31.03.2026 à 17:07
Ludovic Slimak, Archéologue et chercheur au CNRS, Auteurs historiques The Conversation France; Université de Toulouse
Un article récent paru dans Science a été largement lu comme s’il révélait une préférence des hommes néandertaliens pour les femmes sapiens. Cette lecture, séduisante pour nos imaginaires contemporains, nous maintient dans une zone de confort où l’altérité se laisse encore penser dans les termes du désir et de l’attirance. Mais dès que l’on restitue les chromosomes à l’épaisseur des sociétés, en croisant génétique, archéologie et anthropologie culturelle, une autre image se dessine, plus dérangeante, qui touche à quelque chose de plus nu dans l’humain : des groupes structurés par des règles de circulation, des réciprocités inégales, des frontières, des alliances et peut-être des violences dont nous commençons à peine à mesurer la profondeur.
À lire les titres de presse, l’affaire semble entendue. El País annonce que les hommes néandertaliens « choisissaient » les femmes sapiens. Science évoque une « partner preference ». National Geographic imagine déjà les « Roméos de la préhistoire ». The Telegraph laisse entendre que les Néandertaliens « avaient des vues sur » les femmes sapiens.
En quelques heures, une analyse statistique est devenue un récit de désirs. La « vie sexuelle » de nos ancêtres était enfin à portée de clics. Le glissement n’a rien d’anodin. Il transforme une asymétrie de transmission génétique en récit d’affects, en attirances et en romances passées. On fabrique une scène où le Roméo néandertalien remporte le cœur de la Juliette sapiens. Le discours sur nos origines devient roman-photo.
Or, l’étude parue dans Science ne raconte rien de tel. Les auteurs interrogent un motif bien connu. Chez les humains modernes non africains, les traces d’ADN néandertalien ne sont pas réparties uniformément et sont plus fréquentes dans les chromosomes non sexuels que sur le chromosome X, qui en est fortement appauvri.
Pour expliquer ce contraste, les auteurs confrontent plusieurs hypothèses, sélection naturelle, biais démographiques liés au sexe ou préférence de partenaire. Leur conclusion reste prudente : une préférence de partenaire est un mécanisme parcimonieux possible, mais elle n’exclut ni des biais démographiques ni des scénarios plus complexes.
L’étude ne montre donc ni une attirance observée ni une préférence vécue. Elle propose quelque chose de beaucoup plus étroit : dans l’espace de modèles qu’elle teste, certains scénarios rendent plus plausible une asymétrie de type mâles néandertaliens/femelles sapiens. Dans un tel schéma, l’ADN néandertalien peut se transmettre largement dans les chromosomes ordinaires, tandis que le chromosome X néandertalien circule plus difficilement, puisqu’un père ne le transmet qu’à ses filles. Ce n’est pas rien. Mais ce n’est pas non plus l’observation directe d’une attirance entre populations, et montrer qu’un modèle statistique peut produire un motif génétique n’est pas prouver que ce modèle est historiquement vrai.
Dès que l’on passe des données génétiques à leurs implications historiques et sociales, les lectures deviennent fragiles. Les chromosomes ne transmettent pas la mémoire fidèle de la vie sociale de nos ancêtres. Le fait que l’ADN néandertalien soit rare sur le chromosome X ne permet pas, en soi, de reconstituer les organisations sociales du Paléolithique ni les préférences sexuelles de ces populations.
Lorsque deux groupes proches se croisent, les chromosomes sexuels ne se comportent pas comme les autres. Ils sont souvent plus sensibles aux incompatibilités et à la sélection naturelle. Prenons le cas d’un père néandertalien et d’une mère sapiens. Leur enfant reçoit bien de l’ADN néandertalien dans beaucoup de ses chromosomes. Mais le chromosome X du père ne passe pas aux garçons, seulement aux filles. Il circule donc moins facilement d’une génération à l’autre. De plus, dans les hybridations entre groupes proches, les mâles sont souvent les plus fragiles biologiquement, avec davantage de problèmes de survie ou de fertilité. C’est pourquoi les chromosomes sexuels, et en particulier le chromosome X, peuvent perdre plus vite l’ADN venu de l’autre groupe. Un appauvrissement du chromosome X en ADN néandertalien peut ainsi relever d’un phénomène biologique classique, et non du souvenir d’un choix amoureux.
Le signal observé aujourd’hui peut donc avoir plusieurs causes. Les auteurs eux-mêmes ne présentent pas la « préférence de partenaire » comme une preuve directe, mais comme l’explication la plus parcimonieuse dans leur modèle statistique. Ils précisent qu’elle n’exclut ni des biais démographiques liés au sexe, ni des scénarios plus complexes où sélection naturelle, migrations différenciées et asymétries sexuées auraient agi ensemble.
La génétique détecte des transmissions. Elle ne reconstitue pas une société. Elle ne dit ni si ces unions relevaient d’alliances, de captures, d’échanges asymétriques, de violence ou de choix, ni qui décidait, ni sous quelles contraintes circulaient femmes et hommes entre les groupes. Entre un patron chromosomique et une scène de vie, il manque encore tout un monde, celui des constructions sociales, des règles de résidence, des hiérarchies, des conflits et des asymétries entre collectifs.
Les gènes, malgré tout leur pouvoir, ne parlent pas des amours passés. Ils parlent seulement de ce qui a survécu.
C’est ici que l’archéologie et l’anthropologie culturelle redeviennent décisives, car les gènes ne suffisent pas à reconstituer la scène sociale des rencontres entre Néandertal et Sapiens. Il faut alors quitter le seul article de Science pour revenir à d’autres données et tenter malgré tout d’accéder, indirectement, à la structure des groupes néandertaliens. Le site d’El Sidrón, dans le nord de l’Espagne, fournit à cet égard un point d’appui particulièrement fort.
Les auteurs de l’étude y ont identifié des ossements appartenant à au moins 12 néandertaliens. Le point le plus frappant concerne les adultes. Trois mâles portent la même lignée mitochondriale, alors que trois femelles présentent chacune une lignée différente. Or, l’ADN mitochondrial ne se transmet que par les mères. Les chercheurs en ont tiré une lecture simple et lourde d’implications : les hommes seraient restés dans leur groupe, tandis que les femmes auraient davantage circulé entre groupes. En d’autres termes, El Sidrón serait compatible avec un système patrilocal.
