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20.05.2026 à 14:53

Qui est le rat pygmée de rizière à longue queue, vecteur du hantavirus Andes ?

Christiane Denys, Professeure Emerite du Museum, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Le rat pygmée à longue queue, réservoir naturel du hantavirus Andes, est au cœur d’études menées depuis 1995 pour comprendre les risques de transmission à l’humain.
Texte intégral (2508 mots)
Dessin du rat pygmée de rizière à queue longue (_Oligoryzomys longicaudatus_) dans _The Zoology of the Voyage of H.M.S. Beagle Under the Command of Captain Fitzroy, R.N., during the Years 1832 to 1836_, Vol. 2, Bell, Thomas ; Darwin, Charles ; Gould, Elizabeth ; Gould, John ; Owen, Richard ; Waterhouse, G. R., 1838-1839.

Le rat pygmée de rizière à longue queue, Oligoryzomys longicaudatus, est un réservoir naturel du hantavirus. Et en particulier de la souche Andes, soupçonnée d’être responsable du décès de plusieurs passagers d’un bateau de croisière. Ce rongeur endémique d’Amérique du Sud est longtemps resté mal connu, mais les études d’écologie menée depuis 1995, date du premier cas d’infection humaine à hantavirus, permettent de tracer son portrait-robot et les conditions qui favorisent sa transmission à l’humain.


Le rat pygmée de rizière à longue queue Oligoryzomys longicaudatus est exclusivement sud-américain. Il vit en Argentine et au Chili et peut transmettre aux humains le hantavirus Andes (ANDV), transmissible d’humain à humain, en cas d’inhalation d’aérosols de ses urines, de ses fèces ou de ses sécrétions. Il est le principal réservoir animal de ce virus propulsé sur les devants de la scène depuis la mort de plusieurs passagers du bateau de croisière Hondius.

Sa description originale date de 1832. Le naturaliste britannique Edward Turner Bennett le dépeint, depuis la région de Valparaiso au Chili, comme ayant une longue queue écailleuse à poils courts, une fourrure douce brun-jaune sur le dessus, des lèvres blanches, une longue moustache noire et argent et des oreilles rondes. À cette époque, il en fait une espèce de souris (Mus longicaudatus).

Ce n’est qu’en 1894 qu’il sera finalement intégré dans le genre Oryzomys puis en 1900 sous le genre Oligoryzomys par l’ornithologue états-unien Outram Bangs. Malgré son nom, l’animal n’est ni particulièrement petit (ce que laisse supposer le préfixe oligo), ni résident des rizières (comme le signifie pourtant l’étymologie d’oryzomys).

Connu depuis 1995, date de la découverte du premier cas d’infection humaine à hantavirus, le hantavirus Andes est un problème de santé publique récurrent au Chili et en Argentine, ce qui a suscité plusieurs études d’écologie sur ce rongeur resté jusqu’à présent mal connu. Celles-ci livrent quelques clés pour comprendre ce qui favorise la circulation du virus chez le rongeur et sa transmission à l’humain.

Le « colilargo », un rongeur tout terrain et opportuniste

Au Chili, on le surnomme « raton colilargo » (rat à longue queue). Il fait partie de la famille des Cricetidae qui comprend les hamsters, les campagnols, les lemmings ainsi que les rats et les souris du « Nouveau Monde ». C’est la deuxième famille la plus diversifiée des rongeurs après celle des Muridae (rats et souris d’Europe).

Au sein des Cricétidés, le genre Oligoryzomys appartient au groupe (tribu) des Oryzomyini, qui comprend 141 espèces de rongeurs distribués en Amérique du Nord et du Sud. Le genre Oligoryzomys se rencontre exclusivement en Amérique centrale et australe, du Mexique à la Patagonie. Le nombre d’espèces connues est passé de 21 espèces en 2017 à 25 à l’heure actuelle.

Une espèce voisine a d’ailleurs été décrite en 2021 et une autre en 2024, ce qui n’a toutefois pas changé le statut du rat pygmée des rizières à longue queue. Ce dernier reste décrit comme génétiquement homogène sur toute son aire de distribution.

Malgré son nom, il s’agit de la plus grande espèce du genre. En effet, le corps d’un rat pygmée des rizières à longue queue adulte peut mesurer de 9  cm à 12 cm, auxquels il faut ajouter une queue de 11 cm à 13 cm pour un poids variant de 33 g à 50 g. C’est plus que la souris domestique (de 15 g à 20 g) mais moins que le rat brun de nos villes européennes (de 100 g à 500 g).

Le Nothofagus pumilio, appelé « hêtre de la Terre de Feu », est un arbre emblématique des forêts andio-patagoniques du Sud du Chili et de l’Argentine.

Sa dénomination est même doublement trompeuse, car il ne vit pas dans les rizières, mais fréquente les forêts tempérées patagoniennes de Nothofagus (arbre à feuilles caduques ou pérennes pouvant atteindre 30 m de hauteur, encore appelé « faux-hêtre » ou « hêtre austral », présent dans l’hémisphère Sud) et de bambous, où il est le rongeur le plus abondant.

Cependant, il semble également capable de vivre dans les steppes herbeuses à buissons des toundras de Patagonie ainsi que dans les bordures de champs cultivés et les pâtures, buissons des zones péridomestiques en Argentine. Il n’a jamais été capturé dans les maisons. Il peut vivre du niveau de la mer jusqu’à 2 000 m d’altitude, mais n’est jamais loin d’un cours d’eau car il ne peut s’en passer.

L’écologie de ce rongeur a été étudiée dans les années 1980 par Oliver Pearson, mais depuis la découverte en 1995 du hantavirus Andes dont ce rat est porteur, les études se sont multipliées. On sait que ce rongeur est nocturne et terrestre, mais il peut parfois grimper jusqu’à 3 m de haut dans les arbres. C’est un opportuniste qui a été décrit comme omnivore avec un régime alimentaire présentant souvent une dominance de graines, de fleurs ou de fruits. Il consomme cependant aussi, de manière variable, de l’herbe, des insectes, des vers ou des champignons.

Des périodes de prolifération appelées « ratadas » lors de la floraison des bambous

On lui connaît des augmentations brutales de population liées à la floraison cyclique synchronisée, tous les douze à quatorze ans, de bambous dont il consomme les graines. Ces épisodes se produisent également après des épisodes de grande pluviosité et des étés chauds, en lien avec le phénomène climatique d’El Niño.

Ces augmentations de population sont appelées « ratadas » par les populations locales. Lors de ces épisodes, on peut dénombrer jusqu’à 100 individus par hectare, contre 5,7 individus par hectare en moyenne en temps normal.

Au contraire, lors d’épisodes de sécheresse (favorisés notamment par des épisodes climatiques de La Niña), ses populations peuvent disparaître localement ou subsister dans les buissons de bords de rivière, car l’espèce ne résiste pas à la privation d’eau.

La durée de vie du rat pygmée de rizière à longue queue a été estimée à un an à l’état sauvage. La reproduction de ce rongeur peut avoir lieu toute l’année quand les conditions sont favorables, mais on observe un pic de naissances au printemps et en été. Les femelles peuvent avoir entre cinq et sept petits en moyenne, après une gestation de vingt-trois jours, et ce, trois ou quatre fois par an.


À lire aussi : Qui est le capybara, cet étonnant rongeur qui a gagné le cœur des internautes ?


La compétition entre mâles responsable de la circulation du virus

En Argentine, les femelles ont des territoires variant de 200 à 3 400 mètres carrés (m²), alors que ceux des mâles, plus grands en moyenne, peuvent couvrir jusqu’à 9 000 m².

Lorsque la population augmente, la compétition entre les mâles pour l’accès aux femelles augmente elle aussi. Une étude a montré que 40 % des mâles seulement arrivaient à s’accoupler. Les territoires des mâles ne se recoupent pas, et de nombreux mâles portent des cicatrices et des blessures témoignant de combats violents entre eux, surtout lorsque les densités de population sont élevées.

Ce serait cette compétition entre mâles qui serait responsable du maintien du hantavirus Andes dans la population de rats, car ces derniers s’infecteraient lors du toilettage et par les morsures. En outre, les mâles non reproducteurs se dispersent pour gagner des territoires plus éloignés.

