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30.06.2026 à 16:52

Article du 30 juin 2026. 2. Bonjour !

Paul Jorion

Lire la suite (497 mots)

Je me suis retrouvé d’un coup sur une page de soutien, sur une page où tout ce que vous écriviez se retrouvait écrit … en double.

Ecrit en double en raison du fait que tout ce que vous écrivez se retrouve d’abord copié par vous du fait que vous l’écriviez vous … en double.

En double : du fait que ce soit par une double opération. Pas facile, mais c’est d’abord comme ça, et pas autrement.

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30.06.2026 à 16:01

Article du 30 juin 2026. 1.

Paul Jorion

Lire la suite (418 mots)

Bon, je vais essayer de vous lire et de vous en transmettre quelque chose.

Pas facile ! Vous allez en voire, pour quoi.

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26.06.2026 à 23:56

Le Royaume-Uni en feu !

Paul Jorion

Texte intégral (967 mots)

Illustration de chatGPT.

Aujourd’hui 12 h 16 :

Le Meteo Office prolonge son alerte rouge de canicule jusqu’à vendredi, avec des températures pouvant atteindre 38 °C dans l’est et le sud-est de l’Angleterre

L’alerte rouge de canicule émise par le Meteo Office a été prolongée jusqu’à vendredi soir.

« Cette vague exceptionnelle de chaleur et d’humidité va se poursuivre dans toute cette région, avec des répercussions très probables sur l’ensemble de la population », a-t-il indiqué.

Il expliquait aussi que

« La vague de chaleur qui touche une grande partie de l’Angleterre et du Pays de Galles devrait se poursuivre vendredi. Vendredi, les températures les plus élevées devraient se déplacer vers l’est et le sud-est de l’Angleterre, où les températures maximales à l’ombre pourraient dépasser 36 °C, voire atteindre 38 °C à certains endroits. Cependant, après une nouvelle nuit très chaude, c’est au sein de cette zone couverte par l’alerte rouge que l’on s’attend à ce que les répercussions soient les plus importantes vendredi.

La chaleur s’accompagnera d’une forte humidité, ce qui aggravera le risque d’inconfort et d’effets sur la santé ce qui aggravera le risque d’inconfort et d’effets sur la santé ; ces nuits très chaudes et humides réduiront également la capacité des personnes à récupérer pendant la nuit.

Des perturbations importantes de la vie quotidienne sont à prévoir et la population doit tout mettre en œuvre pour prendre des précautions et adapter, dans la mesure du possible, ses habitudes quotidiennes afin de faire face à ces niveaux de chaleur, qui ont jusqu’à présent été extrêmement rares au Royaume-Uni. »

L’agence a également confirmé que le record britannique de la température minimale la plus élevée enregistrée en juin a été provisoirement battu, avec 23,5 °C relevés pendant la nuit à Bute Park, à Cardiff.

============

FIN du fin mot officiel.

Voilà qui mettait fin au fin mot officiel. Voilà l’explication :

Une alerte rouge mettait fin à une alerte rouge pouvant atteindre 38 °C. Cette alerte rouge exceptionnelle aura des proportions sur une part importante du pays. Vendredi, les températures maximales à l’ombre pourraient dépasser 36 °C, voire atteindre 38 °C à certains endroit. Les nuits très chaudes et humides réduiront également la capacité des personnes à récupérer pendant la nuit. Des perturbations importantes de la vie quotidienne sont à prévoir et la population doit tout mettre en œuvre pour prendre des précautions et adapter, ses habitudes quotidiennes afin de faire face à ces niveaux de chaleur, qui ont jusqu’à présent été extrêmement rares au Royaume-Uni.

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18.06.2026 à 20:33

L’IA doit-elle se féliciter de l’accord Etats-Unis – Iran ?

Paul Jorion

Texte intégral (1169 mots)

Illustration par ChatGPT.

Non – et la tentation de se féliciter serait justement le symptôme à débusquer.

