LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie BLOGS Revues Médias
Francis PISANI
Journaliste

MYRIADES


▸ les 20 dernières parutions

18.06.2026 à 18:08

Gauche française et violence trumpienne ≈086

Francis Pisani

Nous vivons entre les serres d'un oiseau de proie nommé Trump sous le signe de la violence et du masculinisme dévoyé. Dommage qu'une partie de notre gauche se laisse happer.
Texte intégral (2824 mots)

La façon dont Trump vient de fêter ses 80 ans nous concerne directement. C’est le véritable évènement de la semaine. Bien plus que l’annonce d’une paix incertaine entre les US et l’Iran.

J’exagère ?

Myriades \ Francis Pisani est une publication soutenue par les lecteurs. Pour recevoir de nouveaux posts et soutenir mon travail, envisagez de devenir un abonné gratuit ou payant.

80 ans de Trump, 250 ans d’USA

ClawWhiteHouse_TheNewWorld.co.uk C’est “terrifiant” ajoute le journaliste

Regardons les faits... :

  • Face à la Maison Blanche mais dressé plus haut qu’elle, un dôme de 60O tonnes baptisé the Claw (ce qui peut se traduire par “griffe” ou “serre”).

  • Sous le dôme et dans une cage des combattants de Mixed Martial Arts, mélange de sports de combats dans lequel presque tous les coups sont permis... sauf les morsures, les crachats et les coups de boule. Ça saigne.

  • Le spectacle permet de faire de la pub à des entreprises dans lesquelles Trump et les siens ont des sous. Il est, en outre, sensé lancer les cérémonies du 250ème anniversaire de la création des États-Unis.

  • Outre le gouvernement et la famille royale, le public est largement composé de militaires qui exultent derrière leur ministre de la guerre.

  • Premier paradoxe, ironique, à la différence de leur hôte, les praticiens du sport en cage acceptent la défaite... je ne dirai pas “comme des hommes”.

  • Des médailles commémoratives à l’effigie de Trump sont en vente pour 12.OOO dollars.

Force, brutalité, violence sont à l’honneur. Les rois sont dépassés, on revient au “vae victis” des empereurs romains.

Malheur aux vaincus.

≈086-MMA-WhiteHouse_CNN

Comme un gamin qui refuse l’âge, le vieux président a fait venir son cirque préféré pour son anniversaire. Les clowns sanglants en semblent plus conscients que lui.

Assez de ce spectacle grotesque.

Mais sa symbolique éclaire le monde trumpien dans lequel nous nous engageons à la légère sans en être conscients. Un monde fait de violence et de brutalité croissante comme les agressions contre le personnel de santé, entre autres manifestations.

Myriades \ Francis Pisani is a reader-supported publication. To receive new posts and support my work, consider becoming a free or paid subscriber.

Boycott du cinéaste Nadav Lapid

Il permet de mettre le boycott du cinéaste israélien Nadav Lapid dans sa perspective la plus importante, la montée de l’intolérance, des diktats et des interdictions.

Faits : ils sont connus, je vais vite

  • Nadav Lapid est un cinéaste israélien tellement opposé au gouvernement de Netanyahu qu’il s’est exilé en France d’où il a réalisé Oui un film très critique. L’Europe lui ayant refusé une participation (12%) au financement il a accepté l’argent d’un organisme israélien (étatique mais non gouvernemental). Argument avancé par une partie de la gauche française pour s’opposer à sa participation au Festival de Cinéma de Marseille où il devait d’abord faire partie du jury puis donner une master class avant de renoncer à tout.

Réactions :

  • La crème du monde culturel français s’oppose à cette interdiction en invoquant une “assignation identitaire” (”le fait de renvoyer l’individu à une identité figée, en lui attribuant des caractéristiques censées être celles de son groupe d’appartenance réel ou supposé“), un “échec intellectuel”, une persécution réduite à la possession d’un passeport. Une chroniqueuse du New York Times écrit que les gauchistes le condamnent mais que tout le monde devrait voir le film.

  • Les arguments de ceux qui s’opposent à Israël valent pour une partie non négligeable de la population : il est indispensable de boycotter, de ne pas laisser s’exprimer un pays dont le gouvernement tue et détruit sans pitié à Gaza, au Liban, en Iran et pas seulement. Le plus grand promoteur de la violence trumpienne.

Laissez un commentaire.

Mise en relations :

  • Les sympathisants ou militants de LFI ne s’en rendent sans doute pas tous compte mais ils sont devant un redoutable paradoxe, dogmatique celui-ci. Leur leader et leur parti font une grande et juste place à l’agonisme qui veut (pour simplifier) que si l’antagonisme est le champ même de la politique, il est possible de le dépasser en acceptant de dialoguer avec l’autre. Malgré cela ils interdisent de tribune... un adversaire de leur ennemi. Un comble. De Chantal Mouffe (agonisme) à Édouard Glissant (créolisation), ils ont des références idéologiques riches en ouvertures. Dommage qu’ils n’en tiennent pas mieux compte.

  • Il y a pire : Quelle que soit la valeur de leurs arguments, leur façon de les défendre les plonge dans la logique trumpienne d’augmentation de la violence sous toutes ses formes, comme l’a montré l’implacable jeu du cirque de dimanche.

Partager Myriades \ Francis Pisani

Signal d’alarme

J’y vois un signal d’alarme.

La vision du monde de ces autocrates brutaux et mafieux qui nous gouvernent gagne du terrain.

Les combattre, sur tous les terrains est une urgence.

Il faut souvent, toujours, affronter l’adversaire. Mais lui fermer le bec par la force me semble une mauvaise faiblesse. Pas encore un crime, mais une erreur. De cible, en l’occurence, et de méthode.

Apprenons à lutter et dialoguer, pas “en même temps”, mais dans la même stratégie...

