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28.04.2026 à 08:21

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui, pour le salé comme le sucré, on parlera de Marseille ! De ses câbles sous-marins, de ses centres de données... et de la résistance qui y monte.
Texte intégral (6292 mots)
Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.

Depuis quelques mois, je vous écris cette infolettre depuis Marseille, où je suis nouvellement installé. Et la découverte la plus étonnante que j'ai faite depuis mon installation dans le coin, ce ne sont pas les couchés de soleil sur les calanques ou les "navettes" à la fleur d'oranger, mais bien... la place très encombrante des data-centers dans la ville.

Découvrant au passage que cet état de fait était très peu connu en France, et même assez peu par les marseillais·es elleux-mêmes, et bien je me suis dit qu'il fallait raconter cette histoire.

Bonne lecture !

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
"Drill, baby, drill".

"Fore, bébé, fore", en substance. C'est avec ce gimmick grossier, à son image, que Donald Trump a résumé sa politique énergétique toute en nuances : potards à fond sur les hydrocarbures. De cela a découlé un enlèvement illégal et politiquement inutile du président vénézuélien, tout ça pour un pétrole quasiment inexploitable.

C'est désormais dans une guerre en Iran en forme de fiasco que le grand stratège Trump est englué. Une guerre qui révèle une nouvelle fois son incompétence, pour ne pas dire plus... et qui pourrait bien avoir des conséquences fâcheuses pour lui, à domicile. C'est ce que semble déjà dessiner l'explosion du prix de l'essence outre-Atlantique, lubrifiant de l'économie et de la vie quotidienne encore plus important là bas que de ce côté ci.

L'or noir, encore lui.

Pourtant, dans le fameux détroit d'Ormuz et dans le (moins connu mais tout aussi stratégique) détroit de Bab-el-Mandeb, il n'y a pas que des bateaux remplis de pétrole et de gaz qui passent. Une autre denrée de valeur y est convoyée : la donnée. Au fond de ces détroits serpentent en effet de nombreux câbles sous-marins, transportant des données vitales pour l'économie mondiale, et que les dirigeants iraniens et leurs alliés ont déjà menacé de vive voix.


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Ok Thomas, mais c'est quoi le rapport entre des détroits au Moyen-Orient et Marseille, au juste, puisque c'est le titre de ton article ? Patience cher·e lecteur·ice, j'y viens : ces fameux câbles sous-marins partent pour beaucoup du port de la cité phocéenne, point stratégique pour Orange Marine (filiale spécialisée d'Orange) et surtout pour le leader mondial du secteur, Alcatel Submarine Networks, entreprise possédée à 80% par l'état français depuis 2024.

Et on comprend la raison stratégique d'un tel achat gouvernemental : plus de 95% du trafic internet intercontinental passe par des câbles de fibre optique posés sur le plancher océanique.

Marseille est justement le point d'arrivée de pas moins de 18 câbles intercontinentaux connectés, et un point stratégique de l'internet mondial. Depuis 2015, la région de Marseille est en effet passée de quarante-quatrième à sixième ou cinquième (selon les sources) hub mondial du trafic de données.

La ville de Marseille est donc déjà le cinquième ou sixième point au monde par où le plus de données par voie câble transitent. Et cela de par son positionnement stratégique : point d'accès idéal pour les connexions avec l'Afrique, l'Asie et le Moyen-Orient, elle présente l'avantage de pouvoir rejoindre Paris puis Londres et l'Allemagne sans obstacle géographique majeur (des montagnes), contrairement à Gênes ou Barcelone.

Autre info à noter, la ville de Marseille compte 900 000 habitants environ, et son aire urbaine, 1.6 millions d'habitants. Cela pose nombre de questions sur l'ampleur des impacts de l'installation d'infrastructures numériques, quand l'on sait que la population de hubs internet mondiaux de taille approchante sont pour la plupart bien supérieure : Hong Kong (plus de 7 millions d'habitants), Singapour (5,5 million d'habitants), Francfort (3 millions d'habitants) sans parler de Paris (11 millions pour l'Île de France) ou Londres (14 millions).

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Zoom méditerranéen de la super Submarine Cable Map. La prépondérance de Marseille en tant que point de départ/arrivée de nombreux câbles sous-marins y apparait très clairement, notamment en comparaison avec le reste de la France.


De ce point découle un autre : le meilleur moyen de garantir un ping (basiquement : le temps de réponse d'un point A à un point B sur le réseau) bas, c'est de coller les data-centers au plus près du point d'arrivée des câbles. De fil en aiguille, les dits "centres de données" se sont ainsi multipliés à Marseille ces dernières années.

La proximité du point d'arrivée des câbles n'est pas la seule raison. Citons ainsi le collectif d'associations marseillais (dont on reparlera) "Le nuage était sous nos pieds" :

"Au point d'arrivée [des câbles sous-marins], dans le grand port de Marseille, Digital Realty, leader mondial des data-centers dits de
« colocation » y a vu une opportunité pour développer un marché. Dans une zone où le foncier était relativement peu cher, avec des pouvoirs publics locaux peu regardants et bénéficiant du réseau électrique français à la fois disponible et bon marché, l’entreprise Nord-Américaine a décidé d’y implanter massivement ses data centers".

Depuis 10 ans, une dizaine de centres de données sont ainsi apparus dans la ville et aux alentours. Une dizaine de projets supplémentaires seraient déjà à l'étude, en périphérie de Marseille. Digital Reality, que nous citions précédemment, opère à elle seule 5 data-centers majeurs dans le centre de Marseille (1 des 5 est encore en construction). Et elle souhaite créer en 2028, à Bouc-Bel-Air (à l'est de l'aéroport de Marignane), un centre de donnée presque aussi vaste que tous ses sites marseillais réunis.

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Carte des data-centers présents à Marseille, par l'association "le nuage était sous nos pieds", dont les 5 de Digital Reality, MRS1 à 5.


En 2025, Digital Realty assumait consommer 20 mégawatts (MW) d'électricité, l'équivalent d'une ville de 25 000 habitants, pour faire tourner à l'époque ses 4 data-centers en opérations. Mais avec l'avènement des usages d'IA générative, cette consommation va fortement augmenter d'ici à 2030, comme le pointe Hugues Ferreboeuf, chef de projet numérique The Shift project :

"Il y a un point d'interrogation sur la capacité à desservir ces data centers sans renier sur l'électricité qui serait accessible, par exemple, pour l'électrification des voitures, pour l'électrification des chauffages".

On commence à toucher ici du doigt les conséquences de l'installation de ces data-centers dans des communes et régions spécifiques, même s'il est toujours aussi difficile d'avoir des données précises sur leur impact environnemental ; et c'est volontaire. Les signaux alarmants s'empilent pour autant de plus en plus vite.

Alors, en cas de pénurie énergétique, quand il faudra choisir entre les data-centers et les autres infrastructures de la ville, quel choix sera fait ?

On peut déjà imaginer la suite sur la base de quelques indices. Voici ce que disait Patrick Robert, engagé dans l’un des CIQ [Comité d'Intérêt des Quartiers] du 15ᵉ arrondissement de Marseille, à Socialter, en 2025 :

Les data centers ont accaparé toute la puissance électrique et il n’y en a plus pour l’électrification du port qui permettrait aux bateaux à quai de ne plus faire tourner leurs générateurs au fioul, et nous épargnerait les nuisances sonores et la pollution”.

L'électrification du port de Marseille, qui accueille de plus en plus de gigantesques bateaux de croisière, et permet aussi de réparer nombre de grands navires de la région, est en effet un sujet majeur dans la citée phocéenne. Les retards récurrents sur le sujet pourraient-ils être imputés à une priorité donnée au numérique ? Selon les autorités du port, 100 à 120 mégawatts sont en tout cas nécessaires à son électrification, mais les centres de données en exploitent déjà 70.

Au niveau du port, c'est également l'espace pris par les data-centers qui pose question : le sujet du foncier devient tendu à Marseille, et le port commence à être étroit, aussi large soit-il de fait. D'où l'émergence de plus en plus de projets plus loin dans les terres autour de Marseille, soulevant de nouvelles questions.

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Système d'électrification à quai, pour les bateaux de croisières du port de Marseille, une autre belle industrie verte de la Méditerranée


Autre élément très concret : l’utilisation d’eau de qualité potable, puisée dans une galerie souterraine de Marseille pour refroidir les serveurs. Si on connaît peu pour le moment les conséquences pour les habitants et la région, l'arrivée de nombreuses installations supplémentaires et les sécheresses de plus en plus intenses avec le changement climatique, ont de quoi inquiéter.

Citons ainsi un exemple un peu plus au sud, en Espagne, raconté par la Quadrature du Net :

"Parfois, ces systèmes de refroidissement, quand ils ne sont pas reliés au réseau d’eau potable du territoire les accueillant, captent directement l’eau potable de nappes phréatiques, de fleuves ou de lacs à proximité. C’est le cas par exemple du data center de Facebook situé sur la ville espagnole de Talaveira de la Reina, dans la région de Castilla-La Mancha en Espagne, que le collectif Tu Nube Seca Mi Rio (« Ton nuage assèche ma rivière ») dénonce, entre autre pour son utilisation de plus de 200 millions de litres d’eau par an, équivalent à la consommation de 4 181 habitant⋅es de la région. [...] D’une puissance de 248 Megawatt, étendu sur plus de 300 000 m2 de terrain, ce data center géant bénéficie d’un soutien politique national et local. Bien que la zone de son implantation connaisse un fort stress hydrique permanent depuis des décennies, d’abord de par sa situation géographique et son climat quasi désertique, et désormais par la crise environnementale qui l’aggrave, le coût du litre d’eau y est faible. Ici encore, l’implantation des data centers sur le territoire est régie par des impératifs avant tout économiques, et non par des critères sociaux ou environnementaux."

Généralement, l'argument que l'on met face des craintes environnementales est économique : cela va créer de l'emploi, c'est tout de même le plus important non ! Il faut bien la remplir de pâtes cette assiette, quand bien même ces pâtes seront bourrées de cadmium !

Manque de pot, les data-centers, ça ne créé que très peu de boulot. C'est ce que démontre une étude récente menée par l'association états-unienne Food & Water Watch : l'industrie des data centers, malgré sa croissance exponentielle, génère en effet bien peu d'emplois stables. L'investissement nécessaire pour un seul emploi serait ainsi près de 100 fois supérieur à la moyenne des industries, tandis qu'en parallèle la consommation de ressources, elle, explose bien plus fortement. Voilà qui remet nettement en cause les bénéfices économiques promis aux communautés.

On estimait ainsi qu'en 2024, seulement 23 000 personnes occupaient des postes stables dans des data-centers aux États-Unis, soit environ 0,01 % de l'emploi total du pays. Un chiffre à mettre en regard des plus de 4 % de la consommation électrique nationale estimée pour l'industrie du numérique... et cela avant même le boom de l'IA.

Voilà qui est particulièrement problématique pour une ville comme Marseille, dont la population a besoin d'emplois, pas de colonisation de ses terres par des acteurs technologiques.

On pourrait aussi parler de souveraineté numérique face à la domination états-unienne, notamment... manque de pot : la majorité des industriels de data-centers sont aussi états-uniens, comme Digital Reality, et loue leurs services à des acteurs comme Microsoft, Google, Amazon, et consorts, états-uniens dans leur vaste majorité.

On pourrait enfin citer d'autres conséquences moins directes mais tout à fait locales du développement de l'industrie numérique, allant du très déprimant, comme l'utilisation illégale de la reconnaissance faciale assistée par IA par la police marseillaise... au plus prosaïque, comme ces petites beautés de cartes postales qu'on voit de plus en plus en ville 😅

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Photos de cartes postales vendues par un magasin de souvenirs marseillais, cartes toutes générées par IA, dont l'une écrit même Marseille avec 3 L. C'est Marseillle BBB ! (Merci à Mirabelle pour la photo).


Malgré ses conséquences claires et ses bénéfices discutables, et bien la situation ne va pas aller en s'améliorant. Pas à l'ère de l'IA générative poussée dans tout et n'importe quoi, jusqu'au fond de nos gorges par les sales petits doigts de Sam Altman et consorts (pardon pour l'image si vous êtes au petit dej).

Une IA générative dont les impacts (économies, sociaux, politiques, artistiques, philosophiques) dépassent d'ailleurs déjà largement celui du développement des data-centers, et que l'on a déjà évoqué à de nombreuses reprises dans cette infolettre.

Pour reboucler avec ce que nous disions au début de ce papier, rappelons donc ce que proclamait Emmanuel Macron lors du "Sommet pour l'Action sur l'IA" en février 2025, en référence à son "bon ami" (ses mots, pas les miens) Donald Trump :

"Plug, Baby, Plug".
Branche toi, bébé, branche toi.

Macron, jamais avare en gimmicks débiles surtout quand il cite son poto Donald (on n'oublie pas le légendaire "Make Our Planet Great Again" qui n'était là que pour la façade), dit ainsi l'essentiel : grâce au nucléaire, énergie visiblement magique et inépuisable, il veut positionner la France en marché idéal pour les géants mondiaux de l'IA, en terre d'accueil adéquate pour un maximum de data-centers.

La machine est déjà en marche : il y a quelques jours, l’Assemblée Nationale et le Sénat votait la loi de "simplification de la vie économique". L’article 15 de cette loi prévoit que les data-centers d’envergure soient qualifiés de « projets d'intérêt national majeur » (PINM), ce qui permettra aux industriels comme Digital Reality d'accélérer leurs projets... et de ne pas se prendre la tête avec les obligations environnementales et de consultations du public habituelles sur de tels projets. Youpi la dérégulation !

Et comme le rappelle Data for Good, la course à l'installation de data-centers a déjà commencé : 63 nouveaux projets de data centers “clés en main” ont déjà été annoncés (dont de nombreux à Marseille).

À cela, il faut ajouter un chantier pharaonique à venir, qui permettra justement de convoyer l'équivalent de l'énergie produite par un demi-réacteur nucléaire, et cela juste pour répondre aux besoins de data-centers principalement dédiés à l'IA, à Marseille.

Un rappel toujours utile enfin, étudions la composition des votants pour la loi de simplification dont nous parlions plus haut. Ils et elles sont au nombre de 275 : 135 sont d'extrême-droite, 100 sont LR et affiliés, 34 sont LIOT et Ensemble. Matthias Renault, député RN de la Somme, disait ceci à l'issue du vote  : “Cette petite loi de simplification, c’est un petit apéritif par rapport à ce que fera le RN si on arrive au pouvoir. Ce sera puissance 10 et on le fera par ordonnance.”

Mais au delà même des questions éthiques et politiques, la question technique demeure. Les 63 nouveaux projets dont nous parlions équivalent à une puissance totale recherchée de 28,6 GW.… soit la moitié du parc nucléaire français.

Alors, le nucléaire, énergie magique, vraiment ? En tout cas, aux États-Unis, malgré les appétits nucléaires des boites de la tech, comme le racontait jeudi dernier Olivier Tesquet chez France Culture, ce sont bien les industries fossiles qui prennent le relai.

La tech peut bien nous parler de "nuage", ses limites sont physiques, comme pour toutes les autres industries.

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Data-centers de Digital Reality intégrés dans la zone portuaire de Marseille


Une dernière question, enfin : toute cette puissance, toutes ces conséquences, et pourquoi faire ?

Comme le racontait Synth Média dans un article récent, certains s'en contrefichent pas mal, comme le maire des Pennes-Mirabeau, au sud de Marseille :
« Qu’il soit à Marignane ou à Vitrolles, ça ne change rien. Autant qu’il soit chez nous, comme ça, on prend les taxes ! [...] Peu importe ce que vous faites, les gens le veulent ailleurs ! La question, c’est : est-ce que l’on veut faire le virage de l’IA en France ? ».

Le maire du Bouc-Bel-Air (LR) lui estime que « c’est une infrastructure qui répond à un besoin. »

Mais quel besoin exactement ? Toujours chez Synth Média, Antoine Devillet de l’association le Nuage était sous nos pieds : « Les promoteurs prétendent qu’ils ne font que répondre à des besoins en augmentation. Or les infrastructures sont construites avec une volonté de modification des usages. »

J'ajouterais que vous connaissez déjà mes doutes sur l'utilité réelle de l'IA générative, même au nom de la sacro-sainte productivité, puisqu'aucune étude sérieuse, à ce stade, ne vient prouver ce pseudo-état de fait.

Mais dans l'idée de rester relativement bref, je ne citerai qu'un exemple final, très parlant selon moi : Microsoft a utilisé l'an dernier un data-center basé aux Pays-Bas pour stocker les données de surveillance de citoyens palestiniens sur demande de l'armée israélienne. Une entreprise US, un data-center européen, des données en provenance du Moyen-Orient. Le techno-fascisme se déploie, et cela n'a rien de magique ou d'intangible, mais c'est difficile à traquer, néanmoins.

Et vous voudriez de cela dans votre jardin, vous ?

Mais au fond, tant pis si les riverains et tout l'écosystème d'une région en souffrent. Tant pis si les retours économiques sont faméliques. Tant pis si l'utilité réelle reste à prouver, et tant pis si on ne contrôle rien de ce qui se passe dans ces grosses boites. L'important c'est le business, c'est la hype. Pas n'importe quelle hype. La AI hype ! La Data-Center-hype !

From Marseille BB to Marseille DC?

Peut-être. Ou peut-être pas, car la résistance s'organise.

 

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.

Dans le monde réel, la résistance s'organise

Le tableau dressé plus haut n'est pas joyeux, joyeux. Mais la résistance s'organise, et pas qu'un peu.

Et je ne parle pas là des quelques faits divers ayant marqué une radicalisation nette du rejet de l'IA outre-Atlantique. Reflets à la fois de la violence meurtrière inhérente à la culture états-unienne, et des dérives doomistes les plus zinzins ; entendre par doomistes les gens qui pensent que l'IA va se transformer en Skynet, des narratifs entretenus par les géants de la tech eux-mêmes pour maintenir la hype autour de leurs outils. Mais signes également d'une détestation de plus en plus large de l'IA (notamment générative) que les grands pontes de la tech n'ont pas encore tout à fait intégré.

Non, je parle d'autres moyens de résistance, intéressants et déjà à l'œuvre partout dans le monde.

Il y a d'abord le recours légal, et les choses commencent à devenir très intéressantes aux USA, berceau pourtant du numérique comme on le connaît aujourd'hui, et actuellement dirigés par un allier opportuniste des géants du sujet.

Pourtant, le Maine est devenu récemment le premier état états-unien à voter un moratoire sur la construction de "grands data-centers", et la ville de Monterrey Park est la première en Californie, au coeur du réacteur, à bannir la construction de tout data-center sur son territoire.

Aux USA toujours, le projet Data Center Watch estime dans un rapport que l’opposition citoyenne obtient des victoires importantes, puisqu'entre mars et juin 2025, 8 projets de data-centers y ont été arrêtés, et 9 temporairement bloqués.

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Image de manifestant·es s'opposant à un projet de data-center, aux États-Unis

En Uruguay, c'est au cœur d'une sécheresse terrible que la population locale s'est soulevée contre un data-center Google en cours de construction. Face à la fronde citoyenne, le gouvernement n'a su répondre que : « vous ne pouvez pas obtenir cette information [sur la consommation en eau], car elle est soumise au secret commercial de Google. » L’affaire a finalement été portée devant les tribunaux, et les citoyen·nes ont obtenu gain de cause !


Revenons en France, et même à Marseille, épicentre d'une résistance française aux data-centers qu'il va être très intéressante de voir grandir. De nombreuses voix locales s'élèvent en effet pour alerter contre le déploiement massif de data-centers dans la région, et cela depuis le début des années 2020.

Et le mouvement se renforce. Mi-mars 2025, un forum "Stop data centers" faisait ainsi salle comble, regroupant associations, citoyens et élus, sous l’impulsion de Sébastien Barles (Les Écologistes), adjoint à la transition écologique de la Ville qui, avec d'autres, avait déjà demandé un moratoire sur le sujet en 2024. Rappelons que l'autorisation d'implantation des data-centers est gérée par la métropole, dirigée jusqu'à il y a peu par la LR Martine Vassal, et conservée par la droite à l'issue des dernières législatives (ce qui n'augure rien de bon).

Le gigantesque projet à Bouc-Bel-Air est au coeur est un des nombreux projets qui élargissent la problématique et la résistance à toute la région, au delà de Marseille.

Mais c'est bien de la cité phocéenne que part le mouvement, et c'est notamment grâce au collectif "Le nuage étant sous nos pieds", dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises.

Ce collectif regroupe au moins 3 entités : La Quadrature du Net, défenseur des libertés fondamentales dans l’environnement numérique, Technopolice, structure d'analyse et de lutte contre les technologies de surveillance, et le collectif des Gammares, mouvement d’éducation populaire dédié aux enjeux de l’eau. J'ai eu le plaisir de participer à une récente réunion publique du collectif, et c'est grâce à leur travail que j'ai découvert l'ampleur du problème. Alors déjà, pour commencer : merci à elleux.

Je ne pouvais malheureusement être là, il y a une dizaine de jours, pour leur festival. J'aurais notamment pu y participer à ce qui constitue un peu leur "marque de fabrique" : des balades autour des data-centers de Marseille pour bien comprendre leur impact sur la ville et ses habitants. Mais le podcast Azerty nous permet de revivre une de ces balades au format sonore, et c'est vraiment passionnant.

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Photo d'une balade passant sur les hauteurs devant l'un des data-centers de Digital Reality, dans le port de Marseille. Crédits : Azerty podcast / Le nuage était sous nos pieds


C'est aussi leur engagement qui a poussé le Mucem à rompre son partenariat avec Digital Reality, dans le cadre du conflit israelo-palestinien.

On peut aussi citer leur traduction française d'une brochure de la chercheuse et professeur canadienne Anne Pasek "Lutter contre les data centers", ainsi que leur carte des data centers, des projets et surtout des contestations face à ces projets, en France.

Autant de preuves que, si la résistance est certes jeune, elle n'est pas désorganisée, loin s'en faut.

Ce qui constitue une piste de nouvel engagement local personnel, pour ma part. Marseillais, marseillaises qui lisez cet article, on s'y retrouve ?


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Un grand merci, et à bientôt,
Thomas ✊

PS : Absurditech est garanti sans IA générative, pas sans fautes.

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04.04.2026 à 08:21

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui : un parallèle entre deux industries omnipotentes pour le salé 🧂 et une potentielle alternative low-tech pour le sucré  🍰
Texte intégral (7842 mots)
La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

Pour débuter ce mois d'avril, nous avions l'embarras du choix, le petit mais dinguo monde de la tech étant, encore une fois, en ébullition.

Nous aurions pu parler des détournements industriels de Pokémon Go, des non-sens "artistiques" de Nvidia, du rythme de travail "augmenté" des startups françaises... L'IA était comme toujours dans toutes les bouches, même si de premiers dominos commencent à tomber. Hashtag Bubble.

De ces sujets, chez Absurditech, nous avons bien parlé, sur des réseaux variés. (N'hésitez d'ailleurs pas à vous abonner sur la plateforme de votre choix, pour ne pas rater les sujets qui ne sont pas tous traités ici 🤗).

Mais dans ce nouveau numéro de l'infolettre, en revanche, je n'avais ni envie de vous parler d'IA, ni de revenir sur des sujets déjà abordés... du moins pas de la même manière.

Non, cette fois, je vais vous parler d'autre chose. D'un sujet qui me trotte dans la tête depuis un moment, en fait.

Qui me roule dans la tête depuis un moment, devrais-je dire...

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

Aujourd'hui, dans Absurditech, nous allons ainsi tenter un parallèle entre l'industrie de la tech et une autre industrie qui a eu assez de puissance, au cours du siècle dernier, pour modifier en profondeur nos modes de vie et de pensée, nos cultures toutes entières.

En ce sens, ce sont sans doute les deux seules industries comparables du point de vue de leurs impacts sur nos existences, depuis la révolution industrielle elle-même. L'une ne reflèterait-elle pas l'avènement de la société de consommation, quand l'autre refléterait celui de la société de l'information (puis de la désinformation) ?

Nous allons parler aujourd'hui de l’automobile.
De la voiture, la bagnole, la tire, la caisse, des bolides, des tacots.

Car si un sujet en particulier encapsule les excès technologiques actuels, comme il encapsulait parfaitement les excès industriels du monde d'avant : c'est bien l'industrie automobile.

Cela ne vous paraît pas évident de prime abord ? Laissez moi m'expliquer.


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En 2026, la voiture est tout sauf un "objet" neutre. C'est un élément désormais chargé politiquement, socialement, économiquement, philosophiquement même.

C'est parce qu'on a touché à la bagnole que la crise des "gilets jaunes" a commencé. Elle a aussi été un sujet majeur des élections municipales qui viennent de se conclure (sauf peut-être à Clichy, tiens 😅), opposant hypothétiquement les bobos en vélo des grands centres-villes et les ruraux et banlieusards qui ont besoin, elleux, de leurs bagnoles.

D'ailleurs, certain·es pensent que c'est à cause des bagnoles si les petits centre-villes meurent, quand d'autres pensent que c'est leur absence forcée qui en est la raison.

C'est aussi en grande partie parce que nos bagnoles nous sont vitales que l'on s'inquiète, aujourd'hui, de la guerre au Moyen-Orient. Et puis n'est-ce pas à coups de grandes marques automobiles que les pays les plus riches comparent la taille de leur pot d'échappement ?

La bagnole questionne aussi notre rapport à la violence, elle est un symbole chargé du point de vue du genre... Je peux continuer à lister les occurrences ainsi pendant encore un paquet de paragraphes, mais avançons.

Si tout cela est vrai en France, ça l'est sans doute encore davantage de l'autre côté de l'Atlantique. La voiture y est le symbole absolu de la réussite par la consommation, elle y est un fort marqueur social également, elle porte en elle à la fois le "rêve américain", et son jumeau aventurier, le roadtrip.

Elle représente aussi parfaitement l'individualisme propre à la mythologie US. Dans sa Cadillac, on peut manger, boire son café, on peut même aller au ciné, retirer son cash... ou prier.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
La "Daytona Beach Drive-In Christian Church" en Floride. Rien à ajouter de plus (Amy Kiley / WMFE)

Des "vieilles américaines" aux muscle cars, des monster trucks aux SUV arborant des calandres aussi hautes qu'un gamin de 14 ans (et qui ne sont désormais plus si rares en Europe)... les grosses bagnoles y sont l'attribut principal de la puissance, de la virilité, d'un folklore très MAGA compatible, au fond.

Pourtant, l'Amérique du Nord n'a pas toujours été une terre de goudron et de caoutchouc. Elle a d'abord été traversée de part en part par les chemins de fer, et ses villes étaient les mieux desservies en tramways et cable cars, restés symboliques dans seulement quelques villes, comme à San Francisco.

Les réseaux de métros y étaient très larges, mais leur développement a stagné bien plus qu'ailleurs, quand les freeways, elles, se sont multipliées, striant le coeur des villes nord-américaines comme nulle part ailleurs dans le monde.

Si je ne vais pas vous détailler par le menu les raisons de cette transition délétère (ce que fait en revanche très bien cette vidéo), on peut citer tout de même une occurence particulièrement marquante. Déjà à l'époque derrière l'une des premières grandes campagnes de lobbying de l'histoire, l'industrie automobile a en 1938 l'idée d'une sacrée manoeuvre économique.

National City Lines, une entreprise de transports en communs propriété de General Motors (les bagnoles), Firestone (les pneus) et Standard Oil (le carburant) prend cette année là le contrôle des réseaux de tramways d'une cinquantaine de villes aux États-Unis, dont New-York, Los Angeles ou Chicago. Résultat : trams à la casse, voies dédiées remplacées par des bus à essence, agrandissements des espaces réservés aux voitures...

Le périph' est bouclé. Ça ne s'invente pas.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Les ricains sont assez forts pour rendre une bretelle d'autoroute sexy, certes, comme dans cette géniale scène d'intro de La La Land. Cela reste néanmoins une bretelle d'autoroute embouteillée, et la meilleure illustration de l'ambivalence de Los Angeles : point central du rêve américain et plus terrible labyrinthe d'asphalte au monde.

Après ce court cours d'histoire états-unienne, parlons maintenant de la réalité de l'industrie automobile d'aujourd'hui. Et faisons un constat : le plus gros objet tech dont vous disposez à la maison n'est sans doute pas votre ordinateur ou votre écran TV. C'est votre voiture.

Précisons une chose : j'ai depuis près de 15 ans un rapport très distancié à la voiture, en tant que bobo citadin. Mais ça n'a pas toujours été comme ça. J'ai grandi dans un petit bled ou ne pas avoir de bagnole était presque impossible.

Vous les connaissez de plus ou moins près, ces bleds péri-urbains à 30-40 minutes d'une grande ville (Nantes, dans mon cas) où ce qu'il reste de l'ancienne gare a été abandonné, les voies ferrées revenant-elles doucement à la nature, dans un non-sens historique criant, aujourd'hui.

À 18 ans, la première chose à faire quand vous grandissez dans un bled comme ça, c'est passer votre permis. De mon côté je n'avais pas trop le choix : à la rentrée suivante je devais me rendre à l'IUT (Saint-Nazaire represent) chaque matin en voiture, habitant alors de l'autre côté de l'estuaire.

J'ai ensuite évolué vers des études et des jobs, à Nantes puis Paris, où j'ai lentement délaissé ma vieille Opel Astra couleur sable. Mais les choses auraient pu être différentes.

Bref, si je ne dépends pas à titre personnel d'un véhicule au quotidien, je connais beaucoup de monde pour qui c'est le cas. Et si je n'ai pas fait d'études sérieuses sur le sujet, j'entends toujours le même discours : avoir une bagnole, ça a toujours couté cher, mais c'est de pire en pire.

Je ne parle pas là du prix de l'essence, même si cela fait l'actualité. Non, je parle bien des voitures elle-mêmes, et des pièces qui vont avec. Les trucs sont désormais plus bardés d'électronique qu'un programme Apollo tout entier.

Mais ne me prenez pas au mot : c'est littéralement ce que dit le "Chief Technical Officer" de Stellantis, soit le patron de la technique chez l'un des plus gros groupes automobile du monde, regroupant rien moins que Citroën, Peugeot, Fiat, Chrysler ou encore Jeep.

Sa phrase exacte est la suivante : "Les voitures sont trop complexes, avec trop de circuits intégrés."

De la même manière, écouter les garagistes nous expliquer ce qu'est devenu leur métier est assez édifiant : "on ne parle plus de mécanicien automobile, mais de technicien après-vente". Omniprésence de l'électronique embarquée, nouvelles technologies de diagnostic, importance croissante des compétences en informatique. Le garagiste est-il devenu un informaticien comme un autre ?

Prenons un exemple que je trouve très parlant : avant, quand on pétait son rétroviseur (accident fréquent, avouons-le), il suffisait de trouver le même bloc plastique dans une casse pas trop loin, et basta cosi!

Maintenant, c'est une installation technique complexe qui va vous coûter plusieurs centaines (voire milliers) d'euros, parce que la glace y est dégivrante, le clignotant y est répliqué, il y a un radar de présence, et parfois même un affichage augmenté.

Si les améliorations visant à la sécurité sont les bienvenues, n'en fait-on pas un peu des caisses, c'est le cas de le dire ? A-t-on besoin de deux iPads de chaque coté de sa voiture ?

Et cela, c'est sans parler des multiples écrans qui peuplent désormais l'intérieur de nos véhicules, jusqu'à l'absurde (merci, Tesla). Ce qui pose des questions sur la réparabilité desdits véhicules, mais aussi sur la sécurité de tels dispositifs ; à tel point d'ailleurs que les organes européens et chinois dédiés ont dû intervenir.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Ceci est une vraie photo d'une Byton M-Byte, prise pendant le CES 2019, à Las Vegas. Ça se passe de commentaire, non ?

Ce n'est pas moi qui vais vous dire "c'était mieux avant", mais avouez que sur ce point, on frôle le ridicule. La surcharge des gadgets tech est désormais une constante qui me saute aux yeux, notamment avec mon rapport distancié aux voitures que j'évoquais plus haut.

Il m'arrive de louer des voitures une ou deux fois par an. Ce sont généralement des modèles récents. Et quand je repense à mon Opel Astra, je me dis pas que certains changements n'étaient pas bienvenus... mais tout de même.

L'été dernier, je me suis retrouvé pour la première fois avec une Cupra dans les mains. Ancienne division sportive de Seat (auto emoción 💃) et propriété de Volkswagen, c'est désormais une marque qui propose visiblement tous types de modèles. Là, on se parlait d'une électrique compacte avec de la patate, pour résumer.

Et j'ai un peu halluciné : des radars et des caméras de partout, l'inévitable retour de force quand vous passez une ligne (qui manque de me foutre dans le décor à chaque fois), le logo de la marque projeté sur le sol sous les portières (😭), la détection de l'absence d'un passager qui éteint automatiquement la clim de ce coté de la bagnole, un écran central de la taille de mon mac book...

C'est trop, les gars.

Nos voitures sont devenues des iPhones, et les constructeurs s'inspirent des codes de la tech pour nous pousser à acheter des choses dont nous n'avons pas besoin :

les voitures, comme les smartphones, souffrent désormais d'obsolescence programmée du fait de leur surcharge électronique. Toutes leurs ventes reposent sur des dépenses marketing gigantesques ; y'a-t-il autre chose que des publicités pour des téléphones, des bagnoles et du parfum, à la télé ? Et puis, la surcharge d'options que nous évoquions, c'est un peu comme le nombre de méga-pixels de votre smartphone : ça ne sert à rien, mais ça fait joli sur la plaquette chez le concessionnaire, aka la boutique Orange.

Comme les smartphones, voici qu'arrivent bien sûr les bagnoles... boostées à l'IA ! J'en veux pour preuve cet article du Monde : "C’était l’une des voitures stars de l’ouverture du Salon automobile de Bruxelles, le 9 janvier : la XPeng P7+, lancée officiellement sur le marché européen. « Un véhicule défini par l’intelligence artificielle », selon la communication de l’entreprise". Yes, génial.

Il est bien évidemment l'heure de parler de l'éléphant dans la pièce : les voitures autonomes !

