27.02.2026 à 09:23
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Bruxelles adopte une résolution sur la Sécurité sociale de l’alimentation Le Parlement bruxellois a adopté à 60 % une résolution, non contraignante, en faveur d’une Sécurité sociale de l’alimentation, demandant une étude nationale […]
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Le Parlement bruxellois a adopté à 60 % une résolution, non contraignante, en faveur d’une Sécurité sociale de l’alimentation, demandant une étude nationale et un soutien public aux projets existants. (La Relève et la Peste)
Un rapport d’Oxfam recense 24 mesures déjà mises en œuvre par des villes françaises pour faire face au dérèglement climatique (végétalisation, rénovation thermique, désimperméabilisation, ORE). Malgré ces initiatives, les communes manquent de financements face à des besoins estimés à 1,5 milliard d’euros par an. (La Relève et la Peste)
Au Salon de l’agriculture, le collectif Nourrir a présenté une proposition de loi pour protéger les revenus paysans (interdiction des ventes à perte), développer le bio en grande distribution, renforcer la protection de l’eau et interdire certains additifs nocifs. (Vert)
Le Parlement européen a adopté une résolution non contraignante reconnaissant les femmes trans comme des femmes et affirmant leur inclusion dans les politiques d’égalité de genre. Les conservateurs et l’extrême droite ont voté contre. (Politis)
Depuis l’interdiction totale de pêche en 2021, la biodiversité du fleuve Yangtsé se rétablit : la biomasse de poissons a plus que doublé en trois ans et des espèces rares, comme le marsouin aptère, réapparaissent, selon une étude publiée dans Science.(CNRS)
Une coalition d’associations environnementales poursuit l’administration Trump après l’abrogation du « constat de mise en danger » de 2009, fondement juridique des régulations fédérales sur les gaz à effet de serre. Elles jugent la décision illégale et annoncent une bataille judiciaire pouvant aller jusqu’à la Cour suprême. (Le Monde)
Quelque 1 400 habitants près de l’usine 3M de Zwijndrecht accusent le groupe de les avoir exposés aux PFAS et réclament 20 000 euros chacun. L’affaire fait suite à la découverte, en 2021, de fortes contaminations des sols, de l’eau et du sang des riverains. (Reporterre)
Une université sud-africaine injecte des isotopes radioactifs inoffensifs dans les cornes de rhinocéros pour les rendre détectables aux frontières. L’objectif est de lutter contre le trafic, alors qu’environ 500 rhinocéros sont braconnés chaque année dans le pays.(L’actualité)
L’industrie avicole norvégienne abandonnera d’ici 2027 les races de poulets à croissance rapide, accusées de graves problèmes de bien-être, au profit de souches plus lentes. Le pays élève environ 70 millions de poulets par an et deviendrait le premier à généraliser ces races dites « à meilleur bien-être ». (The Canary)
Une étude de l’Inserm montre que les arrondissements parisiens les plus végétalisés enregistrent moins de décès lors des fortes chaleurs. L’effet des espaces verts apparaît plus déterminant que le niveau socio-économique, avec un rôle clé de l’âge des habitants et du bâti ancien. (ID, l’Info Durable)
Image de couverture – Adrian Siaril – Unsplash
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.Un cordon sanitaire contre LFI après la mort de Quentin Deranque Après la mort de Quentin Deranque, tué par des militants antifascistes liés à la Jeune Garde, droite, RN et macronistes appellent à un cordon […]
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Après la mort de Quentin Deranque, tué par des militants antifascistes liés à la Jeune Garde, droite, RN et macronistes appellent à un cordon sanitaire contre LFI. Aurore Bergé parle de parti « anti-France » ; le RN veut retourner le front républicain avant les municipales de 2026. (L’Humanité)
À Amiens, Hadrien Godard, ancien salarié d’Ynsect, demande en justice la transmission de documents comptables pour comprendre la faillite de la start-up, qui aurait levé plus de 600 millions d’euros depuis 2011, dont des fonds publics. Avec d’autres ex-employés, il veut vérifier si leur licenciement est lié à une faute de gestion. (L’Humanité)
À Paris, pour les municipales, Sarah Knafo (Reconquête) domine largement l’espace médiatique face au candidat RN Thierry Mariani, grâce à une campagne très financée, axée sur les réseaux et les polémiques, ce qui agace l’état-major lepéniste qui ne fait pas de la capitale une priorité stratégique. (StreetPress)
La Cour suprême a invalidé les hausses décidées via l’IEEPA, jugeant son usage abusif. Les droits moyens passent de 16,9 % à 9,1 %, mais d’autres taxes restent en vigueur ; Trump annonce déjà une nouvelle taxe mondiale de 15 %. (Alternatives Économiques)
Le Sénat a adopté le projet de révision constitutionnelle issu de l’accord Bougival-Élysée-Oudinot, malgré l’opposition d’élus calédoniens indépendantistes et non indépendantistes. Le texte est attendu à l’Assemblée nationale, où son rejet est envisagé.(Mediapart)
Après 40 jours de pluie consécutifs, d’importantes inondations ont touché l’ouest de la France. Une partie des dégâts aurait pu être évitée avec une meilleure anticipation et adaptation aux risques climatiques. (Mediapart)
Une proposition des Écologistes visant à interdire d’ici 2030 les pesticides autour des captages d’eau les plus sensibles a été retirée après l’obstruction du RN et de LR, qui ont déposé plus de 600 amendements. Le texte intervenait alors que 17 millions de Français ont consommé en 2023 une eau non conforme. (La Relève et la Peste)
Un arrêté autorise en 2026 l’abattage de 227 loups (21% de l’effectif estimé), avec des règles assouplies pour les tirs. Les ONG dénoncent un risque de déclin de l’espèce, tandis que les syndicats agricoles jugent la mesure insuffisante face à la hausse des attaques. (Vert)
La commission d’enquête publique a donné un avis favorable au projet Emme, raffinerie de cobalt et nickel classée Seveso seuil haut, malgré 85 % d’avis défavorables. L’usine doit être implantée en zone inondable près de l’estuaire de la Gironde, rendue constructible après son classement en « intérêt national majeur ». (Reporterre)
Les députés ont adopté par 299 voix contre 226 une proposition de loi instaurant une aide à mourir, réservée aux majeurs atteints d’une maladie grave et incurable en phase avancée, capables d’exprimer leur volonté. Un texte sur le développement des soins palliatifs a aussi été voté à l’unanimité ; le Sénat doit examiner la loi en avril. (franceinfo)
Image de couverture – Chris Gallagher – Unsplash
– Mauricette Baelen
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Elena Meilune
Après notre analyse des coulisses qui entourent la mort de Quentin Deranque, nous faisons ici la lumière sur les mécanismes qui rendent possibles ces trajectoires néofascistes. Car son décès ne peut être compris sans interroger le système qui a conduit à cette tragédie. Les engagements néofascistes émergent dans des cadres sociaux, médiatiques et politiques précis, […]
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[Temps de lecture : ~ 12 min]
Toute la vie nous sommes façonné·es par ce qui nous entoure, et encore plus à 23 ans. Les mouvements d’extrême droite le savent : ils exploitent la peur, la colère et le besoin d’appartenance, recrutent méthodiquement et transforment des jeunes en instruments d’une cause qui les dépasse.
