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16.07.2026 à 17:13

Manosphère : anatomie d’une galaxie antiféministe en pleine évolution

Marie Serisier, Doctorante en humanités numériques et études de genre, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Le masculinisme, cette idéologie réactionnaire antiféministe en plein essor, se décline en ligne à travers la manosphère. Décryptage de ses différents courants.
Texte intégral (2143 mots)

Fin juin, un rapport du Sénat alertait sur une offensive masculiniste en France, deux jours après un attentat à caractère sexiste à Montréal. Le masculinisme, mouvement réactionnaire antiféministe, est en constante évolution et prend de nouveaux visages, qui s’incarnent en ligne dans les différents courants de ce qu’on appelle la « néo-manosphère ». Tour d’horizon.


Des élues issues de différents bords politiques publiaient le 23 juin un rapport sénatorial dressant un état des lieux de « l’offensive » masculiniste en France, qualifiée de risque réel pour notre démocratie et notre cohésion sociale. La veille, une fusillade, dont l’auteur a laissé un manifeste masculiniste, faisait trois morts à Montréal, tandis que le tristement célèbre influenceur Andrew Tate fait l’objet de plaintes pour viols et traite d’êtres humains.


À lire aussi : Propulsé par les médias sociaux, le masculinisme sort de l’ombre et trouve un écho dans la sphère publique


Si la recherche académique travaille depuis plus de vingt ans à cerner ce phénomène, les cinq dernières années marquent un tournant dans sa reconnaissance médiatique et institutionnelle en France. Nous proposons de dresser, à partir de nos recherches doctorales sur les stratégies d’influence masculinistes en ligne, un panorama de cette nébuleuse sexiste en ligne, la « manosphère », aujourd’hui qualifiée de « néo-manosphère » du fait de ses mutations constantes.

Les célibataires involontaires ou incels : une menace terroriste accrue

La communauté « incel » (involuntary celibates en anglais), est sans doute celle qui a fait le plus parler d’elle ces dernières années. Ces « célibataires involontaires » imputent leur absence d’expérience romantique et sexuelle aux femmes, qui ne voudraient pas d’eux, mais aussi aux hommes jugés plus séduisants, qui s’approprieraient ces dernières. Ces hommes plus séduisants sont parfois surnommés « Chad », archétype de la réussite et de la beauté, à la fois modèle et figure repoussoir.

Se considérant généralement laids et/ou inadaptés socialement, les incels s’estiment disqualifiés du marché sexuel par le « lookism », une forme de discrimination sociale favorisant les personnes jugées belles (et surtout blanches).

Ce déterminisme est illustré dans l’image de la pilule noire ( « black pill »). La pilule noire est la version fataliste de la pilule rouge, allégorie tirée du film de 1999 The Matrix. L’ingestion de la pilule rouge symbolise la prise de conscience des rapports de domination réels qui structurent la société, en l’occurrence, l’idée que ce sont en réalité les femmes qui détiennent véritablement le pouvoir. La « pilule noire » véhicule l’idée que l’ascension dans la hiérarchie du marché sexuel est illusoire, tout comme l’espoir d’échapper à la discrimination que subiraient les hommes perçus comme inférieurs (socialement ou physiquement), ces situations étant considérées comme définitives et immuables.

Les incels font aujourd’hui l’objet d’une surveillance accrue des services antiterroristes dans plusieurs pays, dont la France, en raison des nombreux attentats perpétrés dans l’espace public (principalement en Amérique du Nord).

La tuerie d’Isla Vista commise en 2014 par Elliot Rodgers en Californie, est une référence majeure de ces violences. L’auteur a ainsi bénéficié d’un grand soutien au sein de la communauté et a fait l’objet de représentations hagiographiques à la suite de l’attentat. La France n’est pas exempte de ce phénomène : il y a tout juste un an, le 1er juillet 2025, un jeune homme était arrêté à Saint-Etienne, près de son lycée, avec l’intention de commettre des crimes à caractère sexiste.

Au-delà des passages à l’acte violents, les incels cherchent aussi à contourner ce qu’ils perçoivent comme des disgrâces physiques.


À lire aussi : Le looksmaxxing est plus qu’un culte de l’apparence : il fait écho aux discours masculinistes


C’est de cette logique qu’est né le « looksmaxxing », un ensemble de pratiques visant à optimiser son apparence physique pour la rendre plus virile et popularisées par des influenceurs comme Clavicular, qui peuvent aller jusqu’à des méthodes aussi radicales que se frapper la mâchoire au marteau pour en modifier la forme.

Les Pick-up Artists, dragueurs de rue

Ces techniques sont également prisées des communautés de la séduction (« Pick-Up Artists » – littéralement artistes de la drague), dont l’objectif initial est d’échanger des stratégies pour séduire les femmes. Deux aspects structurent cette approche : d’une part une discipline personnelle (musculation intensive, méditation, lecture d’ouvrages consacrés), d’autre part la mise en application de savoirs collectifs issus de pratiques de séduction de rue, ou « game », des techniques reposant souvent sur le dénigrement des femmes.

De par cet ancrage de drague en rue, les PUA forment une communauté hybride, à cheval entre espaces numériques et rencontres physiques. En ligne on retrouve des forums dédiés comme Chateau Heartiste pour la sphère anglophone ou encore la communauté des Philogynes en France, dont le créateur monétise ses supposées connaissances de la psychologie féminine.

MGTOW (Men Going Their Own Way) : un séparatisme antisystème

Considérer les corps féminins comme des biens à acquérir est également constitutif de la pensée MGTOW (Men Going Their Own Way – « les hommes qui suivent leur propre chemin ») pour qui les avancées législatives en faveur de l’égalité femmes-hommes constitueraient une menace existentielle. Selon eux, s’engager dans une relation romantique ou sexuelle avec une femme revient à s’exposer à des risques majeurs : accusations de viol, perte de la garde des enfants, frais de divorce, partage des ressources.

Ainsi les MGTOW s’auto-définissent comme un mouvement séparatiste, déclarant vouloir « suivre leur propre voie » en renonçant aux relations avec les femmes envers lesquelles ils affichent une hostilité assumée.

Droits des hommes, droits des pères : l’héritage détourné du féminisme de la deuxième vague

Les mouvements des droits des hommes et des droits des pères trouvent leurs racines dans la deuxième vague féministe étatsunienne, où les militants du Men’s Liberation Front dénonçaient le carcan patriarcal pesant sur les femmes comme les hommes, dans un contexte marqué par l’envoi de deux millions d’hommes au Vietnam.

Ce soutien initial cède la place à un discours purement victimaire, structuré autour de l’idée fondatrice de la manosphère d’une « crise de la masculinité ». Un discours qui prétend que les hommes souffrent à cause des femmes en général et surtout des féministes, permettant de renverser les rapports de domination et de rendre les hommes victimes de l’émancipation des femmes. C’est ainsi que naît le mouvement Men’s Rights Activism (MRA), et sa branche dédiée aux questions de divorce et de garde d’enfants, les Father’s Rights. Ces pères divorcés se considèrent comme les perdants d’un système judiciaire qui favoriserait les mères en leur accordant systématiquement la garde des enfants.

