soutien du projet de CADA, avait été incendiée.
Cette normalisation du fascisme – alors même que les mobilisations de soutien à la Palestine, dont le peuple subit un génocide, sont régulièrement interdites – s’illustre de manière flagrante par l’hommage au militant néo-nazi Quentin Deuranque qui à lieu à Lyon ce samedi 21 février 2026.
Cet hommage a été organisé par Aliette Espieux. Cette dernière est porte-parole de la Marche pour la Vie, un mouvement catholique contre l’avortement et l’euthanasie, depuis 2019. Elle côtoie Academia Christiana, un mouvement catholique traditionaliste. Elle est également mariée à un néonazi, Eliot Bertin, qui était à la tête du groupuscule violent Lyon Populaire, dissous en 2025 pour apologie de la collaboration avec le nazisme et incitation à la haine contre les étrangers.
Ce samedi 21 février 2026, dans le cortège, des salut nazis ont été perpétuées parmi les premiers rangs. Des insultes homophobes et racistes ont fusé, notamment « À bas les bougnoles, à bas les PD », malgré les tentatives de dissimulation du service d’ordre.
Cette décomplexion fasciste est corroborée par Dav Shariaty qui sonne l’alerte : « À Rennes, un des manifestants porte une veste Helly Hansen aux initiales HH. Ils se défendront du dogwhistle en disant que ce sont de très bonnes vestes, mais un néo-nazi ne saurait ignorer le sens des lettres HH ou du nombre 88, alors nous n’ignorons pourquoi ils les portent. Veste qu’avait portée le député RN, Julien Odoul. »
Le phénomène s’étend également aux campus universitaires.Rien qu’entre le 30 janvier 2025 et mars 2025, le Monde rapportait que cinq faits antisémites dans les campus avaient été signalés, incluant des saluts nazis, avec plusieurs auteurs présumés liés au syndicat étudiant UNI, illustrant la porosité entre certains milieux universitaires et l’extrême droite identitaire.
Quand l’État honore un néonazi et ignore ses victimes
Le 17 février 2026, l’Assemblée nationale a observé une minute de silence en hommage à Quentin Deuranque. Cette initiative, demandée par Éric Ciotti, président du groupe Union des droites Républicaines, a été approuvée en conférence des présidents, avec le soutien de la présidente Yaël Braun‑Pivet. La plupart des groupes parlementaires y ont participé, malgré l’absence de plusieurs députés de La France Insoumise.
À peine quelques semaines plus tôt, d’autres vies humaines avaient été fauchées, victimes directes de la haine promue par Deuranque et son idéologie, mais sans qu’aucune minute de silence ni hommage officiel ne soit organisée.
Aboubakar Cissé, 22 ans, a été poignardé dans une mosquée à La Grand‑Combe (Gard) le 25 avril 2025, alors qu’il préparait la salle pour la prière. L’attaque, accompagnée d’insultes islamophobes, est largement considérée comme un crime raciste et religieux.
Angela Rostas, 40 ans, tuée chez elle le 22 février 2024 alors qu’elle attendait un enfant, dans une attaque visant sa communauté rom.
Comme le montre le meurtre d’Ibrahim Ali à Marseille le 21 février 1995 par un militant du Front national, ces crimes visent des personnes clairement désignées par la propagande d’extrême droite.
Le contraste est alors saisissant : un hommage officiel est rendu à celui qui incarnait cette idéologie de haine, tandis que les victimes racisées restent oubliées, ignorées par les institutions. Cette dissonance illustre un décalage profond entre le traitement symbolique accordé à certains et la reconnaissance de vies humaines fauchées au nom de l’intolérance et du racisme.
« Aujourd’hui, à Lyon, une manifestation d’extrême droite a été autorisée et s’est tenue. Dans le même temps, la photo d’un militant d’extrême droite a été déployée sur un bâtiment institutionnel, l’hôtel de Région. […] Dans un contexte marqué par des actes racistes, des attaques contre des lieux de culte et une restriction répétée des mobilisations écologistes, antiracistes ou de solidarité internationale, ces choix envoient un signal politique extrêmement grave : celui d’une banalisation de l’extrême droite dans l’espace public et institutionnel.
L’État de droit ne se mesure pas seulement aux textes, mais aux symboles qu’il accepte, aux peurs qu’il reconnaît et à celles qu’il ignore. Aujourd’hui, beaucoup de citoyennes et de citoyens, en particulier racisés et musulmans, se sentent moins protégés qu’hier. Cette hiérarchisation implicite des causes, des émotions et des vie met en danger le contrat social. Le Pacte Lyon respirable réaffirme avec force que l’antiracisme, l’écologie et la justice sociale ne sont pas des. variables d’ajustement de l’ordre public. Il y a urgence à faire front contre la normalisation de l’extrême droite et à reconstruire un contrat social fondé sur la l’égalité réelle, la dignité et la sécurité de toutes et tous. »
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
La résistance bretonne fait masse
Depuis Quimperlé, Émile*, habitant présent lors du rassemblement opposé à l’hommage à Quentin Deuranque, appuie le constat du Pacte Lyon respirable et la nécessité d’un front antifasciste : « C’est comme si tout était inversé : on diabolise la solidarité, tandis qu’on laisse proliférer les discours haineux, racistes.À Quimperlé, on se disait qu’on était épargné·es : on est une ville de gauche, une ville vraiment vivante, tout le monde s’entend bien. Alors quand j’ai appris que même ici, un ex-candidat Reconquête essayait d’importer ses idées nauséabondes, ça m’a mis un coup.
On pouvait pas rester sans réagir ! Et c’est ce qu’on a fait : aujourd’hui on est 200 à dire que l’extrême-droite n’a pas sa place à Quimperlé. J’ai reconnu des voisin·es, des commerçant·es, et ça fait vraiment du bien. On sait qu’ici, on va résister. »
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
Ce front antifasciste breton ne date pas d’hier. À l’automne 2023, le Collectif antifasciste du Morbihan (CAM) avait publié une lettre d’information dénonçant An Tour‑Tan comme un mouvement d’extrême droite implanté à Vannes et appelant à se mobiliser contre la diffusion de ses idées xénophobes et racistes.
À Lorient, des groupes antifascistes luttent contre le groupuscule fasciste La Digue, dénonçant ses attaques ciblées,notamment ses messages homophobes, transphobes et misogynes, ses tentatives de diffusion d’une idéologie nationaliste, ainsi que les agressions répétées contre le bar Le Concept à Lorient. Ce qui a poussé le député Damien Girard à demander sa dissolution en février 2025, toujours sans effet.
