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25.05.2026 à 18:16

Ce que nous dit la pensée d’Ivan Illich de l’intérêt du vélo

Frédéric Héran, Économiste des transports et urbaniste émérite, Université de Lille

Le penseur critique, né il y a un siècle, a livré des analyses utiles encore aujourd’hui pour promouvoir la petite reine.
Texte intégral (2329 mots)
« Il y a dysfonction dans la circulation dès qu’elle admet, en un point quelconque du système, une vitesse supérieure à celle d’une bicyclette », écrit Ivan Illich, dans *la Convivialité, en 1973. Robert Bye/Unsplash, CC BY-NC-SA

Le philosophe Ivan Illich est né il y a un siècle. En cette année anniversaire, plusieurs manifestations sont prévues pour commémorer son apport à la pensée critique de la société industrielle et, notamment du 27 au 29 mai 2026 à Paris. L’occasion de revenir sur ses analyses, qui restent d’actualité, pour comprendre en particulier l’intérêt du vélo.


Il y a cent ans naissait à Vienne, en Autriche, Ivan Illich (1926-2002), qui devint un penseur critique et très stimulant de la société industrielle. En pleine période de contestation post Mai-68, il publie coup sur coup plusieurs ouvrages qui l’ont rendu mondialement célèbre : Une société sans école (1971), la Convivialité (1973), Énergie et Équité (1975) et Némésis médicale (1975).

portrait en noir et blanc d’un homme au téléphone
Ivan Illich. Wikimédia, CC BY-NC-SA

Il y formulait une critique des institutions majeures telles que l’école, l’Église, les transports ou la médecine. Ce polyglotte amendait lui-même les traductions réalisées dans de nombreuses langues. Dans les années 1980-1990, Illich poursuit son œuvre en refusant toute médiatisation et devient professeur itinérant, avant de finir sa vie en Allemagne, à Brême.

Parmi ses nombreux raisonnements, l’un, énoncé dans Énergie et Équité, est bien connu des militants travaillant sur le plaidoyer du vélo.

Qu’est-ce que la vitesse généralisée ?

Dans cet ouvrage, Illich écrit :

« L’Américain moyen consacre plus de mille six cents heures par an à sa voiture. Il y est assis, qu’elle soit en marche ou à l’arrêt ; il la gare ou cherche à le faire ; il travaille pour payer le premier versement comptant ou les traites mensuelles, l’essence, les péages, l’assurance, les impôts et les contraventions. […] Tout cela pour parcourir 10 000 km par an ; cela représente à peine 6 km à l’heure. »

Bref, en tenant compte non seulement du temps de transport, mais aussi du temps de travail nécessaire pour payer le transport, la vitesse de l’automobiliste apparaît inférieure à celle du cycliste. Un résultat souvent qualifié de « stupéfiant ». Cette vitesse intégrant le temps de travail pour payer le transport est appelée « vitesse généralisée » ou encore « vitesse économique » (en anglais effective speed.

C’est initialement Jean-Pierre Dupuy, ingénieur X-Mines, devenu philosophe de grand renom et travaillant avec Illich, qui a proposé ce raisonnement. Dans l’annexe de la version française d’Énergie et Équité, il réalise précisément ce calcul pour la France, en utilisant les statistiques de 1967 (les dernières disponibles alors) et en retenant trois catégories de véhicule et quatre niveaux de revenus. Il constate en effet que la vitesse généralisée de l’automobile est en général inférieure à celle de la bicyclette et conclut :

« Loin d’être un instrument de gain de temps, l’automobile apparaît sous cet éclairage comme un monstre chronophage. »

Un raisonnement à revoir

Malheureusement, ce résultat n’est plus vrai aujourd’hui ! Les données utilisées par Jean-Pierre Dupuy dans ses calculs ont profondément évolué en presque 60 ans.

Pour le comprendre, il faut d’abord formaliser les calculs. La vitesse généralisée (Vg), avons-nous montré, dépend de la vitesse moyenne (v), du coût kilométrique (k) et du salaire horaire (w), selon la formule : Vg = 1/[(1/v) + (k/w)].

Ainsi, en soixante ans, la vitesse moyenne des déplacements en voiture, y compris interurbains, a augmenté de 33 %, passant de 30 à 40 km/h. Malgré le suréquipement des voitures actuelles et grâce aux efforts de productivité de l’industrie automobile, le coût kilométrique de la voiture moyenne n’a augmenté que de 40 %. En revanche, le taux de salaire horaire a bondi de 150 %. On en déduit que la vitesse généralisée de la voiture a augmenté de plus de 50 %.

Quant à celle du vélo, elle n’a augmenté que de 10 % tout au plus : pour acheter un vélo, la part du temps passé à travailler est en effet bien plus faible que pour acheter une voiture. Au total, la vitesse généralisée de la voiture (environ 23 km/h) est devenue bien supérieure à celle du vélo (environ 14 km/h).

Certes, si on se replie sur les seuls déplacements urbains, on peut sauver le résultat d’Illich-Dupuy. Mais tout cycliste sait déjà qu’il se déplace souvent plus vite à vélo qu’en voiture en zone dense et le raisonnement n’a plus rien de stupéfiant.

Des nuisances de la vitesse

Il est cependant possible d’améliorer le raisonnement de nos deux auteurs, en analysant finement ce qu’apporte la vitesse.

Pour desserrer les villes d’autrefois très denses où tout se faisait à pied et où la promiscuité et l’insalubrité régnaient, il était nécessaire d’augmenter la vitesse des déplacements. Mais jusqu’où et avec quels modes ? C’est là qu’il est important de remarquer que toutes les nuisances de l’automobile s’accroissent de façon exponentielle au-delà de 30 km/h.

Les accidents deviennent mortels pour les piétons et les cyclistes percutés. Le bruit du moteur est dominé dès 40 km/h par le bruit de roulement, qui lui-même est dépassé au-delà de 120 km/h par le bruit aérodynamique. Certes, la pollution émise par les véhicules est minimale vers 60 km/h, mais seulement toutes choses égales par ailleurs. Or, elles ne le sont pas : quand on généralise le 30 km/h en ville, les accélérations sont moindres, les rues deviennent plus sûres et certains automobilistes se mettent à utiliser d’autres modes, ce qui réduit la pollution, qui devient minimale vers 30 km/h, et non à 60 km/h.

De même, il faut tenir compte des espaces latéraux qu’imposent des vitesses plus élevées (voies de circulation plus larges, terre-plein central, bandes d’arrêt d’urgence, bas-côtés et échangeurs). La consommation d’espace de circulation est, en effet, minimale vers 30 km/h, et non pas vers 70 km/h comme le suggèrent les courbes débit-vitesse couramment utilisées lors des modélisations dans le domaine des transports.

Paradoxalement, la congestion routière s’accroît elle aussi avec la vitesse, car « La vitesse fait le trafic » : en allant plus vite, les usagers en profitent pour aller plus loin.

Ils parcourent ainsi des distances accrues sur un territoire plus étendu. L’étalement urbain qui en résulte encourage encore davantage l’usage de la voiture au détriment des autres modes. Or l’automobile se trouve être, et de loin, le mode de déplacement le plus consommateur d’espace par personne transportée.