L’idée est décisive. Toute population humaine a besoin d’échanges avec l’extérieur pour se reproduire sur la durée. Dans de très nombreuses sociétés humaines, cette circulation passe d’abord par les femmes, qui quittent plus souvent leur groupe d’origine que les hommes. Plus généralement la dispersion féminine et le maintien des mâles dans leur groupe constituent aussi un schéma prédominant chez les grands singes. Voir apparaître chez Néandertal un signal compatible avec une plus forte mobilité féminine relève donc d’une tendance comportementale profonde, que l’on retrouve des primates aux sociétés humaines, et la mobilité féminine entre groupes est ici l’explication la plus plausible du motif observé. Pour une fois, nous disposons donc d’un point d’appui concret sur l’organisation sociale néandertalienne.
Et cette tendance profonde à la dispersion féminine change beaucoup de choses car dès lors tout un monde social devient pensable : échanges de femmes entre groupes, intégrations asymétriques, circulations réciproques ou non, alliances, captures, ou formes plus dures encore de relations intergroupes. À partir de là, la question n’est plus seulement de savoir quel chromosome a survécu, mais dans quel type de société ces transmissions ont eu lieu. Et cette seule possibilité suffit déjà à déplacer la lecture du papier de Science, car l’asymétrie génétique observée pourrait alors relever d’un monde social, encore inexploré, structuré par des règles de résidence, de circulation et d’échange.
Intégrer les contraintes de l’anthropologie culturelle aux lectures biomoléculaires permet d’autres basculements. En Belgique, le site de Goyet a livré les ossements de quatre néandertaliennes et de deux immatures. Les traces de découpe y sont nettes sur cinq d’entre eux. Le profil démographique de cet assemblage apparaît trop singulier pour relever d’une mortalité ordinaire. Les signatures isotopiques suggèrent une origine géographique non locale. Les auteurs avancent l’hypothèse d’un cannibalisme lié au conflit, une prédation ciblant les femelles des groupes voisins. Si cette interprétation est juste, elle dit quelque chose de brutal. Ici les relations entre groupes néandertaliens ne relevaient pas d’un monde sentimental mais de la capture, de la mise à mort et de la consommation de l’autre.
Les données peuvent effectivement être lues ainsi, mais ce dossier oblige aussi à la prudence. Le corpus est réduit. Les fouilles sont anciennes. Les données spatiales manquent. L’identité du groupe local prédateur n’est pas directement observée. Ici encore, les traces ne parlent pas d’une seule voix.
C’est alors qu’un renversement devient possible. Si l’on quitte un instant le seul regard biomoléculaire pour revenir au social, une société patrilocale change profondément le sens des corps. Les femmes viennent d’autres groupes, mais dans des mondes où la mobilité féminine est un schéma commun, des grands singes jusqu’aux sociétés humaines, l’interprétation de ce signal devient immédiatement plus subtile.
Le constat d’un cannibalisme affectant des femmes provenant de régions voisines peut donc se lire comme la simple prédation sur des étrangères. Mais il ne peut exclure une autre lecture, celle d’un traitement interne, ritualisé, de femmes venues d’ailleurs, mais désormais pleinement intégrées au groupe. La biologie et la génétique ne peuvent nous dire si un individu né ailleurs reste un étranger ou devient un membre plein et entier de mon propre monde social.
Retournons alors à l’étude de Science. C’est ici qu’il faut être très précis sur ce qu’elle démontre réellement. Le signal d’ascendance sapiens mobilisé par les auteurs renvoie à un épisode très ancien, autour de 250 000 ans. Leur démonstration ne repose donc pas sur l’observation directe du principal métissage qui a laissé sa trace chez les humains actuels. Elle suppose que le même mécanisme génétique aurait été encore à l’œuvre 200 000 ans plus tard, au moment des ultimes contacts entre Sapiens et Néandertal.
Si l’on considère la très forte tendance à la mobilité des femelles, un paradoxe apparaît et met profondément en tension l’extrapolation proposée par l’article de Science. Si des femmes sapiens entraient réellement et régulièrement dans des groupes néandertaliens, on s’attendrait à voir persister, chez les derniers néandertaliens, un signal génétique récent d’ascendance sapiens. Or, ce n’est pas ce que montrent les données disponibles. Chez les premiers Sapiens anciens d’Eurasie, l’héritage néandertalien est constant. En revanche, les génomes néandertaliens exploités jusqu’alors ne documentent aucun apport récent sapiens au sein des dernières populations néandertaliennes. Le flux génétique reconnu au moment des contacts fonctionne donc dans une seule direction, de Néandertal vers Sapiens.
Une autre hypothèse anthropologique devient alors pensable. Dans un monde patrilocal, la circulation des femmes ne règle pas seulement la reproduction mais structure les alliances entre groupes. Si l’échange cesse d’être réciproque, c’est toute la relation qui change. La formule est rude, mais elle dit bien ce paradoxe :
« Je prends ta sœur, mais je ne te donne pas la mienne. »
Il ne s’agit pas d’en faire une description mécanique de chaque croisement, mais cette formule nomme une structure possible : celle d’un rapport inégal entre ces humanités, voire d’une dissymétrie sociale durable entre groupes néandertaliens et sapiens. C’est ce lien entre flux génétique à sens unique, patrilocalité et non-réciprocité de l’échange qui m’avait conduit, dans Néandertal nu en 2022, à relever ce paradoxe singulier : « Néandertal, Sapiens, je t’aime, moi non plus. »
Replacé dans ce cadre, le sens des signatures moléculaires bascule. L’asymétrie ne se lit plus comme la trace fossile d’une préférence, mais comme l’un des effets possibles d’un rapport structurellement inégal entre populations humaines. Ajoute-t-on à cela le fait que les chromosomes sexuels éliminent plus vite certains apports génétiques, et le tableau change encore. Ce que l’on croyait lire comme un roman du désir pourrait bien relever, plus profondément, de structures sociales asymétriques.
Projeter sur la très longue histoire de l’humanité nos récits de désir, de goût et de préférence nous permet de rester dans notre zone de confort. Mais la confrontation à l’altérité est toujours plus rude. Nos valeurs n’ont aucune universalité spontanée. Elles ne peuvent servir de socle pour penser les mondes disparus. Les rencontres entre Néandertal et Sapiens ne se laissent réduire ni à des amours passées ni à des guerres simplement transposées depuis nos imaginaires modernes. Ce que les chercheurs tentent d’approcher, ce sont des structures sociales, des formes d’échange, des frontières entre groupes, la qualité des alliances, des manières de faire monde.
Pour cela, aligner des chromosomes ou des isotopes ne suffit pas. La paléoanthropologie doit retrouver son sens plein. Elle n’est pas seulement science des os mais étude éthologique, culturelle et sociale des sociétés humaines du passé.
