LePartisan.info à propos Podcasts Fil web Écologie BLOGS Revues Médias
Mr Mondialisation

Think tank informel et citoyen francophone à visée internationale


▸ les 10 dernières parutions

04.11.2026 à 05:00

Du syndicalisme à la Gen Z : Comment faire la révolution ?

Mr Mondialisation

Après le Pérou, le Bengladesh, le Népal, Madagascar, la Bulgarie, le Maroc, Timor-Leste ou encore la Lituanie, c’est au tour de la Gen Z française de se révolter. La fameuse « génération Tik Tok », jusqu’ici moquée, est entrée massivement dans le mouvement social, révolutionnant les pratiques de lutte, dépassant de loin les mots d’ordre […]

The post Du syndicalisme à la Gen Z : Comment faire la révolution ? first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (4052 mots)

Après le Pérou, le Bengladesh, le Népal, Madagascar, la Bulgarie, le Maroc, Timor-Leste ou encore la Lituanie, c’est au tour de la Gen Z française de se révolter. La fameuse « génération Tik Tok », jusqu’ici moquée, est entrée massivement dans le mouvement social, révolutionnant les pratiques de lutte, dépassant de loin les mots d’ordre usuels et amenant partout en France des débordements d’une ampleur inédite.

« Le 17 octobre, on sort de l’époque contemporaine ». Un slogan source d’espoir, mais observé aussi avec scepticisme, tant les mobilisations des dernières années ont été déçues : manifestations pour Gaza, révoltes des quartiers populaires, mobilisation pour les retraites, mouvement du 10 septembre 2025… Incontestablement, le 17 octobre a été historique… et en dit long sur l’insurrection qui gronde.

Historique aussi car en face, par sa réponse ultra-autoritaire à la colère légitime, le gouvernement a franchi une nouvelle étape de son processus de fascisation : un état de guerre contre le peuple. Historique, enfin et surtout — et c’est là que réside peut-être véritablement le « changement d’époque » —, car il apparait clairement que le bloc bourgeois fascisant au pouvoir peut perdre le contrôle ; si on tire plus fort, peut-être même peut-il tomber. Et si un jour il tombait, que ferions-nous ?

Faire la Révolution !

Spontané, le mouvement de la Gen Z est une lame de fond qui cumule les colères d’une génération pour laquelle les perspectives d’avenir dans « la France à Macron » sont devenues cauchemardesques. Entre les dérives de l’IA, la fascisation bourgeoise du pouvoir, les génocides, le chaos climatique, l’effondrement des services publics, de la biodiversité ou encore l’explosion des prix au profit des plus riches, les raisons de se mettre au boulot sans broncher sont de plus en plus maigres. Le mouvement – hormis des conseils et des bonnes pratiques – ne s’est donné aucune consigne, aucun mot d’ordre. Et à travers cette autonomie, il a réussi à effrayer le pouvoir.

Cette témérité de la jeunesse, elle a mis en branle-bas de combat toutes les organisations révolutionnaires, qui se demandent quotidiennement comment « abattre la citadelle », et donc comment augmenter le potentiel insurrectionnel des mouvements sociaux : d’abord remettre en question les méthodes traditionnelles de la lutte, poser sérieusement la question du rapport de force avec l’État, peut-être exalter le sentiment révolutionnaire. Autant de voies dans lesquelles la Gen Z s’est engagée d’elle-même, sans nul doute inspirée par les mouvements sociaux des précédentes années, mais sans avoir eu besoin d’être chapeautée par les vieux mouvements d’extrême gauche.

Mais la vie n’a pas encore changé. Alors, les aspirant·es à la révolution se demandent comment poursuivre et aller plus loin. Différentes pistes se lisent en sous-texte des nombreuses analyses critiques faites dès le lendemain du 17 octobre : faut-il suppléer au mouvement une force organisée, « construire » son autonomie, simplement lui assurer un soutien matériel et logistique ? Parfois un peu de tout ça à la fois ? Pour l’essentiel, la réflexion tourne autour du développement des capacités stratégiques du mouvement, dans l’objectif de se rendre un jour capable de renverser l’ordre social actuel; une pensée déjà présente durant les Gilets Jaunes.

Mais aspirer à la révolution, n’est-ce que construire une capacité insurrectionnelle ou est-ce plus que ça ? Ne se joue-t-il pas autre chose dans ce qui peut être construit sur le temps long ?

Vu d’une petite ville

On a peu parlé des petites villes autour du 17 octobre. Il s’y trouve moins de  débordements spectaculaires à médiatiser. Leur configuration n’est d’abord pas la même : les symboles de l’État sont moins présents, et ceux du capitalisme se trouvent plutôt dans de grandes zones commerciales excentrées. Sur 500 manifestants, y en aurait-il au moins 50 pour les envahir, dans un espace gigantesque truffé de caméras et où, surtout, tout le monde se connaît ?

Non, ce qui se joue dans ces territoires se situe à un autre niveau. Là, la construction de l’autogestion sur le long cours a un impact décisif. Une cantine, un journal autogéré, une assemblée dont la dynamique est bien huilée, livrent leur potentiel là où les liens sont plus resserrés et les solidarités peuvent vite se propager. Bien sûr, ces dynamiques existent également dans les grandes villes. Mais dans les petites, à défaut d’avoir la foule sous le coude, tout ce que l’on crée de moyens matériels, organisationnels, logistiques et qui peut être mis à disposition du mouvement social a un effet structurant que l’on ressent de mobilisation en mobilisation.

C’est ce qui s’est passé à Quimperlé, ville de 12 000 habitant·es du Finistère sud. Mais aussi à de nombreux autres endroits, où des militant·es œuvrent à la construction d’alternatives concrètes, utiles à la lutte comme à la vie quotidienne. Cette perspective offre un autre regard sur ce que peut signifier, sans trop de présomption, « construire la révolution ».

Les cookies de la cantine de lutte de Quimperlé.

Destituer et instituer

En fait, qu’est-ce qu’une révolution ? Faire tomber le pouvoir mais lui en substituer un autre tout équivalent n’est pas une révolution : ce n’est qu’un changement de chef. L’histoire récente nous en apporte un certain nombre d’exemples. Qu’est-il par exemple advenu dans l’essentiel des pays du Printemps arabe, si ce n’est d’avoir remplacé un régime autoritaire par un autre ? C’est une histoire bien connue pour les exilé·es de nombreux pays à travers le monde, dépossédé·es de leurs soulèvements. Le manifeste Révolutions de notre temps (Les Peuples Veulent, 2025) en fait un récit frappant.

Une révolution, c’est donc plus que ça : c’est une transformation sociale profonde. Pour la mener, il faut que les institutions anciennes laissent la place à de nouvelles. Qu’est-ce que cela pourrait signifier ? Les possibilités sont multiples : que la Commune devienne le principale échelon d’organisation politique, que les mairies laissent place à des assemblées de quartier, que les supermarchés laissent place à des coopératives alimentaires autogérées, que les lieux de travail soient repris par leurs salarié·es… ou d’autres choses encore bien différentes, pour lesquelles un véritable effort d’imagination est encore à faire.

Ce constat est absolument fondamental. L’Histoire vient l’appuyer. Il n’existe pas de Révolution Française sans un certain degré d’autonomie politique ; en 1789, ce dernier se potentialise dans l’Assemblée Nationale issue des États Généraux, qui concurrence puis finit par remplacer le pouvoir royal. Il n’existe pas non plus de Commune de Paris sans une forte capacité d’auto-organisation ouvrière, héritage des enseignements de la révolution dévoyée de 1848 et de l’important travail des militant·es investi·es dans les journaux, coopératives, mutuelles, syndicats, ou dans la toute jeune Associations Internationale des Travailleurs. Et il n’existe pas de Révolution russe sans les soviets, conseils ouvriers et paysans autogérés déjà expérimentés en 1905 et qui essaiment dans tout le pays en 1917. En d’autres termes : il n’est pas de révolution sans capacité réelle de substitution d’une forme de pouvoir à une autre.

Penser la révolution, ce n’est donc pas seulement imaginer une tactique victorieuse de combat face à l’État, c’est aussi se doter d’une réelle capacité de substitution.

Alors seulement l’insurrection peut aboutir en un processus révolutionnaire, rapport de force entre les institutions de l’ancien régime et du nouveau, jamais gagné d’avance et toujours long. Il a fallu 4 ans à la Révolution Française pour se débarrasser du roi, et presque un siècle pour que la République s’installe pour de bon dans sa forme contemporaine…

Les différences de doctrine concernant la révolution, en tout temps et en toute époque, sont grossièrement la résultante de ces 3 facteurs : tactique de lutte, capacités de substitution, vision du rapport de force lors du processus révolutionnaire. Il existe plusieurs manières de penser ce dernier, selon qu’on imagine qu’une organisation plus ou moins centralisée doit le prendre en charge – d’un parti fort à une fédération de groupes autonomes, avec toutes les hypothèses qu’on peut imaginer entre les deux.

