20.10.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
En octobre 2026, en France, la mobilisation lycéenne ravive une question que d’autres mouvements sociaux ont déjà posée avant elle : jusqu’où un gouvernement est-il prêt à aller pour faire taire la contestation ? Entre répression policière, mutilations, comparutions immédiates, couvre-feux et la colère d’une jeunesse qui refuse de se résigner, les événements actuels font […]
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[Article publié le 22 octobre 2019 – Mis à jour le 20 octobre 2026. Temps de lecture estimé : ~ 10 min]
Octobre 2019. À Santiago, la capitale chilienne, des lycéens en ont plus qu’assez des augmentations successives du prix des tickets de métro. En entrant massivement dans les stations sans payer, ils ne savent peut être pas encore qu’ils sont sur le point de déclencher une révolte qui dépassera largement la question des transports. Face à la mobilisation, le gouvernement répond par une répression massive. Loin d’étouffer la contestation, cette réponse ne fait qu’attiser la colère. Très vite, c’est tout un pays qui se soulève, révélant au grand jour des décennies d’inégalités, d’abus et d’injustices accumulées.
« On manifestait pacifiquement lorsqu’ils ont commencé à lancer les bombes lacrymogènes » : Alvaro, étudiant ingénieur et Romina, étudiante en droit, sont encore sous le choc. « Les gens jouaient de la musique, dansaient, il y avait de jeunes enfants et des personnes âgées » continue Romina. « Lorsque les carabiniers ont lancé les bombes lacrymogènes, certaines sont tombées à côté de moi. J’ai essayé d’aider un vieil homme à sortir de là, mais il ne voyait plus rien, ses yeux étaient rouges et il avait du mal à respirer ».
En octobre 2019, cela fait des dizaines d’années que la société chilienne, réprimée et soumise, a dû subir l’ironie de ses ministres, le meurtre des membres de la communauté mapuche, les discours sarcastiques d’une classe dirigeante intouchable par la justice, le négationnisme de la dictature, l’inflation, les violences policières, le détournement de fonds institutionnels, la déforestation et les crises environnementales.
La hausse du prix du ticket de métro a été la petite goutte qui a fait déborder le vase. Les Chiliens et les Chiliennes, et par-dessus tout les étudiants ont commencé à échapper collectivement au paiement des transports souterrains. La première réponse du gouvernement a été la répression policière. Mais cette violence répressive n’a fait qu’enflammer la population. Conséquences : des « invasions » massives du métro, des scènes d’émeutes, la destruction de plus de quarante stations de métro.
En quelques jours, des mouvements de protestation ont éclaté dans diverses villes du pays. C’est la catharsis collective d’un historique d’abus, d’excès et de détournement des droits des classes modestes de la société chilienne qui semble s’exprimer.
Les Chiliens et les Chiliennes sont fatigués et ne manquent pas de le faire savoir : un système de santé publique précaire couplé à un système de santé privé inaccessible, des retraites insuffisantes et indignes, et une éducation qui reproduit les inégalités sociales. En parallèle, le président Piñera s’érige en chef de file dans le domaine de la revendiquée protection de l’environnement… Alors que des zones du pays sont privées d’eau, et que le peu qui reste accessible se retrouve privatisé pour une poignée de privilégiés. Alors que les militants pour l’environnement meurent dans des circonstances suspectes dans toute l’Amérique latine, au Chili y compris.
Après les premières protestations, la réaction de l’exécutif ne s’est pas faite attendre. Depuis l’aube du samedi 19 octobre 2019, l’état d’urgence qui avait été déclaré s’est transformé en un « état d’exception » voire même un état de guerre selon les mots du président. En pratique, le président a remis la responsabilité de maintenir l’ordre et le contrôle de la population dans les mains des militaires.
Dans le but de regagner le contrôle sur une situation qui échappe au gouvernement, un général de l’armée a été mandaté pour rétablir l’ordre dans la région métropolitaine. À minuit, le jour même, c’était les forces navales qui se voyaient octroyer ce même droit pour deux autres régions. Placer l’armée pratiquement au pouvoir, c’était une décision non seulement radicale, mais aussi hautement symbolique dans un pays où nombre de ses membres ayant pris part à la dictature n’ont jamais vraiment été jugés.

L’objectif était clair : rétablir l’ordre. Selon la perspective de la classe privilégiée, cela signifie de revenir à l’état imposé au cours de deux siècles d’oppression et de contrôle, cristallisé durant la dictature de Pinochet dans la Constitution. Une société obéissante, aliénée, qui accepte la fraude et les crimes de personnalités politiques, de chefs d’entreprises et de personnes de pouvoir en uniforme, devenus intouchables par la justice. Alors que cette même justice écrase dans la violence un dirigeant d’un mouvement social, un vendeur ambulant, ou une personne qui n’a pas payé son ticket de métro. Cette injustice institutionnalisée, les chiliens ne semblent plus en pouvoir.
Mais, contrairement à l’effet attendu, en dépit de milliers d’arrestations, la mobilisation populaire s’est intensifiée. La population s’est réunie sur les places centrales des villes de province pour taper sur des casseroles, symbole de la résistance face aux manipulations injustes de l’État. En quelques heures, la présence des militaires dans les rues a décuplé la rage nourrie par ce profond sentiment d’injustice. La mobilisation populaire, qui jusqu’ici était concentrée dans la capitale de Santiago, s’est propagé à travers tout le pays. Les grandes villes comme Valparaiso ou Concepción ont bien sûr réagit, mais plus surprenant encore, même les petites villes rurales comme Talca ou Valdivia se sont réveillées.
La présence militaire n’étant pas suffisante pour calmer les manifestants, la décision du gouvernement fut d’instaurer un couvre-feu : une interdiction de circuler et de se réunir en dehors des heures imposées par les autorités.

