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17.03.2026 à 16:28

Violences sexuelles au collège : ce que ne disent pas les chiffres officiels

Margot Déage, Maîtresse de conférences en sociologie, Université Grenoble Alpes (UGA)

Début 2026, le ministère de l’éducation a lancé l’alerte sur les violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire. Mais les données officielles permettent-elles de bien saisir l’ampleur du phénomène ?
Texte intégral (1726 mots)

Début 2026, le ministère de l’éducation nationale a lancé l’alerte sur les violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire. Près de 15 % des filles et 12 % des garçons auraient été exposés à au moins une forme de violence sexuelle, selon la dernière enquête de victimation du ministère. Mais ces données officielles reflètent-elles toute l’ampleur du phénomène ? Une autre enquête, menée en Île-de-France pour le Centre Hubertine-Auclert pour l’égalité femmes-hommes, estime qu’environ un élève sur deux serait concerné. Explications.


Le 29 janvier 2026, le gouvernement a publié un communiqué de presse sur les violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire. On y apprend qu’au collège, « 15 % des filles et 12 % des garçons déclarent avoir été exposés à au moins une forme de violence sexuelle ».

Ces chiffres renvoient aux données collectées dans une enquête de climat scolaire et de victimation réalisée par le ministère de l’éducation nationale au printemps 2022. Concrètement, cette enquête interroge les élèves sur des faits survenus depuis le début de l’année scolaire : atteintes aux biens, attaques physiques, psychologiques et sexuelles. Celles-ci recouvrent le voyeurisme dans les toilettes ou les vestiaires, les attouchements, les caresses au sein du collège ou à proximité et les baisers forcés. Les violences sexuelles y sont donc appréhendées essentiellement en présentiel. Les cyberviolences font l’objet d’une catégorie distincte, incluant notamment le visionnage non consenti d’images à caractère sexuel, qui concerne 4,4 % des collégiens et collégiennes.

Malgré l’absence de données sur l’effet du numérique sur les violences sexuelles, le communiqué désigne les réseaux sociaux comme « un puissant facteur d’amplification de ces violences » et appelle à une interdiction des plateformes numériques avant 15 ans. Cette lecture appelle discussion.

Des violences sexuelles plus fréquentes qu’annoncé

Au printemps 2023, nous avons conduit pour le Centre Hubertine-Auclert une étude sur les (cyber)violences de genre à l’adolescence. Celles-ci sont définies comme tout acte préjudiciable commis contre une personne en raison de son sexe ou de sa non-conformité aux rôles de genre, en face-à-face ou dans l’espace numérique. L’objectif était notamment de documenter finement les violences sexuelles et leur circulation entre espaces scolaires, extérieurs et numériques.

L’enquête a été menée dans 14 établissements d’Île-de-France, représentatifs de la région, auprès d’élèves de la sixième à la terminale. Parmi les 1 669 réponses recueillies au collège, 847 proviennent de filles, 801 de garçons et 21 de personnes non binaires.

Premier constat : 43 % des collégiens et collégiennes déclarent avoir subi au moins une forme de violence sexuelle au cours de l’année écoulée. Les filles et les personnes non binaires sont plus nombreux à rapporter au moins une forme de violence sexuelle (44 % contre 41 % des garçons).

Ces chiffres sont sans commune mesure avec ceux issus de l’enquête institutionnelle. Pourquoi un tel écart ? Essentiellement parce que le périmètre des faits étudiés diffère.

Notre enquête inclut, au-delà des agressions et attouchements, des violences souvent minimisées ou invisibilisées : les outrages sexuels (36 %), comme les mimes sexuels (22 %), les propos sexuels imposés (20 %), les sollicitations sexuelles insistantes (9 %) et le visionnage forcé d’images sexuelles (12 %) ; les agressions sexuelles (14 %), comme les attouchements (11 %) et les baisers forcés (7 %) ; ou encore, les atteintes à l’image intime (7 %), comme la réalisation forcée d’image intime (3 %), la sextorsion (4 %), la divulgation (3 %), le vol (2 %) ou encore le montage d’image intime (1 %). Par ailleurs, 2 % des collégiennes et collégiens ont déclaré avoir subi d’autres formes de violences sexuelles, un chiffre qui inclut potentiellement des viols.

Dans 71 % des cas, les auteurs sont des garçons mineurs qui agissent seuls (47 %) ou en groupe (24 %).

Autrement dit, lorsqu’on s’intéresse à l’entièreté du continuum de violences sexuelles, leur ampleur apparaît bien plus importante.

Où ces violences ont-elles lieu ?

Deuxième constat : les violences sexuelles sont plus fréquentes dans l’établissement scolaire qu’ailleurs.

Sur l’ensemble des faits rapportés, 43 % se sont produits dans l’espace scolaire, 24 % dans l’espace numérique et 5 % à la fois en ligne et au collège. Les 29 % restants ont eu lieu à l’extérieur (dans des espaces privés ou publics en présentiel).

La plupart des violences sexuelles se produisent très majoritairement dans le cadre scolaire, comme les agressions (53 % contre 3 % en ligne et 1 % en hybride) ou les outrages (46 % contre 24 % en ligne et 6 % en hybride).

Campagne de communication du gouvernement  : « Réagir peut tout changer » (2018).

Ce sont les atteintes à l’image intime qui sont les plus fréquemment commises en ligne (63 % contre 8 % au collège et 5 % en hybride). Ces violences sont en effet facilitées par les outils numériques qui permettent de capturer, de sauvegarder, d’éditer et de diffuser des images. Néanmoins, 15 % des actes de sextorsion (et 4 % en hybride) et 9 % des divulgations d’image intime (et 11 % en hybride) ont eu lieu dans l’enceinte scolaire, ce qui suggère la persistance de formes de captation et de diffusion d’images déconnectées des réseaux sociaux.

Ces résultats invitent à penser la porosité et l’imbrication des violences entre les espaces numériques et scolaires. Une image produite sous contrainte dans une chambre peut être imprimée et diffusée au collège ; un mime sexuel en classe peut être filmé et partagé sur une messagerie, etc.

Le numérique, amplificateur ou révélateur ?

Attribuer aux seuls réseaux sociaux la responsabilité des violences sexuelles pose plusieurs problèmes.

D’une part, la majorité des violences recensées se déroulent principalement dans l’espace scolaire. En d’autres termes, les violences sexuelles n’ont pas besoin des plateformes numériques pour exister, et c’est d’abord au collège qu’il faut agir. Ces plateformes jouent plutôt un rôle de révélateur des violences, qui en amplifient certaines dimensions : l’extension du public, le partage d’informations et d’images personnelles, la permanence des contenus, la vraisemblance des rumeurs, la libération des paroles toxiques ou le sentiment d’impunité.

Les (cyber)violences sexuelles s’inscrivent dans des enjeux de réputation propres aux sociabilités juvéniles. Les plateformes numériques ne créent pas ex nihilo les normes de genre, mais elles en accélèrent la circulation et en renforcent la visibilité. Une image intime diffusée sans consentement peut ainsi produire une stigmatisation durable, particulièrement pour les filles.