Les MRA ne se limitent pas à la sphère numérique : ils s’appuient aussi sur un réseau local en Amérique du Nord et en Europe, via des associations de défense des droits des pères comme la puissante Fathers4Justice.

Les « Traditional Conservative », la frange dévote de la néo-manosphère

Les traditionalistes conservateurs (TradCon), très ancrés en Amérique du Nord, axent leur argumentaire sur les valeurs familiales traditionnelles et religieuses. Contrairement à d’autres courants de la néo-manosphère, cette idéologie n’est pas portée uniquement par des hommes mais s’illustre aussi chez certaines femmes comme en témoigne la figure de la « tradwife » : épouse et mère soumise à son mari, femme au foyer menant une vie pieuse, qui embrasse la sphère domestique et l’éducation des enfants, dans une perspective essentialiste, c’est-à-dire qui attribue des traits de caractère en fonction du sexe biologique.

Ce discours de retour aux valeurs traditionnelles et d’assignation stricte des rôles de genre s’accompagne d’un soutien marqué aux politiques d’extrême droite et à Donald Trump. Parmi elles, on trouve des influenceuses comme Estee Williams ou Hannah Neeleman. En France, le phénomène s’incarne différemment via des figures de la droite identitaire comme celles d’Alice Cordier, fondatrice du collectif d’extrême droite Némésis, ou Thaïs d’Escufon.

Si la recherche s’attache depuis plusieurs décennies à comprendre et à cerner le phénomène masculiniste, celui-ci n’a cessé d’évoluer et de se transformer. Le masculinisme n’est plus un phénomène circonscrit : il participe pleinement à l’émergence d’un discours réactionnaire global, à la croisée de plusieurs formes de haine, qui trouve aujourd’hui des relais politiques de plus en plus audibles chez des politiques en France comme à l’international.

The Conversation

Marie Serisier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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16.07.2026 à 17:11

Peut-on réussir en politique sans charisme ? Quelques pistes de réflexion tirées de la situation outre-Manche

Alma-Pierre Bonnet, Senior Lecturer in British Studies, Université Jean Moulin Lyon 3

Keir Starmer manque-t-il vraiment de charisme ? À partir d’une analyse de ses discours, la recherche montre que cette qualité relève moins d’un don inné que de techniques rhétoriques et scéniques qui peuvent s’apprendre.
Texte intégral (2037 mots)

En dépit de réussites factuelles (sur le temps d’attente dans les hôpitaux, la hausse du salaire minimum et la baisse de l’immigration), la perception générale des deux années que Keir Starmer a passées au poste de premier ministre est généralement mitigée. S’il est vrai qu’il a plusieurs fois changé de positions, c’est avant tout un manque de connexion émotionnelle avec ses concitoyens qui lui est reproché. La politique se réduit-elle donc à une question de charisme ? Si oui, peut-on le renforcer ou est-ce un don ? La littérature apporte une réponse intéressante.


Notre « obsession » pour les leaders politiques charismatiques semble renforcée par la montée des populismes, avec des dirigeants qui développent l’image d’hommes ou femmes fort(es), tout en mettant l’accent sur l’émotion plutôt que sur la raison. La création d’une connexion émotionnelle se trouve précisément au cœur de l’autorité charismatique que Max Weber (1864-1920) définit comme un don « du corps et de l’esprit » qui, par définition, « n’est pas accessible à tout le monde ».

Cette conception traditionnelle du charisme peut toutefois être remise en cause. Le sociologue britannique Max Atkinson (1944-2024) a identifié certaines techniques rhétoriques qui encouragent la réaction du public et permettent à l’orateur de faire preuve de charisme. Dans une veine similaire, grâce à leur analyse des interactions orateur/public, John Antonakis et ses collègues de l’université de Lausanne ont identifié 12 tactiques de leadership charismatique (Charismatic Leadership Tactics, CLT) qui peuvent être mesurées — et donc enseignées.

Nous avons combiné ces 12 tactiques en 3 domaines que nous avons ensuite appliqués à la rhétorique de Starmer pour vérifier si son manque de charisme supposé résiste à l’épreuve de l’analyse scientifique. Notre corpus est composé de ses discours annuels au congrès du parti travailliste de 2020 (année où il accède au poste de chef de cette formation) à 2025.Nos 3 domaines analytiques sont les suivants : les métaphores conceptuelles, qui influencent la façon dont on perçoit et comprend la réalité (on a par exemple l’habitude de se représenter la politique comme un conflit, d’où les expressions « bataille culturelle » ou « campagne électorale ») ; le storytelling, qui est le fait d’utiliser le récit pour véhiculer des messages et qui constitue un élément essentiel de la communication politique ; et le body language qui comprend la gestuelle, les expressions faciales et l’intonation.

Métaphores : Starmer comme constructeur et guide

La majorité des métaphores utilisées par Starmer reposent sur deux domaines principaux : la construction et le chemin. Dans ses premiers discours, il explique comment les Conservateurs ont sapé l’économie et fragilisé les fondations de la nation britannique. C’est pourquoi son programme de « changement » entend « reconstruire » le pays sur des bases solides :

« Les Conservateurs ont arraché les fondations, brisé les fenêtres et, pour faire bonne mesure, ils ont fait sauter les portes. » (2022)

« Les gens se tournent vers nous parce qu’ils veulent construire un nouveau Royaume-Uni. Et nous sommes les bâtisseurs. » (2023)

Starmer cherche à apparaître comme un bâtisseur qui a identifié les failles du système et s’attelle à les corriger. Cette notion de vision est renforcée par des métaphores évoquant un cheminement. Ces métaphores suivent le schéma « source-parcours-objectif » qui permet aux responsables politiques de se présenter comme des guides vers un avenir meilleur :

« Ne vous y trompez pas : je suis pleinement conscient de l’ampleur de la tâche et de la gravité de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Nous avons une montagne à gravir. Mais nous la gravirons. » (2020)

Storytelling : retour aux sources

Le storytelling, quant à lui, permet de renforcer cette image de guide. En effet, Starmer met l’accent sur ses origines modestes (son père était ouvrier et sa mère infirmière) et sur sa volonté de reconnecter son parti à la classe ouvrière.

D’un point de vue quantitatif, la majorité des anecdotes ont été mobilisées durant la période de reconstruction du parti (dans le corpus, de 2020 à 2023). Cette tendance peut s’expliquer par la nécessité, pour Starmer, d’asseoir sa légitimité en tant que représentant de la classe ouvrière et d’accroître sa notoriété auprès du grand public. Cela se voit aussi en termes de contenu.

Dans l’opposition (donc jusqu’à son accession au poste de premier ministre en juillet 2024), il parle avant tout de l’influence de ses parents (« Mum and Dad ») et s’inspire du récit du fils prodigue qui retourne à l’essence même du travaillisme.

