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Mr Mondialisation

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14.09.2026 à 06:00

Neurodivergence : Quand l’expatriation complique le diagnostic

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Lorsque des difficultés scolaires, attentionnelles, comportementales ou développementales apparaissent chez un enfant expatrié, l’éloignement géographique peut révéler un frein inattendu : l’accès à une évaluation neuropsychologique adaptée à sa langue maternelle et à son parcours scolaire. Comment accompagner un enfant lorsque les outils disponibles localement ne correspondent pas toujours à ses références linguistiques et culturelles […]

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Texte intégral (1933 mots)

Lorsque des difficultés scolaires, attentionnelles, comportementales ou développementales apparaissent chez un enfant expatrié, l’éloignement géographique peut révéler un frein inattendu : l’accès à une évaluation neuropsychologique adaptée à sa langue maternelle et à son parcours scolaire. Comment accompagner un enfant lorsque les outils disponibles localement ne correspondent pas toujours à ses références linguistiques et culturelles ? Comment éviter que la distance ne se transforme en retard de prise en charge ? Coline Pawlowski, neuropsychologue, éclaire un enjeu encore peu visible pour les familles françaises vivant à l’étranger.

Vivre à l’étranger est souvent présenté comme une opportunité offrant aux enfants un environnement riche, multiculturel et stimulant. Mais cette vision masque des réalités très différentes selon les contextes.

Le vocabulaire lui-même en témoigne : on parle volontiers d’« expatriation » pour décrire les mobilités professionnelles, diplomatiques ou économiques favorisées de personnes disposant de visas facilités et de ressources stables, tandis que les départs contraints, les migrations précaires et les situations administratives irrégulières sont qualifiés de « migration » ou d’« immigration », avec tout ce que ces termes charrient d’obstacles structurels, de racisme, d’instabilité et de rapports de pouvoir hérités de la colonisation.

C’est à la première de ces situations – celle des familles françaises « expatriées » – que s’intéresse cet entretien.

Mr Mondialisation : Pourquoi les difficultés scolaires peuvent-elles être plus complexes à comprendre lorsqu’un enfant vit à l’étranger ?

Coline Pawlowski : « Parce que plusieurs facteurs se superposent. Il y a d’abord les difficultés propres à l’enfant, mais aussi le contexte linguistique, le changement de système scolaire, parfois le bilinguisme ou le plurilinguisme, et l’accès très variable aux professionnels selon les pays.

Une difficulté d’attention, de lecture ou d’organisation peut être attribuée un temps à l’adaptation à l’expatriation. À l’inverse, il faut également éviter de pathologiser ce qui relève simplement d’une période d’adaptation. Toute la difficulté consiste à replacer les observations dans l’histoire développementale, linguistique et scolaire de l’enfant. »

Mr Mondialisation : Pourquoi la langue des tests est-elle si importante ?

Coline Pawlowski : « Une évaluation neuropsychologique ne consiste pas simplement à traduire des consignes. Les outils sont construits et étalonnés pour une population donnée. Le vocabulaire, la compréhension des consignes, les références culturelles et le parcours scolaire peuvent influencer les résultats.

Lorsque l’enfant est scolarisé dans le système français et que sa langue de référence est le français, disposer d’outils adaptés permet une interprétation beaucoup plus pertinente. Cela ne signifie pas qu’un bilan réalisé localement est nécessairement inadapté, mais que la question de la langue et des normes utilisées doit être examinée avec attention. »

Coline Pawlowski, neuropsychologue.

Mr Mondialisation : Quelles situations conduisent généralement les familles à demander un bilan ?

Coline Pawlowski : « Les motifs sont très variés : difficultés persistantes en lecture ou en mathématiques, lenteur, problèmes d’attention, impulsivité, fatigabilité, difficultés de mémorisation ou d’organisation, décalage dans les interactions sociales, suspicion de TDAH, de trouble dys, de TSA ou, plus largement, interrogations sur le fonctionnement cognitif de l’enfant.

Le bilan ne doit pas être pensé comme une recherche systématique de diagnostic. Il sert d’abord à comprendre un fonctionnement, à identifier les points d’appui et les fragilités, puis à déterminer si des investigations ou des accompagnements complémentaires sont nécessaires. »

Mr Mondialisation : L’expatriation peut-elle réellement retarder un diagnostic ?

Coline Pawlowski : « Oui, dans certaines situations. Les parents peuvent ne pas savoir vers qui se tourner, les délais peuvent être importants, ou les professionnels disponibles peuvent ne pas disposer des outils correspondant à la langue d’origine de l’enfant. Les familles peuvent également attendre un retour en France pour engager les démarches.

Pendant ce temps, l’enfant continue à rencontrer les mêmes difficultés et l’école tente souvent de mettre en place des ajustements avec les informations dont elle dispose. Ce délai peut avoir des conséquences sur les apprentissages, mais aussi sur l’estime de soi et le vécu scolaire. »

Mr Mondialisation : Le bilan a donc également un rôle dans le dialogue avec l’école ?

Coline Pawlowski : « C’est essentiel. Un compte rendu utile ne devrait pas seulement comporter des scores. Il doit traduire les résultats en éléments compréhensibles pour la famille et l’équipe pédagogique : pourquoi l’enfant se fatigue, pourquoi certaines tâches lui demandent davantage d’effort, quels aménagements peuvent être pertinents, quelles stratégies peuvent l’aider.

Pour les enfants expatriés scolarisés dans un établissement français, le fait que les recommandations puissent être directement mises en lien avec leur environnement scolaire facilite aussi la continuité de l’accompagnement. »

Mr Mondialisation : Comment est née l’idée de développer Neuropsy Pawlowski Expat ?

Coline Pawlowski : « Le projet est né très concrètement au sein de mon cabinet en Lozère, à partir de la situation d’un enfant lozérien vivant à l’étranger avec sa famille. Il rencontrait des difficultés dans son parcours scolaire et ses parents se heurtaient à la difficulté de trouver, sur place, une évaluation neuropsychologique adaptée et réalisée avec des outils français. La famille a finalement choisi de revenir en France, en Lozère, afin que leur enfant puisse réaliser son bilan au cabinet.

Cette situation m’a amenée à réfléchir à ce que vivent de nombreuses familles expatriées : devoir parfois organiser un retour en France uniquement pour accéder à une évaluation dans la langue maternelle de leur enfant, avec des outils adaptés à son parcours scolaire et culturel. C’est à partir de cette expérience très concrète qu’est née l’idée de Neuropsy Pawlowski Expat : plutôt que de demander systématiquement aux familles de revenir en France, pourquoi ne pas envisager, lorsque cela est possible, de déplacer cette expertise jusqu’aux enfants français et francophones vivant à l’étranger ? »

© Neuropsy Pawlowski

Mr Mondialisation : Concrètement, quelle forme pourraient prendre ces interventions ?