Enfin, avec la vitesse, les modes non motorisés sont disqualifiés. Marche et vélo ne peuvent plus assurer les distances effectuées désormais en voiture. Exposés à une forte insécurité routière, les cyclistes disparaissent et les piétons limitent leurs déplacements. De même, les autobus qui doivent s’arrêter souvent ne peuvent guère rivaliser avec une circulation automobile rapide.


À lire aussi : La marche, premier mode de déplacement en France : ce que disent vraiment les statistiques de mobilité


Le monopole radical de la voiture

En tenant compte de toutes ces nuisances néfastes pour la société, on peut définir une « vitesse généralisée sociale », qui culmine vers 30 km/h, puis décline avec l’augmentation de la vitesse moyenne. Ce résultat rejoint parfaitement le concept de « contre-productivité » proposé par Ivan Illich : au-delà d’un certain seuil, les avantages d’une solution technique s’émoussent et finissent par devenir des inconvénients.

En matière de transport, Illich estime dans Énergie et Équité que ce seuil correspond à la vitesse maximale d’un cycliste quotidien, soit 25 km/h précise-t-il. Dans la Convivialité, il ajoute :

« Il y a dysfonction dans la circulation dès qu’elle admet, en un point quelconque du système, une vitesse supérieure à celle d’une bicyclette. C’est pourquoi, la vélocité du vélo peut servir de critère à la détermination du seuil critique de vitesse. »

Quand ce seuil est dépassé, la voiture s’impose peu à peu partout, disqualifie les modes actifs et les transports publics, jusqu’à détenir un « monopole radical », c’est-à-dire par s’imposer comme le seul mode de déplacement légitime, explique Illich. Dépendant désormais de cet objet sophistiqué qu’est la voiture, les automobilistes perdent leur autonomie. Le vélo classique (non assisté électriquement) peut au contraire être entretenu et réparé par les cyclistes eux-mêmes, aidés au besoin par les plus bricoleurs. Certains parlant alors « de vélonomie », une expression qu’aurait appréciée Illich.

The Conversation

Frédéric Héran ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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25.05.2026 à 18:15

Les mutilations génitales féminines en Égypte : répression légale, résistance culturelle

Imad Khillo, Maître de conférences de droit public à Sciences Po Grenoble / Université Grenoble Alpes. Chercheur au Centre d’études et de recherche sur la diplomatie, l’administration publique et le politique (CERDAP²). Codirecteur du séminaire de recherche « Construction nationale et religions en Méditerranée » au Collège des Bernardins., Sciences Po Grenoble - Université Grenoble Alpes

En Égypte, près de 9 femmes adultes sur 10 ont subi une forme de mutilation génitale féminine. Une pratique illégale, en recul aujourd’hui, mais loin d’être éliminée.
Texte intégral (2846 mots)
Des fillettes dans une ruelle au Caire. Photographie publiée dans le cadre d’une enquête du Fonds des Nations unies pour la population sur l’excision en Égypte. Fonds des Nations unies pour la population

Entre un cadre juridique renforcé mais rarement appliqué, une « médicalisation clandestine » qui sécurise les esprits sans réduire les risques et des traditions patriarcales qui font de cette pratique une condition de « pureté » et de mariage, le combat pour l’abolition de l’excision en Égypte bute sur un mur culturel. Comment faire respecter la loi quand la famille devient le premier relais de la mutilation, au nom de l’honneur et de l’intégration sociale ?


Le 6 février 2026, à l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF, dont l’excision n’est qu’une des formes), une déclaration conjointe de l’Unicef et de l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) a rappelé que ces violences concernent des millions de femmes. Chaque année, 4,5 millions de jeunes filles restent exposées au risque de MGF dans le monde, et on estime que plus de 230 millions de femmes et de filles vivantes aujourd’hui ont subi de telles mutilations.

Cette pratique demeure très courante dans plusieurs pays d’Afrique ainsi qu’en Indonésie, en Irak et au Yémen. L’Égypte affiche l’un des taux les plus élevés du monde : selon les données de l’Unicef, près de 9 femmes sur 10 y ont subi une forme de mutilation génitale.

L’excision est pourtant interdite dans le pays. Mais elle continue de se pratiquer dans des cadres clandestins, ce qui met en lumière les limites des politiques publiques face à des normes sociales profondément enracinées.

Un cadre juridique renforcé, mais limité dans son efficacité

En Égypte, l’excision, principale forme de MGF, constitue une infraction pénale ; elle est interdite par la loi depuis 2008. Au départ, les sanctions pouvaient aller jusqu’à deux ans de prison et une amende. Face à la persistance de la pratique, les peines encourues ont été alourdies en 2016 : les auteurs risquaient alors entre cinq et sept ans d’enfermement, et les personnes ayant encouragé la commission du crime (par exemple les parents) pouvaient désormais également être sanctionnées.

De nouvelles réformes adoptées au début des années 2020, notamment en 2021, ont encore durci les peines, qui peuvent désormais atteindre jusqu’à vingt ans de prison lorsque l’excision provoque une infirmité permanente ou le décès de la victime.

Toutefois, la jurisprudence égyptienne en matière d’excision reste extrêmement limitée et concentrée sur quelques affaires emblématiques. La mort en 2013 de Sohair al-Bataa, âgée de 13 ans, a conduit à la condamnation d’un médecin deux ans plus tard : ce fut la première véritable application de la loi criminalisant l’excision. D’autres affaires, notamment en Haute-Égypte, en 2020–2021, montrent que les poursuites judiciaires interviennent essentiellement en cas de décès, dans un cadre domestique ou médicalisé. Et, malgré le durcissement du droit pénal en 2021, les condamnations restent rares.

Une mobilisation ancienne, des avancées religieuses et institutionnelles

En réalité, la lutte contre l’excision en Égypte s’inscrit dans un processus ancien de mise en avant des droits des femmes dans le débat public. Dès les années 1990 et surtout dans les années 2000, Suzanne Moubarak, première Dame d’Égypte et présidente du Conseil national de la femme créé en 2000, joue un rôle important dans la médiatisation du sujet. Avec des organisations internationales, elle lance des campagnes dénonçant les mutilations génitales féminines comme une « violence », et non une « pratique culturelle », contribuant ainsi au renforcement de l’interdiction de 2008.

Cette année-là, une évolution importante intervient sur le plan religieux : le grand mufti Ali Gomaa condamne les mutilations sexuelles féminines par une fatwa, tandis que l’université Al-Azhar, qui fait autorité dans l’islam sunnite, affirme que cette pratique n’a « aucun fondement dans la charia ». Ces prises de position participent à la délégitimation religieuse de l’excision : longtemps, certains de ses promoteurs avaient affirmé qu’elle était conforme à l’islam, voire recommandée sur le plan religieux.

L’Église copte orthodoxe (à laquelle se rapportent environ 10 % des Égyptiens) joue également un rôle dans cette dénonciation. Des responsables religieux, comme le pape Shenouda III dans les années 1990 et 2000, expliquent que l’excision ne relève pas de la doctrine chrétienne. Cette position est réaffirmée par le pape Tawadros II qui, en 2021, soutient des initiatives appelant à l’élimination totale de l’excision et la qualifie de « violation grave des droits humains ».

