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22.04.2026 à 08:39

Repenser notre mobilité en sortant de l’impasse capitaliste

Simon Verdiere

À l’heure où la question énergétique monte dans le débat public, tant d’un point de vue économique qu’écologique, repenser notre mobilité s’avère de plus en plus urgent. Construite autour d’un modèle productiviste et individualiste, notre façon de nous déplacer engendre en effet de nombreux problèmes de société qui ne pourront pas être ignorés éternellement. Basée […]

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Texte intégral (2866 mots)

À l’heure où la question énergétique monte dans le débat public, tant d’un point de vue économique qu’écologique, repenser notre mobilité s’avère de plus en plus urgent. Construite autour d’un modèle productiviste et individualiste, notre façon de nous déplacer engendre en effet de nombreux problèmes de société qui ne pourront pas être ignorés éternellement.

Basée sur une dépendance à la voiture, et de facto au pétrole, la mobilité, telle qu’elle est imaginée dans nos civilisations, occasionne une saturation et une pollution dans les centres urbains. Le facteur économique provoque aussi des inégalités dans la capacité de circulation, en particulier dans les zones rurales.

Autant de questions difficilement conciliables avec une organisation saine et surtout un écosystème compatible avec la survie de notre espèce.

Des racines anciennes

Si la mobilité était bien entendu plus réduite avant l’ère industrielle, ce bouleversement dans l’Histoire a profondément changé nos sociétés. La part prise par le déplacement personnel aujourd’hui était, cependant, loin d’être la norme à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Ainsi, à cette époque, les centres urbains étaient encore largement structurés par les métros et les tramways. À échelle plus importante, le réseau ferroviaire se développait aussi à grande vitesse.

Henry Ford devant le modèle T de sa Ford, symbole du fordisme. Source : Wikimedia Commons

Mais, dans l’entre-deux-guerres, l’avènement de la voiture individuelle va mettre un grand coup d’arrêt à ce système collectif. La production industrielle de masse, notamment avec le fordisme, va tout faire pour ériger la voiture comme un bien nécessaire. Avant de revenir à la mode, le tramway a alors été méthodiquement démantelé sous l’impulsion des lobbies automobiles qui lui taille une sale réputation.

Une manne économique considérable

Aux États-Unis, des sociétés de constructions automobiles comme General Motors vont même, à cette époque, jusqu’à racheter des compagnies de tramways pour pouvoir mieux les démanteler. Pendant ce temps, à grand renfort de publicité, la voiture individuelle est installée dans l’imaginaire collectif comme un idéal de liberté.

Il faut dire que le transport personnel rapporte aux industriels et aux grandes entreprises évidemment beaucoup plus que celui en commun. En 2024, on estimait ainsi que plus de 1,8 milliard de véhicules motorisés circulaient dans le monde, dont 1,4 milliard de voitures. Un marché à près de 5 milliards de dollars par an qui pourrait atteindre les 8,5 milliards d’ici moins de dix ans.

Un imaginaire forgé par la pub

Et pour continuer à faire fonctionner ce domaine hautement climaticide, les industriels ne lésinent pas sur la publicité. Rien qu’en France, en 2019, cette industrie avait investi pas moins de 2,5 milliards d’euros dans sa promotion. De quoi occuper 8h45 par jour de réclames télévisuelles, toutes chaînes confondues.

Un matraquage qui illustre bien comment le secteur a réussi à modeler la société autour d’une unique façon de se déplacer.

Après avoir longtemps exploité des stéréotypes sexistes, dépeignant la voiture comme un symbole de virilité et un objet de séduction, les clips promotionnels jouent plutôt aujourd’hui sur la glorification de l’individualisme.

Gloire à l’individualisme

Avoir votre véhicule vous permettrait ainsi de « tracer votre propre chemin » et de vous démarquer des autres. Dans cette réflexion, on retrouve des racines anciennes présentant la voiture comme un emblème de réussite sociale.

En effet, dès ses débuts, l’industrie automobile utilise une idée simple : si vous pouvez vous payer une voiture, vous affichez votre prospérité financière, à l’opposé de la classe prolétaire contrainte d’emprunter les transports en commun. Un cliché capitaliste présupposant l’individualisme comme l’incarnation du succès à l’inverse du collectivisme.

Publicité de 1953 pour le cabriolet Panhard Dyna. Source : Andrew Bone, Flickr CC

Ce préjugé bien commode aura l’avantage de créer des consommateurs de masse, mais aussi de contribuer à briser une potentielle union populaire. La voiture s’avère ainsi être l’un des produits symbolisant le mieux la concurrence entre citoyens et la course à la possession exclusive.

La voiture plus pratique

Et si les firmes automobiles ont, jadis, remporté leur combat contre le transport collectif, l’ensemble du territoire s’en est vu transformé et notre façon de percevoir la mobilité avec elle. Le « tout-voiture » ne s’est pas imposé simplement parce qu’il était nécessaire, mais également parce qu’il était possible.

De fait, l’ère industrielle a massivement déplacé l’activité professionnelle vers de grands centres urbains tout en concentrant les habitations abordables à l’extérieur. Là où les travailleurs exerçaient, naguère, leur métier tout près de leur domicile, il faut aujourd’hui à un salarié parcourir en moyenne 13 km pour atteindre son entreprise. Dans les années 60, cette distance n’était que de 3 km.

Et évidemment, près des trois quarts de ces trajets s’effectuent en voiture. L’un des principaux arguments de celle-ci reste la vitesse. Un déplacement en voiture est en effet en moyenne trois fois plus rapide que s’il avait été réalisé en transport en commun.

Même constat pour le transport routier

Cette structuration de la société a également forgé petit à petit le monde de l’entreprise et l’acheminement de marchandises. On voit ainsi des milliers de camions sillonner les routes chaque jour au détriment des voies ferroviaires. Si le déclin du réseau peut en partie expliquer cette situation, il n’est pas le seul responsable.

En effet, le transport routier coûte tout simplement moins cher face à des lignes de moins en moins fiables et qui desservent de moins en moins de destinations. Or, avec l’essor des livraisons de biens au détriment de matières premières, les poids lourds doivent se rendre à de plus en plus d’endroits différents.

Les zones rurales sinistrées

Si les centres urbains subissent la pollution et la saturation, les régions rurales rencontrent des problèmes tout aussi importants. Dans les zones peu peuplées, les déplacements quotidiens sont devenus quasiment nécessaires.

Ancien commerce dans un village de Lormes (Nièvre). Photo PxHere

Dans beaucoup de petits villages, il n’existe aucun commerce, aucune école, ni aucun complexe de soins. Et bien souvent, hormis pour les agriculteurs, il est presque impossible de travailler localement. En l’absence de transport en commun, la voiture reste donc indispensable.

Ces voyages contraints et fréquemment bien plus longs engendrent une dépendance et un coût important. D’autant plus lorsqu’une crise énergétique frappe le pays. Des inégalités qui sont aussi valables d’un point de vue social : les ménages les plus riches peuvent ainsi se permettre des déplacements devenus inabordables pour les plus pauvres.

