Fin 2025, un groupe d’ami·es s’est rendu en Cisjordanie, en soutien aux paysan·nes palestinien·nes. Là où l’agroécologie est devenu un moyen de résistance face à l’occupation, le quotidien, aussi étouffant qu’incertain, est investi à bâtir l’avenir. De ce voyage de six semaines, ce groupe d’ami·es en a tiré un récit d’espoir. En Cisjordanie, l’atmosphère est […]
Fin 2025, un groupe d’ami·es s’est rendu en Cisjordanie, en soutien aux paysan·nes palestinien·nes. Là où l’agroécologie est devenu un moyen de résistance face à l’occupation, le quotidien, aussi étouffant qu’incertain, est investi à bâtir l’avenir. De ce voyage de six semaines, ce groupe d’ami·es en a tiré un récit d’espoir.
En Cisjordanie, l’atmosphère est lourde, affectée par le génocide à Gaza, la colonisation, l’apartheid et les guerres alentours. Et pourtant, nous sommes accueilli·es par un foisonnement d’initiatives inspirantes porté par des Palestinien·nes.
L’arrivée en terres occupées
L’État d’Israël contrôle tous les points d’accès à la Palestine, le choix est donc restreint : on entre par l’aéroport de Tel Aviv ou bien par la Jordanie. C’est cette dernière option que nous avons choisi, bien qu’elle implique de traverser 3 check-points : palestinien, israélien et jordanien.
Pour les Palestinien·nes, le choix n’existe pas : cette entrée est la seule qui leur est autorisée. Déjà à la frontière, nous, Occidentaux, traversons avec un bus moderne, tandis que celui réservé aux Palestinien·nes semble sorti d’une autre époque. Ce n’est que la première entrevue d’un système d’apartheid que nous allons découvrir en pratiques.
L’olivier, symbole de subsistance et de résistance
Arrivé·es en Palestine, nous retrouvons notre ami Saad, que deux d’entre nous avaient déjà visité en janvier 2025. Son village est perché parmi les terrasses plantées d’oliviers entre Ramallah et Naplouse. Au village, tout le monde cultive des vergers oléicoles et nous aidons Saad à récolter les fruits de ses arbres. Une fois les olives pressées, nous plantons patates, oignons, ails, fèves et radis entre les oliviers.
Ces plantations constituent une source de subsistance pour de nombreuses familles qui consomment ou vendent l’huile et les olives transformées. Cet arbre fruitier méditerranéen est remarquable : il nécessite peu d’irrigation, peut vivre plusieurs siècles, et se développe de manière rustique, c’est à dire qu’il est résistant aux conditions difficiles (sécheresse, froid, sols pauvres…), peu exigeant en entretien et capable de pousser naturellement sans beaucoup d’intervention humaine.
Au nord de Ramallah, des terrasses d’oliviers à perte de vue sur les collines.
À cette entreprise coloniale s’ajoute une grave conséquence climatique : la production a été exceptionnellement faible, ne représentant qu’environ 10 % des volumes habituels, en raison d’une sécheresse d’une intensité inédite depuis 1960.
L’enjeu de l’eau
Concernant les attaques, le village de Saad est relativement préservé : les colons du coin préfèrent attaquer le village voisin, où ils ont déjà accaparé l’une des deux sources d’eau (la deuxième est maintenant surveillée jour et nuit par les habitant·es…). Mais les colons ne sont jamais loin : au cours des derniers mois, ils ont été aperçus dans le coin en train d’étudier des cartes. Alors l’inquiétude est sérieuse au village : quels sont leurs plans ? Vont-ils également accaparer la source ?
[EDIT : Le 26 décembre 2025, juste après la rédaction de cet article, un ami nous a informés que 50 colons armés sont entrés dans le village. Ils se sont rendus aux sources d’eau et ont détruit des plantes aux alentours.]
Un habitant nous explique que l’apartheid concerne aussi les ressources en eau. Les Palestinien·nes ont toujours un réservoir d’eau sur leur toit, car l’eau peut être coupée pendant plusieurs semaines… Alors les autorités israéliennes ne coupent jamais l’eau des colonies, même pas une heure. Nous découvrons aussi qu’une seule compagnie a le monopole de l’approvisionnement en eau en Israël, les arabes sont alors contraints de la payer beaucoup plus cher que les juifs.
Les semences au cœur d’une solidarité internationale
Dans le village, nous rencontrons plusieurs membres du Forum Agroécologique Palestinien, qui promeut l’agroécologie comme outil de résistance. Nous avons la chance de participer à une distribution de semences reproductibles organisée par le Forum et financée par des dons de particuliers à l’étranger. Les paysan·nes se succèdent toute la matinée pour récupérer leurs graines, une tonne de semence est distribuée à une cinquantaine de personnes. Cette distribution est une nécessité : les déplacements en Cisjordanie sont toujours plus compliqués, et il n’est pas sûr que les semences pourront toujours voyager librement demain.
C’est dans ce contexte, et avec la conviction quel’agriculture paysanne permet l’autonomie à celleux qui la pratiquent, que les membres du Forum tentent de faire vivre la paysannerie sur leur parcelle : Mahmoud – prénom modifié – est éleveur de brebis et apiculteur au village. Nour vit à Ramallah mais a acheté une parcelle pour y planter des arbres et en faire un lieu de rencontre et de transmission. Dans un village voisin, Laïla cultive des légumes qu’elle vend à prix libre lors d’une journée conviviale de récolte collective où elle cuisine pour tout le monde.
De son côté, Marwan a planté vignes et pêchers sur une parcelle familiale, où il cultive également des légumes. Depuis qu’il est sorti de prison, il travaille de préférence la nuit, et nous propose un café chaque soir où nous le retrouvons. Il est sensible à la beauté de la montagne où il aime passer ses nuits.
Distribution de semences organisée par le Forum Agroécologique Palestinien.