Coline Pawlowski : « Des déplacements sont envisagés à partir de 2027, en lien avec des établissements français à l’étranger et selon les possibilités réglementaires de chaque pays. Le principe serait de regrouper plusieurs évaluations sur une période déterminée afin que les familles puissent accéder localement à un bilan en français.

Il ne s’agit pas de remplacer les professionnels présents dans le pays, mais de proposer une réponse complémentaire lorsqu’un besoin spécifique existe, avec l’objectif de travailler en articulation avec les équipes éducatives et, lorsque c’est nécessaire, les professionnels de santé locaux. »

Mr Mondialisation : La téléconsultation pourrait-elle résoudre le problème plus simplement ?

Coline Pawlowski : « Elle peut être très utile pour certains entretiens, restitutions, échanges avec les parents ou les équipes scolaires. En revanche, de nombreuses épreuves neuropsychologiques standardisées nécessitent des conditions de passation précises, du matériel spécifique et une observation clinique directe. On ne peut donc pas transposer automatiquement l’intégralité d’un bilan derrière un écran sans s’interroger sur la validité de ce que l’on mesure. »

Le cabinet en Lozère de Coline Pawlowski, neuropsychologue.

Mr Mondialisation : Au-delà du diagnostic, quel est finalement l’enjeu principal ?

Coline Pawlowski : « Éviter qu’un enfant passe plusieurs années à entendre qu’il ne fait pas assez d’efforts alors que personne n’a encore compris pourquoi certaines tâches sont si coûteuses pour lui.

Un diagnostic peut être important lorsqu’il est indiqué, mais le véritable objectif reste la compréhension du fonctionnement de l’enfant. Mettre des mots sur ses difficultés, identifier ses ressources et proposer des réponses adaptées peut changer profondément son rapport à l’école. »

Mr Mondialisation : Que faudrait-il améliorer pour les familles expatriées ?

Coline Pawlowski : « Il faudrait surtout fluidifier les parcours : mieux informer les familles sur les ressources existantes, développer les liens entre établissements français à l’étranger et professionnels francophones, faciliter les échanges avec les professionnels locaux et penser davantage la continuité des accompagnements lors des mobilités internationales. L’expatriation ne devrait pas créer une rupture dans l’accès à l’évaluation ou à l’accompagnement d’un enfant. »

Mr Mondialisation

Photo de couverture de Ben Mullins sur Unsplash

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13.09.2026 à 06:00

Recul des inégalités, zones humides et refuges climatiques : Top 10 bonnes nouvelles de la semaine

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Pour contrer un peu le blues du dimanche, voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine ! 1. Mexique : inégalités et pauvreté au plus bas Depuis 2018, les politiques sociales et salariales menées par les gouvernements de gauche auraient permis à 13,4 millions de Mexicains de sortir de la pauvreté. Selon les […]

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Texte intégral (1214 mots)

Pour contrer un peu le blues du dimanche, voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine !

1. Mexique : inégalités et pauvreté au plus bas

Depuis 2018, les politiques sociales et salariales menées par les gouvernements de gauche auraient permis à 13,4 millions de Mexicains de sortir de la pauvreté. Selon les chiffres présentés par le gouvernement de Claudia Sheinbaum, les inégalités auraient également atteint leur niveau historique le plus bas. (L’Humanité)

2. Des zones humides restaurées aident des élevages à résister aux sécheresses

En Côte-d’Or, la restauration de ruisseaux, mares et zones humides permet de mieux retenir et infiltrer l’eau, maintenant des sols et des prairies plus humides en période sèche. Des éleveurs témoignent avoir ainsi évité d’acheminer de l’eau à leurs troupeaux tout l’été, tandis que la biodiversité a également progressé. (Reporterre)

3. À Barcelone, 500 refuges climatiques pour les habitant·es

Parcs, bibliothèques, musées ou centres culturels : le réseau permet à 99 % des habitant·es d’accéder à un refuge à moins de dix minutes à pied. La ville veut encore renforcer le dispositif, alors que seules 19 des 52 capitales provinciales espagnoles disposent actuellement d’un réseau similaire. (Reporterre)

4. Des mutuelles se mobilisent pour sortir des pesticides

Une vingtaine de mutuelles, couvrant 14 millions de personnes, demandent l’application stricte de la réglementation européenne et une sortie totale des pesticides. Elles défendent notamment la généralisation des « ordonnances vertes » pour les femmes enceintes et développent un mouvement mutualiste qui parcourt l’Europe depuis 2025 en vue d’imposer un nouveau chapitre en terme de santé publique. (La Relève et La Peste)

5. Aux États-Unis, la contestation des data centers prend de l’ampleur

Au moins 75 projets de data centers, représentant 130 milliards de dollars d’investissements, ont été bloqués ou retardés aux États-Unis entre janvier et mars 2026. Face à leur forte consommation d’eau et d’électricité, les mobilisations locales se multiplient : 833 groupes d’opposition sont désormais actifs dans 49 États, tandis que plusieurs États imposent moratoires, recours ou audits avant d’autoriser de nouveaux projets. (Futura)

6. Six orangs-outans sauvés des incendies à Bornéo

Six orangs-outans, dont deux bébés, ont été secourus en une semaine alors que les incendies menaçaient leur habitat dans le Kalimantan occidental. Avec ces sauvetages, 15 orangs-outans ont été évacués en un mois grâce aux autorités, aux associations et aux habitants mobilisés sur place. (France 24 | AFP)

7. Des médicaments pourraient bientôt être conservés plus longtemps

Quatorze laboratoires vont tester l’allongement de la durée de conservation de 73 médicaments, dont le paracétamol, la lévothyroxine et la mélatonine, avec jusqu’à cinq années supplémentaires envisagées pour certains. Une mesure qui pourrait réduire le gaspillage, alors que 40 % des médicaments rapportés en pharmacie ne sont pas périmés et que les médicaments non utilisés coûtent chaque année 517 millions d’euros à l’Assurance maladie. (Que Choisir)

8. Les repas à 1 euro désormais accessibles à tous·tes les étudiant·es

Depuis cette rentrée, tous les étudiants peuvent bénéficier d’un repas à 1 euro dans les restaurants universitaires du Crous, une mesure réclamée de longue date face à la précarité étudiante. Mais l’extension s’accompagne de limites : un seul repas à 1 euro par jour, une qualité jugée en baisse et des moyens humains encore insuffisants dans les Crous. (Alternatives Economiques)