Contrairement au temps de la dictature de Pinochet, durant laquelle les agents des services de renseignements capturaient et emprisonnaient des individus arbitrairement, ou torturaient et assassinaient en pleine rue, aujourd’hui, la voix de la population est accompagnée de milliers de photos et de vidéos qui inondent les réseaux sociaux chiliens : passages à tabac, actes de violence injustifiés, policiers infiltrés parmi les manifestants jusqu’aux coups de feu tirés à bout portant.
Romina en témoigne ; une de ses amies a été touchée à la jambe par les tirs à balles réelles des forces armées. Au 20 octobre 2019, 18 morts au moins étaient décomptés à travers le pays et 1 500 arrestations.

Les médias officiels ou à forte couverture médiatique ont mis en avant le discours du chef de l’État sur les ondes : un schéma binaire entre d’un côté, une société civile passive, et de l’autre, les vandales qui cassent (les méchants). Une vision manichéiste systématisée d’un pays à l’autre lors de chaque révolte populaire.
Médias et autorités ont centré la cause du problème sur l’augmentation du prix du ticket de métro, alors que la réaction de la population est la conséquence inévitable de 17 années de dictature suivies de 30 années d’un simulacre de démocratie. Cette dernière a permis l’enrichissement de certaines familles de pouvoir et d’influence au-delà de l’entendement, dont font partie beaucoup de politiciens.
Plus encore, l’histoire de la répression au Chili prend racine dans la domination espagnole et le génocide des Mapuches, revenant sans cesse sous différentes formes : gouvernorat, indépendance, conservateurs, libéraux, guerres, dictatures, démocraties déformées, etc. Rien n’a vraiment changé. Et le peuple chilien l’a bien compris.

Romina reprend :
« On a aussi vu beaucoup de bienveillance, de solidarité. Des gens distribuaient des citrons et de l’eau mélangée à du bicarbonate (NDLR contre les effets irritants pour les yeux et la gorge du gaz lacrymogène), des infirmiers et des médecins proposaient bénévolement leur aide. Si un manifestant tombait, tout le monde autour s’arrêtait pour le relever ».
Elle l’affirme, ces manifestations lui ont « redonné espoir en un Chili qui se tient ensemble contre les injustices ». Pour Alvaro et Romina, la réponse brutale du gouvernement ne change en rien leur détermination : « il faut qu’on soit présent pour manifester, tous les jours. On attend ça depuis tellement longtemps, et surtout, on n’a rien à perdre. »
– Luis Herrera et C.G.
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Mr Mondialisation
Vainqueur de la primaire du Parti socialiste et de ses alliés, Raphaël Glucksmann représentera donc la mouvance sociale-libérale lors des prochaines élections présidentielles. Il est désigné comme le représentant d’un certain renouveau politique par plusieurs grands médias alors que ses positionnements flirtent avec le macronisme et que son argument de campagne est d’être opposé à […]
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Les similitudes entre Raphaël Glucksmann et le candidat Emmanuel Macron de 2017 ne cessent de se multiplier. Que ce soit dans son parcours, son programme, son entourage, sa vision internationale, son accointance avec la droite, ses éléments de langage, tout laisse entrevoir dans son projet une continuité avec le pouvoir actuel. Mr Mondialisation vous présente cinq preuves du macronisme du candidat Glucksmann.
Avant d’atterrir sur le devant de la scène en 2019 en devenant la tête de liste du PS aux Européennes, Raphaël Glucksmann a eu une trajectoire plus que sinueuse pour quelqu’un se prétendant de gauche. Issu d’une famille de la haute bourgeoise – il est notamment le fils du philosophe atlantiste André Glucksmann – il connaît un parcours plus que classique dans le milieu : classe préparatoire au lycée Henri IV et passage par Sciences Po après avoir échoué à entrer à l’ENS.
À 23 ans, il intègre le Cercle des Oratoires, un club de réflexion néoconservateur qui soutient ouvertement le président Bush et ses interventions militaires au Moyen-Orient. À 27 ans, il s’engage pour le parti ultralibéral Alternative libérale et se désiste au dernier moment pour le représenter aux législatives. Ce parti appuyait ni plus ni moins que la suppression de la Sécurité sociale. Même si le fondateur de Place Publique se défend aujourd’hui d’avoir partagé cette opinion, au vu de ses « petits arrangements » concernant cette époque, il est permis de fortement douter.
En 2008, à 29 ans, il salue d’ailleurs Nicolas Sarkozy, qu’il décrit comme le « candidat de l’anticonservatisme » qui « brise les tabous ». Un an plus tard, à tout juste 30 ans, Glucksmann devient conseiller du nouveau président géorgien, Mikheil Saakachvili. Connu pour avoir utilisé des méthodes très autoritaires de répression des protestations, le dirigeant a aussi mené un programme économique qui fait froid dans le dos : abolition du salaire minimum, licenciement de 60 000 fonctionnaires et suppression massive d’impôts pour les plus riches.

Difficile d’évaluer l’influence de Raphaël Glucksmann dans une telle politique, mais l’actuel compagnon de Léa Salamé n’a cependant pas jugé bon de s’en désolidariser en quittant son poste. C’est finalement lorsque son employeur perdra les élections qu’il décide de rentrer en France. En 2014, il affirme toujours que cela ne l’a « jamais fait vibrer » de « manifester pour les retraites ». C’est à partir de 2018 et de la fondation de son parti qu’il se proclame à gauche. Un positionnement pour autant difficile à entendre après un tel passif, d’autant que l’homme s’est totalement opposé au Nouveau Front Populaire.
Si Raphaël Glucksmann met bien sur la table quelques mesures de partage des richesses un peu plus ambitieuses que celles d’Emmanuel Macron en 2017, leurs portées réelles restent pour autant bien loin des réponses nécessaires à la hausse du coût de la vie.
