05.11.2026 à 14:58
Priya Bhardwaj, Senior Researcher in Orthopedic Surgery, Washington University in St. Louis
L’ESSENTIEL
À la ménopause, les changements hormonaux peuvent mener à une perte de densité osseuse.
Cette perte de densité osseuse, qui peut déboucher sur le développement d’une ostéoporose, commence parfois longtemps avant la fin des règles.
La détecter tôt permet de mettre en place des mesures pour la freiner : modification de l’alimentation, activité physique, traitements médicamenteux…
Les squelettes qui, à l’époque d’Halloween, se retrouvent suspendus aux portes des voisins ou mis en scène dans leurs jardins semblent être des structures immuables. Celui qui constitue notre charpente interne, cependant, ne cesse de se transformer. Aux alentours de la ménopause, ces modifications peuvent basculer vers une perte osseuse, le plus souvent sans qu’aucune douleur ni aucun autre symptôme ne se manifestent.
En tant que chercheuse spécialiste de la biologie du squelette à la faculté de médecine de la Washington University de Saint-Louis, j’étudie la manière dont les signaux hormonaux et métaboliques influencent le renouvellement osseux. La ménopause est à mes yeux un moment privilégié pour aborder les questions touchant à la santé du squelette.
La ménopause n’est confirmée qu’au terme de douze mois consécutifs sans survenue de règles, en l’absence de toute autre explication. Cependant, la perte osseuse qui peut résulter de ce changement peut commencer à s’accélérer dès avant la fin des règles. Autrement dit, la perte osseuse peut s’emballer avant même qu’une femme sache que ses dernières règles étaient bel et bien les dernières.
L’os est un tissu vivant, en perpétuel renouvellement. Au cours de ce processus, appelé remodelage, des cellules nommées ostéoclastes résorbent l’os ancien, tandis que d’autres, les ostéoblastes, fabriquent le tissu qui le remplace.
Les œstrogènes participent à la régulation de ce renouvellement. Lorsque leur taux décline, autour de la ménopause, la résorption peut prendre le pas sur la reconstruction, favorisant la perte osseuse et l’ostéoporose, une maladie qui rend les os plus fragiles et plus poreux.
L’ostéoporose peut toucher les femmes comme les hommes. Si elle devient plus fréquente au fur et à mesure de l’avancée en âge, elle peut toutefois aussi survenir chez des personnes plus jeunes. Bien souvent, elle est silencieuse : elle ne se traduit par aucun symptôme perceptible, jusqu’à la survenue d’une fracture.
Le calendrier selon lequel cette perte se produit a été mis en évidence par des travaux menés sur les données de la Study of Women’s Health Across the Nation, une étude américaine de long terme consacrée aux femmes autour de la cinquantaine. Une analyse portant sur 862 participantes a mis en regard l’évolution de leur densité osseuse et la date de leurs dernières règles. Ces travaux ont révélé qu’en moyenne, la perte au niveau du rachis lombaire et de la hanche était la plus rapide dans l’intervalle de temps s’étendant d’environ un an avant les dernières règles à deux ans après. Elle ralentissait ensuite, sans pour autant s’interrompre.
Ces résultats ne signifient pas que toutes les femmes perdent la même quantité d’os à cette période de leur vie, ni qu’elles développeront toutes une ostéoporose. Ils soulignent en revanche pourquoi, plutôt que de considérer la perte osseuse comme une préoccupation réservée aux femmes âgées, il faut accorder une attention particulière à la transition ménopausique.
Pour évaluer le risque de fracture d’une personne, les médecins tiennent compte de divers facteurs, parmi lesquels : un faible poids corporel, le fait de fumer, d’avoir une consommation d’alcool excessive, ou encore l’existence d’un antécédent de fracture de la hanche chez l’un des parents. Afin d’estimer ce risque, la densité minérale osseuse est mesurée par ostéodensitométrie. Le résultat de cet examen constitue une information précieuse, qui est interprétée à la lumière des antécédents médicaux et des facteurs de risque (en France, l’ostéodensitométrie est prise en charge par l’Assurance-maladie sur prescription médicale, en présence de facteurs de risque définis par la Haute Autorité de santé (HAS), et non sur un critère d’âge, NdT).
Aux États-Unis, l’U.S. Preventive Services Task Force, un comité indépendant d’experts en médecine préventive, recommande le dépistage de l’ostéoporose chez toutes les femmes de 65 ans et plus. Il préconise également de dépister les femmes ménopausées plus jeunes lorsque leurs antécédents ainsi que d’autres facteurs de risque laissent présager une probabilité accrue de fracture. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut que chaque femme passe un tel examen dès que ses cycles se modifient.
Au-delà de ce dépistage systématique, les personnes déjà atteintes d’ostéoporose, celles qui se sont fracturé un os lors d’une chute bénigne ou celles qui souffrent d’une maladie ou prennent des médicaments entraînant une perte osseuse, doivent bénéficier d’une évaluation adaptée à leur situation.
Un essai clinique britannique a mis en lumière l’intérêt de repérer les personnes à haut risque et de leur recommander un traitement. Au cours de ces travaux, plus de 12 000 femmes âgées de 70 à 85 ans ont bénéficié soit de la prise en charge habituelle, soit d’un dépistage puis, pour celles jugées à haut risque, de recommandations thérapeutiques. Sur cinq ans, les femmes du groupe dépisté ont moins souvent subi une fracture de la hanche que les autres.
En revanche, lorsque les chercheurs ont considéré l’ensemble des fractures ostéoporotiques, tous sites confondus, ils n’ont pas observé de réduction statistiquement significative. Ces résultats plaident en faveur d’un dépistage couplé à un traitement chez les femmes âgées, mais ne disent rien du moment où il conviendrait de l’entreprendre au cours de la transition ménopausique.
Les os réagissent aux contraintes qui s’exercent sur eux. Les activités en charge, comme la marche ou la montée d’escaliers, les obligent à supporter le poids du corps. Les exercices de renforcement musculaire, avec des haltères, des bandes élastiques ou le seul poids du corps, leur imposent des contraintes supplémentaires, sous l’effet de la traction exercée par les muscles. Travailler l’équilibre – en faisant du tai-chi, par exemple, ou en effectuant des exercices consistant à transférer son poids d’un pied sur l’autre – peut améliorer la stabilité et aider à prévenir les chutes. Pour être bénéfique pour les os, une activité doit donc associer plusieurs types de mouvements.