9. Hambourg veut interdire les lunettes connectées dans certains lieux publics

Le Parlement de Hambourg souhaite interdire les lunettes connectées dans les transports en commun, les piscines et les saunas, notamment pour lutter contre les enregistrements à l’insu des personnes. Il réclame également une interdiction fédérale de la reconnaissance faciale sur ces appareils, alors que Meta envisagerait d’intégrer cette technologie. (Euractiv)

10. En Amazonie équatorienne, des femmes autochtones sauvent les tortues charapa

Sept femmes Siekopai surveillent les nids de tortues charapa, déplacent les œufs menacés par les crues, les prédateurs et la pollution, puis relâchent les jeunes tortues dans le fleuve Aguarico. Lors de la saison 2025-2026, elles ont ainsi fait éclore et relâché 208 tortues sur 235 œufs collectés, tout en transmettant ces pratiques de conservation aux générations suivantes. (MongaBay)

Mara Prone


Photo de Couverture : Claudia Sheinbaum en 2018 / WikimediaCommons

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12.09.2026 à 06:00

AfD, loi intégrale et A412 : Top 10 actus de la semaine

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Vous n’avez pas pu suivre l’actualité cette semaine ? Voici 10 infos à ne pas manquer ! 1. L’extrême droite triomphe en Saxe-Anhalt L’AfD a remporté 43,8 % des voix aux élections régionales du 6 septembre, obtenant 39 des 83 sièges mais restant juste sous la majorité absolue. La CDU de Friedrich Merz s’effondre à […]

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Texte intégral (1425 mots)

Vous n’avez pas pu suivre l’actualité cette semaine ? Voici 10 infos à ne pas manquer !

1. L’extrême droite triomphe en Saxe-Anhalt

L’AfD a remporté 43,8 % des voix aux élections régionales du 6 septembre, obtenant 39 des 83 sièges mais restant juste sous la majorité absolue. La CDU de Friedrich Merz s’effondre à 17,2 %, tandis que l’AfD cherche désormais à gouverner malgré le refus affiché des autres partis de former une coalition avec elle. (Reuters)

2. La « loi intégrale » contre les violences sexuelles arrive à l’Assemblée nationale

Portée politiquement par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez et inspirée des propositions d’une coalition féministe et enfantiste de plus de 150 organisations, la proposition prévoit notamment prévention, protection des victimes, justice spécialisée et renforcement de la prise en charge. La commission spéciale de l’Assemblée nationale a débuté ses travaux le 7 septembre ; l’examen en commission est prévu à partir du 21 septembre. (Le Monde)

3. Contre l’A412, des opposant·es bloquent les premiers travaux

Alors que les travaux de l’A412 viennent de débuter en Haute-Savoie, des opposant·es se mobilisent pour empêcher les déboisements, dénonçant des travaux qu’ils estiment irréguliers alors que certaines expropriations sont encore en cours. Le projet de 16,5 km doit artificialiser au moins 177 hectares, dont 70 ha de terres agricoles et 56 ha de zones humides, malgré un avis défavorable du Conseil national de la protection de la nature. (Reporterre)

4. Trump promet 5 000 $ aux Américains si les républicains gagnent les midterms

Donald Trump promet 5 000 $ à chaque citoyen·ne américain·e majeur·e si les républicains conservent la Chambre et le Sénat en novembre, une mesure qui coûterait plus de 1 000 milliards de dollars. Lors de la convention républicaine au Texas, il a aussi appelé les électeur·rices à « faire comme si j’étais sur le bulletin », alors que sa popularité reste faible et que les républicains risquent de perdre la Chambre. (The Guardian)

5. Violences dans le périscolaire : les maires dénoncent un système défaillant

Des maires, auditionnés par une commission d’enquête du Sénat, alertent sur les failles du périscolaire face aux violences faites aux enfants : manque de contrôle et de formation, mais surtout mauvaise coordination avec la justice. Ils réclament notamment un meilleur partage d’informations entre collectivités, Éducation nationale et justice, ainsi que des formations au repérage des violences pour les personnels. (Public Sénat)

6. À Carcassonne, des policiers municipaux filmés tenant des propos racistes et putschistes

Une vidéo tournée à leur insu en novembre 2025 révèle, sur près de six heures de patrouille, une succession de propos racistes, misogynes, homophobes et appelant notamment à une dictature. Le principal auteur des propos, proche du RN et membre de son service d’ordre, a été exclu du parti ; les quatre policiers concernés ont été suspendus et une enquête judiciaire est ouverte. (L’Humanité)

7. Imerys Glomel : des ouvriers exposés aux poussières toxiques

À Glomel, en Bretagne, des salariés et intérimaires d’Imerys dénoncent une exposition à des poussières de silice cristalline, cancérogènes et responsables de graves maladies respiratoires. Des contrôles auraient révélé des dépassements des seuils réglementaires, tandis qu’un ancien intérimaire poursuit l’entreprise pour faute inexcusable. (Splann)

8. La Slovaquie conteste la dérégulation des « nouveaux OGM »

La Slovaquie va saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour contester le nouveau règlement européen sur les nouvelles techniques génomiques (NGT), adopté en juin. Le gouvernement de Robert Fico estime que les garanties sanitaires et environnementales sont insuffisantes ; des scientifiques, apiculteurs, agriculteurs et ONG slovaques contestent également le texte au nom du principe de précaution. (Terre Net)

9. Intimidations autour d’une conférence sur les mégabassines

Le 4 septembre 2026, à Saintes, une conférence de La Boussole Saintaise et de Bassines Non Merci consacrée aux mégabassines a été reportée après l’arrivée d’une trentaine de personnes se présentant comme des agriculteurs pro-bassines. Le groupe aurait intimidé les participant·es, menacé de revenir à 200 personnes et bloqué le portail avec un antivol, tandis que l’association dénonce une atteinte à la liberté de débat et prévoit de déposer plainte. (CP La Boussole Saintaise & BNM 17 | France 3 Aquitaine)

10. Netanyahu aurait été averti d’une attaque du Hamas avant le 7 Octobre

Une enquête de Haaretz révèle que le président émirati Mohamed ben Zayed aurait personnellement averti Netanyahu, dix jours avant le 7 Octobre, qu’une opération majeure préparée par Yahya Sinwar était imminente. Selon l’enquête, Netanyahu aurait minimisé la menace sans transmettre l’alerte aux services de sécurité ; son bureau dément catégoriquement et menace Haaretz de poursuites. (Truthout)

Mara Prone


Photo de couverture : mobilisation contre l’AfD, 2025 / WikimediaCommons

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11.09.2026 à 06:00

Fin du monde et fin du mois : enfin conciliables avec le projet EQO ?