PS - Au moment de mettre ce billet en ligne, je découvre un article de Marc-Olivier Behrer publié sur le site du Monde.fr le mercredi 17 juin Dans l’Amérique polarisée de Donald Trump, l’empathie fait l’unité contre elle. Sous un tout autre angle, il apporte de l’eau à ce moulin qui s’emballe en montrant comment l’extrême droite s’en prend à cette faculté de comprendre et ressentir ce sentiment qu’éprouvent les autres. Jadis de bon ton elle est maintenant vue comme “suicidaire”, “toxique” et propre aux femmes, coupables de “trop grande compassion”. Ce qui justifierait, selon certains catholiques qu’elles ne soient pas ordonnées prêtre. Que ne vont-ils pas chercher?

Pas mon souci principal, mais tous ces gens veulent nous manger la tête et pourraient bien y arriver...

PDF

09.06.2026 à 11:59

Informations flottantes non identifiables ≈085

Francis Pisani

Trump remet les OVNIS (ou quelque chose d’approchant) à la mode pendant qu'il retire des sources d'infos sur les océans. Que pouvons-nous en apprendre?
Texte intégral (2964 mots)
  • Plus de “révélations”

  • Moins d’informations

  • Pour une approche relationnelle de l’actu

Bonjour,

Heureux de vous retrouver.

Me revoici… émergeant du fossé. Enfin !

Des demandes d’excuses, d’abord, pour le long silence. Outre les petits soucis personnels qui se glissent sans demander la permission, la sidération face à l’actu m’a rendu paralysé - le comble pour un rédacteur - et j’avais besoin de comprendre pourquoi. J’ai pris mon temps.

Vous êtes peut-être passés par là. Je vous souhaite d’avoir démêlé l’écheveau plus vite que moi.

Défi personnel : je n’ai pas arrêté de me demander à quoi peut bien servir un vieux journaliste dans un moment où tout change. Un ancien qui a subi aussi bien les mensonges des révolutionnaires, vite staliniens, que le discours intéressé des responsables marketing des grosses boites de la tech.

Peut-être, tout simplement à partager son expérience pour aider à mieux suivre le redoutable spectacle en cours.

Essayons voir avec un sujet qui peut paraître anodin mais que je trouve révélateur.

Photo publiée par le Pentagone dans la section war.gov/UFO/ soit Objets volants non identifiés alors qu’il ne s’agit officiellement que d’un Phénomène anormal…

Plus de “révélations”

En février 2026 Trump annonce sur son Facebook perso, TruthSocial, qu’il a donné l’ordre à son Ministre de la Guerre de publier des “dossiers gouvernementaux relatifs à la vie extraterrestre, aux phénomènes aériens non identifiés (UAP) et aux objets volants non identifiés (OVNI)“. L’initiative s’appelle PURSUE, Presidential Unsealing and Reporting System for UAP Encounters. “Unsealing“ peut indiquer le fait d’“enlever un sceau” comme dans une lettre cachetée de l’ancien temps, mais cache très mal son odeur de bénitier associée aux religions “révélées”. Un signe de plus que le bonhomme continue de se prendre pour un dieu.

  • Les images publiées en deux temps - 6 et 22 mai - sont soumises à un glissement sémantique tellement discret (habile?) que les médias y semblent totalement insensibles alors qu’il est essentiel pour comprendre le mécanisme. Intentionnel ou pas, peu importe. Seul le résultat compte.

  • En fait, l’existence d’”objets”, même non-identifiés, n’a rien à voir avec celle de phénomènes “aériens”, encore moins quand ceux-ci deviennent “anormaux”, terme finalement retenu. Nous avons maintenant affaire à des “phénomènes anormaux non-identifiés”. Coquetterie administrative ou gouffre sémantique ? Je penche pour la seconde interprétation. Remplacer “objet” par “phénomène” et “volant” par “anormal” nous fait passer de la suggestion d’un engin physique (soucoupe) à celle d’une manifestation qui peut être optique, météorologique, ou technologique.

Pourquoi y vois-je un problème?

Partager

Parce qu’un trop grand nombre de gens et de médias sautent à pied joints sur la conclusion la plus excitante : l’existence “prouvée” de civilisations extra-terrestres alors que la communauté scientifique, et le Pentagone lui-même se contentent de reconnaître aujourd’hui la “vraisemblance” de l’existence de vie sur d’autres planètes dans et hors de notre galaxie.

La question de la vie extraterrestre est scientifiquement ouverte et légitime. La certitude que “c’est prouvé” ne l’est pas. D’autant moins qu’il faut distinguer entre la vie exobiologique (des bactéries sur une exoplanète, probabilité statistique très haute) et la visite de technologies extraterrestres sur Terre (probabilité jugée infime par les mêmes scientifiques).

Un entretien avec Spielberg publié par LeMonde.fr le 7 juin illustre bien l’importance de ces bien plus que “nuances” et l’intérêt, dans certains cas, d’entretenir la confusion.

Le cinéaste y annonce la sortie de son prochain film Disclosure Day, Le jour de la divulgation ou, mieux encore, de la révélation qui colle parfaitement (le hasard ?) avec le terme “unsealing” utilisé par Trump dont une des traductions est précisément “révélation”.

Le réalisateur de Rencontre du troisième type et de E.T., l’extra terrestre est très clair quand il déclare :”Un véritable disclosure day consisterait à nous révéler une vérité cachée depuis au moins huit décennies. Un véritable disclosure day signifie nous annoncer qu’« ils » sont là, et ont été présents depuis plusieurs générations.”

Auteur de fiction il n’y prétend donc pas. Mais comment se passer d’un tel attrape couillon quand on veut attirer les spectateurs en grand nombre? C’est sans doute pour cela qu’il affirme s’être mis au travail sur son dernier film à la suite d’une audition de la Chambre des représentants sur la “connaissance des OVNIS” dont il dit que “rien ne [lui] échappe”. Notamment le fait que ça passionne les foules sans qu’on aie la preuve de leur existence...

Moins d’informations

Image Wikipedia avec la légende “De gauche à droite : Nikolaï Antipov, Joseph Staline, Serguei Kirov et Nikolaï Chvernik. Ce document a été remanié plusieurs fois, chaque personne tombée en disgrâce voyant son image éliminée de la photo. Staline apparaît seul sur le dernier cliché.”

