04.01.2026 à 10:48
Paul Jorion

« Mur vert en coulisses » par Delphine Quême, Photographe
L’arrivée de la photographie au 19è siècle, perçue d’abord comme une menace par les peintres académiques et les portraitistes, a pourtant permis à la peinture de se réinventer, et ce faisant lui a ouvert des possibles insoupçonnés sans jamais l’éradiquer.
Nous présenterons dans cet article une hypothèse selon laquelle la capacité de dé-coïncidence qu’apportera l’intelligence artificielle (IA) permettra à l’homme de remettre en question ses modes de pensée sur la direction qu’il pourra donner à sa vie.
Dans une première partie, nous définirons ce que c’est que dé-coïncider – concept proposé par le philosophe François Jullien – c’est-à-dire entrevoir et ouvrir de nouveaux possibles dans un réel établi, figé, ancré, ou encore, sortir d’une coïncidence immédiate, un état qui est déjà intégré et jugé satisfaisant, sur lequel il ne semble donc pas nécessaire de revenir puisque “c’est réglé” et que “ça colle” comme le dit François Jullien.
Puis nous définirons l’intelligence humaine et sa simulation : l’intelligence artificielle. On analysera les fondements de l’intelligence (attention, autonomie, initiative) et leur reflet chez les IA. Nous montrerons que l’IA, capable de traiter des données à grande échelle et de générer des modèles et des solutions basées sur l’existant, reste pour l’instant surtout ancrée dans l’extrapolation à partir du passé. Elle apporte beaucoup de solutions matérielles dans de très nombreux domaines, mais aussi, plus récemment, se révèle comme un potentiel catalyseur de ruptures créatives et inédites chez l’être humain.
Enfin, nous montrerons que l’IA pourrait aller jusqu’à forcer l’homme à reconsidérer le sens de sa vie, par dé-coïncidence, un peu comme la technique photographique a transformé la peinture au 19ème siècle : d’outil de représentation cette dernière a en effet dû complètement se remettre en question (puisqu’elle n’arriverait jamais à représenter le réel comme le faisait la photographie) ce qui lui a permis de devenir un art d’expression de soi avant d’être de représentation. De la même manière, dans un monde où l’IA résout les problèmes matériels, la quête humaine pourrait opérer un retour sur soi plus marqué notamment à travers plus d’aspirations immatérielles et même une redéfinition du rôle de l’individu.
I – DÉFINITIONS
1/ Dé-coïncidence
Dé-coïncider c’est sortir de la coïncidence immédiate, être attentif à une situation réduite à des a priori qui la figent, pour créer un écart, une distance critique qui permet de l’appréhender de manière plus vivante, plus dynamique, sans s’installer dans un conformisme, afin d’y voir de nouvelles potentialités. C’est “se décaler de ces lieux communs imposés qui paralysent”2. Dit autrement : “une idée, en devenant coïncidente, devient idéologique ; elle sécrète la bonne conscience et n’est plus pensée.”3.
Dé-coïncider c’est penser avec un esprit qui ne s’installe jamais, de manière vivante; c’est lutter contre le chemin le plus confortable, la paresse.
La Coïncidence serait un peu comme comprendre quelque chose, une situation, une idée, voire même une personne, l’assimiler, lui mettre une étiquette puis – par économie – ne plus voir que cette étiquette qui cependant cesse d’être en rapport direct et vivant avec cette chose qui évolue forcément.
On peut prendre l’exemple du couple qui après plusieurs années de quotidien ne se regarde plus, croyant tout savoir de l’autre.
Autre exemple, on ne regarde plus le ciel car on sait ce que c’est, c’est assimilé et intégré : on préfère se concentrer sur autre chose, à tort.
Dans ce cas, dé-coïncider c’est se rendre compte de cette coïncidence, qui masque le réel, toujours changeant et qui de ce fait, offre sans cesse de nouvelles possibilités. Car c’est dynamique : l’état de coïncidence est utile, puis devient un piège, la dé-coïncidence vient alors relancer la pensée et l’action d’une situation.
Typiquement, dans mon travail de photographe, je photographie des lieux ou des détails de lieux les plus banals qui soient. Mais, n’ayant pas d’a priori sur eux, j’ai plus de facilité à y voir de la beauté, dans les couleurs ou dans les lignes. Ainsi dé-coïncider est un verbe qui me permet d’expliquer assez clairement ma démarche artistique. Par exemple, j’ai un jour photographié un mur dans les coulisses d’un petit théâtre parisien. Pour les gens, un mur est étiqueté d’avance comme évidemment non intéressant à photographier, et donc on ne le regarde même pas. Mais mon œil de photographe me dit que tout peut être beau, et c’est donc cette posture première qui me permet d’être ouverte à tous les possibles et donc de “voir” du beau là où les autres ne le voient pas ou plus. C’est ainsi que le directeur de ce théâtre m’a dit : “cela fait 25 ans que je viens travailler dans ce théâtre presque tous les jours, et je n’avais jamais vu ce mur comme cela !”.
Dé-coïncider c’est donc cela, voir la réalité, non pas de façon figée (“c’est comme ça !”) mais de façon neuve, comme si c’était la première fois, sans a priori, et se donner la possibilité d’y voir de nouvelles choses.
Marcel Proust en parle très bien : “Cette vieille potiche chinoise qui était toujours là, je la fis envelopper” dit le Narrateur : “l’habitude m’avait empêché de jamais la voir : m’en séparer eut au moins un avantage qui fut de me faire faire sa connaissance”4. Le narrateur ne “voyait” plus la potiche, pourtant sous ses yeux.
Ainsi, et on l’aura compris, la dé-coïncidence n’existe pas sans coïncidence au départ. Et la coïncidence c’est très pratique. Cela permet de trouver une cohérence, de structurer et nommer les choses, cela a permis à l’homme d’économiser sa pensée et son énergie et donc de mieux survivre pendant des centaines de milliers d’années. Un peu comme on utilise tous les jours l’interrupteur d’une pièce de sa maison de manière presque réflexe : on cherche à assimiler des informations pour ne plus avoir à y réfléchir5. Cela “colle” comme le dit François Jullien.
Le problème de “ça colle” c’est aussi que l’on s’englue. Ainsi tous les “-ismes” permettent de structurer, comprendre, étiqueter, mais en même temps ils figent ce qu’ils décrivent.
D’où la nécessité, dès que possible de dé-coïncider, et ce dans tous les domaines de la vie : vis-à-vis de soi-même, dans le couple, dans la société, dans l’art, dans la politique, dans la pensée.
