01.02.2026 à 09:12
Thomas Beaufils
Nous fêtons aujourd'hui les 2 ans de Tales from the Tech, et pour l'occasion... c'est la fin de "Tales from the Tech" ?! 😱
Non, pas vraiment. Mais il était temps, je pense, de renouveler l'identité de

Nous fêtons aujourd'hui les 2 ans de Tales from the Tech, et pour l'occasion... c'est la fin de "Tales from the Tech" ?! 😱
Non, pas vraiment. Mais il était temps, je pense, de renouveler l'identité de cette infolettre, pour plus de cohérence et de fraicheur.
Il y a plusieurs raisons qui m'ont poussé vers ce changement :
Parce que cette infolettre aime à se moquer des absurdités du monde de la tech depuis ses débuts.
Mais le ton a évolué en 2 ans, j'en suis conscient. Je pense donc que ce titre résume mieux mon approche, qui s'apprécie avec une pincée de sel.
Il résume aussi mieux ce que la tech est devenue ces dernières années : c'était déjà un cirque, mais le chapiteau atteint des sommets inattendus. Cf, très littéralement, cet article lunaire du Financial Times encore inimaginable il y a quelques mois 🎪
👉 Bienvenue sur www.absurdi.tech : l'infolettre a désormais son propre domaine, où vous retrouverez les archives, et peut-être d'autres formats prochainement ;)
👉 Finito la numérotation des épisodes : on a désormais dépassé les 20 numéros, et leur format variait trop souvent. Il n'était plus si logique de continuer à faire le compte de cette manière.
👉 Un rythme de publication différent : il ne me semble plus vraiment pertinent de maintenir de très longs numéros, peu digestes. Ils couvraient plusieurs sujets, avec un rythme de publication pas toujours maintenu. Absurditech, ce sera 1 à 2 sujets plus courts par édition, avec plus de récurrence.
👉 En revanche, ça ne change rien pour vous ! Vous continuerez à recevoir la newsletter à votre adresse habituelle. Pour les soutiens (merci !), le système de facturation ne bouge pas. Je continue à utiliser l'outil Ghost, dont je suis satisfait, même si leur nouveau business model va me pousser à réaliser quelques changements.
👉 Une autre nouveauté : ces changements s'accompagnent de la création de pages sur Instagram et Linkedin où je vais poster des formats un peu différentes. Alors, je sais, être sur ces plateformes 🇺🇸, ce n'est pas d'une cohérence folle. Mais je vais là où le public est pour le moment. Et l'après est déjà prêt, via mes comptes Bluesky ou Mastodon (et bientôt Pixelfed), en attendant peut-être de nouveaux réseaux made in 🇪🇺
En conclusion : si vous aimiez Tales from the Tech, je vais tout faire pour que vous aimiez encore plus Absurditech !
Tous ces changements, et le nombre grandissant d'abonné.es que vous êtes (merci 🙏), amènent des frais. Sans compter le temps passé pour vos proposer ces articles, bien sûr. Alors n'hésitez pas à soutenir l'infolettre et mon travail !
Honnêtement, même un soutien régulier à hauteur de 1€ par mois, ou via un don ponctuel, peut vraiment faire la difference.
PS : le sujet de l'indépendance technologique européenne fait enfin parler (on connaît le contexte 🥲), et nous sommes ainsi de plus en plus nombreux.ses à passer aux services numériques européens. Si Proton vous intéresse, foncez, c'est solide (on en avait parlé il y a déjà un moment). Dans ce cadre, utiliser mon lien de parrainage Proton peut-être un autre moyen de soutenir Absurditech 🤗
Encore une fois, merci à toutes et tous pour vos lectures et vos retours !

La suite, c'est... DEMAIN dans vos boites aux lettres ! 🔥
On y reviendra sur l'actu chaude du moment, à savoir l'interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Il ne sera pas encore dans un format finalisé, mais on devrait se rapprocher du "produit cible".
Cette suite de l'histoire de TFTT, elle s'écrit avec vous : alors n'hésitez pas à me faire part de vos retours, qu'ils soient positifs ou négatifs, comme toujours.
📆 Dernière chose, un point agenda : pour celleux d'entre vous qui sont en région parisienne, j'aurais le plaisir de vous retrouver samedi prochain, le 7 février, en tant qu'intervenant à une table ronde organisée par la Fédération Envie, acteur français clé de l'économie circulaire.
Cette table ronde évoquera un vaste sujet : "repenser notre rapport au numérique". Impacts, enjeux, dans un contexte on ne peut plus particulier... on aura du pain sur la planche et de quoi discuter avec les autres invités, Floriane Didier de l'association "Lève les Yeux" et l'équipe du Garage Numérique.
RDV donc ce samedi 7 février à 15h à Envie Le Labo, 10 Rue Julien Lacroix, dans le 20e arrondissement de Paris. Toutes les infos et le lien d'inscription juste ici !

Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux.
À bientôt,
Thomas ✊
14.01.2026 à 08:25
Thomas Beaufils
Chères lectrices, chers lecteurs, je vous souhaite une très bonne année 2026 🤗
Et je vous souhaite, aussi cliché que cela puisse sonner, une année 2026 avec plus d'humanité, et moins d'IA géné

Chères lectrices, chers lecteurs, je vous souhaite une très bonne année 2026 🤗
Et je vous souhaite, aussi cliché que cela puisse sonner, une année 2026 avec plus d'humanité, et moins d'IA générative.
C'est pour cela que j'ai d'ailleurs décidé de lancer l'année de Tales from the Tech avec un numéro qui ne parlera pas (ou si peu) d'intelligence artificielle.
Parce que je n'en peux plus de parler constamment de ça ici, et ailleurs.
Parce que je n'en peux plus de voir des pushs IA partout, même là où je l'attends le moins.
Parce que, pour citer cette comparaison accrocheuse lue ici : "l'IA aujourd'hui, c'est comme l'amiante hier. On en met partout, avec gourmandise. On consacrera demain des sommes folles et des efforts infinis pour dépolluer l'espace informationnel."
Et puis parce que, de toute façon, on arrêtera bientôt de parler d'IA générative pour parler de robots humanoides, paraît-il.
Et enfin parce que ChatGPT va bientôt mourir, d'après certains, et que Grok sera bientôt interdit si Musk continue dans cette direction.
Notez par ailleurs que, pour les 2 ans de cette infolettre (le 1er février prochain, déjà 😱) je vous prépare pas mal de choses... et notamment une nouvelle identité complète.
Se pourrait-il que cette édition de votre newsletter soit donc la dernière dans ce format ? Voilà qui est bien possible !
L'année s'annonce déjà absurde, alors autant se mettre au diapason 👀
Bonne lecture à toutes et tous !
Thomas 😇
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On peut dire que l'année 2026 aura commencé sous des auspices particulièrement tendues : J2, et Trump enlève un Président – qu'on l'aime ou pas, là n'est pas la question. Après quelques mythos de circonstances, lui et son aréopage ont rapidement admis que le but principal de la manoeuvre était depuis le début de mettre la main sur le pétrole vénézuélien. Ce qui ne va d'ailleurs sans doute pas avoir le résultat escompté, mais passons.
Back in the 80s, les états-uniens avaient au moins l'élégance de faire semblant d'en avoir quoi que ce soit à faire du droit international. Ils montaient donc des opérations "discrètes" made by CIA pour prendre le contrôle de pays et/ou renverser les leaders qui ne leur convenaient pas assez.
PS : la France a longtemps fait pareil en Afrique, alors restons humbles sur le sujet. D'autant que l'on reparle d'un "impérialisme américain", que nombre de représentants français, portant Napoléon aux nues, ne rechigneraient pas d'imiter. Back in the 1800s ?
Bref, j'arrive à mon point principal : l'année 2026 sera probablement la première d'une "Guerre Mondiale Extractiviste" qui dit enfin son nom. De l'Ukraine au Groenland, du Vénézuela à Gaza, de la RDC à Taiwan... ce n'est pas un combat pour la "démocratie", la "liberté", ou pour un quelconque système de valeurs sociétales ou religieuses.
Le seul combat qui prévaut est celui des ressources : le pétrole, donc, au Venezuela. Mais pas seulement :
"'C’est vrai que Trump s’illusionne parfois assez largement', confirme Cédric Philibert [chercheur associé à l’Institut français des relations internationales et ancien analyste à l’Agence internationale de l’énergie]. '*Rappelez-vous le cinéma insensé qu’il s’est fait sur les terres rares de l’Ukraine, alors qu’il n’y a pas et qu’il n’y a jamais eu d’exploitation de terres rares en Ukraine !' Le pays compte moins de 1% de ces ressources mondiales et l’institut de géologie des États-Unis ne répertorie même pas l’Ukraine parmi les pays qui ont des réserves de terres rares."
La prédation comme mode de conduite, voilà qui a toujours été la devise du capitalisme conquérant, il faut le dire. C'est vrai pour les ressources physiques, comme pour les ressources numériques. Mais plus on se rapproche de la fin cahotante du modèle capitaliste, plus les ressources à s'accaparer se raréfient, et plus cette guerre extractiviste se fait / se fera intense. Un "néo-colonialisme tech" qui dépasse même le sujet de ressources, d'ailleurs.
Une connexion doit se faire alors : c'est la bulle de l'IA générative et la forme insolente (et en trompe-l'oeil) des "Magnificent 7" en bourse qui maintiennent l'économie américaine piteusement à flot. Voilà qui sauve pour le moment le "bilan" économique de Trump.
On se rend alors compte d'une chose simple : si tous les patrons de la big tech cirent les pompes de Trump pour s'éviter des problèmes, Trump n'est sans doute pas tellement plus indépendant de ces géants, et ira faire ce qu'il faut pour leur donner la matière nécessaire à leur développement, aussi néfaste soit-il.
Cela aurait-il été différent avec les Démocrates institutionnels type Harris ou Biden à la tête du pays ? Pour la méthode, sans doute. Pour le reste ? Je n'en suis pas si sûr.
Cet état de fait doit nous amener à nous poser deux questions :
Si les états-uniens et les russes ont une si grande emprise sur nous, c'est précisément parce que nous dépendons d'eux sur les points susmentionnés.
La souveraineté numérique ? Nous en avons déjà souvent parlé dans TFTT, notamment au moment de la réélection de Trump. Cela reste plus que jamais d'actualité. D'ailleurs, le super guide sur le sujet (en anglais) de Paris Marx a été mis à jour au vu du contexte.
La limitation de nos consommations de matières et de flux énergétiques. Ma foi, cela peut passer par la low-tech. Alors je vous donne...

Et oui, la démarche low-tech (dont on a déjà parlé dans TFTT) est un autre sujet qui me tient à coeur. Et cela notamment au travers du projet Lowreka ; qui vous souhaite d'ailleurs lui aussi une bonne année ;)
Quelles sont les nouvelles de ce côté ?
Je crois vraiment que la low-tech (ou les "technologies douces") va, avec d'autres sujets associés au concept de robustesse dans le contexte que nous connaissons, connaître un grand succès en 2026.
Déjà parce qu'elle fait appelle à des notions astucieuses qui plaisent, alors que plus que jamais les concepts Do-It-Yourself et débrouillards attirent. On peut citer le passage récent des copains de Regenbox au JT de TF1 ; on ne peut pas faire beaucoup plus mainstream que ça, en France. Vous ne connaissez pas la Regenbox ? Pas de panique, mais accrochez-vous, c'est génial.
Ensuite, parce qu'elle monopolise des imaginaires positifs, qui nous permettent d'envisager un avenir plus radieux que ce que le contexte du moment pourrait nous laisser penser. J'ai ainsi eu le plaisir de mener, avec le dessinateur solarpunk Dustin Jacobus, un travail prospectif dont vous trouverez le résultat ci-dessous. Je vous laisse découvrir plus de détails ici, si le sujet vous plaît.

PS : si vous avez besoin de ressources sur la démarche low-tech, on complète ici avec mes acolytes de Lowreka un corpus varié qui couvre, on l'espère en tout cas, la démarche dans sa globalité. N'hésitez pas à jeter un oeil à cette Bibli-lowtech 🤗

Saviez-vous que Christelle Morançais, présidente de la Région Pays de Loire et grande pourfendeuse des dépenses pour la culture, préférait à cette dernière investir dans des médias tous beaux, tous neufs... et surtout très droite-compatible ? Du trumpisme à la française, tout bonnement.
👉 Mon article sur Medium.

Et savez-vous pourquoi Nicolas Sarkozy a choisi Guillaume Pley 💩 pour sa seule interview post-zonzon ? Parce que ce "journaliste" n'allait évidemment lui poser aucune question gênante, certes oui. Mais peut-être aussi parce que derrière son podcast, Legend, il y a l'agence Influx, dirigée par Manuel Diaz. Nul autre que l'ancien responsable numérique de la campagne 2007 de... Nicolas Sarkozy. Que le monde des trouducs est petit, c'est formidable !
👉 Mon (court) thread sur le sujet, inspiré par la vidéo de Blast sur Pley.
Qu'on le veuille ou non, la guerre contre la Russie a déjà commencé. Mais n'en déplaise aux rêves moites de nos généraux, le combat soldat contre soldat sur champ de bataille n'est pas pour demain. La baston sera d'abord numérique, et touchera des structures aussi pacifistes que... La Poste.
Enfin : le techno-solutionnisme se porte bien, merci pour lui. Vous trouverez que le film Geostorm avec Gerard Butler était complètement con ? Vous aviez raison, mais les gars derrière l'entreprise Stardust Solutions le sont peut-être encore plus, comme l'évoque un post du chercheur en sciences du climat Nelson Noumbissi.

Pas de réco ce mois-ci, mais un très beau meme qui pose une question fondamentale :
Si vous avez encore un compte sur X, vous attendez quoi pour le supprimer, en fait ? Que cette plateforme soit devenue une usine à monétiser du deepfake porno ? Oh wait...

Voilà, c'est tout pour ce numéro 22... et c'est déjà pas mal !
On se retrouve dès le 1er février, où je vous en dirai plus sur le futur de cette newsletter :)
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Merci à toutes et tous,
Thomas ✊
PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes
21.12.2025 à 09:49
Thomas Beaufils
Nous y voici, cher‧es abonné‧es ! Aujourd'hui c'est le solstice d'hiver, l'année tire presque sa révérence, et ceci est votre dernier numéro de Tales from the Tech pour 2025 🤗

Nous y voici, cher‧es abonné‧es ! Aujourd'hui c'est le solstice d'hiver, l'année tire presque sa révérence, et ceci est votre dernier numéro de Tales from the Tech pour 2025 🤗
Nous y aurons BEAUCOUP parlé d'IA générative, et ce 21ème numéro de TFTT ne fera pas exception. Difficile de faire autrement, tant nous eu aurons toutes et tous parlé, à tort ou à raison, à tort et à travers.
Il est d'ailleurs probable que vous en parliez aussi pendant vos repas de noël, entre fromage et dessert, l'esprit aviné, ce qui promet des débats passionnants et sourcés, à n'en point douter !
Je vous fais donc une confidence pour 2026 : je prépare un numéro de janvier garanti 100% sans IA ! Je parle du contenu, bien entendu. Car il va sans dire que la rédaction de TFTT est depuis toujours garantie 100% sans IA, et voilà une chose qui ne changera jamais 👌
En attendant, je vous souhaite à toutes et tous de très belles fêtes et vous remercie comme toujours de votre lecture !
Thomas
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Il n'y a pas beaucoup d'arguments en provenance des "AI enthusiasts" qui m'énervent plus que celui-ci : "ChatGPT, c'est un outils génial pour mieux inclure les populations marginalisées." Les pauvres et les minorités, en substance.
Dans l'esprit techno-solutionniste des individus qui poussent ce narratif, l'IA générative ouvrirait ainsi à la plèbe l'accès à un savoir par ailleurs trop compliqué à obtenir via les sphères éducatives auxquelles elle peut aujourd'hui prétendre. Ces outils magiques lui ouvriraient des possibilités créatives inatteignables jusqu'ici : écriture, vidéo, musique, etc.
Quand vous opposez à ces arguments vos critiques sur cette IA générative, la réponse se veut cinglante : tu n'as donc pas envie que les défavorisés aussi puissent bénéficier de la toute puissance de la technologie moderne et du savoir disponible en ligne ? Ne serais-tu finalement pas qu'un petit bourgeois qui a peur de perdre tes acquis ?
Si vous vivez en France, et accessoirement pas dans une cave, il est probable que ces arguments vous en rappellent certains autres, balancés sur tous les plateaux télé par un groupe de gens peu recommandables : les représentants et partenaires en France de Shein, la marque chinoise d'ultra fast fashion.
Et bien je répondrai la même chose aux sbires de Shein et aux AI enthusiasts se rêvant en héros du peuple : vous êtes de bien piètres défenseurs des "populations marginalisées".
Faire société en incluant les personnes marginalisées parce que pauvres ou issues de minorités, quelles qu'elles soient, ce n'est pas leur refiler une version plus merdique de ce à quoi les favorisés ont accès. Explications.
Shein et sa "fashion" pour les pauvres existe à quel prix ? Produits non homologués et donc dangereux (sans parler de dérives plus graves encore qui ont fait du bruit médtiauement), terribles conditions de fabrication, impact environnemental démentiel... Je laisse notamment l'excellent Féris Barkat en parler mieux que moi. On pourrait aussi parler d'autres acteurs comme Temu ou Primark.
Et qu'en est-il du côté de l'IA générative en tant que solution magique à l'inclusion, maintenant ?
Il faut donc être clair : cette approche de l'inclusion par les LLM, si elle peut être abordée en toute bonne foi par certain‧es, c'est simplement le (techno-)capitalisme qui trouve une nouvelle manière de justifier la course à la croissance et aux profits. Qui nous explique qu'il est la solution et que les états n'en sont pas une. Que financer publiquement l'éducation et la culture ne servira bientôt plus à rien.
Ce qui se dessine ainsi, c'est la fin d'une vision européenne basée sur la redistribution, la régulation des acteurs économiques et l'état providence. Une vision que nationalistes et droites conservatrices enterrent avec délectation ces jours-ci au sein des différentes instances continentales, sous les applaudissements feutrés des Trump, Poutine et Xi Jinping.
À mes yeux, plus que jamais, rejeter l'IA générative n'est donc pas un acte moral, mais un acte politique.
Ce qui n'empêche pas d'être lucide : c'est aussi un acte de privilégié.
Car encore faut-il pouvoir se permettre ce rejet, quand la vague de l'IA générative vous est présentée comme inéluctable. Quand la pression sur les populations (marginalisées ou non) pour utiliser ces outils, à l'école, au travail et partout ailleurs, est réelle.
Et encore faut-il pouvoir proposer des alternatives de qualité, sur les pans éducatifs et culturels notamment. Ce qui n'est pas gagné quand on voit les priorités gouvernementales, en France notamment.
Aussi tentant que cela soit ― pour moi notamment, je ne le cache pas ― le débat ne se situe donc sans doute pas au niveau individuel, et en tout cas pas seulement dans une forme de culpabilisation face à l'utilisation que tout un chacun fait de l'IA générative.
En lieu et place, l'approche techno-critique se doit de continuer à éduquer à la tech, à ses risques, aux forces en présence et aux alternatives existantes. Ces dernières étant présentes au sein-même et en dehors de sphères de l'IA générative.
Car si un rejet de l'IA générative existe dans certaines parties de la société, probablement déjà éduquées aux risques de la tech (comme pour les écrans, comparaison évidente), le risque est grand de voir une partie de la population ne plus interfacer le monde qu'au travers de LLM. Et les théories datées sur les "bulles de filtre" supposément induites par les réseaux sociaux nous apparaitront alors comme de bien petites problématiques.
Or, les fossés, divisions et dissensions au sein des 99% que nous sommes ne pourront qu'arranger le jeu des 1% qui nous poussent aujourd'hui l'IA générative au fond de la gorge, à coups d'emojis ✨.
L'année 2026 sera déterminante pour décider de quelle société nous voulons. Et l'espoir d'un monde plus humain et moins généré demeure, alors que la bulle dégonfle, que Frédéric Merlin est dans la sauce, et que nous avons encore notre destin politique en mains.

