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Mr Mondialisation

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02.10.2026 à 19:24

Va-t-on laisser mourir les campagnes ?

Simon Verdiere

Au gré des années, la qualité de vie dans les communes rurales semble se détériorer sur bon nombre de points au profit des grandes villes. Chute démographique, vieillissement de la population, destruction des services publics, isolement, ou manque d’emplois sont autant de fléaux qui frappent les habitants ruraux. Et pourtant, ces zones pourraient offrir une […]

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Texte intégral (1902 mots)

Au gré des années, la qualité de vie dans les communes rurales semble se détériorer sur bon nombre de points au profit des grandes villes. Chute démographique, vieillissement de la population, destruction des services publics, isolement, ou manque d’emplois sont autant de fléaux qui frappent les habitants ruraux. Et pourtant, ces zones pourraient offrir une vraie source d’inspiration altermondialiste.

Si, dans le système capitaliste actuel, les campagnes sont bien souvent sacrifiées à l’autel de la rentabilité et la mise en concurrence de chacun contre tous, elles peuvent être en réalité le berceau de la relocalisation, de la solidarité et de la sobriété, à l’inverse du modèle urbain qui continue de s’enfoncer dans une course insoutenable.

Le culte de la rentabilité

Pour les gouvernements néolibéraux, concentrer un maximum de population dans les centres urbains est devenu un véritable enjeu de « rationalisation » des services publics. Ainsi, en relocalisant les écoles, les hôpitaux, ou encore les transports en commun dans les villes, l’État peut y consacrer moins d’argent. Une logique directement héritée du milieu entrepreneurial des débuts de l’ère industrielle, qui avait lui-même engendré un exode rural.

Oubliant que les services publics ont d’abord pour vocation de rendre service, l’ordre capitaliste a préféré les gérer exactement comme une firme au sein de laquelle la rentabilité serait le maître mot. Personne ne peut d’ailleurs nier qu’une gare dans une petite ville de province rapportera beaucoup moins qu’une station en plein Paris.

Un cercle vicieux

Et pourtant, ce ne sont pas moins de 21,5 millions de Français et de Françaises qui vivent en zone rurale. Au-delà des petites structures peu ou pas rentables, il existe donc des milliers de collectivités au sein desquels ces structures restent indispensables.

Pire, cette course au rendement entraîne un véritable effet domino. Derrière la fermeture des écoles et des services publics, suit en effet celle des commerces. Surviennent alors la fuite des médecins et une dépendance accrue à la voiture.

Dès lors, les populations jeunes et actives préfèrent partir, d’autant plus que les emplois disparaissent eux aussi à leur tour. Restent alors seulement des gens de plus en plus vieillissants, attachés à leur territoire, mais abandonnés par la République.

Les campagnes ne sont pas mortes

Certains pourraient, dès lors, verser, dans un discours fataliste où ce déclin deviendrait inéluctable. Toutefois, une bonne partie de la population refuse encore de céder aux sirènes des métropoles. Avec la crise sanitaire et le réchauffement climatique, certains citadins ont même dans certains cas décidé de revenir à la nature.

Il ne s’agit, pour autant, pas de « faire renaître le monde de jadis », ni de porter un regard misérabiliste, mais bien de s’interroger sur l’avenir des zones rurales en sortant de la logique de rentabilité. Par la même occasion, réinvestir les campagnes permettrait également de donner de l’air aux centres urbains asphyxiés par la surpopulation, les logements hors de prix et l’artificialisation des sols.

Une source d’inspiration pour redéfinir la société ?

Par rapport à la ville, la campagne possède de nombreux atouts qui pourraient aider les habitants à penser d’autres modèles que celui du capitalisme carnassier. En premier lieu, elle concentre encore des ressources directement liées aux besoins fondamentaux de l’espèce humaine : l’alimentation, l’eau, le bois et divers matériaux, l’énergie, et bien sûr, les terres agricoles.

Et pourtant, bon nombre de ces ressources restent peu ou mal exploitées. Dans de multiples domaines, en particulier la nourriture, la France pourrait ainsi viser l’autonomie. Or, dans les faits, le pays demeure largement dépendant à la chaîne mondialisée. Dans la quête d’une évolution, les campagnes auraient alors un rôle crucial à jouer, à condition de valoriser d’abord les producteurs locaux plutôt que toujours tout céder aux grands groupes, surtout dans le milieu paysan.

Un laboratoire de sobriété et de partage

En outre, dans une société du « tout, tout de suite » où l’existence doit toujours être plus rapide, plus productive, plus rentable, les campagnes peuvent apporter une vision différente. À rebours des modes de vie urbains, les communautés rurales sont plus en phases avec des réalités plus naturelles, en particulier dans la gestion du temps.

Bien entendu, la campagne n’échappe pas au consumérisme. Pour autant, être directement connecté à la production de ressources offre un autre rapport au monde qui pourrait favoriser la bifurcation vers plus de sobriété.

Par ailleurs, la disparition des services et du tissu économique traditionnel peut également permettre d’expérimenter de nouveaux modèles. Dans ce cadre, la mutualisation des outils, le développement des commerces coopératifs, ou les services collectifs autogérés peuvent transformer la contrainte rurale en une occasion de créer du lien social.

Et d’autonomie

Si vivre en totale autarcie semble relever de l’utopie, utilser localement la valeur produite sur un territoire représente un merveilleux outil d’un point de vue environnemental et économique. Produire des richesses sur place n’a en effet pas de sens si son fruit s’envole à l’autre bout du monde.

Habiter à la campagne n’est pas un modèle naturellement écologique ou solidaire, loin de là. Mais il s’agit cependant d’un terreau propice à l’expérimentation de formes différentes de propriété, de production et d’entraide.