Les prisons israéliennes, une arme coloniale
La prison, c’est une autre réalité de l’apartheid. En ce moment même, Israël détient plus de 11 000 prisonnier·es palestinien·nes, d’après l’ONG israélienne HaMoked, sur la base de chiffres fournis par l’IPS (administration pénitentiaire israélienne). Plus de 3 500 d’entre elleux sont sous le régime de « détention administrative », c’est-à-dire que les prisonnier·es ne connaissent pas la raison de leur incarcération. [NDLR : Cette arme coloniale a été documentée dans un article paru en octobre 2025 sur Mr Mondialisation].
Un simple post Facebook peut les envoyer en prison, et chaque déplacement est un risque de se retrouver face à l’occupant et son libre-arbitre. La détention de masse est un des outils de contrôle de la population et, bien évidemment, nos ami·es du village sont concerné·es. La plupart ne sont pas bavards sur ce qu’ils ont subis en prison, mais les quelques témoignages que nous recevons corroborent les rapports des ONG sur les conditions de détention épouvantables et inhumaines imposées aux prisonnier·es palestinien·nes, notamment celui de l’ONG israélienne B’Tselem, intitulé Welcome to hell et publié en juillet 2024.
La résistance contre la ségrégation
Pour en savoir plus sur la répression et le système colonial, nous nous rendons à Bil’in, village bien connu pour sa résistance pacifiste contre le mur de séparation érigé par l’occupation israélienne, une résistance documentée dans le film 5 caméras brisées de Emad Burnat et Guy Davidi (2011).
Ici, les habitant·es du village se sont mobilisé·es pendant des années pour empêcher le mur de traverser leur village. Après une victoire en justice en 2007, le mur a été déplacé plus loin du village et une ferme s’est installée sur les terres regagnées en 2016. C’est la ferme où nous logeons. En face d’elle se trouve l’une des plus grandes colonies de Cisjordanie (Modi’in Ilit, plus de 80 000 habitant·es). Nous sommes séparé·es d’elle par le mur qui s’étend entre les collines.
L’agroécologie face à la colonie
On est surpris·es du contraste entre le vert de la ferme et des terrasses d’oliviers de notre côté, et la tristesse des immeubles en béton du côté des israélien·nes. On est tellement proches que les bruits de la colonie accompagnent le quotidien de la ferme. On entend les voix, la musique, les bruits des chantiers… Mais ce sont pourtant deux mondes qui s’opposent.
Tandis que les colons se croient sûrement « protégés » par le mur qui les enferment, les Palestinien·nes regrettent de ne pas pouvoir atteindre la mer. Le mur n’est malheureusement pas le seul obstacle à la liberté de circuler des Palestinien·nes : même à l’intérieur de la Cisjordanie, les check-points omniprésents leur rendent tout déplacement compliqué ou temporairement impossible.
Sur la ferme, tout est pensé comme un outil de résistance : on prend le thé sur une terrasse avec vue sur la colonie et, de tous les bâtiments, ce sont les toilettes qui bénéficient de la vue la plus panoramique. Toutes les constructions sont légères et démontables : nous sommes en zone C, où les constructions en dur sont interdites, selon le découpage de la Cisjordanie en 3 zones lors des Accords d’Oslo en 1995, sensé être temporaire. La zone C représente 60% du territoire, est la seule bande de terre continue et se trouve sous contrôle civil et militaire israélien.
On cultive de tout sur les buttes du jardin, du chou à la papaye, en passant par la citronnelle. Une attention toute particulière est accordée à la construction du sol, en utilisant du compost et du fertilisant écologique produit sur place, et la belle terre de la ferme contraste avec le sol pauvre et caillouteux que l’on trouve dans la région.
Depuis une ferme de Bil’lin, vue sur la colonie israélienne Modi’in Ilit qui ne cesse de s’agrandir.
Le racisme anti-palestinien après le 7 octobre
Dans le village de Bil’in, nous rencontrons Bilal, un grand bonhomme d’une trentaine d’années qui nous aborde en allemand. Il vit avec la famille de sa sœur, qui nous accueille chaleureusement quelques jours dans leur maison. Bilal a vécu les 10 dernières années en Allemagne et nous raconte lors de discussions touchantes comment sa vie en tant que Palestinien est devenue un calvaire depuis le 7 octobre.
Après avoir perdu son travail, harcelé par son voisin et éloigné de ses amis, il a décidé de rentrer en Palestine il y a seulement 6 mois. Il souffre toujours du racisme qu’il a subi en Allemagne mais se sent mieux depuis qu’il est de retour ici, malgré les conditions difficiles dans son village. Sa famille était un des piliers de la lutte pacifiste contre le mur, et il nous fait mesurer l’horreur de la colonisation : toute les familles du village ont perdu des membres, tué·es par les militaires ; la plupart des hommes ont été emprisonnés et torturés.
Aux premières loges de la colonisation
Depuis quelques mois, le village comprend un nouvel habitant : un colon a élu domicile sur une colline toute proche. Nous le voyons descendre de chez lui en voiture, faire un tour dans la vallée, à grand renfort de klaxon et de gyrophare. Aussitôt, les gens sont en alerte, se rassemblent et scrutent l’arrivant de loin. Cet homme n’est pas inoffensif, il a déjà tué plusieurs personnes, en toute impunité. C’est comme cela que la colonisation commence : un Israélien arrive et pose un mobile home quelque part. Il vole les animaux et effraye les locaux. L’embryon de colonie s’agrandit ensuite avec l’arrivée de nouvelles personnes. Les colons mettent en place des routes, des écoles, la connexion au réseau d’eau…
Passé un certain stade, la colonie est « légalisée » par Israël (mais pas au regard du droit international) et l’État hébreu pousse l’ignominie jusqu’à donner des subventions aux personnes qui s’installent. Quand les colonies s’agrandissent, les maisons alentour reçoivent des ordres de démolition et les familles palestiniennes vivant là n’ont alors que deux choix : détruire eux même leur maison, ou attendre que l’armée la fasse détruire et leur fasse payer la facture.
Plusieurs maisons du village ayant déjà reçu un ordre de démolition, on ne peut que s’inquiéter pour le futur de nos ami·es. C’est ainsi que la Palestine se fait grignoter par les intégristes, avec la bénédiction de l’État israélien, qui leur fournit armes et protection militaire.
