29.06.2026 à 13:41
Mr Mondialisation
Alors qu’il est essentiel de s’informer pour voter en connaissance de cause, les médias dominants imposent un agenda politique dicté par la volonté de leurs propriétaires. Ce conflit d’intérêt nuit à la possibilité d’une démocratie saine et impose la nécessité d’un démantèlement des empires journalistiques au profit d’un pluralisme idéologique, cadré par le respect de la dignité […]
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Le constat est sans appel : près de neuf médias sur dix appartiennent aujourd’hui à une dizaine de milliardaires. Comment, dès lors, avoir une opinion éclairée si le pouvoir d’informer se concentre entre les mains d’une poignée de gens dont les intérêts économiques convergent ?
La situation est d’autant plus inquiétante qu’une idéologie d’extrême droite essaime de plus en plus sur le milieu, notamment sous l’impulsion de grands patrons, comme Vincent Bolloré ou Pierre-Edouard Stérin. Il existerait pourtant des moyens politiques de limiter cette influence nuisible à la démocratie.
En France, la question de la concentration des médias ne date pas d’hier. Même si l’empire tentaculaire de Vincent Bolloré a largement remis cette question dans le débat public, les ultra riches du pays achètent et échangent des rédactions de presse depuis de nombreuses décennies.
Elle est de retour.
La 20ᵉ mise à jour de notre carte :
« Médias français : qui possède quoi ?Quelques mouvements remarquables, en 4 points. ↓ pic.twitter.com/FJYbmRlCbN
— Le Monde diplomatique
(@mdiplo) December 18, 2025
De Bernard Arnault à Xavier Niel en passant par Martin Bouygues, Patrick Drahi ou François Pinault, une poignée de milliardaires s’est octroyé le droit d’informer la population de la manière dont il l’entend. Et sa force de frappe est extrêmement puissante.
Ainsi, 93 % des quotidiens nationaux vendus en France sont sous le contrôle de cinq milliardaires. Dans cette catégorie, seules L’Humanité et La Croix n’appartiennent pas à une grande fortune. L’essentiel de l’audience à la radio et à la télévision est également capté par des médias de même nature.
Et bien entendu, cette concentration pose un véritable problème démocratique. Les médias n’usurpent en effet pas leur surnom de « quatrième pouvoir ». Ils façonnent l’agenda public et influencent considérablement l’opinion. Chaque soir, 20 millions de Français s’informent d’ailleurs encore en regardant un journal télévisé.
Inutile de préciser à quel point détenir les clefs de ce genre d’outil permet d’orienter voire de contrôler une partie très importante des esprits. Le choix des sujets, des invités et des journalistes s’avère déterminant. Or, cette ligne éditoriale n’ira jamais à l’encontre des intérêts du propriétaire du titre.
Personne n’évoquera ainsi les ravages de l’extrême droite sur une radio de Vincent Bolloré, la critique des entreprises du luxe n’émergera pas dans un journal de Bernard Arnault, et une interminable liste de sujets allant à l’encontre des intérêts des plus fortunés n’aura certainement pas le droit à un traitement équitable.
De cette façon, l’écologie, le partage des richesses ou la remise en cause du capitalisme seront en revanche bien peu abordés. D’après une étude, l’environnement ne faisait l’objet que de 6 % des articles de presse en 2025. Et ce n’est pas un hasard, puisque les propriétaires sont, par ailleurs, les plus importants responsables de la catastrophe planétaire.
La remise en question du modèle économique dominant va aussi totalement à l’encontre de l’intérêt des plus grandes fortunes, mais également des groupes publicitaires qui abreuvent en masse la presse, posant un sérieux problème d’indépendance. À l’inverse, les polémiques stériles, les faits divers et les sujets destinés à servir l’extrême droite trouveront un écho retentissant dans tous les médias de ce type.
Néanmoins, on pourrait arguer qu’il existe des médias indépendants et portés sur des thèmes alternatifs, comme Mr Mondialisation. Mais comment comparer la force de frappe d’un milliardaire à celle de faibles fonds ?