L’eurodéputé propose, par exemple, de rehausser le SMIC à 1600 € d’ici 2029. Or, d’après les projections de la banque de France, l’inflation devrait naturellement pousser le SMIC à plus de 1 560 € d’ici là. L’augmentation promise demeure donc très faible au regard des difficultés des plus précaires, d’autant plus que le programme de Place Publique ne propose pas la moindre revalorisation des aides aux logements ou des minima sociaux.
Sur la retraite, le candidat aux présidentielles fait planer l’incertitude. Il affirme qu’il faut « cesser la focalisation sur le seul âge légal qui produit l’injustice et fonder notre philosophie sur les inégalités de conditions et d’espérance de vie ». Même s’il a indiqué souhaiter revenir à 62 ans durant le débat des primaires, il reste évasif sur le nombre d’annuités et assure que « certains devront travailler plus longtemps ». Il a aussi certifié vouloir « converger vers une simplification des régimes », ce qui n’est pas sans rappeler le fameux système de retraite par capitalisation porté par Édouard Philippe lorsqu’il était Premier ministre.
Si certains se fient aux discours de Raphaël Glucksmann, observer ses soutiens politiques et son équipe de campagne offre un bon indicateur de ses opinions réelles. Il est, par exemple, appuyé par l’ancien député LREM, Sacha Houlié, mais aussi par l’ex-ministre de la Santé d’Emmanuel Macron, Aurélien Rousseau, ou encore par Simon Bernard, ex-conseiller d’Élisabeth Borne et ex-directeur de cabinet d’Amélie Oudéa-Castera.
Pire, Marguerite Cazeneuve, ancienne conseillère d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe, et ex-consultante chez McKinsey, qui a notamment élaboré la fameuse tentative de réforme des retraites à points en 2019, a été chargée de coordonner le programme de Place Publique.

À ce tableau déjà assez inquiétant pour un homme prétendument de gauche, il faut ajouter diverses personnalités venues de la faction la plus droitière du PS, comme Serge Kalfon, Jérôme Guedj, Aurore Lalucq, Patrick Kanner, Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol, mais aussi l’écologiste libéral, Yannick Jadot.
En définitive, c’est peut-être le député européen Renaissance, Bernard Guetta, qui résumait le mieux la situation en 2024 :
« neuf fois sur dix, le candidat PS-Place publique vote les mêmes textes que nous (…) Alors, pourquoi Glucksmann n’est pas avec nous ? »
Fidèle à ses premières amours, Raphaël Glucksmann se montre particulièrement bienveillant à l’égard des États-Unis et de leurs alliés. À l’inverse, sa virulence envers les pays non alignés, comme la Chine, la Russie ou encore le Venezuela, n’a jamais faibli.
On l’a ainsi vu défendre, à ce titre, des personnalités d’extrême droite comme Maria Corina Machado ou Alexeï Navalny. Celui qui s’est largement fait connaître pour son combat en faveur des Ouïghours n’hésitait pas à parler de génocide. Et pourtant, il n’a jamais daigné en faire autant en ce qui concerne la situation en Palestine. Son programme ne contient d’ailleurs aucune sanction à l’égard du gouvernement israélien.
Contrairement aux aspirations historiques de paix du camp progressiste, le leader de Place Publique propose, en outre, un renforcement militaire massif, notamment au niveau européen. Il a, dès lors, mis sur la table un plan à 500 milliards d’euros à l’échelon continental. Sa fervente allégeance à l’Union européenne et sa politique néolibérale sont aussi de grands points communs avec le macronisme. De quoi laisser craindre que, sans rapport de force, aucune mesure sociale ne puisse être appliquée en France sous sa gouvernance.
À l’instar de la macronie, Raphaël Glucksmann semble bien avoir compris que sa cible électorale se situait sur sa droite. Ainsi, comme le président de la République, il tente largement de séduire un public tourné vers le RN en s’appropriant ses thématiques.
Il a, de cette façon, mis sur la table l’idée d’une « convention citoyenne » sur la question de l’immigration. Un procédé qu’Emmanuel Macron avait d’ailleurs déjà utilisé sur le climat, sans tenir compte des conclusions. Comme le fondateur d’En Marche, Glucksmann évoque également des concepts flous sans jamais dire concrètement ce qu’il entend. C’est le cas, par exemple, de son « nouveau contrat patriotique ».
Il a aussi fait de la sécurité un « axe majeur » de sa campagne, en jouant la carte de la lutte contre l’islamisme. Il a par également fait preuve de banalisation complaisante envers les banquets du « Canon français », pourtant bien identifiés pour leur ancrage à l’extrême droite.
Dans ce contexte de scrutin présidentiel, Raphaël Glucksmann s’inscrit donc plutôt comme un candidat se disputant les miettes d’un macronisme à l’agonie, aux côtés de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe. Si la carte du « en même temps » à la fois « de gauche » et « libéral » pourrait séduire certaines irréductibles, elle a cependant peu de chance d’éveiller l’intérêt d’un électorat réellement de gauche.
Face aux défis environnementaux et sociaux de plus en plus urgents, la volonté d’une rupture radicale avec dix ans de pouvoir macroniste pourrait en effet prendre le dessus. Dès lors, dans cette optique, la candidature soutenue par le PS risque de ne pas faire illusion très longtemps.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Raphael Glucksmann le 3 mars 2024 au Congrès du PSE. Wikimedia.