Des terres abandonnées à l’extrême droite

Reste qu’en l’état, les habitants des zones rurales ne peuvent qu’éprouver un sentiment d’abandon et d’isolement par rapport à l’autre partie du pays. Une réalité que l’on a pu voir ressurgir lors des manifestations des gilets jaunes, ou plus récemment avec les mouvements de colère agricoles. L’explosion du prix des carburants dans des lieux aussi dépendants à la voiture n’a, de surcroît, pas dû arranger la situation.

S’il serait trop simple de résumer les campagnes à l’extrême droite, tant les circonstances peuvent varier en fonction de l’attractivité des territoires, force est de constater que, plus la commune est petite, plus le nombre de bulletins pour le Rassemblement National augmente en moyenne. Aux dernières législatives, le vote RN dépassait ainsi les 40 % dans les villages de moins de 2000 habitants.

Le message « anti-élite » a alors pu trouver un écho dans des régions complètement abandonnées par l’État, que ce soit au niveau des services publics, de l’attractivité ou de l’emploi. Sur cette misère sociale, a aussi pu prospérer un discours érigeant en bouc émissaire une partie de la société : musulmans, « assistés », ou immigrés…

Le piège du mépris

Pour autant, il ne s’agit en aucun cas d’affirmer que les habitants ruraux seraient juste réactionnaires, racistes ou incultes. En réalité, ces populations rencontrent des difficultés semblables à tous les Français victimes du système capitaliste et néolibéral.

Dans ce cadre, la responsabilité d’offrir des réponses à ces colères légitimes incombe aux dirigeants politiques altermondialistes. Plutôt que des discours simplistes comme ceux du RN, la gauche devrait donc proposer des mécanismes économiques et politiques réels, sans nier ce sentiment d’abandon.

Dès lors, faire revenir les services publics, les maternités, les médecins, les transports en commun et les emplois en zone rurale représente des combats collectifs que tout décideur et militant anticapitaliste doit mener.

Réinvestir la démocratie locale

Pour y parvenir, la petite commune incarne d’ailleurs un échelon à très haut potentiel, puisqu’il permet de reconstituer des modalités démocratiques très importantes. Il est, en effet, bien plus aisé d’établir dans un village, une assemblée citoyenne, une coopérative, des collectifs de services publics ou encore des jardins partagés.

De facto, pour sortir de ce sentiment d’abandon, reconstruire un tissu social autour d’une gestion collaborative de la vie d’une ville représente un levier considérable. Certes, l’État doit jouer son rôle pour répondre aux besoins de toutes et tous, mais il peut aussi redonner aux habitants des moyens d’agir directement sur leur territoire.

Repenser un autre monde à travers la campagne

En définitive, si l’extrême droite exploite bien une colère légitime en zone rurale, elle ne répond en rien aux problématiques posées par le système capitaliste lui-même. Dès lors, c’est bien en progressant à contre-courant de cette pensée basée sur les boucs émissaires qu’il sera possible de réinventer la campagne de demain.

La bataille pour la ruralité va donc bien plus loin que vouloir réimplanter des services publics, de l’emploi ou des commerces. C’est également une lutte idéologique sur ce que pourrait être une société extirpée de la logique néolibérale et capitaliste.

– Simon Verdière


Photo de couverture : Clément Proust / Pexels

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01.10.2026 à 14:06

Laurent Nuñez et ce drôle de système composé de « cas isolés »

Elena Meilune

Alors que la mobilisation lycéenne s’étend à travers la France, Laurent Nuñez déploie CRS et gendarmes mobiles au nom du « rétablissement de l’ordre républicain ». Une nouvelle séquence qui vient s’ajouter à une longue série de controverses autour du ministre de l’Intérieur, de sa doctrine du maintien de l’ordre et de son refus persistant […]

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Texte intégral (3343 mots)

Alors que la mobilisation lycéenne s’étend à travers la France, Laurent Nuñez déploie CRS et gendarmes mobiles au nom du « rétablissement de l’ordre républicain ». Une nouvelle séquence qui vient s’ajouter à une longue série de controverses autour du ministre de l’Intérieur, de sa doctrine du maintien de l’ordre et de son refus persistant de parler de violences policières systémiques.

[Temps de lecture estimé : ~ 8 min]

À l’origine, des lycéens qui réclament notamment des professeurs, des établissements scolaires qui ne tombent pas en ruines, et des conditions décentes d’enseignement. Face à cela : des milliers d’interpellations (près de 2 000 rien que sur la journée du 2 octobre), des adolescents grièvement blessés et des CRS et gendarmes mobiles déployés en masse devant les établissements. Face à ce qu’il qualifie d’« aggravation de la situation », Laurent Nuñez appelle désormais au « rétablissement de l’ordre républicain ». 

Cette nouvelle séquence intervient au moment où une autre actualité avait remis sous les projecteurs le rapport du ministre aux forces de l’ordre et à leurs violences : la plainte qu’il avait initiée contre l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré vient d’être classée sans suite. Une plainte née, précisément, d’une chronique consacrée aux violences commises par des membres de la police et de la gendarmerie.

Des lycéens réclament le droit d’étudier dignement, Nuñez envoie les CRS

Fin septembre, ce sont cette fois des lycéens qui se retrouvent confrontés à la doctrine de maintien de l’ordre du ministre. Le 29 septembre, alors que 338 établissements sont concernés par les blocages, Laurent Nuñez assimile déjà une partie des mobilisations à des « violences urbaines » et annonce 164 interpellations.

La mobilisation prend ensuite rapidement de l’ampleur. Le 1er octobre, selon le ministère de l’Intérieur, 1 027 établissements sont concernés par des actions et 222 sont bloqués. 1 949 personnes sont interpellées au cours de cette seule journée. Plus de 5 000 interpellations en moins d’une semaine. 