En 2020, le programme « Safe Women Clinics » a été lancé avec des partenaires gouvernementaux et internationaux dans le cadre de la Stratégie nationale pour les femmes liée aux objectifs de développement durable à l’horizon 2030. Il vise à améliorer l’accès des femmes et des filles à des services de santé adaptés, à mieux prendre en charge les victimes et à prévenir les violences de genre, dont l’excision. Dans ce cadre, l’UNFPA, le Conseil national de la femme et l’hôpital universitaire de Fayoum ont inauguré une nouvelle « Safe Women Clinic » le 10 février 2025.

Malgré ces initiatives, la « médicalisation clandestine » de l’excision reste très préoccupante. Plus de 70 % des excisions en Égypte sont aujourd’hui réalisées – illégalement, on l’aura compris – par des professionnels de santé, souvent dans des cliniques privées. Cette pratique donne une impression de sécurité alors que les risques restent graves : infections, complications obstétricales, hémorragies, voire décès de jeunes filles.

Sur le plan médical, les mutilations génitales féminines comprennent plusieurs pratiques non thérapeutiques classées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en quatre types. Le type I correspond à la clitoridectomie (ablation partielle ou totale du clitoris). Le type II, le plus répandu en Égypte, consiste en l’ablation du clitoris et des petites lèvres, parfois aussi des grandes lèvres. Le type III, ou infibulation, est la forme la plus grave et provoque un rétrécissement presque complet de l’orifice vaginal. Enfin, le type IV regroupe d’autres pratiques comme la perforation, l’incision ou la cautérisation.

Selon l’OMS et l’Unicef, toutes ces formes peuvent entraîner des complications immédiates (douleurs, hémorragies, infections) et des séquelles durables (troubles urinaires, complications obstétricales, traumatismes psychologiques), parfois jusqu’à la mort. Le constat scientifique est sans appel : ces pratiques ne présentent aucun bénéfice médical, mais sont porteuses de très grands dangers.

En outre, la médicalisation de l’excision rend cette dernière plus difficile à détecter et à sanctionner. Car, malgré le durcissement des lois, les poursuites restent limitées : de nombreuses familles hésitent à porter plainte par peur de la stigmatisation, ou parce qu’elles considèrent encore l’excision comme une norme culturelle liée au passage à l’âge adulte féminin.

Ainsi, malgré un cadre juridique qui semble de plus en plus dissuasif, l’excision continue d’être pratiquée dans une relative invisibilité, révélant un écart persistant entre les politiques publiques et les réalités sociales. Cette situation souligne les limites d’une approche essentiellement répressive et met en évidence la nécessité d’un travail plus profond sur les normes sociales et les représentations culturelles qui sous-tendent ce phénomène. Dès lors, il est nécessaire de comprendre les facteurs structurels qui expliquent son maintien.

Une pratique enracinée dans les structures sociales patriarcales

La persistance de l’excision en Égypte s’explique avant tout par des facteurs sociaux et culturels profondément ancrés. Dans de nombreuses familles, elle est considérée comme un rite de passage garantissant la « respectabilité » de la jeune fille et ses chances de mariage. Un cas très récemment médiatisé, le 27 avril 2026, en offre une illustration particulièrement frappante : lors de sa nuit de noces dans un village du gouvernorat de Gizeh, en Égypte, Hind, universitaire de 25 ans, voit son mariage s’effondrer lorsque son mari découvre qu’elle n’est pas excisée. Malgré sa virginité, l’époux refuse de rester avec elle et exige qu’elle subisse une mutilation génitale. Sous la pression familiale (sa mère et sa grand-mère), « craignant la honte », elle est finalement contrainte de subir cette intervention qu’elle avait toujours refusée.

L’excision est en effet étroitement associée à des notions de pureté, de moralité et, surtout, de contrôle de la sexualité féminine, ce qui lui confère une forte légitimité sociale. Elle est ainsi pensée comme un moyen de contenir une sexualité féminine perçue comme « trop forte » ou « difficile à maîtriser », et de préserver la virginité avant le mariage, considérée comme un impératif moral et social dans une société profondément patriarcale.

Cette vision des choses reste particulièrement répandue dans les zones rurales de Haute-Égypte, notamment dans les gouvernorats de Minya, Assiout, Sohag, Qena, Louxor et Assouan, où les taux de prévalence peuvent dépasser 96 %. À l’inverse, dans les grandes villes comme Le Caire ou Alexandrie, les taux sont plus faibles (77 %) grâce à l’urbanisation, à l’éducation et aux campagnes de sensibilisation. Il faut rappeler que la pratique de l’excision remonte à l’Antiquité, bien avant l’apparition des grandes religions monothéistes. Des traces historiques la situent notamment dans l’Égypte ancienne, il y a plus de 2 000 ans, ainsi que dans certaines sociétés d’Afrique subsaharienne et de la vallée du Nil.

Dans ce contexte, les actions menées par l’État, l’OMS et l’UNFPA ont permis certaines avancées, surtout chez les jeunes générations. Le nombre de mères souhaitant faire exciser leurs filles diminue progressivement, même si cette évolution reste lente et inégale selon les milieux sociaux. L’excision demeure difficile à combattre car elle est souvent décidée dans le cadre familial et réalisée dans le cercle domestique, échappant ainsi au contrôle des autorités. Cette réalité est soulignée par une étude de l’OMS publiée en 2025, qui met en avant le rôle des dynamiques sociales et familiales dans la persistance de la pratique.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le rôle des femmes reste central : ce sont souvent les mères, tantes ou grands-mères qui encouragent l’excision, pensant protéger l’enfant et favoriser son intégration sociale. Cette transmission de génération en génération montre que la persistance de l’excision repose aussi sur l’intériorisation de normes sociales profondément ancrées, tant chez les femmes que chez les hommes, ce qui rend le changement des mentalités particulièrement difficile.

L’émergence timide de la chirurgie réparatrice

Les conséquences dévastatrices de l’excision sont à la fois physiques et psychologiques, ce qui pousse certaines femmes à rechercher des solutions de réparation. Depuis les années 2010, et plus concrètement à partir de 2020, des initiatives de « reconstruction clitoridienne » apparaissent en Égypte.

Au Caire, la clinique Restore FGM a été créée en 2020 par le Dr Amr Seifeldin et la Dr Reham Awwad pour proposer chirurgie, suivi médical et accompagnement psychosexuel. Présentée comme le premier centre multidisciplinaire en Égypte et au Moyen-Orient consacré aux survivantes, cette clinique reste cependant unique et est loin de suffire pour venir en aide aux 28 millions de femmes déjà mutilées. L’accès à ces soins demeure limité en raison du coût, du manque de spécialistes et du faible niveau d’information des patientes.

La persistance de l’excision en Égypte montre clairement que la seule réponse juridique reste de loin insuffisante tant que les dimensions culturelles, sociales et économiques ne sont pas pleinement prises en compte. La lutte contre l’excision nécessite un changement durable des mentalités.

