25.06.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Mr Mondialisation donne la parole à une lectrice qui souhaite partager son expérience au sein d’un espace d’entraide dédié à la réduction des risques liés aux drogues. Un témoignage sensible qui invite à interroger le fonctionnement de ces lieux souvent essentiels pour les personnes concernées, mais rarement questionnés. Alors que la question des espaces d’entraides, […]
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Les espaces de réduction des risques sont indispensables. Mais parce qu’ils accueillent des personnes particulièrement vulnérables, ils doivent aussi accepter d’être interrogés. À travers mon expérience sur la plateforme Psychoactif, je souhaite ouvrir un débat plus large sur les responsabilités éthiques des communautés d’entraide.
Lorsqu’on est dépendant·e à une substance, on apprend vite à se taire. On apprend à cacher, à minimiser, à mentir parfois. À éviter certains sujets avec sa famille, ses ami·es, ses médecins. Parce que la consommation de drogues reste l’un des sujets les plus stigmatisés de notre société. On peut parler de dépression, d’alcoolisme, de burn-out. Mais parler librement de consommation de drogues reste encore extrêmement tabou.
C’est pour cette raison que les espaces de réduction des risques occupent une place si particulière.
Au-delà d’être des lieux d’information, ils deviennent parfois des lieux de survie. Pour certaines personnes, ce sont les seuls endroits où il est possible de dire :
« Je consomme. Je vais mal. »
sans être immédiatement jugées. Quand j’ai découvert le site Psychoactif, j’ai cru avoir trouvé cet endroit.

J’ai participé à plusieurs discussions. J’ai posé des questions. Peu à peu, j’ai perçu quelques tensions, et particulièrement dans une discussion sur les violences faites aux femmes. Les hommes, dont un modérateur, ont pris les rênes et l’échange s’est stoppé.
Mais c’est au moment où j’ai formulé des critiques sur certains aspects du fonctionnement de la plateforme que j’ai compris l’esprit et la culture du site.
Je n’avais pas le sentiment que mes remarques étaient réellement examinées. J’avais plutôt l’impression que l’attention se déplaçait progressivement vers ma manière de les exprimer, mon ancienneté sur le forum, ma sensibilité ou ma compréhension supposée des codes de la communauté. Comme si le problème ne pouvait pas être ce que je soulevais mais qu’il venait nécessairement de moi. On m’a même dit :
« Lorsqu’on arrive chez son « gourou », on écoute sans critiquer. »
Avec le recul, ce mécanisme est probablement ce qui me paraît le plus inquiétant, parce qu’il est extrêmement fréquent dans les systèmes de pouvoir. Lorsqu’une critique devient inconfortable, le moyen le plus efficace de la neutraliser n’est pas forcément de la censurer, il suffit parfois de rendre son auteur·rice moins crédible que ce qu’iel dit. Je ne prétends pas qu’il y ait eu une volonté délibérée de me nuire, mais je sais ce que j’ai vécu.

Avant que la situation n’explose publiquement, j’ai écrit à l’équipe. Non pas pour me plaindre, j’ai écrit parce que j’étais en détresse. J’ai expliqué que je ne me sentais plus en sécurité sur la plateforme et que j’avais besoin d’être rassurée. J’ai posé une question simple :
« Puis-je toujours compter sur vous ? »
Mon mail n’a jamais reçu de réponse. Je crois que c’est à cet instant précis que ma confiance s’est brisée, car ce silence a produit chez moi quelque chose de très particulier. Il m’a donné le sentiment que mes critiques suscitaient davantage de réactions que ma souffrance.
Je ne prétends pas que toutes les personnes présentes sur Psychoactif soient malveillantes. C’est justement ce qui rend cette situation si difficile à penser, car le problème n’est pas forcément la malveillance. Le problème peut aussi être une culture. Une culture qui finit par protéger le groupe avant de protéger les personnes et où les alertes deviennent vite encombrantes.
Je pense important de souligner que Psychoactif n’est pas un forum comme les autres. Les personnes qui arrivent là-bas sont souvent fragiles, isolées, en souffrance psychique. Lorsqu’une plateforme accueille ce genre de public, elle porte une responsabilité particulière.