Assemblée de Petrograd en 1917. Wikimedia.

Détour par le syndicalisme révolutionnaire

Le syndicalisme au tout début du XXe siècle avait pris un tournant radical et développé un potentiel qui suscitait réellement la crainte du côté du pouvoir. Entre 5 et 10% des salariés de toute la France adhérent à la CGT autour d’un projet ultra combatif, entériné par la Charte d’Amiens de 1906 qui entend lutter :

« pour la disparition du salariat et du patronat [et] contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière »

Comment ? Par une « double besogne » : d’un côté travailler aux améliorations immédiates de la condition ouvrière, de l’autre préconiser la grève générale expropriatrice, en considérant « que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale. » Le niveau de conflictualité s’élève massivement durant ces années, où plusieurs grèves tournent à l’insurrection et où plusieurs ouvriers sont tués. En 1908, la grève de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges est explosive et mène à l’arrestation de 31 dirigeants de la CGT, qui reprendra à partir de là une orientation réformiste.

Pourquoi cet exemple ? Car il illustre à la fois cette recherche d’une tactique de lutte, d’un rapport de force, tout en explicitant ici une force fondamentale du mouvement : sa capacité à reprendre en main l’économie.

Cela nous amène à se poser la question suivante : aujourd’hui, quels sont les espaces dans lesquels d’autres rapports de pouvoir et de production sont explorés ? Les zones à défendre, les AG syndicales ou autonomes, les tentatives de Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA), les lieux autogérés, les listes municipalistes, pour n’en citer que quelques-uns.. pourraient-ils être généralisés ? Ces espaces ont-ils la même puissance que les fortes composantes coopérative, mutualiste, syndicale sur lesquelles s’appuyait le mouvement ouvrier au début du XXe siècle ?

Rapport du IXe Congrès de la CGT de 1906 où fut adoptée la Charte d’Amiens. Source : Gallica.

Une autre Histoire comme appui

Cela nous invite à aller chercher une autre Histoire, une histoire parallèle des temps longs de la construction d’alternatives, qu’il conviendrait aussi de nous réapproprier dans une perspective de lutte. Lorsqu’on désire le changement social, on peut non seulement s’en référer aux grands épisodes révolutionnaires qui ont marqué les derniers siècles, mais on peut aussi s’attarder sur tout l’arsenal matériel et organisationnel qui sous-tend leur possibilité.

Ainsi, pour revenir sur un autre exemple qui occupe une place importante dans nos imaginaires militants, la Commune de Paris ne devient plus seulement une histoire de faits d’armes et de réalisations politiques, mais aussi une histoire de capacités d’auto-organisation ouvrière développées bien avant 1871. Les mouvements révolutionnaires doivent planter, ici et là, les graines des institutions du lendemain, et les entretenir dans le temps long. Et il ne s’agit pas de ne prendre seulement en compte les questions de pouvoir politique et de travail ; mais aussi toutes les dimensions où il nous faut changer la vie : féminisme, rapports coloniaux, antiracisme…

Dans les centres d’archives sommeillent les traces d’expériences qu’il est riche d’aller explorer : statuts de coopératives de production ou de consommation, documents d’universités populaires, rapports de réunions syndicales, surveillance des activités de bourses du travail, papiers de coopératives de construction et d’habitation, carnets d’adhérent·es à des sociétés de secours mutuels – rappelons-nous que la Sécu n’est rien d’autre que l’universalisation d’un siècle de mutualité ouvrière ! Ces archives sont les traces de tentatives d’auto-organisation populaires élaborées sur des années, parfois des décennies, qui se sont rendues à leur époque capables de changer la vie et de soutenir la lutte. Il faut bien entendu les dépasser, en faire quelque chose d’actuel, utile aujourd’hui ; mais cela n’empêche pas d’y puiser de l’inspiration.

Par exemple, à la fac de Nanterre, autour du 17 octobre, s’est créé une université populaire nommé « l’école buissonière ». Le terme n’est pas anodin : il évoque le grand mouvement ouvrier qui a pris place en France au tournant du XIXe siècle. Quels étaient leurs succès, leurs échecs, que leur a-t-il manqué ? D’autant plus qu’à Nanterre, il a existé une de ces Universités populaires, et l’enseignement qui y était proposé se voulait radicalement émancipateur.

Un autre exemple : à Quimperlé, il a existé une « société de panification », intitulée La Famille, dont on retrouve les statuts aux archives départementales du Finistère. Créée en 1907, durant jusque dans les années 1930, son objectif était de fournir du pain aux familles du territoire, en prélevant sur chaque pain vendu une maigre cotisation venant nourrir une caisse mutuelle pour assurer la maladie ou le décès. Alors, pourquoi ne pas demander à un·e ami·e boulanger·e de retenter le même système tout simple ? L’argent obtenu pourrait par exemple servir à acquérir un système d’impression mutualisé servant celles et ceux qui en ont besoin sur le territoire.

Statuts de la société de panification La Famille de Quimperlé. Source : Archives Départementales du Finistère.

Cette histoire, peut être complétées d’inspirations venues d’ailleurs : le système de mutualité décrit ci-dessus est par exemple tout-à-fait semblable à celui des tontines d’Afrique subsaharienne.

Construire nos capacités collectives

À l’heure où nos systèmes socialisés de solidarité s’effondrent, peut-être faut-il les recréer depuis la base. En cela, les petites villes peuvent tenir rôle de véritables laboratoires d’expérimentation.

D’abord car leur taille facilite la mise en réseau : imprimeur·euses, maraîcher·es, boulanger·es… Aussi car la pression immobilière y est généralement moins forte, impliquant un meilleur confort de vie et facilitant la possibilité d’investir des lieux. En retour, cela devient un processus facilitant lors des moments de mobilisation. L’enjeu plus difficile est de parvenir à créer et maintenir une base militante suffisante, qui se rend capable d’inclure de nouvelles personnes et de se faire force de proposition.

Cela peut prendre la forme d’un rendez-vous pour l’organisation collective, pour parler des problématiques du territoire, explorer à fond certains sujets qui nous touchent et réfléchir à des embryons de solutions locales ; cela peut être acquérir du matériel, de cuisine, de chantier, de tout ce qui est utile au quotidien, que l’on peut facilement prêter ; mutualiser un système d’impression pas cher (un risographe !) ; développer un système de garde d’enfants pendant les manifestations ; reprendre collectivement un lieu, où tenir des cantines populaires, des permanences sociales, syndicales, et de logement, venir en aide aux exilé·es ; créer une coopérative alimentaire, des provisions communes, des foncières de propriété d’usage…

Le travail à mener

Ces alternatives ne doivent pas être accessibles aux seul·es militant·es qui ont du temps à y consacrer. Il faut donc qu’elles améliorent la vie, concurrencent ce que le capitalisme a à offrir, libèrent du temps. C’est peut-être là le plus difficile, et qui demande d’expérimenter.

Les alternatives doivent aussi avoir une conscience aiguë de leurs propres biais, car ce que l’on peut construire dépend largement de là où on vit : populations et contextes politiques ne sont évidemment pas identiques partout. Aussi, il ne s’agit pas de construire sa chapelle au milieu de l’obscurité. Les grandes villes ont d’autres problématiques, pour lesquelles un important travail est à mener. Ce travail de construction doit certainement réfléchir rapidement à comment il peut se mettre à disposition de la grande ville d’à côté pour en appuyer matériellement les collectifs militants, les luttes quotidiennes, les mouvements sociaux.

Toutes les propositions simples formulées ci-dessus n’ont rien de bien nouveau, et partout des militant·es œuvrent à les développer. Il y a donc lieu de partager ce travail précieux, de voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, de mettre en réseau les initiatives qui ont du succès. Réalisations encore incomplètes, ces alternatives ont le mérite d’habituer à l’auto-organisation, à faciliter la reprise en main des vies le jour où le pouvoir vacillera pour de bon. Utiles pour résister face à l’extrême-droite, elles n’auront rien de superflu si c’est la gauche de rupture qui gagne les élections, tant cette dernière devra lutter pour mettre en place ses mesures.

– Elie Oriol


Photo de couverture : Manifestation du 17 octobre 2026 à Paris. Wikimedia.

