14.10.2026 à 06:00
mondialisation
Octobre 2026. En France, la jeunesse se soulève et la gauche de rupture est créditée d’environ 19-20 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle de 2027. Cette dynamique est l’occasion d’une rétrospective sur la victoire, en Espagne, du mouvement Podemos. Les Indignés avait fait, en 2015, de la démocratie participative, de […]
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Le dimanche 24 mai 2015, la politique espagnole connait une petite révolution : Podemos et ses alliés sont arrivés en tête aux élections municipales à Barcelone et pourraient remporter Madrid, fief des conservateurs depuis 1991.
Créé seulement un an auparavant, dans la lignée du mouvement des Indignés, le jeune parti anti-austérité allié aux listes citoyennes insuffle l’espoir de mettre fin au bipartisme espagnol, le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), qui dirige tour à tour l’Espagne depuis la fin de la dictature, empêtré dans les scandales financiers et les affaires de corruption.
Ils étaient attendus, ils en sont sortis grands gagnants : Podemos et ses alliés, des listes citoyennes regroupant collectifs et militants associatifs, ont fait basculer la scène politique espagnole, malgré l’opposition des grands médias acquis aux partis traditionnels. Ada Colau, militante anti-expulsions tête de liste à Barcelone, a remporté la ville avec 25,21 % des suffrages aux élections municipales.
À Madrid, la candidature de « Ahora Madrid », soutenue par Podemos et emmenée par la juge Manuela Carmena, arrive en deuxième position derrière le Parti Populaire (PP) de Esperanza Aguirre, elle aussi empêtrée dans plusieurs scandales de corruption, à l’image de son parti. Si Podemos décide de s’allier avec les « socialistes » du PSOE arrivés troisième, ils pourraient ravir la mairie de la capitale au Parti Populaire, dans des terres historiquement conservatrices.

D’autres villes ont vu les plateformes citoyennes arriver en tête ou légèrement derrière le PP : Saragosse, Corogne, Santiago… La particularité de ces plateformes est d’avoir regroupé des acteurs d’horizons divers se tenant habituellement à l’écart de la politique dite « professionnelle » et surtout des partis traditionnels.
La future maire de Barcelone, Ada Colau, est une activiste du droit au logement depuis les années 2000, après avoir milité dans les mouvements antilibéraux dénonçant le G8. Suite à la crise financière et immobilière qui frappa durement l’Espagne, elle fonda en 2009 la plateforme anti-expulsion PAH (Plataforma d’Afectats per la Hipoteca) afin d’apporter une aide juridique aux expulsés ou menacés d’expulsion immobilière.
La liste qu’Ada Colau a menée à la tête de Barcelone, « Barcelona en Comu », est composé de membres de Guanyem (ex-Indignés présents localement en Catalogne), d’indépendantistes catalans, de syndicalistes, de militants associatifs, d’écolos, de membres de Podemos et de divers mouvements sociaux catalans.
« De cette crise, personne ne sortira comme avant. Ce qui nous attend, c’est, au choix, un horizon féodal, avec une augmentation brutale des inégalités, une concentration sans précédent des richesses, de nouvelles formes de précarité pour la majorité des citoyens. Ou alors, une révolution démocratique, où des milliers de personnes s’engagent, pour changer la fin du film. Cette opportunité, certains, comme Podemos, l’ont saisie à l’échelle nationale. Nous, il nous a semblé que Barcelone était le cadre idéal pour lancer cette démocratisation », expliquait Ada Colau, dans un entretien à Mediapart en novembre 2014.
Membre de Guanyem, Ada Colau a pu notamment compter sur le soutien de Joan Subirats, un universitaire spécialiste des questions d’exclusion sociale à Barcelone, et celui de l’avocat des droits humains, Jaume Assens, très critique envers ce qu’il nomme le « clan Pujol » en référence à Jordi Pujol, ex-président de la Catalogne aujourd’hui empêtré dans un vaste scandale de corruption. La force de Guanyem fut d’organiser de nombreuses rencontres et débats dans les quartiers de Barcelone afin de connaitre les souhaits, les problèmes et attentes des habitants.

Encore plus surprenant que la victoire de « Barcelona en Comu », l’ex-juge anti-corruption Manuela Carmena pourrait remporter la mairie de Madrid, acquise aux conservateurs depuis 24 ans et siège du PP. Ancienne juge du Tribunal suprême et fondatrice de l’association Juges pour la démocratie, l’ex-magistrate a toujours voulu rester en dehors de la politique traditionnelle, jusqu’à ce qu’elle prenne la tête de la liste citoyenne Ahora Madrid. Sur le même modèle que celle de Barcelone, cette liste regroupe des membres des partis de gauche et écolos, ainsi que des citoyens, des ex-Indignés, des acteurs des mouvements sociaux et des militants associatifs.