Personne ne naît fasciste. On le devient lorsque des environnements sociaux orientent des colères diffuses en hostilité dirigée contre des boucs émissaires plutôt que vers les mécanismes qui produisent les crises sociales. Ce basculement s’inscrit dans un contexte marqué par des décennies de politiques néolibérales, par un paysage politico-médiatique où la hiérarchisation des êtres humains se banalise, et par un espace numérique qui amplifie les affects plus vite que l’analyse.
Depuis les années 1980, les politiques économiques dominantes ont réorganisé la société au bénéfice des détenteurs de capital : dérégulation, privatisations, flexibilisation du travail, affaiblissement des protections collectives. Présentées comme techniques ou inévitables, ces décisions ont en réalité surtout permis une accumulation toujours plus forte des richesses entre les mains d’une minorité.
En France, les 5 % les plus riches détiennent environ un tiers du patrimoine total, tandis que les 10 % les plus aisés en concentrent près de la moitié. Dans le même temps, des territoires entiers ont vu disparaître services publics, soins, transports et commerces, au nom de la rationalisation budgétaire et de la rentabilité.
La jeunesse en paie le prix fort : précarité, chômage, accès au logement entravé… L’horizon se rétrécit. Quand l’État social recule et que les protections s’effritent, la colère — réelle et légitime — cherche un responsable. C’est alors qu’on lui fournit des boucs émissaires pour détourner l’attention des causes structurelles.
Historiquement, du colonialisme à la division racialisée du travail, le développement capitaliste s’est largement appuyé sur des hiérarchies raciales pour justifier l’exploitation et diviser les classes populaires.
Si l’extrême droite progresse, c’est en grande partie parce qu’elle capte cette frustration sociale. Elle substitue à la complexité des crises un récit unifié : celui d’une menace identitaire omniprésente, formulée tour à tour comme « immigration », « islamisation » ou « grand remplacement ». Ces récits ne résistent pas à l’examen des faits, mais leur force politique tient précisément à leur capacité à transformer des crises multifactorielles en récits simplistes.
Ils réduisent des phénomènes complexes et structurels — mondialisation, concentration des richesses, rapports de domination, mutations économiques, crises géopolitiques — en conflits identitaires, en désignant des groupes minoritaires (migrants, musulmans, minorités, militants de gauche) comme responsables de crises dont les causes sont d’abord économiques et politiques.
Et c’est un mécanisme qui fonctionne. Le slogan émotionnel circule plus vite qu’une analyse systémique. Démonter une intox demande du temps et des données ; la produire exige peu d’effort. La loi de Brandolini l’illustre : réfuter un mensonge coûte bien plus d’énergie que le diffuser.
Ce déséquilibre favorise des récits simplificateurs qui offrent une cohérence apparente et un ennemi identifiable, donnant l’illusion d’une maîtrise dans un monde instable.
Ce terreau ne prospérerait pas sans un écosystème médiatique favorable. Depuis une décennie, des figures issues ou proches de l’extrême droite occupent un espace croissant dans l’audiovisuel. Immigration, insécurité, identité nationale structurent l’agenda public.
Comme nous en parlions dans un autre article, la « fenêtre d’Overton » — l’éventail des idées jugées acceptables — se déplace : des positions autrefois marginales deviennent discutables, puis banalisées. Un glissement s’opère lorsqu’on place sur le même plan des propositions fondées sur l’égalité des droits et des discours qui essentialisent ou stigmatisent des populations entières. Au nom du pluralisme, la discrimination est parfois traitée comme une opinion.
Or, en droit français, l’incitation à la haine, à la violence où à la discrimination constituent des infractions. Confondre pluralisme et diffusion de propos illégaux brouille les repères « démocratiques ». La répétition engendre l’habitude ; l’habitude prépare la banalisation. En Belgique francophone, il existe un cordon sanitaire médiatique qui consiste à ne pas offrir la parole en direct à l’extrême droite.
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Les réseaux sociaux : accélérateur idéologique
Toutes ces dynamiques se propagent à grande vitesse sur les plateformes numériques, où les contenus émotionnels et polarisants se diffusent bien plus vite que les analyses nuancées. Les algorithmes privilégient l’engagement — colère, indignation, peur — et favorisent mécaniquement les messages clivants.
Le rôle des réseaux sociaux dans l’amplification des contenus haineux lorsqu’ils génèrent de fortes interactions est central. Dans cet environnement, les discours identitaires ou complotistes bénéficient d’un avantage net : ils simplifient, désignent un ennemi, offrent un récit mobilisateur. L’algorithme amplifie ce qui divise. Le résultat est une polarisation accrue et la formation de bulles où les croyances se renforcent sans contradiction.
L’extrême droite contemporaine a intégré les codes de la culture numérique. Le recrutement s’appuie notamment sur des mèmes viraux, des vidéos courtes et des canaux privés sur Discord ou Telegram, en complément des réunions physiques. Certains forums et serveurs liés aux jeux en ligne peuvent devenir des espaces de socialisation politique diffuse, où circulent des récits simplistes.
Des influenceurs identitaires – comme Papacito, Thaïs d’Escufon ou Alice Cordier – diffusent une vision réactionnaire du monde à travers des contenus adaptés aux 18-25 ans. Et dans certains espaces de la « manosphere », notamment les milieux dits « incels », des frustrations affectives peuvent être réinterprétées à travers des discours misogynes, parfois articulés à des imaginaires nationalistes et racistes. L’isolement devient alors un facteur de vulnérabilité propice à ces dynamiques de radicalisation violentes et organisées.
La vulnérabilité de certains jeunes tient moins à une simple précarité matérielle qu’à une quête de sens et d’identité, particulièrement forte dans les périodes de transition ou de fragilisation personnelle. L’isolement et le manque de reconnaissance rendent attractif le cadre structurant offert par les groupes extrémistes : appartenance, discipline, sentiment d’utilité et cohérence idéologique.
L’adhérence aux idées radicales d’extrême droite apparaît ainsi comme un processus social, nourri par les dynamiques de groupe, la loyauté et l’alignement progressif sur une vision du monde simplifiée.
