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05.02.2026 à 05:00

Et si l’espèce humaine n’était que du bétail ?

Mr Mondialisation

Et si l’humanité n’était qu’un élevage destiné à nourrir une autre espèce ? C’est une des réflexions qui intrigue à la lecture du manga à succès, The Promised Neverland. Le duo Kaiu Shirai et Posuka Demizu interroge la domination, l’exploitation et la valeur de la vie — autant de thèmes que ce petit bijou de […]

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Texte intégral (4817 mots)

Et si l’humanité n’était qu’un élevage destiné à nourrir une autre espèce ? C’est une des réflexions qui intrigue à la lecture du manga à succès, The Promised Neverland. Le duo Kaiu Shirai et Posuka Demizu interroge la domination, l’exploitation et la valeur de la vie — autant de thèmes que ce petit bijou de genre fantastique, édité en 2018, fait résonner avec antispécisme, humanisme, critique sociale contemporaine et idéal de société. Analyse.

Avant L’éthique animale, parlons-en ! un manga pédagogique analysé chez Mr Mondialisation, paru The Promised Neverland de Kaiu Shirai et Posuka Demizu : un thriller fantastique qui inverse les rôles et questionne avec originalité et sensibilité la domination humaine sur les animaux.

Spoiler alerte !
Cet article contient des révélations sur l’évolution de l’histoire de The Promised Neverland, mais ne dévoile pas son dénouement. La lecture de cet article est tout de même recommandé afin de vous donner l’envie de vous plonger dans ce manga.

Volumes 4, 6 et 18 du manga The Promised Neverland. 

Est-il éthique de tuer des animaux ?

C’est sans doute la question principalement posée à la lecture de The Promised Neverland : est-il éthique de continuer à manger des animaux ? Question que l’on pourrait même se poser de manière plus utilitariste : est-il dans l’intérêt des humains de manger des animaux ?

D’un point de vue éthique, la question semble relativement claire : si l’on admet que la consommation de chair animale n’est ni vitale ni indispensable à la santé, alors l’élevage intensif et les conditions de mise à mort d’animaux posent un véritable problème moral.

Selon L214, près de 1 380 milliards d’êtres sensibles auraient ainsi été tués en 2018 pour l’alimentation, soit environ 3,8 milliards chaque jour. Ces chiffres donnent la mesure d’un phénomène d’une ampleur sans précédent, qui interroge le rapport des sociétés humaines au vivant et à la violence institutionnalisée.

 

Source : L214.

La grande force de The Promised Neverland, c’est qu’il ne se présente à aucun moment comme un outil militant ou comme une idéologie sûre d’elle, mais comme un simple objet de divertissement. Sa mise en situation est pourtant singulière, car elle invite ses dizaines de milliers de lecteurs à projeter — de manière fictive mais ô combien réaliste —  l’espèce humaine en tant que bétail destiné à être mangé par des démons, ceux-ci n’étant que le reflet de la société humaine.

L’héroïne Emma est quant à elle le reflet de la militante — ou du militant — révolutionnaire idéale, d’abord ignorante de sa condition d’opprimée, puis éveillée à la cruauté de son monde, et enfin déterminée à changer le monde, parce qu’il n’y a pas d’autre alternative pour la libération collective. The Promised Neverland joue donc sur deux tableaux : la sensibilisation à la cruauté de la production de viande animale d’un côté ; de l’autre, un appel à s’éveiller et à s’élever contre les injustices sociales de ce monde.

La viande d’élevage éthique n’existe pas

Emma est une « adolescente bétail », élevée et enfermée dans une ferme d’élevage de haute qualité, qui lui est présentée comme un simple orphelinat. Ce qu’elle ignore, c’est qu’elle ne sera pas envoyée dans une famille adoptive à ses 13 ans, mais qu’elle sera exécutée et dévorée par des démons.

Emma est un produit de haute qualité, ce qui signifie qu’elle a grandi dans d’excellentes conditions : sorties en plein air, nourriture abondante de qualité, et même traitement plein d’amour et de tendresse de la part de sa « maman », qui est en réalité son éleveuse.

Cette mise en situation est une réponse directe au mythe de l’existence possible d’une viande d’élevage qui serait éthique : si l’humain n’était que du bétail, certainement que de bonnes conditions de vie lui seraient préférables. Mais ni lui, ni aucun autre être sensible, n’accepterait d’être exécuté à un jeune âge. 

The Promised Neverland est une inversion de l’anthropomorphisme et de l’anthropocentrisme, à savoir qu’il n’attribue pas aux animaux des comportements humains, et réfute également l’idée d’une supériorité de l’espèce humaine vis-à-vis des autres espèces sensibles.

Au contraire, The Promised Neverland conçoit l’être humain à l’image des animaux d’élevage — un sens de comparaison important — doté de sensibilité aussi bien que poulets ou cochons qui finissent dans les assiettes. Le manga semble ensuite montrer que la domination de l’espèce humaine sur le reste du vivant n’est pas une affaire de supériorité, mais plutôt d’opportunisme.

Dessin de ElementalAlchemist03 (Deviant Art) inspiré de The Promised Neverland.

Devenir végan ou changer de système ?

Kaiu Shirai, auteur de The Promised Neverland, cache-t-il derrière cette fiction un militantisme végan ? À l’échelle individuelle, si tant est qu’Emma reflète sa pensée, Kaiu semble davantage être en proie au doute. L’héroïne, qui apprend à chasser des oiseaux dans une logique de survie, se questionne : « nous ne voulons pas être mangés. Nous voulons vivre. Mais nous aussi, nous avons toujours mangé. Et nous continuerons à devoir manger, pour survivre. »

La force du personnage d’Emma est qu’il est capable de se mettre dans la peau des autres, grâce à sa forte sensibilité et son sens aiguë de la justice. La sensibilité humaine est d’ailleurs la seule échappatoire pour les animaux d’élevage de ce monde, elle seule peut les épargner de l’abattage massif qu’elle leur fait subir, dès lors que les études montrent qu’une alimentation végétarienne, voire 100% végétale, est viable pour l’être humain. Une différence fondamentale avec le cas d’Emma qui est dans une contrainte de survie.

Si le manga, habilement, ne pointe pas du doigt, déculpabilise même les personnes qui mangent de la viande, il incite en revanche à mener collectivement des réflexions antispécistes. C’est là que le manga montre sa portée révolutionnaire, puisque les héros veulent renverser le pouvoir, libérer les individus opprimés — démons et humains compris — d’un système de domination profondément inégalitaire ; conscients que leur salut ne passera que par l’action collective.

Le renversement qui consiste à imaginer un échange de conditions entre les humains et les animaux d’élevage, rappelle les travaux artistiques de Barbara Daniels. Cette irlandaise expatriée à Berlin en Allemagne, a publié un livre illustré et traduit en français, nommé « Le règne animal », où les humains ne sont que d’impuissantes victimes d’un monde dominé par les animaux et leur bon vouloir, aidant à remettre en cause les pratiques spécistes.

Partagé avec autorisation. Crédit : @barbaradanielsart

Métaphore de ce monde

La métaphore la plus habile est sans doute celle du « sang maléfique ». Dans The Promised Neverland, les démons pensent être contraints de devoir manger de la viande humaine pour maintenir leur forme physique et mentale. Or, la démone Mujika possède un antidote : son propre sang.