Une bombe climatique

En plus des conséquences sociales, l’organisation de notre mobilité actuelle n’a rien de compatible avec la vie sur terre. En France, le transport est en effet le principal pourvoyeur de gaz à effet de serre avec plus d’un tiers des émissions. Dans le monde, le secteur représente 14 % à lui seul.

La qualité de l’air, en particulier à cause de la pollution aux particules fines, fait aussi partie des enjeux majeurs de ce secteur, au même titre que la destruction des sols par la bétonisation ou encore la menace de la biodiversité.

Une situation à laquelle on ne pourra cependant pas remédier par la technologie, notamment avec des voitures électriques, mais bien par la modification de nos modes de vie. Dans le cas contraire, d’autres dangers, comme l’extractivisme, pèseraient toujours sur nos sociétés.

Des territoires à réaménager

Pour autant, cette situation n’a rien d’une fatalité et tient surtout à une volonté politique forte. Remailler tout le territoire avec du fret, mais également avec des transports en commun établis dans une logique de service public et non de profit, pourrait donner un grand bol d’air à toute la population.

D’autant plus si l’État choisissait d’en instaurer la gratuité, comme l’ont déjà fait plusieurs municipalités.

Un train de Fret SNCF. Source : Wikimedia Commons

Et surtout, en plus de faciliter les déplacements, il devient, en outre, indispensable de les rendre moins nécessaires. D’abord en développant massivement le télétravail, mais aussi en privilégiant le logement des salariés près de leurs entreprises.

Enfin, réduire le temps de travail, par exemple en passant à la semaine de quatre jours, permettrait également de diminuer les allers-retours.

Repenser également nos loisirs et notre consommation

Pour autant, cette réorganisation territoriale ne devrait pas se cantonner au monde du travail, mais également aux loisirs et à la consommation.

Le modèle de périurbanisation avec des zones commerciales géantes en périphérie des villes semble, par exemple, appartenir à un autre temps.

Vue aérienne de la zone commerciale dite ‘Avignon Nord’. Source : Wikimedia Commons

Se contenter de surfaces plus petites et de magasins de proximité pourrait permettre le développement d’une mobilité plus douce et de revitaliser les centres-villes. De quoi en finir avec les quartiers résidentiels et les « villes dortoirs ».

Retour vers la sobriété

Plus loin encore, un retour à la sobriété semble indispensable, d’autant plus pour les plus aisés qui se permettent de travers la moitié du continent en avion pour un week-end de trois jours.

Dans la situation environnementale actuelle, il apparaît évident que les transports aériens doivent, en effet, se limiter à des trajets très longs et surtout exceptionnels. Dans ce cadre, il est également primordial d’en finir avec le culte de la vitesse et du « tout, tout de suite ».

Au bout du compte, c’est bien le modèle capitaliste mondialisé qui mériterait d’être intégralement remis en cause. En privilégiant les circuits courts et les déplacements raisonnés, nos sociétés bifurqueraient vers une mobilité cohérente et compatible avec la biodiversité.

Pour se mouvoir moins, mieux et autrement.

– Simon Verdière


Photo de couverture : Une rue bondée en Indonésie de Iqro Rinaldi sur Unsplash

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21.04.2026 à 06:00

Action d’XR pour la Palestine : retour sur un épisode de violences policières

Mr Mondialisation

Le 14 juin 2025, place de la République à Paris, une action non violente d’Extinction Rébellion en soutien au peuple palestinien se transforme en face-à-face tendu avec les forces de l’ordre. Activistes perchés sur la statue, soutiens au sol, dispositif policier massif : une séquence où se mêlent solidarité, désobéissance civile et répression. Un photoreportage […]

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Texte intégral (3862 mots)

Le 14 juin 2025, place de la République à Paris, une action non violente d’Extinction Rébellion en soutien au peuple palestinien se transforme en face-à-face tendu avec les forces de l’ordre. Activistes perchés sur la statue, soutiens au sol, dispositif policier massif : une séquence où se mêlent solidarité, désobéissance civile et répression. Un photoreportage signé Julien Gate, pour Fsociété.

Plusieurs mois après les faits, j’ai rencontré les activistes au cœur de cet événement singulier. Âgé·es de 25 à 53 ans, ces personnes viennent pour la plupart de la région parisienne et de milieux sociaux et politiques très différents.

Un dénominateur commun se dégage de leurs parcours : toutes et tous partagent une profonde humanité et une attention particulière au monde qui les entoure. Conscient·es des violences et des dysfonctionnements de la société, ces activistes ont cherché à en atténuer les effets.

Comprendre ces mécanismes les a ensuite conduit·es à devenir acteurs et actrices d’une prise de conscience collective. Leur engagement dans des formes d’action non violentes repose sur des convictions fortes et un sens aigu de l’intérêt général – un moteur pour ces militant·es comme pour leurs proches.

Une énergie collective qui transcende

À un moment de leur vie, tous et toutes se sont senti·es seul·es, isolé·es ou incompris·es face à leur prise de conscience et leur besoin d’agir. Les activistes se sont alors approché·es du mouvement Extinction Rébellion. Pour la plupart, cette première expérience d’action collective dans un contexte de répression policière s’est révélée éprouvante. Pourtant, les militant·es n’en retiennent que la force du collectif et la chaleur humaine des rencontres nées dans ces moments difficiles.

Au début de la manifestation du 14 juin, la branche francilienne d’XR choisit de réaliser une action symbolique : habiller la statue située place de la République d’un gilet aux couleurs du drapeau palestinien, portant l’inscription « Free Gaza ».

De nombreux soutiens se sont regroupés autour de la statue pendant la mise en place du gilet. Photo Julien Gate.

Le choix de cette statue n’est pas anodin. Haute de 9,5 mètres, cette Marianne debout est juchée sur un piédestal de pierre de 15,5 mètres. Dans sa main droite, un rameau d’olivier ; dans la gauche, une tablette gravée « Droits de l’Homme ». Le monument s’élève sur un large socle, relativement accessible, culminant à environ quatre mètres. C’est depuis ce socle que les grimpeurs, équipés de cordes et de harnais, entament l’ascension vers la partie supérieure de la statue.

Peu après le départ du cortège, les activistes se hissent sur le socle. Aussitôt, une dizaine de policiers se positionnent en contrebas et les encerclent. Malgré l’intervention d’un militant resté en bas et chargé d’expliquer le déroulement de l’action, la réponse des forces de l’ordre est immédiate : « Cela dégage ! ».

Pris au piège

Le ton est donné. Les policiers leur ordonnent de descendre. Du fait de la hauteur du socle, ils ne peuvent pas intervenir directement, et aucune négociation ne semble possible, comme le résume l’un des grimpeur·ses :

« Au bout de trois secondes, ils ont compris ce qu’on faisait. On avait le matériel, ils [les policiers] ne voulaient pas ça. »

L’apparition de ce que les activistes décrivent comme une « nasse » les sidère. Aucun·e n’en comprend la raison. L’action est pourtant connue et maîtrisée. C’est la quatorzième fois sur cette statue que le groupe mène ce type d’action, et la troisième fois de l’année.