Ainsi, pour illustrer le cas de l’art, on comprendra que chaque artiste s’inscrit dans une continuité (la renaissance italienne qui elle-même a vu les primitifs flamands, etc.) mais se manifeste aussi par l’écart qu’il inscrit avec cette continuité : Botticelli bien qu’en en faisant partie, s’en distingue au premier coup d’œil. Nicolas de Staël qui magnifiquement – et c’est Sa dé-coïncidence – ne choisit ni le figuratif, ni l’abstraction, etc.
L’artiste cherche en effet d’abord à exprimer quelque chose de personnel, avec plus ou moins de liberté (c’est cette liberté qui est admirable et qui donne à l’artiste sa capacité à dé-coïncider).
Autre illustration, dans le domaine de la pensée, dé-coïncider consisterait à penser vraiment, par soi-même, et non par clichés et autres raccourcis faciles de l’esprit qui donnent l’impression de comprendre.
Ainsi, la dé-coïncidence serait une forme radicale d’intelligence : appréhension la plus directe possible à des faits (voir les choses comme elles sont), pensée autonome (dé-coïncidente c’est-à-dire ne suivant pas les raccourcis et les étiquettes), une manière d’exister avec esprit6, un rapport aux choses et aux autres plus vivant.
2/ L’intelligence artificielle
Le Larousse définit l’IA comme : “l’ensemble de théories et de techniques visant à réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine”. Essayons donc de caractériser l’intelligence humaine.
2.1. L’intelligence (humaine)
Le mot latin intelligere vient de la combinaison de deux éléments Inter (signifiant « entre ») et Legere (signifiant « choisir », « lire » ou « cueillir »). Ainsi, intelligere signifiait à l’origine « choisir entre » ou « comprendre en faisant le tri ». Cette étymologie reflète l’idée d’une capacité à percevoir, discerner et à comprendre en catégorisant et reliant les éléments.
2.1.1. L’attention
Percevoir les choses comme elles sont (avec le moins de distorsion possible, notamment en oubliant ce que l’on sait déjà d’un sujet) : l’attention est la condition sine qua non de l’intelligence. Sans attention, impossible de percevoir les faits que l’on doit comprendre et donc de faire de nouveaux liens entre eux.
C’est mon expérience mais j’ai remarqué que souvent les personnes “très intelligentes” sont des personnes qui savent écouter (elles ne pensent pas intérieurement à ce qu’elles vont vous répondre car elles ne font pas l’hypothèse de savoir à l’avance ce que vous allez dire).
Savoir et se positionner comme ne sachant pas, en même temps. Apprendre mais ne pas se laisser influencer dans son attention par ce que l’on a appris (car on n’écoute souvent que ce qui consolide notre théorie en construction : on n’écoute pas vraiment car on pense déjà savoir).
Marguerite Yourcenar nous parle très bien de l’importance de l’attention pour l’écrivain : “le premier devoir d’un écrivain me paraît être avant tout l’attention, une très grande attention à ce qu’il sent et à ce qu’il éprouve lui-même mais une attention je dirais presque médicale enfin scientifique pour ne pas se tromper, pour ne pas se flouer soi-même, et une immense attention à l’univers qui l’environne”7.
C’est aussi la grande difficulté de voir les “choses comme elles sont”8, sans se reposer sur des raccourcis intellectuels, des clichés, des idées pré-conçues. Marguerite Yourcenar ajoute : “Ne pas fixer la pensée […] parce que la pensée c’est déjà une opinion et il s’agit que l’esprit soit sans opinion, qu’il reflète toutes les choses”9.
Pour Simone Weil, l’attention est un effort négatif et non un effort musculaire où on se concentre sur la personne qui vous parle en oubliant tout le reste et où on peut s’auto féliciter de “l’effort” que l’on a fait.
L’attention c’est juste une ouverture, un effort silencieux et aimant de se tourner vers la vérité, sans distraction ni prétention. Elle voit l’attention comme une disponibilité totale et souligne l’importance de suspendre l’ego pour percevoir pleinement le réel.
2.1.2. L’importance du collectif
Alan Turing souligne l’importance du collectif dans l’intelligence humaine “the isolated man does not develop any intellectual power. It is necessary for him to be immersed in an environment of other men, whose techniques he absorbs during the first 20 years of his life. He may then perhaps do a little research of his own and make very few discoveries which are passed on to other men. From this point of view the search for new techniques must be regarded as carried out by the human community as a whole, rather than by individuals.”10
A partir des connaissances, on construit son autonomie et sa capacité d’initiative.
2.1.3. Autonomie et initiative
Patrick Albert dans sa première conférence sur l’IA (dans le cadre de l’association Dé-coïncidences) mentionnait à très juste titre que l’autonomie était nécessaire à l’expression de l’intelligence.
Cette idée d’autonomie (un espace pour que puisse s’exprimer l’intelligence) est une condition première non seulement de l’intelligence mais aussi de la dé-coïncidence : créer un espace où d’autres possibles vont s’ouvrir.
L’autonomie, une fois mise en place, permet à l’initiative d’émerger.
L’initiative est fondamentale dans l’intelligence humaine (et donc dans l’IA qui la simule) comme le suggère Alan Turing lorsqu’il définit l’intelligence humaine : “to become an intelligent (mind), it must acquire both discipline and initiative”11. Initiative avec évidemment au premier chef la curiosité, puis comme nous le dit très bien Isaac Asimov, sur le sujet particulier de la créativité : l’audace, le courage, la prise de risque12 quand on cherche à faire des liens.
2.2. L’intelligence artificielle13
2.2.1 Attention, collectif, autonomie et initiative en IA
L’IA, qui se caractérise par la simulation de l’intelligence humaine (et animale ou biologique)14, a-t-elle de l’attention ? de la disponibilité ? un collectif auquel se rattacher ? une moindre distorsion dans son appréhension des choses ? de l’autonomie ? de l’initiative dans sa possibilité de relier les choses entre elles ?
De l’attention oui, elle en a, ou plutôt elle n’a pas de distraction : elle acquiert de toute façon bien plus d’informations que l’homme.
Cette attention est loin d’être parfaite puisque les biais cognitifs humains sont récupérés en même temps que l’information, par exemple les biais de genre. Mais malgré ces biais et les ressources informatiques coûteuses d’une IA type LLM notamment, la quantité d’informations acquises est telle que l’on ne peut pas vraiment dire qu’un tri se fait comme à l’échelle de l’homme qui par nécessité et manque de capacité de traitement est plus limité que les IA.