C'est le rêve moite d'Elon Musk, qui nous promet (comme il le fait pour tous les projets où il est impliqué) que c'est pour l'année prochaine, depuis 10 ans. Les taxis et véhicules autonomes, ce serait la prochaine révolution qui vient, celle qui va tout changer.

Citons un journaliste tech dont je tairais le nom, mais que je caractériserais comme un homme sandwich télévisuel plutôt qu'un journaliste, au fond. Ce qui devrait suffire à pas mal d'entre vous pour identifier le bougre.

Bref, voici ce qu'il disait il n'y a pas très longtemps sur un plateau télé, de retour du CES : "aux Etats-Unis, ça fait déjà partie de la vie quotidienne. On a testé les robotaxis Zoox, qui se baladent dans les rues de Las Vegas, sans conducteur, sans volant ni pédales. Impressionnant. Sentiment que c'est le sens de l'histoire et que leur déploiement à grande échelle n'est qu'une question de temps (et que l'Europe a, comme souvent, un gros coup de retard)."

Zoox, encore un nouvel acteur sur la marché des voitures autonomes, qui excite donc notre excité en chef. Zoox, une filiale d'Amazon créée il y a 12 ans déjà, qui ne fait tourner que 50 voitures en tout, avec pour seul lieu de commercialisation publique à l'heure actuelle Las Vegas, justement.

À titre de comparaison, l'entreprise Waymo (propriété de Google) a été lancée il y a déjà 22 ans, et n'opère aujourd'hui de manière commerciale que dans 5 villes aux États-Unis. Avec un succès mitigé ? En tout cas, ça fait de belles photos.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Une véhicule opéré par Waymo, brulé lors des manifestations anti-ICE de juin 2025, à Los Angeles.

Alors, les voitures autonomes, est-ce vraiment l'avenir de l'industrie automobile et de notre quotidien ? Quelques clarifications me semblent nécessaires.

Déjà, l'adjectif autonome me semble très abusif. Comme pour l'IA générative, comme pour les robots humanoïdes, c'est du bullshit complet dans une vaste majorité de cas.

Tout le système de ces véhicules dits autonomes dépend largement d'opérateurs et opératrices, les habituelles petites mains qui contrôlent nos outils "magiques" dans des conditions déplorables à l'autre bout du monde, comme l'admet un des boss de Waymo lui-même, ou le raconte cet article de Wired.

Pour résumer : prendre un taxi "autonome" à ce stade, c'est simplement déplacer votre chauffeur de la banlieue de votre ville à l'autre bout du monde. La lutte des classes version 2026 : plus moderne, plus chic, plus global.

Bon, et puis il faudra aussi parler de la sécurité réelle desdits véhicules, parce que il n'y aura pas toujours un remote operator pour gérer le bousin à votre place. La dangerosité serait à ce stade maîtrisée d'après les principaux acteurs du marché (qui n'iront pas dire le contraire).

Même si l'une des parties les plus longues de la page wikipédia de Waymo est dédiée aux accidents et problèmes juridiques impliquant ses véhicules, et même si on jette un oeil à ce Cybertruck en mode self driving qui tente de sauter par dessus le bord d'un pont sans raison aucune...

Au-delà de la dangerosité elle-même se pose surtout la question de la responsabilité en cas de problème. Comme avec l'usage de l'IA dans le cadre de conflits armés (en ce moment en Iran, au hasard), les implications sont vertigineuses. Et encore ne parle-t-on ici que de quelques centaines de véhicules dans le monde. Quand ces entreprises souhaitent en imposer partout sur nos routes.

Bah, un véhicule autonome qui s'en sort à peu près sur les artères larges comme des stades de foot de Vegas, ok. Mais hâte de voir ça se démmerder dans les petites rues européennes, entouré de chauffeurs (-ards ?) parisiens ou marseillais, notamment.

"L'Europe a, comme souvent, un gros coup de retard", nous disait ainsi plus haut l'homme sandwich. Quel intérêt aurions nous à rattraper ce retard là ? Toujours ce même discours de la course à l'armement, quand on ne sait toujours pas si celle en cours sur l'IA nous apportera quoi que ce soit de bon.

Que font d'utile nos amis les tech bros avant le temps soi disant offert par l'arrivée des chatbots IA ? Que feront-ils d'utile avec le temps offert par l'arrivée des voitures autonomes ?

Commençons déjà par électrifier le parc automobile neuf, avant de commencer à vouloir créer des trucs qui demandent encore plus de composants électroniques (de plus en plus rares) et d'énergie (autre ressource qui va manquer si on suit la courbe actuelle des usages de l'IA). Car la principale révolution utile à l'industrie automobile sera cette électrification.

Et encore, devrait-on parler d'une révolution ou même d'une évolution, quand on sait que les premiers modèles d'automobile étaient pour beaucoup électriques ? Une découverte que j'ai faite dans le super Rétrofutur Museum, mais une situation qui ne plaisait alors pas aux lobbys de l'hydrocarbure. Mais je ne vais pas vous refaire une leçon d'histoire, j'ai déjà donné dans ce papier.

 

Voilà, vous l'aurez compris : à mes yeux, industries tech et automobile ne feront symboliquement bientôt plus qu'un, dans leurs approches techniques et commerciales, dans leur lobbying incessant (l'industrie tech faisant désormais plus fort que celle de l'automobile sur ce dernier point).

Une fusion déjà très concrète quand on voit le succès (certes vacillant), en une décennie à peine, d'une marque comme Tesla, ou bien la nature des marques chinoises inondant désormais le marché. Les voitures sont désormais des objets tech comme les autres.

Mais dans cette période politique trouble, où la tech expose nos vies et explose nos démocraties, il est bon de finir sur quelques autres parallèles. Rappelons ainsi les liens très resserrés entre les grands constructeurs automobiles allemands et le régime nazi naissant puis au pouvoir d'Adolf Hitler, symbole d'une entente entre le grand capital et le fascisme le plus pur qui ne peut que faire écho à notre époque.

Rappelons aussi ce qui se passait déjà de l'autre côté de l'Atlantique, avec Henry Ford, patron omnipotent de Ford, et son antisémitisme chevillé au corps, ses amitiés bien documentées pour le nazisme, et ces projets qui, là encore, en rappellent d'autres. Comme le racontent, dans leur livre Apocalypse Nerds, Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet :

"Pendant ce temps, au Texas, l'oligarque Elon Musk construit sa propre cité ouvrière, baptisée Starbase. Pensée pour accueillir les employés de ses entreprises, en particulier Space X, cette cité privée dispose de ses propres lois, administrations, centres de santé et écoles. Starbase accueille déjà 500 résidents, dont 100 enfants, précise le New York Times. Ce modèle de cité-entreprise gérée par un patron réactive une utopie du XXè siècle, lorsque des industriels comme Henry Ford se piquaient de bâtir leurs propres "company towns". Au Brésil, Fordlândia, devenue au fil du temps une ville fantôme, est un vestige de cette ambition à la fois coloniale et féodale."

La tech est l'industrie automobile du XXIè siècle en cela qu'elle est l'industrie la plus puissante de l'époque, l'industrie qui change nos vies. Pour le meilleur, pensions-nous, mais plus probablement pour le pire.

C'était vrai en 1930-40, ce sera vrai en 2020-30.

Alors, ami·es des villes et des champs, cyclistes et automobilistes, accordons-nous sur un ennemi commun :

La tech veut nous enfermer dans des algorithmes délétères et des cocons technologiques aliénants, où nous devenons bêtes et méchants.

Comme les groupes automobiles et leurs alliés hydrocarbures voulaient nous enfermer, le plus seul possible, dans des habitacles où nous devenons bêtes et méchants.

Arrêtons de nous chamailler pour des histoires de type de véhicules et de plateformes, et attaquons nous plutôt à ceux qui posent problème, à ceux qui nous exploitent et nous appauvrissent. Résistons aux grands groupes automobile comme aux grands groupes de la tech, et à tout ceux qui leur servent la soupe.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

Des alternatives aux voitures traditionnelles, ça existe. De petits véhicules de natures variées sortent un peu partout, même si la tendance (purement créée par le marketing) du SUV ne se dément pas pour le moment, et même si des marques comme Smart font des choix difficilement compréhensibles.

Il y a Citroën avec sa très reconnaissable Ami, citadine électrique ultra-compacte – même si son achat par nombre de familles bourgeoises en guise de voiture sans-permis pour leur riche progéniture en fait un bel effet rebond.

Mais il y a mieux : il y a les propositions en provenance de la démarche low-tech !

C'est ce qu'évoque cet article que Jacques Tiberi, rédacteur en chef du Low-Tech Journal, m'a gentiment permis de vous partager ici. Un article rédigé par Timothée Fustec, personnalité bien connue de l'écosystème low-tech français.

PS : le Low-Tech Journal, super mag des alternatives frugales et des bifurcations écolos, vient de lancer sa campagne de financement participatif. Allez donc les soutenir si vous le pouvez, à la hauteur de vos moyens !

(Disclaimer : j'accompagne Jacques en indépendant sur cette campagne, précisons-le).


La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

[Extrait du Low-Tech Journal n°24]

J'ai testé pour vous La Bagnole du constructeur français Kilow. Un mini pick-up électrique, original et léger, aux airs de buggy solarpunk !

Savez-vous à quoi ressemblait la première voiture ? Conçue en 1871 par Joseph Cugnot, le "chariot à feu" était un prototype d’automobile pouvant atteindre 4 km/h. À l’avant de ce véhicule de plus de 7 mètres : une énorme cocotte-minute qui, grâce à un souffle de vapeur, actionnait une roue permettant de faire avancer le véhicule. Apparemment, il fallait descendre toutes les douze minutes de la machine pour la recharger en bois.

Malgré l’intérêt limité d’un tel bolide, on ne peut qu'avoir une étincelle d’émerveillement face à cette innovation du passé. Serait-ce grâce aux écrits de Jules Vernes ? Aujourd’hui, la voiture prend trop de place. Dans nos villes comme dans nos vies. Temps de trajets, statut social… Pour autant, peut-on totalement se passer de véhicules individuels ?

Depuis ma campagne Bretonne, je vous avoue qu'un petit quadricycle électrique, modulable et léger me serait bien utile... Et si j'essayais La Bagnole ?

15 000 € en précommande, c'est low-cost !

Je ne résiste pas à vous rappeler ce qu'en disait le Low-Tech Journal dans un dossier sur les véhicules intermédiaires publié dans son n°6 : "La Kilow ? Un énième gadget cyberpunk pour adulescent ou gosse de riche néo-rural sans permis et accro à l’adrénaline (0 à 40 km/h en 4 sec). Bon sang, un autre fun est possible !". Correspondant trait pour trait à cette description, il était tout naturel que je teste pour vous ce tacot dépouillé !

Le bon rapport sobriété-performance ?

En bon lautéqueur, j'ai commencé par interroger mon besoin. Je dirige un centre de formation et de séminaires qui se veut un exemple de soutenabilité. J'étais donc à la recherche d’un moyen d’effectuer les trajets professionnels quotidiens en toute sobriété. Mes trajets ? Des allers-retours à la gare (21,3 km), et le tour des commerçants pour faire les courses (~8 km). Les routes me menant à ces deux points sont toutes limitées à 80 km/h.

Enfin, puisque le centre de formation est autonome en électricité, grâce à ses panneaux photovoltaïque, une voiture électrique à faible consommation était toute indiquée. J’ai donc porté mon dévolu sur ce pot de yaourt, il y a un peu plus de trois ans, en faisant une veille sur les innovations frugales françaises. J'ai passé la pré-commande alors que la machine n’était pas encore en production. J'ai déboursé la somme de 15 000 € pour acquérir l’engin. Ce prix hors taxe comprend la livraison, ainsi que les différentes options. Ces dernières sont nombreuses et assez utiles, notamment les portes, les gardes boues, le coffre, etc. Moins essentiel, le volant "sport" nous a été offert.

Premiers émois

Les problèmes ont commencé quand il a fallu assurer la bête. Les six grandes enseignes la classaient parmi les voitures sans permis et exigeaient des tarifs affolants ! Une fois ce problème résolu, je décidais, enfin, de prendre le volant pour une première course. Il me fallait livrer quelques paquets de Biochar à un paysan du coin. Un collègue débonnaire et moustachu m’accompagne. À bord de l’habitacle, on s'installe sur des sièges, a priori peu confortables. Il n’en est rien : un levier sous l’assise permet de faire glisser le siège d’avant en arrière. Je règle les rétroviseurs en... passant la main par la fenêtre. So 1980 !

Pas de rétroviseur en haut du pare-brise, les deux à bâbord et tribord, particulièrement larges, suffisent. Le tableau de bord est en bois, on y retrouve toutes les commandes sous forme de switchs ; les clignotants à gauche du volant, les feux de routes, les essuies glaces… Je m’attache, et après avoir vérifié que mon copilote en avait fait de même, tourne la clé dans la serrure.

Le petit panneau d’affichage s’éveille de lettres écrites dans une lumière blanche, le capot émet un son électrique et aigu, puis tout devient silencieux. Déporté légèrement vers le centre de l’habitacle, deux pédales. Leur positionnement permet une bonne conduite, mais on ne peut s’empêcher de se poser la question : pourquoi sont-elles autant sur la droite !? Après avoir déverrouillé le manche du frein à main, j’appuie du pied sur le champignon. Sans aucun bruit, elle s’élance sur l’asphalte campagnard et les arbres commencent à défiler.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Timothée posant avec la "Bagnole" de Kilow

Une Tesla derrière moi

Dès les premiers virages, je prends conscience de la superbe visibilité qu’offre le pare-brise droit et large qui lui confère sa silhouette anguleuse. C’est tout juste s’il y a un angle mort. Je commence à slalomer à 50 km/h entre le bocage breton. C’est là que je remarque la dureté du volant dans les virages serrés. C'est un fait : la Bagnole n'est pas très maniable. Sa petite taille laissait pourtant croire qu'elle se conduirait comme un kart. Je vois un stop au bout de la route, je freine, un crissement, la voiture s'arrête, ouf !

Un regard dans mon rétroviseur m’avertit qu’une Tesla est derrière moi. La gueusaille n’a qu’à bien se tenir ! Je quitte le Stop pour entrer sur la départementale. C’est le moment de voir ce qu’elle a dans le ventre. Je switche pour activer le clignotant… Tiens donc, pas le tictac caractéristique. C’est perturbant, mais on s’y fait.

Je monte rapidement à 80 km/h. La sensation de vitesse est décuplée par le large panorama et la faible distance au sol : seule une fine couche d’acier sépare mes guiboles du bitume, une trentaine de centimètres plus bas. Nous voici donc, filant à vive allure, probablement sous le regard hagard de notre poursuivant technosolutionniste, qui pensait avoir affaire à une caisse sans permis limitée à 50'.

Dans le bourg, les passants tournent la tête face à mon nouveau tape-cul. On sourit. Arrivé à destination, je remarque que les portes s'ouvrent de l'intérieur via une simple sangle qui court le long de la porte. Un dispositif particulièrement original et agréable à manipuler.

En revanche, fermer la porte depuis l’extérieur est une expérience un peu plus fastidieuse : il faut juste la... claquer très fort (?). Mon colis déposé chez notre ami paysan low-tech, nous repartons.

Une petite bruine commence à tomber, mais, pour activer l'essuie-glace, je dois tendre le bras jusqu'à un switch, placé de l'autre côté de la console. Je me rends alors compte que l'essuie-glace n'a qu’une seule vitesse... Adaptée aux pluies drues. Faut s'y faire !

Vitesse max

En plus de la vitesse, l’écran du tableau de bord affiche l’autonomie du véhicule qui s’élève au maximum à 147 km. Les petites batteries se vident rapidement, mais se rechargent aussi vite sur le secteur. Une simple prise 220 volts suffit. Très pratique.

Je vous fais la confidence que, pédale au plancher, j'atteins les 84 km/h. D'accord, ça tremble un peu. Et mon passager sue à grosses gouttes. Mais on sent bien que le moteur n'a pas dit son dernier mot. Un logiciel doit probablement brider la machine à sa limite légale. Ce qui est une bonne chose, selon mon passager. Moi ? J'ai profité d'une joyeuse expérience de pilotage frugal !

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Les mensurations de la bête

Qu'est-ce qu'on en pense ?

Sur le papier, La Bagnole n'a rien d'une folle aventure. 400 kg, 80 km/h max, pas d'auto-radio ni de siège chauffant. On est très loin des délires masculinistes, du buggy ou du Cybertruck. Pourtant, La Bagnole attire. Elle surprend. Et c’est certainement là son plus bel atout. Une option "sociale" qui surpasse ses défauts de jeunesse.

Ce SolarTruck a une allure. D’un glaz tirant sur le vert, elle a la dégaine des jeeps du débarquement, ou même d’une Ford T des années folles. C’est sûrement dû à ses deux phares ronds, ce petit capot et ce grand pare-brise. À l’époque, l’aérodynamisme était superflu. Ce charme rétro-futuriste est assurément l’avantage le plus important de La Bagnole.

Dans un monde où la petite voiture est une forme d’aveu de faiblesse, La Bagnole renverse la vapeur. Les gens tournent la tête dans les villages, on s’intéresse, on veut la tester. On retrouve l’étincelle d’émerveillement du "chariot à feu". Elle est désirable. Et c’est indispensable.

En effet, tout l’enjeu est de convaincre le plus grand nombre d'aller vers une mobilité plus légère, moins émissive. Il faut convaincre Richard Gere de ne pas prendre la limousine blanche pour retrouver Julia. Il faut convaincre Tom Cruise de réaliser son ultime Mission Impossible en véhicule intermédiaire. Ce pick-up pourra-t-il nous mener vers un futur plus low-tech ? Je le crois.

Surtout quand il y aura la version quatre places pour toute la famille Pierrafeu. La Bagnole est plus proche d’un Key Car que d'un VéLi, qui lui-même est plus proche d’un vélo… La Bagnole est plus low-tech qu’une voiture, mais plus high-tech qu’un Vhélio.

Pour autant, je crois, et même j’espère, que c’est la première d’une longue série de véhicules plus sobres, plus légers et plus locaux. Cette guimbarde low-tech est une étape indispensable pour démocratiser les alternatives sobres. Grâce à son style, et sa vitesse indispensable en milieu rural, elle répond à un besoin actuel pour un futur désirable.

Comme disait Doc Brown dans Retour vers le futur, "quitte à voyager à travers le temps au volant d’une voiture, autant en choisir une qui ait de la gueule".


Encore un grand merci à Jacques et Timothée pour la rédaction et l'édition de cet article du Low-Tech Journal.

Pour rappel, la campagne de financement participatif du Low-Tech Journal est en cours, allez y jeter un oeil :)

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

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06.03.2026 à 08:55

Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui : une candidate socialiste au CV étonnant pour le salé 🧂 et des propositions politiques numériques stylées pour le sucré 🍰
Texte intégral (3764 mots)
Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?

Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?

UPDATE :

Face à la quantité invraisemblable de retournements de situations à Clichy (92), je me devais de caler ici de rapides mises à jour, même si on s'éloigne grandement de la tech.

Primo : Julie Martinez, candidate pour le PS et ancienne salariée du géant techno-sécuritaire Palantir, s'est donc inclinée de justesse au deuxième tour des municipales, face au "Républicain"* Rémi Muzeau.

Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?
Résultats détaillés de l'élection, capture d'écran du site du Monde.

Secondo : une vidéo de Julie Martinez, filmée le soir des résultats du second tour, la montre déclarant qu'elle est prête à "faire mourir Rémi Muzeau en prison", "parce que c'est là où il appartient (sic)". Du pain bénit pour le candidat LR qui peut donc jouer les victimes apeurées sur les plateaux télés.

Il faut croire que la brutalité des méthodes de Palantir a infusé chez Mme Martinez. Qui l'eût cru ?

Tertio : on apprenait dimanche soir, 29 mars, dans un article du Parisien, que des fraudes ont été constatées durant l'élection :

"Des procurations ne figurant pas sur le registre de la préfecture des Hauts-de-Seine, des électeurs qui se retrouvent nez à nez avec des inconnus votant à leur place… À Clichy, 7 plaintes ont été déposées pour usurpation d’identité. La candidate PS Julie Martinez (PS) a formulé un recours après la réélection de Rémi Muzeau (LR)."

La bataille pour la mairie de Clichy fait donc les prolongations. Et elle compte déjà assez de rebondissement pour en tirer une série Netflix. Disons "House of Clichy" ?

Il y aura un problème, cependant : il sera bien difficile de s'attacher aux personnages, tant ceux-ci ont tous l'air détestables.

*je mettrais dorénavant toujours des guillemets au terme républicain quand il s'agit d'évoquer le partie politique du même nom, tant celui-ci est à mes yeux désormais un parti d'extrême droite, tout à fait sorti de l'axe républicain, si tant est que cette notion est encore un sens en 2026.


ARTICLE ORIGINAL :

Le premier tour des municipales, c'est presque dans une semaine. Déjà 😱

Dans un contexte politique tendu sur tous les fronts, ce scrutin local aura évidemment une importance nationale au vu des thématiques soulevées, et du fait d'une banalisation toujours plus grande de l'extrême droite.

Et voilà qu'une candidature en particulier, au sein d'un parti décidément pas avare en surprises ces temps-ci, ajoute une dimension toute à fait "tech" et internationale au schmilblick.

Je vous présente Julie Martinez, candidate à la Mairie de Clichy (92) pour le Parti Socialiste, et directrice d'un think tank qui a l'air trop sympa : France Positive.

Sur un compte Instagram tout en good vibes, on balance des reels en mode influenceuse cuisine tout en critiquant (à juste titre, je présume) les méthodes du maire sortant ; on propose de "créer du lien" avec de jolis visuels colorés ; on va rendre le logement accessible et construire des pistes cyclables.

Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?
Affiche de campagne de Julie Martinez aux élections municipales 2026, à Clichy (92)

Sur le papier, moi, je suis un bobo. Ça me va super bien.

Sauf que quand on regarde le CV de Mme Martinez, il y'a un truc qui saute aux yeux. Elle a au moins le mérite de ne pas le cacher, c'est écrit noir sur blanc sur son compte Linkedin :

Julie Martinez a travaillé pendant trois ans et demi, et jusqu'en octobre dernier, pour Palantir.

Elle a été avocate intégrée à l'entreprise pendant plus de deux ans, avant d'en devenir la "responsable de la protection des données" pendant près d'un an et demi.

Palantir, ça vous dit quelque chose ? Mais siiiiii, cette sympathique entreprise dont on a déjà parlée à plusieurs reprises dans cette infolettre. Une entreprise dédiée à la surveillance de masse, le bras armé technologique de l'administration Trump, comme l'expliquait Olivier Tesquet dans une chronique récente sur France Inter (complété depuis par un papier pour le Grand Continent).


Avant de continuer cet article, un intermède : on vous a fait suivre cette infolettre ? Pensez à vous inscrire via le bouton (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) !

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Le premier client historique de Palantir n'était autre que la CIA, avec un logiciel nommé Gotham, dont le principe était effrayant de simplicité : Palantir ne collecte pas les données, elle les connecte. Le but : pouvoir dire où une "cible" se trouve, et avec qui s'y trouve-t-elle.

Gotham ? Oui, la ville de Batman. Le nom "Palantir" est lui à aller chercher du côté du Seigneur des Anneaux. Olivier Tesquet :

"Dans le folklore du Seigneur des Anneaux, le Palantir est une pierre qui permet de tout voir tout le temps, un outil très puissant et très dangereux. L'omniscience, c'est ce qui est visé dans son nom même. Palantir est une entreprise du XXIe siècle au sens chimiquement pur : ils ont commencé avec les services de renseignement, ils ont été financés par la CIA, et depuis, ils vivent des crises, que ce soit le terrorisme, le Covid ou les guerres en Ukraine et à Gaza."

Et avec le retour de Trump aux affaires, Palantir a pu confirmer son statut de partenaire technologique privilégié du gouvernement états-unien. Il faut dire que l'entreprise représente l'outil idéal pour identifier ces fameuses "cibles", qu'il s'agisse de "terroristes" à éliminer (ce qualificatif étant un brin galvaudé dans la bouche de Trump), ou de migrant·es à expulser via l'ICE.

Mais ces "produits" sont aussi utilisés en France, par la DGSI, par exemple. Ce qui au delà de toute considération éthique, pose aussi des questions de souveraineté assez majeures.

Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?
Extrait du CV de Julie Martinez sur Linkedin. J'imagine que ça fait cool de se dire "legal ninja", même quand c'est pour une boite dédiée à la surveillance de masse dirigée par des crypto-fascistes 🫰

Batman, Lord of the Rings : on est, comme souvent avec la Silicon Valley, dans le royaume des geekos mascus et malsains qui n'ont rien compris au bouquin.

Car Palantir a été créé par un techno-fasciste pur jus. Pas aussi connu que l'autre geeko-facho de service, Elon Musk, mais sans doute plus dangereux encore : Peter Thiel. Son nom vous est sans doute familier, d'autant que sa récente venue à Paris a fait couler pas mal d'encre.

Si vous ne le connaissiez pas, désolé : je vais devoir faire les présentations.

Issu comme Musk de la PayPal Mafia, Peter Thiel est clairement le "techno-fasciste" le plus chaud de ta région. Ses obsessions religieuses pour "l'Antéchrist" et l'extrémisme de ses visées libertariennes l'ont longtemps cantonné à un rôle de "trublion bizarre", dangereux certes, mais surtout isolé au sein de la Silicon Valley.

Pourtant, il a depuis été l'acteur majeur du rapprochement de Trump et des Big Tech 🇺🇸 grâce à son poulain J.D. Vance, dont il a financé l'entrée en politique. Il est désormais au coeur du projet trumpiste, se présentant comme le liant entre les AI-enthusiasts les plus acharnés et la droite religieuse états-unienne la plus dure.

Certes, Thiel ne dirige plus aujourd'hui Palantir, dont il s'éloigne actuellement. Mais il ne reste pas moins le concepteur de la matrice qui a vu naitre cette entité. Surtout, l'actuel PDG de l'entreprise et son co-fondateur aux côtés de Thiel, Alex Karp, n'est pas un joli coeur non plus.

Karp ne cache pas son ambition : faire de l'Amérique de Trump un "Empire Technologique" qui écrase toutes les autres nations, grâce à l'IA et à la maitrise des flux de données. Un nationaliste viriliste parfaitement décomplexé.

Maintenant qu'on a dit tout ça, on peut quand même revenir à nos moutons franchouillards :

Qu'est ce qu'une candidate socialiste aux municipales, qui souhaite "créer du lien" et proposer "des options végétariennes et bio à la cantine", a bien pu faire dans une boîte comme Palantir ?

Au soutien de fascistes libertariens comme Thiel et Karp ?

Julie Martinez a été salariée de l'entreprise jusqu'en octobre dernier. En parallèle, elle était alors porte-parole du PS pour les sujets technologiques, et notamment sur l'IA. Ce qui n'avait pas manqué alors de faire lever quelques sourcils.

Martinez expliquait à l'époque à Libération que «[son] métier était de veiller à ce que la réglementation européenne soit appliquée » par Palantir. Une manière de dire qu'elle aurait donc tenter de rendre le géant de la surveillance "meilleur" ? On s'esclaffe.

On peut plaider la prise de conscience et le pivot éthique. Je veux dire : j'écris ces lignes critiques sur la tech depuis 2 ans alors que j'ai été un salarié de Microsoft quelques années plus tôt. Donc les prises de conscience, je peux piger.

Mais dans le cas de Julie Martinez, pardon, ça ne prend pas. Elle a démissionné de son job chez Palantir seulement en octobre dernier, et encore y a-t-elle été forcée par la polémique. La rapidité du pivot est impressionnante, et on ne change pas de vision sur le monde en 6 mois.

Par la même occasion, elle quittait d'ailleurs son job de porte parole "tech" du PS. On se dit alors qu'il s'agissait là d'une simple erreur de casting. D'un manque de "background check", certes coupable, mais oubliable du parti... et on passe à autre chose. Que nenni : le PS l'intronise donc dans la foulée candidate à Clichy, en connaissance de cause !

En juin dernier, alors pleinement intégrée à la machine Palantir, elle disait ceci dans un papier toujours en ligne sur le site du Parti Socialiste : "La technologie n’est jamais neutre : elle prolonge le projet politique de ceux qui la possèdent".

Julie Martinez sait donc très bien ce qu'elle fait, et ce serait hilarant si ce n'était pas terrifiant. Dr. Jekill et Mr. Hyde.

Comment le Parti Socialiste peut-il présenter une telle candidate aux municipales dans ce contexte politique, technologique, international ?

Comme Julie Martinez peut-elle se sentir crédible quand elle parle de ses "propositions pour l'école publique" quand elle a servit des figures libertariennes comme Thiel ?

Comment peut-elle porter un programme social "créant du lien" quand elle a ramassé les (gros) chèques d'une entreprise dont le métier est la surveillance de masse au bénéfice du programme fasciste de Donald Trump ?

Alors que la défiance de la population française est au plus haut face à ses représentant·es politiques corrompu·es et déconnecté·es de leur réalité, je ne vois pas comment un parti prétendument socialiste peut soutenir la candidature de quelqu'un capable de se dédoubler ainsi.

Julie Martinez redéfinit la notion même de "double casquette", même si cette dernière est au placard (depuis à peine 6 mois). C'est à se taper la tête contre les murs.

Et c'est en même temps tellement symbolique de l'absurdité de 2026.


Bien que je sais qu'il est désormais coutumier, "dans la France de Macron", de faire preuve de mansuétude vis à vis du fascisme, y compris dans les rangs socialistes... là on va quand même dans une direction toute aussi déroutante que, disons, si notre Assemblée Nationale observait des minutes de silence pour des néo-nazis.

Oh, wait.


Pour conclure : merci à Thomas Le Bonniec pour sa lettre ouverte. Si je connaissais déjà le cas Martinez suite à la polémique puis à sa double démission d'octobre dernier... j'avais complètement raté cet épisode municipale lunaire, comme beaucoup de monde, j'ai l'impression. Je l'ai découverte grâce à son alarme.


Juste une parenthèse pour vous dire que je ne parlerais pas du sujet "QuitGPT" dans le détail, pour le moment.

Deux mots cependant : on peut se réjouir d'un départ en masse des utilisateurs et utilisatrices du service d'OpenAI pour protester contre le soutien de son leadership à Donald Trump, puis plus récemment de son intégration à l'outil guerrier états-unien.

M'enfin, évitez à mon humble avis de dresser trop rapidement des lauriers à Anthropic et Dario Amodei, qui se positionne de manière tout à fait marketée en "résistant". Bon après, c'est vous qui voyez. À chacun ses good guys 🤗


Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?

On en parle régulièrement ici : le rapport au numérique de nos élu·es est bien souvent tout à fait à côté de la plaque, du cas qui nous intéressait aujourd'hui aux prises de position régulières d'Emmanuel Macron sur le sujet.

Mais il y a aussi de supers initiatives qui peuvent aider la sphère publique française à aller vers le meilleur, et ce sera notre dessert du jour 🍰

Car dans le genre super initiative, on peut parler de "Désascalade numérique", 10 propositions co-écritent par des associations et coopératives françaises de grande qualité, de Commown à Lève les yeux, de Techologie à Génération Lumière.

Le but est d'éduquer les élu·es et futur·es élu·es aux risques posés par le numérique et aux avantages qu'une forme de décroissance numérique pourrait nous offrir en tant que société.

Pourquoi choisir les municipales ? Je les cite :

"Les menaces que fait peser l'industrie numérique sur le vivant, l'emploi ou les libertés fondamentales peuvent sidérer en donnant le sentiment de phénomènes planétaires insaisissables. Pourtant, agir à l'échelle locale, à partir des communautés dans lesquelles nous vivons, est non seulement possible, mais décisif. C'est l'échelle plus efficace pour sortir de l'impuissance et recréer des liens fragilisés par le déferlement technologique. Pour se donner les moyens, progressivement, de reprendre la main sur les objets qui nous entourent et sur nos besoins fondamentaux."

J'ai justement assisté hier soir à Marseille à une réunion très intéressante du collectif "Le nuage était sous nos pieds", qui veut remettre au centre du débat public les installations de centres de données, notamment sur le territoire marseillais. J'en reparlerai forcément, bientôt.

En attendant, je vous laisse découvrir les 10 propositions détaillées du collectif Désescalade Numérique, des directions ultra pertinentes à creuser, et à pousser auprès de vos mairies et de vos élu·es.

Parce que résister localement un peu partout est peut-être le meilleur moyen d'avoir un impact global.

👉 https://www.desescaladenumerique.org


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25.02.2026 à 07:57

Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui : les errances génératives d'Alain Damasio pour le salé 🧂 et des romans de l'ère pré-GPT pour le sucré 🍰
Texte intégral (2647 mots)
Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied

Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied

Il est probablement l'auteur de science-fiction francophone le plus révéré. Il est aussi une figure techno-critique majeure du paysage culturel français, depuis une bonne dizaine d'années maintenant.

Il n'était donc pas tout à fait surprenant de voir Alain Damasio invité sur le plateau de l'émission C Ce Soir du 19 février dernier, pour un sujet tape à l'oeil qui n'augurait pas grand chose de bon : "IA : avons-nous perdu le contrôle ?".

Dans un débat au cadrage très discutable mais heureusement rehaussé par les apports de la chercheuse Ophelie Coelho et de la philosophe Anne Alombert, Damasio a déclaré ceci :

"Mon métier c'est de créer des univers imaginaires, des personnages et des trames narratives. L'IA arrive quasiment au même niveau que mon artisanat."

Se faisant, Damasio se tire ainsi une balle de LBD à bout portant dans le pied.

Il démontre, dans cette émission, son incompréhension du fonctionnement même de l'IA générative et des chatbots IA, et le déclin de ses visées techno-critiques et anti-capitalistes. Il admet aussi au passage avoir une bien piètre estime de ses propres écrits, lui qui parle pourtant souvent de son égo.

Sur son incompréhension de l'IA générative, d'abord : ne saisit-il pas que l'IA générative ne créé rien de nouveau et ne fait que remâcher l'existant, c'est à dire le contraire même de ce qui rend l'art intéressant ? De ce qui avait fait de sa Horde du Contrevent un chef d'œuvre pour beaucoup ?