De ce fait, le problème n’est pas seulement le manque de pluralisme, mais bien le système de l’information dans son intégralité, qui repose en grande partie sur la propriété privée d’un actionnaire. Également, le financement des journalistes ne permet pas de garantir leur liberté dans de nombreux cas. Pire, grâce à des écoles standardisées et des embauches privilégiant des profils bien précis, la diversité des professionnels du secteur se réduit d’année en année.
Face à cette situation, il ne peut émerger de véritable démocratie. En effet, comme garantir qu’un citoyen puisse prendre des décisions éclairées pour son pays s’il ne dispose que d’une information extrêmement partiale et orientée vers un mode de pensée bien précis ?
Même s’il n’existe, bien entendu, aucune nouvelle neutre, l’absence d’un pluralisme équitable, avec des moyens de diffusion équivalents, pose un réel problème collectif. Et au-delà des opinions inévitables dans un média, la question de la désinformation factuelle n’est pas non plus négligeable. Que des journalistes puissent diffuser des contre-vérités sans conséquences dépasse largement le cadre de la liberté de la presse et fausse le débat public.
Si des chaînes comme CNEWS s’en sont fait une spécialité de manière particulièrement grossière, il ne faudrait pas penser que cette pratique reste cantonnée aux médias d’extrême droite de la sphère Bolloré. Le site Acrimed relève d’ailleurs régulièrement toutes les manipulations les plus choquantes dans les grands médias.
Dès lors, restreindre la puissance politique des milliardaires apparaît comme une nécessité absolue. Pour ce faire, l’information doit être traitée tel un bien commun, d’une part en empêchant les situations de monopoles, et d’autre part en protégeant l’indépendance des rédactions.
Par là, la socialisation du journalisme devient une piste très sérieuse, notamment grâce au statut de coopérative. La refonte des écoles du secteur, pour des profils plus variés, peut également appartenir aux solutions possibles.
Pour autant, afin de se prémunir d’une instrumentalisation de l’information par l’État, comme c’est souvent le cas dans le service public, la gestion de ce secteur doit nécessairement se soumettre à un contrôle citoyen.
Les pouvoirs de l’ARCOM pourraient ainsi s’étendre à toute la presse, après que ses membres aient été renouvelés, non plus par le gouvernement, mais par le peuple, ou bien par tirage au sort. De véritables sanctions devraient également être prononcées lorsque l’éthique journalistique n’est pas respectée et que de la désinformation a sciemment été partagée.
De la même manière, la question du financement doit être sérieusement reposée. Les aides à la presse, qui atteignent plus de 110 millions par an, sont aujourd’hui massivement captées par de grands groupes, ne laissant que des miettes aux médias indépendants.
La presse indépendante est d’ailleurs bien souvent contrainte de survivre avec les dons de ses lecteurs, sans pouvoir se développer davantage. Si ce modèle a plutôt bien fonctionné pour certains, il reste très limité pour la plupart d’entre eux et source de précarité financière pour ses journalistes.
Dès lors, proposer aux citoyens d’orienter l’argent public sur les médias de leurs choix pourrait représenter une solution viable. Dans tous les cas, force est de constater que, face à l’urgence des multiples crises traversées par le pays, l’information ne peut plus être traitée comme une simple marchandise à la merci des plus aisés.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Manifestation des travailleur·euses. 1er mai 2024. Paris. Paola Breizh. Flickr.