La difficulté n’est donc pas de choisir entre des disciplines certaines et d’autres fragiles, mais d’apprendre à faire dialoguer des champs de savoir qui travaillent tous, chacun à leur manière, sur des traces incomplètes.
La vraie leçon est peut-être là. Les chromosomes ne nous racontent pas une petite histoire d’amour entre populations. Ils ouvrent vers des questions bien plus vastes. Qui entre dans le groupe. À quelles conditions. Selon quelles règles de circulation. Sous quelle réciprocité ou non-réciprocité. Avec quelle violence, parfois. Et surtout avec quelle transformation du statut des personnes.
Le corps, sa peau, ses os, ses gènes, ses isotopes, ne nous diront jamais rien de la réalité de l’individu dans un corps social. L’humain est cette créature qui n’est pas réductible à sa matière.
Chez les humains, l’étranger ne naît que du regard qui l’exclut.
Alors oui, la question est bien une question de goût. Mais pas forcément au sens où l’ont entendu les grands médias. Ce que les journaux ont transformé en affaire de préférence sentimentale pourrait bien relever, en réalité, de quelque chose de beaucoup plus profond et, parfois, dans certaines formes de cannibalisme, de beaucoup plus littéral…
Les illustrations de cet article sont extraites de la bande dessinée Néandertal nu, de Frédéric Bihel et Ludovic Slimak, publiée chez Odile Jacob, 2026.
Ludovic Slimak ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
31.03.2026 à 15:35
Pierre Bonnet, Chercheur en Botanique et Informatique appliqué à la biodiversité, Cirad
Alexis Joly, Docteur en informatique, Inria

Identifying weeds, checking out the pollen map, or discovering new plant life-forms are among the promising wealth of data available to users of PlantNet – a “Shazam!” for plants. Pierre Bonnet and computer scientist Alexis Joly introduced us to the digitally enhanced plant recognition application they developed.
The Conversation: What can you tell us about PlantNet users?
Pierre Bonnet and Alexis Joly: An impact study carried out a few years ago identified that 12% of users used the app for work, either for research, land management, farming or teaching purposes. The large majority of users use PlantNet out of curiosity or personal interest.
Looking at who and where PlantNet users are based reflects the way technology is used in different parts of the world. In Asia, we have quite a few young users, because they are the most connected. We can also observe that the Chinese flora, which is nevertheless very rich, is poorly represented by the users of the application, and this is explained in particular by the fact that non-state or non-Chinese platforms, which are not carried by Chinese companies or partners, are much less present on this market.
Tropical parts of the world are very biodiversity-rich, is PlantNet particularly big there?
P.B. and A.J.: Brazil is in eighth place with just over 600,000 annual users. Indonesia and India are in the top 20. Currently, the bulk of PlantNet’s activity is still in Europe and North America. Several things explain this. PlantNet has already been launched in France and in Europe, and has therefore been further promoted and attracted media attention in this region of the world. Backed by user demand, the application was also initially adapted to the French and Mediterranean flora before it was gradually extended to include other European flora, then North American, and tropical.
It should also be taken into account that in tropical areas, species richness is certainly far greater, but access capacities are often more limited. The road network is less developed; 3G connectivity can be poor, particularly in forested mountain areas.
In the field, plant biodiversity can also be more complex to photograph, take for example, the many tropical plants that are epiphytic that is to say, that grow on another plant, especially at canopy level. When we talk about trees that are several tens of metres high, it immediately becomes more complex to photograph.
All this makes tropical plants and flowers considerably less known. The application covers almost 100% of European flora, compared with coverage of a few tens of percent for tropical countries. This is something that is not unique to PlantNet, and generally applies to all institutional databases, especially since covering tropical areas costs more.
But despite this, we are working with partners in Costa Rica, Guyana, Brazil, Cameroon, Madagascar and Malaysia, in particular to extend our coverage of the number of species.
In the tropics or elsewhere, what can be noted about the plants that users are looking to identify? Are the most common plants the most in demand or not necessarily?
P.B. and A.J.: There is necessarily a correlation, because very rare plants are necessarily rarely observed. But we also note that certain plants are very common, but of little interest, because they are “discreet”. These can be crop weeds, plants found by the roadside but which do not have noticeable flowers, which are pollinated by the wind with slender, greenish flowers, such as species of fescue (Festuca spp.), or bromes (Bromus spp.). They are less observed because they are actually less attractive. We can also note that tree searches are popular, whereas certain herbaceous or epiphytic plants tend to be extremely rare.
People actually often observe plants that they like, or plants that seem useful to them. Incidentally, we get a lot of requests about fruits, berries, and plums, probably because people want to know if they are edible or not.
But the goal of tracking useful plants for humans was not the main objective of the PlantNet project from the get-go. We had to adapt it, however, to meet expectations in terms of this type of use while remaining fairly moderate regarding the volume of information we provide.
At the same time, we are working more and more with people who study animal health, either in human health and who use the PlantNet service or data for their own work. Like for instance, people who worked for ToxiPlant which identifies plants that are toxic for horses. We also regularly consult doctors on different uses of PlantNet for identifying allergenic plants, especially those that cause skin allergies. We also liaise with the French regional agency for monitoring air quality ATMO Occitanie, which uses shared data on flowering plants listed through PlantNet that it integrates into its air quality estimation models indicating pollen counts.
Are there certain plants that would benefit from being photographed more?
P.B. and A.J.: Yes. There are plants that interest us, or our partners, but for which we have very little data. These include allergenic plants for respiratory allergies, such as male junipers, which release pollen when their cones open.
These cones are very discreet. Junipers are therefore photographed, but rarely with illustrations that show the development stage of the cones. Seeing as they cause allergies, some of our partners would like to collect more data on the subject. We hope to remedy this through animation features, either directly through the platform or through social media, to generate interest in collecting data on this type of plant or on rare, endangered plants or plants that have conservation issues, such as Marsilea strigosa Willd. and Arenaria provincialis Chater & P. Halliday (native to the South-eastern France).
We also have the case of certain plants that interest us for agriculture, weeds, for example, which we have barely identified at the stage of young shoots, such as ‘Imperatacylindrica_ (L.) Raeusch. or that Galium aparine L.
Your application encourages users to take several different pictures. This can be photos of flowers, leaves, fruits, bark, or of the entire plant, for example, to help them identify plants. What types of data do you have the most of?
P.B. and A.J.: Data on flowers, especially in their blooming seasons – during spring and early summer. Flowers attract interest and trigger observation. They are also the most effective visually, and have typically been used a lot by botanists in the past.