Dans le même temps, plusieurs adolescents sont grièvement blessés lors ou dans le contexte d’interventions policières. À Saint-Ouen-l’Aumône, un lycéen de 14 ans est grièvement atteint après un tir à bout portant au lance-grenades Cougar. À Tours, un lycéen de 16 ans perd l’usage de son œil droit ; des lésions « compatibles » avec un tir de LBD selon la procureure. Le 1er octobre, un troisième lycéen est gravement blessé à l’œil à Argenteuil, affirmant aussi avoir été visé par un tir de LBD.

La réponse du ministre ? Dans une note adressée aux préfets et aux forces de sécurité le 30 septembre, Nuñez affirme que « l’usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l’action pour rétablir l’ordre », des propos qualifiés par la LDH de « justification inadmissible à ces violences policières quand il aurait fallu au contraire appeler à la retenue, particulièrement s’agissant d’enfants ». Le lendemain, face à ce qu’il qualifie d’« aggravation de la situation », le ministre de l’Intérieur décide ainsi de mobiliser CRS et gendarmes mobiles pour le « rétablissement de l’ordre républicain ».

Au ministère de l’Intérieur, on ne plaisante pas avec l’humour

Le 9 novembre 2025, dans La Dernière sur Radio Nova, Pierre-Emmanuel Barré livre une chronique consacrée aux forces de l’ordre. Il évoque notamment deux policiers de Bobigny mis en examen pour viol et agressions sexuelles sur une femme détenue, ainsi que les images de Sainte-Soline révélées quelques jours auparavant.

C’est après cette accumulation qu’il lâche : « Des viols, des mutilations, des meurtres et des mecs qui se filment en train de faire tout cela en se marrant, en fait la police et la gendarmerie, c’est Daech avec la sécurité de l’emploi. »

L’humoriste s’en prend ensuite directement à Laurent Nuñez, affirmant avoir de « fortes suspicions » que le ministre soit une « grosse cuve à pisse », avant d’ajouter : « Mais présomption d’innocence ! On attend l’enquête de l’IGPN. »

Laurent Nuñez, alors déjà ministre de l’Intérieur, adresse le lendemain une « lettre-plainte » au parquet de Paris pour dénoncer des propos qu’il qualifie d’« inqualifiables ». Le 28 septembre 2026, Le Parisien révèle que cette plainte a été classée sans suite. Le ministère indique « prendre acte » de la décision. Barré, lui, y voit « plutôt une bonne nouvelle pour la liberté d’expression ».

Sainte-Soline : des images choquantes, mais toujours pas de « violences policières »

La chronique de Pierre-Emmanuel Barré faisait notamment référence aux images tournées par les caméras-piétons des gendarmes lors de la manifestation contre les mégabassines à Sainte-Soline, le 25 mars 2023. Révélées en novembre 2025 par Mediapart et Libération, elles montrent des tirs tendus illégaux, des insultes et incitations à la violence et au meurtre, un sentiment d’impunité totale. Nuñez avait alors demandé l’ouverture d’une enquête administrative.

Le ministre avait condamné certains propos et reconnu l’existence de « gestes qui manifestement ne sont pas réglementaires ». Il avait néanmoins défendu une réponse des forces de l’ordre « très majoritairement proportionnée » et refusé explicitement d’employer l’expression « violences policières », expliquant qu’il ne la reprenait « jamais » à son compte en raison de son association avec l’idée de violences systémiques.

De la « violence légale » aux « cas isolés »

Cette position n’est pas nouvelle. Dès janvier 2020, alors secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez déclarait : « Les policiers évidemment ne sont pas violents. » Il défendait une violence de l’État « légitime », « très encadrée », également qualifiée de « violence légale », et estimait qu’il fallait « réfuter ce terme de violence policière » lorsqu’il suggère l’existence d’un système organisé. En juillet 2023, devenu préfet de police de Paris, il écrivait encore à ses troupes :

« Non, il n’y a pas de violences policières ni de racisme systémique dans la police. » Les faits problématiques relevaient selon lui de « comportements individuels déviants ».

La même grille de lecture apparaît en janvier 2026. Interrogé après la mort d’El Hacen Diarra, frappé par des policiers dans un commissariat parisien et la diffusion d’images montrant un policier frapper un homme en marge d’une manifestation à Paris la même semaine, Nuñez évoque des « cas isolés », tout en renvoyant aux enquêtes chargées d’établir les responsabilités. Le problème avec les « cas isolés », c’est qu’ils sont très nombreux : 49 personnes mortes lors d’une intervention policière en 2025, et déjà 20 sur les cinq premiers mois de 2026.

Carcassonne : racisme, misogynie et toujours des « cas isolés »

Début septembre, une nouvelle affaire relance le débat. Une vidéo issue d’une caméra-piéton montre des policiers municipaux de Carcassonne tenant, pendant une patrouille réalisée en novembre 2025, des propos racistes, sexistes, homophobes et complotistes. L’un des principaux agents mis en cause, ancien militaire, était lié au Rassemblement national, qui a annoncé son exclusion après les révélations. Une enquête judiciaire est en cours.

Laurent Nuñez a dénoncé propos « indignes de l’uniforme de la police municipale » et ordonné un contrôle de la police municipale par l’Inspection générale de l’administration, tout en continuant à répéter à tue-tête qu’il « n’y a pas de racisme dans la police ni dans la gendarmerie », seulement des « cas isolés » qui sont « extrêmement limités » et « toujours sanctionnés ».

Rima Hassan : une fausse information relayée à des journalistes

Quelques jours plus tard, Complément d’enquête révèle le rôle joué par Laurent Nuñez dans une autre affaire. Le 2 avril 2026, pendant la garde à vue de l’eurodéputée LFI Rima Hassan, les médias dominants annoncent que de la « drogue de synthèse » aurait été découverte dans ses affaires. Les analyses réalisées par la suite démentent cette première présentation et le volet stupéfiants de la procédure est finalement classé sans suite. Mais le mal est fait. La fausse information a largement circulé, et comme souvent, le mensonge avait déjà fait trois fois le tour du web pendant que la vérité enfilait encore ses chaussures.