Il semble pourtant comprendre que les LLM ne créent rien et ne sont que des "machines à probabilité" tout à fait mathématiques. Rien de créatif ni de magique là-dedans, mais cela ne force visiblement pas Damasio à se défaire de sa fascination malsaine.

Comme l'exprime la linguiste (atterrée) Laélia Veron, Alain Damasio a, dans nombre de ses écrits, "dénoncé l'automatisation et la privatisation du langage par la technologie". Le voir ainsi vanter et assumer l'utilisation de l'IA générative (et plus précisément le modèle Claude d'Anthropic), soit la forme de privatisation et d'uniformisation du langage la plus extrême qui soit, a de quoi décontenancer. Notamment dans cette période d'actualité orwelienne où les mots sont vidés de leur sens : guerre, paix ; ignorance, force ; fascisme, anti-fascisme.

Tous les discours anti-capitalistes et techno-critiques de l'auteur perdent en conséquence de leur substance. Moi qui avait fait une longue critique de son essai "Vallée du Silicium" dans cette infolettre il y a près de 2 ans, ne peux que refaire saillir avec plus de netteté encore les critiques alors exprimées : sa fascination bien plus que sa répulsion pour certains usages délétères de la technologie, ou son oblitération presque entière de l'enjeu écologique pour ce qui a trait à l'entraînement et développement des chatbots IA, notamment.

Pour quelqu'un se déclarant "bio-punk", c'est tout de même embêtant.

Rappelons d'ailleurs que Damasio a même récemment été jusqu'à fourrer son nez dans la fange des NFT, preuve d'une forme plus large de renoncement.

Alain Damasio, en bonne créature médiatique parlant d'IA qu'il est désormais, ne manque pas de verser dans les poncifs éculés : le plus grand risque qui nous guette avec l'IA est bien sûr la "superintelligence".

Il faut dire qu'il y est bien aidé par un cadrage de l'émission à côté de la plaque, nous le disions, et les interventions d'un journaliste du Point (média en pleine croisade anti-science par ailleurs, c'est à noter). Un cadrage qui ne parle que d'une hypothétique perte de contrôle d'une IA bientôt sentiente, en traitant tout autre risque comme trivial en comparaison.

La "superintelligence", une éventualité qui ne fait pourtant absolument pas consensus. Mais qui fait bien sûr jaser, cliquer. Une théorie à la Terminator qui permet surtout aux acteurs de la tech et de l'IA (comme Dario Amodei, le boss d'Anthropic dont Damasio semble gaga) de minimiser l'importance des autres conséquences concrètes et actuelles de l'IA : impacts écologiques, politiques, sociaux ou économiques, que nous évoquons souvent dans cette infolettre.

À mes yeux, si la machine dépasse un jour l'humain, ce sera parce qu'elle nous a rendu plus bête et dépendant que nous ne le sommes aujourd'hui. Pas parce qu'elle aura développé une "superintelligence" 🤗

Bref, dans le cadre d'une émission titrée "IA : avons-nous perdu le contrôle ?", fallait-il s'étonner de ce focus sur la superintelligence ? Car, si c'est moins sexy, il serait bon de rappeler que reprendre le contrôle du développement de l'IA générative ne serait pas si compliqué si l'on s'en donnait les moyens pour réguler, au niveau européen notamment, les quelques entreprises qui produisent ces modèles.

Il ne faut pas non plus oublier les limites intrinsèques au développement de l'IA, qui me font rire quand j'entends Damasio nous imaginer toutes et tous en balade avec notre "IA personnalisée". Des limites, peu évoquées lors du débat, et qui peuvent être :

  • économiques : coucou les doutes (enfin) autour de la solvabilité d'Open AI et des autres acteurs du marché puis la peur d'un effet domino, que s'apelerio la bulle.
  • techniques : où va-t-on trouver de nouvelles données pour entrainer et améliorer les modèles actuels, et est-on sûr·e des avancées promises par les Le Cun et consorts ?
  • environnementales : vos data-center de la taille de Manhattan, on va les alimenter avec la fusion nucléaire et de l'eau en poudre ?

À l'heure où Sam Altman démontre que son cerveau tourne moins bien encore que la dernière version de ChatGPT, où on découvre que l'un des plus gros donateurs de Donald Trump n'est autre qu'un des co(n)fondateur d'Open AI, et où les conquistadors sont plus que jamais de sortis, d'Anthropic à Mistral...

...il y a certes autour de l'IA des sujets bien plus importants à évoquer, en ce moment, que la "cyber-épiphanie" d'un auteur courrouçant sa fan base. Alors concluons.

Il ne faudra pas être surpris de voir Claude Damasio mettre moins de temps à publier son prochain roman, quand Les Furtifs lui avait pris 10 ans. Tout ça pour accoucher in fine à l'époque d'un patchwork de sujets assez indigestes, où il en venait à se singer lui-même ; le propre, déjà, d'une IA générative. On comprend donc sa fascination devant le miroir. Et de me rendre compte que le bougre n'a plus rien publié d'excellente facture depuis bientôt 15 ans, malheureusement.

Ne comptez donc plus sur moi pour lire ses prochains "écrits", et son roman à venir, visiblement porté sur l'eau. Combien de litres de flotte absorbés pour pondre ce prochain pavé ?💧

Vous me trouvez dur ?
Boh, ce n'est pas dans mes habitudes culinaires, pourtant, le trop plein de sel.

Surtout : la dureté de cette critique est à la hauteur de ma déception, et du sentiment de traitrise (le mot est lâché) qui m'habite, après avoir aimé et conseillé à tant de gens la lecture de sa Horde du Contrevent.

À croire que son chef d'œuvre virevoltant n'était peut-être, au fond, qu'un (très bel) accident.


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Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied

Loin de moi, en vérité, l'idée de vous engager à ne lire aucun bouquin écrit depuis l'avènement de ChatGPT, en 2022, pour éviter toute mauvaise surprise. Vous l'aurez compris, un auteur peut dire n'importe quoi et vous gâcher le goût d'un chef d'œuvre même bien après sa sortie.

Je ne vais pas non plus vous conseiller de ne lire que des auteurs et autrices décédé·es pour avoir l'esprit tranquille, parce qu'un peu de modernité ne fait pas de mal ;)

Non, voici simplement quelques livres francophones que j'ai aimé lire ces derniers mois et années, sans autre règle particulière. Si ce n'est leur qualité à mes yeux, l'émotion tout à fait humaine qu'ils ont éveillé en moi.

Il y a d'abord "L'Art de Perdre", d'Alice Zeniter. Un fresque familiale formidable qui devrait être largement intégrée à notre programme scolaire tant il révèle de choses sur l'histoire commune de la France et de l'Algérie, tant il est pertinent dans la période de troubles nouveaux et en même temps anciens que nous traversons. Tant il est bien écrit, aussi.

Il y a ensuite "Le barman du Ritz", de Philippe Colin. En toute franchise, s'il n'est pas un grand roman (la dimension romantique de l'ouvrage est tout à fait passable), il n'en demeure pas moins un témoignage romancé mais circonstancié de la réalité politique parisienne sous l'occupation. Les séries de podcasts du même auteur chez Radio France, notamment celle sur la trajectoire de Pétain, sont encore davantage à conseiller. Les parallèles entre cette époque et la notre y sont souvent terrifiants.

Il y aussi les géniaux petits bouquins de Florent Oiseau, notamment mon chouchou "Les fruits tombent des arbres". Une lecture de l'ordinaire plutôt que de l'imaginaire, mais pas moins épique dans sa description du quotidien et des petites choses.

Il y a enfin, pour revenir à l'imaginaire, le travail de Jean-Philippe Jaworski. "Gagner la guerre" est notamment une œuvre majeure de la fantaisie francophone, modulo un choix scénaristique franchement discutable au milieu du récit, aussi détestable soit son anti-héros. Tous les ouvrages du cycle des "Récits du vieux royaume" que j'ai pu lire jusqu'ici sont parfaitement exaltants.

J'admets être moins client de son cycle celtique "Chasse Royale". Car, à l'instar de Damasio, l'auteur y frise l'auto-parodie à force de renforcer son style, tout en vocabulaire boueux et bagarreur. Espérons pour Jaworski une suite moins néfaste que celle de notre victime du jour !

Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied

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11.02.2026 à 07:08

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui : la grève chez Ubisoft pour le salé 🧂 et des jeux "low-tech" & "solarpunk" pour le sucré 🍰
Texte intégral (7533 mots)
Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Jour de grève chez Ubisoft, fleuron français du jeu vidéo et « sanctuaire » qui s’effrite

En ce 11 février commence le deuxième jour d'une grève qui en comptera trois, chez Ubisoft. Elle fait suite à un appel commun lancé par les syndicats Solidaires-Informatique, STJV (Syndicat des travailleurs et travailleuses du jeu vidéo), CFE-CGC, CGT et Printemps écologique, en réponse à des annonces de suppressions de postes, de réorganisation plus large de l'entreprise et de mise à bas d'accords clés avec les salarié•es.

La grève aurait été suivie par au moins 1200 personne hier, selon le STJV. Elle intervient surtout dans la période de crise la plus intense que l'entreprise ait jamais connue... alors même que la crise est presque quotidienne depuis plusieurs années maintenant pour les quelques 17 000 employé•es d'Ubisoft, dont 4000 en France.


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Quelques éléments de contexte d'abord : Ubisoft, c'est une entreprise menée depuis 40 ans cette année par Yves Guillemot, membre d'une fratrie de morbihannais qui a beaucoup investit dans le jeu vidéo français. Ubi, comme on l'appelle, c'est le plus gros acteur du JV hexagonale et de loin, et l'un des plus gros d'Europe.

Ubisoft, c'était surtout cette grosse boite de jeu vidéo qui faisait les choses différemment, des états-uniens notamment :

  • des emplois nombreux – Ubisoft est l’un des plus gros employeurs du secteur, ce qui reste unique au regard de son chiffres d’affaires – et surtout bien protégés
  • la créativité longtemps portée aux nues et au-dessus du business
  • des studios du monde entier collaborant sur des projets de natures et tailles variées.

Ubi, c'était une boite à l'image de son patron, Yves Guillemot, petit gars avec une certaine bonhomie, qui débarque avec son accent français et sa voix fluette pour parler de l'importance de la créativité et des créatifs, les "joyaux de la couronne" d'Ubisoft.

Dans le même temps, c'est aussi une structure qui résiste aux tentatives de rachats agressives d'Electronic Arts à la fin des années 2000, puis du Vivendi de Bolloré en 2015. Bref, on aime bien Ubisoft, surtout en France, territoire jamais avare de chauvinisme.

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Assassin's Creed, symbole des succès et des errements d'Ubisoft (ici Unity, dont les balades sur les toits de Paris ont inspiré jusqu'à la cérémonie d'ouverture des JO de Paris)

Puis la machine s'est enrayée. Résultats en berne, approche créative critiquée, scandales à répétition... Pour enfin en arriver à la crise actuelle, faite de vagues de licenciements et de fermetures de studios (choses que l'on pensait impossibles il n'y pas si longtemps). Faite de promesses brisées et de salariées sacrifiées, aussi.

Tous et toutes les analystes du milieu y vont depuis de leur avis sur les raisons de ce déraillement.

Pour certain•es, c'est surtout lié à la crise plus large que traverse "l'industrie du jeu vidéo".

Une crise auto-infligée, à mon humble avis, pour cette industrie se croyant trop belle et puissante. Notamment pendant et à la suite de la période du covid, mirobolante du point de vue des chiffres, mais qui n’était qu’une anomalie. Mais quand les chiffres sont gros, les vautours rappliquent : tout le monde a voulu sa part du gâteau, des gros acteurs chinois au fond souverain d'Arabie Saoudite, en passant par Amazon ou Netflix.

S'en est donc suivi une crise, où les actionnaires ont récupéré un max, les salarié•es ont trinqué un max, les gros acteurs non-endémiques ont, au choix, retiré leurs billes non sans avoir laissé beaucoup de monde sur le carreau, ou bien remis une très grosse pièce dans la machine... mais pour résumer : c'est le bordel.

Et si là-haut, ça se parachute doré, en bas de la chaîne, il ne fait plus bon être un travailleur du JV.

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques
Photo de la grève, hier, devant le siège mondiale d'Ubisoft, à Saint-Mandé (94)

À mes yeux, cette conjoncture a peut-être accéléré les problèmes d'Ubisoft, mais rien d'autre. La responsabilité repose sur les épaules seules de la direction de l'entreprise.

Et comme d'habitude dans ces cas là : les gaillards veulent sauver leurs sièges, quitte à balancer tous les autres passagers du bateau dans la flotte, quitte à revenir sur toutes leurs promesses.

Je vais en venir à la raison de cette conviction dans un instant. Mais je me dois d'abord d'évoquer mon rapport particulier à Ubisoft.


Ubi a été ma première boîte. J'y ai démarré en stage de fin d'étude, et après quelques péripéties, y ai enchainé quelques CDD avant d'y signer mon premier CDI, tout ça dans les locaux de Montreuil et Saint-Mandé, en bordure de Paris.

Je l'ai rejointe en 2012, juste après une incroyable conférence à l'E3, le plus grand salon du milieu à l'époque. C'était un rêve de gosse, tout simplement. Je rejoignais par la fenêtre (stagiaire attaché de presse) un domaine qui m'avait toujours attiré, parce que rentrer par la porte (devenir développeur) m'avait semblé impossible avec mon niveau misérable en maths (oui, c'est stupide).

J'y ai passé près de 7 années, à divers postes liés à la communication, principalement dans la division EMEA (Europe, Moyen Orient, Asie) de l'entreprise. J'y ai rencontré des gens passionnants, et pas mal d'ami•es conservé•es jusqu'à aujourd'hui, aussi. J'y ai voyagé dans de nombreux studios, j'y ai bossé sur des projets qui sont devenus d'énormes succès quand d'autres n'ont jamais vu le jour in fine. J'ai fait des E3 et des Gamescom, et j'y vivais une fast life tout à fait grisante.

J'y ai croisé Yves Guillemot à quelques reprises. Une personne que j'ai trouvé sympathique, qui m'a semblé s'intéresser véritablement à ses "ouailles". Il prenait souvent la parole devant les employé•es, à l'époque, avec une certaine bonhomie, là encore.

Il n'avait pas la froideur que j'ai pu retrouver chez beaucoup de grands pontes à l'américaine (je vous raconterai un jour ma seule réunion avec Brad Smith, le numéro 2 de Microsoft... Mais pas aujourd'hui).

Guillemot, je me souviens qu'on l'appelait Tonton Yves, avec mes collègues. Il est né la même année que mes parents, ce qui renforçait peut-être cette impression "familiale".

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques
Ma tronche à l'E3 2016, il y a bientôt 10 ans donc 😱 Petit badge "We Are Ubisoft", filtre Instagram dégueulasse tout à fait d'époque à l'appui.

Mais je n'y ai pas vu et vécu que des trucs cools, chez Ubisoft.
Et on va en revenir à ce qui à mon avis est la raison de tout ce merdier.

En 2020 intervient le début des "embrouilles" pour Ubisoft. Libération révèle alors des récits de harcèlements et d'agressions sexuelles menés par certains cadres dirigeants de l'entreprise, notamment au sein de sa toute puissante "équipe éditoriale" basée à Paris, qui a alors le droit de vie ou de mort sur tous les projets menés chez Ubi.

Face à ce scandale, les réactions internes et externes de l'entreprise sont catastrophiques. Les profils mis en cause, protégés par les RH avant les révélations dans la presse, le sont toujours par la suite. Guillemot lui-même fera tout pour maintenir Serge Hascoët (directeur dudit "pôle édito") à son poste, malgré les accusations. Hascoët, qui a depuis été condamné à 18 mois de prison avec sursis et 45 000€ d'amendes.

Ce qui commence à se faire jour, c'est le revers de la médaille des discours d'Yves Guillemot sur les "créatifs" d'Ubisoft : on les protégera quoi qu'il arrive, quoi qu'ils fassent. Les "joyaux" d'Ubisoft sont plus important que tout le reste, peu importe si leurs comportements impactent négativement tout le reste de l'entreprise.

Dans la foulée, les langues se délient et nombre de scandales sont révélés, en France et au Canada notamment. Affaires de harcèlement moral et sexuel, toxicité manageriale généralisée, équipes des ressources humaines qui protègent les auteurs des méfaits et n'écoutent pas les victimes, direction qui ne mesure pas le malaise interne...

La boite sympatoche n'est peut-être pas si sympatoche que ça.


La toxicité et les errements manageriaux et RH d'Ubisoft, j'en ai eu des preuves sous le nez un bon bout de ma carrière dans l'entreprise, au delà du fait que la boite (en France en tout cas) était connue pour payer mal versus la qualité et la quantité de taff demandé ("métier passion", tu connais).

Je n'ai rien vécu de comparable avec ce qui a pu être décrit par d'autres. Pour autant, des boss toxiques, j'en ai eu et j'en ai vu quelques-un•es, chez Ubi.

Cependant, je pense qu'à l'époque, la tête dans le guidon, je ne réalisais pas être confronté à de tels comportements (a contrario, je les ai très bien identifiés sur le coup, ensuite, dans une boite comme Microsoft).

Pourtant il me semble évident aujourd'hui que ces comportements avaient des conséquences désastreuses, sur les gens qui les subissaient bien sûr, mais plus largement sur toute la boite.

À mon époque, la structure de la boîte elle-même était malsaine : le pôle publishing (où j’ai principalement évolué et qui incluait l’édition, le marketing et la communication) était ainsi divisé en deux parties, l'une basée à Paris, l'autre à San Francisco. L'une dirigée par un pote d'enfance d'Yves, l'autre par son cousin. Ça ne s'invente pas.

En substance : les européens contre les ricains, et autant vous dire que ça ne se passait pas dans la joie et la bonne humeur. Une espèce de compétition interne stupide éminemment contre-productive, et productrice de stress et de tensions pour tout le monde.

Ajoutons enfin que, sans arriver partout au niveau décrit dans le cas du "pôle édito", l'ambiance de boys club chez Ubisoft était indéniable. C'était mon premier boulot après l'école, alors ça non plus je ne l'ai pas compris tout de suite.

Mais au bout d'un moment, on se rend compte que ça n'est pas normal d'entendre les mêmes vannes dans un open space de boulot que quand tu traînais au pub avec tes camarades de classe de 20 piges à peine. Protéger les créatifs chez Ubisoft ? Peut-être, m'enfin c'était plus facile si vous étiez un mec.

Précisons sur ce dernier point que j’ai quitté la boite il y a 8 ans, et que l’ambiance aurait pas mal évoluée depuis… dommage qu’il ait fallu en arriver là pour que les choses bougent.

Bref, le plus important pour conclure cette partie : mes pensées aux victimes et toutes celles, tous ceux qui ont eu à subir des comportements déplacés au fil des années.

C'est à la suite de ces scandales que le fonctionnement interne d'Ubisoft, au delà de la toxicité que nous évoquions, est mieux compris à l'externe et notamment par la presse. Elle permet d’expliquer certains errement de l’entreprise.

La fameuse "équipe édito" qui faisait la fierté de l'entreprise n'était ainsi pas seulement dirigée par des individus peu recommandables. Elle est aussi à la source des obsessions stratégiques d'Ubisoft, de son orientation vers les gigantesques "monde ouvert" avec des mécaniques copiées d'une licence à l'autre. Ce qui deviendra la marque de fabrique d'Ubisoft avant de devenir une recette moquée pour sa répétitivité, et précipitera l'entreprise vers ses difficultés actuelles.

Idem avec cette envie, de la part du siège bien plus que des studios eux-mêmes, de suivre les tendances sans en maitriser les tenants et les aboutissants, et toujours avec un temps de retard.

Ou bien de vouloir créer des jeux pouvant plaire à tous les types de joueuses et de joueurs, alors même que celleux-ci sont de plus en plus exigeant•es et segmenté•es, sur un marché plus compétitif que jamais.

De la même manière, les tensions que j’avais pu ressentir en tant que membres des équipes publishing d’Ubi n’était pas un cas isolé. Pour en avoir discuté régulièrement au fil des années avec des gens en place chez Ubisoft, cette idée de « diviser pour mieux régner » reste un leitmotiv pour Yves, et dessine en creux le fonctionnement d’Ubisoft depuis très longtemps.

Europe contre US, mais également siège contre studios (un fonctionnement dont l’existence de l’équipe édito était l’un des symboles les plus forts), ou studios en bisbilles constantes avec le publishing

Voilà qui permettait à Tonton Yves d’être celui qui tranche in fine, avec un niveau de micro-management qui semble délirant pour une entreprise de cette taille. Difficile ensuite de nous faire croire qu’il ne savait pas ce qu’il se passait lors des divers scandales cités, mais passons.

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques
Serge Hascoët, boss du pole édito d'Ubisoft, le 2 juin au tribunal de Bobigny. (Xavier Galiana/AFP)


Depuis 2020, Ubisoft est en tout cas en perte de contrôle complète. La toxicité et les errements d'un leadership créatif hors-sol et imbu de lui-même, doublé du besoin de réunir des sommes importantes pour satisfaire des actionnaires en panique face à un cours de bourse au plus bas, a mené l'entreprise là où elle est aujourd'hui.

Où en est-elle, justement, l'entreprise ? Liste à la Prévert :

  • Parce que l'entreprise ne parvient plus à rassurer les marchés, elle se lance dans des montages financiers opaques qui semblent préparer la prise de contrôle de ses plus grandes licences par des acteurs externes, chinois notamment, ce qui n’augure rien de bon pour la suite (pour les salarié•es en tout cas).
  • Elle signe également des deals avec des acteurs à la moralité pour le moins discutable.
  • Elle ferme des studios et lance donc de larges campagnes de licenciements, abandonnant la politique qui en faisait une sorte de sanctuaire dans une industrie par ailleurs exsangue.
  • Elle assume la fin de la politique de télétravail qui a pourtant motivé de nombreux talents à rejoindre l'entreprise (et/ou à y rester malgré des salaires faibles par rapport à la concurrence), et cela malgré des promesses répétées de la direction sur le sujet ; et tout cela parce que Tonton Yves pense que les gens « bossent mieux en se voyant » alors même que le fait de faire bosser ensemble des studios séparés par des milliers de kilomètres fait partie intégrante de l’ADN d’Ubi depuis plus d’une décennie
  • Elle annule de nombreux jeux dont certains à quelques semaines de la sortie, ce qui démontre un manque de clairvoyance assez dramatique, notamment dans le cas du fameux remake de « Prince of Persia : les Sables du Temps », en développement depuis de nombreuses années

Comme d'habitude : ce sont les salarié•es de l'entreprise qui payent pour les décisions d'un leadership de plus en plus népotique (Tonton Yves place de nombreux membres de sa famille dans l'organigramme) et aux visées stratégiques désastreuses.

Pour conclure, je vous dirais tout de même que des solutions, je n'en ai pas. Et qui serais-je pour en avoir. L'avenir va être plus que cahoteux, même si le management déconnecté de l'entreprise (et principalement Yves) prenait enfin une bonne décision, en se retirant.

Il faudra en tout cas du courage aux employé•es d'Ubisoft. Qu'iels soient uni•es dans la crise. Parce que la disparition d'Ubisoft serait une catastrophe pour le jeu vidéo français, mais également bien au delà de nos frontières.

Ubisoft était une belle exception créative française. Une exception, on l'a compris trop tard, construite sur des privilèges en son sein – quoi de plus français, finalement.

Ubisoft était aussi un sanctuaire pour ses employé•es, au sein d’une industrie devenue folle. Mais l’entreprise n'est plus désormais qu'une banale tragédie dans l'industrie du jeu vidéo international : des salariées sacrifiées par un leadership déconnecté alors que la faute lui revient presque intégralement.

Soutien aux grévistes.

Et solidarité avec les petites mains de la boite. Toujours.
Comme dans toutes les boîtes de la tech, du gaming, et du reste.

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Telex spécial jeu vidéo :


Tout le monde se pose la question des liens qu'entretient son terrain de prédilection avec les Espstein Files. Côté jeu vidéo, il n'y a qu'un seul article à lire, c'est celui là.  ✂️  Après les réseaux sociaux, Macron s'attaque aux JV, en oubliant ses demandes et déclarations passées, et en prenant le problème par le mauvais bout, comme d'hab.  ✂️  Suite à l'annonce par Google de sa nouvelle "IA générative d’univers interactifs", Genie 3, les cours des entreprises du JV ont chuté en bourse... alors qu'il n'y a pas besoin de creuser longtemps pour voir que c'est du flan.  ✂️  Le retard annoncé par Steam de ses "Steam Machines" pour cause de problèmes d'approvisionnement en composants va peut-être permettre à certain•es de réaliser l'impact de l'IA générative sur nos ressources. ✂️ Discord anticipe les conneries des autres en les faisant siennes. Génies. Heureusement, il y'a des alternatives.

Et une vanne de qualité pour conclure notre partie salée 😇

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Par bonheur, le jeu vidéo, ce ne sont pas que des "AAA" et des vagues de licenciements.

Si le jeu vidéo indépendant souffre aussi de la crise que nous avons évoqué plus haut (notamment à cause des gros acteurs qui retirent leurs billes après avoir fait miroiter monts et merveilles), il n'a pour autant jamais été aussi dynamique et porteur de créativité.

Car désormais, et c'est sans doute une preuve de la nouvelle maturité de ce medium, c'est de créateurs et créatrices indépendant•es que vient l'innovation dans la majeure partie des cas.

Dans ce contexte bouillonnant, le jeu vidéo ne pourrait-il pas, de par son interactivité intrinsèque, devenir le meilleur moyen d'éduquer aux nécessaires changements qui arrivent ?

Et si ce medium impulsait sa mue pour sortir des mêmes formules usitées, de Call of Duty (tuer) à Pokémon (chasser) en passant par Civilization (coloniser) ?

Découvrons ensemble quelques douceurs vidéoludiques aux saveurs low-tech, bio-punk et sacrément innovantes, sorties ces derniers mois.

Synergy

Les jeux de gestion et autres "city builder". Il n'y a pas beaucoup de styles de jeu plus marqué par l'imaginaire colonial. C'est toujours à peu près la même sauce : on arrive sur une carte, on y construit des tonnes de trucs en allant défoncer toutes les ressources d'un petit coin de paradis, en tachant de garder les finances dans le vert et la satisfaction de nos administré•es à un niveau correct.

Mais il y a des exceptions, et c'est le cas de Synergy ! Au delà de son identité visuelle très inspirée par Mœbius, l'idée est ici de développer son village, certes, mais en y respectant et même en s'adaptant un écosystème difficile. Cette quête d'harmonie bio-punk est même constitutive du gameplay : la granularité des mécaniques va jusqu'à nous laisser choisir la méthode de récolte des plantes et ressources naturelles dont nous avons besoin, pour s'assurer d'impacter le moins possible notre environnement.

En promo à 12,49€ sur GOG 🇪🇺

PS : le studio derrière Synergy vient de mettre la clé sous la porte... 

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Flotsam

Pour rester dans le genre, on peut aussi citer le récent Flotsam, où l'on assemble une ville flottante à partir des déchets abandonnés par une (notre) société de consommation, après une montée des eaux visiblement assez dramatique. Alors, c'est d'une certaine manière du post-apo, m'enfin ce n'est pas Waterworld. Ici, on ne fait pas du jet ski pour harponner des pirates adverses, on part plutôt à la pêche aux composants en naviguant tranquillement d'îles en îles et en récupérant au passage les survivants qui y sont isolé•es.

Y'a un truc tout à fait poétique à voir ses ouailles recycler le plastique et le bois pour en fait la future place de votre village flottant et faire pousser des salades au milieu de l'océan. C'est très détente, et ça donne presque envie que l'eau grimpe un peu pour noyer quelques côtes trop bétonnées 😘

22,99€ sur GOG 🇪🇺

Bonus : dans le genre, on peut aussi citer les castors dépollueurs de Timberborn ou bien la création de village à dos de monstre géant de The Wandering Village.

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Spilled

Passons de l'eau salé à l'eau douce, avec Spilled! Un petit jeu où l'on dirige un bateau sur les eaux polluées d'une rivière. Notre but y est simple : dépolluer ladite rivière ! Développé en solo par une artiste néerlandaise sur son propre bateau (ça ne s'invente pas), Spilled! est une courte (ça se boucle en 1h) mais plaisante expérience, qui pourrait d'ailleurs tout à fait convenir à des enfants.

Avec notre petite embarcation, bardée d’un petit panneau solaire et de divers équipements étonnants, on nettoie donc les eaux fluviales couvertes de déchets et de nappes de pétrole, on y repêche des fûts abandonnés, on éteint des incendies, on sauve des animaux et on restaure la vie sous-marine au passage.

Au fur et à mesure de nos avancées, on ajoute des améliorations à notre bateau pour aller récupérer des déchets sous l’eau ou arroser des cibles à distance. Bon le final en mode Sea Shepherd est un peu moins cohérent, mais cela reste une aventure agréable et originale de par sa thématique, avec un décor un brin solarpunk, convoquant nature et installations renouvelables.

5,89€ sur Steam.

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Trois Rivières 

Pour rester dans la dimension dépollution et éducation, on avait déjà parlé du très mignon "Alba" l'été dernier. Voici une autre proposition, gratuite mais surtout utile. C'est Trois Rivières, un jeu à visée éducative qui se boucle en 30 minutes et traite des impacts environnementaux et sociaux de la fabrication des équipements numériques (mine, usine d'assemblage, usine de recyclage) et les conséquences de ces industries sur notre écosystème. Top pour les jeunes ados notamment.

Pour y jouer, rien de plus simple, il suffit d'avoir un navigateur sur son ordi ou son mobile, et c'est parti : https://www.trois-rivieres.net/

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Caravan Sandwitch

Finissons cette liste avec un autre titre made in France. Et ça se voit, avec un environnement fait de calanques et de références au sud de la France, jusque dans les noms des personnages, en variantes de plantes aromatiques. Nous y jouons donc Sauge, qui revient sur sa planète natale de Cigalo, abandonnée par un "Consortium" colonisateur.

Cigalo, on y vit dans une débrouille joyeuse, en bonne intelligence avec les populations natives pourtant grandement éprouvées. On profite du paysage, on répare des machines, on aide des robots à stocker leur data en local... Bref, c'est du perma-computing low-tech sous le soleil, et ça change un peu des thématiques habituelles des jeux d'aventures !

24,99€ sur GOG 🇪🇺

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques
Dialogue très "numérique responsable" dans Caravan Sandwitch
Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques
On s'y pose aussi des questions parfaitement low-tech

PS : vous trouverez ici une liste Sens Critique que je complète régulièrement avec de nouveaux jeux couvrant l'écologie de manière générale.


Pour conclure, parlons un peu d'autre chose que de jeu vidéo. Parce qu'une création récente m'a donné envie de jouer à un jeu de gestion où il s'agirait d'adapter nos villes au changement climatique : le documentaire "France : il était une fois demain" diffusé récemment par France TV !

Pour certain•es, ce documentaire réduit la transition écologique à un enjeu de désirabilité. Et honnêtement, je ne trouve pas non plus qu'il soit parfait : il verse parfois dans l'optimisme béat et le techno-solutionnisme simpliste : les paquebots nucléaires ou à hydrogène, bon... (même si ça ne va pas aussi loin que Terra Nil, par exemple).

Mais ce docu franchement solarpunk propose surtout d'imaginer un avenir plus positif que ce que l'on voit et entend partout, avec des solutions astucieuses et des explications claires. Et je pense que beaucoup de français ont besoin de ça pour s'engager vers des changements.

La transition écologique ne se limite certes pas à la désirabilité. Mais la désirabilité est importante néanmoins !

À noter : ce docu utilise l'IA générative sur quelques plans, et c'est déjà  trop, même si la grande majorité des visuels sont fait par des artistes. Mais ces plans utilisant l'IA générative ont au moins le mérite d'être clairement signalés pour ce qu'ils sont, et ils ne présentent (astucieusement) que les solutions trop couteuses et peu imaginatives (digues géantes devant Etretat, domes au dessus des villes...).

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Thomas ✊

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02.02.2026 à 07:24

Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée

Thomas Beaufils

Lundi dernier, il y a tout juste une semaine, l'Assemblée Nationale adoptait l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Un texte qui proscrit également l'utilisation des téléphones mobiles dans l'enceinte des

Texte intégral (2921 mots)
Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée

Lundi dernier, il y a tout juste une semaine, l'Assemblée Nationale adoptait l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Un texte qui proscrit également l'utilisation des téléphones mobiles dans l'enceinte des lycées. Le texte doit également passer au Sénat, mais comme les parlementaires ne s'émeuvent généralement que des restrictions qui les touchent très directement, on se doute déjà de l'issue de leur vote.

La ministre déléguée chargée du numérique, Anne Le Hénanff, souhaite en tout cas que cette interdiction prenne effet dès la rentrée scolaire 2026, pour toute nouvelle inscription sur les réseaux sociaux en question. Mais également que ces plateformes vérifient l'âge de l'intégralité de leur base d'utilisateurs (ça veut dire vous toutes et tous, pas que vos gamin‧es, cher‧es abonné‧es) d'ici au 1er janvier 2027.

Il y a quelque temps, je vous avais parlé d'une annonce initiale sur le sujet par Macron et Catherine Vautrin (qui n'est plus ministre de la santé depuis, mais doit sûrement être ministre d'autre chose désormais), et des réactions qu'elle avait suscité. Je disais à l'époque : "mon point ici, honnêtement, ne va pas être de donner les bons et les mauvais points à chacune des positions. J'ai des convictions, mais je ne pense pas connaitre le sujet assez en profondeur pour trancher de manière claire."

Près de 6 mois plus tard, j'ai eu le temps d'en lire pas mal sur le sujet, et autant vous dire que je peux maintenant trancher :

Si cette décision part probablement de bonnes intentions et n'est donc pas absurde stricto sensu, elle n'en constitue pas pour autant une bonne idée.

Bien au contraire. 

Cette décision, aussi attirante soit-elle sur le papier, sera à mon humble avis contre-productive, et même dangereuse. Et cela pour plusieurs raisons... et aussi parce qu'on a des exemples pour s'en persuader.