En temps normal, montée et descente prennent environ une heure. Les grimpeur·ses sont aguerri·es à l’exercice et ne dégradent rien. Certain·es ont même prévu de rejoindre la manifestation ensuite. Un activiste avait garé sa moto sur la place, persuadé de repartir rapidement. La sidération laisse place à l’improvisation. Ils se concertent, puis décident de rester : « On s’est mis d’accord pour continuer l’action. On va au bout. On savait qu’il n’y aurait pas mort d’homme, qu’on ne blesserait personne. »

Un anonyme regarde avec attention les activistes mettre en place le gilet. ©Julien Gate

L’incompréhension demeure, comme le raconte un activiste : « C’était tellement irréaliste. On l’avait déjà fait avant. Ce n’était pas logique : on allait juste mettre un gilet. »

L’impact du cortège

Ce choix de rester, le groupe le fait aussi car il compte sur la présence d’élu·es. Les activistes ne se trompent pas : la députée insoumise Alma Dufour intervient plus tard en leur faveur. Certain·es espèrent également le retour du cortège, qui pourrait faire reculer les policiers avant l’arrivée de renforts. Enfin, plusieurs pensent qu’une limite légale empêcherait les forces de l’ordre de les retenir plus de quatre heures.

Malheureusement, le cortège a quitté la place. L’espoir de le voir revenir s’éteint. La désillusion est là :

« On s’est vu dépérir petit à petit. Voir les forces de l’ordre arriver avec des camions de plus en plus gros… on a compris la douille… »

Quelques manifestant·es sont resté·es sur la place, rejoints par des curieux·ses, formant un petit groupe autour de la nasse policière. Au début, toutes et tous observent le ballet des grimpeur·ses qui habillent la statue. Le gilet en place, les soutiens et les anonymes saluent chaleureusement les activistes, qui leur répondent perché·es au sommet du piédestal par des cœurs formés avec leurs mains. Un lien semble se tisser. Les policiers immobiles, alignés autour de la statue, assistent à la scène.

Occuper ou descendre ?

La question se pose. L’action terminée, les militant·es sont prisonnier·es depuis maintenant plus d’une heure en plein soleil, mais font finalement le choix de rester, galvanisé·es par le soutien apporté. Un membre du groupe résume leur état d’esprit en ces mots :

« Il y avait quand même beaucoup de monde sur cette place. Rester, c’était un geste de résistance pour maintenir le drapeau. On savait très bien qu’en restant, on les empêchait quelque part de monter pour l’enlever. Tant qu’il y avait des gens présent·es en soutien à la Palestine, on voulait rester, au moins pour que le drapeau tienne l’après-midi. »

Une fois le gilet en place, la foule salue les activistes. ©Julien Gate

Commence alors une longue pause, faite d’instants à la fois absurdes et touchants. Les soutiens tentent de les ravitailler, lançant bouteilles et provisions par-dessus les policiers. L’une des activistes lit à haute voix un roman fictif inventé pour l’occasion. Dans ce monde imaginaire, les policiers décident de laisser les activistes repartir, reconnaissant le caractère d’intérêt public de l’action.

Elle se souvient de ces moments avec émotion : « J’ai dit en faisant une blague que ce serait cool d’avoir une pastèque pour le symbole. Ils sont allés en chercher une. On a eu un soutien incroyable. On se racontait des petites histoires, on se parlait… Par moments, c’était comme si les policiers n’étaient pas là. »

Au pied de la statue, le ravitaillement des activistes s’organise. ©Julien Gate

Ce lien et ce soutien les ont profondément touchés. Un autre résume son ressenti : « C’est un soutien qui était tellement fort que du coup, il était encore moins question de descendre. C’était vraiment cela, on recevait trop de force, trop de joie, trop de soutien et d’aide. Quelque part, on était obligés de tenir cette position. Cela devenait impossible de descendre, tout le monde aurait été déçu. »

La réponse policière face à la solidarité militante

En fin d’après-midi, le camion d’une unité habilitée à monter sur la statue arrive. Spontanément et contre toute attente, les soutiens encore présents se positionnent devant la statue et font barrage. Pour les activistes, ce moment est incroyable : « Voir les gens d’un coup qui se mettent à bloquer : c’est un de mes plus grands fantasmes. Des citoyen·nes qui font front et qui empêchent la police de mettre son échelle sur la statue. »

A l’arrivé de l’équipe spécialisée, des soutiens ont spontanément fait bloc. ©Julien Gate

Malheureusement les forces de l’ordre répondent à ce moment d’espoir par une première charge qui repousse les soutiens. Plusieurs charges similaires ont lieu par la suite, élargissant progressivement le périmètre policier et isolant peu à peu les activistes.

Ce moment a été très éprouvant, comme le souligne une militante : « Avec les camarades, on a fait front ensemble. Mais les gens en bas, c’était trop : j’étais au bout de ma vie. J’avais l’impression d’être responsable parce que c’était l’action qu’on menait. Alors que ce n’est pas notre faute si on a des policiers qui tapent à tout bout de champ.

J’ai vu des gens par terre, j’ai vu un camarade se faire martyriser par 6 policiers au sol. De voir toutes ces personnes, de se dire qu’elles se sont fait massacrer. Franchement, c’était vraiment dur. J’en veux énormément à la police. »

La police repousse les manifestant·es qui se sont spontanément interposé·es. ©Julien Gate

Les activistes sont unanimes : dans un cadre non violent et sans aucune provocation, les forces de l’ordre répondent de manière violente. Un militant résume les faits : « Il y a juste un ordre qui est donné, il y a des mouvements policiers, il y a des coups de matraque, il y a des gaz lacrymogènes. Il n’y a pas de facteur déclencheur autre qu’un ordre qui est reçu, qui descend et qui met en branle ce rouleau compresseur qui ratisse la place. Je ne sais pas comment dire cela mais c’était très sale ce qu’il s’est passé. »

Violences et arrestations

Une fois la place vidée, après de nouvelles injonctions à descendre et une tentative infructueuse d’escalade des policiers spécialisés, l’arrivée d’un camion de pompiers équipé d’une nacelle précipite la fin de l’occupation.

Voyant la nacelle s’élever, les militant·es se rassemblent, assis·es, s’agrippant les un·es aux autres, formant ce qu’ils appellent une « tortue ». Ultime acte de résistance pour ralentir l’évacuation.

Démantèlement de la tortue par les forces de l’ordre. ©Julien Gate

Arrivés sur la plateforme grâce à la nacelle, les policiers s’attaquent immédiatement à la tortue. L’un des militant·es résume : « Ce n’est pas possible de défaire une tortue ou alors cela prend beaucoup trop de temps si on ne veut pas faire souffrir les gens qui la font. Ils ont essayé pendant 10 minutes puis ont commencé à être violents, à étrangler les gens, à s’agenouiller sur la poitrine de certaines personnes, à faire des clés de bras et à menacer.