On PlantNet, after flowers, we notice a decreasing degree of performance for fruit, leaves, and then twigs and bark, which are sometimes more difficult to take pictures of, even if users are always encouraged to combine several criteria (flower and fruit, flower and leaf…) each time to maximise their chance of correctly identifying a plant.
What happens when PlantNet can’t match a photograph with an existing species?
P.B. and A.J.: Troubleshooting “no results found” is still a tricky business for all forms of AI, and PlantNet is no exception. Some species are very poorly represented, and it is very difficult to teach the model behind the app to differentiate between something that is very rare in the learning database and something that we do not have at all. We therefore seek to quantify the uncertainty, rather than decide when the model is uncertain or not. We are working with our team on creating confidence intervals. That is why, in some cases, the application will provide several species.
One thing that makes this work difficult is that new species often resemble existing species. A new species is thought to be very picturesque, but it isn’t always the case, hence the confusion.
There is also the issue of hybrid, ornamental plants. You will always come across new plant creations. We cover them, but not as well as other plants, even though we are trying to overcome this difficulty.
We also set out to simply identify more and more plants. Today PlantNet covers 85,000 species out of an estimated 400,000, with 2,000 new species being discovered each year. These discoveries are made by taxonomists worldwide and via the World Flora Online network, which brings together several dozen universities, herbaria and botanical gardens, which PlantNet joined in 2025.
Working closely with these networks will enable us to improve cases where PlantNet performs poorly, particularly when new species emerge thanks to the research carried out by the taxonomists, who actually further knowledge by dividing what was previously thought as a single species, but which represents, in fact, several of them or, conversely, by grouping together what were thought to be different species, but which turns out in reality to be only one plant.
Let’s come back to the 10% of users who used PlantNet for work. Who are they? What line of work are they in?
P.B. and A.J.: PlantNet’s data is very useful for building species distribution models predicting where a given species is commonly found. There are certainly biases in our data, depending on where people do and don’t go, but they can help us to gain a better understanding of the factors that influence these distributions, including climate change. This provides answers to questions like, “will species change habitats or stay put?” or “what is the human impact on species distribution?” Many ecologists download the PlantNet data and couple it with other data for species distribution modelling.
PlantNet data can also help in the detection of invasive species that are often notable for their size, density, visual appearance, or novelty, such as Carpobrotus edulis (L.) N.E.Br or Mirabilis jalapa L. We are working on this subject with the French Biodiversity Office, which is interested in using plant monitoring cameras to detect the presence of invasive plants, in order to contain their expansion within the areas where they are found.
We have an ongoing project that focuses on improving the classification of species that are present in farming environments and recognition of plant pathogens whether they are viruses, bacteria, fungi…
Have you discovered any unusual uses of the app that have surprised you?
P.B. and A.J.: Perhaps the most surprising was a Dutch museum which used PlantNet to identify plants featured in the paintings it had on display.
Other surprises have included people using PlantNet to identify a tattoo of a plant, or a plant-inspired pattern of an oilcloth… along with other more fun uses of the app like on the Explorama or Geo Quest apps which use our automated identification service.
PlantNet supports the diversity of possible uses, not by trying to integrate them, but rather by sharing its plant-identifying services. We have more than 20,000 accounts that have incorporated PlantNet’s service into their own mobile or web application, or in their data processing workflow.
And what other uses for PlantNet could be developed?
P.B. and A.J.: We have processed just over 1.3 billion plant ID requests. Among this data, there is a lot of material for characterising environments and species… However, the data is still difficult to use due to its sheer volume. These photos most probably contain new species and data on species that do not exist elsewhere. Photos users have posted provide potentially interesting information about the associated communities (not just in the foreground, i.e.; the plant photographed, but in the background) and about plants’ surrounding environments. While it’s not what the photo primarily sets out to do, it does offer potentially very interesting data on plant associations, that for the moment, remain untapped.
Little use has been made of our data to study the impact of current, fairly fast-moving climate change. PlantNet has, in this respect, collected extensive data over the last five to ten years that could allow us to gain greater understanding on how plants react to such swift environmental changes. From one year to the next, there may be a lot of variability, but for now, it is difficult to measure this impact.
What can PlantNet users do to help with further research going forward?
P.B. and A.J.: Creating a user profile significantly increases the benefits for research. By creating an account, people agree to terms of use and facilitate re-exploitation for research. The more qualitative the data is, the more relevant it is to research activities. Geolocation is, for example, very valuable to us. It is also beneficial for users with a potentially higher level of determination.
We encourage researchers around the world to feel free to explore the full potential of PlantNet, whether it be via our shared data or the services we offer.
Interview by Gabrielle Maréchaux, Environment Journalist at The Conversation France.
A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!
Pierre Bonnet a reçu des financementsde la commission européenne (projets HORIZON GUARDEN - 101060693 et MAMBO - 101060639) ainsi que de l'agence nationale de la recherche (PEPR AgroEcoNum - 22-PEAE-0009).
Alexis Joly a reçu des financements de la commission européenne (projets HORIZON GUARDEN et MAMBO) ainsi que de l'agence nationale de la recherche (PEPR AgroEcoNum).
31.03.2026 à 14:03
Nick Dalton, Associate Professor in the School of Computer Science, Northumbria University, Newcastle

De la démocratisation de l’ordinateur personnel à l’invention de l’écosystème des applications, Apple a souvent imposé de nouvelles manières d’utiliser la technologie. Voici quelques-unes des innovations les plus marquantes de l’entreprise depuis un demi-siècle.
Au début des années 1970, l’idée qu’une personne ordinaire puisse posséder un ordinateur semblait absurde. À l’époque, les ordinateurs ressemblaient davantage à des porte-avions ou à des centrales nucléaires qu’à des appareils domestiques : d’immenses machines installées dans des centres de données, exploitées par des équipes de spécialistes au service de gouvernements, d'universités et de grandes entreprises.
Puis vint Apple.
Fondée le 1er avril 1976 par deux « décrocheurs universitaires », les fameux « college dropouts » Steve Jobs et Steve Wozniak, la start-up de la Silicon Valley n’a pas inventé l’informatique. Mais elle a sans doute accompli quelque chose de plus important : contribuer à transformer l’informatique en technologie personnelle.
Avant Apple, les ordinateurs étaient le plus souvent vendus sous forme de kits à assembler. Jobs a compris que les gens préféraient des machines déjà montées, prêtes à fonctionner. Les tout premiers Apple I, dotés de boîtiers en bois de koa fabriqués à la main, se vendent aujourd’hui aux enchères pour plusieurs centaines de milliers de dollars.