Au Chili, une étude virologique a montré que 8 % des rongeurs sont positifs au hantavirus Andes, avec un maximum en hiver et au printemps. Elle a également conclu que les rongeurs mâles avec des cicatrices étaient dix fois plus infectés que les autres mâles et que les femelles adultes, ce qui rejoint les résultats des autres recherches sur le rongeur menées en Argentine.

Toutes ces caractéristiques particulières font du rat pygmée de rizière à longue queue un modèle pour la connaissance de la transmission du virus des Andes à l’être humain. On sait que le contact avec les aérosols d’urine de fèces ou des sécrétions de mucus sont en cause.

En Argentine, des cas de hantavirus corrélés avec les épisodes de pullulation du rongeur

La transmission interhumaine spécifique à ce virus est un peu moins bien connue. Les fermiers et les forestiers ont été identifiés comme groupes à risque. Il a été montré que, dans les forêts de pin plantées par l’être humain, certains rongeurs rencontrés étaient positifs au virus, mais en moindre quantité que dans les forêts natives. La probabilité de trouver un rongeur positif au virus est ainsi deux fois supérieure dans les zones péridomestiques (greniers, jardins potagers, poulaillers, étables en planches, briques, ciment…) que dans la pinède voisine.

Dans la région de Buenos Aires, en Argentine, l’étude de la distribution des cas de syndrome respiratoire pulmonaire provoqué par le virus chez l’humain (syndrome pulmonaire à hantavirus, ou HPS de son acronyme anglais) entre 1998 et 2001 a montré une forte saisonnalité et surtout une corrélation avec les conditions écologiques. Les périodes de pullulation du rongeur pourraient ainsi favoriser les contacts avec l’être humain et la transmission interespèce du virus.

Présent en Argentine et au Chili depuis le Pléistocène (soit il y a environ deux millions d’années), le rat pygmée de rizière à longue queue a coévolué avec les forêts natives d’Amérique du Sud et le cortège des autres rongeurs qui en sont endémiques. Il faut d’ailleurs noter que le rongeur ne fait ici que s’adapter aux changements climatiques causés par l’humain, de la transformation des paysages à la fragmentation des forêts.

Mais l’augmentation du tourisme, de la fréquence des feux de forêt, des évènements El Niño ou La Niña et leurs conséquences sur la faune et la flore du bétail en pâture ou encore des interactions avec les espèces invasives sont autant d’inconnues pour l’avenir. Et cela, aussi bien pour le futur de cette espèce que pour la souche de hantavirus transmissible à l’humain qu’elle héberge.

The Conversation

Christiane Denys ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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20.05.2026 à 12:15

L’Ukraine comme « Ur-Heimat » : quand la guerre devient une bataille pour les origines indo-européennes

Adrien Nonjon, Chargé de cours, Institut catholique de Paris (ICP)

La guerre russo-ukrainienne se déploie aussi dans les querelles entre milieux d’extrême droite des deux pays, chacun présentant le sien comme le territoire d’origine des « vrais » Indo-Européens.
Texte intégral (4109 mots)
*Bataille entre les Slaves et les Scythes* (1881), Viktor Vasnetsov. Le tableau a été commandé au célèbre peintre russe par un mécène afin de décorer le bâtiment des chemins de fer de la ville de Donetsk, ville ukrainienne annexée par la Russie en 2022. En réalité, aucun affrontement entre ces deux peuples ne s’est jamais produit. Musée Tretiakov, Moscou

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, le conflit est généralement analysé à travers ses dimensions géopolitique et militaire. Mais il s’inscrit aussi dans une bataille moins visible : celle des récits des origines. Mobilisée par certaines franges des extrêmes droites russe comme ukrainienne, l’hypothèse indo-européenne alimente des imaginaires identitaires et ésotériques qui, bien que marginaux, contribuent à donner un sens plus profond – et parfois mythologique – à la guerre.


L’hypothèse indo-européenne, comme mythe politique des origines, irrigue de nombreuses factions extrêmes droitières partout en Europe. Des idéologues et des combattants impliqués dans le conflit russo-ukrainien l’utilisent, d’un côté comme de l’autre de la ligne de front, pour justifier cette guerre. Il s’agit, selon eux, d’une bataille pour l’Ur-Heimat (terme linguistique allemand signifiant littéralement « patrie originelle » et désignant le premier foyer d’une proto-langue) indo-européen, les plaines ukrainiennes étant considérées comme le berceau de la culture Yamna (Néolithique final : de 3600 à 2300 avant notre ère). Celle-ci, d’après certaines théories archéologiques, linguistiques et phylogénétiques consécutives aux travaux controversés de l’anthropologue Marija Gimbutas (1921-1994), représenterait le point d’éclosion et de diffusion d’un supposé peuple indo-européen primitif.

Depuis février 2022 et l’invasion de son territoire par la Russie, l’Ukraine n’est pas seulement devenue le théâtre d’un affrontement armé. Sous les décombres des villes bombardées et dans les steppes striées de tranchées, des fouilles archéologiques illégales conduites par l’armée russe témoignent d’une guerre qui se joue aussi dans les profondeurs du sol afin d’arracher au passé quelque chose que l’histoire officielle ne semblait plus fournir.


À lire aussi : Comment la guerre menace le riche patrimoine archéologique ukrainien


Si Vladimir Poutine légitime le déclenchement et la continuité de son « opération militaire spéciale » par, entre autres, la nécessité pour la Russie de réintégrer à son espace national les anciens territoires de la Rous’ de Kiev, berceau de l’orthodoxie slave orientale, le recours à l’hypothèse indo-européenne renvoie à une question identitaire plus profonde encore, touchant aux racines « ethno-raciales » de l’ensemble de l’Europe.

Plus que purement historique, cette hypothèse s’est aussi vue liée à des considérations d’ordre métaphysiques et cosmogoniques, empruntant parfois les chemins singuliers de l’ésotérisme et de l’occultisme. Bien entendu, la guerre actuelle ne saurait être uniquement expliquée par une analyse de ces considérations, qui peuvent passer pour folkloriques et marginales ; mais elles nourrissent de puissants imaginaires politiques.

Hyperborée et la question indo-européenne

L’hypothèse indo-européenne est née, au XIXᵉ siècle, de la grammaire comparée inventée par le linguiste allemand Franz Bopp, avant d’être rapidement intégrée aux perspectives racialistes et évolutionnistes de cette période. Elle a été ensuite réappropriée par les mouvements völkisch, en Allemagne et en Autriche, puis par le national-socialisme, qui l’a utilisée pour démontrer « scientifiquement » la supériorité de la « race » aryenne.

Dès cette première phase d’existence, elle a pu être mêlée à des considérations ésotériques et occultistes, en étant associée par endroits à des thèses spécifiques, comme celle de l’existence d’une « tradition primordiale » aux origines nordiques et hyperboréennes.

Dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, la Nouvelle Droite française s’en saisit – en s’appuyant sur les travaux en mythologie comparée de Georges Dumézil – pour affirmer une unité ethnique et culturelle proprement européenne. Des courants, tels que la théorie des anciens astronautes de Robert Charroux (1909-1978), issus du réalisme fantastique, ont pu la véhiculer sous ses aspects ésotériques et pseudo-archéologiques, participant de sa diffusion dans des marges politiques.

Toutefois, la question des origines indo-européennes ne saurait être réductible, en Russie comme en Ukraine, à ces seules théories occidentales. Le mouvement slavophile pose ainsi dès 1830 les premières bases d’une réflexion sur l’identité russe, comme civilisation organique distincte de l’Occident rationnel et individualiste, où la Russie serait la gardienne d’une vérité spirituelle originelle, la sobornost’, soit une communauté organique des âmes fondée sur l’orthodoxie.

L’Ukraine impériale voit également émerger la question des origines. Des figures comme Mykhaïlo Hroushevsky (1866-1934) puisèrent dans la mythologie pour nourrir une identité culturelle vivante. Ensuite, durant l’entre-deux-guerres, l’Ukraine voit fleurir diverses tentatives de synthèses entre nationalisme ukrainien, néo-paganisme slave et références aux origines aryennes, comme celle de Volodymyr Shaïan (1908-1974), fondateur de l’Ordre des Chevaliers solaires. Selon lui, l’Ukraine incarnerait l’un des derniers bastions d’une civilisation aryenne authentique, héritière d’une sagesse védique – l’hindouisme étant considéré ici comme la dernière survivance de la tradition indo-européenne – opposée à la décadence occidentale et aux influences chrétiennes.