Arrivée juste derrière le PP au premier tour (32% / 34%), cette militante de longue date pour les droits humains, ancienne avocate soutenant les victimes du franquisme, pourrait prendre la tête de la ville si elle reçoit le soutien du PSOE. Face à elle, la candidate du PP, l’aristocrate Esperanza Aguirre, réputée pour ses positions très conservatrices et ultralibérales, qui représente pour beaucoup la caste au pouvoir en Espagne depuis des décennies, gangrenée par les scandales de corruption.
Admiratrice de Margaret Thatcher, opposée à l’avortement, ex-ministre et ex-présidente du Sénat, Esperanza Aguirre fut présidente de la région de Madrid entre 2003 et 2012, période durant laquelle se succédèrent les affaires de corruption. Surnommée par les Indignés la « comtesse de la corruption », Esperanza Aguirre est soupçonnée d’avoir couvert les membres de son parti visés dans les scandales de corruption. De son coté, Manuela Carmena propose notamment de lutter…contre la corruption, d’ouvrir la gestion de la mairie aux citoyens et de diviser par deux son salaire de maire.
Le 13 juin 2015, Manuela Carmena est devenue maire de la capitale espagnole grâce au soutien du PSOE. Mais cette dynamique ne va pas suivre une trajectoire linéaire. En 2019, la droite reprend la mairie de Madrid, tandis qu’Ada Colau est réélue à Barcelone avant de perdre son mandat en 2023. Sur le plan national, Podemos est entré au gouvernement en 2020 aux côtés des socialistes. Mais les rivalités internes, les désaccords stratégiques et la concurrence entre les différentes composantes de la gauche ont affaiblit le mouvement.

Onze ans après les élections municipales qui avaient fait souffler un vent d’espoir sur l’Espagne, le bilan est donc contrasté. Podemos n’a pas réussi à remplacer durablement le bipartisme qu’il combattait, mais il a contribué à bouleverser le paysage politique espagnol et à imposer au débat public des questions longtemps reléguées au second plan : le droit au logement, les inégalités sociales, l’austérité et la corruption. Son passage au pouvoir a également montré qu’une force issue des mouvements sociaux pouvait obtenir des avancées concrètes, tout en révélant les difficultés liées aux compromis gouvernementaux.
À l’heure où une partie de la jeunesse française exprime sa défiance envers le libéralisme et où la gauche de rupture pourraient gagner en 2027, l’histoire de Podemos résonne particulièrement. Car si le plus difficile est parfois de gagner une élection, le véritable défi reste de transformer l’espoir suscité par cette victoire en un changement politique durable.
– Mr Mondialisation
Photo de couverture : Ada Colau lors de la nuit électorale de Barcelona en Comú de lors des élections de 2015. Wikimedia.
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Mr Mondialisation
Huit ans après son adoption, la loi EGalim peine à s’imposer dans la restauration collective. Cette législation de 2018 exige pourtant 50 % de produits durables, dont 20 % de bio, ainsi que 100 % de viandes et poissons durables. Malgré ces obligations, les seuils sont loin d’être atteints. Face à cette inertie, une coalition […]
The post Pesticides, cancers : l’État loin des 20 % de bio dans les cantines publiques first appeared on Mr Mondialisation.Plus de bio dans la restauration collective – cantines, hôpitaux, restaurants universitaires, restauration d’entreprise, c’est pour quand ? Pas tout de suite, apparemment. Et pour cause : les chiffres dévoilés par l’analyse des déclarations faites sur le site gouvernemental « Ma Cantine » révèlent que l’État lui-même ne fait pas vraiment preuve d’exemplarité. Dans les ministères, les CROUS, les prisons ou les entreprises publiques comme la SNCF et EDF, seuls 35,4 % des produits déclarés sont considérés comme durables, avec à peine 12,8 % issus de l’agriculture biologique. Ces données montrent un écart significatif par rapport aux 20 % de bio exigés par la loi.