Une agriculture sous pression israélienne
Nous passons ensuite une journée dans un village voisin où des jeunes ont monté une coopérative pour produire des légumes. Le groupe veut montrer qu’il est possible de produire beaucoup, sans pesticides, même sur ces petites parcelles très pauvres. Cela ne les empêche pas de travailler à la reproduction de semences anciennes ; nous semons ensemble dans ce but des parcelles de blé avec des variétés originaires du Levant.
Si la culture des céréales aurait sans doute de l’avenir dans la région, la récolte ne peut pas se faire à l’aide de machines : le bruit ne manquerait pas d’attirer les colons, qui les détruiraient. La parcelle que nous avons semée est d’ailleurs coincée entre une colonie et une future zone commerciale israélienne, dont le terrain est déjà clôturé.
C’est pendant les semis que nous rencontrons Saïd. Il est paysan de l’autre coté du mur de l’apartheid, dans ce que les Occidentaux appellent Israël et que nos ami·es préfèrent appeler la « Palestine de 1948 », en référence à la date à laquelle 700 000 palestinien·nes en ont été expulsé.
Il nous emmène dans sa ville, proche de Haïfa et de la frontière libanaise. C’est ici qu’ont été regroupées les familles palestiniennes expulsées des villages voisins lors de la création d’Israël. Saïd nous fait visiter les ruines d’un des nombreux villages détruits depuis l’occupation. Comme souvent, des arbres à croissance rapide ont été plantés sur le lieu, la forêt étant utilisée pour cacher le crime. Les restes des ruines ne sont visibles que si l’on cherche à les voir.
Pendant quelques jours, nous travaillons sur la ferme avec Saïd qui pratique l’agriculture syntropique : les légumes poussent entre les arbres, dont certains servent seulement à enrichir le sol de leur bois, dans un jardin qui grouille de vie. Une fois de plus, la permaculture permet de contourner le manque d’eau : on fait des buttes pour retenir l’or bleu, on couvre le sol et les arbres permettent de faire de l’ombre.
Saïd et sa mère se débrouillent pour faire fleurir leur oasis malgré les discriminations qu’iels subissent. Même avec un passeport israélien, iels n’ont pas les mêmes droits dans la pratique que les juif·ves.Par exemple, iels ne peuvent pas commercialiser certains fruits tels que les mangues et les avocats, de même qu’iels n’ont pas le droit de posséder plus de trois ruches. Ici aussi, tandis que d’affreux immeubles résidentiels s’implantent à quelques kilomètres de là, iels ont l’interdiction de construire en dur sur leurs terres alors, comme en Cisjordanie, iels s’adaptent avec des structures en matériaux naturels et démontables.
En Israël, le régime d’apartheid se matérialise de différentes façons. Parfois, ces restrictions sont des lois qui s’appliquent à tout le monde mais dans la pratique, des dérogations sont accordées facilement, sauf aux arabes. Un autre subterfuge de l’occupation israélienne est de créer des restrictions pour des raisons soi-disant « écologiques » dans des zones qui ne sont habitées que par des arabes. Ces Israélien·nes qui sont appelés arabes musulmans, arabes chrétiens, druzes ou bédouins, facilement identifiables car ce nom est inscrit sur leur carte d’identité, sont en fait les descendant·es des Palestinien·nes qui sont restés dans les frontières d’Israël en 1948.
Des liens solides dans la survie et la résistance
La dernière semaine de notre voyage, nous choisissons de la passer autour de Ramallah, pour revoir les différentes personnes que nous avons rencontrées lors de ce séjour. Nous sommes toujours accueilli·es avec le sourire et une générosité débordante. Nos nouveaux et nouvelles ami·es nous expriment l’importance de recevoir des visites dans cette situation désespérante et nous sommes toujours épaté·es par leur envie de s’engager vers un futur durable.
Au cours de ce voyage, nous avons eu de nombreuses discussions politiques. Toutes les personnes que nous avons rencontrées sont en colère contre l’Autorité palestinienne qu’elles estiment corrompue et complice d’Israël. Malgré les soutiens financiers de nombreux pays et d’ONG à la Palestine, peu d’argent arrive réellement jusqu’aux Palestinien·nes. Certain·es de nos ami·es estiment qu’il s’agit d’une politique visant à maintenir les gens dans des conditions de vie précairespour qu’iels n’aient pas les moyens de résister et de remettre en cause la situation d’occupation qui profite à l’Autorité palestinienne.
Barack Obama, Michelle Obama lors d’une réception au Metropolitan Museum de New York avec Mahmoud Abbas, président de l’État de Palestine. Septembre 2009. Wikimedia.
Au cours de nos rencontres, certain·es nous ont aussi dit se sentir privilégié·es de ne pas être à Gaza ou dans un camp de réfugié·es. Certain·es estiment que cette situation « préservée » leur permet de théoriser une éventuelle paix et une coexistence avec les juif·ves et se disent admiratif·ves que leurs proches de Gaza continuent de leur transmettre leurs projets et leurs envies de vie et de paix.
Les liens avec nos ami·es palestinien·nes sont forts et nous remarquons que nous sommes à peu près du même milieu social : classe moyenne, ayant un peu voyagé, sensibles à la justice sociale, à l’écologie et convaincu·es de l’intérêt de l’agriculture écologique.
Mais la comparaison entre nous s’arrête là. malgré leur situation « privilégiée » par rapport à d’autres palestinien.nes, la plupart sont déjà passé.es par la prison et iels se savent constamment en danger (de retourner en prison, d’être expulsé·es, de voir leur terre détruite, de perdre des ami·es ou d’être tué·e…). Iels ne se font pas d’illusion sur le futur et se préparent à subir le même sort que leurs voisin·es de Gaza ou de Jénine.
La reproduction des semences, l’auto-production, l’agroécologie, les réseaux d’entraides, auxquels nous croyons pour des raisons humaines et écologiques, prennent ainsi une dimension profonde, celle de la survie et de la résistance.