En tant qu’utilisateur précoce d’Apple et développeur d’applications, voici ma sélection personnelle des réalisations technologiques les plus marquantes de l’entreprise – et de Steve Jobs – au cours des 50 dernières années.
Les premiers ordinateurs personnels relevaient davantage de la curiosité que de l’outil réellement utile. L’Apple II, lancé en juin 1977, introduisit quelque chose de nouveau : le style. Même sa couleur – beige ! – était originale, contrastant avec les boîtiers métalliques noirs courants à l’époque.
L’affichage en couleurs était nouveau et enthousiasmant, et le clavier offrait une sensation agréable à l’usage. Un simple haut-parleur, doté d’une sortie d’un seul bit, était ingénieusement exploité pour produire des tonalités et même des sons ressemblant à la parole. Le design était révolutionné jusqu’à l’emballage : Jerry Manock, premier designer salarié d'Apple, installa la machine dans un boîtier en plastique moulé à l’allure élégante et professionnelle.
En 1979, Steve Jobs, alors âgé de 24 ans et convaincu que le géant technologique IBM était en train de rattraper Apple, se mit en quête de la prochaine grande innovation. L’entreprise de photocopieurs Xerox, qui souhaitait obtenir des actions Apple avant même son entrée en bourse, lui proposa en échange une visite de ses laboratoires de recherche voisins. Jobs comprit alors que des chercheurs du centre de recherche de Xerox à Palo Alto, comme Alan Kay, étaient en train d’inventer la prochaine génération d’interfaces informatiques.
Au cœur de cette révolution se trouvait un dispositif mis au point au milieu des années 1960 par le mentor d'Alan Kay, Douglas Engelbart, à l’université Stanford, et surnommé « la souris ». La vision de Douglas Engelbart, qui voyait l’ordinateur comme une machine destinée à augmenter les capacités de l’esprit humain, inspira Alan Kay et ses collègues, qui conçurent des interfaces graphiques dans lesquelles les utilisateurs interagissaient avec des barres de défilement, des boutons, des menus et des fenêtres.
Steve Jobs pensait que n’importe qui devait pouvoir utiliser un ordinateur. En janvier 1984, le premier Apple Mac poussa cette idée à un niveau inédit. Fini les commandes informatiques sibyllines et les manuels qui les accompagnaient. Les premiers utilisateurs, dont je faisais partie, avaient l’impression de savoir instinctivement comment tout faire.
Mais le lancement du Mac ne se résume pas à ce saut technologique. Il inspira aussi ce qui est devenu un moment culturel désormais ancré dans nos vies : le lancement de produit. Après une publicité aguicheuse diffusée lors du Super Bowl et réalisée par Ridley Scott, Steve Jobs mit en scène dans un théâtre de 1 500 places un lancement de produit centré sur un présentateur charismatique et seul en scène. Il sortit d’un sac un petit ordinateur carré – encore beige – alors appelé Macintosh, qui se mit à parler de lui-même sous les applaudissements enthousiastes de la salle.
Au cours de sa première décennie, Apple connut une croissance exceptionnelle – mais frôla aussi la faillite à plusieurs reprises. Des difficultés qui conduisirent l’entreprise à l’un des épisodes les plus spectaculaires de son histoire lorsque, en mai 1985, Apple força Jobs à quitter la société.
Un an plus tard, alors qu’il dirige la start-up NeXT Inc, Steve Jobs rachète une division de la société de production de George Lucas, qu’il rebaptise rapidement Pixar. Son logiciel RenderMan permettait de générer des images en répartissant les calculs entre plusieurs machines travaillant simultanément.
Pixar, souvent décrit avec humour comme le « projet parallèle » de Jobs, deviendra l’un des studios d’animation les plus influents – et les plus rentables – au monde, en produisant notamment le premier long métrage entièrement animé par ordinateur, Toy Story (1995).
Après une tentative infructueuse de développer un nouveau système d’exploitation avec IBM, Apple finit par racheter la société NeXT de Steve Jobs. En septembre 1997, celui-ci revient alors comme PDG par intérim alors que l’entreprise se trouve, selon ses propres mots, à « deux mois de la faillite ». Si ce retour est salué par de nombreux utilisateurs d’Apple, il inquiète une partie des salariés. Jobs commence en effet rapidement à licencier du personnel et à fermer les produits jugés défaillants.
Au cours de cette restructuration, il visite le studio de design d’Apple et s’entend immédiatement avec un jeune designer britannique, Jony Ive. De cette rencontre naît en 1998 l’iMac translucide aux couleurs acidulées. Essentiellement des machines NeXT plus petites et moins chères, les iMac (le « i » signifiant Internet) inaugurent aussi une autre innovation d’Apple, aujourd'hui devenue une habitude : abandonner les technologies vieillissantes. Le lecteur de disquettes est supprimé au profit d’un lecteur de CD – un choix très critiqué à l’époque, mais largement imité par la suite.
Pour Apple, l’informatique n’a jamais consisté uniquement à faire de l’informatique. En 2001, l’entreprise commence à s’intéresser au traitement du son et de la vidéo, et plus seulement du texte et des images. En novembre de la même année, elle lance l’iPod – un baladeur capable de stocker « 1 000 chansons dans votre poche », contre au maximum 20 à 30 par cassette sur un Walkman de Sony.
L’iPod se pilote grâce à une élégante « click wheel » permettant de naviguer à l’écran. La musique est synchronisée via une nouvelle application appelée iTunes. Dès 2005, les utilisateurs s’en servent aussi pour gérer des fichiers audio téléchargés automatiquement depuis Internet grâce à un système appelé RSS. C’est ce qui donnera le « pod » de podcast.
En 2007, de nombreux fabricants de téléphones mobiles avaient approché Apple pour fusionner l’iPod avec leurs appareils. Steve Jobs choisit une autre voie. Le 9 janvier, il dévoile le produit le plus ambitieux jamais lancé par Apple : un appareil combinant téléphone, lecteur de musique et ordinateur Mac – le tout au format d’un simple combiné, sans clavier physique et doté d’un large écran.
La plupart des « experts » des médias, de TechCrunch au Guardian, prédisaient un échec. Steve Ballmer, alors PDG de Microsoft, se moquait du prix de 500 dollars, affirmant que personne n’achèterait un tel appareil. En réalité, 1,4 million d’iPhone furent vendus avant même la fin de l’année – et plus de 3 milliards depuis. Pour la première fois, un véritable ordinateur se retrouvait dans toutes les mains – ouvrant la voie aux réseaux sociaux tels que nous les connaissons aujourd’hui.
