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16.02.2026 à 12:03

Concarneau : un ancien hôtel pourrait devenir un lieu culturel, paysan, solidaire

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Café associatif, cantine paysanne, hébergements solidaires : sur le port de Concarneau, dans le sud du Finistère en Bretagne, un collectif s’organise pour sortir un bâtiment historique de la spéculation immobilière et le transformer en lieu ouvert à toutes et tous, pour contribuer à la vie culturelle, sociale et paysanne de cornouaille. Zoom sur la […]

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Café associatif, cantine paysanne, hébergements solidaires : sur le port de Concarneau, dans le sud du Finistère en Bretagne, un collectif s’organise pour sortir un bâtiment historique de la spéculation immobilière et le transformer en lieu ouvert à toutes et tous, pour contribuer à la vie culturelle, sociale et paysanne de cornouaille. Zoom sur la Maison des Gens de Mer.

À Concarneau, face aux chantiers navals et à quelques minutes de l’hypercentre, un bâtiment emblématique attend une seconde vie. L’ancien Hôtel des Gens de Mer, a été rendant des décennies un lieu d’accueil des marins de passage ou en escale. À la fois hôtel, restaurant et lieu de vie, il remplissait une mission sociale autant qu’économique. Aujourd’hui, les portes sont closes et le lieu est inoccupé.

L’ambition actuelle est de faire racheter collectivement les murs pour y créer la Maison des Gens de Mer, Ti Tud Ar Mor en breton, un lieu social et convivial, ancré dans l’économie locale, mêlant café-bar associatif, cantine paysanne, magasin de producteurs, programmation culturelle et hébergements accessibles. Un projet qui entend redonner au bâtiment sa vocation première : accueillir, relier, faire vivre le port.

Un collectif ancré et pluriel

À l’origine du projet, se trouve une quinzaine de personnes vivant et travaillant à Concarneau et dans ses environs, profondément attaché·es à leur territoire. Agriculteur·rices, marins, artisan·es, artistes, fonctionnaires, travailleur·ses sociaux, commerçant·es, ingénieur·es, bricoleur·ses… Le groupe reflète la diversité socioprofessionnelle du pays concarnois. Cette pluralité d’expériences nourrit une ambition commune : se réapproprier la ville et créer des espaces de coopération concrets.

Le collectif s’est constitué au croisement de deux dynamiques. D’un côté, l’association Les Petites Graines, connue localement pour les événements qu’elle a organisés ces derniers étés sur la petite ferme de Kercaudan et au presbytère de Nizon : marchés de producteurs et productrices, cantine et bar paysans, concerts, spectacles vivants… Des rendez-vous conviviaux et engagés qui ont rencontré un réel succès populaire. Forte de cette expérience, l’association s’est mise en quête d’un lieu pérenne afin de prolonger cette dynamique et proposer ses activités tout au long de l’année.

De l’autre, un collectif d’habitant·es investi·es dans le tissu associatif concarnois et alentour : le Planning Familial, Bretagne Transition, le Low-tech Lab, L’Appel du Large, La Compagnie, Konk Ar Lab, Bagou, Explore, Les Glénans, Very Bad Mother, ou encore des initiatives locales comme Kerbouzier et La Maison. Autant de structures sociales, culturelles, maritimes et écologiques qui participent déjà activement à la vitalité du territoire. Leur point commun : la volonté d’aller plus loin en contribuant à la vie sociale, culturelle et économique de la ville, à travers l’acquisition collective et la gestion partagée d’un lieu ouvert et participatif.

Crédit : Collectif Les Gens de Mer

Agriculteur·rices, marins, artisan·es, artistes, travailleur·ses sociaux, commerçant·es ou ingénieur·es : le groupe reflète la diversité du territoire. Tous partagent un même constat : il manque à Concarneau un lieu hybride, accessible toute l’année, où se croisent travailleurs du port, habitant·es, associations et visiteurs.

Autour de ce noyau, un réseau plus large de soutiens et partenaires s’est déjà constitué. La Maison des Gens de Mer se veut évolutive, ouverte aux propositions et co-construite avec celles et ceux qui s’en saisiront.

Racheter pour soustraire à la spéculation

L’ancien Hôtel des Gens de Mer était géré par l’AGISM (Association pour la Gestion des Institutions Sociales et Maritimes) et appartenait à l’ENIM (Établissement National des Invalides de la Marine), l’organisme public chargé de la protection sociale des marins.

Là, l’idée est de racheter cet ancien hôtel mais pas n’importe comment. Le collectif a créé une foncière associative à but non lucratif et d’intérêt général, destinée à devenir propriétaire du lieu. L’objectif est de sortir définitivement l’ancien hôtel du marché spéculatif pour en faire un commun, géré collectivement et dans la durée.

Le montage juridique dissocie la propriété foncière – portée par l’association propriétaire – de l’usage qui est assuré par une association des usager·ères. Les activités, elles, seront portées par des structures autonomes (associations, coopératives…) locataires des espaces. Ce modèle garantit une gouvernance participative et empêche toute revente à des fins lucratives.

Dans un contexte de pression immobilière croissante sur les zones littorales, la démarche s’inscrit dans une tentative concrète de réappropriation collective de la propriété. 

Un lieu hybride au cœur du port

Le bâtiment, 1 119 m² intérieurs et 243 m² extérieurs, comprend deux corps, une grande salle de 140 m², plusieurs plateaux modulables, une terrasse et une cour intérieure sans vis-à-vis. De quoi accueillir un éventail large d’activités au fil du temps.

Au rez-de-chaussée, un café-bar associatif programmera concerts, jams, conférences et initiatives citoyennes. Une cantine paysanne proposera une cuisine locale, de saison et à prix accessibles, pensée pour les salarié·es du port comme pour les riverain·es.

Un magasin de producteur·rices mettra en avant les produits agricoles du territoire et le poisson fraîchement pêché. À cela s’ajouteront un espace polyvalent pour expositions et événements, des locaux professionnels abordables pour associations et artisan·es, ainsi que des hébergements de courte durée pour saisonniers et artistes en résidence.

900 000 euros pour faire renaître un commun

Le budget global du projet est aujourd’hui estimé à 900 000 euros dont 504 000 euros sont consacrés à l’acquisition du bâtiment, 328 000 euros aux travaux prioritaires — mise aux normes, réhabilitation et aménagement des espaces — et 68 000 euros pour couvrir les frais de fonctionnement jusqu’en 2027, le temps que l’activité économique du lieu atteigne son rythme de croisière.

À ce stade, le collectif a déjà réuni 150 000 euros d’apport initial. Pour sécuriser l’opération, limiter l’endettement bancaire de la future structure et garantir des tarifs accessibles au plus grand nombre, une large campagne de financement participatif est en cours.

Elle s’appuie notamment sur le fonds de dotation Graine de Moutarde, créé pour acquérir ou recevoir des terres, forêts et bâtiments afin d’en confier la gestion à des collectifs d’habitant·es. Son objectif : soustraire durablement ces biens au système spéculatif et préserver les communs ainsi constitués. Le fonds soutient également des actions d’entraide et participe à la création de coopératives.

Dans le cadre de cette campagne, les dons collectés via Graine de Moutarde seront intégralement affectés à l’achat de la Maison des Gens de Mer. Les sommes réunies seront reversées à la foncière associative destinée à devenir propriétaire du lieu. Les donateurs bénéficient d’un avantage fiscal attractif : une réduction d’impôt de 66 % pour les particuliers et de 60 % pour les entreprises.

À terme, l’activité économique développée par l’association usagère – restauration, événements culturels, locations d’espaces ou activités maritimes – permettra de rembourser progressivement l’apport consenti par le fonds, selon ses capacités financières et sans jamais la fragiliser. Les montants ainsi restitués pourront ensuite être mobilisés par Graine de Moutarde pour soutenir de nouveaux lieux collectifs autogérés ailleurs sur le territoire.