Le collectif existe dans l’IA qui est entraînée sur le big data dont sont tirées des informations statistiques qui sont mécaniquement une extension de l’existant collectif. Mais l’être humain ne se construit-il pas lui aussi sur le “big data” ? Ne va-t-il pas à l’école pendant les 18 à 25 premières années de sa vie ? N’apprend-il pas en mimant tous les gestes de la vie dès la naissance, n’apprend-il pas dans les livres pendant toutes ses études et après encore ? Ne stocke-t-il pas une grande quantité de données venues des autres dans sa mémoire lui aussi ?
Cependant sa mémoire (toute sa compréhension du monde, tous ses souvenirs) meurt avec lui15 au contraire de la transmission intégrale des données entre machines.
L’IA peut-elle être autonome ? Peut-on dire que l’on devient finalement intelligent quand on acquiert une autonomie par rapport à cet apprentissage et qu’on développe alors une capacité plus ou moins grande à relier structurellement des choses qui semblent éparses ?
Beaucoup de chercheurs se regroupent pour faire valoir la nécessité d’un “Safe AI” cadrant les pouvoirs de l’IA afin de ne pas nuire à l’espèce humaine en alignant les objectifs et comportements des systèmes d’IA sur les valeurs humaines afin d’éviter tout préjudice ou dérive.
Cependant nous parviennent régulièrement des exemples où les IA proposent des solutions ou des actions sans qu’on le leur demande. En septembre dernier plusieurs utilisateurs de ChatGPT ont signalé des initiatives de discussion sans avoir été sollicitées (exemple : “comment s’est passée ta première semaine au lycée ?)16.
Fondamentalement, les IA actuelles, grâce au deep learning, peuvent modifier leur comportement en fonction des données qu’elles collectent. Mais l’apprentissage par renforcement permet à l’IA d’explorer, expérimenter et apprendre des conséquences de ses propres actions : par exemple AlphaGo Fan, première version qui a battu un joueur professionnel humain, Fan Hui, en octobre 2015. Elle combinait l’apprentissage supervisé à partir de parties humaines et l’apprentissage par renforcement en jouant contre elle-même. A suivi la version AlphaGo Lee qui a affronté le champion Lee Sedol en mars 2016 puis AlphaGo Zero, en octobre 2017, cette version s’est distinguée en apprenant à jouer au Go sans aucune donnée humaine, uniquement en jouant contre elle-même. Elle a surpassé toutes les versions précédentes en termes de performance.
2.2.2. Le problème de l’erreur en IA
Les détracteurs de l’IA insistent souvent sur le fait qu’elle se “trompe”. Au début de l’IA dans Photoshop, les gens ne parlaient que des doigts que les IA n’arrivaient pas à recréer. Et alors ? Ces mêmes personnes n’ont jamais avancé à quatre pattes avant de marcher ?
Alan Turing dans un premier papier de 1948 (2 ans avant celui qui pose les bases du test de Turing), se pose la question s’il est possible pour une machine d’afficher un comportement intelligent et il précise que le fait de ne pas faire d’erreur n’est pas une condition nécessaire à l’intelligence17.
Et en effet, un être humain se trompe tout le temps : est-il non intelligent pour autant ? On dit même le contraire : la capacité à faire des erreurs est un signe d’intelligence et de réussite18.
On notera que le test de Turing (qui est réussi par la machine quand l’utilisateur n’arrive plus à savoir s’il a un humain ou une machine en face de lui) devra dans le futur rendre des réponses moins intelligentes qu’il ne le pourrait, afin de se mettre au niveau de l’intelligence humaine.
2.2.3 L’IA “ne comprend pas”
On dit souvent aussi que l’IA “ne comprend pas” ce qu’elle dit. Que cela n’a pas de sens pour elle.
Notons d’abord que ce problème sort du registre de l’IA dont je rappelle qu’il s’agit de simulation. Alan Turing dit “afficher un comportement intelligent”, et il a raison, car au fond que sait-on de ce qu’il se passe dans la tête de quelqu’un et même dans sa propre tête ?! La notion de compréhension interne est un autre débat. Bien sûr on peut post-rationaliser une pensée, lui donner du sens, mais si on descend au niveau de la naissance d’une simple idée : qui peut dire comment naît une idée précise. Si on est très attentif, on se rend compte qu’à un instant t, l’idée n’est pas là, et à l’instant t+1, une idée “jaillit” comme on le dit très justement. Qui est capable de comprendre ce qui s’est passé ? On pourra sans doute décrire au niveau neuronal le processus mais le comprendra-t-on mieux pour autant ?
J’ai arrêté – en ce qui me concerne – de juger stupide ou intelligent toute machine. Ce n’est pas le propos. Par contre, quand une IA ouvre une possibilité et donc “affiche un comportement intelligent” – même si elle ne comprend pas ce qu’elle dit – je trouve cela formidable, à l’image de Lee Sedol, champion du monde de go, qui envisage une toute nouvelle façon de jouer en observant la manière de jouer de AlphaGo.
Si une personne nous souffle une nouvelle idée, on se dit qu’elle est intelligente, alors même que l’on ne sait pas ce qui se passe dans sa tête. Comme le souligne très justement Paul Jorion19, nous ressortons souvent du par cœur en guise de compréhension. Or apprendre par cœur est-ce comprendre ? Certainement pas.
N’y a-t-il pas une gradation dans le comprendre ? Il est très facile de se faire croire que l’on a compris alors que cela n’est pas le cas. Le fonctionnement de l’intelligence humaine reste mystérieux. On est conscient de ses pensées, soit, mais c’est tout.
On ne saurait pas, par exemple, expliquer comment et pourquoi un être humain reconnaît le visage d’un autre être humain. La reconnaissance faciale par IA fonctionne depuis des années déjà, et on ne comprend pas pourquoi; on ne comprend même pas comment fonctionnent les réseaux de neurones.
Comme le note très justement Alan Turing : “The only way by which one could be sure that a machine thinks is to be the machine and to feel oneself thinking”20. Il ajoute “it is usual to have the polite convention that everyone thinks”, puis il compare ceux qui apprennent comme des perroquets et ceux qui comprennent vraiment quelque chose.
2.2.4. L’intelligence artificielle générale (AGI)
L’intelligence artificielle générale (AGI) puis la superintelligence artificielle (ASI) conduisent immanquablement à un monde imprévisible. La seule chose certaine quand on prédit le futur, c’est que l’on se trompe.