Dans un tel contexte, la question n’est plus seulement celle de la modération. Elle devient une question éthique. Que produit réellement cet espace chez celles et ceux qu’il accueille ? Car plus un lieu accueille des personnes vulnérables, plus il devrait accepter d’interroger les effets qu’il produit sur elles.
Les personnes concernées n’ont pas seulement besoin d’information. Elles ont besoin de sécurité, d’écoute. Et lorsque celles qui alertent repartent avec davantage de doutes sur elles-mêmes qu’en arrivant, alors il devient nécessaire de se demander si quelque chose, quelque part, ne s’est pas perdu en chemin.
Cela m’amène à ce constat : les communautés militantes, les espaces d’auto-support et les dispositifs d’entraides ne sont pas immunisés contre les mécanismes qu’ils dénoncent.
C’est précisément pour cette raison que les espaces de réduction des risques devraient accepter d’être regardés avec la même exigence critique que celle qu’ils appliquent aux institutions qu’ils contestent. Une communauté ne se juge pas uniquement à ses intentions. Elle se juge aussi à ce que ressentent les personnes qui repartent plus fragiles qu’en arrivant.

À travers mon expérience, j’ai découvert qu’un espace qui affirme lutter contre la stigmatisation peut parfois produire ses propres mécanismes d’exclusion. Il me semble urgent d’ouvrir un débat dont personne ne parle : les usager·es de drogues ont besoin d’espaces d’entraide.
Iels ont besoin de réduction des risques. Iels ont besoin de communautés. Mais iels ont également besoin que ces espaces acceptent de regarder leurs propres angles morts. Car lorsqu’un lieu présenté comme un refuge devient – pour certaines personnes – un lieu supplémentaire de doute, d’angoisse et d’isolement, il ne suffit plus d’invoquer les valeurs affichées. Il devient nécessaire de s’interroger sur la réalité vécue.
– Laura Tournand | correction & mise en page par Mara Pron
Photo de couverture : Youssef Naddam – Unsplash
24.06.2026 à 14:30
Mr Mondialisation
D’année en année, l’état de la justice française se dégrade. Délais interminables, personnel débordé, dossiers bâclés, erreurs judiciaires, c’est toute une institution qui se trouve au bord de la rupture. Et ce désastre ne résulte pas de défaillances individuelles, mais bien d’un système à bout de souffle. Comme la santé, l’éducation ou l’écologie, la justice […]
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Comme la santé, l’éducation ou l’écologie, la justice doit faire face à des décennies de décisions austéritaires où les budgets et les moyens sont constamment comprimés sur l’autel du néolibéralisme et des cadeaux aux plus fortunés. Et si une politique de rupture, n’advient pas prochainement à la tête de l’État, la situation continuera à se dégrader au détriment de la démocratie.
Comment garantir une société apaisée sans une justice saine et efficace ? La question revient de plus en plus souvent sur la table, tant les scandales se multiplient à ce niveau. L’affaire Lyhanna n’a d’ailleurs pas manqué de susciter une indignation nationale.
Mais plus que des défaillances individuelles, le problème est bel et bien, ici, systémique. Que ce soit dans la prise en charge des plaintes, au niveau de l’enquête, dans l’examen des dossiers ou encore les décisions adoptées par la magistrature à cause de tribunaux saturés, le secteur entier de la justice plie sous le poids de l’austérité, des manques de moyens et des restrictions budgétaires.
Malgré le déni cynique d’Emmanuel Macron, qui affirmait ne vouloir « entendre aucun argument de moyens » dans le scandale Lyhanna, les statistiques ne mentent pas. Pour 100 000 habitants, la France ne compte que 3,2 procureurs. Seule l’Irlande fait pire dans toute l’Union européenne (2,7). C’est 7,5 fois moins que la Lettonie, en tête de ce classement.
