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Chayka & Viciss HACKSO

HACKING SOCIAL


Hacking social : méthode qui tend à transformer les environnements sociaux vers plus d’autodétermination, d’altruisme, d’autotélisme, d’intelligence sociale, émotionnelle et cognitive.
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07.09.2026 à 10:09

[PS2] Définir et mesurer le parasocial

Viciss Hackso

Définition Pourquoi les spectateurs se sentent proches des animateurs TV, alors que ceux-ci s’adressent à…
Texte intégral (10074 mots)

Cet article est la suite de : [PS1] Brûlez vos idoles ? Parasocial, réparer nos liens médiatiques

La bibliographie complète du dossier est ici : [PSx] Bibliographie du dossier sur le parasocial

Ce dossier est disponible aussi :


Définition


Pourquoi les spectateurs se sentent proches des animateurs TV, alors que ceux-ci s’adressent à une masse de gens variés ? Pourquoi l’animateur finit-il par susciter des sentiments, des humeurs, des interactions comme on en réserve à nos proches, à nos amis ? Ce sont ces questions qui feront naître le terme de parasocial en 1956, par les anthropologues et sociologues Horton et Wohl. Ils définiront le parasocial comme un engagement imaginaire et unilatéral du public, avec des personnalités médiatiques1.

L’expérience parasociale ne demande donc pas de rencontre directe ni d’échanges, ce qui mènera les futurs chercheurs à se questionner sur ce qu’on peut vraiment nommer parasocial. Est-ce que l’étudiant dans un amphi de plus d’une centaine de personnes a une relation parasociale avec ce prof qui s’adresse à tous et avec lequel il n’a jamais interagi ? A-t-on une relation parasociale avec ce voisin qu’on connaît de loin mais avec qui on n’a jamais interagi ? Comme la relation parasociale ne va que dans un sens, est-ce qu’on a des relations parasociales avec des objets, des sites, des IA, ou tout ce qui ne peut pas éprouver à la même hauteur ce qu’on éprouve en sentiments et idées ? Où est la relation parasociale lorsqu’on apprécie un personnage de dessin animé, de jeu vidéo ou de fiction ? Est-ce qu’elle porte sur le personnage uniquement, son doubleur ou son auteur aussi ? Comme le parasocial est unilatéral, cesse-t-il dès qu’un streamer répond au propos de son tchat, voire peut modifier son programme sous l’influence du public ?

Vous le comprendrez plus tard, mais je pense qu’à partir du moment où l’on propose quelque chose, que ce soit un objet, un produit, un cours, une formation, un tweet à un public, il est peut-être pertinent penser qu’il y a du parasocial qui va naître.

Pour diverses raisons, il n’y aura pas d’interaction sociale qui va advenir avec tous ceux en contact avec ce tweet, avec ce cours ou l’exposition à cet objet, mais il y aura toujours des formes de parasocial. Par exemple, tel élève va être désintéressé de votre cours parce qu’il n’a pas aimé votre façon de menacer tel autre élève ; l’introverti de cette formation à qui vous n’avez jamais échangé va étonnamment démontrer un apprentissage exceptionnel parce qu’en réalité il y a une relation parasociale forte avec vous et votre contenu, ce qui l’a aidé à apprendre vite et bien. Peut-être que vous avez perdu un client sans le savoir dans votre boutique parce que le passant a entraperçu un regard méprisant que vous portiez sur un autre client et s’est fait une image détestable de vous. Peut-être que derrière les likes et les partages massifs d’un tweet qui semble pourtant annoncer un potentiel de parasocial positif, il n’y en a pas tant que ça.

Partir du principe que les actions publiques généreront leur part de parasocial dont on ne peut pas être au courant, permet de se responsabiliser et de faire attention à ne pas détruire cette possibilité positive (pour vous comme pour les gens) en étant socialement abject.

Par souci de vulgarisation, je vais ici me concentrer sur la relation parasociale avec une figure médiatique humaine, soit en tant que personnage de fiction, soit réelle. Et effectivement, comme ce qu’on voyait dans le chapitre précédent, il peut y avoir une confusion du personnage avec la véritable personne qui le joue.

On ne va pas entrer non plus dans le débat académique pour savoir si on peut encore parler de parasocial s’il y a des interactions via les réseaux sociaux ou Internet entre un spectateur et une figure médiatique, la définition originale excluant toute interaction réelle. Tant qu’il y a des formes d’asymétrie, on va partir du principe qu’on reste dans le domaine du parasocial.

Cependant, ça reste une question mystérieuse que je trouve assez intéressante : les ados ayant un coup de foudre sur un•e camarade à qui ils n’ont jamais adressé la parole, sont-ils dans le parasocial ? Si oui, est-ce que tout rapport parasocial empêcherait de passer le cap, d’aller vers l’interaction sociale directe ou, au contraire, cela la prépare-t-elle ?

Les expériences montrent que chez les ados, il y a pas mal de parasocial amoureux avec les figures médiatiques, car cela a pour fonction de les entraîner à ce type de relations sociales dont ils n’ont pas encore l’expérience, et cela sans risque2. Est-ce que ce parasocial avec des personnes non médiatisées est aussi une forme d’étape avant de pouvoir oser risquer le rejet, la déception ou tout autre affect négatif potentiellement lié à la relation réelle ?

Est-ce qu’on est dans le parasocial lorsqu’on s’illusionne sur la nature d’une relation ? Par exemple en voyant de l’amour ou de l’amitié alors qu’il n’y en a pas, l’autre n’étant que poli et sympathique par habitude, par automatisme voire par normes sociales ? Se demander si on est dans le parasocial ou le réellement social permet de s’interroger sur la mutualité de la relation, ses aspects concrets de temps passé ensemble, des échanges, sur le fait de bien comprendre et communiquer avec l’autre et d’avoir son retour clair.

L’expérience parasociale typique est celle d’un attachement avec une figure médiatique, attachement assez similaire à celui qu’on a avec nos proches, que ce soit un rapport amical, amoureux, de collègues (de travail, de discipline, de politique, etc.).

Et n’allez pas croire que cela ne concerne que les autres : on a tendance à minimiser l’impact des médias sur nous, donc on minimise le fait d’avoir des relations parasociales ; ainsi les chercheurs3 rapportent qu’à la mort de la princesse Diana, beaucoup de gens ont été surpris de ressentir du deuil parce qu’ils n’avaient pas pris conscience de ce lien parasocial qu’ils avaient noué avec elle. Dans une étude, Paravati (2020) montre que les personnes rejetaient le fait d’avoir un lien parasocial à Trump4.

On nie ou on n’arrive pas bien à prendre conscience de nos relations parasociales, parce qu’à l’inverse, les relations sociales sont davantage sous notre contrôle direct et on en est très conscient : on choisit d’inviter un ami, on choisit un partenaire sur un site de rencontre, on choisit d’aller discuter avec tel collègue de travail à la pause plutôt que tel autre.

De plus, l’interaction sociale, au contraire de celle parasociale, est composé de souvenirs de pleins d’actions variées, de décisions concrètes, dans des lieux et circonstances diverses, alors que celles parasociales sont toujours conscientisées d’abord par l’ouverture d’un média, que ce soit la TV, l’ordinateur, internet, un livre : notre décision là-dedans n’a pas été spécifiquement de trouver une nouvelle relation ou de retrouver telle personne ou personnage, mais de nous informer, de nous divertir, de découvrir un contenu intéressant.

On découvre un contenu, une émission, un discours, une fiction et voilà qu’une conséquence est que l’on s’attache plus ou moins intensément à ceux qui l’animent, la créent, la jouent. Cela va de la figure médiatique qu’on est juste content de voir de temps en temps sans connaître tout son travail, jusqu’à être son fan absolu connaissant par cœur tout ce qu’il y a à savoir à son sujet, consacrant une bonne partie de son temps à penser, créer et agir autour de cette figure (fanart, fanfictions, cosplay, groupes de supporters, certaines militances…).

La figure suivie n’a pas besoin d’être factuellement à un certain niveau de notoriété pour qu’il y ait du parasocial à son sujet. Ce qui fait l’expérience parasociale, c’est l’asymétrie : une personne est liée et peut connaître l’autre grâce à ses expressions publiques variées, et cet autre peut ne pas avoir connaissance de son intérêt. Et la plupart des gens sont dans cette configuration, notamment via les réseaux sociaux. Autrement dit, à notre époque, grâce ou à cause d’Internet, tout le monde peut créer ou s’exprimer directement à un public, dans lequel des gens peuvent potentiellement y développer des relations parasociales, le tout sans que quiconque ne prenne la mesure de cette expérience parasociale en cours.


L’interaction parasociale


Les chercheurs distinguent l’interaction parasociale de la relation parasociale : l’interaction c’est ce qui se passe pendant que l’on consulte le contenu de la personne avec qui on parasocialise. Il ne s’agit donc pas de la véritable rencontre en chair et en os. La relation parasociale est plus générale, c’est le lien même hors visionnage. Et l’ensemble, tant l’interaction que la relation, sont nommées expérience parasociale.

Les mesures du parasocial sont assez explicites sur comment est ressenti le phénomène.

Si vous êtes curieux, vous pouvez tester les échelles qui suivent sur une (ou plusieurs) figure(s) médiatique(s) de votre choix. Vos réponses restent entièrement sur votre appareil. Aucun résultat n’est envoyé ou enregistré, et tout disparaît lorsque vous quittez ou rechargez la page.

Attention !

  • ces auto-tests n’ont pas de valeur scientifique, car vous êtes conscients de ce qui est évalué, et les traductions proposées sont les miennes, donc sans validation scientifique.
  • Le choix de la figure médiatique peut également introduire des biais. Vous pourriez, par exemple, choisir une figure médiatique avec laquelle vous n’avez pas de liens forts, pour éviter d’être perçu comme « fan », car le parasocial est souvent mal perçu.
  • À l’inverse, vous pourriez choisir une star socialement valorisée, tout en laissant de côté celle avec laquelle votre attachement est plus réel, mais plus difficile à assumer.
  • Une forme de défiance envers les tests, ou envers ce site, peut aussi influencer vos réponses et les éloigner de ce que vous ressentez réellement.

À vous de voir si vous souhaitez explorer cela. Je précise qu’en général, il vaut mieux ne pas partager publiquement vos résultats. Si certains résultats vous interpellent ou vous inquiètent, un professionnel (psychologue, thérapeute) sera plus à même de vous accompagner.

Voici par exemple une échelle pour mesurer l’interaction parasociale :


Echelle : Interaction parasociale, Hartmann, T., & Goldhoorn, C. (2011)

Pendant le visionnage de l’extrait [de film, série, contenu sur le net], j’ai eu l’impression que la figure médiatique…

1. était conscient(e) de ma présence.

2. savait que j’étais là.

3. savait que j’étais conscient(e) de sa présence.

4. savait que je lui prêtais attention.

5. savait que j’avais réagi à sa présence.

6. a réagi à mes paroles ou à mes actes.


Plus vous serez en accord, plus vous aurez une interaction parasociale forte avec la figure. Évidemment, le caractère d’illusion change en fonction des médias avec lequel on peut avoir cette interaction : face à un contenu télévisé qui n’est pas en direct, une série, une vidéo sur YouTube, c’est une pure illusion. La figure n’a vraiment aucun indice sur vous et vos réactions. Si elle semble réagir ou répondre directement à vos réactions, c’est qu’elle les a imaginés en amont ou peut être qu’avant, elle a su ce que pensait directement le public.

À noter que certains politiciens peuvent potentiellement générer cette interaction parasociale très forte en étant très informés en amont. Par exemple, Cambridge Analytica, qui s’occupait des campagnes de Républicains et a aidé Trump en 2016, pouvait prédire extrêmement finement ce que localement, voire individuellement, une personne voulait entendre et comment elle l’écouterait mieux (via un algorithme de prédiction de personnalité).

Dans ce documentaire (et ces épisodes suivants), on peut voir l’usage des SMS par Trump, ce qui alimente une interaction parasociale continue :


Si vous avez déjà vu ou ne pouvez pas voir la vidéo, vous pouvez cliquer ici pour accéder à un résumé rapide :

Dix ans après une année d’échange scolaire marquante en Oklahoma, Max Laulom retourne aux États-Unis pour confronter ses souvenirs nostalgiques à la réalité politique et sociale actuelle. À les retrouvailles avec sa famille d’accueil et ses anciens camarades, il explore la fracture idéologique profonde provoquée par la montée du mouvement pro-Trump. dès son arrivée aux États-Unis il reçoit un bombardement de SMS de la part de l’équipe de campagne de Trump, Les messages sont rédigés comme s’ils venaient personnellement de Trump, utilisent son prénom et expriment de l’affection. Max Laulom note que cela crée un sentiment de proximité très fort : les gens ont l’impression de recevoir un message d’un « ami » plutôt que d’un politicien distant.