Mais alors, qu’est-ce qui bloque ? On se le demande, surtout que l’approvisionnement en aliments bios et locaux n’est pas le problème, comme l’admet elle-même l’administration, qui reconnaît ce retard comme « incompréhensible ». L’exemple n’est donc pas donné par l’État, dont l’inaction s’inscrit dans une tendance plus large au niveau national : sur l’ensemble de la restauration collective, moins de 7 % des achats sont en bio, loin de l’objectif légal. En d’autres termes, sans mécanisme de contrôle effectif ni de sanctions au niveau national, la loi risque de rester un vœu pieux plutôt qu’un outil de transformation.
Au-delà du simple respect administratif, l’application d’EGalim porte des enjeux majeurs. Pour la santé publique, augmenter la part de bio permet de réduire l’exposition aux pesticides et aux polluants chimiques comme les PFAS, particulièrement importants pour les enfants qui consomment chaque jour les repas servis à la cantine.
Cette question de santé publique résonne particulièrement en ce mois d’Octobre rose. Mathilde Panot a récemment dénoncé les liens historiques entre l’industrie à l’origine de la campagne et le géant des pesticides Syngenta, qu’elle accuse également d’être « étroitement lié au projet d’expansion coloniale d’Israël » via sa filiale Adama. Le 3 octobre 2026, des milliers de personnes, parmi lesquelles des malades du cancer, des agriculteur·ices et des militant·es, se sont mobilisées devant un site de Syngenta pour dénoncer les ravages des pesticides ; une partie du cortège a été exposée aux gaz des forces de l’ordre.
Sans oublier la loi Duplomb, votée en juillet 2025 par la majorité de l’Assemblée nationale après une alliance entre la droite et l’extrême droite, c’est une succession d’épisodes qui interroge, une fois de plus, les priorités d’un gouvernement davantage prompt à réprimer les mobilisations qu’à protéger la santé publique, alors même que la jeunesse se mobilise dans les lycées.
Pour le monde agricole, l’enjeu est majeur et trace la voie vers la transition écologique et agricole. En effet, les producteurs qui s’engagent dans la transition ont besoin de débouchés stables et rémunérateurs. La commande publique représente un marché considérable (près de 4 milliards de repas servis annuellement) qui pourrait sécuriser leurs revenus et structurer durablement les filières biologiques et locales. Refuser d’utiliser ce levier, c’est freiner la transition en ne garantissant pas les conditions économiques nécessaires à sa réussite. Une vision défendue aujourd’hui par les associations qui œuvrent pour la défense d’une alimentation et d’une agriculture plus respectueuse des paysan·nes et du vivant.
Face à cette inertie, cinq associations – Notre Affaire à Tous, Générations Futures, Bio Consom’acteurs, Agir pour l’environnement et le Collectif Les Pieds dans le Plat – ont décidé d’agir. Elles ne demandent pas une nouvelle loi, mais l’application stricte de celle qui existe déjà. Leur demande préalable vise à obtenir de l’État qu’il respecte ses propres objectifs dans ses cantines, qu’un contrôle effectif soit mis en place et que la commande publique serve enfin les filières locales et biologiques.
Si le gouvernement ne donne pas suite sous deux mois, la coalition prévoit de saisir la justice administrative. Cette démarche rappelle que la loi n’est pas facultative et que l’exemplarité de l’État est indispensable pour crédibiliser les politiques, qu’elles soient alimentaires ou touchent à d’autres enjeux sociétaux. Car, comme le rappellent les associations engagées dans cette procédure, derrière chaque assiette servie se dessine un choix de société : celui de continuer sur un modèle industriel ou de construire une agriculture soutenable face à l’urgence climatique et écologique.
– Emilie Fenaughty
Photo de couverture : Mathilde Panot. Wikimedia.
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Simon Verdiere
La suppression de Parcoursup figure en bonne place des revendications majeures des mobilisations de l’automne 2026. Créé en 2018 par Emmanuel Macron, ce dispositif en ligne était censé optimiser l’orientation des bacheliers vers l’enseignement supérieur. Huit ans plus tard, Parcoursup est largement dénoncé par les élèves, les parents, les professionnels de l’éducation et du supérieur. [Temps […]
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[Temps de lecture estimée : ~ 8 minutes]
Chaque année, des centaines de milliers de lycéens se trouvent sous la pression de Parcoursup. Pendant des mois, les étudiants subissent l’angoisse des résultats et sont déjà soumis à une âpre mise en concurrence dès leur plus jeune âge. La plateforme s’est, en outre, transformée en véritable outil de ségrégation, reproduisant, sans ambiguïté, les inégalités. Zoom sur un échec absolu, symbole d’un séparatisme social institué par le macronisme.