La justice française manque bel et bien de moyens humains
L'analyse dans notre graphorama : https://www.altereco.media/J0i
— Alternatives Economiques (@alternatives-economiques.fr) 2026-06-12T15:48:40.000Z
Pire, au sein du personnel judiciaire hors procureur, comme les greffiers, la France est tout bonnement dernière de la classe avec uniquement 0,6 professionnel pour 100 000 habitants, 76 (!) fois moins que la Bulgarie. Avec seulement 11,15 juges pour la même proportion, elle est presque quatre fois moins pourvue que la Croatie.
Et dans la police judiciaire (PJ), chargée de recueillir les plaintes et d’enquêter, le désastre est à peu près similaire. À tel point que l’État ne parvient même plus à recruter les ressources humaines souhaitées pourtant dans un cadre de restriction. De l’aveu du ministère de l’Intérieur lui-même, il manquait 5 000 officiers supplémentaires en 2025.
Certes, des réformes comme celles de Nicolas Sarkozy, pour qui « l’insécurité n’est pas une question d’effectif », où plus récemment celle d’Emmanuel Macron, ont sans aucun doute déplumé la profession. Mais c’est également aujourd’hui l’absence d’attractivité qui pose problème.
Le secteur de la PJ n’intéresse plus les jeunes générations à cause de rémunérations insuffisantes, de rythmes de travail effrénés, de lourdeurs administratives, de logiciels dépassés et d’un métier peu gratifiant. Un constat qui n’est pas sans rappeler celui de l’éducation nationale.
Or, ce genre de bilan ne tombe pas du ciel. Il n’est pas le signe d’un déficit de motivation, à l’inverse de ce que certains libéraux peuvent laisser croire, mais d’un manque de moyens financiers. Comment, par exemple, revaloriser une profession, améliorer les conditions d’exercice ou former les gens correctement sans une enveloppe conséquente ?
À titre illustratif, la France dépense seulement 77 € par habitant pour sa justice. Loin des 136 ou des 245 de la Suisse. Et Gérald Darmanin a récemment demandé des économies, à l’inverse de plusieurs augmentations précédentes. Malgré tout, les 10,7 milliards de budget annuel ne pèsent pas lourd face aux 57 milliards de celui de l’armée, aux 100 milliards de fraudes fiscales, ou encore aux 211 milliards d’aides aux entreprises sans contrepartie.
Et au bout de la chaîne, toute cette politique, à l’avantage des grandes fortunes, n’est pas sans conséquences. Ainsi, 86 % des plaintes pour violences sexuelles et 94 % pour les viols sont classées sans suite. Le manque de formation au sein de la police incite, par exemple, fréquemment les fonctionnaires à ne pas croire la parole des enfants, alors qu’une étude atteste pourtant qu’il existe seulement 2 % de cas de mensonges chez les mineurs dans ce genre d’affaires.
Des données qui résonnent tristement face aux drames éprouvés par de nombreuses personnes. À tel point que ce climat détruit la confiance des individus dans le système. Plus de 90 % des victimes de violences sexistes ou sexuelles ne porteront d’ailleurs jamais plainte. Avec à la clef des vies brisées et des agresseurs bien souvent impunis.
Quant aux délais de justice, ils sont trois fois plus longs en France qu’en Allemagne. Ces procédures interminables suscitent évidemment un sentiment d’abandon, d’autant qu’elles peuvent être très coûteuses et énergivores.
Au sein du personnel de justice, le mal-être semble également persistant. Les professionnels dénoncent ainsi des conditions d’activité intenables, étant « dévorés par le travail ». Dès 2021, ceux-ci manifestaient d’ailleurs pour plus de moyens dans leurs métiers.
Pendant ce temps, une bonne partie du spectre politique se contente de flatter les bas instincts en mettant sur la table des « solutions » toujours plus répressives et sécuritaires, allant de la castration chimique aux comparaisons avec le terrorisme. Ces surenchères pénales ont pourtant démontré toute leur inefficacité depuis 30 ans. Plus rares sont ceux, en revanche, qui pointent véritablement le manque de moyens financiers.
Pire, même en restant dans une logique déshumanisante purement pécuniaire, l’État creuse son propre déficit à sans cesse vouloir faire des économies. Pour chaque vie brisée, pour chaque crime évitable commis, combien d’argent public doit alors être dépensé en frais de santé, matériel, etc. ?