À la mi-2008, l’iPhone offre à tous les développeurs la possibilité de créer une multitude vertigineuse de nouvelles applications. Dans le même temps, l’App Store – lancé le 10 juillet 2008 – résout l’un des problèmes les plus complexes : la distribution et la commercialisation de ces « apps ». Historiquement, les logiciels étaient souvent copiés et diffusés librement. L’App Store change la donne en utilisant un chiffrement robuste pour garantir que la copie achetée ne puisse être utilisée que par l’utilisateur concerné, réduisant ainsi le piratage.
En lançant le premier App Store au sens moderne du terme, Apple a transformé la manière dont les utilisateurs découvrent et achètent des logiciels. Cela déclenche une explosion du nombre d’applications et impose une idée simple mais puissante : quoi que vous souhaitiez faire, quelqu’un, quelque part, a déjà créé l’application pour le faire. Apple résume cette évolution dans un slogan devenu célèbre : « There’s an app for that » (« Il y a une application pour ça »).
À maintes reprises, cette entreprise hors norme a anticipé l’intérêt d’ouvrir l’informatique au plus grand nombre. Joyeux anniversaire, Apple !
Nick Dalton ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
31.03.2026 à 13:02
Wim Vandekerckhove, Professeur en éthique des affaires, EDHEC Business School
Whether it’s the Mediator pharmaceutic scandal in France or the outcry over the Dieselgate emissions case that rocked Europe’s largest carmaker, when a scandal breaks, we often hear about one or two whistleblowers, but we are also left wondering why all those who knew said nothing as the disaster unfolded.
A recent study in corporate whistleblowing practices by Transparency International reveals that 15% of employees believe wrongdoing is taking place in their workplace. Two thirds of them say they share their concern with others. Most of the time with their direct manager.
During a team meeting they might ask whether they understood the process correctly, or they might ask a colleague whether what they are supposed to do is in line with company policy. At that point, they express a concern, but that doesn’t necessarily make them a whistleblower or at least they do not see themselves as a whistleblower.
Previous research indicates the most common response to this low level of sharing a concern is that the employee is ignored.
Being ignored is for most of us also why we don’t take a concern further. At this stage, we then tend to remain silent. Very few employees will raise their concern with higher management or through a dedicated whistleblowing channel.
According to Navex], one of Europe’s market leaders in operating internal whistleblowing systems and software within firms, on average the number of employees reporting wrongdoing through an internal whistleblowing channel sits at 1.57 in 100 employees.
Now let’s appreciate how little this is with actual figures. Imagine a company of 200 employees, according to the study by Transparency International, among 30 employees who witness wrongdoing, 19 will express some doubt.
The Navex study suggests that when ignored, only 3 will report their concern through an internal whistleblowing channel.
Summing this up, if you have 200 employees and 30 of them see wrongdoing, 27 remain silent and only 3 speak up.
Speaking up largely depends on the type of wrongdoing: we are most likely to report wrongdoing that poses a threat to someone’s health or safety, and least likely to report wrongdoing that concerns a breach in company policy. But here is the catch: before someone’s life is in danger, we have already spent much time remaining silent on the slippery slope of company policy breaches. Our silence on “lesser wrongdoings” provides behavioural training that actually encourages silence on bigger misconduct we might witness.
What seems to hold us back is a perception that speaking up is risky. In the TI study, only 17% of employees said they felt confident that reporting wrongdoing to their employer would be acted upon and they would not suffer as a result of reporting their concern. This stands in contrast to the over-confidence observed among top management: 68% of employers in the survey believed that if someone reported wrongdoing through the organization’s whistleblowing channel, it would be acted upon by the organization and the whistleblower would remain unharmed. In other words, employees remain silent because they do not trust reporting channels.
The TI study also gives insight into the barriers employees see. Fear of retaliation is the biggest barrier, with 32% of employees saying they feared losing their job if they reported a wrongdoing. The second highest barrier is also important, with 24% indicating they remained silent because they did not believe their report would make any difference.
Hence, employee silence is driven by fear and futility.
Since 2019, the EU whistleblowing directive requires that all organizations of more than 50 employees have an internal whistleblowing channel, and that they have the capacity to carry out a diligent follow up of reports that come through those channels.
Transpositions into national legislation across the European Union’s 27 Member States have been in place for a while. With enhanced protection measures and channel requirements, the aim of the EU Whistleblowing Directive was to create an environment for employees to raise their concerns safely and effectively.
The fact remains that among organizations there is a lot of room for improvement.
As part of the EDHEC Business school’s European Commission backed BRIGHT project - Building Resilience through Integrity, Good Governance, and Honesty Training, a free online Speak-Up Self Assessment tool (SUSA) was developed for integrity professionals across Europe to self-assess the speak-up culture and whistleblowing systems in their organizations.
The tool is designed to provide feedback on how firms such as France’s EDF group for example, align with the EU requirements, the ISO37002:2021 standard, and the guidelines from the International Chamber of Commerce (ICC).
SUSA data indicates that whistleblowing channels exist but are too often of poor quality. Whilst most organizations seem to hope for a quick fix, what is really needed is a continuous management effort to build and strengthen speak-up cultures.
We should not rest on our laurels in the hope that the silence of the old generation is on its way out, making way for the voice of the new generation. On the contrary, a study by Protect, the UK’s leading charity that supports and advises whistleblowers, shows that Gen Z is even more silent that the Baby Boomers.
Their recent study found that young workers (18-24 years old) are less likely to speak up than any other age group, regardless of the type of wrongdoing. The silent majority facing barriers of fear and futility seems to be growing, and that should be a cause for concern.
A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!
Wim Vandekerckhove was the coordinator for EDHEC Business School of the BRIGHT project, funded by the European Commission.
31.03.2026 à 12:16
Oliver Serrano León, Director y profesor del Máster de Psicología General Sanitaria, Universidad Europea
Le week-end dernier, nous sommes passés à l’heure d’été. Des données scientifiques montrent pourtant que le fait d’avancer l’heure peut avoir des répercussions sur le sommeil, la concentration, l’humeur et le bien-être psychologique pendant plusieurs jours. Mais, dans la plupart des cas et en l’absence de troubles liés à la santé mentale, ces désagréments sont temporaires et ne sont pas des signaux alarmants.
