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09.03.2026 à 15:50

Du PS à la Macronie, cette ancienne gauche qui ouvre la voie au RN

Simon Verdiere

Ce n’est un secret pour personne, le Rassemblement National et l’extrême droite ne cessent de progresser à chaque élection. Dans cette situation, la responsabilité du camp libéral, incarnée par des personnalités venant du PS jusqu’aux Républicains en passant par la Macronie, est colossale. À cela, s’ajoute le rôle crucial des médias de masse. Si le […]

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Texte intégral (2504 mots)

Ce n’est un secret pour personne, le Rassemblement National et l’extrême droite ne cessent de progresser à chaque élection. Dans cette situation, la responsabilité du camp libéral, incarnée par des personnalités venant du PS jusqu’aux Républicains en passant par la Macronie, est colossale. À cela, s’ajoute le rôle crucial des médias de masse.

Si le vote RN grimpe, c’est en grande partie lié aux discours et politiques racistes et libérales menées en France et dans le reste de l’Occident depuis plusieurs décennies. La diabolisation des idées de gauche, jusqu’à vider les mots de leur sens, a également contribué à faire progresser l’extrême droite.

À présent, le RN peut même être perçu comme la seule opposition au macronisme. Zoom sur un jeu plus que dangereux.

Les digues cèdent les unes après les autres

Il paraît loin le temps où l’intégralité du champ républicain s’unissait contre l’extrême droite. En 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen arrivait pour la première fois au second tour de l’élection présidentielle, la plupart des partis s’étaient mobilisés autour d’une candidature de droite – celle de Jacques Chirac – pour l’empêcher d’accéder au pouvoir.

Près d’un quart de siècle plus tard, les digues contre la peste brune semblent céder les unes après les autres, malgré les lourdes leçons de l’Histoire. Au fil des ans, les signes de ce délitement républicain étaient pourtant déjà bien perceptibles, comme une musique de moins en moins discrète.

Macron déroule le tapis rouge

Dès 2019, les Français ont pu entendre la droite traditionnelle, incarnée par le chef de l’État lui-même, reprendre des thèses nauséabondes venues directement des rangs de l’extrême droite. Ainsi, Emmanuel Macron, citait Charles Maurras, figure de l’antisémitisme et de l’extrême droite royaliste, avant de réhabiliter Philippe Pétain comme un « grand soldat ».

D’année en année, ses troupes se sont d’ailleurs alignées sur les thématiques du RN que le Président désignait comme « seul opposant sur le terrain ». L’on a ainsi pu voir les membres de Renaissance parler « d’islamo-gauchisme », « d’écoterrorisme », ou encore d’une France « ensauvagée », jusqu’à Gérald Darmanin, qui qualifiait Marine Le Pen de « trop molle ».

Emmanuel Macron s’est, lui aussi, droitisé un peu plus chaque année, n’ayant aucun scrupule à donner une interview au magazine d’extrême droite Valeurs Actuelles, condamné pour injure raciste, ni à affirmer que la violence dans la société serait un « processus de décivilisation ». En 2024, le fondateur d’En Marche a également flatté l’électorat transphobe pour tenter de décrédibiliser la gauche.

Une course effrénée vers l’extrême droite

Et hélas, ces multiples déclarations se sont également accompagnées d’actes concrets. Ainsi, le macronisme a noué de nombreux accords à l’Assemblée nationale pour donner des responsabilités aux représentants du RN, au détriment de ceux de la gauche. Pour satisfaire l’électorat d’extrême droite, il a aussi fait voter des lois liberticides et racistes, comme celle sur le séparatisme, ou sur l’immigration.

En 2024, suite à une victoire du RN aux élections européennes, le chef de l’État a provoqué la dissolution de l’Assemblée nationale dans l’idée, selon Contre Attaque, de gouverner avec le RN, supposant un virage à l’extrême droite lors des élections législatives.

Dans le budget 2026, le mouvement libéral a d’ailleurs encore accéléré sa stratégie raciste en procédant à des coupes pour le droit d’asile, ou bien en supprimant les aides au logement pour les étudiants non européens.

Un terreau de longue date

À ce programme d’extrême droite, il faut ajouter la somme des politiques néolibérales menées par les divers gouvernements depuis des décennies. À ce titre, le projet conduit par Emmanuel Macron représente un condensé sans équivoque de cette idéologie, avec comme première conséquence l’explosion des inégalités.

Ces politiques antisociales provoquent un déclassement qui constitue un formidable terreau pour l’extrême droite. Celle-ci rafle ensuite la mise en désignant des boucs émissaires : les musulmans, les « wokistes » ou encore les « assistés ».

Plutôt Hitler que le Front Populaire

Toutefois, ces crises inhérentes au capitalisme pourraient également profiter à la gauche de rupture, ce qui est déjà un peu le cas avec la montée de la France Insoumise dans les différents scrutins. Pour autant, si ce camp ne progresse pas autant que l’extrême droite, c’est bel et bien parce que la bourgeoisie préfère voir sur le devant de la scène les théoriciens du grand remplacement que ceux du partage des richesses.

En effet, en cas de victoire des identitaires, ceux-ci garantiront la conservation des intérêts des plus fortunés. Ce qui n’est pas le cas avec la gauche, si l’on se fie à son programme, notamment économique.

Les médias complices

Cet objectif de conservation des privilèges des plus aisés se retrouve chez les médias de milliardaires qui défendent leurs propriétaires. Ce phénomène est évidemment très visible au sein de l’empire Bolloré, mais pas seulement.

Car dans le sillage des médias Bolloré, de nombreux autres médias ont décalé leur fenêtre d’Overton vers des idées d’extrême droite. En témoigne, par exemple, l’explosion d’éditorialistes de ce bord, notamment venus de Valeurs Actuelles, sur les chaînes d’informations, y compris du service public.

Cette montée en puissance s’est bien sûr largement démontrée par les thématiques mises en avant par la presse ces dernières années : islam, immigration, insécurité, et surtout diabolisation de la gauche et de l’écologie, dont les sujets de prédilection se font de plus en plus discrets à l’antenne.

Médias en campagne : une mise à jour s'imposait. Version 2, mars 2026 👇

Acrimed (@acrimed.bsky.social) 2026-03-04T07:36:29.871Z

Diabolisation sans retenue de la gauche

Depuis le score très élevé de Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles de 2022, les attaques médiatiques contre ce camp progressiste n’ont d’ailleurs cessé de se multiplier, avec en point d’orgue le début du génocide à Gaza. Tantôt qualifiés d’antisémites, puis d’extrémistes ou « en dehors du champ républicain », les Insoumis·es sont devenus de véritables boucs émissaires pour la classe médiatique mainstream.

Des tirs à boulets rouges qui ont repris de plus belle à la suite de l’affaire Quentin Deranque, durant laquelle la télévision, les journaux et les représentants libéraux n’ont pas hésité à mettre sur un piédestal un militant néonazi pour de l’autre côté criminaliser l’antifascisme. Et ce, sans craindre de sacrifier la réalité des faits.

Des boussoles brisées

La France Insoumise est donc devenue aux yeux du RN jusqu’aux cadres du PS, le mouvement le « plus dangereux de France » et le RN a été banalisé. En plus d’avoir totalement explosé, le barrage républicain s’inverse pour se transformer en un front d’opposition à la gauche pour sauver les plus riches.

Chez les Républicains, le naufrage est complet, puisque dans le sillage d’un Éric Ciotti qui a déjà consumé son pacte avec le RN, d’autres semblent maintenant prêts à faire alliance avec la formation de Marine Le Pen, cofondée par des SS. Sans vergogne, Martine Vassal, candidate LR aux municipales de Marseille, reprenait d’ailleurs à son compte, en février 2026, la devise de la France de Vichy. Très loin de l’époque où Jacques Chirac refusait même de débattre avec le FN. La ministre déléguée, Aurore Bergé, n’a, elle, pas hésité à faire sien le vocable de Philippe Pétain, en qualifiant La France Insoumise de « parti anti-France ».

Et ce naufrage s’est encore poursuivi jusqu’au PS qui traite avec le RN à l’Assemblée Nationale et qui a surtout hurlé avec les loups dans le processus de diabolisation de LFI au profit de l’extrême droite. Certains cadres du PS refusent même d’envisager des alliances avec les Insoumis·es aux élections municipales, offrant un boulevard à l’extrême droite.

Relancer l’espoir

On l’aura compris, à force de jouer à ce jeu dangereux, le camp libéral, risque d’obtenir ce qui lui pend au nez : mettre le RN à la tête du pays. Et contrairement à ce que certains affirment, ce qui en résulterait est déjà observable.

Pour autant, malgré ce climat sombre sur lequel prospère le RN, il demeure néanmoins des raisons d’espérer. D’abord parce qu’une majorité des Français semblent méfiants envers les grands médias. Dans ce cadre, il existe des voies de passage pour la presse indépendante, non soumise aux intérêts de la bourgeoisie.