Interdire l’accès aux plateformes avant 15 ans ne saurait donc constituer une réponse suffisante. Une telle mesure laisse intacts les dynamiques de genre et les rapports de pouvoir qui structurent les interactions adolescentes, en ligne comme au collège.

Décloisonner les politiques de prévention

Pour changer la donne, il faut d’abord reconnaître l’ampleur réelle des violences sexuelles à l’adolescence, ce qui suppose d’en élargir la définition. Il est nécessaire également de décloisonner les dispositifs existants. Les programmes de lutte contre le harcèlement (comme le programme Phare), l’éducation aux médias et à l’information (EMI) et l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars) travaillent encore en silos. Or, nos données montrent que les violences sexuelles se situent précisément à l’intersection de ces champs : rapports de genre, usages numériques, dynamiques de groupe.

Une prévention efficace suppose d’articuler ces dimensions : travailler sur les normes de genre, sur le consentement, sur la gestion des images et des données personnelles, mais aussi sur les logiques de réputation, de confidentialité et de modération propres aux réseaux sociaux.

Enfin, les actions doivent associer les élèves eux-mêmes pour qu’elles et ils apprennent à reconnaître les violences sexuelles, qu’elles et ils se sentent légitimes pour les contester. La plateforme de sensibilisation « Gênant, surtout violent » propose des ressources pédagogiques pour objectiver des situations souvent banalisées.

En définitive, la question n’est pas de choisir entre régulation du numérique et action éducative. Elle est de comprendre que les violences sexuelles à l’adolescence forment un système relationnel qui traverse les espaces. Car, si le numérique transforme les modalités de circulation des violences, le problème premier réside dans la persistance de rapports de genre inégalitaires, que l’école a précisément pour mission de déconstruire.

The Conversation

Margot Déage a reçu des financements du Ministère de l'Éducation nationale et de la Région Île-de-France pour réaliser l'enquête présentée dans cet article.

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17.03.2026 à 16:27

Les seniors au travail ne sont pas ceux que vous croyez. Et c’est aussi pour cela que la guerre des générations n’existe pas

Hippolyte d’Albis, Professeur, ESSEC

Revoyez toutes vos idées reçues. Les seniors au travail ne sont pas forcément ceux que vous croyez. Comme l’ensemble de la société, ils ont changé.
Texte intégral (1558 mots)

[Bonnes feuilles] Régulièrement, l’existence d’une opposition irréconciliable entre les seniors et les plus jeunes est mise en avant. Pour payer les retraites de premiers, on sacrifierait l’avenir de la jeunesse. Cette opinion régulièrement reprise ne résiste pas à l’examen des faits, estime l’économiste Hippolyte d’Albis.

Dans Economie des âges de la vie (Editions Odile Jacob), il décrypte, au-delà des fausses évidences et du bon sens, la réalité des flux financiers entre les générations. Dans l’extrait que nous publions, Hippolyte d’Albis revient sur le profil des salariés seniors… en opposant des faits aux clichés. À commencer par le fait que le boomer est souvent une boomeuse. OK ?


Contrairement aux pratiques managériales, les employés seniors ont changé. Le plus étonnant est finalement ce retournement de situation à la fin des années 1990, marqué par le retour des 55-64 ans sur le marché du travail. Examinons les causes profondes de cette révolution pour la comprendre et identifier ce qui permettrait de l’amplifier.

Le point crucial est que la population des seniors a changé car elle est en meilleure santé, plus qualifiée et plus féminisée. Les seniors ont tout d’abord rajeuni car ils sont en meilleure santé et physiquement plus aptes à travailler. L’état de santé d’un groupe de personnes peut être synthétisé par son risque de décès dans l’année. En 2023, le risque pour une personne de 60 ans était de 0,6 %, soit celui d’une personne de 54 ans trente ans plus tôt. Cette amélioration impressionnante de la santé humaine à ces âges explique en partie le maintien en emploi des seniors. Les progrès dans la prévention et le traitement des maladies cardiovasculaires, de certains cancers et du diabète ont directement profité à l’économie en préservant la population active. Or on oublie trop souvent que les politiques de santé publique sont aussi des politiques économiques.

Il ne faut cependant pas nier le vieillissement des corps : même s’il est faible, le risque de décès d’une personne de 60 ans reste près de cinq fois plus élevé que celui d’une personne de 40 ans. Les questions d’ergonomie, de pénibilité et d’aménagement des horaires deviennent ainsi de plus en plus cruciales avec l’âge. Elles ne doivent ni être éludées, ni considérées comme des coûts inutiles ou subis. Les organisations doivent se défaire de la représentation type du salarié, forcément trentenaire et évidemment jamais malade et toujours enthousiaste. Reconnaître la diversité physiologique est une première étape nécessaire pour une meilleure inclusion des seniors dans le monde du travail.

Des seniors de plus en plus qualifiés

L’évolution de la population des seniors est marquée par une nette élévation de leur niveau de qualification. Aujourd’hui, près de 30 % des 55-64 ans sont diplômés de l’enseignement supérieur, contre moins de 9 % il y a trente ans. Cette progression influence leur emploi de deux manières. D’une part, les études supérieures retardent mécaniquement leur entrée sur le marché du travail. D’autre part, elles renforcent leur capacité à s’adapter aux mutations organisationnelles et technologiques.


À lire aussi : Non la jeunesse n'est pas sacrifiée ! ou ce que révèle l'étude des transferts intergénérationnels


Avec des carrières qui s’étendent sur quarante ans, la nécessité de se former en continu et, parfois, de se reconvertir devient incontournable. Les pays où le taux d’emploi des seniors est le plus élevé sont d’ailleurs ceux qui ont intégré depuis longtemps la formation tout au long de la vie, notamment bien avant l’âge de 50 ans. Les reconversions professionnelles, comme celles des militaires qui quittent l’uniforme en milieu de carrière pour exercer un métier civil, montrent que ces transitions sont non seulement possibles, mais aussi bénéfiques. Elles méritent d’être mieux acceptées et valorisées afin d’être généralisées.

Des défis pour la gestion des carrières

Dans les années à venir, l’arrivée massive de seniors diplômés du supérieur – près de la moitié des 35-44 ans le sont déjà – va marquer le paysage professionnel. Si cette démocratisation des études supérieures est une tendance positive, elle présente aussi des défis pour la gestion des carrières des seniors. D’un côté, ces diplômes ouvrent l’accès à des métiers mieux rémunérés, plus stimulants ou socialement valorisants, ce qui encourage la prolongation de l’activité. Ceux qui prolongent le plus leur vie professionnelle sont typiquement les médecins, les artistes, les scientifiques ou les entrepreneurs. De l’autre, les diplômés attachent une importance croissante au sens de leur travail, ce qui explique que certaines trajectoires professionnelles génèrent des sentiments de frustration ou de déclassement.