Pendant ce temps, il n'y a pas que les 1% qui se mettent à l'IA générative, car voici qu'arrivent sur ce terrain des acteurs assez inattendus...
Bon, il y'en a qui font ça à peu près bien, comme Infomaniak (la suite de services que j'utilise pour ma vie perso) : en open source et avec quelques spécificités intéressantes sur l'enjeu de l'impact environnemental. Nous parlions au-dessus d'alternatives aux gros de l'IA générative, en voici peut-être une. Même si, perso, j'aimerais qu'ils produisent leurs efforts ailleurs :3
Mais passons, car il y a pire : Ecosia, le moteur de recherche "eco-friendly" qui plante des arbres, se lance donc dans l'IA... Je ne pensais pas devoir écrire un truc pareil un jour. Je ne suis pas le seul à être très surpris de ce choix stratégique.
D'autant que l'entreprise allemande a décidé d'utiliser GPT-4.1 et donc le boulot merdeux d'Open AI, quand l'entreprise aurait pu a minima se baser sur des modèles plus "vertueux" et souverains. Le tout en annonçant proposer l'IA "la plus green du monde", et ça sans aucune preuve pour corroborer cette affirmation tout de même puissante. WTF.
Heureusement, quand même Ecosia se met à parler d'IA avec pour seul argument "tout le monde le fait alors nous aussi" (NB : Firefox vient aussi de l'annoncer 🙄)... l'équipe de mon navigateur préféré, j'ai nommé Vivaldi, n'en a rien à foutre. Et ça me régale !

Une nouvelle révélée par le média QG en date du 20 novembre dernier a bien trop peu fait parler à mon goût. Le sujet ? Le comportement de Jean de la Rochebrochard. Un nom qui fleure bon la méritocratie.
C'est qui ? (Moi non plus je ne le savais pas avant de lire l'article). C'est le boss de l'un des plus gros fonds d'investissements français dans la tech, et un grand business-copain de Xavier Niel.
Or, de la Rochebrochard aurait une méthode pour le moins particulière pour sélectionner les projets à financer, du moins quand ils sont dirigés par des femmes : séances de pitch transformées en piège dans des chambres d'hôtel, et accusations de viol et d'agressions sexuelles à la clé.
Il est sans doute un peu tôt pour parler de "Me Too de la Tech" comme le fait l'article au vu du peu d'écho de cette annonce (ce qui interroge) et l'isolement du cas ; alors même qu'un boys club comme la tech, en France comme ailleurs, ne doit pas manquer de matière première...
On peut en tout cas noter une chose : Xavier Niel, qui a fait fortune grâce au minitel rose, à l'habitude de s'entourer d'individus masculins fort peu recommandables. Rappelons ainsi l'affaire Sadirac au sein de l'école 42, que Niel a fondé.
Le deuxième événement dédié à l'IA voulu par Macron, Adopt AI, se tenait à Paris il y a quelques semaines. Et on y a beaucoup plus laissé parler des représentants des géants des énergies fossiles que des spécialistes de l'éthique ou de l'impact de l'IA, sans surprise. C'est ce que relate le toujours excellent James Martin ici.
C'est l'occasion de vous repousser l'interview de Will Alpine que j'avais réalisé il y a quelques mois, autour du rôle des big tech (et notamment de Microsoft) dans le maintien en vie de ces néfastes consortiums.
Vision de la liberté d'expression à géométrie variable, épisode 7463 :
Le Guardian révélait il y a quelques jours que près de 50 organisations associées au droit à l'avortement ou aux mouvements queers ont vu leurs comptes supprimés ou impactés par des actions de censure très directes par Meta ces derniers mois, aussi bien sur Facebook qu'Instagram ou Whatsapp.
Attendez... les grands discours de Zuckerberg sur la défense de la liberté d'expression n'étaient là que pour faire plaisir à Trump et libérer les vannes de l'extrême droite décomplexée ? Ça alors.
Nous en parlions il y a quelques mois : Samsung pousse désormais des pubs sur ses frigos connectés... Attachez vos ceintures pour l'épisode 2 :
Alors qu'Apple a poussé depuis sur lesdits frigos des pubs pour son show télé Pluribus, une femme atteinte de schizophrénie et portant le nom de Carol aurait été hospitalisée au UK, suite à un épisode psychotique face à la pub visible ci-dessous.
La source (un post sur Reddit) peut porter à caution. Il n'empêche, quelle preuve par l'exemple du niveau d'intrusivité atteint par la tech dans notre quotidien. Pluribus, show SF dont le sujet ne peut que faire penser à l'uniformisation de nos modes de communication depuis l'avènement de l'IA générative, soit dit en passant.
Pour rappel : personne n'a besoin d'un écran sur son frigo.


Pour finir l'année, je vous propose quelques recommandations en vidéo, pour occuper les longues journées de glandouille que je vous souhaite de passer pendant ces vacances de noël 👌
Commençons par un truc pas forcément hyper fun, mais particulièrement important et bien construit pour qui s'intéresse à l'industrie du jeu vidéo. L'équipe fantastique de People Make Games, média gaming alternatif, vient de publier une super vidéo autour des liens entre Microsoft et l'armée israélienne, et le boycott de Xbox (la branche gaming de Microsoft) proposé en réponse.
On y voit notamment des développeuses et développeurs d'Arkane Lyon (seul studio français possédé par Microsoft, suite au rachat de Bethesda) demander un boycott de tous les jeux Microsoft, y compris le projet sur lequel ils et elles sont en train de bosser, tant que ces liens ne seront pas coupés. Des légendes.
Pour rappel, on a déjà parlé du sujet à plusieurs reprises dans TFTT, notamment en juin dernier.

Après du contenu anglo-saxon, revenons au bercail avec la super émission Internet Exploreuses, menée là encore par un média gaming alternatif, Origami. Emission qui parle de notre rapport à la tech plus largement. Lucie Ronfaut et Héloise Linossier y accueillent cette fois Mathilde Saliou, journaliste tech qui fait un superbe taff chez Next.
Une émission de décembre qui pose une question particulièrement importante me concernant, puisque je passe beaucoup de temps ici à critiquer l'IA, et pas toujours avec des gants. Cela remet certaines choses en perspective et ne fait de mal à personne.
Dernier point, et pas des moindres : voir une émission tech / gaming animée exclusivement par des femmes, et dont les invités sont exclusivement des femmes, et ben ça fait du bien dans cette sphère mascu à souhait. Allez donc leur donner de la force !

Reco médias français toujours, mais cette fois avec un angle plus écologique, même si le lien avec la tech est très clair, vous le verrez. Nous avons déjà parlé d'Anti Tech Résistance (ATR) ici, un mouvement radical opposé à toute forme de technologie et souhaitant un "retour à la nature" (expression particulièrement chargée, comme vous le verrez dans la vidéo).
Le média écolo Fracas a sorti la loupe pour disséquer en vidéo la pensée qui sous-tend ce groupe, et c'est pas joli joli. On pourrait se dire qu'avoir des zouaves un peu trop radicaux mais malgré tout en opposition à la tech pourrait servir la cause d'une manière ou d'une autre, mais il faut y voir clair : ces gens sont contre le progressisme sous toutes ses formes et la question de leur positionnement politique ne se pose pas vraiment. C'est bien bien réac'.
Seule critique à faire sur la vidéo, au niveau de sa conclusion : les visions techno-critiques et progressistes modernes existent, il n'y a pas tant que ça à construire. Mais il faut diffuser plus largement l'existant, ça, ça ne fait pas de doute.

Finissons enfin avec un meme doublement d'actualité, vu sur Bluesky. L'occasion de vous rappeler que tous les films de Ghibli débarquent en ce moment un par un gratuitement sur France TV. Alors pourquoi ne pas en profiter pour lâcher votre abonnement à une plateforme US pour au moins quelques temps ?
Vu les montants annoncés autour du potentiel rachat de Warner (propriétaire notamment de HBO) par Netflix ou Paramount, une chose est claire : ces gars là n'ont pas particulièrement besoin de votre argent.

Voilà, c'est tout pour ce numéro 21 et cette année 2025... et c'est déjà pas mal !
On se retrouve l'an prochain pour un 22ème numéro de Tales From The Tech.
D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).
Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.
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Merci à toutes et tous,
Thomas ✊
PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes
01.11.2025 à 07:21
Thomas Beaufils
Coucou, c'est déjà re-moi, désolé pour la spam !
Et oui, 4 jours à peine après le dernier numéro de TFTT, je reviens avec un petit bonus, cher.e.s abonné.e.s.
Car la semaine a é

Coucou, c'est déjà re-moi, désolé pour la spam !
Et oui, 4 jours à peine après le dernier numéro de TFTT, je reviens avec un petit bonus, cher.e.s abonné.e.s.
Car la semaine a été pour le moins riche en actualités tech, et cela m'a inspiré quelques textes qui, je pense, pourraient vous intéresser. Notamment parce qu'ils font des liens très nets avec des sujets que nous avons déjà évoqués ici.
Sur ce, bonne lecture à toutes et tous, et bon weekend !
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Bill Gates est un techno-solutionniste, on le savait. J'en avais même parlé dans le premier numéro de cette newsletter.
Mais il faut désormais se rendre à une seconde évidence : il s'est toujours moqué du changement climatique.
Et oui, le Billou s'est fendu d'une lettre, publiée en amont de la COP 30. Son discours de base, on le connaît : pas besoin d'être alarmiste sur la changement climatique, de toute façon la technologie va nous sauver.
Pourtant, de toutes ces technologies à venir qui doivent nous sauver, celles présentées comme telles par le passé par Gates, comme la captation de carbone par diverses méthodes, ne répondent pas du tout aux attentes.
Je ne vais pas vous faire l'offense de vous parler à nouveau des effets rebonds ou du paradoxe de Jevons (on en avait parlé là). Mais tout de même, quelles sont ces technologies qui vont nous sauver ?
La fusion nucléaire, une chimère qui mettrait de toute manière des décennies à être industrialisée et a déjà été préemptée par Sam Altman pour subvenir aux besoins en énergie de l'IA ?
Ou bien l'IA justement, une tech qui augurerait d'une superintelligence qu'on nous annonce tous les 4 matins, mais qui sert pour le moment surtout à la désinformation (notamment climatique), tout en ayant un impact en propre exponentiel ?
Ce qui est nouveau ici, c'est un nouvel argument de choc pour Gates. Il oppose les luttes : nous dépenserions trop dans la lutte contre le changement climatique, et pas assez dans celle contre la pauvreté 🤔
Tu sais Billou, si au lieu de faire de la philanthropie, toi et tes copains milliardaires payiez les impôts réels que vous deviez à la communauté, on pourrait régler la pauvreté ET le changement climatique très rapidement !
On en viendrait à se demander si, au fond, Gates n'a pas toujours été climato-sceptique.
Sauf que : Bill Gates n'investit pas que dans des programmes contre la pauvreté et pour soigner des maladies... nope, il investit aussi dans des projets miniers au Groenland, accessibles uniquement depuis les fontes de glace liées au réchauffement climatique, parmi d'autres joyeusetés que The Guardian résume très bien dans cette courte vidéo !
Donc climato-sceptique, sans doute pas. Climato-foutiste, plutôt !
Bon, et ajoutons que ce n'est probablement pas pour parler lutte contre la pauvreté que le Billou se pointe au dîners de Trump (qui a d'ailleurs repris la déclaration de Gates avec délectation) aux côtés des autres leaders de la tech, comme Satya Nadella de Microsoft, si ? 😅

J'ajouterai une chose, puisque l'on parle de Microsoft (dont je suis, pour rappel, un ancien salarié) : quand on parle de Bill Gates, on entend souvent l'envie de distinguer Gates de Microsoft, puisque s'il possède toujours 1% environ de la boîte (ce qui représente quand même énormément de pognon), il n'a plus de rôle officiel au sein de l'entreprise.
Mais distinguer Gates de Microsoft, sur les sujets environnementaux en tout cas, est pour moi une perte de temps : la vision de Microsoft découle très directement de celle de Gates.
Et alors que Gates apparaît désormais pour ce qu'il est, à savoir un climato-foutiste comme nous le disions avec verve, il faut rappeler que Microsoft a depuis longtemps abandonnés ses discours sur l'importance de son impact environnemental. Tout ça est parti en fumée et n'était que du greenwashing pur jus, nous l'avons déjà raconté par le passé.
Désormais, ce qui compte, c'est d'investir des centaines de milliards de dollars dans OpenAI et de ne pas fâcher Donald Trump. Ce qui fait l'entreprise laisse en tout détente ses mascottes devenir des symboles pour la propagande trumpiste, ce qui ne manque pas (enfin ?!) de faire réagir en interne.
Alors, on fait quoi ? On oppose les luttes comme Billou, ou on va vers la convergence ?
Vous connaissons ma réponse. Convergeons. Luttons contre le changement climatique. Et luttons contre la pauvreté.
Luttons, aussi, pour notre souveraineté face aux géants de la tech américains et chinois (y'a du boulot) et contre la morgue des Bill Gates de ce monde.
Et taxons les riches. Et mangeons les milliardaires 🤗

C'est reparti pour un tour : tous les tech enthusiasts en DSM* de Linkedin sont en train de se chauffer sur la prochaine "révolution qui vient" 🤖
Sauf que rien ne vient du tout, comme pour le metavers, comme pour la superintelligence, comme pour Mars.
Ils se chauffent pour quoi ? Pour le 1X Neo, soi disant le premier robot "aide ménager" qui va réaliser le rêve humide numéro uno des fans de science-fiction : une tech qui vous libère des tâches ingrates, vous permettant de vous concentrer sur les choses qui comptent vraiment, à savoir la création, l'art... ou plus probablement resté le cul posé dans le canap à regarder Netflix.

Bref, le plus intéressant est ailleurs : c'est du bullshit complet, sans surprise, et comme le dévoile une vidéo du Wall Street Journal déjà visionnée 1,3M de fois.
Le truc marche très mal, même pour des tâches hyper basiques, et a besoin d'un opérateur humain à distance pour fonctionner la plupart du temps, ce qui pose pas mal de questions du côté du respect de la vie privée... et du travail des petites mains de la tech, comme d'habitude.
Bah, après tout, c'est plus agréable de reléguer le petit personnel à l'autre bout du monde, j'imagine 🙃
Concluons sur un excellent commentaire sous la vidéo : "It’s the self-driving car stage where the ‘self’ part is just a guy in Bangalore with a joystick." Traduction : on est à l'étape du développement des voitures autonomes où le "autonome"est juste un mec tenant un joystick depuis Bangalore (une ville indienne).
Je ne sais pas si c'est en voyant les vidéos promos de la marque 1X (les tech bros ont vraiment un problème avec cette lettre) qu'Amazon a décidé de virer 30 000 personnes, mais qui sait.
*DSM, c'est l'acronyme de doudoune sans manche, que je vous propose d'utiliser davantage, collégialement.