Un essai clinique australien dont les résultats ont été publiés en 2018 a cherché à savoir si un programme supervisé associant un renforcement musculaire à charges lourdes et des exercices d’impact pouvait améliorer la densité osseuse et les capacités physiques de femmes ménopausées présentant une faible masse osseuse. Au bout de huit mois, les participantes à ce programme avaient obtenu de meilleurs résultats que celles qui avaient suivi un programme d’exercices à domicile moins intensif. Les femmes incluses dans cet essai avaient été soigneusement sélectionnées, et l’entraînement était étroitement encadré.
Ces progrès sont encourageants, mais un gain de densité osseuse n’équivaut pas à une diminution des fractures : l’essai n’a pas permis d’établir que son programme en réduisait le nombre. Par ailleurs, les personnes atteintes d’ostéoporose, ayant déjà subi une fracture ou souffrant de limitations physiques, peuvent avoir besoin de conseils sur les mouvements à effectuer et les charges appropriées à utiliser.
Développer sa force musculaire et son équilibre favorise la mobilité autant que la santé osseuse. Le choix d’une activité adaptée dépend de la situation de chacun.
L’alimentation intervient elle aussi sur la santé du squelette. Le calcium fournit le minéral qui confère aux os leur solidité, tandis que la vitamine D en favorise l’absorption par l’organisme. Parmi les aliments riches en calcium figurent les produits laitiers, les alternatives végétales enrichies, les sardines ou le saumon en conserve (consommés avec leurs arêtes), ainsi que certains légumes, comme le pak-choï ou le brocoli.
Lorsque les apports sont insuffisants, ou en cas de carence, une supplémentation en calcium ou en vitamine D peut s’avérer utile. Elle ne se substitue pas pour autant aux médicaments destinés à traiter l’ostéoporose, lorsque ceux-ci sont nécessaires : alimentation équilibrée et traitement vont de pair. À ce sujet, soulignons qu’avoir une alimentation équilibrée suppose également que celle-ci contient des quantités suffisantes de protéines.
Le traitement hormonal de la ménopause par voie systémique – lorsque les hormones administrées diffusent dans l’ensemble de l’organisme – peut soulager les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes gênantes, et contribuer à prévenir la perte osseuse et les fractures. Ses bénéfices et ses risques dépendent de l’âge, du temps écoulé depuis la ménopause, des antécédents médicaux et du traitement employé (en France, fin 2025, la HAS a confirmé l’intérêt de ces traitements dans la prévention de l’ostéoporose), en soulignant que « leur utilisation ne peut pas être recommandée pour toutes les femmes compte tenu de leur profil de tolérance comportant de multiples risques touchant différents organes : système veineux, cardiovasculaire, sein, ovaire, endomètre. », NdT).
Chez les femmes de moins de 60 ans ou ménopausées depuis moins de dix ans, et en l’absence de contre-indication médicale, la balance bénéfice-risque du traitement hormonal de la ménopause est généralement favorable pour traiter les symptômes gênants et prévenir la perte osseuse. Cela ne signifie pas qu’un tel traitement convient à toutes. Les patientes doivent discuter avec leur médecin de leurs symptômes, de leur santé osseuse et des risques individuels qu’elles encourent, et cette décision doit être réexaminée au fil du temps (en France, la HAS recommande de réévaluer la situation au moins une fois par an), en prenant en considération l’évolution du rapport bénéfice/risque).
D’autres médicaments de l’ostéoporose permettent aussi de freiner la résorption osseuse ou de stimuler la formation d’os.
Les médecins restent aussi vigilants quant au fait que la ménopause n’explique parfois que partiellement la survenue d’une perte osseuse. Une telle situation peut en effet aussi découler de certaines maladies ou de la prise de traitements susceptibles de fragiliser les os.
C’est notamment le cas de certains troubles hormonaux, tels que l’hyperparathyroïdie primaire. Chez les personnes affectées par ce dérèglement hormonal, une ou plusieurs des glandes parathyroïdes, situées dans le cou, produisent trop d’hormone parathyroïdienne. Ce dérèglement peut accroître le taux de calcium dans le sang et fragiliser les os. Son diagnostic peut donc modifier la prise en charge de l’ostéoporose. Cet exemple montre à quel point il est important de rechercher l’origine exacte d’une perte osseuse, plutôt que de l’imputer simplement au vieillissement.
À ce sujet, signalons que les affections digestives ou l’administration d’une corticothérapie au long cours peuvent, elles aussi, avoir des effets sur la densité osseuse.
Tous ces conseils relatifs aux examens et aux traitements partent du principe que les patientes peuvent accéder aux soins. Or, ce n’est pas toujours le cas, et le manque d’accès aux soins peut réduire les options disponibles pour les patientes, comme l’a montré un audit mené en 2025 dans 22 pays et territoires de la région Asie-Pacifique.
Ces travaux ont mis en évidence de fortes disparités dans l’accès à la prise en charge de l’ostéoporose : selon le lieu considéré, les délais d’attente pour une ostéodensitométrie pouvaient aller du jour même à une attente de près d’un an. Les auteurs ont également constaté que le manque de remboursement des médicaments rendait les traitements difficilement abordables pour les patientes (cet audit régional avait porté sur l’ostéoporose en général, et pas uniquement sur la période de la ménopause).
Améliorer la prévention passe donc non seulement par la sensibilisation du public, mais aussi par la mise en place de systèmes de santé qui rendent les examens, le suivi et l’accès aux médicaments abordables pour les patientes.
La ménopause peut être vue comme une occasion de faire le bilan de santé de son squelette, avant que les problèmes ne s’installent. Selon les résultats, diverses recommandations pourront être formulées : réaliser une évaluation du risque d’ostéoporose, pratiquer une activité physique adaptée, effectuer des changements dans son alimentation, ou entreprendre un traitement médical. Une chose est claire : il peut être bénéfique d’engager une conversation sur sa santé osseuse avec son médecin bien avant qu’une fracture ne l’impose.
Priya Bhardwaj travaille à la faculté de médecine de l'université de Washington à Saint-Louis. Elle siège au comité de pilotage du groupe de travail « Os et minéraux » de l’Endocrine Society, ainsi qu'au comité du groupe d'intérêt spécial « Les femmes dans le domaine des os et des minéraux » de l’American Society for Bone and Mineral Research (ASBMR).