En outre, d’après les enquêtes, les Français sont également attachés au modèle social de services publics du pays. Reste donc à faire progresser ces idées dans la société pour naturellement écarter le RN qui n’aspire qu’à les combattre. Charge aux citoyens bien conscients de ces enjeux de continuer à militer pour qu’ils reprennent leur place sur le devant de la scène.

Simon Verdière


Photo de couverture : Strasbourg 1er tour des élections municipales 23 mars 2014. Wikimedia.

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07.03.2026 à 14:20

Les violeurs, ces hommes ordinaires

Elena Meilune

Le 6 novembre 2025, la notion de non-consentement a été officiellement introduite dans la définition pénale du viol et des agressions sexuelles. L’occasion de rappeler que contrairement aux idées reçues, les violeurs ne sont pas des psychopathes tapis dans l’ombre mais des hommes parfaitement intégrés à la société. Ils peuvent même être drôles, sympathiques, généreux, […]

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Texte intégral (4302 mots)

Le 6 novembre 2025, la notion de non-consentement a été officiellement introduite dans la définition pénale du viol et des agressions sexuelles. L’occasion de rappeler que contrairement aux idées reçues, les violeurs ne sont pas des psychopathes tapis dans l’ombre mais des hommes parfaitement intégrés à la société. Ils peuvent même être drôles, sympathiques, généreux, attendrissants. Il est temps d’affronter la réalité : la culture du viol est partout, et c’est précisément ce qui la rend si insidieuse.

[Article publié initialement le 8 avril 2025 – Mis à jour le 7 mars 2026, à la veille de la Journée internationale des droits des femmes.]

Alors que l’affaire Jeffrey Epstein tend déjà à s’effacer de l’actualité, elle demeure l’un des exemples les plus frappants d’un système où richesse, pouvoir et réseaux d’influence renforcent une impunité déjà largement répandue face aux violences sexuelles, profondément ancrées dans les structures de nos sociétés. 

La banalité des agresseurs 

Aujourd’hui encore, dès lors que l’on parle de violences sexuelles, un argument revient systématiquement : « Not all men ». « Tous les hommes ne sont pas comme ça » ; « JE ne suis pas comme ça » ; « JE ne me reconnais pas dans ces hommes » ; « Les violeurs sont des déviants, ce ne sont pas des hommes normaux, contrairement à MOI », etc.

Pourtant, si tous les hommes ne sont évidemment pas des violeurs, les agresseurs sexuels ne sont pas pour autant des êtres marginaux, isolés de la société. Ce sont, la plupart du temps, des individus parfaitement ordinaires : des voisins, des collègues, des amis, des membres de la famille, le conjoint, le frère, le père. La culture du viol, omniprésente dans notre quotidien, contribue à cette banalisation du mal.

Le procès des viols de Mazan a été un véritable électrochoc, rappelant que les violences sexuelles sont très souvent le fait d’hommes socialement intégrés. L’affaire Ary Abittan, elle, illustre une fois de plus comment la notoriété ou le capital symbolique d’un agresseur peuvent influencer le traitement médiatique et judiciaire d’une affaire, mais aussi l’opinion publique (effet de halo). À ce sujet, nous vous invitons à (re)lire notre article « L’égalité femmes-hommes : une fiction politique ».

« Not all men » : déshumanisation des victimes et déni du problème systémique

La réaction du Not all men est non seulement réductrice, mais elle contribue également à déshumaniser les victimes de violences sexuelles et à minimiser l’ampleur du problème. En se défendant personnellement, les hommes qui utilisent cet argument détournent l’attention des souffrances des victimes pour la recentrer sur leur propre inconfort.

Un cri de l’ego mal placé qui nie l’expérience vécue par des personnes qui ont vécu les violences et les réduit au silence, en leur faisant comprendre que leur douleur est moins importante que l’image que les hommes veulent projeter d’eux-mêmes. En insistant constamment sur le fait que tous les hommes ne sont pas des agresseurs, on occulte la réalité systémique de la culture du viol, qui est profondément enracinée dans nos institutions, nos discours et nos comportements quotidiens. Parmi ces hommes qui sont systématiquement sur la défensive dès lors qu’une femme ose dénoncer des violences qu’elle a vécues, combien respectent le consentement qui doit être libre, éclairé, spécifique, préalable, révocable ?

Cette négation systématique empêche ainsi toute discussion constructive sur les moyens de prévenir et de combattre les violences sexuelles, et perpétue un climat où les victimes hésitent à parler, de peur de ne pas être crues ou d’être confrontées à des réactions hostiles. Somme toute, le Not all men n’est rien d’autre qu’une forme de déni qui entrave la reconnaissance des victimes et freine les efforts nécessaires pour éradiquer cette violence insidieuse.

Plutôt que de chercher à se démarquer individuellement des violeurs, la véritable question est de savoir comment agir collectivement pour déconstruire la culture du viol et mettre un terme à ces violences. Les hommes ont tous un rôle essentiel à jouer : écouter et croire les victimes (au lieu de minimiser leurs témoignages, de chercher des excuses aux agresseurs, ou se disculper individuellement), remettre en question les comportements sexistes (que ce soit dans leur entourage, dans les médias ou dans l’espace public) et s’engager activement en dénonçant les propos ou attitudes qui participent à la culture du viol, plutôt que de rester passifs par peur de briser la solidarité masculine.

Il ne s’agit pas de généraliser ni de culpabiliser l’ensemble des hommes, mais de montrer qu’on évolue tous et toutes dans cette même société qui conditionne nos comportements, qu’on le veuille ou non. Parce que si les hommes ne sont évidemment pas tous des agresseurs, tous ont le pouvoir d’agir contre un système qui les avantage et réduit les violences sexuelles à des actes isolés alors qu’elles s’inscrivent dans les structures même de notre société.

L’instrumentalisation raciste du viol

Un des mythes les plus tenaces est celui du violeur perçu comme un monstre marginal, aisément identifiable par son apparence ou son comportement déviant. Une représentation complètement biaisée, évidemment exploitée par l’extrême droite et son féminisme de façade, dans le seul but de stigmatiser les personnes racisées, les désignant comme principales responsables des violences sexuelles. Pourtant, les données contredisent cette vision simpliste et erronée.

Il est important avant tout de déconstruire l’amalgame entre immigration et criminalité sexuelle. Les statistiques montrent que, contrairement aux idées reçues, les personnes étrangères ne sont pas du tout surreprésentés parmi les auteurs de viols. En réalité, 87 % des viols hors cadre familial sont commis par des hommes français. Des chiffres peu commodes pour des collectifs tels que Némésis qui instrumentalisent le féminisme pour justifier leur racisme et leur xénophobie.

Cette réalité souligne que les violences sexuelles sont avant tout une problématique liée à la misogynie et à la culture du viol, profondément ancrées dans la société, indépendamment des origines des agresseurs.

On sait aujourd’hui que la majorité des violeurs sont des hommes ordinaires, intégrés dans la société : collègues, amis, voisins, pères de famille. Selon un rapport publié en 2018, dans 91 % des cas de viols ou tentatives de viols, l’agresseur est une personne connue de la victime.

Les violeurs ne sont pas des hommes marginaux

L’affaire des viols de Mazan illustre de manière saisissante cette banalité du mal. Pendant 10 ans, Dominique Pelicot a drogué son épouse, Gisèle Pelicot, à son insu, permettant à des dizaines d’hommes de la violer pendant qu’elle était inconsciente. Ces hommes, âgés de 26 à 74 ans, provenaient de divers horizons professionnels, souvent avec des familles, et en apparence sans histoire, montrant que les agresseurs peuvent être des individus apparemment ordinaires et parfaitement intégrés socialement. ​

Malgré les preuves accablantes, le procès des violeurs s’est, à plusieurs reprises, transformé en procès de la victime elle-même. Gisèle Pelicot a dû faire face à des accusations odieuses et à une constante remise en question de sa parole, reflétant cette tendance sociétale à culpabiliser les victimes plutôt qu’à condamner fermement les agresseurs. Le procès a finalement abouti à la condamnation de Dominique Pelicot à vingt ans de réclusion criminelle, tandis que les autres accusés ont reçu des peines allant de trois à quinze ans. Cependant, si les accusations ont cette fois abouti, ce n’est généralement pas le cas dans les affaires de violences sexuelles.

Le plus alarmant est que nombre d’agresseurs ne se considèrent pas eux-mêmes comme tels. La culture du viol permet à des hommes de commettre des violences sexuelles sans jamais se percevoir comme des criminels. Il a suffi de voir l’attitude abjecte de la majorité des accusés lors du procès des viols de Mazan pour constater l’ampleur du désastre. En fin de compte, le problème n’est pas l’existence d’individus déviants, mais un système qui banalise et permet ces actes.