Cette socialisation commence dès le plus jeune âge à travers l’éducation, dans un contexte où les manuels scolaires et les contenus pédagogiques peuvent encore véhiculer des stéréotypes sur la pureté ou la sexualité féminine. Par exemple, dans certaines zones rurales, des enseignements traditionnels ou des discours familiaux continuent de présenter l’excision comme une condition de « respectabilité » ou de « bonne moralité » pour les filles.

Dans ce cadre, des actions concrètes continuent d’être mises en place, combinant initiatives internationales et interventions locales. Ainsi, en février 2025, dans le cadre du programme conjoint UNFPA–Unicef de lutte contre les mutilations génitales féminines en Égypte, des sessions de sensibilisation ont été organisées dans plusieurs écoles et villages des gouvernorats de Minya et d’Assiout afin d’informer les familles et les élèves sur les risques médicaux et juridiques de l’excision et de déconstruire les normes sociales qui la légitiment. En parallèle, des associations locales, comme Tadwein for Gender Studies, poursuivent leurs actions de terrain : en février 2025, cette association a mené des activités de sensibilisation et de formation dans plusieurs communautés du Caire et de ses environs dans le cadre de ses programmes de lutte contre les violences basées sur le genre.

Ainsi, la lutte contre cette pratique, si elle ne peut se limiter à la répression, exige une action collective de long terme impliquant l’État, les communautés, les institutions religieuses et les acteurs de santé, afin que la loi devienne réellement un moyen de protection des jeunes filles. Entre les lois et les silences des traditions, le corps de nombreuses femmes en Égypte demeure un territoire où se joue encore le combat entre héritage culturel et émancipation…

The Conversation

Imad Khillo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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25.05.2026 à 18:12

Améliorer la prise en charge des patientes en changeant le nom du SOPK en « syndrome métabolique ovarien polyendocrinien » (SMOP)

Elisabet Stener-Victorin, Principle Investigator, Reproductive Endocrinology and Metabolism Research Group, Karolinska Institutet

« Syndrome métabolique ovarien polyendocrinien » ou SMOP est le nouveau nom de cette maladie hormonale de la femme longtemps appelée, à tort, syndrome des ovaires polykystiques (SOPK).
Texte intégral (1984 mots)
L’appellation SMOP devrait inciter les médecins généralistes à vérifier le taux d’insuline, la glycémie, la tension artérielle et le bien-être psychologique des patientes, et à ne pas se limiter à l’observation de leurs cycles menstruels. Toey Andante/Shutterstock

Le « syndrome des ovaires polykystiques », ou SOPK, devient le «syndrome métabolique ovarien polyendocrinien», ou SMOP, afin de rendre compte de la complexité de cette affection et faciliter le diagnostic ainsi que la prise en charge pluridisciplinaire des femmes concernées par cette maladie hormonale fréquente. Cette décision est l’aboutissement d’un long processus de recherche qui a associé chercheurs, médecins et patientes, publiée dans la prestigieuse revue médicale le Lancet. Présentation par l’une des chercheuses qui a participé à ces travaux.


Depuis plus de vingt ans, j’étudie une maladie qui touche environ 10 à 13 % des femmes. Cette pathologie entraîne des symptômes complexes et variés, tels que des règles irrégulières, une pilosité excessive, une prise de poids, de l’acné et des difficultés à tomber enceinte.

Jusqu’à il y a quelques jours, j’appelais cela le syndrome des ovaires polykystiques ou SOPK. Mais désormais, tout comme mes collègues, les médecins et les patientes, je l’appellerai différemment et utiliserai le terme : syndrome ovarien métabolique polyendocrinien ou SMOP.

Ce changement de nom a été annoncé dans un document de consensus qui vient d’être publié dans The Lancet. Il est le résultat d’un processus qui a duré plus de dix ans, qui a mobilisé plus de 22 000 personnes sur six continents et qui a réuni 56 patientes et organisations professionnelles.

Certains lecteurs verront « SMOP » et se demanderont pourquoi les scientifiques ont consacré tant d’efforts à modifier seulement trois lettres. En tant que chercheuse ayant participé à ces travaux, je tiens à expliquer pourquoi ce petit changement est, en réalité, un changement très important – et pourquoi nous espérons qu’il permettra d’améliorer la prise en charge des patients.

Un nom qui ne convenait pas

L’ancien nom était le fruit d’un hasard de l’histoire.

Les médecins qui ont étudié cette affection pour la première fois ont examiné les ovaires touchés au microscope – puis plus tard par échographie. Ils ont observé des grappes de petits sacs remplis de liquide qu’ils ont pris pour des kystes. C’est ainsi que le terme « polykystique » s’est imposé.

Mais en réalité, ces structures ne sont pas des kystes. Il s’agit de follicules ovariens immatures dont le développement s’est arrêté à un stade précoce. Il est important de noter que de nombreuses personnes chez qui on a diagnostiqué un SOPK (désormais appelé SMOP) ne présentent même pas ces anomalies au niveau des ovaires.

(Définition, symptômes, diagnostic,traitement… un dossier de l’Assurance maladie fait le point sur le syndrome des ovaires polykystiques SOPK, désormais appelé SMOP, sur son site Ameli, ndlr).

Le terme « SOPK » attirait l’attention sur une partie du corps qui, pour de nombreuses patientes, est le moindre de leurs soucis. Il laissait en outre entendre que cette affection relevait exclusivement de la gynécologie. En réalité, il s’agit d’un trouble hormonal et métabolique complexe qui commence tôt et dure toute la vie.

Des décennies de recherche, notamment les travaux menés dans mon laboratoire au Karolinska Institutet à Stockhom (Suède), ont montré que cette affection implique une série de perturbations interdépendantes.

Les taux d’hormones mâles (androgènes) sont souvent élevés chez les personnes atteintes de cette affection. La communication entre le cerveau et les ovaires est perturbée. La réponse de l’organisme à l’insuline est également altérée, ce qui explique pourquoi les personnes atteintes de cette maladie présentent des taux plus élevés de diabète de type 2, d’obésité, de stéatose hépatique et de maladies cardiovasculaires. Il existe également un risque accru de dépression, d’anxiété, d’apnée du sommeil et de cancer de l’endomètre.

C’est pourquoi, cette nouvelle dénomination comporte trois parties :

  • le terme « polyendocrinien » fait référence aux multiples systèmes hormonaux impliqués ;

  • le terme « métabolique » souligne le risque permanent de diabète et de maladies cardiaques ;

  • le terme « ovarien » maintient le lien avec les troubles de l’ovulation et l’infertilité, qui restent des caractéristiques essentielles de cette maladie.

Le processus de consensus qui a présidé à ce changement a été d’une rigueur inhabituelle. Des patientes et des médecins de toutes les régions du monde ont été interrogés au cours de plusieurs phases successives et leurs réponses ont déterminé les options proposées dans le questionnaire de la phase qui a suivi. Plus de 14 000 personnes, dont plus de la moitié étaient elles-mêmes atteintes de cette maladie, se sont prononcées par vote sur les noms proposés. L’accord final a été conclu en février de cette année.

Pourquoi le choix d’un nom est important pour les soins

Un nom n’est pas qu’un simple nom. Il indique aux médecins dans quelle direction ils doivent regarder, guide les chercheurs sur les pistes à étudier et permet aux personnes atteintes du syndrome de SMOP de savoir à quoi s’attendre.