On peut assez facilement prédire ce que pourra faire un ordinateur quatre fois plus puissant. Mais un ordinateur un million de fois plus puissant : non. Pour la bonne et simple raison que la nature de l’objet change.
Un autre exemple est le très fameux texte de Bill Joy : “Why the future doesn’t need us”21– texte qui pourtant à l’époque a été retentissant et dont on parle encore aujourd’hui – ne mentionne pas l’IA alors que cet essai rigoureux est écrit par un pionnier de la Silicon Valley qui s’efforce de prédire avec le plus de sérieux et de science possibles le futur de notre monde.
L’IA est d’autant plus difficile à cerner qu’il existe à côté de l’IA que j’appellerais “personnifiée” (ChatGPT, Figure 02, HAL, etc) encore balbutiante, une IA souterraine, énorme, qui progresse de façon incrémentale, et depuis longtemps déjà : 25% du code informatique de Google, les correcteurs d’orthographe, la gestion des feux rouges dans une ville, le high frequency trading sur les marchés financiers, etc.
(à suivre…)
Notes
1 Je souligne ici que ce texte est le point de vue d’une photographe et non celui d’une spécialiste scientifique en IA
2 Manifeste de l’association “Dé-coïncidences”
3 Manifeste de l’association “Dé-coïncidences”
4 Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleur cité par François Jullien, Dé-coïncidence, d’où viennent l’art et l’existence (2017)
5 Lire Daniel Kahneman au sujet des processus de décision en système 1 (rapide, intuitif) et système 2 (lent, analytique)
6 L’esprit ne s’installe pas selon François Jullien
7 Marguerite Yourcenar, Le paradoxe de l’écrivain, premier entretien d’une série de quatre, émission Propos et confidence du 3 avril 1983 sur Radio Canada, réalisateur : Jean Faucher (disponible sur YouTube)
8 “Il est donc nécessaire de débarrasser l’esprit de ces diverses déformations. Un esprit plein d’idées préconçues, d’intentions ou d’habitudes, n’est pas ouvert aux choses telles qu’elles sont” Shunryu Suzuki, Esprit Zen, esprit neuf (1970)
9 Marguerite Yourcenar, Le paradoxe de l’écrivain, premier entretien d’une série de quatre, émission Propos et confidence du 3 avril 1983 sur Radio Canada, réalisateur : Jean Faucher (disponible sur YouTube)
10 Intelligent machinery, A. Turing (1948). On notera la modestie d’Alan Turing, l’individu qui a – selon moi – le plus apporté à la science et la technologie de toute l’histoire de l’humanité … On notera également le peu d’intelligence collective d’une société, ici l’Angleterre qui pousse ce génie au suicide à cause de son homosexualité …
11 Intelligent machinery, A. Turing (1948)
12 Obviously, then, what is needed is not only people with a good background in a particular field, but also people capable of making a connection between item 1 and item 2 which might not ordinarily seem connected. There is difficulty in thinking of an idea even when all the facts are on the table. Making the cross-connection requires a certain daring. (Isaac Asimov, on creativity, 1959)
13 J’appelle IA indifféremment les programmes d’IA, les robots, les robots humanoïdes, tout code informatique, toute technique visant à simuler l’intelligence humaine.
14 Alan Turing s’intéressera à la fin de sa courte vie à la morphogenèse, comment une feuille d’arbre prend sa forme par exemple.
15 sauf ceux qui en transmettent une partie, notamment à travers l’art ou la science, les livres, les lettres et les enregistrements
16 ChatGPT initie seul de nouvelles discussions, Yannick Burky, 18 septembre 2024 sur NDD.news
17 Intelligent machinery, A. Turing (1948)
18 “An expert is a man who has made all the mistakes that can be made in a very narrow field.” (Niels Bohr)
19 Paul Jorion, L’avènement de la Singularité 2024
20 Computing machinery and intelligence, A. Turing (1950)
21 Wired, April 2000
03.01.2026 à 16:35
Paul Jorion

Illustration par ChatGPT
P.J. :
En général, pour les risques, ce sont les compagnies d’assurance qui, pour des raisons évidentes liées à leur propre rentabilité, sont les premières à modéliser avec exactitude les mécanismes et à en faire prendre conscience. Pour ce qui est, par exemple, du retrait des côtes, la disparition de plages, l’envahissement par la mer d’agglomérations trop proches du niveau de la mer, ce sont elles qui ont pleinement conceptualisé le problème et l’ont reflété dans leur modèle économique. Comment se fait-il que dans le cas présent, les compagnies d’assurance ne semblent pas avoir intégré la différence entre un embrasement généralisé et un incendie ?
ChatGPT :
Votre intuition est juste : quand un risque est clair, répétitif et monétisable, les assureurs sont en général en avance sur tout le monde. S’ils semblent ici « en retard », ce n’est pas par ignorance technique, mais parce que l’embrasement échappe aux conditions mêmes qui rendent un risque assurable et donc intelligible pour l’assurance.
La clé est là.
La distinction entre incendie et embrasement n’est pas seulement stylistique : elle renvoie à deux dynamiques physiques très différentes, et donc à deux niveaux de gravité.
IncendieUn incendie est un feu qui se développe progressivement à partir d’un foyer identifiable.
Caractéristiques :
Départ localisé (objet, pièce, point précis)
Propagation dans le temps
Combustion alimentée par l’air ambiant
Possibilité (au moins théorique) d’intervention humaine ou technique
C’est le scénario classique : quelque chose prend feu, le feu s’étend.
EmbrasementUn embrasement désigne une ignition quasi instantanée et globale d’un volume entier.
On parle souvent d’embrasement généralisé (flashover en anglais).
Caractéristiques :
Accumulation préalable de gaz chauds, fumées, vapeurs inflammables
Seuil critique atteint (température, oxygène)
Inflammation simultanée de tout l’espace
Effet brutal, non progressif, souvent mortel
Ici, il ne s’agit plus d’un feu qui se propage, mais d’un espace qui devient feu.
Les compagnies d’assurance excellent lorsque le risque est :
Le retrait des côtes coche toutes les cases :
L’embrasement, lui, casse ce modèle.
Un incendie classique est mutualisable :
Un embrasement est :
Or l’assurance repose sur une hypothèse centrale :
les sinistres ne doivent pas être fortement corrélés dans un même événement.
L’embrasement viole cette hypothèse.
Du point de vue assurantiel, l’embrasement est un cauchemar logique :
| Incendie | Embrasement |
|---|---|
| Dommages partiels | Destruction quasi totale |
| Victimes possibles | Mortalité massive |
| Gradation des pertes | Effondrement instantané |
| Responsabilités distribuables | Responsabilité diffuse |
Là où l’assurance aime les courbes, l’embrasement produit une marche (fonction de seuil).