L’interaction parasociale peut aussi être beaucoup moins illusoire dans le cas de directs où le spectateur interagit avec le streamer qui répond. Pour cette situation, certains chercheurs préfèrent utiliser le terme d’interaction multisociale5, parce qu’il y a des parts réelles d’échanges. Ceci étant dit, l’asymétrie reste présente à de nombreux niveaux : le streamer ne peut généralement pas faire attention à un spectateur en particulier, ni le mémoriser, ni apprendre à le connaître. À l’inverse, un spectateur peut le faire, avec plus d’informations à disposition. J’ai l’impression que cela donne une impression au public de pouvoir tout savoir sur la figure, mais c’est une illusion, car le streamer ou la figure médiatique en général, même lorsque son contenu parle de sa propre vie, ne peut que vous présenter une sélection, un cadrage particulier, une perspective, qui n’est pas l’intégralité de sa vie même si cela en fait partie.


La relation parasociale


Il est possible d’avoir une relation parasociale avec une figure médiatique sans pour autant avoir un certain niveau d’interaction parasociale. Et cela, ça se mesure avec les questionnaires de mesure de la relation parasociale :


Echelle : La relation parasociale (Tsay, Bodine 2012)

Pour chaque affirmation, indique ton degré d’accord concernant [x].

1. Je me sens bien quand je me tourne vers [x] pour des conseils.

2. J’applique les conseils que je reçois de [x].

3. Je suis heureux/heureuse d’être épaulé par [x].

4. Je suis à l’aise d’apprendre grâce à [x].

5. J’admire [x].

6. [x] m’enseigne des leçons importantes.

7. Je recherche l’assistance de [x].

8. Je considère [x] comme un modèle.

9. Je serais heureuse/heureux de rencontrer [x] en personne.

10. Si je croisais [x] dans la rue, j’irais lui parler.

11. Je serais à l’aise avec [x] si nous nous rencontrions en personne.

12. Si l’occasion se présentait, je contacterais [x].

13. Quand je ne regarde pas [x] à la télévision ou sur Internet, je recherche des informations à son sujet.

14. J’ai un lien intime avec [x].

15. Je considère [x] comme un(e) ami(e) proche.

16. Je connais bien les habitudes de [x].

17. [x] me met à l’aise, comme si j’étais avec des amis.

18. Je comprends bien [x].


Plus vous avez de points, plus la relation parasociale est intense.

L’hypothèse de Panksepp-Jackoboson (Jacobs, 2015) est que le parasocial suivrait les mêmes circuits neuro impliqués dans les relations sociales. Ainsi, on pourrait estimer qu’il y a peut-être eu 30 heures de contact parasocial en cas d’amitié superficielle, et 140 heures de parasocial pour une amitié profonde. Ces estimations se basent sur les amitiés sociales IRL6.

C’est ce que confirmeront d’autres chercheurs.

Tukachinsky (2020) trouvera une corrélation positive entre le niveau d’expositions aux figures médiatiques et l’intensité parasociale. Plus on s’expose à la figure médiatique, plus l’intensité de relation parasociale peut augmenter. Et ça serait le cas, même si on ne recherche pas à s’exposer à cette figure, à cause de l’effetdit de simple exposition7 : plus on est exposé à un stimulus, plus on l’apprécie.

À force d’exposition, le spectateur peut aussi accéder à une compréhension du monde intérieur du personnage et peut anticiper ses réactions dans diverses situations8. Tout ceci engendre un sentiment de sécurité, car on peut anticiper le comportement du personnage, et on sait aussi qu’il reviendra à l’antenne/sur les réseaux sociaux. Il y aura une familiarité, une sympathie et un sentiment d’intimité qui se transforme en relation significative9.

Cependant, cet effet de simple exposition a surtout fonctionné pour le parasocial avec des personnages de fiction10, il n’y a pas cette progression du parasocial pour les personnes dans une émission de téléréalité11 et dans une série de vlogs sur YouTube12.

Le visionnage frénétique, c’est-à-dire regarder au moins 3 épisodes d’une série d’affilée, tend à accélérer la progression du lien et la dépendance à la série13.

Le parasocial a aussi tendance à reposer sur l’homophilie, c’est-à-dire qu’on parasocialise plus avec ceux nous ressemblant au moins sur un point, comme l’âge, le genre, l’origine, etc. Comme en général, il y a une incertitude au début des relations, on cherche à la diminuer, et s’attacher au point commun aide à ce but. Puis cette réduction de l’incertitude favorise l’attirance interpersonnelle et une plus grande intimité perçue plus rapidement.

Enfin, l’attirance joue un grand rôle dans la relation parasociale, tant au niveau du développement de la relation que de son initiation : celle-ci peut être d’ordre physique, social ou à la tâche (c’est-à-dire qu’on est attiré par la compétence de la figure et son activité perçue comme réussie). Ainsi, ce sont les figures médiatiques attirantes sur ces trois points qui seront davantage l’objet du parasocial, ce à quoi il faut rajouter leur « intrusion » c’est-à-dire à quel point elles prennent de la place à l’écran et la durée de leur exposition.

La relation parasociale a ses étapes : au début, pour le spectateur le but est la formation d’impressions, puis ensuite c’est de réduire les incertitudes, d’anticiper les résultats relationnels et d’en apprendre plus sur la personnalité. Enfin, il s’agit de nouer un lien personnel. Parfois le public peut chercher un contact physique et intégrer sa compréhension du personnage à sa propre identité et sa perception de soi. Vous trouverez un résumé à la fin de ce chapitre.


Le parasocial n’est pas que lié au divertissement 


Dans certaines réponses à notre sondage sur le parasocial, certains l’associaient à la seule sphère du divertissement populaire et certains aux comportements d’influenceurs. Or le parasocial advient même dans un contexte qui n’a rien du divertissement : personnellement, il y a par exemple des chercheurs pour lesquels je ne peux pas nier que j’ai du parasocial, car j’ai lu toutes leurs productions ou presque, chercher sciemment leurs apparitions médiatiques, appris des éléments de leurs vies, ait ressenti du deuil parasocial à leur mort. Et pourtant ils n’ont aucunement joué les influenceurs : n’oubliez pas que le parasocial peut être une attirance liée à la tâche, autrement dit une attirance pour le travail qui est montré lui-même et qui nous touche positivement.

Ainsi, le parasocial concerne aussi l’attachement à des figures de champs « sérieux » et on trouve par exemple des échelles qui ont été conçues spécifiquement pour mesurer le parasocial envers une figure politique :


Echelle : Parasocial politique (Hakim, Liu 2021)

Pour chaque affirmation, indique ton degré d’accord.

1. Je comprends et partage pleinement ses objectifs.

2. Je trouve son parcours de vie inspirant.

3. J’aimerais beaucoup dîner avec lui/elle.

4. Ses discours me touchent.


J’ai l’impression que cette échelle faite pour le parasocial avec les politiciens pourraient être exportable au parasocial avec des figures intellectuelles et tout domaine « sérieux » portant un discours. Par exemple, si j’applique cela aux chercheurs avec qui j’ai du parasocial, je réponds oui à tous les items. Je me demande aussi si on peut avoir ce parasocial politique pour des figures médiatiques qui ne sont pas officiellement liées au politique, mais dont les valeurs transparaissent par les actes, les choix, etc. Ou du moins qu’on interprète comme discourant ou mettant en scène nos mêmes valeurs. Par exemple dans les recherches sournoises de Cambridge Analytica, ils avaient trouvé une association étrange, où l’on pouvait prédire que ceux qui se disaient fan d’Harry Potter dans les années 2010 étaient de gauche : or, cela semble être une interprétation de l’univers et une projection de leurs propres valeurs dans l’œuvre, l’autrice témoignant dans les années qui suivirent du contraire. Le temps passant, j’ai vu le film Fight Club être défendu à la fois par des gens de gauche qui y voyaient une dénonciation, comme par des gens de droite qui le voyaient au premier degré comme quelque chose à atteindre. Autrement dit, on interprète les œuvres selon nos cadres intellectuels, ce qui participerait à construire un parasocial qui a un aspect aussi politisant. On reviendra plus tard sur l’aspect politique.


Un parasocial pour un groupe


Une échelle mesure aussi la relation non pas à juste une personne, mais au collectif d’une production médiatique. Par exemple, on ne serait pas juste attaché à un personnage de Friends, mais tout leur groupe ensemble :


Échelle de parasocial de groupe (Auter & Palmgreen, 2000)

Pour chaque affirmation, indique ton degré d’accord.

13. Les interactions des personnages sont similaires aux miennes avec mes amis.

14. Les interactions des personnages sont similaires aux miennes avec ma famille.

15. Mes amis sont comme les personnages.

16. J’aimerais interagir avec les personnages et mes amis en même temps.

17. En regardant l’émission, je me suis senti·e intégré·e au groupe.

18. Je me reconnais dans les attitudes des personnages.


Malheureusement ce parasocial vers tout un collectif me semble peu exploré. Or pour des cultures hors occident, j’ai l’impression que ça pourrait être plus important, si le ou la créatrice a des valeurs ou cultures d’égalité, d’horizontalité et de collectivisme. Par exemple, les autochtones d’Amérique racontent que leurs histoires peuvent être conçue sans personnage principal, l’histoire parlant de tout un collectif sans forcément mettre un personnage plus en avant14.

J’ai l’impression que dans des œuvres suffisamment vastes, que ce soit une série ou un jeu vidéo, on pourrait peut-être avoir un attachement parasocial à tout l’univers présenté dans son ensemble.


Quand le parasocial flirte avec le trouble


L’aspect problématique du parasocial n’était absolument pas mesuré par les échelles précédentes. Pour trouver l’aspect à la limite du trouble, il nous faut fouiner dans l’échelle du culte des célébrités :


Echelle de culte des célébrités (McCutcheon, Houran & Ashe, 2006)

Pour chaque affirmation, indique ton degré d’accord concernant [x].

1. Si je rencontrais [x] en personne, il/elle saurait déjà d’une manière ou d’une autre que je suis son/sa plus grand(e) fan.

2. L’une des principales raisons pour lesquelles je m’intéresse à [x] est que cela me permet de m’évader temporairement des problèmes de la vie.

3. [x] est pratiquement parfait(e) en tous points.

4. Je partage avec [x] un lien spécial, indescriptible.

5. Connaître [x], c’est l’aimer.

6. Quand il arrive quelque chose de mal à [x], j’ai l’impression que cela m’arrive à moi.

7. Quand [x] échoue, je me sens moi-même en échec.

8. Les succès de [x] sont aussi les miens.

9. Je considère [x] comme mon âme sœur.

10. Si [x] meurt (ou est mort), j’aurais l’impression de mourir aussi.

11. Si on me donnait plusieurs milliers de dollars à dépenser à ma guise, j’envisagerais de les dépenser pour un objet personnel de [x].

12. Quand il arrive quelque chose de bien à [x], j’ai l’impression que ça m’est arrivé.

13. Je suis obsédé(e) par les détails de la vie de [x].

14. J’ai des photos et/ou des souvenirs de [x] que je conserve toujours au même endroit.

15. J’adore discuter avec ceux qui admirent [x].

16. Suivre l’actualité de [x] est un passe-temps divertissant.

17. C’est agréable d’être avec ceux qui apprécient [x].

18. J’aime regarder, lire ou écouter [x], car cela me permet de passer un bon moment.

19. Découvrir l’histoire de la vie de [x] est très amusant.

20. J’aime regarder et entendre parler de [x] quand je suis en groupe.

21. Mes amis et moi aimons discuter des actions de [x].

22. Je mourrais volontiers pour sauver la vie de [x].

23. Si j’avais la chance de rencontrer [x] et qu’il/elle me demandait de faire quelque chose d’illégal pour lui rendre service, je le ferais probablement.

24. Si j’entrais chez [x] sans y être invité, il/elle serait heureux/heureuse de me voir.

25. Je pense souvent à ma célébrité, même quand je ne le souhaite pas.

26. Je me sens souvent obligé(e) d’apprendre les habitudes personnelles de [x].

27. [x] viendrait immédiatement à mon secours si j’avais besoin d’aide.

28. [x] et moi avons notre propre code pour communiquer secrètement.

29. Si [x] était accusé d’avoir commis un crime, cette accusation devrait être fausse.


Les items 24 et 28 en particulier sont proches de l’érotomanie, qui est un sous-type de ce qui entre dans la catégorie des troubles délirants. Dans ce trouble, l’individu croit que la figure médiatique est amoureuse de lui, et peut tenter de la contacter par différents moyens, voire pratiquer une surveillance et des actes illégaux15.

On peut voir certaines caractéristiques érotomanes à l’œuvre chez cette personne (croyance que la star lui parle directement, l’appelle) :


Si vous avez déjà vu ou ne pouvez pas voir la vidéo, vous pouvez cliquer ici pour accéder à un résumé rapide :

Ce reportage brosse le portrait de Pierre, un agent de sécurité marseillais dont l’admiration pour la chanteuse Mylène Farmer a évolué vers une obsession.