Violences sexuelles : une impunité historique

Pendant des siècles, le viol a été considéré comme un crime contre l’honneur de la famille plutôt qu’une atteinte aux droits de la victime. En France, il a fallu attendre 1990 pour que le viol conjugal soit officiellement reconnu par la Cour de cassation, alors qu’auparavant, les relations sexuelles forcées dans le cadre du mariage étaient implicitement tolérées. Ce retard juridique illustre la difficulté à reconnaître pleinement les violences sexuelles comme des crimes graves et autonomes.

Si des avancées législatives ont été réalisées, la réalité judiciaire reste alarmante. Parmi les plaintes déposées, très peu aboutissent à une condamnation et la grande majorité des violeurs ne sont jamais condamnés : seul un infime pourcentage des plaintes aboutit à une condamnation effective. En France, 86 % des plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite. Plus précisément, pour les affaires de viols, le pourcentage augmente jusqu’à 94 %. Et le taux de plainte pour viol demeure extrêmement faible : les victimes qui osent saisir la justice sont très minoritaires, découragées par la peur de ne pas être crues, la honte ou la lourdeur des procédures. Mais aussi parce que la loi n’est pas suffisamment protectrice. En 2020, seulement 0,6 % des viols ou tentatives de viol auraient donné lieu à une condamnation. Des chiffres qui font froid dans le dos.

Certaines facettes du système judiciaire, ainsi que les mythes qu’il porte, contribuent énormément à cette impunité. Tout d’abord, le problème de l’exigence de preuves matérielles : la justice repose souvent sur des éléments concrets (certificat médical, traces ADN), alors que la majorité des agressions ne laissent pas de marques visibles et qu’il est difficile de prouver l’absence de consentement. D’autre part, la parole des victimes est constamment remise en cause (même dans le cas d’un procès comme celui des viols de Mazan, où des vidéos des viols, preuves matérielles irréfutables, ont été diffusées lors du procès).

Leur comportement, leur tenue ou leur passé sexuel sont souvent scrutés pour discréditer leur parole, comme si elles devaient prouver qu’elles étaient des « victimes irréprochables ». Et l’image du viol commis par un inconnu dans une ruelle sombre, avec usage de la force, persiste malgré les données actuelles qui montrent qu’il ne s’agit que d’une minorité de cas, et nuit immensément à la reconnaissance des agressions où la contrainte peut être plus insidieuse (menaces, état d’ivresse, pression psychologique etc).

La banalité du mal : des violeurs ordinaires dans un système permissif

Hannah Arendt, dans son analyse du procès d’Adolf Eichmann, a forgé le concept de « banalité du mal » pour décrire comment des individus ordinaires, sans être animés par une cruauté exceptionnelle, peuvent commettre des actes monstrueux en se conformant aux normes et structures en place. Ce concept s’applique de manière glaçante aux violences sexuelles : les violeurs ne sont pas des monstres inhumains, mais bien souvent des hommes « normaux », intégrés socialement, qui évoluent dans un cadre où leur comportement est toléré, excusé, voire encouragé.

La culture du viol permet cette normalisation en façonnant une perception biaisée du consentement et des relations de pouvoir. Dans cette logique, les violences sexuelles ne sont pas le fait de psychopathes isolés, mais de personnes qui ont intégré et reproduit des comportements toxiques notamment la domination masculine qui inculque aux hommes qu’ils ont un droit sur le corps des femmes. Ces dernières sont objectifiées, réduites à des rôles de services sexuels et affectifs, et non considérées comme des individus à part entière.

Cette réalité souligne une responsabilité collective : les viols ne sont pas seulement une addition d’actes individuels, mais le symptôme d’un système permissif qui banalise ces violences. Tant que les blagues sexistes, le harcèlement ou la minimisation des agressions seront tolérés, les violences sexuelles continueront d’être perpétuées, non pas par des « monstres », mais par des Monsieur-tout-le-monde qui ne perçoivent pas la gravité de leurs actes.

L’omniprésence de la culture du viol

La culture du viol est un fléau qui imprègne toutes les sphères de notre société. Elle normalise les violences sexuelles, déshumanise les victimes et entrave les efforts de lutte pour l’égalité et la justice. Insidieuse, elle s’exprime sous différentes formes : des blagues sexistes aux remarques dégradantes, en passant par la minimisation des agressions et la culpabilisation des victimes. Dès qu’une femme ose dénoncer des violences sexuelles, une mécanique bien huilée se met en place pour discréditer sa parole : « Elle ment. », « Elle l’a bien cherché. », « Les garçons seront toujours des garçons. » Autant de phrases qui reviennent systématiquement et illustrent une tolérance latente envers ces crimes.

Rien qu’en observant les réactions face à une simple bande dessinée sur le consentement – où des centaines de commentaires profondément misogynes ont fusé –, on mesure à quel point cette culture est enracinée. Elle repose sur des stéréotypes, des injonctions et une impunité qui, ensemble, créent un terrain favorable aux violences sexuelles. À ce sujet, n’hésitez pas (re)lire notre article Misogynie en ligne : terrain d’une culture du viol 2.0.

Les mécanismes de la culture du viol

La culture du viol s’exprime par des phénomènes divers, en commençant par les stéréotypes de genre qui font percevoir les femmes comme passives, séductrices ou manipulatrices, tandis que les hommes sont considérés comme agressifs, dominateurs et incapables de contrôler leurs pulsions.

Des clichés qui légitiment les comportements violents et invisibilisent les discours sur le consentement. C’est linjonction à la virilité, cette pression exercée sur les hommes par la société pour qu’ils soient forts, dominants et sexuellement actifs qui finit par en pousser certains à adopter des comportements agressifs envers les femmes, par peur notamment d’être perçus comme faibles.

En parallèle, la culpabilisation des victimes reste immense : on ne cesse de remettre en question leur parole, on les accuse d’exagérer, de mentir, ou encore de provoquer leurs agresseurs par leur comportement ou leur tenue vestimentaire. S’il y a eu des évolutions de ce point de vue là, l’impunité des agresseurs reste énorme. Peu de poursuites judiciaires, des peines clémentes, des faits minimisés par les autorités… Le tout contribuant à dissuader les victimes de parler et encourageant les agresseurs à récidiver.

La culture du viol dans les différentes sphères de la société

La culture du viol est absolument partout, y compris dans le cadre familial, qui devrait normalement être un espace sécurisant. Elle est pourtant le berceau de nombreuses violences : conjugales, sexuelles, abus sur mineurs et incestes. 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année et 77 % de ces violences ont lieu au sein de la famille. Ces réalités, encore largement taboues, sont trop souvent étouffées par peur du scandale ou pour protéger les agresseurs, au détriment des victimes.

L’éducation est aussi imprégnée des violences sexuelles, du primaire jusqu’à l’université. Harcèlement sexuel, agressions lors de soirées étudiantes… ces violences sont fréquentes, tandis que les victimes peinent à obtenir un réel soutien. Selon une enquête de 2023, près de 40 % des jeunes femmes françaises ont subi une forme de violence sexiste ou sexuelle au sein de leur établissement scolaire.

Le milieu professionnel n’est guère plus protecteur : harcèlement sexuel, agressions commises par des supérieurs hiérarchiques et impunité généralisée y sont monnaie courante, laissant les victimes démunies face à un système défaillant. Selon une enquête de 2016 de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), 23 % des femmes ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail au cours de leur vie.

Les médias et la culture populaire jouent un rôle clé dans la perpétuation de ces normes oppressives. Par exemple, Lolita de Nabokov, reconnu comme un « chef-d’œuvre de la littérature moderne », est souvent présenté comme une histoire d’amour alors qu’il s’agit d’un récit de prédation pédocriminelle. D’autre part, de nombreuses œuvres très populaires glorifient l’insistance et le refus du « non » comme une forme de séduction, légitimant ainsi des comportements problématiques. James Bond, Autant en emporte le vent, La Belle et la Bête… Autant d’histoires qui banalisent des dynamiques toxiques sous couvert de romantisme. Même des sagas cultes comme Star Wars ont contribué à normaliser certaines attitudes, comme la fameuse scène où Han Solo force un baiser à Leia malgré ses protestations.

Au-delà de la fiction, la télévision reste un puissant vecteur de misogynie. Les comportements sexistes d’Arthur, animateur de l’émission À prendre ou à laisser, en sont une illustration frappante. Des vidéos des années 2000 montrent notamment Arthur embrasser une candidate par surprise ou déclarer à une autre : « Plus tu me résistes, plus je te dompterai », alors que la gêne des participantes est évidente. Plutôt que de reconnaître la gravité de ces attitudes et de présenter des excuses, l’animateur a préféré minimiser les faits en invoquant l’argument du « c’était une autre époque ». Il a même demandé à la justice de contraindre les plateformes X et Meta à supprimer ces vidéos, cherchant ainsi à effacer toute trace de ces séquences embarrassantes plutôt que d’en assumer la responsabilité.