Depuis ses débuts, Parcoursup n’a cessé d’être critiqué pour la pression qu’il engendre. Certains lycéens peuvent ainsi passer des mois à scruter leurs vœux, leurs rangs et d’interminables listes d’attente.
L’outil était censé mettre fin au tirage au sort qui avait parfois lieu auparavant lorsqu’une formation avait plus de demandes que de places et que d’autres critères avaient été épuisés (académie, niveau de préférence, situation familiale…).
Frédérique Vidal, ministre de l’Éducation de l’époque, promettait même qu’aucun bachelier ne « recevrait un non » sur le portail. Et pourtant, tous les ans, des milliers d’étudiants peinent à trouver une issue. En juillet 2026, ils étaient près de 100 000 sans affectation.
Dès ses débuts, le système était déjà contesté, accusé d’opérer un tri entre les lycéens. Si le procédé précédent était loin d’être parfait, il installait néanmoins l’idée que l’obtention du baccalauréat offrait un droit aux études supérieures. Avec Parcoursup, l’entrée n’est plus garantie, et la sélection entre postulants reste opaque.
Il existe certes un algorithme national qui classe les élèves en fonction de leurs résultats au lycée et au bac. Mais d’autres critères viennent s’ajouter au niveau local. Et à ce petit jeu, chaque université dispose d’une liberté de discrétion. Impossible alors de ne pas y voir une sorte de tri social déguisé.
Dans ce contexte, les lycéens ne disposent évidemment pas tous des mêmes cartes. L’établissement d’origine joue d’abord un rôle prépondérant. Ainsi, dans certaines filières prestigieuses, un bachelier issu d’une banlieue défavorisée aura nettement moins de chances qu’un élève des beaux quartiers parisiens, y compris si ses résultats sont brillants. Le défenseur des droits a d’ailleurs déjà été saisi sur cette question.
Ces inégalités sociales sont aussi trahies par les lettres de motivation ou par certains documents que doivent produire les lycéens et qui laissent parfois transparaître leur milieu social. Là encore, les adolescents venant de familles privilégiées disposeront, en outre, d’appuis beaucoup plus solides pour construire leur dossier grâce au bagage culturel ou professionnel de leurs parents. Ceux-ci seront, de surcroît, plus en mesure d’indiquer à leurs enfants les parcours à choisir pour atteindre leur but et d’expliquer comment multiplier les stratégies.
Lors du passage de la licence au master, une autre plateforme du même type a aussi été mise en place. Mais ici, les noms des candidats ne sont plus anonymisés, comme c’est le cas pour les bacheliers. De ce fait, une étude a ainsi démontré que les personnes avec des patronymes à consonances « africaines » avaient moins de chances d’être retenues.
Au-delà de l’injustice soulevée par ce système opaque, c’est aussi le logiciel de pensée instillé par la macronie qui pose question. Dans une société déjà de plus en plus basée sur l’individualisme, les lycéens sont placés en concurrence les uns avec les autres avant même d’arriver à l’âge adulte.
Cette ambiance installe un stress permanent avec l’enjeu suivant : la moindre note au lycée pourrait influencer toute une vie. Comme si un jeune de 17 ans était tenu de construire un projet professionnel tout tracé.
Mais plus loin encore, les adolescents ne sont pas seulement sommés de trouver un avenir, il leur faudra aussi se battre entre eux pour être certains de voir leur vœu se réaliser. Cette philosophie brise dès le plus jeune âge toute idée de solidarité et installe la croyance qu’il est nécessaire « d’écraser les autres pour réussir ».
En somme, le gouvernement libéral d’Emmanuel Macron a déjà tenté pendant près de dix ans de soumettre les nouvelles générations à son dogme du « tous contre tous », comme si l’université devait former de futurs travailleurs corvéables et prêts à surpasser tout le monde. Assujettir les lycées à une immense charge de labeur et à une pression constante s’inscrit d’ailleurs également dans ce mode de pensée.
Cette sélectivité accrue va, en outre, conduire certains étudiants à renoncer à leurs véritables aspirations pour bifurquer vers des choix « raisonnables ». La décision de l’orientation peut même devenir une sorte d’auto-censure. Là où plusieurs filières et universités resteront pratiquement intouchables, d’autres ouvriront plus largement leurs portes, mais ne seront pas valorisées pour une entrée en master.
De quoi décourager bon nombre de jeunes et tout simplement les pousser à abandonner leurs cursus pour se tourner directement vers le milieu du travail ou des secteurs moins « ambitieux » et moins en phase avec leurs rêves. Parcoursup et son système de compétition installent aussi une forme de résignation et de soumission au monde capitaliste.