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer. 1. La Norvège interdit les chatbots d’IA aux écoliers La Norvège interdira dès la rentrée l’usage des chatbots d’intelligence artificielle aux élèves de 6 à 13 ans, tout en les autorisant sous encadrement à partir de […]
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La Norvège interdira dès la rentrée l’usage des chatbots d’intelligence artificielle aux élèves de 6 à 13 ans, tout en les autorisant sous encadrement à partir de 14 ans. Le gouvernement estime que les enfants doivent d’abord acquérir les apprentissages fondamentaux avant de recourir à ces outils. (Next)
La Cour de cassation juge que lorsqu’une période d’essai est rompue après l’annonce d’une grossesse, c’est désormais à l’employeur de prouver que sa décision est sans lien avec cet état. Cette décision renforce la protection des salariées contre les discriminations liées à la maternité. (The Conversation)
Le Parlement a adopté une loi reconnaissant les préjudices subis par les 2 015 mineurs réunionnais déplacés de force vers l’Hexagone entre 1962 et 1984. Le texte prévoit notamment une commission pour la mémoire, une journée nationale d’hommage et un droit à réparation financé par l’État. (L’Humanité)
À la Maison des réfugiés, à Paris, des ateliers d’apprentissage poétique du français offrent aux personnes en exil un espace d’expression, de lien social et d’apaisement. Sans se substituer à un suivi psychologique, ces ateliers sont reconnus pour leurs effets bénéfiques sur la santé mentale de personnes souvent marquées par des violences et l’exil. (La Brèche)
Ridglan Farms, un élevage du Wisconsin spécialisé dans les beagles destinés à l’expérimentation animale, va fermer ses portes après des années de mobilisations et d’enquêtes. Les défenseurs des animaux saluent une victoire majeure et espèrent désormais que les derniers chiens pourront être placés dans des familles. (World Animal News)
Entre 2000 et 2019, l’espérance de vie moyenne en Afrique est passée de 54 à 64 ans, grâce notamment au recul de la mortalité infantile et aux progrès dans la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose. Cette amélioration s’est produite malgré les guerres, les famines et les crises sanitaires qui ont marqué le continent. (Good News Network)
Le renforcement de la lutte contre le braconnage et le trafic d’animaux sauvages a permis le retour de plusieurs espèces rares dans les écosystèmes vietnamiens. Les autorités mettent en avant les premiers résultats du plan national lancé en 2025, qui a conduit à près de 1 800 infractions traitées en trois mois. (Le Courrier du Vietnam)
Des communautés agricoles guatémaltèques renouent avec des pratiques héritées des Mayas en fabriquant des biopesticides à base de plantes locales. Moins coûteuses et moins polluantes que les produits chimiques, ces solutions permettent de protéger les cultures tout en préservant les sols, l’eau et la biodiversité. (Mongabay)
Le gouvernement québécois a présenté une loi permettant à toute personne de 14 ans et plus de demander si son ou sa partenaire a des antécédents de violences conjugales, d’agressions sexuelles ou de fraude amoureuse. Inspiré de la « loi de Clare » britannique, ce dispositif vise à prévenir les féminicides et pourrait donner lieu à environ 10 000 demandes par an. (Le Journal de Québec)
Après avoir analysé 168 heures de programmes, l’Arcom estime que CNews présente une « surexposition manifeste » d’un même courant de pensée et ne respecte pas l’obligation de pluralisme de l’information. La chaîne de Vincent Bolloré, déjà la plus sanctionnée par le régulateur, a annoncé un recours devant le Conseil d’État. (Les Nouvelles News)
Visuel de couverture : Unsplash
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. L’extrême droite française au rendez-vous des climato-sceptiques La conférence ARC rassemble notamment Marion Maréchal, des collaborateurs du RN, des représentants des réseaux de Pierre-Édouard Stérin et des figures du trumpisme, aux côtés de climato-sceptiques […]
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La conférence ARC rassemble notamment Marion Maréchal, des collaborateurs du RN, des représentants des réseaux de Pierre-Édouard Stérin et des figures du trumpisme, aux côtés de climato-sceptiques et d’acteurs liés aux énergies fossiles, autour d’un discours opposé aux politiques climatiques et au « wokisme ». (Observatoire des multinationales)
Des assistantes familiales du Nord dénoncent des conditions de travail devenues intenables : surcharge, manque de repos, placements en urgence, informations incomplètes sur les enfants accueillis et soutien insuffisant, au point de menacer l’avenir de leur métier. (StreetPress)
Depuis la crise du Covid-19, les salaires augmentent moins vite en France que dans le reste de l’Europe. Les choix du gouvernement pour contenir l’inflation ont favorisé la modération salariale, sans permettre aux salariés de retrouver leur pouvoir d’achat d’avant les crises énergétiques. (Alternatives Économiques)