Des collectifs antifascistes et étudiants se sont mobilisés pour repeindre l’escalier dans ses couleurs originales, affirmant leur solidarité avec la communauté LGBTQIA+ et leur opposition à l’extrême droite.
Ce front s’illustre également par le positionnement de la CGT qui a annoncé que le syndicat « ne transigera jamais sur ses valeurs ».En effet du fait de sa présence aux côtés du candidat Rassemblement national pour les élections municipales 2026 à Lorient (Morbihan), Daniela Tiris a été invitée à quitter la CGT. Le syndicat prône « zéro tolérance pour l’extrême droite ».
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
Quelle suite pour l’antifascisme breton ? Marie rapporte qu’une prise de parole spontanée a annoncé « la proposition de l’organisation d’un carnaval antifasciste à Quimperlé dans les prochaines semaines ». Une perspective joyeuse qui permet de tenir le front des solidarités.
– Mr Mondialisation
*Les prénoms des personnes interviewées ont été modifiés pour préserver leur sécurité.
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Dans l’Aude, redonner de l’espace aux rivières pour prévenir les crues Le département a choisi de désartificialiser et recréer zones humides et champs d’expansion pour absorber et ralentir les crues, avec des effets […]
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.
1. Dans l’Aude, redonner de l’espace aux rivières pour prévenir les crues
Le département a choisi de désartificialiser et recréer zones humides et champs d’expansion pour absorber et ralentir les crues, avec des effets jugés efficaces notamment à Trèbes. En élargissant les cours d’eau, les débordements deviennent anticipables et moins destructeurs. (La Relève et la Peste)
2. « QuitGPT » : un boycott contre ChatGPT après un don à Trump
Une campagne de boycott de « QuitGPT » a été lancée après un don de 25 millions de dollars de Greg Brockman, cofondateur d’OpenAI, à Donald Trump. Le collectif appelle à résilier les abonnements et à se tourner vers d’autres chatbots. (Vert)
3. À Clermont-Ferrand, une épicerie remplace l’hypermarché fermé
Après la fermeture d’Auchan, laissant 200 salariés sans emploi, Hélène Nguyen a ouvert Wassana, une épicerie multiculturelle pour recréer un commerce de proximité et un lieu de sociabilité. Fragilisée par des soucis de trésorerie, la boutique tente de répondre aux besoins d’un quartier populaire privé de grande surface. (Reporterre)
4. EDF condamnée pour le licenciement d’un lanceur d’alerte
Le conseil de prud’hommes de Paris a condamné EDF à verser 250 000 euros à Arnaud Begin, ex-cadre nucléaire mis à la retraite d’office après avoir dénoncé harcèlement et écarts de sûreté. La justice a requalifié cette mise à la retraite en licenciement nul, pour violation de sa liberté d’expression.(Reporterre)
5. Braconnage des rhinocéros : baisse de 16 % en Afrique du Sud en 2025
Le braconnage de rhinocéros a reculé de 16 % en 2025 en Afrique du Sud, selon les autorités, grâce au renforcement des mesures de protection et des poursuites judiciaires. Les défenseurs de la faune alertent toutefois : le trafic reste actif et la lutte est loin d’être terminée. (World Animal News)
6.Près de 9 000 amphibiens sauvés grâce à des filets en Drôme
À Moras-en-Valloire, la LPO et des étudiants ont installé 250 mètres de filets le long d’une route pour protéger les amphibiens durant leur migration prénuptiale. Depuis 16 ans, l’opération a permis de sauver 8 584 grenouilles et tritons menacés d’écrasement. (ICI Drôme Ardèche)
7. Record historique de ponte pour un papillon rare au Royaume-Uni
Le thécla du bouleau (Thecla betulae), papillon rare britannique, a atteint en 2025 son plus haut nombre d’œufs jamais recensé. Cette hausse est liée à des haies laissées en croissance libre, favorables à sa reproduction. (Butterfly Conservation)
8. Capri limitera les groupes touristiques à 25 personnes
Dès l’été 2026, l’île italienne de Capri interdira les groupes de plus de 25 personnes et imposera l’usage d’écouteurs pour les guides afin de réduire les nuisances liées au surtourisme. La mesure vise à fluidifier la circulation dans les ruelles étroites et à préserver la tranquillité des habitants. (La Libre)
9. SNCF : préavis de grève des contrôleurs pour les vacances parisiennes
Les contrôleurs SNCF ont déposé un préavis de grève pour le week-end des vacances scolaires de la région parisienne, faisant planer un risque de perturbations sur les départs. Le mouvement porte sur des revendications liées aux conditions de travail et à l’organisation interne.(Le Monde)
10. Un escargot des Bermudes officiellement sauvé de l’extinction
Un petit escargot terrestre endémique des Bermudes a été officiellement retiré de la liste des espèces menacées, après avoir frôlé l’extinction. Sa sauvegarde est le résultat d’un programme de reproduction et de réintroduction mené sur plusieurs années.(Le Monde)
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.13 335 millionnaires sans impôt sur le revenu : Bercy contredit la ministre Une note de Bercy révèle que 13 335 contribuables assujettis à l’IFI (patrimoine immobilier d’au moins 1,3 million d’euros) ne paient aucun […]
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.