Une fois au pouvoir, il évoque les difficultés d’apprentissage de son frère et se pose comme gardien de ce dernier. La religiosité du storytelling de Starmer lui permet de mettre en avant les valeurs symboliques au cœur des tactiques du leadership charismatique : la conviction morale, l’exigence envers soi-même et envers les autres, ainsi que la confiance dans le pouvoir de la solidarité pour surmonter les épreuves. Jusqu’ici, tout va bien.

Body language : une leçon d’échec ?

Atkinson souligne que les variations d’intonation jouent un rôle essentiel dans la prestation orale, dans la mesure où elles permettent aux orateurs de transmettre différentes émotions (passion, conviction et enthousiasme), renforçant ainsi l’intérêt et l’attention du public.

Or, le ton adopté par Starmer est le plus souvent lent et monotone, ce qui confère à ses interventions un caractère très scripté et peu spontané. Cette impression est particulièrement marquée lorsqu’il recourt à des procédés rhétoriques tels que les énumérations ou les structures contrastives (qui attirent naturellement les applaudissements), avant de marquer une pause dans l’attente d’applaudissements. Il en résulte un décalage manifeste entre le contenu du discours et la façon dont il est « performé » : la déclamation terne de Starmer ne parvient pas à donner toute sa force au récit héroïque d’un dirigeant altruiste investi de la mission de transformer le pays.

Pis, la figure de « l’adulte dans la pièce » qu’il cherche à incarner par opposition à des Conservateurs décrits comme des intrigants dénués de vision à long terme se trouve fragilisée par une attitude d’une extrême prudence, susceptible d’être interprétée comme un manque d’assurance plutôt qu’un signe de maîtrise.

Cette retenue se retrouve également dans son langage corporel. Son débit uniforme s’accompagne de très peu d’expressions faciales, tandis que sa posture apparaît souvent rigide. Il reste fréquemment agrippé au pupitre, ce qui peut être perçu comme un signe de malaise, voire de manque de confiance. S’y ajoute une présentation très (trop) formelle : sa tenue vestimentaire, ses choix lexicaux et sa diction particulièrement soignée confèrent un caractère quelque peu artificiel à ses références constantes à la classe ouvrière et rendent ses anecdotes sur « papa et maman » moins naturelles.

De même, la répétition de certaines plaisanteries d’ouverture — par exemple, en 2023 : « Bon, avant de commencer — je sais ce que vous pensez : s’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît — plus de blagues sur Arsenal » — accentuent l’impression d’une prestation très calibrée, voire mécanique, plutôt que véritablement spontanée.

Le retour du Roi ?

Dans l’ensemble, l’analyse des prestations de Starmer met en évidence un engagement émotionnel relativement limité envers son auditoire, ainsi qu’un recours restreint aux interactions directes. Cette distance, perceptible tant dans la voix que dans le langage corporel, contraste avec le récit personnel qu’il cherche à construire — récit qui, dans l’absolu, pourrait plaire à une large partie de la société britannique qui se sent laissée pour compte par le pouvoir central. Ce décalage affaiblit la cohésion entre le contenu du discours et sa performance scénique, renforçant ainsi l’impression d’un ethos — et charisme — faible.

Par opposition, la prestation électrique récente de son successeur potentiel, Andy Burnham, dans un discours très attendu sur sa vision politique, montre à quel point la performance influence la perception du grand public. L’ironie, c’est que Burnham utilise les mêmes métaphores que Starmer et parle aussi de l’influence bénéfique de son parcours personnel, mais il le fait en tenue plus décontractée (ce qu’il appelle ses « Manchester clothes ») tout en alliant humour, passion et conviction pour proposer sa vision du « Manchesterisme » et établir un dialogue direct avec son audience. À titre d’exemple, ses premiers mots sont ponctués d’échanges avec le public : « Quel accueil ! Bonjour à tous » (public : « Bonjour ! », rires) « Êtes-vous prêts ? » (public : « oui ! » rires et applaudissements).

Naturellement, le plus grand naturel de Burnham et sa plus grande facilité à camper un homme proche du peuple ne signifient pas qu’il parviendra à se maintenir plus longtemps au pouvoir que Starmer ; mais dans un contexte où les deux grands partis historiques sont plus que bousculés par Reform UK, le parti populiste de droite radicale de Nigel Farage, qui caracole en tête dans les sondages et forge son discours précisément sur la dénonciation d’une classe politique traditionnelle « coupée du peuple », cet élément est tout sauf anecdotique…

The Conversation

Alma-Pierre Bonnet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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16.07.2026 à 17:10

Quand votre chien s’habille en Prada… Les marques de luxe surfent sur votre affect pour vous vendre leurs produits

Norchene Ben Dahmane Mouelhi, Marketing, ESCE International Business School

Frédéric Aubrun, Enseignant-chercheur en Marketing digital & Communication au BBA INSEEC - École de Commerce Européenne, INSEEC Grande École

Yousra Hallem, Enseignant-chercheur, INSEEC Grande École

Les animaux de compagnie deviennent des membres à part entière des familles. Les marques surfent sur cette tendance avec des produits alimentaires, des vêtements ou même des objets connectés.
Texte intégral (1732 mots)

En France en 2025, on dénombrait 79 millions d’animaux de compagnie, selon la Fédération des fabricants d’aliments pour animaux domestiques ; 61 % des Français et des Françaises en possèdent. Ces animaux deviennent des membres à part entière des familles. Les marques surfent sur cette tendance en s’adressant aux « parents d’animaux » plutôt qu’à des consommateurs. Si bien que, aujourd’hui, des objets connectés pour mesurer la fréquence cardiaque de son chien sortent sur le marché juteux du pet business.


Prada propose sur son site officiel un imperméable à capuche à 700 euros, un harnais à 820 euros et un sac de transport à 3 400 euros. Ces objets ne sont pas destinés à des humains, mais à leurs chiens.

Ce glissement n’est pas une anecdote du secteur du luxe déconnectée du réel. Il dit quelque chose de bien plus profond sur la façon dont les marques, tous secteurs confondus, ont progressivement transformé l’animal de compagnie en objet de désir.

En effet, derrière les 6,8 milliards d’euros qu’estimait déjà le cabinet Xerfi pour le marché français des animaux de compagnie se dessine un autre marché en pleine expansion. Celui d’un marché affectif où aimer son animal est devenu pour les marques une opportunité sans précédent.

Business des animaux de compagnie

Depuis 1976, le nombre total d’animaux de compagnie en France a été multiplié par 2,5 pour atteindre 79 millions en 2025 et 61 % des Français déclarent aujourd’hui posséder au moins un animal de compagnie. Ces chiffres disent quelque chose d’une société qui a profondément reconfiguré sa relation au vivant, et avec elle, ses habitudes de consommation.