Ce sont un peu les limites de notre stratégie de désobéissance civile non violente. À un moment donné, quand ils n’ont plus de limites et qu’ils se disent qu’ils vont être violents à outrance, cela ne marche plus. »

Tous et toutes font état de violences à leur encontre et d’une volonté des policiers d’instaurer un sentiment durable de peur et d’insécurité. Les activistes évoquent des phrases telles que : « Toi je vais t’étrangler jusqu’à ce que tu t’endormes » et des menaces de tir de LBD à bout portant. Une approche contre-productive comme le souligne l’un des activistes :

« On a refusé d’agir devant cette menace-là et cela nous a fermé encore plus dans notre position de rester là-haut. »

Certain·es ont encore des séquelles physiques, tel qu’un coccyx déplacé ou des poignets abîmés. Les activistes résument l’évacuation ainsi : « Ils s’en foutent de tout, ils sont au-dessus des lois… Je sais que la peur qu’ils voulaient installer, ils l’ont bien installée. Je suis fier de l’action et je la referai de la même manière si c’était à refaire, mais j’ai eu peur et ils installent un sentiment de peur chez les gens, c’est ce qu’ils veulent. »

Une activiste déclarera avoir eu le coccyx déplacé lors de son interpellation. ©Julien Gate

L’irréductible activiste

Alors que les six premiers activistes étaient arrêté·es et qu’on se dirigeait vers la fin, le septième grimpeur profite d’un moment d’inattention et réussit à escalader sans équipement la partie haute du piédestal.

Il y reste, seul, debout sous un soleil de plomb, pendant de longues minutes. La foule restée, malgré les charges, retient son souffle. Elle craint une chute. Certain·es lui crient de descendre et le supplient de ne plus prendre de risques. Les policiers, aidés de la nacelle, s’approchent de lui. Il tente de grimper encore plus haut, sans succès. Il est cueilli à son tour.

La foule acclame le septième activiste. ©Julien Gate.

Tous les activistes arrêtés, la police charge les manifestants restés sur la place, faisant usage de gaz lacrymogènes. Elle a ensuite pris soin de faire disparaître toute trace de l’action.

Plusieurs mois plus tard, je demande au dernier interpellé la raison de sa prise de risque supplémentaire. Il m’a rassuré sur sa connaissance de la statue et sur son expérience, qui rendaient son escalade « sûre ». De son point de vue : si les forces de l’ordre montent plus haut, alors il monte plus haut.

Interpellation du dernier activiste à sa descente de la nacelle. ©Julien Gate.

Sachant cela, dans ce contexte, l’approche violente et coercitive choisie par les policiers n’augmente-t-elle pas inutilement les risques encourus, allant jusqu’à créer le danger ?

Suite de l’article à retrouver sur Fsociété.

– Photoreportage de Julien Gate


Photo de couverture : Un anonyme regarde avec attention les activistes mettre en place le gilet. ©Julien Gate

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20.04.2026 à 06:00

Le quotidien infernal des chiens de chasse

Mr Mondialisation

Dans le milieu de la chasse, des milliers de chiens vivent dans des conditions souvent invisibles et peu documentées. Entre élevage intensif, dressages difficiles et compétitions intraitables, ils servent d’instruments d’une culture figée dans le temps. La chasse est souvent présentée comme un lien fort entre l’humain et l’animal, incarnée par des acteurs qui se présentent […]

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Texte intégral (2868 mots)

Dans le milieu de la chasse, des milliers de chiens vivent dans des conditions souvent invisibles et peu documentées. Entre élevage intensif, dressages difficiles et compétitions intraitables, ils servent d’instruments d’une culture figée dans le temps.

La chasse est souvent présentée comme un lien fort entre l’humain et l’animal, incarnée par des acteurs qui se présentent comme protecteurs des territoires qu’ils habitent. Elle s’inscrit dans une culture ancienne, revendiquée comme solide et fière, et se veut attentive à son empreinte écologique.

Pourtant, le lobby de la chasse se caractérise par des pratiques connues pour leur brutalité et leur manque de considération envers les autres espèces. Derrière l’image qu’il véhicule, la réalité est bien plus sombre. Les premières victimes en sont les chiens de chasse. Derrière ce terme, ancré dans l’histoire, se cachent des conditions de vie contraignantes : sélection rigoureuse, dressage intensif, environnements inadaptés, et des libertés très limitées.

Une nature sous emprise

La chasse accapare la faune sauvage, les forêts, les sentiers et les rivières. Le moindre espace est contrôlé. Ceux qui ont rejoint les rangs ne cessent de prendre davantage de place puisque les associations de chasse dominent le territoire français. À ce jour, il y a 70 000 associations de chasse regroupées au sein de 13 fédérations régionales et 94 fédérations départementales.

Photo de Josiah Nesssur Unsplash

La chasse modifie de fait les milieux naturels, véritable terrain de jeu où tous les coups sont permis. La présence régulière des chasseurs et de leurs véhicules perturbe les milieux naturels. Elle provoque du stress chez les animaux, modifie leurs habitudes quotidiennes et peut les contraindre à se déplacer ou à fuir certaines zones.

D’autres doivent survivre aux à ces pratiques répétées : tirs, poursuites, dispositifs de clôtures, voire l’utilisation de bâches pour les maintenir dans certaines zones. Ces interventions modifient leurs comportements et peuvent perturber leur alimentation. L’agrainage (maïs, blé…), pratiqué le long des chemins et présenté comme un moyen de gérer certaines espèces, contribue également à les maintenir à proximité des zones fréquentées par les chasseurs.

Il s’agit d’un bouleversement à grande échelle, qui affecte l’ensemble des écosystèmes, des grands animaux jusqu’aux micro-organismes essentiels aux sols.

Une reproduction encadrée par des logiques de performance et de rentabilité

En France, 30 000 chiens de 150 races différentes sont utilisés pour la chasse. Leur sélection n’est pas aléatoire : certaines races sont privilégiées et font l’objet de reproductions et de croisements ciblés afin d’améliorer leurs performances. C’est notamment le cas du beagle, du setter, du springer spaniel ou encore du braque, particulièrement recherchés pour leurs aptitudes.

Chien braque. Source : Wikimedia Commons

Les capacités de ces chiens sont souvent évaluées comme des critères de sélection, à la manière d’un catalogue de performances. Le modèle recherché repose sur une obéissance stricte, un flair développé et la capacité à poursuivre un animal pendant de longues heures, qu’il s’agisse de cerfs, de sangliers ou d’oiseaux. Cette exigence soumet ces chiens à un rythme intense, où la performance prime sur leurs besoins.

Les chasseurs trouvent leur chien de chasse en devenir dans différents organismes : associations de chasseurs ; chenils ; refuges vétérinaires et élevages. Les centres d’élevages s’étendent sur le territoire français avec 4 436 entreprises enregistrées en janvier dernier. C’est un nombre approximatif, car il ne compte pas les amateurs qui exercent dans l’ombre.

« Des chiens sélectionnés selon la demande »

Ces femmes et ces hommes occupent une place centrale dans le monde de la chasse, en proposant des chiens sélectionnés selon la demande. Ils doivent répondre à des critères précis, incluant des garanties génétiques, un suivi vétérinaire, ainsi qu’une évaluation du comportement et de l’état du chien.

Dans une logique économique, certains éleveurs privilégient les races les plus rentables pour assurer la continuité de leur activité. Le prix d’un chien se situe généralement entre 800 et 1 500 euros, avec des variations importantes selon le pedigree. Les chiennes peuvent être mises à la reproduction dès 2 à 3 ans et enchaîner de nombreuses portées au cours de leur vie.