Voilà, c'est tout pour ce Bonus, et c'est déjà pas mal !
On se retrouve bientôt pour un 21ème numéro de Tales From The Tech.
D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).
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Merci à toutes et tous,
Thomas ✊
PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes
28.10.2025 à 09:13
Thomas Beaufils
Plusieurs personnes m'ont dit, après la lecture du dernier numéro de TFTT, qu'elles m'y avaient trouvé encore plus vindicatif qu'habituellement. Ce qui n'est pas peu dire.
Ces personnes, que je remercie ("feedback is gift&

Plusieurs personnes m'ont dit, après la lecture du dernier numéro de TFTT, qu'elles m'y avaient trouvé encore plus vindicatif qu'habituellement. Ce qui n'est pas peu dire.
Ces personnes, que je remercie ("feedback is gift"), avaient sans doute raison. Mais comme en plus d'être vindicatif, je suis aussi têtu, me voilà à leur répondre quelques semaines plus tard que la situation actuelle a de quoi rendre sacrément vindicatif. Et me voici à caler un gros mot dès le titre de ce numéro 20. Quelle tête de pioche.
Qu'est ce qui me rend vindicatif ? Je ne parle pas ici du budget Lecornu ou des soutiens de Sarkozy (qui me donne envie d'en prendre un pour taper sur l'autre, certes). Nope, je parle bien, comme trop souvent, des techno-fascistes, qu'il ne convient plus désormais de nommer autrement.
Et oui, j'ai enfin reçu le livre des journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet (que j'évoquais le mois dernier) chez mon libraire, et cela après pas mal d'attente. Ce qui est plutôt bon signe, je présume ?
Je ne vais pas vous en faire une analyse extensive, comme j'avais pu le faire par le passé avec l'essai "Vallée du Silicium" d'Alain Damasio. En tout cas pas encore 👀
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Je vous dirais en revanche une chose : il va vraiment, vraiment, être temps que la bulle de l'IA pète. Parce que je vous en parle depuis des mois et que je commence à fatiguer.
Il va falloir que la bulle pète parce l'IA générative est une forme ultime d'aliénation, imaginée par le techno-capitalisme conquérant main dans la main avec l'internationale fasciste. Une aliénation qui vient nier notre réalité commune, le peu qu'il nous reste de communs.
Il va falloir que la bulle pète parce nous allons toutes et tous devenir cinglé.e.s d'ici peu, dans le cas contraire. Pour preuve, le déluge de vidéos IA qui "inondent la zone de merde" depuis la sortie de Sora 2, nouvel outil vidéo de destruction massive du réel pondu par OpenAI.
Une inondation qui avait été théorisée par Steve Bannon, pour expliquer la stratégie de communication de Trump.
Tout se recoupe, symboliquement.
Explications, flashback 2019 :
Steve Bannon, ancien stratège de Trump, a théorisé une méthode passée désormais à la postérité via une expression : "flood the zone with shit".
Son objectif : saturer l’espace médiatique avec des polémiques incessantes, vraies ou fausses, pour empêcher tout débat de fond. Citation complète : "la vraie opposition, ce sont les médias. Et la façon de les gérer, c’est de les inonder de merde".
Cette stratégie est désormais déclinée par tous les partis de droite et d'extrême-droite (est-il encore utile de faire la distinction ?) du monde, de la France à l'Argentine, de l'Italie au Japon. Et les médias sont tous tombés dans le panneau.
C'est une évidence en France notamment, un effet renforcé bien sûr par les efforts des politiques et des milliardaires comme Bolloré, Stérin ou Pinault – ce dernier dont on parle moins, mais il va falloir commencer à le faire face aux dérives du Point, dont il est le propriétaire.
Nous en arrivons donc à la suite logique : après les médias, les social medias ! Voilà ce qui nous arrive désormais en plein face sur les réseaux sociaux, "grâce" à l'avènement de l'IA générative : slop / soupe IA qui pourrit nos feeds, incapacité à distinguer le vrai du faux, et polémiques incessantes et vides de sens.
C'est ainsi qu'il y a quelques jours, Trump, tout fâché par les millions de manifestant.e.s descendu.e.s dans la rue aux États-Unis pour le "No Kings Day", a décidé d'utiliser l'IA pour exprimer la supériorité de son intellect.
Il a ainsi posté un montage vidéo réalisé avec Sora 2, où on le voit aux commandes d'un avion de chasse qui lâche... des tonnes d'excréments sur des manifestants ?!

Voilà. Inonder la zone de merde, littéralement. Les médias du monde entier ont presque autant parlé de ce montage puéril que des manifestations regroupant des millions de personnes. Tout est dit.
Je le disais, il va être temps que la bulle pète, pour que la hype autour de l'IA s'explose au sol et que le rejet montant de cette technologie (et des plateformes qui ne la régule pas) continue de grimper en flèche.
L'avantage, c'est qu'elle va bien péter, cette bulle. Tout le monde le dit, même le Financial Times, et même les banquiers. Voici ce que déclarait ainsi la Deutsche Bank fin septembre : "la bulle de l'IA est la seule chose qui maintient l'économie américaine à flot."
La question n'est d'ailleurs pas tellement de savoir si elle va péter, mais plutôt de quelle ampleur sera l'explosion.

Cela ne sera fera en tout cas pas sans douleur, et c'est l'économie toute entière qui va en pâtir. On sait déjà que ce ne sont pas les tech bros qui vont le plus en souffrir. Comme les banquiers n'avaient pas été ceux qui avaient le plus souffert de la crise des subprimes. Le karma n'existe pas, et rien ne change.
L'autre avantage, c'est que même si les tech bros ne seront pas ceux qui souffriront le plus de la crise à venir, OpenAI est tout de même dans la panade. Si la boîte de Sam Altman ne trouve pas 400 milliards (de l'argent de poche, vraiment) dans les 12 mois qui viennent, elle aura de sérieux problèmes. Et la fuite en avant actuelle ne pourra pas continuer dans un contexte de crise étendu.
D'autant que Sora 2 coûte très cher à OpenAI à chaque génération de vidéo, bien plus que des réponses à des prompts classiques, et qu'un tel outil pourrait bien précipiter la chute de l'entreprise qui crame le plus de cash de l'histoire de l'humanité.
Concluons ce laïus en évoquant une dernière actu autour de l'IA qui a beaucoup fait parler ces derniers jours :
"des centaines d’experts et personnalités, dont des figures de l’IA moderne comme Geoffrey Hinton, prix Nobel de physique en 2024, ou encore Steve Wozniak, cofondateur d’Apple, appellent à stopper la course au développement et alertent sur les dangers que ferait courir l’avènement d’une IA capable de surpasser les capacités humaines."
Comme le rappelle Irénée Regnauld, un appel quasi similaire avait été lancé il y a déjà 10 ans. Appel qu'avait déjà couvert Le Monde en ces termes, comme le raconte Irénée :
"'Des scientifiques américains s'inquiètent de l'évolution de l'intelligence artificielle', dans un texte qu’on jurerait rétrospectivement copié-collé. À l’époque, Stephen Hawking et Elon Musk étaient aux manettes. Le Future of Life Institute est déjà là. On s’inquiétait alors que l’IA puisse 'dépasser l'humanité' (voire 'l’éradiquer'), tout en convenant de ses bienfaits pour 'éradiquer des maladies et la pauvreté'.
Pourtant n'est-on pas là devant un énième contre-feu alarmiste des tenants de l'intelligence artificielle ? C'est ce qu'exprime Mathilde Saliou :
"Un nouvel aiguillon qui nous poussent, surtout nous, européens, à nous considérer en retard ? En retard sur les US et la Chine, donc « obligés » d’investir massivement, y compris à l’aide de capitaux étrangers, dans un champ technologique dont la démonstration du retour sur investissements publics (et privés) n’a toujours pas été faite"
La "superintelligence artificielle", on nous la promet tous les 5 ans depuis 20 ans. Elle n'est toujours pas là, et elle n'est qu'un fantasme de geekos, rendu impossible par les simples limites énergétiques et matérielles de notre planète et de nos sociétés. Voilà qui rappelle les fadaises du techno-fasciste ultime, Elon Musk et ses promesses régulières au fil des années d'un voyage "dans 5 ans" sur Mars.
Le risque ne réside pas, demain, dans une "superintelligence" digne d'un mauvais film SF.
Le risque, il est concret, dès aujourd'hui, de voir nos sociétés imploser sous les coups de boutoir d'un fascisme techno-boosté. Plus rien en commun, plus rien de vraiment vrai, plus assez de flotte dans nos verres, plus assez d'énergie pour faire tourner le chauffage au cœur de l'hiver, plus assez de pognon pour payer les profs et le personnel hospitalier... parce que tout y sera passé.
Là sont les vrais risques de l'IA. Là sont les risques du techno-fascisme.

On n'a pas mal parlé d'OpenAI et de son patron Sam Altman, encore une fois, ce mois-ci. Mais saviez-vous que ce gai luron avait désormais accès à du plutonium de qualité militaire ? Ô joie. Qu'est ce qui pourrait mal se passer ? On en parlait déjà dans l'édito du n°9 de TFTT.

Au rayon des dernières délires de la tech, l'idée d'envoyer des datacenters dans l'espace (parce qu'il y fait froid) se positionne assez haut dans le classement. C'est pourtant bien le projet d'une start-up, ainsi que le sujet d'une "étude de faisabilité" par Thales. Cocoricon. Plutôt que des datacenters, j'irai bien mettre quelques entrepreneurs en orbite, je vous jure 🛰
Pour Ubisoft, combattre le KKK dans un jeu vidéo est désormais considéré comme "trop risqué politiquement". N'hésitez donc pas à jouer à Wolfenstein II, très jouissif de ce point de vue. Bon en même temps, c’est un jeu produit par Microsoft, entreprise qui permet ce genre de choses, alors… "No politics in my game" 🤡
Le parquet de Paris ouvre une enquête sur Siri suite à une plainte de la Ligue des Droits de l'Homme, appuyée sur le témoignage d’un lanceur d’alerte français. Apple est suspectée d’avoir utilisé des enregistrements d’utilisateurices à leur insu. Bon en même temps, pourquoi s'embêter à écouter vos conversations quand tout ce que vous direz à Atlas, le nouveau navigateur made in OpenAI, pourra être retenu contre vous 👀
Une enquête d'Amnesty International publié le 21 octobre démontre les effets néfastes du réseau social Tik Tok sur les ados, et annonce saisir l'Arcom en conséquence. On va suivre ça avec intérêt 🧐
La mobilisation, et les boycotts, ça paye ! Microsoft a annulé la construction d'un datacenter dans la banlieue de Milwaukee, aux États-Unis, suite aux résistances locales. Les réactions négatives à des projets de ce type se multiplient ces derniers mois, aux États-Unis et ailleurs 🙅
La super association Data For Good est en pleine levée de fond ! N’hésitez pas à soutenir leur super travail à la hauteur de vos moyens, comme je viens de le faire. Comme iels le disent : "Les technosolutionnistes accélèrent. Accélérons le contre-pouvoir tech citoyen" 🤗
Pendant que George Miller, le réalisateur de la série Mad Max, démontre qu'il n'a rien compris à ses propres films qui ont pour toile de fond une pénurie d'eau, le Grande Guillermo del Toro explique qu'il "préférerait mourir" plutôt que d'utiliser de l'IA. The Shape of Water💧


J'ai eu le plaisir, la semaine dernière, de participer à la soirée de lancement du dernier numéro de Climax, le fanzine le plus chaud que le climat. Un numéro 9 tourné vers un sujet (le génocide à Gaza) dont le lien avec l'écologie peut ne pas sauter aux yeux, mais qui s'inscrit pourtant dans une logique politique et sociale.
De la destruction pure et simple d'une zone géographique pour la rendre inhabitable aux liens très nets entre écologie et décolonisation, les connexions sont multiples.
Parmi les interventions de qualité, j'ai notamment été marqué par celle du journaliste Martin Lafréchoux, auteur d'un article sur la Start-Up Nation originelle, à savoir Israël. Dans lequel il enquête sur le rôle de cobayes des gazaouis, au profit des nombreuses entreprises israéliennes spécialisées dans la surveillance (des leaders mondiaux sur le sujet)... mais également pour de nombreuses entreprises internationales, comme Microsoft.

Puisque nous parlions d'événements, j'en profite pour conclure ce 20ème numéro de TFTT en évoquant l'actu d'un autre de mes projets, Lowreka – pour lequel je prends la pose régulièrement ! Vous le savez peut-être, je suis le co-fondateur de cette entreprise qui œuvre à la démocratisation des low-tech, des technologies douces qui aident à réduire notre impact environnemental.
Il se trouve que nous avons mené l'été dernier une campagne de financement participatif. Pour fêter son succès, on vous convie à une "Fête Low-tech" qui aura lieu à Paris, au Point Éphémère le 25 novembre prochain !
Au programme : une prise de parole pour vous tenir informé.es des avancées du projet Lowreka, des échanges avec l'écosystème low-tech de la région parisienne, de quoi boire et manger, et quelques surprises !
Si vous souhaitez m'y rencontrer et discuter (low-)tech, n'hésitez pas à venir y faire un tour, et le cas échéant à compléter ce rapide formulaire dédié (ça prend littéralement 5 secondes) pour nous aider à préparer la soirée dans les meilleures conditions 🥳

Voilà, c'est tout pour ce numéro 20, et c'est déjà pas mal !
On se retrouve bientôt pour un 21ème numéro de Tales From The Tech.
D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).
Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.
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Merci à toutes et tous,
Thomas ✊
PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes
03.10.2025 à 07:56
Thomas Beaufils
Ce mois-ci dans Tales from the Tech, on va se... disperser ?
En ce début octobre, nous parlerons ainsi de "lunettes IA", de "techno-fascisme", des reculs de Microsoft, ou bien de nouvelles études sur l'impact environnemental de l'IA.
Mais d&

Ce mois-ci dans Tales from the Tech, on va se... disperser ?
En ce début octobre, nous parlerons ainsi de "lunettes IA", de "techno-fascisme", des reculs de Microsoft, ou bien de nouvelles études sur l'impact environnemental de l'IA.
Mais d'abord, en préambule, quelques mots plus personnels :
En cette rentrée, j'ai en effet relancé un projet qui traîne sur mes étagères depuis bien trop longtemps : j'ai repris l'écriture d'un bouquin qui me trotte dans la tête depuis 2 ans, au bas mot.
On dit souvent que parler d'un projet que l'on n'est pas sûr de finir, c'est transformer ledit projet en dette. Mais je crois que c'est ce dont j'ai besoin pour avancer enfin : faire de ce projet quelque chose de concret, en parler autour de moi, pour enfin mettre le coup de collier qu'il faut et le finaliser en 2026.
Ce bouquin, ce sera un roman ; il y a des gens bien meilleurs que moi pour écrire des essais, nous en parlerons un peu plus bas. Cette fiction évoquera de manière détournée mon expérience dans les boîtes de la tech, les délires de la start-up nation auxquels nous sommes habitués après 8 ans d'ère Macron... mais aussi, figurez-vous, de curry rouge et de Fernand de Magellan – en écho aux débuts de cette newsletter ?
Nous verrons bien si un jour quelqu'un souhaitera le publier quelque part. Mais au pire des cas, je vous le partagerai à vous, cher.e.s abonné.e.s 🤗
D'ici là, et même si mon temps n'est pas extensible, ma newsletter Tales from the Tech va continuer à vivre. Peut-être à un rythme différent, peut-être dans des formats qui changeront avec le temps. Je ne ferme aucune porte, et serai toujours preneur de vos retours.
En attendant, voici un numéro 19 en forme de best-of (ou de "worst-of", plutôt) de ces dernières semaines complètement folles dans le fâcheux monde de la tech.
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Comme je l'ai lu très justement sur Bluesky il y a quelques jours : "la tech en a rien à foutre du consentement et reviendra te proposer les produits que tu as déjà refusé, encore et encore".
Voilà qui condense bien ce que l'on est en train de nous servir avec les "lunettes boostées à l'IA", nouvelle resucée des lunettes connectées chères aux gros de la tech, qu'ils n'ont pourtant toujours pas réussi à rendre cool, bien au contraire.
Dernière offensive de la tech pour vous coller un truc sur la tronche : Zuckerberg et Meta ont dévoilé le 17 septembre une série de nouvelles lunettes à réalité augmentée, dont ce qu'ils ont présenté comme les "premières lunettes IA haute résolution", capables de projeter une image directement sur le verre droit, les Ray-Ban Display. Une paire disponible depuis quelques jours aux Etat-Unis pour la modique somme de 800$. Par bonheur aucune sortie n'est prévue en France pour le moment.
Le Monde résume assez bien le ressenti général à ce stade, dans un article publié le lendemain des annonces :
"Reste la question de l’utilité : que permettent-elles de faire mieux qu’un simple smartphone, dont nous sommes déjà équipés ? Envoyer des SMS, passer des coups de fil, se diriger par GPS, traduire des conversations en les sous-titrant, répond Meta… tout « en restant pleinement présent, et en conservant les mains libres », argue son communiqué de presse [...] Les Ray-Ban Meta permettent encore de communiquer avec l’intelligence artificielle Meta AI."
"Rester pleinement présent" avec cette saloperie collée sur le nez, alors que maintenir une conversation de plus de 5 minutes sans qu'une des personnes incluses ne jette un oeil à son smartphone tient déjà de l'exploit ! On a envie de s'esclaffer tristement...
Sur le lien avec Meta AI, notez que ce n'est pas une nouveauté, puisque cela serait simplement une version "plus fluide" d'une fonctionnalité déjà disponible avec le précédent modèle de lunette similaire, commercialisée en 2023 par l'entreprise, et écoulée à plusieurs millions d'exemplaires ; ce qui est à la fois peu pour un objet poussé par une entreprise d'une telle ampleur, et beaucoup trop quand on considère son intérêt.