Sous l’ancienne appellation, on disait à de nombreuses femmes que leurs symptômes étaient liés à un problème de fertilité ou de poids. Poser le diagnostic prenait, en moyenne, plus de deux ans – et jusqu’à 70 % des patientes ont déclaré avoir été initialement ignorées ou mal diagnostiquées avant d’obtenir enfin un diagnostic.

Rares sont celles qui ont été informées du risque accru à vie de développer une maladie métabolique. Dans de nombreuses régions du monde, les soins étaient fragmentés entre gynécologues, endocrinologues, dermatologues et professionnels de la santé mentale, sans que personne n’assume la responsabilité globale de la patiente.

Avec le terme « SMOP », le caractère multisystémique de cette affection est désormais pris en compte dans son appellation. J’espère que cela incitera les médecins généralistes à vérifier le taux d’insuline, la glycémie, la tension artérielle et le bien-être psychologique lors de l’examen et du diagnostic des patientes, et à ne pas se limiter à l’observation de leurs cycles menstruels.

J’espère également que ce changement de nom permettra de dépister et d’accompagner plus tôt les adolescentes concernées, car c’est à l’adolescence qu’apparaissent souvent les premiers symptômes. Souhaitons aussi que les chercheurs rencontrent ainsi davantage de facilité à obtenir des financements pour étudier les aspects métaboliques, cardiovasculaires et neurologiques de cette maladie.


À lire aussi : SOPK, désormais appelé syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP) : une piste impliquant l’hormone œstradiol pour mieux comprendre cette maladie


Ce changement de nom pourrait également encourager les femmes atteintes du SMOP à demander un diagnostic ou un traitement.

Les critères diagnostiques du SMOP restent inchangés. Si vous avez déjà reçu un diagnostic de SOPK, celui-ci sera désormais désigné sous le nom de SMOP. Vous n’aurez pas besoin de passer de nouveaux examens ni de vous rendre à de nouveaux rendez-vous.

Cette transition s’effectuera progressivement au cours des trois prochaines années, grâce à la mise à jour des directives cliniques, à la formation médicale et aux systèmes internationaux de codification des maladies.

Nous n’avons pas encore trouvé de remède à cette affection. Il n’existe toujours pas de traitement curatif, et le traitement de première intention reste un changement de mode de vie, soutenu si nécessaire par des médicaments tels que les contraceptifs hormonaux, la metformine (qui peut aider à contrôler la glycémie) et, plus récemment, les agonistes des récepteurs du GLP-1 (qui peuvent aider à réguler la glycémie et peuvent également entraîner une perte de poids).

(En France, l’Assurance maladie fait le point sur les traitements du SOPK, désormais SMOP, sur son site Ameli. De plus, les agonistes des récepteurs du GLP-1 sont soumis à des règles strictes de prescription médicale et ne sont pas remboursés pour le traitement de l’obésité, ndlr.)

Mais trouver le bon nom est la base sur laquelle tout le reste repose. Après près d’un siècle d’appellations erronées, nous avons enfin un nom qui correspond aux données scientifiques. J’espère que ce nom aidera les 170 millions de femmes atteintes de cette maladie à bénéficier des soins qu’elles ont toujours mérités.

The Conversation

Elisabet Stener-Victorin a reçu des financements de la Fondation Novo Nordisk, du Conseil suédois de la recherche et de la Fondation pour le diabète.

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25.05.2026 à 16:41

Beyond hot flushes: what menopause can do to your heart – and why it matters

Inés Pineda-Torra, Research group leader, Molecular endocrinologist and Professor in Cardiometabolic medicine, Andalusian Center for Molecular Biology and Regenerative Medicine (CABIMER)

Heart disease isn’t just a “man’s problem”. Men and women’s bodies handle fats differently in midlife. What are the cardiovascular risk factors and is hormone therapy good for heart health?
Texte intégral (2478 mots)

As women navigate hot flushes, sleep issues and changing waistlines, there’s another quieter change that can often occur during perimenopause and post-menopause that deserves just as much attention: heart health.

While women often worry more about the visible signs of midlife and menopause, they are less aware of the hidden shifts in blood fats, blood vessels and metabolism that can silently raise the future risk for cardiovascular disease, the leading cause of death in women worldwide.

Women in their peri-menopause (i.e. from the time when periods start to become more erratic till one year after the complete loss of menstruation) and post-menopause become more vulnerable to cardiovascular disease because falling oestrogen levels trigger an unfavourable shift in blood fats, body fat distribution, blood pressure, glucose control, and inflammation.

This untimely cocktail pushes the heart and arteries under additional strain. By the late 50s and 60s, many women’s cardiovascular risk approaches – and in some respects exceeds – that of men of the same age, although the pattern and timing of disease differ between men and women.

Lipid metabolism made simple

We term “lipid metabolism” the way our bodies handle fats: from how we absorb them from food, to how they move through the blood, are stored, and are used up for energy our organs and cells need.

Because fat does not dissolve in water, the body packages it into tiny particles called lipoproteins that travel in our bloodstream. LDL particles carry cholesterol out to tissues; when there is too much LDL, or the particles are small and dense, they can more easily enter artery walls and help form plaques. HDL particles move cholesterol back from tissues and artery walls to the liver for disposal, which is why they are often called “good” cholesterol. However, their quality and function matter as much as their amount.

What changes at peri- and post-menopause?

Oestrogen has important protective effects on the cardiovascular system: it helps keep LDL (so-called bad cholesterol) lower, supports healthy HDL (“good cholesterol”), improves how blood vessels relax, and modulates inflammation.

Around the menopausal transition, ovarian oestrogen production drops sharply, and this is often associated with a rapid change in several metabolic pathways rather than a slow, gentle ageing process we would perhaps expect.

Large studies show that around and after menopause women develop higher total and LDL cholesterol, while HDL particles that are smaller and less effective at clearing cholesterol from arteries become more predominant. Triglycerides, a type of fat that circulates in our blood acting as one of our body’s main fuel stores, also increase post-menopause. This combination of fats creates what we call a more “atherogenic” or atherosclerotic plaque-promoting profile. When too many of these fats circulate in the bloodstream, they can build up in arteries over time, contributing to the development of fatty plaques that can gradually narrow the space for blood to flow. Eventually, they sometimes rupture and trigger a clot, raising the risk of heart disease and stroke.

At the same time, women are more likely to develop other cardiovascular risk factors:

  • Weight gain, especially around the abdomen
  • Higher blood pressure
  • Insulin resistance.

All of the above further raise cardiovascular risk.

Modern studies on the collection of metabolites circulating in our bloodstream (metabolomics) confirm that over half of menopause-related metabolic changes are in lipid-related molecules, tightly linking this hormonal transition to cardiovascular risk.

How do women’s risks compare with men’s?

Before menopause, women generally have a lower risk of heart attack and stroke than men, helped in part by higher oestrogen levels and overall more favourable lipid profiles.

Data from large cohorts show that pre-menopausal women have lower total and LDL cholesterol than men of the same age, along with slightly lower blood pressure and better control of their glucose levels.