En boire une seule goutte permettrait aux démons de survivre sans devoir s’alimenter de viande humaine. Mais ce sang est diabolisé et défini comme « maléfique » par la classe dominante des démons, peu encline à bouleverser un système qui lui profite, et lui permet de jouir des plaisirs que procurent la viande humaine de haute qualité, réservée aux élites.

La métaphore prend alors tout son sens. L’antidote, « le sang maléfique » ou plutôt « bénéfique », représente la connaissance : ces études scientifiques qui annoncent la viabilité pour l’être humain d’une alimentation végétarienne ou végétalienne, mais aussi comment s’y prendre : alimentation équilibrée, apports caloriques suffisants, supplémentation en vitamine B12, bien que ces impératifs soient aussi vrai pour une alimentation omnivore.

La diabolisation des personnes ayant bu le sang maléfique, est à s’y méprendre avec la diabolisation des écologistes et des militants végans. Ceux qui défendent l’intérêt général sont régulièrement la cible des classes dominantes qui les traitent de « woke », « agressifs » ou même « terroristes »

Dessin d’Emma et Ray, Promised Nerverland.

Ces attaques et ces manipulations de l’opinion visent à maintenir des systèmes de domination injustes : envers les animaux, mais aussi envers les classes populaires voire moyennes, contraintes économiquement de se nourrir de viande malsaine produite intensivement. Pendant ce temps, les élites se gavent de viande de haute qualité : on se rappelle tous de l’épisode des homards et de ces luxueux dîners financés aux frais de la République et organisés par l’ex-ministre français François de Rugy.

Par ailleurs, il est regrettable que les problèmes écologiques liés à la surproduction de viande humaine dans The Promised Neverland soient inexistants, alors que la pollution mais aussi les dangers sanitaires liés à l’élevage intensif de ce monde, sont des arguments essentiels à la nécessité de réduire drastiquement la consommation de viande.

L’indifférence derrière l’argument du « moindre mal »

En effet, ces enfants bétail auraient pu finir, comme la grande majorité des humains, dans une ferme d’élevage intensif, où l’on y trouve des milliers d’enfants légumes engraissés qui n’existent que pour être mangés : « les humains qui naissent là, n’apprennent même pas à parler. Ils n’ont pas de nom. Ils n’ont pas de volonté propre, ni même de raisonnement propre. »

À l’image de ces 75 milliards de poulets tués en 2018 pour l’alimentation selon L214, les humains sont ici perçus comme de la simple marchandise, de la nourriture bon marché, à produire en masse pour répondre aux besoins de la population.

L’argument utilisé par la « maman » est ici celui du « moindre mal ». Puisque la majorité des humains vivent sans exister, les enfants des fermes de haute qualité devraient se satisfaire de leur condition « privilégiée ».

Cette rhétorique du moindre mal est constamment utilisée dans ce monde par les classes dirigeantes : « continuez à nous élire » disent-ils, sinon le pire arrivera, à savoir l’arrivée au pouvoir du fascisme. Celui-là même qu’ils ont fait grandir en accentuant les inégalités sociales. 

Ce discours, maintes fois entendu, consiste à se satisfaire du système néolibéral et de ses logiques de domination sur des groupes d’humains et sur le reste du vivant. Ce type de discours, n’est rien d’autre qu’un aveu de résignation et d’indifférence à la souffrance d’autrui.

Abandonner l’ambition de changer le monde, c’est abandonner les plus vulnérables à leur sort. À la lecture de The Promised Neverland, on croirait impossible pour ces enfants victimes de changer le système et d’améliorer leur condition. Pourtant, Emma, activiste révolutionnaire, tentera de vous prouver le contraire.

Extrait traduit de la version italienne : « de l’extérieur cela semble un bel édifice, mais à l’intérieur c’est l’une des pires fermes de production intensive. »

Réflexions sur l’activisme

L’auteur de The Promised Neverland, Kaiu Shirai, ne revendique pas directement une pensée antispéciste, révolutionnaire ou même féministe. Pourtant, ses choix scénaristiques ne laissent place à aucun doute sur son idéal de société. Ce n’est pas un hasard si la protagoniste du manga est une jeune fille, devenue meneuse naturelle grâce à ses qualités sociales, mentales, stratégiques, psychologiques mais aussi physiques.

Emma peut être considérée comme une figure féministe pour ses qualités intrinsèques, mais surtout parce qu’elle évolue dans un groupe où personne ne la dévalorise et ne conteste son aura et son leadership parce qu’elle est femme.

Emma est clairement une militante, une meneuse destinée à changer le monde. Son combat est une sorte de reflet des activistes révolutionnaires de ce monde. Bien qu’elle agisse d’abord pour le bien de sa famille, elle remet constamment en question ce qui est juste ; pour les siens mais aussi pour les autres, et même ses pires ennemis.

« Tuer est-il vraiment le seul moyen [pour les êtres humains de survivre] ? N’y a-t-il pas un autre moyen que la violence ? […] Je ne veux pas qu’un autre humain soit tué. […] Mais cela ne signifie pas que je veuille te tuer. »

Cela dit, Emma n’est pas naïvement pacifiste : si sa tentative de dialogue échoue, elle se résout à prendre les armes, par légitime défense. Ceci est une nouvelle métaphore utile à cet activisme : la voie idéale des combats est toujours la voie pacifique, mais si le pouvoir maintient sa violence, son cynisme et ses menaces sur les droits fondamentaux des humains et sur leur propres vies ; alors le pouvoir devient le seul responsable des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestant.es.

Les dirigeants, tout comme Lewis, décuplent leur violence dès lors qu’ils refusent le dialogue et toute perspective de cesser leur violence première et systémique dont on rappelle que l’agression physique — dans ce monde — n’est pas sa seule forme : la violence institutionnelle est d’abord sociale et économique.

« la peur m’a saisie sans prévenir… des doutes m’ont envahie. était-ce la décision juste ? Ne faisons-nous pas fausse route ? »

Ces doutes, tant qu’ils ne paralysent pas l’action, sont non seulement bénins, mais indispensables à tout activisme politique. Kaiu Shirai se fait ainsi rousseauiste : à l’image du philosophe des Lumières, le mangaka rejette l’idée d’une nature humaine bonne en soi, corrompue uniquement par la société.

Cependant, il considère à travers le personnage d’Emma, que l’être humain possède cette capacité de raisonnement, d’action et de communication, lui permettant de tendre constamment vers la justice sociale, de corriger au mieux les injustices de la nature ou bien celles créées par les sociétés humaines qui auraient fait fausse route.

Dessin d’Emma par متعة الرسم (Flickr) inspiré par The Promised Neverland.

Emma, une figure exemplaire

L’héroïne est tout bonnement un exemple à suivre, notamment pour sa capacité d’écoute, de compréhension des autres, quand bien même iels auraient mal agi. Elle cherche constamment le dialogue et le soutien psychologique. Sa capacité à discuter des problèmes pour les résoudre est une clef essentielle pour, collectivement, mener à bien la révolution : « ouvrons nos cœurs et parlons », dit-elle à Yugo, un homme aigri prêt à la tuer.

« Plus j’y pense et plus je suis convaincue qu’on a pas besoin d’être des ennemis. […] Nous devons nous comprendre et nous aider les uns les autres. »

Grâce à cet état d’esprit, les querelles de la gauche de ce monde seront enfin résolues ? Pas exactement, car Emma emporte avec elle l’ensemble des victimes d’un système qui les oppresse. Sa « maman », qui participe au massacre d’êtres humains malgré tout l’amour qu’elle leur transmet, peut être comparée aux éleveurs de bétail de ce monde.