Alors, pourquoi les tech bros n'arrivent-ils pas à rendre ces objets cools, malgré des dépenses faramineuses en R&D et en marketing ?
Primo : parce que les démos ne se passent jamais comme elles devraient, ce qui est rarement bon signe. Ce fut encore le cas ce 17 septembre, puisque que comme le raconte Futurism, cette conférence MetaConnect 2025 a vite sombré dans le chaos : les démonstrations prévues par Zuckerberg ont échoué à plusieurs reprises, provoquant regards gênés, silences assourdissants et rires étouffés au sein du public, comprenant un large parterre de journalistes tech du monde entier. Oupsie.
Une conférence contenant un bon paquet de moments déjà cultes, et qui confirment ce que l'on savait déjà : cette tech est loin d'être prête, ce qui n'empêchera sans doute pas des milliers de "AI enthusiasts" en doudounes sans manche de se jeter dessus parce qu'ils ont visiblement trop d'argent (et qu'il faut donc de toute évidence les taxer davantage).
Deuxio : parce que de plus en plus de monde sait bien désormais les questions que cela pose du point de vue de la vie privée. Perso, je supporte déjà de moins en moins quand des gens filment ou prennent des photos dans ma direction dans un lieu public, avec un simple téléphone… alors imaginer qu'un mec (oui, il est écrit à 99% que ce sera un homme) assez stupide pour se coller ça sur le nez puisse me filmer à mon insu sans que j'en sache rien, puisque la caméra et les actions de l'utilisateur sont généralement invisibles pour les gens autour !?
Accessoirement, on parle ici de Meta, une boîte qui s'est littéralement construite sur la violation de notre vie privée à toutes et tous, de ses origines jusqu'à aujourd'hui, en passant par le trop vite oublié épisode Cambridge Analytica.
Très concrètement, si un mec avec des lunettes Meta vissées sur le nez rentre dans un bar, et que votre serviteur y est sagement posé à siroter un café ou une bière, je lui demanderai gentiment de les enlever, ou l’un de nous devra sortir de la pièce. "Tu sors, ou je te sors, mais va falloir prendre une décision", comme on dit en Belgique 🤗
Tertio : parce que les gadgets tech qui couvrent le visage, aussi discrets deviennent-ils avec le temps, ne se sont jamais suffisamment vendus jusqu'ici. Les Google Glass ont été un échec retentissant, les casques de réalité virtuelle prennent la poussière, et l'Apple Vision Pro est déjà oubliée, avant sans doute une prochaine offensive de la boîte de Tim Cook.
Or l'objectif assumé du Zuck est de remplacer les smartphones avec ses lunettes, à terme. Pour y parvenir, il faudra d'abord faire disparaître des usages désormais ancrés plus que profondément, comme le rappelle le correspondant des Échos à San Francisco, en prenant l'exemple du selfie.
Je crois surtout que se coller un objet sur le visage rebutera toujours plus que de glisser un truc dans sa poche. C'est une forme de séparation ultime avec le réel, un form factor (le format d'appareil) qui fait peur et inspire des histoires et images effrayantes aux auteurs et autrices de science-fiction depuis des décennies, là où placer une petite dalle tactile dans le creux de nos mains paraît bien anodin en comparaison. C'est d'ailleurs ce qui rend l'emprise de nos smartphones si insidieuse.
La dimension repoussoir de ce form factor est d'autant plus forte quand on la charge de l'appellation "IA", notion floue qui passionne autant qu'elle effraie. Ben oui, imaginez deux secondes avoir sur le nez un outil qui permette de diffuser du texte et du contenu, à l'aune d'une époque formidable où il devient de plus en plus difficile de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, entre ce que vous raconte des chatbots hallucinés et les fake vidéos avec lesquelles on nous bombarde...
Rappelons-le : les boîtes de la tech visent à la destruction des communs pour nous isoler et nous transformer en consommateurs constants de "contenus", que nous quittions le moins souvent leurs "plateformes" et leurs "écosystèmes". Pouvoir physiquement influencer notre vision, voilà le coup final d'une partie d'échec bien vicelarde.
Nous saurons sans doute rapidement si nous basculerons dans un tel monde ou si ces nouveaux dispositifs optiques se planteront comme leurs prédécesseurs. Mais alors que la ligne "techno-fasciste" qui se dessine aux US se clarifie plus que jamais, espérons que les réactions épidermiques face aux innovations tech mèneront à des levées de boucliers de plus en plus intenses.
Note finale : je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour les génies de Ray Ban, qui, en s'associant à ce gênant de Marc, vont peut-être bien transformer leur marque, icône du cool, en un truc has been à souhait 🤞

PS : je suis obligé de vous partager en bonus le post sorti hier par Data for Good, qui complète parfaitement cette chronique !

La rentrée littéraire n'est pas loin, et un livre fait l'actualité dans le petit monde des techno-critiques français... mais aussi bien au delà !
"Apocalypse Nerds : comment les techno-fascistes ont pris le pouvoir" est co-écrit par les journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, dont j'ai déjà partagé le travail à plusieurs reprises. Et il sort au meilleur (au pire ?) des moments, tant il résonne avec ce que nous vivons actuellement.
Le pitch de cet essai :
"Et si la Silicon Valley, longtemps perçue comme un bastion progressiste, était devenue le laboratoire d’une révolution autoritaire à l’échelle planétaire ? Nourris par d’obscurs penseurs étourdis de rêves fascistes ou monarchiques, des milliardaires de la tech appellent à la mort de l’État-nation et prophétisent la fin des démocraties libérales."
Je pense que la question est vite répondue comme le disait un philosophe, m'enfin gageons que ce livre l'expliquera avec moults exemples et exposés qui risquent de me tendre mais surtout de me passionner.
Vous l'aurez compris : je ne l'ai pas encore lu ! J'attends la réception de ma commande dans ma librairie de quartier comme si c'était noël en octobre. On s'en reparle prochainement. En attendant, vous pouvez écouter l'épisode du super néo-podcast Propagations qui accueillait Nastasia et Olivier le 9 septembre dernier.

Cette fébrile attente d'une lecture passionnante ne va pas nous empêcher de faire le pont avec l'actu outre-atlantique : le rapprochement entre les milliardaires de la tech et les trumpistes ne fait plus aucun doute, comme le rappelle cette revue de presse de France Culture en date du 13 septembre, avec l'excellent Olivier Alexandre au micro.
On y entend Tim Cook, le patron d'Apple, s'y répandre en compliments pour son nouveau maître, tandis que Zuckerberg donnait lui des chiffres d'investissement au hasard complet pour faire plaisir à Trumpy. Même le pseudo "good guy" de la tech, Bill Gates, était de la partie. Après tout, Trump et lui se sont probablement croisés sur l'île d'Epstein, alors ça doit leur rappeler des souvenirs du bon vieux temps.

On peut aussi faire le parallèle avec l'actualité jeux vidéo, qui n'est plus qu'une autre verticale "entertainement" pour la tech. L'un des derniers grands éditeurs indépendants de l'industrie est ainsi en passe d'être racheté à hauteur de 55 milliards de $ par le fonds public d’investissement d’Arabie Saoudite et Affinity Partners, la boîte du genre de Trump, Jared Kushner. L'objectif : virer un max de monde et foutre de l'IA partout, de l'aveu même du PDG, Andrew Wilson, qui restera en poste pour finir son entreprise de destruction massive. Une actu en forme de melting pot de mots peu ragoûtants, que vous résume toujours aussi bien Gauthier Andres alias Gautoz chez le média spécialisé jeu vidéo, Origami.
On pourrait parler de ce qu'il se passe à New York, où Trump aimerait faire déporter le favori surprise à l'élection municipale et grand pro des réseaux sociaux, Zohran Mamdani. Mais intéressons nous plutôt au berceau de la Silicon Valley, sur la côte opposée des États-Unis.
Le gouverneur de la Californie, Gavin Newsome, pourrait en effet rapidement nous donner des signaux très clairs quant à sa façon de traiter avec les GAFAM et consorts. Celui-ci doit décider très prochainement s'il donne son accord ou son veto à plusieurs projets de lois destinés à encadrer un tant soit peu l'industrie du numérique, et principalement le développement de l'IA, générative et autres.
Ce qu'explique avec une grande clarté la dernière newsletter de Brian Merchant :
"Ces projets de loi ne sont pourtant pas radicaux. La plupart sont des mesures simples et sensées, auxquelles seuls des libertariens purs et durs pourraient s'opposer. Il s'agit, par exemple, de lois qui garantiraient qu'une IA ne pourrait pas être utilisée pour sanctionner ou licencier des employés.
[...]
Ne vous méprenez pas : la Silicon Valley ne souhaite voir adopter aucun de ces projets de loi, et son armée de lobbyistes a déjà réussi à en affaiblir ou bloquer beaucoup, notamment un projet de loi intéressant qui limitait les possibilités de surveillance des travailleurs par l'IA, ou encore un autre qui garantit la supervision humaine des véhicules de livraison sans conducteur. Ces projets de loi ont été classés comme « bisannuels », ce qui signifie qu'ils seront réexaminés l'année prochaine.
C'est un moment crucial. Si même des lois basiques comme celles-ci ne pouvaient être adoptées, cela confirmerait une chose : Gavin Newsom préparant actuellement sa future candidature à la présidence des États-Unis, il ne veut pas contrarier la Silicon Valley et ses riches donateurs. Cela nous montrerait que, même dans une Californie supposément progressiste, l'emprise de la Silicon Valley est devenue presque indestructible, ce qui n'augure rien de bon quant aux espoirs futurs de soumettre un jour les géants de la technologie à quoi que ce soit ressemblant à une démocratie."
Personnellement, je n'attendaiss rien de bon de Gavin Newsom depuis que j'ai constaté la nature de ses méthodes de communication en ligne.
Maintenant que l'on a dit tout ça, une bonne nouvelle vient de tomber : Newsom a annoncé cette semaine une première loi pour encadrer et demander de la transparence autour du développement de l'IA au niveau Californien. Alors qui sait ? On croise les doigts.
Mais, depuis le temps, je pense qu'il faut arrêter d'imaginer que la solution à nos problèmes technologiques viendra du pays même qui en a créé une bonne majorité. L'Europe doit se réveiller, sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres.

Vous me direz, en France, c'est mal parti, même à "gauche" : saviez-vous que la nouvelle porte-parole du Partie Socialiste n'est rien de moins que... salariée de Palantir, la boîte de surveillance du techno-fasciste en chef, Peter Thiel ? La boîte copine de la NSA, celle qui vend des logiciels à l'ICE pour chasser les migrants dans l'Amérique de Trump, celle que plusieurs armées utilisent pour cibler leurs attaques de drones ?! Ce serait drôle si ce n'était pas dramatique. Bonne tribune sur le sujet ici. Précisons que son porte-parolat est centré sur les questions d'IA. De là à dire que par conséquent, ça devient cohérent...
Allez, finissons sur une note positive à propos des techno-fascistes bien de chez nous : sachez que ça ne va pas hyper bien pour Pierre-Édouard Stérin, le milliardaire nationaliste exilé fiscal et argentier de l'extrême droite française ! Bon, déjà, il commence à être bien connu dans la sphère médiatique française, et ses attaques de mauvais goût ne passent plus inaperçues.
Surtout, le dangereux zigoto serait à court de cash : manque de liquidités, changements de gouvernance et structure fragile de son groupe à multiples têtes, autant de problèmes qui ébranlent les ambitions politiques du gus. Ben oui, Pierre-Édouard, tu aurais mieux dû continuer à financer des startups de la tech en catimini en continuant à vendre tes smartboxs 💩 plutôt que de l'ouvrir trop grand ! Désolé pour la violence, mais vraiment : ça fait du bien.


En quelques jours, Microsoft aura donc cédé par deux fois.
Sur ses liens avec l'armée israélienne, d'abord. Liens dont nous avions déjà parlé ici avant l'été. Le 25 septembre, l'entreprise a ainsi annoncé dans un communiqué avoir "cessé et désactivé un ensemble de services destinés à une unité du ministère israélien de la Défense", comme le rapporte cet article de Cassim Montilla pour Frandroid. Son Président, Brad Smith, en profite pour faire amende honorable, avec une sincérité dont on pourra douter, mais admettant en tout cas que les révélations successives de plusieurs médias, dont The Guardian, sont authentiques.
The Guardian qui confirme d'ailleurs que les quelques 8000 To de données stockées par l'armée israélienne sur les serveurs de Microsoft ont été migré dès août... probablement vers les Amazon Web Service, ce que l'autre géant de Seattle a refusé de confirmer à ce stade. Rien ne se perd, tout se transforme.
En tout cas, Microsoft, de son côté, aura peut-être entendu raison après des mois de tensions en interne et d'appels au boycott en externe. À moins, comme certains esprits chagrins ne le notent, que Microsoft ait simplement perdu une remise à plat de l'appel d'offre ? Quel mauvais esprit 😇
L'autre sujet pour lequel MS est dans la sauce, c'est la fin du support de Windows 10 : et oui, dès le 14 octobre prochain, Microsoft devait arrêter le support logiciel de son OS datant de 2014. Alors que l'entreprise avait auparavant parlé d'une fin de support pure et simple, pour mettre en avant le nouveau venu Windows 11 (qui n'est franchement rien de plus qu'une skin visuelle), elle a tout de même joué les bonnes poires en annonçant tout aise qu'il y aurait une solution... payante !
En effet, pour continuer à utiliser Windows de manière sécurisée, les utilisateurs et utilisatrices auront finalement deux possibilités : passer à la caisse pour acheter un ordinateur récent compatible avec Windows 11, ou payer pour continuer à recevoir des mises à jour de sécurité sur Windows 10 ! Quel choix, la chance ! On sait pertinemment qu'une majorité de particuliers comme d’organisations ne penseront pas aux alternatives libres à Windows, et ne voudront ou ne pourront pas prendre en charge les frais demandés par Microsoft, entraînant des failles de sécurité massives ainsi que la potentielle obsolescence de près de 400 millions d’appareils.
Et surtout pensez à acheter reconditionné, hein.
Bon, cela dit, en bon prince, Microsoft a également cédé sur ce sujet... si l'on peut dire. Et c'est notamment par la France que c'est arrivé, grâce à l'excellent travail de la bien nommée association "Halte à l’Obsolescence Programmée". Elle avait ainsi contacté par courrier officiel Microsoft en juin dernier. Elle a enfin reçu une réponse, offrant "un an de sursis gratuit" pour les mises à jour de sécurité. Sauf que, comme le relate un article de BFM : l'obtention de l'année de sursis est communiquée en catimini, ne concerne que les particuliers, et demande de se connecter avec un compte Microsoft, ce qui est gageure en soit quand on connaît les interfaces de la boite, même pour qui sait gérer correctement un PC.
Et puis : pourquoi seulement un an ? Microsoft ne fait pas assez de thunes pour se permettre de continuer les updates de sécurité ? Ce n'est pas comme si la boîte pesait 3 800 000 000 $ en bourse, c'est vrai. (Oui je sais Arthur Mensch, les parts sociales et les valeurs boursières, ce ne sont pas du cash, du coup tu ne peux pas payer la taxe Zucman, pauvre loulou).
En neuf mot comme en cent : Microsoft a cédé deux fois, mais craint toujours autant 🙅♂️


Cet été, je disais mon incompréhension (ici et sur Linkedin) face à l'utilisation de l'IA générative par des militants, organisations et médias que l'on pourra qualifier "d'écolos". Parce que parmi beaucoup d'autres questions, l'IA générative pose notamment le problème de son impact environnemental.
Deux choses se sont alors imposées comme évidentes suite à une variété de retours :
1/ beaucoup de gens partagent mon avis mais ont du mal à avoir les données qui leur permettent de soutenir ce point
2/ beaucoup d'autres, pourtant engagés, n'ont pas en tête le problème environnemental que pose l'IA.
Par chance, les individus très solides que sont Lou Welgryn et Théo Alves Da Costa ont publié un ÉNORME papier sur le site du média écolo Bon Pote. Il résume ce que l'on sait aujourd'hui de l'impact de l'entraînement et de l'utilisation des IA génératives, et surtout ce que l'on ne sait pas ! Car les entreprises derrière les différentes solutions d'IA générative se gardent bien de révéler en détail ce qui se passe sous le capot... ce qui reste en soit un signal assez clair.
Sur ce point spécifique, citons donc l'article publié chez Bon Pote :
"A noter que pendant l’été 2025 ont été publiés par Mistral et Google deux études pour documenter pour la première fois quelques impacts environnementaux d’une requête “médiane” faite sur leurs IA grand public. Cependant ces études sont intentionnellement sélectives et ne donnent pas assez de détails pour permettre de comparer et comprendre les impacts tout en détournant l’attention des impacts globaux cumulés en mettant en valeur les gains d’efficacité et en sur-responsabilisant les individus.
En résumé, en 2025, même s’il est possible d’obtenir des approximations, nous ne connaissons pas la consommation électrique d’une requête sur ChatGPT, de la génération d’une image studio Ghibli ou d’un starter pack. Comme le résumait Sasha Luccioni pour Wired : “Cela me sidère qu’on puisse acheter une voiture et connaître sa consommation au 100 kilomètres, mais qu’on utilise tous ces outils d’IA tous les jours sans avoir la moindre mesure d’efficacité, aucun facteur d’émission, rien.”
Personnellement j'insisterai donc sur ce que l'on sait de manière macro, puisque c'est une galère d'obtenir les chiffres micro :

Voilà, la prochaine fois qu'un de vos proches utilise l'argument miteux selon lequel "non mais ChatGPT ça consomme beaucoup moins que de regarder un film sur Netflix", vous aurez des arguments et des sources pour lui dire poliment de retourner parler à des vrais gens plutôt que de demander à son assistant IA quoi bouffer ce midi.
Au pire des cas, vous pouvez aussi lui partager cette vidéo très drôle en provenance de chez Urbania.