À cela s’ajoute une dimension viriliste : sports de combat, mise en scène du corps, valorisation de la force et déni de sa vulnérabilité. La violence devient rite d’initiation et preuve d’appartenance. Dans ce cadre, refuser des soins, minimiser une blessure ou vouloir « remettre ça » après une altercation violente relèvent d’une démonstration de toute puissance et d’inconscience. Le corps devient infaillible, support d’adhésion idéologique.
Classe politique : calcul et lâcheté
La progression de l’extrême droite ne relève pas seulement de dynamiques de rue ou de bulles numériques. Elle s’inscrit aussi dans des choix politiques opérés au sommet de l’État comme dans les exécutifs locaux.
Depuis plus d’une décennie, le Rassemblement national poursuit une stratégie de normalisation : discours lissé, références les plus explicites gommées, mise en scène d’une respectabilité institutionnelle. Cette stratégie a été facilitée par l’évolution du reste du champ politique. Des alliances ou soutiens indirects prennent place entre élus Les Républicains et RN, tandis que des thèmes auparavant marginaux portés par l’extrême droite ont progressivement envahi le débat parlementaire et gouvernemental. En parallèle, on assiste à la diabolisation graduelle et calculée du principal parti d’opposition. Dominique de Villepin, figure pourtant de la droite républicaine, écrivait ainsi le 19 février :
« À FORCE DE CONCENTRER LES COUPS SUR LFI (…) ON CRÉE UN CORRIDOR DE RESPECTABILITÉ POUR LE RN. ON LUI OFFRE CE DONT IL A TOUJOURS RÊVÉ : L’APPARENCE DE LA NORMALITÉ, LE PRIVILÈGE D’ÊTRE LA RÉPONSE AU DÉSORDRE QU’IL PROSPÈRE À ENTRETENIR. »
Lois sécuritaires, durcissement des politiques migratoires, centralité des enjeux identitaires : le centre de gravité politique s’est déplacé. On note une porosité croissante entre électorats LR et RN. Et ce n’est pas surprenant. Plus des thèmes d’extrême droite sont repris par des partis de gouvernement, plus ils apparaissent légitimes. La frontière autrefois nette devient zone grise grâce à une dédiabolisation qui repose sur des calculs stratégiques et une banalisation progressive.
La violence institutionnelle – mère de toutes les autres, selon Helder Câmara – produit une justice complaisante envers les violences néofascistes, qui ciblent souvent des personnes, organisant notamment des guet-apens. Contrairement aux actes matériels antifascistes sévèrement punis, les agressions d’extrême droite bénéficient souvent d’une impunité structurelle.
La situation française s’inscrit dans une dynamique internationale. En Italie, Giorgia Meloni incarne l’arrivée au pouvoir d’une droite issue d’une tradition post-fasciste. En Allemagne, l’Alternative für Deutschland progresse de manière inquiétante.
Aux États-Unis, l’administration Trump a servi de vecteur à une répression migratoire extrêmement dure incarnée par l’ICE, dont l’expansion des détentions, les milliers de déportations et des décès en centres de rétention ont illustré jusqu’où un État peut instrumentaliser la violence bureaucratique pour stigmatiser et exclure des populations entières, au point que des personnes qui ne sont même pas concernées par ces politiques migratoires en paient le prix de leur vie.
Malgré des contextes différents, un schéma commun se dessine : désignation de minorités comme menace existentielle, amplification médiatique au nom de l’audience, puis banalisation progressive d’idées autrefois marginales. À cela s’ajoute une stratégie d’érosion institutionnelle graduelle : remise en cause de contre-pouvoirs, instrumentalisation du droit, durcissement sécuritaire présenté comme réponse à un chaos qu’on contribue soi-même à alimenter.
Le vote d’extrême droite est souvent réduit à un simple réflexe protestataire des classes populaires frappées par la précarité. Cette lecture est partielle. En réalité, l’électorat est socialement composite : aux côtés des employés et ouvriers figurent les indépendants, les catégories intermédiaires et les retraités. Il ne s’agit pas d’un vote exclusivement « des perdants », mais d’une coalition hétérogène structurée par des logiques identitaires autant que sociales.
Par ailleurs, l’examen des votes parlementaires met en évidence un décalage entre discours et actions : les positions adoptées convergent rarement avec la défense des catégories les plus précaires, malgré un récit centré sur le pouvoir d’achat et la protection. Loin d’être un vote protestataire, le vote RN est ainsi avant tout un vote raciste.
L’antifascisme aujourd’hui
L’antifascisme désigne historiquement une posture de défense des principes démocratiques face à des mouvements qui les contestent. Les groupes antifascistes ne sont pas apparus par goût de l’affrontement. Ils se sont constitués face à des violences réelles pour protéger minorités, militants et syndicats. Les réduire à une posture agressive tout en minimisant les violences d’extrême droite revient à inverser causes et conséquences.
Être antifasciste relève d’un principe politique élémentaire : défendre l’égalité des droits et refuser la hiérarchisation des êtres humains selon leur origine, leur religion, leur genre ou leur orientation sexuelle. Dans cette perspective, l’antifascisme ne vise pas à interdire le débat, mais à tracer une limite claire là où commencent les appels à la haine et la légitimation de la violence politique.
L’histoire rappelle une évidence : la Résistance française s’est constituée face à un régime fasciste ; aux États-Unis, des mouvements antifascistes et antiracistes ont affronté le Ku Klux Klan et la ségrégation. Ces luttes répondaient à des violences concrètes.
L’antifascisme s’inscrit dans une tradition de défense des libertés. Qualifier les antifascistes de « nouveaux fascistes » relève d’une inversion des rôles qui en dit long sur brouillage actuel des repères. Selon Naomi Shulman :
« Les gens gentils ont fait les meilleurs nazis. Ma mère a grandi à leurs côtés. Ils s’entendaient bien, refusaient de faire des vagues, détournaient le regard quand les choses tournaient mal et se concentraient sur des choses plus heureuses que la « politique ». Des gens adorables qui tournaient la tête lorsque leurs voisins étaient emmenés. Vous savez qui n’étaient pas des gens gentils ? Les résistants. »
Si la normalisation est progressive, la réponse ne peut être seulement émotionnelle : elle doit être organisée. Le paysage médiatique joue un rôle central dans la banalisation. Soutenir des médias indépendants, capables d’enquêter sans dépendre de logiques d’audience ou d’intérêts propriétaires, constitue un acte concret. À l’inverse, refuser les mises en scène médiatiques qui placent sur le même plan l’égalité des droits et des discours discriminatoires.