Renard polaire

C’est un projet actuellement mené par un seul homme, mais au potentiel mondial. Améliorer la fin du mois, anticiper la fin d’un monde : avec EQO, les plus dépensiers seraient pénalisés, et les plus sobres récompensés grâce à un système de redistribution de « monnaie carbone ». Et si ça fonctionnait ? Cela fait plus […]

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Texte intégral (3711 mots)

C’est un projet actuellement mené par un seul homme, mais au potentiel mondial. Améliorer la fin du mois, anticiper la fin d’un monde : avec EQO, les plus dépensiers seraient pénalisés, et les plus sobres récompensés grâce à un système de redistribution de « monnaie carbone ». Et si ça fonctionnait ?

Cela fait plus de cinq ans que Laurent travaille sur EQO. Alarmé par la situation climatique et le fait qu’elle soit majoritairement imputable aux plus privilégiés, cet avocat de 35 ans décide de formuler une proposition visant à articuler réduction des émissions et redistribution sociale.

Passionné par la science, les chiffres et les proportions, Laurent s’inspire des premiers modèles nés dans les années 1990 et même mis sur la table en 2008 par le gouvernement britannique. En somme, EQO consiste à attribuer à tout un chacun une part de carbone égale et échangeable : les plus pauvres et les plus riches partent ainsi sur un pied d’égalité. Moins d’EQO dépensés qu’attribués ? Le reliquat est remboursé en euros. Besoin de plus d’EQO que la moyenne ? Il faudra mettre la main au portefeuille.

En plus d’un système qui se veut égalitaire et redistributif, EQO s’inscrit dans une optique de sobriété à la fois nécessaire et choisie. Celle-ci valorise l’occasion et le réemploi et fait prendre conscience de l’impact de tous les achats – alimentaires, vestimentaires, de loisir, etc. Le site d’EQO présente en détail les principes et les hypothèses du projet. Rencontre avec Laurent, son créateur.

[Pour le moment, ce projet reste une proposition personnelle de son concepteur, qui n’a pas encore été soumise à une évaluation indépendante contradictoire. Ses effets sociaux, démocratiques, économiques et écologiques mériteraient donc d’être examinés au-delà de la seule réduction des émissions de gaz à effet de serre. / ndlr*]

Le système EQO parie sur une écologie équitable ©Unsplash
Le système EQO parie sur une écologie équitable ©Unsplash

Mr Mondialisation : Pouvez-vous vous présenter ?

Laurent : « J’ai 35 ans et suis avocat auprès de collectivités territoriales, donc j’exerce auprès du secteur public. Je suis également l’heureux papa d’un enfant d’un an et demi. Les sciences m’ont toujours intéressé, même si je ne me suis pas destiné à cette carrière-là, avec regret parfois. Je crois que je suis également « éco-anxieux », même si je déteste ce terme… Je travaille sur EQO depuis plus de cinq ans, en dilettante car très pris par mon travail. Mais à la naissance de mon fils, je me suis dit que je lui devais d’apporter ma petite contribution à la réflexion générale… » 

Mr Mondialisation : Quelle a été l’étincelle qui vous a poussé à concevoir EQO ?

Laurent : « Celle d’un réflexe que j’ai pour tout : j’ai besoin d’avoir le sens des proportions. Je change d’échelle constamment pour avoir un ordre d’idée, notamment via des tableurs Excel. Par exemple : la Terre, au lieu d’avoir 4,5 milliards d’années, elle a 45 ans. Du coup, une vie, c’est 20 secondes, l’humanité, une journée, etc.

Le réchauffement climatique étant une préoccupation majeure pour moi, j’ai essayé de comprendre notre budget carbone. On entend souvent parler de 2,5 tonnes. J’ai lu beaucoup de rapports pour comprendre les calculs, puis j’ai fait les miens. L’ADEME, notamment, exprime la quantité carbone en kilos ou en grammes. Mais ce n’est pas parlant pour la majorité des gens.

EQO propose un système simple pour calculer le coût carbone de nos dépenses ©EQO
EQO propose un système simple pour calculer le coût carbone de nos dépenses ©EQO

J’ai donc raccroché ce calcul à quelque chose qui nous est familier. Qui dit dépense, dit argent : 2,5 tonnes, ça peut vite se ramener à 25 000. Or, 25 000, c’est quasiment le revenu médian des Français. Il s’avère que le ratio EQO / euro fonctionne naturellement bien. Par exemple, sur l’électricité, le tarif réglementé est de 20 centimes le kilowatt-heure. Moi, je tombe à 20 centimes d’EQO.

Le ratio devient d’autant plus parlant sur d’autres produits, comme le bœuf. On sait qu’il pollue énormément, mais pas toujours à quel point. Un kilo de poulet équivaut à 30 ou 40 EQO : un kilo de bœuf, c’est 300. On retrouve un ordre de grandeur plus familier en appliquant cette unité nouvelle, qui s’appuie sur notre familiarité avec les prix en euros. » 

« Les politiciens nous sortent de grandes phrases sur la nécessité d’agir, mais ils ne font rien. Alors, à nous de trouver des solutions qui marchent ! »

Mr Mondialisation : Vous avez également réalisé que l’empreinte carbone n’était pas du tout la même d’un habitant à un autre…

Laurent : « Oui, car plus le revenu augmente, plus les dépenses aussi et, donc l’empreinte carbone qui va avec. Il y a une vraie injustice à échelle mondiale. Les populations qui vont le plus souffrir du réchauffement climatique, notamment via des pénuries d’eau, des assèchements ou des pertes de culture, sont celles qui y ont le moins contribué.

Le but d’EQO est de créer un système redistributif basé sur un budget carbone qui permettrait d’assurer effectivement l’atteinte des 2,5 tonnes en 2050. Je pense que c’est rassurant d’imaginer que ça soit possible. Les politiciens nous sortent de grandes phrases sur la nécessité d’agir, mais ils ne font rien. Alors, à nous de trouver des solutions qui fonctionnent !