En complément des dons, des apports remboursables sont proposés à celles et ceux qui souhaitent soutenir le projet tout en récupérant leur mise selon des modalités définies. Une manière d’élargir encore la base des soutiens, tout en consolidant un modèle économique pensé sur le long terme.

Crédit : Collectif Les Gens de Mer

Le collectif invite désormais les habitant·es, les travailleur·ses du port, les curieux·ses et les soutiens de passage à prendre part à l’aventure. Les personnes souhaitant suivre le projet ou participer au financement peuvent : 

Chaque contribution, qu’elle soit financière, logistique ou bénévole, participe à ancrer un peu plus le lieu dans une dynamique collective.

Suivre l’aventure et s’impliquer

Au-delà de la réhabilitation d’un bâtiment emblématique du port, la Maison des Gens de Mer pose une question plus large : à qui appartiennent les lieux qui structurent nos villes ?

Ainsi, à l’heure où de nombreuses communes littorales voient leurs centres se transformer sous la pression immobilière et la spéculation, cette initiative concarnoise propose une piste concrète : permettre aux habitant·es de reprendre collectivement la main sur les espaces qui façonnent leur quotidien.

Crédit : Collectif Les Gens de Mer

Racheter pour soustraire au marché, dissocier propriété et usage, inscrire un bâtiment dans une logique de commun et de gestion partagée : le projet esquisse une autre manière d’habiter et de faire vivre la ville. Une démarche politique qui consiste à s’organiser collectivement pour décider, ensemble, de ce que l’on veut préserver, transformer et transmettre.

Victoria Berni-André


Photo de couverture : Collectif Les Gens de Mer

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13.02.2026 à 15:49

Adama, Epstein, et Gazaouis : les 10 infos de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer.  1. Mort d’Adama Traoré : la Cour de cassation confirme le non-lieu La Cour de cassation a rejeté le pourvoi de la famille d’Adama Traoré, confirmant le non-lieu en faveur des gendarmes après son décès en 2016 […]

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Texte intégral (1098 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer. 

1. Mort d’Adama Traoré : la Cour de cassation confirme le non-lieu

La Cour de cassation a rejeté le pourvoi de la famille d’Adama Traoré, confirmant le non-lieu en faveur des gendarmes après son décès en 2016 à la caserne de Persan (Val-d’Oise). La famille annonce saisir la Cour européenne des droits de l’Homme (l’Humanité).

2. Un diplomate français cité dans les dossiers Epstein, suspendu et visé par une enquête

Fabrice Aidan, diplomate français travaillant pour Engie, apparait à de très nombreuses reprises dans les dossiers Epstein. Depuis Paris, il a saisi la justice ; l’intéressé a été suspendu et fait l’objet d’une enquête administrative et d’une procédure disciplinaire. (France 24)

3. Les Gazaouis tentent de revenir malgré un territoire détruit à 80 %

Dans la bande de Gaza, des centaines de milliers de Palestiniens ont tenté de regagner leurs foyers après les cessez-le-feu de 2023 et 2025, malgré un territoire détruit à 80 % et en partie occupé par Israël (Le Monde diplomatique).

4. Nucléaire : le coût des six nouveaux réacteurs EPR2 pourrait atteindre 250 milliards d’euros

EDF avance un devis prévisionnel de 72,8 milliards d’euros pour six réacteurs nucléaires EPR2, nouvelle génération de réacteurs d’environ 1 650 MW, prévus à Penly, Gravelines et au Bugey, mais l’enquête estime que la facture finale pourrait approcher 250 milliards. Quatre ans après l’annonce du programme, le flou persiste sur son coût réel (Alternatives économiques).

5. Ages & Vie : salariés au casier chargé, vols et travail dissimulé dénoncés

À Besançon, dans plusieurs colocations pour personnes âgées, l’enquête décrit des salariés embauchés avec des condamnations, des cas de vols et des pratiques assimilées à du « travail dissimulé », confirmées par l’Inspection du travail. Plusieurs employées dénonçant ces conditions ont été licenciées, certaines obtenant gain de cause en justice (StreetPress).

6. La Russie maintient ses livraisons de pétrole à Cuba malgré les sanctions américaines

À La Havane, l’ambassadeur russe Viktor Koronelli a confirmé que Moscou continuerait à fournir du pétrole brut à Cuba, malgré le renforcement des sanctions américaines. La Russie a également réaffirmé son soutien politique à l’île face à la stratégie de « pression maximale » de Washington (Les 2 Rives).

7. Sept militants écologistes condamnés à 200 000 euros pour le blocage d’un train

À Lorient (Morbihan), sept militants du collectif Bretagne contre les fermes-usines ont été condamnés à verser plus de 200 000 euros de dommages et intérêts pour avoir bloqué et déversé 142 tonnes de blé d’un train de marchandises en 2022. Cinq prévenus ont été relaxés et aucune peine de prison n’a été retenue (Radio France).

8. Des médecins se mobilisent contre les pollutions et les pesticides

À Paris, dans l’Eure et à Vitrolles, des médecins dénoncent les effets sanitaires du cadmium, des PFAS et des pesticides et s’engagent publiquement contre des projets comme la loi Duplomb. Ils alertent sur l’augmentation de certaines pathologies et appellent à agir sur les causes environnementales des maladies (Reporterre).

9. La Confédération paysanne dépose une cinquantaine de plaintes pour atteinte aux libertés syndicales

À Paris, après la garde à vue de 52 de ses membres le 14 janvier lors d’une action dans une annexe du ministère de l’Agriculture, la Confédération paysanne annonce déposer plus de cinquante plaintes contre X pour dénoncer une « procédure bâillon » et une répression jugée abusive. Le syndicat affirme vouloir défendre la liberté d’expression et d’action syndicale (Vert).

10. À Paris, plusieurs centaines de manifestants contre la loi Duplomb

Sur l’esplanade des Invalides à Paris, plusieurs centaines de personnes ont manifesté le 11 février contre la loi Duplomb et la tentative de réintroduire certains pesticides interdits. Une pétition ayant dépassé les deux millions de signatures a conduit à l’organisation d’un débat parlementaire, sans vote (France 24).

Signez la deuxième pétition de la loi Duplomb. 

–  Mauricette Baelen

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13.02.2026 à 15:42

Loutres, Mexique et martinets : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer. 1. Les loutres de mer, un atout pour restaurer les forêts d’algues En Californire, les loutres de mer, autrefois presque exterminées pour leur fourrure sur la côte californienne, jouent un rôle clé dans la régénération des […]

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Texte intégral (1169 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer.

1. Les loutres de mer, un atout pour restaurer les forêts d’algues

En Californire, les loutres de mer, autrefois presque exterminées pour leur fourrure sur la côte californienne, jouent un rôle clé dans la régénération des forêts de varech (kelp), écosystèmes marins importants comme puits de carbone. Leur présence permet de contrôler les populations de oursins qui détruisent ces forêts, et des programmes de protection cherchent à renforcer leur population (ORF Science).

2. Mexique : nouvel accord pour lutter contre le trafic d’animaux sauvages

Au Mexique, l’ONG Humane World for Animals a signé en janvier 2026 un accord avec l’agence fédérale PROFEPA pour soutenir la stratégie nationale de lutte contre le trafic d’espèces sauvages. Le partenariat prévoit sensibilisation du public, formation des autorités et coopération internationale pour renforcer l’application des lois (Humane World for Animals).