La lutte contre les idéologies de haine ne se joue pas uniquement sur les plateaux. Elle passe par l’éducation populaire, la compréhension des mécanismes de désinformation et la formation à l’esprit critique. Des guides pédagogiques, comme celui d’Amnesty International destiné notamment aux adolescent·es, offrent des outils concrets pour comprendre et contrer les discours toxiques en ligne. Le contre-discours en ligne est décisif : signaler les contenus haineux, produire des analyses accessibles, occuper l’espace numérique laissé aux récits simplificateurs.
Aussi, soutenir les associations qui défendent les victimes de racisme, de violences sexistes ou de discriminations transforme l’indignation en action.
Enfin, préserver la mémoire. Elle empêche la réécriture des faits et l’inversion des responsabilités. Résister ne signifie pas vivre dans l’affrontement permanent ; cela signifie refuser que l’habituation à l’inacceptable devienne la norme. Car ce que Hannah Arendt appelait la « banalité du mal » commence lorsque l’inacceptable cesse d’être interrogé et s’installe dans l’ordinaire.
– Elena Meilune
Photo de couverture : défilé néonazi du 9 mai 2025 – capture d’écran vidéo CLPRESS
The post La fabrique du néofascisme first appeared on Mr Mondialisation.26.02.2026 à 05:00
Simon Verdiere
Après une remise à plat de la période Chavez dans le premier volet de cette enquête, puis un premier mandat pour le moins troublé, décrit dans le deuxième volet, Nicolàs Maduro voit son pays plongé dans le chaos aussi bien économique que social, à l’aube de nouvelles présidentielles. De plus en plus bousculé par les États-Unis […]
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De plus en plus bousculé par les États-Unis et ses mesures coercitives, ainsi que par une opposition putschiste, la nation a été forcée de se réinventer dans son rapport à l’autonomie et dans son approche démocratique. Récit d’une période de bouleversements intenses.
Après cinq ans de chaos, Nicolàs Maduro se représente à nouveau aux présidentielles en 2018 dans un contexte économique absolument désastreux mêlant récession et inflation incontrôlable. Effondrement du cours du pétrole, mesures étasuniennes et climat insurrectionnel rendent la situation pratiquement ingérable.
Beaucoup se disent alors que l’opposition a toutes ses chances de remporter la mise tant la crise est profonde. Pour autant, les observateurs les plus avisés avaient noté qu’en 2017, quelques mois avant le vote, le peuple avait déjà redonné toute sa confiance aux Chavistes.
Les urnes avaient, en effet, désigné 18 gouverneurs sur 23 aux élections locales avec un taux de participation passé de 54 % en 2012 à 61 % cette fois-ci. Sans doute due à « l’incohérence des dirigeants de droite », analyse Maurice Lemoine. Mêmes résultats aux municipales de 2017, où le PSUV remporte « 305 des 355 » scrutins.

Le MUD (Mesa de la Unidad Democrática), principale alliance d’opposition qui regroupe des mouvements allant du centre à l’extrême droite et moteur essentiel de l’insurrection permanente, a bien conscience qu’une deuxième déconvenue aux présidentielles pourrait être très préjudiciable. Interdite de participer à l’élection en tant que coalition après avoir violé les règles institutionnelles, elle voit alors trois de ses composantes majeures appeler au boycott du scrutin.
Évidemment, en occident, tous les médias affirment que Nicolas Maduro n’a plus aucun concurrent. De quoi susciter des regrets pour Maurice Lemoine, qui note que, quand ils s’attardent sur les adversaires du chavisme au Venezuela, la presse occidentale « ne s’intéressent qu’à l’extrême droite ». Il observe même que tous les autres ne sont presque « pas légitime à leurs yeux », souvent décrit comme des soutiens voilés de Maduro, ce qui est « absolument faux ».
« il n’y a pas une opposition au Venezuela, il y en a plusieurs, de la droite modérée à la droite radicale »
Cette droite extrême appelle en outre à un « bombardement du pays et aux sanctions économiques contre son propre peuple. » Ce courant-là « pose un vrai problème » et « n’est pas dans un rapport démocratique normal », déplore l’ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique. Pourtant, « il n’y a pas une opposition au Venezuela, il y en a plusieurs, de la droite modérée à la droite radicale ».
De fait, certains partis d’opposition se sont bien présentés au scrutin. Mais l’appel au boycott de nombreux politiciens de droite et d’extrême droite entraîne une large chute de la participation qui passe de près de 80 % en 2013 à seulement 45 %. De nouvelles billes pour les médias internationaux pour dépeindre le Venezuela comme un régime autoritaire.
Et dans ce contexte où la récession économique est permanente, en raison d’un effondrement des cours du pétrole et des mesures étasuniennes, Nicolas Maduro l’emporte pourtant avec 68 % des voix, loin devant son principal adversaire de centre droit, Henri Falcon. Malgré les cris de protestation de Washington et de l’opposition la plus radicalisée, le même Henri Falcon déclare bien à l’époque que « la victoire du chef de l’État le 20 mai 2018 constitue un fait politique et, en conséquence, Maduro est un président légitime ».

La pilule ne passe décidément pas au sein des extrêmes droites vénézuélienne et étasunienne (incarnée par Donald Trump). Avant et après l’élection, Nicolas Maduro déjoue plusieurs tentatives de coups d’État et d’assassinats (dont une attaque au drone). Trump garantit alors que « toutes les options sont sur la table, y compris les plus fortes. Et vous savez ce que j’entends par fortes », prémisses de l’enlèvement qui aura finalement lieu huit ans plus tard.
Dans ce contexte, les violences se multiplient entre une opposition aux méthodes guerrières et une police submergée, sous tension. Et dans cette période, de terribles accusations de répression vont s’abattre sur le gouvernement Maduro au sein des médias occidentaux. Certaines ONG évoqueront même des crimes contre l’humanité. Pour autant, Mr Mondialisation démontrera dans le quatrième volet de cette enquête que la situation était beaucoup plus complexe et nuancée que rapportée par la presse.
Toujours est-il, que face à cette situation, la scène internationale, et notamment les États-Unis, s’est trouvé une égérie. Élevé en véritable icône de « la résistance contre l’oppression » en occident, le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, fait les gros titres. Début 2019, il s’autoproclame président du Venezuela en lieu et place de Nicolas Maduro, sur aucune base légale.

Sans grande surprise, les États-Unis et une bonne partie de leurs vassaux — dont la France — reconnaissent pourtant cette mascarade qui durera des années. Juan Guaido sera même reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron en 2020. La « communauté internationale » (en réalité seulement 34 pays sur 197) réclame alors de nouvelles élections. À mesure des années, on comprend très vite que les scrutins vénézuéliens n’auront de valeur pour l’occident que lorsque les chavistes les auront perdues.