The post 5 signes que Raphaël Glucksmann est la nouvelle vitrine du macronisme first appeared on Mr Mondialisation.18.10.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. À Nantes, une caisse alimentaire veut élargir son dispositif La caisse commune de l’alimentation permet à des foyers d’accéder à des produits alimentaires de qualité grâce à une monnaie locale. Elle compte 71 […]
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La caisse commune de l’alimentation permet à des foyers d’accéder à des produits alimentaires de qualité grâce à une monnaie locale. Elle compte 71 foyers participants, et la maire de Nantes, Johanna Rolland, souhaite tripler ce nombre avant de décider si le dispositif sera pérennisé. (Mediacités)
Un décret a retiré le grand tétras de la liste des espèces chassables après son classement comme espèce strictement protégée en septembre 2026. Dans les Pyrénées, ses effectifs ont chuté de près de 80 % depuis 1960. (La Relève et la Peste)
À Conthey, en Valais, une installation expérimentale associe des arbres fruitiers à des panneaux photovoltaïques semi-transparents qui modulent la lumière reçue par les cultures. Le projet vise à produire de l’électricité tout en protégeant les fruits des fortes chaleurs, du gel et de la grêle. (Ecoportal)
Le prix Right Livelihood, surnommé le « Nobel alternatif », a récompensé quatre personnes et organisations qui luttent contre l’autoritarisme, les violences patriarcales et les dérives de l’intelligence artificielle. Parmi elles figurent la chercheuse Timnit Gebru, l’avocate pakistanaise Jalila Haider, l’organisation africaine Rural Women’s Assembly et l’association géorgienne des jeunes avocats, engagées respectivement pour une IA plus juste, les droits des Hazara, l’autonomie des femmes rurales et la démocratie en Géorgie. (Positive News)
Un programme d’élevage et de réintroduction a permis de relâcher plus de 11 000 wētāpunga, considérés comme les insectes les plus lourds du monde, dans des habitats protégés. Leur statut de conservation national s’améliore, signe d’un rétablissement encourageant. (The Guardian)

Au Royal Cornwall Hospital, les sonneries bruyantes ont été remplacées par des alertes silencieuses envoyées directement aux soignants, dans le service de maternité. Résultat : les patientes dorment mieux et se sentent moins anxieuses. Le dispositif aurait également permis d’économiser plus de 70 000 livres en six mois grâce à la réduction de la durée des séjours. (Reasons to Be Cheerful)
Un centre de sauvetage thaïlandais réhabilite des dizaines de chats léopards chaque année avant de les relâcher en forêt. Entre janvier et août 2026, il a recueilli plus de 60 petits, dont plus de la moitié avaient été retrouvés dans des champs brûlés. Faute de dispositif de suivi individuel, leur taux de survie après le relâcher reste inconnu. (Mongabay)
Des chercheurs de Stanford ont découvert qu’en bloquant la protéine 15-PGDH, liée au vieillissement, ils pouvaient régénérer du cartilage chez des souris âgées et limiter le développement de l’arthrose après une blessure. Des échantillons de cartilage humain ont également réagi au traitement en produisant du nouveau cartilage. Des essais cliniques seront toutefois nécessaires pour vérifier son efficacité et son innocuité chez les patients. (ScienceDaily)
Le 12 octobre, onze enseignants et surveillants du lycée Paul-Éluard ont occupé l’établissement pour dénoncer le manque de moyens et les violences policières. Ils réclament notamment que les élèves mobilisés ne soient pas sanctionnés et que les jours de grève soient payés. (Bondy Blog)
À partir du 1er janvier 2027, la Caisse des Dépôts prévoit de ne plus acheter de nouvelles obligations émises par des entreprises productrices de pétrole. Cette mesure ne met pas fin à tous ses investissements dans les énergies fossiles : le gaz reste notamment hors du champ de cet engagement. (La Relève et la Peste)
* Photo de couverture : wikipedia
– Mauricette Baelen
17.10.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Les lycéens défient le gouvernement et dénoncent les violences policières Des milliers de lycéens et d’étudiants ont manifesté à Paris en direction de Matignon, déterminés à poursuivre leur mobilisation jusqu’à aujourd’hui. Ils dénoncent notamment […]
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Des milliers de lycéens et d’étudiants ont manifesté à Paris en direction de Matignon, déterminés à poursuivre leur mobilisation jusqu’à aujourd’hui. Ils dénoncent notamment le manque d’enseignants et la répression policière : des affrontements ont éclaté avec les forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau. L’intersyndicale de la jeunesse revendique 480 000 manifestants en France, contre 161 500 selon le ministère de l’Intérieur. (StreetPress)
Des collectifs de parents appellent à soutenir les lycéens mobilisés et à répondre à leurs revendications : des bâtiments scolaires fonctionnels, davantage d’enseignants, des emplois du temps moins chargés et une orientation moins dépendante d’algorithmes opaques. Dans cette tribune, ils dénoncent aussi les violences policières contre les jeunes, les conséquences des canicules dans les établissements et la réduction des moyens destinés à rafraîchir les écoles. Ils appellent à des rassemblements aujourd’hui et le 14 novembre, ainsi qu’à la création d’un réseau de solidarité pour protéger les élèves mobilisés. (Vert)
Entre 2009 et 2013, Rachida Dati a perçu 900 000 euros dans le cadre d’un contrat de conseil lié à Renault-Nissan, alors qu’elle était députée européenne. Au procès, le Parquet national financier soupçonne des activités de lobbying dissimulées, tandis que la défense affirme qu’il s’agissait de missions de conseil pour développer Renault au Moyen-Orient et au Maghreb. (Le Média)
L’Assemblée nationale a rejeté l’article 62 d’une proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, qui visait à protéger les femmes étrangères victimes de violences. Cette décision a suscité la colère des associations de terrain, qui dénoncent l’exclusion de ces femmes d’un texte censé lutter contre les violences sexistes et sexuelles. (Politis)