Quant au système policier et judiciaire, loin d’être un rempart contre ces violences comme nous l’avons vu précédemment, il est gangrené par des préjugés sexistes et de nombreux obstacles empêchant les victimes d’obtenir justice. Le manque de formation des professionnels sur les violences sexuelles est effarant et renforce encore ces défaillances, laissant nombre d’agresseurs impunis.

In fine, que nous le voulions ou non, nous avons tous et toutes intériorisé les stéréotypes sexistes véhiculés par notre société. On rit d’une blague dégradante, on minimise une remarque déplacée, sans toujours mesurer leur impact sur la perception des violences sexuelles. Ces réflexes conditionnés participent à la banalisation des comportements oppressifs et au silence qui entoure les agressions. Se détacher de ces stéréotypes demande un effort conscient, un travail de déconstruction qui commence avant tout par une reconnaissance du problème.

Mais prendre conscience ne suffit pas. Changer les mentalités et lutter efficacement contre la culture du viol exigent une action collective : éduquer dès le plus jeune âge au respect et au consentement, refuser l’indifférence face aux comportements sexistes, soutenir les victimes, et exiger des réformes profondes, tant au sein du système judiciaire que dans les milieux éducatif et professionnel. Parce que si la société continue de tolérer ces violences, elles persisteront. Il ne tient qu’à nous de refuser cette fatalité et de bâtir un monde où elles n’ont plus leur place.

Elena Meilune


Photographie de couverture : Reportage de Tiphaine Blot / manifestation contre les violences sexistes et sexuelles à Paris le 23 novembre 2024

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06.03.2026 à 19:08

Chasse, avortement et fleuve : les 10 bonnes nouvelles

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer.  1. Chasse du lagopède suspendue pendant 5 ans Le Conseil d’État ordonne au gouvernement de suspendre pendant cinq ans la chasse au lagopède, un oiseau de montagne en fort déclin et disparu de nombreuses communes alpines. […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer. 

1. Chasse du lagopède suspendue pendant 5 ans

Le Conseil d’État ordonne au gouvernement de suspendre pendant cinq ans la chasse au lagopède, un oiseau de montagne en fort déclin et disparu de nombreuses communes alpines. (Reporterre)

2. L’UE veut financer l’accès à l’avortement dans un autre pays membre

La Commission européenne prévoit d’utiliser des fonds pour permettre aux femmes ne pouvant pas avorter dans leur pays de se rendre dans un autre État de l’UE, avec des frais médicaux et de transport pris en charge. (La Relève et la Peste)

3. Brésil : les peuples indigènes obtiennent l’abandon d’un projet de privatisation de fleuves

Après 33 jours d’occupation d’un port de Cargill, des communautés indigènes ont obtenu l’abrogation d’un décret autorisant la privatisation et le dragage de plusieurs fleuves amazoniens. (Révolution Permanente)

4 Des cultures de blé et betteraves viables sans pesticides

Une expérimentation menée pendant dix ans sur neuf sites en France montre que des cultures sans pesticides peuvent atteindre des rendements proches du conventionnel, notamment pour la betterave sucrière. (La Relève et la Peste)

5. Nemesis ne sera pas à la manif du 8 mars

Le collectif d’extrême droite Némésis a annoncé, jeudi 5 mars, qu’il ne prendrait pas part à la manifestation parisienne du 8 mars pour la Journée internationale des droits des femmes. Le groupe a indiqué qu’il organiserait son propre rassemblement dans le 16ᵉ arrondissement de Paris, après que plusieurs organisations féministes et syndicats ont réclamé l’interdiction de sa participation au cortège.(Le Monde)

6. Galice : un méga-projet d’usine de cellulose abandonné 

La Galice enterre la procédure d’autorisation d’une usine géante d’Altri à Palas de Rei, après des années de mobilisation (“Ulloa Viva”). Motif avancé : pas de raccordement électrique prévu avant au moins 2030, sans compensation pour l’entreprise. (taz)

7. Écosse : réintroduire des loups pourrait augmenter le stockage de CO₂

Selon une modélisation de chercheurs de l’Université de Leeds, environ 167 loups dans les Highlands pourraient réguler les cerfs et favoriser la régénération forestière, avec jusqu’à 1 million de tonnes de CO₂ captées par an.(Sciencepost)

8. Serbie : le pygargue impérial d’Orient en nette reprise

Après être tombée à un seul couple reproducteur il y a moins de 10 ans, la population atteindrait 19 couples nicheurs (dont 10 avec des jeunes), portée par le suivi de terrain et des programmes de protection. Des menaces persistent (empoisonnement, collisions avec lignes électriques). (Serbian Times)

9. Afrique du Sud : record de poussins manchots du Cap en centre de soin

SANCCOB annonce plus de 150 poussins manchots éclos dans sa nurserie, un record en une saison pour une espèce en danger critique, alors qu’il resterait moins de 10 000 couples reproducteurs à l’état sauvage. Les jeunes seront relâchés une fois aptes. (Good Things Guy)

10. Amazonie : une naissance redonne un espoir de survie à une tribu au bord de l’extinction

La tribu Akuntsu, réduite à trois femmes depuis la mort du dernier homme en 2017, a accueilli un garçon né le 8 décembre 2025, dont le père est issu du peuple voisin Kanoe. L’article rappelle que la protection des territoires autochtones est centrale face à la déforestation, notamment au Rondônia. (Libération)

* Photo de couverture – Wikipédia

– Mauricette Baelen

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06.03.2026 à 18:53

Guerres, pêche et armement : les 10 actus de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Liban : la communauté chiite prise au piège  Après des tirs du Hezbollah en soutien à l’Iran, les bombardements israéliens provoquent de nouveaux déplacements massifs au Liban, avec plus de 30 000 personnes contraintes […]

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Texte intégral (861 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Liban : la communauté chiite prise au piège 

Après des tirs du Hezbollah en soutien à l’Iran, les bombardements israéliens provoquent de nouveaux déplacements massifs au Liban, avec plus de 30 000 personnes contraintes de fuir leurs villages vers Beyrouth et le nord du pays. (Politis)

2. Guerre au Moyen-Orient : l’Iran met en garde les pays européens contre toute implication militaire

Téhéran avertit que toute participation européenne aux opérations menées aux côtés d’Israël ou des États-Unis serait considérée comme un acte hostile, alors que plusieurs capitales évoquent un soutien « défensif ». (Ouest-France)

3. Non-sens : la France exporte du blé mais importe des pâtes

La balance commerciale agroalimentaire reste légèrement excédentaire en 2025 (~200 millions €), mais à son plus bas niveau depuis les années 1970, en raison d’une dépendance accrue aux produits transformés importés. (Basta!)

4. Guerre en Iran : Trump et Netanyahou alliés mais aux objectifs stratégiques différents

Washington viserait surtout un rapport de force sur le nucléaire et l’influence régionale, tandis que le gouvernement israélien chercherait un affaiblissement durable de l’ Iran au Moyen-Orient. (L’Humanité)

5. Face au blocus américain, Cuba accélère ses réformes économiques locales

Pour résister aux sanctions et aux pénuries, le gouvernement cubain renforce l’autonomie municipale, développe l’initiative privée et cherche de nouvelles sources de devises pour stabiliser l’économie. (L’Humanité)

6. Après des frappes iraniennes, les Émirats envisagent de renforcer leur défense

Les autorités des Émirats arabes unis évaluent leurs capacités militaires après des attaques de drones et missiles attribuées à l’Iran, tout en affirmant ne pas vouloir servir de base à des opérations offensives. (The Sunday Guardian)

7.Guerre Iran : l’Espagne refuse l’utilisation de ses bases militaires par les États-Unis

Madrid refuse que Washington utilise les bases de Rota et Morón pour des opérations liées au conflit, provoquant la colère de Donald Trump qui évoque des représailles commerciales. (20 Minutes)

8. Gironde : quatre chalutiers soupçonnés d’avoir pêché illégalement dans une zone protégée

Une enquête basée sur les données de navigation estime à environ 2 200 heures la durée de pêche au chalut dans la bande côtière interdite des 3 milles marins entre 2023 et 2025. (Reporterre)

9. Pollution maritime : les ferries européens émettent autant de CO₂ que 6,6 millions de voitures

Selon Transport & Environment, les ferries opérant dans les ports européens ont rejeté 13,4 millions de tonnes de CO₂ en 2023, avec plusieurs ports méditerranéens parmi les plus polluants. (Reporterre)