3. L’Écosse rend obligatoires les « swift bricks » dans les nouveaux bâtiments

À Édimbourg, le Parlement écossais a voté l’installation obligatoire de briques à cavité (« swift bricks ») dans toutes les nouvelles habitations afin de favoriser la nidification des martinets, dont la population a chuté de 60 % depuis 1995. La mesure, soutenue par le gouvernement écossais, contraste avec l’Angleterre où leur usage n’est pas juridiquement contraignant (The Guardian).

4. Au Japon, un ostréiculteur sauve ses huîtres en replantant la forêt

Dans la baie de Kesennuma (préfecture de Miyagi), Shigeatsu Hatakeyama a lancé dans les années 1980 un vaste programme de reforestation pour restaurer l’apport en nutriments essentiels aux huîtres, après des marées rouges liées à la déforestation et aux pollutions. Son initiative « Mori wa Umi no Koibito » a permis de régénérer l’écosystème et de relancer la production ostréicole (La Relève et la Peste).

5. Eau de Paris : –77 % de pesticides autour des captages

Eau de Paris a aidé 123 agriculteurs à réduire de 77 % les pesticides autour des captages, évitant 55 tonnes de substances depuis 2020. Financé à 80 % par l’Agence de l’eau, le programme prouve qu’une protection stricte de l’eau potable est possible sans pénaliser les exploitants. (La Relève et la Peste)

6. Dans les Bouches-du-Rhône, des chantiers nature pour favoriser la réinsertion

À Saint-Chamas et dans d’autres sites naturels des Bouches-du-Rhône, des personnes condamnées à des travaux d’intérêt général participent à des chantiers écologiques encadrés par le Conservatoire d’espaces naturels Paca. Cette alternative à la prison pour des infractions mineures vise à favoriser la réinsertion sociale tout en contribuant à la protection de la biodiversité (Reporterre).

7. Au Super Bowl, Bad Bunny célèbre l’Amérique latine et provoque la colère de Trump

Lors du spectacle de la mi-temps du Super Bowl à Santa Clara, le chanteur portoricain Bad Bunny a célébré la culture latino-américaine en chantant presque exclusivement en espagnol, une première dans l’histoire de la NFL, avec une apparition surprise de Lady Gaga. Sans discours politique frontal, l’artiste a néanmoins irrité Donald Trump, qui a dénoncé sur Truth Social un « affront à la grandeur de l’Amérique » ( Ouest-France ).

8.Le sang d’un ver marin, un espoir pour soigner les grands brûlés

Un traitement expérimental à base d’hémoglobine de ver marin, capable de transporter jusqu’à 40 fois plus d’oxygène que celle de l’humain, montre des résultats prometteurs pour régénérer la peau des grands brûlés. Déjà utilisé notamment pour des victimes de l’incendie de Crans-Montana, ce gel pourrait révolutionner la cicatrisation, sous réserve d’essais cliniques supplémentaires ( France Info ).

9. États-Unis : la population de loups gris mexicains en hausse de 24 %

La population sauvage de loups gris mexicains a augmenté de 24 % en 2019, passant de 131 à 163 individus en Arizona et au Nouveau-Mexique, selon un recensement du U.S. Fish and Wildlife Service. Malgré cette progression encourageante, les défenseurs de la biodiversité alertent sur les risques de consanguinité et demandent la reprise des réintroductions de meutes familiales pour renforcer la diversité génétique ( World Animal News ).

10. À Paris, le pain de la veille devient une solution antigaspillage

À Paris, des boulangeries vendent désormais le pain de la veille à prix réduit dans le cadre de l’opération « Demain est déjà antigaspillage », une initiative qui lutte contre le gaspillage alimentaire tout en rendant le pain plus accessible. (We demain)

–  Mauricette Baelen

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13.02.2026 à 05:00

Dakar, Abidjan, Lagos : les pionnières africaines du transport durable

Mr Mondialisation

Le développement rapide des villes africaines pose des défis majeurs, notamment pour une mobilité sûre, propre et accessible. Dans plusieurs mégapoles, des politiques centrées sur les populations portent leurs fruits. L’expansion urbaine continent africain s’accélère et atteint un rythme sans précédent. La population du continent va doubler d’ici à 2050 pour atteindre 2,2 milliards d’habitants, […]

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Le développement rapide des villes africaines pose des défis majeurs, notamment pour une mobilité sûre, propre et accessible. Dans plusieurs mégapoles, des politiques centrées sur les populations portent leurs fruits.

L’expansion urbaine continent africain s’accélère et atteint un rythme sans précédent. La population du continent va doubler d’ici à 2050 pour atteindre 2,2 milliards d’habitants, et doublera encore d’ici à 2100, représentant alors 40 % de la population mondiale (18 % aujourd’hui).

Une dynamique démographique qui va impacter fortement le développement des villes, les zones urbaines absorbant plus de 80 % de la croissance de la population. Selon les données d’Africapolis, le nombre de citadins sur le continent devrait presque doubler d’ici à 2050, de 704 millions à 1,4 milliard – soit deux Africains sur trois.

Ville du Cap (City Bowl) vue du ciel depuis Table Mountain, Afrique du Sud (2024). Crédits : Wikimedia Commons

En 2050, le continent devrait compter 17 mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants et 159 villes de plus de 1 million d’habitants (un peu plus de 60 aujourd’hui). Le tissu urbain va aussi se densifier : le nombre d’agglomérations de plus de 10.000 citoyens devrait passer de 9.000 en 2020 à plus de 11.000 en 2050.

Selon le rapport « Dynamiques de l’urbanisation africaine 2025 », publié par l’OCDE et la Banque africaine de développement, le nombre de personnes vivant dans des agglomérations de plus de 1 million d’habitants passera de 325 millions en 2020 à 826 millions en 2050. Déjà, selon Africapolis, l’Afrique urbaine est passée de 27 millions à 587 millions d’habitants entre 1950 et 2020, et le nombre de villes a doublé en 30 ans, de 3.300 à 7.600.

L’enjeu majeur de la mobilité durable 

Cette urbanisation est porteuse de défis majeurs en matière d’accessibilité et de mobilité. « La concentration urbaine créée une grande pression sur les services locaux et les infrastructures, qui ne peuvent pas absorber le surplus de population », indique le bureau africain du programme de l’ONU pour l’habitat.

Les responsables de l’action publique font face à une croissance urbaine rapide et souvent informelle, une planification insuffisante, des capacités techniques et financières limitées, un déficit d’infrastructures, des services de transport inadaptés, une circulation routière dense, et des phénomènes de congestion, de pollution et d’accidentologie croissants. Or, la planification et la gestion de la mobilité urbaine sont l’une des clés pour orienter durablement cette urbanisation galopante.

L’augmentation des parcs et des usages automobiles et la croissance non maîtrisée des deux-roues motorisés inquiètent les autorités, du fait de leurs externalités négatives : congestion, pollution et accidentologie routière en forte hausse. Or le développement de la plupart des villes africaines privilégie encore un paradigme centré sur la voiture.

Les plans directeurs urbains localisent les zones d’habitation loin des lieux de travail et de loisirs, ce qui a conduit à des villes tentaculaires, qui perpétuent les inégalités spatiales et entravent le développement de systèmes de transport public durables et efficaces.

Face à cette urbanisation grandissante et à cette motorisation peu encadrée, une planification efficace et intégrée de l’aménagement urbain et des transports s’impose. Le déploiement de systèmes de transport sûrs, propres et financièrement accessibles dans les zones urbaines d’Afrique est une priorité pour le développement socio-économique à long terme et la résilience climatique. Tout en limitant l’étalement urbain et en augmentant la densité des villes, il s’agit de récupérer des espaces routiers pour les transports publics, les piétons et les cyclistes.

