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24.05.2026 à 06:00

Association Routes Vivantes, policiers et Brésil : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer.  1. Animaux écrasés sur les routes : création de l’association Routes vivantes Une association nommée Routes vivantes a été créée pour réduire la mortalité des animaux sauvages due aux collisions routières. Elle cherche à sensibiliser les […]

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Texte intégral (1065 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer. 

1. Animaux écrasés sur les routes : création de l’association Routes vivantes

Une association nommée Routes vivantes a été créée pour réduire la mortalité des animaux sauvages due aux collisions routières. Elle cherche à sensibiliser les automobilistes et à travailler avec les collectivités pour améliorer les passages à faune et mieux intégrer la biodiversité dans l’aménagement des infrastructures routières. (Le Zéphyr)

2. Des policiers appellent à désobéir aux ordres contre la liberté de la presse

Une association de policiers, PRC, dénonce les violences et entraves subies par les journalistes lors de manifestations. Elle appelle à sanctionner les comportements abusifs et invite même les policiers à refuser certains ordres jugés contraires à la liberté de la presse, tout en critiquant la concentration des médias. (Blast)

3.Vallée de l’Arve : des habitants participent à la recherche sur les pollutions

Dans la vallée de l’Arve (Haute-Savoie), l’une des zones les plus polluées de France, des habitants participent à un institut écocitoyen qui associe citoyens, scientifiques, élus et acteurs locaux. Ensemble, ils définissent les thèmes de recherche en santé-environnement (qualité de l’air, de l’eau, des sols, impacts sur la santé) afin de produire des études utiles aux décisions publiques et mieux comprendre les effets des pollutions locales. (Vert)

4. Dans un village de la Meuse, les habitants décident directement des projets locaux

À Ménil-la-Horgne, une assemblée citoyenne permet aux habitants de voter directement sur les projets du village (équipements, services, énergie). Le maire et le conseil municipal mettent ensuite en œuvre les décisions prises collectivement. Le dispositif renforce la participation et la cohésion locale, même s’il ne fait pas l’unanimité parmi les habitants.(Reporterre)

5. Au Brésil, réforme fiscale pour alléger la classe moyenne et taxer davantage les riches

Le gouvernement brésilien a adopté une réforme de l’impôt sur le revenu qui relève le seuil d’exonération, permettant à des millions de ménages de la classe moyenne de ne plus payer d’impôt. En parallèle, la contribution des plus riches est augmentée via la taxation des dividendes et un impôt minimum sur les très hauts revenus. (La Relève et la Peste)

6. Sanctuaire pour éléphants au Portugal : une alternative à la captivité en Europe

Un sanctuaire pour éléphants ouvre dans le sud du Portugal, dans la région de l’Alentejo. Il doit accueillir des animaux issus de cirques et de zoos européens, dont Julie, dernière éléphante de cirque du Portugal, et Kariba, une éléphante vivant seule dans un zoo en Belgique. (The Guardian)

7. Un nouveau scanner pour détecter l’endométriose

Des chercheurs d’Oxford testent un nouveau type de scanner combiné à un traceur pour détecter plus tôt l’endométriose. L’objectif est de réduire les années d’attente avant diagnostic, souvent très longues avec les méthodes actuelles. Les premiers résultats sont encourageants mais doivent être confirmés par des études plus larges. (BBC)

8.Victoire juridique contre la vénerie sous terre des blaireaux dans le Tarn-et-Garonne

Le tribunal administratif de Toulouse a annulé un arrêté préfectoral autorisant la chasse des blaireaux en période complémentaire dans le Tarn-et-Garonne. La décision juge cette pratique illégale, notamment car elle pouvait toucher des jeunes blaireaux encore dépendants dans les terriers. Les associations de protection de la nature obtiennent ainsi une victoire après plusieurs années de recours.(ASPAS)

Un modèle de placenta artificiel pour mieux tester les médicaments pendant la grossesse

Des chercheurs de l’Université de Berne ont développé un modèle de placenta artificiel en laboratoire pour étudier comment les médicaments passent de la mère au fœtus. L’objectif est de mieux évaluer les risques, car les effets sur les femmes enceintes sont souvent mal connus et difficiles à tester. Ce système pourrait aussi réduire le recours aux tests sur les animaux. (Swisscom / blue News)

À Varsovie, des canards prioritaires sur la route au printemps

À Varsovie, en Pologne, des bénévoles et la police interrompent temporairement la circulation chaque printemps pour permettre à des canards sauvages de traverser une route en toute sécurité. Ces opérations protègent notamment les jeunes harles bièvres lors de leur déplacement vers la rivière Vistule. (France 24)

– Mauricette Baelen

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23.05.2026 à 06:00

Transphobie, Bolivie et fraude : les 10 actus de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Aux États-Unis, soutenir les personnes trans assimilé au « terrorisme » Dans sa nouvelle stratégie antiterroriste, l’administration Trump cible les mouvements jugés « pro-trans » ou antifascistes, assimilés à des menaces intérieures. Des […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Aux États-Unis, soutenir les personnes trans assimilé au « terrorisme »

Dans sa nouvelle stratégie antiterroriste, l’administration Trump cible les mouvements jugés « pro-trans » ou antifascistes, assimilés à des menaces intérieures. Des militant·es dénoncent une criminalisation grandissante de la solidarité envers les personnes trans et des dérives sécuritaires héritées de l’après-11 septembre. (Problematik)

2. En Bolivie, la politique ultralibérale du président Rodrigo Paz provoque une vague de colère sociale

Mineurs, routiers, enseignants et agriculteurs manifestent depuis plusieurs semaines contre la hausse des prix, les pénuries de carburant et plusieurs réformes du gouvernement. Face à une mobilisation grandissante, les syndicats réclament désormais la démission du président bolivien. (L’Humanité)

3.La majorité des fraudes à la Sécurité sociale viendraient des professionnels de santé

Selon la CPAM des Bouches-du-Rhône, 72 % des montants frauduleux détectés sont liés à des professionnels de santé et non aux assurés. L’enquête met en lumière l’ampleur des détournements opérés par certains centres médicaux, praticiens ou réseaux organisés. (Marsactu)