Selon Complément d’enquête, Nuñez a participé à la circulation de cette infox – pudiquement qualifiée d’« information inexacte » par plusieurs médias, à commencer par Le Parisien qui avait été le premier à la publier – issue d’informations couvertes par le secret de l’enquête, lors d’une discussion « en off » avec des journalistes dans un wagon-bar, le tout en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu. Rima Hassan a depuis déposé plainte devant la Cour de justice de la République pour « violation du secret de l’enquête ».

Un « permis de tuer » dans un climat d’impunité

Dans le même temps, le gouvernement soutient une évolution importante du cadre juridique entourant l’usage des armes par les forces de l’ordre. Le 7 juillet 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, par 313 voix contre 199, une proposition de loi instaurant notamment une présomption simple d’usage légitime des armes par les policiers et les gendarmes.

Source : https://datan.fr/votes/legislature-17/vote_7987

Un « permis de tuer », comme le soulignent les opposants. Une expression que Laurent Nuñez juge « très caricaturale » : le ministre assure que le texte ne crée « ni privilège ni impunité ». Pourtant, de nombreuses organisations, parmi lesquelles Amnesty International, la Ligue des droits de l’Homme et des syndicats d’avocats et de magistrats, mais aussi des institutions comme la Défenseure des droits pour qui :

« une telle présomption est de nature à porter atteinte aux garanties attachées au droit fondamental à la vie, à l’accès au juge, à la manifestation de la vérité et à l’effectivité des voies de recours »

La CNCDH a également adressé aux députés une lettre relative à la proposition de loi, rappelant notamment que celle-ci « fragiliserait davantage encore ce système de contrôle déjà insuffisant au regard des standards conventionnels ».

Après la réforme de 2017, des tirs mortels multipliés par six

Le jour du vote à l’Assemblée nationale, Laurent Nuñez s’est indigné : « Comment pouvez-vous vous dire qu’avec ce texte, il y a des personnes qui vont perdre la vie du fait de l’action de la police ? » Une indignation d’autant plus obscène au regard du précédent de 2017. Cette année-là, une première réforme avait déjà élargi les conditions dans lesquelles les policiers pouvaient faire usage de leur arme.

Une étude publiée en 2025 par les chercheurs Sebastian Roché, Simon Varaine et Paul Le Derff constate qu’après cette réforme, le nombre de personnes tuées par la Police nationale lors de tirs sur des véhicules en mouvement a été multiplié par six : 4 morts au cours des 67 mois précédant la loi, contre 25 au cours des 67 mois suivants. La hausse est d’autant plus notable qu’elle n’est pas observée chez les gendarmes, dont les règles d’usage des armes n’ont pas connu le même assouplissement.

« Plus le pouvoir de faire usage d’une arme est immense, plus son contrôle devrait être exigeant »

La pétition contre le nouveau « permis de tuer » a, elle, recueilli plus de 732 000 signatures, avant d’être classée sans suite en commission des lois. La contestation s’est également exprimée dans la rue avec des mobilisations organisées à travers la France. Comme d’habitude, le gouvernement a fait la sourde oreille.

Au moment même où s’accumulent les affaires questionnant l’usage de la force et le contrôle des forces de l’ordre, la réponse politique consiste donc à renforcer leur protection juridique. Plus le pouvoir de faire usage d’une arme est immense, plus son contrôle devrait être exigeant. Pourtant, alors que les raisons d’exiger davantage de contrôle s’accumulent, c’est davantage de protection que le pouvoir politique choisit de leur accorder.

Combien de « cas isolés » font un système ?

Sainte-Soline, Carcassonne, morts et violences lors d’interventions policières, fausse information diffusée sur Rima Hassan… Pris séparément, chaque événement peut être renvoyé à sa propre enquête, à ses circonstances, à ses responsabilités individuelles. C’est d’ailleurs toute la force de l’expression « cas isolé » car elle permet de regarder chaque arbre sans jamais avoir à se demander à quoi ressemble la forêt.

Or parler de violences ou de racisme systémiques ne signifie pas prétendre que chaque policier est violent ou raciste. Cela consiste à interroger ce qui dépasse les individus : les doctrines, la hiérarchie, les pratiques, les mécanismes de contrôle, les protections juridiques et les décisions prises au sommet. Depuis des années, Laurent Nuñez refuse cette lecture.

Mais à force de transformer chaque nouvelle affaire en exception, combien faudra-t-il encore de « cas isolés » pour accepter enfin de regarder le système qui les produit ?

– Elena Meilune


Photo de couverture : Laurent Nuñez au Salon de l’agriculture, 26 février 2026 / dprezat sur Flickr

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30.09.2026 à 06:00

Quand Hollande a trahi la gauche en enfantant Macron

Mr Mondialisation

En août 2014, Mr Mondialisation relayait l’alerte : un ancien banquier d’affaires venait d’être nommé ministre de l’Économie et de l’Industrie. Emmanuel Macron entrait à Bercy après un passage à la banque Rothschild et à l’Élysée auprès de François Hollande. À l’époque, nous interrogions déjà la trajectoire prise par le Parti socialiste au pouvoir. Douze […]

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En août 2014, Mr Mondialisation relayait l’alerte : un ancien banquier d’affaires venait d’être nommé ministre de l’Économie et de l’Industrie. Emmanuel Macron entrait à Bercy après un passage à la banque Rothschild et à l’Élysée auprès de François Hollande. À l’époque, nous interrogions déjà la trajectoire prise par le Parti socialiste au pouvoir. Douze ans plus tard, à l’approche de la présidentielle de 2027, le recul permet de mesurer la gravité de ce qui se déroulait. De Hollande à Macron, de la trahison du PS à la progression du RN, cette séquence politique doit aujourd’hui être rappelée, pour ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Le 27 août 2014, Attac publiait un communiqué lucide : Un banquier ministre de l’économie et de l’industrie : l’impudence de MM. Hollande et Valls. Emmanuel Macron venait de quitter l’Élysée, où il avait été secrétaire général adjoint de la présidence de la République, pour rejoindre Bercy et devenir ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique. Avant cela, il avait travaillé dans la banque d’affaires Rothschild et participé notamment au rachat, par Nestlé, de la branche de nutrition infantile de Pfizer.