The post Du syndicalisme à la Gen Z : Comment faire la révolution ? first appeared on Mr Mondialisation.
PDF

03.11.2026 à 04:00

Des livreurs menacés de mort par l’extrême droite : la haine raciste en roue libre

Elena Meilune

Attirer des travailleurs précaires dans des endroits isolés pour les faire « disparaître » : voilà ce que proposent ouvertement des militants d’extrême droite sur les réseaux sociaux. Une enquête judiciaire a été ouverte, notamment pour provocation directe à un acte de terrorisme. L’immense gravité de ces appels au meurtre contraste avec l’écho quasi-inexistant qu’ils ont suscité […]

The post Des livreurs menacés de mort par l’extrême droite : la haine raciste en roue libre first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (1991 mots)

Attirer des travailleurs précaires dans des endroits isolés pour les faire « disparaître » : voilà ce que proposent ouvertement des militants d’extrême droite sur les réseaux sociaux. Une enquête judiciaire a été ouverte, notamment pour provocation directe à un acte de terrorisme. L’immense gravité de ces appels au meurtre contraste avec l’écho quasi-inexistant qu’ils ont suscité dans les grands médias et au sommet de l’État. Lumière sur ce terrorisme raciste dirigé contre les personnes noires, arabes et musulmanes.

Quelques jours après l’attentat terroriste raciste de Trappes, une autre affaire d’une extrême gravité émerge dans l’actualité. Sur X, des individus tiennent des discussions au cours desquelles ils envisagent des guets-apens contre des livreurs noirs ou arabes, mais aussi des attaques contre des personnes musulmanes. À Lille, un chauffeur VTC a récemment signalé un possible guet-apens : neuf individus l’attendaient au lieu de rendez-vous, dans un endroit isolé.

Ces échanges remontent déjà au début du mois d’octobre, avant l’attentat de Trappes… Le 25 octobre, le député LFI Thomas Portes les dénonce publiquement et annonce saisir la procureure de Paris. Deux jours plus tard, le parquet confirme à l’AFP l’ouverture d’une enquête confiée à la brigade criminelle.

L’affaire peine à faire grand bruit… alors qu’appeler à assassiner des travailleurs en raison de leur origine, de leur couleur de peau et de leur religion devrait constituer un scandale national.

Des guets-apens racistes discutés ouvertement sur X 

Dans un salon-audio de X intitulé L’heure est à l’action face à la violence des islamo-collabos antifas, lancé début octobre, plusieurs participants échangent sur les moyens de s’en prendre à des personnes noires, arabes ou musulmanes. « Vous commandez des McDonald’s, des trucs comme ça, dans des zones perdues, vous les faites venir et vous les faites disparaître », propose l’un d’eux en riant. D’autres participants évoquent des méthodes telles que l’« empoisonnement », le « mitraillage » ou le « sulfatage ».

Certains déclarent qu’il faudrait « profiter des prières de rue » pour s’attaquer aux personnes rassemblées, ou encore qu’« il va falloir tuer beaucoup de monde ». L’objectif revendiqué par certains est de « reconquérir le territoire » et d’« annuler l’islamisation », particulièrement à Paris et en Seine-Saint-Denis.

Un des participants dit appartenir à la DGSI. Un autre affirme avoir été formé pendant un mois en Israël et vouloir revenir avec ses « soldats » pour « reconquérir le 93 » qui « va rebasculer soit Reconquête, soit Front National ». Il ajoute que ce sera ensuite le tour de Marseille, Lyon, Nantes, Strasbourg…

À Lille, neuf personnes attendaient un chauffeur VTC dans un lieu isolé

L’Humanité rapporte, dans un article du 1er novembre, un témoignage particulièrement inquiétant. Selon Brahim Ben Ali, secrétaire général du syndicat INV VTC, un chauffeur aurait été confronté, la semaine précédente, à une situation rappelant les guets-apens évoqués sur X : 

« À Lille, la semaine dernière, neuf personnes attendaient un chauffeur VTC commandé dans un endroit isolé. Il a lancé une alerte et les collègues sont arrivés rapidement, mettant les autres en fuite » 

Le chauffeur aurait ainsi échappé à une agression grâce à la mobilisation de ses collègues, démontrant toute l’importance des réseaux d’entraide mis en place par les chauffeurs et livreurs pour assurer leur sécurité. Selon L’Humanité, le syndicat INV VTC généralise un dispositif déjà présent notamment à Lille, Bordeaux et Montpellier.

Des groupes de discussion permettent aux travailleurs de partager rapidement leur géolocalisation et de solliciter leurs collègues lorsqu’ils se sentent menacés. Brahim Ben Ali devait être reçu le lundi 2 novembre au ministère du Travail pour évoquer leur sécurité, précise le journal.

Travailler avec la peur de se faire tuer 

Les violences racistes – qu’elles soient négrophobes, arabophobes ou islamophobes – sont déjà une réalité depuis de longues années pour de nombreux livreurs. Interrogé par RMC, Diallo raconte avoir été victime d’une agression raciste de la part d’une cliente, qui lui a lancé des œufs et de l’eau, tout en le traitant de « sale noir ». Après avoir écouté les enregistrements diffusés sur X, il confie :

« On travaille la nuit, jusqu’à tard et entendre ce genre de choses ce n’est pas rassurant. On se sent menacé, on se dit tout le temps qu’il y a quelqu’un qui t’attend quelque part. » 

La peur gagne aussi les familles. Un autre livreur explique que son épouse, après avoir découvert ces appels à la violence, l’appelle désormais chaque soir à 21 heures pour vérifier qu’il est toujours en sécurité. Si son mari ne répond pas, elle insiste jusqu’à obtenir de ses nouvelles. Elle lui a même demandé de ne pas sortir travailler.

Deux tiers des livreurs auraient déjà subi des violences au travail

Les menaces actuelles frappent une population professionnelle déjà particulièrement exposée aux violences et à la précarité. Selon le rapport SANTÉ-COURSE, publié en mars 2026 par une équipe de recherche de l’IRD et de l’Ined, en partenariat notamment avec Médecins du monde, 98,7 % des 1 004 livreurs interrogés à Paris et Bordeaux sont nés à l’étranger et 64,4 % sont sans titre de séjour.

L’étude révèle également que 60 % ont déjà subi des agressions verbales et 24 % des agressions physiques dans le cadre de leur travail. Parmi ceux ayant subi des agressions verbales, 81 % déclarent en avoir été victimes de la part de clients et 67 % de personnes travaillant dans des restaurants. Parmi les répondants, 14 % rapportent des violences ou agressions de la part de policiers.

À ces violences s’ajoutent les discriminations subies dans le cadre de leur travail, mais aussi des contrôles policiers fréquents : près des deux tiers des livreurs interrogés déclarent avoir été contrôlés par la police au moins une fois au cours des douze mois précédant l’enquête.

Entre exploitation économique et violences racistes, une insécurité quotidienne

Dès 2021, le documentaire Les Délivrés, réalisé par Thomas Grandrémy, mettait en lumière les mécanismes de l’ubérisation : rémunération à la tâche, dépendance aux algorithmes, désactivation possible des comptes et absence d’une grande partie des protections associées au salariat.

Mais la précarité de ces métiers ne frappe pas tout le monde de la même manière. Dans son rapport annuel 2023 sur le racisme, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) consacre une section à ce qu’elle appelle « l’organisation racisée du travail » dans les plateformes. Elle souligne la surreprésentation des personnes immigrées et de leurs descendants dans ces activités, leur protection sociale partielle et leur dépendance aux algorithmes.

« Des travailleurs sans papiers trouvent aussi par là un travail précaire et non protégé avec un système illégal de locations de comptes d’autoentrepreneur »

S’appuyant notamment sur les travaux de la sociologue Sophie Bernard, la Commission décrit un système dans lequel des personnes confrontées à des difficultés d’accès à l’emploi se retrouvent concentrées dans des métiers précaires, avec peu de perspectives d’évolution. Pour les travailleurs sans papiers, la situation peut être encore plus brutale.

Autrement dit, l’ubérisation ne produit pas seulement de la précarité, elle reproduit et renforce les inégalités raciales déjà présentes sur le marché du travail.

À cette exploitation économique s’ajoutent des violences racistes qui ne datent pas d’hier. En janvier 2025, Franceinfo recueillait les témoignages de plusieurs livreurs, victimes d’insultes, de menaces et d’humiliations racistes de la part de clients. Certains se retrouvaient même privés de travail après avoir été accusés d’agression par les personnes qui venaient de les insulter.