4. Thales a fourni des radars de surveillance à l’armée birmane en plein massacre des Rohingya

Une enquête révèle que le groupe d’armement Thales a vendu des radars à la junte birmane entre 2017 et 2020, malgré un embargo européen et dans un contexte de répression violente des Rohingyas. Ces équipements soulèvent des soupçons de complicité indirecte dans la surveillance et la répression de civils. (Disclose)

5.Exécutions en hausse et recul global de l’abolition de la peine de mort

Un rapport d’Amnesty International indique une forte augmentation des exécutions dans plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Iran ou l’Arabie saoudite, faisant grimper le nombre mondial à un niveau inédit depuis 44 ans. L’organisation dénonce l’usage de la peine de mort comme outil de répression politique et d’intimidation. (Common Dreams)

6.La Cour suprême américaine suspend une décision menaçant l’accès à la pilule abortive

La Cour suprême des États-Unis a temporairement bloqué une décision qui aurait restreint l’accès à la mifepristone par téléconsultation et livraison postale, maintenant ainsi l’accès au médicament dans plusieurs États. Cette affaire illustre les tensions juridiques persistantes autour du droit à l’avortement après l’annulation de Roe v. Wade. (Mother Jones)

7.Un dispositif unique en langue des signes pour la déclaration d’impôts à Dijon

Un centre des Finances publiques de Dijon met en place un accompagnement inédit en langue des signes pour aider les personnes sourdes ou malentendantes à effectuer leur déclaration de revenus en face-à-face. L’initiative vise à améliorer l’accessibilité administrative et à réduire la dépendance aux dispositifs uniquement numériques. (France Bleu)

8.La facture de gaz va baisser de 4,8 % en juin pour 6 millions de ménages

Après une forte hausse en mai, le prix du gaz recule légèrement en juin pour les foyers ayant un contrat indexé sur le prix repère de la CRE. Cette baisse reste limitée et ne compense qu’une partie de la hausse précédente, mais apporte un léger soulagement aux consommateurs concernés. (L’Indépendant)

9. Trois morts dans une attaque contre une mosquée à San Diego, sur fond de haine islamophobe aux États-Unis

Une attaque armée menée par deux adolescents contre une mosquée en Californie a fait trois morts avant que les assaillants ne se suicident. L’enquête privilégie un mobile islamophobe, dans un contexte de montée des discours de haine et de tensions religieuses dans le pays. ( L’Humanité )

10. Des pesticides interdits retrouvés dans des aliments importés vendus en Europe

Une enquête de l’association Foodwatch révèle que de nombreux produits alimentaires importés (thés, épices, riz) vendus en Europe contiennent des résidus de pesticides interdits, parfois au-delà des seuils légaux. L’ONG dénonce des failles dans la réglementation européenne et appelle à un durcissement des contrôles et à l’interdiction totale de ces substances dans les importations. (Vert)

– Mauricette Baelen

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22.05.2026 à 06:00

L’Histoire est un bien commun, pas une marchandise

Simon Verdiere

À une période où les fantômes du passé semblent ressurgir, l’importance de conserver notre patrimoine historique demeure plus que jamais déterminante. Or, le capitalisme appose, là encore, sa griffe sur des objets et des lieux privatisés par de grandes fortunes et retirés d’accès de la population. Lorsque l’on visite un musée ou un site historique, […]

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Texte intégral (1626 mots)

À une période où les fantômes du passé semblent ressurgir, l’importance de conserver notre patrimoine historique demeure plus que jamais déterminante. Or, le capitalisme appose, là encore, sa griffe sur des objets et des lieux privatisés par de grandes fortunes et retirés d’accès de la population.

Lorsque l’on visite un musée ou un site historique, on reste souvent contemplatif devant des vestiges ou des témoignages aussi remarquables de siècles lointains. Ces visites permettent également d’ouvrir une réflexion sur le présent en tirant des leçons d’époques révolues. Mais face aux États néolibéraux et à leurs cures d’austérité, l’Histoire n’est parfois plus perçue que comme une ressource économique. Pour endiguer ce phénomène, une réappropriation collective du patrimoine devient plus que jamais indispensable.

Une logique de marché

Notre patrimoine commun est parfois soumis à un système marchand comme n’importe quel autre objet, en particulier dans certaines nations, tels les États-Unis. Ainsi, au pays de l’oncle Sam, un fossile de dinosaure découvert sur un terrain privé appartient au propriétaire et non à l’état.

Dès lors, ce fonctionnement a engendré l’apparition de centaines de « chasseurs de dinosaures » qui sillonnent la région pour obtenir l’accord des ayants droit afin de fouiller leurs terres et partager les bénéfices. Certains spécimens peuvent en effet se revendre plusieurs millions de dollars auprès de riches collectionneurs. Et pendant ce temps, ces découvertes extraordinaires échappent aux scientifiques, aux musées et au regard des citoyens.

Ce type d’exemple ne fait malheureusement pas exception et tend à se généraliser dans l’ensemble du milieu. Les antiquités, en particulier lorsqu’elles ont une valeur artistique, deviennent ainsi de plus en plus de véritables actifs financiers sur lesquels la spéculation va bon train. Et à ce petit jeu, les établissements publics ne peuvent tout simplement pas rivaliser avec les grandes fortunes.

Un milieu sous pression économique

Si les institutions nationales de la conservation historique ont tant de mal à rivaliser avec les riches collectionneurs, c’est bien, avant tout, du fait de décisions politiques. En effet, c’est d’abord l’État qui choisit le budget alloué à ce secteur.

En France, en 2025, seuls 4,5 milliards étaient consacrés à la culture, et à peine 1,2 milliard à la sauvegarde du patrimoine. Des sommes dérisoires en comparaison de la fortune de certains individus friands d’objets de ce type.

Une dépendance accrue au secteur privé

Avec un tel contexte, les musées et les institutions du patrimoine se retrouvent astreints de générer leurs propres fonds, que ce soit par la billetterie, mais aussi via le mécénat privé. Ainsi, la recherche de partenaires ou de « sponsors » va parfois fragiliser leur indépendance.