Nous faire prendre des vessies pour des lanternes - pardon, des anomalies pour des objets - ne suffit pas au maître de la Maison Blanche dont la couleur virginale n’a jamais été autant usurpée. Supprimer carrément les infos ou, mieux encore, leur source est encore plus efficace.

C’est ce que l’administration est en train de faire en retirant les installations de l’Initiative des observatoires océaniques, lancée en 2016 pour 30 ans et qui “repose sur plus de 900 instruments répartis au large des Etats-Unis et en mer d’Irminger, entre le Groenland et l’Islande”, informe Le Monde. Une mesure qui entraîne “la fragilisation du système mondial d’observation des océans, dont les Etats-Unis constituent la principale cheville ouvrière”.

C’est un peu comme si Staline, au lieu d’éliminer ses alliés des photos sur lesquelles ils apparaissaient avait supprimé les appareils photo. Il y a peut-être pensé. Trump le fait.

Laissez un commentaire.

N’est-il pas fabuleux que l’homme aux cheveux orange (je ne sais plus si c’est encore d’actualité) nous empêche de disposer d’informations sur l’évolution des océans qui jouent un rôle clé dans la crise climatique au moment même où il invite à regarder notre univers stellaire en mélangeant tout pour nous empêcher de le comprendre?

Pour une approche relationnelle de l’actu

Que tout ceci soit orchestré ou pas, au fond, importe peu. L’effet est là. La “ferveur ufologique” (j’ai trouvé ça en utilisant Gemini qu’un vieux journaliste peut utiliser aussi, ;-)) est une arme de distraction massive.

Mais nous pouvons lutter contre les manips, y résister comme je vous y invitais dans ma dernière chronique.

Ce que je vous propose d’utiliser en fait, c’est une méthode (existante mais insuffisamment pratiquée) qui s’intéresse moins aux faits, de plus en plus falsifiables, et plus aux relations que nous pouvons tou.te.s établir et dont nous pouvons débattre pour mieux comprendre.

J’y reviens bientôt...

Myriades \ Francis Pisani is a reader-supported publication. To receive new posts and support my work, consider becoming a free or paid subscriber.

PDF

13.03.2026 à 10:30

Résistons-leur ! ≈084

Francis Pisani

L’hégémonie américaine est indiscutable. Ne nous contentons pas de la constater, d’en tenir compte, de négocier face à la raison du plus puissant. Il est urgent d’y résister.
Texte intégral (1982 mots)
  • Silence

  • Hégémonie

  • Résistance

Je ne crois pas être le seul à me retrouver sans voix, sans pensée claire face à l’énormité de ce qui se passe depuis l’attaque israélo-américaine contre l’Iran et le Liban, après l’enlèvement du vénézuélien Maduro et en attendant Cuba, entre autres.

Sidéré, avec plus de questions que de réponses et moins d’expertise que vos médias préférés n’en réunissent tous les jours, tous les soirs.

Quand on n’a rien à dire, autant se taire.

Certes. Mais le silence ne peut durer.

084-BombardementTéhéran_LeMonde-SASAN/MIDDLE EAST IMAGES VIA AFP

Silence

Je suis profondément convaincu, depuis plusieurs années (4, 5, 6 je ne sais pas exactement), qu’un conflit majeur est inévitable, comme presque toujours, pour marquer le passage de la domination américaine à la chinoise, de l’ouest à l’est et au sud, sur les affaires du monde. Une conviction disais-je, pas une originalité.

Il ne s’agit pas de clamer « je vous l’avais bien dit » mais de reconnaître que de voir cette prédiction se rapprocher - commencer à se matérialiser ? - me terrifie pour la simple raison que je suis convaincu de sa possibilité, de sa probabilité. J’ai moins de doutes auxquels me raccrocher que la plupart.

Partager

Je ne me demande pas, en consultant l’actu plusieurs fois par jour (sauf le soir, ça m’empêche de dormir), si c’est le début ou pas de la troisième guerre mondiale - je ne suis même pas certain que ça prendra cette forme là - mais je guette tous les indices de dégénérescence ou d’extension du conflit. Ils sont innombrables. Plus que de chercher des signes, je vois des preuves.

C’est bien trop sérieux pour que je puisse me contenter d’approximations et ça dépasse totalement mes capacités d’analyse.

D’où le silence.

Temporaire par métier, par nécessité, par éthique, par devoir.

Hégémonie

Leur idée c’est de gagner du temps, de prolonger aussi longtemps que possible l’hégémonie américaine pendant qu’il est encore temps.

Trump et l’extrême droite intellectuelle et politique qui a choisi de le porter ont parfaitement compris cela. C’est le coeur de leur stratégie. Ça explique qu’il faut casser le système en place avant qu’il ne soit trop tard pour le préserver.

Idée simple : prendre l’initiative, tout chambouler et voir ce qui se passe.

Dans le meilleur des cas, pour eux, ils gagnent un siècle. Plus peut-être. Au pire ils s’en mettent plein les poches pendant une ou deux décennies. Ça vaut pour les US, pour certains européens et pour pas mal de régimes un peu partout dans le monde.

Laissez un commentaire.

Suivre la dictature de Pinochet et ses effets sur le Chili m’a mis sur la piste. Avoir décapité une génération d’activistes, préservé les puissants traditionnels et créé une culture de la peur se traduisent par le tout récent retour des siens au pouvoir. Démocratiquement. Horrible succès.

Netanyahou tente de faire la même chose au Moyen Orient et Trump au niveau planétaire.

Ils font tout pour que ça dure aussi longtemps que possible.

Résistance

Ces messieurs font leur boulot… en rasant, détruisant ou massacrant tout ce qui s’oppose à leurs plans.

Leur hégémonie est indiscutable.

Leur puissance - largement dépendante de leur maîtrise des technologies les plus avancées - est telle qu’on est tenté de courber l’échine, de serrer les fesses, d’attendre et de plier quand il le faut face à ce tsunami qui nous menace tous.

Ils compliquent même la fable de La Fontaine selon laquelle « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Facile à comprendre quand le loup s’en prend à l’agneau. Plus complexe quand il s’attaque à des salopards. Mais les méthodes sont aussi brutales et l’avertissement ironique reste toujours valable. A fortiori peut-être. C’est encore plus vicieux.