L’Arbre de vie, tableau de Viktor Krijanivskiy, peintre apprécié des adeptes des théories de Sylenko. San zav/Wikipedia, CC BY-NC-SA

Le régime soviétique ne fait pas disparaître ces courants. Encouragés par le régime stalinien, des archéologues et préhistoriens, comme Boris Rybakov (1908-2001), construisent une archéologie nationale russo-soviétique qui, sans verser dans l’ésotérisme des origines aryennes, prépare le terrain à des instrumentalisations ultérieures par les mouvements néo-païens des années 1990.

En exil depuis 1920, Nikolaï Troubetskoï (1890-1938) mobilise ses compétences de spécialiste des langues indo-européennes pour affirmer la spécificité civilisationnelle eurasiatique, opposée à l’« égocentrisme romano-germanique » qu’il dénonce comme une forme d’ethnocentrisme déguisé en universalisme. Du côté ukrainien, Shaïan et son disciple Lev Sylenko (1921-2008) développent un système de croyances « natif » faisant de l’Ukraine « l’ancienne Oriana, berceau des Aryens ».

Au même moment, le mythe du Livre de Veles – ensemble de tablettes prétendument gravées au IXe siècle et retraçant l’histoire des ancêtres slaves depuis leur origine aryenne jusqu’à la Rous’ de Kiev – est forgé dans le but d’attester l’antiquité de l’Ukraine et sa distinction de la Russie.

La perestroïka puis la chute de l’URSS en 1991 libèrent ces divergences accumulées. Ainsi, le mouvement nationaliste, antisémite et mystique russe Pamiat’ (« Mémoire ») constitue la première organisation à mobiliser ouvertement un imaginaire des origines slaves et aryennes mêlé d’ésotérisme orthodoxe. Cette diffusion passe aussi, par d’autres canaux plus diffus, des mouvements néo-païens russes et ukrainiens à l’hyperboréisme, porté entre autres par Aleksandr Asov (né en 1964), courant pseudo-historique qui considère le continent mythologique d’« Hyperborée » comme le foyer d’une civilisation slave arctique, ancêtre de toutes les civilisations humaines.

Tableau représentant l’Hyperborée, par le peintre russe Vsevolod Ivanov (né en 1950). Vsevolod Ivanov/VK/Life.ru

L’ultime bataille pour l’Ur-Heimat

En Russie, Alexandre Douguine (né en 1962) a construit sa théorie politique, qui défend la nécessité de bâtir un empire s’étendant de Brest à Vladivostok, en s’appuyant notamment sur l’hypothèse indo-européenne. S’inspirant d’auteurs comme le SS Hermann Wirth, le néo-fasciste Julius Evola et l’ésotériste René Guénon, il considère que les peuples européens sont tous issus d’un même foyer originel, « Arctogaïa » (sa propre version du mythe hyperboréen), et qu’il en découlerait une « tradition primordiale » les unifiant tous – dont le reliquat le plus efficient se logerait aujourd’hui au sein des rites de l’Église orthodoxe des Vieux-croyants.

Il publie ainsi en 1993 la Théorie hyperboréenne, ouvrage qui constitue l’un des soubassements ésotériques de son projet politique. Pour lui, la modernité occidentale, représentée par l’idéal démocratique, le libéralisme social et le matérialisme philosophique, représente un risque existentiel et la corruption la plus totale de cette « tradition primordiale ». La modernité et le progressisme dénatureraient l’humanité tout en pervertissant les fondamentaux identitaires des peuples européens.

Dans une perspective eschatologique, et pour éviter l’« avènement de l’Antéchrist » (dont les germes sont, selon lui, portés par le libéralisme), Douguine considère la Russie, par son ancrage traditionaliste, comme le Kathekon (la force qui retient, précisément, l’Antéchrist). Ainsi, selon lui, la guerre en Ukraine est une nécessité tout autant identitaire – porter l’avènement des peuples slaves comme préservateurs de la « tradition primordiale » et comme condition d’émergence de l’Empire eurasiatique – que métaphysique –, car elle contribue à la destruction de l’Occident « satanique ». En réintégrant l’Ur-Heimat ukrainien à la Mère Patrie, la Russie s’assurerait ainsi une première victoire décisive dans son rôle de Kathekon, entamant dès lors un processus de retour définitif à la Tradition, vers un nouvel Âge d’Or.

Certains idéologues ukrainiens d’extrême droite ont construit, sur les mêmes fondements mythologiques, une thèse exactement opposée. Là où Douguine fait de la Russie le Kathekon aryen contre l’Occident dissolvant, ces courants mobilisent le même Ur-Heimat, les mêmes symboles hyperboréens, la même cosmologie des origines, mais pour des conclusions diamétralement opposées.

Selon eux, la Russie n’est pas, contrairement à ce qu’affirme Douguine, l’héritière de la tradition indo-européenne nordique, mais au contraire le produit d’un métissage avec les peuples turco-mongols de la steppe orientale, métissage qui l’aurait définitivement éloignée de l’héritage aryen originel. Cette thèse plonge ses racines dans une tradition intellectuelle ancienne, comme celle de Franciszek Duchinski (1816-1893), qui affirmait dans les années 1860 que les Russes n’étaient pas des Slaves mais des Touraniens – ensemble de peuples turciques et finno-ougriens –, ou encore dans les travaux de l’école anthropologique ukrainienne du XIXᵉ siècle, notamment ceux de Fedir Vovk (1847-1918).

C’est sur ce soubassement historique et pseudo-scientifique que les idéologues ukrainiens radicaux contemporains proches de partis et mouvements, tels Patriote d’Ukraine ou Assemblée sociale-nationale, construisirent leur inversion du schéma douguiniste. La Russie y est décrite comme un empire de la steppe orientale, héritier de la Horde d’or, dont l’expansion vers l’ouest représente la même menace existentielle que les invasions mongoles médiévales. En résistant, l’Ukraine ne défend pas seulement son territoire national, elle défend la frontière de l’Ur-Heimat aryen contre son occupation par la Horde.

Traductions du mythe

Loin d’être confinées à ces seules marges politiques et philosophiques, ces théories s’inscrivent dans une multitude de variations sur le champ de bataille, qu’il soit idéologique ou militaire.

Emblème du groupe d’extrême droite russe Roussitch, présent sur le front ukrainien aux côtés des séparatistes pro-russes dès 2014. Wikimedia, CC BY

En effet, l’une des caractéristiques les plus troublantes du conflit russo-ukrainien est précisément la porosité des discours et leurs syncrétismes. On peut ainsi observer un glissement jusque dans les discours de Vladimir Poutine lui-même. Le président russe mobilise un argument d’antériorité historique et ethnique qui, sans verser dans le vocabulaire explicitement aryen, repose, à travers les références à la Rous’, sur la même logique fondamentale des origines communes et de l’héritage indivis.

Ce récit opère exactement à l’échelle de l’histoire médiévale ce que la cosmologie douguinienne opère à l’échelle de la préhistoire indo-européenne : il postule une unité originelle trahie par la modernité, dont la guerre est la restauration violente et nécessaire. L’Église orthodoxe russe obéit au même schéma narratif. Le patriarche Kirill a présenté la guerre en Ukraine, dès les premières semaines qui ont suivi l’invasion, comme une « guerre sainte » contre la décadence morale occidentale.

Sur le terrain militaire proprement dit, l’empreinte idéologique est visible dans la composition, les pratiques et les symboles de certaines unités combattantes russes et ukrainiennes, qui constituent un observatoire privilégié de la façon dont les imaginaires ésotériques des origines se traduisent en motivations combattantes et en identités guerrières. Les bataillons de volontaires qui ont afflué vers les deux côtés du front, dès 2014, puis en masse après février 2022 forment un spectre idéologique d’une grande diversité, mais dont les franges les plus radicales témoignent d’une continuité troublante avec les imaginaires que nous avons examinés.