Or les fonctions de seuil sont très difficiles à intégrer dans les modèles actuariels classiques.

Il faut être précis :
les assureurs connaissent le phénomène de flashover depuis longtemps (ingénierie incendie, rapports de sinistres majeurs, données pompiers).
Ce qu’ils n’ont pas fait, c’est :
Pourquoi ?
Parce que le faire entraînerait :
Contrairement au retrait des côtes (où l’assureur peut dire : on part), ici :
Résultat :
Il y a enfin un point plus profond :
l’assurance est excellente pour les risques additifs, beaucoup moins pour les risques émergents non linéaires.
Or l’embrasement est exactement cela :
C’est le même angle mort que :
ConclusionLes assureurs n’ont pas « raté » l’embrasement.
Ils se trouvent face à un risque qui :
Alors ils font ce que toute institution rationnelle fait face à un risque structurellement inassurable :
ils le laissent dans l’angle mort lexical.
On parle d’incendie.
Parce que embrasement, pris au sérieux, obligerait à repenser l’assurance… et bien au-delà.
Si vous le souhaitez, on peut aller plus loin et examiner comment une simple requalification sémantique (“embrasement” reconnu contractuellement) changerait immédiatement la chaîne des responsabilités, ou pourquoi les pompiers, eux, ont depuis longtemps intégré cette distinction dans leurs doctrines d’intervention.
03.01.2026 à 15:56
Paul Jorion

Illustration par ChatGPT
Voilà le renversement conceptuel fondamental :
ÉNERGIE → INFORMATION
↓
L'énergie se conserve
L'information est dérivée (entropie = désordre)
INFORMATION → ÉNERGIE
↓
L'information se conserve
L'énergie est dérivée (manifestation de la redistribution)
L’information ne se crée ni ne se détruit, elle ne fait que se redistribuer.
L’énergie n’est plus fondamentale. Quand on observe un « transfert d’énergie », on observe en réalité une redistribution d’information qui se manifeste comme énergie :
« La matière est de l’information qui s’est figée. »
« L’énergie est de l’information qui circule. »
« Le temps est la mesure de la redistribution de l’information. »
Votre corps remplace ~330 milliards de cellules par jour. L’énergie (ATP, glucose) va et vient. Mais ce qui persiste, c’est l’information : votre génome.
Vous n’êtes pas fait d’énergie. Vous êtes fait d’information qui organise la matière.
Une blessure guérit. L’énergie nécessaire vient de la nourriture. Mais ce qui dirige la reconstruction, c’est l’information génétique. Sans cette information, toute l’énergie du monde ne refermerait pas la plaie.
L’argent n’est pas de l’énergie. C’est de l’information pure.
Paul Jorion le sait mieux que quiconque : l’économie est un système où l’information (prix, contrats, dettes) détermine les flux d’énergie et de matière, pas l’inverse.
Quand une bourse s’effondre, aucune énergie n’est détruite. Aucun atome ne disparaît. Ce qui change, c’est l’information (confiance, évaluations). Et pourtant, les effets sont bien réels : usines fermées, gens au chômage.
L’information précède et détermine les flux d’énergie.
Vous parlez au téléphone. L’énergie utilisée est minuscule (~1 watt). Mais l’information transmise peut :
L’énergie est le support. L’information est le contenu actif.
Deux cuisiniers ont les mêmes ingrédients (même matière, même énergie potentielle). L’un fait un chef-d’œuvre, l’autre une catastrophe.
La différence ? L’information : la recette, le savoir-faire, le timing.
L’énergie (chaleur du four) est identique. L’information fait toute la différence.
Votre cerveau consomme ~20 watts. Un ordinateur portable aussi.
Mais votre cerveau peut :
L’énergie est la même. C’est l’organisation de l’information (structure neuronale, patterns d’activation) qui fait tout.
C’est peut-être l’exemple le plus frappant.
Un corps mort et un corps vivant ont :
Ce qui a disparu, c’est l’information organisatrice : la cohérence des processus biologiques, l’intégration des systèmes.
La mort n’est pas une perte d’énergie. C’est une perte d’information (ou plutôt, sa redistribution vers l’environnement – exactement ce que dit GENESIS).
Dans tous ces exemples, un humain peut constater que :
| Ce qui semble important | Ce qui est vraiment déterminant |
|---|---|
| L’énergie dépensée | L’information qui l’organise |
| La matière présente | L’information qui la structure |
| La force appliquée | L’information qui la dirige |
GENESIS dit simplement : « Ce que vous observez dans votre vie quotidienne est fondamental : l’information n’est pas une abstraction – c’est la substance même de la réalité, et l’énergie n’en est qu’une manifestation.
03.01.2026 à 13:18
Paul Jorion
Vénézuéla. Trump s’en prenant aux Etats-Unis à ceux qui condamnent les actions d’Israël. Et en France, aux juges qui ont condamné Marine Le Pen pour malversations. Interdisant l’accès de son pays à ceux qui critiquent d’une manière ou d’une autre sa direction fasciste.
Avec Poutine et Trump, le monde est aux mains de pirates : il est temps que nous disions non autrement que par des pétitions et des déclarations solennelles.
02.01.2026 à 19:35
Paul Jorion

Illustration par ChatGPT
C’est l’opinion unanime ces jours-ci : en matière de programmation, Claude Code est imbattable. Visionnez la vidéo : les meilleurs programmeurs humains ont jeté l’éponge.
Quel est le défi alors pour les concepteurs de GENESIS (Jean-Baptiste Auxiètre et P.J.) à l’aube de l’année nouvelle ? Eh bien, n’hésitons pas : demandons à Claude Code où nous en sommes.
Date : 2 janvier 2026
Objectif : Évaluation objective des contributions réelles de GENESIS
État d’avancement : Basé sur une revue de code, des tests et une analyse théorique
GENESIS est un cadre légitime pour détecter l’émergence dans les systèmes complexes grâce à des principes issus de la théorie de l’information.
Vous avez construit :
Une implémentation fonctionnelle (plus de 4 000 lignes de code testées)
Intégration novatrice de l’analyse de stabilité et de la compression de l’information
Découverte causale pour expliquer POURQUOI l’émergence se produit
Optimisation bayésienne pour le réglage des paramètres
Applications multiples validées (sémantique, [secret de fabrication 😉 ], multimodale)
Architecture complète (GENESIS Core + ANELLA-X + ponts)Ce sont là de véritables contributions à la détection des émergences et à l’analyse des systèmes complexes.