Ceux-ci élèvent et tuent des animaux, mais ont-ils d’autres choix pour survivre — tant bien que mal d’ailleurs — économiquement ? La « maman » s’est résolue à devenir éleveuse car c’était là le seul moyen de survivre, avant que ne s’ouvre la voie de la révolution : « l’obéissance ne nous donne pas de futur. […] Je ne veux plus être l’esclave de personne », dit-elle.

Abattre l’ennemi ou le système ?

L’une des principales leçons que donne Emma sur l’activisme, concerne la capacité à dissocier la haine de l’ennemi de celle du système ; ce dernier étant la cible à abattre. Voici les propos d’Emma face à son bourreau ultime, Peter Ratri, l’être humain gagé de perpétuer le système en sacrifiant les « enfant-bétails »

« Nous ne pardonnons absolument pas. Mais je ne veux pas résoudre la situation en te tuant. […] Nous voulons nous libérer de tout, pas seulement de notre destinée et de notre condition, mais aussi de la haine et de la peur ! »

Emma rappelle que les conditions sociales et les classes ne sont pas choisies : elles sont subies, imposées de l’extérieur. Quiconque se retrouve en position de dominé ou de dominant agit alors selon ses intérêts immédiats, mais surtout selon son conditionnement — son éducation, son formatage social.

Voilà pourquoi la haine envers les dominants a ses limites. Épargner l’adversaire reste un luxe — ou plutôt un objectif ultime — possible uniquement quand il est acculé, en position de faiblesse. C’est d’ailleurs ainsi qu’Emma ouvre le dialogue avec ses bourreaux : une fois qu’elle détient le pouvoir, et que l’adversaire risque de tout perdre.

Dessin d’Emma par Juleteon (Deviant Art) inspiré de The Promised Neverland.

Cette analyse montre bien à quel point The Promised Neverland est un indispensable à lire. Une œuvre de divertissement, destinée à un public plutôt jeune, qui cache en réalité tout un lot de valeurs, principalement antispécistes et révolutionnaires. « Le pays imaginaire promis » n’est-il pas celui d’un monde post-révolution ? Ce monde, si lointain mais si accessible à la fois, où l’être humain cesserait d’employer ses logiques de domination sur l’espèce humaine et sur la nature.

Benjamin Remtoula @Fsociété


Photo de couverture : une des couvertures du manga par Yêu Phim sur ©Flickr

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04.02.2026 à 08:04

« Atyp(oet)ique » : le spectre de l’autisme en poèmes

Elena Meilune

Parler de l’autisme sans les personnes autistes est une habitude profondément ancrée dans nos sociétés. Atyp(oet)ique – Le spectre autistique de A à Z en 250 poèmes prend le contre-pied de cette logique en donnant la parole à celles et ceux qui vivent l’autisme au quotidien. À travers la poésie et l’art graphique, cet ouvrage […]

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Texte intégral (1356 mots)

Parler de l’autisme sans les personnes autistes est une habitude profondément ancrée dans nos sociétés. Atyp(oet)ique – Le spectre autistique de A à Z en 250 poèmes prend le contre-pied de cette logique en donnant la parole à celles et ceux qui vivent l’autisme au quotidien. À travers la poésie et l’art graphique, cet ouvrage déconstruit les clichés, expose les violences ordinaires et célèbre la diversité des fonctionnements humains.

Conçu par le collectif bénévole aRtistes Anonymes, Atyp(oet)ique est une anthologie gratuite et collaborative, née du besoin urgent de visibilité et de reconnaissance des vécus autistiques. Structuré comme un abécédaire, le recueil rassemble 250 textes et œuvres graphiques originales, rédigés par des personnes autistes ou proches de personnes concernées.

Refusant toute hiérarchisation des vies et toute vision pathologisante, l’ouvrage s’inscrit clairement dans une démarche de sensibilisation, d’inclusion et de lutte contre le validisme. Ici, la poésie devient un outil politique : dire, transmettre, et refuser la normalisation imposée.

Image extraite du recueil « Atyp(oe)tyque »

Une parole collective, incarnée et politique

Les textes d’Atyp(oet)ique ne cherchent ni l’uniformité ni la performance littéraire. Ils assument au contraire la pluralité des formes, des voix et des rythmes, à l’image du spectre autistique lui-même. Poèmes en vers libres, haïkus, proses poétiques, micro-récits ou témoignages se succèdent et se répondent, chacun portant un fragment de réel. Une diversité formelle qui est une traduction directe de fonctionnements cognitifs multiples, irréductibles à une norme unique.

Le recueil s’attaque frontalement aux représentations dominantes de l’autisme, encore largement façonnées par les clichés médiatiques, le sensationnalisme ou une vision strictement médicale. Ici, pas de figures de génie fantasmé ni de caricatures misérabilistes. Les textes parlent de surcharge sensorielle, de fatigue chronique, de crises, de violence institutionnelle, de diagnostic tardif, de précarité sociale et professionnelle. Ils rappellent que l’autisme n’est pas une métaphore ni une curiosité, mais une réalité vécue, souvent douloureuse, toujours politique.

Image extraite du recueil « Atyp(oe)tyque »

Le refus du validisme et de la normalisation

Atyp(oet)ique se positionne contre le validisme, c’est-à-dire contre l’ensemble des normes et pratiques qui hiérarchisent les existences en fonction de leur conformité à un idéal de performance, d’autonomie et de productivité. De nombreux textes dénoncent l’injonction au camouflage, l’exclusion scolaire, le chômage massif des personnes autistes, ainsi que les maltraitances ordinaires dans les sphères médicale et sociale. Le recueil rappelle que ce ne sont pas les personnes autistes qui sont inadaptées, mais les environnements qui refusent de s’adapter.

Pour beaucoup d’auteur·ices, l’écriture apparaît comme un outil vital : un moyen de régulation, de compréhension de soi, mais aussi de reprise de pouvoir sur un récit trop souvent confisqué. La poésie devient un espace où la parole peut exister sans être corrigée, interprétée ou disqualifiée. En ce sens, Atyp(oet)ique ne relève pas seulement de la création artistique, mais aussi d’une démarche de soin collectif, non médicalisé, fondé sur l’écoute et la bienveillance.

Image extraite du recueil « Atyp(oe)tyque »

Entièrement bénévole, gratuit, diffusé hors de toute logique marchande, le projet revendique une organisation horizontale et inclusive. Il fait le choix conscient de l’accessibilité, notamment par une attention portée à la lisibilité des textes et à l’explicitation de certains termes. En refusant toute récupération commerciale ou institutionnelle, Atyp(oet)ique affirme que la visibilité des personnes autistes ne doit pas être conditionnée à leur rentabilité ou à leur conformité.

« Rien sur nous sans nous » : reprendre la parole confisquée

Le principe politique et éthique du « rien sur nous sans nous » est revendiqué de longue date par les mouvements de personnes neurodivergeantes et en situation de handicap. Trop souvent, l’autisme est raconté par des experts, des institutions ou des proches, au détriment des personnes directement concernées. Ce recueil opère un renversement clair : ici, ce sont les personnes autistes qui parlent d’elles-mêmes, avec leurs mots, leurs formes, leurs silences et leurs colères. Il s’agit d’une auto-représentation qui conditionne la justesse du propos. Elle rappelle que toute réflexion sur l’autisme, toute politique publique, toute démarche de soin ou d’inclusion qui exclut les premiers concernés est non seulement illégitime, mais structurellement violente.