Les grossesses répétées et rapprochées exposent les chiennes à un épuisement physique important. Elles sollicitent fortement leurs ressources, augmentant les risques de carences, de perte de poids, d’affaiblissement immunitaire et de complications comme les infections ou les difficultés à la mise bas. Lorsqu’elles arrivent au bout de leurs forces, elles sont aussitôt remplacées.

Les chiots traités comme des objets 

D’autant que les chiots ne sont pas épargnés. Si l’éleveur voit qu’un chiot est sourd ; aveugle ; a une malformation ; une infection particulière ou simplement qu’il ne représente d’aucune façon la conformité demandée, il est souvent abandonné sans attendre. Pire encore, certains chiots sont abandonnés sans nourriture, livrés à eux-mêmes, traités comme de simples déchets.

Certains éleveurs, dans une logique de rentabilité, écoulent leurs chiots via des plateformes en ligne afin de limiter leurs pertes. Ces ventes ciblent notamment des acheteurs attirés par les fêtes ou animés par l’idée de « sauver » un animal. En réalité, ces démarches participent à maintenir ce système.

« Les acheteurs participent malgré eux à la perpétuation du système. »

Les annonces en ligne manquent de transparence et présentent les chiots de manière valorisante, à travers des photos soignées et des descriptions rassurantes évoquant un foyer aimant ou un nouveau départ. En réalité, les animaux sont vendus sans réelles garanties, parfois non vaccinés ou non sevrés, ce qui peut entraîner des problèmes de santé révélés après l’achat.

Les acquéreurs peuvent alors faire face à des frais vétérinaires importants et, dans certains cas, abandonner l’animal. Ce mécanisme entretient un cercle où éleveurs peu scrupuleux et acheteurs participent, souvent malgré eux, à la perpétuation du système.

Un trophée vivant

Une fois sélectionné, le chien est évalué sur ses aptitudes. Ces tests permettent de déterminer son adéquation avec les exigences de la chasse. En France, le test d’aptitudes naturelles (TAN), encadré par la Société Centrale Canine, constitue l’un des dispositifs utilisés pour évaluer les chiens de race.

Photo de Sebastian Coman Travelsur Unsplash

Le TAN se réalise en terrain naturel, dans des conditions permettant d’évaluer les aptitudes du chien. Dès l’âge de 9 mois, le chien est observé au regard des juges. Son caractère ne doit pas être une gêne pour la chasse : il doit se montrer obéissant, tout en conservant une certaine autonomie. Sa mobilité est également jugée, le chien devant être capable de se déplacer efficacement, de se diriger vers sa cible et de suivre les instructions.

Ce test est déterminant pour son parcours dans la chasse. Dès ses premiers pas, il est exposé à des situations exigeantes, qui comportent des risques, pour lui comme pour son environnement. Que les chiens soient jugés aptes ou non, les exigences de sélection restent élevées.

Dans cette logique, les chasseurs préparent aux concours présentant les caractéristiques attendues, afin de valoriser leurs performances. Il existe notamment un concours canin prisé : le Field Trial. Cette pratique, vieille de plus d’un siècle, vise à tester les aptitudes des chiens de chasse en conditions proches du terrain réel. Elle est présentée comme une démonstration du savoir-faire et de la pratique cynégétique, et se déroule dans plusieurs pays (France, Royaume-Uni, Espagne, Italie…).

Les épreuves varient selon les aptitudes du chien. Le chien d’arrêt marque un arrêt, comme son nom l’indique, et permet de localiser le gibier, souvent des oiseaux (faisans, perdreaux, canards…). S’ensuivent les chiens courants, qui traquent sur de longues distances des animaux comme les lièvres. Enfin, les chiens dits « de sang », sélectionnés pour leur endurance et leur obéissance, sont utilisés pour suivre des pistes.

Certaines pratiques d’entraînement impliquent l’utilisation d’animaux, notamment dans le cadre de la chasse en enclos. Ces derniers sont élevés puis relâchés pour être chassés, dans des conditions contrôlées. 

L’ensemble de ces pratiques vise à sélectionner des chiens répondant à des critères précis. La valorisation des performances constitue un enjeu important pour les acteurs de ce milieu.

Des chiens meurtris par le lobby des chasseurs

Le temps s’écoule différemment pour les chiens, notamment lorsqu’ils ne sont pas en action. Ils sont souvent maintenus dans des chenils, des espaces où ils sont souvent isolés et exposés aux conditions météorologiques.

Lors de fortes chaleurs ou d’intempéries, les conditions sanitaires peuvent se dégrader et favoriser le développement de maladies. Ces structures accueillent parfois plusieurs chiens dans un espace limité, en attendant les périodes de chasse. Ce mode de vie reste plus répandu que l’image souvent mise en avant dans les espaces de communication liés à la chasse.

Photo de 12photostorysur Unsplash

L’hygiène de vie et la sécurité constituent des éléments essentiels, mais elles ne sont généralement pas garanties. Les chiens peuvent être maintenus dans des installations inadaptées à leurs besoins, avec des espaces de repos parfois insuffisants. Le partage des gamelles peut également générer des tensions et affecter leur alimentation.

Ces conditions peuvent favoriser l’apparition de troubles digestifs ou comportementaux. Les plus jeunes chiens, en particulier, peuvent être sensibles à ces environnements et développer du stress ou des difficultés d’adaptation.

En pleine saison, les chiens doivent fournir des efforts importants pour mener à bien la chasse, parfois au-delà de leurs capacités. Ils poursuivent le gibier sur plusieurs kilomètres, dans une traque prolongée. Autour de l’animal, la meute le cerne et l’épuise progressivement, jusqu’au coup fatal, porté par le chasseur. Ces scènes, qui peuvent durer, se déroulent parfois à proximité des routes ou d’habitations, exposant cette réalité au regard du public.

Plusieurs cas de figure mettent en lumière d’autres victimes. Des personnes dont de jeunes enfants peuvent se retrouver en situation d’insécurité, tout comme des animaux domestiques aussi. Des accidents et des abus sont régulièrement rapportés, notamment par des associations de protection animale. Des affaires qui ne sont pas traitées avec le sérieux nécessaire. Et le lobby de la chasse diffuse toujours une image valorisée, bien loin de la réalité du terrain.

Cette cruauté interroge la responsabilité des acteurs concernés comme celle de la société dans son ensemble, souvent reléguée au second plan. Elle s’inscrit dans un système plus large qui dépasse la seule pratique de la chasse et révèle nos défaillances face aux équilibres écologiques.