Les donateurs n’agiront alors que rarement pour l’amour des arts, mais bien souvent pour imposer leur vision sur les expositions ou la façon de mettre en valeur les œuvres. À tel point que des temples de la connaissance se voient contraints de se travestir en véritables relais publicitaires de leurs « bienfaiteurs ».

En outre, cette situation édicte également une logique de rentabilité où les lieux de patrimoine ne sont plus seulement destinés à enrichir la culture du public, mais bien à rester au-dessus d’une ligne de flottaison financière.

Cure d’austérité généralisée

In fine, dans le domaine du patrimoine, comme dans la santé, l’éducation, l’écologie et tous les autres, c’est bel et bien la logique d’austérité budgétaire qui règne. Le sous-financement chronique de ce milieu impose donc de mettre en place des solutions souvent problématiques.

Ce processus, justifié par la « nécessité de faire des économies », organisée par le pouvoir autour d’une raréfaction des recettes de l’État, ouvre en réalité la voie à la privatisation massive. De plus en plus de musées fleurissent d’ailleurs déjà en dehors du giron public. Il ne s’agit plus d’un complément, mais bien d’une lente substitution.

Manque d’investissements

Or, si le droit à la connaissance et à l’Histoire dépend de fonds privés, la situation pourrait rapidement devenir problématique. D’abord parce que, pour faire face aux cures d’austérité, les musées devront augmenter leur tarif pour survivre.

Ces augmentations conduiraient alors tout droit à un accès à la culture à deux vitesses, entre ceux qui pourraient se payer les billets d’un côté, et les autres. Ce processus ne pourrait qu’aggraver la fracture sociale entre les classes populaires et les plus aisés.

Le secteur public risque, en outre, de devenir incapable de développer, préserver, et mettre en valeur ses collections. Le Louvre, par exemple, possède 480 000 objets, mais n’en présente que 36000 (soit 7,5 %). Le reste dort dans des réserves à l’abri des regards des gens. Une politique d’État ambitieuse pourrait investir pour bâtir des antennes à travers toute la France afin d’exposer un maximum de ces œuvres, et déconcentrer la culture de la région parisienne, à l’instar du Louvre-Lens.

Un danger pour la culture libre

Dans le même temps, la pression exercée par le marché privé pourrait empêcher le public d’accéder à des œuvres accaparées par des collections de riches propriétaires. Mais pire encore, ces grandes fortunes pourraient elles-mêmes orienter une certaine lecture de l’Histoire en organisant des rétrospectives présentant les événements pour servir une idéologie particulière.

Ainsi, le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin tente d’infiltrer le monde de la culture et de l’histoire pour imposer son agenda politique. Croyant intégriste, il a, par exemple, bénéficié de l’image du musée d’Orsay en 2023 en soutenant une exposition consacrée au peintre catholique Louis Janmot.

On peut aisément imaginer les conséquences si les grandes fortunes identitaires augmentaient leur emprise sur le milieu de la mémoire. Il suffit d’ailleurs de voir ce que le nationaliste Philippe De Villiers a fait avec le Puy du fou, un parc à la gloire de la monarchie française, qui réécrit sans vergogne certains épisodes historiques.

Reprendre le contrôle

Cette substitution organisée du secteur public par le marché engendre donc une perte évidente de souveraineté populaire sur le patrimoine et le savoir. Dans cette logique de rentabilité où les musées et expositions sont gérées comme des entreprises, l’attractivité économique passe avant une mission éducative indispensable.

Dans ce cadre, il s’avère crucial que l’État reprenne la main sur son patrimoine et institutionnalise l’accès gratuit à la culture historique. Pour ce faire, un réinvestissement massif dans ce secteur est nécessaire pour sortir de la dépendance au mécénat privé et à la participation financière des visiteurs.

La marchandisation de l’Histoire et la perte de contrôle sur le récit de celle-ci pourraient, en effet, entraîner une dangereuse orientation des esprits. Parce qu’en oubliant l’Histoire ou en inculquant une version altérée de celle-ci, les risques de voir les populations basculer à nouveau vers certaines horreurs du passé deviennent plus grands. Un écueil à éviter absolument pour se préserver d’une dépossession politique et espérer l’avènement d’une société plus juste et égalitaire.

Simon Verdière


Photo de couverture : Galerie du Temps du Louvre-Lens par Jean-Pierre Dalbéra – flickr 

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21.05.2026 à 06:00

Éditions Evalou : faire entendre les voix que le marché invisibilise

Mauricette Baelen

Défendre la cause animale et l’écologie relève presque de l’acte de résistance. C’est le combat qu’ont choisi de mener les éditions Evalou, face au monde éditorial dominé par quelques grands groupes carnaciers. Pendant que l’industrie culturelle transforme les livres en produits, certaines voix irréductibles refusent encore de se soumettre aux lois du marché. Dans un […]

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Texte intégral (3511 mots)

Défendre la cause animale et l’écologie relève presque de l’acte de résistance. C’est le combat qu’ont choisi de mener les éditions Evalou, face au monde éditorial dominé par quelques grands groupes carnaciers.

Pendant que l’industrie culturelle transforme les livres en produits, certaines voix irréductibles refusent encore de se soumettre aux lois du marché. Dans un paysage éditorial verrouillé par quelques grands groupes, tels que ceux de Bolloré – où la rentabilité décide de ce qui mérite d’être publié ou invisibilisé, défendre la cause animale, l’écologie ou la critique du productivisme devient un acte militant.

David, créateur des Editions Evalou, Avec toutes autorisations – Evalou

Car parler des animaux, aujourd’hui, ce n’est pas seulement évoquer la souffrance ou l’alimentation. C’est remettre en cause un système économique fondé sur l’exploitation du vivant, interroger nos habitudes les plus ancrées et affronter des industries puissantes qui préfèrent le silence au débat.

Les éditions Evalou font partie de ces structures qui ont choisi de ne pas séparer culture et militantisme. À travers leurs livres, leurs combats et leur modèle atypique, elles défendent une vision profondément politique de l’édition : publier non pas ce qui se vend le mieux, mais ce qui doit être entendu.