After menopause, this advantage shrinks or even disappears.

In a very large study carried out on British people, post-menopausal women actually had higher total and LDL cholesterol than similarly aged men, despite lower rates of other risk factors, such as smoking, hypertension and diabetes.

Clinically, women tend to develop cardiovascular disease (CVD) roughly 7–10 years later than men, but their risk accelerates sharply after menopause and ultimately converges.

Women are also more prone to certain presentations of heart disease, such as heart failure with preserved ejection fraction (where the heart looks as if it is pumping normally on scans, but is too stiff to relax and fill properly between beats), and microvascular angina (chest discomfort caused by problems in the heart’s small blood vessels). These forms of heart disease have historically been underrecognised and understudied.

Current approaches: lifestyle changes and lipid-lowering drugs

Across sexes, the foundations of cardiovascular prevention are the same:

  • Not smoking

  • A diet rich in plant foods and low in trans fats

  • Regular physical activity

  • Adequate sleep

  • Weight management.

For peri- and post-menopausal women, guidelines emphasise checking blood pressure, cholesterol and glucose, and acting early if these are abnormal, because the risk can increase quickly during this time.

Statins remain the mainstay medication for lowering LDL cholesterol and preventing cardiovascular events in people at increased risk. Large meta-analyses show clear benefits in women and men for secondary prevention (after a cardiovascular event such as a stroke).

For primary prevention (before any event occurs), the evidence of benefit in women is less robust than in men, and some analyses suggest that absolute risk reductions may be smaller. However this remains an active area of research. Regardless, women who meet established criteria for statins are still less likely than men to receive them or to stay on therapy – a major implementation gap that extends to other lipid-lowering drug classes, as discussed below.

Menopausal hormone therapy (MHT)

For many years, oestrogen was thought to be a heart-protective therapy, but clinical trials and their overall analysis have painted a more complex picture. MHT is prescribed primarily to relieve troublesome menopausal symptoms: hot flushes, night sweats and vaginal symptoms, and also helps prevent bone loss and fractures. It is not a heart-prevention pill, but its relationship with cardiovascular risk is relevant for any woman considering it.

Our understanding of MHT and the heart has changed substantially over the past two decades. Early large trials raised alarm, but they largely studied women who started hormones in their 60s, long after menopause, using older formulations. When the data were re-analysed by age at the time starting treatment, and newer studies focused on women closer to menopause, a more reassuring picture emerged: for healthy women who begin MHT before 60 or within about 10 years of their final period, cardiovascular risks appear low.

Some studies suggest possible cardiometabolic advantages, but the evidence for hard clinical benefits such as fewer heart attacks or lower mortality remains inconclusive, and MHT is therefore not recommended as a cardiovascular prevention strategy.

Timing and formulation matter.

Modern MHT uses low-dose oestradiol, preferably via the skin (patches or creams) rather than taken orally, since transdermal oestrogen bypasses the liver and avoids the increase in clotting factors associated with oral preparations. Starting hormones around the time of menopause looks very different from starting them in the late 60s or 70s, when baseline cardiovascular risk is already higher.

Current guidelines from menopause societies in North America and Europe recommend a personalised approach: using the lowest effective dose, reviewing risks regularly, and making decisions jointly with a clinician who understands both a woman’s menopausal symptoms and her cardiovascular profile.

In late 2025, the US Food and Drug Administration began removing the broad warnings that had linked MHT to cardiovascular disease, breast cancer and dementia across the board, describing those old labels as misleading when applied to healthy women in their 50s (this regulatory change occurred after the primary literature for this article was gathered). The most prominent warning that remains is for endometrial cancer with oestrogen-only therapy in women who still have a uterus, underlining the importance of using an adequate progestogen alongside oestrogen in those cases.

Newer cardiometabolic therapies

Several newer drug classes offer promising additional tools, especially for women with obesity, diabetes or very high cholesterol.

Glucagon-like peptide-1 receptor agonists (GLP-1 RAs), such as semaglutide, were first developed for diabetes but are now also used for obesity. A large analysis of clinical trials found that GLP-1 RAs reduce blood pressure and lower the risk of myocardial infarction, with

neutral effects on stroke. The landmark SELECT trial showed that weekly semaglutide (at 2.4 mg) reduced major cardiovascular events by about 20% in people with obesity and existing CVD but without diabetes, an advance that is already changing clinical guidelines.

For people whose LDL remains high despite maximally tolerated statins, PCSK9-targeting molecules (monoclonal antibodies) can lower LDL by around 50–60% and have been shown to further reduce cardiovascular events.

Recent sex-specific analyses indicate that women and men achieve similar LDL reductions and cardiovascular benefits from these drugs.

Unfortunately, as with statins, women are somewhat less likely to receive them in practice – illustrating a persistent treatment gap across lipid-lowering drug classes that warrants urgent attention.

Where is research heading?

The trend is towards a more personalised approach.

Current priorities include better understanding of how menopause-related lipid and metabolite shifts translate into plaque formation, and identifying which women are at greatest risk so that prevention can be more personalised. There is also a call for more trials designed from the outset to answer sex-specific questions, including optimal use of statins, GLP-1 RAs, PCSK9 inhibitors and MHT across different menopausal stages – particularly large randomized controlled trials powered to detect differences in clinical events (heart attacks, strokes, deaths) that can establish whether the promising but inconclusive cardiovascular signals seen in studies using surrogates as endpoints and observational studies translate into robust evidence that is guideline-changing.

For now, the key message is that cardiovascular disease is not just a “man’s disease”, and that peri- and post-menopause is a crucial window to analyse your risk factors, adjust your lifestyle and diet, and, when appropriate and with your medical specialist’s recommendation, use evidence-based medications to protect your heart and blood vessels in the long-term.


The AXA science philanthropy is now part of the AXA Foundation for Human Progress, which brings together the commitments of AXA Group and Mutuelles d’Assurances in the fields of Science, Nature, Solidarity, and Culture. Before 2025, the global science philanthropy was held by the AXA Research Fund, which has supported over 750 projects around the world since its inception back in 2007. To learn more, visit Axa Foundation for Human Progress.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Inés Pineda-Torra est membre de The Endocrine Society and is funded by the following organistations: Instituto Carlos III- (grant PMPTA23/00023), Ministerio de Ciencia e Innovación-Agencia Estatal de Investigación-PROYECTOS DE COLABORACION PUBLICO-PRIVADA 2021-2023-(grant CPP2022-010039), Ministerio de Ciencia e Innovación – Agencia Estatal de Investigación -PROYECTOS DE GENERACIÓN DE CONOCIMIENTO-2021-(grant PID2021-126077OB-I00), Axa Research Fund (Axa Chair 2023).

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25.05.2026 à 13:29

De Groquik à monsieur Malabar : pourquoi les marques ont-elles tué les héros de notre enfance ?