Rendre les métiers du secteur plus attractifs en offrant plus de moyens apparaît aujourd’hui comme une évidence. Pour autant, l’argent ne réglera cependant pas tous les problèmes. Des efforts considérables sont également indispensables au niveau de la prévention et de l’éducation au sein de la société et de la formation des professionnels.
De même, il ne s’agit pas de glisser vers une justice expéditive, mais bien d’apporter aux victimes un suivi important et suffisamment de personnel mobilisé pour prendre en charge les besoins dans des délais raisonnables.
Les organismes de justice doivent recouvrer l’essence même de leur utilité, celui d’un service public. Pour ce faire, il sera indispensable d’opter pour une véritable bifurcation idéologique qui rebâtira l’un des piliers de la démocratie.
– Simon Verdière
Photo de couverture de Tingey Injury Law Firm sur Unsplash
The post L’effondrement organisé de la justice française first appeared on Mr Mondialisation.23.06.2026 à 06:00
Elena Meilune
Visiblement, les condamnations et les poursuites successives pour son racisme et sa xénophobie ne lui ont pas suffi. Il a fallu que Thaïs d’Escufon s’en prenne également aux personnes en situation de handicap. En suggérant que certaines personnes seraient moins aptes que d’autres à exercer leurs droits fondamentaux, elle exhume une vision du monde qui […]
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Récemment, Thaïs d’Escufon s’est de nouveau illustrée par sa haine de la différence, avec des propos visant les personnes porteuses de trisomie 21 et, plus largement, une remise en cause du suffrage universel.
La militante d’extrême droite s’est notamment indignée du fait que sa voix « vaille autant que celle d’un trisomique », avant d’évoquer l’idée de conditionner le droit de vote à des critères de quotient intellectuel, remettant en cause un droit fondamental sur lequel repose la démocratie.
L’idée de conditionner le droit de vote aux capacités intellectuelles n’est pas seulement antidémocratique, elle renvoie aux bases-même de la mouvance eugéniste et des horreurs auxquelles elle a conduit.
À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, de nombreux responsables politiques, médecins et universitaires défendent l’idée qu’il existerait des individus « aptes » et d’autres « inaptes ». Les personnes handicapées, avec des troubles psychiatriques ou celles considérées comme « déficientes » sont alors perçues comme un problème social qu’il faudrait contrôler, corriger ou faire disparaître.
Des pays qui se prétendent « civilisés » – États-Unis, Canada, Suède, Japon, France – ont mis en œuvre des politiques de stérilisation forcée au nom de cette logique. En Allemagne nazie, au-delà des 400 000 stérilisations, la mécanique eugéniste atteint son aboutissement le plus meurtrier avec le programme Aktion T4 : une campagne d’extermination de dizaines de milliers de personnes handicapées, jugées « inutiles » ou « indignes de vivre ». Même après ces horreurs, des politiques de stérilisation contrainte se sont poursuivies dans de nombreux pays jusqu’à la fin du XXe siècle.
Décider, comme le fait Thaïs d’Escufon, que certains citoyens valent moins et devraient avoir moins de droits, c’est toujours ainsi que ça commence. Rarement ainsi que ça s’arrête.
Et rappelons-le, l’eugénisme n’est pas seulement une abomination éthique. C’est aussi une absurdité scientifique. La diversité humaine n’est pas une anomalie à éradiquer – c’est le fondement même de la survie de notre espèce. Vouloir la réduire au nom d’un idéal de pureté, c’est se tromper à la fois sur l’histoire et sur la biologie. Et sacrifier au passage ce qui nous reste d’humanité.
C’est précisément pour empêcher cette hiérarchisation que le suffrage universel existe. Le droit de vote n’est pas une récompense accordée aux individus considérés comme suffisamment intelligents ou compétents. Il repose sur un principe fondamental : tous les citoyens sont égaux politiquement et doivent pouvoir participer aux décisions qui les concernent. Le principe même du suffrage universel est de refuser que l’accès à la citoyenneté dépende d’un niveau d’études, d’un patrimoine, d’une origine ou d’une capacité intellectuelle supposée.