Emblème du bataillon ukrainien Azov. Wikimédia, CC BY

Nombreux sont ainsi, du côté ukrainien, mais aussi du côté russe, les combattants qui arborent ouvertement des symboles SS, des tatouages runiques et des références à l’ésotérisme aryen illustrant la présence de courants qui voient dans le conflit une bataille pour la défense ou la reconquête du foyer hyperboréen, de l’Ur-Heimat.

Il convient cependant de ne pas surestimer la cohérence idéologique de ces positionnements. Dans bien des cas, les prises de position des droites radicales sur la guerre en Ukraine ont été déterminées moins par une réflexion sur l’hypothèse indo-européenne que par des calculs politiques immédiats, des allégeances géopolitiques préexistantes, des financements et des intérêts matériels qui n’ont rien de métaphysique. Elles restent cependant le témoignage d’une crise ambiante où les métarécits refont leur apparition.


Cet article a été co-rédigé avec Cédric Lévêque, docteur en anthropologie sociale, et Thibault Brice, étudiant en master de philosophie analytique (Université de Genève), co-fondateurs de la revue Cosmos.

The Conversation

Adrien Nonjon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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20.05.2026 à 11:31

Madeleine Ly-Tio-Fane, aux origines conceptuelles de l’Indo-Pacifique français

Paco Milhiet, Visiting fellow au sein de la Rajaratnam School of International Studies ( NTU-Singapour), chercheur associé à l'Institut catholique de Paris, Institut catholique de Paris (ICP)

Bien avant qu’Emmanuel Macron en fasse une priorité géopolitique, Madeleine Ly-Tio-Fane avait théorisé l’Indo-Pacifique comme espace stratégique de l’expansion coloniale française.
Texte intégral (2660 mots)
*Portrait de Pierre Poivre (1719-1786), administrateur colonial et agronome français*, auteur inconnu. Pierre Poivre, intendant des îles de France et de Bourbon (noms de l’époque des îles Maurice et de La Réunion) de 1766 à 1772, a joué un rôle clé dans l’expansion de la présence française dans la région aujourd’hui appelée Indo-Pacifique. Meisterdrucke.fr

La notion d’« Indo-Pacifique » est devenue un point focal de la diplomatie française, Emmanuel Macron n’hésitant pas à ériger la vaste zone ainsi désignée en « priorité stratégique ». Si la formule est désormais usuelle dans l’espace public, on ne sait généralement pas qu’elle a été employée pour la première fois en tant que notion géopolitique par une historienne des épices, Madeleine Ly-Tio-Fane, afin de décrire l’expansion coloniale française du XVIIIᵉ siècle.


Madeleine Ly-Tio-Fane (1928-2011) est une figure intellectuelle singulière. Originaire de l’île Maurice, elle fait de sa fonction de bibliothécaire au Mauritius Sugar Industry Research Institute le point de départ d’une œuvre d’historienne consacrée aux sciences naturelles et aux échanges dans l’océan Indien. Ses travaux s’intéressent particulièrement à l’action de trois botanistes français et à leur rôle dans l’introduction d’espèces végétales – notamment celles produisant des épices – aux îles de France (Maurice) et de Bourbon (La Réunion) : Pierre Poivre (1719-1786) ; Jean-Nicolas Céré (1738-1810) et Pierre Sonnerat (1748-1814).

Un article en particulier a retenu notre attention : « Pierre Poivre et l’expansion française dans l’Indo-Pacifique », publié en 1967 dans le Bulletin de l’École française d’Extrême-Orient. À notre connaissance, il s’agit de la première fois que la terminologie « Indo-Pacifique » est mobilisée dans sa dimension proprement géopolitique pour qualifier l’entreprise française dans la région. Ly-Tio-Fane, le temps d’un article, se serait-elle donc muée en géopoliticienne ?

Histoire d’une dénomination géographique

Le terme « Indo-Pacifique » n’a certes pas été inventé par l’universitaire mauricienne. Il fait une incursion précoce dans les sciences sociales dès le XIXᵉ siècle sous la plume du naturaliste britannique James Logan (1819-1869), avant d’être repris par le géopoliticien allemand Karl Haushofer (1869-1946) dans l’entre-deux-guerres.

En France, d’autres cadres analytiques prévalent : Extrême-Orient, Asie-Pacifique, bassin Pacifique. Il faudra attendre l’élaboration d’une stratégie Indo-Pacifique par Emmanuel Macron, en mai 2018, pour que la nomenclature s’impose. Elle est désormais largement reprise par les administrations et autorités concernées ainsi que par certains universitaires.

C’est donc à une Mauricienne, Madeleine Ly-Tio-Fane, que revient le mérite d’avoir conceptualisé ce vocable dans son acception française, cinquante ans avant le président français. Sous sa plume, l’Indo-Pacifique désigne l’arc d’une expansion coloniale française des bastions de Bourbon (aujourd’hui La Réunion, NLDR) et de l’île de France (nom de l’île Maurice pendant la colonisation française de 1715 à 1810, NLDR) jusqu’aux confins polynésiens. Dans un XVIIIᵉ siècle en pleine effervescence, à l’heure où science et conquête géopolitique avançaient de concert, le parcours singulier de Pierre Poivre incarne cette période charnière de la projection européenne dans l’espace indo-pacifique.

Pierre Poivre, une géopolitique des épices à la française

Mettre fin au monopole hollandais sur les épices : tel fut le grand projet de Pierre Poivre.

Longtemps contrôlé par les marchands arabes, le commerce des épices dans l’océan Indien constitue un enjeu stratégique séculaire, exacerbé par l’arrivée des puissances européennes à partir de 1498, quand Vasco de Gama double le cap de Bonne espérance. Après la domination portugaise, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) verrouille ce commerce dès les années 1620 et s’y impose comme actrice hégémonique par la coercition et la destruction.

Au début du XVIIIᵉ siècle, le monopole batave vacille : la montée en puissance britannique et la recomposition des échanges euro-asiatiques (essor du café, du thé et du textile) redéfinissent les équilibres commerciaux. La France, chassée d’Amérique du Nord en 1763, tente de s’immiscer dans ce marché lucratif en acclimatant sur ses propres territoires les plantes qui fournissent les précieuses épices.

L’homme qui incarne cette ambition est Pierre Poivre. Initialement destiné aux ordres religieux, il part en Asie en 1741 en tant que missionnaire appartenant aux missions étrangères de Paris et découvre, au contact des archipels indonésiens, la richesse que les Hollandais tirent du monopole des épices. Botaniste autant que commerçant, il renonce au sacerdoce et rentre en France pour convaincre la Compagnie française des Indes orientales d’engager une politique d’acclimatation aux Mascareignes françaises.

Il effectue plusieurs voyages dans l’archipel indonésien, d’où il rapporte clandestinement des plants, sans parvenir à les implanter durablement à l’île Maurice (alors nommée île de France depuis que les Français en ont pris possession en 1715). Nommé en 1767 intendant des îles de France et de Bourbon, il dispose enfin des leviers institutionnels nécessaires à son grand projet.

L’île Maurice, territoire pivot des ambitions coloniales françaises en Indo-Pacifique

Point d’appui militaire et escale indispensable pour le commerce vers les comptoirs indiens (Pondichéry, Mahé, Chandernagor, Yanaon et Karikal), l’île de France a rapidement vocation à devenir le centre du dispositif français dans l’espace indo-pacifique.

Alors que l’île était administrée par la Compagnie des Indes depuis 1721, le roi Louis XV ordonne en août 1764, de rétrocéder le territoire à la Couronne. Les objectifs assignés aux administrateurs sont multiples : stimuler le commerce du royaume en créant un débouché pour les denrées métropolitaines ; développer la production locale d’épiceries alors monopolisées par les Hollandais et les Anglais ; et surtout établir un point de transit fiable sur la route de l’Asie permettant de radouber les vaisseaux, et de renouveler les provisions et les équipements, sans dépendre d’escales sous contrôle étranger.

Derrière ce « rôle écrasant » conféré au territoire, tout reste pourtant à construire : cadre administratif, urbanisation, agriculture, agrandissement du port. Les transferts étatiques alloués à la colonie étant dérisoires, celle-ci doit subvenir à ses propres besoins, notamment par le commerce des épices. Telle est précisément la mission confiée à Pierre Poivre.