Sophie Renault, Professeur des Universités en Sciences de Gestion et du Management, Université d’Orléans

Pourquoi certaines mascottes publicitaires ont-elles disparu ? Que sont devenus Groquik ou monsieur Malabar ? Retour sur de véritables « cold cases » du marketing.
Texte intégral (2138 mots)

Que sont devenues les mascottes d’antan ? Longtemps, les marques de grande consommation ont eu recours à des personnages destinés à les identifier et à créer un lien affectif avec le public. Peu à peu, certaines figures populaires ont disparu sous l’effet d’évolutions sociétales. Retour sur ces icônes déchues, de Groquik à monsieur Malabar, en passant par Uncle Ben’s.


Il fut un temps où un clown nous accueillait dans un fast-food, un grand blond nous offrait des chewing-gums et le visage rassurant d’un oncle afro-américain ornait nos paquets de riz. Ces figures ancraient les marques dans notre quotidien. Qu’il s’agisse de créatures imaginaires ou de personnages réalistes, elles servaient de trait d’union affectif entre les marques et leurs communautés.

Aujourd’hui, une promenade dans les rayons d’une grande surface révèle une transformation radicale. Comme dans la nature, l’environnement des marques a changé (nouvelles normes sanitaires, morales et sociales) et seules les espèces capables de s’adapter survivent. Les mascottes qui ne mutent pas sont condamnées à l’extinction.

La littérature en marketing souligne d’ailleurs que les mascottes évoluent dans un environnement qualifié de « darwinien », où seules les plus adaptables perdurent. Pour échapper à la sélection naturelle du marché, ces icônes ont dû évoluer face à quatre sources de pressions environnementales : la santé publique, les évolutions des normes sociales, les exigences de cohérence stratégique des marques et leur quête de visibilité médiatique.

La fin de l’embonpoint

Le premier facteur d’évolution est sanitaire, du moins symboliquement. Dans les années 1970-1980, l’embonpoint d’une mascotte était encore un signe de générosité, d’abondance et de gourmandise. Désormais, dans un écosystème attentif à la lutte contre l’obésité, le sucre et la malbouffe, cela est devenu un handicap mortel.


À lire aussi : La nostalgie, un puissant levier du marketing


Le cas d’école est celui de Groquik, la mascotte de Nesquik. Ce personnage fictif et bedonnant était parfaitement adapté à l’ère de la consommation de masse décomplexée. Il incarnait un plaisir régressif, proche du doudou. Mais lorsque le climat s’est durci sur la question du sucre, il est devenu inadapté.

Nestlé a donc opéré une mutation drastique en le remplaçant en 1990 par Quicky, un lapin svelte et hyperactif. Le message a changé de nature : la poudre chocolatée ne sert plus au plaisir passif (qui fait grossir), mais à l’énergie active (le sport, la performance, le dynamisme). Les appels à son retour, régulièrement portés par des pétitions ou des mobilisations nostalgiques, n’y ont jusqu’ici rien changé. Mais qui sait ? Dans un contexte où le marketing joue de plus en plus avec la nostalgie, Groquik pourrait bien, un jour, retrouver une place dans l’écosystème de la poudre chocolatée.

Cette logique se retrouve dans plusieurs catégories alimentaires. Tony le Tigre, mascotte des Frosties, a lui aussi progressivement évolué vers une figure plus athlétique, associée au dépassement de soi et au sport. La gourmandise n’est plus revendiquée, elle est requalifiée en carburant.

Les personnages publicitaires qui n’ont pas su ou pas pu évoluer à temps, comme Joe Camel (la mascotte de cigarettes trop séduisante pour les enfants), ont été éliminés par le prédateur ultime : le législateur. Ici, l’évolution n’est plus symbolique mais juridique. En effet, lorsque le risque sanitaire devient trop élevé, la mascotte cesse d’être un outil marketing pour devenir une preuve à charge.

Mascotte ou stéréotypes ?

Sociale, la deuxième pression touche spécifiquement les figures humaines qui ont tendance à figer les préjugés de leur époque de naissance. Or, à mesure que la société évolue vers davantage d’inclusivité, ces fossiles publicitaires deviennent des marqueurs d’un passé problématique.

C’est ici que se joue le sort d’Uncle Ben’s (devenu Ben’s Original) et d’Aunt Jemima (désormais Pearl Milling Company). En 2020, face au mouvement Black Lives Matter, ces marques ont admis que leurs mascottes, des archétypes de domestiques voire d’esclaves noirs du sud des États-Unis, n’étaient plus viables. Même si l’intention initiale était de créer une figure rassurante et familiale, la symbolique sociale associée était devenue difficile à ignorer.

Or, il est impossible de faire « évoluer » un stéréotype raciste sans le déconstruire entièrement. La seule solution pour que ces marques survivent au tumulte ambiant a été le retrait pur et simple du visage humain. D’autres figures ont connu des trajectoires similaires. La marque Banania a progressivement abandonné son célèbre tirailleur sénégalais et son slogan « Y’a bon », symboles d’une époque révolue.

S’agissant de monsieur Malabar, l’évolution a pris une autre voie. Le grand blond aux muscles d’acier incarnait un idéal viriliste et ethnique, daté, des années 1980. Dans un environnement diversifié et sensible aux questions de représentativité, ce mâle dominant standardisé ne passait plus. La marque a donc appliqué une stratégie classique d’effacement des marqueurs identitaires. Il s’est agi de remplacer l’homme par un chat noir appelé Mabulle. L’animal est une espèce passe-partout, c’est-à-dire sans ethnie, sans âge, sans classe sociale. Il permet à la marque de s’adapter à tous les publics sans risque de polémique. On observe ici un mouvement de « déshumanisation stratégique » : plus une figure est humaine, plus elle est exposée aux débats identitaires ; plus elle est abstraite ou animale, plus elle est perçue comme universelle.

Se cacher pour survivre

Enfin, certaines espèces ne disparaissent pas, mais se cachent pour survivre. C’est la stratégie de retrait adoptée lorsque la mascotte devient incompatible avec le nouveau positionnement de la marque. McDonald’s en est l’exemple le plus visible. L’enseigne a opéré un déplacement vers un univers plus sobre et plus qualitatif, centré sur le design et l’expérience client (décor en bois, cafés, bornes, service à table). Dans cet environnement, le clown criard apparaît en décalage. À cela s’ajoute un changement culturel. En effet, la figure du clown, autrefois festive, est désormais parfois perçue comme inquiétante.

Pour préserver sa respectabilité, Ronald McDonald n’a pas été supprimé mais invisibilisé, laissant place à une communication centrée sur le produit et le design. Cette logique de discrétion se retrouve chez Michelin. Bibendum n’a pas disparu, mais il a été fortement institutionnalisé. Moins burlesque, plus patrimonial, il accompagne aujourd’hui un discours d’expertise, de sécurité et de gastronomie. La mascotte survit, mais sous une forme compatible avec une marque premium et technologique.

D’autres marques choisissent la segmentation plutôt que l’effacement. Chez Kellogg’s, les mascottes restent cantonnées aux produits pour enfants, tandis que les gammes « santé » adoptent des packagings épurés. La mascotte devient alors écologiquement inadaptée à certains univers de consommation, notamment ceux associés à la maîtrise de soi, à la nutrition ou au prestige. Dans tous les cas, la logique est identique : la mascotte n’est plus seulement évaluée sur sa seule sympathie, mais sur sa cohérence avec l’expérience de marque proposée. Quand l’univers évolue vers un positionnement adulte, responsable ou premium, la mascotte devient un facteur de dissonance stratégique.