Le syndicat Union-indépendants dénonçait alors la multiplication de ces situations et les suspensions de comptes qui pouvaient en découler. Non contents de subir des violences racistes, ces travailleurs risquent donc également de perdre leurs revenus lorsqu’ils tentent de se défendre. 

Pour ces livreurs, la peur n’a donc pas commencé avec les appels au meurtre diffusés sur X. Exploités pour leur travail, discriminés pour leurs origines, couleurs de peau, religions, les voilà désormais désignés comme des cibles à abattre. Le tout dans une indifférence politico-médiatique assourdissante. Chez le bloc bourgeois et suprémaciste blanc, les poubelles incendiées méritent avantage d’indignation que des appels à assassiner des êtres humains.

– Elena Meilune


Photo de couverture : Uber Eats / Wikimedia

The post Des livreurs menacés de mort par l’extrême droite : la haine raciste en roue libre first appeared on Mr Mondialisation.
PDF

02.11.2026 à 16:00

Lula et Janones : 5 principes qui ont mené à la victoire de la gauche au Brésil

Simon Verdiere

Au Brésil, le candidat de gauche Lula a été élu face à l’extrême droite Bolsonariste. Pourtant, Flavio Bolsonaro, fils de l’ex-candidat Jair Bolsonaro, était arrivé largement en tête au premier tour. La plupart des sondages le donnaient gagnant au second. Pour renverser la vapeur, les partisans de Lula se sont en particulier appuyés sur une […]

The post Lula et Janones : 5 principes qui ont mené à la victoire de la gauche au Brésil first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (2140 mots)

Au Brésil, le candidat de gauche Lula a été élu face à l’extrême droite Bolsonariste. Pourtant, Flavio Bolsonaro, fils de l’ex-candidat Jair Bolsonaro, était arrivé largement en tête au premier tour. La plupart des sondages le donnaient gagnant au second. Pour renverser la vapeur, les partisans de Lula se sont en particulier appuyés sur une méthode basée sur les préceptes du député André Janones, soutien et stratège de la campagne.

Baptisée Janonisme, cette tactique se fonde sur une approche innovante de la communication (notamment numérique) et de la mobilisation politique sur le terrain. En coordonnant leurs actions, les militants ont réussi à retourner les algorithmes contre leurs adversaires.

Mr Mondialisation vous présente 5 principes de cette méthode qui pourrait bien se développer en France pour faire gagner la gauche de rupture aux présidentielles.

Janones et Lula le 22 octobre 2026. Wikimedia.

Principe numéro 1 : centraliser et synchroniser

L’un des outils principaux de la gauche brésilienne reposait sur un canal WhatsApp commun à tous les sympathisants. Mis en place au début de la campagne, il rassemblait au départ seulement 60 000 militants. Mais dans l’entre-deux-tours, il a grimpé jusqu’à 11 millions d’abonnés.

Cet unique canal, intitulé « l’armée de Lula », a permis au député André Janones de transmettre des consignes de « missions » simples, en particulier sur les réseaux sociaux, comme lancer un sujet, partager un hashtag, une image ou une vidéo. La pratique est même devenue ludique et facile à répéter pour les militants.

Grâce à cette tactique, tous les participants pouvaient se synchroniser dans un délai très court (de préférence moins d’une heure) pour faire décoller une publication et lui donner une visibilité maximale. La méthode préconise une action unie qui entraîne les faveurs de l’algorithme à l’inverse des initiatives dispersées.

Le député avertit malgré tout sur la nécessité de créer un canal de secours au cas où la plateforme ou la justice suspendrait celui-ci. Dans l’Hexagone, la France insoumise suit déjà cet exemple avec un fil similaire nommé « l’équipe de Mélenchon » qui a dépassé les 170 000 abonnés.

Principe numéro 2 : ne jamais nourrir l’adversaire

Il s’agit sans doute de l’un des aspects les plus marquants de cette campagne : cesser d’offrir du carburant à ses rivaux politiques. Le député rappelle ainsi que lorsque vous allez commenter une publication de l’un de vos adversaires, y compris pour le contredire et même intelligemment, vous ne faites en réalité que lui donner de la visibilité. Plus vous interagissez avec un post, plus l’algorithme la fera apparaître dans le fil d’autres utilisateurs.

La méthode préconise donc de liker, commenter, partager, s’abonner et regarder les vidéos en entier des comptes en faveur des idées progressistes afin de les diffuser en masse. À l’inverse, elle invite à ne pas interagir de quelques manières que ce soit avec les contenus des opposants. Ne pas répondre, ne pas se moquer ni insulter permet de les invisibiliser. Faire défiler rapidement l’écran va en outre indiquer à l’algorithme que la publication n’est pas importante et va ainsi le suggérer à moins de gens.

Ce point est particulièrement crucial parce qu’il offre une parade aux méthodes de l’extrême droite, très utilisées par Donald Trump, qui consistent à diffuser un maximum de propos polémiques, faux ou outranciers afin de générer beaucoup d’engagements de ses adversaires. En cas de réponse nécessaire, il est, par ailleurs, possible d’avoir recours à des captures d’écran plutôt que commenter directement une publication. Enfin, le blocage peut aussi intervenir pour ne pas être submergé par ses émotions et être tenté de répliquer malgré tout, même s’il n’est idéalement pas recommandé.

Principe numéro 3 : le miroir

S’il est donc déconseillé de répondre directement aux militants de droite et d’extrême droite, il existe tout de même une façon de s’opposer à leurs idées : la technique du miroir. Il s’agit de créer du contenu original en contradiction radicale avec le message d’origine.

Si un membre du RN affirme, par exemple, dans un tweet que le réchauffement climatique est une illusion, il peut être judicieux de faire une déclaration expliquant les conséquences prochaines de cette catastrophe MAIS sans riposter sous la publication. L’idée est plutôt de créer des publications indépendantes qui peuvent être poussées par le canal de communication commun.

La même méthode peut être employée sur les formats. Qu’il s’agisse de vidéos, de mèmes ou d’expressions, tout ce que l’adversaire utilise peut-être détourné pour le ridiculiser ou pour redonner l’avantage au camp progressiste. Ce comportement pourra d’ailleurs inciter les militants de droite à commenter ces publications et à les diffuser plus largement malgré eux, y compris au sein de leur cercle de contacts. Un moyen simple d’élargir la fenêtre d’Overton.

Enfin, la méthode préconise aussi de se réapproprier des symboles nationaux souvent accaparés par l’extrême droite, comme le drapeau ou l’hymne du pays. Dépossédée de ce qu’il perçoit comme des signes de ralliements le camp identitaire s’en trouvera alors déboussolé.

Principe numéro 4 : Percer la bulle

L’un des constats des diverses expériences électorales démontre aussi une tendance des militants à rester enfermés dans une bulle. Autrement dit, le programme politique ne se diffuse que dans un cercle restreint de gens déjà convaincus.

Pour pallier ce problème, Janones préconise d’introduire des messages politiques à l’intérieur de références populaires. En ayant recours à la musique, à l’humour, au sport, à la culture ou encore au jeu vidéo, il devient envisageable d’élargir son audience. En détournant de la matière aimée de tous (des scènes de films, des chansons, etc.), il est plus aisé de produire des contenus dont la force de circulation précède la lecture politique.

Le député préconise ainsi d’utiliser toutes les formes de publications possibles tant qu’elles permettent de générer de l’engagement et de toucher un maximum de personnes. En outre, ces contenus doivent rester populaires et transmettre de véritables idées progressistes sans être trop intellectualisant.

Principe numéro 5 : le passage au réel

Enfin, la méthode rappelle malgré tout qu’une campagne électorale ne peut pas reposer uniquement sur des interactions numériques. Les mobilisations en ligne doivent ainsi se transformer en engagements physiques qui peuvent ensuite alimenter les réseaux personnels.

Qu’il s’agisse de tracts, d’affiches, d’autocollants, de manifestations, de concerts, de porte-à-porte ou de rassemblements festifs, les événements physiques demeurent indispensables, notamment pour convaincre les individus éloignés du cercle virtuel et fortement influencés par les médias traditionnels.

Une dernière tactique mise en avant par le député consiste à susciter la curiosité en poussant les gens à enquêter par eux-mêmes. Les QR codes diffusés dans la rue peuvent, par exemple, servir de pont avec le milieu numérique. L’utilisation de hashtag ou de formulations mystérieuses peuvent aussi amener les électeurs à se rendre sur un moteur de recherche et à tomber sur du contenu militant.

Janones et Lula en août 2022. Wikimedia.