Cette idée qui paraît aujourd’hui évidente a pourtant longtemps été combattue. Les femmes n’ont obtenu le droit de vote en France qu’en 1944. Elles aussi ont longtemps été considérées comme incapables de participer correctement à la vie démocratique.
Thaïs d’Escufon est une figure bien connue de l’extrême droite française. Ancienne porte-parole de Génération identitaire, mouvement dissous en 2021 par le gouvernement pour provocation à la haine et à la discrimination, elle s’est depuis reconvertie dans l’influence politique sur les réseaux sociaux.
Son discours repose largement sur les thématiques classiques de la mouvance identitaire : obsession migratoire, théorie du « grand remplacement », dénonciation d’un prétendu effondrement civilisationnel et désignation récurrente de boucs émissaires. Toujours la même mécanique, celle qui rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire : identifier un groupe, le présenter comme un danger, justifier son exclusion.
Thaïs d’Escufon affirme avoir été victime d’une agression sexuelle commise par un homme qu’elle présente comme un migrant tunisien. Toute agression sexuelle doit être condamnée. Mais une expérience personnelle ne constitue pas la démonstration d’une vérité générale sur des millions de personnes. Si l’on appliquait cette logique, chacun pourrait prétendre tirer des conclusions sociologiques à partir de son seul vécu.
En décembre 2023, invitée sur BFM TV, Thaïs d’Escufon affirme que le principal danger pour les femmes, ce sont les hommes « immigrés africains, noirs et arabes ». Des propos qui lui valent une condamnation pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation ou la race » en juin 2026.
Cette condamnation s’ajoute à un parcours déjà marqué par plusieurs démêlés judiciaires. En 2021, dans le cadre de l’opération anti-migrants « Mission Pyrénées » menée par Génération identitaire à la frontière franco-espagnole, elle comparaît pour injures publiques. Condamnée en première instance à deux mois de prison avec sursis, elle sera finalement relaxée en appel en 2022.
Son engagement au sein de Génération identitaire l’a également conduite à participer à l’intrusion violente menée dans les locaux de SOS Méditerranée à Marseille en 2018. Dans cette affaire, les condamnations des militants impliqués ont été confirmées en appel en 2026. L’opération visait une association de sauvetage en mer venant en aide aux personnes migrantes en Méditerranée.
Le plus ironique dans tout ceci, c’est qu’après avoir consacré une grande partie de son engagement politique à dénoncer les migrants et à présenter l’immigration comme une menace pour les sociétés européennes, Thaïs d’Escufon a récemment évoqué sa volonté d’immigrer elle-même dans un autre pays :
« Je prévois potentiellement de m’expatrier, notamment à cause de tous les problèmes judiciaires que je rencontre. Je ne veux pas avoir de casier judiciaire parce que ça complique un petit peu ce genre de choses. Donc, si je peux faire reculer une condamnation au maximum, je le ferais jusqu’au bout. »
Les violences sexuelles constituent un phénomène massif. Mais contrairement à l’imaginaire entretenu par l’extrême droite, les principaux agresseurs ne sont pas des individus issus de l’immigration. En France, les données disponibles montrent que l’immense majorité des victimes de viol ou de tentative de viol connaissent leur agresseur. Selon les chiffres officiels, cette proportion atteignait 91 % en 2017. Conjoints, ex-conjoints, membres de la famille, amis, collègues, voisins. La réalité des violences sexuelles ressemble rarement au fantasme du prédateur étranger surgissant dans une ruelle sombre. Le danger se trouve bien plus souvent dans l’entourage proche.
L’affaire Gisèle Pélicot a révélé l’existence de dizaines d’hommes ordinaires, issus de milieux sociaux variés, qui ont participé pendant des années à des viols organisés par son mari. Aucun lien avec la couleur de peau ou l’origine supposée.
Même constat avec Jeffrey Epstein aux États-Unis, ou avec les nombreuses affaires impliquant des personnalités publiques qui usent de leur pouvoir, de leur notoriété ou de leur position sociale pour se croire en droit sur le corps des femmes. Les violences sexuelles traversent l’ensemble de la société. Elles ne sont pas le monopole d’un groupe ethnique.