1.13 335 millionnaires sans impôt sur le revenu : Bercy contredit la ministre
Une note de Bercy révèle que 13 335 contribuables assujettis à l’IFI (patrimoine immobilier d’au moins 1,3 million d’euros) ne paient aucun impôt sur le revenu, contredisant les déclarations d’Amélie de Montchalin devant les députés. (L’Humanité)
2. Menace à la bombe contre LFI : le siège évacué
Le siège de La France insoumise a été évacué après une menace à la bombe, dans un climat d’intimidations et de menaces racistes visant le mouvement depuis la mort de Quentin Deranque. (L’Humanité)
3.Tchétchénie : la succession de Kadyrov en toile de fond
Gravement malade, Ramzan Kadyrov serait en fin de règne, ouvrant une bataille feutrée entre ambitions familiales, intérêts oligarchiques et enjeux sécuritaires autour de la succession en Tchétchénie. (Mediapart)
4. Liberté de la presse : 91 entraves recensées en 2024
L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse a comptabilisé au moins 91 atteintes au droit d’informer en 2024, pour son premier rapport annuel. Les forces de l’ordre et des acteurs liés à l’extrême droite sont désignés comme principaux responsables. (Mediapart)
5. Procès de l’addiction aux réseaux : Zuckerberg face au jury
Suite à de nombreuses plaintes pour dépressions et suicides, Mark Zuckerberg doit témoigner à Los Angeles dans un procès accusant Meta et Google d’avoir conçu leurs plateformes pour rendre les jeunes dépendants, au détriment de leur santé mentale. (20 minutes)
6.Voitures de fonction : un privilège masculin et coûteux
En France, 1,5 million de voitures de fonction profitent surtout aux hommes cadres supérieurs : 75 % des bénéficiaires sont des hommes et 50 % sont cadres, pour un usage majoritairement personnel. Cela coûte 1,8 milliard à l’État. (Reporterre)
7. Roundup : Monsanto propose 7 milliards de dollars pour solder les poursuites
Monsanto a annoncé un accord pouvant atteindre 7,25 milliards de dollars pour régler aux États-Unis les plaintes liées au Roundup, herbicide au glyphosate classé « cancérogène probable » par le Circ. (Reporterre)
8. Grand Est : deux puits de pétrole vers une réouverture
La SPPE veut relancer deux puits de pétrole dans l’Aube et la Marne, avec une exploitation prévue fin 2027-début 2028 pour 74 000 tonnes d’ici 2039. L’Autorité environnementale n’identifie pas de « risque majeur », mais pointe des émissions « notables » estimées à 244 000 tonnes de CO₂. (Reporterre)
9. Jeff Bezos, propriétaire du Washington post, détruit la démocratie
Le Washington Post supprime 300 postes après 400 en trois ans, sur fond de pertes, tandis que son propriétaire, Jeff Bezos est accusé d’influencer sa ligne éditoriale et d’en réduire l’indépendance. Amazon finance en parallèle un film sur Melania Trump pour 75 millions de dollars, relançant les critiques sur l’usage politique de sa fortune. (Vert)
10. Violences au tribunal : la lanceuse d’alerte condamnée
Une policière a été reconnue coupable pour avoir filmé des images de vidéosurveillance montrant des coups portés par une collègue sur un déféré au tribunal de Paris, mais a été dispensée de peine. Les violences révélées ont été classées sans suite, tandis que l’agente mise en cause n’a pas été condamnée pénalement. (StreetPress)
L’affaire Epstein ne se limite pas à un scandale de pédocriminalité. Elle met au jour un enchevêtrement de relations entre finance, pouvoir politique, universités et industries sécuritaires. Les documents récemment rendus publics par le Département de la Justice américain (DOJ) dessinent les contours d’un réseau international ancré au sommet d’élites issues notamment des États-Unis, de […]
L’affaire Epstein ne se limite pas à un scandale de pédocriminalité. Elle met au jour un enchevêtrement de relations entre finance, pouvoir politique, universités et industries sécuritaires. Les documents récemment rendus publics par le Département de la Justice américain (DOJ) dessinent les contours d’un réseau international ancré au sommet d’élites issues notamment des États-Unis, de la Russie, d’Israël, de la France, du Royaume-Uni et des Émirats arabes unis.
Epstein n’apparaît pas comme l’agent d’un État, mais comme un intermédiaire évoluant dans un capitalisme globalisé où la concentration des richesses facilite l’accès aux centres de décision. Son ascension s’inscrit dans un environnement où relations privées, logiques financières et influence géopolitique se superposent.
Les 3,5 millions de nouveaux documents rendus publics montrent qu’il circulait notamment entre milliardaires américains, responsables israéliens, oligarques russes et figures politiques européennes. L’affaire met ainsi en lumière un système d’intermédiation transnational où argent, accès et pouvoir se renforcent mutuellement.
L’affaire Epstein : un réseau global enraciné dans le système américain
L’ascension sociale et financière de Jeffrey Epstein s’est structurée dès les années 1980 à New York, avant de prendre une ampleur décisive dans les années 1990-2000, au sein d’un environnement marqué par l’hyper-financiarisation et la concentration extrême des richesses. Ancien enseignant reconverti dans la gestion de fortunes pour des clients ultra-riches comme Leslie Wexner, il fréquente assidûment des figures telles que Donald Trump, Steve Bannon (ancien conseiller de Trump) ou Elon Musk.
Dans les nouveaux documents rendus publics par le DOJ, le nom de Trump revient des milliers de fois. Le dossier révèle des liens étroits entre les deux hommes, et notamment de multiples rapports du FBI et des plaintes déposées devant un tribunal fédéral.
De nombreux documents accusent Trump et Epstein d’avoir violé et sexuellement exploité une jeune fille de 13 ans, notamment : EFTA01683591, EFTA01683870, EFTA00129126. Des relevés de vol montrent également que Trump a voyagé à bord du jet privé d’Epstein au moins huit fois entre 1993 et 1996.
Jeffrey Epstein est condamné en 2008 en Floride pour « sollicitation de mineure à des fins de prostitution ». Mais l’accord de non-poursuite négocié avec le procureur fédéral de Floride lui permet d’avoir une peine dérisoire de 13 mois en prison (avec sorties quotidiennes) et une immunité pour d’éventuels complices, un traitement de faveur qui choque encore aujourd’hui. L’enquête du Miami Herald (2018) a joué un rôle clé dans la réouverture du dossier, mettant en lumière les circonstances opaques de cet accord.
Malgré sa condamnation, Epstein a continué de cultiver des liens étroits avec des institutions académiques prestigieuses, notamment Harvard, introduisant notamment de nouveaux donateurs, conservant ainsi un accès significatif aux cercles académiques malgré son casier judiciaire – un scandale révélé par un rapport interne en 2020.
Russie : Epstein, courtier d’influence et recruteur systématique aux portes du Kremlin
Les nouveaux documents du dossier Epstein révèlent une de ses obsessions : Vladimir Poutine, cité 1 005 fois. On y voit une volonté persistante de s’en approcher par l’intermédiaire de contacts de haut niveau. En 2013, Epstein écrit à Ehud Barak, ministre de la Défense israélien, que l’homme d’État norvégien Thorbjørn Jagland va rencontrer Poutine à Sotchi. Epstein précise que Jagland lui a demandé s’il pouvait se rendre disponible pour rencontrer le président russe afin de lui expliquer comment la Russie pourrait « structurer des accords pour attirer les investissements occidentaux ».
Jeffrey Epstein rencontrait aussi régulièrement Vitali Tchourkine, ambassadeur russe à l’ONU, et aurait aidé son fils Maxim à obtenir un poste dans une société de gestion de patrimoine à New York.
Après la mort soudaine de Tchourkine en 2017, Epstein cherche à établir un contact avec Sergey Lavrov.En 2018, il écrit à Jagland pour lui demander de transmettre à Poutine que Lavrov devrait entrer en relation avec lui. Il dit également que : « Tchourkine était génial. Il a compris Trump après [nos] conversations. Il doit être vu comme quelqu’un qui obtient quelque chose. C’est aussi simple que cela. »
Ses relais russes incluent également Sergey Belyakov, ancien fonctionnaire lié au FSB (Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie) et organisateur du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, décrit comme « un très bon ami ».En 2015, Epstein lui demande conseil dans une affaire de chantage impliquant une « fille russe de Moscou » et des hommes d’affaires new-yorkais.