Continuer la lutte

Évidemment, il n’existe pas de méthode miracle pour vaincre la droite et l’extrême droite et que la gauche de rupture remporte les élections. La victoire de Lula est même loin d’être ample et il ne disposera pas de la majorité au congrès.

Néanmoins, cette élection rappelle que rien n’est joué d’avance et qu’il est toujours possible de faire mentir les enquêtes d’opinion. En France, le Nouveau Front Populaire avait d’ailleurs largement déjoué les sondages. Reste à savoir si Jean-Luc Mélenchon pourra en faire autant. Le Janonisme pourrait en tout cas apporter sa pierre à l’édifice. Et en attendant le scrutin, tous les espoirs et les tentatives d’y parvenir sont permises.

– Simon Verdière


Photo de couverture : Lula et Janones. 22 octobre 2026. Wikimedia.

The post Lula et Janones : 5 principes qui ont mené à la victoire de la gauche au Brésil first appeared on Mr Mondialisation.
PDF

01.11.2026 à 05:00

Bonheur, fourrure et eucalyptus : 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. La Finlande, pays le plus heureux du monde, au terme du mandat de Sanna Marin La Finlande a renforcé plusieurs politiques sociales : réforme du congé parental, scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans, reconnaissance […]

The post Bonheur, fourrure et eucalyptus : 10 bonnes nouvelles de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (1456 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. La Finlande, pays le plus heureux du monde, au terme du mandat de Sanna Marin

La Finlande a renforcé plusieurs politiques sociales : réforme du congé parental, scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans, reconnaissance de l’autodétermination de genre, objectif de neutralité carbone en 2035… Ce qui lui permet d’être en tête du classement mondial du bonheur depuis 2018. Depuis le départ de la présidente, la coalition de droite a engagé des réductions de prestations sociales. (La Relève et la Peste)

2. Le Danemark abandonnera définitivement l’élevage de visons pour leur fourrure d’ici 2029

Le gouvernement danois n’a pas demandé la dérogation à l’interdiction européenne de l’élevage de visons, qui entrera en vigueur en août 2027, avec une période de transition jusqu’en août 2029. Le vison d’Amérique ayant été classé parmi les espèces exotiques envahissantes, cette décision répond aussi aux préoccupations liées à la biodiversité et au bien-être animal. Après l’abattage de 15 millions de visons en 2020 pendant la crise du Covid-19, seuls sept élevages subsistaient au Danemark en août 2026. (notre-planete.info)

3. En Australie, 44 000 eucalyptus plantés pour les koalas deviennent le point de départ d’un vaste programme de conservation

Il y a 30 ans, Steve et Terri Irwin on achèté un terrain de 1 416 hectares dans le Queensland et y plantent 44 000 eucalyptus pour restaurer l’habitat des koalas. Le domaine a ensuite été agrandi et intégré à un réseau de propriétés protégées couvrant aujourd’hui plus de 182 000 hectares. Au-delà des plantations, le projet vise à reconnecter les parcelles forestières, lutter contre les plantes invasives et préserver les déplacements des animaux. (Futura)

4. Dans la Manche-Est, les chalutiers de plus de 25 mètres bientôt exclus de la bande côtière

Sous la pression des pêcheurs artisanaux et des associations écologistes, le gouvernement français lance une consultation de deux mois auprès de la Commission européenne et des États membres pour interdire aux navires de plus de 25 mètres de pêcher dans les eaux côtières de la Manche-Est, du mont Saint-Michel à la frontière belge. Ces grands navires représenteraient près de la moitié des captures remontées dans les eaux territoriales des Hauts-de-France entre 2022 et 2024. (Vert)

5. Au Portugal, les animaux seront désormais intégrés aux plans de secours en cas de catastrophe

Entrée en vigueur le 8 août 2026, la loi n° 38/2026 intègre officiellement la recherche, le sauvetage et les premiers secours aux animaux dans les missions de la protection civile portugaise. Chaque municipalité devra prévoir évacuation, hébergement temporaire et ravitaillement, ainsi qu’une zone spécifique pour les accueillir lors des opérations de secours. Cette réforme fait notamment suite à l’incendie de Santo Tirso, en 2020, qui avait coûté la vie à une soixantaine d’animaux dans un refuge faute de secours autorisés à intervenir. (Cap sur le Portugal)

6. Au moins 22 oursons recensés dans les Pyrénées au premier semestre 2026

Le suivi de l’ours brun coordonné par l’OFB a permis de détecter au moins 11 portées et 22 oursons dans les Pyrénées : neuf portées du côté français, notamment en Ariège, dans les Pyrénées-Atlantiques et en Haute-Garonne, et au moins deux portées de trois oursons côté espagnol. Deux portées initialement composées de trois petits n’en comptent toutefois plus que deux. Malgré ces naissances, l’association Pays de l’Ours s’inquiète de la consanguinité croissante au sein de la population pyrénéenne. (Pays de l’Ours)

7. UCPVax : un vaccin anticancer développé à Besançon déclenche une réponse immunitaire chez 80 % des patients testés

UCPVax cible la télomérase, une enzyme présente dans la majorité des cancers, afin de stimuler les défenses immunitaires contre les cellules tumorales. Lors d’un premier essai clinique mené auprès d’une soixantaine de patients atteints d’un cancer du poumon métastatique sans solution thérapeutique, environ 80 % ont développé une réponse immunitaire au vaccin. Une amélioration de la survie a également été observée chez la moitié des patients répondeurs. Ces résultats préliminaires ont conduit à poursuivre les essais de phase II sur plusieurs cancers, avec plus de 200 patients ayant déjà reçu le vaccin. L’objectif est désormais de parvenir à un essai de phase III. (Inserm)

8. Dans l’Oise, l’Aronde va retrouver son tracé médiéval pour mieux préserver l’eau et la biodiversité

Modifiée au Moyen Âge pour alimenter les moulins, l’Aronde, rivière de 26 kilomètres qui rejoint l’Oise, va retrouver son ancien lit à Gournay-sur-Aronde. Les travaux doivent lui redonner un cours plus sinueux afin de ralentir les écoulements, favoriser les débordements naturels dans les marais, recharger les nappes phréatiques et restaurer les habitats naturels. Le projet vise aussi à mieux protéger le territoire contre les sécheresses. (France 3 Hauts-de-France)

9. Des dockers du monde entier préparent une journée de grève et de mobilisation en solidarité avec la Palestine

À l’appel de syndicats et de la Fédération générale palestinienne des syndicats, une deuxième Journée internationale d’action des dockers doit débuter le vendredi 30 octobre pour dénoncer la guerre menée contre les Palestiniens et le militarisme. L’initiative entend mobiliser les travailleurs des ports à travers le monde, notamment pour empêcher le transport d’armes vers Israël. (Jacobin)

10. En Pologne, restaurer une forêt vieille de 12 000 ans pour protéger la frontière avec la Biélorussie

Dans la forêt de Białowieża, l’une des dernières forêts primaires d’Europe, des scientifiques et des responsables militaires défendent une stratégie originale : restaurer les zones humides, les marais et les cours d’eau pour créer une barrière naturelle contre d’éventuelles incursions militaires russes ou biélorusses. Baptisée « WarWilding », cette approche a été intégrée au projet de défense polonais « Bouclier vert de l’Est », avec notamment 120 millions de dollars annoncés pour réhumidifier les tourbières et les marécages. Elle pourrait aussi permettre de préserver la biodiversité et de lutter contre les sécheresses. Mais la multiplication des routes et des travaux d’infrastructure menace cette ambition en fragmentant les habitats et en perturbant les circulations de l’eau. (Mongabay)

– Mauricette Baelen


Photo de couverture – Unsplash / Ethan Hu

The post Bonheur, fourrure et eucalyptus : 10 bonnes nouvelles de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.
PDF

31.10.2026 à 05:00

Racisme, RN et dividendes : les 10 infos de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de lire l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Après l’attentat raciste de Trappes, le gouvernement met en cause la gauche et ménage le RN Lors des questions au gouvernement du 27 octobre 2026, après l’attentat raciste commis à Trappes le 23 octobre, […]

The post Racisme, RN et dividendes : les 10 infos de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (1464 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de lire l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Après l’attentat raciste de Trappes, le gouvernement met en cause la gauche et ménage le RN

Lors des questions au gouvernement du 27 octobre 2026, après l’attentat raciste commis à Trappes le 23 octobre, qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, Sébastien Lecornu a établi un parallèle avec les morts de Quentin Deranque et Thomas Perotto à Crépol. L’exécutif a ainsi renvoyé dos à dos le RN et LFI, tout en accusant la gauche de récupération et en la critiquant lorsqu’elle demandait des comptes. «Trappes est une République islamique en miniature», disait déjà Jordan Bardella en 2022. (L’Humanité)