Prétendre le contraire permet seulement de détourner l’attention des véritables mécanismes des violences sexistes et sexuelles, et non de protéger les femmes. Mais l’extrême droite excelle dans la désignation de boucs émissaires chargés d’expliquer à eux seuls des phénomènes sociaux complexes et généralisés.
Le racisme et le validisme reposent sur une même vision du monde : celle qui consiste à hiérarchiser les êtres humains, à les ranger dans des catégories et à leur attribuer une valeur différente selon ce qu’ils sont. C’est le cœur de toutes les idéologies d’exclusion. La base du fascisme. Certaines personnes compteraient davantage que d’autres. Certaines mériteraient plus de droits. D’autres moins.
La démocratie repose sur le principe inverse : les droits fondamentaux ne dépendent ni de l’origine, ni de la religion, ni du handicap. C’est précisément parce que les êtres humains sont différents qu’ils doivent être égaux devant la loi. Et c’est bien pour ça que l’extrême droite et l’extrême gauche ne sont pas comparables.
– Elena Meilune
Photo de couverture : capture d’écran par Mr Mondialisation
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Mr Mondialisation
Depuis le meurtre de la petite Lyhanna, une formule revient en boucle dans les médias et les discours politiques : celle d’un « dysfonctionnement » de la justice. Le terme semble évident. Des plaintes existaient. Des signalements avaient été effectués. Pourtant, rien n’aurait été fait à temps pour empêcher le drame. Mais ce terme « […]
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Parler de dysfonctionnement suppose qu’il s’agit d’une anomalie. D’une erreur exceptionnelle. D’un système qui fonctionne correctement la plupart du temps mais qui, dans ce cas précis, aurait connu une panne.
Or l’affaire Lyhanna soulève une autre question : et si le problème n’était pas une défaillance ponctuelle, mais le fonctionnement normal d’un système incapable de protéger efficacement les femmes et les enfants victimes de violences ?
Chaque gouvernement prétend faire de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles une priorité. En 2018, la loi Schiappa devait la renforcer. Pourtant, les résultats racontent une autre histoire.
Des milliers de victimes renoncent chaque année à porter plainte. En 2021, 24 d’entre elles renonçaient à passer la porte du commissariat. Parce que ça n’aurait servi à rien. Parmi celles qui franchissent cette étape pour des affaires de violences sexuelles, 86% voient leur dossier classé sans suite, 94% pour des affaires de viols. Les associations spécialisées dénoncent régulièrement le manque de moyens (et de formation) de la justice, de la police, de la protection de l’enfance et du secteur médico-social.
Le sort de Lyhanna s’inscrit dans ce contexte. Les informations rendues publiques indiquent que le principal suspect, Jérôme Barella, avait déjà fait l’objet de signalements et d’accusations avant le meurtre de l’enfant. Pourtant, aucune mesure n’a été mise en place pour empêcher le passage à l’acte.
La réaction politique a immédiatement consisté à rechercher des responsabilités individuelles : un magistrat, un enquêteur, un service particulier. Cette approche permet de désigner quelques coupables sans remettre en cause l’organisation générale du système.
Pourtant, lorsqu’un même phénomène se répète pendant des décennies, malgré les alertes des associations, des travailleurs sociaux, des chercheurs et même de nombreux magistrats, il devient difficile de parler d’accident. Un dysfonctionnement est exceptionnel. La répétition est un système.
Certaines affaires ont montré comment des hommes puissants pouvaient bénéficier de mécanismes de protection informels.
L’affaire Epstein est probablement l’exemple le plus spectaculaire. Pendant des années, des victimes ont dénoncé un système d’exploitation sexuelle impliquant des mineures. Malgré de nombreuses alertes, Jeffrey Epstein a bénéficié de traitements judiciaires particulièrement favorables avant que l’ampleur de l’affaire ne soit pleinement reconnue.
Les accusations visant Gérard Depardieu ont également ravivé le débat sur la difficulté de mettre en cause des personnalités influentes. Notoriété, soutien médiatique, réseaux professionnels : autant de facteurs susceptibles de retarder la prise en compte de la parole des victimes.