Persuadé que la star lui adresse des messages personnels à travers ses chansons, il organise son quotidien autour de rituels sportifs et spirituels dans l’espoir d’un mariage imminent qu’il a déjà formellement demandé par lettre. Il a choisi la paroisse (Notre-Dame des Neiges) et décrit la cérémonie à la minute près, s’imaginant déjà à l’autel

Pierre affirme sans l’ombre d’un doute : « Moi je sais qu’elle m’aime ». Il ne voit pas son attachement comme une simple admiration de fan, mais comme un amour partagé où Mylène Farmer ferait le premier pas à travers des messages codés. Il est persuadé que lorsqu’elle chante le prénom « Pierre », elle s’adresse directement à lui.

Pierre relate avoir reçu un coup de téléphone nocturne qu’il attribue avec certitude à la chanteuse, bien qu’il n’ait pas eu le temps de décrocher. Pour lui, ce n’est pas une coïncidence mais une preuve de sa tentative de le contacter : « Elle peut pas appeler une autre personne que moi ».

Cette passion a provoqué des ruptures amoureuses par le passé et l’empêche aujourd’hui de construire une relation réelle, malgré les tentatives de ses proches pour le sortir de sa bulle. Cela dépasse le cadre du fandom car Pierre ne cherche plus seulement un soutien émotionnel dans l’image de la star, mais exige une réciprocité et vit dans une certitude absolue que la relation sociale existe déjà.


La personne pense que l’amour est véritablement réciproque, à l’initiative de la figure médiatique (même s’il n’y a pas eu d’interaction réelle).

Cela n’a pas de rapport avec la schizophrénie ou la consommation de substance. Le trouble délirant est rare, est considéré comme tel s’il dure depuis au moins un mois. Il arrive au milieu de la vie, pouvant ne pas compromettre le fonctionnement psychosocial en général, excepté pour les comportements qui dérivent du délire lui-même.

Ainsi, cette échelle a fait pas mal débat chez les chercheurs : comme elle mêle des points ne relevant pas du tout du pathologique ainsi que ceux relevant de trouble, elle donne l’impression qu’être fan c’est commencer à entrer dans la pente glissante vers un trouble. Or ce n’est évidemment pas le cas, les érotomanes étant rares. Cependant je tenais à la présenter, car à travers les items on voit bien la différence entre un parasocial non pathologique et celui qui commence à avancer dans le trouble.

Autrement dit, il y a deux cas où le parasocial devient pathologique : 1. quand cela se substitue à toutes les relations interpersonnelles, 2. lorsque la personne attend une réciprocité irréaliste16.

Ce n’est ni la figure médiatique, ni la relation en elle-même qui provoque le trouble : les personnes qui auraient des scores élevés aux caractéristiques intenses de cette échelle de culte des célébrités (comme ‘c’est comme mon âme sœur’ ‘si elle meurt je ne veux plus vivre’) corrèlent avec une flexibilité cognitive basse17 , à des problèmes d’image corporelle, aux addictions et à la criminalité18, à la dépression, l’anxiété, le stress, la maladie19.

Ma théorie est davantage qu’en raison de beaucoup de problèmes que ces individus affrontent IRL comme en témoignent les corrélations précédentes, ils s’accrochent d’une façon démesurée à une figure de référence, parce que c’est peut-être l’une des seules relations ‘stables’ et sécurisantes à laquelle se référer, y trouver quelque chose de bon.


Résumé


Ce ne sont pas les seules échelles disponibles pour mesurer le parasocial et ces phénomènes. Au cours du dossier, on en verra d’autres sur les antifans, les ruptures parasociales. Dans la littérature20, on en retrouve aussi d’autres, à destination des enfants ou encore distinguant le parasocial amoureux de l’amical, etc.

En résumé, si on explore la notion, on obtient cette synthèse21 , qui permet de regarder les étapes du parasocial à travers le temps :

(le tableau est peut être plus lisible dans le PDF ou le livre papier)



étape d’initiation de la relation parasocialeétape d’expérimentation de la relation parasocialeétape d’intensification de la relation parasocialeétape d’intégration de la relation parasociale
ButsFormations des impressions et des dispositionsRéduction de l’incertitude, prévision des résultats relationnels, apprentissage accru pour garantir la cohérence/atteindre la certitudeRecherche d’intimité, former une relation personnelleIntégration à sa propre identité, recherche de contact physique si c’est possible
manifestationcognitive. attention . curiosité . comparaison sociale . évaluation critique . haute incertitude. meilleure connaissance . baisse de l’incertitude. Sentiment de bien connaître la figure . Penser à la figure même hors interaction parasociale . Avoir des dialogues internes avec la figure/le personnage. moins critique en cas de scandale/transgression . se définir comme fan de la figure/du personnage . être perçu par les autres comme fan de la figure
affective. attraction physique et sur la tâche, mais pas les autres. attraction sociale pour la figure . sentiments positifs (ou négatifs) pour la figure . Aimer ou avoir de la sympathie pour la figure (ou détester la figure dans le parasocial négatif). Sentiments que la figure est comme un ami/une mère/un. e partenaire romantique . Réactions émotionnelles fortes et empathie pour la figure. . Sentiments de camaraderie. Sentiments d’intimité . sentiments de dévotion . se sentir apaisé par le personnage . Sentiments négatifs envers les antifans de la figure.
comportementale. rechercher davantage d’exposition à la figure . rechercher plus d’informations à propos de la figure. exposition à la figure dans d’autres productions . exposition à l’information sur la figure dans d’autres médias. revoir le contenu . chercher d’autres médias parlant de la figure . suivre la figure sur les réseaux sociaux . discuter de la figure avec les autres. passer du temps à penser à la figure ou du temps à des activités liées à la figure. . rejoindre des fans clubs. . acquisition de souvenirs liés à la figure . créer des fans fictions. . chercher un contact avec la figure . se changer à cause (ou grâce) de la figure
Items correspondant aux étapes• Je connais très peu cette personne • Il/Elle me semble attirant(e), même si je ne le/la connais pas
• Pour l’instant, je ne sais pas grand-chose de lui/elle, mais X a l’air d’être quelqu’un que j’aimerais bien connaître
• Je n’ai pas de réaction émotionnelle forte face à ce qui arrive à X
• Je me suis demandé(e) si X me ressemble
• J’aime essayer de prédire ce que ferait X • Je prends conscience des aspects de X que j’ai vraiment appréciés ou détestés • Je suis curieux d’en apprendre davantage sur la vie de X • Je consomme des contenus médiatiques mettant en scène X car je souhaite savoir comment les choses pourraient évoluer autour de lui/elle
• J’aimerais avoir une conversation informelle avec X […]
• X m’a mis à l’aise, comme si j’étais avec un ami • Je considère X comme un vieil ami
• J’ai l’impression de comprendre les émotions que ressent X
• Je suis très ému par ce qui arrive à X
• Je me soucie de ce qui arrive à X
• Je connais très bien la vie de X
• Je sais tout de lui : son histoire, sa biographie, sa personnalité, etc.
• Je suis très au courant des détails de la vie de X […]
• Je partage avec X un lien spécial indescriptible
• Je suis plus dévoué(e) à X qu’à quiconque
• Je consacre beaucoup de temps à des activités liées à X
• Mon entourage me considère comme un(e) fan de X
• J’ai l’impression de penser à X tout le temps
• Je me tourne vers X quand j’ai besoin de réconfort
• X me permet de m’exprimer et de révéler ma singularité […]
prédicteursfigure médiatiqueAttractivité Moralité des actions Similarité superficielle PopularitéSimilarité à des niveaux profonds Accessibilité

spectateurAttractivité (physique) Exposition passée Besoins/motivationsAttraction (sociale/tâche) LudicitéStyle d’attachementType de personnalité Besoin de compensation Besoins d’identité et d’autonomie.
interactionTaille sur l’écran, brisage du 4eme mur (Indices de l’interaction parasociale PSI)Valence et total de PSIViolation des attentes Réciprocité perçue Révélation de soi du personnageSatisfaction venant des étapes de relation précédentes Fréquence et qualité des interactions
Résultats


↑ attention ↑ rétention ↑Contre argumentation ↑comparaison sociale
↑exposition ↑joie (enjoyment) ↑Suspense↑Interprétation ↑ modélisation et influence ↑Sentiment d’efficacité de la réactance et de la contre argumentation ↑ penser à la figure en dehors des moments d’exposition↑ humeur et concept de soi ↑ auto-altération

La semaine prochaine nous commencerons à explorer les effets de la relation parasociale !


Note de bas de page


Cliquez pour consulter toutes les notes de bas de page et la biblio 

La bibliographie totale est disponible ici :

1 Cité dans Tukachinsky Forster, Rebecca (ed.), The Oxford Handbook of Parasocial Experiences (2023),

2 Adams-Price & Greene (1990) et Giles & Maltby (2004) montrent que les relations parasociales romantiques fonctionnent comme des « répétitions » ; Theran, Newberg & Gleason (2010) montre que des adolescentes utilisent leur coup de foudre médiatique qui s’aider à la transition vers des relations romantiques réelles plus tard dans la vie. Tukachinsky Forster (2021) montre à quel point c’est une répétition saine. Adam & Sizemore (2013), Erickson et al. (2018) et Erickson & Dal Cin (2018) montre à quel point les relations parasociale représentent un espace sûr, ou les bénéfices en termes de relations interpersonnelles sont maximisés, tandis que les risques comme le rejet, les peines voire même les risques sanitaires et les traumas sont limités. Engle & Kasser (2005), Erickson et al. (2018), Collins et al. (2009) et Shulman & Seiffge-Krenke (2001) montrent que cela permet aux ados de définir leur préférence, comprendre leurs propres émotions, accepter, modifier ou rejeter certains scripts relationnels. Cela les aide à se définir eux-mêmes et comprendre l’attachement romantique et leurs émotions spécifiques.

3 Giles 2000, voir aussi Brown, W. J., Basil, M. D., & Bocarnea, M. C. (2003). Social influence of an international celebrity: Responses to the death of Princess Diana

4 “La recherche actuelle a examiné les mécanismes psychologiques et les conséquences comportementales de l’engagement avec Donald Trump sur Twitter et la mesure dans laquelle les gens étaient conscients des effets de leur lien parasocial sur leurs attitudes. À travers une expérience (N = 243) et deux études corrélationnelles (N = 373 ; N = 384), nous avons constaté que les participants ayant des attitudes politiques préexistantes similaires à celles de Trump ont montré un goût accru de Trump avec une exposition à son fil Twitter. Ces effets ont été médiés par un lien parasocial. En d’autres termes, lorsque des personnes ayant une idéologie politique similaire à celle de Trump ont lu son fil Twitter, elles avaient l’impression de le connaître personnellement (c’est-à-dire qu’elles formaient une relation parasociale avec lui), qui les prédisait de l’aimer encore plus. À l’inverse, les personnes ayant des idéologies politiques qui ne ressemblent pas à celles de Trump l’ont moins aimé lorsqu’il est exposé à ses tweets. Fait important, les individus ignoraient que s’engager avec Trump sur Twitter affectait leur point de vue sur lui.”

Paravati, E., Naidu, E., Gabriel, S., & Wiedemann, C. (2020). More than just a tweet: The unconscious impact of forming parasocial relationships through social media. Psychology of Consciousness: Theory, Research, and Practice, 7(4), 388–403. https://ubwp.buffalo.edu/gabriellab/wp-content/uploads/sites/65/2025/04/Paravati-E.-Gabriel-S.-Naidu-E-Wiedemann-C.-2020.-More-Than-Just-a-Tweet.pdf

5 Kowert et Daniel 2021, Leith 2021, Mclaughlin et Wohn 2021 parlent d’interaction multisociale.

6 Hall (2019)

7 Zajonc (1968)

8 Giles (2002)

9 Mar et Oatley (2008).

10 Notamment Queer as folk, Bond (2022a).

11 L’émission en question était The biggest loser, Siegenthaler 2021.

12 Tukachinsky et Foster, s.presse, cité dans Tukachinsky Forster, Rebecca (ed.), The Oxford Handbook of Parasocial Experiences (2023),

13 Erickson (2019)

14 « Nous sommes des histoires : réflexions sur la littérature autochtone », collectif, 2018

15 DSM V ; Trouble délirant – Troubles psychiatriques – Édition professionnelle du Manuel MSD

16 Groszman (2020)

17 Malby (2003,2005), Martin 2003

18 Sheridan (2007)

19 Malby et Giles (2008)

20 Par exemple dans Tukachinsky Forster, Rebecca (ed.), The Oxford Handbook of Parasocial Experiences (2023)

21 Cette synthèse est issue de Tukachinsky Forster, Rebecca (ed.), The Oxford Handbook of Parasocial Experiences (2023)


Cet article et ses suites sont disponibles intégralement ici :

📖 En livre papier : parasocial livre
🗏 Télécharger en PDF : parasocial pdf

🎥Vous souhaitez voir ce sujet en vidéo ? Vous pouvez participer à notre crowdfunding ici : HUB 404 : la nouvelle série YouTube de Hacking Social – Ulule


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Parasocial partout. Dès lors qu’on s’exprime, crée ou fabrique quelque chose qui entre en contact avec un public, il est possible que des expériences parasociales adviennent.