Il s’agit vraiment d’un système équitable au sein duquel les plus riches qui ne voudront pas faire d’efforts seront contraints de payer pour acheter des EQO et continuer à consommer. [Mais cela soulève une question importante : jusqu’où une capacité financière peut-elle permettre de maintenir des consommations fortement émettrices sans envisager un changement profond de paradigme ? / ndlr*]. C’est un moyen social pour réduire les écarts. De plus, selon mes simulations, quelqu’un qui vivrait très sobrement, sans pour autant faire de l’autosuffisance complète, pourrait quasiment toucher un SMIC chaque mois – sans que ça ne pèse sur l’économie. EQO ne coûtera pas un euro à l’État ni à une quelconque autre collectivité publique. » 

Les pays pauvres pâtissent du réchauffement climatique, créé par les pays les plus riches... ©Unsplash
Les pays pauvres pâtissent du réchauffement climatique, créé par les pays les plus riches… ©Unsplash

Mr Mondialisation : Par qui serait-il alors géré ?

Laurent : « Par une autorité indépendante, purement scientifique. Elle aurait une existence supra législative, donc impossible à supprimer par une simple nouvelle loi. C’est pour cela que je propose une loi référendaire pour son adoption. La première vocation de cette autorité serait de fixer des forfaits de prix par type de produit, donc une nomenclature – un peu comme l’a fait l’ADEME jusqu’à maintenant avec sa base carbone. Il faut absolument que cela reste scientifique, loin de tout lobbying.

La deuxième vocation serait de gérer le marché des EQO, afin qu’ils passent toujours par l’autorité, qu’elle joue un rôle tampon entre acheteur et vendeur. Cela permettrait d’avoir un stock pour qu’il n’y ait jamais de pénurie d’EQO mais sans jamais en créer, puisque ils sont reportés d’une année à l’autre. L’autorité scientifique agirait comme une sorte de régulateur de marché.

Son deuxième rôle majeur, c’est qu’elle achète au vendeur les EQO à un prix réglementé fixé dans la loi, à savoir une dotation globale qui passe en gros de 80 000 et quelques à 25 000, divisé par le revenu médian. Cela permettrait de stabiliser la valeur de l’EQO tout en s’assurant qu’en cas de gros événements économiques, il ne s’effondre pas. » 

« EQO ne concerne que le neuf. Les achats d’occasion ne rentrent pas dans le système, donc les espèces gardent un sens sur tous les achats d’occasions. » 

[EQO ne concernerait que les biens neufs dans la version actuelle du projet. Les achats d’occasion en seraient exclus afin de favoriser le réemploi, mais cette distinction soulève des questions de traçabilité et de périmètre : comment traiter le reconditionné, les pièces détachées, les réparations, les importations ou les biens revendus plusieurs fois ? / ndlr*]

Mr Mondialisation : Cela signifie que tous les paiements devront être tracés et réglés par carte bancaire ? 

Laurent : « EQO ne concerne que le neuf. Les achats d’occasion ne rentrent pas dans le système, donc les espèces gardent un sens sur tous les achats d’occasions. Pour le neuf, soit on supprime les espèces, soit il faut tenir une comptabilité. Mais finalement, le risque de fraude n’est pas plus grand que celui qui existe aujourd’hui pour la TVA… » 

Mr Mondialisation : Comment espérez-vous qu’EQO puisse être adopté par des dirigeants et politiques qui profitent abondamment du système inégalitaire actuel ?

Laurent : « Pour moi, il faut un référendum. Cela reste un changement de paradigme assez radical. L’intérêt, par contre, c’est qu’il est progressif et transparent. C’est-à-dire qu’on sait où on va et ça se fait petit à petit, jusqu’en 2050. Par ailleurs, cela va créer de nouveaux emplois car le marché de l’occasion va exploser, ainsi que celui de la réparation. C’est donc aux Français de décider.

EQO est un projet à la fois économique, écologique et social ©EQO
EQO est un projet à la fois économique, écologique et social ©EQO

EQO offre la possibilité de choisir entre rester dans notre modèle actuel, qui nous mène dans le mur, ou de réfléchir à l’avenir de nos enfants. Il demande des efforts, mais progressifs, et il incarne une solution équitable. Je ne sais pas quels politiques pourraient s’en saisir, si près des présidentielles… J’aimerais plutôt que des scientifiques comme Jean-Marc Jancovici ou Aurélien Barrau s’y penchent et montrent que c’est possible.

[Mais aussi des économistes, des juristes, des sociologues, des spécialistes des inégalités et des personnes directement concernées devraient examiner le projet, en discuter les hypothèses et en identifier les limites. / ndlr*]. EQO est un projet scientifique, pas politique. Il n’y a pas de marge d’appréciation, pas de négociation, pas de lobbying possible. »

[EQO s’appuie sur des données et des méthodes scientifiques, mais il implique aussi des choix politiques et démocratiques : définir une dotation – qui prendrait en compte le handicap, la maladie, la ruralité, la précarité énergétique, la taille des ménages ou de l’absence d’alternatives à la voiture –, fixer des règles d’échange, déterminer les biens concernés et organiser une autorité de contrôle. L’objectif est de limiter autant que possible l’arbitraire et les conflits d’intérêts, sans prétendre que le dispositif puisse être totalement séparé du débat politique. / ndlr*]

« les pays riches profitent d’un système qui conduit à un avenir désastreux, y compris pour des populations qui n’en bénéficient pas. »

Mr Mondialisation : EQO ne peut avoir suffisamment de poids à l’échelle de la France seule. L’avez-vous pensé pour l’international ?

Laurent : « En réalité, je l’ai conçu au niveau mondial. Pendant que les pays pauvres sont accusés de polluer en essayant de s’en sortir, les pays riches profitent d’un système qui conduit à un avenir désastreux, y compris pour des populations qui n’en bénéficient pas. C’est une injustice flagrante.

Or, ce qui est intéressant, c’est que tous ces pays entre 2 et 4 tonnes de CO2 par habitant sont des vendeurs. Ils le seront toujours car ils sont déjà habitués à faire autrement, tout en gagnant en confort et niveau de vie. EQO créerait un échange global qui pourrait les avantager. Pour une fois, on compenserait un peu toute l’injustice qui pèse aujourd’hui dans le monde ! Ce rééquilibrage mondial, c’est la première chose que j’avais en tête.

Mais j’ai conscience de la difficulté d’application à échelle mondiale. J’ai donc espoir que la France puisse devenir l’exemple. Nous avons souvent été précurseurs. La montée du nationalisme et du fascisme correspond à une perte de sens. Quand on n’a plus de fierté individuelle, on recherche la fierté collective…

Pourquoi ne pas en faire quelque chose de beau, loin du racisme et du repli sur soi ? EQO pourrait redonner de la fierté aux Français en se basant sur un rationalisme de long terme, soit tout l’opposé de ce que portent beaucoup de politiques aujourd’hui. Puis, je vois ça comme une traînée de poudre… Si les autres pays voient que ça fonctionne, ça peut aller très vite. »

Les feux de forêt de cet été 2026 ont plus que jamais rappelé l'urgence d'agir ©Unsplash
Les feux de forêt de cet été 2026 ont plus que jamais rappelé l’urgence d’agir ©Unsplash

Mr Mondialisation : Quelles limites avez-vous pu identifier dans votre projet ?