Qu’ils soient effacés, mutés ou camouflés, les destins de ces personnages publicitaires illustrent la loi du plus fort ou plutôt du plus agile. Les marques ne peuvent dès lors plus se contenter d’être sympathiques, elles doivent prouver qu’elles sont compatibles avec les valeurs de leur époque.

Mettre en scène la disparition

Pour autant, les mascottes n’ont jamais totalement disparu. Elles se transforment et trouvent de nouveaux terrains d’expression, notamment dans les environnements numériques. Les réseaux sociaux offrent aujourd’hui un écosystème particulièrement favorable à ces figures anthropomorphisées, capables d’interagir, de raconter des histoires et de tisser un lien direct avec les consommateurs. Certaines mascottes, comme la chouette Duo de Duolingo devenue virale sur TikTok, illustrent cette capacité à s’approprier les codes culturels contemporains. D’autres vont encore plus loin : le personnage d’Aleksandr Orlov, créé pour Compare the Market, a progressivement dépassé sa fonction publicitaire pour devenir une figure populaire, générant récits et produits dérivés.

Cette capacité d’adaptation passe également par une mise en scène assumée de leur propre disparition. Certaines marques orchestrent la mort ou le retrait temporaire de leurs mascottes comme un levier de visibilité. En 2020, Mr. Peanut, figure emblématique de Planters, est ainsi « tué » dans une campagne virale avant de renaître quelques jours plus tard.

De manière comparable, en 2023 dans un contexte de controverses autour d’une supposée « wokisation » de ses mascottes, M&M’s annonce leur remplacement par Maya Rudolph, avant de les réintroduire quelques semaines plus tard lors du Super Bowl.

Dans ces cas, la disparition devient un outil stratégique, une suspension narrative destinée à relancer l’attention et à renforcer l’attachement. La mascotte ne survit plus seulement en s’adaptant à son environnement ; elle survit en jouant avec sa propre disparition.

The Conversation

Sophie Renault ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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25.05.2026 à 13:28

Quand l’intelligence artificielle fragilise le crédit bancaire qu’elle est censée sécuriser

Hamdi Jbir, Researcher - Lecturer, Université Bretagne Sud (UBS)

Plus d’IA dans la distribution bancaire est-il l’assurance de pratiques moins dépendantes de l’humain ? ou l’émergence de nouveaux risques ?
Texte intégral (1120 mots)

L’intelligence artificielle (IA) est souvent présentée comme un outil d’amélioration de la gestion des risques bancaires. Toutefois, notre analyse des banques de la zone euro met en évidence un effet ambigu : si l’IA renforce certains indicateurs de liquidité, elle est aussi associée à une hausse des prêts non performants, suggérant une augmentation des vulnérabilités bancaires.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Le secteur bancaire européen vit une révolution silencieuse. Derrière les écrans, des algorithmes remplacent désormais les analystes pour décider, en quelques secondes, si un crédit est accordé ou non. Cette transformation n’est plus une option, elle est devenue un moteur central de la compétitivité. Pourtant, cette course à l’efficacité suscite des inquiétudes au plus haut sommet.


À lire aussi : IA et crédit, comment éviter que les machines ne contribuent à reproduire nos biais sociaux ?


Dès septembre 2024, Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), alertait sur les risques systémiques liés à ces technologies, notamment lors d’un discours devant le Comité européen du risque systémique. Si l’essor de la fintech est bien documenté, l’usage réel de l’IA dans les grandes banques reste difficile à mesurer.

Dans ce contexte, nous analysons les rapports financiers trimestriels des huit principales banques systémiques de la zone euro entre 2020 et 2025. En quantifiant la fréquence du vocabulaire lié à l’intelligence artificielle, nous avons construit un indicateur permettant d’estimer son usage réel dans chaque banque, puis de le comparer à leur niveau de risque.

Pourquoi ce résultat est-il important ?

Nos résultats révèlent un paradoxe dans l’usage de l’IA par les banques étudiées. Si ces technologies améliorent la gestion de la liquidité, elles peuvent être associées à une dégradation de la qualité des crédits.

Nous observons qu’une hausse de l’usage de l’IA est associée à une augmentation de 7 points de pourcentage du ratio de couverture de liquidité et à une hausse de 0,35 point de pourcentage du ratio de prêts non performants, soit près de 14 % de son niveau moyen.

Ce constat suggère que si l’automatisation optimise les processus financiers, elle peut aussi encourager une prise de risque accrue ou affaiblir la sélection des emprunteurs. Ce fait s’explique par la manière dont l’IA transforme l’évaluation du risque. Les algorithmes s’appuient principalement sur des données quantitatives, faciles à standardiser et à traiter automatiquement, mais peinent à intégrer des informations plus qualitatives, comme le contexte spécifique d’un emprunteur, souvent difficiles à formaliser. Cela peut conduire à valider des dossiers en apparence solides, mais plus fragiles en pratique.

Dans cette veine, des travaux montrent que l’intelligence artificielle améliore la précision des modèles de scoring de crédit, mais soulignent également des limites importantes liées à la qualité des données et à l’interprétabilité des décisions. Un autre enjeu majeur tient à l’homogénéisation des comportements des institutions financières. L’adoption croissante de ces technologies peut amener les banques à utiliser des modèles similaires, conduisant à des décisions convergentes. En cas de choc, ce comportement grégaire peut amplifier les déséquilibres au lieu de les atténuer.

Au final, l’intelligence artificielle peut améliorer la performance du secteur bancaire, tout en contribuant à sa fragilité.

Quelle suite à cette recherche ?

Au-delà du secteur bancaire, cette dynamique pourrait avoir des répercussions négatives sur l’économie réelle. En effet, l’accumulation de prêts non performants associée à l’usage de l’IA pourrait entraîner un durcissement des conditions de financement du secteur privé, pénalisant ainsi la demande globale. Ces résultats ouvrent ainsi des enjeux importants pour la régulation. Bien que l’Union européenne encadre déjà ces pratiques avec l’AI Act, en classant le scoring de crédit parmi les activités à haut risque, ce cadre reste encore largement centré sur les risques individuels.

Or, l’enjeu des prochaines années sera d’intégrer plus pleinement les risques collectifs liés à l’usage généralisé d’algorithmes similaires, notamment en termes de comportements convergents et de vulnérabilités systémiques. Il devient donc essentiel de rendre les algorithmes plus explicables et transparents afin que le régulateur puisse superviser les décisions de crédit prises.

De même, il faudra tester le comportement de ces IA en situation de crise, à travers des stress-tests algorithmiques, comme cela existe déjà pour la solidité financière des banques. L’objectif serait de révéler des vulnérabilités invisibles en période normale et d’anticiper des réactions amplifiées en cas de choc.

Enfin, l’automatisation ne peut pas remplacer entièrement le jugement humain, en particulier lorsqu’il s’agit d’évaluer des situations complexes. Sans cela, une technologie conçue pour maîtriser le risque pourrait devenir un vecteur silencieux d’instabilité financière.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.


The Conversation

Hamdi Jbir ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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