L’asymétrie du parasocial. un public peut connaître finement une figure médiatique, tandis que la figure médiatique ne connaît pas les individus précis qui le composent.

Parasocial ≠ érotomanie. Dans le parasocial, on sait l’asymétrie du lien ; dans l’érotomanie, on croit au contraire que le lien est réciproque, ce qui est très différent du parasocial.

⬧Sentiment de sécurité sociale. La familiarité, la prévisibilité des comportements et le retour régulier d’une figure peuvent créer un sentiment de sécurité.



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05.09.2026 à 14:23

Thread de pourquoi mon dernier ouvrage peut-être “trop”, « bizarre », et que c’est même fait exprès. 

Viciss Hackso

Le dernier ouvrage (le pdf et le premier chapitre sont dispo ici [PS1] Brûlez vos…
Texte intégral (1608 mots)

Le dernier ouvrage (le pdf et le premier chapitre sont dispo ici [PS1] Brûlez vos idoles ? Parasocial, réparer nos liens médiatiques – Hacking social )  peut peut-être apparaître comme surmenant, trop, “overwelming” surtout si vous avez besoin d’esthétique minimaliste au quotidien pour votre sérénité. Je vous explique pourquoi j’ai fait ces choix qui peuvent être bizarres pour beaucoup. 

Effectivement, il peut y avoir un ressenti d’esthétique maximaliste dans cet ouvrage parce que y a des sous-structures dans tous les sens, que ce soit les encadrés, 

les questionnaires cochables et calculables :

et je ne parle même pas des cartes 😀

On est où là en fait, à la fête foraine ou dans un livre, sérieux ? On comprend rien !!! 

En fait cette abondance que d’autres pourraient considérés comme un chaos délirant a pour fonction de multiplier vos possibilités et votre liberté : 

Les encadrés sont en fait là pour vous laisser le choix de soit aller voir la vidéo et ne pas lire le texte, soit lire le texte plutôt que de la regarder. 

Les questionnaires sont laissés à dispo soit pour être inspectés, analysés ou remplis si vous le souhaite?. Sur le site, y aura le formulaire qui calculera pour vous

 (petit spoiler du futur article qui sera publié début semaine prochaine :  ) 

J’ai laissé aussi ce gros schéma si on souhaite avoir une grille cochable pour brainstormer, parce que ce livre n’a pas à être sacralisé au point de ne pas être touché de votre encre. Vous pouvez le gribouiller.

C’est aussi pour ça que j’ai mis ces effets sur les vignettes : si vous voulez gribouiller les portraits, c’est davantage possible que si j’avais mis les vignettes telles qu’elles apparaissent sur youtube. 

Avec cet ouvrage, j’ai été particulièrement bloggeuse : j’étais là pour vous partager des trucs intéressants, à vous de vous les approprier (y compris si c’est pour les rejeter et faire l’inverse) et il fallait que la maquette de ce bouquin le permette matériellement : d’où son délire maximaliste avec ces possibilités que vous pouvez prendre ou non. 

(je précise que mon emploi du mot “délire” vise à me réapproprier l’étiquette de “délirante” qu’on m’a adressé afin d’y charger une valence positive qui était assez commune dans ma génération Y, un peu comme aujourd’hui le mot dinguerie est retourné avec une forte valence positive)  

Ce n’est pas que pour vous laisser plus de possibilités de réappropriation que j’ai fait ces choix, c’était aussi pour me mettre au défi et tenter de construire des formes nouvelles qui coïncident avec des souhaits d’empuissantement des gens et un besoin de créativité. 

L’autoritarisme grimpant nous force à nous raccrocher à des normes convenues, traditionnelles, des formes “conformes”. Tenter de proposer des choses nouvelles, quitte à ce qu’elles prennent le risque de paraître incongrues, trop, indécentes ou délirantes est pour moi important pour résister mentalement aux tentatives de contrôle m’incitant à me conformer aux formes traditionnelles. Désolée, mais je continuerais à avancer.

Certains peuvent aussi traduire leur confusion face à mes choix maximalistes comme une faute, une erreur à corriger, une incompétence. C’est très courant qu’on adresse ceci aux femmes, car on ne nous reconnaît pas vraiment le droit de sortir des normes. Ainsi, si on le fait quand même, ces gens ne prennent pas le temps d’interpréter cette sortie de la route comme étant de la créativité sciemment réfléchie, puisque nous sommes des femmes, c’est forcément qu’on ne savait pas, qu’on a fauté. Et ils adorent tellement pouvoir nous faire la leçon que non, ils ne vont pas chercher à interpréter les choses étranges comme un choix réfléchi. 

Face à ça, j’ai décidé que je n’en avait rien à faire et que j’avancerai quand même, qu’importe si c’est jugé ou ignoré avec dégoût 😀

Je n’ai pas le luxe de pouvoir attendre que les gens jugent moins et cherchent à comprendre pour avancer et continuer dans mon envie de vous partager un maximum de possibilités, d’espoir, de play contre les problèmes. C’est cela que vise ce bouquin bizarre dont le thème cache la quête principale. Mais il s’agit bien de donner du fuel pour résister au dooming, à l’impuissance acquise, à la déprime,  pour relever la tête face à la honte d’avoir été infériorisé en tant que femmes, LGBTQI+, racisés, marginalisés. Le livre montre que la sale réputation du parasocial visait à neutraliser nos sources d’empuissantement, de restauration, de construction, de politisation, de forces collectives. J’espère néanmoins que certains arriveront à le comprendre et en tireront du fuel. 

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01.09.2026 à 09:53

[PS1] Brûlez vos idoles ? Parasocial, réparer nos liens médiatiques

Viciss Hackso

Le parasocial, c’est mal. C’est un biais, un problème, c’est ridicule, gênant, voire parfois dangereux.…
Texte intégral (13246 mots)

Le parasocial, c’est mal.

C’est un biais, un problème, c’est ridicule, gênant, voire parfois dangereux.

Ce sont les vagues sentiments que la notion de “parasocial” me procurait avant que je décide de jeter un œil sur les recherches scientifiques et que je tombe de mon fauteuil, tant ces vagues sentiments ne s’harmonisaient pas aux données que j’avais sous le nez.

Était-ce juste moi qui avais été particulièrement mal informée, ou est-ce que ce malentendu était partagé ?

Cet article et ses suites sont disponibles en intégralité ici :

Alors le 10 février dernier, via un sondage sur twitter/x1 et l’onglet communauté YouTube de notre chaîne2, j’ai demandé votre avis :

Pas mal de personnes en commentaire ont pu dire qu’elles n’avaient aucune idée de ce que ça voulait dire : le parasocial, c’est une relation sociale unilatérale entre un public (spectateur, lecteur/auditeur/follower, etc.) et une figure médiatique (stars ou célébrités dites traditionnelles comme des artistes, acteurs, réalisateurices, stars de télé, politiciens, personnages de fiction ; les micro célébrités, c’est-à-dire les influenceurs sur les réseaux sociaux, les créateurs de contenus sur le web, les youtubeurs, etc.). Le public peut parfois tellement bien connaître la figure médiatique, qu’on le décrira comme fan. Mais la figure médiatique, elle, ne le connaît pas du tout, ce qui crée une asymétrie. Même si le spectateur ressent son savoir comme très complet, en réalité il est assez partiel, puisqu’il n’a accès qu’aux informations qui ont été rendues publiques. La relation parasociale peut ressembler à de l’amitié, de l’amour, du familial ou de la rivalité et de l’antipathie (on déteste cette figure médiatique, voire on est dans la haine envers elle).

Comme vous pouvez le constater à la prédominance du négatif dans le sondage, mais surtout au peu de réponses positives, nous avons tous été biberonnés à l’idée que le parasocial, c’était majoritairement négatif, voire carrément un biais préjudiciable. Dans les avis les plus faux qui nous ont été injectés, le parasocial serait individualisant, dépolitisant, mixé à la sale réputation prêtée au divertissement, voire confondu avec celui-ci.

Or c’est faux à bien des titres : est-ce qu’on s’est fait duper ?

Pourquoi ? Comment ?

Ma théorie est que sur l’internet francophone, il y a peu de contenus vulgarisant cette notion sans opérer des coupes stratégiques ou involontaires.


Ce que le Net nous a dit sur le parasocial


Avertissement : ici, dans ce dossier rédigé début 2026 nous allons citer certains créateurs de contenus qui ont été mis en cause dans différentes affaires. Ce n’est absolument pas par ignorance de ces affaires ni par “soutien” des accusés.

Comme il n’est pas question de vous imposer le visionnage de quelconque vidéo pour comprendre notre propos, nous avons fait le choix de proposer un résumé pour toutes les vidéos directement au cœur des propos (y compris celles pour lesquelles il n’y a pas d’accusation). Ce résumé ne sera pas lui non plus imposé dans le corps du texte, donc si vous décidez de le consulter, vous devrez cliquer dessus pour le dérouler :


Normalement si tu cliques à n’importe quel endroit de cette phrase, ça va dérouler le texte

bravo ! c’est réussi, et en recliquant, ça le fermera.


Ainsi cela vous laisse plus de choix, car vous pourriez ne pas vouloir voir ces vidéos pour d’autres raisons. Lire le résumé peut parfois aussi être plus rapide ou techniquement plus accessible selon vos circonstances de lecture, c’est pourquoi je pense que je garderai cette habitude pour d’autres articles.

Attention je vais commencer par explorer ce qui nous a donné une idée négative du parasocial, ce qui nous a potentiellement dupés, donc n’allez pas croire que parce que c’est en premier ce serait le “meilleur” contenu : c’est simplement le plus visible, ce qui est un critère qui ne dit rien de la qualité du contenu.

Vidéos de vulgarisation sur le parasocial

La plus vue est celle de Dirtybiology, publiée en 2022 (807k en mars 2026). Peu de temps après sa publication, Médiapart a révélé chez son auteur des agissements de violences psychologiques et sexuelles sur de nombreuses femmes :


Si vous avez déjà vu ou ne voulez pas voir la vidéo, vous pouvez cliquer ici pour accéder à un résumé :

Même si les spectateurs n’ont vu que quelques dizaines d’heures de vidéo en 7 ans sur lui, celui qui allait être mis en avant pour VSS par Médiapart, souligne que certains de ces abonnés cultivent un rapport très amical avec lui. Ce qu’ils aiment n’est pas la personne réelle, mais une version très fabriquée, un personnage réduit à quelques dimensions.

Le cerveau traite ces liens comme de véritables amitiés : il cite une étude qui montre que la fin d’une série peut provoquer une détresse comparable à celle d’une vraie rupture amicale. Il donne à ce phénomène une explication évolutionniste : selon lui, ce comportement viendrait de nos ancêtres primates qui gagnaient à suivre et imiter les individus de statut social “élevé” pour apprendre des techniques de survie.

Il nous présente des mécanismes qui déformeraient notre perception des célébrités :

L’effet de halo : Si nous trouvons une qualité à une personne (beauté, intelligence), nous avons tendance à lui en attribuer d’autres automatiquement (moralité, humour). Cela expliquerait pourquoi on suit les conseils médicaux d’une actrice ou les avis philosophiques d’un physicien ;

L’essentialisation : pour gérer un grand nombre de relations, notre cerveau compresserait les individus complexes en personnages simplifiés.

L’authenticité fabriquée : les plateformes comme YouTube ou Twitch encourageraient la création d’un sentiment de sincérité et de proximité

Vendre de l’affect : le produit principal vendu par les créateurs serait souvent une forme de « travail émotionnel ». La stabilité financière dépendrait du visage public affiché plutôt que de la qualité intrinsèque du travail.

La « cancel Culture » : les “rumeurs”* pourraient mener à des annulations publiques violentes et traumatisantes en cas de déception des attentes de la communauté.

L’effet de halo négatif : La haine serait tout aussi contagieuse que l’amour et fonctionnerait selon les mêmes mécanismes de groupe.

Il conclut en disant que nous serions biologiquement mal équipés pour interagir “rationnellement” avec des personnes de statut social “élevé”. Le seul remède proposé est de rester conscient de l’existence de ces liens parasociaux et des biais qu’ils engendrent.


L’un des problèmes est qu’il ne parle pas des nombreux aspects positifs du parasocial4 notamment quand on se met à la place du public.

Au contraire, il ne souligne que son irrationalité supposée, à travers les biais (essentialisation, effet de halo) face à la figure “supérieure”, qui sont, en plus, assez peu représentatifs de ce qui compose l’expérience parasociale.

La responsabilité, les choix du créateur, sont également complètement absentes du propos, et les fautes sont rejetées sur des plateformes oppressantes qui pousseraient à ne faire que du parasocial.