05.11.2026 à 14:56
Nima Shokri, Adjunct Professor, Institute for Water, Environment and Health (UNU-INWEH), United Nations University; Technical University of Hamburg

L’ESSENTIEL
L’autorité turque des catastrophes a recensé 684 dolines autour de Konya, de Karaman et d’Aksaray, le grenier à blé du pays, où une vingtaine de ces trous géants s’ouvrent chaque année.
Le pompage des nappes pour l’irrigation fait baisser la pression de l’eau et déstabilise des cavités dans le calcaire.
Alors que la Turquie accueille la COP31, du 9 au 20 novembre 2026, protéger champs, routes et vies suppose de traiter l’eau souterraine comme une ressource finie.
Le plateau anatolien central est l’une des principales régions agricoles de la Turquie, où sont produits du blé, du maïs, de la betterave sucrière et d’autres cultures. Cependant, sous ses champs cultivés, le sol devient de plus en plus instable.
De grandes dolines, dont certaines mesurent plusieurs dizaines de mètres de large et de profondeur, sont apparues dans tout le bassin de Konya (en Anatolie centrale), engloutissant des terres agricoles et menaçant les routes et les habitations voisines.
Ces effondrements peuvent survenir brutalement, parfois dans des champs cultivés depuis des générations. Selon une étude récente, une vingtaine de dolines se forment chaque année.
Appelées localement obruks, les dolines ne sont pas un phénomène géologique nouveau. Elles existent dans le bassin de Konya depuis des milliers d’années, mais elles sont devenues bien plus fréquentes au cours des dernières décennies.
Les dolines de Konya sont donc à la fois un risque géologique et le signe d’un problème plus large de gestion de l’eau. Les cavités situées sous les champs sont le produit de processus géologiques étalés sur des milliers d’années, mais leur instabilité récente survient dans un système d’eaux souterraines profondément modifié par l’activité humaine et de plus en plus exposé à la sécheresse.
Alors que les représentants de pays du monde entier s’apprêtent à se rendre en Turquie pour parler du changement climatique lors de la COP31, la conférence des Nations unies sur le climat (organisée à Antalya, du 9 au 20 novembre 2026, NdT), Ankara continue de se débattre avec cette catastrophe environnementale qui s’aggrave sur son propre sol.
L’autorité turque de gestion des catastrophes et des situations d’urgence (AFAD) a récemment recensé 684 dolines dans les provinces de Konya, de Karaman et d’Aksaray, au cœur agricole du pays.
On attribue souvent la multiplication des dolines à la sécheresse et au changement climatique. Cependant, le pompage intensif des eaux souterraines pour l’agriculture peut aussi accroître le risque d’effondrement.
Des décennies d’irrigation agricole intensive ont modifié les conditions sous la surface du bassin. Par ailleurs, les eaux souterraines, c’est-à-dire les eaux présentes sous la surface de la Terre, ne sont pas renouvelées pendant les longues périodes sèches, ce qui aggrave le problème.
Konya est un bassin endoréique, ou fermé. Autrement dit, l’eau qui entre dans le bassin ne s’écoule pas vers la mer. Elle est stockée sous terre et s’accumule dans des lacs et des zones humides, ou bien retourne dans l’atmosphère par évaporation et par la transpiration des plantes.
Les pluies sont relativement faibles dans cette région, principalement concentrées en dehors de la saison principale de culture. Les eaux souterraines sont donc devenues indispensables à l’agriculture, en particulier pour le maïs irrigué, la betterave sucrière et les cultures fourragères.
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La difficulté, c’est que la demande en eau a dépassé le rythme auquel les aquifères (des massifs de roches poreuses ou de sédiments saturés d’eau souterraine) peuvent se reconstituer. Une étude régionale récente estime la perte annuelle moyenne de stockage d’eau souterraine à l’équivalent de 3,4 centimètres d’eau. Ce chiffre témoigne clairement d’un système soumis à une pression durable.
Une partie du problème tient au fait que la Turquie a connu, en 2025, sa sécheresse la plus grave depuis des décennies, ce qui a accru la pression sur les agriculteurs.
Les agriculteurs répondent souvent à cette pression hydrique en pompant davantage d’eau souterraine, ce qui fait baisser le niveau des nappes. Cela réduit la pression qu’exerce l’eau dans les pores et les fractures des roches et des sédiments, ce qui peut déstabiliser les cavités souterraines existantes et accroître le risque d’effondrement.
Ainsi, les conséquences dépassent la seule pénurie d’eau, car les eaux souterraines exercent aussi des contraintes sur les formations géologiques du sous-sol. Le bassin de Konya renferme de vastes ensembles de roches carbonatées, dont le calcaire. Sur de longues périodes, l’eau souterraine qui circule dans les fractures dissout des minéraux et élargit les ouvertures. Ce processus, appelé karstification, peut créer des conduits, des grottes et des cavités souterraines. Les dolines se forment lorsque les matériaux situés au-dessus de ces vides deviennent instables.
La baisse du niveau des nappes peut aussi modifier la circulation de l’eau et des sédiments dans les cavités souterraines existantes, et permettre à des matériaux meubles de glisser vers le bas. Là où le toit d’une cavité est déjà fragile, ces changements peuvent aussi contribuer à provoquer un effondrement.
Mais la réaction du sous-sol dépend fortement des conditions locales. La profondeur et la forme des cavités souterraines, l’épaisseur et la résistance des couches de roches et de sédiments qui les surmontent, la répartition des fractures et l’historique des variations du niveau des nappes, tout cela compte.
Cela aide à comprendre un résultat important d’une étude consacrée à la formation des dolines dans le bassin de Konya entre 2000 et 2024. Les chercheurs ont observé une forte hausse du rythme annuel de formation, d’environ trois dolines par an sur la période 2000-2010 à 32 par an sur la période 2016-2019. Ce rythme est pourtant retombé ensuite à environ 22 par an après 2020, malgré l’épuisement continu des nappes.
Si la baisse des nappes est en cause, pourquoi se formerait-il moins de dolines alors que leur niveau continue de baisser ? Une explication possible est que, dans certaines zones, les cavités les plus fragiles se sont déjà effondrées. La formation des dolines dépend du nombre de structures souterraines instables, et pas seulement du volume d’eau prélevé.