L’Iran a accepté le retour des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique en échange d’un allègement des sanctions américaines sur ses exportations de pétrole et de la réouverture du détroit d’Ormuz. Les discussions se poursuivent pour parvenir à un accord global sur le programme nucléaire iranien et un cessez-le-feu au Liban. (The Guardian)
Une nouvelle étude montre que 80 % des habitants de Martinique et de Guadeloupe présentent encore des traces de chlordécone dans le sang. Alors qu’une loi prévoit la reconnaissance de la responsabilité de l’État et une future indemnisation des victimes, la justice a confirmé le non-lieu dans ce scandale sanitaire. (L’Humanité ; Reporterre)
L’avocat d’extrême droite Abelardo de la Espriella a remporté de justesse le second tour de l’élection présidentielle face au candidat de gauche Iván Cepeda. Élu avec moins d’un point d’avance dans un pays profondément divisé, il devra gouverner avec une faible représentation de son camp au Congrès. (elDiario.es)
Les premières conclusions de la mission d’inspection estiment que la plainte déposée en 2025 par la mère d’une fillette de 11 ans, prénommée Rosa, qui accusait Jérôme Barella de plus de 50 viols, a été marquée par des pertes de temps et un défaut de suivi au parquet d’Auch, sans que le suspect ne soit jamais entendu. (L’Humanité)
Face à la canicule, des centaines d’établissements scolaires ferment ou adaptent leurs horaires selon les situations locales. Faute de consignes nationales claires, les parents doivent gérer au cas par cas la garde de leurs enfants, souvent dans l’urgence et en fonction de leurs contraintes professionnelles. Alors que les derniers jours ont été les plus chauds jamais enregistrés en France pour la période. (Libération)
Observé pour la première fois en France en 2017, le chacal doré continue de s’étendre et pourrait s’installer sur plus de 90 % du territoire, selon une étude scientifique. Les chercheurs estiment que cette expansion est favorisée par la disparition des loups gris dans de nombreuses régions d’Europe. (Vert)
L’Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a décidé de supprimer 160 000 euros de subventions au Planning familial de Gironde, estimant que ses actions ne sont pas suffisamment « probantes ». L‘association dénonce une décision brutale et demande à la ministre de la Santé de revenir dessus. (Mediapart)
* Visuel de couverture : Unsplash
The post Climatosceptiques, canicule et familles d’accueil : les 10 actus de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.26.06.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Vous avez bien dormi ? Non ? Nous non plus. Et ce n’est pas un hasard. À mesure que la planète se réchauffe, les nuits deviennent de plus en plus étouffantes, au détriment direct du sommeil. Selon une étude du Climate Central, publiée en août 2024 et toujours d’actualité, le dérèglement climatique entraîne désormais des […]
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[Article initialement publié le 2 septembre 2024, mis à jour le 26 juin 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 4min]
Le sommeil est un des piliers d’une bonne hygiène de vie. Pendant que nous dormons, notre corps se régénère et assure de nombreuses fonctions vitales : réparation des tissus, production d’hormones, consolidation de la mémoire, récupération musculaire et renforcement du système immunitaire.
Mais pour que ces fonctions opèrent correctement, la qualité du sommeil est aussi essentielle que sa durée. « Le sentiment d’être reposé le lendemain et le bon fonctionnement de l’organisme dépendent non seulement du nombre total d’heures de sommeil, mais aussi du nombre de minutes passé à chaque étape des cycles du sommeil », détaille l’Agence de santé canadienne.
Alors que les vagues de chaleur s’intensifient partout dans le monde, les nuits se réchauffent encore plus rapidement que les journées. « Les températures nocturnes ont augmenté encore plus rapidement que les températures diurnes à mesure que la planète se réchauffe, exposant des millions de personnes à des risques potentiels pour la santé », souligne le Climate central, exposant des millions de personnes à des risques sanitaires accrus.
Leur constat est sans appel : plus d’un milliard de personnes ont déjà subi au moins 30 nuits supplémentaires au-dessus de 25°C en raison du changement climatique.
Une autre étude publiée dans la revue One Earth confirme cette tendance inquiétante : la hausse des températures pourrait entraîner une réduction significative du temps de sommeil, avec des pertes cumulées particulièrement importantes dans les régions les plus chaudes et parmi les populations les plus précaires.
59 des 202 pays et territoires analysés ont connu une semaine supplémentaire par an avec des températures minimales supérieures à 18 °C en moyenne au cours de la dernière décennie. L’Ouganda et la Zambie ont été les pays les plus touchés, avec jusqu’à un mois supplémentaire de nuits chaudes.