La mobilité électrique, en particulier l’adoption de bus électriques, offre une voie prometteuse. Si les coûts initiaux sont plus élevés, les économies d’entretien et de carburant en font un investissement plus durable. Des pays africains comme le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Kenya et le Ghana se fixent déjà des objectifs ambitieux pour décarboner leurs systèmes de transport, en alignant leurs objectifs sur les cadres mondiaux d’action climatique comme l’Accord de Paris.

Bus Rapid Transit (BRT) – Crédits : Wikimedia Commons

Les métropoles africaines à l’initiative 

Dans ce contexte, les bus électriques, le métro ou le train apparaissent comme des solutions à privilégier. Certaines villes ont déjà enclenché le mouvement. Dar-es-Salaam (Tanzanie) et Johannesburg (Afrique du Sud) ont développé un réseau de bus avec des voies réservées. Casablanca (Maroc) a lancé un tramway. Abidjan (Côte d’Ivoire) et Lagos (Nigéria) construisent un métro…

Les grandes métropoles africaines misent de plus en plus sur le bus électrique. En Afrique, le marché du bus électrique, estimé à 900 millions de dollars en 2021, devrait doubler d’ici 2028. Lagos (Nigéria) a ainsi récemment signé un contrat avec le constructeur chinois Yutong pour la fourniture de 12.000 bus d’ici 2030.

Grâce à des initiatives locales du secteur privé, Nairobi, la capitale du Kenya, fait partie des villes à l’avant-garde de ce mouvement. La start-up Basigo a acheté une centaine de bus au champion chinois du véhicule électrique BYD, qu’elle a ensuite revendus ou proposés en leasing aux compagnies de transport desservant la capitale. L’objectif est de déployer 1.000 bus électriques dans les rues de Nairobi.

Fabriqués en Chine, ces bus sont assemblés au Kenya. Une autre start-up, Roam, fruit d’un partenariat entre des Suédois et des Kényans, a lancé le développement de motos électriques, avec une usine qui construit sur place des modèles rivalisant en prix avec les motos classiques importées de Chine ou d’Inde. L’objectif est d’en produire 50.000 par an.

Au Bénin, c’est Spiro, ex-Mauto, qui a ouvert la voie à Cotonou en proposant motos électriques et batteries. Spiro a également passé un contrat important avec l’Ouganda, qui prévoit la fourniture de 140.000 deux-roues électriques. L’usine créée à cet effet devrait assembler à terme 25.000 motos par an, afin de faciliter la conversion à grande échelle du parc actuel de motos-taxis.

Le BRT de Dakar, une première en Afrique subsaharienne 

Au Sénégal, le président Macky Sall a inauguré en grande pompe, le 14 janvier 2024, un réseau de bus 100 % électriques qui circulent sur une voie réservée entre Dakar et l’une des banlieues de la capitale. Une première en Afrique subsaharienne et l’un des projets les plus innovants en termes de mobilité durable développé sur le continent. 

Ce système de bus à haut niveau de service ou BRT (Bus Rapid Transit) relie, sur 18,3 km de voie dédiée, la préfecture de Guédiawaye (dans la banlieue nord) à la gare routière de Petersen à Dakar Plateau (dans le centre-ville), grâce à une flotte de 121 bus électriques et climatisés, dotés de 55 places assises (155 en tout)… Cette nouvelle forme de mobilité urbaine a déjà transformé le quotidien des Dakarois. Un an après sa mise en circulation, le BRT s’impose comme une réussite dans la capitale sénégalaise.

Avec deux lignes et 21 stations opérationnelles (sur 23), ce projet ambitieux a déjà transporté plus de 18 millions de passagers, avec une fréquentation moyenne de 60.000 voyageurs par jour en semaine. Il joue également un rôle social fort, avec pas moins de 45 % des salariés du BRT issus des communes traversées,ce qui renforce l’ancrage local du projet.

« Le bilan peut toutefois être amélioré avec notamment des voies dédiées aujourd’hui trop peu respectées par les automobilistes. »

Les objectifs initiaux sont d’ores et déjà atteints avec un temps de trajet beaucoup moins long, un désengorgement du centre-ville de Dakar, une réduction de la pollution, et une diminution des émissions de CO2. Le bilan peut toutefois être amélioré avec notamment des voies dédiées aujourd’hui trop peu respectées par les automobilistes.

Cette ligne BRT est exploitée, dans le cadre d’un contrat de concession de 15 ans, par Dakar Mobilité, une société privée de droit sénégalais, détenue à 70 % par le fonds d’investissement à long terme français Meridiam et à 30 % par Fonsis, le fonds souverain d’investissements stratégiques du Sénégal. Le tout sous la supervision du Cetud (Conseil exécutif des transports urbains de Dakar), et avec l’appui technique du groupe Keolis, filiale de la SNCF. La concession comprend également l’acquisition et la maintenance du matériel roulant et des systèmes associés.

 

Nombre d’usagers des Bus Rapid Transit (BRT) en 2021 selon le continent et le nombre respectif de pays où ce service est disponible. Crédits : Wikimedia Commons

L’investissement, hors infrastructure, se chiffre à plus de 135 M€. Pour contribuer à financer les bus électriques, un prêt de 85,4 M€ a été apporté à parts égales par Proparco, filiale de l’Agence Française de Développement (AFD), et le fonds parapublic basé à Londres Emerging Africa Infrastructure Fund (EAIF).

Proparco et EAIF mettront, de plus, à disposition de Dakar Mobilité un prêt de 6,4 M€ pour financer le remplacement des batteries des bus à la fin de leur durée de vie, dans huit ans. A ceci, s’ajoute notamment une subvention de l’Union européenne de 7 M€.

Ce projet s’inscrit dans le cadre d’un plan global de restructuration du réseau de transport public de la capitale sénégalaise. Plus de 1.000 bus de rabattement (à gaz) permettront également aux usagers de rejoindre le BRT, mais aussi le train express régional (TER), mis en service en 2021 entre Dakar et Diamniadio à une trentaine de kilomètres du centre-ville.

« Les incidences positives pour les populations incluent également la création de 1.000 emplois directs et locaux, en privilégiant l’accès à l’emploi des femmes. »

Le BRT participe donc à la construction d’un système complet de mobilité, efficace, inclusive, fiable et bas carbone pour le Grand Dakar, dont les incidences positives pour les populations incluent également la création de 1.000 emplois directs et locaux, en privilégiant l’accès à l’emploi des femmes. En décembre 2024, Dakar Mobilité comptait 743 employés, dont 303 femmes (41 %).

BRT : Abidjan emboîte le pas à Dakar 

Cette initiative exemplaire fait déjà des émules : Abidjan, la capitale ivoirienne voisine, s’apprête en effet à lancer son propre réseau de BRT en 2027, sur la ligne Yopougon-Bingerville. Les travaux de construction, qui devraient durer trois ans, ont été officiellement lancés par le Premier ministre Robert Beugré Mambé, le 10 juillet 2024.

D’une valeur de 369 M€, ce réseau s’inscrit dans le Projet de mobilité urbaine d’Abidjan (PMUA), appuyé par des financements de la Banque Mondiale et de l’Agence française de développement (AFD). Il a pour objectif d’assurer la fluidité du transport urbain dans le grand Abidjan, en permettant chaque jour à 300.000 personnes de se déplacer entre les communes de Bingerville et de Yopougon. Avec, à la clé, la réduction de 50 % des temps de trajet, l’amélioration de la qualité de l’air, la dynamisation de l’économie, l’accessibilité et l’inclusion sociale.

Ce nouveau système de transport collectif reliera le grand bassin de population des zones denses d’Abobo, de Yopougon et de Cocody aux principaux pôles d’entonnoir du Plateau, d’Adjamé et de la zone portuaire et industrielle au sud. Avec 100 bus électriques, d’une capacité de 150 passagers, le BRT circulera sur des voies réservées sur une ligne de 20 km, dotée de 21 stations.