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Le bassin connaît aussi un autre type de déformation du sol, appelé subsidence, dans lequel la surface s’enfonce progressivement à mesure que les sédiments du sous-sol se tassent. Ce phénomène peut provoquer des fissures dans le sol et endommager routes et bâtiments, même si l’affaissement est souvent trop lent pour être remarqué sans mesures satellitaires.
Des mesures par radar satellitaire ont révélé une subsidence étendue dans la région, atteignant jusqu’à 90 millimètres par an. Contrairement à l’effondrement brutal d’une doline, ce phénomène peut s’installer lorsque le pompage des eaux souterraines accroît les contraintes sur le terrain et comprime les sédiments du sous-sol.
Le problème n’est pas propre à la Turquie. Une analyse mondiale (étude cosignée par l’auteur de cet article, NdT) a estimé que plus de 6,3 millions de kilomètres carrés de terres s’affaissent de plus de 5 millimètres par an. Les chercheurs ont désigné le pompage des eaux souterraines comme le facteur le plus déterminant à l’échelle mondiale.
À Konya, la pression sur les eaux souterraines est étroitement liée à la production agricole. Les agriculteurs cultivent pour des marchés établis et des industries de transformation, souvent dans le cadre de politiques qui ont privilégié des niveaux de production élevés plutôt que les économies d’eau.
L’irrigation permet aux agriculteurs de maintenir leurs rendements pendant les années sèches, mais elle permet aussi de poursuivre la production à des niveaux que les ressources en eau renouvelables du bassin ne peuvent peut-être pas soutenir.
Cependant, limiter les volumes d’eau souterraine prélevés sans accompagner les agriculteurs pourrait faire peser sur eux une forte pression économique, ainsi que sur l’approvisionnement alimentaire du pays. Mais la poursuite de l’épuisement des nappes pourrait saper peu à peu la production agricole qui a fait, à l’origine, l’importance économique de la région.
Une irrigation plus efficace pourrait aider, mais elle ne suffit pas. Si l’eau économisée grâce à de meilleures technologies sert à étendre les surfaces irriguées, la consommation totale d’eau souterraine risque de rester inchangée, voire d’augmenter.
Une réponse de long terme exigerait un suivi fiable du niveau des nappes et des prélèvements, des plafonds de prélèvement contraignants, des incitations agricoles adaptées à l’eau disponible localement et une cartographie détaillée des risques géologiques. Les mesures satellitaires peuvent aider à repérer les zones sous pression.
Le danger le plus immédiat, c’est qu’un autre champ, une autre route ou un autre bâtiment s’effondre, mettant des vies en danger.
Il est difficile d’empêcher l’apparition de la prochaine doline. Le gouvernement turc pourrait s’attaquer au problème. Mais il lui faut pour cela adopter des politiques agricoles qui traitent les eaux souterraines comme une ressource finie, et non comme un substitut permanent à la pluie.
Nima Shokri est affilié à l’Université technique de Hambourg (TUHH).
05.11.2026 à 14:28
Markus Wagner, Professor of Law and Director of the UOW Transnational Law and Policy Centre, University of Wollongong
L’ESSENTIEL
Aux États-Unis, les démocrates, victorieux aux élections de mi-mandat, peuvent contrarier Donald Trump sur sa guerre impopulaire contre l’Iran.
Au Congrès, couper les crédits de guerre exposerait toutefois les démocrates à un retour de bâton, comme pour l’Irak en 2007.
La guerre en Iran a coûté aux États-Unis environ 44 milliards d’euros ; Pékin pourrait en profiter.
La large victoire des démocrates aux élections de mi-mandat aux États-Unis les met en meilleure position pour contrarier le programme du président Donald Trump. Cela vaut aussi pour sa guerre contre l’Iran, profondément impopulaire et coûteuse, qui pourrait figurer parmi leurs premières priorités.
Certes, en tant que président, Trump pourra opposer son veto à toute loi visant à mettre fin à la guerre. Mais les démocrates ont encore un autre atout de poids dans leur manche : couper le financement de la guerre.
Cette stratégie a toutefois ses limites. L’histoire montre que l’exercice de ce pouvoir pourrait déclencher un affrontement politique susceptible de se retourner contre eux. Et même si les démocrates parviennent à mettre fin à la guerre, ils ne pourront peut-être pas réparer les dégâts qu’elle a causés à la position des États-Unis dans le monde.
Les démocrates disposeront de trois options principales pour tenter de forcer la fin de la guerre contre l’Iran. Deux d’entre elles se heurtent toutefois à des limites importantes.
La première option (et peut-être la plus évidente) passe par la loi. Il existe plusieurs façons de procéder. Par exemple, adopter une résolution appelant à la fin de la guerre. Le Congrès s’y est déjà essayé en juin, en adoptant une résolution concurrente (avec le soutien de certains républicains) qui enjoignait au président soit de retirer les forces états-uniennes, soit d’obtenir l’approbation du Congrès avant de les poursuivre. Ils s'appuyaient sur la résolution sur les pouvoirs de guerre de 1973 (War Powers Resolution).
Ces résolutions dites « concurrentes » sont toutefois largement considérées comme non contraignantes. Destinées à exprimer l’opinion ou la volonté du Congrès, elles servent généralement à traiter des questions internes au Congrès.
Trump l’a ignorée. Une résolution similaire a ensuite échoué au Sénat en septembre.
Pour qu’une telle résolution soit contraignante, il faudrait qu’elle ait la force d’une loi adoptée par le Congrès, à laquelle le président opposerait probablement son veto. Et pour passer outre, les démocrates auraient besoin d’une majorité des deux tiers à la fois à la Chambre des représentants et au Sénat. Il faudrait pour cela qu’un nombre important de républicains changent de camp.
Une deuxième option pour les démocrates consiste à lancer une série d’enquêtes parlementaires sur la manière dont la guerre a été menée. Cela passerait probablement par des auditions publiques, des injonctions à comparaître ainsi que des demandes de documents adressées à l’administration Trump.