À l’échelle européenne, la seule alimentation animale génère déjà 29,2 milliards d’euros de ventes annuelles selon European Pet Food, l’association professionnelle du secteur. Ce chiffre ne couvre ni les soins ni le toilettage ni les assurances ni les innombrables services qui ont fleuri autour de ce que l’on appelle désormais le pet business.

Ce secteur innovant ne vend plus seulement de la nourriture ou des soins, mais construit autour de l’animal une relation marchande où s’entremêlent identité, style de vie et attachement affectif.

L’animal devient membre de la famille

Ce basculement économique ne s’explique pas sans comprendre la transformation culturelle qui le sous-tend. Depuis une vingtaine d’années, des chercheurs en sciences humaines et sociales étudient le pet parenting. Cette forme de parentalité transposée à l’animal de compagnie se manifeste par un investissement émotionnel, temporel et financier comparable à celui que l’on consacre à un enfant. Certains pays comme l'Espagne vont même leur accorder un statut juridique propre avec des lois.


À lire aussi : Chiens, chats et santé mentale : à quel point les Français sont-ils attachés à leurs animaux de compagnie ?


Selon une enquête Opinionway réalisée pour le compte de la marque d’aliments pour animaux Ultima et de la SPA auprès de 1 128 pet parents, 91 % des propriétaires considèrent leur animal comme un membre à part entière de leur famille.

Depuis 2015, l’animal est d’ailleurs reconnu par le Code civil français comme un « être vivant doué de sensibilité », une évolution juridique qui souligne la recomposition des liens affectifs contemporains. Ils assistent même à des grands évènements sportifs comme c'était le cas en mai 2026 au Groupama stadium. En effet, plusieurs chiens ont assisté à la victoire de l’OL Lyonnes contre le FC Nantes.

Mouvement de dépublicitarisation

Ce que les marques ont compris avant tout le monde, c’est que ce glissement ouvrait un territoire symbolique inédit. Le slogan de Santévet, assurance consacrée aux animaux, résume à lui seul cette logique : « Votre animal fait partie de votre famille, assurez-le ! » Il ne s’agit plus de vendre un service, mais de valider une identité.

Ce type de discours illustre parfaitement ce que nous avons désigné ailleurs comme un mouvement de « dépublicitarisation ». La marque masque son intention promotionnelle derrière un registre affectif et familial, s’adressant à des « parents » plutôt qu’à des consommateurs.

Dépenser pour son animal devient une façon de se définir comme bon parent, comme propriétaire responsable et aimant. C’est ce que le chercheur Jean-Noël Kapferer appelait déjà la valeur intangible de la marque, désormais indexée non plus sur le produit, mais sur le lien affectif lui-même.

C’est dans cette brèche que le secteur du luxe s’est engouffré. Si l’animal est un enfant, alors il mérite ce qu’il y a de mieux. La marque Prada lui consacre désormais une collection entière, où l’imperméable à capuche côtoie le sac de transport à 3 400 euros, quand Louis Vuitton et Gucci déclinent leurs codes iconiques en colliers et accessoires pour chiens. L’animal de compagnie est devenu pour ces maisons un territoire d’expression de marque à part entière.

La « pet tech » prend le pouls de vos animaux

Le pet business ne s’arrête pas au manteau de luxe ou au slogan affectif. Il bascule aujourd’hui vers un nouveau paradigme : celui de la pet tech, où l’animal de compagnie devient un être connecté dont la santé, les déplacements et les battements de cœur sont désormais capturés, analysés et transmis en temps réel.

L’exemple le plus emblématique de cette mutation est celui d’Invoxia et de son collier connecté Minitailz, récompensé au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas (Nevada) en 2024 dans la catégorie Intelligence artificielle. Ce dispositif surveille en temps réel le rythme cardiaque et respiratoire de l’animal, détecte les anomalies cardiaques, géolocalise ses déplacements et génère des rapports personnalisés grâce à l’IA.

L’animal de compagnie devient, pour la première fois, un émetteur de données biométriques dont l’analyse appartient à la marque autant qu’au propriétaire. Prochainement, Invoxia voudrait perfectionner la litière connectée (un véritable outil de diagnostic à domicile de certaines pathologies félines) avec le rachat de la société Caremitou.

Ce que révèlent nos travaux sur les nouveaux espaces d’influence, c’est que les marques tendent à s’imposer comme médiatrices éthiques précisément là où la régulation ne couvre pas encore. La pet tech s’inscrit dans cette même dynamique en se positionnant comme garante de la santé animale ; la marque endosse un rôle de prescripteur médical. Le collier connecté ne se vend pas comme un gadget mais comme un acte de responsabilité parentale. C’est précisément ici que la dépublicitarisation se joue puisque l’intention commerciale s’efface totalement derrière la promesse du soin.

Et si on pouvait parler avec nos animaux de compagnie ?

Des start-up se lancent le défi de permettre de communiquer avec nos animaux de compagnie et de comprendre leurs langages comme le son des baleines. On parle même de « bots conversationnels interactifs » pour converser avec les animaux en temps réel. BeroAI se lance le défi de vous proposer un système décryptant le comportement et les émotions de l’animal et vous alertant quand votre animal de compagnie ressent du stress.

Qui tient vraiment la laisse ?

Le Parlement européen a fini par se saisir du sujet en adoptant le 28 avril 2026 la première réglementation fixant des normes de protection pour les chiens et les chats issus d’élevages. Ce texte protège l’animal de la maltraitance physique, mais ne dit rien des données biométriques que les colliers connectés collectent chaque jour sur nos compagnons à quatre pattes.

Qui possède les battements de cœur de Médor ? En voulant mieux connaître nos animaux, nous avons peut-être, surtout, appris à mieux nous connaître nous-mêmes sous le regard attentif des marques qui ont eu, elles, depuis le début, beaucoup de flair.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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16.07.2026 à 17:09

Du zinc à Instagram : la révolution des coffee shops

Nathalie Louisgrand, Enseignante-chercheuse, GEM

Le début du XXIᵉ siècle a vu apparaître, en France, les premiers coffee shops à l’anglo-saxonne. Depuis, le paysage s’est diversifié, et le café devient le symbole d’un certain mode de vie.
Texte intégral (1840 mots)
Le « latte art », pratique emblématique des coffee shops. CC BY

En 15 ans, le nombre de « coffee shops » à l’anglo-saxonne a explosé sur le territoire français. Des lieux qui réinventent les habitudes de consommation et racontent un art de vivre branché, mais commencent à trouver leurs limites.


Longtemps dominé par le bistrot de quartier, le paysage du café en France s’est métamorphosé avec l’essor des coffee shops. En 2025, le pays en comptait 3500, soit une progression de 74 % en 15 ans, selon le Collectif Café.

Majoritairement implantés à Paris et dans les grandes villes, ils se répartissent entre réseaux d’enseignes (comme Columbus café ou Starbucks) qui représentent près d’un tiers du marché et une multitude d’indépendants. Le secteur pèse aujourd’hui près de 750 millions d’euros, stimulé par une consommation de café très ancrée dans l’hexagone. Près de 80 % des Français en boivent régulièrement (Xerfi, novembre 2025).