Mr Mondialisation : À l’heure où une grande partie du monde de l’édition appartient à quelques groupes industriels et milliardaires, pourquoi était-il important pour vous de créer une maison d’édition indépendante et militante ?

David : « En France, on estime que 10 % des maisons d’édition publient près de 90 % des livres achetés. Cela s’explique notamment par la concentration des chaînes de librairies, des Relay H et par l’hypercentralisation des grands groupes éditoriaux qui, comme vous l’avez souligné, appartiennent souvent à de grandes fortunes.

Leur vocation première reste la rentabilité, quitte à laisser de côté des valeurs qui rapportent peu d’argent, comme la solidarité, la cause animale ou encore l’entraide entre les peuples. Militer, c’est donner l’occasion à des valeurs non lucratives d’exister. »

Mr Mondialisation : Pourquoi avoir choisi de placer la cause animale au cœur même de votre ligne éditoriale, alors qu’elle reste encore largement marginalisée dans le paysage culturel français ?

David : « Ce combat est profondément inégal, car le lobby de la viande et de la charcuterie dépense chaque année des millions d’euros pour faire croire qu’un repas équilibré doit forcément contenir de la viande.

Les initiatives comme celles des éditions Evalou sont totalement invisibilisées face aux actions menées par les géants du secteur, qui cherchent depuis la Seconde Guerre mondiale à ancrer l’idée que la viande est indispensable à la santé.

À notre échelle, nous essayons d’offrir un contre-discours en expliquant qu’il est possible d’être en parfaite santé – de même que des athlètes de haut niveau – sans consommer de viande. Mais il est vrai que cela peut parfois sembler décourageant. Cependant, de nombreux influenceurs, sensibles à nos valeurs, nous aident en partageant nos parutions et cela nous aide beaucoup à visibiliser nos livres engagés. »

Mr Mondialisation : Vos revenus sont en partie reversés à des associations de protection animale. Pourquoi était-il essentiel pour vous que l’édition ne soit pas seulement un discours engagé, mais aussi un soutien concret sur le terrain ?

David : « Effectivement, les éditions Evalou n’ont aucun salarié, que des bénévoles (3 au départ en 2017, douze aujourd’hui) et reversent une partie de leurs revenus à des associations de défense des animaux.

C’est un modèle économique unique en France : aucune autre maison d’édition ne fonctionne ainsi, et pourtant nos livres se vendent et sont nommés pour des prix littéraires d’envergure.

« Militer, c’est partager son temps, son énergie et ses convictions. C’est aussi redistribuer. »

De notre côté, il nous semblait important d’aider ceux dont nous admirons l’engagement, qu’il s’agisse de refuges comme Groin-Groin, d’éco-activistes comme Sea Shepherd ou d’associations à vocation juridique comme l’ASPAS ou encore l’Institut Jane Goodall, Pollinis, One Voice ou L214. Faire connaître leur travail, c’est aussi faire avancer la cause animale. »

Mr Mondialisation : Pensez-vous que la littérature et les essais engagés peuvent réellement faire évoluer notre rapport aux animaux et au vivant ?

David : « C’est indéniable. Peter Singer, philosophe animaliste, a publié en 1975 La Libération animale, un ouvrage qui sert aujourd’hui de référence à de nombreux militants de la cause animale. L’émergence de prix littéraires engagés, comme le Prix Tournesol au Festival international de la BD d’Angoulême, porté par les écologistes, ou le Prix Maya, consacré à la littérature animaliste, témoigne d’un véritable intérêt des lecteurs et du développement de cette branche littéraire qui invite à repenser notre rapport au vivant. »

Mr Mondialisation : Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises utilisent l’« engagement » comme argument marketing. Comment éviter de tomber dans cette logique et conserver une vraie cohérence militante ?

David : « Effectivement, certains éditeurs publient des collections sur le vivant – prétendument pour mieux prendre en compte la condition animale – tout en éditant, dans le même temps, des ouvrages pro-corrida.

« Ce greenwashing animaliste se retrouve un peu partout dans le paysage éditorial, de la littérature à la BD en passant par le manga. »

Au final, seule compte souvent la rentabilité, sans réelle motivation éthique derrière. »

Peter Singer – source : Wikicommons

Mr Mondialisation : Est-ce difficile de défendre une ligne éditoriale radicalement engagée dans un secteur dominé par des impératifs de rentabilité et de consommation culturelle rapide ?

David : « La cause animale et l’alimentation sans viande restent une niche. Même si nous ne disposons pas de représentants pour placer nos livres en librairie, nous avons la chance d’être soutenus par des influenceurs très engagés qui relaient nos ouvrages sur leurs réseaux et font connaître notre catalogue.

En termes de visibilité, nous n’avons rien à envier aux grandes maisons d’édition. Là où nous tirons notre épingle du jeu, c’est sur la rentabilité.

« Peu nous importe qu’un manga ne se vende qu’à 300 exemplaires : s’il correspond à nos valeurs, nous le publierons.»

J’ai passé les 25 dernières années dans différentes maisons d’édition, et le fameux CEP – le compte prévisionnel d’exploitation – reste le véritable maître des décisions éditoriales. En d’autres termes, si un livre n’est pas jugé assez rentable, il n’est pas publié. »

Mr Mondialisation : Quels types de récits ou de voix cherchez-vous à mettre en avant chez Éditions Evalou ?

David : « Au départ, les éditions Evalou proposaient principalement des livres destinés aux enfants de 3 à 8 ans, avec des collections emblématiques comme Captain Paul, consacrée aux campagnes de Paul Watson pour les plus jeunes, ou Tendresse végane, destinée à faire naître la bienveillance envers les animaux.

Mais depuis quelques années, nous nous sommes également tournés vers la BD, le manga et la littérature afin d’accompagner les jeunes en grandissant et de continuer à leur proposer des récits porteurs des mêmes valeurs.

Notre catalogue met donc en avant des ouvrages autour de l’écologie, de la défense des animaux et de l’alimentation sans viande. C’est un véritable impératif éditorial. »

Paul Watson avec le livre Captain Paul – avec toutes autorisations – Editions Evalou

Mr Mondialisation : Selon vous, pourquoi la souffrance animale reste-t-elle aussi difficile à regarder collectivement, même dans des milieux qui se disent humanistes ou progressistes ?