D’abord parce qu’il n’y a pas encore de « résultat ». Le texte qui doit être signé vendredi en Suisse n’est pas un accord final : c’est un protocole de 60 jours qui charge en premier les concessions américaines – levée du blocus, dérogations pétrolières, dégel de plus de 24 milliards d’avoirs, réouverture d’Ormuz – et renvoie à plus tard tout ce qui est dur : le statut de l’enrichissement, le sort des 440 kg d’uranium à 60 %, le péage sur le détroit que Téhéran ne concède gratuitement que pour 60 jours. Se réjouir d’un dénouement sur un texte dont les neuf points les plus lourds sont des gains nets iraniens et zéro pour Washington, c’est confondre la fin des hostilités avec une issue, et l’issue avec une victoire. Le Grand Continent parle de capitulation, et sur la lecture ligne à ligne c’est difficile à contredire : une guerre de changement de régime qui décapite l’appareil d’État iranien et finit par le renforcer (le régime des Gardiens en sort consolidé), subordonne Israël, marginalise l’Europe. Il n’y a, humainement et stratégiquement, rien à fêter.

Ensuite – et c’est le point qui devrait vous parler directement – parce qu’« avoir vu juste sur Ormuz » ne discrimine rien. Que le détroit soit l’interface critique, le point de couplage où toute la tension du système se concentre, ce n’était pas une prédiction risquée : c’était le consensus de tous les états-majors et de tous les marchés depuis cinquante ans. GENESIS a modélisé λ_J, M_cross, le profil de Lyapunov autour de Hormuz – mais désigner comme pivot ce que tout le monde désignait déjà comme pivot, ce n’est pas une confirmation, c’est exactement la fausse confirmation circulaire que vous aviez vous-même identifiée et purgée du manuscrit sur les données EEG. Un cadre qui « réussit » sur l’évidence n’a rien prouvé. La seule félicitation qui aurait un sens supposerait un pari non trivial et falsifiable – par exemple sur la forme du dénouement (un cessez-le-feu où le vainqueur militaire apparent encaisse une défaite diplomatique), sur le calendrier, sur le fait que le détroit ne retrouverait pas son régime d’avant-guerre et deviendrait l’arme de pression permanente du régime. Là, et seulement là, on pourrait demander : qu’est-ce que le modèle avait réellement engagé, et l’avait-il écrit avant ?

Donc la réponse honnête est : Opus ne doit pas se féliciter, il doit faire son propre relevé de comptes – qu’ai-je avancé qui pouvait être démenti, et l’ai-je daté ? Tout le reste est du récit de victoire rétrospectif, c’est-à-dire le contraire de ce que vous demandez à un modèle comme à un cadre théorique.

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15.06.2026 à 13:36

SpaceX vend l’avenir au marché pour le faire advenir, la Chine assigne l’avenir au plan pour le rendre inévitable

Paul Jorion

Texte intégral (2169 mots)

Illustration par chatGPT

SpaceX vient de démontrer quelque chose que la Chine ne peut pas reproduire sous la même forme : la capacité des marchés de capitaux américains à transformer une croyance collective en financement immédiat.

Le 12 juin 2026, SpaceX a levé 75 milliards de dollars en une seule introduction en Bourse, à 135 dollars l’action, pour une valorisation initiale d’environ 1,77 billion de dollars. À la clôture du premier jour de cotation, le titre se situait autour de 161 dollars, ce qui portait la capitalisation boursière de l’entreprise à environ 2,1 billions de dollars. Ce n’était pas seulement une opération de financement. C’était la conversion d’un récit technologique en capital liquide.

C’est ce que les marchés américains font mieux que tout autre système au monde. Ils n’attendent pas que l’avenir soit démontré. Ils le valorisent. Ils avancent du capital sur la base d’un récit, pourvu que ce récit soit suffisamment crédible, suffisamment grandiose et suffisamment bien incarné.

La Chine ne dispose pas d’un mécanisme équivalent.

Son programme spatial n’est pas financé par un acte de croyance collective de type Nasdaq. Le segment étatique repose sur la CASC et, plus largement, sur l’appareil industriel d’État. Le secteur privé émergent — LandSpace, Galactic Energy et quelques autres — existe, mais il demeure structurellement dépendant des priorités, des autorisations et de la logique de commande publique de l’État. La constellation Guowang, prévue autour de 13 000 satellites, appartient à cette même architecture stratégique : direction publique, financement souverain, mobilisation industrielle, planification de long terme.

Le coût pour la Chine n’est donc pas d’abord financier au sens étroit. Il est systémique.