Un exemple frappant est celui des jeunes diplômés recrutés sur des postes d’expertise qui évoluent vers des fonctions managériales, parfois avant même d’atteindre la quarantaine. Or ces postes, exigeants physiquement et psychologiquement, poussent après quelques années certains à vouloir céder leur place. En France, cependant, les opportunités pour les anciens managers restent limitées. La logique hiérarchique et une certaine conception de l’honneur rendent difficile l’idée de se retrouver sous la direction d’une personne qu’on a autrefois dirigée. Face à la prochaine arrivée massive de diplômés seniors, de nombreuses pratiques restent à réinventer.

La révolution des boomeuses

Les seniors ont aussi changé du fait de leur féminisation, décisive depuis l’arrivée des baby-boomeuses. Le taux d’emploi des femmes entre 55 et 64 ans est aujourd’hui proche de 60 %, soit près du double de ce qu’il était au début du siècle. Toutes les politiques permettant le maintien en emploi des femmes après leur maternité sont par ricochet favorables à l’emploi des seniors. Ainsi, les congés maternité courts et bien compensés, les dispositifs efficaces permettant la garde des enfants et les politiques d’entreprises conciliantes doivent être encouragés et renforcés. La féminisation du salariat a engendré une révolution dans les organisations en imposant progressivement l’idée qu’elles devaient permettre la conciliation des vies personnelles et professionnelles. Les enfants ont ainsi fait irruption dans les discussions du monde du travail et les contraintes qu’ils imposent à leurs parents sont mieux prises en compte par les managers.


À lire aussi : L’emploi des seniors : une culture des âges à faire évoluer ?


La question des équilibres de vie se pose aussi après 55 ans, mais pas dans les mêmes termes qu’à 30 ans : s’il n’y a plus d’enfants à récupérer à la crèche, il y a parfois un parent devenu dépendant dont il serait bien de se soucier. Cette réalité est encore aujourd’hui taboue dans les entreprises et administrations où l’on parle des enfants mais pas des personnes âgées. Ainsi, une mère qui a pu s’absenter pour emmener sa fille chez le médecin ne pourra pas, vingt ans plus tard, faire de même avec sa propre mère. La conciliation des vies personnelles et professionnelles doit être pensée tout au long de la carrière.

Le 14 octobre 2025, lors de sa déclaration de politique générale devant la représentation nationale, le nouveau premier ministre Sébastien Lecornu annonce la suspension jusqu’à la prochaine élection présidentielle de la réforme des retraites votée en 2023. Pour éviter la censure de son gouvernement, il offre à la cohorte 68 la possibilité de partir plus tôt en retraite, mais prive le système de ressources nécessaires au financement des pensions qu’il s’est engagé à verser. L’équilibre des régimes de retraites est une équation très simple, avec finalement peu de paramètres. L’allongement de la durée du travail en est un essentiel mais il est évident qu’il faut accompagner les personnes concernées. Profitons de cette suspension pour modifier nos organisations, écouter les attentes des travailleurs concernés, et préparer les prochains reports de l’âge de la retraite, qui inéluctablement devront être assumés.

The Conversation

Hippolyte d’Albis a reçu des financements de l'ANR.

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17.03.2026 à 16:26

« Pétrole » de Pasolini adapté au théâtre : le dévoilement de l’obscénité fossile

Frédéric Caille, Maître de Conférences HDR en Science Politique, ENS de Lyon

Le texte inclassable de Pasolini, mis en scène au théâtre, démontre combien la culture occidentale contemporaine est imprégnée par les énergies fossiles.
Texte intégral (2638 mots)

Avec son texte Pétrole, récemment adapté au théâtre par Sylvain Creuzevault, Pasolini livre une œuvre visionnaire, dans laquelle l’industrie fossile apparaît comme une force de destruction implacable, imprégnant en profondeur l’imaginaire occidental.


Peu après la COP30, dix ans après la prise de conscience officielle par le genre « homo sapiens » de sa contribution active à la destruction irrémédiable de sa propre biosphère, sur la scène nationale de Bonlieu, à Annecy (Haute-Savoie), le metteur en scène Sylvain Creuzevault a inauguré son adaptation théâtrale du texte posthume et visionnaire de l’écrivain, poète et cinéaste italien Pier Paolo Pasolini, Pétrole.

Cette œuvre foisonnante, baroque, inclassable, où se mêlent l’enquête, la critique littéraire, la déconstruction de la sexualité moderne et de ses liens intimes au pouvoir et à l’ordre socio-économique du capitalisme international, est un texte qui anticipe de manière saisissante sur la mise au jour actuelle par la théorie critique anglo-saxonne des dimensions les plus sombres et inconscientes de l’imprégnation par les énergies fossiles de la culture occidentale contemporaine, telle que la décrit l’artiste et activiste Brett Bloom dans son essai Petro-Subjectivity : De-Industrializing Our Sense of Self (2015) (non traduit en français) :

« La pétro-subjectivité est quelque chose que chacun d’entre nous vit constamment. C’est une perception de soi et du monde qui façonne notre identité et notre façon de penser. Elle découle en partie du fait que l’utilisation du pétrole est présente dans tout ce que nous faisons. Elle a façonné les concepts qui régissent notre pensée. Notre utilisation du langage et les concepts fondamentaux qui structurent notre existence sont imprégnés de la logique des relations pétrolières et forment l’univers métaphorique dans lequel nous baignons lorsque nous parlons entre nous de qui nous sommes, de ce que nous faisons et de ce qui compose le monde qui nous entoure. » (Traduction de l’éditrice, ndlr)

Enquête sur le pétropouvoir

« Pétromasculinité », « pétrosexualité », « pétropornographie », « pétro ou carbofascisme », « pétrosubjectivité » : tels sont les concepts qu’évoquent et exposent, avec les mots et les visions de Pasolini, Sylvain Creuzevault et ses comédiennes et comédiens. Le propos échappe de fait à la seule évaluation esthétique et scénique, tant le texte Pétrole s’est en effet aussi construit, chez son propre auteur, sur la base d’une enquête concernant le « [ pétropouvoir] » central de l’Italie du vingtième siècle : l’ENI (Entente Nazionale Idrocarburi).

Cet organisme de supervision de la recherche, de l’achat et de la distribution des ressources énergétiques pétrolières du pays, équivalent de la Compagnie française des pétroles (CFP), ancêtre de Total, et super-major pétrolière (9e mondiale, présente dans 69 pays, 28 000 employés et première entreprise d’Italie aujourd’hui encore), est présidée à partir de 1953 par Enrico Mattei, modèle du personnage d’Ernesto Bonocore dans le texte de Pasolini. Mattei est tué dans un accident d’avion, sans doute commandité par le vice-président de la compagnie – qui lui succède en 1962 – et dans son projet « Naphta », le jeune artiste français Gaëtan Bas Lorant a mené récemment une enquête sur les lieux et témoins de cet évènement.

Corruption universelle

La corruption du monde de l’industrie pétrolière, mais surtout ses liens intimes à la corruption de la vie, des corps, des imaginaires et des idéaux des jeunes Italiennes et Italiens de l’après-guerre est au centre du roman de Pasolini. La sexualité, sous une forme provocatrice et non maîtrisée surgit en de nombreuses scènes du livre et de l’adaptation théâtrale, qui n’en contourne pas, et même parfois en surligne, la violence exercée sur les autres et sur soi-même (surtout pour le héros Carlo), ainsi que le caractère profondément insatisfaisant et destructeur.