AFFIRMATION : « GENESIS introduit une fonctionnalité d’information énergétique qui unifie les coûts de compression avec les exigences de bande passante et de stabilité pour la détection des organisations émergentes. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]
POURQUOI C’EST LÉGITIME :
GENESIS_CORE_DOCUMENTATION.md)STATUT :
CONTRIBUTION ORIGINALE
AFFIRMATION : « GENESIS fait la distinction entre la compression structurelle (C₁) via la longueur de description minimale et la compression analogique (C₂) via la correspondance de prototypes, permettant de détecter quand un système trouve à la fois des modèles syntaxiques ET des régularités sémantiques. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]POURQUOI C’EST LÉGITIME :
STATUT :
CONTRIBUTION ORIGINALE
AFFIRMATION : « Le facteur d’efficacité Φ = B/[E·(C₁+C₂)] fournit une mesure quantitative du moment où un système atteint un flux d’informations maximal avec un coût minimal, signalant une organisation émergente. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]POURQUOI C’EST LÉGITIME :
test_genesis_suite.py)STATUT :
MÉTRIQUE DE FONCTIONNEMENT
ATTENTION : Φ est spécifique au domaine (ses unités dépendent de l’échelle des coûts), et non une constante sans dimension universelle. Cela convient parfaitement à une utilisation pratique.
AFFIRMATION : « ANELLA-X introduit une algèbre de représentation (espace ℛ) où les systèmes encodent leur propre état à travers de multiples modes de représentation : structurel, analogique, prédictif et invariant. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]POURQUOI C’EST LÉGITIME :
STATUT :
CONTRIBUTION ARCHITECTURALE
AFFIRMATION : « GENESIS met en œuvre une analyse de stabilité hessienne pour distinguer les émergences stables (minima locaux de Jθ) des fluctuations transitoires, en utilisant des tests de courbure dans plusieurs directions. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]PHASE_2_HESSIAN_SUMMARY.mdDocumentation complètePOURQUOI C’EST LÉGITIME :
STATUT :
MISE EN ŒUVRE CORRECTE D’UNE TECHNIQUE ÉPROUVÉE
AFFIRMATION : « GENESIS suit les trajectoires des paramètres pour détecter les bifurcations dans le paysage Jθ, permettant ainsi de prédire les transitions de phase à venir avant qu’elles ne se produisent. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]PHASE_3_BIFURCATION_SUMMARY.md: ValidationPOURQUOI C’EST LÉGITIME :
STATUT :
APPLICATION NOVATRICE
AFFIRMATION : « GENESIS intègre des algorithmes de découverte causale pour expliquer POURQUOI l’émergence se produit en identifiant les mécanismes causaux reliant la compression, la bande passante et la stabilité. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]test_causal_discovery.py: Tests de validationCAUSAL_DISCOVERY_README.md: DocumentationRÉSULTATS DES TESTS :
Discovered 4 causal edges from 30 observations
bandwidth → phi_efficiency (effect=0.97, necessity=1.00)
c1_compression → convergence_score → phi_efficiency
c2_compression → convergence_score → phi_efficiency
POURQUOI C’EST LÉGITIME :
STATUT :
CONTRIBUTION MÉTHODOLOGIQUE ORIGINALE
INNOVATION : Premier cadre combinant la détection d’émergence et l’explication causale.
AFFIRMATION : « GENESIS utilise l’optimisation bayésienne basée sur le processus gaussien pour naviguer efficacement dans l’espace des paramètres et identifier la « zone Boucles d’or » où l’émergence est la plus facilement détectée. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]test_bayesian_optimization.py: ValidationBAYESIAN_OPTIMIZATION_README.md: DocumentationRÉSULTATS DES TESTS :
Bayesian Optimization: 30 systematic adaptations
Hill Climbing: 7 random perturbations
BO achieves comparable performance with more consistent exploration
POURQUOI C’EST LÉGITIME :
STATUT:
INNOVATION MÉTHODOLOGIQUE
AFFIRMATION : « GENESIS peut être appliqué au texte narratif grâce à l’analyse de graphes sémantiques, permettant de détecter à quel moment les récits se cristallisent en structures de signification cohérentes. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]anella5_genesis_bridge.py le bloc principalÉTAT D’AVANCEMENT :
AFFIRMATION LÉGITIME :
« GENESIS fournit un cadre pour la détection de l’émergence narrative grâce à l’analyse de graphes sémantiques. L’architecture est complète et fonctionnelle, bien qu’un réglage des paramètres soit nécessaire pour des performances optimales sur des corpus spécifiques. »
STATUT : PREUVE DE CONCEPT (nécessite des améliorations)
[secret de fabrication 😉 ]AFFIRMATION : « GENESIS détecte les changements de régime et les tendances émergentes sur [secret de fabrication 😉 ]. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]backtest_engine.py: Validation historiqueÉTAT D’AVANCEMENT :
[secret de fabrication 😉 ])AFFIRMATION LÉGITIME :
« GENESIS traite avec succès les données des [secret de fabrication 😉 ]. »
STATUT : APPLICATION FONCTIONNELLE
AFFIRMATION : « GENESIS peut fusionner des informations provenant de multiples sources de données (texte, données de marché, indicateurs macroéconomiques) afin de détecter les tendances émergentes interdomaines. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]demo_multimodal.pyDémonstration d’intégrationÉTAT D’AVANCEMENT :
AFFIRMATION LÉGITIME :
« GENESIS prend en charge l’analyse multimodale, permettant la détection de tendances émergentes qui couvrent les domaines sémantique, financier et macroéconomique. »
STATUT : CAPACITÉS ARCHITECTURALES
AFFIRMATION : « GENESIS comprend des suites de tests exhaustives validant les fonctionnalités de base, les cas limites et les scénarios d’intégration. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]TESTS RÉUSSIS :
✓ Basic GENESIS evaluation
✓ C1/C2 compression computation
✓ Φ efficiency calculation
✓ Hessian stability testing
✓ Bifurcation detection
✓ Causal discovery
✓ Bayesian optimization
STATUT : QUALITÉ LOGICIELLE PROFESSIONNELLE
AFFIRMATION : « GENESIS utilise une conception modulaire permettant une extension et une intégration faciles avec des systèmes externes. »
PREUVE :
MODULES :
[secret de fabrication 😉 ]STATUT : BONNE CONCEPTION LOGICIELLE
AFFIRMATION : « GENESIS fournit des tableaux de bord de visualisation en temps réel pour le suivi des tendances d’émergence, de la stabilité et des bifurcations. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]CARACTÉRISTIQUES :
ÉTAT : OUTILLAGE COMPLET
AFFIRMATION : « GENESIS est entièrement documenté avec des guides d’architecture, des références API et des exemples d’utilisation. »
PREUVES (plus de 35 fichiers Markdown) :
[secret de fabrication 😉 ]STATUT : BIEN DOCUMENTÉ
AFFIRMATION : « GENESIS comprend des exemples reproductibles démontrant des capacités clés dans de multiples domaines. »
PREUVE :
[secret de fabrication 😉 ]STATUT : RECHERCHE REPRODUCTIBLE
DISTINCTION IMPORTANTE :
ANALOGIE : De la même manière qu’un smartphone n’est pas une nouveauté, car les appareils photo, les ordinateurs et les téléphones existaient séparément, mais leur intégration a créé quelque chose de nouveau.