2. En pleine crise des carburants, les pétroliers se partagent 180 millions d’euros de dividendes

La Sagess, société privée chargée de gérer une grande partie des stocks stratégiques de pétrole français, a décidé en juin 2026 de distribuer 180 millions d’euros à ses actionnaires, soit près du double de son bénéfice de 2025. TotalEnergies doit percevoir environ 60 millions d’euros et Siplec, filiale de Leclerc, 33 millions. Son PDG, salarié détaché de TotalEnergies, dirige une structure dont l’actionnariat et les instances de contrôle sont largement liés aux opérateurs pétroliers, soulevant des questions sur l’indépendance de la gestion des réserves stratégiques. (Observatoire des multinationales)

3. Le Sénat durcit fortement la loi « casseurs-payeurs »

Une responsabilité financière solidaire pouvant atteindre 10 000 euros par personne pour les participants à un attroupement violent, même s’ils n’ont pas personnellement commis les dégradations. Il permet également de saisir une partie des allocations familiales, des APL et du RSA pour rembourser les dommages. Les sénateurs ont ajouté la possibilité d’exiger des plateformes le retrait sous 24 heures de contenus appelant aux violences, aux dégradations ou à l’insurrection, sous peine de blocage ou de déréférencement. Le texte facilite aussi le recours aux drones lors des manifestations et prévoit de nouvelles interdictions administratives de manifester. (Mediapart, Public Sénat)

4. Les centres LGBTQIA+ dans le viseur de l’extrême droite : 79 attaques recensées en 2026

En 2026, Problematik et StreetPress ont recensé 79 attaques de l’extrême droite visant les personnes LGBTQIA+, dont des agressions, du cyberharcèlement et des dégradations de lieux associatifs. Six centres LGBTQIA+ ont été ciblés. À Lille, Lyon, Maubeuge, au Mans ou encore à La Roche-sur-Yon, les associations rapportent des intrusions, des menaces, des tags néonazis et des attaques physiques. À Lyon, une vidéo diffusée par le collectif Eros a déclenché une vague de menaces contre un centre et ses bénévoles, qui a porté plainte. (Problematik)

5. En Guadeloupe, la sécheresse aggrave une crise de l’eau qui dure depuis plus de dix ans

Plus des deux tiers de la population guadeloupéenne subissent des coupures d’eau, aggravées par la sécheresse et un réseau vétuste dont les fuites atteignent en moyenne 60,4 %, selon un rapport de la Cours des comptes. Les habitants doivent stocker l’eau, se ravitailler aux fontaines ou acheter des bouteilles, tandis que les coupures prolongées affectent leur quotidien et leur santé. Malgré un plan de réparation de près de 5 000 fuites, les résultats tardent. Une procédure judiciaire ouverte le 24 septembre pourrait permettre aux victimes de demander réparation ; la remise à niveau du réseau nécessiterait près de 2 milliards d’euros. (Reporterre)

6. À Paris, des policiers s’en prennent aux salariés d’un restaurant qui avaient aidé des manifestants

Lors de la manifestation du 17 octobre, des salariés du Blend Burger ont accueilli des manifestants et des passants pour les protéger des gaz lacrymogènes. Selon leurs témoignages et les vidéos consultées par StreetPress, des policiers ont ensuite forcé l’entrée du restaurant, brisé sa baie vitrée et frappé plusieurs personnes. Un employé affirme avoir reçu des coups au visage et un manifestant dit avoir été blessé au ventre. L’IGPN a été saisie, tandis que la préfecture de police indiquait encore se renseigner sur l’affaire. (StreetPress)

7. Près de 6 000 témoignages de troubles menstruels après des expositions aux gaz lacrymogènes

Le collectif Lacrymos de sang a recueilli près de 6 000 témoignages de femmes signalant des règles très douloureuses, des saignements inhabituels ou des cycles perturbés après une exposition aux gaz lacrymogènes. Certaines personnes enceintes ont également rapporté des fausses couches. Des études menées à l’étranger ont observé des symptômes similaires, sans toutefois établir de lien de causalité. Les effets des gaz, notamment du composé CS, sur la santé reproductive restent mal connus : le collectif réclame davantage de recherches et une prise en compte institutionnelle du problème. (La Relève et la Peste)

8. Le RN vote contre le rétablissement de l’ISF et la taxe Zucman

Lors de l’examen du budget 2027, le 16 octobre, les députés RN ont voté contre le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et contre la taxe Zucman, qui instaurerait un prélèvement minimum de 2 % sur les patrimoines dépassant 100 millions d’euros. Cette dernière a été rejetée par 70 voix contre 35. Le RN, comme plusieurs groupes de droite et du centre, a notamment justifié son opposition par le risque d’exil des milliardaires. Le vote sur le volet recettes du budget est prévu le 3 novembre à l’Assemblée nationale. (La Relève et la Peste)

9. En Israël, la gauche et les partis arabes s’imposent comme des acteurs incontournables

En Israël, les partis arabes réalisent une percée et deviennent incontournables dans les tractations. Avec plus de 85 % des bulletins dépouillés, le bloc de Benyamin Netanyahou reste en tête avec 53 sièges, contre 48 pour le bloc d’opposition emmené par le centriste Gadi Eisenkot. Les partis à majorité arabe sont crédités de 19 sièges, un niveau sans précédent. Leur poids devient déterminant dans les tractations pour former une majorité, même si les divisions politiques rendent cette alliance incertaine. (L’Humanité)

10. La réélection de Lula soulage le gouvernement mexicain face à l’influence de Trump en Amérique latine

Au Mexique, la victoire de Lula face au candidat d’extrême droite Bolsonaro fils a été accueillie avec soulagement. Cette réélection éloigne, selon eux, le risque de voir le Brésil s’aligner sur la politique de Donald Trump et laisse au Mexique un allié de poids pour faire contrepoids aux ambitions américaines dans la région. L’ancien ambassadeur mexicain au Brésil estime qu’une défaite de Lula aurait isolé le Mexique face à Washington. (Le Monde)


Photo de couverture : Wikicommons (c), Par Jules* — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=202207383

– Mauricette Baelen

The post Racisme, RN et dividendes : les 10 infos de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.
PDF

30.10.2026 à 05:00

L214 : vers un abandon progressif de l’élevage ?

Marie Waclaw

En bientôt deux décennies, son nom est venu systématiquement s’associer aux vidéos d’élevage intensif. Brigitte Gothière, lanceuse d’alerte, a permis à des millions de français de découvrir les horreurs endurées par les animaux de rente, l’association L214 sort aujourd’hui Nourrir ou trahir : comment l’élevage intensif saigne la France. Entretien. [Temps de lecture estimé : […]

The post L214 : vers un abandon progressif de l’élevage ? first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (4730 mots)

En bientôt deux décennies, son nom est venu systématiquement s’associer aux vidéos d’élevage intensif. Brigitte Gothière, lanceuse d’alerte, a permis à des millions de français de découvrir les horreurs endurées par les animaux de rente, l’association L214 sort aujourd’hui Nourrir ou trahir : comment l’élevage intensif saigne la France. Entretien.

[Temps de lecture estimé : ~ 12 min]

Depuis 2008, L214 poursuit sans relâche un travail d’alerte et d’enquête pour informer le grand public sur ce que l’industrie agroalimentaire souhaite absolument cacher. En parvenant à se rendre visible auprès de médias nationaux, l’association a définitivement mis les Français face à la vérité crue et épouvantable de ce qu’endurent, chaque jour, des millions d’animaux afin de remplir nos assiettes.

Dans Nourrir ou trahir : comment l’élevage intensif saigne la France, Brigitte Gothière et Sébastien Arsac, cofondateurs de L214, expliquent comment l’État n’a pas tenu parole et a bafoué l’article du Code Rural qui porte le nom de l’association. En 1976, il y était écrit que « tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. »

Naître et mourir sur des caillebotis, voilà le sort de trop nombreux porcelets... ©L214
Naître et mourir sur des caillebotis, voilà le sort de trop nombreux porcelets… / © L214

Depuis, force est de constater que l’élevage intensif est devenu la norme, emportant avec lui toutes les promesses de bien-être animal. Parqués, enfermés, coincés, mutilés, écorchés, privés de soins, laissés à l’agonie, gazés, égorgés sans étourdissement, parfois écartelés vivants… Les animaux d’élevage vivent un enfer, de leur naissance jusqu’à leur mort. En parallèle, éleveurs et employés d’abattoirs subissent trop souvent un système rouleau-compresseur qui engendre violence et désespoir.