Image extraite du recueil « Atyp(oe)tyque »

À l’heure où les discours sur l’inclusion restent trop souvent déclaratifs, Atyp(oet)ique apporte une matière brute, incarnée, impossible à ignorer. Il ne demande pas la compassion, mais la reconnaissance. Il ne cherche pas à rassurer, mais à faire comprendre. Ce recueil s’adresse autant aux personnes concernées qu’à celles qui ne le sont pas encore – parce qu’il est temps que la société accepte de remettre en question ce que l’on appelle encore, trop facilement, la « normalité ».

Elena Meilune


Image d’en-tête : Autism Spectrum Disorder

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03.02.2026 à 14:08

Burundi : la réaction en chaîne qui détruit les sols

Mr Mondialisation

Dans les hautes montagnes de la région de Mugamba, au Burundi, en Afrique de l’Est, de nombreux éleveurs collectent des feuilles mortes, des fougères et d’autres herbes sauvages pour garnir la litière de leurs étables. Une pratique qui peut sembler anodine et nécessaire à l’élevage. Pourtant, retirer cette matière organique du sol contribue à la […]

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Dans les hautes montagnes de la région de Mugamba, au Burundi, en Afrique de l’Est, de nombreux éleveurs collectent des feuilles mortes, des fougères et d’autres herbes sauvages pour garnir la litière de leurs étables. Une pratique qui peut sembler anodine et nécessaire à l’élevage. Pourtant, retirer cette matière organique du sol contribue à la dégradation des terres.

L’explosion démographique au Burundi a entraîné une forte pression sur les terres. Dans la région de Mugamba, cette dynamique s’est traduite par une déforestation progressive, liée à la recherche de nouvelles terres cultivables. Les zones humides et forestières, autrefois utilisées pour la collecte d’herbes destinées à la litière animale, ont peu à peu disparu.

« Ces dernières années, nous utilisions des herbes des marais, notamment le scirpe. Mais avec la disparition progressive de ces zones pour les exploiter, je recours aujourd’hui aux feuilles mortes d’eucalyptus et aux herbes sauvages comme les fougères et les lianes », explique Charles, un éleveur d’une soixantaine d’années, interrogé pour cet article.

Cette pratique s’est encore intensifiée avec la politique gouvernementale encourageant la stabulation permanente des troupeaux, mise en place pour pallier le manque de fumier et accroître la production laitière. En gardant les animaux à l’étable, les éleveurs ont besoin de quantités plus importantes de litière, alors même que les zones de collecte se raréfient.

Localisation du Burundi. Wikimedia.

Appauvrissement du sol et réduction de la récolte

Pour les spécialistes, le retrait des feuilles mortes et des jeunes herbes ne se limite pas à une simple perte de couverture végétale. Selon Yvan Nduwimana, ingénieur agronome de formation, ces éléments constituent la principale source de matière organique du sol.

Lorsqu’elles se décomposent sous l’action des micro-organismes et de la faune du sol, les feuilles mortes libèrent progressivement des éléments nutritifs essentiels comme l’azote ou le calcium. Leur collecte interrompt ce cycle naturel, empêchant la restitution des nutriments au sol. À long terme, cela entraîne une diminution de l’humus, élément clé de la fertilité chimique et biologique des sols.

Jean-Paul, environnementaliste et chercheur, partage cette analyse. Il rappelle que les feuilles mortes sont souvent qualifiées d’« or brun des jardiniers » en raison de leur rôle fondamental dans la fertilité des sols. En se décomposant, elles nourrissent les végétaux, protègent le sol contre les variations climatiques et servent d’habitat à de nombreux organismes vivants.

Route entre Bujumbura et Makamba, province de Burunga, Wikimedia.

Moins d’humidité, plus d’érosion

Au-delà de la fertilité, les feuilles mortes jouent également un rôle essentiel dans la régulation de l’eau. Une étude publiée sur Springer Nature Link montre que leur collecte ou la coupe des herbes pour la litière réduit fortement l’humidité du sol pendant la saison sèche, en exposant directement la surface au rayonnement solaire. À l’inverse, lorsqu’elles restent en place, elles agissent comme un tampon naturel, maintenant l’humidité du sol.

Chaque année, la litière forestière — principalement constituée de feuilles mortes — peut atteindre plusieurs tonnes par hectare, soit plusieurs centaines de grammes par mètre carré,. Cette matière organique riche en azote, phosphore et autres oligo-éléments nourrit les organismes du sol et soutient durablement la productivité des écosystèmes forestiers. Cette décomposition libère des minéraux qui seront puisés par les racines des arbres. Avec les cadavres d’animaux (du sanglier à la bactérie), fruits et branchages morts, se forme une litière organique de grande richesse nourrissant des forêts entières.

Lorsque le sol perd sa couverture organique formée par les feuilles mortes et jeunes arbres, il perd sa capacité d’absorption de l’eau de pluie. Conséquemment, les eaux ruissellent sur la surface emportant toutes particules fertiles, un phénomène qui favorise la formation de ravines, d’envasements des rivières et la baisse de la production agricole, notamment dans la région à forte précipitation.

Herbes coupées pour en faire de la litière. Crédit : Hategekimana Thérence

Une région particulièrement vulnérable

Or, la région de Mugamba est l’une des plus arrosées du Burundi, avec des précipitations annuelles pouvant atteindre jusqu’à 2 000 mm. Cette forte pluviométrie, liée à son altitude et à sa position sur la crête Congo-Nil, rend les sols particulièrement sensibles à l’érosion lorsqu’ils sont dénudés.

Selon Horizon IRD, la réduction de l’épaisseur du sol causée par l’érosion entraîne une baisse significative de la productivité agricole. Dans la région de Mugamba, où la végétation naturelle a été largement remplacée par des cultures vivrières et industrielles, cette dégradation se traduit par des récoltes faibles. Les enquêtes agricoles montrent ainsi une production moyenne par ménage particulièrement basse, notamment dans les anciennes provinces de Bururi et Mwaro.

Production par ménage exprimée en équivalent kilogramme de céréales (EKC). Source : Enquête nationale agricole du Burundi 2013-2014

Glissements de terrain : une conséquence visible

L’absence de couverture organique ne fragilise pas seulement l’agriculture. Elle accentue aussi les risques de glissements de terrain, d’autant plus accentués par le déréglementent climatique. Dans l’ancienne commune de Mugongo-Manga, par exemple, ces phénomènes sont devenus récurrents pendant la saison pluvieuse, bloquant parfois des axes routiers majeurs.

Selon Yvan Nduwimana,

« la couche naturelle formée à partir des feuilles mortes et jeunes herbes amortit l’impact de l’érosion, réduit la perte d’eau par évaporation et par ruissellement, stimule de l’activité bactérienne du sol et favorisent l’infiltration progressive des eaux. »

Sans cette protection, l’eau s’accumule rapidement dans les terrains en pente, en augmente le poids et réduit leur résistance, jusqu’à provoquer des glissements menaçant champs, habitations et infrastructures.

Glissement de terrain dans la région de Mugamba suite à l’érosion Photo crédit : Hategekimana Thérence

Des alternatives possibles et durables

Face à la raréfaction des matériaux de litière, des solutions existent. Le nourrissage direct des animaux à l’étable permet, par exemple, de limiter la collecte de feuilles mortes. Une partie du fourrage distribué — tiges de maïs, de bananier ou tripsacum — tombe au sol et joue naturellement le rôle de litière.