Nous essayons de soutenir le Forum Agroécologique Palestinien afin d’organiser d’autres distribution de semences. Si vous souhaitez participer, vous pouvez effectuer un virement sur ce compte bancaire : FR7630003031540005002221821
Objet : SoliF (Il est important d’indiquer cet objet afin que la donation soit affectée à ce projet, et également important de ne rien mentionner concernant la Palestine ou les semences, en raison de possibles difficultés avec les banques françaises.)
À Fougères, en Ille-et-Vilaine, une maison de briques et de pierres ambitionne d’être bien plus qu’une simple habitation. Entre ses murs, une expérience collective se construit, entre chantiers participatifs, rencontres politiques et repas partagés. Alors que logement est devenu un produit spéculatif et la propriété privée, gage de fragmentation sociale, cette initiative montre que la […]
À Fougères, en Ille-et-Vilaine, une maison de briques et de pierres ambitionne d’être bien plus qu’une simple habitation. Entre ses murs, une expérience collective se construit, entre chantiers participatifs, rencontres politiques et repas partagés. Alors que logement est devenu un produit spéculatif et la propriété privée, gage de fragmentation sociale, cette initiative montre que la maison peut redevenir un espace de commun et être vectrice d’un vivre-ensemble solidaire à l’échelle d’un quartier. Découverte du Bon abri, cette maison où il fait bon vivre.
Dans le quartier de Bonabry, une maison est devenue le lieu d’une petite révolution. Toute une constellation d’individus et d’associations y expérimentent une autre manière de vivre, loin des logiques spéculatives. Le Bon abri est à la fois un lieu d’habitation, de rencontres, de vie culturelle, d’éducation populaire et d’organisation pour des associations.
Le programme du mois de mars au Bon abri illustre la dynamique en cours : ateliers de dégooglisation et de linogravures, chantiers collectifs. Autant de moments où se mêlent labeur partagé, art, technique, convivialité et politisation.
Une maison-association pour un fonctionnement horizontal et solidaire
Julie, Maël et Camille font partie des habitant·es à l’origine du projet. Comme beaucoup d’autres à Fougères, iels se sont heurté·es à l’absence de lieux accessibles pour se réunir. Pour pallier ce manque, iels ont alors ouvert leur lieu d’habitation en créant une association : Le Bon abri.
Cette association permet de gérer à la fois la vie quotidienne et les usages collectifs du lieu. L’objectif est double : garantir à la fois un logement abordable aux habitant·es et mettre à disposition un espace pour associations et collectifs. Les usages sont encadrés par des principes qui dessinent une ligne politique solidaire et émancipatrice. En voici les trois piliers :
Sortir du marché : proposer un logement hors spéculation et sans but lucratif. Les activités proposées doivent être non marchandes, sans recherche de profit.
Rendre accessible : adaptation aux personnes à mobilité réduite (PMR), attention particulière portée aux handicaps comme à la place des mineur·es dans le lieu.
Lutter contre les dominations : Le fonctionnement lui-même se veut horizontal : autogestion, prise de décision collective, absence de hiérarchie.L’engagement est explicite contre le sexisme, racisme, classisme, validisme.
Au Bon abri, les habitant·es qui vivent sur place – cinq humain·es et trois chats – font tenir au quotidien l’équilibre entre lieu de vie et activités collectives. Mais iels ne sont pas seul·es. Autour, gravitent les « agissantes » et les « camarades du dehors ».
Les « agissantes » sont les associations et les collectifs appelé·es à investir la future pièce Commune, actuellement en travaux. Pour l’instant, deux groupes ont déjà rejoint l’aventure : L’Union Communiste Libertaire de Fougères (UCL) qui combat toutes les formes de domination et qui défend un projet de société communiste libertaire reposant sur l’autogestion et la démocratie directe; et le Groupe Féministe de Fougères (GFF), un groupe militant féministe qui organise régulièrement des évènements à Fougères, tels que la manifestation du 8 mars pour la journée internationale des droits des femmes et des minorités de genre, des ciné-débats, arpentages…
Les « camarades du dehors » ne sont ni habitant·es, ni usager·es réguliers, mais soutiens essentiels. Ce sont, par exemple, des artisan·es, voisin·es, technicien·nes ou ami·es de passage. Iels contribuent en prêtant des outils, en filant des coup de main, en partageant des compétences ou en participant aux chantiers.
Au cœur du projet, se trouve la création d’une pièce Commune pour accueillir associations et collectifs. Cette pièce du rez-de-chaussée nécessite une rénovation lourde. Entre dépose du parquet pourri, décaissement, pose d’un hérisson ventilé, dalle, chape et carrelage, le « sol » constitue le plus gros morceau.
À cela s’ajoute les « murs » avec les travaux d’isolation, d’électricité, d’enduits terre, de placo et peinture, puis le chauffage avec un raccordement au gaz, l’installation du rampe PMR et la couverture d’une petite cour pour l’accès aux sanitaires.
Un premier chantier participatif fin février a marqué le début concret des travaux et a permis de démolir le plancher et de créer le hérisson ventilé. Tout le monde a pu aider avec ses diverses compétences car cuisiner, garder des enfants ou faire des allers-retours à la déchetterie, cela fait aussi partie du chantier.
Au-delà des travaux, l’enjeu central reste juridique et politique : sortir la maison de la propriété privée lucrative. Si aujourd’hui, Julie, est propriétaire du bien, le projet intègre le transfert cette propriété à l’association via un acte d’apport avec droit de reprise.Ce montage juridique permet à l’association de devenir propriétaire en échappant aux logiques de marché.
Dans tous les cas, un même mécanisme : des individus utilisent leurs ressources économiques, leur position sociale, en somme, leurs privilèges, pour désamorcer la logique d’accumulation individuelle et redistribuer l’usage à la collectivité.
Palier 1 – Ouvrir (entre 6 300 à 7 000 €) : rendre la pièce Commune utilisable
Palier 2 – Ancrer (entre 9 800 à 10 500 €) : couvrir les frais juridiques et transférer la propriété
Palier 3 – Améliorer (entre 11 300 à 12 000 €) : ajouter confort et équipements
Au premier jour du printemps, la cagnotte du Bon abri atteignait 5 229,09 €, soit 83 % de l’objectif de 6 300 € pour le premier palier. Il restait moins de 1 100 € à trouver, avec une quarantaine de contributeur·ices engagé·es.