La même année, après avoir participé au Forum de Saint-Pétersbourg, Ehud Barak écrit à Epstein pour lui faire part de ses rencontres avec plusieurs responsables russes, dont Lavrov et Elvira Nabiullina.
Epstein échange également avec Oleg Deripaska, oligarque sous sanctions américaines, ainsi qu’avec Masha Drokova, ancienne membre du mouvement pro-Kremlin Nashi, qui lui écrit en 2019 : « Je n’aurais jamais créé mon fonds sans tes idées. »
Au-delà de cette volonté manifeste d’approcher le Kremlin, les documents révèlent une autre constante : le recrutement de jeunes femmes russes. Des dizaines de mentions de « russian girls » apparaissent dans les archives, avec des formulations répétitives telles que « Meeting my new russian girls » ou « Met some russian girls, not that cute but they have girlfriends ».Ces échanges suggèrent une logique de recrutement structurée, dans laquelle la Russie et l’Europe de l’Est constituaient un vivier régulier pour alimenter son réseau.
Barre de recherche sur le site du DOJ : https://www.justice.gov/epstein
Israël : Epstein, Ehud Barak et l’exportation d’un État surveillant
Les documents récents du DOJ et les fuites de mails révèlent un rôle central et organisé de Jeffrey Epstein dans des opérations d’influence et de sécurité israéliennes, en collaboration étroite avec Ehud Barak, ancien Premier ministre et ministre de la Défense. Dès 2012, alors que Barak est encore ministre de la Défense (sous le gouvernement de Benjamin Netanyahou notamment), Epstein intervient dans la rédaction de messages politiques pour Barak et des échanges avec Elon Musk sur l’implantation de Tesla en Israël.
Une enquête du média d’investigation Drop Site publiée en novembre 2025 montre qu’en juin 2012, Ehud Barak rencontre le président ivoirien Alassane Ouattara à Jérusalem pour discuter de coopération sécuritaire. Le même jour, Dramane Ouattara, fils du président, avait un rendez-vous avec Jeffrey Epstein à New York.
Un mail issu des documents rendus publics en 2026 montre par ailleurs qu’Epstein s’informe directement auprès de Barak d’une éventuelle rencontre avec Ouattara : « Jeffrey is wondering if Ehud will be meeting with Ouattara of the Ivory Coast next week? »
Un autre mail indique que « Nina Keita a confirmé qu’elle viendrait avec son cousin Dramane Ouattara et son épouse Louise » à un rendez-vous avec Jeffrey Epstein à New York à une date et une heure précises. Un contact direct entre Epstein et des membres de la famille du président ivoirien.
La Côte d’Ivoire : un laboratoire de surveillance des communications
En 2013, Epstein organise à New York une rencontre entre Barak et Sidi Tiémoko Touré, chef de cabinet du président ivoirien. Un message d’Epstein à Barak transmet l’adresse personnelle de Touré et propose de coordonner la réunion.
L’enquête de Drop Site révèle également la transmission à Barak d’un document de 13 pages décrivant l’architecture d’un centre SIGINT destiné à intercepter appels téléphoniques et communications numériques en Côte d’Ivoire, rédigé par d’anciens responsables israéliens du renseignement. Les échanges internes mentionnent la nécessité de respecter les règles d’« export of knowledge », en référence au droit israélien sur l’exportation de savoir-faire sécuritaire.
Ces discussions se déroulent alors que la Côte d’Ivoire est encore soumise à un embargo partiel des Nations unies sur les équipements militaires. L’embargo est officiellement levé fin avril 2014, et un accord de coopération sécuritaire est signé en juin 2014 entre Israël et la Côte d’Ivoire.
Dans un échange antérieur cité par Drop Site, Epstein écrit à Barak que les troubles civils pourraient constituer une opportunité, ce à quoi Barak répond qu’il a raison mais qu’il n’est « pas simple de transformer cela en flux financier ».
Un réseau transnational au service du Mossad ?
Les rapports FD-1023 du FBI, qui consignent les déclarations de sources confidentielles, évoquent des éléments encore plus sombres. L’un de ces rapports mentionne la circulation d’une copie annotée du « Little Black Book » d’Epstein, comportant des références à Jean-Luc Brunel, à des voyages d’Ehud Barak à bord de ses avions privés et à des interactions quotidiennes avec des mineures.
EFTA00174673 – https://www.justice.gov/epstein
Dans un autre rapport, une source affirme qu’Epstein aurait été « coopté par le Mossad » et formé par Ehud Barak. Son avocat, Alan Dershowitz (lié à Harvard), est aussi mentionné comme un relais du Mossad. La source décrit Epstein comme un pont entre les élites américaines, israéliennes et russes, utilisé pour des opérations d’influence, notamment via des intermédiaires comme Jared Kushner (mari d’Ivanka Trump) – accusé de liens notamment avec des oligarques russes et Chabad, une organisation juive décrite comme un outil de Poutine pour surveiller les oligarques russo-juifs, influencer les décisions politiques américaines et blanchir de l’argent.
En 2017, des fonds sont versés à une entreprise israélienne spécialisée dans des centres de commandement sécurisés, fondée par d’anciens du Mossad et proposant des technologies à des gouvernements et agences de renseignement.
Émirats arabes unis : luxe, logistique et connexions internationales
Les documents du dossier Epstein montrent que Sultan Ahmed bin Sulayem entretenait des échanges directs et réguliers avec Jeffrey Epstein. Plusieurs mails font état de l’arrivée de femmes étrangères, notamment ukrainiennes et moldaves, accompagnée de commentaires comparant leur apparence aux photographies reçues.
Ces éléments, parmi d’autres échanges versés au dossier (EFTA01961181, EFTA01967274, EFTA01821061, EFTA02213347, EFTA01853867) montrent une coordination explicite autour du recrutement et de la logistique.
France : finance, réseaux et enquête judiciaire
Ariane de Rothschild : Paris comme espace d’intermédiation
Les mails versés aux dossiers montrent qu’Epstein utilisait Paris comme espace d’intermédiation. Même après sa condamnation en 2008, Epstein avait encore accès aux plus hauts cercles de la finance et de l’industrie européennes. En janvier 2014, il échange avec Ehud Barak au sujet d’un déplacement dans la capitale française, suggère l’organisation d’un dîner avec Ariane de Rothschild et évoque la possibilité d’y associer Sarkozy.