Mais réduire le problème aux seuls hommes puissants serait une erreur. Le sort tragique de Lyhanna démontre précisément l’inverse. Jérôme Barella n’est ni une célébrité, ni un milliardaire, ni une personnalité bénéficiant d’une influence nationale. Pourtant, là aussi, les alertes n’ont pas suffit.
L’impunité ne résulte donc pas uniquement du pouvoir social des agresseurs. Elle résulte également de la faiblesse des mécanismes de protection des victimes. Qu’il s’agisse d’un homme célèbre ou d’un inconnu vivant dans un quartier populaire, le résultat peut être le même : des signalements ignorés, des procédures interminables et des victimes laissées seules face à leurs agresseurs. La différence réside parfois dans les moyens utilisés pour échapper aux conséquences. Mais l’issue finale reste souvent identique.
L’une des réalités les plus dérangeantes concerne l’écart entre le nombre de violences sexuelles signalées et les réponses judiciaires effectivement apportées.
Derrière les classements sans suite de la quasi-totalité des plaintes pour violences sexuelles se trouve des institutions libérales et structurées par la culture du viol : le type de preuves exigées ne correspond pas à la réalité de ce que sont les violences sexuelles, stéréotypes sexistes, manque de moyens, lacunes du droit pénal. Pour les victimes, le résultat est souvent le même : l’absence de procès et l’absence de condamnation. Autrement dit, une part considérable des violences dénoncées disparaît avant même d’atteindre un tribunal. Et dans l’imaginaire collectif, cela laisse supposer que le mise en cause serait innocenté.
Dans ce contexte, le meurtre de Lyhanna apparaît comme la conséquence prévisible d’un système qui rechigne structurellement à protéger les femmes et les enfants. Lorsque les mêmes mécanismes produisent les mêmes résultats année après année, malgré les alertes répétées des associations, des chercheurs et des professionnels de terrain, c’est un système d’infanticide et de féminicide qui est à l’œuvre.
Combien d’autres vies seront broyées avant d’admettre que le problème vient de la machine elle-même, et qu’elle soit radicalement transformée ?
– Florian Doare
Photo de couverture : Marche blanche pour Lyhanna
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine. 1. Face à la sécheresse, le Plan Or Bleu fait de la prévention son principal atout Grâce à son Plan Or Bleu, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur mise sur l’anticipation, le stockage et une gestion durable […]
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Grâce à son Plan Or Bleu, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur mise sur l’anticipation, le stockage et une gestion durable de l’eau pour renforcer sa résilience face au changement climatique et limiter les risques de sécheresse. (Marcelle)
Les Systèmes d’échange locaux (SEL) et les Accorderies permettent d’échanger des services fondés sur le temps plutôt que sur l’argent, tout en renforçant les liens sociaux, la solidarité et l’expérimentation de modèles économiques alternatifs. (Revue Silence)
Depuis le 16 juin, le dépistage de la contamination au cadmium est remboursé sur ordonnance pour les personnes jugées surexposées, notamment en raison de leur lieu de résidence, tandis que les associations et certains médecins réclament un accès élargi à l’ensemble de la population. (Vert)
Le Nari Nari Tribal Council a acquis une propriété de 33 000 hectares abritant la majeure partie du Great Cumbung Swamp, afin d’assurer sa conservation à long terme et de restaurer cet écosystème majeur pour la biodiversité et les espèces menacées. (Mongabay)
Le tribunal correctionnel de Lyon a relaxé quatre activistes poursuivis pour une action de soutien à la Palestine, en annulant leur garde à vue pour vice de procédure, une décision saluée par les militants comme une victoire contre la répression des actions militantes. (La Relève et la Peste)
À Villetaneuse, un jardin partagé est devenu un lieu de solidarité, de distribution alimentaire, de transmission des savoirs et de mobilisation écologique, offrant aux habitants des quartiers populaires un espace d’émancipation et de lien social. (Reporterre)
La mobilisation de citoyens, de scientifiques et d’ornithologues a conduit les autorités chinoises à suspendre un projet d’autoroute qui traversait l’habitat du bécasseau spatule, une espèce en danger critique d’extinction, en attendant l’étude d’itinéraires alternatifs. (Sixth Tone)