Héléna Roche


Image de couverture : Chien de chasse, braque allemand / Public Domain Pictures

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19.04.2026 à 06:00

Tigres, cacatoès et maire : les 10 bonnes nouvelles

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Kazakhstan : le retour des tigres, 70 ans après leur disparition Le Kazakhstan prépare la réintroduction de tigres sur leurs terres historiques grâce à un vaste programme mêlant reforestation, restauration des proies sauvages […]

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Texte intégral (1153 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Kazakhstan : le retour des tigres, 70 ans après leur disparition

Le Kazakhstan prépare la réintroduction de tigres sur leurs terres historiques grâce à un vaste programme mêlant reforestation, restauration des proies sauvages et suivi des félins par satellite. Entre conservation spectaculaire et coexistence avec les habitants, le projet veut prouver qu’un grand prédateur peut retrouver sa place dans un écosystème reconstruit. (Marca)

2. Aires de jeux : des structures conçues pour les enfants des zones de guerre

Une ONG britannique développe des modules de jeux en bois, démontables et facilement transportables, pour offrir des espaces de joie et de reconstruction aux enfants vivant dans des camps de réfugiés, de l’Ukraine à l’Éthiopie. Au-delà du jeu, le projet mise aussi sur l’apprentissage collectif et la reconstruction symbolique dans des lieux marqués par l’exil. (The Guardian)

3. Haute-Saône : un maire reverse 1 800 € par mois de ses indemnités à deux assos locales

À Héricourt, le nouveau maire communiste Gilles Lazar a annoncé qu’il réduirait sa propre indemnité au niveau de celle de ses adjoints, soit 1 800 € mensuels de moins, pour reverser cette somme aux Restos du Cœur et au Magasin alimentaire social de la ville pendant tout son mandat. Le geste s’ajoutera aux subventions municipales existantes, avec en plus la promesse de nouveaux locaux mieux équipés pour ces structures. (20 Minutes)

4.Regensburg interdit les robots tondeuses la nuit pour protéger les hérissons

La ville impose l’arrêt des robots tondeuses de 30 minutes avant le coucher du soleil jusqu’au lever du jour afin de protéger les hérissons, qui ne fuient pas face au danger et sont souvent grièvement blessés par les lames. La mesure vise aussi crapauds, lézards et autres petits animaux nocturnes, avec des amendes potentiellement élevées en cas d’infraction. (BR24)

5.Les renouvelables frôlent 50 % des capacités électriques mondiales

En 2025, les énergies renouvelables ont atteint 49,4 % des capacités électriques mondiales, portées par un bond record du solaire (+511 GW), selon l’IRENA. Avec 692 GW supplémentaires en un an, le rythme actuel rapproche le monde de l’objectif de tripler les capacités d’ici 2030, tandis que la crise au Moyen-Orient rappelle la vulnérabilité persistante des énergies fossiles. (Reuters)

6. Australie : premier succès pour le sauvetage du cacatoès palmiste

Un poussin de cacatoès palmiste, espèce menacée en Australie, a quitté avec succès un nid artificiel installé par des conservationnistes dans le nord du Queensland. Cette première, obtenue à peine un mois après l’installation, redonne de l’espoir à une espèce dont il resterait moins de 2 000 individus sauvages, menacée par la disparition des cavités naturelles dans les vieux arbres. (Mongabay)

7.Côte d’Azur : un papillon déclaré éteint réapparaît après 40 ans

L’Hespérie du barbon, un petit papillon non observé en France depuis 1984 et classé éteint en PACA, a été redécouvert sur une falaise littorale des Alpes-Maritimes. La présence d’une femelle, d’œufs et de chenilles confirme qu’il s’agit d’une population locale toujours vivante, relançant les espoirs de conservation sur la Côte d’Azur. (La Relève et la Peste)

8. 130 ONG réclament la fin des guerres au Moyen-Orient et une taxe sur les pétroliers

Réunies autour de 350.org et de la Fight Inequality Alliance, plus de 130 organisations demandent une fin permanente des conflits au Moyen-Orient et une taxe exceptionnelle sur les superprofits du pétrole et du gaz, dopés par la flambée des prix liée à la guerre. L’objectif : financer aides d’urgence, services publics, renouvelables locales et allègement de la dette des pays du Sud, durement frappés par la hausse des coûts de l’énergie et des engrais. (Common Dreams)

9. Plus de 60 000 € récoltés pour des familles victimes de violences policières

La cagnotte solidaire « 1 euro contre les violences policières » a déjà dépassé 60 000 euros, permettant de soutenir six familles confrontées aux frais de justice, d’obsèques ou de suivi psychologique. Prolongée en avril, elle aidera une famille supplémentaire à chaque nouveau palier de 10 000 €. (Komune)

10. Royaume-Uni : le kelp revient cinq ans après l’interdiction du chalutage

Cinq ans après l’interdiction du chalutage de fond au large du Sussex, les scientifiques observent un retour net de la biodiversité : hausse des daurades noires, bancs de moules sur plus d’un kilomètre et 92 espèces recensées en vidéo. La régénération progressive des forêts de kelp montre qu’une protection ciblée des fonds marins peut restaurer rapidement les habitats, avec à la clé protection côtière, nurseries pour les poissons et pêche plus durable. (BBC)

* Visuel de couverture : wikipédia

– Mauricette Baelen

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18.04.2026 à 06:00

Elections, Yadan et Meta : les 10 infos de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.Pérou : la gauche arrache le second tour grâce au vote rural Au Pérou, Roberto Sánchez (gauche) se hisse à la deuxième place avec 91 % des bulletins dépouillés et devrait affronter Keiko Fujimori en […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1.Pérou : la gauche arrache le second tour grâce au vote rural

Au Pérou, Roberto Sánchez (gauche) se hisse à la deuxième place avec 91 % des bulletins dépouillés et devrait affronter Keiko Fujimori en juin. Longtemps dominé par les résultats de Lima favorables à López Aliaga, le dépouillement a basculé avec l’arrivée des votes des zones rurales andines, confirmant une nouvelle fois le poids décisif des campagnes. (France 24)

2.Hongrie : l’opposition annonce la fin de l’ère Orbán

Au soir des législatives, Péter Magyar a célébré une victoire historique de son parti Tisza, revendiquant une majorité des deux tiers et la fin du “système Orbán” après seize ans de pouvoir. Dans un discours très symbolique, il promet un retour à l’État de droit, à l’Europe et à la reconstruction des institutions démocratiques. (444)

3.États-Unis : Meta durcit la censure autour du mot “antifa”

Meta a discrètement modifié ses règles pour permettre la suppression ou la mise en invisibilité de publications mentionnant “antifa” dès qu’elles sont associées à des formulations jugées menaçantes, parfois de manière très large. Cette évolution s’inscrit dans le rapprochement croissant du groupe avec l’agenda sécuritaire et politique de l’administration Trump. (The Intercept)

4.Sud-Liban : destructions continues et retour impossible

Au Sud-Liban, malgré le cessez-le-feu annoncé, les destructions israéliennes, les déplacements forcés et l’occupation de fait se poursuivent, empêchant des milliers d’habitants de regagner durablement leurs villages. À travers un récit familial, l’article montre aussi l’abandon ressenti face à un État libanais jugé incapable de protéger sa population et sa souveraineté. (Contretemps)

5.Lyon : des “ouvrages castor” pour réparer les rivières

La métropole de Lyon expérimente sur un ruisseau des aménagements low-tech inspirés des barrages de castors afin de ralentir l’eau, restaurer l’humidité des sols et recréer des refuges pour la biodiversité. Peu coûteuse et participative, cette méthode pourrait offrir une alternative crédible aux lourdes infrastructures classiques de gestion de l’eau. (La Relève et la Peste)

6. IA : des data centers veulent déjà brûler du gaz fossile

Faute de raccordement électrique assez rapide, certains promoteurs de mégadata centers dédiés à l’IA envisagent de fonctionner directement au gaz, au prix d’émissions massives de CO₂ et d’un non-sens énergétique dénoncé jusque par GRDF. Derrière la ruée vers l’IA, l’article révèle comment la pression sur les réseaux pourrait relancer durablement les énergies fossiles, y compris en France. (Reporterre)