Dans Quotidien politique. Féminisme, écologie et subsistance (La Découverte, 2021), Geneviève Pruvost décrit la « maisonnée » comme une forme d’autodétermination matérielle et collective, à rebours des systèmes industriels qui externalisent les tâches de subsistance. Elle y voit un espace de cohabitation, d’entraide et de circulation des savoirs.
Le Bon abri s’inscrit dans cette perspective : un lieu hybride, où l’accès au logement, aux savoirs, à la convivialité, se communalise, dans une tentative concrète de réorganiser les conditions matérielles de l’existence.La politique y prend forme à travers des pratiques concrètes, qui expérimentent des idéaux émancipateurs à l’échelle du local et de la quotidienneté, tout en répondant à des enjeux structurels.
Pas le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.Espagne : un projet de méga-usine abandonné sous pression citoyenne Une mobilisation massive en Galice a contraint les autorités à abandonner une usine de pâte à papier jugée polluante, privée de financements et de soutien politique. (Reporterre) […]
Pas le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.
1.Espagne : un projet de méga-usine abandonné sous pression citoyenne
Une mobilisation massive en Galice a contraint les autorités à abandonner une usine de pâte à papier jugée polluante, privée de financements et de soutien politique. (Reporterre)
2.Maine-et-Loire : des cafés associatifs recréent du lien après la disparition des bistrots
À Rochefort-sur-Loire et ailleurs, des habitants rouvrent des lieux de convivialité pour pallier la fermeture des bars, alors qu’une étude relie leur disparition à la hausse du vote d’extrême droite. (Rural)
3.Thaïlande : un influenceur se mobilise pour protéger les derniers dugongs
À Phuket, un passionné utilise un drone pour suivre les dugongs et alerter sur la disparition de leur habitat, devenu critique. (Oneplanet)
4.Cantines : les fermes municipales se développent pour produire du bio local
À Lyon, Auray et ailleurs, des collectivités créent leurs propres exploitations agricoles pour approvisionner les cantines en produits bio, contourner les industriels et reprendre le contrôle de l’alimentation publique. (Observatoire des multinationales)
5.Eau potable : des collectivités agissent contre pesticides, PFAS et accaparement
À Lens, Rennes ou Lyon, des territoires protègent l’eau en aidant les agriculteurs à réduire les intrants, en créant des débouchés locaux, et en luttant contre les pollutions industrielles et les mégabassines. (La Relève et La Peste)
6.Zurich : 5 millions de m² de toits végétalisés imposés par la ville
Pionnière depuis 1991, la ville impose la végétalisation des toitures, atteignant jusqu’à 40 % des toits plats, pour rafraîchir l’air et favoriser la biodiversité urbaine. (La Relève et La Peste)
7.Brésil : une réserve marine géante créée pour protéger dauphins menacés et biodiversité
Le pays classe plus d’un million d’hectares au large du Rio Grande do Sul, refuge de 25 espèces menacées dont des dauphins rares, malgré des tensions avec les projets d’éolien offshore. (Mongabay)
8.Nigeria : maintenir les filles à l’école fait chuter les mariages précoces de 80 %
Un programme mené avec des leaders religieux dans le nord du pays a permis de maintenir les adolescentes scolarisées, réduisant drastiquement les mariages précoces dans des zones où ils restent très répandus. (Nature)
9.Luxembourg : la « liberté d’avorter » inscrite dans la Constitution
Le Parlement a adopté à une large majorité un amendement constitutionnel garantissant l’IVG, sans modifier les règles actuelles, faisant du pays le deuxième en Europe après la France. (Gènéthique)
10.Le Pays de Galles va interdire les courses de lévriers
Le Pays de Galles a voté l’interdiction des courses de lévriers après une décision du parlement gallois (Senedd). Cette mesure mettra fin à cette pratique controversée pour des raisons de bien-être animal. (BBC)
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 actus à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.Cyril Hanouna condamné en appel pour insultes envers Louis Boyard L’animateur Cyril Hanouna a été condamné à 2 000 € d’amende pour avoir insulté le député Louis Boyard en direct en 2022. La cour d’appel […]
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 actus à ne surtout pas manquer cette semaine.
1.Cyril Hanouna condamné en appel pour insultes envers Louis Boyard
L’animateur Cyril Hanouna a été condamné à 2 000 € d’amende pour avoir insulté le député Louis Boyard en direct en 2022. La cour d’appel confirme sa culpabilité, tout en réduisant le montant initial de la sanction. (France-info)
2. Démission fracassante sur fond de guerre en Iran
Joe Kent quitte l’administration Trump en dénonçant une guerre contre l’Iran qu’il estime injustifiée et influencée par des pressions extérieures (Mother Jones).
3. Attaques contre le plus grand champ gazier du monde : Trump se défausse sur Israël
Des frappes sur des sites énergétiques du Golfe aggravent les tensions régionales et les risques économiques, tandis que Trump rejette la responsabilité sur Israël (L’Humanité).
4. La crise financière qui vient
Une crise financière menace (encore) l’économie mondiale, notamment dans le secteur du « private credit ». Même format que pour les subprimes, avec des dettes risquées, la hausse des défauts et les tensions économiques liées notamment à l’IA et à la géopolitique.
(Le Monde diplomatique).
5.Irak : le pays pris en étau entre frappes iraniennes et ripostes américaines
Entre attaques de milices pro-iraniennes, frappes contre les Kurdes et tensions avec les États-Unis, l’Irak devient un terrain central du conflit régional et révèle ses fortes divisions internes. (Orient XXI)
6.Détroit d’Ormuz : des marins civils pris au piège et exposés aux attaques
Environ 20 000 marins et 1 000 navires sont bloqués dans la zone, visés par missiles et drones, tandis que leurs protections restent inégales selon les employeurs. (Basta!)