Le décalage avec ce que dit la recherche apparaîtra progressivement au fil du dossier, mais ce qui me questionne davantage que la sélection partielle des éléments de la littérature, c’est l’image que cela nous laisse du parasocial : un truc primitif lié à nos biais, à la merci du capitalisme, phénomène pour lequel on ne serait pas « biologiquement » équipés, tant on serait fasciné par ces gens beaux et supérieurs, et que la seule solution serait de rester conscient de ces biais.

Cette vidéo a pu être considérée comme du contrôle des dommages à son image publique. Elle est sortie juste avant les accusations de violences, et c’est comme s’il préparait ces abonnés à apprendre des facettes de lui qu’ils n’imaginaient pas (appui sur le « halo négatif », « la cancel culture »). Quatre ans après ce “cancel” il a toujours plus d’un million d’abonnés et continue son activité.

Puis on trouve celle de Cyrus North, publiée en 2021 (551K en mars 2026) :


Si vous avez déjà vu ou ne pouvez pas voir la vidéo, vous pouvez cliquer ici pour accéder à un résumé rapide :

Cyrus North remarque que lorsqu’il exprime une opinion divergente, il reçoit des messages de déception profonde (« pas toi Cyrus »), signe que les spectateurs ont projeté sur lui des valeurs et une proximité qu’ils croyaient réelles. Il définit la relation parasociale comme un lien unilatéral où le public a l’impression de connaître intimement une personne qui, elle, ignore son existence.

Pour expliquer pourquoi ce sentiment est si fort, il reconnaît les déterminants qui augmentent cette proximité : Il filme dans son salon, parle de ses plantes ou de son animal domestique, ce qui crée de l’intimité. Il partage des moments vulnérables, comme ses émotions lors d’une rupture, ce qui crée une intensité émotionnelle. Il publie beaucoup, tant en vidéos, lives et stories, et cela peut donner l’impression de passer des journées entières avec lui. De plus, il peut y avoir des formes de réciprocité, lui fournissant du contenu, tandis que l’abonné soutient via des likes ou des partages.

Il ajoute que l’adresse directe (regarder la caméra, dire « tu ») et la fréquence des publications renforcent cette sensation de lien personnel.

Cyrus North explique que l’abonné sait rationnellement qu’il n’est pas l’ami du créateur, mais que son cerveau traite instinctivement cette présence médiatique comme un proche. C’est ce qui explique que, malgré la logique, ces relations apportent un réel soutien émotionnel et peuvent même booster les performances cognitives, agissant comme un « tampon » contre le rejet social.

Cette relation crée des situations étranges lors de rencontres réelles : les fans connaissent des détails très intimes de la vie du créateur (comme sa rupture), créant un décalage gênant car le créateur, lui, rencontre un parfait inconnu.

Il souligne également qu’en raison de cette projection, il est inévitable qu’il déçoive une partie de son audience à un moment donné, car il ne peut pas correspondre à l’image morale ou amicale parfaite que chacun a construite dans sa tête.

Cyrus North conclut qu’il est important de « se dire les choses ». S’il rappelle qu’il n’est pas l’ami de ses abonnés, ce n’est pas pour mettre de la distance, mais pour assumer une relation saine et consciente. Il valorise la place de la « communauté », qu’il distingue de l’amitié privée, et reconnaît que ces liens, bien qu’asymétriques, ont une valeur sociale et émotionnelle positive dans la vie des gens.


Ici on est plus proche d’un équilibre sur la notion, puisqu’il reconnaît l’apport du parasocial sur les personnes, il reconnaît comment il détermine ce parasocial par ces pratiques d’intimité.

Cependant cette vidéo sera particulièrement critiquée au même titre que celle d’avant :


Si vous avez déjà vu ou ne pouvez pas voir la vidéo, vous pouvez cliquer ici pour accéder à un résumé rapide :

Grégoire Simpson propose une critique sociologique du discours des créateurs sur le parasocial. Il analyse comment des vidéastes comme Cyrus North ou Dirty Biology utilisent la science pour, paradoxalement, renforcer leur emprise tout en se déresponsabilisant.

Le youtubeur souligne un décalage dans la vidéo de Cyrus North. D’un côté, le vidéaste utilise des concepts comme l’alief pour expliquer que le sentiment d’amitié de l’abonné est un biais cognitif. De l’autre, il termine sa vidéo en tutoyant son public, en le regardant droit dans les yeux et en envoyant de l’amour (« love », « je vous embrasse »), ce qui ravive précisément l’illusion d’intimité qu’il prétend dissiper.

Contrairement à l’idée que le parasocial naîtrait uniquement dans la tête du spectateur, Simpson affirme qu’il s’agit d’une réaction adaptée à une mise en scène. Ce sont les youtubeurs qui initient ce registre amical par leur mise en scène. Le « Je ne suis pas ton ami » est perçu comme une manière tordue de nier sa propre participation à une relation dont le créateur est l’instigateur et le bénéficiaire.

Simpson explique que le travail sur YouTube repose sur la transformation de l’audience en une marchandise valorisable : le créateur accumule un capital communautaire qui place la relation affective au cœur de son travail. La position sociale du youtubeur dépend de l’instrumentalisation de l’intime ; il a donc un intérêt financier et symbolique direct à entretenir activement cette illusion d’intimité.

En s’appuyant sur Max Weber, la vidéo décrit le pouvoir des influenceurs comme une domination charismatique. Ce pouvoir est fragile car il dépend de la croyance des adeptes en les qualités du leader.

Stratégie de défense : En présentant l’attachement des fans comme un « biais psychologique », le créateur se protège des attentes morales de sa communauté.

Inversion de la charge : Ce discours permet à des hommes en position de pouvoir (comme l’illustre le cas des accusations contre Léo Grasset) de se déresponsabiliser en faisant porter la charge de la relation sur l’audience.

L’auteur conclut que la relation est marquée par deux déséquilibres majeurs que les créateurs ont intérêt à occulter : l’illusion de réciprocité créée par le montage, l’adresse directe et la domination réelle exercée par le créateur sur son audience.

En résumé, pour Grégoire Simpson, si les youtubeurs ne sont pas nos amis, ils utilisent le registre de l’amitié comme un outil de domination pour maintenir leur position tout en s’efforçant d’échapper aux obligations morales qui l’accompagnent.


Effectivement, je le rejoins sur le fait que Dirty Biology, en présentant le parasocial comme un biais, et cela juste avant les révélations de Médiapart, produit un effet de déresponsabilisation du créateur dans la relation parasociale. Mais ce n’est pas le cas dans la vidéo de Cyrus North, qui donne littéralement la recette du parasocial côté créateur, comme la recherche le rapporte.

Le parasocial est vu ici comme une marchandise industrielle, la bonne réputation ou l’appréciation n’étant qu’un capital, ce qui valide un classement hiérarchique et différents statuts ayant des parts de domination plus ou moins importantes sur les gens.

Dans cette vidéo de Simpson, là encore le point de vue du spectateur et les bienfaits de la relation sociale sont mis de côté, et on retrouve des interprétations hiérarchiques au parasocial.

Si je partage une partie des critiques, que la réflexion est très intéressante, je m’oppose à l’idée que l’amitié et tout ce qui déterminerait un futur parasocial, n’a que pour fin de gagner de l’argent, de la réputation et de la domination.

Certes, certains prédateurs peuvent très bien poursuivre ces objectifs, mais c’est ignorer quantités d’autres motivations qui poussent les créateurs à créer et se comporter à l’écran d’une certaine manière. Les créateurices ne sont pas nécessairement des prédateurs alimentant et exploitant des effets de domination permis par la relation parasociale.

On pourrait imaginer que peut-être 5 Cyrus veut être sympathique avec les gens, parce qu’il aime tout simplement se comporter comme ça, c’est-à-dire qu’il aurait une motivation intrinsèque à ce comportement6. Peut-être que pour lui c’est une valeur importante que d’être au plus accueillant et que l’inverse qui le révulse, même si on lui apprenait que ça peut rapporter plus d’argent que d’être insultant. Les décisions de création d’un contenu ne sont pas uniquement déterminées par l’argent que ça pourrait générer. C’est d’autant plus le cas sur le Net, où il y a une quantité astronomique de contenus, dont beaucoup ne sont pas à même de rapporter quelconque argent ou statut, qu’ils soient aptes à créer du parasocial ou non.

Il peut exister des interprétations alternatives à celle évolutionniste à la Dirty Biology, ou marxiste à la Gregoire Simpsons : dans une revue d’études sur les écrivains, une approche évolutionniste a posé l’hypothèse que les auteurs faisaient ce qu’ils faisaient pour des bénéfices reproductifs, qu’on pourrait interpréter dans le logiciel sociologique-marxiste comme une quête de domination charismatique, parce que dans le capitalisme on cherche à dominer dans une structure qui nous domine aussi, et nous injecte ses propres buts. Les résultats n’ont pas été concluants du tout. Par contre, lorsqu’ils ont posé l’hypothèse (également évolutionniste) que cette activité de création relevait plus du care (prendre soin d’autrui, être attentif à ces besoins), là il y a eu des résultats significatifs.

On créerait potentiellement pour partager et prendre soin. Comme l’exercice de l’empathie peut décupler nos satisfactions, voir l’autre satisfait peut être récompensant en soi, donc un but en soi. L’explication évolutionniste à ceci, c’est que nous sommes des animaux sociaux ne devant leur survie qu’au groupe, donnant en plus naissance à des individus extraordinairement fragiles pendant longtemps, demandant notre attention et nos soins pour survivre. Alors nous sommes équipés d’empathie et autres instincts au care, et toute cette machinerie nous procure des plaisirs variés décuplés quand on peut célébrer ensemble.

Si j’applique cette piste à notre sujet du parasocial, alors celui-ci serait lié à une activité relationnelle qui consisterait au fait de donner et recevoir du care, pour s’entraider et avancer ensemble. Ainsi les gens continueraient à créer même lorsque les structures ne rémunèrent pas cette activité par de l’argent, de la notoriété, parce que ce care à travers la création est plaisant en soi. Et c’est exactement ce que me semble être un terrain comme YouTube ou Internet : quelques stars en tirent effectivement un revenu énorme, d’autres en vivent avec plus ou moins d’aisance, mais une quantité astronomique de créateurs et partageurs n’en tire rien. Cette situation peut évidemment les désoler, d’autant plus s’ils souhaitaient en faire une carrière, mais ils peuvent n’en avoir que faire si leurs buts étaient placés ailleurs.

Anecdotes sur le public

Même sans connaître la notion, on a pu se faire une idée de celle-ci avec des anecdotes, des illustrations, observations des relations entre public et figure médiatique. Cela a pu se faire en direct, en assistant à des rencontres, des conventions, comme à travers des news ou des contenus qui révèlent l’envers du décor ; des créateurs sur le Net peuvent en parler ouvertement.

Par exemple, le joueur du grenier (JDG)* a parlé des moments traumatiques en conventions :


Si vous avez déjà vu ou ne pouvez pas voir la vidéo, vous pouvez cliquer ici pour accéder à un résumé rapide :

Dans ces vidéos, le JDG témoigne de ce qui se passe dans les conventions et les rencontres publiques. Il souligne que certains fans ignorent souvent les accompagnateurs (conjoints ou amis) du streamer, les traitant comme des objets invisibles car seule la figure médiatique existe à leurs yeux. Il appelle à dire au moins bonjour.

Il cite aussi l’habitude de faire des références à de vieilles blagues présentes dans ses vidéos. Or le créateur qui a passé des dizaines d’heures à monter ces séquences finit par les oublier ou sature. Le JDG appelle à être « normal » plutôt que de chercher à performer le lien parasocial.

Certains fans vont très très loin (monsieur H), par exemple en réussissant à dormir chez lui puis chez d’autres youtubeurs, les manipulant à croire qu’il était un ami commun. Monsieur H se permettait de donner des conseils absurdes comme ne pas se doucher pour perdre du poids, ou faisait des propositions sexuelles déplacées (plans à trois).

Mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’il relève comment la structure et la gestion de la foule par la convention rend la rencontre parasociale particulière : À la Japan Expo, les fans pouvaient attendre plus de 6 heures debout dès l’ouverture, menant à des évanouissements.

JDG mentionne des scènes surréalistes, où des gens tombaient dans les pommes dans les files d’attente et étaient « balancés par-dessus la grille » comme des cadavres pour être pris en charge. Il parle d’une jeune fille passée à travers une vitre à cause de la pression de la foule, et qui se présente au stand couverte de pansements et de coupures juste pour sa dédicace.

Des individus ont organisé des escroqueries au sein même des files d’attente, faisant payer les fans en prétendant qu’Antoine Daniel demandait de l’argent pour garantir l’accès à la dédicace.