On vient de le voir, les usages de l'IA font exploser tous les compteurs. Et on comprend pourquoi quand on constate à quel point l'IA, notamment générative, se glisse absolument partout, mais dans des endroits où on ne s'attendrait pas un instant à la voir.
Évoquons ainsi une anecdote rigolote (mais néanmoins tristement révélatrice) qui est arrivée à un collègue de la sphère low-tech : Jacques Tiberi, le rédac'chef du Low-Tech Journal ! Difficile de faire moins low-tech que l'IA générative, et pourtant...
Je laisse Jacques vous raconter ça :
"Vous ne l'avez peut-être pas remarqué mais, une des photos publiées dans le n°21 du magazine a été retouchée par I.A. Si, si ! Et pas qu'un peu ! En ouvrant le magazine fraîchement sorti des rotatives, Mathilde, notre graphiste, a eu un choc : la photo du Soleil Journal (dans le dépliant en triptyque)... était pleine de ces zigouigouis caractéristiques des images générées par I.A ! Enfer et damnation.

Pourtant, cette photo a été prise par nos amis de l'Atelier 21 qui n'ont rien à se reprocher de ce côté... Alors, comment ce fait-ce ??? Après enquête, il s'avère que Indesign (logiciel Adobe sur lequel nous créons le mag) nous a I.Acké à l'insu de notre plein gré, s'autorisant à retravailler cette photo - un peu petite pour le format - sans qu'on lui ai demandé quoique ce soit ! Ils veulent que tout soit liiiiisssse ! Alors, ils mettent de l'IA pour tout rendre bien parfaiiiit. Et, comme la machine ne sait pas reproduire les lettres, on se retrouve avec ce gloubiboulga en spirales."
Laissez nous tranquille, en fait !
Bref : si la low-tech (concept dont j'ai parlé souvent dans ses lignes) vous intéresse, n'hésitez d'ailleurs pas à vous inscrire à la newsletter du Low-Tech Journal (scrollez tout en bas de la page ;), ou bien à vous abonner à leur super magazine papier !
À noter, en bonus :
Voilà, c'est tout pour ce numéro 19, et c'est déjà pas mal !
On se retrouve bientôt pour un 20ème numéro de Tales From The Tech.
D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous, cela me ferait très plaisir. Et à me faire part de vos retours.
Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.
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Merci à toutes et tous,
Thomas ✊
PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes
01.09.2025 à 08:42
Thomas Beaufils
Ce mois-ci dans Tales from the Tech, nous allons à nouveau discuter d'intelligence artificielle générative, mais d'une manière différente, et avec un invité de (water)marque.
Vous ne comprenez pas encore la boutade ? C'est normal
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/last-action-hero-photo-last-action-hero-1002644.jpg)
Ce mois-ci dans Tales from the Tech, nous allons à nouveau discuter d'intelligence artificielle générative, mais d'une manière différente, et avec un invité de (water)marque.
Vous ne comprenez pas encore la boutade ? C'est normal 😇
Cet invité va nous aider à répondre à une question :
Avec l'avènement de l'IA générative, on assiste à ce que certain.e.s appellent le "pourrissement d'internet", une ère en ligne où il devient difficile de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux. Alors : des méthodes existent-elles pour parvenir à maintenir cette distinction ?
Cet invité, c'est Nicolas Bodin Guittard, l'un des co-fondateurs de Label4AI, et on va se parler de ce que fait son entreprise, de pourquoi "tatouer" les contenus générés par l'IA est important... et de souveraineté numérique, aussi.
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Vous pouvez également soutenir mon travail à hauteur de 1, 3 ou 5€ / mois, ou bien faire un don ponctuel 🙏
Avec la victoire du Brexit en juin 2016 puis l'arrivée au pouvoir de Trump pour la première fois en janvier 2017, nous découvrions l'ère de la post-vérité. Nous entrions dans une période formidable où dire la vérité n'était plus important, c'était dire ce que les gens veulent entendre qui comptait, et surtout le dire plus fort que le voisin.
Avec l'avènement de l'intelligence artificielle générative quelques années plus tard, et la frénésie qui entoure cette technologie depuis, il ne faut pas s'étonner de voir le second mandat de Trump marquer un rapprochement inédit entre le camp du président d'extrême droite états-unien et les grandes entreprises de la tech, principalement états-uniennes elles-aussi.
Ces dernières sont prêtes à tout pour voir le traffic augmenter sur leurs plateformes, peu importe la nature des messages et des contenus qui y sont partagés, peu importe que cela mette en danger les individus et les organisations.
Nous sommes donc dans l’ère du doute permanent, en ligne : tout ce que vous lisez, tout ce que vous voyez sur internet peut être faux, puisque produit par des machines sans qu'on connaisse bien les intentions des auteurs derrière, ou la fiabilité desdites machines, entre hallucinations et omissions.
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/1755765109621.jpeg)
Qui croire alors, de qui se méfier ?
Alors que le "monde moderne" et "l'ère de l'information" devait nous apporter une meilleure compréhension commune du monde et donc rapprocher les peuples et les individus, la fatigue informationnelle poussée par des outils de production à la chaîne de contenus synthétiques pourrait parvenir à déliter ce qu'il nous restait au moins en commun : le réel.
Serions-nous donc de retour à l'ère de la rumeur, quand les dragons sur les cartes marines passaient pour réels ?
Pas encore.
Mais dans ce contexte, il est plus primordial que jamais de savoir ce qui a été généré par une IA, ou ce qui a été réalisé par la "main" de l'humain.
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/Patagon.jpg)
Voilà comment je résumerais en une phrase référencée la mission primordiale que s'est fixé Nicolas Bodin Guittard avec son projet Label4AI, spécialisé dans la traçabilité des contenus générés par IA. Il en est le CEO, comme on dit dans le monde des startups. Le Directeur Général, en somme.
Dans un monde où, on l'a vu, il devient de plus en plus difficile de distinguer le vrai du faux, développer des outils qui permettent de savoir ce qui a été généré par l'IA ou pas devient une question de vie ou de mort... pour nos démocraties de manière globale, comme pour toute entreprise ou organisation. Sans parler de notre santé mentale individuelle et collective.
⚠ Avertissement important : à la différence du premier entretien que j'avais réalisé avec Will Alpine, Nicolas et moi nous connaissons bien. Nous nous sommes rencontrés chez Shadow, l'entreprise de cloud computing rachetée en 2021 par Octave Klaba avec de grandes ambitions autour des enjeux de souveraineté numérique. Il en était le directeur juridique, j'en étais le directeur de la communication.
Même si nos visions de l'IA, notamment générative, diffèrent sur certains points, nous partageons le même constat d'un besoin d'encadrer et de légiférer sur le sujet. C'est cette constatation commune qui a mené à l'entretien que vous allez lire aujourd'hui.
Un entretien au cours duquel j'ai appris beaucoup de choses, et mieux compris le fonctionnement même des IA génératives. J'espère qu'il en sera de même pour vous.
Bonne lecture 🤗
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/L-interview.jpg)
Salut Nicolas, merci beaucoup de répondre à mes questions pour Tales from the Tech. Tu es le co-fondateur de Label4AI, une entreprise dont le boulot est marquer et détecter les contenus générés par l’IA. Comment toi, tu définirais la mission de ce projet ?
Nicolas Bodin Guittard : Je commencerais par les bases : l’IA générative, c’est quoi ? Ce sont des contenus qui ressemblent à la réalité, produits de façon « cheap », en masse, par potentiellement n'importe qui. Cette production, elle perturbe tous les processus qui sont en place dans les entreprises et les organisations. Nous, on veut apporter une solution technologique qui permet de maintenir l'équilibre pour que ces structures puissent garder le contrôle, dans un contexte où l’IA générative vient tout bousculer.
Concrètement cela veut dire quoi ? Cela veut dire taguer le contenu "synthétique" dès sa naissance – ce qu’on appelle le watermark – et donner les outils pour détecter ce "tatouage numérique" dès qu'on y est confronté. On retrouve cette dualité en permanence. Taguer et détecter les contenus pour connaître leur vraie nature, pour éviter toute confusion entre ce qui est généré par l’IA, et ce qui ne l’est pas.
C’est une précision importante : nous ne sommes pas du tout « contre l'IA ». Au contraire, je trouve que c'est une technologie très intéressante ; modulo les aspects écologiques qui te sont chers et auxquels je suis également sensible. En revanche, c'est une techno qui, compte tenu de ses paramètres, est aussi un eldorado pour les fraudeurs et les gens malhonnêtes.
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/Nicolas-1.png)
Je te demanderai après de rentrer dans le détail technique de ce watermark, parce que c’est la clé de tout ici... Mais avant ça, tu peux m’expliquer comment tu en es arrivé à ce projet ?
NBG : Je viens du monde du droit. J’ai eu un parcours juridique classique, et j'ai fait mes armes dans des cabinet d'avocats, avec de rejoindre de grosses boites, notamment TF1. J'ai ensuite embrayé assez rapidement sur les startups, à partir de 2015, avec un angle tech net, et toujours avec la notion de souveraineté [numérique] en toile de fond. Cette dernière dimension, je l’ai retrouvé au départ un peu par hasard, puis par conviction. C’est ce qui m’a amené chez Shadow et Qwant [N.d.A. : entreprises où nous nous sommes donc rencontrés, les deux ayant été regroupées dans une même structure suite aux rachats successifs d’Octave Klaba].
J'ai ensuite rencontré un groupe de chercheurs rennais qui avait un projet ambitieux autour de la détection des contenus IA, avec des profils techniques très solides. Le sujet m'intéressait déjà beaucoup, et ils avaient besoin de quelqu’un pour apporter la dimension juridique au projet et structurer l’activité. On est maintenant six co-fondateurs, avec des profils très "deep tech", la plupart sont des doctorants/PhD en informatique appliquée, avec entre 15 et 20 ans de métier.
C’est là que la complémentarité intervient : comme avec Label4AI on est entre la tech et le réglementaire, ça se complète très bien, puisqu’Anthony [Level, le CSO de l'entreprise] et moi sommes les deux personnes "non-tech" de l’équipe. Lui sur la partie affaires publiques, moi sur la partie juridique. Cela nous permet d’avoir une très bonne compréhension des réglementations autour de l'IA, notamment de l’AI Act. Compréhension du contexte, des impacts que cette réglementation peut avoir, de la traçabilité que ça demande, etc.
Nous sommes aussi très liés à la recherche [N.d.A. : notamment avec l'INRIA et le CNRS en France ou l’Université de Naples en Italie], ce qui se traduit par beaucoup d’échanges avec des facs et laboratoires de recherche. On souhaite participer à l'application industrielle des travaux académiques, ce qui représente souvent une étape difficile : passer du laboratoire à la "vraie vie".
Tu l’as esquissé ici, ton projet est par définition complexe et technique. Comment tu arriverais à expliquer comment marche ce "watermarking", cet tatouage numérique que tu évoquais ?
NBG : Je vais commencer par une précision clé : le "watermarking", c'est une fonctionnalité, ce n'est pas une technologie. Et c’est une fonctionnalité qui date : elle existe sous différentes natures depuis plus de 30 ans. Ce qui diffère ici, c’est notre façon de l’appliquer au contenu généré par IA. Le watermarking, c'est un principe selon lequel un élément invisible est inséré dans un contenu, ce qui permet sa traçabilité ultérieure. On vient incruster dans le contenu, très en profondeur et de manière invisible, sa carte d'identité, infalsifiable. Comme le filigrane des billets de banque, en quelque sorte.
Disons, pour simplifier, qu’il existe aujourd’hui 3 types de watermarking, en fonction des formats les plus communs de contenus générés par IA :
Primo, il y a l'image : on modifie l'image au niveau des pixels. On pose un "masque" sur l’image, spécifique à ses éléments saillants. Quand c’est bien fait, c’est complètement invisible ; quand c’est mal fait, ça peut modifier des éléments comme la colorimétrie de l’image… Ensuite, avec le détecteur approprié, on peut déterminer que c'est bien l'image à laquelle on fait référence, ou bien vérifier sa provenance, selon les critères du "tag".
Après son invisibilité, un autre point clé d’un watermark c’est sa robustesse : quelques soient les modifications et les "attaques" faites à l’image, on doit pouvoir retrouver le tag. Dans notre cas, même si quelqu’un vient prendre en photo l’image watermarké sur ton écran d’ordinateur avec un autre appareil, par exemple, et bien le tag restera fonctionnel. Idem en cas de compression, ou de réencodage de l'image. De ce point de vue, c'est la méthode la plus robuste.
Deuxio, sur l’audio. Il y a plusieurs manières de watermarker un fichier audio, mais la meilleure façon de le faire selon nous (et en simplifiant le concept) c’est de jouer sur les fréquences inaudibles, pour ajouter au contenu généré une marque que seul un algorithme spécialisé pourra "entendre".
Enfin pour le texte, c’est le plus complexe : comme un LLM [N.d.A. : Large Language Model, grand modèle de language en français, dont l'exemple le plus connu est bien sûr ChatGPT] est un modèle statistique, on vient tester les pourcentages de probabilité. Pour simplifier : un LLM génère du texte mot par mot, chaque mot étant ce qu'on appelle un "token". Chaque mot se voit attribué un score de probabilité, basé sur la probabilité qu'il soit généré ensuite. Par exemple, dans la phrase "mes animaux de compagnie préférés sont les chats et...", le mot "chien" aura un score de probabilité plus élevé que le mot "voiture". Là, on vient ajuster ces scores de probabilité pour générer un watermark invisible en choisissant le mot que le LLM aurait choisi en deuxième, et qui n'affecte pas le sens et la qualité du résultat.
Ce qui est sûr, c’est que seul le watermark permet une détection fiable de ce type de contenus. Soyons clairs : les systèmes de détection de textes générés disponibles facilement en ligne pour savoir si un texte est généré ou non ne sont pas fiables ! Ça peut fonctionner en trouvant des "patterns", mais il y a un énorme problème de faux positifs.
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/ZeroGPT.png)
Il existe d’autres méthodes que le watermarking pour "marquer" les contenus générés par IA comme tel. Peux-tu m’en dire plus, et m’expliquer pourquoi vous, vous avez opté pour le watermarking ?
NBG : Il y a en effet d’autres méthodes de "tag" pour identifier les contenus qui sont générés avec de l’IA. Celle dont on parle le plus, c’est la "metadata", ou métadonnée. Tu ajoutes simplement dans les données du fichier, quelle que soit sa nature, que ledit fichier est créé via un outil d’IA générative, et lequel. Basta.
Il y a aussi la méthode du "fingerprinting", qui demande à ce que tous les contenus générés par IA aient une "empreinte digitale" distincte, disponible dans une énorme base de donnée. Une espèce de Shazam, pour résumer grossièrement. Il y a enfin des méthodes qui se basent sur une utilisation de la blockchain.
Chacune de ces méthodes doit être évaluée selon quatre critères : efficacité, interopérabilité, robustesse et accessibilité.
Le truc, c’est que selon nous, aucune méthode n'est aussi fiable que le watermarking. Pour revenir aux métadonnées, l'un des modèles le plus connu est le C2PA, porté notamment par Adobe. Il est intéressant, mais n'est clairement pas le plus robuste, et doit être envisagé avec d'autres solutions en parallèle. Quelqu'un a par exemple réussi à faire dire aux metadatas que la fameuse photo du Pape en doudoune était une photo officielle du Vatican ! Ça, ce n’est pas possible avec le watermark.
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/C2PA.png)
Du côté étatique, c'est également la méthode du watermarking qui est généralement suggérée, parce que c'est celle qui propose le meilleur compromis entre robustesse, sécurité et facilité de déploiement.
Parce que si le watermarking, comme toute méthode de tag, génère des faux positifs… il le fait beaucoup moins que les autres : environ 1 pour 1 milliard, pour notre propre méthode de watermarking. C'est rien. D'autres techniques, pourtant avancées, produisent un faux positif pour 1 000, au mieux. C'est donc beaucoup moins fiable, et utiliser à grande échelle, cela va générer beaucoup d'erreurs.
Notre vocation, ce n’est pas de rendre les "deep fake" impossibles, parce qu’aucune méthode n’est fiable à 100%. Mais à l’heure actuelle, le watermarking est la méthode la plus fiable, la plus dure à "craquer", compte tenu des paramètres qu'on doit mettre en œuvre.
Maintenant, ce watermarking, il faut qu’il soit bien fait. On a un concurrent, que je ne citerai pas, qui a proposé sa propre méthode de watermark. Ils ont sorti leur modèle, et honnêtement : on l'a craqué en dix minutes. C'est hyper dangereux. Il vaut mieux pas de watermark, qu’un watermark de mauvaise qualité qui offre l'illusion de la sécurité. Sinon, après, on peut imaginer un hacker qui sait imiter la technique de watermarking d’une entreprise et fait passer un faux document pour un vrai… Là, ça peut aller très vite. Ça participerait à saper la confiance du public dans la notion de watermarking.
Surtout, pour conclure, je dirais qu'aucune méthode de tag seule n'est magique. Mais pour nous, le socle le plus sûr reste donc le watermark.
Je fais une parenthèse, mais, à propos d'impact environnemental : parmi toutes les méthodes, le tatouage est la plus intéressante, parce que ce n’est que quelques pixels à superposer sur le fichier. Comme il va falloir monter à l'échelle pour imposer un modèle, on va se parler d’énormes quantités de tatouages numériques à apposer. Donc, si à chaque fois que tu génères quelques chose, tu dois apposer un tag, il faut avoir la chose le plus légère possible. C’est le cas avec le watermark. À l'inverse, les métadonnées, par exemple, alourdissent considérablement chaque fichier généré.
L’orientation de Label4AI est uniquement professionnelle à ce stade. Il y a une vision à moyen, long terme pour aller aussi vers le grand public ?
NBG : Bien sûr, puisqu'à la fin, c'est le public qui compte. Mais c'est un peu le paradoxe de notre entreprise et de notre marché : on a besoin des entreprises pour protéger les consommateurs.
Je m’explique : que tout un chacun ait la capacité à marquer les contenus comme générés par IA ne va pas régler le problème. On s'en fout un peu que quelqu’un puisse utiliser un détecteur pour déterminer si les petits lapins sont vrais ou faux. Ce qu'il faut, à grande échelle et de façon systémique, c’est que les entreprises se saisissent du sujet. L’enjeu, c’est qu’il faut pouvoir lutter contre des campagnes massives de fraude qui déferlent sur les entreprises et leurs clients, qu’ils soient professionnels ou particuliers.
Il faut rappeler qu’à partir de 2026, le tag des contenus générés par IA sera obligatoire pour toutes les entreprises présentes en Europe, comme le stipule l'article 50 de l'AI Act, tandis que la Chine le recommande aussi, et l'Inde ne devrait plus tarder. C’était le cas aux États-Unis il n’y a pas si longtemps, mais Trump 2 est arrivé… ce qui n'empêche pas la Californie d'avancer sur le sujet. Bref : c’est donc par là qu’il faut prendre le truc.
Donc pour revenir à ta question initiale : on s’adresse à des entreprises, mais le but in fine, c’est d’afficher à tous les utilisateurs quels contenus ont été générés ou modifiés à l’aide de l’intelligence artificielle.
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/Lapins.png)
Tu as beaucoup parlé de la fraude, mais y’a-t-il d’autres domaines d’application qui vont être importants pour vous ?
NBG : Honnêtement, le cœur de notre activité cela va être de détecter la fraude, ou d'assainir l’écosystème pour prévenir cette fraude. Aujourd’hui, il est clair que toutes les entreprises qui proposent de l’IA générative devraient marquer leur contenu.
Or, certains comme Google et Meta le font pour des raisons avant tout pratiques, c'est-à-dire ne pas ré-entraîner leur propre système sur des choses déjà générés [N.d.A. : une des raisons du ralentissement des progrès des LLM]... même si les raisons éthiques arrivent, poussées par la réglementation. Il y a tout de même des variantes : une vidéo générée par Veo3 sera estampillée comme synthétique sur Youtube, mais pas sur Facebook et Instagram.
Par ailleurs, quand tu as des entreprises, comme ElevenLabs, qui permettent de faire de la reproduction vocale à partir de quelques secondes d'échantillon, il y a une obligation morale et éthique majeure à la mise en place d’un système qui permette de déterminer si on est face à du contenu synthétique ou non.
Si on élargit à d’autres sujets qui peuvent parler à tout le monde, il y a d’ailleurs eu cette enquête sur la présence de contenus générés par IA sur des plateformes comme Vinted [N.d.A. : d’abord révélé par l’influenceur écolo Johan Reboul], même si on est moins sur de la fraude que de la tromperie. La question de la traçabilité, elle est aussi importante à ce niveau-là.
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/Vinted.png)
De toute manière, si on regarde les choses à échéance plus longue, il n'y aura pas de vision binaire des choses. Du synthétique, il y en a déjà partout en ligne, alors imaginez dans 10 ans. L'idée ça va donc être de taguer ces contenus synthétiques pour savoir à quel niveau, à quel degré, le contenu que vous avez en face de vous a été généré.
Philosophiquement, ça posera d'ailleurs des questions assez passionnantes : à partir de quel "pourcentage" de contenu généré par une IA on considèrera qu'un document est généré par un humain, ou bien seulement par une IA ?
Il y a un autre exemple qui m’intéresse, celui de la musique. Spotify, on le sait, va à fond sur l'IA. À l’inverse, les français de Deezer essaye de tracker tout ça, et en parle ouvertement. Ce qu'ils utilisent comme outil, c'est quelque chose qui se rapproche de ce que vous faites ?
NBG : C'est une excellente question. Je les ai croisés, Deezer, il y a quelques semaines lors d’un événement. On devait se parler, on s'est loupé, on doit se revoir à la rentrée. En gros, ce qu'ils proposent, c'est proche de ce qu’on fait, même si je m'interroge encore sur certains points.
Quoi qu'il en soit la démarche est louable, et leurs annonces en ce sens sont vraiment pertinentes. Si des gens ont envie d'écouter de la musique générée par IA, grand bien leur fasse, mais l'important c'est de bien savoir quand tu écoutes cette musique qu'elle est générée par une IA. Là est le coeur du problème, encore une fois.
Jusqu’ici, on a plutôt parlé des entreprises qui hébergent du contenu pouvant être généré par IA. Mais parlons de l’éléphant dans la pièce : les boîtes qui elles permettent la génération desdits contenus, comme OpenAI avec ChatGPT.
Celles-ci, on l’a dit, vont bientôt être obligées de taguer ces contenus pour qu’ils soient identifiés comme générés IA. Comment allez-vous faire pour proposer une offre pertinente si aucun des acteurs n’utilisent la même méthode de tag ?
NBG : Et bien ce n’est pas évident de répondre à ta question, car rien n’est décidé. Nous rencontrons la Commission Européenne à ce sujet à la rentrée, et la grande question qui doit être tranchée c’est : quelle méthode, parmi celles que l’on a déjà évoqué tout à l’heure, va permettre de le faire ?
La question que tu poses, c’est celle de l'interopérabilité, et cela va demander des compromis. La métadonnée, on l’a dit, ce n'est pas robuste, mais c'est plus facile de faire de l'interopérabilité parce que tu as juste à lire la métadonnée de chaque fichier, c’est facilement accessible. Pour le cas du watermark, il faudra mettre en place un "meta détecteur" qui permettra de détecter tous les différents type de marques.
Du côté du "finger printing", on l'a vu, il faudrait une gigantesque base de données de tout ce qui est produit par des IA génératives, ce qui me semble franchement inenvisageable, aussi bien techniquement que du point de vue de la consommation. Pour ce qui est de la blockchain enfin, idem : ce serait une catastrophe d'un point de vue écologique, et ça parait de toute façon trop compliqué pour l'adapter aux volumes de production des IA génératives, aujourd'hui et encore plus demain.
Il faut être clair : l'Europe joue gros, elle ne peut pas préconiser un système trop faible, comme choisir une traçabilité unique via les métadonnées, car ce serait en contradiction directe avec le texte même de l'AI Act, qui exige que la méthode soit robuste et efficace. Ce serait inefficient en pratique et ne participerait pas du tout à la lutte contre la désinformation, qui est bien la volonté politique première dernière le fameux article 50 de l'AI Act.
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/EU_AI_Act_Coverpage_wide.jpg)
Il y a un sujet dont nous n’avons pas encore parlé, et qui nous tient pourtant tous les deux à cœur : la souveraineté numérique. En quoi Label4AI s’inscrit dans cette dynamique, et pourquoi c'est important ?
NBG : Je dirais qu’il y a trois aspects. Au niveau des capitaux, déjà : on est financé uniquement par des fonds européens. Toutes les boites qu'on approche, tous les financeurs potentiels avec qui on discute sont européens.
Deuxièmement, les infrastructures sur lesquelles on se repose sont des infrastructures 100% européennes. C'est du OVH aujourd’hui.
Troisièmement, même au niveau des outils qu'on utilise en interne, on évite les américains. Repository, mail ou même outils collaboratifs… on utilise Proton, on utilise Mattermost [N.d.A. : équivalent de Slack certes créé aux USA mais dans un format libre auto-hébergeable]. C’est une vraie conviction, d’éviter cette dépendance aux outils propriétaires américains.
Mais j’irai plus loin : le fait qu'on soit européens est vraiment revendiqué du point de vue de notre ADN, de nos valeur, de notre compréhension de la réglementation, des enjeux éthiques… ce qui fait qu’on doit pouvoir toucher un marché que les acteurs américains ne pourront pas aller chercher. On est dans un domaine où l’on doit être de vrais tiers de confiance. Compte tenu de l'actualité des GAFAM, qui accepterait de confier les clés du camion de l'authentification et de la détection des contenus générés par IA et de la détection des contenus à des boîtes comme Microsoft ou Meta ?
Il en va, au fond, de l'indépendance stratégique de l'Europe : doit-elle être dépendante d'acteurs extra-européens pour pouvoir distinguer le vrai du faux? Ce serait se mettre entre les mains d'acteurs politiques qui, on le voit bien avec l'actualité récente, pourraient en jouer pour manipuler l'Europe et donc ses citoyens. Cela nous semble inenvisageable, et ce serait d'autant plus dommage que nous avons la capacité scientifique de produire des alternatives européennes.
On a bien des concurrents américains [Get Real et Reality Defender, principalement]. Mais on n’est pas là pour dire, comme souvent dans le numérique malheureusement aujourd’hui : "c'est moins bien, mais c'est souverain". Non : technologiquement, c’est aussi solide, voire encore davantage... et en plus c'est souverain ! On propose un vrai système de valeur, qui est lié à nos rapprochements avec la recherche, à notre rigueur scientifique.
L’IA générative est beaucoup utilisée pour la fraude, et c’est aussi parce que c’est un outil très facilement accessible, à très bas coût… tu penses que cet état de fait va être conservé ?
NBG : Je ne sais pas pourquoi les gens sont surpris, ou plutôt j'espère qu'ils ne le seront pas. C'est comme d'habitude avec les outils de ce type : on ouvre d’abord les vannes à fond, et puis après, il y aura de la pub, et puis les prix vont augmenter, etc. Les dernières fonctionnalités de ChatGPT commencent déjà à être payantes, et des publicités commencent à apparaître. Les valorisations boursières qui ont été atteintes, ce n'est pas avec des abonnements à 20€ par mois, même à l’échelle du monde, que ça va être rentabilisé, il ne faut pas être dupe.
Tu parles des valorisations des acteurs de l’IA. On pense aux chiffres délirants qui entourent OpenAI, notamment. La bulle de l’IA, tu y crois ?
NBG : Oui, c'est certain, elle va craquer, cette bulle. Plein de boites vont s’effondrer parce que leur business ne repose sur rien. Que l’IA soit une techno ultra prometteuse, moi je n’ai aucun doute là-dessus. D'un point de vue puissance et d'un point de vue capacité, c'est formidable. Par contre, on a mis la charrue avant les bœufs en disant que ça permet de tout faire. La promesse que ce soit massivement adopté pour des choses réellement utiles et qui rapportent massivement, à ce stade c’est moins évident.
D'ailleurs, on voit là aussi pas mal de cas de fraudes, de fausses boîtes basées sur rien, comme Builder.ai.
Pour conclure, j’aimerais que l’on parle de ta vision de l’IA de manière générale, notamment sur l’IA générative et les LLM (Large Language Model).
NBG : Personnellement, je pense qu’il n'y aura pas de marche arrière, parce que même si les LLM n'existeront peut-être plus en "standalone" [N.d.A : utilisé en tant qu'outil indépendant, comme dans le cas de ChatGPT aujourd’hui] ils seront intégrés dans l'agentique ou dans la plupart des outils bureautiques. Et c'est la stratégie : Microsoft, par exemple, utilise l’IA pour faire levier sur ses produits traditionnels et créer une dépendance supplémentaire.
Le problème avec ces outils, c’est que les gens les utilisent pour tout et n'importe quoi parce que des entreprises les poussent partout, alors qu’ils sont très performants pour des tâches bien spécifiques et identifiées.
C’est ce qui fait qu’à ce stade cela créé autant de problèmes que ça n'apporte de solutions. Voire plus de problèmes que de solutions… Là, c’est comme au début du Web3, avec beaucoup d’énergumènes qui se servent de l'IA pour se faire du business facilement. Je veux dire, mon feed LinkedIn est devenu terriblement chiant. C’est 80% de ChatGPT avec le même ton, les mêmes formations bidons…
Il n’empêche qu’avec cette technologie, on a passé un cap dans la façon de travailler et dans la façon d'utiliser l'informatique de manière générale. C'est le changement technologique le plus radical que j'ai eu l'occasion de voir de ma vie. En termes d'utilisation et de vitesse d'intégration de ces outils, je n’ai jamais vu ça ; même le smartphone, ça a été plus lent.
C’est parce que je crois qu’il n’y a pas de retour en arrière possible que je préfère poser cette question : comment peut-on prendre nos précautions ?
Un grand merci à Nicolas pour ses réponses et cet échange passionnant. J'ai appris beaucoup sur les méthodes qui peuvent permettre de "tracker" et traquer les contenus générés par l'IA, et dieu sait que je pense que cela sera capital pour la suite.
Si je suis moins enthousiaste que Nicolas sur les capacités des LLM, il est indéniable que ces outils ont déjà un impact majeur sur nos vies, un impact qui va s'accentuer.
Et cela même si la bulle "pète", même si leur développement ralentit. Il faut donc se prévenir contre les dérives d'entreprises comme OpenAI, grâce à la régulation européenne, et grâce à des projets comme Label4AI.
J'ai en tout cas hâte de connaître la suite des avancées sur ce sujet, et ce que vous avez pensé de cette interview !
Après ce grand entretien, on enchaîne avec quelques news tech qui m'ont marqué cet été.
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/En-Bref.jpg)
L'été a été riche en plus ou moins bonnes nouvelles sur le front de la tech, et loin de moi l'idée de vous faire le résumé complet des événements. Mais j'ai tout de même été marqué par quelques annonces et actualités clés, dont voici un résumé succinct :
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/meta-zuckerberg-ai.jpg)
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/fc13303f-7ff5-4ba8-861b-4dbfc452ce29_2400x1350.jpg)
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/MS-Gaza.png)
![TFTT #18 – Être de l’IA, ou ne pas être de l’IA : telle est la question [Interview Label4.AI] 🗣](https://storage.ghost.io/c/d5/3c/d53ce34f-1cb4-4a4e-b39e-440a2b231fe9/content/images/2025/08/Conso-elec-eau1.webp)
Voilà, c'est tout pour cette rentrée, et c'est déjà pas mal !
On se retrouve bientôt en septembre pour un 19ème numéro de Tales From The Tech.
D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous, cela me ferait très plaisir. Et à me faire part de vos retours.
Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.
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Merci à toutes et tous,
Thomas ✊
PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes
11.07.2025 à 08:10
Thomas Beaufils
Ce mois-ci dans Tales from the Tech, j'ai organisé les choses un peu différemment face à la quantité de news qui justifiaient selon moi un papier. On abordera donc dans ce numéro 17 :