7.Iran : une frappe américaine sur une école a tué au moins 175 civils
Une enquête du Pentagone reconnaît une erreur de ciblage ayant visé une école primaire, contredisant la version de Trump qui accusait l’Iran. (The Intercept)
8.Musique : quatre géants contrôlent festivals, salles et billetterie en Europe
Live Nation, AEG, CTS Eventim et Superstruct dominent plus de 200 festivals et une large part des salles et tickets, illustrant une forte concentration du secteur. (Observatoire des multinationales)
9.Reconnaissance faciale : la police l’utilise illégalement lors de contrôles d’identité
Des policiers utilisent sur le terrain un outil de reconnaissance faciale relié au fichier TAJ, permettant d’identifier des personnes via photo en temps réel, en dehors de tout cadre légal et avec l’inaction du ministère. (Disclose)
10.Chili : le nouveau président suspend 43 mesures environnementales
Le président d’extrême droite José Antonio Kast a gelé 43 décrets écologiques adoptés sous son prédécesseur, invoquant une réévaluation au nom de l’emploi et de la croissance. (GEO)
Violence conjugale et maltraitance animale : deux facettes d’une même domination. En France, jusqu’à 48% des victimes hésitent à fuir par peur pour leur animal de compagnie. Éclairage sur ce lien méconnu qui complique la fuite. Les chiffres ne mentent pas : entre 48 % à 71 % des femmes victimes de violences conjuguales rapportent […]
Violence conjugale et maltraitance animale : deux facettes d’une même domination. En France, jusqu’à 48% des victimes hésitent à fuir par peur pour leur animal de compagnie. Éclairage sur ce lien méconnu qui complique la fuite.
Les chiffres ne mentent pas : entre 48 % à 71 % des femmes victimes de violences conjuguales rapportent que leur partenaire a aussi maltraité ou menacé leurs animaux. Au-delà des violences directes, la présence d’un animal devient un levier d’emprise.
Des études indiquent que 25 % à 40 % des femmes retardent leur départpar crainte pour leur animal, et que dans certains échantillons, cette proportion atteint près de 90 %. Loin d’être marginale, cette co-occurrence révèle unemême mécanique d’emprise, où la peur et la dépendance deviennent des outils de contrôle.
Ce champ de recherche est souvent regroupé sous le nom de the Link : l’idée qu’une violence dirigée vers l’animal peut participer directement à la violence dirigée vers la personne, en renforçant l’intimidation et en compliquant la fuite.
Des comparaisons statistiques aux synthèses scientifiques
Les premiers résultats marquants apparaissent dans les années 1990. Le psychologue américain Frank R. Ascione montre, dans une enquête menée auprès de femmes hébergées en refuge, que 71 % des propriétaires d’animaux déclarent que leur partenaire violent a menacé, blessé ou tué un animal du foyer.
« Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’une corrélation vague : la différence entre les groupes est statistiquement marquée. »
Cette première alerte est ensuite consolidée par des travaux comparatifs. Dans l’articleBattered Pets and Domestic Violence: Animal Abuse Reported by Women Experiencing Intimate Violence and by Nonabused Women (2007), publié dans la revue Violence Against Women, Ascione et ses co-auteurs introduisent un groupe témoin de femmes non victimes.
Les résultats confirment que les femmes ayant subi des violences conjugales sont significativement plus susceptibles de rapporter des actes de cruauté envers les animaux du foyer.
Dans les situations de violences conjugales, l’animal n’est pas seulement une victime collatérale. Il peut devenir un levier stratégique.
Menacer un chien, un chat, ou tout autre animal, c’est frapper là où ça fait mal : l’attachement, le réconfort, parfois le dernier lien affectif stable. La littérature scientifique décrit cette instrumentalisation comme une forme de coercition : l’animal sert à intimider, punir, surveiller ou empêcher le départ.
Le National Institute of Justice rappelle que la cruauté envers les animaux peut s’inscrire dans un schéma plus large de contrôle coercitif et de domination domestique, dans son article consacré au lien entre maltraitance animale et violences interpersonnelles. C’est la triste logique du« power and control ».
Cette stratégie a des conséquences concrètes sur les trajectoires de sortie. Une synthèse publiée par l’ASPCA, fondée sur l’analyse de douze études, indique que 18 % à 48 % des victimes de violences domestiques ont retardé leur départ, ou sont retournées auprès de l’agresseur, par crainte pour la sécurité de leur animal.
La barrière des refuges et du logement
Le frein n’est pas seulement émotionnel : il est logistique. Si le refuge n’accepte pas les animaux, la victime, qu’elle soit SDF victime d’un système ultralibérale ou femme victime du patriarcat systémique, doit choisir entre sa sécurité immédiate et celle de son compagnon à quatre pattes.
« L’animal peut être à la fois un soutien vital… et une contrainte exploitable par l’agresseur. »
Forcément, 97 % des répondantes déclarent que garder leur animal avec elles est un facteur important dans la décision de chercher un refuge, selon les chiffres d’une enquête menée en 2013 par l’Urban Resource Institute (URI).Forcément, la moitié d’entre elles ne considérerait pas un refuge pour elles-mêmes si l’animal ne pouvait pas les accompagner.
Un signal d’alerte pour les professionnels Tristement, le Link a aussi une conséquence pratique : la maltraitance animale peut être un indicateur que « quelque chose » est dysfonctionnel dans le foyer. Comprendre : femme et/ou enfants sont également violentés par l’homme du foyer, ou plus rarement l’inverse.
La recherche ne dit pas que chaque cas de cruauté animale cache automatiquement des violences conjugales, mais elle montre que les co-occurrences sont suffisamment fréquentes pour justifier une vigilance accrue.
C’est d’ailleurs l’un des objectifs des réseaux spécialisés, commeWhat Is the Link?, qui encouragent, aux Etats-Unis, le repérage croisé entre protection animale, police, justice et travail social.
Du retard à la prise de conscience en France
En France, la réflexion progresse aussi. Lentement, oui, sûrement, on ne sait pas.
Un point concret : depuis la loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale, les sanctions pénales ont été renforcées. L’article 521-1 du Code pénal prévoit désormais jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour sévices graves ou actes de cruauté envers un animal.