Mais des écarts économiques subsistent, car là où un indépendant génère environ 100 000 euros de chiffre d’affaires, une enseigne peut atteindre 840 000 euros (Xerfi, novembre 2025). Autre spécificité française : l’attachement à la consommation sur place limite la vente à emporter à 35 % de l’activité contre 70 % dans les pays anglo-saxons). Alors que le nombre de « zincs », ces cafés traditionnels, a chuté de 40 % en 20 ans à Paris, ces établissements ont trouvé leur place aux côtés des bistrots classiques en dépit de leurs prix élevés – un café “latte” peut y coûter 6€ – et reflètent de nouvelles tendances de consommation. Reste à comprendre la recette de leur succès.

Le café, des origines aux vagues successives

Les origines du café remontent aux hauts plateaux d’Éthiopie, avant de se développer en Arabie via le port de Mocha. Au milieu du XVIe siècle, l’Empire ottoman voit apparaître les « gahveh khaneh », des maisons du café où se mêlent échanges culturels, débats intellectuels et sociabilité. Un siècle plus tard, la boisson conquiert l’Europe à travers les célèbres Coffee Houses londoniens et les Kaffeehäuser viennois, nouveaux espaces publics prisés. En France, le café gagne Paris avec l’ouverture du Procope en 1686, lieu emblématique propice aux débats intellectuels et aux idées révolutionnaires, fréquenté par les penseurs des Lumières tels que Diderot, Voltaire ou Rousseau. Ces établissements contribuent à ancrer durablement le café comme un espace public dédié à la sociabilité et aux échanges d’idées.

L’âge d’or des bistrots

Par la suite, l’histoire de la consommation du café s’est structurée en trois « vagues ». À la fin du XIXe siècle, l’invention du percolateur contribue à démocratiser la boisson et inaugure l’âge d’or des bistrots. Cette première vague, qui s’étend jusqu’au milieu du XXe siècle, voit le café s’imposer comme un produit utilitaire : il devient un « carburant » pour rester éveillé, notamment pour répondre aux besoins des soldats durant les deux guerres mondiales. Puis, avec l’essor du café instantané, la production s’industrialise, la qualité s’effondre et le goût se standardise.

Entre 1970 et 1990, la « deuxième vague » du café, portée par des enseignes américaines comme Starbucks ou Costa remet à l’honneur une consommation centrée sur le plaisir et le réconfort à travers des boissons lactées gourmandes comme les cappuccinos et latte, proposées dans des espaces standardisés mais chaleureux.

Parallèlement s’impose une culture du café à emporter, dominée davantage par le poids des marques que par la qualité du grain. Introduit en France en 1994 avec l’ouverture de Colombus Café, ce modèle se consolide avec l’implantation de Starbucks en 2004, bouleversant progressivement le modèle traditionnel des bistrots et du café au zinc.

L’avènement des « cafés de spécialité »

La troisième vague amorce, dès les années 2000, une profonde transformation du secteur dans les pays précurseurs tels que les États-Unis, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande avant de s’implanter en France vers 2010. Le café de spécialité s’y impose alors comme un produit haut de gamme, évalué selon des critères exigeants par la Specialty Coffee Association.

Issu de terroirs traçables ou de microlots, il s’inscrit dans une logique de traçabilité et de commerce plus équitable. Sa torréfaction, plus légère, révèle des profils aromatiques complexes (notes fruitées, florales ou épicées), mis en valeur par des méthodes d’extraction manuelles. Chaque tasse s’accompagne ainsi d’un récit de terroir, d’origine et de savoir-faire. Figure centrale de cet univers, le « barista » maîtrise l’ensemble du processus. À l’image du sommelier, il guide le consommateur, sublime la boisson notamment par le latte art, et contribue à hisser le café de spécialité au rang d’expérience gastronomique, un marketing qui permet de justifier des prix toujours plus élevés, même si l’augmentation du coût de la matière première joue aussi.

Esthétique et « Instagrammisation »

Si les coffee shops s’imposent aujourd’hui comme des lieux résolument “branchés”, c’est qu’ils incarnent un nouvel art de vivre urbain, à la fois esthétique, social et culturel. Leur attractivité repose en grande partie sur une identité visuelle forte, immédiatement reconnaissable, et largement homogénéisée à l’échelle mondiale.

Elle s’appuie sur des codes précis : larges baies vitrées ouvertes sur la rue, mobilier épuré, matériaux bruts tels que le bois clair, le béton ciré ou l’inox, touches végétales et éclairage soigné. L’ensemble emprunte à des influences scandinaves et industrielles auxquelles s’ajoute une recherche de simplicité inspiré du wabi-sabi japonais.

Dans ces espaces, tout concourt à valoriser le geste, et les machines à cafés participent elles aussi d’une véritable scénographie en évoquant l’atelier et en soulignant la dimension artisanale du travail du barista.

Dès lors, le café cesse d’être seulement une boisson pour devenir un support de mise en scène de soi et de distinction sociale. Les consommateurs, en particulier les jeunes générations, l’utilisent comme un objet visuel qu’ils cadrent, photographient et diffusent sur les réseaux sociaux.

Latte art, verres transparents, boissons aux teintes colorées comme le matcha ou l’ube latte, gobelet au design léché participent à une esthétique codifiée, pensée pour être partagée.

Le coffee shop s’affirme comme un espace « Instagram ready », où la mise en circulation d’images joue un rôle de marqueur social. Elle signale une connaissance des lieux et la maîtrise d’un vocabulaire spécialisé comme « batch brew », « cold brew », « single origin » qui renvoie à un mode de vie urbain et cosmopolite. Il fonctionne d’ailleurs comme un « tiers-lieu », au sens du sociologue américain Ray Oldenburg, c’est-à-dire un espace hybride dédié au (télé) travail, à la sociabilité et à la construction de son identité. Fréquenté par des étudiants, des freelances et des actifs mobiles, le coffee shop répond à des usages flexibles : on s’y installe pour travailler, étudier ou se retrouver dans un cadre adapté aux modes de vie contemporains, en particulier ceux des 18–35 ans.

Le coffee shop a ainsi dépassé sa fonction première pour devenir un objet culturel et un marqueur identitaire : on n’y consomme plus seulement un café, mais une image, une expérience et un certain art de vivre. Comme le souligne Eva Bantman-Masum, spécialiste du monde anglophone, il joue sur une double identité : à la fois lieu du quotidien accessible et espace de distinction sociale, un “micro-luxe” à quelques euros où l’on vient autant “consommer du sens” qu’afficher une culture, une ouverture au monde et un refus de la standardisation – avec tous les paradoxes que cela comporte, puisque leur fréquentation régulière est onéreuse, et qu’à force de se multiplier, les coffee-shops deviennent aussi des symboles de gentrification et de standardisation.