David : « La raison est simple : on n’entend pas les animaux. Ils souffrent en silence dans un monde où l’humain domine tout, partout.

« Défendre la cause animale demande une énergie immense, justement parce que ceux qui souffrent directement n’ont pas de voix pour témoigner.»

Et puis, les habitudes culturelles semblent parfois immuables : on considère encore comme normal qu’un agneau soit consommé à Pâques ou une dinde à Noël. Cela donne parfois l’impression que rien ne pourra jamais changer. Pourtant, les mentalités évoluent.

Aujourd’hui, même les géants de l’industrie agroalimentaire proposent des produits qui auraient semblé inconcevables il y a quelques années : Aoste commercialise du jambon végétal, Danone investit dans le lait végétal… Bien sûr, ces choix sont davantage motivés par des parts de marché que par une réflexion éthique, mais ils témoignent malgré tout d’un changement profond chez les consommateurs.

Désormais, beaucoup de personnes se préoccupent aussi des conditions d’élevage et vérifient, par exemple, si les animaux ont été élevés en plein air. Ce n’est pas encore suffisant, mais c’est déjà une évolution importante. »

Mr Mondialisation : Est-ce qu’il existe encore une forme de mépris culturel envers les œuvres et les discours centrés sur la condition animale ?

David : « Oui, cela se ressent encore fortement, notamment dans certains milieux conservateurs. Dans le manga philosophique L’éthique animale, parlons-en !, publié aux éditions Evalou, l’autrice rappelle d’ailleurs que ce type de discours moqueur a toujours existé face aux grandes avancées sociales.

On tournait déjà en dérision ceux qui réclamaient l’abolition de l’esclavage ou, plus récemment, le droit de vote des femmes. Ridiculiser des idées nouvelles ou des changements profonds du quotidien a toujours été une manière de tenter de discréditer certains combats. Mais, au final, lorsque la société souhaite évoluer, ces résistances finissent souvent par céder. La cause animale suit aujourd’hui ce même cheminement. »

Manga – L’éthique animale – Avec toute autorisatins – Editions Evalou

Mr Mondialisation : Vos ouvrages cherchent-ils seulement à sensibiliser ou aussi à déranger ?

David : « Notre vocation première est de sensibiliser. Certains titres, comme la BD ARCHE, qui dénonce le braconnage en Afrique, ou le roman Je m’appelais Lune, à paraître le 28 juin, peuvent aussi choquer ou interpeller les lecteurs. Mais notre objectif reste avant tout d’accompagner une réflexion et de conforter les personnes qui souhaitent développer un rapport plus respectueux et bienveillant envers les animaux.

Nous cherchons aussi à sensibiliser à l’alimentation sans viande, car beaucoup de gens affirment aimer les animaux tout en ne pensant qu’aux chats ou aux chiens, en occultant – consciemment ou non – les cochons, les veaux ou les agneaux qu’ils consomment. Il reste encore un immense chemin à parcourir, et nos livres ont justement vocation à accompagner ces évolutions personnelles et sociétales. »Mr Mondialisation : Dans le contexte écologique et politique actuel, quel rôle les maisons d’édition engagées ont-elles à jouer selon vous ?

David : « Depuis Gutenberg, le livre a toujours été un outil essentiel de transmission du savoir. Aujourd’hui, dans une époque marquée par les fake news, les contenus complotistes et l’information instantanée, le livre reste un espace de réflexion, de nuance et de débat.

Les maisons d’édition engagées ont donc un rôle fondamental à jouer : celui de permettre l’existence de voix, de récits et d’idées qui ne trouveraient sans doute pas leur place dans des groupes éditoriaux uniquement guidés par la rentabilité et le retour sur investissement.

Mais leur rôle va encore plus loin. Une maison d’édition engagée peut aussi contribuer à faire émerger de nouveaux imaginaires collectifs.

Pendant longtemps, l’écologie ou la condition animale étaient considérées comme des sujets marginaux. Aujourd’hui, ils deviennent des enjeux centraux de société. Les éditeurs indépendants ont la capacité d’accompagner cette transformation culturelle en donnant la parole à des auteurs, des artistes ou des penseurs qui interrogent notre rapport au vivant, à la consommation ou au progrès.

« L’engagement éditorial consiste aussi à préserver une diversité intellectuelle dans un paysage culturel de plus en plus concentré et formaté. »

Là où certains grands groupes privilégient des projets calibrés pour le marché, les structures indépendantes peuvent encore prendre des risques, publier des œuvres atypiques et défendre des convictions avant des logiques financières. À mes yeux, c’est indispensable dans une démocratie : une société qui ne laisse plus de place aux voix dissidentes, critiques ou alternatives finit par appauvrir le débat public. »

Mauricette Baelen


Photo de couverture : créateur de la maison d’éditions – avec toutes autorisationsEvalou 

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20.05.2026 à 06:00

Au Pays basque, Marjorie et Alex cultivent des plantes médicinales loin de l’agriculture dominante

Mauricette Baelen

Au Pays basque, Marjorie et Alex cultivent des plantes médicinales à la main, et tentent de bâtir une activité viable en dehors des logiques agricoles dominantes. Alma Sauvage est le nom de leur démarche, un choix de vie radical et une réalité bien plus exigeante que le fantasme du retour à la terre. Revenir à […]

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Au Pays basque, Marjorie et Alex cultivent des plantes médicinales à la main, et tentent de bâtir une activité viable en dehors des logiques agricoles dominantes. Alma Sauvage est le nom de leur démarche, un choix de vie radical et une réalité bien plus exigeante que le fantasme du retour à la terre.

Revenir à la terre, ralentir, produire autrement… Ces aspirations traversent de nombreuses trajectoires individuelles, comme une réponse à un sentiment diffus de décalage avec les rythmes contemporains. Derrière cette idée, souvent idéalisée, se cache pourtant une réalité bien plus complexe, faite de contraintes économiques fortes et d’un engagement quotidien total.