Fort d’une connaissance intime des réseaux politiques locaux acquise au fil de ses voyages, Poivre identifie les zones où ni les Anglais ni les Hollandais n’exercent de contrôle effectif. Trois expéditions aux Moluques sont organisées ; bientôt, des liens avec la population de Gebe sont établis, et des plants de girofliers et des graines de muscadier sont ramenés à Maurice. Les botanistes Jean-Nicolas Céré et Joseph Hubert, disciples de Pierre Poivre, réussiront l’exploit d’acclimater ces deux espèces à Maurice et à La Réunion. Le giroflier s’acclimate avec succès à Maurice, qui devient à la fin du siècle un producteur significatif. La muscade connut des résultats plus mitigés.

Au-delà des épices, l’intendant Pierre Poivre, également commissaire général de la Marine, va chercher à transformer l’île de France en centre de gravité de l’expansion française dans l’espace indo-pacifique, bien au-delà de l’océan Indien.

Horizons Indo-Pacifiques : de l’île de France à la « nouvelle Cythère »

Madeleine Ly-Tio-Fane, archives à l’appui, retranscrit longuement les espoirs et ambitions que l’intendant nourrit depuis son « boulevard » de l’île de France.

Dans l’océan Indien d’abord : cartographie des courants et des moussons, recherche de routes plus rapides vers les comptoirs indiens, implantation des épices aux Seychelles, quête obstinée de l’île imaginaire de Juan de Lisboa.

Dans l’océan Austral ensuite : convaincu qu’un continent austral encore inconnu permettrait de contrôler à terme le commerce entre l’Asie et l’Amérique, Poivre soutient les expéditions de Kerguelen et de Marion-Dufresne.

Enfin, le commissaire général de Marine prospecte aussi le Pacifique : à l’heure où Bougainville vient de conclure son premier tour du monde et a découvert « la nouvelle Cythère » (Tahiti), il plaide pour que l’île Maurice devienne « un tremplin de l’essor français vers le Pacifique », et que les nouvelles expéditions appareillent de Port-Louis plutôt que de métropole. La colonie de l’île de France a également vocation à devenir le « fil d’Ariane » de tout projet d’expansion française dans la zone Indo-Pacifique.

Cette dynamique expansionniste en Indo-Pacifique ne se limite pas à la seule initiative de Poivre. Elle s’inscrit dans un contexte d’émulation collective qui anime toute une génération d’explorateurs, d’hommes de science et de navigateurs français qui ont croisé Pierre Poivre à l’île de France, foyer intellectuel autant que logistique : Bouvet de Lozier, Surville, Bougainville, Marion-Dufresne, Commerson, Jeanne Baret, Le Gentil, Véron, le Chevalier Grenier et bien d’autres…

Sans oublier le tristement célèbre Ahutoru, premier Tahitien embarqué en France hexagonale par Bougainville, dont la présence à Paris nourrit les réflexions des philosophes, notamment Diderot dans le Supplément au voyage de Bougainville. Le Polynésien croisera également le chemin de Pierre Poivre à Maurice, mais meurt malheureusement à Madagascar en 1772 et ne reverra jamais son île.

Si ces voyages constituent des avancées notables d’un point de vue scientifique, ils révèlent aussi la tension entre une ambition géopolitique et les contraintes matérielles d’une colonie fragile, encore en quête de ses fondements économiques. Ces expéditions coûteuses sont menées alors que l’île manque de tout. Poivre et ses visées expansionnistes seront ainsi vivement critiqués, notamment par son successeur Jacques Maillart-Dumesle.

Portrait du Dr Madeleine Ly-Tio-Fane. Edinburgh University Press/José Forget

Entre idéal scientifique et ambitions coloniales

Démesurée ou pas, la vision indo-pacifique de Pierre Poivre et le rôle central qu’il confère à l’île de France esquisse les contours d’un continuum stratégique français reliant l’océan Indien à l’Asie du Sud-Est et, au-delà, au Pacifique océanien.

Paradoxalement, la réussite du projet d’implantation des épices clôt ce premier élan expansionniste français dans la région qui sera sans lendemain. Les guerres de l’Empire vont mobiliser ailleurs les énergies et les flottes, reléguant ces ambitions indo-pacifiques à un horizon différé, qui ne sera pleinement réactivé qu’au XIXᵉ siècle. Symbole s’il en est, l’île Maurice passe sous souveraineté britannique en 1814.

À travers l’étude de l’odyssée de Pierre Poivre et de sa quête de la maîtrise du commerce des épices, Madeleine Ly-Tio-Fane retranscrit parfaitement la dichotomie de cette première entreprise française : entre idéal scientifique porté par des personnages aux destins extraordinaires, enfants de la philosophie des Lumières, et zones d’ombre d’un projet avant tout colonial, mercantiliste et expansionniste. Une ambition illusoire et inachevée, mais dont les traces structurent encore la géographie politique française contemporaine.

The Conversation

Paco Milhiet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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20.05.2026 à 10:05

How does street lighting impact wildlife and when should we turn off the lights?

Samuel Challéat, Chercheur, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Jean Secondi, maître de conférences en Ecologie, Université d’Angers

Kevin Barré, Post-doctorant en écologie appliquée, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Laurent Godet, Chercheur au CNRS, Nantes Université

Léa Mariton, Post-doctorante en sciences de la conservation & éco-acoustique, Inrae

Thierry Lengagne, chercheur CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1

For biodiversity, it’s not just about switching off street lighting, it’s about knowing when and where to turn the lights off.
Texte intégral (4401 mots)

As part-night lighting (i.e., turning off streetlights in the middle of the night) becomes more widespread among local authorities, three studies focusing, respectively, on robins, toads and bats show that, often, turning off the lights for a few hours is not enough to restore natural night. In terms of biodiversity, the challenge is not just about switching off the lights, but knowing when and where to do so.

In recent years, switching off street lighting in the middle of the night has turned out to be a no-brainer for several challenges: reducing energy bills, demonstrating a commitment to energy efficiency, and limiting light pollution and its effects on ecosystems.

From a biodiversity perspective, the best solution would be to have no lighting at all.

But this option clashes with other legitimate uses of night-time spaces: our own! This leaves one question: is switching off the lights for a few hours in the middle of the night really enough to reduce the impact of light on biodiversity? Not necessarily: its effects on organisms depend on the context – location, large-scale light landscape, weather conditions – and the species concerned.

A widespread measure whose biological effects remain poorly understood

Not all species actually use night-time in the same way. The early evening, the middle of the night and the hours leading up to dawn are often associated with different behaviours: foraging, movement, returning to roost, falling asleep and waking up, communication… In this context, part-night lighting may limit certain effects of light pollution on biodiversity… or miss the mark entirely if it doesn’t coincide with species’ peak activity times.

Another important point: switching off lights locally does not necessarily mean returning to total darkness. In towns and cities, nearby lighting – streetlights on adjacent streets, shop signs, shop windows or private lighting – as well as light scattered by clouds often maintain residual brightness. And this effect is not limited to urban zones: in rural areas too, the light halo from towns and cities can remain visible for several dozen kilometres (approx. 15 miles). For the species most sensitive to light, the difference between periods when lights are on and off may, therefore, be minimal, even when public lighting is switched off locally. A local council’s switch-off schedule is therefore not sufficient, on its own, to describe the actual lighting conditions to which animals are exposed.

The European robin, commonly found in cities: switching off the lights in the middle of the night isn’t enough

the European robin (_Erithacus rubecula_)
The European robin (Erithacus rubecula). Giles Laurent, CC BY

This is what we observe in the European robin. For this diurnal bird, part-night lighting is not sufficient, in an urban context, for restoring activity patterns comparable to those observed in unlit areas. Even when streetlights are switched off between 11:00 pm and 6:00 am, the birds tend to sing earlier in the morning and later in the evening than in truly dark areas.

Spectogram of the European robin’s song. Fourni par l'auteur

To test this effect in the Nantes metropolitan area (Loire-Atlantique department) in France, we compared three types of site: unlit sites, sites lit up all night, and sites where street lighting is switched off for part of the night.

We used a simple indicator: the European robin’s song. By recording the soundscape over several days, we can reconstruct the species’ singing patterns across the entire day-night cycle and see how they vary according to light conditions.