En Europe, plusieurs pays sont en première ligne : Espagne, Italie, Croatie, Moldavie, Bulgarie ou Hongrie. En France aussi, les « nuits tropicales » (au-dessus de 20°C) se multiplient, notamment dans les grandes villes comme Paris, Lyon ou Marseille, où le béton piège la chaleur jusque tard dans la nuit.
Sur les 994 villes analysées, 30 ont connu au moins un mois supplémentaire de nuits chaudes, où la température minimale dépassait le seuil de 18°C. Les chercheurs précisent :
« Parmi ces villes, 8 ont observé 2 mois supplémentaires de jours supérieurs à 18 °C. Katmandou, au Népal, a observé trois mois supplémentaires au-dessus de 18 °C, ce qui signifie que sans le changement climatique, ces températures nocturnes auraient été extrêmement rares »
D’autres villes fortement touchées incluent Turin, Milan, Brasilia, Lima, Marrakech ou encore Salt Lake City.

Si les effets des températures nocturnes élevées varient d’un pays à l’autre et au sein d’un même territoire, les populations à faible revenu reste touchées de manière disproportionnée :
« [en partie] en raison des différences de qualité du logement et d’accès à des solutions de refroidissement »
Dans de nombreuses régions du monde, la climatisation reste inaccessible – et son développement massif pose lui-même un problème écologique majeur, en augmentant la consommation d’énergie et les émissions.
Les villes aggravent encore la situation. Le phénomène d’îlot de chaleur urbain, causé par le béton, l’asphalte et le manque de végétation, empêche les températures de redescendre la nuit. Or, avec près de 68% de la population mondiale attendue en zone urbaine d’ici 2050, cette exposition ne fera qu’augmenter.
Derrière ces nuits de plus en plus étouffantes, c’est toute l’organisation de nos sociétés thermo-industrielles qui est en cause : urbanisation massive, artificialisation des sols, dépendance aux énergies fossiles.
Les effets sur la santé vont bien au-delà de l’inconfort. Le manque de sommeil chronique est également associé à de nombreux troubles : affaiblissement du système immunitaire, diabète, dépression, troubles cognitifs ou encore baisse des capacités de concentration et de productivité.
« Les températures nocturnes élevées sont particulièrement dangereuses car elles empêchent le corps de se refroidir et de récupérer de la chaleur diurne. Cela augmente le risque d’accident vasculaire cérébral, d’autres maladies cardiovasculaires et de mortalité ».
Les populations les plus vulnérables – nourrissons, personnes âgées, femmes enceintes – sont particulièrement exposées. Chez ces dernières, les troubles du sommeil sont notamment associés à des risques accrus de complications, comme les accouchements prématurés.
Face à ce phénomène, les réponses existent mais restent insuffisamment déployées, notamment par nos gouvernements. La végétalisation des villes, la désimperméabilisation des sols, la rénovation thermique et énergétique des bâtiments, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la réduction drastique de nos activités humaines – comprendre thermo-industrielles – sont autant de leviers essentiels.
À l’échelle individuelle, certaines adaptations peuvent atténuer les effets (ventilation nocturne, isolation, textiles adaptés), sans toutefois remplacer les transformations structurelles nécessaires.
Cette analyse, issue du rapport Sleepless Nights du Climate Central, rappelle une évidence : le dérèglement climatique ne se vit pas seulement le jour. Il s’infiltre aussi dans nos nuits – et dans nos corps jusqu’à les mettre en péril.
– L.A. | mis à jour par Mara Pron
Photo de couverture : cottonbro studio | Pexels.
The post Climat : la chaleur des nuits augmente au péril de la santé first appeared on Mr Mondialisation.25.06.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Mr Mondialisation donne la parole à une lectrice qui souhaite partager son expérience au sein d’un espace d’entraide dédié à la réduction des risques liés aux drogues. Un témoignage sensible qui invite à interroger le fonctionnement de ces lieux souvent essentiels pour les personnes concernées, mais rarement questionnés. Alors que la question des espaces d’entraides, […]
The post Tribune : L’angle mort des « safe places » first appeared on Mr Mondialisation.[Temps de lecture estimé : ~ 5min]
Les espaces de réduction des risques sont indispensables. Mais parce qu’ils accueillent des personnes particulièrement vulnérables, ils doivent aussi accepter d’être interrogés. À travers mon expérience sur la plateforme Psychoactif, je souhaite ouvrir un débat plus large sur les responsabilités éthiques des communautés d’entraide.