Ce dimanche 29 mars, une scène familière s’est répétée : le calendrier officiel a marqué le début de l’heure légale d’été. En Espagne, concrètement, l’heure est avancée d’une heure simultanément sur tout le territoire, bien que l’heure officielle diffère entre la péninsule et les Canaries, comme le prévoit le décret royal régissant le changement d’heure.
(Le changement d’heure a été instauré en France à la suite du choc pétrolier de 1973-1974. Les dates de passage à l’heure d’été puis d’hiver sont désormais harmonisées dans tous les pays membres de l’Union européenne, ndlr).
Sur le papier, cela semble être un ajustement mineur. Mais pour le cerveau, ce n’est pas toujours le cas.
Du point de vue de la psychologie, ce qui importe, ce n’est pas tant l’heure « perdue » que le décalage qui se produit entre le temps social et le temps biologique. Notre organisme fonctionne selon des rythmes circadiens, c’est-à-dire des oscillations internes qui régulent le sommeil, l’éveil, la température corporelle, l’appétit et une grande partie de la régulation émotionnelle. Quand l’heure officielle est avancée d’un coup, le corps n’accompagne pas toujours ce changement selon le même rythme. C’est la raison pour laquelle de nombreuses personnes ressentent pendant quelques jours une sensation semblable à un petit [« jet lag social »] : elles rencontrent des difficultés pour s’endormir, se lever et être performantes comme si rien ne s’était passé.
Une des erreurs les plus courantes consiste à penser que le changement se résume à dormir une heure de moins le dimanche matin. Les données disponibles indiquent que la réalité est plus complexe. Une analyse récente de 27 études conclut que le passage à l’heure d’été est associé à des effets négatifs sur la durée et la qualité du sommeil, ainsi qu’à une somnolence diurne accrue.
Cet effet semble d’ailleurs plus marqué chez les personnes dites de chronotype vespéral, c’est-à-dire celles qui ont tendance à se coucher et à se lever plus tard. Il ne s’agit pas seulement de passer une mauvaise nuit : dans certains cas, l’adaptation peut prendre plusieurs jours.
Ce léger manque de sommeil a des conséquences psychologiques perceptibles. Le plus souvent, cela ne se manifeste pas comme un problème clinique majeur, mais plutôt comme une accumulation de « microdégradations » quotidiennes : davantage de moments d’inattention, une moindre concentration, plus de lenteur dans les processus mentaux, une tolérance réduite à la frustration et de l’irritabilité.
La littérature scientifique sur le sommeil, les rythmes circadiens et la santé mentale montre que les perturbations du repos et de la synchronisation circadienne affectent non seulement notre sommeil, mais aussi notre attention, nos fonctions cognitives et notre humeur. En d’autres termes : lorsque l’horloge biologique est déréglée, une partie de nos ressources psychologiques l’est également.
Au printemps, le changement de saison a également été associé à une augmentation de la fatigue et à une baisse des performances dans les tâches qui exigent une vigilance soutenue. Ce n’est pas un hasard si dans certaines recherches, des effets ont été observés dans des contextes où une légère baisse de vigilance a des conséquences importantes.
Une étude publiée dans Current Biology a révélé que le passage à l’heure d’été était associé à une augmentation de 6 % du risque d’accidents de la route mortels aux États-Unis. Ce chiffre ne signifie pas que toutes les personnes vont moins bien conduire de manière notable. Mais cela renforce une idée fondamentale : même une perturbation apparemment modeste du sommeil peut avoir des effets réels sur l’attention et le temps de réaction.
Et le constat est le même que pour presque tous les phénomènes psychologiques : toute la population n’est pas affectée de la même manière. Les personnes qui ont l’habitude de se coucher tard, celles qui souffrent déjà d’un déficit de sommeil ou qui ont des horaires matinaux rigides ressentent généralement davantage ce décalage.
Les adolescents et adolescentes constituent également un groupe particulièrement sensible. Une étude sur le sommeil à cet âge après le passage à l’heure d’été a montré que cette adaptation peut nuire au repos et être associée à une baisse des capacités cognitives. Ces résultats ne sont pas surprenants. L’adolescence s’accompagne déjà d’une tendance biologique à repousser l’heure du coucher. Or le changement d’heure va exactement dans le sens contraire.
Le changement d’heure peut-il également affecter l’humeur ? Oui, mais il convient de faire preuve de prudence. Il serait exagéré d’affirmer que le fait d’avancer l’horaire d’une heure « provoque » à lui seul des troubles psychologiques. Les données sont plus nuancées. Une étude bien connue menée au Danemark a par exemple observé une augmentation de 11 % des épisodes dépressifs unipolaires à l’automne après le changement d’heure, mais pas celui qui a lieu au printemps, (c’est-à-dire après le passage à l’heure d’été, ndlr). Plus récemment, une étude démographique menée en Angleterre n’a trouvé que peu de preuves d’un effet aigu du passage à l’heure d’été sur les événements liés à la santé mentale enregistrés dans les services de santé.
Une interprétation raisonnable amène à ne pas être alarmiste : pour la plupart des gens, le changement d’heure ne posera pas de problème clinique, mais il peut temporairement affecter l’humeur, le niveau d’énergie et la régulation émotionnelle, surtout si une vulnérabilité préexistante était déjà présente.
Cette prudence s’accorde bien à ce que l’on sait sur le lien entre rythmes biologiques et santé mentale. Des études récentes indiquent que, chez les personnes souffrant de troubles de l’humeur, les perturbations de la phase circadienne peuvent précéder les symptômes liés à des troubles de l’humeur. Cela ne signifie pas que le changement d’heure soit la seule cause, mais cela aide à comprendre pourquoi un ajustement apparemment insignifiant peut être plus perceptible chez certaines personnes que chez d’autres.
La meilleure façon d’aborder le changement d’heure réside dans le fait de ne pas en faire tout un drame, sans pour autant l’ignorer. Les recherches sur l’adaptation circadienne rappellent que la lumière du matin est l’un des signaux les plus puissants pour avancer l’horloge biologique et que la lumière du soir a tendance à la retarder.
C’est pourquoi il est utile de s’exposer à la lumière naturelle le matin, d’éviter toute stimulation lumineuse intense le soir et de veiller tout particulièrement à bien se reposer les jours précédents et suivants le changement d’heure. Il peut également être utile d’avancer progressivement l’heure du coucher de 15 à 20 minutes les jours précédents, plutôt que d’attendre que le corps se réadapte tout seul d’un jour à l’autre.