Pour autant, comme l’explique Maurice Lemoine, Juan Guaido reste « impuissant en interne, privé de tout pouvoir effectif, en l’absence de soutien de l’armée et des corps constitués ». Il ajoute : « dans les faits, il a été “nommé” par la Maison-Blanche pour servir de pivot dans la poursuite de la déstabilisation du Venezuela ». Pour asseoir cette communication, les USA annoncent même livrer une « aide humanitaire » au peuple vénézuélien alors qu’ils étaient eux-mêmes responsables d’un blocus économique contre le pays.
Reste que dans ce contexte effroyable, entre violences et étouffement commercial, la qualité de vie au Venezuela s’est inévitablement effondrée. Et près de cinq millions de citoyens ont fini par quitter le pays pendant cette période. « 99 % de ces migrants sont partis pour des raisons économiques, et non pas politiques », assure Romain Migus, journaliste et fondateur du site les 2 rives.
« il ne s’agit pas d’un qualificatif adéquat »
Pourtant, il n’est pas rare de voir des témoignages d’immigrés vénézuéliens sur les réseaux sociaux dénoncer « une dictature » ou un « régime autoritaire ». Pour Romain Migus, qui a longtemps vécu sur place et qui s’y rend encore régulièrement, « il ne s’agit pas d’un qualificatif adéquat ».
Il concède cependant que le pouvoir a pu « se raidir », après avoir été confronté pendant des années à « une insurrection permanente, y compris armée ». Pour lui, « après avoir appelé au dialogue très longtemps, le gouvernement a arrêté d’accepter des choses qui pouvaient l’être dans le passé ». Et pourtant, on parle ici, selon lui de « graves insubordinations qui seraient punies dans n’importe quel autre pays. »
Maurice Lemoine confirme qu’il y a « des critiques légitimes à faire sur le Venezuela. Et les opposants de droite sont en droit de critiquer Maduro ». Selon lui, il convient cependant de « donner une image un peu plus nuancée que la propagande ahurissante que l’on a sur les chaînes prétendument d’informations ».
Pour Romain Migus, il n’y a même aucun doute « le Venezuela n’est pas une dictature ». Il ajoute « si vous ne faites pas partie de cette insurrection armée, il n’y a aucun problème pour participer au jeu démocratique ». Il rappelle par ailleurs que « le Venezuela a des médias d’opposition, un grand secteur du patronat d’opposition, des députés, des gouverneurs, et des maires d’opposition. »
Il certifie également qu’il n’y a « pas de prisonniers politiques au Venezuela », même si certains individus impliqués en politique sont aujourd’hui détenus. « Mais tous ont commis des délits », explique-t-il. Ce fut par exemple le cas de Leopoldo Lopez, l’un des leaders de l’opposition, qui avait déjà participé au coup d’État de 2002, et qui fut incarcéré pour avoir déclenché les « guarimbas » de 2014, à l’origine de plusieurs morts.
Et si les organisations internationales se sont émues du sort de celui qui a finalement été libéré (avant de s’exiler à Miami), moins se sont en revanche recueillies sur le destin funeste du juge assassiné qui l’avait fait condamner.
Pour un pays décrit comme une dictature par beaucoup, le Venezuela pourrait réserver bien des surprises, puisqu’il dispose d’une démocratie participative majeure. C’est notamment le cas dans les conseils communaux, avec des communes autogérées qui concernent 14 millions de Vénézuéliens.
Avant de mourir, Hugo Chávez insistait, énormément sur l’importance des communes. « Maduro va mettre en œuvre ce modèle de développement », explique Maurice Lemoine, auteur d’un reportage sur le sujet. « C’est le fondement de la philosophie chaviste, où, à l’échelle locale, on ne délègue pas sa souveraineté à un représentant qui peut trahir. »
« Il y a au Venezuela 49 000 communes et conseils communaux, c’est-à-dire des autogouvernements populaires dans les quartiers, dans les campagnes avec un système horizontal », poursuit-il. « Une fois que la population a décidé quatre fois par an, le projet prioritaire pour le quartier, ou pour la ville, le gouvernement le finance. »
Maurice Lemoine ironise : « c’est le référendum d’initiative populaire que l’on n’est pas fichu de faire en France ! » Dans la même veine, le référendum révocatoire qui permet au peuple de renvoyer n’importe quel élu à mi-mandat, mis en place dès 2000, a aussi été un dispositif vanté par de nombreux observateurs mondiaux. Le journaliste note toutefois que le contexte du pays représente « un boulet » pour tout processus démocratique tant il a une influence sur l’opinion.
En 2020, ainsi que le reste de la planète, le Venezuela est frappé par l’épidémie de Covid-19, mais il parvient à plutôt bien gérer cette crise avec « seulement » 5820 morts, surtout en comparaison d’autres états sud-américains qui se retrouvent décimés, comme le Brésil, deuxième pays le plus touché au monde.
C’est dans cette période qu’ont lieu de nouvelles élections législatives, à nouveau boycottées par une partie de l’opposition, dont les suiveurs de Juan Guaido, qui le considèrent toujours comme président légitime alors que celui-ci n’a pourtant aucun pouvoir réel. La pandémie et cet appel entraînent près de 70 % d’abstention, ce qui permet aux Chavistes de reprendre très largement le contrôle de l’Assemblée. Il faut aussi ajouter qu’en 2021, le socialisme vénézuélien remporte encore les régionales et les municipales, bien que ses adversaires avaient cette fois-ci accepté de participer.
Pourtant, dans une situation ubuesque, les députés d’opposition sortant de la précédente Assemblée continuent à siéger en parallèle, toujours sans pouvoir effectif et réélisant Juan Guaido président par intérim, avant de finir par le renverser en 2023. Face à cet échec cuisant, et ayant perdu la confiance des siens, celui-ci s’exilera d’ailleurs aux États-Unis quelques mois plus tard.
Toujours étouffé par les mesures américaines, le Venezuela va néanmoins profiter de cette période pour se réinventer. À la fin de cette crise, la nation commence à « se reconstruire progressivement, et notamment son agriculture. Depuis près d’un siècle, le pays ne produisait plus sa propre nourriture ; désormais, il produit 90 % de ce que les gens mangent », assure Romain Migus.
« le Venezuela a recommencé à se bâtir sur les fondations de son agriculture abandonnée il y a plus de cent ans ».
Et même si « l’économie dépend encore beaucoup du pétrole », le reporter souligne qu’il y a cependant un « cercle vertueux qui s’est créé ». Il ajoute : « le Venezuela a recommencé à se bâtir sur les fondations de son agriculture abandonnée il y a plus de cent ans ». À l’aube de ce renouveau, se profilent alors de nouvelles élections présidentielles en 2024, où Nicolas Maduro sera candidat pour la troisième fois.