Ces exemples parasociaux peuvent donc apparaître bizarres, car les règles habituelles simples de politesse semblent ne plus être évidentes à suivre, tant certains fans sont fascinés par leur star. Le contenu de la figure médiatique est pris comme un mode d’emploi, une règle du jeu pour établir un contact, socialiser positivement, ainsi ils performent les sketchs devant eux ou rappellent des anciennes blagues. JDG appelle à juste se comporter normalement.

Et pour l’avoir observé IRL, effectivement cela semble relever du défi pour certains spectateurs qui peuvent être dans un état émotionnel parfois très intense. Mais comment rester les pieds sur terre, “normal”, quand il y a une rencontre qui nous émeut intensément et nous fait perdre pied, parfois littéralement ? Comment traiter “normalement” la rencontre ?

L’autre point particulièrement intéressant que le JDG relève, est à quel point la structure et sa gestion des foules va faire de la rencontre parasociale quelque chose d’encore plus émotionnellement intense. Par exemple, les attentes trop longues, les dangereux mouvements de foule, tout cela s’ajoute à un trop plein émotionnel. Ceci démontre en soi au fan à quel point cela demande des efforts, du courage d’accéder à la star : or c’est la structure et l’organisation qui l’a potentiellement rendu difficile d’accès. Une autre gestion des rencontres aurait pu changer les choses, les rendre plus normales.

On voit que d’autres fans peuvent être dans l’abus manipulatoire, et l’exemple suivant va être encore plus parlant.

Voir le parasocial IRL

Pour l’instant, nous n’avons vu que des discours ou des propos rapportés sur les relations parasociales, mais elles sont aussi observables directement, car ces moments peuvent avoir été filmé et être partagé sans montage.

L’illustration sans doute la plus vue sur l’Internet francophone est “la pire conférence d’Antoine Daniel”7.


Si vous avez déjà vu ou ne pouvez pas voir la vidéo, vous pouvez cliquer ici pour accéder à un résumé rapide :

Dans cette vidéo, Antoine Daniel débriefe une conférence type “foire aux questions”(FAQ), vécue en 2014 à Polymanga, dans une immense salle de 1800 places, qu’il qualifie de « véritable baffe dans la gueule » et de moment de « malaise » absolu, un événement qui a marqué un tournant psychologique dans sa carrière. Il décrit une situation de chaos où l’absence de sécurité a permis à un public très jeune de l’envahir physiquement sur scène, créant un climat de malaise extrême et d’agressivité latente.

Les personnes semblent confondre ce moment avec une rencontre individuelle, hors public : une dizaine de personnes environ lui demanderont un câlin, des selfies, de faire leur répondeur.

Les questions classiques de FAQ y sont rares, et la plupart sont précédées de moments « sketch » de la part des spectateurs, comme si c’était obligatoire de mimer le personnage d’Antoine Daniel. Parfois le moment « sketch » des personnes est leur seule question, on a par exemple : « as-tu déjà mangé une patate en provenance de Malte avec une pelle en Bulgarie sur un piano avec des vieux à poil ? » ; «  tu peux faire la roue ? » ; « (avec un faux accent africain) « je veux te dire merci d’être venu dans mon pays, tu vois j’ai l’accent » ; « est ce que tu voudrais être ma 4ème femme ? »

Mais parfois aussi ce moment de « rigolade » de la part du public a une tonalité encore plus dérangeante : « espèce de gros connard de suceur de merde, et aussi quel est ton chocolat préféré » ; « tu peux enlever ton pantalon s’il te plait » ; « Alors toi tu baisses les yeux à celui qui te parle, ou est-ce qu’il est ton teeshirt SLG, je vois juste ton manteau là » ; « depuis qu’on a commencé cette séance, ça fait pas un peu chier pour être vulgaire qu’y ait des gens qui rentrent comme ça et si y en a un il arrive et y te plante ».

Une personne se permet aussi de souligner et expliquer qu’elle n’aime plus son contenu car c’est moins bien qu’avant, sans ironie aucune. Ainsi Antoine Daniel souligne que la conférence s’est transformée en « section commentaires dans la vraie vie », et il admet ne pas avoir mis de barrières dès le départ de la conférence, laissant le chaos s’installer, voire même en l’entretenant.

Il dit que pour se protéger, il est resté dans son personnage de What The Cut (arrogant, énervé), ce qui a encouragé le public à rester dans l’excès et l’agressivité. Par exemple, il adresse des propos tels que « qu’est-ce qu’il y a petit connard », « j’espère que tu mourras à la fin de l’année », « viens, viens tu es bien jeune comme je les aime », « toi, tu fermes ta gueule » etc.

Suite à cette expérience, il a radicalement changé sa manière de produire des vidéos, en espaçant les sorties et en proposant un contenu plus travaillé et réfléchi. Selon lui, cela a permis de faire vieillir son public et d’« assainir » sa relation avec lui. Il dit qu’on a la communauté qui nous ressemble.


Ici il n’y a pas 36 façons de le dire : les réactions du public, individuellement et collectivement, y paraissent complètement délirantes et totalement incompréhensibles si on n’a pas connaissance du ton de l’émission What the cut de l’époque. Mais si on sait ce que sont les émissions d’alors, alors tout s’éclaire : les fans n’ont fait que tenter de reproduire cet humour et les situations absurdes qu’on y trouvait. Mais comme on n’est absolument pas dans le cadre d’une vidéo, avec ses choix, son montage et l’espace sécurisant d’une chambre, sans personne d’autres, qu’ils sont pour la plupart jeunes et inexpérimentés, le spectacle que cela produit est juste terrifiant. On voit juste une foule immense ayant perdu toute limite, mélangeant intérêt strictement individuel au mépris des autres et phénomène de groupe inquiétant. Ce n’est absolument pas du tout les règles du jeu habituel d’un public assistant à une conférence, une FAQ, même en contexte de divertissement. Et effectivement, comme il le souligne lui-même, les comportements d’Antoine Daniel n’ont fait qu’encourager à continuer ce chaos sans limites.

Parasocial et VSS

Une autre raison qui expliquerait la si mauvaise image du parasocial est qu’on l’associe d’une part à l’amour voire l’adoration des fans, et que d’autre part il y a une quantité d’affaires de VSS de la part d’agresseurs. Alors, le parasocial peut apparaître comme un risque, un “biais” de se faire “avoir” par des prédateurs qui apparaissent comme plus nombreux dans les milieux médiatiques, que ce soit pour les figures du cinéma, de la littérature, de la télévision, de la politique, d’Internet.

Mais est-ce vraiment de la faute des victimes qui parasocialisent ou du parasocial lui-même ? La réponse est non, l’agression comportant une quantité astronomique d’autres facteurs qui ne sont pas forcément imputables au parasocial, ni même à la sphère médiatique et aux pouvoirs de domination que cela donne.

Ceci étant dit, les VSS dans le contexte médiatique ont des singularités.

Quand les fans apprennent que leur star a commis des VSS, comme ils aiment tellement la figure médiatique accusée, ils peuvent la défendre et accuser les victimes de mentir, d’exagérer, et qu’en réalité, la star n’aurait pas été aussi horrible qu’elles prétendent.

Est-ce que le lien parasocial rend aveugle aux méfaits des stars et devient un enfer pour les cibles qui ne peuvent pas obtenir justice ni même être crues ?

Et dans ce cas précis, là aussi je ne vais pas faire de suspens, oui même dans le cas d’affaires jugées où la figure médiatique est totalement rendue responsable de ses VSS, le public peut persister à défendre la star de toute accusation8. Et ce comportement est culturellement toxique, non seulement pour les victimes, mais aussi pour toutes celles qui n’ont pas encore réussi à s’exprimer sur les problèmes, et qui, voyant ces réactions, auront encore plus peur de le faire.

Mais il existe aussi des fans qui croient les victimes :

Ici le youtubeur library of a Viking exprime sa profonde déception de l’écrivain Neil Gaiman, également auteur d’agressions sexuelles et viols sur plusieurs victimes :


Si vous avez déjà vu ou ne pouvez pas voir la vidéo, vous pouvez cliquer ici pour accéder à un résumé rapide :

Le youtubeur décrit comment son admiration passée pour le génie créatif de Gaiman s’est transformée en un sentiment de trahison personnelle suite aux révélations d’un article du magazine Tortoise (il cite https://www.vulture.com/article/neil-gaiman-allegations-controversy-amanda-palmer-sandman-madoc.html ; je rajoute une source française et accessible si besoin https://www.courrierinternational.com/une/une-du-jour-neil-gaiman-grand-nom-des-comics-et-de-la-fantasy-accuse-de-violences-sexuelles_226583 ) . Les révélations sont tellement horribles qu’il ne peut pas les dire à haute voix et appelle les personnes qui veulent connaître les détails à lire l’article. Après avoir pris connaissance des allégations détaillées, il qualifie Neil Gaiman de « monstre » et de « personne horrible ».

Le youtubeur décrit une sensation de trahison personnelle, comparant la situation à la perte d’un ami. Il comprend l’argument théorique consistant à séparer l’art de l’artiste, mais il explique que pour lui, ce n’est pas si simple car la connexion avec l’art est profondément émotionnelle et liée à son créateur. Pour lui, les actions du romancier entachent désormais la magie de ses récits.

Il conclut en disant que c’est un « adieu définitif » à l’auteur, affirmant qu’il ne peut pas, en bonne conscience, recommander le travail d’une telle personne à son audience, il ne fera plus aucune promotion des livres de Gaiman sur sa chaîne.


C’est ce qu’on nomme rupture parasociale (et trahison parasociale), qui est vraiment à entendre comme une rupture comme on coupe les ponts avec un ami en qui on n’a plus de confiance du tout, comme on coupe les ponts avec un amant qui a révélé une facette de lui insoutenable. La rupture advient quand la confiance qu’on avait donnée a été brisée, qu’on se sent trahi, qu’il y a trop de distance entre nous et la personne telle qu’on la découvre aujourd’hui.

La réaction de ce youtubeur fan est responsable et mature, étant donné qu’il accepte de voir les méfaits, de les prendre en considération, il accepte les émotions négatives que cela génère, et commence le parcours de deuil de l’image qu’il se faisait de l’artiste pour en avoir une image plus proche de la réalité. Mais même avec ce traitement mature, le parasocial apparaît alors sous une facette sombre. C’est effectivement tomber de haut que de devoir reconnaître que tous les liens qu’on imaginait merveilleux, étaient en fait des formes de projection qu’on mettait à l’œuvre, et pas forcément le sens qu’y mettait l’auteur. Autrement dit, il y a des sentiments négatifs de “honte”, de tromperie, de tristesse, de dégoût et de perte, ce qui pourrait rendre la relation parasociale assez peu recommandable.

Tout ceci est extrêmement proche du mécanisme de rupture où effectivement, il peut y avoir cette même levée des illusions : on pensait que c’était une histoire d’amour ou d’amitié idyllique partagée, et puis on découvre que l’autre mentait et s’en foutait totalement, ou encore on découvre qu’en réalité ce n’est pas aussi rose qu’on ne croyait. Cependant, je pense qu’il est assez simple d’accepter ces potentiels aspects négatifs comme risque relationnel en général. Ce qui se passe, c’est que toute relation sociale, parasociale, et même des liens à des objets, des lieux, des notions, des idéologies, des valeurs, comporte toujours une part de (co)création : chacun a apporté sa part à la relation, chacun y a mis un sens, des intentions, des buts particuliers qui ne pouvaient pas être exactement le même que l’autre, mais on a imaginé que c’était pareil, en harmonie. Et même en sachant que l’autre y met un sens différent, on n’imagine pas qu’il puisse être une personne au strict opposé des qualités qu’on prête à son œuvre, son travail, son interaction avec nous : la trahison parasociale est pire que de découvrir le cordonnier qui vous a réparé votre paire de chaussures adorés, qui semblait réellement attentif à votre bien-être, être lui-même mal chaussé ou détestait les chaussures. C’est découvrir qu’il ne fait ça que pour l’intérêt pervers de voir vos pieds et faire des saloperies dans votre dos, jusqu’à des actes répréhensibles par la loi. Ce n’est pas être idiot que de ne pas avoir pensé à une telle interprétation dès le début, c’est juste que cela ne vient pas à l’idée de gens qui n’aurait pas idée de faire ce genre de choses. Le problème est la perversité est du côté de celui qui en a, pas du côté de celui qui ne l’imagine pas.

Ainsi, ce n’est pas une faiblesse honteuse que d’être capable de créer des liens parfois très forts. Seulement voilà, trop souvent on fait passer la création comme unilatérale : un créateur vous donnerait un contenu devenant précieux à vos yeux, et vous lui seriez reconnaissant. À mon sens, il s’agit plutôt qu’un créateur partage un contenu qui devient précieux si les personnes peuvent le saisir comme leur et la tisser à des éléments de leur vie, ce qui est une forme de création aussi. Au fan qui dit qu’untel lui a sauvé la vie, en fait on pourrait entendre que la rencontre avec la création de cette figure a amorcé un processus de création en lui qui l’a transformé : ce qui demande donc la participation de beaucoup de facteurs qui ne relèvent pas que de la responsabilité du créateur, voire même parfois tiennent du pur hasard de la rencontre à tel moment de la vie de la personne. Ainsi, dans le cas d’une VSS ou de révélations sur les vraies intentions des auteurs, ce qui reste en réalité de persistant, c’est que vous restez capable de saisir les éléments qui vous permettent de vous transformer et de les interpréter d’une façon merveilleuse. Et ça, ça peut participer à créer un meilleur monde, sans ces horreurs de VSS qui vous endeuillent de vos figures médiatiques préférées.