Ce système met également en place une logique de rentabilité : les élèves doivent choisir des études pour espérer en tirer un emploi et un revenu. Les filières sont alors hiérarchisées, à l’instar des établissements, et un certain prestige prend même le dessus sur le droit à l’éducation, la culture, la formation et l’émancipation intellectuelle.
L’alternative à ce système ne consiste donc pas seulement à créer un Parcoursup plus « humain » ou plus « transparent ». Le problème est plus profond et plus simple à la fois : il n’y a pas assez de places pour tout le monde aux endroits où les jeunes veulent étudier.
Là encore, la logique austéritaire interdit d’investir et le sous-financement de l’enseignement supérieur est directement responsable de la situation. Plutôt qu’instaurer une concurrence sans pitié, il conviendrait donc de rendre au baccalauréat son statut de sésame pour l’université.

Si une faculté n’a plus assez de places pour ses étudiants, alors elle doit en ouvrir des supplémentaires plutôt que trier les gens. Pour ce faire, il est indispensable de rénover et d’agrandir les installations, de faciliter l’accès au logement et renforcer les équipes enseignantes.
De facto, les jeunes n’ont pas à porter la responsabilité de pénuries organisées par un manque de volonté politique. C’est au contraire à l’État d’assumer cette charge pour mettre fin à un système aussi inégalitaire que Parcoursup. Parce qu’à 18 ans, chacun devrait pouvoir choisir ce qu’il veut apprendre sans avoir l’impression de jouer son avenir à la loterie.
– Simon Verdière
Paris le 6 février 2018. Journée de grève et d’action contre la réforme du lycée et de l’université. Pour le maintien du bac comme diplôme national et pour l’abandon du plan Étudiant (projet de loi Vidal). Flickr.
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Des véhicules intermédiaires pour réduire la dépendance à la voiture en zone rurale À Saint-Augustin, en Corrèze, le festival « Roue Libre en Folie » a présenté des véhicules intermédiaires, entre vélo et […]
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À Saint-Augustin, en Corrèze, le festival « Roue Libre en Folie » a présenté des véhicules intermédiaires, entre vélo et voiture, pour faciliter les déplacements ruraux. Speed bikes, vélos à habitacle, véhicules à assistance solaire ou quadricycles électriques peuvent atteindre jusqu’à 80 km/h selon les modèles. Pour des acteurs locaux de la mobilité, ces véhicules pourraient répondre à une partie des trajets du quotidien, dans des territoires où les transports en commun sont limités. (Télé Millevaches)
Dans la plaine de la Crau, près d’Arles, des chercheurs expérimentent depuis novembre 2025 la plantation de 900 pieds de brachypode sur d’anciens sites militaires contaminés par des métaux lourds. L’objectif n’est pas de dépolluer les sols, mais de limiter la dispersion des polluants grâce à la couverture végétale et au système racinaire de la plante. Les premiers résultats préliminaires sont encourageants, notamment après une période de sécheresse exceptionnelle (La Relève et La Peste)
Une étude menée auprès de 95 participants montre que l’exposition à des environnements naturels et l’écoute de chants d’oiseaux sont associées à une diminution du stress physiologique. Les chercheurs ont notamment observé une baisse de la fréquence cardiaque lors de l’écoute de chants d’oiseaux, y compris dans un environnement urbain. Ces effets étant indépendants, les auteurs estiment que la végétation et les ambiances sonores naturelles pourraient aussi contribuer au bien-être en ville. (HuffPost)
Dans le parc national des Cairngorms, en Écosse, une étude menée par l’Université de Cambridge a recensé plus de 6 millions d’arbres sur 569 km² grâce à des relevés LiDAR analysés avec l’aide de l’IA. Parmi eux, 2,65 millions sont des arbres de petite taille, soit plus de 40 % des arbres recensés. Ces résultats témoignent de la régénération des forêts natives portée notamment par le projet Cairngorms Connect, engagé sur 200 ans. (BBC Countryfile Magazine)
Le gouvernement britannique a finalement renoncé à faire payer l’entrée des musées nationaux aux visiteurs étrangers. La gratuité, en vigueur depuis 2001 dans 15 institutions subventionnées comme le British Museum ou la National Gallery, sera donc maintenue. En 2023-2024, les visiteurs étrangers représentaient 43 % de leur fréquentation. (franceinfo)