On comprend que certain.e.s responsables politiques, au Mexique, en Europe, ou au Moyen Orient, par exemple, soient tentés de s’adapter, de céder aux énormes pressions qu’ils ou elles subissent.

Ils et elles font aussi, ou croient faire, leur boulot et, tant que nous ne faisons rien, n’ont aucune raison de se dresser, de prendre des risques.

Mais rappelons-nous ces phrases prononcées dans les années trente du siècle dernier par un pasteur allemand (Martin Niemöller) d’abord favorable au nazisme :

« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif.

Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour protester. »

Cela vaut aujourd’hui pour toute la planète. Vous saurez, où que vous soyez, trouver les mots, les gens, les peuples, les pays correspondant à la situation qui vous concerne.

Et pourtant, premier pas indispensable, protester n’a jamais suffi.

Il faut résister, commencer à résister. Ici, partout, tout de suite, toujours.

À nous tous de trouver comment, d’innover quand il le faut, les un.e.s avec les autres.

Je suis convaincu - comme je l’étais de l’arrivée de cet inéluctable embrasement - que c’est le meilleur chemin, la meilleure attitude, j’oserai même dire le pari le plus sage pour écourter cette hégémonie destructrice qui menace la plupart d’entre nous pour bien plus qu’une génération si nous ne faisons rien.

« Indignez-vous ! » disait à juste titre Stéphane Hessel en 2010.

Les temps changent.

Résistons-leur !

Myriades \ Francis Pisani is a reader-supported publication. To receive new posts and support my work, consider becoming a free or paid subscriber.

PDF

13.02.2026 à 11:17

3 scénarios pour Cuba ≈083

Francis Pisani

Étranglé par son incapacité, son intransigeance et l’offensive US, le régime est à bout. Voici 3 scénarios pour un futur incertain : Vénézuéla 2.0, Massada-Sumidero, et Non-apocalyptique.
Texte intégral (3291 mots)

Bonjour et bienvenue,

Je vous ai promis, en début de semaine, de rebondir sur ma relation très personnelle avec Cuba et sa révolution et d’envisager le futur de l’île sous un angle qui parte de sa composition démographique et culturelle d’aujourd’hui.

Je tiens parole mais tel scénario n’est pas le seul possible.

Commençons par un état très succinct de la situation :

  • Cuba n’a plus de pétrole et doit ralentir toutes ses activités.

  • La Maison Blanche a montré à Caracas qu’elle pouvait laisser un régime dictatorial en place pourvu qu’il obéisse et qu’il paye.

  • Si le Vénézuéla a du pétrole. Cuba a le quart des ressources de nickel du monde + des plages dont les entrepreneurs immobiliers savent quoi faire.

Dans un tel contexte je vois trois scénarios possibles avec des variantes que la réalité saura inventer à mesure que la situation évolue :

  • Trump garde l’appareil de sécurité en le menaçant de destruction massive s’il ne fait pas ce qu’il veut en échange de sérieux avantages économiques.

  • Les plus hauts dirigeants refusent toute concession et s’exposent à l’élimination.

  • La souplesse propre au métissage cubain se fait entendre.

≈083-Cuba-TousMétis-©LucienLung-LeMonde

1) Vénézuéla 2.0 ou VladDelcy

VlaDarcy parce qu’il se ferait sous l’égide des services de sécurité (en l’occurence les forces armées) comme dans la Russie de Vladimir Poutine, tout en gardant le système autoritaire en place, comme au Vénézuéla avec Delcy Rodriguez, l’ancienne vice-présidente.

Les Forces armées révolutionnaires (FAR) cubaines ont le pays bien en main, militairement (nombre de leur officiers âgés ont participé à nombre de guerres un peu partout dans le monde) ainsi qu’économiquement grâce au Grupo de Administración Empresarial (Gaesa) qui contrôle entre 50% et 70% de l’économie locale (infrastructures, certains commerces, flux financiers des expatriés, devises etc.).

Elles gardent officiellement les rênes du pays et le gèrent sous tutelle de Washington. La corruption bénéficie aux deux parties.

Probabilité - La plus haute. Déjà testé, c’est le plus simple, celui qui demande le moins d’imagination et représente le moindre coût relatif. Reste à savoir à quelle démonstration de force les US devront se livrer pour se faire entendre. Elle sera sans doute nécessaire mais, limite importante, la communauté cubaine de Miami tolèrerait mal un traitement « à la Gaza » de l’île dont elle espère bien récupérer quelque chose.

Myriades \ Francis Pisani is a reader-supported publication. To receive new posts and support my work, consider becoming a free or paid subscriber.

2) Massada-Sumidero

Le premier occident, l’européo-méditerranéen, connaît le sacrifice des juifs qui, assiégés par les Romains dans leur place forte de Massada se sont suicidés collectivement en se jetant du haut de leur forteresse en l’an 73.

Le tiers occident - l’Amérique Latine - a connu plusieurs drames comparables dont on parle moins tant le récit dominant est celui des conquistadores. Les premiers ont eu lieu à Cuba au tout début de la conquête quand les Taïnos de l’île ont refusé de se soumettre.

Le plus connu a eu lieu au Sumidero (donner la trad) au sud du Mexique en l’an 1528 lorsque les Mayas Soctones, encerclés par les Espagnols de Diego de Mazariegos, se sont jetés dans le vide plutôt que de se rendre. Mythe et réalité se mélangent mais le fait est indiscuté. Il a tellement marqué les esprits qu’il figure au centre de l’écu officiel de l’actuel État du Chiapas aujourd’hui.

Flag_of_Chiapas_Wikipedia

Probabilité - Faible mais pas inexistante. Les descendants d’Espagnols qui gouvernent encore le pays comme Raúl Castro qui vient de Galice et le général Álvaro López Miera, Ministre des FAR et fils de Républicains espagnols ont fait preuve d’un manque de souplesse totale. Ils savent ce qui les attend en cas de renversement. Une mort digne couronnerait de façon honorable leur place dans l’histoire au cri d’un « Patria o muerte » dont le premier terme aurait disparu.