Laurent : « L’urgence, tout d’abord ! Si on ne se saisit pas de ce sujet-là dès maintenant et que le pire arrive en 2027, je pense qu’il sera trop tard en 2032, vu la vitesse avec laquelle le climat se dérègle. Si rien n’est fait maintenant pour stabiliser nos émissions, les +3°C en 2100 seront atteints.

Mon objectif à court terme est évidemment de convaincre le plus grand nombre, mais aussi d’avoir un retour de spécialistes, de recevoir oppositions et contestations afin de savoir si mon simulateur tient la route. J’ai essayé de trouver les failles, en ai identifié et réparé quelques unes, mais il y en a peut-être qui m’échappent. Je pense que certains économistes auront des remarques pertinentes.

S’il s’avérait qu’EQO est irréalisable à cause d’une faille que je n’ai pas su identifier, au moins, j’aurai essayé. Pour l’instant, il sonne pour moi comme une évidence, même si je sais que les évidences, parfois, il faut s’en méfier. J’aimerais toutefois que ça le devienne pour plein de gens, quitte à ce que, pour d’autres, cela devienne un sujet d’opposition majeure. EQO assure avec une efficacité quasi certaine l’atteinte d’une neutralité carbone à l’horizon 2050, et ce n’est pas rien. J’aurai honte tout le restant de ma vie si je n’essaie pas a minima de faire connaître ce projet. » 

[EQO est présenté par son concepteur comme un projet scientifique et non politique. Pourtant, attribuer une dotation carbone, définir les biens concernés, organiser un marché d’échange et créer une autorité indépendante implique des choix politiques, juridiques et éthiques. La science peut documenter les émissions et les budgets carbone, mais elle ne peut pas décider seule de ce qui est juste, acceptable ou souhaitable.

Le projet soulève également des questions qui dépassent la seule neutralité carbone : prise en compte des émissions indirectes et importées, responsabilités historiques, situations de handicap et de précarité, surveillance des achats, rapports entre pays « riches » et pays « moins émetteurs », biodiversité, ressources et pollutions. EQO demeure donc une hypothèse à discuter et à tester, plutôt qu’une solution démontrée. Sa pertinence dépendrait notamment d’une expertise contradictoire et d’une gouvernance réellement démocratique. / ndlr*]

Entretien réalisé par Marie Waclaw (relu et annoté par Mara Prone)


Photo de couverture : ©Unsplash

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10.09.2026 à 06:10

Le vote comme minimum, jamais comme horizon

Elena Meilune

Voter ne renversera pas le capitalisme, ne remplacera jamais une grève et ne donnera pas soudainement le pouvoir à la population. Mais aucune de ces limites ne constitue une raison suffisante pour abandonner les urnes. Le véritable enjeu est surtout celui de voter sans jamais réduire la politique au vote. Les quatre premiers volets de […]

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Texte intégral (1149 mots)

Voter ne renversera pas le capitalisme, ne remplacera jamais une grève et ne donnera pas soudainement le pouvoir à la population. Mais aucune de ces limites ne constitue une raison suffisante pour abandonner les urnes. Le véritable enjeu est surtout celui de voter sans jamais réduire la politique au vote.

Les quatre premiers volets de ce dossier ont défendu une idée qui pourrait sembler paradoxale : le vote mérite d’être utilisé précisément parce qu’il ne suffit pas. Nous avons vu que l’abstention n’empêche personne de gouverner, que le pouvoir économique reste profondément inégalitaire, que tous les gouvernements ne produisent pas les mêmes conséquences et qu’un pouvoir autoritaire peut réduire jusqu’aux possibilités de le combattre.

Mais défendre le vote comporte aussi le risque de laisser croire que déposer périodiquement un bulletin constituerait à lui seul une participation politique suffisante. Ce serait remplacer une impasse par une autre. Car si l’abstention n’est pas nécessairement antisystème, voter ne l’est évidemment pas davantage. Tout dépend de ce que l’on fait avant, pendant et surtout après l’élection.

Le faux choix entre l’urne et la rue

Une partie du débat politique repose sur une l’opposition entre ceux qui feraient confiance aux élections et ceux qui privilégieraient les luttes sociales, l’action directe, la grève ou la désobéissance. Mais pourquoi faudrait-il choisir ? Voter prend quelques minutes et n’interdit absolument rien du reste.

Une élection permet de peser ponctuellement sur la distribution du pouvoir institutionnel. Une grève permet de s’attaquer directement au fonctionnement économique. Une manifestation construit un rapport de force. Une association organise des solidarités. Un syndicat permet aux travailleurs de défendre collectivement leurs intérêts. Aucun de ces outils n’annule l’utilité des autres.

Le véritable problème commence quand la politique s’arrête au bulletin

La critique anarchiste touche en revanche quelque chose de fondamental lorsqu’elle dénonce une conception de la démocratie réduite aux élections. Une société dans laquelle la population choisit périodiquement ses dirigeants avant de redevenir spectatrice pendant plusieurs années constitue une conception extraordinairement pauvre du pouvoir populaire.

Les transformations sociales majeures n’ont d’ailleurs jamais attendu tranquillement le prochain scrutin. Droits syndicaux, réduction du temps de travail, droits des femmes, luttes antiracistes, droits LGBT+, conquêtes écologiques : les avancées politiques naissent aussi de mobilisations qui imposent aux institutions des sujets qu’elles auraient parfois préféré ignorer.

Encore faut-il que le pouvoir en place puisse céder face au rapport de force plutôt que chercher à l’écraser. C’est aussi là que le choix électoral prend son importance : tous les gouvernements n’offrent pas la même prise aux luttes qui cherchent à leur arracher des avancées.

Voter n’est pas donner un blanc-seing

Voter pour un candidat ne signifie pas approuver chacune de ses propositions, lui accorder sa confiance pour cinq ans ou promettre de défendre son gouvernement quoi qu’il fasse. Une voix n’est pas un contrat de loyauté.

On peut voter pour empêcher une victoire de l’extrême droite. Pour préserver un droit menacé, obtenir une avancée sociale, favoriser le programme disponible le plus proche de ses intérêts. Ou simplement parce qu’entre plusieurs terrains politiques imparfaits, l’un permettra davantage de conquêtes futures. Puis combattre dès le lendemain une décision prise par celui que l’on a contribué à élire. Le bulletin ne remplace pas le contre-pouvoir. Le véritable enjeu commence après l’élection car le contre-pouvoir empêche les gouvernants de gouverner seuls.