→ Enquête à suivre dans le troisième volet, à partir du jeudi 5 mars 2026.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Donald Trump, Nicolas Maduro et Juan Guaido – Montage Mr Mondialisation
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Mr Mondialisation
Déposée par Caroline Yadan, députée Renaissance et secrétaire du groupe d’amitié France–Israël, la proposition de loi visant à lutter contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme », suscite une vive controverse. Si son objectif affiché — et légitime — de lutte contre la haine antisémite ne fait guère débat, plusieurs juristes et organisations juives alertent […]
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Le texte pourrait-il restreindre la critique politique, notamment lorsqu’elle vise l’État d’Israël ? Le débat, désormais porté à l’Assemblée nationale, pose une question simple : où se situe la frontière entre lutte contre l’antisémitisme et pénalisation de certaines formes d’antisionisme ?
La proposition de loi entend renforcer la répression de certaines expressions considérées antisémites. Elle s’appuie notamment sur la définition de l’IHRA. Il s’agit d’une alliance intergouvernementale dédiée à la mémoire et à l’éducation sur la Shoah. Or, certains spécialistes s’inquiètent des dérives potentielles auxquelles pourrait conduire le texte.
Un collectif d’universitaires et de juristes a publié une tribune dans Le Monde dénonçant le texte de loi : selon eux, il confond volontairement antisionisme et antisémitisme. Ce qui risque de censurer les discours critiques envers l’État d’Israël et d’introduire un flou juridique dangereux pour la liberté de débat.
Parallèlement, Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la Ligue des Droits de l’homme, dénonce une potentielle censure pure et simple de la critique de l’État d’Israël. Et le collectif juif décolonial Tsedek ! et l’Union juive française pour la paix (UJFP) demandent, dans un communiqué, le rejete de ce texte.
La liberté d’expression bénéficie d’une forte protection en droit européen. La Cour européenne des droits de l’homme indique, selon, l’arrêt Handyside c. Royaume-Uni, 1976, que :
« La liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent. »
Autrement dit, la critique politique — même virulente — est protégée tant qu’elle ne constitue pas une incitation à la haine ou à la violence. C’est ici que se situe la ligne de fracture : Si la loi introduit une confusion entre critique d’un État et haine d’un peuple, elle pourrait créer un effet dissuasif majeur sur le débat public.
Dans un communiqué critique, le Syndicat des Avocats de France estime que la proposition de loi brouille la frontière de la légalité et porte atteinte à la liberté d’expression.

La proposition de loi s’inscrit également dans un contexte plus large : l’adoption récente au Sénat d’un texte relatif à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur, appelé à être examiné à l’Assemblée nationale. Cette initiative prévoit notamment la mise en place de formations obligatoires sur l’antisémitisme tout au long du parcours universitaire, un renforcement des dispositifs de signalement et un durcissement des procédures disciplinaires.
La question soulevée dépasse ainsi la seule liberté d’expression au sens classique pour toucher à la liberté académique. Les universités bénéficient en droit français et européen d’une protection particulière garantissant la libre discussion scientifique et politique. Un cadre juridique jugé imprécis pourrait entraîner une forme d’autocensure : conférences, séminaires ou travaux portant sur le sionisme, le colonialisme ou la politique israélienne pourraient être évités par crainte de poursuites ou de sanctions disciplinaires.
Le contexte est central. Amnesty International et Human Rights Watch ont documenté et qualifié certaines actions israéliennes à Gaza de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Ces ONG dénoncent un déchaînement de violence commis en toute impunité en réponse aux attaques du 7 octobre 2023.
Une procédure pour génocide est d’ailleurs actuellement examinée par la Cour internationale de Justice. Elle a déjà ordonné des mesures provisoires, sans toutefois statuer sur le fond.
Dans ce cadre, rendre juridiquement risquée la critique d’un État accusé de violations graves du droit international soulèverait une question démocratique fondamentale : Peut-on pénaliser le débat sur des accusations examinées par des juridictions internationales ? La lutte contre l’antisémitisme peut-elle justifier une restriction du pluralisme politique ?

La proposition de loi portée par Caroline Yadan s’inscrit dans la volonté de répondre à une recrudescence bien réelle des actes antisémites. Toutefois, une démocratie se doit de protéger ses citoyennes et citoyens contre la haine sans pour autant restreindre la liberté de débattre de politiques étatiques qui font l’objet d’accusations internationales relatives à des pratiques assimilées à des crimes de guerre, à des crimes contre l’humanité ou à des situations d’apartheid. Cela pourrait, de facto, contribuer à réduire au silence la dénonciation de ces faits allégués et, partant, entraver les efforts visant à les faire cesser.
Enfin, dans leur communiqué, Tsedek ! et l’UJFP critiquent la centralité accordée à la définition opérationnelle de l’antisémitisme adoptée par l’IHRA. Pour ces organisations, l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme pourrait entretenir une confusion dangereuse : en identifiant le sionisme — projet politique — à la judéité — identité religieuse ou culturelle plurielle — elle risquerait de renforcer l’assignation des Juifs à l’État d’Israël, contribuant ainsi à une forme d’essentialisation que la lutte contre l’antisémitisme devrait précisément déconstruire.
En arrière-plan du débat se trouve donc une question plus large : celle de la redéfinition contemporaine de l’antisémitisme. Certains chercheurs évoquent l’émergence d’un « nouvel antisémitisme » qui se manifesterait notamment à travers certaines formes d’hostilité à l’État d’Israël. D’autres contestent cette grille d’analyse, estimant qu’elle tend à déplacer l’attention des formes historiquement structurantes de l’antisémitisme — issues notamment de l’extrême-droite et des nationalismes — vers les mouvements anticolonialistes ou pro-palestiniens. Ce désaccord intellectuel nourrit aujourd’hui une controverse juridique et politique majeure.
Par ailleurs, la polémique entourant le texte s’est inscrite dans un climat de tensions accrues autour des prises de position relatives au conflit israélo-palestinien. En 2024, Caroline Yadan avait notamment mis en cause publiquement Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens, l’accusant de complaisance envers le terrorisme — des accusations contestées par l’intéressée et par plusieurs observateurs, qui dénonçaient une présentation déformée de ses propos.
Cet épisode illustre la forte polarisation du débat public sur la qualification juridique des actions israéliennes à Gaza et sur la légitimité des critiques formulées à l’encontre du gouvernement israélien. Il met également en lumière la sensibilité extrême du sujet, où les accusations d’antisémitisme, d’apologie du terrorisme ou de désinformation circulent dans un climat de défiance généralisée.
– Florian Doare
Photo de couverture : Caroline Yadan. Wikimedia.