Jean-Marie Nduwayezu, éleveur à Mugamba et ancien agronome, en témoigne :

« Aujourd’hui, il n’y a presque plus de scirpe. Une partie du tripsacum que je donne à ma vache tombe dans l’étable et me sert de litière. »

Il regrette cependant que cette pratique reste peu répandue, beaucoup d’éleveurs continuant de prélever feuilles mortes et herbes sauvages, souvent sans mesurer les conséquences environnementales.

D’autres solutions sont également envisagées, comme l’utilisation de sous-produits agricoles locaux ou la modernisation des étables. Selon Mariro Jean, agronome local rencontré à Mugamba, les étables cimentées et couvertes de tôles peuvent réduire, voire supprimer, le besoin permanent de litière. La baisse de fumier qui en résulte peut être compensée par la mise en place de compostières artificielles.

Repenser les pratiques avant qu’il ne soit trop tard

Pour les spécialistes, la collecte excessive de feuilles mortes et la coupe des jeunes herbes traduisent avant tout une méconnaissance de leur rôle écologique. En perturbant les cycles naturels, ces pratiques affaiblissent les sols, réduisent les récoltes et aggravent les risques environnementaux.

Ce qui apparaît comme un geste banal révèle en réalité une contradiction profonde : chercher à soutenir l’élevage tout en compromettant les bases mêmes de la fertilité des sols. Repenser les pratiques agricoles et pastorales dans la région de Mugamba devient aujourd’hui une urgence, avant que les sols ne rappellent définitivement leurs limites.

Therence Hategekimana


Photo de couverture : Élevage au Burundi. Wikimedia.

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02.02.2026 à 14:34

Briser l’omerta : le courage de la championne Gabriella Papadakis

Mr Mondialisation

Gabriella Papadakis a tout gagné. Championne olympique, quintuple championne du monde, elle a formé avec Guillaume Cizeron le duo le plus titré de l’histoire du patinage artistique français. À l’approche des Jeux olympiques de Milan 2026, tout semblait écrit d’avance : une ultime saison, une nouvelle médaille d’or. Mais Gabriella Papadakis a choisi de de […]

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Texte intégral (5039 mots)

Gabriella Papadakis a tout gagné. Championne olympique, quintuple championne du monde, elle a formé avec Guillaume Cizeron le duo le plus titré de l’histoire du patinage artistique français. À l’approche des Jeux olympiques de Milan 2026, tout semblait écrit d’avance : une ultime saison, une nouvelle médaille d’or. Mais Gabriella Papadakis a choisi de de rompre avec un système qui l’a façonnée pour l’excellence, au prix d’un effacement progressif de soi. Mise en lumière des abimes dont elle a décidé de sortir.

Dans Pour ne pas disparaître, paru le 15 janvier 2026 aux éditions Robert Laffont, l’athlète revient sur ce renoncement spectaculaire et ce qu’il révèle d’un milieu profondément violent, normatif et destructeur pour les corps comme pour les esprits. Fruit d’une introspection radicale, son récit explore les coulisses d’une carrière bâtie très tôt autour de la performance, de la discipline absolue et du silence imposé. Derrière les triomphes et les ovations, Gabriella Papadakis raconte les blessures invisibles, la pression constante, l’isolement et la nécessité vitale de danser — mais autrement.

En parlant, elle met en lumière le silence dans lequel tant de femmes du sport de haut niveau sont encore contraintes de se taire. Elle écrit pour ne pas disparaître, ni sur la glace, ni en dehors.

Une carrière au sommet

Sept fois champions de France (de 2015 à 2020, 2022), cinq fois champions d’Europe (de 2015 à 2109) et du monde (2015, 2016, 2018, 2019, 2022), vice-champions (2018) et champions olympiques (2022), le duo de dance sur glace Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron a construit une carrière aussi riche en titres qu’en émotions qui les a fait entrer dans la légende de leur sport et du sport tout court.

Après le sacre olympique en 2022, et la pause des compétitions qui s’en suivit, on s’attendait à ce que le couple le plus titré de l’histoire du patinage artistique français revienne défendre son titre, leur retour ayant été particulièrement attendu. C’est au contraire leur retraite sportive qui a été annoncée le 3 décembre 2024.

Finalement, Guillaume Cizeron a annoncé en mars 2025 reprendre la compétition avec Laurence Fournier Beaudry comme nouvelle partenaire. Gabriella Papadakis, elle, semble avoir définitivement tourné cette page.

Les auspices d’une rupture

Déjà, en mars 2024, dans une interview donnée à Franceinfo, Gabriella Papadakis dénonçait le milieu du patinage artistique comme « un monde systémique et malsain » où règne un climat normalisant les violences que les athlètes intègrent dès le plus jeune âge « même s’il y a du mieux, et que ça évolue énormément ».

« Le problème, c’est qu’on autorise, qu’on accepte et qu’on normalise quand même beaucoup de violences. Et on pense que les résultats vont juste les effacer ou les annuler, ou permettre de tout pardonner. Alors que non ! » 

La championne pointait aussi le manque d’accompagnement concernant la santé mentale dans le sport en général : « On pense trop : « On s’en fout si tu n’es pas bien, tant que tu as des médailles… Et si tu as des médailles, tu seras heureuse. » Mais non ! » Elle confiait alors avoir vécu un burn-out duquel elle était restée longtemps dans le déni faute de pouvoir affronter de front la thérapie et sa carrière.

Une interview qui préfigurait ce que Gabriella Papadakis confirme dans son autobiographie Pour ne pas disparaître, parue le 15 janvier 2026. Ainsi qu’elle le prophétisait « les témoignages des victimes sont encore tellement mal accueillis », l’accueil de son livre et les réactions sexistes qu’il a suscitées résonnent profondément avec ce qu’elle y analyse.

L’intimidation judiciaire, révélatrice de la culture patriarcale

Les médias se sont largement focalisés sur les extraits concernant son ancien partenaire, Guillaume Cizeron, assurément les passages les plus « vendeurs » pour l’audimat même si loin d’être représentatifs de l’ensemble du propos.

Guillaume Cizeron y a d’ailleurs répondu, dénonçant une campagne de dénigrement. Il est allé jusqu’à mettre en demeure son ancienne partenaire et son éditeur, une étape préalable à une éventuelle action judiciaire. Cette mise en demeure a d’ores et déjà valu à Gabriella Papadakis de perdre son contrat pour commenter les JO de Milan avec NBC. La chaîne étasunienne se retranche derrière une prétendue « neutralité compromise » alors qu’elle était informée de la sortie et du contenu du livre. Or, lorsque la NBC se revendique comme « neutre » dans son traitement des Jeux olympiques, elle occulte que toute couverture est façonnée par des choix éditoriaux, des cadres idéologiques et des priorités culturelles. 

Dans ce contexte, il est important de souligner que le recours à des mises en demeure ou à des procédures juridiques comme tactique pour intimider ou faire taire des critiques est un mécanisme bien documenté, connu notamment sous le nom de strategic lawsuit against public participation (SLAPP) : des poursuites ou menaces de poursuites stratégiques qui visent moins à obtenir gain de cause qu’à épuiser ou dissuader des personnes ou des journalistes de s’exprimer sur des sujets sensibles. Par exemple, des entreprises comme l’italienne Eni ont été accusées par des ONG d’avoir multiplié des actions en diffamation pour décourager les journalistes et activistes de les critiquer.