Les démocrates pourraient également tenter d’engager une procédure de destitution (impeachment) contre de hauts responsables de l’administration Trump. Si Hakeem Jeffries, le démocrate pressenti pour devenir le prochain président de la Chambre des représentants, veut satisfaire certaines des voix les plus progressistes de son parti (ou les voix les plus intransigeantes sur la guerre en Iran ou contre Trump), le secrétaire à la Défense Pete Hegseth pourrait être le premier visé. Mais les motifs d’une telle procédure restent flous à ce stade, et même avec la nouvelle majorité démocrate au Sénat, il serait peu probable qu’il soit condamné, à moins qu’un nombre important de républicains ne changent de camp.
Surtout, ces enquêtes parlementaires sont un processus de longue haleine, peu susceptible de mettre rapidement fin à la guerre.
Le pouvoir plus immédiat dont dispose le Congrès pour mettre fin rapidement à la guerre se trouve dans l’article I, section 9, de la Constitution des États-Unis, qui dispose :
Aucune somme ne sera prélevée sur le Trésor, si ce n’est en vertu de crédits ouverts par la loi […]
C’est ce que l’on appelle le « pouvoir de la bourse » (power of the purse).
Une fois le nouveau Congrès installé en janvier, chaque nouveau dollar que le département de la Guerre de Trump voudra dépenser devra être approuvé par la Chambre des représentants et le Sénat.
Un Congrès contrôlé par les démocrates pourrait ainsi insérer dans le budget de la défense une clause interdisant d’utiliser des fonds pour des hostilités contre l’Iran. Trump pourrait y opposer son veto, mais cela reviendrait aussi à bloquer la solde de tous les militaires.
Les démocrates ont tenté exactement cette approche en 2007, pour imposer un calendrier de retrait des États-Unis d’Irak. Le président de l’époque, George W. Bush, y a opposé son veto, mais la question est devenue un objet de surenchère politique, chaque camp accusant l’autre de priver les troupes états-uniennes de financement.
Les démocrates ont finalement reculé face au risque croissant d’un retour de bâton de la part des électeurs. Aujourd’hui, cette approche serait tout aussi risquée. Les démocrates sont-ils prêts à mettre en jeu leur crédibilité politique si le président les accuse d’avoir laissé tomber les soldats américains ? Qui cédera le premier ?
Une fois la poussière retombée mercredi, Trump lui-même a reconnu que la guerre en Iran avait joué un rôle dans la cuisante défaite du Parti républicain. Mais il a persisté dans sa décision, affirmant qu’il recommencerait si nécessaire pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.
Le vice-président J. D. Vance s’est montré moins sur la défensive. Dans une déclaration détaillée publiée sur X, Vance a déclaré sans détour que la guerre était la raison de la défaite des républicains. Il a ajouté : « toute conversation honnête sur la suite doit commencer par là ».
Vance critique depuis longtemps l’engagement militaire des États-Unis dans des conflits à l’étranger, mais, dans son rôle de vice-président, il a publiquement soutenu les actions de Trump contre l’Iran.
L’écrasante victoire démocrate de cette semaine permet désormais beaucoup plus facilement à Vance, et à d’autres républicains, de rompre avec le président.
Pour Trump, mettre fin à la guerre maintenant serait une humiliation. Les États-Unis ont jusqu’ici englouti près de 50 milliards de dollars (environ 44 milliards d’euros) dans une campagne militaire aux résultats concrets bien maigres.
De plus, l’Iran a montré que le détroit d’Ormuz est un point de passage stratégique qu’il peut contrôler. Il en va de même pour le détroit de Bab el-Mandeb, au large du Yémen, où les houthistes, alliés de l’Iran, ont attaqué des navires marchands. Ces coûts se feront sentir bien après la présidence Trump. La guerre pourrait mettre définitivement fin à l’ordre mondial unipolaire que Washington a bâti après la fin de la guerre froide. Le grand gagnant pourrait bien ne pas être Téhéran, mais Pékin.
Markus Wagner a reçu un financement du ministère australien de la Défense en tant que chercheur principal du projet Weaponised Trade.
05.11.2026 à 12:05
Julien Talbot, Responsable de la stratégie digitale, The Conversation

Les guerres de la bière : quand la mousse fait trembler les empires
Derrière une simple chope de bière se cache une histoire de conquêtes, de rivalités religieuses et de batailles commerciales. Des monastères de Charlemagne à l’Empire britannique, en passant par les conflits entre catholiques et protestants, la bière a souvent été un véritable instrument de pouvoir. Mais pourquoi Charlemagne imposait-il des brasseries dans les abbayes ? Comment la bière a-t-elle financé la puissance britannique ? Et pourquoi Américains et Tchèques se disputent-ils encore le nom Budweiser ?
Avant de jouer, prenez quelques minutes pour lire l’article « De Rome à nos jours, les guerres de la bière ont créé et défait les empires ».
3, 2, 1… À vous !
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05.11.2026 à 10:43
Frédéric Blanc, Professeur de gériatrie et neurologue, chef du service de Gérontologie Mobile-Neuro-Psy-Recherche et du Centre Mémoire de Ressources et de Recherche (CMRR), chercheur au sein de l'équipe IMIS du laboratoire ICube, Université de Strasbourg, Université de Strasbourg
Robin Williams, Monica Vitti, Patrick Stewart or French actress Nathalie Baye: all these famous people lost their lives to dementia with Lewy bodies.
This neurocognitive disease is only tends to get publicity when a celebrity dies from it. Yet it is a common disease (and one of the most common forms of dementia), in France alone it affects about 250,000 people, which makes it the country’s second most widespread neurodegenerative disease, after Alzheimer’s, putting on a par with Parkinson’s. It is estimated that dementia with Lewy bodies (commonly known as “DLB”) affects more than 10 million patients worldwide.
What causes the disease? What symptoms should we look out for? How is it treated? Here is what you need to know.
Dementia with Lewy bodies owes its name to inclusions that develop inside patients’ neurons called “Lewy bodies”, after the German-born doctor Friedrich Heinrich Lewy, who first discovered their existence in 1912.
However, it was only in 1976 that the first clinical case was formally described, while the first international clinical criteria were defined much later in 1996.
In its earliest stages (the prodromal stage before full-blown dementia develops, followed by the early, milder stage), dementia with Lewy bodies is characterised by the dysfunction of certain parts of the outer layers of the brain, such as the insula and the olfactory bulbs (OB). The insula is involved in cognition, emotions, self-awareness, pain, the autonomic nervous system, taste, while the olfactory bulbs are, as their name suggests, involved in olfaction (sense of smell).