Attac dénonçait une « fusion » entre les oligarchies politique et financière et mettait en cause le poids des grandes entreprises dans les décisions publiques. Le contexte de 2014 renforçait cette lecture : la crise financière de 2008 avait durablement marqué les sociétés occidentales, tandis que les débats sur la régulation bancaire, les accords de libre-échange et le pouvoir des multinationales occupaient une place importante dans le débat public. Attac appelait alors à la mobilisation contre les banques et les grandes multinationales.

Poignée de main entre Manuel Valls, ministre français des Outre-mer (à droite), et Raffaele Fitto, vice-président exécutif de la Commission européenne, lors de la visite de ce dernier à Paris, en France. 10 mars 2025. Wikimedia.

Séparer l’homme de la politique libérale

Daniel Schneidermann, le fondateur d’Arrêt sur images, écrivait ironiquement dans une chronique publiée le même jour : « Vive Macron ! ». Il décrivait cette nomination comme la clarification d’une orientation politique qu’il jugeait déjà à l’œuvre sous François Hollande et Manuel Valls, qui est d’ailleurs devenu ensuite ministre sous Macron. Il évoquait notamment les débats sur la TVA, le travail dominical, le logement et les relations avec le patronat.

En 2014, il était encore impossible de savoir jusqu’où cette trajectoire conduirait. Pour autant, derrière le parcours personnel d’un futur président, se trouvait une orientation économique et politique déjà engagée.

Le journaliste Daniel Schneidermann en 2009 dans les locaux d’@rrêt sur images. Wikimedia.

L’enfant terrible du Parti socialiste 

En 2012, François Hollande avait été élu président de la République avec le soutien d’un électorat largement situé à gauche, dans un contexte marqué par la volonté de tourner la page Sarkozy. Pourtant, le choix du « pacte de responsabilité », les orientations favorables à la compétitivité des entreprises et le recours croissant à une ligne libérale ont contribué à une fracture durable au sein du Parti socialiste et de son électorat. La nomination de Macron à Bercy en 2014 s’inscrivait dans cette évolution plutôt qu’elle ne la déclenchait à elle seule.

La suite est connue : Emmanuel Macron quitta le gouvernement en 2016, lança En Marche ! Avec son ni de droite, ni de gauche, Macron rameute une grande partie des socialistes. La société civile réclame alors, sans succès, une coalition éco-sociale entre Hamon, Jadot et Mélenchon.

Pétition fermée. Cette pétition avait 82 662 signataires.

Malgré ça, au premier tour, Macron obtenait 24,01 % des suffrages exprimés, devant Marine Le Pen à 21,30 %, tandis que François Fillon et Jean-Luc Mélenchon dépassaient eux aussi les 19 %. Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste, ne recueillait que 6,36 %. Au second tour, Macron l’emportait avec 66,10 % des suffrages exprimés contre 33,90 % pour Marine Le Pen.

Douze ans après, quelles leçons tirer des trahisons socialistes ?

La présidentielle de 2027 approche. Et, douze ans après les premières alertes, le contraste avec 2014 n’en est que plus saisissant. À l’époque, Attac dénonçait la nomination d’un ancien banquier d’affaires à Bercy comme le symbole d’une porosité inquiétante entre pouvoir politique et intérêts économiques. Daniel Schneidermann, lui, soulignait déjà que le véritable sujet n’était peut-être pas Emmanuel Macron lui-même, mais la politique qu’il venait incarner.

Ce que l’ère Macron est venue révéler, c’est la réalité de ce que peut engendrer la dite gauche « raisonnable », « de gouvernement », soit-disant « responsable » : une gauche qui conforte les marchés, le patronat et les élites économiques, qui détruit les services publics et précarise la population, jusqu’à dérouler le tapis rouge à l’extrême droite tout en prétendant la contenir. 

Le piège serait, aux présidentielles 2027, de recommencer. L’enjeu est donc de rompre avec cette mécanique d’une gauche prétendument « raisonnable » ou d’une extrême droite prétendument « antisystème », et de soutenir une politique de rupture qui défend réellement celles et ceux qui subissent depuis des années la précarisation, la destruction des services publics et l’érosion de leurs droits sociaux.

– Mr Mondialisation


Photo de couverture : Attac.

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29.09.2026 à 09:46

Présidentielles 2027 : cinq scénarios de l’UNICEF et VersLeHaut pour réinvestir dans l’École

Mr Mondialisation

À la veille de la présentation du projet de loi de finances pour 2027, un rapport de l’UNICEF France et VersLeHaut identifie cinq scénarios et cinq principes pour une politique éducative  : transformer une baisse d’effectifs inédite depuis la Seconde Guerre mondiale en opportunité historique d’investissement pour l’École. L’UNICEF France et VersLeHaut présentent ce mardi […]

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À la veille de la présentation du projet de loi de finances pour 2027, un rapport de l’UNICEF France et VersLeHaut identifie cinq scénarios et cinq principes pour une politique éducative  : transformer une baisse d’effectifs inédite depuis la Seconde Guerre mondiale en opportunité historique d’investissement pour l’École.

L’UNICEF France et VersLeHaut présentent ce mardi 29 septembre « Baisse démographique : comment saisir cette opportunité historique pour l’éducation ? », un rapport inédit sur les conséquences à tirer, pour les politiques éducatives, d’une chute démographique sans précédent dans notre pays.