Dans des échanges distincts, il est précisé qu’une rencontre est prévue au domicile d’Ariane de Rothschild le 30 janvier 2014, réunissant notamment Ehud Barak et Axel Dumas (patron d’Hermès). Un mail référencé précise notamment « Mr. Dumas sera ravi de rencontrer M. Epstein et Mme de Rothschild ».
EFTA02116229 – https://www.justice.gov/epstein
Des financements pour le Rassemblement national demandés par Steve Bannon
Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, entretenait une relation suivie avec Epstein. Les documents indiquent qu’une rencontre a eu lieu à Londres entre Bannon et Louis Aliot, figure du Rassemblement National, ex mari de Marine Le Pen, suite à quoi Bannon a demandé à Epstein des financements pour le RN. Dans un mail, Jeffrey Epstein parle d’une réunion entre Bannon et des « figures de la droite française, dont le mari de Le Pen, au sujet du refinancement du Front national, car apparemment une bonne partie de leurs fonds provient de Russie. »
EFTA02601686 – https://www.justice.gov/epstein
Jack Lang et Caroline Lang : l’enquête du Parquet national financier
Le 6 février 2026, le Parquet national financier (PNF) a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant Jack Lang et sa fille Caroline Lang. Leurs deux noms apparaissent régulièrement dans les dossiers. Jack Lang a démissionné de la présidence de l’Institut du Monde Arabe le 7 février 2026, après la publication de nouveaux documents américains liés à l’affaire Jeffrey Epstein.
Selon le PNF, l’enquête porte sur des faits révélés par Mediapart concernant des liens financiers avec Jeffrey Epstein, notamment via une structure offshore. Au centre des investigations : Prytanee LLC, société créée en 2016 dans les îles Vierges britanniques – un paradis fiscal.
Cette société aurait été fondée par Epstein lui-même, avec Caroline Lang comme associée à parts égales. Le projet affiché : un fonds dédié à l’achat et la revente d’œuvres d’art à l’échelle internationale.
Royaume-Uni : le cas de l’ex-Prince Andrew
Les documents judiciaires rendus publics contiennent de multiples allégations selon lesquelles Andrew Mountbatten-Windsor aurait eu des relations sexuelles avec des mineures victimes de trafic organisé par Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell.
Mais ce n’est pas tout. Andrew Mountbatten-Windsor a été arrêté le 19 février 2026 pour suspicion de« misconduct in public office » (faute dans l’exercice d’une fonction publique). Il a été placé en garde à vue. La police examine des allégations selon lesquelles il aurait partagé des informations sensibles avec Epstein lorsqu’il occupait le poste d’envoyé spécial du Royaume-Uni pour le commerce international. La famille de Virginia Giuffre a salué l’arrestation en déclarant que « personne n’est au-dessus des lois ».
Quand l’argent relie les sommets du pouvoir
Les documents rendus publics montrent que Jeffrey Epstein évoluait au cœur de réseaux où se croisent argent, politique et sécurité. Son carnet d’adresses reliait responsables américains, figures politiques israéliennes, oligarques russes et élites européennes. Ces connexions, associées à des structures offshore et à des projets sécuritaires, dessinent un système d’intermédiation transnational.
Les échanges sur des refinancements politiques, les passerelles entre Israël, la Russie et les États-Unis, ou encore les projets en Afrique et au Moyen-Orient, montrent qu’Epstein intervenait dans des dynamiques dépassant largement le cadre criminel initial. Aucun document ne prouve l’existence d’un complot coordonné entre États. En revanche, ils révèlent la porosité constante entre finance privée, influence politique et intérêts géopolitiques.
Epstein apparaît ainsi comme un courtier de pouvoir : un acteur sans mandat public, mais capable de connecter capitaux, décideurs et technologies sensibles. Il n’est pas une dérive du système mais un aboutissement logique de celui-ci. Son affaire met en lumière un mode de fonctionnement des élites globalisées, où concentration des richesses et accès au pouvoir s’alimentent mutuellement.
Après avoir décortiqué dans le volet 1 les années Hugo Chávez, qui ont globalement été un succès populaire au Venezuela, l’arrivée au pouvoir de Nicolás Maduro verra des pressions étasuniennes s’intensifier pour remettre la main sur les réserves de pétroles de la région. Secoué par des crises sans précédent, le pays a ainsi dû affronter […]
Après avoir décortiqué dans le volet 1 les années Hugo Chávez, qui ont globalement été un succès populaire au Venezuela, l’arrivée au pouvoir de Nicolás Maduro verra des pressions étasuniennes s’intensifier pour remettre la main sur les réserves de pétroles de la région.
Secoué par des crises sans précédent, le pays a ainsi dû affronter un blocus économique extrême, des épisodes de violences ahurissantes, des exils massifs, et une propagande médiatique nationale et internationale toujours plus renforcée. Retour sur la situation pendant ce premier mandat.
Maduro sous-estimé par la droite
Lorsqu’Hugo Chávez décède d’un cancer en 2013, c’est son successeur désigné, Nicolás Maduro, qui prend les commandes de son parti, puis du pays, après sa victoire aux élections. À cet instant, la droite vénézuélienne pense pouvoir récupérer la main sur l’exécutif et le sous-estime grandement. « Au départ, Maduro, c’est un prolo, un chauffeur de bus. Vous imaginez déjà un chauffeur de bus président de la République, ça ne passe pas », explique le journaliste Maurice Lemoine dans une interview au média Elucid.
Meeting d’annonce de candidature aux présidentielles en 2013 – Flickr
Avant même le vote, la droite affiche donc un certain mépris de classe. Or, c’est bien Nicolás Maduro qui remporte d’une courte tête les élections. Et comme ses adversaires croient que Maduro n’arrive pas à la cheville de Chávez, il va subir une offensive « dix fois plus dure ». Romain Migus, journaliste fondateur du site les 2 Rives, abonde lui aussi dans ce sens : « toute l’opposition se dit qu’elle va le faire tomber ».
Pourtant, à l’inverse de ces opinions, celui qui a été ministre des Affaires étrangères de Chávez dispose d’une solide formation. Il a d’abord été syndicaliste, puis député et président de l’Assemblée nationale.
Des vagues de violences impressionnantes
Comme à chaque élection remportée par les Chavistes, leurs rivaux assurent, sans preuve, que le scrutin était truqué.« Il ne gagne pas avec 92 %, mais avec 51 %. Ce n’est pas la Corée du Nord », ironise cependant Maurice Lemoine. Puis, dans la foulée, l’opposition perd aussi les municipales et les régionales, dont elle avait voulu faire un « plébiscite » anti-Maduro.