Mon ami Jorge Castañeda, ancien Ministre des Affaires Étrangères du Mexique et grand connaisseur de la révolution cubaine, note la participation du fils de Raúl Castro dans les négociations en cours. L’intransigeance des fondateurs saura se faire entendre. Si tel est le cas, il faudra plus qu’un coup de main des troupes états-uniennes. Les « dommages collatéraux » seront considérables.

Laissez un commentaire.

3) Non-apocalyptique

C’est peut-être le moins probable, mais sûrement le plus intéressant.

Il part d’une question trop rarement posée, celle de la composition ethnique et de la culture des Cubains. « Au centre de la problématique cubaine, la question noire est une blessure ouverte » ai-je écrit dans Le Monde Diplomatique en 1992. C’est toujours le cas.

Si vous regardez attentivement les récentes photos prises par Lucien Lung et publiées dans Le Monde, vous constaterez qu’on n’y voit pratiquement aucune personne susceptible d’être considérée, dans les États-Unis de Marco Rubio et Donald Trump, comme « blanche », c’est-à-dire sans la moindre goutte de sans noir.

Leur ADN le confirme.

Une étude réalisée en 2013 sur 531 personnes de plus de 65 ans a montré qu’en moyenne, parmi ceux qui avaient la peau « noire », 49% de leurs gènes étaient d’origine africaine et 45% d’origine européenne. Chez ceux dont la peau était couleur « métisse », les proportions étaient de 28% et 64%, en moyenne, alors que pour les peaux « blanches » elle était de 6% et 91% en moyenne. Conclusion, même les blancs sont noirs ou, plus exactement, tous sont métis.

Au risque d’être excessivement simplificateur je dirai que la question de la race dans les Caraïbes est passée par trois étapes : l’asservissement racisé dans la plantation, la revendication de l’identité noire (avec Aimé Césaire côté francophone) puis la découverte de la réalité métisse et de sa dynamique « créolisante »(avec Édouard Glissant).

En termes simples, les métis des caraïbes, outre leur sang mêlé ont une façon d’être bien à eux forgée dans la lutte pour survivre depuis des siècles.

Un « truc » poétiquement racontée par Antonio Benitez Rojo, (1931-2005) sans doute l’intellectuel le plus remarquable de sa génération, dans son livre La Isla que se repite: el Caribe y la perspectiva posmoderna (Lîle qui se répète: Les Caraïbes et la perspective postmoderne, non traduit en français).

Il en a la révélation un après-midi d’Octobre 1962, en pleine crise des fusées. Les enfants de son quartier ont été évacués. Un silence grave plane sur la ville quand il voit « deux vieilles noires passer d’une certaine façon (de cierta manera) sous [son] balcon ».

Un terme insaisissable, mais le seul qui rende compte de ce moment encore unique dans l’histoire : « Il m’est impossible de décrire cette « certaine manière » ; je dirai seulement qu’il y avait une poussière dorée et ancienne entre leurs jambes noueuses, une odeur de basilic et de menthe dans leurs vêtements, une sagesse domestique, presque culinaire, dans leurs gestes et dans leur bavardage ». Cette vision, raconte-t-il, lui fit comprendre instantanément que l’apocalypse n’était pas pour ce jour-là. Une telle notion « n’existe pas dans la culture caribéenne. Les propositions de crime et de châtiment, de la bourse ou la vie, de la patrie ou de la mort, n’ont rien à voir avec [nous] ; il s’agit de propositions occidentales [...] que les Caraïbes ne partagent qu’en termes déclamatoires, ou plutôt en termes de lecture superficielle. […] La plantation de fusées semée à Cuba était une machine russe ; mais ni la mer ni les rivières ne l’étaient. » Dans toute autre partie du monde, précise-t-il, une telle crise aurait entraîné la destruction de l’île et son retour à l’âge de pierre pour ses habitants.

La non-apocalypse peut-elle s’imposer ?

Probabilité - Faible. Elle passe essentiellement par une prise de conscience et une volonté des cadres les plus jeunes des FAR, aussi noirs (ou métis) que la population. Les Afro-Cubains ont participé de toutes les insurrections anti-coloniales et anti impérialistes depuis le début du XIXème siècle et se sont toujours vus reléguer au deuxième plan après la victoire.

Je ne dispose d’informations récentes ni sur leurs sentiments, ni sur leurs positions hiérarchiques au sein des forces armées, mais suis convaincu qu’ils y occupent assez de postes de commandement pour lancer un coup « noir », « métis » ou comme ils voudront l’appeler.

J’ignore s’ils y pensent, s’ils le veulent.

Mais ils représentent une source d’énergie encore disponible. Pas totalement libérée.

La voie des Castro a échoué. Peut-être parce qu’elle était encore trop blanche.

La flexibilité se trouve pourtant au coeur de la culture cubaine habituée à négocier « de cierta manera » avec beaucoup plus puissants qu’eux. Il en faut beaucoup aujourd’hui pour sauver le droit de se révolter face à des réalités changeantes mais toujours adverses.

Et si vous voulez - sans trop d’illusion - vous en faire une idée joyeuse, et clairement contestataire, pensez à Bad Bunny au Super Bowl, à la réaction de Trump et à son impuissance…

Myriades \ Francis Pisani is a reader-supported publication. To receive new posts and support my work, consider becoming a free or paid subscriber.

PDF

08.02.2026 à 17:52

Cuba, cette île et cette révolution qui m’ont tant fait vibrer ≈082

Francis Pisani

Le régime semble sur le point d’imploser. La rigidité des frères Castro y est pour beaucoup. Pas une raison pour refuser à qui que ce soit le droit de se révolter même dans le « patio » des US.
Texte intégral (4771 mots)

Je vous parle du coeur dans cette chronique consacrée à Cuba que j’ai beaucoup aimée et que je vois s’enfoncer dans l’horreur et l’imminente implosion.

Je fais partie de ces générations pour lesquelles l’île et sa révolution ont représenté un mythe bien plus important que sa toute petite taille, dont la photo du héros le plus connu, le Che, a orné tant de chambres dans le monde entier.

Pas un rigolo, pour sûr, mais un type capable de renoncer au pouvoir pour aller semer des révolutions en différents coins de la planète.