These dysfunctions occur due to the accumulation of abnormal deposits of a protein called alpha-synuclein inside neurons. In its usual state, this protein adopts a more helical conformation (also known as the “alpha helix”; it is the way the protein organises itself in space). In its toxic form, its conformation changes, and alpha-synuclein folds instead into “a mille-feuille cake” (a layered conformation called “beta sheet”).
The accumulation of these misfolded alpha-synucleins results in the development of Lewy bodies inside neurons throughout the course of the disease.
However, alpha-synuclein is important for neuronal function. It is a key element in the transmission between neurons. This transmission element is called a synapse. Alpha-synuclein regulates the synaptic vesicles which are kinds of small “bulls” filled with chemical messengers called neurotransmitters, brain hormones secreted by neurons, such as acetylcholine, noradrenaline, serotonin or dopamine.
The accumulation of the toxic form of alpha-synuclein disrupts neuronal function, as neurons are less able to secrete synaptic vesicles that allow them to communicate with each other.
This phase (called “neurofunctional”, because it affects neurotransmitters) lasts at least fifteen to twenty years. Subsequently, Lewy body disease then enters a more aggressive stage: patients’ experience not only neuronal malfunction but also neuronal cell death.
It is worth pointing out that although Lewy bodies are also found in patients with Parkinson’s disease, they differ in appearance, where they are located in the brain and the alpha-synuclein conformation that develops with Lewy body disease.
Some work suggests that dementia with Lewy bodies may be linked to our environment.
Chronic contact with certain toxic substances, such as phthalates or air pollution (in the form of ultrafine particles), as well as some infections, could promote alpha-synuclein conformational changes during aging, and trigger dementia with Lewy bodies, particularly in the olfactory bulbs, which are the only parts of the brain in contact with the outside, at the nose level.
Known risk factors for the condition include anxiety and depression. Often, patients are found to have suffered from depression for a few years prior; for this reason, it is thought that this disease constitutes a mode of entry into dementia with Lewy bodies.
Other identified risk factors are high blood pressure, diabetes, “bad” cholesterol, stroke, family history of dementia with Lewy bodies or Parkinson’s disease, or mutations in certain genes (including the GBA or ApoE4 genes, which are however not the cause of the disease).
In France, French weathercaster and writer Catherine Laborde spoke out extensively on her illness: she was very embarrassed by her difficulty in concentrating, as well as the fluctuations in her cognitive ability and overall vigilance. She was also prone to great fears for no apparent reason, which together paints a very common clinical picture of this disease.
Cognitive difficulties are the main symptom of the condition, resulting in lower concentration, slowness as well as organisational difficulties. In addition to cognitive impairment, there are various so-called “core features”:
Cognitive and alertness fluctuations that associate moments of drowsiness, long naps, staring or difficulties at certain times to focus (the cognitive and expressive difficulties experienced by Joe Biden during the televised debate with Donald Trump, which were at the root of his withdrawal from the race for the US presidency, beg us to raise questions about cognitive fluctuations).
Behavioural disorders during REM sleep: the so-called “REM” phase of sleep is the dream sleep phase (with rapid eye movement); normally, during this phase, the body is naturally paralysed. This is not the case for patients with Lewy’s disorder: some of them are restless sleepers, they clearly enact their dreams by moving, screaming, while sleeping with their eyes closed.
Visual hallucinations, which affect 70 to 80% of patients. In the prodromal stage (the early stage of the disease), these hallucinations consist of simple sensations of someone going by or someone being present. Then, they become real hallucinations: patients see people, animals, or scenes arise before their eyes.
Parkinsonism: this is most often manifested by a body part that becomes slower or stiff. Unlike Parkinson’s disease, dementia with Lewy bodies is rarely associated with hand tremors when resting.
These symptoms result from neuronal dysfunction, and the resulting lack of neurotransmitters: a lack of acetylcholine promotes cognitive impairment, a lack of serotonin and norepinephrine promotes depression, the lack of melatonin promotes sleep disorders while the lack of dopamine favours slowing down.
It should be known that it is rare that one person may experience all four core symptoms, even though it can happen: patients generally tend to experience one or two of them.
In addition to the core features, many other symptoms can be bothersome for patients affected by the disorder. Thus, it is common for patients to experience behavioural symptoms, such as anxiety, depression, apathy (demotivation) or even delusion. Patients also often have difficulties expressing emotions or recognising other people’s emotions.
Many patients also have autonomis (neurovegetative) symptoms, such as a runny nose (rhinorrhoea), dryness, urinary problems or low blood pressure when standing up. There are also neurosensory symptoms, such as difficulty detecting smells, or light discomfort.
During the advanced stages of the disease, patients lose the ability to perform everyday activities: getting dressed, eating, washing, using the phone, television or remote control… Patients aren’t able to walk as well or lose weight, because some have difficulty swallowing.
The symptoms of dementia with Lewy bodies are highly variable from one patient to another, which explains why, despite its commonness, this condition remains rarely diagnosed, and largely undiagnosed. It is readily confused with so-called “normal aging”, or with other diseases such as Alzheimer’s disease, Parkinson’s disease, or certain psychiatric illnesses such as depression or bipolar disorder.
Patients usually seek medical help due to cognitive disorders, such as mental slowness or difficulty concentrating. However, it is also advisable to see a medical doctor when depression develops after 60 years without an obvious reason, similarly if a patient experiences vision difficulties, even though the eye exam showed no abnormalities.
Other reasons for seeking a medical opinion: starting to sleep a lot during the day, or having such bad nightmares that you struggle in your sleep while in bed.
In general, diagnosis based on clinical symptoms is enough. However, additional tests can be performed where necessary, such as a brain scan (DAT-scan for highlighting a decline in dopamine activity, a marker of parkinsonism) or an MIBG cardiac, or sleep monitoring (which may show a loss of atony during the REM sleep phase – in other words, the loss of normal paralysis in the dream state).
More recently, it has become possible to detect alpha-synuclein (that constitute Lewy bodies) in cerebrospinal fluid (body fluid that circulates in the brain and around the spinal cord) via a sample obtained by lumbar puncture. The technique used, which is called RT-QuIC synuclein, makes it possible to detect Lewy bodies even before the onset of symptoms of the disease.
Thanks to the Swedish Biofinder study, we know that 8% of the population aged 70 years on average has Lewy bodies which are detected using this technique.