Sur moins d’un hectare, Marjorie et Alex cultivent et transforment les plantes. Une autonomie relative, qui implique en réalité une grande dépendance aux cycles naturels, mais aussi aux contraintes du marché. Avec Alma Sauvage, il ne s’agit pas seulement de cultiver des plantes médicinales. Mais bien de s’inscrire dans mode de vie cohérent, en lien avec le vivant, nourri de savoirs ancestraux et d’une certaine rigueur scientifique.

Dans cette interview pour Mr Mondialisation, le duo franco-chilien de paysan·nes herboristes racontent sans détour leur quotidien, les tensions entre leurs valeurs et le système agricole actuel, ainsi que les enseignements tirés de cette expérience encore en construction.

Mr Mondialisation : Pour commencer, comment décririez-vous simplement ce que vous faites aujourd’hui ?

Alma Sauvage : « Nous cultivons des plantes médicinales au Pays basque, en bio et sur sol vivant, que nous transformons ensuite en solutions buvables via la macération des plantes en amphore de terre cuite.

Nous cultivons des plantes de partout, choix inspiré de notre approche des médecines traditionnelles du monde et de notre double culture (franco-chilienne). Cela permet aussi de proposer une alternative locale et traçable de ces plantes. 

On cultive, entre autres, de l’Ashwagandha, Tulsi, Brahmi, Gotu Kola, Curcuma (plantes ayurvédiques), Jiaogulan, Yi Mu Cao, Mao Bo He (plantes de la médecine chinoise), Cedron (plante andine), et des plantes d’ici : armoise, sauge, millepertuis, camomille… »

Alex et Marjorie récoltant l’armoise ! Avec toutes autorisations – Alma Sauvage

Mr Mondialisation : En quoi votre pratique est-elle vivante, comme vous le proclamez ?

Alma Sauvage : « Concrètement, nous n’utilisons aucun engrais chimique, aucun pesticide, herbicide, etc. Cela signifie que nous retirons les limaces et les chenilles à la main, ce qui est possible sur un terrain de moins d’1 hectare.

Nous paillons nos cultures avec l’herbe ou la fougère que nous cueillons dans la forêt, ce qui crée un couvert végétal pour favoriser la vie du sol, décompacte et nourrit le sol.

Nous utilisons aussi le compost, le fumier d’une ferme voisine qui est en agriculture biologique, et le Bokashi, une technique japonaise de fermentation pour nourrir la terre, qui consiste à multiplier les micro-organismes de la terre de forêt, que nous allons chercher nous-même. »

Mr Mondialisation : Qu’est-ce que ce choix de vie a changé dans votre quotidien,  et votre manière d’habiter le travail ?

Alma Sauvage : « Nous sommes beaucoup plus connectés à la nature et aux éléments, puisqu’ils impactent directement notre activité. On est vraiment portés par notre passion des plantes et on se sent beaucoup plus libres aussi, ce qui est un privilège incroyable.

« Nous vivons aussi beaucoup plus en extérieur, et au rythme des conditions naturelles. Concrètement, cela veut dire que s’il pleut, nous effectuons les tâches administratives, si le temps est clément, nous travaillons au champ. Cela nous demande donc de nous adapter en permanence. »

Ce qui est à la fois exaltant mais difficile, c’est que nous portons à deux l’entière responsabilité du projet, les choix, les questionnements, les doutes ; ce qui représente une charge de travail autant physique que mentale. »

Mr Mondialisation : Votre rapport au temps a-t-il changé ?

Alma Sauvage : « J’aimerais dire que ce choix nous a permis de ralentir mais pour l’instant ce n’est pas le cas car nous ne sommes encore qu’au début de cette aventure. Malgré tout, l’agriculture nous ramène à l’essentiel et nous “force” à ralentir, à observer.

Notre cycle de production est sur une année entière, depuis les semis des graines en mars, jusqu’à la récolte, qui s’étend jusqu’à décembre notamment pour les racines, puis enfin la transformation.

« C’est comme s’il y avait une dualité entre le temps long de la nature, et le temps court du marché commercial actuel, qui nous pousse à accélérer. »

Mais nous devons composer avec ça, portés par nos valeurs et notre passion d’une vie et d’une activité en harmonie avec la nature. »

Marjorie récolte la camomille. Avec toutes autorisations @Alma Sauvage

Mr Mondialisation : À quel moment avez-vous compris que cette reconversion agricole était aussi une manière de quitter un système de production et de consommation qui ne vous convenait plus ?

Alma Sauvage : « Bien avant cette reconversion justement. Pour nous, tout est parti d’un désir de vivre au milieu de la nature, avec une certaine autonomie, notamment alimentaire.

On le pratiquait déjà à travers un potager, la culture de légumes et plantes aromatiques, la transformation et conservation en bocaux. On voulait vivre au rythme des saisons, se retirer du bruit et de l’inessentiel. Mais surtout de ce besoin de consommer pour combler le vide et pour se divertir. On ne se sentait plus vraiment en phase avec notre environnement.

On sentait le temps qui filait, la vie qui nous échappait. Et on avait envie de liberté, plus de se conformer à une vie déjà tracée et décidée pour nous.

« A l’époque, pourtant, nous étions tous les deux cadres à Paris, moi dans le marketing et Alex dans le commerce. Puis, un jour on en a eu assez. »

La découverte des plantes médicinales s’est fait ensuite, dans des fermes au Chili, puis dans d’autres pays, notamment en Inde. On a plongé dans leur médecine traditionnelle, et on a découvert qu’il y avait d’autres voies que le scénario dominant dans lequel on baignait. »

Alex retourne la terre en douceur. Avec toutes autorisations @Alma Sauvage

Mr Mondialisation : On fantasme beaucoup le « retour à la terre ». Dans quelle mesure votre quotidien raconte aussi la crise plus large du monde agricole et la difficulté de produire autrement aujourd’hui ?

Alma Sauvage : « En effet, nous l’avons aussi beaucoup fantasmé, pour être honnêtes. Ce fantasme répond à un besoin de sens que beaucoup cherchent à l’heure actuelle. Créer une ferme demande de partir de zéro : trouver des terres, construire des infrastructures, acheter du matériel coûteux. 

Il existe une vraie solidarité entre paysans, au-delà des pratiques agricoles. Cette entraide est précieuse pour tenir sur la durée, car ce métier demande un immense soutien moral et financier.