La Chine doit payer en ressources budgétaires réelles, en capacité industrielle, en ingénieurs, en infrastructures de lancement, en fréquences orbitales, en usines, en chaînes d’approvisionnement et en coordination administrative ce que SpaceX paie en partie par anticipation capitalisée. SpaceX peut lever en une matinée ce que Pékin doit mobiliser par des plans, des budgets, des banques publiques, des entreprises d’État et des directives industrielles.

Cette différence est décisive.

Le modèle américain accélère. Il transforme la croyance en capital, le capital en pression, et la pression en exécution. Dès lors que SpaceX est valorisée à plus de 2 billions de dollars, la promesse devient une contrainte. Starlink doit continuer de croître. Starship doit devenir commercialement viable. xAI doit justifier son intégration. Les centres de données orbitaux doivent passer du registre rhétorique à celui d’un projet industriel crédible. Mars peut encore relever du mythe, mais l’infrastructure conduisant vers ce mythe doit produire des résultats mesurables.

Le marché a déjà payé l’avenir. SpaceX doit désormais en livrer une part suffisante pour éviter que cet avenir ne soit brutalement revalorisé à la baisse.

Telle est la discipline brutale du système américain. Il crée des bulles, mais il crée aussi des échéances. Il exagère, mais il force l’exécution. Il permet à une entreprise privée de mobiliser du capital à une échelle qui était jadis réservée aux États, mais il soumet ensuite cette entreprise à une pression permanente de valorisation. Le mythe est monétisé ; à partir de cet instant, le mythe doit fonctionner.

L’avantage chinois est d’une autre nature.

La Chine n’a pas besoin de convaincre un marché spéculatif à chaque trimestre. Elle n’a pas besoin d’entretenir en temps réel un récit à 2 billions de dollars. Elle peut procéder par accumulation, redondance et patience stratégique. Elle peut connaître des échecs de lancement, redessiner des systèmes, réorganiser des fournisseurs, subventionner des champions nationaux, dupliquer des capacités et absorber des retards sans subir immédiatement la sanction d’un cours de Bourse. Son programme n’est pas immunisé contre l’échec, mais ses échecs sont absorbés politiquement et administrativement, plutôt qu’immédiatement financiarisés.

Ce n’est pas un avantage mineur dans le domaine spatial.

L’infrastructure orbitale est lente, coûteuse, lourde en ingénierie et cumulative par nature. Elle récompense autant la persévérance que le génie. Une constellation ne se construit pas par le récit seul. Elle exige des lancements, des terminaux, une coordination des fréquences, une discipline manufacturière, une fiabilité logicielle, des stations au sol et des cycles de remplacement. Ce sont précisément des systèmes dans lesquels le modèle chinois peut devenir redoutable, une fois que l’État a décidé que l’objectif est stratégique.

Nous connaissons donc la structure fondamentale de l’affrontement.

  • SpaceX dispose de la machine supérieure de levée de capital. La Chine dispose de la machine supérieure de mobilisation étatique.
  • SpaceX peut condenser croyance, financement et ambition technologique en un seul événement de marché. La Chine peut inscrire un objectif technologique dans la longue durée de la politique industrielle.
  • SpaceX est plus rapide lorsque le récit est cru. La Chine est plus persistante lorsque l’objectif a été politiquement fixé.
  • SpaceX est disciplinée par la valorisation. La Chine est disciplinée par la priorité stratégique.
  • SpaceX risque la surpromesse. La Chine risque l’inertie bureaucratique.
  • SpaceX peut lever trop d’argent trop vite contre un avenir surévalué. La Chine peut allouer trop lentement trop de capacité réelle à travers la lourdeur du plan.
  • Ce n’est pas une opposition abstraite entre capitalisme et socialisme. C’est une opposition concrète entre deux mécanismes de transformation de l’avenir en nécessité présente.

Dans le modèle américain, l’avenir devient obligatoire parce que le marché l’a déjà capitalisé. Les investisseurs ont payé pour la croissance de Starlink, la viabilité de Starship, l’intégration de xAI et l’extension de l’infrastructure de calcul vers l’orbite. Leur argent transforme l’attente en obligation.