Ce mois-ci dans Tales from the Tech, j'ai organisé les choses un peu différemment face à la quantité de news qui justifiaient selon moi un papier. On abordera donc dans ce numéro 17 :
PS : la campagne de financement de Lowreka sur Ulule s'est terminée hier à minuit et a été un succès (attendez… est-elle vraiment terminée ?!). Merci aux lecteurs et lectrices de TFTT qui ont soutenu la démarche. Vous savez qui vous êtes 🫵 🥰
Je vous souhaite une bonne lecture et un bel été à toutes et tous, avec peut-être un peu moins d'IA, un peu moins d'écrans, et beaucoup de nature 🌞

Black Mirror, la célèbre série d'anticipation déprimante à dessein était de retour au printemps pour une saison 7 (déjà ?!). Si les premières saisons, made in England et Channel 4 étaient intéressantes et globalement de qualité, on peut dire sans trop se mouiller que c'est moins le cas depuis le déménagement du machin aux US sous l'égide de Netflix, en 2016 avec la saison 3, et surtout depuis la saison 4.
Cette saison 7 se compose cette fois de 6 épisodes, traitant comme à l'accoutumée de sujets différents mais toujours autour d'une thématique commune : notre rapport à la technologie, et son impact sur nos vies présentes et futures.
Black Mirror est devenu avec le temps quelque chose de différent de la science-fiction traditionnelle : on est davantage en face d'une espèce de "folklore scientifique", une lame de fond qui nous permet à toutes et tous de dire, confronté.e.s à une innovation qui nous semble indubitablement dangereuse : "Wow, on se croirait dans un épisode de Black Mirror".
Je n'ai pas vu tous les épisodes de cette saison 7, dont le niveau a l'air de rester médiocre, comme la précédente. Mais j'ai vu l'épisode qui a sans doute le plus fait parler de lui : "Common People". Des gens ordinaires.