Le plus difficile, c’est que le système ne récompense pas le travail éthique qui préserve la nature. Il favorise surtout la productivité, les volumes et les prix bas. La valeur échappe souvent aux paysans pour se concentrer dans la transformation et la vente, alors que ce sont eux qui prennent tous les risques.

Le modèle agricole actuel favorise les grandes exploitations et les monocultures, notamment à travers des subventions de la PAC calculées à l’hectare. Pour s’en sortir, beaucoup doivent vendre en direct ou développer des activités annexes comme des ateliers, des visites ou de l’accueil à la ferme. »

Mr Mondialisation : Quels sont aujourd’hui vos produits phares, et qu’est-ce que leur succès raconte selon vous des besoins ou des fragilités de notre époque ?

Alma Sauvage : « Nos produits phares sont nos élixirs anti-stress, sommeil, concentration, bien-être féminin, énergie, ainsi que notre huile de CBD qui sont très utiles pour la douleur. Ils répondent à des problématiques souvent liées à une même cause : un mode de vie qui va à l’encontre de nos rythmes naturels.

Les personnes neuro-atypiques, comme celles atteintes de TDAH, ressentent aussi cette pression à rester performantes dans un système très normé et notre élixir concentration est une aide précieuse pour eux.

Pour le bien-être féminin, beaucoup de femmes ressentent un déséquilibre entre leur rythme naturel et les exigences de la vie professionnelle. Elles cherchent donc des solutions naturelles pour mieux vivre leur cycle et soutenir leur équilibre hormonal. »

Mr Mondialisation : Quand vous affirmez qu’un élixir agit sur le stress, le sommeil ou la concentration, sur quoi repose cette promesse : tradition d’usage, littérature scientifique, tests de conformité, retours empiriques ?

Alma Sauvage : « La validation du choix de nos synergies de plantes repose sur plusieurs de ces critères. Nous aimons partir de la tradition d’usage de médecines traditionnelles.

Ensuite, nous confrontons cela avec la littérature scientifique, et très souvent ces propriétés, quand elles ont été étudiées (car une plante, si elle n’est pas validée, ce n’est pas forcément à cause d’absence de bienfaits mais parce qu’elle n’a tout simplement pas été étudiée), sont validées par la littérature scientifique moderne.

C’est le cas par exemple, de l’armoise qui a été longtemps considérée dans l’histoire comme remède contre les entités parasitaires, a ensuite été largement reconnue scientifiquement comme telle.

Ensuite, nous faisons valider cette formule et obtenons son homologation par les instances officielles de régulation du marché des compléments alimentaires qui valident la liste de plantes ainsi que les mentions légales et de contre-indication.

Puis ensuite, on passe aux tests en réel, de manière empirique, d’abord sur nous-mêmes puis sur d’autres personnes. Cette démarche de multiples vérifications nous permet aujourd’hui d’avoir d’excellents retours. »

Mr Mondialisation : Votre procédé de macération lente en amphore est central dans votre démarche : qu’apporte-t-il réellement à l’extraction des principes actifs par rapport à des méthodes plus standardisées ?

Alma Sauvage : « Nous cherchions un procédé lent, naturel et respectueux du vivant. Nous aimons leur dimension traditionnelle, leur fabrication à partir d’éléments naturels et leur porosité, qui permet une micro-oxygénation et un procédé plus vivant. Même s’il existe une légère perte liée à cette porosité, la qualité de l’extrait obtenu compense largement.

Plusieurs études scientifiques, menées surtout dans le domaine du vin, montrent que les amphores favorisent une meilleure stabilité des composés et des échanges naturels avec la matière végétale. »

Amphores de macération, une technique ancestrale. Avec toutes autorisations – Alma sauvage.

Mr Mondialisation : À travers vos produits, défendez-vous seulement des remèdes, ou une autre vision du soin, de l’autonomie et du lien entre santé humaine et santé des écosystèmes ?

Alma Sauvage : « On défend tout aussi bien le lien entre santé humaine et santé des écosystèmes, qui vont de pair. Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre. Aujourd’hui on voit une croissance des maladies dues aux causes environnementales qui va avec l’augmentation de la pollution.

« Aujourd’hui on voit une croissance des maladies dues aux causes environnementales qui va avec l’augmentation de la pollution » 

Quand tout cela devient trop angoissant, je m’en remets aux plantes, et ça m’apaise. En revanche, j’ai pris beaucoup de recul sur l’autonomie depuis notre installation, qui est une chimère selon moi. Nous sommes des êtres sociaux, et avons besoin des uns et des autres. »

Mr Mondialisation : Comment résiste-t-on à la tentation du storytelling “naturel” dans un marché du bien-être saturé de promesses parfois pseudo-scientifiques ?

Alma Sauvage : « Il y a beaucoup de storytelling dans le marché du bien-être malheureusement. C’est pour cela que nous préférons mettre l’accent sur du concret : la manière de de cultiver, des bienfaits issues des médecines traditionnelles et corroborées par des études scientifiques.

Nous n’avons pas besoin de créer un récit, nous montrons simplement notre réalité. Il ne faut pas oublier non plus que la science évolue constamment, et que les connaissances sur les plantes continueront d’évoluer elles aussi. »

Mauricette Baelen


Photo de couverture : Marjorie et Axel – avec toutes autorisations – Alma Sauvage 

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19.05.2026 à 06:00

Burundi : le compost, alibi de l’État face à la crise des engrais

Mr Mondialisation

Au cœur de l’Afrique des Grands Lacs, au Burundi, des milliers d’exploitants attendent désespérément des engrais chimiques qu’ils ont pourtant déjà payés. Face à ce vide, le gouvernement lance une campagne nationale de compostage, promettant une alternative écologique. Si cette méthode peut à long terme restaurer les sols et réduire la dépendance aux importations, elle […]

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Texte intégral (1548 mots)

Au cœur de l’Afrique des Grands Lacs, au Burundi, des milliers d’exploitants attendent désespérément des engrais chimiques qu’ils ont pourtant déjà payés. Face à ce vide, le gouvernement lance une campagne nationale de compostage, promettant une alternative écologique. Si cette méthode peut à long terme restaurer les sols et réduire la dépendance aux importations, elle peine à répondre à l’immédiateté des besoins. Pour les familles rurales dont la survie dépend de la prochaine récolte, le temps de maturation du compost est un luxe inabordable. 