Le gars qui appelait à créer « deux ou trois Vietnams » pour enrayer cet impérialisme américain que nous voyons revenir triomphant dans une version 2.0 mise à jour par Trump, comme un vulgaire programme d’ordinateur.

Un type suffisamment convaincu que se rebeller est la meilleure façon de commencer dans la vie, pour obtenir de la bureaucratie communiste que le quotidien réservé aux jeunes s’appelle Juventud Rebelde.

Un très bref responsable de la Banque centrale si peu respectueux des institutions qu’il signait les billets du pays de son surnom, simple interjection ultra-courante en Argentine où il était né.

BilletChe_cgb.fr.

Imaginez le résultat si ses compagnons l’avaient baptisé « Fucking » parce que, né aux US, il en parsemait toutes ses phrases ou, « Putain » s’il leur était arrivé de Marseille.

Thanks for reading Myriades \ Francis Pisani! This post is public so feel free to share it.

Partager

Fidel Castro, le vrai patron, n’était pas né de la même argile. Personnage hors norme mais tête froide, il s’était gagné l’attention en menant une poignée de guérilleros au renversement d’un dictateur, en tenant tête face au géant du nord, dont il refusait que son pays soit le bordel, et en promettant - ce qu’il a réalisé pendant un certain temps - santé et éducation pour tous.

J’ai souvent écouté Fidel Castro à La Havane

Je l’ai écouté pendant des heures place de la Révolution (et m’y suis laissé prendre trop longtemps).

La première fois était en fin 1968, année commencée à Saigon où me surprit l’offensive du Têt qui me permit de voir l’armée américaine au boulot contre ceux qui n’en voulaient pas chez eux.

J’ai cru qu’il pouvait améliorer le sort des gens, à Cuba et ailleurs, que sa révolution politique pouvait y parvenir.

J’en ai fait l’expérience sur le terrain avec tous les éléments pour en comprendre la réalité.

J’y ai vécu en enseignant le français et le judo.

J’y ai coupé la canne pendant la fameuse et totalement merdique Zafra de los 10 millones de 1970.

Je m’y suis marié et que j’y ai eu un fils cubain dont je suis fier.

J’en suis reparti en me disant qu’il était bon d’aider les révolutionnaires d’Amérique centrale à en faire autant, en particulier les Nicaraguayens… dont les dirigeants sandinistes d’aujourd’hui rivalisent dans l’abject avec ceux de La Havane. Ils font même plutôt pire.

J’en ai profondément aimé les gens et la culture.

FidelColombesCamilo-°1959/01/08_Escambray.cu

Autant le dire clairement : j’assume et si c’était à refaire dans les conditions de l’époque, je le referais, comme je suis convaincu qu’il faut lutter contre le monde dans lequel nous plongent Trump et son équipe et non l’ignorer.

Résister toujours, mais différemment.

Myriades \ Francis Pisani is a reader-supported publication. To receive new posts and support my work, consider becoming a free or paid subscriber.

Quand la Révolution fait « Pschiitt ! »

En tant que journaliste j’ai beaucoup écrit sur Cuba et sa révolution. Pour Le Monde et plusieurs autres médias. Je l’ai fait aussi honnêtement que possible ce qui ne veut pas dire parfaitement.

Pas totalement objectif. Que celle ou celui qui croit l’être lève la main. Au bout du compte et sur un sujet tabou, je l’ai fait d’une façon presque ordinaire dans la presse française qui a tant de mal à distinguer clairement faits et opinions.

Mais on tolère plus difficilement les entorses à l’impossible objectivité quand elle va contre les idées dominantes. Et nous n’avons pas de mécanismes pour afficher biais et engagements, assumer la transparence; le fameux « disclaimer » anglo-saxon.

Un des moments les plus difficiles pour moi fût, en 1980, au moment où Castro, incapable de contenir ou de satisfaire ses contestataires, leur a ouvert la sortie par le port de Mariel où les cousins de Miami sont venus les chercher.

125.000 en ont profité. Dont un couple que j’ai interrogé au moment où ils montaient sur le bateau libérateur.

— Pourquoi partez-vous ?

— Parce que nous voulons du progrès dans nos vies. Pouvoir acheter des Levi’s ou des Nikes.

Je l’ai raconté.

La révolution, tout d’un coup, a fait « Pschiitt ! ».

Et puis j’ai arrêté en 1992 quand mon fils est sorti. Je n’y suis jamais retourné.

Il s’y rend régulièrement pour organiser des concerts et faire de superbes films montrant la musique du chanteur Pablo Milanés qui l’a élevé, la passion de la jeunesse pour le reggaeton et voir sa mère souffrante. Il me parle de l’horreur de la réalité quotidienne sur l’île. Mais toujours circonscrite à sa maison familiale.

Tant d’années ont passé.

Je travaille, depuis 1993 sur les technologies de l’information (y compris dans leur phase intelligence artificielle) dans lesquelles j’ai vu un autre outil pour améliorer le monde. Une toute autre nébuleuse dont je vous entretiens régulièrement dans Myriades.

Cuba aujourd’hui

Puis Marco Rubio s’en est mêlé. Après le coup, bien porté contre Maduro - qui a aussi rendu manifeste que la sécurité cubaine ne comprenait rien au monde d’aujourd’hui - la pression exercée est telle que les gens bien informés estiment que Cuba n’a plus qu’une vingtaine de jours de pétrole.

OrduresPauvreté-©LucienLung-LeMonde.

Et là dessus je lis le reportage en trois épisodes de Jean-Philippe Rémy et Lucien Lung dans Le Monde. C’est terrifiant.

Non pas que j’y fasse de grandes découvertes. Mais parce que c’est du vrai journalisme. Partial, bien entendu, mais qui rapporte-raconte des situations dont leur public n’a pas la moindre idée alors qu’elles peuvent contribuer à changer leur monde.

Rémy et Lung décrivent l’effondrement d’un système qui n’a plus aucune raison d’être et qui réprime sans la moindre hésitation ceux qui le lui hurlent à grands risques.

Rien à bouffer. Rien à espérer. Il n’y a plus ni santé ni éducation.