Greta Thunberg s’est rendue devant le lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis, bloqué depuis plus de trois semaines pour dénoncer la vétusté des bâtiments, les classes surchargées et le manque d’enseignants et d’infirmières. La militante pour la justice climatique a salué la mobilisation des jeunes, dénoncé une répression policière qu’elle juge « extrêmement violente » et appelé à unir les luttes étudiantes, sociales, pour les droits des personnes migrantes et pour le climat face à un système qu’elle estime incompatible avec les droits humains. (Reporterre)
Oxfam a engagé un recours en justice contre l’État, lui reprochant de ne pas garantir une imposition juste et égale. Alors que le gouvernement présente un nouveau projet de budget marqué par des économies, l’organisation dénonce une répartition inéquitable de l’effort fiscal, estimant que les ultra-riches échappent largement à l’impôt tandis que les classes populaires et moyennes risquent de subir le gel de certaines prestations sociales.(L’Humanité)
Les autorités finlandaises ont ordonné l’arrêt temporaire de travaux sur deux sites de data centers à Muhos et Kajaani, où environ 530 hectares de forêt avaient été abattus avant l’achèvement de l’étude d’impact environnemental obligatoire. Google doit fournir des explications et se conformer aux exigences environnementales. Les projets ne sont pas annulés et pourront reprendre une fois l’étude terminée. L’entreprise prévoit notamment de replanter 130 hectares à Muhos, une mesure jugée insuffisante par une spécialiste du droit de l’environnement, qui rappelle que de jeunes arbres ne remplacent pas une forêt mature. (La Relève et La Peste)
Des milliers de personnes ont manifesté à Lisbonne, ainsi qu’à Aveiro, Braga et Porto, contre la hausse du coût de la vie et les difficultés d’accès au logement. La mobilisation vise notamment la réforme de la loi sur les locations proposée par le gouvernement de Luís Montenegro, qui prévoit entre autres de faciliter les expulsions pour impayés, de supprimer un plafond de hausse des loyers pour certains nouveaux contrats et d’élargir les garanties demandées aux locataires. (El Salto)
Depuis le 25 septembre, un puits exploité par CNPC Niger Petroleum, filiale du groupe chinois CNPC, projette du pétrole brut et du gaz à plus de dix mètres de hauteur, déversant des hydrocarbures sur des centaines de mètres. Selon les autorités nigériennes, deux employés ont été hospitalisés, la plateforme est fortement dégradée et deux puits voisins sont menacés. Une enquête indépendante a été ouverte pour établir les causes de l’accident, tandis que les pistes criminelle et terroriste ont été écartées. (L’Humanité)
Réunis à Bruxelles hier, les dirigeants de l’Union européenne ont réaffirmé leur soutien à Volodymyr Zelensky et refusé d’envisager la levée des sanctions contre la Russie tant que la guerre se poursuit. Sur le front, l’état-major ukrainien a recensé 304 affrontements jeudi, tandis que de nouvelles attaques russes ont fait deux morts à Kharkiv et plusieurs blessés dans les régions de Rivne et de Tcherkassy, selon les autorités locales. (Le Monde)
* Photo de couverture : Flicker
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Lancée en 2024, l’Opération Milliard veut réorienter les flux financiers vers les associations et entreprises qui répondent aux besoins essentiels tout en préservant le vivant. Mr Mondialisation a échangé sur ce projet ambitieux avec Alice Rahmoun, membre de l’association. [Temps de lecture estimé : ~ 10 min] Face aux crises écologiques et sociales, l’argent ne […]
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Face aux crises écologiques et sociales, l’argent ne manque pas toujours : il est aussi question de savoir où il va.
Alors que les initiatives qui renforcent le lien social, réduisent les inégalités et préservent le vivant, peinent souvent à trouver des financements à la hauteur de leurs besoins, d’autres modèles économiques continuent d’attirer des capitaux considérables. Depuis 2024, l’Opération Milliard entend inverser cette logique en redirigeant les flux financiers vers les organisations qui construisent concrètement une société plus juste et respectueuse des limites planétaires.
« Son ambition : faire en sorte que ces structures puissent, elles aussi, accéder à des financements à l’échelle du milliard. »
Car pour ses membres, la transition écologique ne peut se faire sans justice sociale, ni sans remettre en question les critères qui déterminent aujourd’hui où va l’argent. De la responsabilité des banques et des pouvoirs publics au rôle de l’épargne citoyenne, en passant par une collecte solidaire organisée dans Minecraft, l’association défend une conviction : les alternatives existent déjà, mais elles ont besoin de moyens pour changer d’échelle.

Alice Rahmoun : « Notre société fait face à de nombreuses crises sociales, environnementales et démocratiques. Notre système économique est à bout de souffle, tout comme les écosystèmes auxquels nous appartenons.
Nous avons collectivement besoin d’une société et d’une économie capables de satisfaire dignement les besoins humains, tout en préservant le vivant et en respectant les limites planétaires. Pour y parvenir, nous devons faire advenir une transition juste.
« Face à ces crises, on entend souvent qu’il faut créer de nouveaux modèles et de nouveaux récits. Or, ces modèles économiques et ces récits existent déjà. »
Ils sont portés par des entreprises et des associations qui, partout en France et au quotidien, renforcent le lien social, réduisent les inégalités et répondent aux besoins humains dans la dignité, tout en respectant les limites planétaires. Pourtant, les modes de financement dominants, construits pour servir la rentabilité à court terme, ne reconnaissent pas suffisamment leur valeur et freinent leur développement. »
Alice Rahmoun : « Nous parlons principalement des financements qui alimentent une économie extractiviste et capitaliste traditionnelle, dont l’objectif est avant tout de faire de l’argent avec l’argent.
La recherche de rendements élevés à court terme, tout comme l’attractivité de modèles de start-up dans la tech ou l’intelligence artificielle, permet à certaines activités d’accéder facilement aux financements, même lorsqu’elles ne remettent pas en question des modèles économiques aux impacts sociaux ou environnementaux importants.
Alice Rahmoun : « Nous sommes partis du constat qu’il faudrait au minimum 60 milliards d’euros par an pour réaliser la transition environnementale, selon le rapport Pisani-Ferry.