Un marché arrivé à maturité, en quête de renouveau

Après une décennie d’expansion, le marché des coffee shops en France arrive à maturité et frôle la saturation. La concurrence accrue des boulangeries montées en gamme et de la restauration rapide, combinée à la hausse des coûts des matières premières, fragilise la rentabilité du modèle et annonce un écrémage des acteurs les plus vulnérables d’ici 2028 selon le cabinet Xerfi. Un concept en apparence accessible – petites surfaces, coûts d’entrée limités – se révèle, sans volumes suffisants, beaucoup moins viable qu’espéré.

Pour survivre, le secteur doit désormais se réinventer. Une « quatrième vague » émerge, portée à la fois par l’innovation technologique et par les enjeux environnementaux : agriculture régénérative, nouvelles techniques de co-fermentations, voire cafés sans grains développés pour répondre à la pression climatique. Dans ce contexte, l’enjeu est désormais de se distinguer par la qualité du produit, la singularité de l’expérience proposée et l’ancrage local.

The Conversation

Nathalie Louisgrand ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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16.07.2026 à 10:31

Percevoir les conséquences immédiates du changement climatique suffit-il pour changer les comportements ?

Langlais Camille, Post-doctorante en psychologie sociale, Université de Caen Normandie

Sénémeaud Cécile, Professeure de psychologie sociale, directrice du Laboratoire de Psychologie Caen Normandie (LPCN, EA 7452), Université de Caen Normandie

Cet été, la France subit de plein fouet les conséquences directes du changement climatique. Cela peut-il être utile pour modifier les comportements ? La réponse est moins évidente qu’il n’y paraît.
Texte intégral (2471 mots)

Cet été 2026, la France subit de plein fouet les conséquences directes du réchauffement de la planète. Cette situation pourrait-elle affecter la distance psychologique à laquelle nous percevons le changement climatique et, par ce biais, constituer une opportunité pour renforcer les comportements visant à lutter contre ce risque ? Une méta-analyse inédite montre que la réalité est plus nuancée.


Avant même le début de l’été, la France hexagonale avait déjà connu deux épisodes caniculaires en 2026. Depuis début juillet, elle en connaît un troisième. Ces épisodes témoignent de l’augmentation et de l’intensification des événements climatiques extrêmes.

Ils ravivent aussi une question récurrente dans le débat public : vivre plus directement les conséquences du changement climatique, comme nous en avons fait l’expérience depuis plusieurs semaines, peut-il contribuer à modifier les comportements plus facilement ?

Le concept de distance psychologique est, depuis longtemps, mobilisé pour répondre à cette question. Mais est-il toujours pertinent ? Notre synthèse de vingt années de recherche en psychologie montre que la réponse est loin d’être aussi évidente qu’il n’y paraît.

La distance psychologique, les prémices d’un concept fondateur

Dès le début des années 90, quelques années seulement après le premier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les premiers groupes de recherche en sciences sociales voient le jour. En 1991, le psychologue allemand Kurt Pawlik publie un article fondateur intitulé psychologie du changement environnemental global.

Il y décrit plusieurs caractéristiques psychologiques du changement climatique :

  • des signaux physiques difficilement détectables à sa propre échelle,

  • un décalage temporel important entre les causes et les conséquences,

  • une forte incertitude,

  • ainsi qu’une distance souvent élevée vis-à-vis des personnes les plus touchées.

Selon lui, ces caractéristiques nous conduiraient à minimiser les risques associés au changement climatique et à y répondre de manière insuffisante.

Les premières grandes enquêtes portant sur les perceptions du changement climatique, conduites en Amérique du Nord et en Europe au début des années 2000, ont largement confirmé cette intuition. Elles montrent que le changement climatique est souvent perçu comme un phénomène abstrait et distant, mobilisant des futurs incertains ainsi que des victimes lointaines.

Au début des années 2000, l'ours polaire est devenu l'incarnation, au sein des grands médias et des discours écologiques, d’un changement climatique lointain et abstrait. NOAA

À partir de ces travaux, un vaste champ de recherche s’est développé au cours de la décennie suivante autour de la notion de distance psychologique au changement climatique.

Une intuition confirmée par les premières observations

Le concept de distance psychologique renvoie au fait que nous ne pouvons expérimenter que notre réalité immédiate. Dès lors, tout objet situé au-delà de « l’ici et maintenant » exigerait de faire appel à des capacités mentales pour « transcender » la distance à l'objet et ainsi anticiper le futur (distance temporelle), imaginer d’autres lieux (distance géographique), se mettre à la place d’autrui (distance sociale) ou encore, envisager des scénarios alternatifs à notre réalité (distance hypothétique).

Appliqué au changement climatique, il est alors envisagé que ces quatre dimensions viendraient alimenter un sentiment global de distance face à ce risque. Et surtout, que plus cette distance psychologique au changement climatique serait importante, moins nous serions susceptibles d’agir contre celui-ci.

Des premières études observationnelles ont conforté cette hypothèse. Dès 2012, il a notamment été montré qu’un lien existait entre une distance psychologique élevée et une moindre propension à adopter des comportements en faveur du climat au sein d'un large panel de citoyens et citoyennes britanniques. Mais à mesure que les travaux se sont accumulés, ces premières preuves se sont trouvées peu à peu nuancées.


À lire aussi : La faute de nos biais cognitifs, vraiment ? Comment cette notion fabrique l’inaction écologique


Des résultats de plus en plus contrastés

Les études suivantes, menées dans des contextes variés, ont dressé un tableau plus contrasté, avec des liens beaucoup plus variables entre les différentes formes de distance psychologique (temporelle, spatiale, sociale ou hypothétique) et les indicateurs d'engagement climatique.

De nombreux chercheurs et chercheuses ont également testé l’effet de campagnes de communications centrées sur les impacts immédiats et locaux du changement climatique.

Dans une série d’études réalisées en Normandie, nous avons par exemple exposé plusieurs centaines de participantes et participants à des projections concernant l’augmentation des températures en France, si aucune mesure n’était prise pour atténuer les effets du changement climatique. Ces projections concernaient leur région (proximité spatiale) à un horizon proche (proximité temporelle) ou une région ultra-marine (distance spatiale) à un horizon lointain (distance temporelle).

Exemple de support utilisé pour évaluer l'effet de communications centrées sur les manifestations climatiques locales et immmédiates, ici à Alençon (Normandie) à l'horizon 2030, en comparaison d'une communication plus distante, ici à Saint-Denis (La Réunion) à l’horizon 2100. Camille Langlais, Fourni par l'auteur

De manière générale, les dispositifs censés réduire la distance psychologique au changement climatique ont révélé des résultats tout aussi hétérogènes que ceux observés dans les études observationnelles précédentes : certaines de ces interventions ont conduit à des effets positifs, tandis que d'autres n'ont obtenu aucun effet, et quelques unes se sont même avérées contreproductives, en comparaison de communications centrées sur des impacts plus distants.