Déjà, cette décision n'empêchera pas une grande partie des jeunes d'accéder aux réseaux sociaux s'ils ou elles le souhaitent vraiment. Pas besoin de dessiner des conjectures floues : c'est exactement ce qui est en train de se passer en Australie, où une interdiction similaire a été mise en place il y a quelques semaines. Si il est encore tôt pour en tirer des conclusions fermes, les premiers résultats sont parlants :

  • Une migration prévisible vers des applications non couvertes par la loi et donc encore moins encadrées que les réseaux initiaux
  • L'utilisation de VPN pour tromper la géolocalisation des outils de contrôles – ce qui reste un jeu d'enfant, c'est le cas de le dire
  • La production de faux documents d'identité pour tromper le contrôle, faux qui sont d'autant plus faciles à produire depuis l'avènement de l'IA générative

Surtout, les jeunes qui continueront à se rendre sur les réseaux sociaux le feront donc hors de toute législation, ce qui garantie aux plateformes de maintenir leur politique algorithmique délétère et prédatrice, et de pouvoir se dédouaner sans problème quand les enfants auront accès à du contenu violent ou humiliant, sexualisé voire pornographique... comme c'est déjà le cas aujourd'hui.

De plus, alors que l'on parle beaucoup des failles qui traversent notre société, quoi de pire que d'exclure la jeunesse de l'un des espaces d'échanges principaux de notre époque ? En l'obligeant à se créer de nouveaux espaces invisibles pour le reste de la population, leurs parents y compris ? D'autant plus alors que les espaces en lignes sont attaqués, à l'intérieur comme de l'extérieur, par des acteurs qui souhaitent en modifier l'angle et le ton : Musk avec TwiXter, fermes à bots russes ou iraniennes, "Tik Tokisation" de Bardella, etc.

Pour faire un parallèle qui vaut ce qu'il vaut : la politique française de prohibition et de repression limite-t-elle la consommation de cannabis ? Absolument pas, et au lieu de remplir les caisses de l'état, elle remplit celles de criminels. La comparaison reste bancale, mais elle illustre assez bien les risques auxquels nous nous exposons avec cette loi.

Mais ce n'est pas le pire : on l'a dit, pour mettre en place cette loi, il va falloir contrôler l'âge de TOUS les membres présents sur ces réseaux. Cela en poussera une frange minoritaire et éduquée aux risques à quitter ces réseaux, ce qui est sans doute une bonne chose...

Mais cela posera surtout un grand problème démocratique et de respect de la vie privée. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est rien moins que la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés), dès 2022.

Concrètement, un tel système va permettre à l'état de disposer d'un relevé très précis de qui fait quoi en ligne, jusqu'à nos informations les plus privées et sensibles, mais aussi de qui critique ses agissements, par exemple. Alors on entendra la rengaine habituelle : "je n'ai rien à me reprocher".

On en reparlera si le RN ou équivalent passe au pouvoir en 2027, cf ce qui se passe actuellement aux États-Unis. Pardon pour le point Godwin, mais c'est d'époque : qu'aurait pu faire l'ICE... pardon la Gestapo en 1930-40, si elle avait disposée d'une telle base de données ?

C'est d'autant plus vrai quand l'on sait que l'ICE utilise justement tous les outils technologiques possibles pour mener à bien sa terrible mission. Ce n'est pas comme si on n'avait pas prévenu.

Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée
Vous avez vraiment envie que ces gars là sachent tout de vous et de votre activité en ligne ?


Un autre point qui me semble important. Macron, à l'issu du vote, s'est fendu d'un tweet (lol) pour dire : "Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans : c'est ce que préconisent les scientifiques." Vraiment ?

Comme souvent quand on essentialise la parole scientifique, c'est du pipeau. Il n'y a pas de consensus sur le sujet, et on a d'ailleurs vu certains profils, comme Danah Boyd à l'international ou Virginie Sassoon en France, rappeler des faits bien documentés sur les effets des réseaux sociaux : ils mettent au grand jour de réelles difficultés psychologiques, familiales, sociales que l'on avait du mal à identifier et quantifier. Il est plus facile, il est vrai, de couper cette source qui révèle les faillites de notre modèle, plutôt que régler le problème à la racine...

Avec de telles décisions politiques, tout ce que fait l'état, c'est s'acheter une paix auprès du grand public. Nos politiques pourront ainsi dire "on a fait quelque chose", et passer au prochain sujet polémique. Alors que leur décision ne règle pas le problème initial, et en créé de nouveaux.

Mais quelles seraient les solutions les plus efficaces, dans ce cas ?

La principale me paraît évidente : il faut RÉGULER. Les équivalents trumpistes de ce côté-ci de l'Atlantique voudraient nous faire croire que la régulation est une des faiblesse de l'Europe, c'est une force au contraire, cf le RGPD. Une force que les droites européennes sont en effet en train de détricoter par populisme et manque de courage.

Dans n'importe quel autre secteur d'activité, ce sont les fabricants qui doivent prouver que ce qu'ils proposent sur le marché n'est pas dangereux. Pourquoi cela serait différent pour la tech ? Pourquoi ne met-on pas ces entreprises devant leurs responsabilités ?

Cette interdiction des réseaux sociaux aux plus jeunes est un aveu de faiblesse pur et simple. Nous devons réguler les plateformes américaines et chinoises qui ne respectent pas nos idéaux égalitaires et démocratiques pour qu'elles s'y conforment. Nous devons proposer des alternatives européennes et open-sources pour juguler notre dépendance actuelle à ces plateformes, une nécessité que le contexte international nous rappelle désormais chaque jour !

Une régulation et des alternatives qui doivent s'accompagner d'une éducation critique à la tech, on l'a déjà dit ici.

Par ailleurs, la CNIL elle-même esquisse d'autres solutions envisageables.

Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée
FantomApp, une application gratuite développée par la CNIL

Pour conclure : c'est une annonce d'opportunité purement politique, qui sera sans doute appliquée de manière lacunaire et inefficace, créant des failles sécuritaires et démocratiques majeures, isolant davantage notre jeunesse à un moment où on ne devrait pas se le permettre.

Il serait beaucoup plus courageux et légitime de légiférer contre les plateformes existantes et leurs méthodes prédatrices, qui touchent aussi bien les jeunes que les moins jeunes.

Politiques de tous bords : commencez donc par interdire les outils de propagande comme TwiXter. Et pas que pour les enfants. Et même s'il s'agit là encore, de manière inexcusable, de votre moyen de communication préféré.

Une question provoc' pour finir. À votre avis, qu'est ce qui fera le plus de bien à notre pays : interdire les réseaux sociaux chez les jeunes, ou Cnews chez les vieux ? 😇
 

PS : j'en ai vu certains dans la sphère jeu vidéo française s'inquiéter de l'intégration de Roblox (plateforme de jeu massivement utilisée par les enfants et les ados) au pool des "réseaux sociaux" concernés. Si on peut s'inquiéter de la méthode comme je viens de le faire, je pense qu'intégrer Roblox (ainsi que Fortnite pourquoi pas) au groupe des applications posant problème pour leur modèle prédateur visant la jeunesse, est tout à fait légitime.

Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée
Une du Nouvel Obs de la semaine dernière
Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée

Télex de Janvier :

Même les mairies écolos succombent aux datacenters pour "répondre aux besoins de l’IA", comme à Bordeaux. ✂️ Cette daube de Stérin donne aussi dans l'obstruction climatique. ✂️ Le CNRS lance son blog. L'objectif : "repenser le numérique", et ça devrait être très cool. ✂️ Vous avez vu passer la news stupide qui consistait à vouloir envoyer des datacenters dans l'espace ? C'était pour la façade. ✂️ Aux US, les bibliothécaires sont désemparé.es face aux demandes de livres inventés par l’IA générative, relate Le Monde. ✂️ D'après une étude, ChatGPT utiliserait désormais le "Grokipedia" nazi de Musk comme source principale. ✂️ Les juges de l'affaire Ziad Takieddine ont coincé Carla Bruni grâce à l’application de santé de son téléphone. ✂️ Après avoir "anobli" Bernard Arnault, la voilà qui accueille Peter Thiel : l'Académie des Sciences Morales et Politiques n'a donc aucune morale.


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01.02.2026 à 09:12

Et "Tales from the Tech" devint... Absurditech !

Thomas Beaufils

Nous fêtons aujourd'hui les 2 ans de Tales from the Tech, et pour l'occasion... c'est la fin de "Tales from the Tech" ?! 😱

Non, pas vraiment. Mais il était temps, je pense, de renouveler l'identité de

Texte intégral (1537 mots)
Et "Tales from the Tech" devint... Absurditech !

Nous fêtons aujourd'hui les 2 ans de Tales from the Tech, et pour l'occasion... c'est la fin de "Tales from the Tech" ?! 😱

Non, pas vraiment. Mais il était temps, je pense, de renouveler l'identité de cette infolettre, pour plus de cohérence et de fraicheur.

Il y a plusieurs raisons qui m'ont poussé vers ce changement :

  • "Tales from the Tech", c'est un nom long et pas si accrocheur que ça. J'ai souvent dû le répéter pour bien faire comprendre ce que ça voulait dire. La référence aux Contes de la Cryptes reste elle... cryptique 😅
  • C'est un titre en anglais pur et simple. Et pour quelqu'un qui tape aussi souvent sur nos amis états-uniens et peste face à son usage trop fréquent des anglicismes, cela commençait tout simplement à me gêner.
  • J'avais enfin envie d'un changement de titre pour en impulser d'autres, de forme comme de fond.

Je vous présente donc... Absurditech !


Parce que cette infolettre aime à se moquer des absurdités du monde de la tech depuis ses débuts.

Mais le ton a évolué en 2 ans, j'en suis conscient. Je pense donc que ce titre résume mieux mon approche, qui s'apprécie avec une pincée de sel.

Il résume aussi mieux ce que la tech est devenue ces dernières années : c'était déjà un cirque, mais le chapiteau atteint des sommets inattendus. Cf, très littéralement, cet article lunaire du Financial Times encore inimaginable il y a quelques mois 🎪

Ce changement de forme va en amener d'autres :

👉 Bienvenue sur www.absurdi.tech : l'infolettre a désormais son propre domaine, où vous retrouverez les archives, et peut-être d'autres formats prochainement ;)

👉 Finito la numérotation des épisodes : on a désormais dépassé les 20 numéros, et leur format variait trop souvent. Il n'était plus si logique de continuer à faire le compte de cette manière.

👉 Un rythme de publication différent : il ne me semble plus vraiment pertinent de maintenir de très longs numéros, peu digestes. Ils couvraient plusieurs sujets, avec un rythme de publication pas toujours maintenu. Absurditech, ce sera 1 à 2 sujets plus courts par édition, avec plus de récurrence.

👉 En revanche, ça ne change rien pour vous ! Vous continuerez à recevoir la newsletter à votre adresse habituelle. Pour les soutiens (merci !), le système de facturation ne bouge pas. Je continue à utiliser l'outil Ghost, dont je suis satisfait, même si leur nouveau business model va me pousser à réaliser quelques changements.

👉 Une autre nouveauté : ces changements s'accompagnent de la création de pages sur Instagram et Linkedin où je vais poster des formats un peu différentes. Alors, je sais, être sur ces plateformes 🇺🇸, ce n'est pas d'une cohérence folle. Mais je vais là où le public est pour le moment. Et l'après est déjà prêt, via mes comptes Bluesky ou Mastodon (et bientôt Pixelfed), en attendant peut-être de nouveaux réseaux made in 🇪🇺

En conclusion : si vous aimiez Tales from the Tech, je vais tout faire pour que vous aimiez encore plus Absurditech !


Tous ces changements, et le nombre grandissant d'abonné.es que vous êtes (merci 🙏), amènent des frais. Sans compter le temps passé pour vos proposer ces articles, bien sûr. Alors n'hésitez pas à soutenir l'infolettre et mon travail !

Honnêtement, même un soutien régulier à hauteur de 1€ par mois, ou via un don ponctuel, peut vraiment faire la difference.

PS : le sujet de l'indépendance technologique européenne fait enfin parler (on connaît le contexte 🥲), et nous sommes ainsi de plus en plus nombreux.ses à passer aux services numériques européens. Si Proton vous intéresse, foncez, c'est solide (on en avait parlé il y a déjà un moment). Dans ce cadre, utiliser mon lien de parrainage Proton peut-être un autre moyen de soutenir Absurditech 🤗


Encore une fois, merci à toutes et tous pour vos lectures et vos retours !

Et "Tales from the Tech" devint... Absurditech !

La suite, c'est... DEMAIN dans vos boites aux lettres ! 🔥

On y reviendra sur l'actu chaude du moment, à savoir l'interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Il ne sera pas encore dans un format finalisé, mais on devrait se rapprocher du "produit cible".

Cette suite de l'histoire de TFTT, elle s'écrit avec vous : alors n'hésitez pas à me faire part de vos retours, qu'ils soient positifs ou négatifs, comme toujours.

📆 Dernière chose, un point agenda : pour celleux d'entre vous qui sont en région parisienne, j'aurais le plaisir de vous retrouver samedi prochain, le 7 février, en tant qu'intervenant à une table ronde organisée par la Fédération Envie, acteur français clé de l'économie circulaire.

Cette table ronde évoquera un vaste sujet : "repenser notre rapport au numérique". Impacts, enjeux, dans un contexte on ne peut plus particulier... on aura du pain sur la planche et de quoi discuter avec les autres invités, Floriane Didier de l'association "Lève les Yeux" et l'équipe du Garage Numérique.

RDV donc ce samedi 7 février à 15h à Envie Le Labo, 10 Rue Julien Lacroix, dans le 20e arrondissement de Paris. Toutes les infos et le lien d'inscription juste ici !

Et "Tales from the Tech" devint... Absurditech !


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À bientôt,

Thomas ✊

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14.01.2026 à 08:25

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

Thomas Beaufils

Chères lectrices, chers lecteurs, je vous souhaite une très bonne année 2026 🤗

Et je vous souhaite, aussi cliché que cela puisse sonner, une année 2026 avec plus d'humanité, et moins d'IA géné

Texte intégral (3725 mots)
TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

Chères lectrices, chers lecteurs, je vous souhaite une très bonne année 2026 🤗

Et je vous souhaite, aussi cliché que cela puisse sonner, une année 2026 avec plus d'humanité, et moins d'IA générative.

C'est pour cela que j'ai d'ailleurs décidé de lancer l'année de Tales from the Tech avec un numéro qui ne parlera pas (ou si peu) d'intelligence artificielle.

Parce que je n'en peux plus de parler constamment de ça ici, et ailleurs.
Parce que je n'en peux plus de voir des pushs IA partout, même là où je l'attends le moins.

Parce que, pour citer cette comparaison accrocheuse lue ici : "l'IA aujourd'hui, c'est comme l'amiante hier. On en met partout, avec gourmandise. On consacrera demain des sommes folles et des efforts infinis pour dépolluer l'espace informationnel."

Et puis parce que, de toute façon, on arrêtera bientôt de parler d'IA générative pour parler de robots humanoides, paraît-il.

Et enfin parce que ChatGPT va bientôt mourir, d'après certains, et que Grok sera bientôt interdit si Musk continue dans cette direction.


Notez par ailleurs que, pour les 2 ans de cette infolettre (le 1er février prochain, déjà 😱) je vous prépare pas mal de choses... et notamment une nouvelle identité complète.

Se pourrait-il que cette édition de votre newsletter soit donc la dernière dans ce format ? Voilà qui est bien possible !

L'année s'annonce déjà absurde, alors autant se mettre au diapason 👀

Bonne lecture à toutes et tous !

Thomas 😇


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TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

On sait déjà quel sera le mot clé de l'année 2026 : ressources

On peut dire que l'année 2026 aura commencé sous des auspices particulièrement tendues : J2, et Trump enlève un Président – qu'on l'aime ou pas, là n'est pas la question. Après quelques mythos de circonstances, lui et son aréopage ont rapidement admis que le but principal de la manoeuvre était depuis le début de mettre la main sur le pétrole vénézuélien. Ce qui ne va d'ailleurs sans doute pas avoir le résultat escompté, mais passons.

Back in the 80s, les états-uniens avaient au moins l'élégance de faire semblant d'en avoir quoi que ce soit à faire du droit international. Ils montaient donc des opérations "discrètes" made by CIA pour prendre le contrôle de pays et/ou renverser les leaders qui ne leur convenaient pas assez.

PS : la France a longtemps fait pareil en Afrique, alors restons humbles sur le sujet. D'autant que l'on reparle d'un "impérialisme américain", que nombre de représentants français, portant Napoléon aux nues, ne rechigneraient pas d'imiter. Back in the 1800s ?

Bref, j'arrive à mon point principal : l'année 2026 sera probablement la première d'une "Guerre Mondiale Extractiviste" qui dit enfin son nom. De l'Ukraine au Groenland, du Vénézuela à Gaza, de la RDC à Taiwan... ce n'est pas un combat pour la "démocratie", la "liberté", ou pour un quelconque système de valeurs sociétales ou religieuses.

Le seul combat qui prévaut est celui des ressources : le pétrole, donc, au Venezuela. Mais pas seulement :

  • le Groenland fait évidemment l'actu, avec ses réserves de gaz et de minerais, ainsi que ses routes commerciales, toutes choses rendues disponibles par un climat détraqué, dans une concrétisation parfaite de l'expression "cercle vicieux"
  • Dans les sols de la République Démocratique du Congo, on trouve cobalt, lithium, coltan ou cuivre... autant de matériaux clés pour l'industrie tech, peu importe les méthodes et le contexte d'extraction... nous en avions déjà parlé. Les USA ont ainsi promis d’apporter leur soutien aux forces locales dans la lutte contre divers groupes armés en échange d'une priorité états-unienne sur les gisements susnommés.
  • Les États-Unis ont également signé des accords autour des terres rares avec des pays comme la Thaïlande, la Malaisie ou même l'Australie.
  • Il est également trop peu connu que la bande de Gaza abrite des gisements d'hydrocarbures importants, notamment de gaz, qui peuvent justifier l'intérêt supplémentaire de Trump pour ce petit bout de terre.
  • Une obsession pour l'accaparation des ressources qui frise le ridicule avec le cas Ukrainien, comme le raconte cet article de Vert.eco :
"'C’est vrai que Trump s’illusionne parfois assez largement', confirme Cédric Philibert [chercheur associé à l’Institut français des relations internationales et ancien analyste à l’Agence internationale de l’énergie]. '*Rappelez-vous le cinéma insensé qu’il s’est fait sur les terres rares de l’Ukraine, alors qu’il n’y a pas et qu’il n’y a jamais eu d’exploitation de terres rares en Ukraine !' Le pays compte moins de 1% de ces ressources mondiales et l’institut de géologie des États-Unis ne répertorie même pas l’Ukraine parmi les pays qui ont des réserves de terres rares."

La prédation comme mode de conduite, voilà qui a toujours été la devise du capitalisme conquérant, il faut le dire. C'est vrai pour les ressources physiques, comme pour les ressources numériques. Mais plus on se rapproche de la fin cahotante du modèle capitaliste, plus les ressources à s'accaparer se raréfient, et plus cette guerre extractiviste se fait / se fera intense. Un "néo-colonialisme tech" qui dépasse même le sujet de ressources, d'ailleurs.

Une connexion doit se faire alors : c'est la bulle de l'IA générative et la forme insolente (et en trompe-l'oeil) des "Magnificent 7" en bourse qui maintiennent l'économie américaine piteusement à flot. Voilà qui sauve pour le moment le "bilan" économique de Trump.

On se rend alors compte d'une chose simple : si tous les patrons de la big tech cirent les pompes de Trump pour s'éviter des problèmes, Trump n'est sans doute pas tellement plus indépendant de ces géants, et ira faire ce qu'il faut pour leur donner la matière nécessaire à leur développement, aussi néfaste soit-il.

Cela aurait-il été différent avec les Démocrates institutionnels type Harris ou Biden à la tête du pays ? Pour la méthode, sans doute. Pour le reste ? Je n'en suis pas si sûr.

Cet état de fait doit nous amener à nous poser deux questions :

  • celle de la souveraineté de nos moyens, que ce soit d'un point de vue numérique ou en termes de ressources plus largement
  • celle de nos usages individuels et collectifs quant à la consommation de matières et ressources dans un contexte de limites planétaires et de guerre extractiviste

Si les états-uniens et les russes ont une si grande emprise sur nous, c'est précisément parce que nous dépendons d'eux sur les points susmentionnés.

La souveraineté numérique ? Nous en avons déjà souvent parlé dans TFTT, notamment au moment de la réélection de Trump. Cela reste plus que jamais d'actualité. D'ailleurs, le super guide sur le sujet (en anglais) de Paris Marx a été mis à jour au vu du contexte.

La limitation de nos consommations de matières et de flux énergétiques. Ma foi, cela peut passer par la low-tech. Alors je vous donne...

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

...Quelques nouvelles en provenance du doux monde des low-tech !


Et oui, la démarche low-tech (dont on a déjà parlé dans TFTT) est un autre sujet qui me tient à coeur. Et cela notamment au travers du projet Lowreka ; qui vous souhaite d'ailleurs lui aussi une bonne année ;)

Quelles sont les nouvelles de ce côté ?

Je crois vraiment que la low-tech (ou les "technologies douces") va, avec d'autres sujets associés au concept de robustesse dans le contexte que nous connaissons, connaître un grand succès en 2026.

Déjà parce qu'elle fait appelle à des notions astucieuses qui plaisent, alors que plus que jamais les concepts Do-It-Yourself et débrouillards attirent. On peut citer le passage récent des copains de Regenbox au JT de TF1 ; on ne peut pas faire beaucoup plus mainstream que ça, en France. Vous ne connaissez pas la Regenbox ? Pas de panique, mais accrochez-vous, c'est génial.

Ensuite, parce qu'elle monopolise des imaginaires positifs, qui nous permettent d'envisager un avenir plus radieux que ce que le contexte du moment pourrait nous laisser penser. J'ai ainsi eu le plaisir de mener, avec le dessinateur solarpunk Dustin Jacobus, un travail prospectif dont vous trouverez le résultat ci-dessous. Je vous laisse découvrir plus de détails ici, si le sujet vous plaît.

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️
Dessin de Dustin Jacobus, accompagné des textes de votre serviteur, imaginant un 2040 en mode low-tech

PS : si vous avez besoin de ressources sur la démarche low-tech, on complète ici avec mes acolytes de Lowreka un corpus varié qui couvre, on l'espère en tout cas, la démarche dans sa globalité. N'hésitez pas à jeter un oeil à cette Bibli-lowtech 🤗

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

Saviez-vous que Christelle Morançais, présidente de la Région Pays de Loire et grande pourfendeuse des dépenses pour la culture, préférait à cette dernière investir dans des médias tous beaux, tous neufs... et surtout très droite-compatible ? Du trumpisme à la française, tout bonnement.

👉 Mon article sur Medium.

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️
Interview des fondateurs du "Crayon" et du "Média Positif" dans les pages du magazine de la région Pays de la Loire

Et savez-vous pourquoi Nicolas Sarkozy a choisi Guillaume Pley 💩 pour sa seule interview post-zonzon ? Parce que ce "journaliste" n'allait évidemment lui poser aucune question gênante, certes oui. Mais peut-être aussi parce que derrière son podcast, Legend, il y a l'agence Influx, dirigée par Manuel Diaz. Nul autre que l'ancien responsable numérique de la campagne 2007 de... Nicolas Sarkozy. Que le monde des trouducs est petit, c'est formidable !

👉 Mon (court) thread sur le sujet, inspiré par la vidéo de Blast sur Pley.


Qu'on le veuille ou non, la guerre contre la Russie a déjà commencé. Mais n'en déplaise aux rêves moites de nos généraux, le combat soldat contre soldat sur champ de bataille n'est pas pour demain. La baston sera d'abord numérique, et touchera des structures aussi pacifistes que... La Poste.


Enfin : le techno-solutionnisme se porte bien, merci pour lui. Vous trouverez que le film Geostorm avec Gerard Butler était complètement con ? Vous aviez raison, mais les gars derrière l'entreprise Stardust Solutions le sont peut-être encore plus, comme l'évoque un post du chercheur en sciences du climat Nelson Noumbissi.

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

Pas de réco ce mois-ci, mais un très beau meme qui pose une question fondamentale :

Si vous avez encore un compte sur X, vous attendez quoi pour le supprimer, en fait ? Que cette plateforme soit devenue une usine à monétiser du deepfake porno ? Oh wait...

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

Voilà, c'est tout pour ce numéro 22... et c'est déjà pas mal !

On se retrouve dès le 1er février, où je vous en dirai plus sur le futur de cette newsletter :)

D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).

Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.

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Merci à toutes et tous,

Thomas ✊

PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes

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21.12.2025 à 09:49

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Thomas Beaufils

Nous y voici, cher‧es abonné‧es ! Aujourd'hui c'est le solstice d'hiver, l'année tire presque sa révérence, et ceci est votre dernier numéro de Tales from the Tech pour 2025 🤗

Texte intégral (5301 mots)
TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Nous y voici, cher‧es abonné‧es ! Aujourd'hui c'est le solstice d'hiver, l'année tire presque sa révérence, et ceci est votre dernier numéro de Tales from the Tech pour 2025 🤗

Nous y aurons BEAUCOUP parlé d'IA générative, et ce 21ème numéro de TFTT ne fera pas exception. Difficile de faire autrement, tant nous eu aurons toutes et tous parlé, à tort ou à raison, à tort et à travers.

Il est d'ailleurs probable que vous en parliez aussi pendant vos repas de noël, entre fromage et dessert, l'esprit aviné, ce qui promet des débats passionnants et sourcés, à n'en point douter !

Je vous fais donc une confidence pour 2026 : je prépare un numéro de janvier garanti 100% sans IA ! Je parle du contenu, bien entendu. Car il va sans dire que la rédaction de TFTT est depuis toujours garantie 100% sans IA, et voilà une chose qui ne changera jamais 👌

En attendant, je vous souhaite à toutes et tous de très belles fêtes et vous remercie comme toujours de votre lecture !

Thomas


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TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Il n'y a pas beaucoup d'arguments en provenance des "AI enthusiasts" qui m'énervent plus que celui-ci : "ChatGPT, c'est un outils génial pour mieux inclure les populations marginalisées." Les pauvres et les minorités, en substance.

Dans l'esprit techno-solutionniste des individus qui poussent ce narratif, l'IA générative ouvrirait ainsi à la plèbe l'accès à un savoir par ailleurs trop compliqué à obtenir via les sphères éducatives auxquelles elle peut aujourd'hui prétendre. Ces outils magiques lui ouvriraient des possibilités créatives inatteignables jusqu'ici : écriture, vidéo, musique, etc.

Quand vous opposez à ces arguments vos critiques sur cette IA générative, la réponse se veut cinglante : tu n'as donc pas envie que les défavorisés aussi puissent bénéficier de la toute puissance de la technologie moderne et du savoir disponible en ligne ? Ne serais-tu finalement pas qu'un petit bourgeois qui a peur de perdre tes acquis ?

Si vous vivez en France, et accessoirement pas dans une cave, il est probable que ces arguments vous en rappellent certains autres, balancés sur tous les plateaux télé par un groupe de gens peu recommandables : les représentants et partenaires en France de Shein, la marque chinoise d'ultra fast fashion.

Et bien je répondrai la même chose aux sbires de Shein et aux AI enthusiasts se rêvant en héros du peuple : vous êtes de bien piètres défenseurs des "populations marginalisées".

Faire société en incluant les personnes marginalisées parce que pauvres ou issues de minorités, quelles qu'elles soient, ce n'est pas leur refiler une version plus merdique de ce à quoi les favorisés ont accès. Explications.

Shein et sa "fashion" pour les pauvres existe à quel prix ? Produits non homologués et donc dangereux (sans parler de dérives plus graves encore qui ont fait du bruit médtiauement), terribles conditions de fabrication, impact environnemental démentiel... Je laisse notamment l'excellent Féris Barkat en parler mieux que moi. On pourrait aussi parler d'autres acteurs comme Temu ou Primark.


Et qu'en est-il du côté de l'IA générative en tant que solution magique à l'inclusion, maintenant ?

  • Primo : donner aux gamins plus pauvres un chabot IA en guise d'outil éducatif, c'est tout simplement partir du principe que ces gamins ne méritent pas d'être éduqués par de vrais profs, avec de vrais moyens, donnant accès à des sources sûres. N'en déplaise aux libertariens : dans un monde où tout l'argent magique jeté à la gueule des entreprises et startups du secteur de l'IA générative aurait servi à financer l'éducation de nos gamins, le Budget Lecornu aurait mis nettement moins de temps à être bouclé, notez.
  • Deuxio : dire que l'IA générative ouvre la possibilité de "créer" aux populations marginalisées (et à notre ancien ministre de l'éducation nationale aussi, visiblement ; tirez en les conclusions que vous voudrez) c'est ignorer sciemment que cette même IA générative risque de détruire tout le tissu culturel de nos sociétés en lui retirant ses moyens de subsistences. Et avec ce tissu, c'est également le monde associatif qui y est adossé qui peut flancher très vite.
  • Tertio : on a parlé des jeunes, mais quid des vieux ? Un autre argument que l'on peut entendre, c'est que les chatbots IA peuvent régler des problèmes de solitudes chez les personnes âgées (et pas seulement). Voilà qui revient à admettre que pour vous ces gens ne méritent même pas une vie sociale décente. Basta.
  • On peut aussi réfléchir de manière macro : c'est le procédé économique qui a permis la naissance d'acteurs comme Shein qui mène à la disparition d'emplois en France et donc à plus de pauvreté ici, comme là bas. Ne peut-on pas faire un parallèle, alors que les menaces (certes encore principalement théoriques) que l'IA fait peser sur de nombreux emplois se font de plus en plus visibles ?
  • Rappelons également que l'impact environnemental des datacenters nécessaires au bon fonctionnement de l'IA générative se concrétise principalement dans les zones défavorisées. L'exemple récent des générateurs utilisés pour alimenter le Grok de Musk est assez parlant sur le sujet. Bon et puis, un riche, ça peut toujours déménager.
  • Je n'ai survolé ici que les impacts les plus directs. Mais certain‧es vont beaucoup plus loin et avec une expertise bien supérieure à la mienne. On peut ainsi lire dans le dernier numéro de la newsletter "Dans les algorithmes" un échange avec le philosophe Arshin Adib-Moghaddam, pour qui l'IA n'a pas d'autre objet que de "peaufiner l'oppression". Et qui seraient donc ces opprimé‧es, si ce n'est les populations marginalisées, les minorités, les plus pauvres ?


Il faut donc être clair : cette approche de l'inclusion par les LLM, si elle peut être abordée en toute bonne foi par certain‧es, c'est simplement le (techno-)capitalisme qui trouve une nouvelle manière de justifier la course à la croissance et aux profits. Qui nous explique qu'il est la solution et que les états n'en sont pas une. Que financer publiquement l'éducation et la culture ne servira bientôt plus à rien.

Ce qui se dessine ainsi, c'est la fin d'une vision européenne basée sur la redistribution, la régulation des acteurs économiques et l'état providence. Une vision que nationalistes et droites conservatrices enterrent avec délectation ces jours-ci au sein des différentes instances continentales, sous les applaudissements feutrés des Trump, Poutine et Xi Jinping.

À mes yeux, plus que jamais, rejeter l'IA générative n'est donc pas un acte moral, mais un acte politique.

Ce qui n'empêche pas d'être lucide : c'est aussi un acte de privilégié.

Car encore faut-il pouvoir se permettre ce rejet, quand la vague de l'IA générative vous est présentée comme inéluctable. Quand la pression sur les populations (marginalisées ou non) pour utiliser ces outils, à l'école, au travail et partout ailleurs, est réelle.

Et encore faut-il pouvoir proposer des alternatives de qualité, sur les pans éducatifs et culturels notamment. Ce qui n'est pas gagné quand on voit les priorités gouvernementales, en France notamment.


Aussi tentant que cela soit ― pour moi notamment, je ne le cache pas ― le débat ne se situe donc sans doute pas au niveau individuel, et en tout cas pas seulement dans une forme de culpabilisation face à l'utilisation que tout un chacun fait de l'IA générative.

En lieu et place, l'approche techno-critique se doit de continuer à éduquer à la tech, à ses risques, aux forces en présence et aux alternatives existantes. Ces dernières étant présentes au sein-même et en dehors de sphères de l'IA générative.

Car si un rejet de l'IA générative existe dans certaines parties de la société, probablement déjà éduquées aux risques de la tech (comme pour les écrans, comparaison évidente), le risque est grand de voir une partie de la population ne plus interfacer le monde qu'au travers de LLM. Et les théories datées sur les "bulles de filtre" supposément induites par les réseaux sociaux nous apparaitront alors comme de bien petites problématiques.

Or, les fossés, divisions et dissensions au sein des 99% que nous sommes ne pourront qu'arranger le jeu des 1% qui nous poussent aujourd'hui l'IA générative au fond de la gorge, à coups d'emojis ✨.

L'année 2026 sera déterminante pour décider de quelle société nous voulons. Et l'espoir d'un monde plus humain et moins généré demeure, alors que la bulle dégonfle, que Frédéric Merlin est dans la sauce, et que nous avons encore notre destin politique en mains.

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Pendant ce temps, il n'y a pas que les 1% qui se mettent à l'IA générative, car voici qu'arrivent sur ce terrain des acteurs assez inattendus...

Bon, il y'en a qui font ça à peu près bien, comme Infomaniak (la suite de services que j'utilise pour ma vie perso) : en open source et avec quelques spécificités intéressantes sur l'enjeu de l'impact environnemental. Nous parlions au-dessus d'alternatives aux gros de l'IA générative, en voici peut-être une. Même si, perso, j'aimerais qu'ils produisent leurs efforts ailleurs :3

Mais passons, car il y a pire : Ecosia, le moteur de recherche "eco-friendly" qui plante des arbres, se lance donc dans l'IA... Je ne pensais pas devoir écrire un truc pareil un jour. Je ne suis pas le seul à être très surpris de ce choix stratégique.

D'autant que l'entreprise allemande a décidé d'utiliser GPT-4.1 et donc le boulot merdeux d'Open AI, quand l'entreprise aurait pu a minima se baser sur des modèles plus "vertueux" et souverains. Le tout en annonçant proposer l'IA "la plus green du monde", et ça sans aucune preuve pour corroborer cette affirmation tout de même puissante. WTF.