Laissez un commentaire.

Outre la répression, le pire pour ceux qui y ont cru, c’est que les enfants de la révolution n’en défendront plus jamais les idéaux, ni même l’idée, en fuiront la perspective si jamais elle se présente à eux. Je les vois mal s’opposer fermement aux injustices, résister.

Mais les vieux qui l’ont faite tiennent le coup.

De quel échec s’agit-il ?

Il est possible que nous assistions à l’effondrement du régime issu de la révolution cubaine dans les quelques jours qui viennent.

Je trouve assez remarquable qu’elle aie pu aller jusqu’à sa totale perte de souffle vital. Une révolution était la seule voie pour libérer l’île de ses contraintes impérialistes. Elle a eu lieu, mais ses dirigeants ont été incapables de satisfaire les besoins du plus grand nombre.

Après avoir brièvement pu faire état d’une situation sociale meilleure que dans les pays voisins ils ont ramené leur pays à une pauvreté extrême sans perspective.

Sans joie. Un comble pour les Cubains.

≈082-CubaRépression_Bloomberg

Qu’ils dégagent ! crie l’Européen que je suis redevenu.

Et d’ajouter, pendant que j’y suis, que s’il reste encore un peu de dignité à ceux qui ont tant de fois crié « Patria o muerte! » ils peuvent au moins mettre un terme à leur propre vie quand ils font de la patrie ce qu’ils en ont fait.

Allende, dans des circonstances autrement honorables, a eu le courage de le faire. Que le Castro qui reste montre l’exemple.

Et puis j’hésite.

Pas pour lui sauver la mise.

Je connais trop cette histoire et celle du sous-continent pour ignorer la profondeur du défi lancé à l’intraitable géant du nord.

Pas celui qui a contribué à nous sauver d’Hitler.

Celui qui étouffe toute volonté d’indépendance dans sa cour intérieure, son « patio ».

D’où ces horribles questions qui émanent de l’échec patent de ceux qui ont essayé : en sont-ils les seuls responsables? Ont-ils eu tort de s’insurger? de se rebeller? de résister? de tenir tête?

Je ne peux pas répondre par la négative.

Surtout depuis que la clique Trump est au pouvoir.

J’entends cet autre voisin des US le canadien Carney qui nous invite à dire « No ! ».

(Biais que je ne sais pas nommer : je ne peux quand même pas les accuser de ne pas avoir réalisé mes rêves de jeunesse à ma place. )

Que reste-t-il alors ?

Leur échec, la répression, le bulldozer floridien, leur droit à l’insurrection dans la cour du géant du nord, la vie qui doit continuer, s’améliorer face à l’incapacité - et même au refus d’évoluer - de ce régime rigide, incapable de se remettre en question et de tolérer qu’on l’en implore.

En très clair : oui pour le droit à se révolter dans le patio des US et partout ailleurs, non au blocage idéologique et générationnel.

Résistance et rébellion doivent toujours être créatives. Au démarrage, pour tenir, puis l’emporter…

Et d’ailleurs, il y a peut-être un autre prisme pour aborder un des futurs possibles de l’île… en partant de la réalité de sa composition démographique et culturelle d’aujourd’hui.

Je vous en dis plus dans les jours qui viennent…

Myriades \ Francis Pisani is a reader-supported publication. To receive new posts and support my work, consider becoming a free or paid subscriber.

PDF

21.01.2026 à 10:57

Groenland? Parce que tel est son bon plaisir! ≈081

Francis Pisani

Trump adore les shows et transforme l’actu en spectacle. Cette apparente légèreté pourrait bien cacher une méthode : la recherche implacable du pouvoir absolu. Ça passe par Versailles…
Texte intégral (2985 mots)

Bonjour et Bienvenue,

Nous nous demandons tous ce que Trump va faire au Groenland.

Ça fait partie de sa méthode. Distraire. D’autant plus efficacement que la menace est réelle.

Mais l’important, comme toujours, semble ailleurs et je vous propose de l’aborder par un détour. Les questions directes étant rarement la bonne façon d’obtenir une réponse utile.

Et si la piste se trouvait du côté de pulsions, de projets monarchiques ?

Image publiée par le très sérieux Globe and Mail canadien

Pas facile à suivre parce que tout se présente à l’envers.

Je dois dire qu’une des gymnastiques intellectuelles les plus difficiles pour moi consiste à voir les néocons (ceux qui, avec Trump, veulent briser le système d’hier) comme des « révolutionnaires » d’aujourd’hui.

J’écris ce texte un 20 janvier, jour anniversaire du retour de Trump au pouvoir, mais le publierai un 21 janvier.

C’est la date de la décapitation de Louis XVI, symbole de la détermination des sans-culottes à ne pas revenir en arrière. Message facilement compréhensible par tous les monarques européens de l’époque.

L’équipe Trump a compris que c’est un geste nécessaire à toute révolution et c’est ce qu’il fait symboliquement - en enlevant un chef d’État (illégitime, mais ça pourrait n’être qu’un début) - et, à l’envers, en s’entourant de symboles royaux. puisqu’il s’agit d’une révolution inversée.

Partager Myriades \ Francis Pisani

Pahlavi, Bourbons et les dorures de Versailles-a-Lago

Commençons par la périphérie. Que se passe-t-il si nous envisageons que les trois faits suivants dessinent un début de tendance (beaucoup plus intéressant, il me semble, que de les classer comme signaux faibles isolés).

  • Nous avons d’une part la tentative de retour du shah d’Iran qui, s’il n’a pas à montrer son pédigrée, a fait preuve de son allégeance au mouvement néocon en participant à plusieurs de leurs réunions (Hudson Institute et Foundation for Defense of Democracies, entre autres).

  • D’autre part, dans la situation caricaturalement inverse, Jordan Bardella, fils d’un prolétaire turinois, qui s’affiche de la façon la plus visible possible avec une princesse descendante d’une branche des rois de France contre laquelle la république s’est constituée, Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Ce roi français de la communication politique, possible président de la république, ne laisse rien au hasard, notamment le fait qu’elle frise les 200.000 followers sur Instagram et qu’elle est milliardaire. Ça peut toujours servir.