10. Armement nucléaire : la France veut renforcer sa dissuasion et élargir sa protection en Europe

Emmanuel Macron annonce une modernisation de l’arsenal et une « dissuasion avancée » pour protéger certains alliés européens, dans un contexte mondial de réarmement nucléaire. (Reporterre)

11. Forêts françaises : l’exportation massive de chênes vers l’Asie inquiète les défenseurs des forêts

Des grumes de chêne sont de plus en plus exportées vers l’étranger pour être transformées puis réimportées, un modèle critiqué pour ses effets sur la gestion durable des forêts. (La Relève et la Peste)

* Photo de couverture – Unplash

– Mauricette Baelen

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06.03.2026 à 05:00

De la Chine à TikTok : L’organisation des réseaux internationaux de sadisme animal

Mr Mondialisation

Des réseaux internationaux de torture animale, organisés depuis la Chine et actifs sur Telegram ou TikTok, torturent chats et chiens à la demande pour des clients payants. Plus de 5 000 vidéos, cumulant 5,3 milliards de vues, illustrent l’ampleur de cette criminalité organisée. Les associations comme Gardiens des Félins et FUTUR dénoncent. [Des images difficiles […]

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Texte intégral (5202 mots)

Des réseaux internationaux de torture animale, organisés depuis la Chine et actifs sur Telegram ou TikTok, torturent chats et chiens à la demande pour des clients payants. Plus de 5 000 vidéos, cumulant 5,3 milliards de vues, illustrent l’ampleur de cette criminalité organisée. Les associations comme Gardiens des Félins et FUTUR dénoncent.

[Des images difficiles dans cet article peuvent heurter la sensibilité des lecteur·ices.]

[Temps de lecture : ~ 13 min]

Des vidéos de torture animale circulent depuis des années, mais leur visibilité a récemment franchi un cap. Les images se diffusent plus vite, plus loin, sur davantage de plateformes, et donnent l’impression d’un « nouveau » phénomène alors qu’il s’inscrit dans une réalité ancienne. Pour des activistes et associations, l’urgence est double : protéger les animaux, mais aussi empêcher que ces réseaux, qui s’organisent et se financent en ligne, continuent de prospérer dans les zones grises du droit et de la modération.

L’Association FUTUR et les Gardiens des Félins ont décidé de travailler ensemble pour rendre publique l’existence de ces réseaux, documenter leur fonctionnement et interpeller les autorités. Elles racontent une enquête menée sous tension, au contact d’un contenu traumatique, et dans un contexte où les signalements se heurtent à une inertie persistante.

Crédit photo : Gardiens des félins

Mr Mondialisation : Qui êtes-vous et que portent vos associations ?

Association FUTUR : « FUTUR est une association née il y a trois ans, mais nous militons pour certains depuis plus de vingt ans. Notre objectif est de faire changer le regard qu’on porte sur les animaux. On parle beaucoup des animaux dits de ferme, souvent ignorés. Mais aussi des animaux sauvages victimes de la chasse, des cirques, des corridas. Nous avons une vingtaine de salariés, et nous avons de nombreux projets, dont celui du Sanctuaire du FUTUR qui est assez unique.

Dans ce dossier de torture animale, nous avons reçu un mail des Gardiens des Félins qui nous a mis au courant des détails de la situation. Nous avons décidé de nous associer pour mettre ça en avant. Quand nous avons reçu les images, cela a été extrêmement difficile émotionnellement. C’était horrible. Une seule personne a pu agir à ce moment-là – notre monteur vidéo – tant l’impact de cette pratique était violent. Mais c’était important de le montrer et de le nommer. Nous avons donc publié une vidéo sur les réseaux sociaux. »

« Quand on est tombées sur ce sujet, on a été tellement choquées qu’on ne pouvait pas ne rien faire. On a essayé de visibiliser, puis de comprendre comment agir. »

Heliya : « Gardiens des Félins est une association franco-suisse qui dénonce les réseaux de torture animale dans le monde. Notre campagne sur les réseaux de torture de chats et autres animaux a commencé en soutien au travail déjà en cours par Feline Guardians, un collectif international qui appelle à une loi anti-cruauté animale en Chine. Nous sommes 3 à gérer Gardiens des Félins. Elisa, Audrey et moi.

Pour ma part, je suis activiste depuis plusieurs années et je me spécialise dans les causes peu ou pas encore visibilisées. J’ai connu la problématique des réseaux de torture animale via le travail d’une association coréenne qui soutient aussi Feline Guardians. Même si le sujet était connu là-bas, il ne l’était pas du tout en France. Dans notre association, je suis référente stratégie : je travaille à construire des réponses juridiques et politiques contre ces réseaux. L’association existe depuis deux ans et a commencé en tant qu’antenne française seulement.

Pendant longtemps, personne ne voulait vraiment écouter. Je suis arrivée il y a un an et demi, et l’association est devenue franco-suisse. À la base, les filières de torture de chats à l’international, notamment en Chine, étaient les seules dénoncées.

C’est la stratégie de Feline Guardians de parler des chats, mais notre association franco-suisse dénonce l’entièreté des cruautés qui existent à cause du vide juridique chinois en termes de protection animale et nous souhaitons rendre visibles toutes les victimes — pas uniquement les chats. Il y a des singes, des lapins, etc. Nous parlons aussi des différents réseaux mondiaux de torture animale et appelons à un renforcement de la loi, en Chine comme ailleurs. »

Crédit photo : Gardiens des félins

Elisa : « Je suis référente administration et création de contenu. Je fais un peu de toutes les tâches : la gestion des informations, leur organisation, leur diffusion. Je suis basée en Suisse. Audrey et moi sommes meilleures amies depuis plus de vingt ans. »

Audrey : « Je gère surtout la communication et la transmission d’informations. J’ai découvert le sujet grâce à une activiste suisse. Au début, j’ai eu comme un « rideau blanc » : j’ai ignoré ce que j’avais vu pendant deux ou trois semaines. Puis je suis revenue vers elle en lui disant que je ne dormais plus et que je devais comprendre quoi faire. Je ne connaissais pas toutes les associations qui en parlaient déjà et je me suis retrouvée projetée dans une réalité que je n’arrivais pas à imaginer. »

« Quand on parle de “torture”, on imagine un phénomène contre lequel on ne peut rien. Pourtant, la violence de ces vidéos dépasse l’entendement. […] Notre objectif est d’élargir la mobilisation, car ces réseaux touchent tous les animaux. »

Mr Mondialisation : Comment avez-vous compris qu’il s’agissait de réseaux structurés ?

Heliya : « Des activistes documentent ces faits depuis longtemps. Des comptes comme Feline Guardians compilent des preuves depuis 2023, mais on sait que ces réseaux existent depuis au moins vingt ans. La différence récente, c’est la viralité : des vidéos se retrouvent exposées au grand public, ce qui attire aussi de nouveaux profils et renforce le phénomène. »

Elisa : « Pour moi, tout est parti d’une vidéo très connue, celle du “cat blender”, qui a circulé sur TikTok. Elle a été supprimée sur TikTok, mais elle circule encore. C’est là que j’ai compris qu’un simple retrait ne règle rien : le contenu se déplace et continue ailleurs. »

 « Quand on signale, on voit aussi une différence de réaction selon les plateformes. TikTok peut être plus sévère. Instagram, souvent, ne voit pas le problème ou laisse passer. »

Mr Mondialisation : Qu’est-ce qui vous a le plus choquées en enquêtant ?

Elisa : « Comprendre que ce n’est pas uniquement un business. L’argent est parfois un bonus. Le moteur, c’est la domination, le sadisme, une forme de plaisir à faire souffrir. »

Heliya : « Ce qui m’a frappée, c’est l’impunité. Dans certains pays, il n’existe pas de loi sur la torture animale. Les auteurs peuvent être poursuivis au mieux pour trouble à l’ordre public, avec quelques jours de garde à vue. Ils s’en vantent, et cette absence de cadre nourrit une arrogance. »

« Concrètement, en Chine, ils peuvent torturer en plein jour et il ne se passe rien. »

Mr Mondialisation : Les autorités étaient-elles déjà au courant ?

Heliya : « Des informations existent depuis des années. En Chine, un média lié au gouvernement a déjà publié des articles, des réseaux ont été infiltrés, et pourtant aucune loi structurante n’a été mise en place. Cela pose une question politique majeure : pourquoi la non-action ? »

Audrey : « Avant de faire partie de Gardiens des Félins, on a écrit trois fois à l’ambassade de Chine en Suisse et on a été ignorées. J’ai aussi posé des questions poliment sur les réseaux de l’ambassade de Chine à Séoul : mes commentaires ont été supprimés et les commentaires ont été restreints de manière générale. C’est un schéma récurrent : les messages sont effacés, bloqués. »

Heliya : « Nous savons aussi qu’il existe des éléments concernant des personnes bien placées au Japon par exemple, mais nous n’avons pas accès à toutes les informations sensibles des autres pays. Chaque association ou collectif qui soutient Feline Guardians s’occupe prioritairement des recherches dans son propre pays. Plusieurs ambassades sont au courant, mais elles n’agissent pas ou ne semblent pas pouvoir agir. »

Crédit photo : Gardiens des félins

Mr Mondialisation : Avez-vous infiltré ces réseaux ?