À la rentrée 2035, la France aura perdu 1,7 million d’élèves par rapport à la rentrée 2025, soit une baisse de 14,2 % de la population scolaire actuelle : une rupture démographique que le rapport analyse comme un point de bascule pour l’École, porteur à la fois de risques et d’opportunités inédites.

Le rapport est préfacé par Claude Thélot, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes et ancien président de la Commission du débat national sur l’avenir de l’École, qui y voit « une chance peut-être unique qu’il faut absolument saisir ». Il se conclut par une postface d’Adrien Taquet, administrateur de l’UNICEF France et ancien secrétaire d’État à l’enfance et aux familles, pour qui :

« la baisse du nombre d’enfants peut être l’occasion d’une refondation de notre modèle éducatif ».

Des résultats scolaires en recul, une opportunité qui s’ouvre

Le rapport part d’un double constat. D’une part, la dégradation préoccupante des performances scolaires sur le temps long : les résultats de l’enquête PISA 2025 témoignent de résultats alarmants, tandis que la part des élèves en grande difficulté a fortement progressé depuis 2015, dans un contexte d’inégalités sociales et territoriales persistantes.

D’autre part, une chute démographique qui va libérer, mécaniquement, des marges budgétaires considérables au sein du premier budget de l’État : selon les estimations du rapport, plus de 5 milliards d’euros pourraient ainsi être dégagés pour l’enseignement public à l’horizon 2035.

 

Moins d’élèves pour mieux d’école

Face à la tentation, dans un contexte de déficit public élevé, de faire de cette marge une source d’économies à court terme, VersLeHaut et l’UNICEF France défendent un choix stratégique de long terme : l’intégralité des économies mécaniquement dégagées par la baisse démographique doit être réinvestie dans l’amélioration de la qualité du système éducatif, entre 2026 et 2035 et au-delà, plutôt que redéployée vers la réduction du déficit public ou d’autres politiques.

Cette opportunité ne se traduira en amélioration réelle des résultats des élèves que si les moyens supplémentaires sont indissolublement liés à une transformation des pratiques et des organisations professionnelles, ainsi qu’à une attractivité accrue du métier enseignant. Réinvestir sans changer les modes de fonctionnement du système éducatif reviendrait à manquer une occasion historique.

Aurélie Filippetti à gauche, et Adeline Hazan à droite, visitant les Halles du Boulingrin. 16 mars 2013. Wikimedia.

« Moins d’élèves ne doit pas signifier moins d’ambition pour l’École. Cette baisse démographique est une occasion rare de mieux garantir le droit de chaque enfant à une éducation de qualité, en particulier pour les plus vulnérables. Nous appelons donc à ce que 100 % des marges budgétaires dégagées soient réinvesties dans l’éducation, avec une exigence : qu’elles se traduisent par des progrès concrets et mesurables pour les élèves », explique Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France.

« Nous avons souhaité démontrer pourquoi la baisse démographique constitue un point de bascule pour l’école française. Mais pour saisir cette opportunité historique et améliorer la qualité de notre système éducatif, il faut parvenir à un consensus politique sur l’intérêt comme l’urgence d’un investissement de l’État dans l’éducation. C’est en ce sens que nous portons l’idée d’un nouveau pacte d’investissement éducatif, qui conjugue des mesures offrant le meilleur rendement, une autonomie plus importante et un changement de culture professionnelle dans l’Éducation nationale au service des communautés éducatives », explique Marie-Caroline Missir, déléguée générale de VersLeHaut.

Cinq principes pour guider l’action publique

Pour orienter ce réinvestissement, l’UNICEF France et VersLeHaut proposent cinq principes directeurs :

  • Principe d’impact fondé sur des preuves : cibler les dispositifs dont l’efficacité est démontrée scientifiquement ;
  • Principe d’évolution des modes de fonctionnement : conditionner les moyens nouveaux à des transformations des pratiques professionnelles ;
  • Principe de priorité aux élèves les plus vulnérables : concentrer l’effort sur la réduction des inégalités ;
  • Principe d’équité territoriale et de gouvernance partagée : construire les arbitrages avec les collectivités territoriales ;
  • Principe de transformation concertée et soutenable : inscrire les réformes dans un dialogue social exigeant.

Cinq scénarios pour éclairer le débat public et présidentiel

Le rapport propose également cinq scénarios d’investissement, non exclusifs les uns des autres, chiffrés à horizon 2035, destinés à nourrir le débat budgétaire de l’automne et la campagne présidentielle à venir :

  • Miser sur le renforcement de l’école primaire et du collège ;
  • Miser sur la lutte contre la grande difficulté scolaire ;
  • Miser sur l’aménagement du territoire, en donnant aux académies la capacité d’adapter localement l’offre scolaire ;
  • Miser sur la formation continue intensive des enseignants et de nouvelles modalités de travail ;
  • Miser sur la réduction de la taille des classes.

Ces scénarios s’accompagnent de recommandations transversales, à commencer par l’adoption d’une loi de programmation pluriannuelle garantissant, sur la durée, la trajectoire de réinvestissement de la marge démographique dans l’éducation.

Faire de l’éducation une priorité du débat public

Pour VersLeHaut et l’UNICEF France, cette rupture démographique doit devenir un thème central de la séquence politique qui s’ouvre : la discussion budgétaire de l’automne, puis la campagne présidentielle.

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, l’UNICEF France appelle les candidates et candidats à faire des droits des 15 millions d’enfants vivant en France une priorité de leur projet de société. Pauvreté, protection, santé mentale, éducation, égalité des chances, environnement ou numérique : les décisions prises aujourd’hui façonnent leur quotidien et leur avenir.

Pour accéder au rapport ICI et accéder à la synthèse du rapport ICI.