Enfin, le positionnement de Cizeron dans cette affaire n’est pas d’un épisode isolé. Son alliance avec Laurence Fournier Beaudry, s’est accompagnée d’une prise de position publique commune, en mai 2025, dans une interview avec la presse canadienne, en faveur de Nikolaj Sørensen, ancien partenaire et conjoint de celle-ci. À ce moment, Sørensen avait été suspendu par le bureau canadien de l’intégrité sportive (Office of the Sport Integrity Commissioner) pour une durée minimale de six ans pour des faits qualifiés de « maltraitance sexuelle ». La suspension initiale a ensuite été annulée par la Sport Dispute Resolution Centre of Canada (SDRCC) pour des raisons de compétence juridique. Cette prise de position peut être perçue comme une grille de lecture qui tend à relativiser, voire à disqualifier, la parole des victimes.

La réception du livre, miroir d’un backlash

De plus, Gabriella Papadakis a été la cible en ligne de centaines de commentaires caractéristiques de la culture patriarcale qui blâme les victimes qui dénoncent des violences : « pourquoi elle ne s’est pas défendue à l’époque des faits » , « elle n’avait qu’à partir avant », « c’est une ingrate qui crache dans la soupe » , « Guillaume réussit aussi bien sans elle », « elle devrait voir un psy au lieu de se victimiser », « elle veut le déstabiliser par jalousie », « ça ne devrait pas être réglé en public », « il fallait aller en justice », « pourquoi parler maintenant, ce n’est pas le moment », « c’est pour le buzz et l’argent », « elle nuit à son image et aux vraies victimes », « c’est à cause du wokisme » et des moqueries sur son physique

Ces réactions, loin d’être anecdotiques, s’inscrivent dans un répertoire bien connu de disqualification, dont les mécanismes méritent d’être explicitement déconstruits.

« Pourquoi elle ne s’est pas défendue à l’époque ? » : Cette injonction repose sur une méconnaissance totale des mécanismes des violences. Face à une situation de domination ou de pression psychologique, la sidération, l’adaptation ou la minimisation sont des réactions fréquentes et documentées. Ne pas se défendre immédiatement n’est ni un consentement, ni une preuve d’absence de violence, mais souvent une stratégie de survie.

« Elle n’avait qu’à partir avant » : Quitter un environnement violent n’est jamais un acte simple, encore moins lorsqu’il s’agit d’un cadre structurant dès l’enfance, avec des enjeux économiques, symboliques et identitaires majeurs. Dans le sport de haut niveau, partir peut signifier perdre sa carrière, son réseau, ses revenus et sa raison d’exister sociale. Présenter le départ comme un choix individuel libre revient à nier les rapports de pouvoir systémiques.

« C’est une ingrate qui crache dans la soupe » : Ce reproche assimile la réussite à une dette morale qui contraindrait au silence. Or, bénéficier d’un système n’interdit pas d’en dénoncer les violences. Au contraire, les personnes qui ont réussi sont souvent les mieux placées pour en révéler les mécanismes, précisément parce qu’elles ont pu prendre du recul une fois sorties de ce cadre.

« Guillaume réussit aussi bien sans elle » : La réussite d’un ancien partenaire n’invalide pas un témoignage. On peut exceller dans une discipline tout en ayant des comportements violents. Cet argument déplace le débat du fond — les violences structurelles décrites dans l’ouvrage — et sert aussi à dénigrer la valeur professionnelle de Gabriella Papadakis, comme si elle était un critère de légitimité du témoignage.

« Elle devrait voir un psy au lieu de se victimiser » :  La psychologisation est une stratégie classique de disqualification : elle transforme un problème systémique en fragilité personnelle. Témoigner de violences n’est pas se victimiser, mais analyser un système qui les rend possibles. Cela sous-entend aussi que si Papadakis se remettait en question, il n’y aurait pas de problème, un argument relevant du ressort sexiste d’hystérisation des femmes. 

« Elle veut le déstabiliser par jalousie » : Attribuer la parole d’une femme à la jalousie est un stéréotype sexiste ancien, utilisé pour décrédibiliser toute critique féminine. Il permet d’éviter de répondre sur le fond en ramenant le discours à une supposée émotion irrationnelle.

« Ça ne devrait pas être réglé en public » : Cette injonction protège avant tout les institutions et les personnes en position de pouvoir. Or, les violences ne peuvent être traitées uniquement dans des cadres privés ou judiciaires : c’est précisément la publicisation des témoignages qui permet de faire évoluer les normes, de briser l’isolement et de rendre visibles des mécanismes collectifs. Attribuer un caractère privé aux violences renvoie à une culture patriarcale du “bon père de famille”, où tout doit rester secret pour préserver le pouvoir, comme si certaines violences relevaient du bon droit.

« Il fallait aller en justice » : La justice n’est ni accessible ni protectrice pour toutes les victimes, en particulier face à des institutions puissantes et des vides juridiques. Les obstacles sont nombreux : prescription, difficulté de preuve, coût financier, violence procédurale, exposition médiatique. Exiger une judiciarisation préalable est une manière de conditionner la légitimité de la parole.

« Pourquoi parler maintenant ? » :  Les victimes parlent quand elles peuvent, pas quand on l’exige. Exiger une temporalité particulière, c’est maintenir le tempo du dominant et contrôler la visibilité du témoignage. La temporalité du témoignage dépend de multiples facteurs : sécurité personnelle, maturité psychique, distance avec le milieu concerné, capacité à nommer ce qui a longtemps été normalisé. En l’occurrence, le fait que cet ouvrage paraisse à un mois des Jeux olympiques n’est pas un argument contre sa légitimité, mais au contraire un élément central de sa portée politique.

Les JO constituent précisément un moment où l’omerta se renforce, où l’image du sport doit rester lisse, consensuelle et intouchable. Publier à ce moment-là, c’est refuser le silence imposé, c’est mettre en lumière les violences systémiques au moment même où le système cherche à se sanctuariser.

« C’est pour le buzz ou l’argent » : Ce soupçon inverse la charge morale et s’appuie sur un imaginaire sexiste de « la femme vénale », comme si elle avait besoin du buzz et de l’argent pour exister. Il suppose une intention opportuniste sans aucun élément tangible, tout en ignorant les coûts personnels très réels du témoignage (harcèlement, perte de contrats, isolement). S’exposer ainsi est rarement un calcul rentable.

« Elle nuit à son image et aux vraies victimes » : Cette rhétorique oppose arbitrairement les victimes entre elles et instaure une hiérarchie de la souffrance. Elle s’appuie sur et renforce l’imaginaire sexiste de la rivalité entre femmes, de la compétition féminine. Or, il n’existe pas de « vraies » ou de « fausses » victimes sur la base de critères moraux ou médiatiques. Chaque témoignage contribue à rendre intelligible un système de violences.

« C’est à cause du wokisme » : L’invocation du « wokisme » sert ici de mot-valise pour délégitimer toute critique des rapports de pouvoir sans avoir à la réfuter. Elle ne constitue ni un argument, ni une analyse, mais un réflexe idéologique de rejet.

Les moqueries sur son physique : Elles relèvent de la violence sexiste la plus classique : réduire une femme à son apparence pour l’humilier et la faire taire. Ce type d’attaque n’a aucun lien avec le fond du propos et révèle surtout l’incapacité à répondre autrement.