Research is now focused on the identification of an equivalent biomarker that would work via a simple blood test.
No treatment or cure exists yet for fighting the alpha-synuclein deposits that accumulate in the brain or for the actual disease itself. That said, symptomatic treatment does improve the levels of neurotransmitters in the brain.
At present, it is thought that treating patients from the prodromal to mild stages (the earliest stages) is worthwhile for preventing neuron death. Indeed, fighting neuronal dysfunction can probably prevent some of these neurons from dying.
In this respect, it is important to treat depression and anxiety early on as they are both prodromal symptoms and risk factors for dementia with Lewy bodies.
We know that medical attention (sessions with a speech therapist, neuropsychologist, psychologist, occupational therapist, physiotherapist, psychomotor therapist) for cognitive or physical remediation is beneficial to patients.
The early association of these two approaches, both human and pharmacological, allows to optimise patients’ quality of life and that of their relatives by extension. In France, we are fortunate to have an association of dynamic patients and caregivers: the A2MCL. It also contributes to better support for patients and their relatives, thanks to the availability of a telephone hotline, the services of committed psychologists, the dissemination of advice and the sharing of experiences between caregivers. There are many other associations in the world, such as the LBDA in the U.S. and the Lewy Body Society in the United Kingdom.
Regarding the curative aspects, therapeutic trials are underway in France and worldwide to try to develop effective treatments.
A promising drug is Neflamapimod, which reduces inflammation in the brain and promotes acetylcholine-mediated neuronal connections. Our team is also evaluating the effectiveness of a neuromodulation protocol using light (transcranial photobiomodulation), with the Clinatec Foundation.
Finally, research for better understanding and treating dementia with Lewy bodies is dynamic but while it is qualitatively excellent, quantitatively it is inadequate. In recent years, there have been 30 times fewer therapeutic trials on dementia with Lewy bodies than on Alzheimer’s disease. Yet, if we collectively make progress in the fight against the condition, it will be to the great benefit of patients, their families and society as a whole.
For further information
On November 6, the 7th annual conference on Dementia with Lewy bodies will be held at the l'Université Catholique de Lille (in-person and livestream attendance possible). The event is supported by A2MCL, an association which supports and accompanies people suffering from the disease, and their loved ones.
A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!
Frédéric Blanc is a Professeur of Geriatrics at Strasbourg University, Hospital Physician, Geriatrician and Neurologist at the Strasbourg University Hospitals. He is the chair of the A2MCL scientific committee, the leading association for Lewy body dementia (LBD). He is a member of the operational committee of the Alzheimer’s Foundation and a member of the operational committee of E-DLB (which brings together all research teams working on LBD). He and his team have received funding from France's inter-regional and national hospital clinical research programmes, Vaincre Alzheimer, the Alzheimer’s Research Foundation, France Alzheimer and A2MCL. He was the French coordinator for Eisai’s Delphia trial for LBD. He is the French coordinator for EIP Pharma’s Neflamapimod trial.
05.11.2026 à 10:32
Émilie Dardenne, Professeure des universités, Université Rennes 2
Avelyne S. Villain, Docteure en Ethologie et Bio-acoustique, Inrae
Catrin Peterson, Maitresse de conférences en anglais et linguistique, Université Rennes 2
Christine Leterrier, Directrice de recherche, Inrae
David ar Rouz, Maître de conférences en traductologie, Université Rennes 2
deiss veronique
FILLON Valérie, Chargée de recherches en bien-être animal, Inrae
MERLOT Elodie, Directrice de recherche, Inrae

L’ESSENTIEL
Les formulations qu’utilisent les scientifiques dans les publications décrivant des expérimentations sur les animaux chosifient ces derniers et effacent souvent leur souffrance.
Les terminologies que les scientifiques choisissent effacent également leur rôle, en disant, par exemple, « le sevrage a eu lieu » plutôt que « nous avons séparé les porcelets de leur mère ».
Ces choix linguistiques orientent ensuite leurs façons de penser et d’agir.
Imaginons l’expérience scientifique suivante : des canards sont suralimentés pendant plusieurs semaines afin de produire du foie gras. Des scientifiques réalisent des observations comportementales, puis des abattages et des pesées d’organes dans l’objectif de mesurer l’impact du gavage sur le comportement et l’état corporel des canards. Comment décrire ce que ces derniers vivent ? Doit-on écrire « l’intégrité corporelle des animaux a été évaluée » ou plutôt « les expérimentateurs ont quantifié les lésions sur le corps des canards » ? Cette différence de formulation en dit long sur la façon dont les scientifiques parlent de ce qu’elles ou ils font aux animaux ou, au contraire, sur la façon dont leurs actes sont passés sous silence. Car la manière dont les expérimentateurs et expérimentatrices mettent en mots leurs recherches n’est pas neutre.
C’est ce que révèle un article interdisciplinaire que nous avons coécrit et qui a été publié dans le Journal of Agricultural and Environmental Ethics. Que montre-t-il ? Les mots qui désignent les animaux comme les scientifiques tendent à faire disparaître les individus du texte, où ils sont remplacés par des tournures impersonnelles qui gomment qui fait quoi, à qui et comment.
Nous sommes cinq chercheuses en éthologie et physiologie, deux linguistes et une chercheuse en études animales. Les biologistes parmi nous ont donné à analyser trois articles qu’elles ont co-signés, décrivant des travaux de recherche menés en France et portant sur des cochons, des canards et des cailles.
Ces travaux devaient contribuer à des applications pour l’élevage, ce qui explique qu’ils partagent un vocabulaire commun avec les productions agricoles elles-mêmes. Précisons également que l’analyse présentée ici porte sur la démarche des signataires du présent article, et n’engage donc pas l’ensemble des auteurs et des autrices de ces trois articles utilisés comme corpus. Nous ne préjugeons pas de la façon dont nos collègues considèrent les animaux qu’elles et ils étudient.
Nous avons analysé ces trois articles avec des méthodes quantitative et qualitative pour identifier certains des mécanismes récurrents qui effacent du texte à la fois les animaux non humains et les scientifiques à l’initiative de ces expériences. Avec le logiciel LancsBox, nous avons relevé les structures et des mots-clés, et nous avons comparé leur fréquence à des corpus de référence. Pour l’analyse qualitative, nous nous sommes inspirées de celle de l’écolinguiste britannique Arran Stibbe.