Lorsqu’on est dépendant·e à une substance, on apprend vite à se taire. On apprend à cacher, à minimiser, à mentir parfois. À éviter certains sujets avec sa famille, ses ami·es, ses médecins. Parce que la consommation de drogues reste l’un des sujets les plus stigmatisés de notre société.
On peut parler de dépression, d’alcoolisme, de burn-out. Mais parler librement de consommation de drogues reste encore extrêmement tabou. C’est pour cette raison que les espaces de réduction des risques occupent une place si particulière.
« Au-delà d’être des lieux d’information, ils deviennent parfois des lieux de survie. Pour certaines personnes, ce sont les seuls endroits où il est possible de dire : « Je consomme. Je vais mal. » sans être immédiatement jugées. »
Quand j’ai découvert le site Psychoactif, j’ai cru avoir trouvé cet endroit.
J’ai participé à plusieurs discussions. J’ai posé des questions. Peu à peu, j’ai perçu quelques tensions, et particulièrement dans une discussion sur les violences faites aux femmes. Les hommes, dont un modérateur, ont pris les rênes et l’échange s’est stoppé.
Mais c’est au moment où j’ai formulé des critiques sur certains aspects du fonctionnement de la plateforme que j’ai compris l’esprit et la culture du site.
Je n’avais pas le sentiment que mes remarques étaient réellement examinées. J’avais plutôt l’impression que l’attention se déplaçait progressivement vers ma manière de les exprimer, mon ancienneté sur le forum, ma sensibilité ou ma compréhension supposée des codes de la communauté. Comme si le problème ne pouvait pas être ce que je soulevais mais qu’il venait nécessairement de moi. On m’a même dit :
« Lorsqu’on arrive chez son « gourou », on écoute sans critiquer. »
Avec le recul, ce mécanisme est probablement ce qui me paraît le plus inquiétant, parce qu’il est extrêmement fréquent dans les systèmes de pouvoir. Lorsqu’une critique devient inconfortable, le moyen le plus efficace de la neutraliser n’est pas forcément de la censurer, il suffit parfois de rendre son auteur·rice moins crédible que ce qu’iel dit. Je ne prétends pas qu’il y ait eu une volonté délibérée de me nuire, mais je sais ce que j’ai vécu.

Avant que la situation n’explose publiquement, j’ai écrit à l’équipe. Non pas pour me plaindre, j’ai écrit parce que j’étais en détresse. J’ai expliqué que je ne me sentais plus en sécurité sur la plateforme et que j’avais besoin d’être rassurée. J’ai posé une question simple :
« Puis-je toujours compter sur vous ? »
Mon mail n’a jamais reçu de réponse. Je crois que c’est à cet instant précis que ma confiance s’est brisée, car ce silence a produit chez moi quelque chose de très particulier. Il m’a donné le sentiment que mes critiques suscitaient davantage de réactions que ma souffrance.

Je ne prétends pas que toutes les personnes présentes sur Psychoactif soient malveillantes. C’est justement ce qui rend cette situation si difficile à penser, car le problème n’est pas forcément la malveillance. Le problème peut aussi être une culture. Une culture qui finit par protéger le groupe avant de protéger les personnes et où les alertes deviennent vite encombrantes.
Je pense important de souligner que Psychoactif n’est pas un forum comme les autres. Les personnes qui arrivent là-bas sont souvent fragiles, isolées, en souffrance psychique. Lorsqu’une plateforme accueille ce genre de public, elle porte une responsabilité particulière.
Dans un tel contexte, la question n’est plus seulement celle de la modération. Elle devient une question éthique. Que produit réellement cet espace chez celles et ceux qu’il accueille ? Car plus un lieu accueille des personnes vulnérables, plus il devrait accepter d’interroger les effets qu’il produit sur elles.
Les personnes concernées n’ont pas seulement besoin d’information. Elles ont besoin de sécurité, d’écoute. Et lorsque celles qui alertent repartent avec davantage de doutes sur elles-mêmes qu’en arrivant, alors il devient nécessaire de se demander si quelque chose, quelque part, ne s’est pas perdu en chemin.