La loi ne traite pas directement des violences intrafamiliales. Mais elle offre un levier supplémentaire aux magistrats : un signalement pour maltraitance animale peut déclencher une procédure pénale et, dans certains cas, révéler un contexte plus large de violences. Raison pour laquelle il ne faut jamais hésiter à signaler un cas de violence envers un animal.
Autre élément juridique tangible : dans le cadre des violences conjugales, le juge peut prononcer une ordonnance de protection. L’article 515-11 du Code civil permet notamment de statuer sur la résidence séparée des partenaires et les mesures d’éloignement.
Depuis les évolutions législatives récentes, la question du sort de l’animal peut être prise en compte dans ces décisions. La réflexion existe donc en France, mais elle demeure fragmentée, encore peu intégrée aux politiques publiques de lutte contre les violences intrafamiliales.
Un autre lien avec la violence faite aux enfants
Concrètement, dans les familles où des violences envers les enfants sont avérées, la probabilité de trouver également des actes de cruauté envers un animal est plus élevée que dans des familles sans signalement.
Concernant le lien avec l’inceste, les données sont plus limitées. Aucune étude ne démontre un lien direct et spécifique entre maltraitance animale et abus sexuels intrafamiliaux pris isolément. En revanche, la littérature sur les violences familiales montre qu’un environnement marqué par des violences multiples constitue un contexte à risque accru de cumul d’abus.
« La maltraitance animale ne prouve rien à elle seule. Elle peut, en revanche, signaler un climat familial où la violence circule. »
Reconnaître le Link, ce n’est pas « animaliser » la violence conjugale ; c’est prendre acte d’une réalité de terrain et de recherche : la violence domestique s’attaque souvent à ce qui dépend, à ce qui est sans défense, à ce qui attache. L’animal, dans ces foyers, devient parfois un otage. La violence ne change pas de nature selon sa cible. Elle cherche surtout un point d’appui pour contrôler.
En trois ans, les talibans ont méthodiquement vidé de leur substance les droits des Afghanes, jusqu’à organiser leur effacement du système éducatif à l’échelle nationale. Mr Mondialisation écrivait déjà en 2023 puis en 2025 sur la situation des femmes afghanes. Depuis la prise de Kaboul par les talibans en août 2021, l’Afghanistan est devenu le […]
En trois ans, les talibans ont méthodiquement vidé de leur substance les droits des Afghanes, jusqu’à organiser leur effacement du système éducatif à l’échelle nationale.
Les restrictions imposées ne concernent pas un domaine isolé. Elles touchent simultanément l’accès à l’instruction, à l’emploi, à l’espace public, à la participation civique et aux services de santé.
Une vie sous tutelle
Dans sonWorld Report 2024, Human Rights Watch affirme que les talibans ont « démantelé de manière systématique les droits des femmes et des filles depuis leur prise de pouvoir en août 2021 ». L’organisation détaille la fermeture des écoles secondaires pour les filles, l’exclusion des universités, l’interdiction de nombreux emplois et la restriction de la liberté de mouvement.
« Les principales organisations internationales convergent : il s’agit d’un démantèlement systématique, structuré et durable des droits fondamentaux des femmes. »
Comprendre : dans la pratique, les femmes sont réduites au silence et à l’invisibilité, placées sous la tutelle d’un homme – leur mari le plus souvent – et dépendantes de son autorité pour étudier, travailler, se déplacer ou consulter un médecin. Il ne s’agit pas d’un enchaînement d’interdictions isolées, mais d’un recul cumulatif et organisé, pensé pour durer.
Éducation : une interdiction nationale sans précédent
Comme bien souvent dans l’Histoire, tout commence avec l’éducation : le 23 mars 2022, les autorités talibanes ont empêché la réouverture des écoles secondaires pour les filles. En décembre 2022, elles ont interdit l’accès des femmes aux universités. Lors de son discours à l’ONU prononcé quelques mois après sa tentative d’assassinat par les Talibans au Pakistan pour avoir défendu publiquement le droit des filles à l’éducation, Malala Yousafzai déclare :
« Nous ne pourrons pas réussir quand la moitié d’entre nous sera freinée. »
Selon l’UNESCO, « l’Afghanistan est actuellement le seul pays au monde qui interdit aux filles l’accès à l’enseignement secondaire ». L’organisation précise que 1,4 million de filles sont privées d’éducation secondaire en raison de cette interdiction nationale.
Le Gender Index Afghanistan 2024 publié par ONU Femmes confirme que, sans surprise, l’Afghanistan se classe dernier au monde en matière d’égalité de genre. L’exclusion éducative compromet la formation d’une génération entière de professionnelles, notamment dans les secteurs de la santé et de l’enseignement, déjà fragilisés.
Une discrimination institutionnalisée et qualifiée au niveau international
Depuis la prise de pouvoir des talibans en 2021, l’Afghanistan est devenu le théâtre d’un démantèlement méthodique des droits des femmes.
Concrètement, en 3 ans, ils ont interdit aux filles l’école secondaire, obligé les femmes à se couvrir tout le corps sauf les yeux, leur ont interdit l’accès aux espaces publics, universités et ONG, fermé tous les salons de beauté jusqu’à… Et ce recul va encore plus loin : depuis janvier 2026, le code pénal légalise le droit des maris à frapper leur femme et elles devront désormais faire la demande d’une autorisation pour voir leur famille régulièrement rapporte l’ONG Rawadari.
Les femmes rendues invisibles
Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains en Afghanistan, Richard Bennett, le documente sans ambiguïté dans son rapport A/HRC/56/25, publié par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Il y décrit un système institutionnalisé de discrimination, de ségrégation et d’exclusion visant explicitement les femmes et les filles. Selon APNews [traduit par Mr Mondialisation] :
« Aujourd’hui, il n’y a ni femmes juges ni procureures ni avocates officiellement enregistrées, ce qui prive les femmes et les filles de moyens sûrs pour signaler des abus ou obtenir réparation. »
Les décrets se sont accumulés : interdiction d’accès à l’enseignement secondaire et universitaire, exclusion de nombreux emplois, fermeture des parcs publics et des salles de sport, restrictions drastiques de liberté de mouvement. Ce ne sont pas des mesures isolées, c’est une politique cohérente d’effacement.