7.TotalEnergies : 770 000 dollars pour acheter un accès à Trump

Avec le retour de Donald Trump, TotalEnergies a fortement accru son lobbying à Washington, dont 770 000 dollars versés à un cabinet ultra-connecté à la Maison Blanche pour sécuriser le financement de son mégaprojet gazier au Mozambique. L’affaire illustre à la fois l’alignement du groupe sur la stratégie gazière américaine et le prix politique d’un accès direct au pouvoir trumpiste. (Observatoire des multinationales)

8. Loi Yadan : 700 000 signatures… mais la pétition est rejetée

Malgré plus de 700 000 signatures, la pétition contre la loi Yadan sur les “nouvelles formes d’antisémitisme” a été classée sans suite par la commission des lois, au motif que le texte sera débattu directement dans l’hémicycle. Ce rejet, dénoncé par la gauche comme un mépris démocratique, annonce des échanges particulièrement tendus à l’Assemblée. (LCP)

9. Soudan : trois ans de guerre dans le silence du monde

Trois ans après le début du conflit entre l’armée et les Forces de soutien rapide, le Soudan reste plongé dans une catastrophe humanitaire majeure, avec des millions de déplacés, des crimes de guerre documentés et des signes de génocide au Darfour. L’article pointe aussi le silence persistant de la communauté internationale malgré l’implication de puissances régionales et la circulation d’armes étrangères. (Afrique XXI)

10.Russie : les personnes queer traquées jusque dans leurs familles

En Russie, les nouvelles lois assimilant la “mouvance LGBT” à de l’extrémisme ont transformé le numérique en terrain de chasse, entre pièges sur les applis, chantage et dénonciations. La répression déborde désormais la sphère publique : proches, collègues ou familles utilisent aussi ces outils pour surveiller, menacer et faire taire les personnes queer. (taz)

* Visuel de couverture : unsplash

– Mauricette Baelen

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17.04.2026 à 06:00

« Ils vont le bousiller » : une mère alerte sur la prise en charge psychiatrique de son fils autiste

Elena Meilune

Coralie se bat depuis des années pour que son fils soit reconnu par la société. Aujourd’hui, il est en chambre d’isolement et sous contention dans un hôpital psychiatrique ardéchois, au détriment de sa santé physique et psychique. Une maltraitance institutionnelle qui touche des milliers de familles, maintenues dans l’invisibilité. Il y a des phrases qu’aucune […]

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Coralie se bat depuis des années pour que son fils soit reconnu par la société. Aujourd’hui, il est en chambre d’isolement et sous contention dans un hôpital psychiatrique ardéchois, au détriment de sa santé physique et psychique. Une maltraitance institutionnelle qui touche des milliers de familles, maintenues dans l’invisibilité.

Il y a des phrases qu’aucune mère ne devrait avoir à prononcer dans une société censée être protectrice. Celle-ci en fait partie : « Dans deux ans, mon fils sera mort si ça continue comme ça. ». Coralie cherche désespérément une solution pour que son fils Lucien, 22 ans, diagnostiqué avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA), puisse accéder à des soins médicaux éthiques et adaptés.

Depuis le début de l’année 2026, il a été hospitalisé à plusieurs reprises en psychiatrie de secteur en Ardèche, où les professionnels sont encore très peu formés à l’autisme.

Un parcours semé d’obstacles

Lucien n’a pas reçu de diagnostic précoce. Quand il est entré à l’école, Coralie a alerté sur ses difficultés. On l’a rassurée. Mais les problèmes ont pourtant persisté. Entre 4 et 7 ans, Lucien a été orienté vers un hôpital de jour en pédopsychiatrie de secteur. Il y est resté près de quatre ans, sans diagnostic, sans que sa mère sache vraiment ce qui s’y faisait.

Pendant ce temps, elle lisait. En anglais, en espagnol, tout ce qui n’existait pas encore en français sur l’autisme. C’est elle qui a compris, seule, qu’il était dysphonique et qu’il fallait changer de méthode pour lui apprendre à lire. Elle qui a identifié sa dyscalculie, sa dyspraxie. Elle qui a construit, bricolé, inventé.

Le mythe du « meilleur système de santé au monde » et la fable républicaine de l’école inclusive, elle y a cru. Puis elle a dû lire les textes de loi et « trouver les failles » juridiques pour que son fils ait simplement le droit d’aller au collège, d’avoir un accompagnement adapté. Chaque droit a dû être arraché.

En 2021, Lucien chute de cinq mètres. Réception sur les pieds. Nouveau parcours du combattant pour accéder aux soins :

« parce qu’il est autiste, et que quand vous êtes autiste, vous pouvez crever sur place, le système médical ne se sent pas concerné du tout. »

C’est un algologue du Centre de Ressources Autisme de Lyon qui finit par mettre en place un protocole médicamenteux contre la douleur chronique.

Vingt-deux ans de combat, et la psychiatrie comme impasse

Depuis, Lucien vit avec cette douleur. D’après Coralie, elle n’a jamais été prise en compte à l’hôpital psychiatrique alors qu’elle est un facteur majeur de la souffrance psychique actuelle de son fils. En effet, c’est après cet accident que les meltdowns commencent – des crises d’une intensité croissante, de plus en plus fréquentes. De la détresse sensorielle et physique devenue insupportable dans un corps qui souffre et un système nerveux qui ne peut plus réguler.

À ces douleurs physiques s’ajoutent des traumas psychiques que Coralie tente, seule, de faire reconnaître et prendre en charge. Elle cherche aujourd’hui un praticien formé à l’EMDR – une thérapie reconnue pour le traitement des stress post-traumatiques – capable de travailler avec une personne autiste. En vain. « Je ne trouve personne qui accepte de le prendre », dit-elle.

Les conséquences d’une prise en charge inadaptée

Première hospitalisation en hôpital psychiatrique de secteur : du 19 janvier au 9 février 2026. Lucien en sort avec quatre kilos en moins et un « cocktail de neuroleptiques » aux effets extrapyramidaux importants. Aucun suivi n’est organisé au CMP. Aucun réajustement du traitement obtenu. C’est le médecin généraliste de famille qui finira, seul, par baisser les doses.

Deuxième hospitalisation de deux semaines puis, sortie le 16 mars. Le bilan est accablant : dix kilos perdus depuis janvier, syndrome parkinsonien, raideurs musculaires des quatre membres et des mains, incapacité à parler, à articuler, à mastiquer, à déglutir – avec risque de fausse route à chaque repas. Perte de toute autonomie dans les gestes du quotidien. Effondrement des compétences cognitives. Insomnie.

« Son système nerveux central est en état d’alerte permanent. »

Ce tableau clinique est la conséquence d’une médication inadaptée, appliquée sans connaissance du fonctionnement autistique, sans suivi, sans réévaluation. Plus d’une décennie après les premières recommandations de bonnes pratiques de la Haute Autorité de Santé sur l’autisme, les psychiatres de secteur – y compris les plus jeunes, formés récemment – n’ont selon Coralie, pour la plupart, « aucune connaissance en TSA ». Ces recommandations existent sur le papier. Dans les services, elles restent lettre morte.