Il sera équipé d’un système de billettique connecté aux autres modes de transport (métro, SOTRA, bateaux bus), disposera de distributeurs automatiques de titres en station, ainsi que de systèmes de gestion intelligente des intersections et d’information des usagers sur le trafic en temps réel.

Avec le métro, il constituera l’épine dorsale du futur système de mobilité de l’agglomération. Les projets — bien pensés — et mis en application offrent des solutions pertinentes pour des populations toujours plus nombreuses qui ne veulent pas que l’urbanisation soit synonyme de conditions de vie détériorées.

Anaïs BERNARD


Source photo de couverture : ©Wikimedia Commons

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12.02.2026 à 05:00

En finir avec les caricatures sur le Venezuela – Volet 1 : Les années Chávez

Mr Mondialisation

Depuis plus de 25 ans, le Venezuela fait l’objet de nombreux commentaires très tranchés avec très peu de place pour la nuance. Si le pays est loin d’être une utopie sur terre, il n’est pas non plus la dictature sanguinaire décrite par certains. Avant tout, le pays la reste la victime d’un impérialisme étasunien féroce. […]

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Texte intégral (4131 mots)

Depuis plus de 25 ans, le Venezuela fait l’objet de nombreux commentaires très tranchés avec très peu de place pour la nuance. Si le pays est loin d’être une utopie sur terre, il n’est pas non plus la dictature sanguinaire décrite par certains. Avant tout, le pays la reste la victime d’un impérialisme étasunien féroce.

Depuis l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro par les États-Unis de Donald Trump, toutes sortes d’experts autoproclamés s’expriment sur ce pays, sans l’avoir réellement côtoyé de près. Pour démêler le vrai du faux, Mr Mondialisation propose une enquête en cinq volets constitués avec l’appui de spécialistes sur le sujet, ayant vécu sur place et étudié la politique du Venezuela depuis plusieurs décennies, loin des éditorialistes de plateau.

Une manne pétrolière considérable

Il est impossible de comprendre la situation du Venezuela si l’on ne garde pas à l’esprit que ce pays possède la plus grosse réserve de pétrole du monde (300 milliards de barils selon les estimations), devant l’Arabie Saoudite. Un pétrole qui appartient en outre en grande majorité à la catégorie du sable bitumineux, une substance épaisse, très coûteuse et polluante à extraire.

Or, cette information n’est pas anodine, puisqu’il faut des installations spécifiques, qui coûtent plus cher, pour tirer parti de ce type de ressources. Et, en raison d’une politique coloniale ancienne, ce pétrole a très longtemps été exploité par des entreprises venues des États-Unis, ce qui explique que de nombreuses usines américaines disposent d’équipements en mesure de procéder à ces opérations.

Une chasse gardée américaine

Dès le début du XXe siècle, lorsque le Venezuela prend conscience des ressources sur lesquelles le pays est assis, les États-Unis s’intéressent également de près à ce trésor national. En 1908, le vice-président local, Juan Vincente Gomez, organise un coup d’État pour prendre le pouvoir et installer son autocratie militaire qui perdurera jusqu’en 1935.

Le dictateur Juan Vincente Gomez facilita grandement l’installation américaine au Venezuela – Crédits : Wikimedia Commons

« Pendant cette période, des proches du régime ont tout de suite fait l’intermédiaire entre la dictature et les compagnies pétrolières », explique Romain Migus, journaliste spécialiste de l’Amérique latine et fondateur du site Les 2 Rives.

Et le degré de contrôle des États-Unis devient très vite « total ». Ainsi, pendant de nombreuses décennies, on assiste à un « pillage des ressources » grâce à une collaboration absolue des politiciens sur place.

L’avènement du néolibéralisme

Pendant que le néolibéralisme signe son acte de naissance en 1973 au Chili avec le coup d’État de Pinochet, le Venezuela est dirigé par un social-démocrate, Carlos Andrès Perez. Celui-ci procède à une nationalisation des ressources pétrolières en 1976. Un processus « plutôt répandu dans l’Amérique latine de l’époque », assure Romain Migus. Malgré tout, les « entreprises américaines propriétaires à ce moment-là sont indemnisées et bien au-delà de la valeur des exploitations », rappelle-t-il. Par ailleurs, « elles continuent de gérer le pétrole en payant des royalties symboliques ».

Ce changement est donc loin d’être révolutionnaire et il profite surtout à une petite partie de la population qui s’enrichit considérablement grâce à cette ressource, « à l’image de l’Arabie Saoudite ». Ainsi, dans les années 80-90, « les inégalités au sein de la société vénézuélienne sont extrêmement fortes ».

Des inégalités extrêmes et une bulle prête à exploser

Le pays est définitivement devenu un État fondé sur la rente pétrolière et à la merci des crises économiques. « En 1983, ce système et cette bulle explosent et une immense pénurie d’importation survient », raconte Romain Migus.

Avec son modèle entièrement bâti sur l’or noir, dans une nation qui ne produit « plus rien » d’autre, le Venezuela se met à « manquer de tout ». Cette crise va déboucher sur une augmentation de la pauvreté et des révoltes sociales, avec en point d’orgue « une protestation contre le néolibéralisme en 1989 qui est réprimé dans le sang avec près de trois mille morts en seulement quatre jours ».

Des révoltes populaires à la révolution bolivarienne

Ces événements constituent pour Romain Migus un véritable « acte de naissance du Chavisme ». En effet, révolté par ce système, le jeune militaire Hugo Chávez tente un coup d’État dès 1992, qui se soldera par un échec et qui lui vaudra deux ans d’emprisonnement.

Et pendant ce temps, le pouvoir libéral accélère et engage même la privatisation totale des ressources pétrolières. Hugo Chávez change alors de stratégie et, sous les couleurs de son nouveau parti politique « le mouvement cinquième république », il décide de se présenter aux élections présidentielles de 1998 pour enrayer ce processus.

Il remporte ce scrutin avec 56,5 % des voix, un score très confortable à l’époque. « Ce sont les seules élections gagnées par les Chavistes que personne ne conteste », notait avec un sourire le journaliste spécialiste de l’Amérique latine, Maurice Lemoine, dans une interview pour le média Elucid.

Très vite, Hugo Chávez va consulter le peuple pour la convocation d’une Assemblée constituante, afin d’écrire une constitution inédite. Le texte est validé par près de 72 % des votants. Est alors sur pieds, ce que Chávez nommera la « révolution Bolivarienne », en hommage à Simon Bolivar, héros de l’indépendance vénézuélienne.

Simon Bolivar par le peintre Ricardo Acevedo Bernal – Crédits : Wikimedia Commons

Nouvelle ère démocratique et sociale

Dans la foulée de ces événements, Chávez quitte son poste, comme il l’avait promis, avant de se représenter et d’être à nouveau vainqueur en 2000 avec 59,5 % des voix. Les nouvelles institutions renforcent quelque peu le président de la République (allongement du mandat d’un an et possibilité de se porter candidat une seconde fois), mais elle met également sur place des mécanismes démocratiques avant-gardistes.

C’est le cas, par exemple, du référendum révocatoire. Grâce à celui-ci, les citoyens sont alors en mesure de convoquer un vote à mi-mandat de n’importe quel élu pour le renvoyer. Mais il existe aussi toutes sortes d’autres processus établis, comme des conseils pour la gestion de l’eau. Et surtout, en parallèle, de grands plans de lutte contre la pauvreté sont mis en place, au détriment des classes bourgeoises.

Ce « socialisme du XXIe siècle », comme l’appelle Hugo Chávez, ne plaît évidemment pas du tout aux élites économiques de l’époque et encore moins aux États-Unis. Selon un rapport du think-tank espagnol FRIDE, des agences internationales (notamment des agences américaines comme USAID et NED ainsi que certains donateurs européens) auraient d’ailleurs fourni entre 40 à 50 millions de dollars par an à des organisations d’opposition au Venezuela entre 2002 et 2010.