Or, les entreprises et les associations de la transition juste parviennent à se financer à hauteur de quelques milliers, de dizaines de milliers, parfois de millions d’euros, mais rarement de milliards.
« À l’inverse, les grandes entreprises technologiques, par exemple, peuvent lever des sommes considérables. »
Pour réussir la transition, les organisations qui transforment nos façons de vivre, de travailler, de consommer, de produire et de créer du lien doivent pouvoir accéder à des financements à l’échelle du milliard. »
« Les milliards existent, mais la transition n’en récolte que les miettes. »
Alice Rahmoun : « Le premier, c’est la recherche de rendements élevés du capital. Même lorsqu’un particulier souhaite placer son argent, le réflexe est souvent de rechercher les rendements les plus importants. On vise parfois des rendements à deux chiffres, alors que les organisations commerciales de la transition juste, par exemple, redistribuent les bénéfices à leurs salarié·es, les réinvestissent et ne rémunèrent pas le capital à de tels niveaux.
Le deuxième mécanisme, c’est la méconnaissance de ces modèles. L’économie sociale et solidaire et la transition juste restent peu connues. Ces modèles, qui ne sont pas toujours enseignés dans les écoles de commerce ni suffisamment conseillés aux personnes qui créent leur entreprise, sont pourtant de véritables modèles entrepreneuriaux qui fonctionnent.
Il est même possible d’entreprendre dans le monde associatif. Entreprendre ne signifie pas nécessairement détenir du capital et diriger une entreprise : c’est aussi mettre en œuvre une idée au sein d’une organisation.
Alice Rahmoun : « C’est une question qui concerne l’ensemble des flux financiers ! Les investisseurs privés comme institutionnels devraient faire évoluer leurs stratégies d’investissement.
Les associations dont les modèles mêlent des enjeux sociaux et environnementaux rencontrent également des difficultés pour obtenir des dons. Les financeurs ont souvent l’habitude de soutenir des projets qui entrent dans des catégories précises : uniquement le social, uniquement le climat, ou encore des actions destinées à des bénéficiaires directs. Les initiatives qui croisent plusieurs enjeux peinent alors à trouver leur place.
Et, bien évidemment, il y a l’épargne ! Des milliards d’euros d’épargne ne sont aujourd’hui pas orientés vers la transition, parfois sans que les personnes qui la détiennent le sachent ou sachent qu’elles peuvent choisir des produits plus vertueux. Pourtant, ces produits existent. »
Alice Rahmoun : « Nous avons défini une liste de critères à partir de plusieurs éléments. D’abord, l’activité de l’association ou de l’entreprise doit répondre à un besoin essentiel : se nourrir, se déplacer, se loger, créer du lien, se former ou apprendre, par exemple – tout en garantissant la dignité des personnes, le respect du vivant et celui des limites planétaires.
Ensuite, sa gouvernance doit être participative et démocratique. Enfin, lorsqu’il s’agit d’une organisation commerciale, sa lucrativité doit être limitée. Le partage de la valeur avec les salarié·es ou les bénéficiaires doit également être mis en place.»
Alice Rahmoun : « Nous essayons de mettre en avant des organisations qui respectent ces critères, tout en nous efforçant de les appliquer à nous-mêmes. Il arrive toutefois que certains contextes nous obligent à déroger à des pratiques que nous souhaiterions voir évoluer.
C’est notamment le cas du financement NoPlanetB, que nous avons cofinancé avec l’ONG ACTED. Les fonds provenant de l’Union européenne, un appel à projets devait être organisé.
Pour le prochain financement via le Fonds de dotation, nous financerons l’Opération Milliard et les lieux représentés dans le jeu, qui avaient déjà candidaté à NoPlanetB. Cela leur évitera de déposer un nouveau dossier, une démarche longue et fastidieuse. C’est aussi un changement de pratique que nous voulons défendre.
Alice Rahmoun : « L’argent est un levier majeur : c’est le nerf de la paix. Sans argent, il n’y a pas de projet, pas de salaire, pas d’équipe.
Aujourd’hui, les structures économiques qui produisent des inégalités et aggravent la crise écologique n’ont pas toujours à rendre des comptes sur leurs impacts, et pourtant, elles sont financées. À l’inverse, celles qui limitent leurs impacts et redistribuent la valeur manquent de financements.
Il existe aussi d’autres leviers, culturels, éducatifs ou liés à la gouvernance. Mais eux aussi peuvent être activés à grande échelle lorsqu’on leur donne les moyens financiers nécessaires ! »
Alice Rahmoun : « Notre objectif est de construire d’autres modèles économiques. Ou plutôt, de les valoriser, car beaucoup existent déjà ! Certaines des organisations que nous mettons en avant et que nous souhaitons voir financées sont présentes depuis plusieurs dizaines d’années. Nous voulons que leurs modèles deviennent majoritaires dans l’économie de demain. »
Alice Rahmoun : « Non, notre initiative ne peut pas compenser, par exemple, la baisse des subventions publiques. L’objectif n’est pas de faire reposer le financement des associations uniquement sur le secteur privé.
Concernant le financement des entreprises de la transition, nous souhaitons également que l’État puisse créer un fonds de garantie destiné aux fonds d’investissement qui soutiennent ces organisations. Cela permettrait de sécuriser ces financements et de leur donner davantage d’ampleur. »
Alice Rahmoun : « L’argent collecté par le Fonds de dotation pour la transition juste lors de l’événement caritatif Cité Solidaire, organisé sur Minecraft, financera l’Opération Milliard et les lieux représentés dans le jeu, en fonction des sommes récoltées.

Ces lieux sont des démonstrateurs de la transition juste sur leurs territoires. Ils ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à projets NoPlanetB, porté avec ACTED, mais n’avaient pas pu bénéficier du premier financement.