Ces réactions sont d’autant plus significatives qu’elles sont à l’image exacte de l’omerta que Gabriella Papadakis dénonce dans son ouvrage Pour ne pas disparaître :

« Tu te dis « j’ai passé tout ce temps à écrire un livre pour justement explorer la complexité, essayer de faire comprendre aux gens ce qui se passe, comment ces systèmes perdurent. Et là »… C’est dommage que mon travail soit réduit à ça. » 

L’omerta comme système, de l’enfance à l’élite sportive

Car l’ouvrage est justement loin d’être un pamphlet contre son partenaire. Gabriella Papadakis y retrace le fil chronologique de sa carrière sportive, de ses débuts jusqu’à son arrêt. Elle livre un récit introspectif sur cette part prépondérante de son existence à laquelle sa vie privée a forcément été étroitement mêlée et sa santé mentale impactée.

De ce récit transparait une prise de conscience graduelle d’éléments problématiques pourtant présents dès les origines, voire même inhérents au milieu où elle a évolué et dont la relation avec son partenaire n’est pas une cause mais un symptôme. Elle ajoute que le fait d’être confronté dès l’enfance à ces élément ne permet pas de les interroger, d’autant plus dans un environnement et une société qui, soit les normalisent, soit refusent de les voir.

Car les jeunes athlètes sont formés pour répondre à ces exigences, ils façonnent leur vision du monde et leurs valeurs sur ce carcan dans lequel ils grandissent. Ce n’est qu’avec une prise de distance et le recul de l’âge que l’on acquiert un regard plus critique. C’est pour raconter son histoire et cette remise en question d’un système que Gabriella Papadakis a choisi l’écriture.

Pour ne pas disparaître, paru le 15 janvier 2026 aux éditions Robert Laffont.

Un sport structuré par le sexisme

En patinage artistique et plus encore en danse sur glace, des disciplines coûteuses, élitistes et encore perclus de codes bourgeois, les inégalités de genre sont nombreuses. En danse sur glace, ce déséquilibre est accentué par le fait que les jeunes filles sont bien plus nombreuses à pratiquer que les jeunes garçons.

Or, il faut former un « couple » – binôme de danse – le plus tôt possible, ce qui donne le choix et le pouvoir de décision aux hommes, les femmes étant perçues comme interchangeables. Pour avoir une carrière, les femmes dépendent des hommes, ce qui favorise les comportements abusifs.

S’y mêle la nature même de la discipline où l’hétéronormativité demeure la règle et « les rôles sont bien définis : l’homme guide et la femme suit ». Les compétitions internationales sont d’ailleurs interdites aux couples de même sexe, même si cela peut être permis à l’échelon national. Le Canada fut le premier pays a l’autoriser en 2022, suivi par la Finlande et le Royaume-Uni.

C’est justement pour questionner ces stéréotypes de genre que Gabriella Papadakis patinera en couple avec une femme, son ancienne rivale Madison Hubbell, lors du gala Art on Ice 2025. Cette expérience lui a fait repenser sa manière de patiner. Elle, qui durant sa carrière avait été fière d’être complimentée sur sa capacité à suivre son partenaire, était pour la première fois en position de diriger. 

De quoi nourrir une réflexion pour l’autorisation des couples de même sexe ce qui aiderait à renverser des dynamiques de domination délétères, à favoriser la créativité et l’épanouissement des athlètes.

Les écrasantes injonctions à une féminité

L’apparence physique est capitale dans un sport qui met en valeur l’esthétique. Elle est particulièrement stéréotypée pour les deux genres, mais pèse bien davantage sur les femmes. Ainsi, l’homme doit être grand et musclé, la femme doit être belle et mince. À lui la force, à elle la grâce.

Durant sa carrière Gabriella est d’ailleurs louée pour sa minceur dont elle est alors fière et écrit que « plus tard j’ai compris l’injustice, la violence ». Si elle n’a pas besoin de suivre un régime pour rester très mince, elle sait que d’autres patineuses se surveillent drastiquement. On demande aussi aux femmes de ne pas gagner trop de muscles alors qu’elles doivent patiner à la même vitesse que leurs partenaires.

Les femmes doivent répondre à un même idéal de féminité inatteignable alors que les hommes peuvent cultiver des masculinités variées. Ils n’ont pas besoin de s’apprêter alors que les patineuses doivent toujours être impeccablement coiffées et maquillées quitte à devoir se lever plusieurs heures plus tôt que leurs partenaires. Et cela même pour les entraînements officiels précédant la compétition auxquels les juges assistent. Un manque de féminité pourra coûter des points au couple, indépendamment de leur maîtrise technique.

À cette responsabilité pesant uniquement sur les femmes s’ajoute une charge financière. Non seulement se coiffer et se maquiller prend un temps conséquent mais cela revient rapidement cher, sans oublier le costume féminin souvent beaucoup plus coûteux que le costume masculin.

#MeToo patinage

Comment dénoncer des agressions sexuelles quand la présence d’un agresseur est socialement acceptée ? Que l’on sait d’avance que l’on ne sera pas crue mais blâmée, que les chances de condamnations sont infimes ? La culture du viol irrigue toute la société et le milieu du patinage ne fait pas exception.

Les violeurs ne sont pas des monstres psychopathes que la société aime encore imaginer mais majoritairement des hommes ordinaires qui y sont parfaitement intégrés, des proches en qui on a confiance. Deux croiseront la route de Gabriella Papadakis. Un ex-petit ami en 2012 dont elle dira « J’ai couché avec mon ex sans faire exprès »; puis un entraîneur/chorégraphe de patinage en 2014, toujours en activité. « J’ai couché avec C. sans le vouloir » écrit-elle dans un carnet après la seconde agression.

#MeToo n’est pas encore passé par là et il lui faudra des années avant de prendre conscience des abus qu’elle a subis, à la lecture d’un article sur la dissociation en 2020. Et d’enfin y poser les mots justes : « Les souvenirs me reviennent. […] Le choc, logé dans mon corps, enfin explose ».

Cette prise de conscience intervient dans le sillage du livre Un si long silence de l’ancienne patineuse artistique Sarah Abitbol. Celle-ci y révélait avoir été violée par son entraîneur, Gilles Beyer, au début des années 90 alors qu’elle était mineure. L’entraineur avait d’ailleurs reconnu, avec des termes euphémisant et invisibilisant la violence, « des relations inappropriées ».

Un entraîneur que Gabriella Papadakis avait eu à côtoyer à peine âgée de 18 ans quand elle participait à la tournée de spectacles organisée par la Fédération française, et dont le responsable était Gilles Beyer. Elle écrit qu’il avait « été viré un temps pour cause d’abus sexuels sur mineurs, c’est passé à la télé, mais il est revenu ».

Gabriella Papadakis raconte que les patineuses recevaient des messages de sa part les invitant dans sa chambre, le voyaient passer la tête dans le vestiaire pour se rincer l’œil quand elles se changeaient. Vulnérables, elles n’avaient que le rire pour reprendre le contrôle de la situation et vaincre le malaise : « On a aucun pouvoir là-dessus, la seule chose que l’on peut faire est de se moquer de lui. »

Gilles Beyer est décédé en 2023. Il avait été mis en examen en janvier 2021 pour d’autres faits d’agressions sexuelles et harcèlement sexuel par d’autres patineuses que la sortie du livre de Sarah Abitbol avait encouragées à parler. Même s’il ne répondra jamais de ses actes, ces révélations montrent que l’omerta se fissure lentement mais sûrement. 

C’est justement par amour du patinage que Gabriella Papadakis a dû écrire. Par refus de « protéger un fonctionnement et une mentalité qui [l]’ont profondément abîmée et qui continuent de rabaisser les femmes. » Un fonctionnement et une mentalité qui l’ont poussée à devoir rompre pour vivre enfin libérée.