Parmi les mécanismes récurrents que nous révélons figurent l’utilisation de la forme passive et la nominalisation. La forme passive supprime l’agent humain qui a conçu et mis en œuvre le protocole : « du sang a été collecté », « les animaux ont été exposés à cinq facteurs de stress différents ».
Le même effacement se produit quand les animaux sont mis en sujet de phrases avec des verbes ayant un sens non intentionnel ou non agentif : « Les cailles ont reçu de la nourriture » plutôt que « nous avons nourri les cailles », ou « les porcelets présentaient des troubles digestifs » plutôt que « notre traitement expérimental a induit des troubles digestifs chez les porcelets ». Les animaux ainsi désignés sont pourtant alors des participants affectés par l’action plutôt que des sujets agissants. Pour les biologistes qui s’effacent du texte, écrire sans sujet est peut-être une façon de ne pas avoir à énoncer clairement ce qui est fait et à qui cela est fait.
L’expression pig production est un exemple de nominalisation. Ici, l’emploi d’un nom (production) plutôt qu’un verbe (élever) efface celles et ceux qui élèvent les cochons ; l’activité est séparée des personnes qui l’effectuent. De plus, le mot « production », bien que fréquemment employé dans le monde agricole francophone et anglophone, renvoie au champ sémantique de l’industrie, reflet probable de l’industrialisation de l’agriculture, et déclenche des images d’acteur humain agissant sur de la matière inerte. Or, ce cadre conceptuel nous éloigne de la réalité d’une activité (l’élevage) à laquelle participent deux types d’acteurs vivants (agriculteurs/agricultrices et animaux).
À quels résultats parvenons-nous ? Nous montrons que, dans ces textes consacrés à la santé et au comportement d’animaux sensibles et conscients, les individus étudiés n’apparaissent presque jamais comme agents, c’est-à-dire comme des acteurs de leur propre vie tandis que les chercheurs et chercheuses s’effacent tout autant de leurs actes ou créent une distance avec ces derniers.
À lire aussi : « Des bovins découpés encore vivants » : comment changer notre rapport aux animaux d’élevage ?
Pourquoi écrire ainsi ? Les biologistes parmi nous le reconnaissent : il s’agit d’abord de se conformer aux normes de l’écriture académique, telles que l’objectivité, le tout anglais (qui n’est pourtant la langue maternelle d’aucune d’elles ni de leurs co-auteurs et co-autrices), la précision et la concision.
Écrire « nous avons soumis les cailles à des situations provoquant de la peur, de l’inconfort ou de la douleur » pourrait passer, dans ce cadre, pour de l’anthropomorphisme, ce qui constitue un biais rédhibitoire en sciences du vivant. Pourtant, reconnaître que les cailles peuvent ressentir la peur, l’inconfort ou la douleur n’a rien d’un excès d’anthropomorphisme : l’existence de tels ressentis a été démontrée de longue date par les études en neuro-éthologie.
Le choix du vocabulaire évoque quant à lui des cadres conceptuels qui sont incompatibles avec certaines formulations désignant des situations négatives pour les animaux, ce qui génère une forme de dissonance cognitive. Par exemple, la notion du succès est déclenchée par le mot « efficace » dans l’expression « le modèle a été efficace », alors qu’il s’agit d’un modèle qui dégrade la santé des cochons. On remarque le même procédé dans la phrase :
« Le statut d’engraissement des canards, mesuré notamment par le poids du foie et d’autres indicateurs de bien-être, a progressé pendant le processus de fabrication du foie gras. »
L’utilisation répétée du mot « bien-être » (welfare) est un autre exemple de choix lexical, présent dans les trois articles, qui crée également cette dissonance. Les autrices l’emploient dans un contexte se référant à des pratiques ou des états négatifs pour les animaux (gavage, stress, diarrhées, lésions corporelles, peur) et où, parmi les termes les plus courants relevés, figurent des mots qui signalent un dommage commis (« cage », « stress », « déranger », « suralimenter »). Les biologistes le disent : elles connaissent les capacités émotionnelles et cognitives des animaux qu’elles étudient. Pourtant, dans le même temps, elles les soumettent à des protocoles qui leur causent stress, douleur, détresse, et parfois même la mort. Ici, le mot « bien-être » est utilisé comme masque des mots « souffrance », « maladie » ou « mal-être ».
À lire aussi : Bien-être ou bientraitance animale : à qui profitent les mots ?
Peut-on écrire autrement ? Nous l’espérons ; c’est même l’objectif de ce travail interdisciplinaire que d’ouvrir cette possibilité.
Dire ou écrire « nous avons soumis les cailles à des situations provoquant des émotions ou des sensations négatives » plutôt que « les cailles ont été exposées à des stimuli négatifs » permet de faire apparaître plus directement le rôle des scientifiques dans l’expérience vécue par ces oiseaux. « Nous avons séparé les porcelets de leur mère » plutôt que « le sevrage a eu lieu » permet à la fois de responsabiliser les expérimentatrices et de rendre visibles les êtres concernés. Notre proposition est d’adopter un style d’écriture plus inclusif et agentif à la fois pour les animaux et pour les chercheuses, dès lors qu’elles font des expériences avec les animaux.
Notre article ne prétend pas résoudre les tensions profondes et multiples entre recherche sur les animaux et éthique animale. Pour les biologistes de cette équipe, grâce à l’appui de nos collègues en linguistique et en études animales, il constitue toutefois un acte réflexif important. Comme le suggère le triptyque penser-dire-agir, changer sa façon d’écrire, c’est changer de regard et, potentiellement, de pratique. Ayant identifié ce qui crée la dissonance cognitive dans nos textes, et si les animaux redeviennent des individus dans nos écrits, il sera plus difficile de les ignorer dans la conception même de nos protocoles de recherche. Nous espérons ainsi améliorer la prise en compte des animaux comme êtres sensibles dans notre travail quotidien et dans celui de notre communauté.
Émilie Dardenne a reçu des financements de l'Institut universitaire de France.
Christine Leterrier a reçu des financements de INRAE, de l'ANR et de programmes de recherche européens.
MERLOT Elodie a reçu des financements de l'ANR, l'UE, la région Bretagne.
Avelyne S. Villain, Catrin Peterson, David ar Rouz, FILLON Valérie et deiss veronique ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.