Heureusement, quand même Ecosia se met à parler d'IA avec pour seul argument "tout le monde le fait alors nous aussi" (NB : Firefox vient aussi de l'annoncer 🙄)... l'équipe de mon navigateur préféré, j'ai nommé Vivaldi, n'en a rien à foutre. Et ça me régale !

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨
Vidéo sur la roadmap de Vivaldi pour 2026. Comme vous allez le constater, c'est assez court.

Une nouvelle révélée par le média QG en date du 20 novembre dernier a bien trop peu fait parler à mon goût. Le sujet ? Le comportement de Jean de la Rochebrochard. Un nom qui fleure bon la méritocratie.

C'est qui ? (Moi non plus je ne le savais pas avant de lire l'article). C'est le boss de l'un des plus gros fonds d'investissements français dans la tech, et un grand business-copain de Xavier Niel.

Or, de la Rochebrochard aurait une méthode pour le moins particulière pour sélectionner les projets à financer, du moins quand ils sont dirigés par des femmes : séances de pitch transformées en piège dans des chambres d'hôtel, et accusations de viol et d'agressions sexuelles à la clé.

Il est sans doute un peu tôt pour parler de "Me Too de la Tech" comme le fait l'article au vu du peu d'écho de cette annonce (ce qui interroge) et l'isolement du cas ; alors même qu'un boys club comme la tech, en France comme ailleurs, ne doit pas manquer de matière première...

On peut en tout cas noter une chose : Xavier Niel, qui a fait fortune grâce au minitel rose, à l'habitude de s'entourer d'individus masculins fort peu recommandables. Rappelons ainsi l'affaire Sadirac au sein de l'école 42, que Niel a fondé.


Le deuxième événement dédié à l'IA voulu par Macron, Adopt AI, se tenait à Paris il y a quelques semaines. Et on y a beaucoup plus laissé parler des représentants des géants des énergies fossiles que des spécialistes de l'éthique ou de l'impact de l'IA, sans surprise. C'est ce que relate le toujours excellent James Martin ici.

C'est l'occasion de vous repousser l'interview de Will Alpine que j'avais réalisé il y a quelques mois, autour du rôle des big tech (et notamment de Microsoft) dans le maintien en vie de ces néfastes consortiums.


Vision de la liberté d'expression à géométrie variable, épisode 7463 :

Le Guardian révélait il y a quelques jours que près de 50 organisations associées au droit à l'avortement ou aux mouvements queers ont vu leurs comptes supprimés ou impactés par des actions de censure très directes par Meta ces derniers mois, aussi bien sur Facebook qu'Instagram ou Whatsapp.

Attendez... les grands discours de Zuckerberg sur la défense de la liberté d'expression n'étaient là que pour faire plaisir à Trump et libérer les vannes de l'extrême droite décomplexée ? Ça alors.


Nous en parlions il y a quelques mois : Samsung pousse désormais des pubs sur ses frigos connectés... Attachez vos ceintures pour l'épisode 2 :

Alors qu'Apple a poussé depuis sur lesdits frigos des pubs pour son show télé Pluribus, une femme atteinte de schizophrénie et portant le nom de Carol aurait été hospitalisée au UK, suite à un épisode psychotique face à la pub visible ci-dessous.

La source (un post sur Reddit) peut porter à caution. Il n'empêche, quelle preuve par l'exemple du niveau d'intrusivité atteint par la tech dans notre quotidien. Pluribus, show SF dont le sujet ne peut que faire penser à l'uniformisation de nos modes de communication depuis l'avènement de l'IA générative, soit dit en passant.

Pour rappel : personne n'a besoin d'un écran sur son frigo.

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨
Publicité sur frigo connecté pour la série Pluribus d'Apple TV+. On y lit : "nous sommes désolés de t'avoir bouleversé, Carole".

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Pour finir l'année, je vous propose quelques recommandations en vidéo, pour occuper les longues journées de glandouille que je vous souhaite de passer pendant ces vacances de noël 👌

Commençons par un truc pas forcément hyper fun, mais particulièrement important et bien construit pour qui s'intéresse à l'industrie du jeu vidéo. L'équipe fantastique de People Make Games, média gaming alternatif, vient de publier une super vidéo autour des liens entre Microsoft et l'armée israélienne, et le boycott de Xbox (la branche gaming de Microsoft) proposé en réponse.

On y voit notamment des développeuses et développeurs d'Arkane Lyon (seul studio français possédé par Microsoft, suite au rachat de Bethesda) demander un boycott de tous les jeux Microsoft, y compris le projet sur lequel ils et elles sont en train de bosser, tant que ces liens ne seront pas coupés. Des légendes.

Pour rappel, on a déjà parlé du sujet à plusieurs reprises dans TFTT, notamment en juin dernier.

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Après du contenu anglo-saxon, revenons au bercail avec la super émission Internet Exploreuses, menée là encore par un média gaming alternatif, Origami. Emission qui parle de notre rapport à la tech plus largement. Lucie Ronfaut et Héloise Linossier y accueillent cette fois Mathilde Saliou, journaliste tech qui fait un superbe taff chez Next.

Une émission de décembre qui pose une question particulièrement importante me concernant, puisque je passe beaucoup de temps ici à critiquer l'IA, et pas toujours avec des gants. Cela remet certaines choses en perspective et ne fait de mal à personne.

Dernier point, et pas des moindres : voir une émission tech / gaming animée exclusivement par des femmes, et dont les invités sont exclusivement des femmes, et ben ça fait du bien dans cette sphère mascu à souhait. Allez donc leur donner de la force !

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Reco médias français toujours, mais cette fois avec un angle plus écologique, même si le lien avec la tech est très clair, vous le verrez. Nous avons déjà parlé d'Anti Tech Résistance (ATR) ici, un mouvement radical opposé à toute forme de technologie et souhaitant un "retour à la nature" (expression particulièrement chargée, comme vous le verrez dans la vidéo).

Le média écolo Fracas a sorti la loupe pour disséquer en vidéo la pensée qui sous-tend ce groupe, et c'est pas joli joli. On pourrait se dire qu'avoir des zouaves un peu trop radicaux mais malgré tout en opposition à la tech pourrait servir la cause d'une manière ou d'une autre, mais il faut y voir clair : ces gens sont contre le progressisme sous toutes ses formes et la question de leur positionnement politique ne se pose pas vraiment. C'est bien bien réac'.

Seule critique à faire sur la vidéo, au niveau de sa conclusion : les visions techno-critiques et progressistes modernes existent, il n'y a pas tant que ça à construire. Mais il faut diffuser plus largement l'existant, ça, ça ne fait pas de doute.

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Finissons enfin avec un meme doublement d'actualité, vu sur Bluesky. L'occasion de vous rappeler que tous les films de Ghibli débarquent en ce moment un par un gratuitement sur France TV. Alors pourquoi ne pas en profiter pour lâcher votre abonnement à une plateforme US pour au moins quelques temps ?

Vu les montants annoncés autour du potentiel rachat de Warner (propriétaire notamment de HBO) par Netflix ou Paramount, une chose est claire : ces gars là n'ont pas particulièrement besoin de votre argent.

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨
Si vous n'avez pas la référence (ça arrive, mais dans ce cas allez donc voir Porco Rosso fissa, c'est trop bien) : ce meme est un détournement d'une célèbre scène du film, où Marco dit à son ancien camarade Ferrarin "I'd rather be a pig than a fascist". Phrase transformée ici en "than using Copilot", l'outil IAG que Microsoft essaye de pousser partout dans ces outils, ajoutant de la merde auxdits outils dont l'expérience utilisateur était pourtant déjà bien assez pérave.


Voilà, c'est tout pour ce numéro 21 et cette année 2025... et c'est déjà pas mal !

On se retrouve l'an prochain pour un 22ème numéro de Tales From The Tech.

D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).

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Merci à toutes et tous,

Thomas ✊

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01.11.2025 à 07:21

TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️

Thomas Beaufils

Coucou, c'est déjà re-moi, désolé pour la spam !

Et oui, 4 jours à peine après le dernier numéro de TFTT, je reviens avec un petit bonus, cher.e.s abonné.e.s.

Car la semaine a é

Texte intégral (2910 mots)
TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️

Coucou, c'est déjà re-moi, désolé pour la spam !

Et oui, 4 jours à peine après le dernier numéro de TFTT, je reviens avec un petit bonus, cher.e.s abonné.e.s.

Car la semaine a été pour le moins riche en actualités tech, et cela m'a inspiré quelques textes qui, je pense, pourraient vous intéresser. Notamment parce qu'ils font des liens très nets avec des sujets que nous avons déjà évoqués ici.

Sur ce, bonne lecture à toutes et tous, et bon weekend !


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TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️

Bill Gates est un techno-solutionniste, on le savait. J'en avais même parlé dans le premier numéro de cette newsletter.

Mais il faut désormais se rendre à une seconde évidence : il s'est toujours moqué du changement climatique.

Et oui, le Billou s'est fendu d'une lettre, publiée en amont de la COP 30. Son discours de base, on le connaît : pas besoin d'être alarmiste sur la changement climatique, de toute façon la technologie va nous sauver.

Pourtant, de toutes ces technologies à venir qui doivent nous sauver, celles présentées comme telles par le passé par Gates, comme la captation de carbone par diverses méthodes, ne répondent pas du tout aux attentes.

Je ne vais pas vous faire l'offense de vous parler à nouveau des effets rebonds ou du paradoxe de Jevons (on en avait parlé là). Mais tout de même, quelles sont ces technologies qui vont nous sauver ?

La fusion nucléaire, une chimère qui mettrait de toute manière des décennies à être industrialisée et a déjà été préemptée par Sam Altman pour subvenir aux besoins en énergie de l'IA ?

Ou bien l'IA justement, une tech qui augurerait d'une superintelligence qu'on nous annonce tous les 4 matins, mais qui sert pour le moment surtout à la désinformation (notamment climatique), tout en ayant un impact en propre exponentiel ?

Ce qui est nouveau ici, c'est un nouvel argument de choc pour Gates. Il oppose les luttes : nous dépenserions trop dans la lutte contre le changement climatique, et pas assez dans celle contre la pauvreté 🤔

Tu sais Billou, si au lieu de faire de la philanthropie, toi et tes copains milliardaires payiez les impôts réels que vous deviez à la communauté, on pourrait régler la pauvreté ET le changement climatique très rapidement !

On en viendrait à se demander si, au fond, Gates n'a pas toujours été climato-sceptique.

Sauf que : Bill Gates n'investit pas que dans des programmes contre la pauvreté et pour soigner des maladies... nope, il investit aussi dans des projets miniers au Groenland, accessibles uniquement depuis les fontes de glace liées au réchauffement climatique, parmi d'autres joyeusetés que The Guardian résume très bien dans cette courte vidéo !

Donc climato-sceptique, sans doute pas. Climato-foutiste, plutôt !

Bon, et ajoutons que ce n'est probablement pas pour parler lutte contre la pauvreté que le Billou se pointe au dîners de Trump (qui a d'ailleurs repris la déclaration de Gates avec délectation) aux côtés des autres leaders de la tech, comme Satya Nadella de Microsoft, si ? 😅

TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️
Bill et Donald discutent d'une prochaine invasion du Groenland, chill

J'ajouterai une chose, puisque l'on parle de Microsoft (dont je suis, pour rappel, un ancien salarié) : quand on parle de Bill Gates, on entend souvent l'envie de distinguer Gates de Microsoft, puisque s'il possède toujours 1% environ de la boîte (ce qui représente quand même énormément de pognon), il n'a plus de rôle officiel au sein de l'entreprise.

Mais distinguer Gates de Microsoft, sur les sujets environnementaux en tout cas, est pour moi une perte de temps : la vision de Microsoft découle très directement de celle de Gates.

Et alors que Gates apparaît désormais pour ce qu'il est, à savoir un climato-foutiste comme nous le disions avec verve, il faut rappeler que Microsoft a depuis longtemps abandonnés ses discours sur l'importance de son impact environnemental. Tout ça est parti en fumée et n'était que du greenwashing pur jus, nous l'avons déjà raconté par le passé.

Désormais, ce qui compte, c'est d'investir des centaines de milliards de dollars dans OpenAI et de ne pas fâcher Donald Trump. Ce qui fait l'entreprise laisse en tout détente ses mascottes devenir des symboles pour la propagande trumpiste, ce qui ne manque pas (enfin ?!) de faire réagir en interne.


Alors, on fait quoi ? On oppose les luttes comme Billou, ou on va vers la convergence ?

Vous connaissons ma réponse. Convergeons. Luttons contre le changement climatique. Et luttons contre la pauvreté.

Luttons, aussi, pour notre souveraineté face aux géants de la tech américains et chinois (y'a du boulot) et contre la morgue des Bill Gates de ce monde.

Et taxons les riches. Et mangeons les milliardaires 🤗

TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️

C'est reparti pour un tour : tous les tech enthusiasts en DSM* de Linkedin sont en train de se chauffer sur la prochaine "révolution qui vient" 🤖

Sauf que rien ne vient du tout, comme pour le metavers, comme pour la superintelligence, comme pour Mars.

Ils se chauffent pour quoi ? Pour le 1X Neo, soi disant le premier robot "aide ménager" qui va réaliser le rêve humide numéro uno des fans de science-fiction : une tech qui vous libère des tâches ingrates, vous permettant de vous concentrer sur les choses qui comptent vraiment, à savoir la création, l'art... ou plus probablement resté le cul posé dans le canap à regarder Netflix.

TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️
Image d'un salarié payé au lance pierre (et du robot qu'il pilote à distance) qui vous fait coucou depuis son micro-bureau basé à Pune, en Inde.

Bref, le plus intéressant est ailleurs : c'est du bullshit complet, sans surprise, et comme le dévoile une vidéo du Wall Street Journal déjà visionnée 1,3M de fois.

Le truc marche très mal, même pour des tâches hyper basiques, et a besoin d'un opérateur humain à distance pour fonctionner la plupart du temps, ce qui pose pas mal de questions du côté du respect de la vie privée... et du travail des petites mains de la tech, comme d'habitude.

Bah, après tout, c'est plus agréable de reléguer le petit personnel à l'autre bout du monde, j'imagine 🙃

Concluons sur un excellent commentaire sous la vidéo : "It’s the self-driving car stage where the ‘self’ part is just a guy in Bangalore with a joystick." Traduction : on est à l'étape du développement des voitures autonomes où le "autonome"est juste un mec tenant un joystick depuis Bangalore (une ville indienne).

Je ne sais pas si c'est en voyant les vidéos promos de la marque 1X (les tech bros ont vraiment un problème avec cette lettre) qu'Amazon a décidé de virer 30 000 personnes, mais qui sait.


*DSM, c'est l'acronyme de doudoune sans manche, que je vous propose d'utiliser davantage, collégialement.

TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️
  • Elon Musk a trouvé un nouveau cheval de bataille dans sa lutte stupide contre un complot mondial wokiste, en s'attaquant à Wikipedia avec un produit au nom encore une fois ridicule, Grokipedia. Comme l'exprime 404 Media : "Grokipedia est l'antithèse de tout ce qui rend Wikipédia pertinent, utile et humain". J'ajouterai que Grokipedia n'est pas un vrai concurrent de Wikipédia, et que cela va se planter lamentablement. N'en déplaise au Point, dont la ligne éditoriale ressemble de plus en plus à celle d'un média Bolloré, notez-le.
TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️
Image : 404 Media
  • Finissons sur une note plus sympatoche : à votre avis c'est quoi le point commun entre des piles alcalines, de l'huile de ricin et des coquilles d'huitre ? Réponse juste ici.
  • Et puis si vous avez envie de déconnecter de toutes ses conneries, il y a aussi cette solution (coucou, y'a ma tête sur cette vidéo)

Voilà, c'est tout pour ce Bonus, et c'est déjà pas mal !

On se retrouve bientôt pour un 21ème numéro de Tales From The Tech.

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Thomas ✊

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28.10.2025 à 09:13

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement

Thomas Beaufils

Plusieurs personnes m'ont dit, après la lecture du dernier numéro de TFTT, qu'elles m'y avaient trouvé encore plus vindicatif qu'habituellement. Ce qui n'est pas peu dire.

Ces personnes, que je remercie ("feedback is gift&

Texte intégral (4624 mots)
TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement

Plusieurs personnes m'ont dit, après la lecture du dernier numéro de TFTT, qu'elles m'y avaient trouvé encore plus vindicatif qu'habituellement. Ce qui n'est pas peu dire.

Ces personnes, que je remercie ("feedback is gift"), avaient sans doute raison. Mais comme en plus d'être vindicatif, je suis aussi têtu, me voilà à leur répondre quelques semaines plus tard que la situation actuelle a de quoi rendre sacrément vindicatif. Et me voici à caler un gros mot dès le titre de ce numéro 20. Quelle tête de pioche.

Qu'est ce qui me rend vindicatif ? Je ne parle pas ici du budget Lecornu ou des soutiens de Sarkozy (qui me donne envie d'en prendre un pour taper sur l'autre, certes). Nope, je parle bien, comme trop souvent, des techno-fascistes, qu'il ne convient plus désormais de nommer autrement.

Et oui, j'ai enfin reçu le livre des journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet (que j'évoquais le mois dernier) chez mon libraire, et cela après pas mal d'attente. Ce qui est plutôt bon signe, je présume ?

Je ne vais pas vous en faire une analyse extensive, comme j'avais pu le faire par le passé avec l'essai "Vallée du Silicium" d'Alain Damasio. En tout cas pas encore 👀


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Je vous dirais en revanche une chose : il va vraiment, vraiment, être temps que la bulle de l'IA pète. Parce que je vous en parle depuis des mois et que je commence à fatiguer.

Il va falloir que la bulle pète parce l'IA générative est une forme ultime d'aliénation, imaginée par le techno-capitalisme conquérant main dans la main avec l'internationale fasciste. Une aliénation qui vient nier notre réalité commune, le peu qu'il nous reste de communs.

Il va falloir que la bulle pète parce nous allons toutes et tous devenir cinglé.e.s d'ici peu, dans le cas contraire. Pour preuve, le déluge de vidéos IA qui "inondent la zone de merde" depuis la sortie de Sora 2, nouvel outil vidéo de destruction massive du réel pondu par OpenAI.

Une inondation qui avait été théorisée par Steve Bannon, pour expliquer la stratégie de communication de Trump.

Tout se recoupe, symboliquement.


Explications, flashback 2019 :

Steve Bannon, ancien stratège de Trump, a théorisé une méthode passée désormais à la postérité via une expression : "flood the zone with shit".

Son objectif : saturer l’espace médiatique avec des polémiques incessantes, vraies ou fausses, pour empêcher tout débat de fond. Citation complète : "la vraie opposition, ce sont les médias. Et la façon de les gérer, c’est de les inonder de merde".

Cette stratégie est désormais déclinée par tous les partis de droite et d'extrême-droite (est-il encore utile de faire la distinction ?) du monde, de la France à l'Argentine, de l'Italie au Japon. Et les médias sont tous tombés dans le panneau.

C'est une évidence en France notamment, un effet renforcé bien sûr par les efforts des politiques et des milliardaires comme Bolloré, Stérin ou Pinault – ce dernier dont on parle moins, mais il va falloir commencer à le faire face aux dérives du Point, dont il est le propriétaire.

Nous en arrivons donc à la suite logique : après les médias, les social medias ! Voilà ce qui nous arrive désormais en plein face sur les réseaux sociaux, "grâce" à l'avènement de l'IA générative : slop / soupe IA qui pourrit nos feeds, incapacité à distinguer le vrai du faux, et polémiques incessantes et vides de sens.

C'est ainsi qu'il y a quelques jours, Trump, tout fâché par les millions de manifestant.e.s descendu.e.s dans la rue aux États-Unis pour le "No Kings Day", a décidé d'utiliser l'IA pour exprimer la supériorité de son intellect.

Il a ainsi posté un montage vidéo réalisé avec Sora 2, où on le voit aux commandes d'un avion de chasse qui lâche... des tonnes d'excréments sur des manifestants ?!

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement
Extraits de ladite vidéo. Désolé si vous lisez TFTT en prenant votre petit dej. Il y en tout cas beaucoup à dire du point de vue psychanalytique.

Voilà. Inonder la zone de merde, littéralement. Les médias du monde entier ont presque autant parlé de ce montage puéril que des manifestations regroupant des millions de personnes. Tout est dit.

Je le disais, il va être temps que la bulle pète, pour que la hype autour de l'IA s'explose au sol et que le rejet montant de cette technologie (et des plateformes qui ne la régule pas) continue de grimper en flèche.

L'avantage, c'est qu'elle va bien péter, cette bulle. Tout le monde le dit, même le Financial Times, et même les banquiers. Voici ce que déclarait ainsi la Deutsche Bank fin septembre : "la bulle de l'IA est la seule chose qui maintient l'économie américaine à flot."

La question n'est d'ailleurs pas tellement de savoir si elle va péter, mais plutôt de quelle ampleur sera l'explosion.

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement
Graphique expliquant le mécanique de la création de la Bulle de l’IA entre un très petit nombre d’acteurs largement surévalués, via Bloomberg


Cela ne sera fera en tout cas pas sans douleur, et c'est l'économie toute entière qui va en pâtir. On sait déjà que ce ne sont pas les tech bros qui vont le plus en souffrir. Comme les banquiers n'avaient pas été ceux qui avaient le plus souffert de la crise des subprimes. Le karma n'existe pas, et rien ne change.

L'autre avantage, c'est que même si les tech bros ne seront pas ceux qui souffriront le plus de la crise à venir, OpenAI est tout de même dans la panade. Si la boîte de Sam Altman ne trouve pas 400 milliards (de l'argent de poche, vraiment) dans les 12 mois qui viennent, elle aura de sérieux problèmes. Et la fuite en avant actuelle ne pourra pas continuer dans un contexte de crise étendu.

D'autant que Sora 2 coûte très cher à OpenAI à chaque génération de vidéo, bien plus que des réponses à des prompts classiques, et qu'un tel outil pourrait bien précipiter la chute de l'entreprise qui crame le plus de cash de l'histoire de l'humanité.

Concluons ce laïus en évoquant une dernière actu autour de l'IA qui a beaucoup fait parler ces derniers jours :

"des centaines d’experts et personnalités, dont des figures de l’IA moderne comme Geoffrey Hinton, prix Nobel de physique en 2024, ou encore Steve Wozniak, cofondateur d’Apple, appellent à stopper la course au développement et alertent sur les dangers que ferait courir l’avènement d’une IA capable de surpasser les capacités humaines."

Comme le rappelle Irénée Regnauld, un appel quasi similaire avait été lancé il y a déjà 10 ans. Appel qu'avait déjà couvert Le Monde en ces termes, comme le raconte Irénée :

"'Des scientifiques américains s'inquiètent de l'évolution de l'intelligence artificielle', dans un texte qu’on jurerait rétrospectivement copié-collé. À l’époque, Stephen Hawking et Elon Musk étaient aux manettes. Le Future of Life Institute est déjà là. On s’inquiétait alors que l’IA puisse 'dépasser l'humanité' (voire 'l’éradiquer'), tout en convenant de ses bienfaits pour 'éradiquer des maladies et la pauvreté'.

Pourtant n'est-on pas là devant un énième contre-feu alarmiste des tenants de l'intelligence artificielle ? C'est ce qu'exprime Mathilde Saliou :

"Un nouvel aiguillon qui nous poussent, surtout nous, européens, à nous considérer en retard ? En retard sur les US et la Chine, donc « obligés » d’investir massivement, y compris à l’aide de capitaux étrangers, dans un champ technologique dont la démonstration du retour sur investissements publics (et privés) n’a toujours pas été faite"

La "superintelligence artificielle", on nous la promet tous les 5 ans depuis 20 ans. Elle n'est toujours pas là, et elle n'est qu'un fantasme de geekos, rendu impossible par les simples limites énergétiques et matérielles de notre planète et de nos sociétés. Voilà qui rappelle les fadaises du techno-fasciste ultime, Elon Musk et ses promesses régulières au fil des années d'un voyage "dans 5 ans" sur Mars.

Le risque ne réside pas, demain, dans une "superintelligence" digne d'un mauvais film SF.

Le risque, il est concret, dès aujourd'hui, de voir nos sociétés imploser sous les coups de boutoir d'un fascisme techno-boosté. Plus rien en commun, plus rien de vraiment vrai, plus assez de flotte dans nos verres, plus assez d'énergie pour faire tourner le chauffage au cœur de l'hiver, plus assez de pognon pour payer les profs et le personnel hospitalier... parce que tout y sera passé.

Là sont les vrais risques de l'IA. Là sont les risques du techno-fascisme.

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement

On n'a pas mal parlé d'OpenAI et de son patron Sam Altman, encore une fois, ce mois-ci. Mais saviez-vous que ce gai luron avait désormais accès à du plutonium de qualité militaire ? Ô joie. Qu'est ce qui pourrait mal se passer ? On en parlait déjà dans l'édito du n°9 de TFTT.

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement
La centrale nucléaire américaine de Three Mile Island, lieu d'une célèbre catastrophe nucléaire, va être réactivée notamment par Microsoft (image: Netflix)

Au rayon des dernières délires de la tech, l'idée d'envoyer des datacenters dans l'espace (parce qu'il y fait froid) se positionne assez haut dans le classement. C'est pourtant bien le projet d'une start-up, ainsi que le sujet d'une "étude de faisabilité" par Thales. Cocoricon. Plutôt que des datacenters, j'irai bien mettre quelques entrepreneurs en orbite, je vous jure 🛰


Pour Ubisoft, combattre le KKK dans un jeu vidéo est désormais considéré comme "trop risqué politiquement". N'hésitez donc pas à jouer à Wolfenstein II, très jouissif de ce point de vue. Bon en même temps, c’est un jeu produit par Microsoft, entreprise qui permet ce genre de choses, alors… "No politics in my game" 🤡


Le parquet de Paris ouvre une enquête sur Siri suite à une plainte de la Ligue des Droits de l'Homme, appuyée sur le témoignage d’un lanceur d’alerte français. Apple est suspectée d’avoir utilisé des enregistrements d’utilisateurices à leur insu. Bon en même temps, pourquoi s'embêter à écouter vos conversations quand tout ce que vous direz à Atlas, le nouveau navigateur made in OpenAI, pourra être retenu contre vous  👀


Une enquête d'Amnesty International publié le 21 octobre démontre les effets néfastes du réseau social Tik Tok sur les ados, et annonce saisir l'Arcom en conséquence. On va suivre ça avec intérêt 🧐


La mobilisation, et les boycotts, ça paye ! Microsoft a annulé la construction d'un datacenter dans la banlieue de Milwaukee, aux États-Unis, suite aux résistances locales. Les réactions négatives à des projets de ce type se multiplient ces derniers mois, aux États-Unis et ailleurs 🙅


La super association Data For Good est en pleine levée de fond ! N’hésitez pas à soutenir leur super travail à la hauteur de vos moyens, comme je viens de le faire. Comme iels le disent : "Les technosolutionnistes accélèrent. Accélérons le contre-pouvoir tech citoyen" 🤗


Pendant que George Miller, le réalisateur de la série Mad Max, démontre qu'il n'a rien compris à ses propres films qui ont pour toile de fond une pénurie d'eau, le Grande Guillermo del Toro explique qu'il "préférerait mourir" plutôt que d'utiliser de l'IA. The Shape of Water💧

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement
Del Toro sur le tournage de son prochain Frankenstein. Homme, machine, toussa, toussa. (Image : encore Netflix, jpp)

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement

J'ai eu le plaisir, la semaine dernière, de participer à la soirée de lancement du dernier numéro de Climax, le fanzine le plus chaud que le climat. Un numéro 9 tourné vers un sujet (le génocide à Gaza) dont le lien avec l'écologie peut ne pas sauter aux yeux, mais qui s'inscrit pourtant dans une logique politique et sociale.

De la destruction pure et simple d'une zone géographique pour la rendre inhabitable aux liens très nets entre écologie et décolonisation, les connexions sont multiples.

Parmi les interventions de qualité, j'ai notamment été marqué par celle du journaliste Martin Lafréchoux, auteur d'un article sur la Start-Up Nation originelle, à savoir Israël. Dans lequel il enquête sur le rôle de cobayes des gazaouis, au profit des nombreuses entreprises israéliennes spécialisées dans la surveillance (des leaders mondiaux sur le sujet)... mais également pour de nombreuses entreprises internationales, comme Microsoft.

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement
Photo des premières pages de l'article de Martin

Puisque nous parlions d'événements, j'en profite pour conclure ce 20ème numéro de TFTT en évoquant l'actu d'un autre de mes projets, Lowreka – pour lequel je prends la pose régulièrement ! Vous le savez peut-être, je suis le co-fondateur de cette entreprise qui œuvre à la démocratisation des low-tech, des technologies douces qui aident à réduire notre impact environnemental.

Il se trouve que nous avons mené l'été dernier une campagne de financement participatif. Pour fêter son succès, on vous convie à une "Fête Low-tech" qui aura lieu à Paris, au Point Éphémère le 25 novembre prochain ! 

Au programme : une prise de parole pour vous tenir informé.es des avancées du projet Lowreka, des échanges avec l'écosystème low-tech de la région parisienne, de quoi boire et manger, et quelques surprises !

Si vous souhaitez m'y rencontrer et discuter (low-)tech, n'hésitez pas à venir y faire un tour, et le cas échéant à compléter ce rapide formulaire dédié (ça prend littéralement 5 secondes) pour nous aider à préparer la soirée dans les meilleures conditions 🥳

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement

Voilà, c'est tout pour ce numéro 20, et c'est déjà pas mal !

On se retrouve bientôt pour un 21ème numéro de Tales From The Tech.

D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).

Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.

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Merci à toutes et tous,

Thomas ✊

PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes

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03.10.2025 à 07:56

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓

Thomas Beaufils


Ce mois-ci dans Tales from the Tech, on va se... disperser ?

En ce début octobre, nous parlerons ainsi de "lunettes IA", de "techno-fascisme", des reculs de Microsoft, ou bien de nouvelles études sur l'impact environnemental de l'IA.

Mais d&

Texte intégral (8136 mots)
TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓


Ce mois-ci dans Tales from the Tech, on va se... disperser ?

En ce début octobre, nous parlerons ainsi de "lunettes IA", de "techno-fascisme", des reculs de Microsoft, ou bien de nouvelles études sur l'impact environnemental de l'IA.

Mais d'abord, en préambule, quelques mots plus personnels :

En cette rentrée, j'ai en effet relancé un projet qui traîne sur mes étagères depuis bien trop longtemps : j'ai repris l'écriture d'un bouquin qui me trotte dans la tête depuis 2 ans, au bas mot.

On dit souvent que parler d'un projet que l'on n'est pas sûr de finir, c'est transformer ledit projet en dette. Mais je crois que c'est ce dont j'ai besoin pour avancer enfin : faire de ce projet quelque chose de concret, en parler autour de moi, pour enfin mettre le coup de collier qu'il faut et le finaliser en 2026.

Ce bouquin, ce sera un roman ; il y a des gens bien meilleurs que moi pour écrire des essais, nous en parlerons un peu plus bas. Cette fiction évoquera de manière détournée mon expérience dans les boîtes de la tech, les délires de la start-up nation auxquels nous sommes habitués après 8 ans d'ère Macron... mais aussi, figurez-vous, de curry rouge et de Fernand de Magellan en écho aux débuts de cette newsletter ?

Nous verrons bien si un jour quelqu'un souhaitera le publier quelque part. Mais au pire des cas, je vous le partagerai à vous, cher.e.s abonné.e.s 🤗

D'ici là, et même si mon temps n'est pas extensible, ma newsletter Tales from the Tech va continuer à vivre. Peut-être à un rythme différent, peut-être dans des formats qui changeront avec le temps. Je ne ferme aucune porte, et serai toujours preneur de vos retours.

En attendant, voici un numéro 19 en forme de best-of (ou de "worst-of", plutôt) de ces dernières semaines complètement folles dans le fâcheux monde de la tech.


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TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓

Grâce aux "lunettes IA", vous allez enfin voir le monde comme un tech bro

Comme je l'ai lu très justement sur Bluesky il y a quelques jours : "la tech en a rien à foutre du consentement et reviendra te proposer les produits que tu as déjà refusé, encore et encore".

Voilà qui condense bien ce que l'on est en train de nous servir avec les "lunettes boostées à l'IA", nouvelle resucée des lunettes connectées chères aux gros de la tech, qu'ils n'ont pourtant toujours pas réussi à rendre cool, bien au contraire.

Dernière offensive de la tech pour vous coller un truc sur la tronche : Zuckerberg et Meta ont dévoilé le 17 septembre une série de nouvelles lunettes à réalité augmentée, dont ce qu'ils ont présenté comme les "premières lunettes IA haute résolution", capables de projeter une image directement sur le verre droit, les Ray-Ban Display. Une paire disponible depuis quelques jours aux Etat-Unis pour la modique somme de 800$. Par bonheur aucune sortie n'est prévue en France pour le moment.

Le Monde résume assez bien le ressenti général à ce stade, dans un article publié le lendemain des annonces :

"Reste la question de l’utilité : que permettent-elles de faire mieux qu’un simple smartphone, dont nous sommes déjà équipés ? Envoyer des SMS, passer des coups de fil, se diriger par GPS, traduire des conversations en les sous-titrant, répond Meta… tout « en restant pleinement présent, et en conservant les mains libres », argue son communiqué de presse [...] Les Ray-Ban Meta permettent encore de communiquer avec l’intelligence artificielle Meta AI."

"Rester pleinement présent" avec cette saloperie collée sur le nez, alors que maintenir une conversation de plus de 5 minutes sans qu'une des personnes incluses ne jette un oeil à son smartphone tient déjà de l'exploit ! On a envie de s'esclaffer tristement...

Sur le lien avec Meta AI, notez que ce n'est pas une nouveauté, puisque cela serait simplement une version "plus fluide" d'une fonctionnalité déjà disponible avec le précédent modèle de lunette similaire, commercialisée en 2023 par l'entreprise, et écoulée à plusieurs millions d'exemplaires ; ce qui est à la fois peu pour un objet poussé par une entreprise d'une telle ampleur, et beaucoup trop quand on considère son intérêt.