Toujours est-il que, soutenus par les États-Unis, les adversaires du président font très vite monter la température dans les rues. « Dès le premier jour de l’élection de Maduro, onze chavistes sont assassinés et quarante-trois blessés par des groupes de choc de l’opposition. Une façon de procéder qui va perdurer pendant tout le temps où Nicolás Maduro sera au pouvoir», relate Rormain Migus.
Les leaders de l’opposition, dont Léopoldo Lopez et Maria Marina Corina Machado réclamant le départ de Maduro – Claret Vegas
Et l’année qui suit sera du même tonneau, puisqu’en 2014, on compte à nouveau«43 morts et 800 blessés ». Il ne s’agit évidemment pas de manifestations pacifiques, mais bien de véritables affrontements armés qui tournent presque à la guérilla urbaine. Ce qu’on appellera les « guarimbas » (barricades de rue) avait pour but d’organiser la « salida » (sortie) de Nicolás Maduro, comme l’opposition le disait elle-même.
Barack Obama lance les hostilités
Du côté des États-Unis, la pilule ne passe vraiment pas. Après la mort de Chávez, le pays de l’oncle Sam était persuadé qu’il allait remettre la main sur les réserves de pétrole dans lesquelles il s’était si longtemps servi sans entraves.
Ainsi, dès 2015, « les États-Unis de Barack Obama votent le début du blocus économique contre le Venezuela », explique Romain Migus. Et peu de temps après, « il est décrété que le Venezuela représente une menace pour la sécurité intérieure des USA ».
Une excuse régulièrement utilisée par de nombreux présidents nord-américains pour laisser libre cours à un interventionnisme impérialiste dans toutes sortes de régions stratégiques du monde. Dans les faits, ici, pour Romain Migus, « l’idée était d’affamer la population pour la retourner contre le chavisme ».
Étouffé par les mesures économiques
En quelques mois, la stratégie américaine fonctionne à merveille ; presque plus rien n’entre et ne sort du pays. Évidemment, comme le Venezuela est alors largement fondé sur la rente et un système d’importation, les pénuries sont massives. « Ce blocus a détruit l’industrie pétrolière, l’économie du Venezuela et de nombreuses familles », assure Romain Migus.
Maurice Lemoine précise, en outre, que les raffineries vénézuéliennes,« conçues avec la technologie des États-Unis », ne reçoivent plus de matériel et deviennent très vite « obsolètes et hors d’usage ». Au pic de ce désastre, la production de pétrole, qui était de « 3 millions de barils par jour » va descendre « jusqu’à seulement 300 000 ».
D’autant que les grandes entreprises locales, appartenant à la bourgeoisie, appuient l’initiative nord-américaine en « organisant une pénurie programmée et sélective de biens du quotidien — aliments, médicaments et produits de première nécessité — à travers l’altération des mécanismes de distribution », comme le raconte Maurice Lemoine.
Le Venezuela anéanti
Des mesures de coercition qui ne cesseront de s’intensifier au cours des années, d’autant plus avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir en 2016 (Maurice Lemoine en dénombrait plus de 960 en 2024) avec à la clef une dévaluation ahurissante de la monnaie locale et une inflation galopante. Entre 2016 et 2023, ces mesures coûtent au Venezuela pas moins de « 228 milliards de dollars »,d’après les chiffres de la banque centrale du pays.
Les effets de ces dispositifs restent difficiles à imaginer pour des observateurs extérieurs, mais Romain Migus, qui a rédigé une chronologie astronomiquement longue de ces sanctions, livre à Mr Mondialisation quelques déclarations nord-américaines pour en prendre conscience.
« C’est comme Dark Vador »
Ainsi, dans une interview au Financial Times, Thomas Shannon (ex secrétaire d’État adjoint des États-Unis en 2017) compare ce blocus « aux bombardements des alliés contre Dresde ou Tokyo en 1945 ». John Bolton, conseiller à la sécurité de Donald Trump, disait, lui, sur univision que « ce que nous faisons au Venezuela sur le plan économique, c’est un peu comme dans Star Wars, lorsque Dark Vador étrangle quelqu’un ».
Enfin, William Brownfield, ancien ambassadeur nord-américain au Venezuela, affirmait que« si nous pouvons faire quelque chose pour l’accélérer, nous devons le faire, en sachant que cela va avoir un impact sur des millions de personnes qui ont déjà des difficultés à trouver de la nourriture et des médicaments ». Et non sans cynisme, il ajoutait : « Notre objectif justifie cette sévère punition ».
Des institutions parallèles
Et en plus du désastre économique, cette technique va décourager les partisans de Nicolás Maduro : en 2015, sa formation perd le scrutin législatif. Sans surprise, cette fois-ci, l’opposition ne crie pas à la fraude électorale. Mieux, elle affirme publiquement qu’elle « se donne six mois pour renverser Maduro », dont elle n’admet toujours pas la légitimité.
Cependant, il existe des suspicions d’irrégularité sur trois députés ; la justice demande logiquement à ce que ces scrutins soient à nouveau organisés. « Refaire ces trois élections n’aurait rien changé », assure Romain Migus. Mais l’opposition refuse de s’y soumettre, ne reconnaissant pas d’autorité issue du Chavisme.
« Le tribunal suprême de justice proclame [le parlement] en outrage permanent. »
Le parlement se constitue alors comme un « véritable pouvoir parallèle », explique le journaliste. « Le tribunal suprême de justice, voyant que l’Assemblée nationale ne veut pas se plier aux règles institutionnelles du pays, le proclame en outrage permanent. Il déclare toutes les lois votées par celles-ci nul et non avenu tant que ces trois députés n’ont pas été réélus », rajoute-t-il.
L’opposition financée par les États-Unis
Mais, pendant ce temps, l’oppositionne se contente pas de procéder à un blocage administratif. Financés par les États-Unis, comme le prouve un document du Congrès daté de 2016 attestant d’un versement de 5,5 millions de dollars à des organisations antigouvernementales liées à l’opposition — en particulier d’extrême droite, incitent à l’insurrection.
Il ne s’agit pas seulement de manifestations pacifiques, qui, par ailleurs, existent aussi librement au Venezuela, mais d’affrontements d’une violence rare.« Hugo Chávez avait déjà connu des tentatives de putsch, mais celles concernant Nicolás Maduro étaient d’un tout autre niveau », explique Romain Migus. « Une partie de l’opposition est dotée d’armes à feu et tire sur la police », rappelle-t-il. Des échauffourées qui feront des dizaines de morts et des centaines de blessés.