Cette absence de preuves claires, dans un sens comme dans l'autre, a nourri un vif débat dans la sphère académique, conduisant progressivement la communauté scientifique à emprunter deux voies.

  • Une partie des chercheurs et chercheuses ont tenté d’identifier les conditions d’efficacité de ces interventions afin d’améliorer leur implémentation : dans quels contextes, auprès de quels publics et sous quelle forme ce type de stratégie peut fonctionner ?

  • D’autres, plus critiques, ont plaidé pour un basculement de stratégies centrées sur la perception du risque vers des stratégies centrées sur les solutions visant, par exemple, à renforcer la perception d’être en mesure d’agir.


À lire aussi : Comment éduquer à la transition écologique en dépassant la culpabilisation ?


Les résultats de notre méta-analyse

Face à l’accumulation d’études contradictoires, nous avons réalisé la première méta-analyse de l’ensemble des preuves disponibles, comprenant 81 études menées dans plus de soixante pays entre 2004 et 2024.

Nos analyses montrent bien un lien statistiquement significatif entre une forte distance psychologique et une faible orientation envers l’action climatique au sein des études observationnelles. Mais cette relation reste faible : la perception de distance vis-à-vis du changement climatique n’explique, en moyenne, qu’environ 6 % des différences observées chez les personnes interrogées concernant leur propension à œuvrer en faveur du climat.

Ce résultat rappelle que les facteurs permettant de comprendre l’engagement climatique sont pluriels. Ils ne sont pas seulement liés à la perception des risques. Ils se rattachent également à un ensemble d’autres facteurs psychologiques, mais aussi sociaux, culturels, économiques ou encore politiques.

Nos résultats sont encore plus nuancés lorsqu’il s’agit des études interventionnelles. Prises ensemble, elles montrent que les effets des dispositifs de communication destinés à réduire la distance psychologique au changement climatique sont, en moyenne, proches de zéro.

Elles semblent toutefois gagner légèrement en efficacité lorsqu’elles visent à agir sur les quatre dimensions de la distance psychologique à la fois (temporelle, géographique, sociale et hypothétique). Dans ce cas, l’intention d’agir pourrait progresser d’environ 2 %.

Si ce bénéfice reste très modeste, le faible coût de mise en œuvre et de diffusion de ce type de support informationnel à grande échelle en fait un levier intéressant, en complément d’autres méthodes. En revanche, même dans les conditions les plus favorables, cet effet se limite aux intentions. Nos analyses montrent qu’il ne se traduit ni par un changement réel des comportements ni par un soutien accru à des politiques climatiques.


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Comprendre n’est pas agir

À l’heure où le changement climatique devient de plus en plus tangible, y compris dans les régions auparavant à l’abri de ses effets les plus visibles, nos résultats invitent ainsi à une certaine prudence quant à certaines idées répandues dans le débat public.

Percevoir le changement climatique comme un risque immédiat pour soi et ses proches reste un facteur favorable à l’engagement individuel, mais son poids est largement surestimé. Et cela qu’il s’agisse d’expliquer les différences interindividuelles en matière d’engagement, ou de chercher à faire évoluer les pratiques. Ce facteur ne suffira donc pas, à lui seul, à provoquer le point de bascule espéré vers un tournant écologique majeur.

Pour autant, notre propos n’est pas ici de remettre en question l’intérêt de mieux informer les citoyens et citoyennes sur les impacts locaux du changement climatique. Notre travail démontre plutôt que cette stratégie ne saurait constituer l’alpha et l’oméga de politiques de changement des pratiques, comme le suggèrent pourtant trop souvent, encore aujourd’hui, tant des acteurs et actrices politiques qu'une partie du milieu académique.


À lire aussi : Un déclic est-il nécessaire pour se soucier de l’environnement ?


The Conversation

Langlais Camille a reçu des financements de La Région Normandie.

Sénémeaud Cécile a reçu des financements de la Région Normandie, de l'Agence Nationale de la Recherche et de l'ADEME.

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16.07.2026 à 10:27

Les refuges climatiques seront utiles s’ils n’oublient pas de faire de la chaleur un objet politique

François De Gasperi, Chercheur Postdoctoral en études urbaines, Chaire Territoires en Transition GEM, GEM

Albane Grandazzi, Professeur Assistant, GEM

Fiona Ottaviani, Associate professor en économie - Grenoble Ecole de Management, 38000 Grenoble, France - Co-titulaire de la Chaire Territoires en Transition, GEM

Hélène Picard, Professeure Associée au département Homme, Organisations et Société. Chaire Territoires en Transitions et Chaire UNESCO pour une Culture de Paix Economique, GEM

Notamment à condition de les concevoir et de les déployer avec des critères d’accessibilité, d’hospitalité et de justice socioécologique. En bref, d’en faire des objets politiques.
Texte intégral (2974 mots)

Alors que la France a déjà connu trois vagues de chaleur en quelques semaines à peine, le concept de refuge climatique, qui s’institutionnalise dans un certain nombre de pays, cristallise les espoirs des citoyens en surchauffe. Il peut s’agir d’une réponse prometteuse, mais uniquement à certaines conditions, notamment de les concevoir et de les déployer en gardant en tête des critères d’accessibilité, d’hospitalité et de justice socioécologique. En bref, d’en faire des objets politiques.


Notre maison brûle et nous la regardons (enfin) en face. Alors que la France vient de connaître deux séquences caniculaires précoces et intenses, la chaleur semble s’imposer comme un problème public majeur. Le mois de juin 2026 a été le plus chaud jamais enregistré par Météo France et une nouvelle vague de chaleur touche désormais une grande partie du pays.

Le traitement médiatique immédiat de la canicule s’est largement détourné des enjeux de fond, privilégiant des réponses à court terme et individuelles au détriment d’une réflexion collective sur l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Plan massif de climatisation, mise en cause des scientifiques, légitimation de la débrouille au sein des foyers…

Ce cadrage tend à occulter une réalité bien documentée : celle des inégalités socioécologiques. L’exposition aux fortes chaleurs, la vulnérabilité face à leurs conséquences et les capacités d’adaptation varient selon les conditions de logement, l’état de santé, les ressources économiques, l’âge ou encore l’accès aux espaces publics. Les enquêtes sociologiques, à commencer par celle d’Eric Klinenberg sur la canicule de Chicago en 1995, montrent aussi que l’isolement social constitue un facteur majeur de surmortalité.

Contre toute solution hâtive qui pourrait participer d’une maladaptation, les sciences sociales nous invitent à politiser la chaleur, en saisissant la canicule comme un problème social collectif permettant d’articuler les enjeux d’adaptation et ceux d’atténuation.

Ainsi, ouvrir des refuges climatiques ne suffit pas : encore faut-il que ceux qui en ont besoin les connaissent, puissent s’y sentir à l’aise et s’en saisissent pour construire collectivement les conditions d’un « bien-vivre » dans un monde plus chaud.

Refuges climatiques : de quoi parle-t-on ?