In fine, le changement d’heure sert de rappel, certes gênant mais utile : l’esprit ne fonctionne pas indépendamment du sommeil, de la lumière ou des rythmes biologiques. Une heure peut sembler insignifiante, mais lorsque ces soixante minutes se traduisent par un sommeil de moins bonne qualité, davantage de fatigue, une baisse de la concentration et une irritabilité accrue, cela dépasse le simple réglage de l’horloge et devient également une question de bien-être psychologique.
Oliver Serrano León ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
30.03.2026 à 16:42
Noémie Combe, Enseignante-chercheuse en mathématiques fondamentales à l'ESILV, Pôle Léonard de Vinci

Mille ans avant l’Europe, les Mayas résolvaient déjà des équations complexes. Armés du seul regard et d’une patience infinie, ils scrutaient le ciel et prédisaient avec précision les éclipses et les trajectoires des planètes.
Embarquons pour un voyage dans des temps reculés. Nous sommes sur les territoires des actuels Mexique, Guatemala, Bélize, Honduras et Salvador. C’est dans ce cadre luxuriant que les Mayas ont bâti un héritage extraordinaire : une astronomie stupéfiante, des mathématiques avancées, une architecture audacieuse et une écriture hiéroglyphique riche.
Ainsi, les cités mayas étaient orientées vers les astres. À Chichén Itzá (actuellement au Mexique), lors des équinoxes, les ombres sur la pyramide El Castillo semblent animer la progression du dieu serpent Kukulkan le long des marches – un phénomène comparable s’observe à El Tajín.
Les « codex », leurs traités astronomiques, sont un des rares témoignages survivants de ces savoirs. Le plus célèbre est le codex de Dresde. Son mystère est double : l’énigme de ses symboles – glyphes serrés, colonnes de chiffres, divinités codifiées – et celle de son destin.
Comment ce manuscrit du Yucatán a-t-il traversé l’Atlantique pour échouer dans une bibliothèque de Saxe ? La théorie dominante veut que l’Espagnol Hernán Cortés (1485-1547) l’ait envoyé en Europe après la conquête du Mexique, parmi les objets précieux offerts à la cour madrilène. Le manuscrit aurait circulé en Europe avant d’aboutir à Vienne, où, en 1739, le directeur de la bibliothèque royale de Dresde Johann Christian Götze le racheta à un propriétaire le jugeant « incompréhensible et sans valeur », ignorant qu’il tenait l’un des documents astronomiques les plus sophistiqués jamais produits. Götze le rapporta à Dresde, où il est toujours conservé aujourd’hui.
Pour déchiffrer les symboles du codex, un détour s’impose. Les Mayas comptaient en base 20 : un point valait une unité, une barre cinq unités, et un coquillage représentait le zéro – concept que l’Europe n’adoptera qu’au XIᵉ siècle.
Sur la page du codex de Dresde concernent Mars et ses cycles se trouve une suite de nombres : 78, 156, 234, 312, 390, 780. Chaque terme est un multiple de 78. On observe par ailleurs que cette suite est presque une suite arithmétique (une suite telle que la différence entre deux termes consécutifs doit être égale à une constante), mais le dernier terme déroge : il vaut 10 × 78 (au lieu de 6 × 78).
Le 78 correspond à un dixième de la « période synodique » de Mars, c’est-à-dire le temps pour retrouver la même position dans le ciel, vue depuis la Terre, soit 780 jours. Les Mayas l’avaient calculée avec une précision remarquable : 780 jours contre 779,94 jours aujourd’hui. Les cinq premiers termes balisent les étapes intermédiaires, et le dernier marque le cycle complet.
Le zodiaque maya comptait 13 constellations le long de l’écliptique, et Mars met 260 jours (13 × 20) pour le parcourir. Trois traversées complètes du zodiaque maya correspondent exactement à 780 jours. Cette durée de 260 jours correspond aussi au Tzolk’in, le calendrier rituel maya, ce qui permet d’aligner parfaitement le rythme de Mars et le calendrier. Ainsi, la suite de nombres sur le codex formait une table de navigation céleste.
Une autre page du codex présente une nouvelle suite de nombres : 9 360, 9 537, 9 714, 9 891, 10 039. Jusqu’à 9 891, chaque valeur augmente de 177 jours (9 183 + 177 = 9 360, 9 360 + 177 = 9 537, 9 537 + 177 = 9 714, 9 714 + 177 = 9 891). Mais ici encore, le dernier terme rompt le schéma : 10 039 = 9 891 + 148, révélant un second cycle.
Ceci n’est pas une erreur : si la période synodique de la Lune est de 29,5 jours environ, toutes les pleines lunes ne donnent pas lieu à une éclipse. L’intervalle entre deux éclipses consécutives correspond à 5 ou 6 lunaisons (soit 148 ou 177 jours).
En effet, l’orbite de la Lune est inclinée d’environ 5° : les éclipses ne se produisent qu’au voisinage d’un nœud orbital. Le Soleil y passe tous les 173,31 jours (la saison d’éclipses), et il s’écoule nécessairement 5 ou 6 lunaisons entières entre deux éclipses.
Les Mayas avaient calculé la période synodique de la Lune à 29,53 jours, à quelques secondes de la mesure moderne. Certains multiples coïncidaient avec les saisons d’éclipses, leur permettant de les anticiper.
La sophistication mathématique des Mayas transparaît jusque dans leur quotidien. Ils pratiquaient instinctivement ce que l’on appelle aujourd’hui l’arithmétique modulaire. Le principe en est simple : plutôt que de considérer la valeur d’un nombre, l’arithmétique modulaire s’intéresse uniquement au reste qu’il laisse après division par un nombre de référence – le modulo (ici, modulo 20). Les Mayas, sans jamais employer ce vocabulaire, appliquaient précisément cette logique, et ce, bien avant que le mathématicien allemand Carl Friedrich Gauss (1777-1855) n’en pose les bases formelles au tournant du XIXᵉ siècle. Aujourd’hui, on trouve un écho de ce genre de mathématiques dans des domaines aussi contemporains que la cryptographie et la sécurité informatique.
En langage moderne, ces calculs s’interprètent comme des opérations dans l’anneau ℤ/20ℤ. Cette notion d’anneau est l’une des pierres angulaires des mathématiques contemporaines, au cœur de l’algèbre abstraite de la fin du XIXᵉ siècle. Parmi ses fondateurs figure le mathématicien Richard Dedekind (1831–1916).
Les pages du codex recèlent encore bien des zones d’ombre et de mystère. Qui sait quels secrets dorment encore dans les colonnes de glyphes du codex, attendant d’être dévoilés ?
Noémie Combe ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.