– VersLeHaut et l’UNICEF France


Photo de couverture : Flickr.

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28.09.2026 à 23:12

Burundi : la série noire d’incendies qui terrorise les commerçants

Mr Mondialisation

En Afrique de l’Est, au Burundi, les incendies de marchés et de centres commerciaux se multiplient, emportant marchandises, économies et parfois des années de travail. Depuis le début de 2026, huit espaces commerciaux ont déjà été ravagés par les flammes, faisant de ces sinistres une préoccupation nationale. Un phénomène qui rappelle tragiquement l’incendie du marché […]

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Texte intégral (1933 mots)

En Afrique de l’Est, au Burundi, les incendies de marchés et de centres commerciaux se multiplient, emportant marchandises, économies et parfois des années de travail. Depuis le début de 2026, huit espaces commerciaux ont déjà été ravagés par les flammes, faisant de ces sinistres une préoccupation nationale. Un phénomène qui rappelle tragiquement l’incendie du marché central de Bujumbura, survenu en 2013, et qui soulève encore aujourd’hui une question : pourquoi les espaces commerciaux brûlent-ils à répétition au Burundi ?

Le 27 janvier 2013, le marché central de Bujumbura était englouti par un gigantesque incendie. Des milliers de commerçants perdaient leurs boutiques, leurs marchandises et parfois le fruit de plusieurs générations de travail. Beaucoup y voyaient un drame exceptionnel.

Mais treize ans plus tard, les incendies sont devenus récurrents. Marchés, galeries et centres commerciaux sont régulièrement réduits en cendres. Parmi eux, le marché des planches de Chez Sion, ceux de Kinama, Cibitoke et Jabe, le marché central de Ngozi, ainsi que les galeries Ndayizamba et le marché de Kinindo. Au-delà des pertes matérielles, chaque sinistre ravive le traumatisme de 2013 et renforce le sentiment d’insécurité chez les commerçants.

Le feu qui détruit de génération en génération

À 35 ans, Arsène, père de deux enfants, est commerçant comme son grand-père et son père. Ce dernier vendait des vêtements et des chapeaux au marché central de Bujumbura jusqu’à l’incendie qui a ravagé le marché en 2013. En quelques heures, la famille a tout perdu. Pour le père d’Arsène, le choc économique mais aussi émotionnel a été particulièrement difficile à surmonter. Selon son fils, cette épreuve a profondément affecté sa santé. Il a développé des problèmes cardiaques et est décédé quelques années plus tard.

Malgré cette tragédie, Arsène a décidé de reprendre le flambeau familial. En 2018, il contracte un petit crédit et ouvre une boutique au marché de Kamenge, avec l’espoir de reconstruire progressivement ce que sa famille avait perdu. Mais deux ans plus tard, le même scénario se répète. En 2020, le marché de Kamenge est à son tour ravagé par un incendie. Arsène perd une nouvelle fois une partie de son activité et voit s’effondrer les efforts engagés pour repartir de zéro.

Aujourd’hui, il continue tant bien que mal à exercer le petit commerce. Mais chaque soir, au moment de fermer sa boutique, une même inquiétude demeure : celle de voir, une fois encore, des années de travail partir en fumée.

Les commerçants réclament la vérité

Treize ans après l’incendie du marché central de Bujumbura, l’incompréhension reste profonde parmi les commerçants. À chaque nouveau sinistre, les mêmes interrogations refont surface : s’agit-il d’incendies accidentels ou d’actes criminels ? En l’absence de conclusions publiques sur les enquêtes annoncées par les autorités, beaucoup disent toujours ignorer l’origine de ces incendies à répétition et demandent que toute la lumière soit faite.

À Ngozi, Jean-Paul, commerçant, estime que les simples campagnes de prévention ne suffisent désormais plus. Pour lui, les commerçants ne peuvent pas se prémunir efficacement contre un danger dont ils ignorent encore la cause. « Les autorités nous demandent de protéger nos commerces, mais c’est difficile de se protéger contre quelque chose dont on ne connaît pas l’origine », déplore-t-il.

Face à la répétition des sinistres, les commerçants réclament également des mesures concrètes pour renforcer la sécurité dans les marchés. Le président de l’Association des commerçants du Burundi, Antoine Muzaneza, propose notamment la mise en place de comités de sécurité nocturne, l’installation de caméras de surveillance ainsi qu’un meilleur contrôle des heures d’ouverture et de fermeture des espaces commerciaux.

Une enquête sans réponses

Après chaque incendie, les autorités annoncent l’ouverture d’une enquête destinée à déterminer l’origine du sinistre et, le cas échéant, à identifier d’éventuels responsables. Pourtant, treize ans après l’incendie du marché central de Bujumbura, en 2013, aucun rapport d’enquête n’a été rendu public. Une absence de conclusions qui entretient les interrogations des commerçants et de la société civile sur les causes de ces incendies à répétition.

Visite de Evariste Ndayishimiye, Président du Burundi, à la Commission européenne. Wikimedia

Pendant longtemps, les sinistres ont principalement été associés à des accidents ou à des défaillances électriques. Mais cette version est aujourd’hui remise en question par de récentes déclarations du président de la République, qui a affirmé que l’incendie du marché central de Bujumbura, en 2013, relevait d’un acte criminel. Une déclaration qui a ravivé les interrogations sur les circonstances réelles de ce drame.

Le secrétaire général du parti au pouvoir au Burundi, Révérien Ndikuriyo, appelle lui aussi à des investigations approfondies. Il s’interroge notamment sur l’origine de l’incendie du marché de Ngozi, soulignant que celui-ci ne disposait pas d’installation électrique. Pour lui, cette situation doit conduire les enquêteurs à explorer toutes les pistes et à éviter d’attribuer systématiquement les sinistres à la société chargée de la fourniture d’électricité, sans éléments permettant de l’étayer.