Pourtant, à défaut de mettre fin à l’élevage du jour au lendemain, il existe des solutions pour tenter de stopper le pire. C’est ce que L214 a nommé Le Sauvetage du siècle. L’objectif ? Diviser par deux la quantité de viande consommée en France à l’horizon 2030, et ainsi soulager la lourde dette payée par les humains et les animaux au sein d’un système profondément mortifère, qui ne bénéficie qu’à une minorité.

Rencontre et explications avec Brigitte Gothière.

En octobre 2026, des milliers de personnes défilaient à Paris pour demander la fermeture des abattoirs ©L214
En octobre 2026, des milliers de personnes défilaient à Paris pour demander la fermeture des abattoirs / © L214

Mr Mondialisation : L214 a bientôt 20 ans. Peut-on lancer un petit regard dans le rétro et parler de ses débuts avec Sébastien et toi ?

Brigitte Gothière : « On parle souvent de Sébastien et moi, mais nous sommes cofondateurs de L214 avec une dizaine d’autres personnes. On a mis l’étincelle à l’époque, avec Stop Gavage, mais on ne serait pas partis tous seuls. D’autres personnes étaient là, pouvaient relire les communiqués de presse, échanger avec nous sur la stratégie… Donc ce n’est pas juste nous deux, loin de là. » 

Mr Mondialisation : Comment expliques-tu, du coup, que ce soient vos deux noms qui soient restés ?

Brigitte Gothière : « Sans doute parce que nous étions ceux qui avions le plus de temps, car on ne travaillait pas ailleurs en parallèle. Autant te dire qu’on en a mangé, des patates ! Mais du coup, quand il y avait des interviews, des demandes d’intervention et autres, alors c’était Sébastien ou moi. Nos deux têtes sont devenues médiatiques, par la force des choses. Mais l’association, c’est un travail avant tout collectif : celui des salarié·es, des bénévoles… On a sorti plein de livres qui étaient collectifs, mais les médias ne sachant pas trop vers qui tourner le micro, ça finissait et finit toujours par être Sébastien ou moi. » 

« Ce qui fait la particularité de L214, je pense que c’est cette conjugaison entre l’action, les objectifs à court terme et la vision à long terme. » 

Mr Mondialisation : Et justement, ce travail collectif, celui de L214, comment le perçois-tu aujourd’hui, bientôt 20 ans après son démarrage ? 

Brigitte Gothière : « Notre colonne vertébrale est toujours là : essayer, dans l’absolu, d’éradiquer le spécisme avec une association qui, dès le départ, s’est concentrée sur les animaux utilisés comme ressource alimentaire. C’est une association sectorielle, qui s’intéresse à une thématique déjà vaste, mais autour de laquelle on est restés centrés. Ce qui fait la particularité de L214, je pense que c’est cette conjugaison entre l’action, les objectifs à court terme et la vision à long terme.

On tente d’obtenir des avancées pour, un jour, ne plus manger les animaux. On essaie d’être rigoureux dans ce qu’on fait, d’apporter des preuves, de se documenter. Puis d’avoir des demandes à la fois ambitieuses et réalisables dans un laps de temps assez court. L’objectif reste de faire reculer les limites de l’horreur afin de finalement créer les conditions pour se dire qu’il faut être logique, en allant au bout de la démarche et en stoppant l’exploitation animale. Le tout, en visant aussi bien la législation que les entreprises. » 

« Faire reculer les limites de l'horreur » pour des animaux qui vivent l'enfer de la naissance jusqu'à la mort... ©L214
« Faire reculer les limites de l’horreur » pour des animaux qui vivent l’enfer de la naissance jusqu’à la mort… / © L214

Mr Mondialisation : Un objectif dont vous parlez dans Nourrir ou trahir : comment l’élevage intensif saigne la France…

Brigitte Gothière : « Oui, et qui interroge sur le point de départ : d’abord le changement de mentalité puis le changement de pratique, ou le changement de pratique et ensuite le changement de mentalité ? Est-ce que ça doit se faire de façon consciente, ou s’agit-il de questions d’environnement ? Aujourd’hui, arrêter de manger les animaux reste une décision individuelle. Même prises ensemble, elles ne font pas système. D’ailleurs, pour ces personnes-là, c’est justement un acte à contre-courant du système, qui entraîne une pression sociale permanente.

En parallèle, le constat actuel, après presque 20 ans de combat, est double. Nous avons réussi à faire reculer l’élevage de poules en cages, à obtenir des engagements pour la viande de poulet, ou bien le menu végétarien à l’école. Ces avancées changent un peu l’environnement alimentaire, et ont fait reculer certaines des pires pratiques pour une partie des animaux, comme le broyage des poussins.

Mais il y a également une forme de frustration, car le nombre d’animaux tués ne recule pas ! C’est juste terrible. La consommation de viande reste constante : moins de bœuf, mais plus de poulet. Franchement, c’est à se taper la tête contre les murs… »

« actuellement, on doit faire avec la mode de la musculation à tout va, et toutes les dérives qui vont avec. » 

Mr Mondialisation : L’une des causes à l’absence de baisse est multi-factorielle. Parmi les causes, une obsession depuis quelques années pour les protéines, poussée notamment par les mouvements masculinistes…

Brigitte Gothière : « Oui, et très clairement, l’environnement socioculturel joue un rôle clé. L’industrie de la viande est très forte : dès qu’elle perçoit un déclin, elle va nous inventer un nouveau truc. Actuellement, c’est la protéine, mais en éludant complètement les protéines végétales, sous prétexte qu’elles seraient moins assimilables. En réalité, notre dissonance cognitive nous trouve des excuses sur des comportements que l’on sait néfastes. Or, on a tous tendance à avoir un apport excédentaire en protéines…

Donc oui, actuellement, on doit faire avec la mode de la musculation à tout va, et toutes les dérives qui vont avec. Mais ça a été pareil avec la cigarette. À l’époque où ils ont voulu cibler les femmes, il y a eu toute une campagne sur le fait que fumer, c’était « être libre. » Ça paraît délirant, mais c’est vrai. Effectivement, c’est ce contre quoi il faut qu’on lutte. » 

L'association intervient au sein de grandes enseignes pour tenter d'enrayer les pires pratiques d'élevage ©L214
L’association intervient au sein de grandes enseignes pour tenter d’enrayer les pires pratiques d’élevage / © L214

Mr Mondialisation : Si les français consomment autant de viande aujourd’hui, c’est également à cause de l’État qui nous a « trahis ». Nourrir ou trahir paraît 50 ans après la création de l’article L. 214 du Code rural qui stipulait que « tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. » Or, jamais autant d’animaux n’ont été malmenés pour finir dans des assiettes. Ce livre est-il l’occasion de taper du poing sur la table ?

Brigitte Gothière : « Je pense qu’il vient du fait qu’en interview, on ne peut mettre en lumière qu’une partie du combat global. Quand on sort une enquête, on va donner un angle, porter une revendication, mais on n’a pas la « big picture ». Là, l’idée était de poser sur la table un projet en lien avec l’article L. 214 sur les pires pratiques d’élevage. Ce projet, baptisé Le Sauvetage du siècle, est atteignable et très compréhensible. 

Le but est de diviser par deux notre consommation de viande en 2030. Or, 2030, c’est demain : donc on ne repousse pas l’échéance en attendant qu’elle arrive, on commence tout de suite ! Dans le livre, on montre les chemins possibles pour y arriver. Et, peut-être, rassurer les personnes qui aujourd’hui, sont un peu paniquées à l’idée de changer de modèle. Le changement fait peur, mais on va le subir, comme on l’a vu cet été.

« On avance point par point : 2030, c’est épargner la vie, les conditions d’élevage et la mort de 600 millions d’animaux. » 

Alors, plutôt que de subir les changements, essayons d’être moteur, de trouver des chemins communs. On montre donc, filière par filière, quel effet ces 50% de moins pourraient créer afin d’emmener avec nous les personnes qui survivent aujourd’hui de l’élevage.

On avance point par point : 2030, c’est épargner la vie, les conditions d’élevage et la mort de 600 millions d’animaux sélectionnés génétiquement et dont la vie est destinée à être compressée dans un hangar. Cela n’élude pas la question de l’abolition. Commençons par tordre la courbe, puis continuer d’avancer. » 

Objectif à court terme, réduire le nombre de victimes. À long terme, stopper la consommation d'animaux ©L214
Objectif à court terme, réduire le nombre de victimes. À long terme, stopper la consommation d’animaux / © L214

Mr Mondialisation : Tu évoques le sort des éleveurs. Ce point est particulièrement bien expliqué dans le livre. La majorité des éleveurs sont prisonniers du système actuel. Comment leur faire entendre qu’ils sont piégés ? 