Le 3 avril, Lucien retourne à l’hôpital. Un meltdown dans la nuit, le veilleur de nuit appelle les pompiers. Depuis, il est en chambre d’isolement et sous contention. « Est-ce que ce sont les soins pour personnes TSA en 2026 ? », demande Coralie.

Un système qui n’a pas de place pour lui

Depuis des semaines, Coralie cherche un service médical capable d’accueillir Lucien de façon adaptée – en prenant en compte ses fonctionnements sensoriels et cognitifs, en respectant sa dignité. Elle a appelé des établissements à Paris, contacté des associations, exploré chaque piste. « Il y a peu de consultations vraiment spécialisées en hospitalier », constate-t-elle. Celles qu’elle a testées – comme le Vinatier à Lyon – n’ont pas été plus concluantes que la psychiatrie de secteur selon elle.

Il existe un service non sectorisé spécialisé, à Niort. Liste d’attente : deux ans, pour une semaine d’observation. Une unité vient d’ouvrir près de Grenoble. Mais comme pour beaucoup de structures spécialisées, l’accès reste incertain, notamment en raison de la sectorisation.

Couloir d’hôpital / PublicDomainPictures

La sectorisation psychiatrique, pensée comme un maillage territorial équitable, fonctionne ici comme une condamnation. Elle enchaîne les patients aux services de leur zone géographique, quelle que soit la qualité ou l’inadaptation de ces services. Pour une personne autiste en crise grave dans un territoire rural, elle peut signifier l’absence totale d’alternative.

Le coût humain et matériel

Coralie a quitté l’Éducation nationale lorsque Lucien est entré au collège. Malgré les dispositifs d’adaptation existants à l’époque, sa scolarisation est restée partielle et fragile : il ne pouvait suivre que certains cours. Elle a alors dû compenser elle-même les manques du système et dire adieu à sa carrière d’enseignante. Aujourd’hui, elle travaille à temps partiel comme aide à la personne auprès d’un adulte autiste, à raison de quelques dizaines d’heures par mois. Elle consacre la majeure partie de son temps à chercher une sortie de crise pour son fils :

« Je passe mon temps à téléphoner, à envoyer des courriers »

Cette mobilisation permanente, épuisante, non rémunérée, est le quotidien de dizaines de milliers de proches aidants en France – majoritairement des mères. Une charge invisible que le système non seulement ignore, mais rend structurellement nécessaire.

Coralie élève seule ses enfants. Elle vit avec un faible revenu, quelque peu complété par le RSA. Pendant plus d’un an, une ligne budgétaire exceptionnelle – arrachée à l’ARS Ardèche après un courrier envoyé à l’Élysée, une nuit où elle n’en pouvait plus – avait permis à Lucien d’avoir son propre appartement, une équipe éducative formée, un début d’autonomie réelle. La ligne n’a pas été reconduite à hauteur nécessaire.

Les prestataires de nuit ont changé sans prévenir la famille. Un soir de septembre 2025, Lucien s’est retrouvé seul avec un inconnu chez lui. Coralie peut dater le début de l’effondrement : le 5 septembre 2025.

Lucien, un jeune homme de 22 ans

Lucien n’est pas un dossier médical. C’est une personne à qui l’on refuse une vie digne. Coralie voit son enfant tel qu’il est, pas à travers le regard déshumanisant du système.

L’intérêt spécifique de Lucien, ce sont les relations sociales. « C’est paradoxal pour un autiste », dit sa mère. Ce que Lucien désire le plus – les amis, une histoire d’amour, appartenir à un groupe de jeunes – lui est précisément le plus difficile d’accès. Il a grandi en fréquentant l’école sans jamais construire d’amitié propre. À 22 ans, il voit des bandes de jeunes au café tandis qu’il est avec sa mère. Il lui dit alors :

« Ce qui est difficile pour moi, c’est qu’il y a plein de choses dans la vie que je ne mérite pas. »

Il pense que c’est une question de mérite. Comme si cette situation était de sa faute, et non le produit de la violence institutionnelle qu’il subit.

Lucien a lu Le Journal d’Anne Frank. Il a fait des liens entre la ségrégation raciale, la Shoah et l’exclusion des autistes de l’école – sans intégrer la temporalité, mais avec une justesse politique que beaucoup d’adultes neurotypiques n’atteignent pas. Il a participé avec sa mère à une manifestation pour la scolarisation des enfants autistes. En rentrant, il lui a dit : « Les noirs, les juifs et les autistes, ils n’ont pas le droit d’aller à l’école. » Il voyait la discrimination. Il la nommait.

Coralie n’avait jamais vu Lucien pleurer de toute son enfance, de toute son adolescence. La première fois, c’était quelques jours après son accident. Elle l’a revu pleurer quand il est sorti de l’hôpital psychiatrique. Et avant qu’il y retourne, elle l’a encore vu pleurer.

Silhouette d’un homme devant une fenêtre / Pxhere

Ce que la France fait au handicap

Des collégiens suédois, il y a quelques années, séjournaient chez Coralie dans le cadre d’un échange scolaire. Très vite, ils lui ont posé une question simple : « Elles sont où, les personnes handicapées chez vous ? On ne les voit pas. » Des adolescents qui avaient grandi dans des sociétés où la cohabitation avec le handicap est une norme, pas une exception.

En France, on ne voit pas les personnes handicapées parce qu’on les a mises ailleurs – dans des institutions, dans des appartements, dans des services fermés. Cette invisibilisation est le résultat d’un choix politique, reconduit décennie après décennie.

La France a été condamnée à plusieurs reprises par le Conseil de l’Europe pour ses manquements dans la scolarisation et la prise en charge des personnes autistes. Les plans autisme se succèdent depuis 2005. Les recommandations s’accumulent. Et Lucien, en 2026, est en chambre d’isolement.

« Depuis son enfance, je me bats pour qu’il ne soit pas considéré comme un citoyen de seconde zone. Hélas, tout aujourd’hui nous montre le contraire. »

Elle n’accuse pas nominativement. Elle a peur que ça se retourne contre eux. Voilà où en sont les familles : elles ont peur de se défendre. Elles mesurent leurs mots pour ne pas compromettre les soins fragiles et insuffisants qui restent. Elles intériorisent la menace. Et elles continuent quand même. « C’est mon enfant », dit Coralie quand on la qualifie de courageuse. « C’est pas du courage. C’est mon enfant. »

« Pour Lucien, et pour tous les Lucien »

L’urgence grandit chaque jour. Un véritable cauchemar, vécu dans la solitude et l’impuissance. Mais aussi la détermination de continuer à se battre, face à une situation inconcevable et inacceptable. Coralie a lancé une pétition pour obtenir des soins adaptés et respectueux pour Lucien. Elle invite à la signer pour soutenir cette démarche et rendre visible une situation qui dépasse son seul cas. Elle cherche également tout contact pouvant orienter vers un service spécialisé TSA, accessible hors sectorisation.

Entretien réalisé par Elena Meilune


Photo de couverture : Hôpital psychiatrique / Sandy Ravaloniaina – Pexels

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