Cette sexualité mortifère est utilisée et interrogée par Pasolini à la fois comme un corrélat logique, corporel, intime et subjectif de sa dénonciation géopolitique du capitalisme « faschisto-fossile » qu’incarne l’ENI, et comme une allégorie de l’hubris qui soutient plus profondément le développement et l’usage de l’industrie pétrolière. La transgression des limites et la démesure « s’écoulent » littéralement de « l’or noir » pour toucher les dirigeants des entreprises d’approvisionnement ou de diversification (notamment dans la pétrochimie et le plastique), en même temps que chaque Italienne ou Italien accédant à l’automobile et à la société de consommation.

Cette hubris, certes, est pour Pasolini, au moins partiellement, une hubris de classe, associée au « plus fasciste des pouvoirs que l’Italie ait connu », selon ses propres termes, dissimulé sous les apparences trompeuses de la social-démocratie. Le recyclage des dirigeants et des capitaux fascistes, au nom de la grandeur nationale, est ainsi un axe de dénonciation politique central, directement repris de l’enquête et des sources sur lesquelles s’appuie Pasolini.

Au centre du livre de Pasolini se trouve l’ouvrage du mystérieux Steimetz qui, à ce jour pourtant non identifié, contacte et rencontre Pasolini à deux reprises dans le scénario du film la Machination. L’affaire Pasolini (2019) avant d’y être assassiné. Le scénario du film tire vers la manipulation politique l’essentiel de la démarche profonde à l’origine de l’écriture de Pétrole, mais également les causes de l’assassinat de Pasolini, qui y est montré comme parfaitement prémédité. À l’inverse, quelques années plus tôt, le Pasolini d’Abel Ferrara (2014), qui se déroule durant les derniers jours de son existence, privilégie le meurtre crapuleux et homophobe.

En synthétisant de ce point de vue le propos de Pasolini, on peut dire que dans certaines des scènes récurrentes de la pièce, il s’agit pour l’auteur de nous faire prendre conscience que, quand bien même l’on appartient à la bourgeoisie libérale de gauche, que l’on soit au Parti communiste, que l’on aime le jazz, la mixité, l’art moderne, pour sa propre satisfaction hédoniste, on se trouve objectivement et structurellement complice et associé aux machinations prédatrices, néocoloniales et destructrices de la planète conduites en sous-main par les grandes entreprises pétrolières.

C’est en effet cette mise à jour que Pasolini veut exprimer durant les trois années de travail qu’il consacre à son texte. Une mise à jour inextricablement – c’est la leçon qu’il tend à notre époque – intime et collective, et où résonnent en échos les inclinations masculinistes et machistes les plus communes. Elles sont formidablement incarnées dans la pièce, par le héros lui-même en ses deux « êtres » contradictoires, ou par d’autres « hommes puissants » soumis à la peur-fascination de l’homosexualité et de la femme (extrémisé jusqu’à l’inceste avec la mère), à l’attrait de la consommation sexuelle bourgeoise tarifée de jeunes filles et garçons de catégories populaires, et même à l’humiliation-attirance pour les personnes du Moyen-Orient, lieu où se trouve le pétrole, et où les individus reprennent et endossent à leur tour l’indécence et la violence de l’hubris fossile.

Un jeu de société édité en 1973, en plein accord avec l’imaginaire de la conquête des énergies fossiles et de leurs promesses de puissance que déconstruit l’œuvre-monstre de Pier Paolo Pasolini.

Déchéance et ambivalence

Pasolini, c’est là son génie, malgré une force de propos (magnifiée par la mise en scène), qui peut décontenancer une part du public, explore la déchéance de nos êtres profonds. Il dévoile nos pantomimes et la dégradation dans laquelle nous entraîne inexorablement le pacte signé avec le diable fossile. L’inoubliable personnage d’Aldo Troya (Eugenio Cefis, 1921-2004 dans la vraie vie), commanditaire probable lié à la CIA américaine du meurtre de Mattei, l’incarne de manière inoubliable. Fasciste dissimulé et homme du moment, il mène à la fin d’une civilisation en prétendant travailler à la grandeur du pays et révèle son ambivalence par son patronyme inventé par Pasolini : « le Troyen », « la truie » (voir les « notes 36-40 » et les remarques du traducteur René de Ceccatty dans la dernière édition de Pétrole, Gallimard 2022). La pièce suit précisément son destin et son « bond en avant dû non pas tant à une volonté ambitieuse qu’à l’accumulation objective et massive des forces guidées par cette volonté », ainsi que l’écrit Pasolini.

Pétrole est donc l’histoire d’une déchéance qui est celle du personnage principal, mais en quelque mesure aussi bien entendu, telle est la force du poète-prophète dont Pasolini enfile la toge, la nôtre. Elle culmine peut-être dans ce moment de la pièce où le héros, nu et debout comme un mâle humain urinant, tient le tuyau d’une pompe à pétrole qui inonde la scène comme aujourd’hui la nuit fossile menace de recouvrir le monde.

« Tous victimes et tous coupables »

Cette part la plus politique, ou « infra-politique », est celle assurément que la mise en scène fait émerger du pétrole pasolinien, c’est-à-dire non pas seulement la dénonciation du pouvoir fossile et des multinationales apparentées, mais celle de la collaboration et de la participation profonde et semi-inconsciente de nos êtres propres et de nos subjectivités à toutes et tous.

Pasolini tisse la géopolitique et le pétrofascisme de l’or noir avec l’intime, l’avilissement, la dégradation morale. Il hybride la véritable histoire politique avec l’allégorie et les figures mythiques, au travers de l’épopée dérisoire d’un jeune bourgeois italien dédoublé, jouet d’autres puissants autant que de lui-même, lancé dans l’ascension sociale dans une société minée, « forée », « drillée » littéralement, de part en part, par le pétrole, et qui se précipite derrière les sourires, exactement comme la nôtre, vers l’effondrement.

Telle est la voie visionnaire où s’engage Pasolini sans peut-être le comprendre tout à fait : sur la voie d’une fiction s’emparant enfin de « l’impensable », de « l’irreprésentable » et du « grand dérangement » climatique. Il ramène le « non-humain » au sein même du corps, c’est-à-dire le carburant fossile et son « mal-être », barbouillé de faux plaisir, jusqu’aux entrailles, jusqu’au corps devenu insensé du héros, multi et dé-genré, incestueux, phallique et femelle tout à la fois.

« Nous sommes tous en danger », dira Pasolini dans sa toute dernière interview, quelques heures avant sa mort. « Tous victimes et tous coupables », rongés et envahis dans une société de l’hypermarchandisation par les désirs insatiables « de la possession et de la destruction ». « Il existe un désir de mort qui nous lie tous comme des frères. »

De cette étrange prophétie, un demi-siècle plus tard, emportés sans force vers l’abîme climatique par les énergies fossiles, nous pouvons mesurer la profondeur. De l’autre côté de l’Atlantique, à la même date, Donald Trump a alors 29 ans. Il entame le chemin à tous points de vue improbable, sauf pour Pasolini, par l’outrance et le virilisme devenus politiques, qui le conduira vers l’une des plus fantastiques et morbides [ ascensions sociales] de l’histoire humaine. La personnification de l’obscénité fossile.