Dans l’État de Rio de Janeiro, la famille Locke a planté environ 840 000 arbres indigènes en deux décennies sur d’anciennes terres d’élevage dégradées. Ce reboisement a restauré plus de 600 hectares et permis le retour du tapir du Brésil, disparu de la région depuis environ un siècle. Réintroduits dans la réserve de Guapiaçu à partir de 2017, trois premiers individus se sont reproduits et la population dépasse désormais une vingtaine d’animaux. (Linternaute)
En 2025, environ 2 millions de dépistages d’infections sexuellement transmissibles ont été réalisés dans le cadre de « Mon test IST », lancé en septembre 2024. Le dispositif permet aux moins de 26 ans de se faire dépister gratuitement, sans rendez-vous ni ordonnance, pour cinq IST : VIH, hépatite B, syphilis, gonorrhée et chlamydia. Dans les laboratoires Cerballiance, ces tests représentent un tiers des dépistages d’IST et permettent notamment de détecter une part importante des infections chez les jeunes. (franceinfo)
Dans le Queensland, un programme de lutte contre l’étoile de mer « couronne d’épines », qui contribue à la perte de coraux sur la Grande Barrière, a généré environ 20 millions de dollars australiens de retombées économiques en 2024-2025, pour 5,5 millions investis. Il a également soutenu 61 emplois équivalents temps plein dans la région de Cairns. (Oceanographic Magazine)
Dans le Kentucky, des chercheurs ont découvert un champignon vivant dans une graminée sauvage qui produit une combinaison rare de trois alcaloïdes – molécules pourraient contribuer à protéger la plante contre les insectes. L’étude publiée dans Applied and Environmental Microbiology pourrait aussi aider à mieux comprendre ces interactions et à développer des graminées fourragères plus sûres. (Phys.org)
Depuis 2023, le CHU de Poitiers propose des ateliers pour apprendre à réduire les polluants comme les perturbateurs endocriniens présents dans l’air intérieur et les produits du quotidien. Ouverts à tous depuis octobre 2026, ils abordent notamment les produits ménagers, les cosmétiques et l’alimentation. Le dispositif pourrait désormais être étendu à l’ensemble de la Vienne. (Vert)
* Photo de couverture : Unsplash
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. À Lens, un lycéen grièvement blessé lors de la mobilisation Un lycéen de 15 ans a perdu sa main gauche lundi à Lens, en marge de la mobilisation lycéenne, blessé après le tir d’une […]
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Un lycéen de 15 ans a perdu sa main gauche lundi à Lens, en marge de la mobilisation lycéenne, blessé après le tir d’une grenade, probablement assourdissante, par les forces de l’ordre. Le lycée Auguste-Béhal a été fermé le lendemain, tandis que des enseignants se sont rassemblés devant l’établissement. Des enseignants et des élèves dénoncent un usage « disproportionné » de la force. L’IGPN a été saisie. 141 établissement étaient fermés hier. (Mediapart)
Une étude menée à partir de 5,5 millions d’identifiants suivis par les Restos du Cœur entre 2018 et 2025 analyse les trajectoires de grande pauvreté. Depuis 2018, la précarité résidentielle a augmenté de 62 %, avec les enfants de 0 à 9 ans particulièrement concernés. L’étude estime qu’environ 10 % de la population pourrait avoir recours à l’aide alimentaire dans les dix prochaines années. Elle souligne aussi l’impact du chômage et des loyers sur la précarité, ainsi que l’effet protecteur du logement social. (Les Restos du Cœur)
À Saint-Pierre-la-Garenne, dans l’Eure, 15 000 personnes ont manifesté le 3 octobre contre Syngenta et les conséquences sanitaires des pesticides. Des agriculteurs et des associations écologistes, ainsi que des personnes touchées par le cancer ont participé au rassemblement. (Là-bas si j’y suis)
Les glaciers suisses ont perdu 5,5 % de leur volume en 2026, après une baisse de près de 20 % en cinq ans. Le glacier d’Aletsch a notamment perdu jusqu’à 13 mètres d’épaisseur sur son point de mesure le plus bas. Au moins 30 glaciers pourraient avoir disparu cet été, tandis que la Suisse en a déjà perdu plus de 1 000 en cinquante ans. Cette fonte menace aussi les ressources en eau, dont la contribution devrait diminuer à mesure que les glaciers disparaissent. (franceinfo)