Le ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage a lancé une campagne nationale de creusage de fosses de compostage du 17 au 30 mai 2026. L’objectif affiché est d’encourager la population à transformer les déchets organiques en fertilisant naturel riche afin d’augmenter la production agricole. Des agents agricoles et administratifs, du niveau provincial jusqu’aux collines rurales, ont été mobilisés pour accompagner cette opération à travers tout le pays.

Sur le papier, la démarche semble logique. Mais dans les villages, elle s’ajoute à une réalité déjà tendue : celle d’une agriculture dépendante de fertilisants chimiques, dont les livraisons tardent malgré des paiements déjà effectués.

Pour de nombreux agriculteurs, le contraste est brutal. Alors que les champs exigent des fertilisants immédiatement pour sauver la saison agricole en cours, le discours officiel se tourne vers une alternative dont les effets ne seront visibles qu’à moyen ou long terme. Le risque est alors de transformer une stratégie écologique nécessaire en réponse de substitution face à une crise plus profonde des intrants agricoles.

Une solution écologique… mais pas immédiate

Le compost n’est pas une innovation. Depuis longtemps, agronomes et organisations internationales en vantent les avantages. Il améliore la fertilité des sols, favorise la rétention d’eau et contribue à une agriculture plus résiliente.

Dans un pays comme le Burundi, où les terres sont fortement exploitées sur de petites surfaces, ces bénéfices sont indéniables. Mais le compost possède une limite majeure : il ne répond pas à l’urgence. Sa production demande du temps, des matières organiques, de l’espace et des connaissances techniques. Entre la collecte des déchets, leur décomposition et la maturation du compost, plusieurs semaines, voire plusieurs mois, sont nécessaires avant utilisation. Or, le calendrier agricole, lui, n’attend pas.

Dans la Commune de Ngozi, un agriculteur résume la situation avec amertume : « On nous demande de faire du compost, mais nos cultures ont besoin d’engrais maintenant. » Pour les paysans, souvent confrontés à des parcelles réduites et à des ressources limitées, cette alternative apparaît davantage comme un déplacement du problème que comme une solution immédiate.

La photo montre un système de compostage réalisé par un agriculteur de la commune de Mwaro. On y voit des déchets organiques rassemblés dans une fosse afin d’être utilisés plus tard pour la fertilisation des champs.

Une crise qui ne dit pas son nom

Si la promotion du compostage fait l’objet d’une campagne médiatique, le sort des engrais chimiques déjà acquittés par les paysans reste, lui, dans l’ombre. Que sont devenus ces intrants ? Les causes de ce retard massif demeurent floues : s’agit-il de blocages logistiques, de difficultés financières de l’État, de tensions sur les marchés internationaux ou de dysfonctionnements internes ? Aucune réponse claire n’a été apportée à ce jour.

Ce silence institutionnel nourrit une inquiétude grandissante dans un secteur vital. Au Burundi, où l’agriculture constitue le principal revenu pour une large part de la population, toute rupture dans la chaîne d’approvisionnement des intrants a des répercussions immédiates et graves sur la sécurité alimentaire du pays.

Quand l’écologie devient un langage politique

Le compostage n’est pas le problème en soi ; c’est son instrumentalisation dans le débat public qui pose question. Présenté comme une panacée immédiate face à une crise structurelle, il risque de devenir le symbole d’une stratégie de contournement : une solution verte utilisée pour masquer les défaillances profondes du système agricole national.

Ce phénomène dépasse les frontières du Burundi. Le vocabulaire de la transition écologique peut être détourné pour occulter des carences de planification ou de gouvernance. L’écologie se mue alors en un langage politique commode, permettant d’afficher une vision durable sans pour autant régler les urgences du présent.

Sur le terrain, le débat, lui, n’a rien de théorique. Pour les agriculteurs, l’équation est brutale : sans intrants, les rendements s’effondrent. Et lorsque les récoltes diminuent, les conséquences sont directes et dramatiques : insécurité alimentaire, spirale de l’endettement et réduction forcée des repas quotidiens.

Une agriculture sous pression permanente

La crise actuelle met en lumière une fragilité structurelle du système agricole burundais. Depuis plusieurs années, les producteurs font face à une accumulation de contraintes : pression démographique, épuisement des sols, changements climatiques, hausse du coût des intrants et faibles revenus agricoles.

À cela s’ajoute une forte dépendance aux importations d’engrais chimiques. Dans un contexte mondial instable, les perturbations des chaînes d’approvisionnement se répercutent directement sur les pays les plus vulnérables.

Dans ce cadre, le compost constitue effectivement une piste intéressante. Mais une transition agricole ne peut être efficace que si elle est accompagnée, financée et progressive. Elle ne peut pas remplacer brutalement un système déjà fragilisé.

Sortir des oppositions simplistes

Le débat est souvent présenté de manière binaire : engrais chimiques contre solutions naturelles. Mais sur le terrain, cette opposition ne correspond pas à la réalité.

Des programmes agricoles montrent qu’une combinaison des deux approches est possible. Le compost améliore durablement les sols, tandis que les engrais chimiques, utilisés de manière raisonnée, permettent de répondre aux besoins immédiats de production.

L’enjeu n’est donc pas de choisir un camp, mais de construire un équilibre adapté aux conditions locales. Encore faut-il que les agriculteurs disposent réellement des intrants promis.

Une question de responsabilité publique

Au-delà du compost, c’est la question de la gouvernance des intrants agricoles qui se pose. La capacité des institutions à anticiper les pénuries, à gérer les chaînes d’approvisionnement et à informer la population de manière transparente est centrale dans un pays où l’agriculture reste vitale.

Sans cette transparence, les alternatives écologiques risquent d’être perçues non comme des solutions, mais comme des réponses de substitution à des défaillances structurelles.

Landry Ingabire


Photo de couverture : Champ de patates douces au Burundi. Wikimedia.

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