The Conversation

Frédéric Caille ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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17.03.2026 à 16:06

Generative AI in business schools: friend or foe?

Constantin Ciachir, Associate Professor of Human Resource Management & Organizațional Behaviour, EM Lyon Business School

How can business schools best navigate the AI era? Does GenAI in higher education constitute a level playing field where educational inequality and diverse learning needs are concerned?
Texte intégral (1953 mots)

Since tools like ChatGPT burst into higher education, debate has focused on two extremes: either students are all committing underhanded academic fraud and plagiarism or Artificial Intelligence will magically revolutionise learning.

The latest research project I co-authored with Anna Holland, and carried out among recent Management graduates in the United Kingdom, suggests something more complicated and surprisingly more human.

Generative AI tools such as ChatGPT are increasingly used in business and management education for tasks like analysing cases, brainstorming ideas, and drafting reports, improving efficiency and personalised learning but also raising concerns about academic integrity and assessment design. AI literacy and ethical use of algorithmic tools are becoming essential managerial skills.

In a qualitative study focusing specifically on business students, we explored how they actually used ChatGPT in their final year and how they felt about it. To capture these experiences, we conducted 15 in-depth semi-structured interviews and thematically analysed them, focusing on how students used ChatGPT in their studies and how they perceived its impact on their academic work and their peers’ behaviour.

How much of a ‘no brainer’ is ChatGPT for research and assignments?

The students we interviewed described three overlapping concerns, which together help explain both their enthusiasm and their unease:

  • Immediacy: the practicality of a 24/7 study buddy

Students were open about the fact that ChatGPT had become part of their ordinary study toolkit, along with search engines and lecture recordings, but faster and more conversational in comparison. They used widely adopted large language model-driven technology to summarise articles, generate examples, explain complex theories in simpler language and help plan assignments. Several described it as a way to “get unstuck” when staring at a blank page.

What mattered most was not just usefulness but speed and emotional reassurance. Unlike professors’ office hours or e-mail, AI is instantly available and without judgement.

Some interviewees said they used ChatGPT to check whether they had understood a concept correctly before writing it up in their own words, or for suggestions on how to structure an essay.

For many, the new technology felt like having a private tutor who never sleeps. But whose convenience also raised deeper questions. If AI can always “rescue” you at the last minute, are you really learning, or just producing?

  • Equity: who gets the ‘good’ AI?

The students who took part in our study didn’t simply worry about whether AI was allowed. They also worried about who could access the most powerful tools. Those who paid for smarter, premium versions felt they were getting more accurate, more detailed support than peers sticking to free tools.

Some students saw this as just another form of educational inequality. Others were uneasy that success on assessments might increasingly depend on whether you could pay for better algorithms, but also whether they have the necessary skills to prompt the system for optimal results. Just because students are young, it does not automatically make them digitally native.

At the same time, several interviewees argued that AI could make higher education fairer. Students with dyslexia, ADHD or other conditions described using ChatGPT to help with planning, time management or turning rough notes into clearer sentences.

International students said it helped them write in more polished academic English. For them, AI felt less like “cheating” and more like “levelling up” – a reasonable adjustment or language support.

This tension, between AI as a leveller and AI as a new source of advantage, makes equity central to how students experience these tools.

  • Integrity: drawing the line in a grey area

All the students we spoke to knew that “copy-pasting from ChatGPT” into an assignment would be considered as cheating. But they also described a wide grey area where university rules felt vague or inconsistent.

Was it acceptable to ask ChatGPT for feedback on a draft paragraph? To suggest alternative headings? To generate a list of arguments they then follow up on themselves by accessing the original sources of information provided by ChatGPT? Different courses, and even different lecturers, gave different answers, leaving students unsure about what counts as legitimate assistance versus academic misconduct.

This uncertainty made some students anxious about being accused of misconduct even when they believed they were acting honestly.

Group work added another layer of risk: several participants feared that one team member might lean heavily on AI, triggering plagiarism-detection software or an investigation that could affect the whole group.

Is the ‘AI bias’ off-putting for graduate employers?

Beyond university rules, students worried about how employers would view their qualifications. A recurring theme was fear that future recruiters might dismiss recent graduates’ work as “AI-generated”, devaluing the years of effort they had invested. Even those who used ChatGPT sparingly felt that their cohort might be seen as “AI-made”, regardless of individual behaviour. This is an interesting finding in our study as not much empirical work has been done on this aspect. There is currently little to no evidence that employers broadly distrust university degrees because of GenAI.

The evidence we have to date suggests that hiring managers are increasingly sceptical of graduates’ application written work, but simultaneously seek graduates with AI skills.

The blurred relationship between student work and their ability may affect how credentials signal competence.

Employers have already increasingly turned to skills verification rather than credentials alone.

What universities should do next

Our findings suggest that universities need to move beyond simple messages about banning or embracing generative AI. Students are already integrating these tools into their everyday study. The question is whether institutions will help them do so transparently, equitably, and with academic integrity.

  • Firstly, rules about AI use need to be clearer and more consistent. Rather than broad warnings about “misuse of ChatGPT”, students need concrete, discipline-specific examples of what is allowed, and why. This includes acknowledging that some uses (for accessibility or language support, for instance) may be legitimate and even desirable.

  • Secondly, assessment design should focus more on process as well as product. Students could be asked to explain how they used AI in an assignment, reflect on its limitations and show the steps they took to verify information. This makes AI use visible and accountable, rather than something to hide by clearly stating where it was used in a piece of work, as students would for citing references in a footnote, for instance.

  • Thirdly, universities should consider equity explicitly. If some students can buy access to far more powerful tools than others, that has implications on fairness.

Institutions could respond by providing standardised AI tools, and teaching all students how to use them critically, or by redesigning assessments so that success depends less on access to premium systems.

In its latest Digital Education outlook report, Exploring Effective Uses of Generative AI in Education, the OECD urges education stakeholders to encourage “inclusive, trustworthy and meaningful uses of GenAI in education” in alignment with educational objectives.

Listening to students’ concerns about GenAI

The students in our study were not reckless rule-breakers or naive digital natives. They were thoughtful about the benefits and risks of AI, and keen to protect the value of their degrees.