« Construire des forces capables de peser sur ceux pour lesquels on a voté »

Si une victoire de gauche renvoie chacun chez soi dans l’attente des prochaines élections, les rapports de pouvoir qui traversent la société continueront largement à fonctionner. Le poids des grandes fortunes, des multinationales et des propriétaires de médias ne disparaîtra pas avec un changement de majorité. Il faut donc construire des forces capables de peser sur ceux pour lesquels on a voté.

Voter et construire ce qui doit remplacer

C’est peut-être ici qu’anarchisme et participation électorale cessent réellement d’être contradictoires. On peut voter pour préserver des services publics tout en défendant leur gestion démocratique par leurs travailleurs et leurs usagers.

Mais aussi pour renforcer les droits syndicaux tout en souhaitant que le pouvoir économique quitte progressivement les mains des propriétaires. Comme pour protéger les associations tout en construisant des réseaux de solidarité autonomes. Et pour davantage de démocratie tout en considérant que la démocratie représentative demeure terriblement insuffisante.

Utiliser une institution n’oblige pas à considérer cette institution comme indépassable. Les mouvements qui souhaitent transformer radicalement la société ont même intérêt à utiliser tous les espaces qui leur permettent de construire leur puissance collective plutôt qu’à abandonner ceux qu’ils jugent imparfaits. Le bulletin peut alors cesser d’être un symbole d’adhésion au système.

Il redevient ce qu’il est : un outil limité dans une boîte à outils qui doit en contenir beaucoup d’autres.

– Elena Meilune


Photo de couverture : Mouvement des Indignés, Paris 11 octobre 2011 / Flickr

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09.09.2026 à 06:00

Mexique : la jeunesse du Totonacapan résiste par le cinéma communautaire

Mr Mondialisation

À Papantla, dans le Totonacapan de Veracruz, au Mexique, un collectif de jeunes totonaques se réunit chaque année depuis 2015 pour réaliser une semaine de campement et d’activités culturelles. Dans une région fortement affectée par la violence due à l’exploitation pétrolière, ces événements sont l’occasion de soutenir les liens communautaires et de faire vivre les […]

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Texte intégral (3252 mots)

À Papantla, dans le Totonacapan de Veracruz, au Mexique, un collectif de jeunes totonaques se réunit chaque année depuis 2015 pour réaliser une semaine de campement et d’activités culturelles. Dans une région fortement affectée par la violence due à l’exploitation pétrolière, ces événements sont l’occasion de soutenir les liens communautaires et de faire vivre les savoirs culturels de la région.

À l’origine de cette initiative, un groupe de jeunes musiciens qui se réunit chaque semaine pour jouer ensemble, coordonné par l’activiste Omar Lázaro García. En 2015, les musiciens décident d’organiser un événement d’ampleur dans la région : une semaine de campement pour créer un espace d’échanges transgénérationnel et communautaire, avec des ateliers de musique, de théâtre, de poterie, de savoirs médicinaux… et des interventions de divers collectifs, comme celui des mères chercheuses, des défenseurs des droits humains, ou encore des anciens de la communauté.

En 2025, c’est le collectif de cinéma communautaire Xolo Films qui a été invité au campement annuel pour répondre au manque de formation artistique et audiovisuelle auquel font face les jeunes des zones rurales et indigènes. Organisé avec le Centre Interculturel pour la Soutenabilité de Papantla et financé par le Fond mexicain d’appui à la culture et à l’art (FONCA), l’atelier a réuni plus d’une vingtaine de jeunes activistes, provenant de la région ou des États voisins.

Le collectif de cinéma communautaire Xolo Films.

Faire avec les moyens du bord

Avec Xolo Films, on est loin des tapis rouges et des méga-tournages qui font la marque de fabrique de l’industrie cinématographique. Pour les membres de Xolo – 11 au total – le cinéma est surtout le moyen de faire communauté pour raconter son histoire. Partant de ce principe, les fondateurs ont créé Xolo en 2015, à la suite d’une formation basée sur l’éducation populaire, réalisée à Xalapa (capitale de l’État de Veracruz). Depuis, le collectif a tourné plusieurs court-métrages et réalisé plusieurs ateliers.

Pour le collectif, faire du cinéma horizontal, c’est permettre à chacun·e de raconter sa propre histoire avec les moyens du bord (et sans recourir à une technologie 2.0) comme le partage Joshua Espinosa Gutiérrez :

« Au final, le plus important, c’est l’histoire que tu veux raconter ».

C’est aussi forger le chemin d’une autre société. « Si on peut se réunir pour raconter une histoire et la filmer, alors peut être qu’on peut se réunir pour faire des choses plus grandes et plus complexes », explique le cofondateur et militant Emilio Braojos Fuertes.

Non loin d’une rangée de tentes, sous les quelques 30 degrés à l’ombre, les participant·es se sont essayé·es à la caméra, à l’équipement sonore, aux pratiques théâtrales et à la production. Et tout cela, avec une visée politique. Entre les repas fournis par l’hôte de la maison, plusieurs court-métrages communautaires ont été discutés par Ruben Dario Madrigal Ceballos, professeur et militant communiste, parce que le cinéma communautaire permet de « récupérer la valeur de ce qu’on a en propre », questionner la violence systémique vécue par les communautés et leurs multiples façons d’y résister.

Le collectif de cinéma communautaire Xolo Films.

« Documenter, c’est militer »

Raconter « l’Autre » histoire, c’est lutter contre l’homogénéisation des récits. Jésus Ramos Carballeda, un jeune étudiant des Hautes Montagnes proches d’Orizaba, en a fait l’expérience très tôt. Grand visionneur de films pendant l’enfance, il constate :

« j’apprenais du monde, mais je me rendais compte que beaucoup de films n’avaient rien à voir avec moi, ni avec mon lieu de vie [Et] quand tu n’as pas d’identité avec ton territoire, tu te sens perdu ».

Faire du cinéma communautaire permet de reprendre la main sur son récit, et éviter de « se faire raconter », comme l’explique Amairany Mora Vázquez, membre du Congrès National Indigène (CNI) Totonacapan : « Ces histoires doivent s’écrire depuis l’intérieur ».