  • Et Trump dans tout ça ? Il y travaille aux yeux de tous en agrandissant la Maison Blanche d’une salle de bal sensée rappeler la Galerie des glaces, en mettant de l’or partout à commencer par dans sa résidence de Mar-a-Lago. Bref, en faisant de ses résidences des mini-Versailles de mauvais goût mais susceptibles de fournir un cadre à la hauteur de ses ambitions de pouvoir absolu. Car c’est bien de cela qu’il s’agit et la monarchie en est le meilleur support.

Je crains qu’il ne s’agisse pas que de forme et de dorures.

« Parce que tel est notre bon plaisir »

N’a-t-il pas expliqué récemment au New York Times que son guide dans l’application prudente de la violence qu’il pratique librement est « sa propre moralité ». Ça fait penser à la formule des édits royaux utilisée pour qu’il soit bien clair que le roi, en tant que souverain de droit divin, n’a de comptes à rendre à personne et que sa volonté est la loi suprême. Une des formes courantes étant « Parce que tel est notre bon plaisir… »

Laissez un commentaire.

Ainsi l’offensive, pour le moment verbale, contre le Groenland est une manifestation patente de l’arbitraire d’un monarque qui fait des territoires ce que bon lui semble. Un des exemples les plus clairs se trouve dans les relations de la Louisiane avec nos propres monarques absolus. Louis XIV la cède ou la reprend aux Espagnols suivant son bon plaisir et l’empereur la vend aux Américains.

Ces faits me semblent assez significatifs pour qu’on les qualifie de « faitincellles », mot que j’ai déjà utilisé pour signaler ceux qui peuvent déclencher des enchaînements explosifs.

Je note au passage qu’une partie de l’opposition américaine à la dérive d’extrême droite manifeste sous le slogan « No Kings », en référence à la fondation même des États-Unis contre la couronne britannique.

Du passé tout ça ?

Oui et non.

Idéologue MAGA des plus virulents, Curtis Yarvin pousse à l’établissement d’un modèle dans lequel les entreprises sont dirigés par des CEO travaillant comme des monarques absolus et que l’État doit fonctionner comme une entreprise privée. Sa formule : « CEO Monarchy », la monarchie d’entreprise (et vice versa).

Les premiers pas sont clairs mais ne lui suffisent pas. Proche du vice-président JD Vance, il pousse l’équipe en place à établir un régime de parti unique possédant un pouvoir absolu et fonctionnant avec une discipline militaire. Faute de le faire en 2026, dit-il, Trump aura échoué. Et il est inquiet.

Ne mettons pas la tête dans le sol

Les trois piliers de la sagesse… Photo Républicain-Lorrain.fr...

Si nous ne croyons pas à la monarchie, à sa capacité de séduction aujourd’hui, à sa viabilité, reconnaissons la fascination du pouvoir absolu du « locataire de la maison Blanche » comme disent nos médias. Ne fait-il pas tout pour limiter le système de checks and balances sur lequel repose ce qu’il reste de démocratie américaine?

Je suis de plus en plus convaincu que les midterms ne se dérouleront pas normalement. A ce que j’ai déjà dit s’ajoutent la prise de contrôle accrue de pans entiers du dispositif juridique américain avec les avanies causées à Jerome Powell, le président de la FED, par la ministre de la justice et le fait, entre autres, que les juges d’appel nommés par Trump se prononcent neuf fois sur 10 en sa faveur.

Le bon plaisir des monarques peuvent les conduire à des excès inacceptables, éventuellement sources de révolution (je pense à la Bastille où l’on vous enfermait « parce qu’il plaisait » au roi) mais aussi de ridicule scandaleux comme cette grande dame qui, selon Rousseau, aurait conseillé au peuple de manger des brioches à défaut de pain.

L’association ici va dans le sens de Don 1er écrivant au premier ministre norvégien qu’il a décidé de s’approprier le Groenland parce que l’institut Nobel a refusé de lui donner le prix de la paix. Le ridicule étant qu’il a accepté avec un grand sourire, à défaut du prix, la médaille de María Corina Machado, qui l’a remportée.

Pas sûr qu’il se contente - ou que son entourage le laisse se satisfaire - de dorures et de la puissance que lui confèrent les Delta Force qui ont kidnappé Maduro, les B2 qui ont bombardé l’Iran et d’ICE, son armée-hors-des-forces-armées au budget presque illimité…

Quête du pouvoir absolu ?

Qui s’épuise toujours.

Ouverture à la résistance…

Myriades \ Francis Pisani is a reader-supported publication. To receive new posts and support my work, consider becoming a free or paid subscriber.

PDF
6 / 20
 Persos A à L
Carmine
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
Lionel DRICOT (PLOUM)
EDUC.POP.FR
Marc ENDEWELD
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
Samuel HAYAT
Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Christophe LEBOUCHER
Michel LEPESANT
 
 Persos M à Z
Henri MALER
Christophe MASUTTI
Jean-Luc MÉLENCHON
MONDE DIPLO (Blogs persos)
Richard MONVOISIN
Corinne MOREL-DARLEUX
Timothée PARRIQUE
Thomas PIKETTY
VisionsCarto
Yannis YOULOUNTAS
Michaël ZEMMOUR
LePartisan.info
 
  Numérique
Thomas BEAUFILS
Blog Binaire
Christophe DESCHAMPS
Dans les Algorithmes
Louis DERRAC
Olivier ERTZSCHEID
Olivier EZRATY
Framablog
Fake Tech (C. LEBOUCHER)
Romain LECLAIRE
Tristan NITOT
Francis PISANI
Irénée RÉGNAULD
Nicolas VIVANT
 
  Collectifs
Arguments
Scientifiques en Rebellion
Bondy Blog
Dérivation
Économistes Atterrés
Dissidences
Mr Mondialisation
Palim Psao
Paris-Luttes.info
Rojava Info
X-Alternative
 
  Créatifs / Art / Fiction
Nicole ESTEROLLE
Julien HERVIEUX
Alessandro PIGNOCCHI
Laura VAZQUEZ
XKCD
🌓