If universities ignore this perspective, they risk sending out the message: “Integrity is only about catching cheats,” rather than about building trust. If, instead, they engage with students’ real experiences of immediacy, equity, and integrity, generative AI could become an opportunity to rethink what meaningful learning and fair assessment in higher education look like in the age of AI, rather than a threat that quietly undermines them.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Constantin Ciachir ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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16.03.2026 à 18:22

Comment lutter contre ces aliments ultratransformés poussés par des intérêts commerciaux, et non par les choix des consommateurs

Phillip Baker, ARC Future Fellow and Sydney Horizon Fellow, School of Public Health, University of Sydney, University of Sydney

Camila Corvalan, Full Professor of the Public Nutrition Unit of the Institute of Nutrition and Food Technology, Universidad de Chile

Carlos Monteiro, Professor at the Department of Nutrition of the School of Public Health, Universidade de São Paulo (USP)

Gyorgy Scrinis, Associate Professor of Food Politics and Policy, The University of Melbourne

Priscila Machado, NHMRC Emerging Leadership Fellow, Institute for Physical Activity and Nutrition, Deakin University

Sans réponse mondiale coordonnée, les aliments ultratransformés vont occuper une place croissante dans notre alimentation, et nuire à notre santé ainsi qu’à l’économie.
Texte intégral (2778 mots)
Nuggets, boissons gazeuses, chips, barres de céréales… les aliments ultratransformés sont fabriqués à partir d’ingrédients souvent modifiés par des procédés industriels, auxquels sont ajoutés additifs, colorants et autres émulsifiants. Tanya Barrow/Unsplash

Si les pouvoirs publics ne prennent pas les mesures qui s’imposent et en l’absence de réponse coordonnée au niveau mondial, les aliments ultratransformés vont occuper une place croissante dans notre alimentation et nuire à notre santé, mais aussi à l’économie. Cette mise en garde s’appuie sur trois articles scientifiques publiés dans The Lancet, une revue médicale de premier plan.


Les aliments ultratransformés sont en train de remplacer les aliments et repas traditionnels à l’échelle mondiale, en dégradant la qualité du régime alimentaire et en contribuant à l’augmentation des maladies chroniques liées à l’alimentation.

Et même si l’ensemble des dépenses publicitaires des principales entreprises qui commercialisent des aliments ultratransformés dépassent largement le budget total de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les gouvernements, les communautés et les professionnels de la santé peuvent faire beaucoup.

C’est ce que conclut la série de trois articles phares consacrée aux aliments ultratransformés que nous avons récemment publiés dans la revue The Lancet.

Ces produits sont fabriqués à partir d’ingrédients industriels et d’additifs alimentaires, qui contiennent généralement peu ou pas d’ingrédients intacts. On pourrait citer pour exemple les boissons gazeuses, les chips et de nombreuses céréales pour le petit-déjeuner.

Dans la classification Nova (présentées dans le schéma ci-dessous), les aliments et boissons sont répértoriés dans quatre groupes en fonction de leur degré de transformation :

  • Groupe 1 : Aliments non transformés ou transformés minimalement.
  • Groupe 2 : Ingrédients culinaires transformés.
  • Groupe 3 : Aliments transformés.
  • Groupe 4 : Aliments ultratransformés.

De notre point de vue, le problème ne réside pas dans un manque de volonté de la part des individus, mais tient avant tout à des considérations commerciales – il est le résultat d’une industrie puissante.

Ce que démontrent les données disponibles

Le premier article résume les données disponibles et montre que les aliments ultratransformés se répandent à l’échelle mondiale. La part des produits ultratransformés dans l’alimentation n’a cessé d’augmenter au fil des décennies dans les pays du monde entier.

Aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada, leur part dans l’alimentation est à des niveaux élevés depuis des décennies (environ 50 % de l’apport énergétique quotidien). Les aliments ultratransformés constituent l’essentiel du régime alimentaire national. Il en va de même en Australie.

Deuxièmement, cette étude montre que les régimes riches en aliments ultratransformés favorisent la suralimentation et sont pauvres sur le plan nutritionnel : ils contiennent davantage de sucres, de graisses saturées et ont une densité énergétique plus élevée. En revanche, ils sont plus pauvres en fibres, en vitamines et minéraux essentiels, et contiennent moins d’aliments complets.

Troisièmement, cet article résume les risques que ces aliments ultratransformés font courir pour la santé. Nous avons mené une revue systématique de la littérature scientifique qui a inclus 104 études faites sur le long terme. Cette revue systématique a révélé que 92 de ces études faisaient état d’un risque accru de contracter une ou plusieurs maladies chroniques. Les méta-analyses de ces études ont confirmé des associations avec l’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie (l’excès de cholestérol, ndlr), les maladies cardiovasculaires, la maladie rénale chronique, la maladie de Crohn, la dépression et la mortalité prématurée toutes causes confondues.

Il est essentiel de comprendre qu’il ne s’agit pas simplement d’une question d’« excès de sucre, de sel et de graisses ». Des essais cliniques ainsi que des études scientifiques montrent que quand les adultes suivent un régime alimentaire riche en aliments ultratransformés, ils consomment environ 500 à 800 calories supplémentaires par jour, prennent du poids ainsi que de la masse graisseuse, et mangent plus rapidement, par rapport à un régime non ultratransformé contenant les mêmes proportions de macronutriments. Cela s’explique probablement par la densité énergétique plus élevée, le goût appétissant et la texture moelleuse de ces aliments, qui favorisent la surconsommation.

De toute évidence, des recherches supplémentaires sont nécessaires. Cependant, les données disponibles sont désormais suffisamment solides pour justifier une réponse mondiale en matière de santé publique.

Les options sur le plan politique

Notre deuxième article présente les options politiques qui s’offrent aux gouvernements désireux de s’attaquer à ce problème. Quatre d’entre elles se distinguent particulièrement :

1. Modifier les produits : la reformulation – qui consiste à remplacer le sucre par des édulcorants ou les matières grasses par des additifs qui confèrent une texture similaire à celle des matières grasses – ne résout pas le problème. Les gouvernements pourraient plutôt fixer des limites pour une sélection d’additifs et utiliser des « marqueurs d’aliments ultratransformés » comme les colorants, les arômes et les édulcorants non sucrés (ainsi que les teneurs élevées en sucre, en graisses et en sel) pour identifier les produits ultratransformés à réglementer.

2. Améliorer l’environnement des produits alimentaires. Parmi les mesures fondées sur des données probantes, on peut citer :

  • L’adoption d’étiquettes d’avertissement obligatoires sur le devant des emballages, qui se révèlent efficaces pour informer les consommateurs et réduire les achats.

  • La protection des enfants de moins de 18 ans – en particulier sur les plateformes numériques – contre la publicité pour les aliments ultratransformés et le fait d’étendre ces protections au-delà des « heures réservées aux enfants ».

  • Des taxes sur les boissons sucrées (à 20 % minimum) ainsi que certains aliments ultratransformés ; et d’utiliser ces recettes financières pour subventionner les fruits, les légumes et les plats préparés sur place destinés aux ménages à faibles revenus.

  • La suppression des aliments ultratransformés des écoles, des hôpitaux et d’autres établissements publics, le fait de limiter la part des aliments ultratransformés dans les rayons des supermarchés et de réduire leur mise à disposition à proximité des écoles.

3. Limiter le pouvoir des entreprises : les gouvernements pourraient prendre davantage de mesures pour réglementer les gammes de produits des entreprises, ainsi que pour surveiller et limiter la part des ventes d’aliments ultratransformés ; il convient aussi de renforcer la politique de concurrence et d’envisager des réformes fiscales qui viseraient à limiter le pouvoir excessif de ce marché.