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Elena Meilune
Après un reportage sur la résistance bretonne qui fait masse face au fascisme, retour à l’origine de l’onde de choc. Le 12 février 2026, à Lyon, un affrontement entre militants d’extrême droite et antifascistes conduit à la mort de Quentin Deranque. Très vite, un récit s’impose : celui d’un « jeune catholique » qui serait […]
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Les images brutes d’un jeune homme roué de coups, au sol, ont légitimement suscité l’indignation. Rien ne peut justifier qu’une personne déjà neutralisée soit frappée collectivement. Toute violence de cette nature doit être condamnée sans ambiguïté. Mais réduire cet événement à un « lynchage politique » occulte des éléments essentiels.
Ce qui s’est joué à Lyon dépasse largement une « rixe » tragique. C’est la mise au jour d’un dispositif : préparation d’embuscades par des militants néofascistes, coordination entre groupuscules, stratégie de communication, puis, dans un second temps, processus rapide de légitimation politique et médiatique. Comment en sommes nous arrivés là ?
Les éléments révélés par le journal L’Humanité changent radicalement la lecture des événements. Des échanges internes entre le collectif Némésis et des militants néonazis lyonnais, évoquant la préparation d’un guet-apens contre des antifascistes à l’automne 2025, ont été récemment publiés. On y voit une stratégie précise : attirer des opposants, mobiliser une équipe d’hommes pour leur tendre un piège, filmer l’action et éviter toute mise en cause de Némésis [une pétition est en ligne pour réclamer sa dissolution]. Si l’une de leurs actions a échoué, le mode opératoire est posé noir sur blanc.
« On peut être deux, trois filles à tracter, là où vous voulez les choper. »
Les fémonationalistes de Némésis, groupe dirigé par Alice Cordier, échangent notamment avec Calixte Guy, fils d’une ex-candidate du RN et dirigeant du groupuscule néofasciste Audace Lyon (dont Quentin Deranque était un sympathisant).

« Nous on monte une équipe sur place pour choper les gauches […] Il ne vous arrivera rien en tant que meufs »
Ces propos peuvent être reliées à des violences concrètes : le 16 février 2025 à Paris, lors d’une action des Hussards, Calixte Guy participe à un passage à tabac collectif (20 contre 1) visant un militant CGT (coups de casque, de pieds dans la tête et tessons de verre.).
Suite à cette attaque, les perquisitions mettent en lumière tout un arsenal : couteaux, hachettes, matraque télescopique, lacrymogènes, réplique d’arme… Il est aussi question de relations financières entre groupes, de propos antisémites explicites et d’une revendication idéologique néonazie assumée.

Les données retrouvées dans le téléphone de Calixte Guy incluent une conversation intitulée « Dossier gauche » qui recense des militants de la Jeune Garde avec des informations sur leurs domiciles et leurs véhicules. Calixte Guy y revendique des actions contre eux, tandis que la communication du groupe promet ouvertement des représailles physiques contre les antifascistes :
« Antifa, te casse pas la tête, Audace s’en chargera. »
Les faits du 12 février 2026 s’inscrivent dans ce contexte. Bien loin du récit victimaire largement repris par les médias à la solde de milliardaires d’extrême droite, une première enquête du média Contre Attaque montre notamment des images d’un groupe d’individus vêtus de noir et masqués charger un autre groupe.
Les témoignages relayés par Contre Attaque et Mediapart concordent. Il en ressort que des hommes armés et cagoulés auraient tendu une embuscade à des militants de gauche se rendant à la conférence de Rima Hassan à Sciences Po. Une torche ou un fumigène aurait été lancé en leur direction, touchant le visage de l’un des antifascistes.
« Un groupe d’énervés d’extrême droite qui semble attendre les autres à la sortie du pont ferroviaire »
Des images révélées ensuite par Le Canard Enchaîné montrent effectivement un groupe d’hommes cagoulés, équipés de torche, béquille métallique, gazeuse et casques de moto, en train d’attaquer autre groupe, en sous nombre et désarmé. La vidéo montre des coups portés avec une béquille et l’usage de gaz lacrymogène. En fin de compte, vidéos et témoignages d’habitants locaux et de militants de gauche concordent tandis que ceux des militants d’extrême droite se contredisent.
Une fois l’offensive perdue, les militants néofascistes s’enfuient, abandonnant leurs camarades. C’est à ce moment-là que le déchaînement – encore une fois, injustifiable – sur Quentin Deranque a lieu. Un voisin témoigne toutefois avoir vu ce dernier se relever et refuser d’aller à l’hôpital avant d’être pris en charge plus tard en raison de son état critique.
Alors que les premiers jours médiatiques ont livré un récit présentant Quentin Deranque comme un martyr, « mort pour ses idées », un narratif repris par de nombreux responsables politiques, la réalité est tout autre : Selon Luminis, groupe néofasciste en cause, les derniers mots de Quentin Deranque auraient été : « On remet ça, les gars. ».

Le 17 février 2026, l’Assemblée nationale observe une minute de silence en hommage à Quentin Deranque. Or, à cette date, les premières révélations sur le contexte des faits circulent déjà. Il y avait déjà de nombreux éléments montrant que Quentin Deranque était un militant néofasciste, qui a probablement participé à une embuscade organisée, une présence de groupes néonazis armés, une coordination préalable.
Quentin Deranque était un militant de l’Action Française, groupe nationaliste, royaliste et antisémite violent, héritier des ligues fascistes des années 1930. Il était aussi proche d’Audace Lyon, émanation du Bastion social, dissous pour violences et appels à la haine. Malgré cela, l’Assemblée choisit d’inscrire ce nom dans son rituel le plus symbolique.
Dans le même temps, une marche d’extrême droite est organisée à Lyon en hommage à Quentin Deranque. La manifestation est autorisée. Sur place, des saluts nazis, des slogans racistes et des symboles explicitement néonazis sont observés.
En quelques jours, un militant issu d’une mouvance néofasciste bénéficie ainsi d’un double processus de légitimation : un hommage parlementaire et une démonstration de rue encadrée par les autorités, organisée par des réseaux déjà identifiés pour violences.
Une minute de silence dans l’hémicycle n’est pas un hommage privé, elle constitue un acte institutionnel qui suspend le débat. Elle rassemble les représentants de la nation dans un recueillement commun et inscrit un nom dans la mémoire officielle. De même, autoriser et encadrer une marche d’hommage participe d’une reconnaissance implicite de l’État.
Une démocratie choisit ses symboles. Alors la question s’impose : pourquoi cette reconnaissance officielle pour Quentin Deranque et pas pour les victimes des violences massives d’extrême droite ? Une extrême droite qui, comme nous le montrions dans « Patriotisme » : la droite fidèle à ses propres valeurs ?, piétine les principes même de son pays : Liberté, Égalité, Fraternité.