Heliya : « Des recherches sont menées, mais l’infiltration sans cadre, faite dans l’urgence, peut nuire au travail. Des personnes isolées qui sont révoltées et pensent bien faire, entrent dans des groupes, et finissent par polluer la collecte d’informations ou alerter les auteurs. La première chose à faire est de se coordonner. Venez en parler avec notre association si le sujet vous touche et que vous avez envie d’agir. »

« La première chose à faire est de se coordonner. Venez en parler avec notre association si le sujet vous touche et que vous avez envie d’agir. »

Mr Mondialisation : Comment ces réseaux fonctionnent-ils concrètement ?

Audrey : « Il y a des mots-clés sur les réseaux et des redirections vers plusieurs sites. Sur ces sites, on peut payer. Les gens choisissent l’animal, la méthode de torture et parfois la durée, qui peut aller jusqu’à des semaines. Les groupes se réunissent ensuite sur Telegram, Nicegram et d’autres plateformes. Ils échangent sur les méthodes, sur la manière de prolonger la souffrance, et même sur des façons de réanimer. Leur objectif est que ce soit le plus brutal possible et que ça dure le plus longtemps possible. 

Avant certains reportages déjà, il fallait parfois réaliser soi-même une vidéo pour intégrer les réseaux. Aujourd’hui, ils recrutent de plus en plus d’enfants, d’adolescents ; des femmes aussi sont impliquées : C’est un énorme business. Chez beaucoup d’hommes, il semble exister une excitation sexuelle liée aux cris des animaux. 

Les vidéos se revendent, se recyclent. On a vu des éléments renvoyant à la pédocriminel. Les réseaux sont liés entre eux, se soutiennent, et c’est aussi pour cela qu’ils tiennent depuis des décennies. »

Mr Mondialisation : Quelle est l’ampleur de ces groupes, et à quel point la situation met en danger ceux qui enquêtent ?

Audrey : « Le plus gros groupe que j’ai pu voir était d’environ cinq cent mille personnes. Et certains gardent une façade de “gens normaux”. Ils récupèrent des animaux dans la rue ou via des associations, et il existe des réseaux de complicités : Certains restaurateurs appellent des gens en conscience de leurs actes pour qu’ils les débarrassent des animaux. 

« Les activistes chinois risquent leur vie tous les jours. Les tortionnaires menacent de mort, font du chantage, menacent de diffuser des vidéos compromettantes, ou torturent davantage si on parle. »

Heliya : « Dès qu’on s’expose pour les dénoncer, ils nous insultent. Les chinois de ces réseaux de torture appellent les occidentaux les “white pigs”, alors même qu’ils sont bien contents d’attirer des fans à l’international, car un de leurs objectifs est de “banaliser la cruauté”.

Reste à savoir si les tortionnaires ou les sadiques qui visionnent ces vidéos dans nos pays sont au courant du mépris qu’ont les tortionnaires chinois envers eux. Il y a une recherche de montrer sa superiorité via la torture chez une partie des tortionnaires chinois. Nous pouvons être menacées régulièrement, mais c’est souvent du bluff. Et en Europe, nous sommes plus protégées. »

Mr Mondialisation : Qui sont les profils derrière ces violences ?

Heliya : « Il y a vraiment tous types de profils et nous sommes conscientes que ceux qui “tiennent les ficelles” sont bien cachés. Dans les tortionnaires ou les sadiques de ces réseaux qu’on retrouve facilement, on y constate des jeunes comme des adultes, des étudiants comme des professionnels très qualifiés. On pourrait croire que c’est une certaine catégorie de personnes seulement qui aime voir ou faire souffrir, mais c’est loin d’être le cas…. »

Crédit photo : Gardiens des félins

Audrey : « Par exemple, des vétérinaires ont été identifiés. La journée, ils soignent, et le soir ils torturent, parce que, selon eux, “personne ne connaît mieux l’anatomie qu’eux”. Certains étaient payés pour récupérer des animaux, les soigner, les torturer, puis les remettre dans la rue. Mais globalement, il y a de tout, des avocats, des journalistes… Tous les profils et même des femmes contrairement à ce que l’on pourrait penser. 

Il y a aussi un discours de déni, notamment l’idée que “tout serait de l’IA”. J’ai parlé avec des personnes chinoises qui le pensaient. Cela s’explique aussi par le fait que les réseaux “classiques” sont très contrôlés là-bas, ce qui permet de maintenir le doute ou de disqualifier la réalité. »

Mr Mondialisation : Plateformes, diffusion, modération : pourquoi tout cela continue-t-il ?

Heliya : « On observe des liens avec d’autres violences en ligne, comme le “crush fetish”, et plus largement un continuum de contenus extrêmes, par exemple en lien avec la pédophilie. Quand des groupes sont fermés, ils se recréent immédiatement. Il n’y a pas une censure assez poussée et pas assez de coopération. Notre objectif n’est pas de “faire fermer Internet”. Nous cherchons à préserver des preuves, parce que sans preuves il n’y aura pas d’action judiciaire. C’est une ligne difficile : lutter contre la diffusion tout en documentant. »

Audrey : « Nicegram est très utilisé, et il existe d’autres plateformes dont on connaît mal les mécanismes. Toutes les plateformes sont impliquées d’une manière ou d’une autre. »

Mr Mondialisation : comment vous protéger psychologiquement face à ces images ?

Heliya : « On ne se protège pas vraiment. La charge psychologique est énorme et nous souhaitons aussi que ce soit reconnu. Le manque de possibilité d’actions des autorités, en Chine et à l’international, nous laisse seuls avec le traumatisme. »

Elisa : « J’ai mis en place un mécanisme de défense. Je n’ouvre plus les vidéos sauf nécessité. J’ai dû trier à un moment. La limite est difficile. Et même en dehors, on a des flashs, tout le temps. »

Audrey : « Je vis dedans tous les jours. Je souffre d’anxiété généralisée sévère. J’ai cru plusieurs fois devoir aller aux urgences psychiatriques. Et ça déborde dans la vie quotidienne : un repas, un four, un micro-ondes, et les images reviennent. Je vérifie sans cesse qu’aucun de mes chats est bien présent. Ces vidéos laissent des traumatismes durables. »

Crédit photo : Gardiens des félins

Mr Mondialisation : Ces violences annoncent-elles d’autres passages à l’acte ? Et comment protéger les enfants ?

Heliya : « Oui, parce que ces réseaux recrutent, normalisent l’extrême, et attirent de plus en plus de jeunes. Il existe même des groupes d’enfants, y compris en Europe. Tant qu’il n’y a pas de loi, il y aura toujours des contournements. »

Audrey : « Beaucoup disent “j’ai signalé”. Mais signaler ne suffit pas : ça déplace. Tant que le droit n’existe pas ou ne s’applique pas, on ne fait que déplacer le problème. »

Mr Mondialisation : Que faudrait-il faire pour que ces réseaux s’arrêtent ?

Heliya : « Il faut une loi qui nomme la torture animale, et qui criminalise les auteurs, les diffuseurs et ceux qui paient ou consomment gratuitement. Sans réponse pénale, l’économie de ces réseaux reste intacte. »

Mr Mondialisation : Qu’est-ce qui vous donne la force de continuer ?

Elisa : « Ce n’est pas l’espoir qui nous tient, c’est l’urgence. Chaque minute qui passe permet à ces gens de continuer. Tout cela doit cesser au plus vite. »

Audrey : « Tant que ça existe, on ne peut pas arrêter. Ce n’est plus possible d’accepter ça. »

Heliya : « Mon espoir est dans le fait de tout essayer. Même si les institutions déçoivent, continuer, c’est refuser que les victimes disparaissent dans le silence. »

Mr Mondialisation : Comment soutenir concrètement votre action ?

Heliya : « Il faut nous rejoindre sur les réseaux sociaux, lire et signer la pétition, la partager, aider à distribuer des flyers, répondre à nos appels à l’action. On a besoin de certaines compétences spécifiques, comme des informaticiens, des graphistes, des relais. »

Audrey : « On sait que c’est un sujet difficile. Beaucoup n’ont pas envie d’entendre. Mais j’aurais aimé que des personnes influentes réagissent. On nous dit parfois “ça va polluer ma page”. Pourtant, la Chine est un sujet complexe, oui, mais ces réseaux prolifèrent dans le monde entier. Si des voix puissantes n’aident pas à rendre visible, comment faire bouger les choses ? »

Heliya : « On avance aussi avec nos propres forces. Toutes les associations ont besoin de soutien. Et il ne faut pas attendre que les médias “donnent la permission” d’exister : on est au début d’un processus où les médias apprennent à faire confiance à ce travail. »

Mr Mondialisation : Pourquoi insistez-vous autant sur la pétition, et sur l’idée de ne pas en multiplier d’autres ?