Pour Rosa Laura Tezoco Tehuintle, jeune artiste des Montagnes de Zongolica, les histoires ne s’écrivent pas pour le regard extérieur, mais pour servir la communauté. C’est du moins ce qu’elle a appris en travaillant avec les enfants de son village :

« Quand on fait un travail communautaire ou rural, on ne va pas peindre pour l’étranger. Moi, ce que les jeunes me disaient c’était : « je veux pas que tu peignes ce que je connais déjà, je veux que tu m’écoutes, que tu écoutes l’histoire de mon enfance, je veux voir ce que me racontait ma maman ou mon grand-père » ».

Ce travail d’auto-documentation permet de remonter le fil de la mémoire. Une tâche cruciale quand on sait que cette mémoire est souvent muselée ou enfouie sous les décombres. Omar Lárazo García, conseiller du CNI Totonacapan, se souvient du massacre de janvier 1970, quand l’armée mexicaine a tué plus de 320 totonaques, à Monte de Chila: « Ils ont assassiné un village entier, et aujourd’hui il ne reste que les ruines. Ils ont voulu effacer cette mémoire. Alors, raconter notre histoire, c’est aussi demander que justice soit faite, ne pas se taire face à tout ça ».

Le collectif de cinéma communautaire Xolo Films.

Les récits ont un pouvoir invisible : celui de dessiner le réel. À ce propos, Dénétèm Touam Bona écrit : « C’est par une fabulation créatrice qu’une communauté, quelle qu’elle soit, recouvre la puissance d’agir ». Chikón, un jeune cinéaste qui a voyagé depuis les montagnes mazatèques de Oaxaca conclut : « Documenter c’est, d’une certaine manière, militer, et n’ayons pas peur de militer ! ».

Les histoires qui se rassemblent et se partagent sous la végétation luxuriante du Totonacapan, ne sont pas seulement des récits de lutte. Ce sont aussi des récits de vie quotidienne, tel que l’illustre Omar Lázaro García. :

« C’est important qu’on puisse se reconnaître. Un peu comme quand on se lève le matin, on se regarde dans le miroir, et on aime ce qu’on voit. C’est ça l’objectif : que les communautés se voient reflétées et qu’elles [se] disent : « Je me sens bien ».  »

Se raconter c’est, finalement, faire émerger « ces autres mondes qui existent déjà et qui sont le point de départ pour construire quelque chose de mieux », selon Ruben Dario Madrigal Ceballos. C’est mettre à profit des histoires pour faire bouger les lignes.

Le collectif de cinéma communautaire Xolo Films.

Retarder la fin du monde

Ailton Krenak, activiste et écrivain botocudo du Brésil, écrivait : « Développons nos forces pour pouvoir toujours raconter une histoire de plus, un autre récit. Si nous y parvenons, alors nous retarderons la fin du monde ». Ces mots font écho à ceux de Leslie Marmon Silko, écrivaine autochtone de culture pueblo laguna : « Je vais vous dire une chose à propos des histoires… Ce ne sont pas seulement des divertissements. Ne vous y trompez pas. Elles sont tout ce que nous avons, voyez-vous, tout ce dont nous disposons pour lutter contre la maladie et la mort. Vous n’avez rien si vous n’avez pas d’histoires. »  L’année dernière, les participant·es avaient tous cette aspiration: repeindre la réalité, détenir la fin du monde, recommencer.

Briany Lilith Lastiri Cruz, actrice et dramaturge originaire de Poza Rica a, par exemple, appris auprès du collectif Xolo à tourner un court-métrage sur la transidentité. Avec sa pièce Si réellement tu m’aimais, basée sur le théâtre de l’opprimé, Briany dénonçait les menaces qui pèsent sur les personnes trans et LGBTQIA+. En parallèle, elle a écrit une œuvre intitulée L’arbre de l’espérance, en référence au monument érigé à la mémoire des personnes disparues de Poza Rica.

Son travail a été récompensé pour « la meilleure direction » à Xalapa en 2024 : « J’ai profité de ces pièces pour mettre en place des espaces de dialogue à Poza Rica, pour dire : écoutez, il est en train de se passer ça, ça continue de se passer ! Parce que ces choses sont mises sous silence et c’est important de les rendre visibles ».

Le collectif de cinéma communautaire Xolo Films.

De son côté, Alejandro Jiménez Méndez est un danseur totonaque; il pratique la danse rituelle de la région connue sous le nom de « danse des voladores ». Avec la caméra, il cherche à documenter les activités quotidiennes de son village, comme la fête patronale, la culture du maïs, les rituels. La vidéo opère comme un moyen de préserver la mémoire communautaire auprès de ses habitants, mais aussi au-delà, en atteignant la diaspora.

Tout comme Alejandro, Rodolfo Bibiano Jiménez, s’est aussi fixé l’objectif de partager la mémoire vive, et les affectations de son territoire. Impliqué dans plusieurs organisations de lutte contre le fracking – une technique visant à extraire du gaz ou du pétrole en injectant sous haute pression une très grande quantité d’eau mêlée à des composés chimiques – Rodolfo souhaite dénoncer les dangers de l’exploitation pétrolière. Dans une région où les accidents pétroliers sont monnaies courantes, il veut cibler les jeunes générations en utilisant les réseaux sociaux parce que : « Tu as beau vivre dans la communauté, parfois, tu ne connais pas ton territoire ».

De son côté, Amairany Mora Vázquez, une jeune danseuse et actrice originaire de Amatlan de los Reyes, a commencé à se mobiliser à partir de ses 17 ans. Avec d’autres jeunes de sa ville, elle a organisé une série de festivals pour rassembler les habitant·es autour de problèmes communs. Aujourd’hui, membre du CNI Totonacapan et du collectif Por La Libre, Amairany veut s’appuyer sur ses connaissances en cinéma communautaire pour mettre en valeur l’usage de la langue náhuatl qui, peu à peu, se perd parmi les nouvelles générations de sa ville natale.

Le collectif de cinéma communautaire Xolo Films.

Autant de projets qui contribuent à retarder la fin du monde. Ils dessinent d’autres possibles face au rouleau compresseur du récit hégémonique. Entre les lignes, dans les silences ou dans les recoins de la pensée dominante, subsistent toujours d’autres histoires. Ce sont celles-là qui permettent de résister, et de résister par le rêve, cette forme de résistance dont parle le poète Marc Alexandre Oho Bambe.

Cet été 2026, le campement s’est de nouveau réuni; cette fois pour fêter les 30 ans du Congrès National Indigène, fondé en 1996, dans la suite du soulèvement zapatiste. L’année prochaine, il se réunira pour discuter des enjeux liés à l’eau et pour partager les pratiques et savoirs concernant sa préservation. Preuve si nécessaire, que le temps du rêve continue de couler dans les veines de ceux qui résistent.

Claire Lapique


Photo de couverture : Le collectif de cinéma communautaire Xolo Films.

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