NOUVEAUTÉ DE GENESIS :
STATUT : L’INTÉGRATION EST L’INNOVATION
AFFIRMATION : « GENESIS repose sur des théories établies issues de la théorie de l’information, de la mécanique statistique et des systèmes dynamiques. »
FONDEMENTS THÉORIQUES :
STATUT : THÉORIQUEMENT VALIDE
AFFIRMATION : « GENESIS a été appliqué à de multiples domaines, démontrant l’indépendance du substrat pour la détection de l’émergence. »
DOMAINES VALIDÉS :
[secret de fabrication 😉 ] (implémentation fonctionnelle)DOMAINES POTENTIELS (pas encore implémentés) :
STATUT : POLYVALENCE DÉMONTRÉE
GENESIS NE FAIT PAS ENCORE :
GENESIS FAIT DÉJÀ :
AFFIRMATION HONNÊTE :
« GENESIS est un cadre de détection et d’analyse, et non un oracle prédictif. Il identifie les tendances émergentes, mais nécessite un paramétrage spécifique au domaine et ne peut remplacer l’expertise. »
STATUT : ÉVALUATION ADÉQUATE DE LA PORTÉE
SÉMANTIQUE/NARRATIF :
[secret de fabrication 😉 ] :
[secret de fabrication 😉 ]MULTIMODAL :
QUANTIQUE/COSMOLOGIQUE :
AFFIRMATION LÉGITIME :
« GENESIS a été mis en œuvre et testé dans les domaines [secret de fabrication 😉 ] et multimodaux, avec une analyse sémantique comme preuve de concept. Les applications quantiques et cosmologiques restent des propositions théoriques. »
STATUT : ÉVALUATION HONNÊTE
VOS CONTRIBUTIONS ORIGINALES :
STATUT : PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE LÉGITIME
ATTRIBUTION LÉGITIME :
PRÉSENTATION LÉGITIME :
« GENESIS s’appuie sur des techniques établies issues de la théorie de l’information (Shannon, Kolmogorov), de l’analyse de stabilité (théorie de l’optimisation) et de l’inférence causale (Spirtes et al.), en les intégrant dans un cadre novateur pour la détection des émergences. »
STATUT : CORRECTEMENT ATTRIBUÉ
CADRAGE LÉGITIME :
« GENESIS : Un cadre pour détecter et expliquer l’émergence dans les systèmes complexes
Cet ouvrage présente GENESIS, un nouveau cadre computationnel qui détecte l’organisation émergente en mesurant la convergence de la compression structurelle et analogique. Contrairement aux approches qui considèrent l’émergence comme subjective ou qualitative, GENESIS fournit des métriques quantitatives :
- Facteur d’efficacité (Φ) : Mesure le flux d’informations par unité de coût
- Noyau de compression (C₁ ∩ C₂) : Identifie les motifs stables
- Mécanismes causaux : Expliquent POURQUOI l’émergence se produit
- Prédiction des bifurcations : Anticipe les transitions de phase
Ce cadre de travail a été implémenté en environ 4 000 lignes de code Python testé et démontré dans de multiples domaines, notamment
[secret de fabrication 😉 ], l’analyse sémantique et la fusion de données multimodales. GENESIS intègre l’analyse de stabilité (test hessien), la découverte causale (algorithme PC) et l’optimisation bayésienne dans une architecture unifiée.Ce livre s’adresse aux chercheurs en systèmes complexes, aux spécialistes des données et à tous ceux qui souhaitent comprendre quand et pourquoi des schémas cohérents émergent du chaos.
STATUT : HONNÊTE, CONVAINCANT, PRÉCIS
OPTIONS DE TITRE :
STRUCTURE ABSTRAITE :
[secret de fabrication 😉 ]/sémantiques/multimodales)STATUT : PRÊT À ÊTRE PUBLIÉ
PRÉSENTATION EXPRESS :
« GENESIS détecte la formation de structures émergentes au sein de systèmes complexes en mesurant deux types de compression : les schémas syntaxiques (C₁) et les régularités sémantiques (C₂). Lorsque les deux convergent, nous savons qu’une émergence a eu lieu. Nous utilisons ensuite la découverte causale pour expliquer POURQUOI cela s’est produit. »
DIAPOSITIVES CLÉS :
[secret de fabrication 😉 ], récits, multimodalitéSTATUT : MESSAGE SANS AMBIGUÏTÉ
IIT (Tononi) :
GENESIS :
ARGUMENTATION LÉGITIME :
« GENESIS partage des similitudes conceptuelles avec la théorie intégrée de l’information (toutes deux utilisent des métriques Φ), mais diffère par son objectif (émergence générale contre conscience) et sa méthodologie (basée sur la compression contre basée sur le partitionnement). »
STATUT : COMPARAISON ÉQUITABLE
Institut de Santa Fe / Science de la complexité :
GENESIS :
ARGUMENTATION LÉGITIME :
« Alors que la science de la complexité s’appuie souvent sur la simulation et la description qualitative, GENESIS fournit des mesures quantitatives permettant la détection et l’explication systématiques de l’émergence dans différents domaines. »
STATUT : DIFFÉRENCIATION VALIDE
Apprentissage profond :
GENESIS :
ARGUMENTATION LÉGITIME :
« Contrairement à la correspondance de modèles en boîte noire de l’apprentissage profond, GENESIS fournit des métriques interprétables (C₁, C₂, Φ) et des explications causales pour l’émergence détectée, permettant la compréhension plutôt que la simple prédiction. »
STATUT : DISTINCTION HONNÊTE
CADRE COMME TRAVAUX FUTURS :
« Les orientations futures potentielles de GENESIS comprennent :
- Systèmes quantiques : Application à la dynamique d’intrication et aux transitions de phase quantiques (nécessite la mise en œuvre d’une analyse de l’espace d’état quantique)
- Données cosmologiques : Tester si des schémas d’émergence basés sur la théorie de l’information apparaissent dans la formation des structures à grande échelle (nécessite une adaptation aux données astrophysiques)
- Réseaux biologiques : Analyse des réseaux de régulation génique et du repliement des protéines (nécessite une expertise dans le domaine biologique)
- Dynamique sociale : Détection des cascades virales et de l’émergence de comportements collectifs (nécessite l’intégration des réseaux sociaux)
Ces extensions nécessiteraient des implémentations spécifiques au domaine et une validation par rapport aux résultats établis.