Première tentative de coup d’État en 2002

Grâce à l’appui des médias qui appartiennent presque tous à de grands groupes (il n’existe qu’une seule chaîne publique à ce moment-là), et qui diffusent de fausses informations sur le gouvernement à longueur de journée, la droite radicale fomente alors un coup d’État contre le président en 2002.

Comme le raconte le documentaire primé « La révolution ne sera pas télévisée », des images de violentes manifestations seront détournées par le petit écran pour mettre de l’huile sur le feu, le tout à une période où internet ne s’est pas encore développé. L’opposition fait couper l’unique canal public de l’époque et annonce partout qu’Hugo Chávez a démissionné et qu’une autorité de transition prend le relais.

Dans la réalité, Chávez a été emprisonné par les putschistes, mais la vérité finit très vite par éclater. Deux jours plus tard, la pression populaire permet sa libération, et le président revient au pouvoir, bien que les tensions restent vives à cause des licenciements massifs des cadres de la compagnie nationale pétrolière.

Grandes réformes pétrolières et agraires

« Chávez chasse les élites économiques affiliées aux États-Unis qui avaient capté les richesses pétrolières », explique Romain Migus. Son but est clair, placer au service des classes populaires l’argent issu de la rente pétrolière. « Il oblige donc les entreprises en tirant profit sur le territoire à collaborer avec PDVSA, compagnie appartenant à l’État, qui aura au minimum 51 % des actions dans chaque exploitation », ajoute le reporter.

Et ce n’est pas tout, puisque le gouvernement déploie une grande réforme agraire qui partage les terres des fermes industrielles à des petits paysans. Trois millions d’hectares sont ainsi redistribués, les coopératives sont favorisées et il devient interdit de posséder plus de cinq mille hectares pour la même personne, que n’apprécie pas du tout la bourgeoisie qui prend le président en grippe.

On a souvent reproché à Chávez d’avoir tout misé sur le pétrole, mais ce type de changement démontre pourtant bien qu’il avait compris le problème de la dépendance du Venezuela aux importations et notamment en matière d’alimentation.

Confirmation populaire

Et, malgré tout le mal que les médias locaux et occidentaux disent de lui, Hugo Chávez, conserve une majorité populaire grâce à ses politiques sociales, et ce, même si les effets économiques de sa politique ne sont pas immédiats. En 2004, l’opposition lance un référendum révocatoire contre lui ; le processus échoue, puisque le peuple vote le maintien du président à 58 % des voix.

« Une instance dans laquelle sont réunies toutes les nations sud-américaines sans les États-Unis »

À cette même époque, Chávez met en place l’ALBA, l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques. « Une instance dans laquelle sont réunies toutes les nations sud-américaines sans les États-Unis », explique Maurice Lemoine. Une émancipation « insupportable » pour l’oncle Sam, puisqu’elle « marque le début de la naissance du monde multipolaire » alors que jusqu’ici les USA « contrôlaient l’ensemble du continent ».

Réunion de l’ALBA en 2009 en présence d’Hugo Chávez et d’autres chefs d’État – Crédits : Wikimedia Commons

Dans la foulée, le parti du chef de l’État remporte plusieurs scrutins importants ; 20 des 23 sièges de gouverneurs, puis en 2005, l’immense majorité des postes au parlement après un boycott de l’élection par une partie de l’opposition qui préfère décrier le nouveau système électronique (pourtant décrit par l’ancien président américain Jimmy Carter comme l’un des plus sûrs au monde) plutôt que d’affronter une probable cuisante défaite.

Enfin, en 2006, le président sortant est triomphalement reconduit à la tête du pays, avec 62,84 %, cette fois-ci sans boycott et avec près de 75% de participation. Les observateurs européens eux-mêmes admettent d’ailleurs à l’époque la totale régularité du vote.

Une transformation radicale

Si Hugo Chávez a pu être aussi largement réélu avec une telle propagande contre lui, c’est avant tout grâce aux grandes avancées sociales qu’il a déjà réussi à mettre en place au cours de son premier mandat. En partie avec l’argent du pétrole, il a ainsi pu financer toutes sortes de mesures.

 « [Un véritable] retour de l’État providence »

Parmi elles, il faut, par exemple, compter, la nationalisation des télécoms et de la compagnie d’électricité, l’alphabétisation de millions d’adultes et enfants, la création de milliers de dispensaires médicaux dans les quartiers populaires, l’accès aux soins gratuits pour des dizaines de milliers de personnes, des produits alimentaires de base subventionnés à 42 % en dessous des prix du marché, et une durée du temps de travail moyen hebdomadaire abaissé de 44 à 36 heures. Un véritable « retour de l’État providence », comme le résume Romain Migus.

En 2005, Le Monde diplomatique notait déjà que : « plus d’un million d’enfants pauvres reçoivent gratuitement, outre l’éducation, deux repas et deux goûters chaque jour, en plus de l’uniforme, des manuels et des cahiers ».

Coup d’arrêt de 2007

Dans son programme, Chávez promettait d’aller encore plus loin, notamment dans les réformes institutionnelles. Et en 2007, un autre référendum est prévu pour faire entrer plusieurs nouveautés dans la constitution. Un projet qui avancera pourtant à tâtons et qui sera modifié à de multiples reprises.

À l’époque, le journaliste Grégory Wilpert recense notamment : « l’extension des pouvoirs des conseils communaux nouvellement formés ; l’abaissement du droit de vote de 18 ans à 16 ans ; l’interdiction de toute discrimination basée sur l’orientation sexuelle ou les conditions de santé ; l’institution de la parité dans la fonction publique ; la création d’un fonds de sécurité sociale pour les travailleurs indépendants et du secteur informel de l’économie ; la gratuité de l’enseignement supérieur ; ou encore la “reconnaissance” des Vénézuéliens d’origine africaine. »

Mais ce qui va surtout attirer l’attention de l’opposition, c’est la possibilité pour le président de se présenter autant de fois qu’il le souhaite aux élections. Une campagne brouillonne et un manque de clarté sèment la confusion, et l’opposition s’engouffre dans la brèche : le peuple rejettera cette transformation d’une courte tête à 50,70 %. L’un des premiers véritables revers d’Hugo Chávez qui sera contraint à la remise en question.

Entre progrès salués…

Malgré tout, les réformes sociales se poursuivent et la situation de beaucoup de gens s’améliore. Après dix ans de mandat, la pauvreté a ainsi dégringolé de 60 à 23 % de la population, quand l’indigence est passée de 25 à 5 %. Dans le même temps, le nombre de personnes âgées touchant une retraite a été décuplé.

Caravane populaire durant les présidentielles de 2012 – Crédits : Vero Canino Vázquez sur Flickr

À tel point qu’en 2009, lorsqu’Hugo Chávez interroge à nouveau les citoyens par référendum sur la possibilité des élus de se représenter de manière illimitée — comme c’est le cas dans de multiples pays — le peuple vote « oui », à hauteur de 55 % des voix.

… et imperfections

Évidemment, tout n’a pas été parfait dans les années Chávez, et il ne s’agit pas ici de sanctifier un homme qui avait sans aucun doute lui aussi ses parts d’ombre. On pourrait, par exemple, lui reprocher d’avoir négligé le taux d’homicides important dans un pays où la circulation d’armes était très forte, ce dont l’opposition ne s’est d’ailleurs pas privée.