Le Sri Lanka interdit désormais les bouteilles d’eau en plastique à usage unique lors des événements publics et impose un paiement pour les sacs plastiques, afin de réduire une pollution dont seule une faible part est aujourd’hui recyclée. (Mongabay)
L’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à réduire rapidement la teneur en cadmium des engrais phosphatés, contre l’avis du gouvernement, afin de limiter l’exposition de la population à ce métal lourd toxique présent dans les sols et l’alimentation. (Le Monde)
Le conseil municipal de Portland a voté l’interdiction de la vente de foie gras produit par gavage, rejoignant plusieurs villes américaines qui dénoncent une pratique jugée cruelle pour les canards et les oies et renforcent la protection du bien-être animal. (World Animal News)
* Visuel de couverture : Unsplash
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Coupe du monde 2026 : des militants dénoncent la gentrification et les expulsions Des associations aux États-Unis, au Canada et au Mexique alertent sur les déplacements de populations, la hausse des loyers et le […]
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Des associations aux États-Unis, au Canada et au Mexique alertent sur les déplacements de populations, la hausse des loyers et le renforcement des politiques sécuritaires liés à l’organisation de la Coupe du monde de football 2026. (Agência Pública)
Plusieurs ONG dénoncent l’absence des enjeux climatiques, de justice sociale et de sortie des énergies fossiles à l’agenda du G7, accusant la France et ses partenaires de privilégier l’apaisement avec Donald Trump au détriment de leurs engagements. (Reporterre)
Marius Borg Høiby, fils de la princesse héritière Mette-Marit, a été condamné à quatre ans de prison après avoir été reconnu coupable de deux viols, de violences conjugales et de plusieurs autres infractions, dans une affaire qui ébranle la monarchie norvégienne. (The Guardian)
Une enquête de Libération et Haaretz révèle qu’une fausse ONG d’aide à la Palestine, relayée par des faux comptes sur les réseaux sociaux, serait liée à BlackCore, l’entité soupçonnée d’avoir orchestré une campagne de désinformation visant des candidats de La France insoumise. (Libération)
Du Ghana à la Turquie en passant par les États-Unis, les personnes LGBTQI+ font face à une recrudescence des lois restrictives, de la répression et des annulations de marches des fiertés, malgré la poursuite des mobilisations pour l’égalité. (Portail des médias indépendants)
Portée par une mobilisation citoyenne et associative, la régularisation exceptionnelle engagée par le gouvernement espagnol pourrait bénéficier à près de 500 000 personnes, avec des effets attendus sur leurs droits, l’emploi et l’économie. (Frustration Magazine)
Dans un rapport remis au gouvernement, la Ciivise estime que seules 3 des 17 mesures d’urgence proposées en 2023 ont été appliquées, pointant un manque d’action persistant dans la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants. (Mediapart)
Un an après l’enquête #MeTooPolice, qui a recensé 429 victimes de violences sexuelles commises par des policiers et gendarmes, le sujet a gagné en visibilité politique et médiatique, mais les réformes institutionnelles et les sanctions restent limitées. (Rembobine)
Selon une étude du Forum Vies Mobiles, limiter chaque personne à deux voyages aller-retour en avion par an (hors déplacements professionnels) permettrait de réduire le trafic aérien de 24 %, en ciblant les 10 % de voyageurs les plus fréquents, responsables de l’essentiel des émissions. (Reporterre)
Plus de 1 000 artistes et professionnels de la musique lancent un appel en faveur d’une culture libre, diverse et coopérative, dénonçant la concentration de l’industrie culturelle et les menaces que ferait peser l’extrême droite sur la liberté de création. (Politis)
L’accord conclu entre Washington et Téhéran prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, un cessez-le-feu et des allègements économiques, mais reporte les négociations sur le programme nucléaire iranien, laissant en suspens les principaux points de désaccord. (Courrier international)
* Visuel de couverture : Unsplash
– Mauricette Baelen
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