Le concept de refuge climatique s’institutionnalise. De Buenos Aires à Bologne, en passant par Porto et Londres, de nombreuses villes l’adoptent pour adapter leur tissu urbain à la crise climatique et protéger leurs habitants de la chaleur.

Le parc de La Muntanyeta fait partie du réseau de refuges climatiques de Barcelone. Área Metropolitana de Barcelona, CC BY-SA

Barcelone fait figure de référence, avec un réseau de plusieurs centaines de refuges : écoles, bibliothèques, musées, parcs et jardins, répondant à des critères de confort thermique, d’accessibilité, de repos et d’accès à l’eau.

Le contour des refuges climatiques varie pourtant d’une ville à l’autre. Certains réseaux privilégient les parcs et jardins, d’autres des équipements climatisés. En réaction, une définition minimale s’esquisse peu à peu dans la littérature scientifique : le refuge climatique conjugue rafraîchissement et hospitalité afin d’offrir un « réconfort thermique » limitant la vulnérabilité face aux aléas climatiques pour tenter de se protéger de l’aléa météorologique.

Mais faire du confort thermique un enjeu politique suppose de mesurer le stress thermique vécu par les habitants, en tenant compte non seulement de l’îlot de chaleur urbain, mais aussi de l’ombre, de la ventilation, de la morphologie des rues et de la qualité des logements.

Parce qu’il résulte des interactions entre expériences de chaleur, conditions de logement, ressources socio-économiques et accès aux refuges climatiques, le confort thermique appelle des politiques d’universalisme proportionné, bénéficiant à tous, tout en accordant une attention prioritaire aux plus vulnérables.


À lire aussi : Droit et vagues de chaleur : la France n’a pas de service public de la fraîcheur, et c’est un problème


Comment configurer les refuges climatiques ?

Les villes font face à plusieurs défis. Le premier porte sur les infrastructures : faut-il créer de nouveaux espaces refuges ou bien adapter les services existants ?

Le choix des techniques de rafraîchissement soulève en outre des enjeux environnementaux et politiques. La climatisation en est l’exemple emblématique : si son rôle dans l’accentuation de l’îlot de chaleur urbain est bien documenté, un usage ciblé reste indispensable pour les publics les plus vulnérables (seniors, enfants, SDF…).


À lire aussi : La climatisation, une solution pour mieux vivre le réchauffement climatique ?


Les volets sont des dispositifs de protection solaires importants en été. SatyaPrem/Pixabay

La recherche souligne aussi la nécessité d’adopter des pratiques architecturales favorisant le confort d’été : matériaux biosourcés, protections solaires (volets, stores) et solutions passives de rafraîchissement, comme les réseaux de froid urbain. Autant de leviers pour concevoir des refuges climatiques et adapter les villes.

Ainsi, un réseau de refuges climatiques ne se réduit pas à des lieux frais. Ceux-ci doivent aussi proposer des services (eau, wifi, etc.) et être pensés, dès leur conception, comme des espaces d’hospitalité, ce qui suppose une animation et des personnels formés à ces nouveaux usages.


À lire aussi : Dans les villes, comment les citoyens peuvent participer à la lutte contre la surchauffe


L’enjeu de l’accessibilité

La question de l’accessibilité du refuge est un élément clé à intégrer dans une perspective de justice socioécologique.

Carte du cheminement du projet « Green Cells », en Italie.

À quelle échelle les déployer ? Ville, quartier, îlot ou immeuble ? La littérature plaide pour une approche multiéchelle articulant adaptation et atténuation.

Une question également culturelle

Mais le défi à relever est également culturel. Concevoir des refuges climatiques suppose d’abord de les penser comme des lieux d’hospitalité et d’entraide.

Les recherches montrent que leur conception mérite d’être pensée à partir des quartiers et des communautés concernées afin d’identifier les besoins des habitants et de favoriser leur appropriation. Dès leur conception, l’implication des réseaux de proximité est essentielle, comme à Porto, où le design et localisation des refuges climatiques s’inscrivent dans une méthodologie participative qui tient compte de la connaissance préexistante des lieux par les habitants.

Autre changement culturel complémentaire : la diffusion d’une culture de rafraîchissement des corps. Au Japon, la démarche « Cool Biz » adapte les normes vestimentaires en été ; à Genève, l’interdiction du travail en extérieur l’après-midi en période de canicule s’accompagne de pédagogie quant aux gestes de rafraîchissement.


À lire aussi : Votre logement est-il adapté à la chaleur ?


Veut-on vraiment parler de « refuges » climatiques ?

Le terme de « refuges climatiques » mérite qu’on s’y arrête : il est très largement associé à des représentations liées à la catastrophe, en lien avec les notions de « refuges » et de « réfugiés ». Or, si l’on veut penser ces lieux comme des espaces de solidarité, d’entraide et de soutien, il importe de dépasser cet imaginaire.

Ils comportent aussi un potentiel effet repoussoir, lié à l’imaginaire néolibéral d’un individu autonome et puissant, peinant à se reconnaître comme vulnérable et interdépendant. Qui souhaite se dire « réfugié » climatique ? Et comment désigner ceux qui le sont réellement ? Les enquêtes montrent que les plus vulnérables, notamment les personnes âgées ou malades, sous-estiment leur propre vulnérabilité tout en l’identifiant plus facilement chez les autres. Faut-il y voir le signe du refus d’un potentiel stigmate associé à cette vulnérabilité ?


À lire aussi : Lors des canicules, notre cerveau ne s’aligne pas toujours avec le thermomètre et peut nous mettre en danger


Le choix des mots n’a rien de neutre au moment de concevoir des dispositifs d’action publique : faut-il parler de « haltes fraîcheurs », se limiter à la chaleur, intégrer aussi la protection contre le froid en hiver, ou viser plus largement des « lieux du bien vivre » ?

La qualification retenue oriente les usages auxquels ces espaces sont destinés : simples réponses à une crise ou lieux de solidarité, de convivialité et de délibération sur nos manières d’habiter un monde où de nombreux seuils socioécologiques ont déjà été franchis. Plus qu’un changement de vocabulaire, elle engage un projet politique : faire de ces lieux des espaces où se renforcent les liens socioécologiques et où se construit, à partir des réalités locales, une conception partagée du bien vivre.

Ainsi, les refuges climatiques ne seront à la hauteur du problème qu’à condition d’être plus que des points frais sur une carte : des lieux accessibles, intégrés aux pratiques habitantes, capables d’accueillir des publics vulnérables sans les stigmatiser, et de soutenir des apprentissages collectifs face à la crise socioécologique.

The Conversation

François De Gasperi est membre de la chaire Territoires en transition de GEM, qui est soutenue par différents partenaires publics et privés.

Fiona Ottaviani est co-titulaire de la chaire Territoires en transition de GEM, qui est soutenue par différents partenaires publics et privés.

Hélène Picard est membre de la chaire Territoires en transition de GEM, qui est soutenue par différents partenaires publics et privés.

Albane Grandazzi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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