Prendre comme mantra le message “brûlez vos idoles” est effectivement une façon de s’éviter ce genre de rupture parasociale douloureuse. Mais, comme pour les relations sociales classiques, si le repli, la méfiance ou le rejet des relations est compréhensible un temps pour digérer les ruptures, IRL on ne conseillerait pas à quelqu’un de ne jamais plus aimer quelqu’un, de faire en sorte de ne plus jamais avoir d’ami, de famille ou de partenaire amoureux pour éviter ces déceptions et ces ruptures. Est-il vraiment bon de se refuser, de s’empêcher toute relation parasociale en raison de la possibilité que l’autre soit un prédateur ? À généraliser la détestation de toute personne médiatique un tant soit peu appréciée et visible, ne valorise-t-on pas la posture d’antifans qui, selon la recherche, entretiennent le même type de relation et d’état d’esprit qu’un fan, mais sous la forme de détestation, voire de haine ?

Le problème que j’ai à juste expliquer les mécanismes de violences de certaines figures médiatiques par leur domination économique et charismatique, c’est qu’on suppose alors que les cibles se sont contentés d’être à la merci d’un pouvoir, inférieures comme le serait un papillon devant la lumière. Or c’est ignorer ce qu’elles en racontent, ce sur quoi elles alertent, ce qu’elles préconisent, où elles localisent le besoin de justice. Prenons par exemple celles qui ont témoigné :

https://www.mediapart.fr/journal/france/230622/star-de-youtube-leo-grasset-est-mis-en-cause-par-plusieurs-femmes


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Dans cette émission de Mediapart, des créatrices de contenu comme Manon Bril, Clothilde Chamussy et Marine Perrin, témoignent de violences psychologiques et d’abus sexuels ou psychologiques qu’elles ont subis par le youtubeur. L’ensemble s’inscrit dans un contexte plus large de dénonciation des violences sexistes.

La notoriété, même celle de « stars » de YouTube comme Léo Grasset, ne doit plus servir de bouclier contre les accusations de violences psychologiques et sexuelles. En témoignant publiquement chez Mediapart, ces créatrices cherchent à briser l’omerta dans un milieu où les comportements problématiques ont longtemps été ignorés ou minimisés.

Les créatrices nous expliquent que ces violences ne sont pas des cas isolés mais le produit d’un système. Elles pointent du doigt la façon dont la société et certains milieux professionnels (sport, cinéma, web) tendent à protéger les agresseurs au détriment des victimes.

Elles interrogent la manière dont la culture populaire nous apprend parfois à « désirer la violence » ou à idéaliser des figures masculines toxiques.

Un point crucial à retenir est que la parole individuelle est souvent écrasée, mais que l’action collective (comme les onze femmes témoignant dans l’affaire Depardieu ou les multiples témoignages contre Dirty Biology) permet de rendre ces réalités indéniables.

En résumé, ce qu’on peut retenir, c’est la nécessité de passer d’un déni social (notamment sur l’inceste ou les violences sexuelles) à une prise de conscience collective où la parole des victimes est non seulement entendue, mais suivie de conséquences pour les agresseurs.


En résumé, on a un problème concernant tous les tiers et structures autour de l’agression, qui vont préférer écraser la victime, pour défendre l’agresseur. Et comme je le disais plus haut, le problème dépasse de très loin le simple parasocial. Il y a tout autant des problèmes tant à échelle très vaste de culture, d’institutions et de politiques que de problèmes très localisés autour des agresseurs, et ce changement d’échelle ne devrait pas être mis en dualité : ce n’est pas que de la faute des gens (les personnes étant dans le parasocial, figures médiatiques, agresseuses, tiers), non, ce n’est pas que de la faute de ces très gros environnements sociaux distaux comme la culture, la politique, l’économie. C’est tout cela à la fois, en même temps, en interaction constante. Si on veut régler le problème c’est l’ensemble qu’il faut considérer, comme agissant de concert, en interaction, qui change en plus avec le temps.

Et j’insiste parce que localiser la faute au fan parasocialiseur ou à juste des déterminations sociales qui seraient toutes puissantes sur un individu sans agentivité, c’est malheureusement une défense qui sert un peu trop le narratif des agresseurs qui le saisissent pour se déresponsabiliser de leurs actes et susciter la pitié à leur égard. Or c’est insulter les sciences humaines et sociales que d’utiliser les savoirs des déterminations sociales pour se dédouaner de ses responsabilités, et c’est un biais d’internalité allégeante9 que de mettre la faute et la responsabilité uniquement sur les individus et non sur les environnements sociaux également.

Les méfaits restent de la faute, de la responsabilité de celui qui les commet, et aucune psychologie sociale, sociologie ou autre SHS ne cherche à comprendre les influences, les déterminations sociales pour dédouaner quelconque criminel ( les SHS tendent à comprendre, non à justifier ou excuser, n’en déplaise à Valls ). Au contraire, il s’agit de réparer la société pour qu’elle cesse de participer à la possibilité aisée de ces méfaits, à l’entretien des conditions et des cultures qui encouragent parfois ceux- ci.

le parasocial comme une “folie”

On peut avoir une image négative du parasocial à cause du choix des médias classiques de ne montrer et commenter qu’un aspect de celui-ci : à mon époque par exemple, les fans dans les concerts de Patrick Bruel10, puis des boys bands étaient présentés et vus comme “hystériques”. On ne voyait que leurs hurlements, le fait qu’elles tombent dans les pommes et tout cela était commenté avec un très grand mépris, comme tout ce qui plaisait à un public majoritairement féminin. Ils ne faisaient absolument pas ce qu’a fait rapidement le JDG, à savoir parler de la structure et des organisations qui produisent ces phénomènes : l’attente très longue, les effets de foule, et globalement la mauvaise organisation de ces rencontres.

Heureusement, j’ai l’impression que notre époque fournit plus d’informations qui peuvent permettre de ne pas prendre les fans pour hystériques mais de faire entrer les problèmes structurels dans l’équation des phénomènes négatifs ; ici des documentaires relèvent tant des problèmes d’organisation des concerts ou festivals, les problèmes de gestion de la foule, que les autres relevant des groupes et des artistes :

Ceci étant dit pour les générations ayant vécu avant Internet, on peut avoir encore cette image d’hystérie associée au parasocial, tant c’était un marronnier sexiste que d’attribuer la stupidité et l’hystérie aux fans.

L’autre pathologisation du parasocial nous vient des faits divers : cela va du stalking jusqu’aux tentatives d’assassinat voire carrément meurtres des stars en question par des “fans”. On peut citer par exemple Bjork qui a pu être visée par une tentative d’attentat, un réceptionniste tué par un fan de Mylène Farmer à qui il ne voulait pas livrer l’adresse, John Lennon tué par un fan, etc.

On découvre souvent derrière l’histoire d’un fan qui croyait que la star était factuellement en relation avec lui/elle, était amoureuse de lui/elle. Or le parasocial est un lien qu’on sait venant de nous à la star, et non de la star à nous, car on est en capacité de se rappeler et d’avoir conscience qu’on n’a pas eu de contacts directs et réels avec elle. Ainsi, ces affaires relèvent de ce qu’on nomme l’érotomanie, qui est une forme de délire particulier qui se distingue particulièrement du parasocial. Ceci étant dit, l’érotomanie ne mène pas nécessairement à ce genre de drames.

Donc oui, dans les cas d’érotomanie, il y a effectivement un trouble, oui cela concerne un lien illusoire à une star, mais le parasocial n’est pas d’ordre érotomane pour autant, et donc n’est pas pathologique. On reviendra en détail sur les distinctions entre les deux phénomènes également, mais là encore les médias en relevant que les affaires sortant le plus de l’ordinaire peuvent invisibiliser les rapports banals et non dangereux aux stars, or c’est ce qui compose au maximum le parasocial.


En résumé, il n’a été mis à notre attention que des aspects relativement négatifs de la rencontre parasociale. Mais pour l’expérience parasociale du fan, hors et pendant la rencontre, qu’elle soit catastrophique ou sympathique, on n’a eu aucune explication. Personne n’a vraiment parlé de son point de vue à lui, le parasocial a toujours concerné les autres.

Or, on a tous des relations parasociales : imaginez apprendre la mort de quelqu’un dont vous suivez le travail, que ce soit une réalisatrice, un acteur, une présentatrice de tv, un politicien, une youtubeuse, un influenceur, une scientifique, un musicien, une intellectuelle… Ne seriez-vous pas triste ? Que vous soyez simplement attristés ou que cette possibilité vous fasse déjà monter les larmes aux yeux, c’est un lien parasocial et ça porte le nom de deuil parasocial. Les chercheurs rapportent que les gens ne s’attendent pas du tout à vivre un deuil pour quelqu’un avec qui ils n’ont généralement jamais interagi, et pourtant ce sentiment de deuil advient quand même, parce que ce qui éveille des sentiments, ce sont les liens sociaux qu’on arrive à tisser. Et ça n’a rien de négatif ou bête, bien au contraire, c’est la beauté sociale de notre espèce que de se lier entre nous, même dans une asymétrie des rapports.

Même si je veux centrer le propos du dossier sur l’expérience du parasocial côté spectateur, je ne peux pas nier qu’on connaît certaines11 formes parasociales côté créateurs. D’une part en tant que témoins de ce que vivent les camarades qui ont plus de notoriété que nous. D’autre part, même si nos créations sont très modestement visibles et que l’endroit où nous sommes le plus suivies est YouTube, un endroit où nous apparaissons la plupart du temps déguisées sous forme de personnages, des liens peuvent se former, de l’amitié à la haine. Il y a pu avoir un parasocial qui a pu être très marqué envers le personnage fictionnel de Gull, ce qui est cohérent avec ce qu’en dit la recherche. On parasocialise avec les figures les plus en avant à l’écran – que ces figures soient fictionnelles ou réelles – c’est la place à l’écran et le temps d’exposition qui potentialisent le lien parasocial.

Ainsi, j’ai pu même trouver très amusant que les gens me disent lire mes écrits en entendant la voix de Gull comme s’il en était l’auteur. Après tout, les personnages qu’on participe de près ou de loin à écrire sont comme nos enfants, comment ne pas être satisfaits de les voir vivre leur vie en toute autonomie, sans nous et que ça se passe bien ? C’est devenu moins amusant quand la révélation IRL d’être l’autrice de mes écrits (et non pas le personnage de Gull), a fait apparaître des moues de dégoût, certains fans enthousiastes glissant vers une critique acerbe et méprisante de mon travail. C’est ce genre de relation étrange qui me fait avoir perdu tout radar et être dans une ambiguïté permanente sur la nature de la relation, parasociale ou non avec les personnes : je tente de traiter le problème en me concentrant sur le fait de travailler du mieux que je peux.

Ce qu’on essaye de faire avec Chayka est donc d’essayer de faire un travail honnête : par exemple dans les présentations, on a demandé de nous respecter ni comme vos esclaves, ni comme vos maîtres, parce que c’est ce qu’on souhaite sincèrement et qui semble le mieux dans la relation avec vous. Penser vertical, pyramide, hiérarchie, vous l’aurez compris depuis le temps à travers notre contenu, ce n’est vraiment pas notre truc. Nommer nos formats horizons12, parler d’autoritarisme13 pour démanteler ces machineries, chercher des exemples de structures horizontales dans leurs rapports de pouvoir, débusquer les manipulations dominatrices14 pour mieux les déminer, s’inscrit dans une quête tentant d’être au mieux de nos possibilités, autodéterminatrice et horizontale.

Alors, on va continuer sur cette lancée et tenter de penser comment le lien parasocial en général pourrait être horizontal et autodéterminateur. C’est-à-dire comment des relations de spectateurs à créateurs, de créateur à spectateur pourraient nourrir nos besoins fondamentaux mutuels, sans qu’il y ait de contrôle coercitif, dominateur, permettant de se lier et échanger sans rabaisser et supérioriser, tout en gardant intègre les forts affects positifs. Cela me semble possible parce que je l’ai vue à l’œuvre : parfois on a eu des interactions avec vous qui ont duré moins d’une minute IRL mais qui ont été d’une profondeur qui m’ont littéralement donné le vertige tant vous nous donniez un retour qui en réalité, sans que vous le sachiez, résolvez un point qui m’agitait. Il y a eu des messages sur ce que vous faisiez de ce qu’on vous avait partagé que je n’aurai pas pu imaginer possible et qui m’ont donné un espoir incroyable. Il y a dans ces messages une mutualité puissante de don contre don, et pour moi qui ait l’impression de ne jamais faire suffisamment, ces messages ont été salvateurs.