4. Réformer les subventions comme les chaînes d’approvisionnement : les gouvernements pourraient réorienter les subventions à l’agriculture afin de réduire le soutien accordé aux ingrédients issus de la monoculture utilisés dans les aliments ultratransformés (comme le maïs, le soja et le sucre), et d’aligner les politiques environnementales – concernant des questions telles que la réduction des plastiques ou l’utilisation de l’eau – sur les objectifs nutritionnels.

Le succès passera par des solutions sur mesure et coordonnées : il n’y a pas de recette miracle.

Lutter contre l’industrie des aliments ultratransformés

Notre troisième article s’interroge sur les raisons pour lesquelles les aliments ultratransformés envahissent l’alimentation humaine et sur la manière de mettre en place une réponse mondiale en matière de santé publique.

La réponse est la suivante : il faut s’attaquer au pouvoir des entreprises et à leur recherche de profit. Les aliments ultratransformés constituent le modèle économique le plus rentable du secteur alimentaire. Les plus grandes multinationales sont à la tête de réseaux mondiaux d’approvisionnement, de commercialisation et de lobbying qui élargissent les marchés, influencent la science ainsi que le débat public, et font obstacle à la réglementation.

Les fabricants d’aliments ultratransformés peuvent utiliser leurs bénéfices pour consacrer des sommes bien plus importantes au marketing, construire des usines, étendre la distribution de ces produits à l’échelle mondiale et financer des groupes de pression.

Par exemple, en 2024, les grandes entreprises agroalimentaires ont dépensé bien plus en publicité que l’ensemble du budget de fonctionnement de l’Organisation mondiale de la santé.

Les entreprises et les groupes qui y sont affiliés suivent le même scénario que les industries du tabac et des combustibles fossiles : du lobbying, du contentieux, de l’autorégulation et de la recherche scientifique qu’elles financent pour retarder la mise en place de mesures politiques.

Notre article plaide pour une réponse mondiale en matière de santé publique :

  • remettre en cause le modèle économique des aliments ultratransformés, en taxant leur production, en rendant obligatoire le recyclage des plastiques par les entreprises et en réorientant les ressources vers le soutien aux producteurs d’aliments sains et aux familles

  • protéger l’élaboration des politiques et la science contre toute ingérence, grâce à des mesures de prévention des conflits d’intérêts et à des règles d’engagement claires pour le secteur privé. Nous devons cesser de nous en remettre à l’autorégulation du secteur privé et recourir aux politiques publiques et à la législation.

  • former des coalitions pour mener des actions de plaidoyer auprès des décideurs politiques et favoriser les changements politiques, qu’il s’agisse de soutiens juridiques ou de communications stratégiques

Des sucettes disposées sur une étagère dans un magasin
Nos articles montrent que les aliments ultratransformés sont en train de supplanter les aliments et les repas traditionnels à l’échelle mondiale. Alan Pope/Unsplash

Nos études montrent que, sans mesures politiques ni réponse mondiale coordonnée, la part des aliments ultratransformés dans l’alimentation humaine continuera d’augmenter, au détriment de la santé, des économies, de la culture et de la planète. Il est temps d’agir.

The Conversation

Phillip Baker a reçu des financements de l'Australian Research Council, de Bloomberg Philanthropies et de l’Unicef pour des projets de recherche portant sur les aliments ultratransformés.

Camila Corvalan a a bénéficié de financements pour ses recherches de la part de l'Agence nationale chilienne de recherche (ANID), de Bloomberg Philanthropies et du Centre de recherches canadien pour le développement international (CRDI). Elle fait partie du groupe stratégique de la Communauté de pratique sur la nutrition et la santé en Amérique latine et dans les Caraïbes (COLANSA), du Next Generation Leadership Collective et de l'Alianza Global para la Alimentación Saludable de Niñas, Niños y Adolescentes en Amérique latine. Elle est membre du groupe de travail sur les politiques et la prévention de la Fédération mondiale de l'obésité et du groupe de travail sur les aliments ultratransformés de l'Union internationale des sciences de la nutrition (IUNS). Elle occupe actuellement le poste de présidente de la Société latino-américaine de nutrition.

Gyorgy Scrinis a reçu des financements de Bloomberg Philanthropies destinée à financer les travaux de recherche menés dans le cadre de la série publiée dans « The Lancet ».

Priscila Machado a reçu des financements accordés par le Conseil national de la santé et de la recherche médicale (NHMRC), la Fondation australienne pour le cœur, la Fondation de recherche de São Paulo et le réseau thaïlandais Sweet Enough Network/ThaiHealth pour des projets de recherche portant sur les aliments ultratransformés.

Carlos Monteiro ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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16.03.2026 à 17:53

Déterminer la forme de la Terre : une aventure scientifique et politique entre la France et le Royaume-Uni

Étienne Ghys, Mathématicien, directeur de recherche émérite CNRS, ENS de Lyon; Académie des sciences

Quelle est la forme exacte de la Terre ? Est-elle aplatie ou plutôt allongée aux pôles ? La question a agité les milieux scientifiques anglais et français pendant plusieurs siècles.
Texte intégral (2112 mots)
Charles-Marie de La Condamine, « Mesure des trois premiers degrés du méridien dans l’hémisphère austral », illustration tirée des _Observations de Messieurs de l’Académie royale des sciences, envoyés par le roi sous l’équateur_, Paris, Imprimerie royale, 1751. Archives de l’Académie des sciences, RES 126, Fourni par l'auteur

Quelle est la forme exacte de la Terre ? Est-elle aplatie ou plutôt allongée aux pôles ? La question a agité les milieux scientifiques des deux côtés de la Manche pendant plusieurs siècles. Pour tout savoir de cette controverse scientifique, l’Académie des sciences et la Royal Society de Londres présentent, du 1er avril au 20 juin 2026, l’exposition « La figure de la Terre. Un débat franco-anglais (XVIIᵉ-XXIᵉ siècle) », dans les locaux de la bibliothèque Mazarine, au cœur de l’Institut de France, à Paris.


On pourrait croire la question définitivement réglée : la Terre est ronde. Et pourtant, des enquêtes récentes indiquent qu’environ 8 % de nos concitoyens ne sont pas pleinement convaincus qu’elle le soit. Ce chiffre ne traduit pas seulement une méconnaissance. Selon moi, il révèle surtout une défiance. Ce n’est pas tant la rotondité de la Terre qui est contestée que l’autorité de ceux qui l’affirment. Le doute vise les « sachants », les institutions, les discours officiels. Face à ce phénomène, l’ironie ou l’indignation ne suffisent pas. Il faut peut-être s’interroger sur la manière dont nous racontons l’histoire des sciences, sur ce que nous transmettons, et sur ce que nous omettons.