The result is clear: sites where lighting is cut off in the middle of the night often look more like sites lit all night than unlit ones. The gap appears mainly at key moments for this species, at dawn and dusk – respectively around 40 minutes before sunrise and 20 minutes after sunset – which correspond to its peak vocal activity.

The familiar bird song of robins, as well as those of the Eurasian wren, chaffinches and blackcaps. Laurent Godet, Fourni par l'auteur737 ko (download)

In our study, the peak in the “dawn chorus” occurs on average before sunrise, by a matter of tens of minutes. However, it is precisely at this time, in an urban landscape that is already well lit, that part-night lighting is barely distinguishable from continuous lighting.

This is no doubt due to the central roles dawn and dusk play in diurnal species: these transitions serve as reference points for synchronising daily rhythms. Many lighting systems still leave lights on in the early evening and switch them back on before dawn. In other words, lights are switched off in the middle of the night, but are kept on at the two times that matter most for synchronising activity.

For a robin, this shift can have very real consequences: singing earlier also means defending its territory earlier, interacting differently with other birds, and bringing forward essential activities such as foraging or attracting a mate.

The data alone does not allow us to conclude that there is a direct effect on reproduction or survival. However, it does show that part-night lighting does not automatically bring the situation back to normal, particularly in urban areas where darkness is often incomplete even when a street or neighbourhood is in the dark.

A bat from Réunion: switching lights off slightly earlier could make all the difference

A free-tailed bat native to the island of Réunion (_Mormopterus acetabulosus_)
A free-tailed bat native to the island of Réunion (Mormopterus acetabulosus). Paul Jossigny, CC BY

For the free-tail bat, a nocturnal bat endemic to Réunion, bringing forward the switch-off times by two hours is enough to mitigate the effect of the lighting at the start of the night. However, this effect persists at the end of the night, when lighting in the morning is switched on early.

We studied this species, Mormopterus francoismoutoui, in a setting that allowed us to go beyond a simple comparison between lit and unlit sites. For one month, at certain sites, the part-night lighting scheme was altered: the streetlights were switched off two hours earlier than usual. This allowed us to compare the situation before and after this change at the same sites, alongside unlit control sites. Bat activity was monitored acoustically, using recording devices to capture their echolocation calls. This is not a direct count of individuals, but an indicator of their activity.

Free-tailed bats in Réunion flying out of a roost. Samuel Challéat, CNRS Nocturnal Environment Observatory, UMR Géode, Fourni par l'auteur

The results show that as long as the streetlights remain on, bats are detected more frequently near the lit areas, particularly at the beginning and end of the night, i.e. during their peak activity periods. When the evening switch-off is brought forward, this effect disappears at the start of the night: the light no longer “structures” their activity as it did before. However, a difference tends to persist before dawn, which is consistent with the morning switch-on remaining unchanged. Bats therefore still seem to be attracted to lit areas during their peak of activity before dawn, particularly when the weather was favourable.

This result highlights an important point: the effectiveness of part-night lighting depends on how much it overlaps with the activity rhythms of the species present. Turning off the lights in the middle of the night may have little effect if a species concentrates its movements and foraging at the beginning or end of the night. Conversely, a seemingly modest adjustment – in this case, switching off the lights two hours earlier in the evening – may be enough to mitigate the effect of lighting for part of the night.

However, we must exercise caution when interpreting these findings. A higher presence near streetlights does not necessarily mean that light is beneficial. It may reflect an opportunity, for example, if insects are attracted to the light but it may also indicate more ambiguous effects: altered movement patterns, a concentration of individuals in certain areas, increased competition, or greater exposure to predators. In other words, these results primarily show a redistribution of activity over time and space, without allowing us to conclude that artificial lighting is, in itself, beneficial or harmful.

For toads, partial switch-off remains only a partial solution

Spiny toad (_Bufo spinosus_)
Spiny toad (Bufo spinosus). Frank Vassen, CC BY

For the spiny toad (Bufo spinosus), a primarily nocturnal amphibian, part-night lighting mitigates certain effects of artificial light to some extent, without recreating the conditions of a truly dark night.

The spiny toad is a common species in southern and western France, frequently found near inhabited areas, including urban and suburban settings. For its very close relative, the common toad (Bufo bufo), artificial light at night is already known to affect behaviour, physiology and even gene expression in cells: over 1,000 genes malfunction when the animals are exposed to low-intensity light at night! However, in these animals, activity is often most pronounced at the start of the night, suggesting that part-night lighting can, at best, only mitigate the effects.

What is meant by ‘gene expression’?

  • Gene expression refers to the way in which an organism “activates” or “deactivates” certain genes, depending on the time of day, the environment or the state it is in. Not all genes are active all the time. Depending on whether it is day or night, or whether an animal is resting, active or under stress, certain genes are activated more than others. This enables the production of the molecules necessary for the organism to function. To say that artificial light can alter gene expression therefore means that it does not merely change the visible behaviour of animals: it can also profoundly affect their biological functioning.

We tested this hypothesis experimentally on individuals from one of the areas least affected by light pollution in western France – in Mayenne and Orne. Three groups were formed: one group was kept in natural darkness, one group was exposed to low light levels throughout the night (0.5 lux) and one group was subjected to a part-night lighting scheme between 11:00 pm and 5:00 am, but with the same light intensity of 0.5 lux for the rest of the night. After at least nine days of exposure, we monitored the males’ activity via video during the night.

The distance travelled varied little between the different groups, no doubt partly due to the experimental setup. However, one finding stands out clearly: the longer the toads are exposed to light, the more time they spend in their shelter. The individuals subjected to part-night lighting occupy an intermediate position between those placed in darkness and those exposed to light all night. This is also the only group to show a resumption of activity after the lights were switched back on at 5:00 am.

For a toad, this can have very real consequences: spending more time in hiding potentially means having less time to forage for food, find a mate or move to another site. The surge in activity observed when the lights were switched on again could represent extra energy spent or a source of stress. Part-night lighting therefore reduces certain behavioural effects, but for these animals it does not seem to be equivalent to a completely unlit night.

We still do not know whether this attenuation also results in a reduction in the physiological or genetic effects of artificial light. We also need to gain a better understanding of the impact of a sudden change in light intensity, both when the lights are switched off and when they are switched back on.

A common finding: the importance of key moments during the night

It would be an oversimplification to conclude that part-night lighting is pointless. However, our findings serve as a reminder that it is primarily designed with human night-time activities in mind – when public spaces are less busy and traffic is lighter – rather than with the times when light has the greatest influence on biodiversity.

In our three studies, it is precisely the early and late hours of the night that appear to be decisive. For robins, maintaining light at dusk and dawn is sufficient for sustaining shifts in activity, even when the lights are switched off in the middle of the night. For free-tail bats, bringing forward the evening switch-off reduces the effect of light at the start of the night but not at the end of the night if the morning switch-on remains unchanged. Where toads are concerned, switching the lights back on at the end of the night revives activity at a time when it would normally be decreasing. In all three cases, the conclusion is the same: to be effective, part-night lighting must coincide with the periods when species are most sensitive to light and produce a genuinely perceptible reduction in brightness.

Finally, describing part-night lighting simply as “turning lights off” can be misleading. This method of managing street lighting also involves abrupt, artificial transitions: switching on, switching off, and switching on again, which can disrupt organisms. Turning off the lights in the middle of the night is, therefore, not just about less light: it is also another way of artificially dividing up the night.

What are the implications for local action?

These findings do not, of course, provide a one-size-fits-all solution. However, they suggest three key measures if we are to ensure that part-night lighting also benefits biodiversity.

Firstly, adjust lighting schedules around dusk and dawn, which are often crucial for species’ rhythms and activity. Secondly, reduce light spill from areas that remain lit – adjacent streets, shop signs, private lighting – so that switching off the lights results in a real reduction in brightness. Finally, adapt the lighting strategy to suit different locations – city centres, residential areas, the outskirts of nature areas – rather than applying the same rule everywhere.

Such planning decisions are best informed by both environmental expertise and residents’ experience, so as to identify sensitive locations and times, make decisions transparently, and then adjust the choices in light of feedback and observations.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Samuel Challéat is coordinator of the CNRS Nocturnal Environment Observatory, director of CNRS GDR 2202 LUMEN (Light & Nocturnal Environment), and deputy director of UMR 5602 GÉODE (Geography of the Environment, CNRS, Toulouse 2 University). He has received funding from La Réunion National Park as part of the FENOIR programme, and from the CNRS Mission for Transversal and Interdisciplinary Initiatives (MITI) as part of the OUTRENOIR programme.