Vous êtes prévenu.e.s : ça spoile sévère sur les prochains paragraphes !
Cet épisode nous raconte l'histoire d'un couple américain lambda, un ouvrier et une prof qui vivent dans un petit pavillon. Ce n'est pas Byzance, mais on fait aller, et si ne on vit pas dans l’opulence, on vit dans le bonheur. Jusqu'au jour où l'un des deux personnages tombe irrémédiablement dans le coma, suite à une opération pour lui retirer une tumeur du cerveau.
Irrémédiablement ? Ça c'était avant Rivermind ! Une entreprise qui vous propose, au moyen d'un abonnement et en vous connectant à une sorte de "5G pour cerveaux", de remplacer la partie inopérante dudit cerveau, et donc de sortir l'être aimé du coma !
On ne va pas se mentir : même si l'idée de base est intéressante, on voit le truc arriver à 15 000 bornes, et c'est tout sauf subtil. Vont s'enchaîner des péripéties qui reflètent les problèmes que nous connaissons bien pour avoir toutes et tous été abonné.e.s à des services :
*fin du spoil*
Bref : l'épisode critique de manière extrême (parce qu'elle touche à l'intime, au niveau physique, biologique) le modèle même et les dérives d'une plateforme comme… Netflix !
Quelle audace, pourrait-on se dire. Mais allez-vous vous désabonner de vos services d'abonnement dès la fin de l'épisode ? Que nenni.
Ce que fait cet épisode, comme Black Mirror en général, comme une vaste majorité des imaginaires produits par la SF "de plateforme", c'est rendre la tech inévitable.
Aussi déprimante soit-elle, la tech s'impose comme la seule option pour notre futur, le seul avenir qui nous reste.
Le secteur fait ainsi son mea culpa, il admet l'existence de ces dérives, il conscientise en public qu'il ne faut pas aller trop loin... ne vous inquiétez pas, on a des garde-fous !
Mais, au fond, ce pseudo mea culpa ne sert qu'à détourner notre attention vers des choses qui n'arriveront pas, alors que la dystopie se met déjà en place de manière beaucoup plus subtile.
Les exemples de ce genre, il y en a des dizaines, et cela ne date pas d'hier. Ça a commencé avec Les Dents de La Mer, déjà, dont le vrai méchant est le maire prêt à tout pour maintenir l'activité économique de sa ville, et pas le requin.
Les Dents du Maire ? C'est ce que raconte en tout cas un docu très sympa dispo actuellement sur Arte, anecdote sur Fidel Castro à la clé.
Ce qui n'a pas empêché "Jaws" de devenir le premier exemple de "blockbuster de l'été", une pratique qui va transformer l'industrie du cinéma pour toujours, et surement pas pour le meilleur. Je suis fan du premier Jurassic Park, mais il faut voir ce qu'est devenu la "franchise".

Pour revenir à Netflix, on peut aussi évoquer le succès coréen Squid Game. Sa critique du capitalisme, là encore sans grande subtilité, est poussée à son paroxysme puisque la mort y apparaît comme bien plus claire que dans la réalité (où le capitalisme tue aussi, mais bien plus sournoisement).
L'ironie étant patente quand Netflix annonce lancer un show de télé-réalité inspiré de la série… c'est tellement un non-sens que ça en devient hilarant.
Finissons sur un autre exemple récent, d'un ridicule évident : le cas "The Outer Worlds". Cette série de jeux vidéo, dont le second épisode doit sortir dans quelques mois, est développé par Obsidian Entertainment. Un studio iconique du jeu de rôle à l'américaine, créé par des sommités comme Chris Avelone et aujourd'hui mené par des figures progressistes de l'industrie comme Josh Sawyer.
The Outer Worlds est un de jeu de science-fiction loufoque critiquant très ouvertement un capitalisme devenu spatial, des planètes entières et tout leur écosystème propre étant la propriété de corporations. Toute la communication récente du titre est d'ailleurs axée sur ce point : "une aventure sur le capitalisme, créée par le capitalisme.”
Car Obsidian a été racheté par nul autre que… Microsoft ! C'était en 2018, un petit hors-d'œuvre avant de croquer Bethesda puis Activision.
Par extension, est-ce toujours si drôle de se moquer des travers du capitalisme quand on est soi-même une composante de l'une des entreprises les plus emblématiques d'un techno-capitalisme en plein déraillement idéologique ?
Ce serait peut-être rigolo si Microsoft n'était pas en train de virer des gens par pelletées (oui, on va en reparler un peu plus bas dans cette newsletter), si l'entreprise n'était pas en train de fourrer de l'IA partout y compris dans ses jeux, si l'entreprise ne venait pas d'annoncer l'augmentation du prix desdits jeux, dont The Outer Worlds 2, à 80$ (quand le premier épisode ne coutait que 60$), etc, etc.
Vraiment, les blagues à base de "on est conscients de rapporter de l'argent à cette sale boite qu'est Microsoft, mais regardez comme on reste hyper edgy malgré ça !!!"…
Ça fait encore marrer des gens, ce genre de vannes ? Moi je trouve ça d'une morgue absolue.
Bref : les critiques du capitalisme en provenance du capitalisme ne servent qu’une chose, le capitalisme. En le rendant plus acceptable, parce qu'acceptant la critique (quand elle est contrôlée).
Bullshit.


Microsoft en 2 ans : 200 milliards de bénéfices, 28 000 personnes sur le carreau.
Alors, oui, je sais. J'ai déjà parlé longuement de Microsoft dans le dernier numéro de TFTT… Je vous assure que je ne fais pourtant pas une fixette gratuite sur mon ancien employeur, même s'il est évident que toutes les histoires qui touchent à ses activités, notamment gaming, ont un poids émotionnel un peu différent pour moi.
Non, vraiment, si je vous parle encore de Microsoft (après les numéros 1, 4, 14 et 16), c'est que l'entreprise est littéralement en train de tout faire pour devenir la boîte la plus détestée de l'histoire de l'industrie du jeu vidéo. Et cela alors que cette industrie compte déjà Electronic Arts dans ses rangs ; chapeau les artistes !
L'entreprise a ainsi annoncé le 2 juillet pas moins de 9000 nouveaux licenciements, soit 4% de ses effectifs, une coupe drastique qui fait suite à plus de 6000 licenciements au mois de mai dernier, et nous amène à un total hallucinant de 28 550 licenciements en 2 ans et demi, soit entre 10 et 15% de ses effectifs totaux…
…un chiffre qui reste théorique tant la gestion des RH est opaque chez Microsoft, de par son habitude de recourir au portage salarial, et autres pirouettes destinées à payer moins d'impôts.
La raison de ces vagues de licenciements ? Une chose est sûre : ce n'est pas parce que la boite va mal. En tout cas, pas financièrement : 200 milliards de dollars de bénéfices sur la même période de janvier 2023 à aujourd'hui, et une réussite insolente en bourse, surfant sur la hype incontrôlable autour de l'IA générative, lié à ses investissements auprès d'OpenAI notamment.

C'est principalement, une nouvelle fois, la section gaming de Microsoft qui est touchée, comme c'était déjà le cas en janvier 2024 : 1 900 personnes avaient alors été licenciées, soit près de 10% des effectifs axés sur le jeu vidéo à l'époque. La raison invoquée : supprimer les "redondances" soi-disant créées par les rachats successifs de Bethesda en 2020 pour 7,5 milliards de $, puis surtout d'Activision Blizzard pour la bagatelle de 69 milliards de $, plus grosse acquisition de l'histoire de l'entreprise, et de loin.
Microsoft avait-elle pourtant promis aux différents organes garantissant la concurrence, aux États-Unis comme ailleurs, de ne pas licencier suite à ces acquisitions massives ? Bien sûr. Il n'avait donc fallu attendre que 3 mois à l'époque pour comprendre que c'était un mensonge.
Des "redondances" d'ailleurs inexistantes pour la plupart, comme l'exemple français de Bethesda le montre bien (je l'évoquais en mai 2024). Rappelons aussi que Microsoft/Xbox vient d'annoncer en catimini la fermeture de toutes ses activités dédiées aux réseaux sociaux en Europe, pour tout gérer désormais avec une agence sans doute bien plus bon marché, basée en Afrique du Sud.
Une information sortie ici, mais que je suis en mesure de confirmer pour le marché français via mes propres contacts. Hâte de voir la tronche des posts réseaux sociaux français désormais. Je sens qu'on va avoir le droit à de nouvelles pépites de traduction made in Microsoft.
Cette fois, au moins, le géant de Seattle n'essaye pas de nous mentir : il est assez clair que la seule justification de ces licenciements et de ces coupes diverses est de financer les investissements en IA (notamment générative) de l'entreprise.
Et l'occasion, peut-être, de gérer les activités concernées à grand renfort d'agents IA ? Venant d'une boîte menée par un freak comme Satya Nadella et qui a dans ses rangs des tarés comme ce producteur, cela ne serait pas surprenant, mais rien n'a encore été confirmé en ce sens.
Les conséquences concrètes de ces licenciements sont multiples :

Les entreprises, me direz-vous, n'ont pas de cœur. Microsoft particulièrement.
Ce n'est pas une surprise, elle qui maintient à tout prix un contrat avec une armée génocidaire par simple amour du pognon, rappelons-le (une information confirmée depuis par un rapport de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'organisation sur les Territoires Palestiniens occupés, citant expressément Microsoft).
Mais même en jouant le robot et mettant de côté l'aspect humain… aucune de ces décisions n'a stratégiquement de sens.
Tant d'investissements, tant de recrutements, tant de travail pour améliorer l'image d'une marque en déperdition (stratégie dont j'ai été un maillon actif pour la France entre 2019 et 2022), tant de discours positifs finalement absolument creux…
Quel manque de vision. Et pourtant, plutôt que de virer Phil Spencer (ce qui serait la seule décision logique après tant d'atermoiements), on vire des employé.e.s par milliers.
Vous me direz, c'est la même boite qui avait recruté des milliers de personnes pendant la période Covid sans anticiper, logiquement, que l'activité gaming et "remote" allait redescendre à des niveaux normaux une fois les confinements successifs terminés.
C'est aussi la même boite qui avait fait de la réduction de son impact carbone un sujet capital en 2020, sans être capable d'anticiper correctement que son engagement sur le développement de l'IA générative allait tout exploser du point de vue de cet impact.
De tristes et dangereux peintres.
Mais que voulez-vous, la bourse préfère se repaitre de licenciements à répétition et de quelques "abracadabrIA", plutôt que valoriser des choix stratégiques payants.
De la pure magie noire.
Notons toutefois que ce manque de vision pourrait totalement se retourner contre les huiles de Microsoft : si le vent devait tourner sur le front de l'IA (ce qui arrivera selon moi tôt ou tard) ou si la relation avec OpenAI devait pourrir, l'entreprise pourrait bien se mordre les doigts très très fort.
Perso, je sortirai alors le pop-corn, comme devant le duel Musk-Trump 🍿
Ce changement de stratégie, si on peut appeler ça ainsi, s'accompagne en tout cas d'un changement complet de culture d'entreprise. Et si l'entreprise va très bien financièrement, on l'a dit, il n'en est peut-être pas de même pour ce qui est du moral des troupes, comme le chronique cet excellent article de Cassim Montilla pour Frandroid, qui reflète tout à fait mon expérience au sein de la filiale française.
D'y découvrir l'obligation faite aux employés d'utiliser Copilot, l'outil de bureautique IA hyper intrusif de Microsoft, ce qui recoupe parfaitement tout ce qu'on vient de se dire.
Ces terribles vagues de licenciements ne seraient donc peut-être que la partie émergée de l'iceberg, contre lequel le vaisseau amiral Microsoft pourrait bien se cracher sous peu.
Too big to fail, Microsoft ? Peut-être, mais comptez sur moi pour jouer du violon en cas de naufrage 🌊

Comme si l'éco-anxiété ne suffisait pas, voilà que je ressens de plus en plus fortement une forme diffuse mais réelle "d'IA anxiété."
Je n'en PEUX PLUS d'entendre parler d'IA à toutes les sauces, dans tous les domaines, et la vaste majorité du temps pour ne rien dire.
Et il y a certains domaines où je tolère encore moins de voir l'IA générative utilisée. Je précise bien "générative", parce que c'est surtout de cela dont je parle ici, et dont tout le monde parle de toute manière.
Ainsi, Je ne comprends pas quand je vois des militants écologistes ou des "entrepreneurs à impact" utiliser ouvertement ChatGPT pour leurs posts et leurs actions, alors que l'impact (!) environnemental de l'outil est très bien documenté.
Qu'ils sont nombreux ces entrepreneurs "responsables" à se pavaner à longueur de posts LinkedIn sur leurs processus de travail "boostés à l'IA" ! Qu'elles sont nombreuses, ces petites boîtes, ces assos et ONG, et parfois même ces médias "écolos" qui utilisent des visuels générés par IA 🥲

Les médias, justement : je ne comprends pas quand je vois des journalistes illustrer leurs posts et articles avec des images générées par l'IA au mépris des droits d'auteur, alors que la presse est en train de se faire dépecer par les mêmes procédés, par les mêmes entreprises. Note : remplacez "journalistes" par "graphistes" ou "artistes" dans le point ci-dessus, et ça marchera à peu près pareil.
Encore cette semaine, j'ai vu un post sur les tomates en tant qu'exemple des dérives de l'agro-industrie, avec un très laid visuel généré par IA pour illustrer le propos. Mais pourquoi ? Pourquoi ne pas illustrer ce post avec n'importe quelle photo de…. tomate ? Ça ne manque tout de même pas sur internet, y compris dans les banques d'images gratuites, bon dieu 🍅
Pire exemple découvert hier : un mec aux Nations Unies s'est dit que créer des réfugiés générés par IA serait une bonne idée ?! SÉRIEUSEMENT ?
Je suis fatigué.
Que les anciens "Web3 enthusiasts" deviennent des "AI enthusiasts" au bout de 3 prompts et demi sans rien y piger, en mélangeant au passage ce que représente l'IA au global de la simple IA générative, soit…
D'ailleurs, que l'IA au sens large en tant que domaine technique puisse avoir des intérêts pour la transition écologique, d'un point de vue scientifique notamment, je ne le nie pas non plus, même s'il faudra calculer dans le détail les externalités positives et négatives.
Mais qu'autant de représentants de secteurs qui devraient être rebutés par tout ce que représente l'IA générative s'y mettent sans se poser de question, voilà qui me laisse pantois. Et montre encore une fois l'énorme besoin d'éducation sur ces sujets.
Là, certains me sortiront les arguments habituels : "toi t'es écolo, et t'écris ça comment, sur un bout de bois ?".
Non j'écris ça sur un Mac, je partage ce contenu via une newsletter et des réseaux sociaux. Ai-je le choix vu mon activité ? Non.
Mais j'ai fait le choix de ne jamais utiliser l'IA pour générer du texte ou des images, alors même que je bosse dans la communication, alors même que j'ai exercé mon activité dans le domaine de la tech.
Et je vous assure que tout va bien.
Qu'on ne me la fasse pas à l'envers : nous avons le choix.
Nous faisions sans l'IA générative il y a 1 ou 2 ans pour la grande majorité d'entre nous.
Explorons les contre-arguments habituels :

L'avantage, c'est que comme nous l'avons déjà évoqué à plusieurs reprises dans TFTT, toute cette hype et ses conséquences pourraient ne plus durer si longtemps que ça. Allez, faisons une petite liste à la Prévert :
Voilà, je ne comprends pas pourquoi certaines personnes utilisent l'IA générative contre toute logique. Je ne comprends pas la hype autour de cette technologie. Je ne nie pas que l'IA générative a déjà changé nos vies et nos habitudes, et il en restera forcément quelque chose, de bon ou (probablement plutôt) de mauvais.
Mais je ne crois pas que l'IA générative dans sa forme actuelle a de l'avenir. Alors je ne vais pas lâcher l'affaire, et je ne perds surtout pas espoir de voir le truc se retourner.
Continuons à emmerder les "IA enthusiasts", ils n'ont pas encore gagné.