Brigitte Gothière : « Pour la grande majorité, ils le savent. Dans le livre, on évoque l’enquête qui a été menée auprès de plus de 7 000 agriculteurs par le Shift Project. C’est une mine d’informations. Les agriculteurs, dans leur ensemble, sont prêts à évoluer, mais ils sont tenus à la gorge.

Ça explique le nombre de suicides au sein de la profession… Certains agriculteurs avec lesquels on a échangé nous font aussi part de leur peur face aux possibles représailles. Le livre de Nicolas Legendre, « Silence dans les champs », explique très bien le fait qu’ils ne peuvent pas s’exprimer ou défendre un autre modèle.

Nous, on veut réduire – même si 50%, ce n’est qu’une étape. En réduisant, on sait pouvoir améliorer la vie des agriculteurs. Car réduire signifie des effets positifs sur l’environnement, la santé, le partage des ressources…

L’élevage n’est quasiment jamais sur la table quand on parle des énergies fossiles, alors que réduire ne demande aucun défi technique : c’est juste hyper simple ! Il faut arrêter de croire les banques et les coopératives qui soutiennent que c’est en s’agrandissant et en s’endettant davantage que les agriculteurs vont s’en sortir. On sait que c’est faux. »

Les abattoirs sont des lieux de souffrance pour les animaux... et, trop souvent, également pour les humains ©L214
Les abattoirs sont des lieux de souffrance pour les animaux… et également pour les humains / © L214

Mr Mondialisation : Vous parlez également, dans Nourrir ou trahir, du pouvoir délirant de la FNSEA. Ce « syndicat » est avec le temps devenu un lobby, qui mène le monde agricole à la baguette et a même ses entrées au Ministère de l’agriculture…

Brigitte Gothière : « Oui. La FNSEA a également des parts dans la plupart des journaux agricoles. Elle impose une espèce de chape, alors que c’est un syndicat qui devrait défendre les agriculteurs. En réalité, elle ne défend que les gros céréaliers – ce n’est pas un hasard si Arnaud Rousseau, président d’Avril, en est à la tête aujourd’hui. Il est céréalier et a donc intérêt à ce qu’on mange les animaux afin de vendre plus de céréales.

Sachant que la FNSEA a le pouvoir médiatique, politique et économique, comment combattre ? En essayant de passer par les attentes citoyennes. Il faut savoir qu’à la question « Serait-il souhaitable de vivre dans une société sans élevage ni abattoir ? », 49% des sondés répondent oui… L’idée de laisser les animaux tranquilles fait son chemin dans l’opinion publique. Les coopératives, les syndicats et les banques envoient les agriculteurs au casse-pipe.

Mr Mondialisation : Avec ce livre, vous espérez toucher toute la classe politique. Or, les partis de droite votent systématiquement contre toute réforme en faveur du bien-être animal. L’argumentaire à tenir vis-à-vis des différents partis politiques peut-il être le même ?

Brigitte Gothière : « Non. Néanmoins, l’électorat, lui, n’a pas cette différence « droite-gauche » quant à la question animale. Du coup, on aimerait inviter la droite à entendre son électorat… Et à se confronter à ses propres incohérences. Quand la droite parle de souveraineté alimentaire en construisant plus d’élevages, elle continue de fragiliser le système.

La droite parle de traditions, la gauche parle d’élevage paysan. Oui, donc de cette fameuse « petite exploitation autonome ». Or, aujourd’hui, les éleveurs sont pour la plupart en contractualisation, et donc absolument pas indépendants. L’image du « petit chef libéral » n’existe plus. La droite fait donc l’inverse de ce qu’elle annonce et est en décalage par rapport aux attentes de son électorat. Mais ce n’est pas parce qu’ils sont à droite qu’on va les laisser tranquilles… on va juste travailler avec la gauche.

« Là, ils prévoient 2 000 nouveaux poulaillers d’ici 2030, 2035 : il est temps que la droite vote autrement. »

Mais pour pouvoir le dire, il faut que ce sujet puisse être discuté. Or aujourd’hui, qui est-ce qui pose le cadre du débat ? La droite. Donc, si on ne va pas les attaquer sur ce cadre, on n’est audible qu’auprès d’une partie du spectre politique… Ce qui fait qu’on n’obtient rien : les propositions qu’on porte se font défoncer, et ce sont les animaux qui payent. Là, ils prévoient 2 000 nouveaux poulaillers d’ici 2030, 2035 : il est temps que la droite vote autrement. Pour les animaux, et parce qu’elle a des comptes à rendre à son électorat. » 

83 à 85% des Français se disent contre l'élevage intensif ©L214
83 à 85% des Français se disent contre l’élevage intensif ©L214

Mr Mondialisation : Comment faire en sorte que la cause animale ne soit pas l’angle mort des élections qui arrivent, surtout dans un climat aussi tendu où les humains eux-mêmes peinent à se faire entendre ?

Brigitte Gothière : « Je n’ai pas l’impression, en 30 ans de militantisme, que la voix des animaux ait déjà été prioritaire. On nous a toujours dit que les animaux, ça se ferait après. C’est donc important qu’on continue notre travail, d’autant que la voix des autres animaux n’est pas en porte à faux : s’occuper des animaux ne va rien enlever aux humains. On peut très bien arrêter de manger les animaux et continuer nos luttes.

Il faut donc porter la voix des animaux pour eux-mêmes, et continuer, dans le même temps, à porter d’autres luttes. Le changement de modèle agricole et alimentaire, par exemple, est lié aux autres luttes : environnementales, sociales, sanitaires, etc. Cela permettrait d’améliorer le sort de tout le monde. C’est donc, au contraire, le moment de porter cette question au centre du débat.

Réduire de moitié le nombre d'animaux tués aurait un impact bénéfique pour tout le monde ©L214
Réduire de moitié le nombre d’animaux tués aurait un impact bénéfique pour tout le monde ©L214

Le pire qu’on peut subir, c’est justement le manque de nourriture. Et là, on nous y emmène tout droit en faisant souffrir grandement les animaux pour élever à 85 kilos par an et par personne la quantité de viande avalée. En réalité, on gaspille de la nourriture. On devrait au contraire être en train de chercher des chemins, même en faisant abstraction des autres animaux, qui utilisent le moins de ressources possible. Or, c’est tout sauf l’alimentation carnée. Donc finalement, quelle que soit la lutte pour laquelle on se bat, ça finit par se croiser avec la façon dont on traite les autres animaux… » 

Retrouvez le livre : Nourrir ou trahir : comment l’élevage intensif saigne la France, de Brigitte Gothière et Sébastien Arsac, Éditions Payot, 2026, 240 p.

– Entretien réalisé par Marie Waclaw


Photo de couverture : ©L214, avec toutes autorisation

The post L214 : vers un abandon progressif de l’élevage ? first appeared on Mr Mondialisation.
PDF
◁ 6 / 10 ▷
 Persos A à L
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
Lionel DRICOT (PLOUM)
EDUC.POP.FR
Marc ENDEWELD
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
Samuel HAYAT
Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Hugues JALLON
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Christophe LEBOUCHER
Michel LEPESANT
Notes (LePartisan)
 
 Persos M à Z
Henri MALER
Christophe MASUTTI
Jean-Luc MÉLENCHON
MONDE DIPLO (Blogs persos)
Richard MONVOISIN
Corinne MOREL-DARLEUX
Timothée PARRIQUE
Thomas PIKETTY
VisionsCarto
Yannis YOULOUNTAS
Michaël ZEMMOUR
Gafam / IA (LePartisan)
 
  Numérique
Thomas BEAUFILS
Blog Binaire
Christophe DESCHAMPS
Dans les Algorithmes
Louis DERRAC
Olivier ERTZSCHEID
Olivier EZRATY
Framablog
Fake Tech (C. LEBOUCHER)
Romain LECLAIRE
Tristan NITOT
Irénée RÉGNAULD
Nicolas VIVANT
 
  Collectifs
Arguments
Scientifiques en Rebellion
Bondy Blog
Dérivation
Économistes Atterrés
Dissidences
Mr Mondialisation
Palim Psao
Paris-Luttes.info
Rojava Info
X-Alternative
 
  Créatifs / Art / Fiction
Nicole ESTEROLLE
Julien HERVIEUX
Alessandro PIGNOCCHI
Laura VAZQUEZ
XKCD
🌓