Pour ne pas disparaître est l’aboutissement de cette démarche et d’une thérapie qui lui ont permis de poser des mots sur un mal être qu’elle n’arrivait pas à exprimer et que son corps lui a hurlé durant des années. Sa carrière lui permet d’écrire un livre et de prêter sa voix à toutes les autres victimes d’abus qui n’ont jamais pu parler.

Pour ne plus subir, pour ne plus se cacher, pour ne plus avoir peur, pour continuer à patiner, à créer, pour que la parole se libère, qu’on protège les enfants, qu’on croit les victimes.

S. Barret


Photo de couverture : Pour ne pas disparaître, paru le 15 janvier 2026 aux éditions Robert Laffont.

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30.01.2026 à 10:25

Voile, boycott et Mexique : 10 bonnes nouvelles cette semaine !

Mauricette Baelen

Pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine.  1. Licenciements de salariées voilées : un contrat public retiré Après le licenciement de salariées portant le foulard, le cabinet Magellan Partners perd un contrat avec la ville de Grigny (Essonne). La rupture intervient dans un contexte […]

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Pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine. 

1. Licenciements de salariées voilées : un contrat public retiré

Après le licenciement de salariées portant le foulard, le cabinet Magellan Partners perd un contrat avec la ville de Grigny (Essonne). La rupture intervient dans un contexte de controverse sur des pratiques discriminatoires. (StreetPress)

2. Boycotts massifs contre les États-Unis après des menaces de Trump

Au Danemark et au Canada, des boycotts de produits et entreprises américaines se développent en réaction aux menaces politiques et commerciales de Donald Trump. Les mobilisations prennent une ampleur nationale. (La Relève et La Peste)

3. Le Mexique interdit les spectacles avec des mammifères marins captifs

Le Mexique adopte une loi interdisant l’utilisation de dauphins, orques et autres mammifères marins captifs à des fins de divertissement. Les spectacles et élevages commerciaux sont concernés. (World Animal News)

4. Restauration de récifs d’huîtres dans la baie de Dublin

Dans la baie de Dublin, un projet vise à restaurer des récifs d’huîtres disparus afin de réparer l’écosystème marin, améliorer la qualité de l’eau et renforcer la biodiversité. (The Guardian)

5. Les Pays-Bas restreignent les publicités à forte empreinte carbone

Aux Pays-Bas, plusieurs villes interdisent les publicités pour la viande, les voitures polluantes et les voyages en avion dans l’espace public. Ces mesures ciblent des produits à forte empreinte climatique. (La Presse)

6. Le Brésil interdit les cosmétiques testés sur les animaux

Le Parlement brésilien vote l’interdiction de la vente de cosmétiques testés sur les animaux. La mesure vise à renforcer la protection animale et à aligner le pays sur des normes internationales. (Humane World for Animals)

7. Une proposition de loi pour protéger les captages d’eau potable

En France, le groupe écologiste à l’Assemblée nationale dépose une proposition de loi visant à protéger les captages d’eau potable, notamment par des restrictions sur les pesticides et activités polluantes. (AEF info)

8. Curitiba, un modèle urbain riche en espaces verts

Troc déchets contre légumes, transports en commun de qualité et qualité de vie incroyable : la métropole brésilienne de Curitiba offre plus de 50 m² d’espaces verts par habitant pour ses 1,7 million d’habitants, grâce à une planification urbaine écologique. (La Relève et La Peste)

9. Des avancées pour les animaux d’élevage en Italie

Loi de finance en Italie :  la création d’un fonds public pour aider les élevages à abandonner les cages et financer la transition vers des systèmes plus respectueux du bien-être animal vient d’être mis en place. (Humane World for Animals)

10. Deux chasseurs condamnés après la mort d’un cerf sur une propriété privée

En France, deux chasseurs sont condamnés après avoir tué un cerf sur la propriété de Luc Besson. Les faits relèvent d’une chasse illégale sur terrain privé. On aimerais que chacun des cas similaires soit traité avec autant de sévèrité, voire plus. (30 Millions d’Amis)

– Mauricette Baelen
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30.01.2026 à 09:04

Ukraine, réveil et islamophobie : les 10 actus de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.  1. Des frappes meurtrières en Ukraine Après une frappe meurtrière sur un train en Ukraine, la Russie a mené une nouvelle nuit de bombardements par drônes et missiles, touchant des civils et des infrastructures. Ces […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 

1. Des frappes meurtrières en Ukraine

Après une frappe meurtrière sur un train en Ukraine, la Russie a mené une nouvelle nuit de bombardements par drônes et missiles, touchant des civils et des infrastructures. Ces attaques prolongent l’offensive malgré les condamnations internationales. (France 24)

2. Les violences de Trump forcent un réveil de la gauche française

Aux États-Unis, la violence de la police de l’immigration sous Donald Trump provoque un réveil critique mais surtout tardif de la gauche française, qui établit des parallèles avec l’extension des pouvoirs policiers en France. (Mediapart)

3. Des gels d’avoirs décidés sans condamnation judiciaire

L’État français utilise le gel administratif des avoirs comme outil de répression islamophobe contre des militants et organisations soutenant la Palestine. Ces mesures, fondées sur le droit antiterroriste, visent des personnes sans condamnation, sur la base de la suspicion, en assimilant expression musulmane, antisionisme et terrorisme. (Politis)

4. Internet coupé pour contenir les manifestations

En Iran, l’accès à Internet est massivement interrompu, avec un rétablissement limité et sélectif, dans le but de contener les manifestations nationales. Le pouvoir entend aller au-delà du blackout temporaire pour instaurer des restrictions d’accès structurelles au réseau. (Mediapart)

5. Une surincidence de cancers près d’installations industrielles

À La Rochelle, une étude identifie une surincidence de cancers dans cinq quartiers, dont +27 % de cancers du poumon chez les hommes. Les habitants évoquent un cocktail de pollutions industrielles et l’inaction de l’État. (Reporterre)

6. Des étudiants dénoncent le greenwashing de Total

À Paris, des élèves et anciens élèves d’écoles d’ingénieurs contestent la venue du PDG de TotalEnergies à une conférence sur la transition énergétique. Ils dénoncent le greenwashing et les liens durables entre Total et l’enseignement supérieur. (Reporterre)

7. Le réchauffement climatique accroît fortement le paludisme

En Afrique, une étude publiée dans Nature prévoit 123 millions de cas supplémentaires de paludisme et jusqu’à 532 000 décès d’ici 2050. La hausse des températures et la fragilisation des systèmes de santé sont centrales. (Vert)

8. Une interdiction des réseaux sociaux fondée sur l’identification

Le projet d’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans repose sur la vérification d’âge par identité numérique (documents, reconnaissance faciale, France Identité). Il entraîne la fin de l’anonymat en ligne. (Frustration)

9. Des universités publiques presque toutes déficitaires

La quasi-totalité des universités devrait présenter un budget déficitaire en 2026. Le gouvernement annonce des assises sur le financement, sans moyens nouveaux. (Alternatives Économiques)

10. 49.3 par ci, 49.3 par là ! 

Le gouvernement Lecornu impose le budget 2026 par un nouveau 49.3 hier, avec suppression de 4 000 postes d’enseignants, baisse des crédits écologiques et absence de contribution accrue des ultra-riches.  (L’humanité)

– Mauricette Baelen 

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