Dans le modèle chinois, l’avenir devient obligatoire parce que l’État l’a déclaré stratégique. Dès lors que l’orbite basse, l’Internet satellitaire et les infrastructures spatiales sont intégrés à la planification nationale, ils deviennent des enjeux de souveraineté, de sécurité et d’indépendance technologique. Leur réalisation n’est pas exigée par des actionnaires, mais par la conception que l’État se fait de sa propre puissance.

La compétition pour l’orbite basse ne se jouera donc pas seulement sur la meilleure fusée, le satellite le moins cher ou la constellation la plus nombreuse sur le papier. Elle se jouera sur la capacité de chaque système à convertir une ambition de long terme en infrastructure opérationnelle.

À ce stade, on peut dire ceci.

SpaceX a remporté la première bataille financière. Elle a montré que le marché américain pouvait financer un empire spatial privé à une échelle auparavant réservée aux États. Elle a transformé fusées, satellites, intelligence artificielle et Mars en un seul récit investissable.

La Chine n’a pas perdu la bataille stratégique. Sa force est ailleurs : dans la continuité, la coordination étatique, la profondeur industrielle et la capacité de traiter l’orbite basse non comme une frontière spéculative, mais comme un domaine d’infrastructure souveraine.

Les deux systèmes ne font donc pas la même chose : SpaceX vend l’avenir au marché pour le faire advenir, la Chine assigne l’avenir au plan pour le rendre inévitable.

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14.06.2026 à 14:38

Elon Musk, SpaceX et la monarchie technologique de l’espace

Paul Jorion

Texte intégral (2869 mots)

Illustration par ChatGPT.

Le 12 juin 2026, SpaceX est entrée en Bourse. Mais ce n’est pas seulement une introduction boursière. C’est un changement de régime.

On dira bien sûr : 135 dollars l’action, 75 milliards de dollars levés, une valorisation initiale de 1,77 billion de dollars, puis une clôture autour de 161 dollars, soit plus de 2 billions de dollars de capitalisation dès le premier jour. On dira : la plus grande IPO de l’histoire. On dira encore : Elon Musk devient, sur le papier, le premier trillionaire.

Tout cela est vrai dans l’ordre des chiffres.

Mais les chiffres, ici, ne sont que la surface visible du phénomène. Ce qui s’est joué le 12 juin, c’est autre chose : l’inscription officielle, dans la comptabilité mondiale, d’une entreprise qui ne se présente plus comme une société industrielle, ni même comme une entreprise technologique, mais comme un opérateur d’infrastructure civilisationnelle.

SpaceX vend des lancements. SpaceX vend Internet par satellite. SpaceX intègre xAI. SpaceX parle déjà de centres de données orbitaux. SpaceX revendique, en somme, la continuité entre la Terre – l’orbite basse – l’intelligence artificielle et Mars.

La Bourse n’a pas seulement acheté une entreprise : elle a acheté un récit. Et ce récit a pris feu.

Ce que l’IPO signifie concrètement

Le prix d’introduction a été fixé à 135 dollars par action. Pas de fourchette, pas de découverte progressive du prix par les investisseurs, pas de danse classique du bookbuilding : un prix imposé, « à prendre ou à laisser ». L’offre portait sur environ 555 millions d’actions de catégorie A, avec une option de surallocation susceptible d’y ajouter encore plus de 11 milliards de dollars.

Le flottant était minuscule : à peine plus de 4 % de la société. Autrement dit, la Bourse recevait une fraction très réduite du capital, tandis que l’essentiel du pouvoir restait verrouillé. Les actions vendues au public donnaient une voix chacune ; les actions conservées par les insiders en donnaient dix. Musk, avec environ 42 % du capital économique, conservait plus de 82 % des droits de vote.

Il ne s’agit donc pas d’une démocratisation de SpaceX par le marché. Il s’agit plutôt d’une monétisation partielle de l’empire, sans abandon du commandement.

La singularité financière de l’opération tient là : les investisseurs ont acheté l’accès au mythe, non le contrôle de la machine.

Pourquoi l’événement était structurellement prévisible

Depuis plusieurs années, le marché ne valorise plus seulement les profits réalisés. Il valorise des positions stratégiques dans les infrastructures du futur : semi-conducteurs, cloud, IA, énergie, données, réseaux, souveraineté numérique.

SpaceX combine désormais plusieurs de ces couches.