Plutôt que de voir le parasocial potentiellement mutuellement autodéterminateur, une posture cynique par rapport au parasocial pourrait être possible et plus facile : en regardant tel film, telle vidéo, on pourrait se dire que le youtubeur, l’acteur ou le réalisateur dont on commence à apprécier le travail, a très certainement fait des horreurs dans sa vie, donc qu’il faut étouffer l’enthousiasme ou tout affect positif naissant en nous, et ne rien lui accorder sauf une méfiance latente.

Mais est-ce que ça n’entrave pas la magnifique plongée pleine et totale dans une œuvre ? Est-ce que cela ne nous laisse pas sur le rebord de la plage, toujours à distance, jaugeant de la dangerosité des vagues plutôt que de la possibilité d’y plonger ? Est-ce que cela ne gâche pas notre pleine expérience ? Ce cynisme, je le goûte malgré moi. Il a fallu que David Lynch meurt sans laisser d’affaires sordides derrière lui* pour que son travail puisse joyeusement m’envahir cognitivement. Les agresseurs ont non seulement affecté les parasocialités que nous avions avec eux, mais ils nous ont aussi rendus méfiants de toutes les autres figures médiatiques.

Et en toute honnêteté, j’en ai marre. On va donc tenter de voir ce qu’on peut faire pour réparer nos capacités parasociales pour qu’elles ne soient ni cynistrées15, ni déshumanisantes, ni divinisantes et encore moins asséchée par le vent de la méfiance.

La suite : [PS2] Définir et mesurer le parasocial


Note de bas de page


Cliquez pour consulter toutes les notes de bas de page et la biblio 

Vous pouvez trouver la bibliographie complète du dossier ici : [PSx] Bibliographie du dossier sur le parasocial

1 Hackingsocialfr sur X : « Petite question avant que j’entre (@HViciss ) à fond dans les recherches sur un sujet. Pour vous, la question du « parasocial » renvoie à quelque chose : » / X

2 Sondage de Hacking Social – YouTube

3 Violence Sexistes et Sexuelles

4On y reviendra en troisiéme partie

5 Je précise que je ne connais absolument pas Cyrus, nous ne l’avons jamais croisé ni de près ni de loin. Ce n’est qu’un exercice d’imagination de possibilités, donc cela pourrait être vrai comme faux.

6 Je me base ici sur ce qu’on sait de la personnalité (vu dans ce dossier : https://www.hacking-social.com/2023/04/03/%E2%99%A6pp1-la-personnalite-cette-performance ) , les personnes qui performent certains traits de personnalité, comme être agréables, peuvent le faire parce que cela concorde à leurs valeurs, leurs habitudes, leurs buts relationnels, bref, il peut y avoir des tas de facteurs autre qu’une récompense monétaire ou de notoriété. On pourrait aussi se baser sur les études sur la motivation, qui relèvent différentes qualités de motivation notamment celles autonomes et intrinsèques, qui performent certains comportements pour eux-mêmes, par valeurs, identification, et ce qu’importe la réaction – négative ou positive – sur un potentiel public (on en a parlé ici : ⬟ Se motiver et motiver autrui : une histoire d’autodétermination )

7 Au moment de la rédaction du dossier, mars 2026, Antoine Daniel a été au coeur de polémiques l’accusant de VSS : il s’est reconnu publiquement coupable d’avoir effectivement demandé des nudes à une personne qui en témoignait directement, mais rejette les accusations de pédophilie, qui, en mars 2026, ne reposait sur aucun témoignage direct.

8 cf affaire Johny Deep

9 Nous avons vulgarisé la notion d’internalité allégeante ici, au sein des instititions : et en résumé ici : ♦ [MQC] La norme d’allégeance : une forme de soumission – Hacking social

10 Il est lui aussi accusé de VSS : Patrick Bruel accusé de violences sexuelles par huit femmes | Mediapart ; https://www.rtl.be/actu/belgique/justice/il-se-frotte-moi-me-caresse-karine-la-belge-qui-accuse-patrick-bruel-dagression/2026-03-26/article/783874

11 On ne connaît pas ce qu’est le parasocial dans des cas extrêmement médiatisés de stars hors du net, encore moins ce que peuvent vivre des stars internationales.

12 comme horizontal, par exemple : (16) Horizon – YouTube

13 LES AUTORITAIRES (partie 1) : les premières enquêtes

14 Pourquoi ce n’est jamais de ma faute? 😎 – XP#11

15 Ce n’est pas une faute à « sinistrée », c’est juste un jeu d’orthographe mélangeant sinistre et cynisme et le faisant verbe.



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Design horizontal. Tous sont valorisé. Personne n’est considéré comme un esclave, ou un maitre, Il y a de la reconnaissance à tous, des forces et fragilités reconnus à tous, la domination et soumission sont hors propos.

Réparer nos capacités à nous lier. essayer de ne plus laisser les trahisons médiatiques (ou sociales) assécher toutes nos capacités à s’enthousiasmer, aimer, plonger dans une œuvre (ou toute autre chose qu’on pourrait aimer).

⬛ Parasocial dénigré. Le parasocial est réduit à un biais, une faiblesse, une folie ou une relation inférieure. Ses aspects ordinaires, positifs, ou transformateurs sont alors rendus impossible à penser.

Inspecter la structure. Avant de juger négativement un comportement, on peut observer le game qui le produit (lieu, règles, file attente, foule, règles, accès, fatigue, sécurité du lieu, etc…).


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01.09.2026 à 09:53

[PSx] Bibliographie du dossier sur le parasocial

Viciss Hackso

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💻Chapitres sur le site : ·[PS1] Brûlez vos idoles ? Parasocial, réparer nos liens médiatiques

·[PS2] Définir et mesurer le parasocial

·[PS3.1]Les effets de la relation parasociale

·[PS3.2]Diminuer les préjugés

·[PS3.3]Engager et politiser

·[PS4]La fin de la relation parasociale : deuil, rupture, trahison

·[PS5.1] Antifan : désaimer, détester, puis haïr activement une figure médiatique

·[PS5.2]Les antifans silencieux, compétitifs, autoritaires

·[PS6] Vers un parasocial autodéterminé et autodéterminateur ?

(ces titres se transformeront en hyperlien au fur et à mesure des publications)

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Credits graphiques

Les vignettes illustratives des vidéos sont citées dans la bibliographie générale précédente.
Nos schémas, illustrations de cartes ont été conçus en partie avec les éléments, icônes provenant de thenounproject.com (CC BY 3.0) avec une prédominance de l’artiste Gan Khoon Lay.
Nous avons pu aussi utiliser les glyphes des polices d’écriture comme Segoe Symbol.
Le fond cartographié des cartes provient de la carte de Mitteldorf du jeu Legends of Valour.

Les autres artistes dont nous avons utilisé les icônes sont (j’ai préservé les majuscules/minuscules tels que les artistes l’ont laissé) :

Adrien Coquet,
ainul muttaqin,
Aneeque Ahmed,
Angelica,
Anggara Putra,
Ar2ar,
Arif Hariyanto,
Ariyanto Deni,
Arya Icons,
BEARicons,
Bondan siswanto,
Dierys Design,
Dong Gyu Yang,
Elena Babushkina,
Eskak,
Eucalyp,
Fathur Rachman,
Foxyard Studio,
Frebers,
Graphtend,
Gregor Cresnar,
hanis tusiyani,
Hayashi Fumihiro,
HideMaru,
I Putu Dicky Adi Pranatha,
Iconesia,
Ishaq_hmad,
Izwar Muis,
Jagat Kreasi,
Larea,
Lewen Design,
Llisole,
Luis Prado,
Mia Elysia,
MUHAMAD KHOTIBUL UMAM,
Muhammad Riza,
Mujib,
myriam huré,
Nicolas Vicent,
Nithinan Tatah,
Nuricon,
pojok_icon,
popcornart,
ProSymbols,
pxLens,
Rudez Studio,
SBTS,
Studio Danro,
Vectors Market

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31.08.2026 à 14:54

Hub 404 : une nouvelle série Hacking Social ???

Chayka Hackso

C’est la rentrée et le début d’une nouvelle étape pour Hacking Social. Samedi dernier, nous…
Texte intégral (1196 mots)

C’est la rentrée et le début d’une nouvelle étape pour Hacking Social.


Samedi dernier, nous avons eu la joie de présenter une preview de notre prochaine série : HUB 404. Merci à toutes les personnes présentes, pour vos retours, écoute et soutien !


Cette série a pour ambition de relancer pleinement la chaîne qui tournait au ralenti depuis 2023. Elle sera en grande partie consacrée à la psychologie politique dans le contexte électoral de 2027, et est en quelque sorte une suite implicite des Autoritaires.
Gull et Technicien seront de retour, mais pas seulement…


HUB 404 est aussi la première série Hacking Social construite avec une équipe élargie : montage, motion design, relecture scientifique, composition musicale, journalisme, illustration, et d’autres personnes encore nous ont rejoints dans cette aventure.


La série donnera aussi lieu à des entretiens originaux avec des chercheurs, notamment en sociologie et en psychologie.


Le pilote est autofinancé et sortira en octobre. Pourquoi autofinancé ? Parce que nous n’avons trouvé aucun financeur, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Nous avons alors envisagé un financement participatif, mais on ne voulait pas vous solliciter ainsi à partir d’une simple promesse.
Nous avons donc choisi de financer nous-mêmes ce pilote, pour vous laisser juger sur pièce.


Si le pilote vous parle, si vous pensez que cette série mérite d’exister, vous pourrez nous aider via un crowdfunding Ulule lancé au moment de sa diffusion. De ce soutien dépendra l’avenir de la série, et en grande partie, de celui de la chaîne.

Si vous voulez recevoir les prochaines informations par mail, être prévenu de la sortie du pilote et du lancement du financement participatif, vous pouvez vous d’ores et déjà préinscrire sur Ulule :
https://fr.ulule.com/hacking-social/coming-soon/ …Et voir le générique au passage 🙂

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26.08.2026 à 14:35

📖Brûlez vos idoles ? PARASOCIAL, réparer nos liens médiatiques

Viciss Hackso

Le lien des fans aux stars, le parasocial, a mauvaise presse. Certains en parlent comme…
Texte intégral (1170 mots)

Le lien des fans aux stars, le parasocial, a mauvaise presse. Certains en parlent comme d’un biais, d’un problème, d’une folie parfois dangereuse. En conséquence, ils appellent souvent à « brûler ses idoles ». Et si nous n’avions pas toutes les informations à ce sujet ?

C’est ce que je vous propose d’explorer avec ce petit livre de 231 pages, que nous publierons au fur et à mesure sur le site et qui sera disponible en PDF dès la semaine prochaine.

Et vous pouvez d’ores et déjà vous le procurer ici : Brûlez vos idoles ? PARASOCIAL, réparer nos liens médiatiques

À noter que, contrairement au gigantesque ETP, celui-ci est au format A5 et a la particularité d’être illustré en couleur, avec des schémas qu’on a déjà pu partager :

Ainsi qu’avec de nouveaux schémas :

Mais, plus encore, il a été une aventure incroyable pour moi car, pour la première fois, non seulement il possède une structure comme je n’en avais encore jamais bidouillé, mais il me permet aussi de partager avec vous ce que je trafique avec mes glyphes depuis des années : oui, ce livre propose de transformer son contenu en un jeu de cartes jouable en early access 😀

Je parle d’accès anticipé pour ce jeu, car je développe actuellement des modes de jeu supplémentaires et les partagerai dès que les tests seront OK. Ce n’est pas simplement un goodie accompagnant le dossier ni un serious game conçu pour apprendre. C’est une façon de jouer, de s’approprier le savoir, de l’activer et, potentiellement, de le transférer à d’autres domaines, dans un esprit de hacking social. Et, en toute sincérité, j’adore tellement faire ça et les tests m’ont tellement surprise que je ne compte pas m’arrêter à ce dossier ni à cette version.

Pour revenir au sujet du parasocial, les recherches que j’ai découvertes m’ont collé une sacrée claque : je peux le dire maintenant, j’ai été induite en erreur par certains contenus « vulgarisant » la notion ainsi que par certains usages du mot sur Internet. La vérité est que le parasocial présente d’énormes avantages psychologiques, politiques et sociaux, et c’est ce que j’ai voulu mettre en avant dans cet ouvrage, tout en déconstruisant les idées fausses qui l’entourent. Il y a moyen d’en faire une force de transformation de la société, et ça, c’est franchement incroyable.

J’espère de tout mon cœur qu’il vous donnera de la force et de l’espoir en ces temps difficiles !

Il est également publié au fur et à mesure sur le site :

[PS1] Brûlez vos idoles ? Parasocial, réparer nos liens médiatiques

[PS2] Définir et mesurer le parasocial

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