Cela m’amène à ce constat : les communautés militantes, les espaces d’auto-support et les dispositifs d’entraides ne sont pas immunisés contre les mécanismes qu’ils dénoncent.
C’est précisément pour cette raison que les espaces de réduction des risques devraient accepter d’être regardés avec la même exigence critique que celle qu’ils appliquent aux institutions qu’ils contestent. Une communauté ne se juge pas uniquement à ses intentions. Elle se juge aussi à ce que ressentent les personnes qui repartent plus fragiles qu’en arrivant.

À travers mon expérience, j’ai découvert qu’un espace qui affirme lutter contre la stigmatisation peut parfois produire ses propres mécanismes d’exclusion. Il me semble urgent d’ouvrir un débat dont personne ne parle : les usager·es de drogues ont besoin d’espaces d’entraide.
Iels ont besoin de réduction des risques. Iels ont besoin de communautés. Mais iels ont également besoin que ces espaces acceptent de regarder leurs propres angles morts. Car lorsqu’un lieu présenté comme un refuge devient – pour certaines personnes – un lieu supplémentaire de doute, d’angoisse et d’isolement, il ne suffit plus d’invoquer les valeurs affichées. Il devient nécessaire de s’interroger sur la réalité vécue.
– Laura Tournand
Photo de couverture : Youssef Naddam – Unsplash
24.06.2026 à 14:30
Mr Mondialisation
D’année en année, l’état de la justice française se dégrade. Délais interminables, personnel débordé, dossiers bâclés, erreurs judiciaires, c’est toute une institution qui se trouve au bord de la rupture. Et ce désastre ne résulte pas de défaillances individuelles, mais bien d’un système à bout de souffle. Comme la santé, l’éducation ou l’écologie, la justice […]
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Comme la santé, l’éducation ou l’écologie, la justice doit faire face à des décennies de décisions austéritaires où les budgets et les moyens sont constamment comprimés sur l’autel du néolibéralisme et des cadeaux aux plus fortunés. Et si une politique de rupture, n’advient pas prochainement à la tête de l’État, la situation continuera à se dégrader au détriment de la démocratie.
Comment garantir une société apaisée sans une justice saine et efficace ? La question revient de plus en plus souvent sur la table, tant les scandales se multiplient à ce niveau. L’affaire Lyhanna n’a d’ailleurs pas manqué de susciter une indignation nationale.
Mais plus que des défaillances individuelles, le problème est bel et bien, ici, systémique. Que ce soit dans la prise en charge des plaintes, au niveau de l’enquête, dans l’examen des dossiers ou encore les décisions adoptées par la magistrature à cause de tribunaux saturés, le secteur entier de la justice plie sous le poids de l’austérité, des manques de moyens et des restrictions budgétaires.
Malgré le déni cynique d’Emmanuel Macron, qui affirmait ne vouloir « entendre aucun argument de moyens » dans le scandale Lyhanna, les statistiques ne mentent pas. Pour 100 000 habitants, la France ne compte que 3,2 procureurs. Seule l’Irlande fait pire dans toute l’Union européenne (2,7). C’est 7,5 fois moins que la Lettonie, en tête de ce classement.
La justice française manque bel et bien de moyens humains
L'analyse dans notre graphorama : https://www.altereco.media/J0i
— Alternatives Economiques (@alternatives-economiques.fr) 2026-06-12T15:48:40.000Z
Pire, au sein du personnel judiciaire hors procureur, comme les greffiers, la France est tout bonnement dernière de la classe avec uniquement 0,6 professionnel pour 100 000 habitants, 76 (!) fois moins que la Bulgarie. Avec seulement 11,15 juges pour la même proportion, elle est presque quatre fois moins pourvue que la Croatie.
Et dans la police judiciaire (PJ), chargée de recueillir les plaintes et d’enquêter, le désastre est à peu près similaire. À tel point que l’État ne parvient même plus à recruter les ressources humaines souhaitées pourtant dans un cadre de restriction. De l’aveu du ministère de l’Intérieur lui-même, il manquait 5 000 officiers supplémentaires en 2025.