On a longtemps enseigné que le Moyen Âge aurait cru la Terre plate et que la science moderne aurait progressivement dissipé cette erreur. Ce récit commode est historiquement faux. Depuis l’Antiquité grecque, les savants savent que la Terre est sphérique. Lors des éclipses de Lune, l’ombre projetée par la Terre est toujours circulaire (elle aurait une forme d’ellipse si la Terre était un disque plat) ; les étoiles visibles changent lorsqu’on voyage vers le nord ; au IIIᵉ siècle avant notre ère, Ératosthène mesurait déjà le périmètre terrestre avec une précision remarquable. La rotondité de la Terre n’est pas une conquête récente : elle appartient au patrimoine intellectuel de l’humanité depuis plus de deux millénaires.

Mais ce savoir était longtemps celui des lettrés. Les paysans, les artisans, les marins ordinaires, ceux qui ne lisaient ni Aristote ni les traités d’astronomie, n’avaient sans doute pas de représentation précise de la forme globale du monde. Leur univers était celui de l’horizon familier, du champ, du village, du port. La Terre était vécue, non pensée à l’échelle planétaire. Il ne s’agissait pas d’erreur, mais souvent d’indifférence : la question ne se posait pas. La science progresse d’abord dans des cercles restreints avant de devenir culture commune. Cette distance historique entre savoir savant et imaginaire ordinaire est peut-être l’une des clés de la fragilité contemporaine du consensus scientifique.

La triangulation, une affaire de patience

Au XVIIᵉ siècle, la question change de nature. On ne se contente plus de savoir que la Terre est ronde : on veut désormais la mesurer précisément. En France, sous l’impulsion de la dynastie des Cassini, l’Académie des sciences entreprend de déterminer la longueur d’un degré de latitude. La latitude se mesure par l’angle que fait l’étoile Polaire avec l’horizon : lorsqu’on se déplace vers le nord, cet angle augmente. Il suffit donc, en principe, de mesurer la distance parcourue pour une variation d’un degré afin d’estimer la dimension du globe.

La méthode employée est un chef-d’œuvre de rigueur : la triangulation. On mesure avec un soin extrême la longueur d’un segment sur le terrain puis, depuis des points élevés – collines, tours, clochers –, on observe les angles formés avec d’autres repères visibles à des dizaines de kilomètres. De triangle en triangle, on reconstitue ainsi de vastes distances. C’est une science de patience, d’équipes, d’instruments perfectionnés et d’erreurs soigneusement évaluées. La Terre devient un objet mesurable, arpenté, calculé.

Pierre Bouguer. La figure de la Terre. Déterminée par les Observations de Messieurs Bouguer & de La Condamine, de l’Académie royale des sciences, envoyés par ordre du roi au Pérou, pour observer aux environs de l’équateur. Paris : Jombert, 1749. Académie des sciences, CC BY

Au même moment, en Angleterre, Isaac Newton publie les Principia. Il y expose la théorie de la gravitation universelle et s’interroge sur la forme précise du globe. Si la Terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures, la force centrifuge doit légèrement l’aplatir aux pôles et la faire gonfler à l’équateur. À partir d’une observation apparemment modeste, la différence de période d’un pendule entre l’équateur et Cambridge, Newton réalise une expérience de pensée extraordinaire et estime l’ampleur de cet aplatissement. Pour la première fois, une théorie physique prétend prédire la forme même de la planète.

La rivalité entre la France et l’Angleterre devient scientifique

Les premières mesures françaises semblent pourtant indiquer l’inverse : la Terre serait allongée aux pôles. La controverse s’installe. Derrière le débat scientifique se profile une rivalité ancienne entre la France et l’Angleterre, nations proches, concurrentes et pourtant intimement liées par l’histoire. Pour trancher, l’Académie des sciences décide d’envoyer deux expéditions : l’une en Laponie, près du cercle polaire, l’autre à l’équateur. Il faut mesurer à nouveau, comparer, calculer. Les conditions sont extrêmes, les instruments fragiles, les incertitudes nombreuses. Mais le verdict tombe : la Terre est bien légèrement aplatie aux pôles. Les savants français, par leurs propres observations, confirment la prédiction newtonienne.

Cette victoire de la théorie newtonienne n’efface en rien l’héroïsme scientifique des expéditions. Voltaire, qui fut l’un des plus ardents défenseurs de Newton en France, en a donné une formule restée célèbre, s’adressant à Maupertuis :

« Vous avez trouvé dans les glaces, au milieu des ennuis, ce que Newton trouva sans sortir de chez lui. »

En quelques vers, il résume admirablement la tension féconde entre le travail de terrain, long et éprouvant, et la puissance de l’abstraction théorique. L’un ne va pas sans l’autre : sans hypothèse, pas d’expédition ; sans mesure, pas de confirmation. La science avance ainsi : en acceptant que les faits corrigent les hypothèses, même lorsque cela contredit des traditions prestigieuses.

À la fin du XVIIIᵉ siècle, la Révolution française engage une nouvelle étape. Il s’agit de créer un système de mesures universel, affranchi des usages locaux. Le mètre sera défini comme la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre. La Terre devient l’étalon commun de l’humanité. De nouvelles campagnes de mesure sont entreprises pour fixer cette unité. La géodésie (l’étude de la forme de la Terre) rejoint alors des enjeux politiques et économiques : maîtriser la longitude en mer, c’est maîtriser les routes commerciales et la puissance navale. La mesure du globe participe désormais à l’histoire des empires.

Une aventure qui ne s’arrête pas

L’histoire ne s’achève pas avec l’ellipsoïde newtonien. La Terre réelle n’est ni parfaitement sphérique ni exactement régulière. Les masses internes, les reliefs, les océans introduisent des irrégularités que l’on regroupe sous le nom de « géoïde ». Au XIXᵉ siècle, des mathématiciens, comme Henri Poincaré, s’interrogent sur la stabilité des corps en rotation et développent des concepts qui éclairent aussi la compréhension des formes planétaires. Aujourd’hui, grâce aux satellites et à l’altimétrie spatiale, la surface moyenne des océans est connue avec une précision centimétrique. Du bâton d’Ératosthène aux instruments orbitaux, c’est une même quête intellectuelle et technique qui se poursuit.

C’est cette aventure, scientifique autant que politique, que retrace l’exposition organisée conjointement par la Royal Society et l’Académie des sciences. Présentée d’abord à Londres, elle est aujourd’hui accueillie à Paris, à la bibliothèque Mazarine de l’Institut de France. Manuscrits, cartes, instruments, carnets de terrain, correspondances témoignent de ces débats, de ces voyages et de ces calculs. On y voit comment des savants parfois rivaux ont appris au fil du temps à confronter leurs théories au réel, à mesurer leurs erreurs, à dialoguer au-delà des frontières.

À l’heure où certains doutent encore de la rotondité de la Terre, il n’est pas inutile de revenir à cette histoire longue et complexe. Elle rappelle que la science n’est ni un dogme ni une vérité révélée, mais une construction patiente, collective, souvent conflictuelle, toujours ouverte à la révision. Comprendre comment nous avons mesuré la Terre, c’est comprendre comment se fabrique la connaissance. Et c’est peut-être aussi une manière, aujourd’hui, de reconstruire la confiance dans le savoir.

The Conversation

Étienne Ghys ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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