Les critères retenus portent sur la transition juste : gouvernance partagée, réponse aux besoins essentiels, dignité humaine, respect du vivant et des limites planétaires. L’implication de ces lieux dans leur territoire a également été étudiée.
Ces critères ont été définis par les membres de l’Opération Milliard, en lien avec son conseil scientifique, composé de chercheur·euses et d’économistes spécialistes de la transition juste. »
Alice Rahmoun : « Nous voulions montrer que la transition juste est partout ! Elle peut se vivre aussi bien en ligne, dans un jeu vidéo, que dans la vraie vie, au sein des lieux qui la font avancer et de l’Opération Milliard.
Nous voulions aussi montrer que les notions de ressources, d’entraide et de coopération peuvent trouver leur place dans un jeu qui semble opposer quatre équipes pendant trois jours.
Minecraft repose notamment sur l’utilisation des ressources, leur limitation et la construction. Pour nous, le monde qui suivra la transition juste reste à bâtir. Cette symbolique nous semblait donc particulièrement cohérente avec notre démarche. »
Alice Rahmoun : « On entend souvent qu’il faut inventer de nouveaux modèles ou de nouveaux récits, comme s’il fallait tout créer de zéro. Pourtant, ces 14 lieux existent déjà, parmi des centaines, voire des milliers d’autres. Ils fonctionnent et démontrent que la transition est en cours. Elle a simplement besoin d’être soutenue et financée ! »
Alice Rahmoun : « Le changement que nous cherchons est systémique. D’un côté, nous appelons les citoyennes et les citoyens à se rassembler pour peser collectivement sur les banques, les entreprises et les pouvoirs publics, afin de faire évoluer les choses. Chacune et chacun doit agir à la hauteur de ses responsabilités.
« Les pouvoirs publics dépendent notamment des élu·es que nous choisissons. Notre système économique est également lié à ce que nous achetons et aux endroits où nous travaillons. »
De notre côté, à l’Opération Milliard, nous menons des actions de plaidoyer auprès des financeurs, des banques et des pouvoirs publics pour les inciter à repenser la répartition de leur argent au profit de la transition juste.
Il est essentiel de montrer que d’autres modèles existent et qu’ils permettent de construire une vie plus digne et plus juste pour toutes et tous. »
– Mauricette Baelen
Photo de couverture : l’équipe de l’Opération Milliard
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Benjamin Remtoula
Publié en 2023, le rapport de synthèse du GIEC compile l’ensemble de ses travaux, dont les rapports de 2022 ont reçu une attention médiatique encore limitée. Jamais la responsabilité humaine dans la crise climatique n’avait fait l’objet d’un consensus scientifique aussi large. Au-delà des scénarios d’effondrement écologique, le GIEC insiste sur l’interdépendance des écosystèmes et […]
The post Crise socio-climatique : l’alerte du GIEC était claire, l’inaction politique persiste first appeared on Mr Mondialisation.[Temps de lecture estimé : 7 min]
Bien que le GIEC n’affirme fondamentalement rien de nouveau – la crise climatique étant connue de longue date – un consensus scientifique aussi massif, accompagné de rapports détaillés, en font un outil puissant : il scelle le caractère irréfutable de l’urgence climatique, mais aussi de l’impact destructeur de nos modes de vie, ou encore de la criminelle inaction climatique de nos dirigeants.
« Chaque dixième de degré compte » : c’est l’un des principaux enseignements du GIEC. En effet, chaque dixième de degré supplémentaire a des conséquences importantes voire irréversibles sur le climat, la santé et l’activité humaine.
L’objectif n’est donc pas de limiter le réchauffement à +1,5°C ou à +2°C dans le cas échéant, mais à +1,6°C à partir du moment où rester sous le seuil des +1,5°C est devenu inatteignable. Cette approche permet également de couper court aux discours fatalistes du type « de toute façon c’est trop tard » ou « on est déjà foutu ». Il n’est jamais trop tard pour agir, mais chaque jour passé sans le faire est périlleux pour notre avenir.
« Il n’est jamais trop tard pour agir, mais chaque jour passé sans le faire est périlleux pour notre avenir. »
Les conséquences néfastes du réchauffement climatique sur les écosystèmes et les sociétés humaines présentées par le GIEC sont déjà réelles : intensification des évènements climatiques extrêmes (sécheresses, canicules, incendies, inondations, etc.), menace de disparation d’une grande partie de la biodiversité, insécurité alimentaire, chute du rendement agricole, ou encore raréfaction de l’eau potable.

Et injustement, ce sont les pays les plus pauvres et historiquement les moins responsables qui subissent en premier les conséquences de l’effondrement climatique. En effet, les populations les plus vulnérables sont celles qui ont le moins de ressources pour s’adapter.
Les pays du Sud global cumulent souvent les risques climatiques entre zones géographiques vulnérables, conflits et inégalités structurelles, aggravant l’insécurité alimentaire, énergétique et la dégradation des habitats. Les populations autochtones, habitant·es de bidonvilles ou de périphéries urbaines, sont aussi davantage vulnérables face aux évènements climatiques extrêmes.
De leur côté, nombre d’agriculteur·rices se retrouvent endêté·es derrière les promesses du technosolutionnisme. Les gains de productivité profitent aux multinationales alors que les paysan·nes perdent en autonomie, en indépendance et ne sortent pas pour autant de la précarité (20 % des agricultrices et agriculteurs en France vivraient aujourd’hui sous le seuil de pauvreté). Une productivité d’ailleurs discutable à long-terme avec une perte de la biodiversité des sols et des monocultures rendant les parcelles de plus en plus vulnérables face aux aléas climatiques de plus en plus fréquents.
Plus connu pour son inaction climatique, ses cadeaux faits aux plus riches et aux plus pollueurs, et au mieux pour son greenwashing, les présidences Macron ont t-elles a minima agit dans le sens des recommandations du GIEC ?