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓
Ces lunettes sont peut-être "smart", mais elles ne vous donnent pas l'air intelligent (Manuel Orbegozo/Reuters)

Alors, pourquoi les tech bros n'arrivent-ils pas à rendre ces objets cools, malgré des dépenses faramineuses en R&D et en marketing ?


Primo : parce que les démos ne se passent jamais comme elles devraient, ce qui est rarement bon signe. Ce fut encore le cas ce 17 septembre, puisque que comme le raconte Futurism, cette conférence MetaConnect 2025 a vite sombré dans le chaos : les démonstrations prévues par Zuckerberg ont échoué à plusieurs reprises, provoquant regards gênés, silences assourdissants et rires étouffés au sein du public, comprenant un large parterre de journalistes tech du monde entier. Oupsie.

Une conférence contenant un bon paquet de moments déjà cultes, et qui confirment ce que l'on savait déjà : cette tech est loin d'être prête, ce qui n'empêchera sans doute pas des milliers de "AI enthusiasts" en doudounes sans manche de se jeter dessus parce qu'ils ont visiblement trop d'argent (et qu'il faut donc de toute évidence les taxer davantage).


Deuxio : parce que de plus en plus de monde sait bien désormais les questions que cela pose du point de vue de la vie privée. Perso, je supporte déjà de moins en moins quand des gens filment ou prennent des photos dans ma direction dans un lieu public, avec un simple téléphone… alors imaginer qu'un mec (oui, il est écrit à 99% que ce sera un homme) assez stupide pour se coller ça sur le nez puisse me filmer à mon insu sans que j'en sache rien, puisque la caméra et les actions de l'utilisateur sont généralement invisibles pour les gens autour !?

Accessoirement, on parle ici de Meta, une boîte qui s'est littéralement construite sur la violation de notre vie privée à toutes et tous, de ses origines jusqu'à aujourd'hui, en passant par le trop vite oublié épisode Cambridge Analytica.

Très concrètement, si un mec avec des lunettes Meta vissées sur le nez rentre dans un bar, et que votre serviteur y est sagement posé à siroter un café ou une bière, je lui demanderai gentiment de les enlever, ou l’un de nous devra sortir de la pièce. "Tu sors, ou je te sors, mais va falloir prendre une décision", comme on dit en Belgique 🤗


Tertio : parce que les gadgets tech qui couvrent le visage, aussi discrets deviennent-ils avec le temps, ne se sont jamais suffisamment vendus jusqu'ici. Les Google Glass ont été un échec retentissant, les casques de réalité virtuelle prennent la poussière, et l'Apple Vision Pro est déjà oubliée, avant sans doute une prochaine offensive de la boîte de Tim Cook.

Or l'objectif assumé du Zuck est de remplacer les smartphones avec ses lunettes, à terme. Pour y parvenir, il faudra d'abord faire disparaître des usages désormais ancrés plus que profondément, comme le rappelle le correspondant des Échos à San Francisco, en prenant l'exemple du selfie.

Je crois surtout que se coller un objet sur le visage rebutera toujours plus que de glisser un truc dans sa poche. C'est une forme de séparation ultime avec le réel, un form factor (le format d'appareil) qui fait peur et inspire des histoires et images effrayantes aux auteurs et autrices de science-fiction depuis des décennies, là où placer une petite dalle tactile dans le creux de nos mains paraît bien anodin en comparaison. C'est d'ailleurs ce qui rend l'emprise de nos smartphones si insidieuse.

La dimension repoussoir de ce form factor est d'autant plus forte quand on la charge de l'appellation "IA", notion floue qui passionne autant qu'elle effraie. Ben oui, imaginez deux secondes avoir sur le nez un outil qui permette de diffuser du texte et du contenu, à l'aune d'une époque formidable où il devient de plus en plus difficile de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, entre ce que vous raconte des chatbots hallucinés et les fake vidéos avec lesquelles on nous bombarde...

Rappelons-le : les boîtes de la tech visent à la destruction des communs pour nous isoler et nous transformer en consommateurs constants de "contenus", que nous quittions le moins souvent leurs "plateformes" et leurs "écosystèmes". Pouvoir physiquement influencer notre vision, voilà le coup final d'une partie d'échec bien vicelarde.


Nous saurons sans doute rapidement si nous basculerons dans un tel monde ou si ces nouveaux dispositifs optiques se planteront comme leurs prédécesseurs. Mais alors que la ligne "techno-fasciste" qui se dessine aux US se clarifie plus que jamais, espérons que les réactions épidermiques face aux innovations tech mèneront à des levées de boucliers de plus en plus intenses.

Note finale : je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour les génies de Ray Ban, qui, en s'associant à ce gênant de Marc, vont peut-être bien transformer leur marque, icône du cool, en un truc has been à souhait 🤞

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓
La pub originale, titrant "For living in the moment"... pour vivre l'instant présent, en substance. Comment peut-on vivre l'instant présent quand on a l'oeil droit tordu vers un écran au creux même de ses lunettes ?! Quelle fumisterie.

PS : je suis obligé de vous partager en bonus le post sorti hier par Data for Good, qui complète parfaitement cette chronique !

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Le “techno-fascisme” : menace pas si fantôme

La rentrée littéraire n'est pas loin, et un livre fait l'actualité dans le petit monde des techno-critiques français... mais aussi bien au delà !

"Apocalypse Nerds : comment les techno-fascistes ont pris le pouvoir" est co-écrit par les journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, dont j'ai déjà partagé le travail à plusieurs reprises. Et il sort au meilleur (au pire ?) des moments, tant il résonne avec ce que nous vivons actuellement.

Le pitch de cet essai :

"Et si la Silicon Valley, longtemps perçue comme un bastion progressiste, était devenue le laboratoire d’une révolution autoritaire à l’échelle planétaire ? Nourris par d’obscurs penseurs étourdis de rêves fascistes ou monarchiques, des milliardaires de la tech appellent à la mort de l’État-nation et prophétisent la fin des démocraties libérales."

Je pense que la question est vite répondue comme le disait un philosophe, m'enfin gageons que ce livre l'expliquera avec moults exemples et exposés qui risquent de me tendre mais surtout de me passionner.

Vous l'aurez compris : je ne l'ai pas encore lu ! J'attends la réception de ma commande dans ma librairie de quartier comme si c'était noël en octobre. On s'en reparle prochainement. En attendant, vous pouvez écouter l'épisode du super néo-podcast Propagations qui accueillait Nastasia et Olivier le 9 septembre dernier.

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓

Cette fébrile attente d'une lecture passionnante ne va pas nous empêcher de faire le pont avec l'actu outre-atlantique : le rapprochement entre les milliardaires de la tech et les trumpistes ne fait plus aucun doute, comme le rappelle cette revue de presse de France Culture en date du 13 septembre, avec l'excellent Olivier Alexandre au micro.

On y entend Tim Cook, le patron d'Apple, s'y répandre en compliments pour son nouveau maître, tandis que Zuckerberg donnait lui des chiffres d'investissement au hasard complet pour faire plaisir à Trumpy. Même le pseudo "good guy" de la tech, Bill Gates, était de la partie. Après tout, Trump et lui se sont probablement croisés sur l'île d'Epstein, alors ça doit leur rappeler des souvenirs du bon vieux temps.

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓
Trump et ses nouveaux copains Zuck et Gates, à un dîner après avoir participé à la réunion d'un groupe de travail sur "l'éducation à l'intelligence artificielle", le 4 septembre. Rassurant. (AFP - Alex Wong)

On peut aussi faire le parallèle avec l'actualité jeux vidéo, qui n'est plus qu'une autre verticale "entertainement" pour la tech. L'un des derniers grands éditeurs indépendants de l'industrie est ainsi en passe d'être racheté à hauteur de 55 milliards de $ par le fonds public d’investissement d’Arabie Saoudite et Affinity Partners, la boîte du genre de Trump, Jared Kushner. L'objectif : virer un max de monde et foutre de l'IA partout, de l'aveu même du PDG, Andrew Wilson, qui restera en poste pour finir son entreprise de destruction massive. Une actu en forme de melting pot de mots peu ragoûtants, que vous résume toujours aussi bien Gauthier Andres alias Gautoz chez le média spécialisé jeu vidéo, Origami.

Trump et les techno-capitalistes, c'est une affaire qui roule, on n'est pas surpris. Mais quid des Démocrates ?

On pourrait parler de ce qu'il se passe à New York, où Trump aimerait faire déporter le favori surprise à l'élection municipale et grand pro des réseaux sociaux, Zohran Mamdani. Mais intéressons nous plutôt au berceau de la Silicon Valley, sur la côte opposée des États-Unis.

Le gouverneur de la Californie, Gavin Newsome, pourrait en effet rapidement nous donner des signaux très clairs quant à sa façon de traiter avec les GAFAM et consorts. Celui-ci doit décider très prochainement s'il donne son accord ou son veto à plusieurs projets de lois destinés à encadrer un tant soit peu l'industrie du numérique, et principalement le développement de l'IA, générative et autres.

Ce qu'explique avec une grande clarté la dernière newsletter de Brian Merchant :

"Ces projets de loi ne sont pourtant pas radicaux. La plupart sont des mesures simples et sensées, auxquelles seuls des libertariens purs et durs pourraient s'opposer. Il s'agit, par exemple, de lois qui garantiraient qu'une IA ne pourrait pas être utilisée pour sanctionner ou licencier des employés.
[...]
Ne vous méprenez pas : la Silicon Valley ne souhaite voir adopter aucun de ces projets de loi, et son armée de lobbyistes a déjà réussi à en affaiblir ou bloquer beaucoup, notamment un projet de loi intéressant qui limitait les possibilités de surveillance des travailleurs par l'IA, ou encore un autre qui garantit la supervision humaine des véhicules de livraison sans conducteur. Ces projets de loi ont été classés comme « bisannuels », ce qui signifie qu'ils seront réexaminés l'année prochaine.
C'est un moment crucial. Si même des lois basiques comme celles-ci ne pouvaient être adoptées, cela confirmerait une chose : Gavin Newsom préparant actuellement sa future candidature à la présidence des États-Unis, il ne veut pas contrarier la Silicon Valley et ses riches donateurs. Cela nous montrerait que, même dans une Californie supposément progressiste, l'emprise de la Silicon Valley est devenue presque indestructible, ce qui n'augure rien de bon quant aux espoirs futurs de soumettre un jour les géants de la technologie à quoi que ce soit ressemblant à une démocratie."

Personnellement, je n'attendaiss rien de bon de Gavin Newsom depuis que j'ai constaté la nature de ses méthodes de communication en ligne.

Maintenant que l'on a dit tout ça, une bonne nouvelle vient de tomber : Newsom a annoncé cette semaine une première loi pour encadrer et demander de la transparence autour du développement de l'IA au niveau Californien. Alors qui sait ? On croise les doigts.

Mais, depuis le temps, je pense qu'il faut arrêter d'imaginer que la solution à nos problèmes technologiques viendra du pays même qui en a créé une bonne majorité. L'Europe doit se réveiller, sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres.

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Exemple de communications, AI & Trump-compatibles, utilisées par Newsom sur ses réseaux. PS : elle est chelou cette pelle. Source.

Vous me direz, en France, c'est mal parti, même à "gauche" : saviez-vous que la nouvelle porte-parole du Partie Socialiste n'est rien de moins que... salariée de Palantir, la boîte de surveillance du techno-fasciste en chef, Peter Thiel ? La boîte copine de la NSA, celle qui vend des logiciels à l'ICE pour chasser les migrants dans l'Amérique de Trump, celle que plusieurs armées utilisent pour cibler leurs attaques de drones ?! Ce serait drôle si ce n'était pas dramatique. Bonne tribune sur le sujet ici. Précisons que son porte-parolat est centré sur les questions d'IA. De là à dire que par conséquent, ça devient cohérent...

Allez, finissons sur une note positive à propos des techno-fascistes bien de chez nous : sachez que ça ne va pas hyper bien pour Pierre-Édouard Stérin, le milliardaire nationaliste exilé fiscal et argentier de l'extrême droite française ! Bon, déjà, il commence à être bien connu dans la sphère médiatique française, et ses attaques de mauvais goût ne passent plus inaperçues.

Surtout, le dangereux zigoto serait à court de cash : manque de liquidités, changements de gouvernance et structure fragile de son groupe à multiples têtes, autant de problèmes qui ébranlent les ambitions politiques du gus. Ben oui, Pierre-Édouard, tu aurais mieux dû continuer à financer des startups de la tech en catimini en continuant à vendre tes smartboxs 💩 plutôt que de l'ouvrir trop grand ! Désolé pour la violence, mais vraiment : ça fait du bien.

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Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve qu'il est difficile de trouver une plus belle tête de gland que ce bon vieux Pierre-Édouard

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Microsoft cède, par deux fois... mais craint toujours

En quelques jours, Microsoft aura donc cédé par deux fois.

Sur ses liens avec l'armée israélienne, d'abord. Liens dont nous avions déjà parlé ici avant l'été. Le 25 septembre, l'entreprise a ainsi annoncé dans un communiqué avoir "cessé et désactivé un ensemble de services destinés à une unité du ministère israélien de la Défense", comme le rapporte cet article de Cassim Montilla pour Frandroid. Son Président, Brad Smith, en profite pour faire amende honorable, avec une sincérité dont on pourra douter, mais admettant en tout cas que les révélations successives de plusieurs médias, dont The Guardian, sont authentiques.

The Guardian qui confirme d'ailleurs que les quelques 8000 To de données stockées par l'armée israélienne sur les serveurs de Microsoft ont été migré dès août... probablement vers les Amazon Web Service, ce que l'autre géant de Seattle a refusé de confirmer à ce stade. Rien ne se perd, tout se transforme.

En tout cas, Microsoft, de son côté, aura peut-être entendu raison après des mois de tensions en interne et d'appels au boycott en externe. À moins, comme certains esprits chagrins ne le notent, que Microsoft ait simplement perdu une remise à plat de l'appel d'offre ? Quel mauvais esprit 😇

L'autre sujet pour lequel MS est dans la sauce, c'est la fin du support de Windows 10 : et oui, dès le 14 octobre prochain, Microsoft devait arrêter le support logiciel de son OS datant de 2014. Alors que l'entreprise avait auparavant parlé d'une fin de support pure et simple, pour mettre en avant le nouveau venu Windows 11 (qui n'est franchement rien de plus qu'une skin visuelle), elle a tout de même joué les bonnes poires en annonçant tout aise qu'il y aurait une solution... payante !

En effet, pour continuer à utiliser Windows de manière sécurisée, les utilisateurs et utilisatrices auront finalement deux possibilités : passer à la caisse pour acheter un ordinateur récent compatible avec Windows 11, ou payer pour continuer à recevoir des mises à jour de sécurité sur Windows 10 ! Quel choix, la chance ! On sait pertinemment qu'une majorité de particuliers comme d’organisations ne penseront pas aux alternatives libres à Windows, et ne voudront ou ne pourront pas prendre en charge les frais demandés par Microsoft, entraînant des failles de sécurité massives ainsi que la potentielle obsolescence de près de 400 millions d’appareils.

Et surtout pensez à acheter reconditionné, hein.

Bon, cela dit, en bon prince, Microsoft a également cédé sur ce sujet... si l'on peut dire. Et c'est notamment par la France que c'est arrivé, grâce à l'excellent travail de la bien nommée association "Halte à l’Obsolescence Programmée". Elle avait ainsi contacté par courrier officiel Microsoft en juin dernier. Elle a enfin reçu une réponse, offrant "un an de sursis gratuit" pour les mises à jour de sécurité. Sauf que, comme le relate un article de BFM : l'obtention de l'année de sursis est communiquée en catimini, ne concerne que les particuliers, et demande de se connecter avec un compte Microsoft, ce qui est gageure en soit quand on connaît les interfaces de la boite, même pour qui sait gérer correctement un PC.

Et puis : pourquoi seulement un an ? Microsoft ne fait pas assez de thunes pour se permettre de continuer les updates de sécurité ? Ce n'est pas comme si la boîte pesait 3 800 000 000 $ en bourse, c'est vrai. (Oui je sais Arthur Mensch, les parts sociales et les valeurs boursières, ce ne sont pas du cash, du coup tu ne peux pas payer la taxe Zucman, pauvre loulou).

En neuf mot comme en cent : Microsoft a cédé deux fois, mais craint toujours autant 🙅‍♂️

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Page d'accueil du site de l'asso Halte à l'Obsolescence Programmée

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Des billes pour répondre à cette idiotie : "non mais Netflix ça consomme plus que ChatGPT"

Cet été, je disais mon incompréhension (ici et sur Linkedin) face à l'utilisation de l'IA générative par des militants, organisations et médias que l'on pourra qualifier "d'écolos". Parce que parmi beaucoup d'autres questions, l'IA générative pose notamment le problème de son impact environnemental.

Deux choses se sont alors imposées comme évidentes suite à une variété de retours :

1/ beaucoup de gens partagent mon avis mais ont du mal à avoir les données qui leur permettent de soutenir ce point

2/ beaucoup d'autres, pourtant engagés, n'ont pas en tête le problème environnemental que pose l'IA.

Par chance, les individus très solides que sont Lou Welgryn et Théo Alves Da Costa ont publié un ÉNORME papier sur le site du média écolo Bon Pote. Il résume ce que l'on sait aujourd'hui de l'impact de l'entraînement et de l'utilisation des IA génératives, et surtout ce que l'on ne sait pas ! Car les entreprises derrière les différentes solutions d'IA générative se gardent bien de révéler en détail ce qui se passe sous le capot... ce qui reste en soit un signal assez clair.

Sur ce point spécifique, citons donc l'article publié chez Bon Pote :

"A noter que pendant l’été 2025 ont été publiés par Mistral et Google deux études pour documenter pour la première fois quelques impacts environnementaux d’une requête “médiane” faite sur leurs IA grand public. Cependant ces études sont intentionnellement sélectives et ne donnent pas assez de détails pour permettre de comparer et comprendre les impacts tout en détournant l’attention des impacts globaux cumulés en mettant en valeur les gains d’efficacité et en sur-responsabilisant les individus.
En résumé, en 2025, même s’il est possible d’obtenir des approximations, nous ne connaissons pas la consommation électrique d’une requête sur ChatGPT, de la génération d’une image studio Ghibli ou d’un starter pack. Comme le résumait Sasha Luccioni pour Wired : “Cela me sidère qu’on puisse acheter une voiture et connaître sa consommation au 100 kilomètres, mais qu’on utilise tous ces outils d’IA tous les jours sans avoir la moindre mesure d’efficacité, aucun facteur d’émission, rien.”

Personnellement j'insisterai donc sur ce que l'on sait de manière macro, puisque c'est une galère d'obtenir les chiffres micro :

  • la consommation électrique est en train d'exploser partout dans le monde, et les projections sont effrayantes, comme le rapporte Le Monde en évoquant le dernier rapport du Shift Project, la structure menée notamment par Jean-Marc Jancovici :

    "Selon les calculs de ce think tank français œuvrant pour la décarbonation, la consommation électrique des data centers mondiaux pourrait atteindre 1 250 à 1 500 térawattheures (TWh) en 2030 contre 530 TWh en 2023, soit un potentiel triplement. Ce bond spectaculaire est en très grande partie nourri par l’essor rapide de l’intelligence artificielle (IA), qui représentera de 35 % à 55 % de la consommation électrique de ces centres de données, selon le rapport, contre 15 % aujourd’hui.

    Si tous les programmes liés aux 109 milliards d’euros d’investissements annoncés au Sommet de l’IA de Paris en février arrivaient à pleine capacité, la consommation des data centers pourrait monter jusqu’à environ 45 TWh en 2035, contre environ 12 TWh aujourd’hui, avance le Shift Project."


    Ce qui, pour rappel, amène Altman a dire qu'il lui faudra la fusion nucléaire pour maintenir ses objectifs ; je croyais qu'une requête ChatGPT ça consommait que dalle, Sam ?
  • Il y a l'électricité, et puis il y a l'eau. Sur ce point aussi, on manque de données claires. Mais des signaux faibles clignotent partout, des grands lacs américains aux terres plus sèches du Mexique.
  • Il y a enfin le bâti, pour lequel je trouve intéressant de noter ce graphique, qui montre que pour la première fois de l'histoire, est construit aux États-Unis plus de bâtiments privés liés aux data-centers et à la fabrication de composants électroniques que de bâtiments dédiés au commerce, et bientôt plus que de bâtiments de bureaux...C'est le timing qui est particulièrement intéressant : le boom n'intervient pas au moment ou juste après la période du covid, qui a été un gros boost pour les activités en ligne, de Netflix à l'adoption à grande échelle des appels en visio. Non, il intervient plus tard, en 2022, au moment de l'avènement des premiers modèles d'IA générative grand public.

    Voilà qui est sûrement un hasard.
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Voilà, la prochaine fois qu'un de vos proches utilise l'argument miteux selon lequel "non mais ChatGPT ça consomme beaucoup moins que de regarder un film sur Netflix", vous aurez des arguments et des sources pour lui dire poliment de retourner parler à des vrais gens plutôt que de demander à son assistant IA quoi bouffer ce midi.

Au pire des cas, vous pouvez aussi lui partager cette vidéo très drôle en provenance de chez Urbania.

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L'IA se glisse partout, même là où on ne l'attend (vraiment) pas

On vient de le voir, les usages de l'IA font exploser tous les compteurs. Et on comprend pourquoi quand on constate à quel point l'IA, notamment générative, se glisse absolument partout, mais dans des endroits où on ne s'attendrait pas un instant à la voir.

Évoquons ainsi une anecdote rigolote (mais néanmoins tristement révélatrice) qui est arrivée à un collègue de la sphère low-tech : Jacques Tiberi, le rédac'chef du Low-Tech Journal ! Difficile de faire moins low-tech que l'IA générative, et pourtant...

Je laisse Jacques vous raconter ça :

"Vous ne l'avez peut-être pas remarqué mais, une des photos publiées dans le n°21 du magazine a été retouchée par I.A. Si, si ! Et pas qu'un peu ! En ouvrant le magazine fraîchement sorti des rotatives, Mathilde, notre graphiste, a eu un choc : la photo du Soleil Journal (dans le dépliant en triptyque)... était pleine de ces zigouigouis caractéristiques des images générées par I.A ! Enfer et damnation.
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Pourtant, cette photo a été prise par nos amis de l'Atelier 21 qui n'ont rien à se reprocher de ce côté... Alors, comment ce fait-ce ??? Après enquête, il s'avère que Indesign (logiciel Adobe sur lequel nous créons le mag) nous a I.Acké à l'insu de notre plein gré, s'autorisant à retravailler cette photo - un peu petite pour le format - sans qu'on lui ai demandé quoique ce soit ! Ils veulent que tout soit liiiiisssse ! Alors, ils mettent de l'IA pour tout rendre bien parfaiiiit. Et, comme la machine ne sait pas reproduire les lettres, on se retrouve avec ce gloubiboulga en spirales."


Laissez nous tranquille, en fait !

Bref : si la low-tech (concept dont j'ai parlé souvent dans ses lignes) vous intéresse, n'hésitez d'ailleurs pas à vous inscrire à la newsletter du Low-Tech Journal (scrollez tout en bas de la page ;), ou bien à vous abonner à leur super magazine papier !

À noter, en bonus :

  • un récent papier écrit pour mon projet Lowreka par Jacques à propos d'un "téléphone minimal", le MP02 de Punkt.
  • et, puisqu'on parle de téléphonie, mon post de lundi sur le super "forfait engagé" de TeleCoop 🤗


Voilà, c'est tout pour ce numéro 19, et c'est déjà pas mal !

On se retrouve bientôt pour un 20ème numéro de Tales From The Tech.

D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous, cela me ferait très plaisir. Et à me faire part de vos retours.

Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.

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Merci à toutes et tous,

Thomas ✊

PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes

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01.09.2025 à 08:42

TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣

Thomas Beaufils

Ce mois-ci dans Tales from the Tech, nous allons à nouveau discuter d'intelligence artificielle générative, mais d'une manière différente, et avec un invité de (water)marque.

Vous ne comprenez pas encore la boutade ? C'est normal

Texte intégral (9284 mots)
TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣

Ce mois-ci dans Tales from the Tech, nous allons à nouveau discuter d'intelligence artificielle générative, mais d'une manière différente, et avec un invité de (water)marque.

Vous ne comprenez pas encore la boutade ? C'est normal 😇

Cet invité va nous aider à répondre à une question :

Avec l'avènement de l'IA générative, on assiste à ce que certain.e.s appellent le "pourrissement d'internet", une ère en ligne où il devient difficile de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux. Alors : des méthodes existent-elles pour parvenir à maintenir cette distinction ?

Cet invité, c'est Nicolas Bodin Guittard, l'un des co-fondateurs de Label4AI, et on va se parler de ce que fait son entreprise, de pourquoi "tatouer" les contenus générés par l'IA est important... et de souveraineté numérique, aussi.


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De retour à l'ère de la rumeur ?

Avec la victoire du Brexit en juin 2016 puis l'arrivée au pouvoir de Trump pour la première fois en janvier 2017, nous découvrions l'ère de la post-vérité. Nous entrions dans une période formidable où dire la vérité n'était plus important, c'était dire ce que les gens veulent entendre qui comptait, et surtout le dire plus fort que le voisin.

Avec l'avènement de l'intelligence artificielle générative quelques années plus tard, et la frénésie qui entoure cette technologie depuis, il ne faut pas s'étonner de voir le second mandat de Trump marquer un rapprochement inédit entre le camp du président d'extrême droite états-unien et les grandes entreprises de la tech, principalement états-uniennes elles-aussi.

Ces dernières sont prêtes à tout pour voir le traffic augmenter sur leurs plateformes, peu importe la nature des messages et des contenus qui y sont partagés, peu importe que cela mette en danger les individus et les organisations.

Nous sommes donc dans l’ère du doute permanent, en ligne : tout ce que vous lisez, tout ce que vous voyez sur internet peut être faux, puisque produit par des machines sans qu'on connaisse bien les intentions des auteurs derrière, ou la fiabilité desdites machines, entre hallucinations et omissions.

TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣


Qui croire alors, de qui se méfier ?

Alors que le "monde moderne" et "l'ère de l'information" devait nous apporter une meilleure compréhension commune du monde et donc rapprocher les peuples et les individus, la fatigue informationnelle poussée par des outils de production à la chaîne de contenus synthétiques pourrait parvenir à déliter ce qu'il nous restait au moins en commun : le réel.

Serions-nous donc de retour à l'ère de la rumeur, quand les dragons sur les cartes marines passaient pour réels ?

Pas encore.

Mais dans ce contexte, il est plus primordial que jamais de savoir ce qui a été généré par une IA, ou ce qui a été réalisé par la "main" de l'humain.

TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣
Le mythe du géant Patagon, apparu avec le périple de Magellan (qui m'inspire toujours autant). Un exemple parlant de cette "ère de la rumeur" de laquelle nous pensions nous être définitivement extirpé... [Illustration: des infos ici]


"Être de l’IA ou ne pas être de l’IA, telle est la question."

Voilà comment je résumerais en une phrase référencée la mission primordiale que s'est fixé Nicolas Bodin Guittard avec son projet Label4AI, spécialisé dans la traçabilité des contenus générés par IA. Il en est le CEO, comme on dit dans le monde des startups. Le Directeur Général, en somme.

Dans un monde où, on l'a vu, il devient de plus en plus difficile de distinguer le vrai du faux, développer des outils qui permettent de savoir ce qui a été généré par l'IA ou pas devient une question de vie ou de mort... pour nos démocraties de manière globale, comme pour toute entreprise ou organisation. Sans parler de notre santé mentale individuelle et collective.

⚠ Avertissement important : à la différence du premier entretien que j'avais réalisé avec Will Alpine, Nicolas et moi nous connaissons bien. Nous nous sommes rencontrés chez Shadow, l'entreprise de cloud computing rachetée en 2021 par Octave Klaba avec de grandes ambitions autour des enjeux de souveraineté numérique. Il en était le directeur juridique, j'en étais le directeur de la communication.

Même si nos visions de l'IA, notamment générative, diffèrent sur certains points, nous partageons le même constat d'un besoin d'encadrer et de légiférer sur le sujet. C'est cette constatation commune qui a mené à l'entretien que vous allez lire aujourd'hui.

Un entretien au cours duquel j'ai appris beaucoup de choses, et mieux compris le fonctionnement même des IA génératives. J'espère qu'il en sera de même pour vous.

Bonne lecture 🤗

TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣

Salut Nicolas, merci beaucoup de répondre à mes questions pour Tales from the Tech. Tu es le co-fondateur de Label4AI, une entreprise dont le boulot est marquer et détecter les contenus générés par l’IA. Comment toi, tu définirais la mission de ce projet ?

Nicolas Bodin Guittard : Je commencerais par les bases : l’IA générative, c’est quoi ? Ce sont des contenus qui ressemblent à la réalité, produits de façon « cheap », en masse, par potentiellement n'importe qui. Cette production, elle perturbe tous les processus qui sont en place dans les entreprises et les organisations. Nous, on veut apporter une solution technologique qui permet de maintenir l'équilibre pour que ces structures puissent garder le contrôle, dans un contexte où l’IA générative vient tout bousculer.

Concrètement cela veut dire quoi ? Cela veut dire taguer le contenu "synthétique" dès sa naissance – ce qu’on appelle le watermark – et donner les outils pour détecter ce "tatouage numérique" dès qu'on y est confronté. On retrouve cette dualité en permanence. Taguer et détecter les contenus pour connaître leur vraie nature, pour éviter toute confusion entre ce qui est généré par l’IA, et ce qui ne l’est pas.

C’est une précision importante : nous ne sommes pas du tout « contre l'IA ». Au contraire, je trouve que c'est une technologie très intéressante ; modulo les aspects écologiques qui te sont chers et auxquels je suis également sensible. En revanche, c'est une techno qui, compte tenu de ses paramètres, est aussi un eldorado pour les fraudeurs et les gens malhonnêtes.

TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣
Nicolas sur la scène du West Web Festival, organisé en marge du festival des Vielles Charrues, en Bretagne.


Je te demanderai après de rentrer dans le détail technique de ce watermark, parce que c’est la clé de tout ici... Mais avant ça, tu peux m’expliquer comment tu en es arrivé à ce projet ?

NBG : Je viens du monde du droit. J’ai eu un parcours juridique classique, et j'ai fait mes armes dans des cabinet d'avocats, avec de rejoindre de grosses boites, notamment TF1. J'ai ensuite embrayé assez rapidement sur les startups, à partir de 2015, avec un angle tech net, et toujours avec la notion de souveraineté [numérique] en toile de fond. Cette dernière dimension, je l’ai retrouvé au départ un peu par hasard, puis par conviction. C’est ce qui m’a amené chez Shadow et Qwant [N.d.A. : entreprises où nous nous sommes donc rencontrés, les deux ayant été regroupées dans une même structure suite aux rachats successifs d’Octave Klaba]

J'ai ensuite rencontré un groupe de chercheurs rennais qui avait un projet ambitieux autour de la détection des contenus IA, avec des profils techniques très solides. Le sujet m'intéressait déjà beaucoup, et ils avaient besoin de quelqu’un pour apporter la dimension juridique au projet et structurer l’activité. On est maintenant six co-fondateurs, avec des profils très "deep tech", la plupart sont des doctorants/PhD en informatique appliquée, avec entre 15 et 20 ans de métier.

C’est là que la complémentarité intervient : comme avec Label4AI on est entre la tech et le réglementaire, ça se complète très bien, puisqu’Anthony [Level, le CSO de l'entreprise] et moi sommes les deux personnes "non-tech" de l’équipe. Lui sur la partie affaires publiques, moi sur la partie juridique. Cela nous permet d’avoir une très bonne compréhension des réglementations autour de l'IA, notamment de l’AI Act. Compréhension du contexte, des impacts que cette réglementation peut avoir, de la traçabilité que ça demande, etc.

Nous sommes aussi très liés à la recherche [N.d.A. : notamment avec l'INRIA et le CNRS en France ou l’Université de Naples en Italie], ce qui se traduit par beaucoup d’échanges avec des facs et laboratoires de recherche. On souhaite participer à l'application industrielle des travaux académiques, ce qui représente souvent une étape difficile : passer du laboratoire à la "vraie vie".

Tu l’as esquissé ici, ton projet est par définition complexe et technique. Comment tu arriverais à expliquer comment marche ce "watermarking", cet tatouage numérique que tu évoquais ? 

NBG : Je vais commencer par une précision clé : le "watermarking", c'est une fonctionnalité, ce n'est pas une technologie. Et c’est une fonctionnalité qui date : elle existe sous différentes natures depuis plus de 30 ans. Ce qui diffère ici, c’est notre façon de l’appliquer au contenu généré par IA. Le watermarking, c'est un principe selon lequel un élément invisible est inséré dans un contenu, ce qui permet sa traçabilité ultérieure. On vient incruster dans le contenu, très en profondeur et de manière invisible, sa carte d'identité, infalsifiable. Comme le filigrane des billets de banque, en quelque sorte.

Disons, pour simplifier, qu’il existe aujourd’hui 3 types de watermarking, en fonction des formats les plus communs de contenus générés par IA :

Primo, il y a l'image : on modifie l'image au niveau des pixels. On pose un "masque" sur l’image, spécifique à ses éléments saillants. Quand c’est bien fait, c’est complètement invisible ; quand c’est mal fait, ça peut modifier des éléments comme la colorimétrie de l’image…  Ensuite, avec le détecteur approprié, on peut déterminer que c'est bien l'image à laquelle on fait référence, ou bien vérifier sa provenance, selon les critères du "tag".

Après son invisibilité, un autre point clé d’un watermark c’est sa robustesse : quelques soient les modifications et les "attaques" faites à l’image, on doit pouvoir retrouver le tag. Dans notre cas, même si quelqu’un vient prendre en photo l’image watermarké sur ton écran d’ordinateur avec un autre appareil, par exemple, et bien le tag restera fonctionnel. Idem en cas de compression, ou de réencodage de l'image. De ce point de vue, c'est la méthode la plus robuste.

Deuxio, sur l’audio. Il y a plusieurs manières de watermarker un fichier audio, mais la meilleure façon de le faire selon nous (et en simplifiant le concept) c’est de jouer sur les fréquences inaudibles, pour ajouter au contenu généré une marque que seul un algorithme spécialisé pourra "entendre".