Elisa : « On a fait l’expérience de ce que ça implique : centrer tout le monde sur une pétition permet d’avoir une direction claire. Multiplier les pétitions fragmente et affaiblit. Unissons nos force plutôt que de les dissiper. Rejoignez-nous. »

Heliya : « La pétition sert à casser le discours qui réduit tout à des “réseaux de torture de chats”. C’est une problématique globale : des réseaux mondiaux de torture animale. Aujourd’hui, il y a des membres partout, y compris dans nos pays. On ne peut pas externaliser le problème.

Mais ce sont aussi de nombreuses autres problématiques qui perdurent à cause de l’absence de protection animale en Chine : le commerce de viande de chiens et de chats, celui de la fourrure, le dressage violent qui est devenu viral, les jeux de foire avec des animaux comme cibles et et une banalisation croissante de la maltraitance, pleinement assumée.

« Quand on fait des demandes politiques, on nous oppose souvent la même question : combien de personnes soutiennent ? Une pétition est un levier imparfait, mais c’est un outil de pression publique. »

L’objectif, c’est de pousser l’affaire dans le débat public, pour obliger des prises de position. Aussi, certaines personnes disent “ça ne sert à rien” alors qu’on doit construire un rapport de force légal et politique. »

Mr Mondialisation : Quelle est la vraie problématique, au fond, derrière ces réseaux ?

Heliya : « Le cœur du problème, c’est le vide juridique et les zones grises. L’absence de protection animale en Chine est connue et dénoncée depuis longtemps. Comme elle n’a pas été stoppée, ces réseaux ont pu s’étendre à l’international et la maltraitance a pu se banaliser via les réseaux sociaux. Le vide juridique permet d’aller plus loin : la cruauté n’est pas clairement légale, mais pas clairement illégale, et cette ambiguïté est exploitée. 

Les méthodes d’approvisionnement ne tombent pas du ciel. On retrouve des logiques proches du commerce gris : vol de chiens et chats dans la rue, animaux récupérés parce qu’ils ne “servent plus”, circuits parallèles. Cela rejoint aussi d’autres industries où l’animal est un objet, comme la fourrure, certaines foires, et d’autres formes d’exploitation. »

Audrey : « Ce que ces réseaux révèlent, c’est l’escalade. Quand personne ne stoppe, tout devient possible. Et nous, on refuse de s’habituer à l’inhumain. »

Propos recueillis par Mauricette Baelen


Photo de couverture : ©Unsplash

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05.03.2026 à 05:00

En finir avec les caricatures sur le Venezuela – Volet 4 : La guerre de communication

Simon Verdiere

Depuis 1998, le Venezuela a connu une guerre médiatique intense, soutenant constamment l’opposition au Chavisme et dépeignant Hugo Chávez ou Nicolás Maduro comme des dictateurs sanguinaires. Des épisodes qui ont probablement atteint leur apogée à la réélection de Nicolás Maduro dans un contexte de violences considérables, jusqu’à être accusé de crimes contre l’humanité en 2019. […]

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Texte intégral (3673 mots)

Depuis 1998, le Venezuela a connu une guerre médiatique intense, soutenant constamment l’opposition au Chavisme et dépeignant Hugo Chávez ou Nicolás Maduro comme des dictateurs sanguinaires. Des épisodes qui ont probablement atteint leur apogée à la réélection de Nicolás Maduro dans un contexte de violences considérables, jusqu’à être accusé de crimes contre l’humanité en 2019.

Dans ce quatrième volet d’une enquête consacrée au Venezuela, Mr Mondialisation revient sur des accusations grave portées à l’encontre de son gouvernement, en s’appuyant sur des éléments concrets apportés par deux journalistes spécialistes de l’Amérique latine : Maurice Lemoine, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, et Romain Migus, fondateur de la plateforme francophone d’information sur l’Amérique Latine et les Caraïbes Les 2 Rives.

Intensification des mensonges

En 2019, de jour en jour, la guerre médiatique contre le Venezuela s’intensifie, agrémentée par des mises en scène et l’instrumentalisation d’événements organisés par l’opposition. Cette année-là, plusieurs centrales hydroélectriques sont ainsi sabotées pour couper le courant et faire porter le chapeau au gouvernement.

Dans la même veine, un entrepôt alimentaire et un bâtiment appartenant à l’Institut vénézuélien de Sécurité sociale sont incendiés, entraînant une perte considérable dans le domaine de la santé. Toujours en 2019, les tentatives de coups d’État et les attaques se poursuivent de plus belle. Comble de l’horreur, un groupe paramilitaire sera arrêté en possession de trois têtes humaines près de la frontière colombienne.

Des événements qui seront systématiquement décrits dans la presse comme des défaillances du gouvernement Maduro, tantôt dépeint en dictateur, tantôt en incapable. « Il y a eu des années de lavage de cerveau », martèle Maurice Lemoine dans une interview au média Elucid. Il poursuit : « cela ne me dérange pas qu’on critique le Venezuela et Maduro », mais il regrette un clair manque de pluralisme, notant qu’il n’a vu personne « sur tous les plateaux de télévision, défendre le Venezuela », pas même timidement.

Un rôle crucial des ONG

Mais si l’opinion a été aussi perméable à ce récit sans nuance, c’est également parce que ce dernier a bénéficié d’un soutien considérable de la part de certaines ONG qui ont bien souvent dénoncé le Venezuela comme une dictature sanguinaire.

Pourtant, Maurice Lemoine souligne que « tous ces grands organismes n’enquêtent pas par eux-mêmes ; ils s’appuient sur des ONG locales ». Il explique ainsi qu’aux alentours de 2019, l’un des principaux pourvoyeurs d’informations dans le domaine est « le média numérique Runrun.es », site proche de la droite vénézuélienne, et notamment dirigée par Nelson Bocaranda. Cet adversaire historique du chavisme aurait, d’après WikiLeaks, travaillé pour le compte de l’ambassade américaine. Or, c’est ce site, en collaboration avec « Mi Convive », « une autre organisation liée à l’opposition », qui a créé un « compteur de morts » à Caracas.

Julian Assange, fondateur de WikiLeaks – Flickr

Maurice Lemoine insiste et remarque que certains rapports, comme celui bien connu d’Amnesty International en 2019, qui évoquait des « crimes contre l’humanité », sont « biaisés et partisans ». Celui-ci se fondait en effet sur la section vénézuélienne de l’ONG, dirigée par Marcos Gómez, « appartenant sociologiquement à une classe moyenne » peu en adéquation avec les intérêts des pauvres dont le chavisme a « fait sa priorité ». Le journaliste ajoutant que « celui-ci a implicitement et explicitement pris parti pour l’opposition ». Il dépeignait, en particulier, le Venezuela des années 70-80 comme une « Suisse sud-américaine », alors que le pays connaissait déjà de multiples violences à l’époque.

Des financements problématiques

Le rédacteur de « Mémoire des luttes » cite également d’autres structures sur lesquelles s’appuient les médias occidentaux, comme Provea, Foro Penal, ou l’Observatoire vénézuélien de la violence, qui sont toutes « financées de l’extérieur, par des acteurs intéressés et cul et chemise avec l’opposition ». De son côté, Romain Migus, confirme ces affirmations, assurant que « la plupart des ONG sont financées par des personnes hostiles au Venezuela. »

Provea, par exemple, recevait des « financements de l’US AID », une organisation très liée au gouvernement américain, et ironiquement fermée en 2025 par Donald Trump, mais aussi de « l’Union européenne, l’ambassade britannique ou encore la Fondation Ford ». Par ailleurs, il pointe également le rôle de la « Fondation Nationale pour la démocratie » (NED), une institution américaine bien connue pour son ingérence à travers le monde.

Quand les ONG suppléent la CIA

À propos de la NED, Maurice Lemoine rappelle qu’Allen Weinstein, qui fut son premier président, déclarait dans les années 90 qu’une « grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui, la CIA le faisait clandestinement il y a vingt-cinq ans ». Difficile d’être plus explicite.

Quant à Human Right Watch, très impliquée dans le dénigrement du Venezuela, elle a également « reçu 100 millions de dollars de la part du financier George Soros » via sa fondation Open Society Foundations qui prétend « défendre la démocratie et les droits de l’Homme » dans le monde. Mais celle-ci participe surtout à favoriser les intérêts américains sur la planète, comme lorsqu’elle a contribué à renverser le président serbe, Slobodan Milošević, en 1997.