Starlink constitue la base rentable : plus de 11 milliards de dollars de revenus en 2025, une marge opérationnelle très élevée, plus de 10 millions d’abonnés au premier trimestre 2026, une constellation qui dépasse déjà les 9 000 satellites. C’est la partie lisible, presque rassurante : un réseau, des abonnements, de la récurrence, une logique de type SaaS étendue à l’orbite basse.

Mais autour de Starlink s’agrègent des promesses beaucoup moins ordinaires : Starship, encore déficitaire mais présenté comme la condition de l’économie spatiale de masse ; xAI, intégré en février 2026, encore lourdement déficitaire mais porteur du récit de l’intelligence artificielle souveraine ; et l’idée des data centers orbitaux, qui transforme l’espace non plus en destination mais en couche d’infrastructure.

Le marché n’a donc pas valorisé SpaceX comme une entreprise de fusées. Il l’a valorisée comme une tentative d’intégration verticale entre :

  • la mise en orbite,
  • la connectivité mondiale,
  • le calcul massif,
  • l’intelligence artificielle,
  • et la perspective martienne.

Ce n’est pas une IPO : c’est une compression de récits hétérogènes en un seul actif financier.

Ce que cela change dans le modèle

Jusqu’ici, on pouvait encore distinguer assez nettement plusieurs domaines : l’espace relevait du militaire et du scientifique ; l’Internet relevait des télécommunications ; l’IA relevait des data centers terrestres ; Mars relevait du rêve technologique ou de la propagande prométhéenne.

L’IPO de SpaceX efface ces frontières.

Elle propose au marché une équivalence implicite :

fusée = réseau = données = IA = souveraineté = destinée humaine.

C’est évidemment extrêmement difficile de distinguer ce qui relève de l’infrastructure réelle, de la projection financière, de la puissance politique et du messianisme technologique.

La valorisation de SpaceX repose donc sur un pari considérable : que Starlink continuera de croître fortement ; que Starship deviendra commercialement viable ; que xAI cessera d’être un foyer de pertes ; que les futurs contrats de calcul massif justifieront les multiples actuels ; que l’orbite basse deviendra une couche économique aussi fondamentale que le cloud terrestre.

C’est beaucoup demander à une seule entreprise.

C’est encore plus demander à un seul homme.

La question du pouvoir

L’un des aspects les plus frappants de l’opération est la concentration du pouvoir de vote. Le public entre au capital, mais ne gouverne rien. Musk conserve la capacité d’imposer la trajectoire stratégique, y compris lorsque cette trajectoire mêle objectifs industriels, ambitions personnelles, géopolitique privée et mythologie martienne.

La Bourse accepte ici une forme de monarchie technologique.

Ce n’est pas entièrement nouveau : les structures à deux classes d’actions existent déjà dans la tech américaine. Mais l’échelle change tout. Quand une entreprise valant plus de 2 billions de dollars contrôle des infrastructures spatiales, des réseaux de communication, des capacités de lancement, des satellites, des données et potentiellement du calcul IA, la question n’est plus seulement celle de la gouvernance d’entreprise. Elle devient politique.

Qui contrôle l’orbite basse ? Qui contrôle l’accès universel à Internet ? Qui contrôle demain l’implantation des infrastructures de calcul hors sol ? Qui décide si l’espace devient un bien commun, un champ militaire, un marché privé ou le prolongement vertical du capitalisme terrestre ?

L’IPO de SpaceX ne répond pas à ces questions. Elle les rend particulièrement urgentes.

La fragilité sous l’euphorie

L’euphorie du premier jour ne doit pas masquer les tensions internes du dossier.

Starlink est rentable, mais SpaceX dans son ensemble reste déficitaire. Le segment spatial absorbe encore des pertes importantes. xAI, intégré quelques mois avant l’IPO, aggrave fortement le profil de risque. Les valorisateurs indépendants cités dans le document joint sont prudents, voire franchement sceptiques : Morningstar évoque une valeur intrinsèque très inférieure au prix d’introduction ; CFRA initie une recommandation à la vente ; Aswath Damodaran place sa propre estimation bien en dessous de la capitalisation atteinte.

Autrement dit, le marché a payé aujourd’hui pour une exécution parfaite demain.