Enfin pour le texte, c’est le plus complexe : comme un LLM [N.d.A. : Large Language Model, grand modèle de language en français, dont l'exemple le plus connu est bien sûr ChatGPT] est un modèle statistique, on vient tester les pourcentages de probabilité. Pour simplifier : un LLM génère du texte mot par mot, chaque mot étant ce qu'on appelle un "token". Chaque mot se voit attribué un score de probabilité, basé sur la probabilité qu'il soit généré ensuite. Par exemple, dans la phrase "mes animaux de compagnie préférés sont les chats et...", le mot "chien" aura un score de probabilité plus élevé que le mot "voiture". Là, on vient ajuster ces scores de probabilité pour générer un watermark invisible en choisissant le mot que le LLM aurait choisi en deuxième, et qui n'affecte pas le sens et la qualité du résultat.

Ce qui est sûr, c’est que seul le watermark permet une détection fiable de ce type de contenus. Soyons clairs : les systèmes de détection de textes générés disponibles facilement en ligne pour savoir si un texte est généré ou non ne sont pas fiables ! Ça peut fonctionner en trouvant des "patterns", mais il y a un énorme problème de faux positifs.

TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣
L'un des nombreux outils en ligne qui dit pouvoir détecter si un texte est écrit par IA ou non. Celui-ci à au moins la décence d'utiliser une terminologie qui admet son imprécision : "probablement", "possiblement"


Il existe d’autres méthodes que le watermarking pour "marquer" les contenus générés par IA comme tel. Peux-tu m’en dire plus, et m’expliquer pourquoi vous, vous avez opté pour le watermarking ?

NBG : Il y a en effet d’autres méthodes de "tag" pour identifier les contenus qui sont générés avec de l’IA. Celle dont on parle le plus, c’est la "metadata", ou métadonnée. Tu ajoutes simplement dans les données du fichier, quelle que soit sa nature, que ledit fichier est créé via un outil d’IA générative, et lequel. Basta.

Il y a aussi la méthode du "fingerprinting", qui demande à ce que tous les contenus générés par IA aient une "empreinte digitale" distincte, disponible dans une énorme base de donnée. Une espèce de Shazam, pour résumer grossièrement. Il y a enfin des méthodes qui se basent sur une utilisation de la blockchain.

Chacune de ces méthodes doit être évaluée selon quatre critères : efficacité, interopérabilité, robustesse et accessibilité.

Le truc, c’est que selon nous, aucune méthode n'est aussi fiable que le watermarking. Pour revenir aux métadonnées, l'un des modèles le plus connu est le C2PA, porté notamment par Adobe. Il est intéressant, mais n'est clairement pas le plus robuste, et doit être envisagé avec d'autres solutions en parallèle. Quelqu'un a par exemple réussi à faire dire aux metadatas que la fameuse photo du Pape en doudoune était une photo officielle du Vatican ! Ça, ce n’est pas possible avec le watermark.

TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣
N.d.A : la composition du comité de direction du C2PA donne quelques indices sur l'angle de la démarche, la BBC étant bien seul représentant des médias au milieu d'un contingent de grands groupes corporate, et principalement tech

Du côté étatique, c'est également la méthode du watermarking qui est généralement suggérée, parce que c'est celle qui propose le meilleur compromis entre robustesse, sécurité et facilité de déploiement.

Parce que si le watermarking, comme toute méthode de tag, génère des faux positifs… il le fait beaucoup moins que les autres : environ 1 pour 1 milliard, pour notre propre méthode de watermarking. C'est rien. D'autres techniques, pourtant avancées, produisent un faux positif pour 1 000, au mieux. C'est donc beaucoup moins fiable, et utiliser à grande échelle, cela va générer beaucoup d'erreurs.

Notre vocation, ce n’est pas de rendre les "deep fake" impossibles, parce qu’aucune méthode n’est fiable à 100%. Mais à l’heure actuelle, le watermarking est la méthode la plus fiable, la plus dure à "craquer", compte tenu des paramètres qu'on doit mettre en œuvre.

Maintenant, ce watermarking, il faut qu’il soit bien fait. On a un concurrent, que je ne citerai pas, qui a proposé sa propre méthode de watermark. Ils ont sorti leur modèle, et honnêtement : on l'a craqué en dix minutes. C'est hyper dangereux. Il vaut mieux pas de watermark, qu’un watermark de mauvaise qualité qui offre l'illusion de la sécurité. Sinon, après, on peut imaginer un hacker qui sait imiter la technique de watermarking d’une entreprise et fait passer un faux document pour un vrai… Là, ça peut aller très vite. Ça participerait à saper la confiance du public dans la notion de watermarking.

Surtout, pour conclure, je dirais qu'aucune méthode de tag seule n'est magique. Mais pour nous, le socle le plus sûr reste donc le watermark.

Je fais une parenthèse, mais, à propos d'impact environnemental : parmi toutes les méthodes, le tatouage est la plus intéressante, parce que ce n’est que quelques pixels à superposer sur le fichier. Comme il va falloir monter à l'échelle pour imposer un modèle, on va se parler d’énormes quantités de tatouages numériques à apposer. Donc, si à chaque fois que tu génères quelques chose, tu dois apposer un tag, il faut avoir la chose le plus légère possible. C’est le cas avec le watermark. À l'inverse, les métadonnées, par exemple, alourdissent considérablement chaque fichier généré.

L’orientation de Label4AI est uniquement professionnelle à ce stade. Il y a une vision à moyen, long terme pour aller aussi vers le grand public ? 

NBG : Bien sûr, puisqu'à la fin, c'est le public qui compte. Mais c'est un peu le paradoxe de notre entreprise et de notre marché : on a besoin des entreprises pour protéger les consommateurs.

Je m’explique : que tout un chacun ait la capacité à marquer les contenus comme générés par IA ne va pas régler le problème. On s'en fout un peu que quelqu’un puisse utiliser un détecteur pour déterminer si les petits lapins sont vrais ou faux. Ce qu'il faut, à grande échelle et de façon systémique, c’est que les entreprises se saisissent du sujet. L’enjeu, c’est qu’il faut pouvoir lutter contre des campagnes massives de fraude qui déferlent sur les entreprises et leurs clients, qu’ils soient professionnels ou particuliers.

Il faut rappeler qu’à partir de 2026, le tag des contenus générés par IA sera obligatoire pour toutes les entreprises présentes en Europe, comme le stipule l'article 50 de l'AI Act, tandis que la Chine le recommande aussi, et l'Inde ne devrait plus tarder. C’était le cas aux États-Unis il n’y a pas si longtemps, mais Trump 2 est arrivé… ce qui n'empêche pas la Californie d'avancer sur le sujet. Bref : c’est donc par là qu’il faut prendre le truc.

Donc pour revenir à ta question initiale : on s’adresse à des entreprises, mais le but in fine, c’est d’afficher à tous les utilisateurs quels contenus ont été générés ou modifiés à l’aide de l’intelligence artificielle.

TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣
Capture d'écran de la fameuse vidéo Tik Tok des lapins qui a déchaîné les passions : IA ou pas IA ? Ce n'est pas cette capture qui va vous aider à le savoir, évidemment.


Tu as beaucoup parlé de la fraude, mais y’a-t-il d’autres domaines d’application qui vont être importants pour vous ? 

NBG : Honnêtement, le cœur de notre activité cela va être de détecter la fraude, ou d'assainir l’écosystème pour prévenir cette fraude. Aujourd’hui, il est clair que toutes les entreprises qui proposent de l’IA générative devraient marquer leur contenu.

Or, certains comme Google et Meta le font pour des raisons avant tout pratiques, c'est-à-dire ne pas ré-entraîner leur propre système sur des choses déjà générés [N.d.A. : une des raisons du ralentissement des progrès des LLM]... même si les raisons éthiques arrivent, poussées par la réglementation. Il y a tout de même des variantes : une vidéo générée par Veo3 sera estampillée comme synthétique sur Youtube, mais pas sur Facebook et Instagram.

Par ailleurs, quand tu as des entreprises, comme ElevenLabs, qui permettent de faire de la reproduction vocale à partir de quelques secondes d'échantillon, il y a une obligation morale et éthique majeure à la mise en place d’un système qui permette de déterminer si on est face à du contenu synthétique ou non.

Si on élargit à d’autres sujets qui peuvent parler à tout le monde, il y a d’ailleurs eu cette enquête sur la présence de contenus générés par IA sur des plateformes comme Vinted [N.d.A. : d’abord révélé par l’influenceur écolo Johan Reboul], même si on est moins sur de la fraude que de la tromperie. La question de la traçabilité, elle est aussi importante à ce niveau-là.

TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣
© RTBF / Capture d’écran, prise le 29 juillet 2025, d’un compte Vinted utilisant des images IA pour vendre des vêtements.

De toute manière, si on regarde les choses à échéance plus longue, il n'y aura pas de vision binaire des choses. Du synthétique, il y en a déjà partout en ligne, alors imaginez dans 10 ans. L'idée ça va donc être de taguer ces contenus synthétiques pour savoir à quel niveau, à quel degré, le contenu que vous avez en face de vous a été généré.

Philosophiquement, ça posera d'ailleurs des questions assez passionnantes : à partir de quel "pourcentage" de contenu généré par une IA on considèrera qu'un document est généré par un humain, ou bien seulement par une IA ?

Il y a un autre exemple qui m’intéresse, celui de la musique. Spotify, on le sait, va à fond sur l'IA. À l’inverse, les français de Deezer essaye de tracker tout ça, et en parle ouvertement. Ce qu'ils utilisent comme outil, c'est quelque chose qui se rapproche de ce que vous faites ?

NBG : C'est une excellente question. Je les ai croisés, Deezer, il y a quelques semaines lors d’un événement. On devait se parler, on s'est loupé, on doit se revoir à la rentrée. En gros, ce qu'ils proposent, c'est proche de ce qu’on fait, même si je m'interroge encore sur certains points.

Quoi qu'il en soit la démarche est louable, et leurs annonces en ce sens sont vraiment pertinentes. Si des gens ont envie d'écouter de la musique générée par IA, grand bien leur fasse, mais l'important c'est de bien savoir quand tu écoutes cette musique qu'elle est générée par une IA. Là est le coeur du problème, encore une fois.

Jusqu’ici, on a plutôt parlé des entreprises qui hébergent du contenu pouvant être généré par IA. Mais parlons de l’éléphant dans la pièce : les boîtes qui elles permettent la génération desdits contenus, comme OpenAI avec ChatGPT.
Celles-ci, on l’a dit, vont bientôt être obligées de taguer ces contenus pour qu’ils soient identifiés comme générés IA. Comment allez-vous faire pour proposer une offre pertinente si aucun des acteurs n’utilisent la même méthode de tag ?

NBG : Et bien ce n’est pas évident de répondre à ta question, car rien n’est décidé. Nous rencontrons la Commission Européenne à ce sujet à la rentrée, et la grande question qui doit être tranchée c’est : quelle méthode, parmi celles que l’on a déjà évoqué tout à l’heure, va permettre de le faire ?

La question que tu poses, c’est celle de l'interopérabilité, et cela va demander des compromis. La métadonnée, on l’a dit, ce n'est pas robuste, mais c'est plus facile de faire de l'interopérabilité parce que tu as juste à lire la métadonnée de chaque fichier, c’est facilement accessible. Pour le cas du watermark, il faudra mettre en place un "meta détecteur" qui permettra de détecter tous les différents type de marques.

Du côté du "finger printing", on l'a vu, il faudrait une gigantesque base de données de tout ce qui est produit par des IA génératives, ce qui me semble franchement inenvisageable, aussi bien techniquement que du point de vue de la consommation. Pour ce qui est de la blockchain enfin, idem : ce serait une catastrophe d'un point de vue écologique, et ça parait de toute façon trop compliqué pour l'adapter aux volumes de production des IA génératives, aujourd'hui et encore plus demain.

Il faut être clair : l'Europe joue gros, elle ne peut pas préconiser un système trop faible, comme choisir une traçabilité unique via les métadonnées, car ce serait en contradiction directe avec le texte même de l'AI Act, qui exige que la méthode soit robuste et efficace. Ce serait inefficient en pratique et ne participerait pas du tout à la lutte contre la désinformation, qui est bien la volonté politique première dernière le fameux article 50 de l'AI Act.

TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣
Image de présentation de l'AI Act produit par l'Union Européenne

Il y a un sujet dont nous n’avons pas encore parlé, et qui nous tient pourtant tous les deux à cœur : la souveraineté numérique. En quoi Label4AI s’inscrit dans cette dynamique, et pourquoi c'est important ? 

NBG : Je dirais qu’il y a trois aspects. Au niveau des capitaux, déjà : on est financé uniquement par des fonds européens. Toutes les boites qu'on approche, tous les financeurs potentiels avec qui on discute sont européens. 

Deuxièmement, les infrastructures sur lesquelles on se repose sont des infrastructures 100% européennes. C'est du OVH aujourd’hui.

Troisièmement, même au niveau des outils qu'on utilise en interne, on évite les américains. Repository, mail ou même outils collaboratifs… on utilise Proton, on utilise Mattermost [N.d.A. : équivalent de Slack certes créé aux USA mais dans un format libre auto-hébergeable]. C’est une vraie conviction, d’éviter cette dépendance aux outils propriétaires américains.

Mais j’irai plus loin : le fait qu'on soit européens est vraiment revendiqué du point de vue de notre ADN, de nos valeur, de notre compréhension de la réglementation, des enjeux éthiques…  ce qui fait qu’on doit pouvoir toucher un marché que les acteurs américains ne pourront pas aller chercher. On est dans un domaine où l’on doit être de vrais tiers de confiance. Compte tenu de l'actualité des GAFAM, qui accepterait de confier les clés du camion de l'authentification et de la détection des contenus générés par IA et de la détection des contenus à des boîtes comme Microsoft ou Meta ?

Il en va, au fond, de l'indépendance stratégique de l'Europe : doit-elle être dépendante d'acteurs extra-européens pour pouvoir distinguer le vrai du faux? Ce serait se mettre entre les mains d'acteurs politiques qui, on le voit bien avec l'actualité récente, pourraient en jouer pour manipuler l'Europe et donc ses citoyens. Cela nous semble inenvisageable, et ce serait d'autant plus dommage que nous avons la capacité scientifique de produire des alternatives européennes. 

On a bien des concurrents américains [Get Real et Reality Defender, principalement]. Mais on n’est pas là pour dire, comme souvent dans le numérique malheureusement aujourd’hui : "c'est moins bien, mais c'est souverain". Non : technologiquement, c’est aussi solide, voire encore davantage... et en plus c'est souverain ! On propose un vrai système de valeur, qui est lié à nos rapprochements avec la recherche, à notre rigueur scientifique.

L’IA générative est beaucoup utilisée pour la fraude, et c’est aussi parce que c’est un outil très facilement accessible, à très bas coût… tu penses que cet état de fait va être conservé ? 

NBG : Je ne sais pas pourquoi les gens sont surpris, ou plutôt j'espère qu'ils ne le seront pas. C'est comme d'habitude avec les outils de ce type : on ouvre d’abord les vannes à fond, et puis après, il y aura de la pub, et puis les prix vont augmenter, etc. Les dernières fonctionnalités de ChatGPT commencent déjà à être payantes, et des publicités commencent à apparaître. Les valorisations boursières qui ont été atteintes, ce n'est pas avec des abonnements à 20€ par mois, même à l’échelle du monde, que ça va être rentabilisé, il ne faut pas être dupe.

Tu parles des valorisations des acteurs de l’IA. On pense aux chiffres délirants qui entourent OpenAI, notamment. La bulle de l’IA, tu y crois ?

NBG : Oui, c'est certain, elle va craquer, cette bulle. Plein de boites vont s’effondrer parce que leur business ne repose sur rien. Que l’IA soit une techno ultra prometteuse, moi je n’ai aucun doute là-dessus. D'un point de vue puissance et d'un point de vue capacité, c'est formidable. Par contre, on a mis la charrue avant les bœufs en disant que ça permet de tout faire. La promesse que ce soit massivement adopté pour des choses réellement utiles et qui rapportent massivement, à ce stade c’est moins évident.

D'ailleurs, on voit là aussi pas mal de cas de fraudes, de fausses boîtes basées sur rien, comme Builder.ai.

Pour conclure, j’aimerais que l’on parle de ta vision de l’IA de manière générale, notamment sur l’IA générative et les LLM (Large Language Model).

NBG : Personnellement, je pense qu’il n'y aura pas de marche arrière, parce que même si les LLM n'existeront peut-être plus en "standalone" [N.d.A : utilisé en tant qu'outil indépendant, comme dans le cas de ChatGPT aujourd’hui] ils seront intégrés dans l'agentique ou dans la plupart des outils bureautiques. Et c'est la stratégie : Microsoft, par exemple, utilise l’IA pour faire levier sur ses produits traditionnels et créer une dépendance supplémentaire.

Le problème avec ces outils, c’est que les gens les utilisent pour tout et n'importe quoi parce que des entreprises les poussent partout, alors qu’ils sont très performants pour des tâches bien spécifiques et identifiées.

C’est ce qui fait qu’à ce stade cela créé autant de problèmes que ça n'apporte de solutions. Voire plus de problèmes que de solutions… Là, c’est comme au début du Web3, avec beaucoup d’énergumènes qui se servent de l'IA pour se faire du business facilement. Je veux dire, mon feed LinkedIn est devenu terriblement chiant. C’est 80% de ChatGPT avec le même ton, les mêmes formations bidons…

Il n’empêche qu’avec cette technologie, on a passé un cap dans la façon de travailler et dans la façon d'utiliser l'informatique de manière générale. C'est le changement technologique le plus radical que j'ai eu l'occasion de voir de ma vie. En termes d'utilisation et de vitesse d'intégration de ces outils, je n’ai jamais vu ça ; même le smartphone, ça a été plus lent.

C’est parce que je crois qu’il n’y a pas de retour en arrière possible que je préfère poser cette question : comment peut-on prendre nos précautions ?


Un grand merci à Nicolas pour ses réponses et cet échange passionnant. J'ai appris beaucoup sur les méthodes qui peuvent permettre de "tracker" et traquer les contenus générés par l'IA, et dieu sait que je pense que cela sera capital pour la suite.

Si je suis moins enthousiaste que Nicolas sur les capacités des LLM, il est indéniable que ces outils ont déjà un impact majeur sur nos vies, un impact qui va s'accentuer.

Et cela même si la bulle "pète", même si leur développement ralentit. Il faut donc se prévenir contre les dérives d'entreprises comme OpenAI, grâce à la régulation européenne, et grâce à des projets comme Label4AI.

J'ai en tout cas hâte de connaître la suite des avancées sur ce sujet, et ce que vous avez pensé de cette interview !

Après ce grand entretien, on enchaîne avec quelques news tech qui m'ont marqué cet été.

TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣

L'été a été riche en plus ou moins bonnes nouvelles sur le front de la tech, et loin de moi l'idée de vous faire le résumé complet des événements. Mais j'ai tout de même été marqué par quelques annonces et actualités clés, dont voici un résumé succinct :

  • EVIL META : Pas de vacances pour les dingueries autour de l'IA générative. Ces dernières semaines, on aura vu Open AI étaler une nouvelle fois son absence totale d'éthique et de contrôle sur son outil majeur (maintenant dans une V5 🤷‍♂️), avec la terrible histoire du suicide assisté par ChatGPT d'un jeune américain. Article difficile ⚠

    Mais il faut aussi parler de ce qui s'est passé du côté de Meta : pour l'entreprise maléfique par excellence, il n'y a pas de problème à ce que ses IA génératives (poussée partout sur Whatsapp, Instagram ou Facebook, pour rappel) "engagent une conversation romantique ou sensuelle avec un enfant".

    C'est ce qu'a révélé un excellent article de Reuters, dont la lecture n'est pas toujours facile, et que j'ai analysé et résumé en français dans ce post.

    Une news qui a précipité ma décision de quitter les applis Meta d'ici 2026, sur le plan personnel au moins. Si vous connaissez des alternatives que vous aimez, n'hésitez pas à me les partager en commentaire.
TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣
Photo : REUTERS/Manuel Orbegozo
  • ALTERNATIVES : À propos d'alternatives à la tech US : l'idée de construire un guide complet pour s'extirper des monopoles tech états-uniens me trotte dans la tête depuis longtemps. Depuis plus d'un an, et encore davantage depuis la réélection de Trump et l'allégeance des Big Tech.

    Mais quand d'autres le font extrêmement bien, il faut savoir rendre à César ! Alors je vous partage le super guide construit par Paris Marx dans le cadre de son excellente newsletter en provenance du Canada (en anglais) 🇨🇦

    J'y ai ajouté quelques outils français et européens de qualité, ainsi que ma propre suite de services souverains du quotidien, dans ce post.
TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣
Photo: Unsplash/Jose G. Ortega Castro
  • EVIL MICROSOFT ? Nous en avions parler dans le numéro 16 de TFTT : les liens de Microsoft avec une armée génocidaire ont continué à faire parler, et ont fait réagir comme jamais auparavant. C'est encore une fois The Guardian qui a révélé l'affaire, dont le timing coincide avec une manifestation jamais vue auparavant : des employés ont lancé un sit-in au sein du siège social de Microsoft à Redmond... ce qui a conduit a des arrestations par la police.

    La pression interne comme externe ne faiblit en tout cas pas. Je vous en parle dans ce post.

    Vous me direz, tout ça est assez cohérent quand on sait que le plan de l'administration Trump pour Gaza est de "relocaliser volontairement" les Palestiniens, d'établir un contrôle US de la zone, et la transformer en "étincelant resort de tourisme et en pôle dédié aux technologies de pointe", d'après cet article du Washington Post.

    Même dans un film un tel plan paraitrait fou. Mais voici la réalité dans laquelle nous vivons, donc.
TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣
Illustration : Guardian Design
  • IMPACT : un dernier sujet en guise de conclusion, pour évoquer un dernier des cavaliers de l'apocalypse, Google. L'entreprise a lâché des infos sur l’impact environnemental de son IA générative Gemini, mais ce ne sont évidemment pas les plus pertinentes...

    Surtout : "laisser Google définir le narratif sur les coûts environnementaux de l'"IA", c'est comme laisser les fabricants de tabac définir le narratif sur les effets du tabagisme passif".

    Voici un excellent article de Next.ink sur le sujet, et quelque chose me dit qu'on va reparler du sujet dans notre prochain numéro...
TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣
Next.ink

Voilà, c'est tout pour cette rentrée, et c'est déjà pas mal !

On se retrouve bientôt en septembre pour un 19ème numéro de Tales From The Tech.

D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous, cela me ferait très plaisir. Et à me faire part de vos retours.

Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.

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Merci à toutes et tous,

Thomas ✊

PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes

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11.07.2025 à 08:10

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖

Thomas Beaufils

Ce mois-ci dans Tales from the Tech, j'ai organisé les choses un peu différemment face à la quantité de news qui justifiaient selon moi un papier. On abordera donc dans ce numéro 17 :

    • La futilité des autocritiques du techno-capitalisme
    • Les derni&
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TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖

Ce mois-ci dans Tales from the Tech, j'ai organisé les choses un peu différemment face à la quantité de news qui justifiaient selon moi un papier. On abordera donc dans ce numéro 17 :

    • La futilité des autocritiques du techno-capitalisme
    • Les dernières news glaçantes en provenance de la division gaming de Microsoft
    • Mon incompréhension face à l'adoption de l'IA générative dans certains secteurs
    • Un rappel que, non, la tech n'est jamais un outil "neutre"
    • Et pour finir sur une note estivale, une reco toute en douceur 

PS : la campagne de financement de Lowreka sur Ulule s'est terminée hier à minuit et a été un succès (attendez… est-elle vraiment terminée ?!). Merci aux lecteurs et lectrices de TFTT qui ont soutenu la démarche. Vous savez qui vous êtes 🫵 🥰

Je vous souhaite une bonne lecture et un bel été à toutes et tous, avec peut-être un peu moins d'IA, un peu moins d'écrans, et beaucoup de nature 🌞

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖

Black Mirror, la célèbre série d'anticipation déprimante à dessein était de retour au printemps pour une saison 7 (déjà ?!). Si les premières saisons, made in England et Channel 4 étaient intéressantes et globalement de qualité, on peut dire sans trop se mouiller que c'est moins le cas depuis le déménagement du machin aux US sous l'égide de Netflix, en 2016 avec la saison 3, et surtout depuis la saison 4.

Cette saison 7 se compose cette fois de 6 épisodes, traitant comme à l'accoutumée de sujets différents mais toujours autour d'une thématique commune : notre rapport à la technologie, et son impact sur nos vies présentes et futures.

Black Mirror est devenu avec le temps quelque chose de différent de la science-fiction traditionnelle : on est davantage en face d'une espèce de "folklore scientifique", une lame de fond qui nous permet à toutes et tous de dire, confronté.e.s à une innovation qui nous semble indubitablement dangereuse : "Wow, on se croirait dans un épisode de Black Mirror".

Je n'ai pas vu tous les épisodes de cette saison 7, dont le niveau a l'air de rester médiocre, comme la précédente. Mais j'ai vu l'épisode qui a sans doute le plus fait parler de lui : "Common People". Des gens ordinaires.

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖
Visuel illustrant l'épisode de Black Mirror en question


Vous êtes prévenu.e.s : ça spoile sévère sur les prochains paragraphes !

Cet épisode nous raconte l'histoire d'un couple américain lambda, un ouvrier et une prof qui vivent dans un petit pavillon. Ce n'est pas Byzance, mais on fait aller, et si ne on vit pas dans l’opulence, on vit dans le bonheur. Jusqu'au jour où l'un des deux personnages tombe irrémédiablement dans le coma, suite à une opération pour lui retirer une tumeur du cerveau.

Irrémédiablement ? Ça c'était avant Rivermind ! Une entreprise qui vous propose, au moyen d'un abonnement et en vous connectant à une sorte de "5G pour cerveaux", de remplacer la partie inopérante dudit cerveau, et donc de sortir l'être aimé du coma !

On ne va pas se mentir : même si l'idée de base est intéressante, on voit le truc arriver à 15 000 bornes, et c'est tout sauf subtil. Vont s'enchaîner des péripéties qui reflètent les problèmes que nous connaissons bien pour avoir toutes et tous été abonné.e.s à des services :

    • augmentation régulière des prix
    • nouvelles offres d'abonnement "augmentées" alors que les offres de bases deviennent moins intéressantes
    • nouvelles contraintes imposées par l'opérateur
    • ajout de publicité vocales ou vidéos selon les formats, etc.

*fin du spoil*


Bref : l'épisode critique de manière extrême (parce qu'elle touche à l'intime, au niveau physique, biologique) le modèle même et les dérives d'une plateforme comme… Netflix !

Quelle audace, pourrait-on se dire. Mais allez-vous vous désabonner de vos services d'abonnement dès la fin de l'épisode ? Que nenni.

Ce que fait cet épisode, comme Black Mirror en général, comme une vaste majorité des imaginaires produits par la SF "de plateforme", c'est rendre la tech inévitable.

Aussi déprimante soit-elle, la tech s'impose comme la seule option pour notre futur, le seul avenir qui nous reste.

Le secteur fait ainsi son mea culpa, il admet l'existence de ces dérives, il conscientise en public qu'il ne faut pas aller trop loin... ne vous inquiétez pas, on a des garde-fous !

Mais, au fond, ce pseudo mea culpa ne sert qu'à détourner notre attention vers des choses qui n'arriveront pas, alors que la dystopie se met déjà en place de manière beaucoup plus subtile.

Les Dents du Maire 

Les exemples de ce genre, il y en a des dizaines, et cela ne date pas d'hier. Ça a commencé avec Les Dents de La Mer, déjà, dont le vrai méchant est le maire prêt à tout pour maintenir l'activité économique de sa ville, et pas le requin. 

Les Dents du Maire ? C'est ce que raconte en tout cas un docu très sympa dispo actuellement sur Arte, anecdote sur Fidel Castro à la clé.

Ce qui n'a pas empêché "Jaws" de devenir le premier exemple de "blockbuster de l'été", une pratique qui va transformer l'industrie du cinéma pour toujours, et surement pas pour le meilleur. Je suis fan du premier Jurassic Park, mais il faut voir ce qu'est devenu la "franchise".

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖
Célèbre scène des Dents de la Mer où le maire d'Amity s'oppose au shérif sur la marche à suivre : sécurité des administré.e.s ou pognon dans les popoches. Devinez qui va gagner ?

Pour revenir à Netflix, on peut aussi évoquer le succès coréen Squid Game. Sa critique du capitalisme, là encore sans grande subtilité, est poussée à son paroxysme puisque la mort y apparaît comme bien plus claire que dans la réalité (où le capitalisme tue aussi, mais bien plus sournoisement). 

L'ironie étant patente quand Netflix annonce lancer un show de télé-réalité inspiré de la série… c'est tellement un non-sens que ça en devient hilarant.

Honte toute bue


Finissons sur un autre exemple récent, d'un ridicule évident : le cas "The Outer Worlds". Cette série de jeux vidéo, dont le second épisode doit sortir dans quelques mois, est développé par Obsidian Entertainment. Un studio iconique du jeu de rôle à l'américaine, créé par des sommités comme Chris Avelone et aujourd'hui mené par des figures progressistes de l'industrie comme Josh Sawyer.

The Outer Worlds est un de jeu de science-fiction loufoque critiquant très ouvertement un capitalisme devenu spatial, des planètes entières et tout leur écosystème propre étant la propriété de corporations. Toute la communication récente du titre est d'ailleurs axée sur ce point : "une aventure sur le capitalisme, créée par le capitalisme.”

Car Obsidian a été racheté par nul autre que… Microsoft ! C'était en 2018, un petit hors-d'œuvre avant de croquer Bethesda puis Activision.

Par extension, est-ce toujours si drôle de se moquer des travers du capitalisme quand on est soi-même une composante de l'une des entreprises les plus emblématiques d'un techno-capitalisme en plein déraillement idéologique ?

Ce serait peut-être rigolo si Microsoft n'était pas en train de virer des gens par pelletées (oui, on va en reparler un peu plus bas dans cette newsletter), si l'entreprise n'était pas en train de fourrer de l'IA partout y compris dans ses jeux, si l'entreprise ne venait pas d'annoncer l'augmentation du prix desdits jeux, dont The Outer Worlds 2, à 80$ (quand le premier épisode ne coutait que 60$), etc, etc.

Vraiment, les blagues à base de "on est conscients de rapporter de l'argent à cette sale boite qu'est Microsoft, mais regardez comme on reste hyper edgy malgré ça !!!"…

Ça fait encore marrer des gens, ce genre de vannes ? Moi je trouve ça d'une morgue absolue.

Bref : les critiques du capitalisme en provenance du capitalisme ne servent qu’une chose, le capitalisme. En le rendant plus acceptable, parce qu'acceptant la critique (quand elle est contrôlée).

Bullshit.

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖
The Outer Worlds 2, ce célèbre jeu qui moque le capitalisme tout en appliquant tous ses codes.

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖

Microsoft en 2 ans : 200 milliards de bénéfices, 28 000 personnes sur le carreau.

Alors, oui, je sais. J'ai déjà parlé longuement de Microsoft dans le dernier numéro de TFTT… Je vous assure que je ne fais pourtant pas une fixette gratuite sur mon ancien employeur, même s'il est évident que toutes les histoires qui touchent à ses activités, notamment gaming, ont un poids émotionnel un peu différent pour moi.

Non, vraiment, si je vous parle encore de Microsoft (après les numéros 1, 4, 14 et 16), c'est que l'entreprise est littéralement en train de tout faire pour devenir la boîte la plus détestée de l'histoire de l'industrie du jeu vidéo. Et cela alors que cette industrie compte déjà Electronic Arts dans ses rangs ; chapeau les artistes !

L'entreprise a ainsi annoncé le 2 juillet pas moins de 9000 nouveaux licenciements, soit 4% de ses effectifs, une coupe drastique qui fait suite à plus de 6000 licenciements au mois de mai dernier, et nous amène à un total hallucinant de 28 550 licenciements en 2 ans et demi, soit entre 10 et 15% de ses effectifs totaux…

…un chiffre qui reste théorique tant la gestion des RH est opaque chez Microsoft, de par son habitude de recourir au portage salarial, et autres pirouettes destinées à payer moins d'impôts.

La raison de ces vagues de licenciements ? Une chose est sûre : ce n'est pas parce que la boite va mal. En tout cas, pas financièrement : 200 milliards de dollars de bénéfices sur la même période de janvier 2023 à aujourd'hui, et une réussite insolente en bourse, surfant sur la hype incontrôlable autour de l'IA générative, lié à ses investissements auprès d'OpenAI notamment.

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖
Le comparatif qui pique dur. Tableaux produits par Frandroid.

C'est principalement, une nouvelle fois, la section gaming de Microsoft qui est touchée, comme c'était déjà le cas en janvier 2024 : 1 900 personnes avaient alors été licenciées, soit près de 10% des effectifs axés sur le jeu vidéo à l'époque. La raison invoquée : supprimer les "redondances" soi-disant créées par les rachats successifs de Bethesda en 2020 pour 7,5 milliards de $, puis surtout d'Activision Blizzard pour la bagatelle de 69 milliards de $, plus grosse acquisition de l'histoire de l'entreprise, et de loin. 

Microsoft avait-elle pourtant promis aux différents organes garantissant la concurrence, aux États-Unis comme ailleurs, de ne pas licencier suite à ces acquisitions massives ? Bien sûr. Il n'avait donc fallu attendre que 3 mois à l'époque pour comprendre que c'était un mensonge.

Des "redondances" d'ailleurs inexistantes pour la plupart, comme l'exemple français de Bethesda le montre bien (je l'évoquais en mai 2024). Rappelons aussi que Microsoft/Xbox vient d'annoncer en catimini la fermeture de toutes ses activités dédiées aux réseaux sociaux en Europe, pour tout gérer désormais avec une agence sans doute bien plus bon marché, basée en Afrique du Sud.

Une information sortie ici, mais que je suis en mesure de confirmer pour le marché français via mes propres contacts. Hâte de voir la tronche des posts réseaux sociaux français désormais. Je sens qu'on va avoir le droit à de nouvelles pépites de traduction made in Microsoft.