« la France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique. »
« Dans la France de Macron », les engagements climatiques subissent au contraire un inquiétant recul selon le média Bon Pote, qui s’appuie sur un rapport de 2025 du Haut Conseil pour le Climat. Le HCC conclut en effet que « la France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique. »

Tout d’abord, Bon Pote rappelle la corrélation entre précarité et dépendance aux énergies fossiles. Or la précarité énergétique s’aggrave pour 1,2 millions de ménages français, qui ont subi en 2024 des limitations de fourniture d’énergie, soit une hausse de +24% en un an. La précarité alimentaire est quant à elle passée de 9 à 12% entre 2016 et 2024.
Le HCC déplore l’inaction politique des présidences Macron en matière de baisse de l’empreinte carbone. Les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en grande partie issues de la combustion des énergies fossiles. Chaque année, ce sont 70 milliards d’investissements fossiles qui sont effectués en France, dont 40 dans les voitures thermiques et hybrides.
Bon Pote affirme que ces dépenses ont des conséquences désastreuses à la fois sur le réchauffement climatique et la santé des Français. Pas de baisse du trafic aérien non plus à l’horizon, et l’usage du jet privé continue d’être défendu par la majorité présidentielle à l’Assemblée Nationale.
Ces chiffres qui pointent la responsabilité des présidences Macron dans l’aggravation de la crise climatique, résonnent avec la criminalisation des mouvements écologistes depuis la prise de pouvoir de « Jupiter » en 2017. Reporterre rappelle que la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a été fortement réprimée à coup de bulldozers et de gendarmes mobiles.
N’oublions pas non plus l’abandon des engagements du président à appliquer les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat (149 propositions formulées par 150 citoyens tirés au sort). Finalement, seules 10% des propositions ont été reprises par le gouvernement, alors que Reporterre recense une majorité de mesures – prises par le gouvernement – nuisibles à la planète dans le domaine de l’écologie (entre 2017 et 2021).
L’une des répressions les plus violentes fut celle du mouvement contre les mégabassines à Sainte-Soline, où le mouvement des Soulèvements de la Terre sera qualifié d’« écoterroriste » et menacé de dissolution par le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin. La répression policière aura été extrêmement violente et traumatisante avec pas moins de 200 blessé·es, dont plusieurs manifestant·es qui ont frôlé la mort.
Les dernières années de macronisme ne feront qu’aggraver le bilan écologique et les passages en force antidémocratiques. Pour preuve, le budget 2025 de François Bayrou, adopté après un recours au 49.3, contient 2,1 milliards d’euros de coupes budgétaires sur la mission écologie. L’éphémère mandat de Bayrou se termine sur la même note, avec une série de décrets de reculs écologiques.

« à force de dire que “nous sommes tous sur le même bateau”, nous avons tendance à croire que d’autres finiront bien par agir à notre place. »
Envisager un monde écologique, la sobriété ou la décroissance n’a rien d’irréaliste ni d’indésirable. Au contraire, nos prouesses techniques et notre organisation sociale productiviste, qui engendrent un réchauffement climatique de plusieurs degrés, constituent un scénario absolument délirant – un scénario que l’on aurait jugé improbable il y a quelques siècles, voire quelques décennies.
Quelle société pleinement démocratique, où les citoyen·nes choisiraient librement et en pleine conscience les contours du monde dans lequel iels souhaitent vivre, planifierait l’aliénation au travail, l’intoxication alimentaire par les produits chimiques, le massacre quotidien de milliards d’animaux, des modes de vie favorisant les maladies physiques et mentales, la détresse psychologique – le tout en menaçant gravement l’existence même de notre espèce ?

Affirmer aujourd’hui qu’il est « trop tard pour agir » relève davantage d’une volonté de laisser faire et d’une indifférence vis-à-vis des jeunes générations, que d’une réelle certitude. De plus, à force de dire que « nous sommes tous[tes] sur le même bateau », nous avons tendance à croire que d’autres finiront bien par agir à notre place.
Les efforts individuels – trier ses déchets, réduire sa consommation de protéines animales, se déplacer à pied, à vélo ou en transports en commun lorsque c’est possible, acheter de seconde main, privilégier le bio et le local, diminuer sa consommation d’énergie – ne suffisent guère.
Ils restent limités si nous recyclons moins que nous ne produisons d’emballages, si les produits carnés continuent de remplir les supermarchés sans révéler la souffrance animale qui se cache derrière, si les villes ne sont pas pensées pour les alternatives à la voiture individuelle, ou si les banques et les fournisseurs d’énergie recourent aux énergies fossiles ou les financent.
On peut se dire alors que « les actions individuelles n’ont pas de sens », qu’elles ne seront jamais suffisantes, car l’humain – et, par extension, les sociétés humaines – sont égoïstes par « nature ». Or, cette affirmation relève davantage d’un biais ethnocentré que d’un constat biologique : elle projette sur l’ensemble de l’humanité des représentations propres à certaines sociétés contemporaines. Au-delà d’être scientifiquement infondée, elle nourrit le pessimisme et l’inaction, précisément parce qu’on choisit d’y croire.
Certes, les actions individuelles sont insuffisantes et ne susciteront que de la frustration si la société refuse d’accompagner et d’organiser les changements nécessaires à la transition écologique. Cette frustration devient néfaste lorsqu’elle mène au désespoir et à l’abandon des efforts individuels. Elle peut toutefois nourrir le besoin d’agir collectivement, de lutter pour obtenir des changements institutionnels et de dépasser la sphère privée. C’est cette dynamique qui semble la plus favorable à la politisation et au renforcement des luttes sociales et écologistes.
– Benjamin Remtoula (Fsociété).
Photo de couverture : Adoption du rapport limitant le réchauffement à 1,5°C, IPCC, 2018 / WikimediaCommons
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