Jean Secondi est membre du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS

Kévin Barré est membre de l'Observatoire de l'environnement nocturne du CNRS et du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS. Il a reçu des financements du Parc national de La Réunion et de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS

Laurent Godet is a member of UMR 6554 LETG, the CNRS Nocturnal Environment Observatory, and the CNRS GDR2202 LUMEN (Light & Nocturnal Environment). He has received funding from the Réunion National Park, the CNRS Mission for Transversal and Interdisciplinary Initiatives (MITI) and the Fondation de France as part of the LARN project.

Léa Mariton is a member of the CNRS Nocturnal Environment Observatory and of the CNRS GDR 2202 LUMEN (Light & Nocturnal Environment). She has received funding from La Réunion National Park and from the CNRS Mission for Transversal and Interdisciplinary Initiatives (MITI).

Thierry Lengagne est membre du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS.

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19.05.2026 à 16:40

Wise leadership pays off. Here’s how to apply it in the workplace

Abderrahman Hassi, Associate Professor of Management , Al Akhawayn University

Giovanna Storti, Professor and Advisor for the Employment and Social Development, Canada, Al Akhawayn University

Companies and managers aiming for organizational excellence should “wise up”. Here’s how.
Texte intégral (1931 mots)

In a global context marked by chaos and turbulence, technological advancements, health crises, marketplace alterations, shifting demographics and organizational foolishness, the demand for more adaptive and reflective forms of leadership has become a necessity. Given this context, wisdom can provide a meaningful understanding of “good” leadership to navigate such turbulence and seize the opportunities that come along with it. As such, wisdom constitutes a cornerstone of effective leadership and serves as a key driver of organizational excellence.

How do leaders ‘wise up’?

To put wisdom to good use in leadership, in one of our research pieces, we developed a valid “wise leadership scale”, designed to assess the extent to which leaders and managers demonstrate wisdom within organizations by gathering data in France and Morocco. In a recent research output, we validated the new wise leadership scale using data collected from Canada, China and Morocco. How do we define wise leadership?

Wise leadership is oriented toward enabling others to contribute meaningfully to the flourishing of individuals, organizations, and the wider community.

We conceptualised wise leaders as individuals who enact normatively positive behaviours through four mechanisms:

  • Intellectual shrewdness

This involves the ability to recognise, comprehend, and make sound decisions in both predictable and unpredictable situations. It entails quickly detecting subtle cues and underlying dynamics, anticipating potential difficulties, and generating actionable insights, even in ambiguous and uncertain contexts.

Wise leaders grasp what needs to be done and are acutely aware of the repercussions of their decisions and actions. To establish facts and provide deductive explanations without rushing to judgement, they rely on reasoned and circumspect observation. Wise leaders also possess the intellectual abilities required to realise their envisioned future by selecting the appropriate course of action at the right moment, while carefully considering the prevailing circumstances.

A lack of intellectual shrewdness along with sound judgement and foresight among high-ranking executives and engineers resulted in Volkswagen’s Dieselgate scandal in 2015.

The latter was about setting up unauthorised software to evade nitrogen oxide emission regulations. The individuals concerned were intelligent leaders with remarkable engineering and financial abilities. Nonetheless, they exhibited poor judgement and unwise behaviour as they did not adequately assess the potential repercussions or anticipate the harmful consequences for both the company and themselves of tampering with emission tests. The scandal resulted in a colossal loss of over €33 billion in penalties and settlements for Volkswagen.

  • Spurring action

This refers to the capacity to inspire and mobilise others around a compelling vision. Wise leaders help subordinates perceive a positive future vision as both meaningful and attainable.

Spurring action involves directing followers toward actions that yield desired outcomes that followers themselves recognise and appreciate as wise. To this end, wise leaders display specific traits and behaviours that enable them to align individual and organizational goals. Wise leaders additionally, actively develop the potential of their followers, elevating them to new levels of performance and growth. On top of this, wise leaders are also able to bring people with varying interests together, even by resorting to power if necessary. Lastly, by fostering a sense of purpose, nurturing trust, building strong human connections, and creating opportunities for organizational members to work collaboratively, wise leaders entice subordinates to achieve positive work outcomes.

When Tadataka Yamada took over as chairman of R&D at Glaxo SmithKline (GSK) in December 2000, his company was one of 39 pharmaceutical companies suing the South African government for violating price protections and patent infringement for AIDS medicines over access to drug therapies for needy patients.

Given the patients’ powerless position to alter the course of the legal process, Yamada opted to be a part of the solution to global health problems, rather than a party to a lawsuit that prevented such treatments from reaching those in desperate need.

In one-on-one meetings with each GSK board member, Yamada emphasised GSK’s moral obligation to relieve human suffering and associated it with the company’s long-term performance. All 39 corporations withdrew their legal action against South Africa in April 2001. GSK’s business strategy in developing countries, stakeholder relations, and reputation were all positively impacted by this decision.

  • Moral conduct

This refers to how far morals, values, and principles guide wise leaders’ day-to-day interactions with stakeholders in a consistent, truthful, and ethical manner. Wise leaders avoid excess and greed, uphold high ethical standards and prioritise virtuous outcomes. In practice, wise leaders balance their own interests with those of others, carefully evaluate the moral implications of their decisions and actions, and consistently adhere to their ethical principles. To achieve this, wise leaders rely on a strong moral compass that provides clear behavioural guidelines, ensures consistency between words and deeds, and reinforces their moral commitment. As a result, they serve as role models for their followers; their organizations function harmoniously, grounded in a noble purpose aimed at delivering benefits to the greatest number of people.

As an example, Mario Rovirosa, CEO of Ferrer – Spain’s first B corp pharmaceutical company, stresses that the brand’s slogan “Ferrer for good” says it all: it is the company’s purpose to “do good” in society and on the planet, and asserts that Ferrer harnesses its pharmaceutical activity to obtain the required resources to do good.

Rovirosa spearheaded Ferrer to become the first Spanish pharmaceutical laboratory to obtain the B Corp certification that is awarded by B Lab to firms that meet high standards of social and environmental performance, accountability, and transparency.

Ferrer takes into account the effects corporate decisions have on their employees, customers, suppliers, community, and the physical environment. Recently, the company conferred more than half of its profits to social and environmental initiatives.

  • Cultivating humility

Cultivating humility involves a balanced sense of self-worth that lies between the vices of deficiency and excess. Wise leaders deeply value their expertise and knowledge yet continually subject them to critical scrutiny. They are committed to lifelong learning as they strongly believe that true wisdom also stems from the vast realms of knowledge that remain unexplored. Wise leaders remain open to learning from all sources, including subordinates, and readily acknowledge that they do not know everything.

Moreover, the humility of wise leaders is evident in their willingness to openly admit mistakes and draw valuable lessons from them. Finally, wise leaders willingly adopt the perspectives of others, rather than exclusively rely on self-focused stances. In so doing, they truly guard against intellectual arrogance and ignorance.

When Anne Mulcahy took the reins of Xerox in 2001, it was recommended that she announce the company’s bankruptcy. Xerox was losing 300 million dollars each year. However, she chose not to take the “easy path”. When confronted with daunting obstacles, Mulcahy favoured dialogue over speeches and exhorted staff to share critical viewpoints and even discordant stances, and hence succeeded in accommodating diverse perspectives and expectations.

Anne Mulcahy’s tenure as CEO at Xerox is a shining example of operational efficiency and cultivating humility, which is part of wise leadership.

Mulcahy did what the vast majority of leaders would not do: she approached junior subordinates to mentor her in product development, engineering, and finance. Mulcahy ended up saving Xerox and improving its profitability by slashing both its capital expenditures and total debt in half, and cutting its general and administrative expenses by one third.

The proposed wise leadership model broadens the scope of existing approaches, such as authentic, ethical and transformational leadership, by incorporating the core components of judgement, action, morality, and humility.

This new wise leadership scale can serve as a practical tool to assess the degree of wise leadership demonstrated by current employees and to identify individuals with (un) wise tendencies during leadership recruitment and selection processes.