Nous parlions juste au-dessus du besoin d'éducation pour faire face à l'arrivée de l'IA générative, même dans des secteurs où son utilisation devrait mener à une levée de bouclier généralisée.
Et bien le problème est que, face à la mauvaise foi la plus pure, l'éducation ne suffit pas.
Il en est ainsi, depuis quelques semaines, de nombreux débats autour de l'utilisation des écrans, des réseaux sociaux et de l'IA par les plus jeunes générations.
Le débat a été relancé à la mi-juin. D'abord par Emmanuel Macron, qui a annoncé sur France 2 vouloir "interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans", sans donner beaucoup de détails et en réaction (en bon politique) à un fait divers sordide.
Avant que Catherine Vautrin, la Ministre de la Santé, ne relance en annonçant vouloir interdire "l'exposition aux écrans des enfants de moins de 3 ans", dans le JDD. C'est vrai qu'annoncer son envie d'interdire des trucs, ça colle assez bien à un journal d'extrême droite.
Comme à chaque prise de parole de ce type, on assiste d'un côté à des soutiens très prononcés d'habituels rétrogrades, et en miroir à des réactions outrées de psychologues spécialistes (ou pas) du numérique.
Mon point ici, honnêtement, ne va pas être de donner les bons et les mauvais points à chacune des positions. J'ai des convictions, mais je ne pense pas connaitre le sujet assez en profondeur pour trancher de manière claire.
Cependant, il y a un point sur lequel je ne supporte plus de lire des âneries, d'un côté comme de l'autre du débat : la tech ne serait qu'un outil, c'est l'usage que l'on en fait qui compterait vraiment.
Vraiment ?! On peut encore dire ce genre de connerie en 2025 sans que la terre entière vous tombe dessus à bras raccourcis ?
Non, la tech n'est pas un outil comme les autres.
Un smartphone n'est pas un marteau. L'IA n'est pas une fourchette.
Dire que la tech est comme n'importe quel outil, qu'après tout avec un marteau on peut aussi bien enfoncer un clou que tuer quelqu'un, que toute la différence ne serait que l'usage qu'on en fait et l'éducation qu'il y a derrière…
Cette idée est au mieux un raccourci très maladroit, au pire de la bêtise profonde.
Pourquoi ?
Parce que, vous le savez pertinemment si vous lisez cette newsletter, tous ces objets et ces services issus du monde de la tech sont fabriqués avec une arrière-pensée : devenir "indispensable" à votre quotidien, être présent à vos côtés le plus souvent possible pour créer, ni plus ni moins, une forme d'addiction.
Je n'ai pas besoin de vous le démontrer du côté du smartphone ou des écrans de manière générale, par exemple. Chacun sait, moi le premier, comme nous vivons désormais avec presque constamment un écran vissé devant les yeux, comme perpétuellement collé au fond de nos paumes. Une espèce d'augmentation cyberpunk, sans le côté cryptico-cool.
Mais sachez qu'il en sera de même avec ChatGPT. Qu'il en est de même avec de nombreuses mécaniques de jeux vidéo comme celle développées par Fortnite, ou bien par les offres de streaming à la Netflix, nous en avons déjà parlé ici.
Alors voir des psychologues spécialisé.e.s dans le rapport des enfants au numérique dire que "la tech est un outil, il faut savoir bien l'utiliser" – cela en semblant pleinement ignorer les mécaniques prédatrices mises en place par les grands groupes de la tech (souvent avec l'aide d'autres psychologues grassement payé.e.s) – voilà qui ne manque pas de m'énerver très rouge 😡
Un exemple qui fait l'actualité : peut-on vraiment dire que la tech est neutre quand la vaste majorité des figures étatiques et des entreprises continue d'utiliser Twitter comme si de rien n'était, alors que dans le même temps la plateforme met volontairement en avant des contenus fascistes, et pousse même son propre outil d'IA générative (Grok) qui balance des dingueries littéralement nazies toutes les 3 secondes ?
Un peu de sérieux.

Je ne vais pas m'éterniser sur le sujet. D'autres en ont parlé ailleurs et bien mieux, alors rendons à César : si cette problématique vous intéresse, je vous conseille ce super article de Louis Derrac, ou cet autre encore, plus récent. Louis est un compère techno-critique aux analyses toujours extrêmement bien placées.
Voici la conclusion de ce premier article :
« Il faut de l'éducation, de l'éducation, et encore de l'éducation. Mais pas n'importe quelle éducation. Certainement pas une éducation limitée aux risques et aux « bons usages » du numérique. Il faut, je pense, se donner les moyens d'une éducation techno-critique, émancipatrice, politique. Une éducation qui autorise à développer de nouveaux imaginaires, notamment ceux d'un numérique acceptable, et l'horizon d'alternatives numériques. Et s'il faut interdire, puisque certain⋅e⋅s ne jurent que par ça, interdisons la publicité, les dark pattern, les monopoles, la lucrativité abusive, ou encore la captation de données personnelles. »
Voilà qui rappellera quelque chose aux défenseurs de l'environnement :
Si l'écologie sans lutte des classes, c'est du jardinage… et bien l'éducation à la tech sans visée techno-critique, c'est Adibou. Basta.


Terminons cette 17ème édition de Tales from the Tech par une touche de douceur, si vous le voulez bien. Ça ne fera de mal à personne.
"Alba : un été en terre sauvage" est un petit jeu qui se termine en une poignée d'heures, une balade paisible sur une petite île espagnole où il va s'agir de nettoyer les plages, sauver des animaux, remplir un "pokédex" avec les oiseaux du coin... et lutter contre un projet d’hôtel de luxe qui va détruire une réserve naturelle ! S'il n'est pas vraiment punk, il est pleinement bio, je l'ai donc calé dans ma liste de jeux biopunk.
C'est très mignon, et par extension très cucul, mais c'est un vrai moment de détente et un super moyen d'évoquer les dangers de la pollution et du surtourisme avec un enfant. Bémol quand même : le jeu se lance sur un vol en avion... les imaginaires du tourisme vont encore devoir évoluer un poil.
Pour y jouer, vous pouvez vous le procurer sur la plateforme européenne Gog.com pour 15€ (il est aussi à 20 balles sur Switch), ou bien gratuitement si vous avez un compte Apple : le jeu est jouable sur Mac, smartphone ou tablette et est présent dans l'offre Apple Arcade, que vous pouvez prendre pour 1 mois gratuitement.
En revanche : pensez à vous désabonner avant la fin de cette "période d'essai", ça m'embêterait que vous donniez de l'argent à Tim Cook à cause de moi ;)

Voilà, c'est tout pour ce mois de juillet, et c'est déjà pas mal !
On se retrouve en août pour un 18ème numéro de Tales From The Tech qui devrait revenir à un format plus traditionnel… ou pas ?
D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous, cela me ferait très plaisir. Et à me faire part de vos retours.
Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.
Vous souhaitez soutenir TFTT ? Consultez vos abonnements sur la plateforme ou faites un don ponctuel 🙏
Merci à toutes et tous,
Thomas ✊
PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes
06.06.2025 à 09:02
Thomas Beaufils
Ce mois-ci dans Tales from the Tech, vous retrouverez un numéro 16 plus court qu'à l'accoutumée, et livré en retard… quelle honte !
Pourquoi ce format plus court, et ce délai ? Et bien parce que j'ai pris

Ce mois-ci dans Tales from the Tech, vous retrouverez un numéro 16 plus court qu'à l'accoutumée, et livré en retard… quelle honte !
Pourquoi ce format plus court, et ce délai ? Et bien parce que j'ai pris beaucoup de temps ces dernières semaines pour soutenir un autre projet, dont j'ai déjà parlé plusieurs fois ici. Une initiative inspirée par la démarche low-tech nommée Lowreka, et pour lequel nous avons lancé ces derniers jours une campagne de financement participatif, importante pour la suite du projet.
Si le sujet des low-tech et de l'impact environnemental (de la tech et du reste) vous intéresse, n'hésitez pas à soutenir notre campagne ! Même quelques euros, ça peut faire la diff. En cliquant sur ce lien, vous aurez de plus l'honneur de me voir faire le pitre en vidéo, Pomme™ à la main 🍎
Merci 1000 fois 🙏


Si vous lisez TFTT depuis ces débuts, vous le savez : depuis mon départ de Microsoft, je n'hésite pas à critiquer mon ancien employeur. Le verbe haut, mais la critique juste, je pense. Ma connaissance des arcanes de la boîte me donne, je crois, une certaine légitimité sur le sujet.
Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, je le disais sans mentir : je pensais que Microsoft, aussi dangereuse soit l'entreprise de par ses multiples monopoles, restait plus recommandable que Google, Amazon, Apple ou bien sûr Meta.
Malgré l'oubli délibéré de ses objectifs environnementaux ou de vastes vagues de licenciements en contradiction totale avec la forme économique insolente de l'entreprise, la donne n'avait pas encore totalement changé pour moi. Gates puis Nadella ne sont pas tout à fait Zuckerberg ou Jobs. Récemment encore, l'actuel CEO de Microsoft ne prenait pas la pose avec Trump, comme Sundar Pichai (Google) ou Jeff Bezos.

Pourtant, depuis le mois de mars, une sinistre petite musique se diffuse entre les pins de Redmond, ville toute entière dédiée au siège de Microsoft, placée à quelques encablures de Seattle, sur la côte du Pacifique Nord des US.
C'est ce que raconte un article du Guardian, dont je vous traduis un extrait ici :
"Pour la deuxième fois en un mois, des employés de Microsoft ont interrompu des cadres de l'entreprise s'exprimant lors d'un événement célébrant le 50e anniversaire de l'entreprise, le 4 avril. […]
Mustafa Suleyman, "AI executive", a ainsi été interrompu par les employés Ibtihal Aboussad et Vaniya Agrawal. Les deux ont été licenciées dans les jours qui ont suivi. Le président de Microsoft, Brad Smith, et l'ancien DG Steve Ballmer ont eux été conspués au Great Hall de Seattle le 20 mars, par un employé actuel, ainsi qu'un ancien employé.
La manifestation de mars a été précédée d'un rassemblement à l'extérieur, auquel ont également participé des employés, actuels et anciens, du géant de la tech. Les manifestants ont projeté sur le mur de la salle un signe lumineux où l'on pouvait lire : "Microsoft powers genocide".
« Microsoft alimente le génocide ». Microsoft permet le génocide, même, en fait. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : Microsoft, en toute discrétion, est devenu le partenaire tech numéro 1 de l'IDF (Israel Defense Forces), c'est à dire l'armée israélienne. Microsoft fournit toute sa puissance technologique pour faciliter la destruction de Gaza.
C'est ce qu'avait révélé en janvier le Guardian, déjà, dans un autre article qui n'a sans doute pas assez fait parler de lui :
« Des documents fuités mettent en lumière la façon dont Israël a intégré le géant US de la tech dans son effort de guerre pour répondre à sa demande croissante d'outils cloud et IA."

Voilà : le supposé good guy (ou le "moins bad guy" disons) de la tech US est le partenaire numéro uno d'une armée génocidaire.
Et alors que les appels à isoler Israël sur la scène internationale se multiplient, alors que l'appellation de génocide fait (enfin),de plus en plus son chemin dans l'opinion publique, il est difficile de comprendre comment Microsoft peut continuer à faire la sourde oreille.
Faire pire que la sourde oreille, d'ailleurs. Alors que les pressions internes et externes s'intensifient, l'entreprise a réalisé deux actions ces dernières semaines :
Vaste fumisterie.
Je finirai cet édito par une question : quand, dans 30 ans de cela, nous regarderons en arrière sur tous les méfaits accomplis par la tech depuis le début du siècle, qu'est ce qui marquera le plus les esprits ? Cambridge Analytica ? Les manipulations de Musk via Twitter ? L'impact environnemental délirant des GAFAM ?
Sans doute un peu de tout ça. Mais le rôle de participant effectif à un génocide – car c'est par ce mot que l'histoire caractérisera la "guerre" qu'Israël mène à Gaza, quelle qu'en soit les exactions à la source – aura sans aucun doute sa place sur le podium des horreurs.


👉 Si on espère que l'idylle entre Microsoft et l'IDF va rapidement tourner court, il y a une d'idylle qui a sacrément pris du plomb dans l'aile : enfin, le torchon brûle entre Elon Musk et Donald Trump. Et c'est très réjouissant à regarder.
Bon déjà, le mot idylle est peut-être un peu fort : il y a toujours eu des bisbilles entre les deux cinglés, leurs égos combinés dépassant la surface au sol du bureau Ovale. On l'évoquait dès janvier dans TFTT.
Le niveau de violence des invectives depuis hier est cela dit assez impressionnant et sans doute inattendu, après le pot de départ très chelou mais relativement chaleureux de Musk il y a une semaine à peine.
Le lavage de linge sale a commencé avec les critiques véhémentes de Musk sur le "Big Beautiful Bill" de Trump, estimant que le texte allait mener à "la banqueroute de l'Amérique".
Trump s'est ensuite estimé "déçu" devant un chancelier allemand médusé, comme le raconte Le Monde, avant de sortir l'artillerie plus lourde, en critiquant à la fois le "travail" de Musk au DOGE et en le menaçant très clairement :
"La façon la plus simple d’économiser de l’argent dans notre budget, des milliards et des milliards de dollars, est de mettre un terme aux subventions et aux contrats gouvernementaux d’Elon. J’ai toujours été surpris que Biden ne l’ait pas fait ! »
Résultat des courses : Tesla a perdu 14% en bourse hier, alors que l'entreprise va déjà mal. Sans parler des répercutions potentielles sur Space X, dont les fusées explosent les unes après les autres.
Pendant ce temps, l'idéologue fasciste Steve Bannon ressortait des tiroirs une vielle histoire qui pourrait coûter à Musk sa citoyenneté américaine.
Musk a répliqué sans attendre. Après avoir tweeté que sans lui Trump "aurait perdu l'élection", le voilà qui agite un beau contre-feu :
"Il est temps de lâcher une grosse bombe : Donald Trump figure dans les dossiers Epstein. C’est la raison réelle pour laquelle ils n’ont pas encore été rendus publics. Bonne journée, DJT !"
Laissons-les donc se rouler dans la fange devant nos yeux ébahis, que voulez-vous que je vous dise. Et redonnez-moi du pop-corn, tiens 🍿

👉 Un ouvrage vient de sortir en librairie outre-Atlantique, et fait bruisser le monde de la tech d'échos assez plaisants (de mon point de vue). C'est de "Empire of AI" dont on parle, un livre sur Open AI et son patron Sam Altman, publié par la journaliste Karen Hao, ancienne du Wall Street Journal. Et Altman et son "Empire" naissant y sont sacrément égratignés.
Tôt dans le livre, Hao cite un extrait d'un post de blog publié par Altman en 2013 :
"Les fondateurs qui ont le plus de succès ne cherchent pas à créer des entreprises. Ils ont pour mission de créer quelque chose plus proche d'une religion, et il s'avère, à un moment, que créer une entreprise est le moyen le plus simple d'y parvenir."
La côte Ouest américaine, berceau des plus grandes boîtes de la tech de la Californie à Seattle, n'est pourtant pas une terre portée sur la religion, même si le mysticisme y a bien sa place, on l'a vu par le passé sur TFTT.
Pourtant Altman, lui, se voit visiblement bien en Jésus de l'IA.
👉 Religion et IA toujours : Léon XIV, le nouveau pape, a choisi ce nom en référence à… l'IA ?
Et oui, c'est ce qu'il a expliqué le 10 mai : "le pape Léon XIII a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle. […] De mon côté, je fais face à une autre révolution industrielle et aux développements de l'intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail."
L'IA, opium du peuple en doudounes sans manches.
👉 Pendant ce temps, Zuckerberg continue à nager dans ses délires de mec chelou. Fin avril, il est intervenu dans un podcast pour y dire ceci : "l’Américain moyen n’a que 3 amis alors qu’il en voudrait 15".
Un tel constat pourrait être adressé logiquement par la sociologie ou la psychologie, mais pas quand on est un tech-bro comme Marc. Non, Marc, lui, a la solution toute prête : vous créer des amis artificiels ! « C'est bados, Marc », conclue élégamment le média Futurism.
Alors, l'IA : Dieu ou Humain ? Ni l'un, ni l'autre mon capitaine.

👉 Quittons les délires métaphysiques pour revenir à des prises de bec bien humaines. Un article très intéressant d'Usbek & Rica évoque cette semaine "Anti-Tech Résistance", collectif techno-critique radical qui s'était fait connaître notamment en faisant irruption dans un des contre-sommet de l'IA (en réponse au dit sommet de l'IA voulu par Macron en février dernier). Un "contre-contre-contre sommet de l'IA" comme le surnomme Irénée Régnauld, en somme.
L'existence de ce mouvement prouve en tout cas qu'au sein même de la mouvance techno-critique, que j'assume représenter également avec une certaine radicalité, il y a des divergences fortes. C'est sans doute la preuve de la vivacité de la chose.
Dans le cas d'ATR, cependant, il y a des trucs qui ne sentent pas bon, avec des prises de parole qui flirtent avec l'eugénisme (comme les pires techno-enthousiastes d'ailleurs) et des dérives réactionnaires. On gardera un œil dessus.
👉 Une news qu'Anti Tech Résistance n'aurait sans doute pas couverte : saviez-vous que plusieurs nominés du Pulitzer de cette année avaient utilisé l'IA ? Mais pas de la façon que vous imaginez… On y retrouve pêlemêle :
Bref, pas de la fainéantise à base d'IA générative. Cette information confirme en fait assez nettement mon opinion sur l'IA : la bulle de l'IA va péter à un moment ou un autre, car une vaste part du volume d'activité associé est lié à des usages complètement inutiles, comme 95% de ce que l'on fait de l'IA générative.
Mais l'IA de manière plus générale est là pour rester, et a le potentiel pour apporter des bénéfices réels. Si tant est qu'elle soit régulée et utilisée de manière responsable... Et c'est n'est pas la direction que nous ne semblons prendre, malheureusement.
👉 Le procès des anciens cadres d’Ubisoft pour harcèlement a commencé. Un moment important, mais qui ne sera malheureusement pas le procès de l'ambiance délétère et du management défaillant de l'entreprise au sens large. Très bonne couverture du procès par Le Monde depuis son lancement, en tout cas.
👉 Ah et sinon, La Quadrature du Net révélait le 22 mai dernier que France Travail prévoyait d'utiliser des "robots" pour contrôler les personnes au chômage et au RSA. Merveilleux d’humanisme.
👉 On finit par un reportage important du Pavé Numérique : "plus de 400 startups en France misent sur l’IA. Derrière l’innovation à la mode se cache un travail de petites mains, externalisé loin des regards, le plus souvent à Madagascar."
Voilà, c'est tout pour ce mois de juin !
On se retrouve en juillet pour un 17ème numéro de Tales From The Tech.
D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous, cela me ferait très plaisir. Et à me faire part de vos retours. Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.
Merci à toutes et tous,
Thomas ✊