Romain Migus juge également que « le Chavisme a pris beaucoup trop de temps à faire une réforme fiscale cohérente et à réorganiser l’économie autour de l’impôt ». Il ajoute : « son système judiciaire a aussi longtemps été corrompu et assez peu efficace, mais il a été corrigé avec les années. »

Les observateurs occidentaux ont, en outre, souvent souligné qu’Hugo Chávez avait eu du mal à diversifier l’économie centrée autour du pétrole. « Il a essayé de se libérer de cette économie, mais il s’est heurté à la culture de la rente, très ancrée dans le pays », explique Romain Migus. De fait, face à un système construit de cette manière depuis près d’un siècle, faire reposer ce problème uniquement sur les épaules d’Hugo Chávez n’a rien de très honnête.

Un héritage en suspens

En 2011, le chef de l’État découvre qu’il est atteint d’un cancer. Il pense longtemps pouvoir s’en sortir, notamment grâce à la médecine cubaine, et il se représente d’ailleurs aux élections présidentielles de 2012, qu’il remporte une nouvelle fois avec 55 % des voix.

Mais à peine cinq mois plus tard, la nouvelle tombe, Hugo Chávez est mort. Avant sa disparition, il avait néanmoins pris soin de désigner celui qui devrait lui succéder à la tête de son parti, son ancien ministre des affaires étrangères, et vice-président, un certain Nicolas Maduro.

Simon Verdière

→ Enquête à suivre dans le deuxième volet, à partir du jeudi 19 février 2026.


Photo de couverture : Caravanes populaires, campagne présidentielle de 2012. Flickr.

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11.02.2026 à 05:00

À Bujumbura, ces déchets qui intoxiquent le lac Tanganyika

Mr Mondialisation

Bujumbura, capitale économique du Burundi, génère d’importantes quantités de déchets ménagers pour lesquelles le gouvernement peine à mettre en place une gestion efficace. Entre insuffisances administratives et lacunes réglementaires, ces déchets sont souvent déversés dans les rivières qui se jettent directement dans le lac Tanganyika, menaçant ainsi l’écosystème lacustre au Burundi et au-delà de ses […]

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Texte intégral (3462 mots)

Bujumbura, capitale économique du Burundi, génère d’importantes quantités de déchets ménagers pour lesquelles le gouvernement peine à mettre en place une gestion efficace. Entre insuffisances administratives et lacunes réglementaires, ces déchets sont souvent déversés dans les rivières qui se jettent directement dans le lac Tanganyika, menaçant ainsi l’écosystème lacustre au Burundi et au-delà de ses frontières. Après un article sur la réaction en chaîne qui détruit les sols, focus sur la pollution des eaux.

Selon la Troisième Communication Nationale du Burundi sur les changements climatiques, publiée en 2019 par le ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage, chaque habitant de Bujumbura produit en moyenne 0,6 kilogramme de déchets par jour, soit environ 217 kilogrammes par an. En comparaison, la France produit environ 5,1 tonnes par habitant et par an, toutes catégories confondues (ménagers, industriels, construction, etc.).

Mélangés aux eaux de ruissellement provenant des toitures et aux eaux usées domestiques, ces déchets s’écoulent dans les caniveaux, constituant une source de pollution qui finit par se déverser dans les rivières alimentant directement le lac Tanganyika. Ce lac, deuxième plus profond au monde après le Baïkal, s’étend sur quatre pays : le Burundi, la Tanzanie, la Zambie et la République démocratique du Congo.

Source : Mugisha Jean Claude, Master en Économie Rurale, Sociale et de l’Environnement, Université du Burundi

Des mesures administratives non respectées

Depuis plusieurs années, des coopératives et associations, notamment la Bujumbura Cleaning Company (BCCO), sont chargées de la collecte des déchets ménagers dans la capitale économique du Burundi. Toutefois, dans certains quartiers comme Nyakabiga et Bwiza, les ordures peuvent s’accumuler pendant des mois, alors même que les habitant·es s’acquittent mensuellement des frais de collecte.

Face au débordement des déchets et à l’irrégularité du service, certains riverains finissent par les déposer hors de leurs parcelles ou les déverser dans les caniveaux, qui les acheminent ensuite vers les rivières, notamment la Ntahangwa. En 2021, le conseil communal de Mukaza avait exigé des ménages qu’ils creusent un « puisard », c’est-à-dire un trou ou un petit ouvrage creusé dans le sol permettant d’infiltrer et d’absorber les eaux usées domestiques et les eaux de pluie directement dans la terre. Cette mesure visait, selon les autorités, à réduire la pollution liée aux déchets ménagers et au ruissellement. Toutefois, elle n’a été que de courte durée.

Interviewée à ce sujet, Joséphine Bigirima, mère de famille et habitante du quartier Nyakabiga, estime que le déversement des déchets dans les rivières résulte avant tout de l’inefficacité des compagnies chargées de leur collecte.

« Les autorités sont les premières responsables de ce débordement des déchets, car elles ne veillent pas à ce que les entreprises de collecte accomplissent leurs missions conformément à leurs engagements. »

Bien qu’elle reconnaisse que le fait de déverser les déchets dans la nature ne constitue pas une solution appropriée, elle dit comprendre le choix de certains habitants face à la situation : « Le plus dur, c’est de supporter l’odeur nauséabonde pendant un mois, voire davantage. En plus des risques de maladies que cela peut entraîner, les habitant·es paient chaque mois des frais de transport. C’est l’accumulation de ces déchets qui les pousse à les jeter au bord des rivières ou à les diriger vers les routes.»

Même si les habitant·es de Bujumbura se plaignent de l’inefficacité des sociétés de collecte des déchets, une étude souligne une amélioration notable par rapport à l’époque où la gestion était assurée par la SETEMU, une société étatique : « Avec le retrait progressif des services techniques municipaux (SETEMU) qui collectaient seulement 8 % des déchets solides municipaux, la collecte a attiré les opérateurs privés en 2010 et s’est nettement améliorée à hauteur de 46 %. Cette efficacité de la collecte est due à l’augmentation des investisseurs privés intéressés par cette filière de collecte et de traitement des déchets, qui générait des revenus importants liés à la tarification des ordures ménagères », soulignent Ndikumana et al. (2015).

Déchets en plastique jetés dans des caniveaux de Nyakabiga qui mènent vers la rivière Ntahangwa alimentant directement le Lac Tanganyika. Crédit : Thérence Hategekimana

Absence d’une réglementation légale

Même si, comme le montre Mugisha (2020) dans son mémoire de master, la gestion de l’environnement au Burundi est encadrée par plusieurs textes juridiques, le pays n’a pas encore mis en place un cadre légal, réglementaire et institutionnel spécifique à la gestion des déchets solides ménagers.

Selon une analyse de l’environnement au Burundi, de nombreuses normes et standards environnementaux ne sont pas pleinement appliqués en raison d’un manque de moyens et de capacité institutionnelle, et les textes réglementaires nécessaires à une mise en œuvre complète ne sont pas toujours disponibles ou appliqués de manière uniforme.

Malgré ces larges difficultés, le Burundi s’est engagé dans le domaine de la gestion des déchets au niveau international. Le pays a ratifié des conventions telles que la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et leur élimination, afin de réduire les impacts négatifs sur la santé humaine et l’environnement.

Toutefois, la ratification de cette convention ne suffit pas à prévenir la pollution du lac Tanganyika, car l’application effective des normes et la sensibilisation de la population aux effets environnementaux restent insuffisantes. Selon une analyse sur la gestion de l’environnement au Burundi, la connaissance par la population de la valeur et de l’importance des services et biens fournis par des écosystèmes aquatiques et terrestres sains reste limitée. Une proportion importante des parties prenantes n’est pas suffisamment informée des causes des défis environnementaux ni des solutions possibles.