It also offers a valuable mechanism to design and deliver targeted leadership training and development programmes aimed at fostering wisdom in leaders, which may lead, in turn, to generating positive organizational outcomes.


The European Academy of Management (EURAM) is a learned society founded in 2001. With over 2,000 members from 60 countries in Europe and beyond, EURAM aims at advancing the academic discipline of management in Europe.


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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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19.05.2026 à 16:38

Why Washington’s Hilton hotel connects Reagan and Trump: when violence becomes a test of power

Florian Leniaud, Docteur en civilisation américaine. Membre associé au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Forty-five years apart, two assassination attempts on American Presidents rather uncannily happened at the very same location. This case of history repeating itself offers much food for thought.
Texte intégral (2275 mots)

The assassination attempt targeting Donald Trump and several of his most senior cabinet members on April 26 took place at Washington’s Hilton Hotel, the very site where Ronald Reagan had been seriously wounded in a shooting 45 years earlier.

This parallel invites us to examine how the physical attacks suffered by the two Republican presidents reshaped their public image, as well as the ways in which they responded to them.

Forty-five years after the assassination attempt against Ronald Reagan on March 30, 1981, another attack targeting Donald Trump has occurred in the very same place: Washington’s Hilton Hotel.

This detail is far from insignificant, because it transforms an isolated event into a sense of continuity. The location itself becomes a stage. Political violence no longer appears merely as a singular event; instead, it seems to reenact itself, linking two presidential figures through a shared ordeal.

A place that turns violence into narrative

In 1981, Ronald Reagan, whose lung had been punctured by a bullet fired at point-blank range by John Warnock Hinckley Jr.., emerged from the episode profoundly strengthened.

Images of his discharge from the hospital, his humour in the face of mortal danger, and the media narrative surrounding the event all helped to durably establish the image of a leader who had endured, and survived, a major ordeal. Only hours after being shot, Reagan joked to his surgeons, “I hope you are all Republicans.”

The remark immediately spread across the country and helped shape the image of a courageous president, composed and self-assured even in the face of death.

Today, Trump – who had already experienced a similar moment on July 14, 2024, when he emerged with a raised fist and a bloodied ear after surviving an assassination attempt at a campaign rally — appears in a different yet comparable situation in one crucial respect: exposure to violence reinforces the posture of a besieged leader. For nearly a decade, his political rhetoric has largely rested on the idea of an America under threat, surrounded by enemies both foreign and domestic. Each attack therefore strengthens an already established narrative: that of a leader targeted precisely because he embodies a form of political resistance.

In both cases, the event therefore extends beyond the violent act itself, as it is immediately absorbed into a political narrative. Yet this narrative does not operate on its own. It relies on sustained media coverage that transforms violence into a major political sequence. If violence creates the event, the mediated narrative turns it into a political moment.

A premeditated attack in a highly symbolic space

The information now available about the April 25 attacker, Cole Tomas Allen, confirms that he had planned the attack well in advance. The 31-year-old man had crossed the United States carrying several weapons and had booked a room at the Hilton weeks beforehand.

According to investigators, he intended to target Donald Trump as well as several political officials attending the White House Correspondents’ Dinner.

His writings, a mixture of confession, political manifesto, and farewell message, reveal an accumulation of personal and political grievances directed at the Trump administration.

Authorities also indicated that he did not expect to survive the attack, anchoring his actions in a sacrificial logic that has become relatively common in contemporary mass violence. This dimension is important because it moves away from the idea of a purely impulsive or irrational act. Research on mass shooters has highlighted trajectories often marked by social isolation, forms of humiliation, or a search for recognition. In many cases, the act of violence emerges within an environment saturated with violent and highly mediatised narratives.

Media coverage therefore does not merely function as a channel of information. Through the repeated circulation of images and attackers’ names, it can, for certain individuals, contribute to making such acts seem genuinely possible — that is, imaginable. As violence is replayed continuously, it becomes embedded within a familiar mental horizon in which acting out violently may come to appear as a brutal means of attaining public visibility.

The location as a political stage

The choice of location plays a central role in this dynamic. These attacks do not occur in neutral spaces: schools, shopping malls, universities, sites of political power, and government buildings all concentrate visibility and media resonance. They function as stages exposed to the nation as a whole.

The Washington Hilton functions, in this respect, as a space of political memory. Already associated with the assassination attempt against Ronald Reagan, it instantly transforms the event into part of a historical continuity. This site of memory generates meaning even before any political interpretation takes shape and extends far beyond the individual act itself.

The comparison between Cole Tomas Allen and John Warnock Hinckley Jr.. nevertheless highlights important differences. Hinckley acted within a deeply personal and obsessive logic combining media fascination with a fixation on the actress Jodie Foster. Allen, by contrast, appears to have been engaged in a far more overtly political and ideological undertaking.

Yet one common feature remains: in both cases, the act targeted a highly visible space now heavily charged with symbolic meaning. Contemporary political violence therefore does not target individuals alone. It also targets places, symbols, and narratives.

A media polarisation that immediately transforms violence into political confrontation

This evolution cannot be understood without situating these events within the recent history of the American media landscape. The Ronald Reagan presidency marked a major turning point with the gradual disappearance of the Fairness Doctrine in the late 1980s. Until then, this regulation had required broadcast media to cover controversial issues in a balanced manner.

Its repeal gradually paved the way for a far more polarised media system, in which information became a space of permanent ideological confrontation. The rise of conservative talk radio, followed by cable news networks and social media platforms, fragmented the American public sphere into competing narratives.

In this context, every violent event immediately becomes the object of competing interpretations. For Donald Trump supporters, the attack reinforces the idea of a leader persecuted for challenging parts of the political and media establishment. For his opponents, by contrast, the attack reflects a climate of political tension to which Trump’s rhetoric and his tendency to polarise public debate are seen as having contributed.

Violence thus ceases to be merely a shared tragedy and becomes instead an element of political struggle, used by each side to reinforce its own interpretation of the country, power, and threat.

Firearms as a political imaginary

The issue of firearms occupies a central place in this dynamic. Their widespread circulation sustains a political imaginary grounded in self-defence and the perception of permanent threat. In the United States, firearms are not merely associated with security or recreation; they also function as a cultural and identity marker deeply rooted in sections of American conservatism.

This system operates in a self-reinforcing loop: fear encourages armament, while the omnipresence of firearms makes violence more likely. Each new attack generates a sense of insecurity that, in turn, further legitimises gun ownership.

It is precisely within this tension between gun culture and the direct experience of violence that the comparison between Ronald Reagan and Donald Trump becomes particularly revealing. Reagan, despite being a major figure of American conservatism and a defender of the Second Amendment, gradually shifted his position after surviving the 1981 assassination attempt, notably in an op-ed published in The New York Times. In the 1990s, after leaving office, he publicly supported the Brady Act, legislation strengthening background checks on firearm sales — named in honour of James Brady, the White House press secretary who was severely wounded alongside the president on March 30, 1981, and left permanently disabled by his injuries. Reagan then acknowledged that stricter gun regulations could have saved lives.

Donald Trump, by contrast, has maintained a firmer defence of gun rights, including after having personally been targeted by violence. This difference reflects a deeper transformation within the Republican camp: for Ronald Reagan, violence led, at least partially, to a form of reassessment, whereas for Trump it has tended instead to reinforce an already consolidated political narrative centred on danger and confrontation.

When the place outlives the event

The attack against Donald Trump is not an isolated event. It occurred within a broader context of political polarisation and violence targeting public officials in the United States.

The January 6 United States Capitol attack had already revealed the intensity of a polarisation in which part of the political conflict has now shifted onto the physical and security terrain.

Perhaps most striking, however, is the persistence of the place itself. Forty-five years after Reagan, Washington’s Hilton Hotel reemerges as though certain spaces retain the memory of the violence that has passed through them. The location no longer merely hosts the event; it gives it an immediate historical depth and connects multiple moments of American political life through the same stage.

From Reagan to Trump, the political effects may differ, but one constant remains: exposure to violence can strengthen the symbolic power of political authority. While political violence has long been part of American history, its constant media circulation and its inscription within a deeply polarised landscape now give it a particular resonance, in which every attack immediately becomes a political and media confrontation that extends far beyond the event itself.


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The Conversation

Florian Leniaud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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