Sur BFMTV, le 17 février 2026, Marion Maréchal a affirmé que « la violence d’extrême droite est dérisoire par rapport à celle d’extrême gauche » et qu’elle « n’existe pas statistiquement ».
Pourtant, selon les données d’ACLED, organisme indépendant et impartial qui recense les violences politiques en Europe, environ 85 % des violences commises par des groupes radicaux ces dernières années sont attribuées à l’extrême droite.
D’après l’historien Nicolas Lebourg, spécialiste de l’extrême droite, depuis 1986, en France, on dénombre 59 morts attribués à l’ultra-droite, contre 6 à l’ultragauche. Selon le média Contre Attaque, rien que depuis 2022, 11 morts et 19 blessures graves par balles ou armes blanches ont eu lieu lors « d’agressions racistes ou fascistes ».
Si l’on prend le cas de Lyon, l’impunité des violences de l’extrême droite y est légion. Selon le recensement effectué par le média indépendant Rue89Lyon, depuis le début des années 2000, sur 102 actions violentes recensées « 70% restent impunies, sans réponse pénale ou policière ».
Si une minute de silence a été observée à l’Assemblée en hommage à un militant néofasciste, de nombreuses victimes de son idéologie n’ont pas eu cet honneur. Des exemples de meurtres liés à l’extrême droite depuis les années 2000 (liste non exhaustive) :
– 2001 : Mohamed Madsini, père de famille de 46 ans tué d’une balle dans la nuque par un néonazi
– 2002 : François Chenu, battu à mort parce qu’il était homosexuel
– 2010 : Saïd Bourarach, poursuivi puis noyé par des membres de la LDJ mouvement néosioniste d’extrême droite
– 2013 : Clément Méric, militant antifasciste, frappé à mort par des skinheads
– 2022 : Federico Martín Aramburú, assassiné par un ancien militant du GUD
– 2022 : Emine Kara, Mîr Perwer, Abdurrahman Kızıl, assassinés dans la tuerie raciste rue d’Enghien
– 2022 : Mahamadou Cissé, 21 ans, abattu à bout portant par son voisin raciste
– 2024 : Rochdi Lakhsassi, abattu de deux balles dans le dos alors qu’il faisait du démarchage
– 2024 : Djamel Bendjaballah, père de famille assassiné par un membre de la « Brigade Française Patriote », une milice d’extrême droite survivaliste
– 2024 : Angela Rostas, 40 ans, tuée chez elle le 22 février 2024 alors qu’elle attendait un enfant, dans une attaque visant sa communauté rom.
– 2025 : Aboubakar Cissé, 22 ans, a été poignardé dans une mosquée à La Grand‑Combe, alors qu’il préparait la salle pour la prière.
– 2025 : Hichem Miraoui, assassiné par son voisin raciste radicalisé
– 2026 : Ismaël Aali, 20 ans retrouvé mort dans un étang. Le mobile raciste est au cœur de l’enquête.
Qu’en est-il de toutes les autres victimes ? Pourquoi une minute de silence n’a pas été observée pour chacune des plus de cent femmes tuées chaque année par leur compagnon ou ex-compagnon, mortes sous le poids de la domination masculine que l’extrême droite glorifie ? Chaque personne assassinée par la haine raciale, homophobe, transphobe, validiste ? Les sans-abri morts de froid dans les rues d’un pays qui se targue d’être une des plus grandes puissances mondiales ? Les dizaines de milliers d’enfants morts sous les bombes à Gaza, victimes d’un État génocidaire et d’un Occident complice ? Toutes les victimes de l’impérialisme meurtrier, pour qui les vies ne sont que des pions sur l’échiquier des puissants ? Les personnes migrantes noyées dans la mer et dans l’indifférence collective ? Les travailleurs morts à la tâche, sacrifiés sur l’autel du profit, d’un système dont l’extrême droite est la plus fervente défenseure ? Les minorités LGBT traquées, ces cibles éternelles d’une haine que l’on cultive et que l’on excuse ?
Le 10 février 2026, soit deux jours avant la mort de Quentin Deranque, le ministère de l’Intérieur classe La France Insoumise dans le bloc « extrême gauche ». Or, qu’est-ce que l’extrême gauche au sens historique et politologique ? Traditionnellement, on désigne par « extrême gauche » les courants refusant la démocratie parlementaire comme cadre stratégique : organisations prônant la rupture insurrectionnelle, groupes autonomes anti-institutionnels, formations refusant la participation aux institutions républicaines comme horizon central. LFI en est de facto très éloignée.
Après la mort de Quentin Deranque, ce reclassement a nourri un cadrage médiatique insistant sur la « responsabilité » de La France Insoumise. Dans le même temps, Les Républicains ont appelé à un « cordon sanitaire » autour de LFI.
Le cordon sanitaire politique vise à refuser toute alliance avec un parti à tous les niveaux de pouvoir, et le cordon sanitaire médiatique consiste quant à lui, à ne pas laisser la parole en direct à ce parti. Une pratique auparavant réservée à l’extrême droite au vu de l’idéologie nazie dont elle a fait le lit.
Transposer ce mécanisme à un parti parlementaire de gauche engagé dans le jeu institutionnel installerait une équivalence entre des forces dont la nature, l’histoire et les objectifs ne sont absolument pas comparables. Cette inversion du réel, nous l’avions d’ailleurs explorée dans ce précédent article Confusionnisme : non, le fascisme n’est pas de gauche.
Ce glissement installe en effet une symétrie entre l’extrême droite et l’extrême gauche, un glissement également exploré dans l’article L’extrême gauche et l’extrême droite ne sont pas comparables.
Or, les données sur la violence politique montrent qu’aucune équivalence n’est possible. Assimiler systématiquement LFI à un pôle comparable à l’extrême droite contribue à banaliser cette dernière en la présentant comme une radicalité parmi d’autres.
Rien de tout cela ne surgit par hasard. Ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large : des décennies de politiques néolibérales, une explosion des inégalités, la désignation méthodique de boucs émissaires, la banalisation médiatique des discours de haine, des algorithmes qui amplifient les radicalités, une culture viriliste qui fait de la violence un marqueur identitaire, et une stratégie progressive de normalisation institutionnelle de l’extrême droite.
Un second article élargira l’analyse pour examiner ce terreau de la haine et comprendre comment il se construit – car ce qui est fabriqué politiquement peut aussi être défait politiquement. Encore faut-il cesser les euphémismes, et avoir la lucidité d’appeler les choses par leur nom.
– Elena Meilune
Photo d’en-tête : Minute de silence pour Quentin Deranque à l’Assemblée nationale – Capture d’écran de la vidéo de HuffPost
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