Dans le cadre d’une proposition de loi visant à améliorer la prise en charge des violences sexistes et sexuelles contre les femmes et les enfants, les députés ont examiné un article qui prévoyait de confier ces enquêtes à des services spécialisés de police et de gendarmerie. Mais lors des débats, cette obligation a été supprimée : le gouvernement avait proposé de la retirer, puis des amendements déposés par des députées ont abouti au même résultat. L’article 3 a finalement été adopté sans obliger le ministère de l’Intérieur à créer ces unités ni à imposer une formation spécifique à leurs agents. (Projet Arcadie)
Flávio Bolsonaro est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle avec 47,03 % des voix, devant Lula (45,16 %). Le Parti libéral, lié à la famille Bolsonaro, progresse également au Congrès et comptera 28 sénateurs sur 81 à partir de 2027. À Rio, fief de la famille Bolsonaro, Flávio obtient 53 % des suffrages contre 39,4 % pour Lula. Après s’être abstenu au premier tour, un habitant de Rocinha annonce qu’il votera le 25 octobre pour faire barrage à Flávio Bolsonaro. (Bondy Blog)
Le projet de loi de finances 2027 prévoit plusieurs soutiens à la filière nucléaire, dont jusqu’à 60 milliards d’euros de prêts pour financer les six EPR2. Le coût du programme pourrait atteindre 153,6 milliards d’euros, voire 189 milliards avec 7 ans retard. Le texte prévoit également une garantie publique jusqu’en 2090 et des allègements fiscaux pour le nucléaire, tandis que 120 millions d’euros d’économies sont prévus sur les aides aux énergies renouvelables. (Reporterre)
Le contre-budget 2027 du RN prévoit 140 milliards d’euros d’économies sur cinq ans, dont plus de 5 milliards dès la première année via la suppression des aides aux énergies renouvelables. Le parti propose aussi un moratoire sur les nouveaux projets et 3,4 milliards d’euros d’économies sur les opérateurs de l’État, parmi lesquels plusieurs agences environnementales. En parallèle, certaines mesures écologiques sont maintenues ou remaniées, comme le Fonds vert et MaPrimeRénov’. (Vert)
Pure Salmon prévoit de construire au Verdon-sur-Mer une usine de 75 000 m² capable d’élever et d’abattre environ 2 millions de saumons par an. Le projet, autorisé par la préfecture en août, soulève des inquiétudes sur la souffrance animale, la pollution des eaux et sa consommation d’énergie. Une dizaine d’associations, des riverains et des entreprises ont déposé des recours contre le permis de construire et l’autorisation environnementale. (Reporterre)
Le chantier de l’A412, en Haute-Savoie, doit détruire 180 hectares, dont 56 hectares de zones humides et des habitats de castors. Des militants grimpeurs, surnommés les « écureuils », occupent les arbres pour empêcher leur abattage. Le projet suscite des oppositions en raison de ses conséquences possibles sur la biodiversité et le cycle de l’eau. Plusieurs recours doivent être examinés à partir du 14 octobre pour demander la suspension du chantier. (La Relève et La Peste)
– Mauricette Baelen
The post Lycées, précarité et pesticides : les 10 infos de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.09.10.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Des libraires européens voient affluer des commandes automatisées pour des ouvrages anciens, spécialisés et souvent invendus depuis des décennies. Achetés par des intermédiaires pour le compte d’entreprises d’intelligence artificielle, ces livres seraient numérisés puis détruits afin d’alimenter leurs modèles. Aubaine pour les bouquinistes, cette pratique soulève de nombreuses questions sur le droit d’auteur et la […]
The post Des livres sacrifiés pour entraîner l’IA first appeared on Mr Mondialisation.[Temps de lecture estimée : ~ 4min]
Depuis plusieurs mois, un étrange phénomène intrigue libraires et bouquinistes. Des milliers de livres anciens et rares sont achetés, en masse, sur leur site en ligne. Selon la RTS, la Radio Télévision Suisse, « […] début mai, une librairie allemande de livres anciens recevait sur son site en ligne chaque nuit, entre 3h00 et 5h00 du matin, un nombre considérable de commandes automatisées d’ouvrages ».
Un évènement non isolé, car de nombreux confrères, notamment sur le réseau social Reddit, en font également constat. De la Nouvelle-Zélande, à l’Espagne, en passant par les Pays-Bas ou encore l’Australie et la Bulgarie, le même procédé a lieu.
Ce qui intrigue surtout les professionnels, ce sont les genres d’ouvrages sélectionnés : des livres peu recherchés, très spécialisés et invendus depuis des décennies, tels que des manuels techniques ou encore des livres de cuisine. Et chaque titre est méticuleusement acheté en un seul exemplaire.