Cette fois, au moins, le géant de Seattle n'essaye pas de nous mentir : il est assez clair que la seule justification de ces licenciements et de ces coupes diverses est de financer les investissements en IA (notamment générative) de l'entreprise.

Et l'occasion, peut-être, de gérer les activités concernées à grand renfort d'agents IA ? Venant d'une boîte menée par un freak comme Satya Nadella et qui a dans ses rangs des tarés comme ce producteur, cela ne serait pas surprenant, mais rien n'a encore été confirmé en ce sens.

Les conséquences concrètes de ces licenciements sont multiples :

    • The Initiative, le pseudo "studio AAAA" qui avait signé des dizaines de noms ronflants de l'industrie et travaillait sur un remake assez excitant de Perfect Dark depuis des années, a purement et simplement été fermé. Le jeu montré il y a peu a été annulé. Andouillette AAAAA.
    • Everwild, l'arlésienne du studio culte Rare est annulé, et son équipe licenciée. Phil Spencer, boss de Microsoft Gaming, disait encore il y a quelques mois que c'était un jeu qu'il aimait particulièrement. Philou, l'homme qui transforme tout ce qu'il aime en 💩
    • Les effectifs de Turn10 (Forza Motorposts) sont divisés par deux
    • Des équipes chez les acquisitions Raven (Activision) et King sont aussi concernées par les coupes
    • Des studios externes, jusqu'ici soutenus par Microsoft, sont aussi concernés (et a peu près aussi surpris que nous) comme par exemple chez les Romero mari et femme ; le couple avait pourtant rencontré les équipes Microsoft le jour avant l'annonce… mais n'a pas été prévenu du retrait des investissements. Classe.
    • En revanche, pas de mauvaises nouvelles pour le seul studio français concerné, et accessoirement mon chouchou, Arkane Lyon. On peut peut-être remercier le droit du travail français… mais pour encore combien de temps ?
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Phil Spencer en train de jouer à un jeu dont il va bientôt virer tout l'équipe !

Les entreprises, me direz-vous, n'ont pas de cœur. Microsoft particulièrement.

Ce n'est pas une surprise, elle qui maintient à tout prix un contrat avec une armée génocidaire par simple amour du pognon, rappelons-le (une information confirmée depuis par un rapport de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'organisation sur les Territoires Palestiniens occupés, citant expressément Microsoft).

Mais même en jouant le robot et mettant de côté l'aspect humain… aucune de ces décisions n'a stratégiquement de sens.

Tant d'investissements, tant de recrutements, tant de travail pour améliorer l'image d'une marque en déperdition (stratégie dont j'ai été un maillon actif pour la France entre 2019 et 2022), tant de discours positifs finalement absolument creux…

Quel manque de vision. Et pourtant, plutôt que de virer Phil Spencer (ce qui serait la seule décision logique après tant d'atermoiements), on vire des employé.e.s par milliers.‪

Vous me direz, c'est la même boite qui avait recruté des milliers de personnes pendant la période Covid sans anticiper, logiquement, que l'activité gaming et "remote" allait redescendre à des niveaux normaux une fois les confinements successifs terminés.

C'est aussi la même boite qui avait fait de la réduction de son impact carbone un sujet capital en 2020, sans être capable d'anticiper correctement que son engagement sur le développement de l'IA générative allait tout exploser du point de vue de cet impact.

De tristes et dangereux peintres.

Mais que voulez-vous, la bourse préfère se repaitre de licenciements à répétition et de quelques "abracadabrIA", plutôt que valoriser des choix stratégiques payants.

De la pure magie noire.

Notons toutefois que ce manque de vision pourrait totalement se retourner contre les huiles de Microsoft : si le vent devait tourner sur le front de l'IA (ce qui arrivera selon moi tôt ou tard) ou si la relation avec OpenAI devait pourrir, l'entreprise pourrait bien se mordre les doigts très très fort.

Perso, je sortirai alors le pop-corn, comme devant le duel Musk-Trump 🍿

Ce changement de stratégie, si on peut appeler ça ainsi, s'accompagne en tout cas d'un changement complet de culture d'entreprise. Et si l'entreprise va très bien financièrement, on l'a dit, il n'en est peut-être pas de même pour ce qui est du moral des troupes, comme le chronique cet excellent article de Cassim Montilla pour Frandroid, qui reflète tout à fait mon expérience au sein de la filiale française.

D'y découvrir l'obligation faite aux employés d'utiliser Copilot, l'outil de bureautique IA hyper intrusif de Microsoft, ce qui recoupe parfaitement tout ce qu'on vient de se dire.

Ces terribles vagues de licenciements ne seraient donc peut-être que la partie émergée de l'iceberg, contre lequel le vaisseau amiral Microsoft pourrait bien se cracher sous peu.

Too big to fail, Microsoft ? Peut-être, mais comptez sur moi pour jouer du violon en cas de naufrage 🌊

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖

Comme si l'éco-anxiété ne suffisait pas, voilà que je ressens de plus en plus fortement une forme diffuse mais réelle "d'IA anxiété."

Je n'en PEUX PLUS d'entendre parler d'IA à toutes les sauces, dans tous les domaines, et la vaste majorité du temps pour ne rien dire.

Et il y a certains domaines où je tolère encore moins de voir l'IA générative utilisée. Je précise bien "générative", parce que c'est surtout de cela dont je parle ici, et dont tout le monde parle de toute manière.

Ainsi, Je ne comprends pas quand je vois des militants écologistes ou des "entrepreneurs à impact" utiliser ouvertement ChatGPT pour leurs posts et leurs actions, alors que l'impact (!) environnemental de l'outil est très bien documenté. 

Qu'ils sont nombreux ces entrepreneurs "responsables" à se pavaner à longueur de posts LinkedIn sur leurs processus de travail "boostés à l'IA" ! Qu'elles sont nombreuses, ces petites boîtes, ces assos et ONG, et parfois même ces médias "écolos" qui utilisent des visuels générés par IA 🥲

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖
Immonde visuel généré par IA pour illustrer la "population mondiale dans sa diversité", poussé par un média coopératif intéressé par les sujets environnementaux… je ne sais pas à quel niveau d'ironie un truc pareil se place.

Les médias, justement : je ne comprends pas quand je vois des journalistes illustrer leurs posts et articles avec des images générées par l'IA au mépris des droits d'auteur, alors que la presse est en train de se faire dépecer par les mêmes procédés, par les mêmes entreprises. Note : remplacez "journalistes" par "graphistes" ou "artistes" dans le point ci-dessus, et ça marchera à peu près pareil.

Encore cette semaine, j'ai vu un post sur les tomates en tant qu'exemple des dérives de l'agro-industrie, avec un très laid visuel généré par IA pour illustrer le propos. Mais pourquoi ? Pourquoi ne pas illustrer ce post avec n'importe quelle photo de…. tomate ? Ça ne manque tout de même pas sur internet, y compris dans les banques d'images gratuites, bon dieu 🍅

Pire exemple découvert hier : un mec aux Nations Unies s'est dit que créer des réfugiés générés par IA serait une bonne idée ?! SÉRIEUSEMENT ?

Je suis fatigué.

Que les anciens "Web3 enthusiasts" deviennent des "AI enthusiasts" au bout de 3 prompts et demi sans rien y piger, en mélangeant au passage ce que représente l'IA au global de la simple IA générative, soit…

D'ailleurs, que l'IA au sens large en tant que domaine technique puisse avoir des intérêts pour la transition écologique, d'un point de vue scientifique notamment, je ne le nie pas non plus, même s'il faudra calculer dans le détail les externalités positives et négatives.

Mais qu'autant de représentants de secteurs qui devraient être rebutés par tout ce que représente l'IA générative s'y mettent sans se poser de question, voilà qui me laisse pantois. Et montre encore une fois l'énorme besoin d'éducation sur ces sujets.

Là, certains me sortiront les arguments habituels : "toi t'es écolo, et t'écris ça comment, sur un bout de bois ?".

Non j'écris ça sur un Mac, je partage ce contenu via une newsletter et des réseaux sociaux. Ai-je le choix vu mon activité ? Non.

Mais j'ai fait le choix de ne jamais utiliser l'IA pour générer du texte ou des images, alors même que je bosse dans la communication, alors même que j'ai exercé mon activité dans le domaine de la tech.

Et je vous assure que tout va bien.

Qu'on ne me la fasse pas à l'envers : nous avons le choix.
Nous faisions sans l'IA générative il y a 1 ou 2 ans pour la grande majorité d'entre nous.

Explorons les contre-arguments habituels :

  • "Oui mais j'ai pas le temps". On a toujours le temps. Si pour faire votre activité vous avez "besoin" de ChatGPT, c'est qu'il y a une c*uille quelque part : dans votre bande passante, dans votre staffing, ou dans la vision que vous avez de votre job. Et ça, ce serait en partant du principe que l'IA générative rende les humains et les entreprises plus efficaces, ce qui reste à prouver à ce stade, quelque soit le domaine.
  • "Oui mais si je ne l'utilise pas, je rate le coche". Ah, la fameuse course à l'armement, qui mène notre belle planète vers de beaux horizons. Nous sommes encore bloqué.e.s sur cette idée de performance à tout prix pour réaliser des activités bien souvent vides de sens, alors même qu'il est clair qu'il va nous falloir ralentir, n'en déplaisent aux néo-populistes à la Charles Consigny.

    Alors en skippant l'IA vous allez rater le coche de quoi ? Rater ce coche-là comme vous avez raté celui du metavers ou des NFT ?

    Bon, évidemment, tout ça n'est que peu valide si c'est votre boss qui vous impose l'utilisation de l'IA au chausse-pied (coucou Microsoft Copilot), et vu le contexte il va m'être difficile de simplement vous dire de changer de boulot… Mais si vous en avez la possibilité, faites-le, franchement.

    La pertinence de l'IA générative dans les activités pros existent après tout surtout dans la tête des patrons et des investisseurs.
TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖
Excellent résumé de la pensée complexe de Charles Consigny (chez BFM TV)
    • "L'IA est déjà là, alors autant l'embrasser en développant une vision plus éthique". Ce dernier point me touche forcément un peu plus. Nombreux sont en effet celles et ceux qui pensent que, comme de toute manière l'IA est déjà là, la question qui se pose n'est pas celle de la pertinence ou de l'utilité de ChatGPT, mais plutôt de comment se sortir du quasi-monopole d’OpenAI.

      Et bien je trouve ça très mignon, mais pardonnez mon pessimisme : bon courage pour développer une IA générative éthique face à des mastodontes pareils et sans moyens. Si l'UE ne régule pas, ce qui n'a pas l'air d'être sa vision à ce stade, rien de tout cela n'arrivera. Plug baby plug, hein Manu.

L'avantage, c'est que comme nous l'avons déjà évoqué à plusieurs reprises dans TFTT, toute cette hype et ses conséquences pourraient ne plus durer si longtemps que ça. Allez, faisons une petite liste à la Prévert :

    • On ne sait toujours pas comment on va nourrir l'IA générative en électricité de l'aveu même d'Altman, donc rebelote sur le questionnement : roue libre, jusqu'à quand ?
    • Ce même Altman disait aussi il y a peu : "[l'IA générative] ne devrait pas être une technologie à laquelle on fait autant confiance" car elle hallucine… ben alors, pourquoi vous vous lui feriez-vous confiance dans le cadre de vos activités professionnelles ? 🤔
    • D'ailleurs, une bonne partie des entreprises qui vendent leurs services comme étant des "Agents IA" raconteraient en fait totalement des craques, alors attention à la chute.
    • Et puis comme le notait un article de Wired récemment, le backlash contre l'IA est également en train de devenir réel et puissant, donc revenir à un travail sans IA générative pourrait bien être the next cool thing ;)

Voilà, je ne comprends pas pourquoi certaines personnes utilisent l'IA générative contre toute logique. Je ne comprends pas la hype autour de cette technologie. Je ne nie pas que l'IA générative a déjà changé nos vies et nos habitudes, et il en restera forcément quelque chose, de bon ou (probablement plutôt) de mauvais.

Mais je ne crois pas que l'IA générative dans sa forme actuelle a de l'avenir. Alors je ne vais pas lâcher l'affaire, et je ne perds surtout pas espoir de voir le truc se retourner.

Continuons à emmerder les "IA enthusiasts", ils n'ont pas encore gagné.

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖
Parodie de l'accueil de n'importe quelle plateforme tech depuis 1 an : votre outil favori est maintenant salopé par l'IA. Vous n'aimez peut-être pas ça, mais nos investisseurs adore ça". Source.

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖

Nous parlions juste au-dessus du besoin d'éducation pour faire face à l'arrivée de l'IA générative, même dans des secteurs où son utilisation devrait mener à une levée de bouclier généralisée.

Et bien le problème est que, face à la mauvaise foi la plus pure, l'éducation ne suffit pas.

Il en est ainsi, depuis quelques semaines, de nombreux débats autour de l'utilisation des écrans, des réseaux sociaux et de l'IA par les plus jeunes générations.

Le débat a été relancé à la mi-juin. D'abord par Emmanuel Macron, qui a annoncé sur France 2 vouloir "interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans", sans donner beaucoup de détails et en réaction (en bon politique) à un fait divers sordide.

Avant que Catherine Vautrin, la Ministre de la Santé, ne relance en annonçant vouloir interdire "l'exposition aux écrans des enfants de moins de 3 ans", dans le JDD. C'est vrai qu'annoncer son envie d'interdire des trucs, ça colle assez bien à un journal d'extrême droite.

 

Comme à chaque prise de parole de ce type, on assiste d'un côté à des soutiens très prononcés d'habituels rétrogrades, et en miroir à des réactions outrées de psychologues spécialistes (ou pas) du numérique.

Mon point ici, honnêtement, ne va pas être de donner les bons et les mauvais points à chacune des positions. J'ai des convictions, mais je ne pense pas connaitre le sujet assez en profondeur pour trancher de manière claire. 

Cependant, il y a un point sur lequel je ne supporte plus de lire des âneries, d'un côté comme de l'autre du débat : la tech ne serait qu'un outil, c'est l'usage que l'on en fait qui compterait vraiment.

Vraiment ?! On peut encore dire ce genre de connerie en 2025 sans que la terre entière vous tombe dessus à bras raccourcis ? 

Non, la tech n'est pas un outil comme les autres.

Un smartphone n'est pas un marteau. L'IA n'est pas une fourchette.

Dire que la tech est comme n'importe quel outil, qu'après tout avec un marteau on peut aussi bien enfoncer un clou que tuer quelqu'un, que toute la différence ne serait que l'usage qu'on en fait et l'éducation qu'il y a derrière…

Cette idée est au mieux un raccourci très maladroit, au pire de la bêtise profonde.

Pourquoi ?

Parce que, vous le savez pertinemment si vous lisez cette newsletter, tous ces objets et ces services issus du monde de la tech sont fabriqués avec une arrière-pensée : devenir "indispensable" à votre quotidien, être présent à vos côtés le plus souvent possible pour créer, ni plus ni moins, une forme d'addiction.

Je n'ai pas besoin de vous le démontrer du côté du smartphone ou des écrans de manière générale, par exemple. Chacun sait, moi le premier, comme nous vivons désormais avec presque constamment un écran vissé devant les yeux, comme perpétuellement collé au fond de nos paumes. Une espèce d'augmentation cyberpunk, sans le côté cryptico-cool.

Mais sachez qu'il en sera de même avec ChatGPT. Qu'il en est de même avec de nombreuses mécaniques de jeux vidéo comme celle développées par Fortnite, ou bien par les offres de streaming à la Netflix, nous en avons déjà parlé ici.

Alors voir des psychologues spécialisé.e.s dans le rapport des enfants au numérique dire que "la tech est un outil, il faut savoir bien l'utiliser" cela en semblant pleinement ignorer les mécaniques prédatrices mises en place par les grands groupes de la tech (souvent avec l'aide d'autres psychologues grassement payé.e.s) voilà qui ne manque pas de m'énerver très rouge 😡

Un exemple qui fait l'actualité : peut-on vraiment dire que la tech est neutre quand la vaste majorité des figures étatiques et des entreprises continue d'utiliser Twitter comme si de rien n'était, alors que dans le même temps la plateforme met volontairement en avant des contenus fascistes, et pousse même son propre outil d'IA générative (Grok) qui balance des dingueries littéralement nazies toutes les 3 secondes ?

Un peu de sérieux.

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖
Source.

Je ne vais pas m'éterniser sur le sujet. D'autres en ont parlé ailleurs et bien mieux, alors rendons à César : si cette problématique vous intéresse, je vous conseille ce super article de Louis Derrac, ou cet autre encore, plus récent. Louis est un compère techno-critique aux analyses toujours extrêmement bien placées.

Voici la conclusion de ce premier article :

« Il faut de l'éducation, de l'éducation, et encore de l'éducation. Mais pas n'importe quelle éducation. Certainement pas une éducation limitée aux risques et aux « bons usages » du numérique. Il faut, je pense, se donner les moyens d'une éducation techno-critique, émancipatrice, politique. Une éducation qui autorise à développer de nouveaux imaginaires, notamment ceux d'un numérique acceptable, et l'horizon d'alternatives numériques. Et s'il faut interdire, puisque certain⋅e⋅s ne jurent que par ça, interdisons la publicité, les dark pattern, les monopoles, la lucrativité abusive, ou encore la captation de données personnelles. »

Voilà qui rappellera quelque chose aux défenseurs de l'environnement :

Si l'écologie sans lutte des classes, c'est du jardinage… et bien l'éducation à la tech sans visée techno-critique, c'est Adibou. Basta.

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖
Adibou reste à mes yeux le fruit d'un trip au LSD un peu trop fort, mais passons.

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖

Terminons cette 17ème édition de Tales from the Tech par une touche de douceur, si vous le voulez bien. Ça ne fera de mal à personne.

"Alba : un été en terre sauvage" est un petit jeu qui se termine en une poignée d'heures, une balade paisible sur une petite île espagnole où il va s'agir de nettoyer les plages, sauver des animaux, remplir un "pokédex" avec les oiseaux du coin... et lutter contre un projet d’hôtel de luxe qui va détruire une réserve naturelle ! S'il n'est pas vraiment punk, il est pleinement bio, je l'ai donc calé dans ma liste de jeux biopunk.

C'est très mignon, et par extension très cucul, mais c'est un vrai moment de détente et un super moyen d'évoquer les dangers de la pollution et du surtourisme avec un enfant. Bémol quand même : le jeu se lance sur un vol en avion... les imaginaires du tourisme vont encore devoir évoluer un poil.

Pour y jouer, vous pouvez vous le procurer sur la plateforme européenne Gog.com pour 15€ (il est aussi à 20 balles sur Switch), ou bien gratuitement si vous avez un compte Apple : le jeu est jouable sur Mac, smartphone ou tablette et est présent dans l'offre Apple Arcade, que vous pouvez prendre pour 1 mois gratuitement.

En revanche : pensez à vous désabonner avant la fin de cette "période d'essai", ça m'embêterait que vous donniez de l'argent à Tim Cook à cause de moi ;)

TFTT #17 – Un été en terre sauvage ? 🏖


Voilà, c'est tout pour ce mois de juillet, et c'est déjà pas mal !

On se retrouve en août pour un 18ème numéro de Tales From The Tech qui devrait revenir à un format plus traditionnel… ou pas ?

D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous, cela me ferait très plaisir. Et à me faire part de vos retours.

Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.

Vous souhaitez soutenir TFTT ? Consultez vos abonnements sur la plateforme ou faites un don ponctuel 🙏

Merci à toutes et tous,

Thomas ✊

PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes

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06.06.2025 à 09:02

TFTT #16 – Trump-Musk, Microsoft-IDF : les liaisons fangeuses 💔

Thomas Beaufils

Ce mois-ci dans Tales from the Tech, vous retrouverez un numéro 16 plus court qu'à l'accoutumée, et livré en retard… quelle honte !

Pourquoi ce format plus court, et ce délai ? Et bien parce que j'ai pris

Texte intégral (4075 mots)
TFTT #16 – Trump-Musk, Microsoft-IDF : les liaisons fangeuses 💔

Ce mois-ci dans Tales from the Tech, vous retrouverez un numéro 16 plus court qu'à l'accoutumée, et livré en retard… quelle honte !

Pourquoi ce format plus court, et ce délai ? Et bien parce que j'ai pris beaucoup de temps ces dernières semaines pour soutenir un autre projet, dont j'ai déjà parlé plusieurs fois ici. Une initiative inspirée par la démarche low-tech nommée Lowreka, et pour lequel nous avons lancé ces derniers jours une campagne de financement participatif, importante pour la suite du projet.

Si le sujet des low-tech et de l'impact environnemental (de la tech et du reste) vous intéresse, n'hésitez pas à soutenir notre campagne ! Même quelques euros, ça peut faire la diff. En cliquant sur ce lien, vous aurez de plus l'honneur de me voir faire le pitre en vidéo, Pomme™ à la main 🍎

Merci 1000 fois 🙏

TFTT #16 – Trump-Musk, Microsoft-IDF : les liaisons fangeuses 💔

TFTT #16 – Trump-Musk, Microsoft-IDF : les liaisons fangeuses 💔

Je pensais Microsoft la moins pire des GAFAM. L'histoire la retiendra peut-être comme la pire des 5.

Si vous lisez TFTT depuis ces débuts, vous le savez : depuis mon départ de Microsoft, je n'hésite pas à critiquer mon ancien employeur. Le verbe haut, mais la critique juste, je pense. Ma connaissance des arcanes de la boîte me donne, je crois, une certaine légitimité sur le sujet.

Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, je le disais sans mentir : je pensais que Microsoft, aussi dangereuse soit l'entreprise de par ses multiples monopoles, restait plus recommandable que Google, Amazon, Apple ou bien sûr Meta.

Malgré l'oubli délibéré de ses objectifs environnementaux ou de vastes vagues de licenciements en contradiction totale avec la forme économique insolente de l'entreprise, la donne n'avait pas encore totalement changé pour moi. Gates puis Nadella ne sont pas tout à fait Zuckerberg ou Jobs. Récemment encore, l'actuel CEO de Microsoft ne prenait pas la pose avec Trump, comme Sundar Pichai (Google) ou Jeff Bezos.

TFTT #16 – Trump-Musk, Microsoft-IDF : les liaisons fangeuses 💔
Une belle brochette de merguez (Zuckerberg, Bezos, Pichai, Musk notamment) pendant l'inauguration de Trump II, en janvier dernier

Pourtant, depuis le mois de mars, une sinistre petite musique se diffuse entre les pins de Redmond, ville toute entière dédiée au siège de Microsoft, placée à quelques encablures de Seattle, sur la côte du Pacifique Nord des US.

C'est ce que raconte un article du Guardian, dont je vous traduis un extrait ici :

"Pour la deuxième fois en un mois, des employés de Microsoft ont interrompu des cadres de l'entreprise s'exprimant lors d'un événement célébrant le 50e anniversaire de l'entreprise, le 4 avril. […]
Mustafa Suleyman, "AI executive", a ainsi été interrompu par les employés Ibtihal Aboussad et Vaniya Agrawal. Les deux ont été licenciées dans les jours qui ont suivi. Le président de Microsoft, Brad Smith, et l'ancien DG Steve Ballmer ont eux été conspués au Great Hall de Seattle le 20 mars, par un employé actuel, ainsi qu'un ancien employé.
La manifestation de mars a été précédée d'un rassemblement à l'extérieur, auquel ont également participé des employés, actuels et anciens, du géant de la tech. Les manifestants ont projeté sur le mur de la salle un signe lumineux où l'on pouvait lire : "Microsoft powers genocide".

« Microsoft alimente le génocide ». Microsoft permet le génocide, même, en fait. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : Microsoft, en toute discrétion, est devenu le partenaire tech numéro 1 de l'IDF (Israel Defense Forces), c'est à dire l'armée israélienne. Microsoft fournit toute sa puissance technologique pour faciliter la destruction de Gaza.

C'est ce qu'avait révélé en janvier le Guardian, déjà, dans un autre article qui n'a sans doute pas assez fait parler de lui :

« Des documents fuités mettent en lumière la façon dont Israël a intégré le géant US de la tech dans son effort de guerre pour répondre à sa demande croissante d'outils cloud et IA."
TFTT #16 – Trump-Musk, Microsoft-IDF : les liaisons fangeuses 💔
Puissante illustration mêlant les couleurs du célèbre logo de Microsoft avec des images de destruction à Gaza (Illustration : Guardian Design)

Voilà : le supposé good guy (ou le "moins bad guy" disons) de la tech US est le partenaire numéro uno d'une armée génocidaire.

Et alors que les appels à isoler Israël sur la scène internationale se multiplient, alors que l'appellation de génocide fait (enfin),de plus en plus son chemin dans l'opinion publique, il est difficile de comprendre comment Microsoft peut continuer à faire la sourde oreille.

Faire pire que la sourde oreille, d'ailleurs. Alors que les pressions internes et externes s'intensifient, l'entreprise a réalisé deux actions ces dernières semaines :

    • D'abord, partager un communiqué précisant que les technologies Microsoft, si elles sont bien utilisées par l'armée israélienne, ne le sont pas pour "blesser des personnes à Gaza". Un aveu qui n'a en soit aucun sens. Avant d'admettre que l'entreprise n'a pas vraiment "d'insights" sur la façon dont sont utilisées ses technologies…
    • Cela, avant de bloquer purement et simplement tous les mails contenant les mots "Gaza", "génocide" et "Palestine" envoyés par ses employés américains… Une décision parfaitement trumpiste.

Vaste fumisterie.

Je finirai cet édito par une question : quand, dans 30 ans de cela, nous regarderons en arrière sur tous les méfaits accomplis par la tech depuis le début du siècle, qu'est ce qui marquera le plus les esprits ? Cambridge Analytica ? Les manipulations de Musk via Twitter ? L'impact environnemental délirant des GAFAM ?

Sans doute un peu de tout ça. Mais le rôle de participant effectif à un génocide – car c'est par ce mot que l'histoire caractérisera la "guerre" qu'Israël mène à Gaza, quelle qu'en soit les exactions à la source – aura sans aucun doute sa place sur le podium des horreurs.

TFTT #16 – Trump-Musk, Microsoft-IDF : les liaisons fangeuses 💔
Un manifestant tenant une pancarte "Microsoft alimente le génocide"

TFTT #16 – Trump-Musk, Microsoft-IDF : les liaisons fangeuses 💔

 👉 Si on espère que l'idylle entre Microsoft et l'IDF va rapidement tourner court, il y a une d'idylle qui a sacrément pris du plomb dans l'aile : enfin, le torchon brûle entre Elon Musk et Donald Trump. Et c'est très réjouissant à regarder.

Bon déjà, le mot idylle est peut-être un peu fort : il y a toujours eu des bisbilles entre les deux cinglés, leurs égos combinés dépassant la surface au sol du bureau Ovale. On l'évoquait dès janvier dans TFTT.

Le niveau de violence des invectives depuis hier est cela dit assez impressionnant et sans doute inattendu, après le pot de départ très chelou mais relativement chaleureux de Musk il y a une semaine à peine.

Le lavage de linge sale a commencé avec les critiques véhémentes de Musk sur le "Big Beautiful Bill" de Trump, estimant que le texte allait mener à "la banqueroute de l'Amérique".

Trump s'est ensuite estimé "déçu" devant un chancelier allemand médusé, comme le raconte Le Monde, avant de sortir l'artillerie plus lourde, en critiquant à la fois le "travail" de Musk au DOGE et en le menaçant très clairement :

"La façon la plus simple d’économiser de l’argent dans notre budget, des milliards et des milliards de dollars, est de mettre un terme aux subventions et aux contrats gouvernementaux d’Elon. J’ai toujours été surpris que Biden ne l’ait pas fait ! »

Résultat des courses : Tesla a perdu 14% en bourse hier, alors que l'entreprise va déjà mal. Sans parler des répercutions potentielles sur Space X, dont les fusées explosent les unes après les autres.

Pendant ce temps, l'idéologue fasciste Steve Bannon ressortait des tiroirs une vielle histoire qui pourrait coûter à Musk sa citoyenneté américaine.

Musk a répliqué sans attendre. Après avoir tweeté que sans lui Trump "aurait perdu l'élection", le voilà qui agite un beau contre-feu :

"Il est temps de lâcher une grosse bombe : Donald Trump figure dans les dossiers Epstein. C’est la raison réelle pour laquelle ils n’ont pas encore été rendus publics. Bonne journée, DJT !"

Laissons-les donc se rouler dans la fange devant nos yeux ébahis, que voulez-vous que je vous dise. Et redonnez-moi du pop-corn, tiens 🍿

TFTT #16 – Trump-Musk, Microsoft-IDF : les liaisons fangeuses 💔
Photograph: Andrew Harnik/Getty Images

👉 Un ouvrage vient de sortir en librairie outre-Atlantique, et fait bruisser le monde de la tech d'échos assez plaisants (de mon point de vue). C'est de "Empire of AI" dont on parle, un livre sur Open AI et son patron Sam Altman, publié par la journaliste Karen Hao, ancienne du Wall Street Journal. Et Altman et son "Empire" naissant y sont sacrément égratignés.

Tôt dans le livre, Hao cite un extrait d'un post de blog publié par Altman en 2013 :

"Les fondateurs qui ont le plus de succès ne cherchent pas à créer des entreprises. Ils ont pour mission de créer quelque chose plus proche d'une religion, et il s'avère, à un moment, que créer une entreprise est le moyen le plus simple d'y parvenir."

La côte Ouest américaine, berceau des plus grandes boîtes de la tech de la Californie à Seattle, n'est pourtant pas une terre portée sur la religion, même si le mysticisme y a bien sa place, on l'a vu par le passé sur TFTT.

Pourtant Altman, lui, se voit visiblement bien en Jésus de l'IA.

 

👉 Religion et IA toujours : Léon XIV, le nouveau pape, a choisi ce nom en référence à… l'IA ?

Et oui, c'est ce qu'il a expliqué le 10 mai : "le pape Léon XIII a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle. […] De mon côté, je fais face à une autre révolution industrielle et aux développements de l'intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail."

L'IA, opium du peuple en doudounes sans manches.

👉 Pendant ce temps, Zuckerberg continue à nager dans ses délires de mec chelou. Fin avril, il est intervenu dans un podcast pour y dire ceci : "l’Américain moyen n’a que 3 amis alors qu’il en voudrait 15".

Un tel constat pourrait être adressé logiquement par la sociologie ou la psychologie, mais pas quand on est un tech-bro comme Marc. Non, Marc, lui, a la solution toute prête : vous créer des amis artificiels ! « C'est bados, Marc », conclue élégamment le média Futurism.

Alors, l'IA : Dieu ou Humain ? Ni l'un, ni l'autre mon capitaine.

TFTT #16 – Trump-Musk, Microsoft-IDF : les liaisons fangeuses 💔
Elle ne te donne pas un air très intelligent, tes smartglass, Mark (Credit: Bloomberg/Getty Images)

👉 Quittons les délires métaphysiques pour revenir à des prises de bec bien humaines. Un article très intéressant d'Usbek & Rica évoque cette semaine "Anti-Tech Résistance", collectif techno-critique radical qui s'était fait connaître notamment en faisant irruption dans un des contre-sommet de l'IA (en réponse au dit sommet de l'IA voulu par Macron en février dernier). Un "contre-contre-contre sommet de l'IA" comme le surnomme Irénée Régnauld, en somme.

L'existence de ce mouvement prouve en tout cas qu'au sein même de la mouvance techno-critique, que j'assume représenter également avec une certaine radicalité, il y a des divergences fortes. C'est sans doute la preuve de la vivacité de la chose.

Dans le cas d'ATR, cependant, il y a des trucs qui ne sentent pas bon, avec des prises de parole qui flirtent avec l'eugénisme (comme les pires techno-enthousiastes d'ailleurs) et des dérives réactionnaires. On gardera un œil dessus.

👉 Une news qu'Anti Tech Résistance n'aurait sans doute pas couverte : saviez-vous que plusieurs nominés du Pulitzer de cette année avaient utilisé l'IA ? Mais pas de la façon que vous imaginez… On y retrouve pêlemêle :

    • Une enquête du Washington Post sur Gaza, où l'IA a été utilisée pour analyser des images prises par satellite et ainsi réfuter le récit de l'armée israélienne qui tentait de se dégager de toute responsabilité dans les assassinats de nombreux journalistes.
    • Un article du Wall Street Journal a analysé, grâce à l'IA, l'évolution du ton des plus de 40 000 tweets de Musk. Ceux-ci sont ainsi passés de contenus purement business à des diatribes politiques d'extrême droite, comme chacun le pressentait. Le processus est désormais plus clair.
    • Une enquête de l'Associated Press, enfin, qui a utilisé la reconnaissance vocale assistée par IA pour traiter plus de 200 000 documents et créer une base de données nationale sur les meurtres commis par la police US.

Bref, pas de la fainéantise à base d'IA générative. Cette information confirme en fait assez nettement mon opinion sur l'IA : la bulle de l'IA va péter à un moment ou un autre, car une vaste part du volume d'activité associé est lié à des usages complètement inutiles, comme 95% de ce que l'on fait de l'IA générative.

Mais l'IA de manière plus générale est là pour rester, et a le potentiel pour apporter des bénéfices réels. Si tant est qu'elle soit régulée et utilisée de manière responsable... Et c'est n'est pas la direction que nous ne semblons prendre, malheureusement.

👉 Le procès des anciens cadres d’Ubisoft pour harcèlement a commencé. Un moment important, mais qui ne sera malheureusement pas le procès de l'ambiance délétère et du management défaillant de l'entreprise au sens large. Très bonne couverture du procès par Le Monde depuis son lancement, en tout cas.

👉 Ah et sinon, La Quadrature du Net révélait le 22 mai dernier que France Travail prévoyait d'utiliser des "robots" pour contrôler les personnes au chômage et au RSA. Merveilleux d’humanisme.

👉 On finit par un reportage important du Pavé Numérique : "plus de 400 startups en France misent sur l’IA. Derrière l’innovation à la mode se cache un travail de petites mains, externalisé loin des regards, le plus souvent à Madagascar."

 

Voilà, c'est tout pour ce mois de juin !

On se retrouve en juillet pour un 17ème numéro de Tales From The Tech.

D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous, cela me ferait très plaisir. Et à me faire part de vos retours. Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.

Merci à toutes et tous,

Thomas ✊

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