Soutien international
Et en parallèle de ces incidents, l’intégralité des médias occidentaux, des associations humanitaires et même de l’ONU construisent un récit autour d’un Nicolás Maduro dictateur sanguinaire qui réprimerait son peuple. L’opposition élève au rang de martyre, victime de l’oppression, chaque mort des manifestations, y compris quand elle en est elle-même responsable. Présent sur place, Maurice Lemoine contera d’ailleurs de nombreux exemples de mensonges de ce type. Et tous les ans, chaque événement est un prétexte pour alimenter ce récit.
– U.S. "humanitarian aid" on the way to #Venezuela! – "Ayuda humanitaria" de los EEUU a camino de Venezuela! – "Ajuda humanitária" dos EUA a caminho da Venezuela! Via @MintPressNewspic.twitter.com/rlJUPXHt9j
En 2016, les adversaires de Maduro l’avait ainsi accusé d’avoir empêché la tenue d’un référendum révocatoire alors que l’opposition disposait des voix nécessaires pour le faire. Or, « elle n’a pas respecté les modalités de convocations. Elle l’a fait en retard, ce qui explique pourquoi ce référendum n’a pas eu lieu, conformément à la loi », assure Romain Migus. Et si, pour lui, il est « difficile de savoir pourquoi », elle a procédé de cette façon, il soupçonne qu’elle ait encore une fois voulu « se victimiser et ne pas dépendre d’un référendum qui pouvait potentiellement consolider Maduro à l’époque ».
Des violences inouïes
En 2017, le pays connaît une nouvelle recrudescence de violences, avec un processus bien huilé mené par l’extrême droite et relaté in situ par Maurice Lemoine. Chaque jour, les manifestants défilent donc « calmement le matin », puis l’après-midi arrivant, des groupes véhéments, masqués et armés « brûlent tout ce qui leur tombe sous la main » et s’en prennent à la garde nationale, qui a, du reste, « interdiction de porter des armes à feu pendant les opérations de maintien de l’ordre ».
Et contrairement à ce que dépeignent de nombreux médias, la majorité des morts observés lors de cette première moitié d’année 2017 ne sont pas à créditer à la police vénézuélienne. « Seules 15 % des victimes pouvaient être imputées » à des représentants de l’État.Ce qui n’enlève rien à la gravité de certains faits, « trente-cinq membres des forces de l’ordre » seront d’ailleurs mis en examen à la suite de ces événements, détaille le journaliste.
Des bavures réelles, mais très largement instrumentalisées
Et si Romain Migus admet que « certains policiers vénézuéliens, sur des initiatives personnelles, ont pu avoir la main lourde », il refuse pour autant d’y voir un fonctionnement systémique commandité par l’exécutif. Il cite par exemple le cas de Rafael Acosta Arevalo, militaire putschiste arrêté et torturé en prison. « Les faits étaient réels, mais les responsables ont bien été condamnés par la justice, ce qui discrédite la thèse d’un État failli »,
Maurice Lemoine ne veut pas non plus idéaliser le pays : « le Venezuela n’est pas parfait », reconnaît-il, « même s’il a beaucoup été diabolisé ». Surtout dans la mesure où, au sein de l’extrême droite vénézuélienne, le pacifisme est loin d’être un mot d’ordre.
« Certains policiers et partisans du Chavisme, ou identifiés comme tel, ont été brûlé vif sur la place publique par cette opposition », raconte Romain Migus pour bien mesurer la nature de ces troubles. « D’autres ont brûlé des universités, des garderies, des dispensaires, des hôpitaux. »Le cas du jeune Orlando Figuera, poignardé et aspergé d’essence avant d’être incendié vivant par un groupe d’opposants, simplement pour avoir soutenu Maduro, avait particulièrement marqué les esprits. D’autant plus que des motifs racistes avaient pu être évoqués.
Une opposition d’extrême droite sans limite
En définitive, ces affrontements, où une partie des protestataires n’hésite pas à utiliser des armes à feu, des couteaux, des grenades, tes tessons de bouteille ou encore des cocktails Molotov, causent des centaines de blessés. Et pour Maurice Lemoine, « cette violence insurrectionnelle repose avant tout sur l’alliance de groupes de choc fascisants et de bandes de délinquants recrutés et rétribués par les factieux de l’opposition. »
D’après le journaliste, l’extrême droite profite sans vergogne de l’extrême précarité dans certains quartiers, « offrant des chaussures, des vêtements, de la nourriture, des confiseries »à des enfants pauvres. Il ajoute : « Elle les paye jusqu’à cinquante mille bolivars pour une journée de participation aux violences ».
Attaque à la mitrailleuse
Les actions de l’opposition paraissent sans bornes. Un ex-ministre de Maduro, Luis Salas, fait alors remarquer : « Des groupes de cinquante personnes ont attaqué des installations militaires… Comment réagirait-on dans un autre pays ? ». Romain Migus confirme : « Quand un bâtiment public est attaqué avec un hélicoptère et des mitrailleuses, comment doit répondre l’État ? ».
Le journaliste a d’ailleurs réalisé une chronologie de nombreux éléments violents menés par l’extrême droite. On y compte entre autres des enlèvements, des tortures, des assassinats, et plusieurs tentatives de coup d’État. Loin de l’image d’une opposition pacifique martyrisée par un tyran sanguinaire que véhiculent les médias occidentaux.
L’ombre d’une guerre civile
Au milieu de cette violence permanente, Nicolás Maduro continue de mener la « bataille institutionnelle »et essaie de faire face à la paralysie de l’Assemblée nationale par l’opposition. Le chef de l’État lance donc un nouveau processus constituant en 2017, interdit aux membres de partis politiques. Celle-ci a pour but « d’apaiser le pays » et de « débloquer le pouvoir législatif », décrypte Romain Migus. Une tentative de sortie par le haut qui déplaît à Donald Trump, récent président élu des USA. Celui-ci décide alors de durcir les mesures économiques contre le Venezuela, lui restreignant notamment l’accès aux capitaux étrangers.
« Dans les bastions de l’opposition, des citoyens ont été menacés d’agressions physiques et même de mort s’ils participaient »
Pas intéressée, l’extrême droite perpétue encore les violences qui se multiplient. Pire, certains militants veulent aller jusqu’à empêcher le vote : « Dans les bastions de l’opposition, des citoyens ont été menacés d’agressions physiques et même de mort s’ils participaient »,explique Maurice Lemoine. À tel point que certains bureaux ont dû être déplacés pour en assurer leur sécurité. Quinze personnes perdront la vie dans ce tumulte.
Malgré tout, après avoir échappé à une autre tentative d’assassinat en 2017, Nicolás Maduro doit faire face à plusieurs groupes paramilitaires qui cherchent à lancer un coup d’État. Dans la foulée, de nombreux affrontements ont une nouvelle fois lieu, provoquant 125 morts et un millier de blessés. Dans ce contexte, le gouvernement saisit plusieurs dizaines de kilos d’explosifs et de multiples armes d’assaut. Le Venezuela est au bord de la guerre civile, alors que se profilent les présidentielles de 2018…
–Simon Verdière
→ Enquête à suivre dans le troisième volet, à partir du jeudi 26 février 2026.