La notion d’apartheid de genre
En juillet 2023, plusieurs experts indépendants des Nations unies ont franchi un cap en estimant que le traitement réservé aux femmes en Afghanistan pourrait constituer un«apartheid de genre », dans une communication rendue publique par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Ils évoquent une discrimination institutionnalisée à un niveau sans précédent.
Le terme est lourd de sens. Il suggère que l’on ne parle plus seulement de violations ponctuelles, mais d’un régime structuré d’exclusion fondé sur le sexe – bien que les femmes sont assignées à un rôle genré, elles sont ciblées parce qu’elles sont nées femmes, en raison de leur sexe. Autrement dit : un système organisé pour priver durablement la moitié de la population de ses droits fondamentaux.
Exclusion économique : la dépendance comme conséquence directe
En décembre 2022, les talibans ont interdit aux femmes de travailler dans les ONG nationales et internationales, une décision qui a eu un impact immédiat sur l’aide humanitaire et sur les revenus des ménages.
Pourtant, « le constat est implacable : la moitié de la population afghane dépend désormais de l’aide humanitaire. Un Afghan sur cinq souffre de la faim. Environ 3,5 millions d’enfants sont en situation de malnutrition aiguë. Et plus de deux millions de filles sont privées d’école au-delà de 11 ans, en raison des interdictions imposées par les autorités talibanes.», décrit l’ONU à l’été 2025, en parallèle de l’apartheid de genre.
Dans son rapportAfghanistan Socio-Economic Outlook 2023, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) indique que plus de90 % des ménages afghans font face à des vulnérabilités économiques sévères.Le rapport souligne que la contraction économique, combinée à la réduction de la participation des femmes au marché du travail, affaiblit la résilience des foyers.
La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan a déclaré, dans unecommunication officielle d’UNAMA, que l’interdiction faite aux Afghanes de travailler pour l’ONU « viole les principes fondamentaux des Nations unies ».
Restrictions de mobilité et répression des voix dissidentes
Le rapport annuel d’Amnesty International documente des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et des actes d’intimidation visant des femmes ayant manifesté contre les interdictions.
Les rapports publiés par UNAMA décrivent l’accumulation de décrets restreignant la liberté de mouvement des femmes, notamment l’obligation d’être accompagnées d’un proche masculin dans certaines situations, qui sont de plus en plus nombreuses. Une limitation des déplacements a des conséquences directes sur l’accès à l’éducation, aux soins et à l’emploi.
Santé reproductive : un champ de restriction supplémentaire
Désormais, le propre corps des femmes est un champs de bataille politique, sur le plan de l’accès aux soins. Après qu’elles soient volontairement laissées sous des décombres, on leur interdit désormais l’accès à la contraception, entre autres.
En janvier 2026, une enquête du journal britannique The Guardian révèle que des centres de santé, dans plusieurs provinces afghanes, ont cessé de distribuer des contraceptifs. Officiellement, il s’agirait de « réorganisations » ou de « contraintes logistiques ». Officieusement, les témoignages convergent : l’accès à la contraception est devenu politiquement sensible, voire découragé.
Cette restriction intervient dans un contexte où les femmes sont déjà privées d’éducation sexuelle, d’accès libre aux soins et de mobilité autonome vers les structures médicales. Limiter la contraception dans un tel environnement ne relève pas d’un simple dysfonctionnement sanitaire. C’est un levier de contrôle.
Toujours plus loin dans le contrôle
Le média indépendant Zan Times décrit un contexte beaucoup plus large : des centres de santé qui ne distribuent plus de contraceptifs, des soignants contraints au silence, des femmes incapables de consulter sans accompagnateur masculin et des fausses couches laissées sans suivi médical.
Le reportage détaille des grossesses rapprochées imposées, des complications obstétricales non traitées et une peur constante d’être sanctionnée pour avoir simplement cherché à limiter le nombre d’enfants. Certaines femmes interrogées expliquent qu’elles n’ont plus accès ni à l’information, ni aux méthodes de planification familiale, ni à des soins d’urgence en cas d’hémorragie ou de fausse couche. Elles sont mêmes condamnées à garder un bébé mort dans le ventre, avec une issue qui peut être fatale.
« La maternité cesse alors d’être un choix. Elle devient une obligation biologique dans un environnement où chaque grossesse supplémentaire augmente le risque vital. »
L’OMS rappelle que la continuité des services de santé maternelle, suivi prénatal, assistance qualifiée à l’accouchement, accès à la planification familiale est indispensable pour prévenir des décès évitables.
Vers une qualification de persécution fondée sur le genre…
Au-delà de la notion d’« apartheid de genre », plusieurs experts estiment que la situation pourrait relever du droit pénal international.
Dans son rapport A/HRC/54/53, publié par leHaut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, le Rapporteur spécial Richard Bennett indique que les actes commis à l’encontre des femmes et des filles pourraient constituer une persécution fondée sur le genre, notion reconnue par le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
… À une qualification de « crime contre l’humanité »
Le rapport souligne que la privation systématique d’accès à l’éducation, au travail et à la liberté de mouvement, lorsqu’elle est appliquée de manière généralisée et intentionnelle contre un groupe identifié, peut relever de la qualification de crime contre l’humanité si les critères juridiques sont remplis.
Cette analyse s’inscrit dans un débat plus large au sein des instances internationales. Dans des discussions rapportées par leHaut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, des experts ont rappelé que la discrimination systématique peut, dans certaines circonstances, franchir le seuil de la persécution internationale.
Le débat juridique ne signifie pas qu’une qualification définitive est actée, mais il traduit la gravité exceptionnelle de la situation. La question n’est plus seulement celle d’un recul des droits : elle porte sur la possibilité qu’un système étatique soit organisé autour de la privation structurée des droits fondamentaux d’un groupe en raison de son genre – ce que le droit international utilise pour viser des violences qui, dans ce cas précis, reposent sur le sexe féminin.