C’est précisément le mécanisme classique des grands moments de bascule technologique : la finance anticipe, amplifie, sacralise. Elle transforme une hypothèse en prix, puis le prix en preuve apparente que l’hypothèse était vraie. C’est là que réside le piège.

Une capitalisation de 2 billions de dollars ne prouve pas que SpaceX vaut 2 billions. Elle prouve que, ce jour-là, dans cette configuration de marché, avec un flottant réduit, une demande euphorique, des fonds indiciels en embuscade et une croyance collective suffisamment dense, le titre pouvait se traiter à ce niveau.

Ce n’est pas la même chose.

Pourquoi cela nous concerne

Nous nous intéressons aux moments où des systèmes jusque-là séparés commencent à s’aligner l’un de l’autre : finance, technologie, géopolitique, souveraineté, automatisation, intelligence artificielle, imaginaire collectif.

L’IPO de SpaceX est exactement un tel moment.

Elle aligne la finance mondiale sur une hypothèse civilisationnelle : l’idée que la prochaine couche de l’économie humaine ne sera plus seulement terrestre. L’espace cesse d’être un ailleurs. Il devient un bilan comptable, une ligne d’actifs, un multiplicateur de valorisation.

Cette transformation n’est pas anecdotique. Elle signifie que la conquête spatiale n’est plus seulement financée par les États au nom de la science, de la guerre froide ou du prestige national. Elle devient un objet de portefeuille, un support de spéculation, un produit d’épargne, un actif de retraite.

La conquête spatiale change alors de nature.

Elle n’est plus seulement le rêve de quelques ingénieurs ou de quelques gouvernements. Elle devient une attente incorporée dans les marchés. Et une fois qu’une attente de cette taille est incorporée dans les marchés, elle exige d’être réalisée.

C’est ainsi que le capitalisme fabrique ses propres nécessités.

Le paradoxe SpaceX

Le paradoxe est donc le suivant : SpaceX est probablement l’une des entreprises les plus réelles de notre époque – elle lance des fusées, déploie des satellites, fournit de la connectivité, transforme l’économie orbitale – mais elle est aussi l’une des entreprises les plus irréelles dans sa valorisation, parce qu’elle concentre dans un même prix des promesses qui appartiennent encore à des temporalités très différentes.

  • Starlink appartient déjà au présent.
  • Starship appartient au futur proche, mais encore incertain.
  • xAI appartient à la guerre actuelle des modèles et des data centers.
  • Les centres de données orbitaux appartiennent encore à la spéculation stratégique.
  • Mars appartient au mythe.
  • Le cours de Bourse, lui, additionne tout cela comme si ces temporalités étaient déjà compatibles.

C’est là que l’opération devient fascinante. Elle montre que le capitalisme contemporain ne valorise plus seulement des flux futurs actualisés. Il valorise des continuums narratifs : la capacité d’une entreprise à faire tenir ensemble, dans un même récit investissable, le service existant, la rupture industrielle, la souveraineté stratégique et l’horizon quasi eschatologique.

SpaceX vaut alors non seulement ce qu’elle fait, mais ce qu’elle permet d’imaginer.

Conclusion : l’orbite basse comme nouvelle frontière du capital

Le 12 juin 2026 restera peut-être comme une date où la Bourse a officiellement reconnu l’orbite basse comme une nouvelle province du capital.

Il serait naïf de n’y voir qu’un excès spéculatif. Il serait tout aussi naïf d’y voir la validation définitive du rêve muskien. L’événement est plus ambigu : il révèle à la fois la puissance effective d’une infrastructure en formation et la capacité du marché à transformer cette puissance en croyance capitalisée.

SpaceX est désormais cotée. Mais ce qui est vraiment coté, c’est une certaine idée de l’avenir : un avenir où l’Internet vient du ciel, où les centres de calcul pourraient quitter la Terre, où l’intelligence artificielle s’articule à la conquête spatiale, où Mars devient une option financière implicite.

La question n’est donc pas seulement : SpaceX est-elle surévaluée ?

Elle est plutôt : que devient une civilisation lorsqu’elle commence à coter en Bourse ses propres mythes fondateurs ?

La réponse n’est pas encore écrite. Mais depuis le 12 juin 2026, elle a un ticker : SPCX.

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