« […] on ne peut en aucun cas cautionner son instrumentalisation et sa manipulation pour attaquer des gouvernements de manière aussi brutale ».

Néanmoins, Maurice Lemoine ajoute qu’en tant que « militants des droits de l’Homme, on doit continuer à défendre cette juste cause, mais on ne peut en aucun cas cautionner son instrumentalisation et sa manipulation pour attaquer des gouvernements de manière aussi brutale ».

Même l’ONU s’y met

L’ONU semble également avoir apporté sa pierre à l’édifice, puisque Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, et Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme entre 2018 et 2022, a emboîté le pas à toutes ces ONG avec un rapport accablant. Pour autant, Maurice Lemoine dénonce « une pression constante de Washington et de l’Union européenne sur l’ex-dirigeante ». Début 2019, elle indique dans un document officiel que les forces de l’ordre vénézuéliennes ont causé « au moins 205 morts ».

Michelle Bachelet en 2012 – Flickr

Pourtant, après sa visite au Venezuela trois mois plus tard (autorisée par Nicolás Maduro, ce qui serait curieux pour un régime dictatorial), elle fait un nouveau rapport faisant état de « 5287 morts ». Un dossier qui reste flou, puisqu’il parle au conditionnel en disant que « beaucoup de ces morts violentes pourraient constituer des exécutions extrajudiciaires ».

Dans la foulée, le gouvernement vénézuélien s’est frontalement opposé à ce texte, sans toutefois absoudre l’ensemble de ses policiers, admettant l’existence de « 292 affaires survenues entre 2017 et 2019, dans lesquels 388 agents de FAES ont été impliqués pour homicide, traitement cruel et violation de domicile ».

Maurice Lemoine note cependant que, dans un contexte « d’insécurité hors norme » aggravé par « l’implantation de groupes criminels et/ou paramilitaires lourdement armés », il y a nécessairement des « bavures », d’autant que la puissance des affrontements a « la caractéristique d’une guerre ». Ces « bavures » ne sont pas des excuses, mais la triste illustration de ce que produisent, presque mécaniquement, des contextes de guerre sociale et de confrontation armée.

Les 18 000 morts imaginaires du Monde

Romain Migus illustre parfaitement cette guerre de l’information en démystifiant un article du journal Le Monde qui évoque « 18 000 exécutions extrajudiciaires » (voir la vidéo ci-dessous). Dans l’un de ses papiers, Maurice Lemoine démontre, lui aussi, sans peine, que le chiffre avancé par le média de Xavier Niel et repris partout en France, ne correspond à aucune forme de réalité. En effet, comme expliqué précédemment, les organisations les plus farouchement opposées au gouvernement Maduro, elles-mêmes, ne proposent pas de telles données.

Aperçu censuré – Capture d’écran de la vidéo explicative de Romain Migus, à propos des « 18000 morts ».

Les chiffres, y compris les plus lourds, alors donnés par l’ONU, son très loin des affirmations du journal français qui se revendique pourtant d’un rapport de ces mêmes Nations Unies. Ce décompte vient en réalité de l’ONG Human Right Watch, dont le responsable du secteur Amérique latine entre 1994 et 2022, José Miguel Vivanco, est un farouche opposant au Chavisme, formé aux États-Unis. Celui-ci disait d’ailleurs : « nous avons fait ce rapport parce que nous voulions démontrer au monde que le Venezuela n’est un modèle pour personne ».

D’après Maurice Lemoine, l’enquête est « faite d’extrapolations » et de « conditionnel ». Pire, elle se repose sur l’interview de seulement neuf familles de victimes. Son concurrent Amnesty International n’annonçait, quant à lui, que 8000 décès (dix mille de moins !) « dont huit ont fait l’objet d’un examen approfondi ».

« avec de telles variantes, les chiffres et ceux qui les manipulent, ont-ils encore un quelconque semblant de crédibilité ? »

De quoi interroger Maurice Lemoine : « avec de telles variantes, les chiffres et ceux qui les manipulent, ont-ils encore un quelconque semblant de crédibilité ? » Romain Migus ajoute qu’on ne peut pas « remettre en cause la bonne foi des militants de base » de ce type d’ONG, mais qu’il faudrait cependant « questionner les agissements de leurs directions. »

Crime contre l’humanité ?

Fin 2019, la presse occidentale récidive et affirme que l’ONU accuse cette fois-ci Nicolás Maduro de « crimes contre l’humanité ». Romain Migus note pourtant que quelques jours avant la sortie de ce rapport, le Venezuela avait signé « un partenariat avec le haut commissariat aux droits humains de l’ONU » pour un « accompagnement afin d’améliorer ce qui doit être amélioré ».

Romain Migus remet, de fait, très fortement en doute le document, soulignant d’abord que « les enquêteurs ne sont jamais allés au Venezuela ». Le texte parle d’ailleurs là encore au conditionnel, estimant « qu’il existe des motifs raisonnables pour croire qu’il a été commis des violations des normes internationales sur les droits humains ».

De quoi douter du sérieux des enquêteurs qui récidivent d’ailleurs plus loin dans leur texte en assurant dans un charabia presque risible qu’il existe « des motifs raisonnables » de croire en leurs conclusions lorsque « les informations factuelles recueillies satisfont un observateur prudent et objectif que l’incident s’est produit tel que décrit avec un degré raisonnable de certitude. »

Un niveau de preuves extrêmement douteux

Mais le texte ne s’arrête pas là, puisqu’il admet lui-même que « le niveau de preuve requis ne donne pas lieu à la détermination de la responsabilité pénale. Il appartient aux autorités pénales compétentes d’enquêter sur les faits et les comportements documentés dans le rapport ». En d’autres termes, cette investigation, qui affirme que Nicolás Maduro aurait commis des crimes contre l’humanité, commande elle-même à ce qu’une deuxième enquête soit organisée pour vérifier ses conclusions.

« Une méthodologie plus que douteuse », commente Romain Migus. D’autant que le texte ajoute que « les informations qui sont présentées ici sont pour la plupart inférieures à celles qui sont nécessaires pour obtenir une condamnation pénale ».

Des sources souvent partisanes

Le journaliste explique en outre que cette enquête s’est fondée sur des réunions en ligne et surtout sur une « compilation d’articles de presse » d’opposition et de rapports des ONG précédemment citées. Il note aussi, dans ce document, l’omniprésence de Christopher Figuera, ancien « directeur du renseignement vénézuélien » qui a « participé activement à une tentative de coup d’État en 2019 » et qui, après son échec, « a fui aux États-Unis ».

Une source majeure pourtant loin d’être neutre, comme l’admet le dossier lui-même : « la mission est consciente de son rôle reconnu dans la tentative de coup d’État d’avril 2019 et de son intention exprimée d’impliquer le président Maduro dans la perpétuation de crimes graves ».

Des éléments problématiques, mais condamnés

Romain Migus admet qu’il y a bien eu des comportements problématiques parmi les forces de l’ordre vénézuéliennes. Mais il souligne cependant qu’il y a aussi eu de nombreuses sanctions par la justice. Ainsi, en 2019, « 167 policiers ont été condamnés pour des manquements aux droits de l’Homme » et « 436 pour homicide ».

De quoi relativiser le narratif d’une violence d’État totalement impunie, comme le soutiennent certains médias. Mais ces condamnations – sur un fond de milliers d’exécutions présumées – rappellent que la justice doit aller plus loin pour restaurer la confiance. A-t-on vu pareil démarche dans une dictature classique ? Non, mais l’autoritarisme vénézuélien n’en est pas moins réel.

Un manque criant de nuances

Comme Comme cette enquête l’a montré, le Venezuela n’est ni un paradis ni un modèle à suivre aveuglément. Des exactions policières avérées – et condamnées en partie – coexistent avec une insécurité endémique et une corruption persistante.

Mais l’acharnement de certains médias occidentaux et ONG à isoler ces faits du contexte – sanctions économiques étouffantes, coups d’État avortés, violences paramilitaires – pose légitimement question sur leur objectivité. Juger un pays en crise comme une démocratie européenne classique relève d’une forme d’aveuglement.

D’autant plus, qu’après avoir constaté la réponse répressive du gouvernement Macron à la crise des Gilets Jaunes, il aurait été intéressant d’observer comment le « pays des droits de l’Homme » aurait réagi face à tout ce qu’a pu subir la nation sud-américaine. Il est d’ailleurs amusant de voir que, toute proportion gardée, les mêmes médias vilipendant le Venezuela n’ont pas eu une indignation similaire envers des comportements abusifs dans l’hexagone. Un deux poids, deux mesures, pourtant aussi prévisible qu’éloquent.

→ Enquête à suivre dans le cinquième volet, à partir du jeudi 12 mars 2026.

 Simon Verdière


Photo de couverture – Montage Mr Mondialisation

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