Les pêcheurs dans les eaux du lac Tanganyika. Crédit : Thérence Hategekimana

Une menace pour l’écosystème du lac Tanganyika

Bien que le lac Tanganyika soit une ressource vitale pour la région, fournissant plus de 90 % de l’eau utilisée dans la ville de Bujumbura, il est soumis à de fortes pressions environnementales. En 2017, la fondation environnementale Global Nature Fund (GNF) l’a désigné comme le « lac le plus menacé de l’année », en raison de la pollution, de la sédimentation et de la surexploitation de ses ressources naturelles — autant de facteurs qui compromettent son écosystème unique et la qualité de l’eau douce dont dépendent des millions de personnes dans les pays riverains.

D’après un article d’Iwacu, Désiré Nsengiyumva, alors directeur chargé de l’eau à la Regie de Production et de Distribution d’Eau et d’Électricité (REGIDESO), a expliqué que l’eau qui alimente la ville de Bujumbura est désormais prélevée à environ 3,5 km du rivage du lac Tanganyika et à 25 m de profondeur, contre seulement 800 m auparavant, en raison de la pollution accrue des eaux. Il a averti que si la situation ne s’améliore pas, le Burundi pourrait être contraint de puiser l’eau plus loin encore, dans les zones lacustres appartenant à la République démocratique du Congo, un pays voisin.

Selon les données de la direction du département des eaux, de la pêche et de l’aquaculture, la production de poisson dans le lac Tanganyika est passée de environ 20 000 tonnes en 2002 à 10 000 tonnes en 2012. Cette forte diminution est principalement attribuée à la pollution des eaux du lac, qui pousse les poissons à se réfugier dans des zones moins polluées où ils peuvent se nourrir et se reproduire.

Pêche sur le lac Tanganyika. Bujumbura. Wikimedia.

Selon des expert·es environnementalistes, dont Dr Charles Niyonkuru, seules certaines espèces de poissons du lac Tanganyika comme le tilapia (poisson de couleur argentée) et le Clarias gariepinus (poisson‑chat de couleur noire) semblent tolérer les niveaux élevés de pollution dans certaines zones du lac. Dans ces secteurs pollués, ces espèces survivent en s’alimentant de matières contaminées, y compris des substances issues de métaux lourds — comme le plomb et le chrome — provenant notamment des rejets industriels, des stations‑services et des eaux usées domestiques des quartiers proches du lac.

Ainsi, lorsque ces poissons contaminés sont consommés, le phénomène de bioaccumulation des polluants dans leurs tissus expose les humains à des substances toxiques. L’ingestion de poissons contenant des métaux lourds peut entraîner divers effets néfastes pour la santé, notamment des troubles du développement chez les enfants, des dommages neurologiques et un risque accru de cancers et d’autres maladies chroniques.

Selon une évaluation de la biodiversité du lac Tanganyika, ce plan d’eau abrite plus de 2 000 espèces végétales et animales, plaçant ce lac parmi les écosystèmes d’eau douce les plus riches du monde. Parmi ces espèces, plus de 600 sont endémiques au bassin du lac, c’est‑à‑dire qu’elles ne se rencontrent nulle part ailleurs sur la planète, ce qui illustre la contribution exceptionnelle du lac à la biodiversité mondiale.

La pollution du lac menace directement cette richesse écologique et expose ces espèces uniques au risque de disparition, entraînant des pertes qui dépassent les frontières du Burundi et concernent l’ensemble des pays riverains du lac.

Une pollution locale aux conséquences régionales

Selon des études soutenues par le Global Environment Facility (GEF) et mises en œuvre avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le lac Tanganyika est une ressource d’importance mondiale partagée par le Burundi, la République démocratique du Congo, la Tanzanie et la Zambie, et il joue un rôle écologique et socio‑économique essentiel pour les populations riveraines. Le bassin du lac abrite plus de 10 millions de personnes et est reconnu comme un point chaud de biodiversité internationale, mais il est confronté à des pressions croissantes liées aux activités humaines, à la croissance démographique et à l’utilisation intensive de ses ressources naturelles.

Le lac Tanganyika est également l’un des écosystèmes d’eau douce les plus riches au monde, avec des milliers d’espèces animales et végétales, dont de nombreuses endémiques — ce qui lui confère une valeur mondiale indiscutable pour la biodiversité. Cette richesse se traduit aussi par une source de revenus et de moyens de subsistance : plus d’un million de personnes vivant dans le bassin du lac dépendent directement de la pêche, et le lac constitue une source essentielle d’eau potable, de nourriture et de transport pour des millions d’autres habitants des pays riverains.

Paradoxalement, malgré son importance écologique et économique, les activités humaines autour du lac — notamment l’urbanisation, la pollution, la déforestation et des pratiques agricoles non durables — s’accentuent, compromettant l’intégrité de l’écosystème. Dans certains cas, au Burundi, des constructions et des autorisations d’urbanisation ont été attribuées sans respect strict des lois environnementales, contribuant à des phénomènes comme des inondations fréquentes le long du littoral.

Les menaces pesant sur la biodiversité et la gestion des ressources naturelles du lac sont largement transfrontalières, ce qui implique que leur solution nécessite une coopération régionale renforcée entre les quatre pays riverains pour protéger durablement le bassin et ses services écosystémiques.

Les déchets dans le Lac Tanganyika (côté Burundi). Crédit : Thérence Hategekimana

Solutions pour lutter contre la pollution du lac Tanganyika

Les villes situées sur les rives du lac Tanganyika — Bujumbura, Rumonge, Uvira, Kigoma, Mpulungu et Kalemi — concentrent des activités industrielles importantes et des populations urbaines denses. Ces industries rejettent de grandes quantités d’eaux usées, tandis que les ménages génèrent des déchets domestiques et des eaux ménagères qui contribuent également à la pollution du lac.

Pour préserver cette ressource vitale, il est essentiel que tous les pays riverains s’engagent dans des actions coordonnées, associant gouvernements, communautés locales et financements internationaux. La protection du lac bénéficie directement à la santé humaine, à la biodiversité et à la qualité de l’eau.

Des projets et initiatives régionales proposent plusieurs mesures concrètes :

  1. Normes de qualité de l’eau harmonisées à l’échelle régionale et internationale, accompagnées de plans de collecte et de traitement des eaux usées et des déchets solides.
  2. Renforcement des capacités institutionnelles pour appliquer ces normes et gérer les systèmes de traitement dans les centres urbains riverains.
  3. Construction de stations de traitement conformes aux standards internationaux pour éviter que les déchets ménagers atteignent le lac via les rivières.
  4. Législation environnementale harmonisée et mise à jour, avec des mécanismes de suivi efficaces.
  5. Coordination régionale pour la lutte contre les espèces envahissantes, notamment la jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes), par des systèmes d’alerte précoce et des programmes nationaux et transfrontaliers.

Des initiatives concrètes illustrent ces approches :

  • TAKIWAMA – Gestion intégrée des eaux dans le bassin des lacs Tanganyika et Kivu : projet soutenu par l’Union européenne et des partenaires techniques, visant la gestion durable des eaux usées et des déchets solides, ainsi que le renforcement des capacités institutionnelles dans les pays riverains. (open.enabel.be)
  • Initiative régionale UNEP/GEF pour la protection du bassin du lac Tanganyika : projet transfrontalier visant à renforcer la coopération entre le Burundi, la RDC, la Tanzanie et la Zambie pour réduire les pressions anthropiques et protéger la biodiversité du lac. (unep.org)

La pollution du lac, même si elle provient principalement du Burundi, a des conséquences transfrontalières. Une combinaison de législation actualisée, de sensibilisation des populations à la gestion des déchets ménagers et de coopération régionale est donc essentielle pour garantir la préservation de cette ressource vitale pour des millions de personnes.

Thérence Hategekimana


Photo de couverture : Le lac Tanganyika. Bujumbura. Wikimedia.

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