Une méthode spécifique, rythmée, presque « algorithmique »… Plusieurs médias initient des enquêtes et portent alors leur regard sur les destinataires de ces commandes : Better World Books, World of Books et Zoom Books. Des centres de logistique basés aux États-Unis. Selon la RTS ou encore le média El Diario qui enquête sur le phénomène, ces sociétés seraient des intermédiaires logistiques pour des sociétés américaines spécialisées en IA. Mais une question reste en suspens : pourquoi acheter des milliers de livres dont presque personne ne veut ?
Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir au fonctionnement des intelligences artificielles génératives. Les grands modèles de langage sont entraînés à partir de gigantesques quantités de textes. Internet a longtemps constitué une source particulièrement abondante de données libres d’accès : articles, pages web, forums, documents accessibles publiquement…
Mais rapidement, les ressources disponibles se sont raréfiées. Pour poursuivre leur développement, les entreprises d’IA se sont alors dirigées vers des données non libres d’accès, en passant par des plateformes de téléchargement illégal d’ouvrages. Des techniques qui les ont rapidement menés à des poursuites judiciaires, comme tel a été le cas pour l’entreprise Anthropic, à l’origine du modèle Claude, qui a été condamné en 2025 à verser 1,5 milliard de dollars aux auteurs d’ouvrages piratés.
Pour les sociétés d’IA ont alors cherché une solution : se tourner vers des ouvrages anciens et moins populaires. Un marché de grande envergure, peu coûteux et surtout, capable de passer dans les mailles du filet législatif.
Car en utilisant les livres papiers, les sociétés agissent sous couvert du principe étatsunien du « fair use », ou « principe d’utilisation équitable ». Une exception au droit d’auteur américain qui permet d’utiliser une partie d’un livre protégé sans l’autorisation de l’auteur, à condition que les fins soient spécifiques, comme la critique, l’enseignement ou la recherche. Et c’est ainsi que le livre papier entre paradoxalement dans l’histoire de la technologie la plus dématérialisée qui soit.

Des intermédiaires logistiques comme Zoom Books collecteraient les ouvrages avant de les envoyer vers des centres de numérisation. Pour numériser rapidement chaque livre, les opérateurs en découpent le dos afin d’en séparer les pages, qui sont ensuite introduites dans des scanners. Une fois cette opération réalisée, les exemplaires ne peuvent plus être remontés ni lus comme des livres.
« [cette opération est un ] effort visant à numériser de manière destructive tous les livres du monde »
Ce procédé n’est pas une simple hypothèse développée par quelques médias. En janvier 2026, le Washington Post a révélé une longue enquête sur le « projet Panama », une opération secrète lancée par la start-up américaine Anthropic, décrit en interne comme un « effort visant à numériser de manière destructive tous les livres du monde ».
Pour les professionnels du livre d’occasion, la situation est pour le moins paradoxale. D’un côté, ces commandes représentent une manne financière inattendue : des ouvrages qui dormaient depuis des années dans des réserves trouvent soudainement preneur. De l’autre, les libraires découvrent que certains de ces livres pourraient être achetés non pas pour être lus, collectionnés ou transmis, mais pour être dépouillés de leur contenu avant d’être détruits.
Une situation particulièrement troublante pour un secteur qui ne se contente pas de vendre des livres : les bouquinistes participent aussi à leur conservation. C’est là que réside tout le paradoxe éthique de cette pratique.

Un livre représente bien plus qu’un ensemble de données. Il est aussi et avant tout un outil de transmission physique. Depuis des millénaires, des parois rocheuses d’une grotte aux feuilles de papyrus, l’ensemble des connaissances du monde se partage, se diffuse et se transmet à travers des supports matériels.
Avec l’essor de l’intelligence artificielle, une nouvelle question se pose désormais : que devient cette fonction de transmission lorsque les livres sont réduits à des ensembles de données destinés à alimenter des modèles ?
La collecte massive d’ouvrages à cette fin soulève ainsi des enjeux qui dépassent la seule question de leur destruction physique. Elle interroge les conditions dans lesquelles les œuvres peuvent être numérisées, utilisées et intégrées aux modèles d’IA, mais aussi la manière dont nous souhaitons préserver et transmettre le patrimoine écrit. Face à ces nouvelles pratiques, le cadre juridique devra trouver un équilibre entre innovation technologique, droits des auteurs et préservation de l’accès au savoir.
– Pauline Lunay
Photo de couverture : Librairie ancienne, David Henry / Pexels
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