La vérité ou l’oubli

Treize ans après l’incendie du marché central de Bujumbura, les interrogations restent entières. Qui se cache derrière ces incendies lorsqu’ils sont d’origine criminelle ? Quels intérêts pourraient expliquer la destruction de commerces dont dépendent des milliers de familles ? Et lorsque les sinistres sont accidentels, quelles mesures ont réellement été prises pour éviter qu’ils ne se reproduisent ?

Au-delà des pertes matérielles, c’est la confiance des commerçants qui s’érode, à mesure que les enquêtes annoncées restent sans réponses publiques. Établir les causes de ces incendies, identifier d’éventuels responsables et, lorsque les faits sont établis, permettre aux victimes d’obtenir réparation constituent autant d’enjeux pour tourner la page de ces treize années d’incertitude.

– Landry Ingabire


Photo de couverture : TV5MONDE Info

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27.09.2026 à 06:00

Gauche radicale, Europe contre greenwashing et arbres migrateurs : Top 10 bonnes nouvelles

Mr Mondialisation

Pour contrer un peu le blues du dimanche, voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine ! 1. À Berlin, la gauche radicale arrive en tête À Berlin, Elif Eralp, candidate de Die Linke (gauche radicale), arrive en tête des élections régionales avec près de 26 % des voix, devant la CDU, en […]

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Texte intégral (1183 mots)

Pour contrer un peu le blues du dimanche, voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine !

1. À Berlin, la gauche radicale arrive en tête

À Berlin, Elif Eralp, candidate de Die Linke (gauche radicale), arrive en tête des élections régionales avec près de 26 % des voix, devant la CDU, en plaçant notamment la crise du logement au cœur de sa campagne. Dans le même temps, l’AfD réalise une percée dans deux autres Länder et atteint 16,3 % à Berlin. (Courrier international)

2. L’Europe serre la vis contre le greenwashing

Une directive européenne, entrant en vigueur le 27 septembre, interdit notamment les allégations environnementales trompeuses et les labels créés par les entreprises sans certification indépendante. La France, mise en demeure par Bruxelles, tarde toutefois à transposer ces nouvelles règles dans son droit national. (Reporterre)

3. Aider les arbres résistants à la sécheresse à migrer

Le paysan-herboriste Thierry Thévenin propose d’observer les arbres qui résistent le mieux à la sécheresse et d’aider à disséminer leurs graines vers des territoires plus fragilisés. Il cite notamment le noisetier de Byzance, le frêne à fleurs et l’érable de Montpellier comme des espèces particulièrement résistantes. (La Relève et la Peste)

4. Aix-en-Provence crée des « trames noires » pour protéger la biodiversité nocturne

À Aix-en-Provence, la municipalité réduit ou adapte l’éclairage nocturne autour de la Torse et de l’Arc pour préserver les déplacements de la faune, notamment des chauves-souris. Extinctions, détecteurs de mouvement, baisse d’intensité et éclairage plus chaud sont expérimentés, avec un suivi scientifique encore trop récent pour tirer des conclusions définitives. (La Relève et la Peste)

5. Un réseau social européen conçu pour limiter la désinformation

L’ingénieur français Clément Étoré a lancé Bulle, un réseau social disponible en sept langues qui mise sur une modération intégrée dès sa conception, des algorithmes transparents et une protection renforcée des données. La plateforme impose notamment une charte de déontologie aux créateurs et une vérification d’identité aux utilisateurs. (Actualité Positive)

6. La Corée du Sud transforme massivement ses déchets alimentaires

En Corée du Sud, le recyclage des déchets alimentaires est passé de 2,6 % en 1996 à près de 97 % en 2023, grâce notamment au tri obligatoire, à l’interdiction de leur mise en décharge et aux bacs connectés. New York s’inspire désormais de ce modèle, avec le tri obligatoire des biodéchets et plus de 400 bornes de compostage, mais rencontre encore des difficultés de participation. (BBC)

7. Barcelone repense son littoral face au changement climatique

Barcelone investit 150 millions d’euros pour transformer une partie de son littoral en infrastructure résiliente, en reculant notamment les digues et certains aménagements afin d’élargir les plages et mieux absorber les tempêtes et la montée des eaux. Le projet, qui doit créer 22 hectares d’espaces publics adaptés aux fortes chaleurs et restaurer des habitats marins, est finaliste du Earthshot Prize 2026. (EuroNews)

8. Un monte-escalier pour éviter que les personnes en fauteuil restent bloquées chez elles

À Marseille, la société SAMV déploie son monte-escalier électrique Vertimove pour permettre aux personnes à mobilité réduite de sortir de leur logement en cas de panne d’ascenseur. Le dispositif est actuellement expérimenté par 13 Habitat et s’appuie aussi sur l’insertion de jeunes via Humando. (Marcelle)

9. Il construit une voiture solaire capable de rouler jusqu’à 120 km

Après 12 000 heures de travail, Denis Baulier a conçu la Scaramobile, un véhicule d’environ 700 kg recouvert de panneaux solaires, capable de parcourir jusqu’à 120 km grâce à l’énergie solaire. Soutenu par 140 000 euros de l’Ademe dans le cadre du programme eXtrême Défi, le prototype homologué pour la route continue d’être amélioré, tandis que deux nouveaux modèles sont en préparation. (Reporterre)

10. Bristol interdit les publicités pour les produits à forte empreinte carbone

Bristol devient la première ville britannique à interdire sur ses supports municipaux les publicités pour la fast fashion, les SUV, les vols, les croisières et les entreprises liées aux combustibles fossiles. Malgré une perte de recettes estimée à 80 000 livres par an, la municipalité présente cette mesure comme un moyen de limiter la promotion de produits fortement émetteurs et d’encourager des modes de consommation moins carbonés. (Actualité positive)

– Mara Prone


Photo de couverture : Justin Wolff / Unsplash

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