Photo de couverture : Nicolás Maduro lors de la campagne présidentielle de 2013 – Flickr.
De nombreuses études ont mis en évidence le lien entre le temps passé à faire défiler les réseaux sociaux et la dégradation de la santé mentale. Mais l’impact de ces plateformes ne se limite pas aux écrans. Pour absorber l’explosion des données qu’elles génèrent, les géants du numérique multiplient la construction de méga-centres de données […]
De nombreuses études ont mis en évidence le lien entre le temps passé à faire défiler les réseaux sociaux et la dégradation de la santé mentale. Mais l’impact de ces plateformes ne se limite pas aux écrans. Pour absorber l’explosion des données qu’elles génèrent, les géants du numérique multiplient la construction de méga-centres de données à travers le monde, souvent au détriment des écosystèmes et des communautés locales. Dans le Nordeste brésilien, le peuple autochtone des Anacés se retrouve en première ligne face à cette nouvelle pression industrielle.
En 2025, ByteDance, la maison-mère de TikTok, a annoncé la construction de vastes datacenters dans l’État du Ceará. Selon l’entreprise brésilienne Casa dos Ventos, partenaire du projet, les travaux devraient débuter en 2026 et la première phase sera opérationnelle au second semestre 2027.
L’investissement annoncé de 50 milliards de réais (soit environ 9 milliards de dollars américains) sera stratégiquement implanté dans la zone du complexe industriel et portuaire de Pecém, à proximité de la ville de Caucaia. Ce choix n’a rien d’anodin. Pour cause, cette région possède plusieurs atouts stratégiques. Tout d’abord, le complexe portuaire de Pecém a largement développé ses infrastructures et sa logistique, offrant ainsi un raccordement aux réseaux de télécommunications des plus modernes.
Ses câbles sous-marins permettent d’alimenter le reste du monde en internet. De plus, le climat tempéré de la région favorise une gestion thermique des infrastructures, renforcée par une importante disponibilité d’énergies renouvelables, notamment éoliennes, qui permettra l’optimisation énergétique des datacenters, présentée comme « verte » par les promoteurs.
Le président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva, installe les nouveaux ministres d’État. Fernando Haddad est nommé ministre des Finances. 1er janvier 2023. Photo : Ricardo Stuckert/PR
Une menace pour les Anacés
Une opportunité alléchante pour les datacenters, mais destructrice pour la communauté Anacé. Ce peuple, présent dans cette région depuis presque 500 ans, a forgé un mode de vie basé sur une harmonie avec la nature. Pour les 1 500 familles que représente ce peuple, l’annonce de ce projet de construction est un véritable tremblement de terre, menaçant directement leur équilibre.
Des experts et associations environnementales mettent en garde contre les risques d’aggraver la crise hydrique locale déjà aiguë. Des critiques estiment que l’octroi d’autorisations d’usage d’eau pour des datacenters dans cette région semi-aride pourrait exercer une pression supplémentaire sur des ressources déjà limitées, sans que des évaluations d’impact environnemental détaillées aient été rendues publiques.
Biodiversité et spiritualité en danger
Les dirigeants de la communauté Anacé dénoncent non seulement l’absence de consultation préalable, mais aussi le manque d’une étude d’impact environnemental complète pour le méga-datacenter prévu à Pecém. Ils jugent que l’évaluation actuelle, limitée à la consommation d’eau, masque des risques plus larges pour les ressources naturelles et la biodiversité de leurs terres traditionnelles, et qu’une projection d’urbanisation et d’industrialisation accrue autour du site pourrait conduire à des perturbations durables pour l’écosystème local.
Les représentants du peuple Anacé dénoncent aussi une menace directe portée à leur vie culturelle et spirituelle par le projet de méga‑datacenter de TikTok/ByteDance. Selon le chef de la communauté, l’infrastructure est prévue à proximité immédiate d’un cours d’eau — un lieu qu’ils considèrent comme hautement spirituel et central pour leurs rituels et pratiques communautaires traditionnels. Les Anacé affirment que la simple installation de l’équipement près de cette rivière pourrait restreindre l’accès à un site essentiel à leur identité culturelle, compromettant des cérémonies qui rythment la vie sociale et religieuse du groupe.
Bien que les autorités offrent certains services adaptés à la culture Anacé — centres de soin, structures éducatives intégrant leurs spécificités — leurs terres traditionnelles n’ont jamais été juridiquement reconnues. Cette absence de statut légal empêche le plein exercice de leurs droits : la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail, ratifiée par le Brésil, impose que les peuples autochtones soient consultés avant tout projet sur leurs territoires. Or, pour le datacenter de TikTok/ByteDance à Pecém, aucune consultation préalable n’a été organisée, les autorités s’appuyant sur le fait que la communauté ne détient pas de titres de propriété formels.
Cette situation a conduit à une vague de contestations locales. Les Anacé dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une nouvelle forme de colonialisme numérique, où des multinationales s’approprient des ressources sans consentement. Fin août 2025, la communauté a déposé une plainte auprès des autorités fédérales pour contester l’octroi de la licence environnementale. Mais les juges ont statué en faveur des promoteurs, laissant le chantier se poursuivre. Le 30 décembre 2025, la Fundação Nacional dos Povos Indígenas (FUNAI) a néanmoins demandé à la Superintendência Estadual do Meio Ambiente do Ceará (Semace) de suspendre la licence d’installation, mettant en lumière le conflit entre les obligations légales internationales et les pratiques locales.
Dans le même temps, la protection de leurs territoires reste une lutte dangereuse : selon un rapport de Global Witness, un activiste environnemental est tué tous les deux jours à travers le monde, souvent pour avoir défendu les terres et les ressources naturelles de communautés locales. Le cas des Anacé s’inscrit dans cette réalité : défendre leurs droits et leur culture face aux intérêts de multinationales peut mettre en lumière la fragilité juridique et sociale des peuples autochtones, tout en soulignant l’urgence de concilier développement technologique, respect des droits humains et protection de l’environnement.
Ainsi, ce conflit n’est pas un épisode isolé, mais un exemple tangible d’un problème global : tant que la consultation et le consentement des communautés autochtones resteront négligés, chaque nouveau projet industriel ou technologique pourra représenter une menace directe pour la vie culturelle, sociale et écologique de ces populations.
– Pauline Lunay
Photo de couverture :Visite du port de Pecém à Fortaleza, Ceará. Wikimedia.