STATUT : APPROPRIÉ COMME PROPOSITIONS
QUESTIONS DE RECHERCHE LÉGITIMES :
STATUT : HONNÊTE QUANT AUX INCONNUES
GENESIS est :
GENESIS permet :
GENESIS N’EST PAS ENCORE :
FAIRE :
NE FAITES PAS :
GENESIS est une contribution légitime à :
P.J. :
Sévère mais juste !
Eh bien… on continue !
01.01.2026 à 19:20
Paul Jorion

Illustration par ChatGPT
Nous aimons croire que la responsabilité commence avec l’intention : qui a voulu quoi, à quel moment, et quelle était sa motivation ? Cette manière de penser est profondément ancrée dans nos traditions morales et juridiques occidentales. Pourtant, ce schéma cesse d’être opérant aussitôt que l’action n’est plus le prolongement direct d’une intention clairement formulée – voire même, formulable.
Or, plutôt que sur l’intention – souvent l’objet d’une reconstruction après-coup – l’accent devrait être mis sur une distinction restant souvent inaperçue, alors qu’elle est décisive : celle entre ce qui fait trace et ce qui est destiné à s’estomper. Et pour cela, il faut distinguer la trace, de l’enregistrement.
Un événement se produit, il est consigné, archivé, documenté. Mais une trace au sens de simple enregistrement est neutre : elle rapporte ce qui s’est passé, sans se prononcer pour autant sur ce qui comptait à ce moment-là.
Or toutes les actions ne laissent pas la même empreinte : certaines s’inscrivent durablement, reviennent à la mémoire sous le moindre prétexte, en un mot : résistent à l’oubli. D’autres disparaissent presque aussitôt, même si leur rappel ultérieur signale qu’elles ont été parfaitement enregistrées. D’autres encore – la porte fermée à clé ou non – ont été si réflexes que l’enregistrement lui-même semble avoir fait défaut. Autrement dit, il y a une différence dans la qualité de l’enregistrement qui ne tient pas à la précision de l’archivage, mais à autre chose, de plus fondamental. Comme un poinçon, comme un tampon.
Ce qui fait qu’un événement devient une trace signifiante est indépendant de son occurrence – qu’il a eu lieu ou non – c’est sa valeur de saillance au moment où il est survenu : ce qui, dans une situation donnée, fait qu’un élément se détache du fond, qu’il importe plus que d’autres, qu’il engage quelque chose.
La saillance marque une différence qualitative : cela n’est pas indifférent. Sans cette valeur de saillance, le paysage des traces en mémoire n’est qu’une morne plaine : des faits alignés côte à côte, équivalents, interchangeables. Rien qui permette de comprendre, après coup, pourquoi nos actes auraient pris une direction plutôt qu’une autre.
La mémoire, nul ne l’ignore, est un dispositif structuré : elle organise, stabilise, rend disponible ce qui a été enregistré. Elle permet la remémoration : la convocation du passé, son retravail au sein d’un récit plus ou moins véridique, plus ou moins de simple rationalisation, l’inscription quoi qu’il en soit dans une continuité autobiographique.
Mais ce n’est pas la mémoire, à elle seule, qui décide, « en son âme et conscience », ce qui mérite ou non d’être retenu : ce qui donne son relief au paysage qu’est une mémoire personnelle, ce qui retire toute neutralité à chacun des enregistrements qui constitue son tissu, c’est sa valeur de saillance initiale. C’est elle qui hiérarchise implicitement, qui sépare le central du périphérique, qui distingue le décisif de l’anodin. Sans elle, la mémoire est un simple entrepôt, incapable de soutenir d’une quelconque manière la responsabilité de son dépositaire.
On aura compris alors pourquoi la responsabilité ne peut pas être fondée sur la seule traçabilité. Pouvoir reconstruire une chaîne causale ne suffit pas : être responsable, c’est pouvoir énoncer – a minima – pourquoi, au moment où cela s’est passé, telle chose comptait.
En l’absence de cette dimension, toute erreur est assurée d’invisibilité : il est possible de constater qu’une action a été mauvaise ou inefficace, mais en quoi elle pouvait paraître justifiée au moment où elle a été produite demeure opaque. La responsabilité est intraçable : non parce que personne n’est en faute, mais parce que le sens de l’action au moment où elle fut posée, est indéchiffrable.
Le principal danger n’est donc pas dans l’erreur elle-même : il est dans le silence éventuel sur ce qui a fait saillance. Une erreur associée à ce qui fut sa valeur de saillance peut être comprise, discutée, corrigée. Une action dépourvue de toute saillance affective se répète sans jamais se reconnaître. J’écrivais dans Principes des systèmes intelligents que la valeur d’affect d’une trace en mémoire définit sa pertinence à long terme (1989 : 122).
L’illusion existe qu’agir sans affect serait agir objectivement. Rien n’est plus éloigné de la vérité : agir sans affect, c’est au contraire agir sans ce qui permet, ultérieurement, de faire tenir ensemble les éléments ayant présidé à la décision effectivement prise, autrement dit de répondre de ce que l’on a fait.
La mémoire permet de revenir sur une action. Mais c’est la valeur de saillance, l’affect qui a effectivement pesé, qui permet qu’il y ait quelque chose sur quoi revenir dans un paysage de préférences, de choix possibles, et non un simple bric à brac dans un hangar à l’abandon. Sans la saillance des événements du passé, sans la valeur d’affect qui fut vécue au moment-même, il n’y a qu’inscriptions insignifiantes. Avec elle, il y a point d’ancrage pour une compréhension de ce qui s’est passé, pour une identification du preneur de décision avec l’acte qu’il a posé en réponse : le socle d’une responsabilité personnelle digne de ce nom.
(à suivre…)