Certes, des réformes comme celles de Nicolas Sarkozy, pour qui « l’insécurité n’est pas une question d’effectif », où plus récemment celle d’Emmanuel Macron, ont sans aucun doute déplumé la profession. Mais c’est également aujourd’hui l’absence d’attractivité qui pose problème.
Le secteur de la PJ n’intéresse plus les jeunes générations à cause de rémunérations insuffisantes, de rythmes de travail effrénés, de lourdeurs administratives, de logiciels dépassés et d’un métier peu gratifiant. Un constat qui n’est pas sans rappeler celui de l’éducation nationale.
Or, ce genre de bilan ne tombe pas du ciel. Il n’est pas le signe d’un déficit de motivation, à l’inverse de ce que certains libéraux peuvent laisser croire, mais d’un manque de moyens financiers. Comment, par exemple, revaloriser une profession, améliorer les conditions d’exercice ou former les gens correctement sans une enveloppe conséquente ?
À titre illustratif, la France dépense seulement 77 € par habitant pour sa justice. Loin des 136 ou des 245 de la Suisse. Et Gérald Darmanin a récemment demandé des économies, à l’inverse de plusieurs augmentations précédentes. Malgré tout, les 10,7 milliards de budget annuel ne pèsent pas lourd face aux 57 milliards de celui de l’armée, aux 100 milliards de fraudes fiscales, ou encore aux 211 milliards d’aides aux entreprises sans contrepartie.
Et au bout de la chaîne, toute cette politique, à l’avantage des grandes fortunes, n’est pas sans conséquences. Ainsi, 86 % des plaintes pour violences sexuelles et 94 % pour les viols sont classées sans suite. Le manque de formation au sein de la police incite, par exemple, fréquemment les fonctionnaires à ne pas croire la parole des enfants, alors qu’une étude atteste pourtant qu’il existe seulement 2 % de cas de mensonges chez les mineurs dans ce genre d’affaires.
Des données qui résonnent tristement face aux drames éprouvés par de nombreuses personnes. À tel point que ce climat détruit la confiance des individus dans le système. Plus de 90 % des victimes de violences sexistes ou sexuelles ne porteront d’ailleurs jamais plainte. Avec à la clef des vies brisées et des agresseurs bien souvent impunis.
Quant aux délais de justice, ils sont trois fois plus longs en France qu’en Allemagne. Ces procédures interminables suscitent évidemment un sentiment d’abandon, d’autant qu’elles peuvent être très coûteuses et énergivores.
Au sein du personnel de justice, le mal-être semble également persistant. Les professionnels dénoncent ainsi des conditions d’activité intenables, étant « dévorés par le travail ». Dès 2021, ceux-ci manifestaient d’ailleurs pour plus de moyens dans leurs métiers.
Pendant ce temps, une bonne partie du spectre politique se contente de flatter les bas instincts en mettant sur la table des « solutions » toujours plus répressives et sécuritaires, allant de la castration chimique aux comparaisons avec le terrorisme. Ces surenchères pénales ont pourtant démontré toute leur inefficacité depuis 30 ans. Plus rares sont ceux, en revanche, qui pointent véritablement le manque de moyens financiers.
Pire, même en restant dans une logique déshumanisante purement pécuniaire, l’État creuse son propre déficit à sans cesse vouloir faire des économies. Pour chaque vie brisée, pour chaque crime évitable commis, combien d’argent public doit alors être dépensé en frais de santé, matériel, etc. ?
Rendre les métiers du secteur plus attractifs en offrant plus de moyens apparaît aujourd’hui comme une évidence. Pour autant, l’argent ne réglera cependant pas tous les problèmes. Des efforts considérables sont également indispensables au niveau de la prévention et de l’éducation au sein de la société et de la formation des professionnels.
De même, il ne s’agit pas de glisser vers une justice expéditive, mais bien d’apporter aux victimes un suivi important et suffisamment de personnel mobilisé pour prendre en charge les besoins dans des délais raisonnables.
Les organismes de justice doivent recouvrer l’essence même de leur utilité, celui d’un service public. Pour ce faire, il sera indispensable d’opter pour une véritable bifurcation idéologique qui rebâtira l’un des piliers de la démocratie.
– Simon Verdière
Photo de couverture de Tingey Injury Law Firm sur Unsplash
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