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25.06.2026 à 15:27

Comment la « nouvelle norme » de l’été 2026 met à l’épreuve la résilience climatique de l’Europe

Júlia de Freitas Sampaio, Postdoctoral researcher, University of Luxembourg

Alors que les Européens suffoquent sous une vague de chaleur sans précédent, il y a urgence à prendre des mesures coordonnées au plus haut niveau.
Texte intégral (1772 mots)

Alors que les populations d’une large partie de l’Europe suffoquent sous une vague chaleur sans précédent, l’urgence est d’adopter enfin des mesures coordonnées au plus haut niveau pour faire face à ces températures extrêmes.


Nous ne sommes qu’en juin, mais l’Europe subit déjà sa deuxième vague de chaleur extrême en deux mois. Les températures ont dépassé les 44 °C dans plusieurs régions du continent. Des alertes canicule sont désormais en vigueur dans plusieurs pays, dont six au niveau rouge, le plus extrême.

La France a placé 72 de ses 96 départements en alerte rouge. Au moins 40 personnes se sont noyées en tentant d’échapper à la chaleur.

En Espagne, les températures ont atteint un pic de 45,1 °C, avec 101 décès liés à la chaleur recensés rien qu’au mois de mai, soit le chiffre le plus élevé jamais enregistré pour ce mois.

Le Royaume-Uni a battu son record historique de température pour le mois de juin. Les villes ferment les écoles, les réseaux électriques sont mis à rude épreuve et les hôpitaux signalent une forte augmentation des urgences liées à la chaleur.

Mais rien de tout cela n’aurait dû être une surprise.

L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement sur Terre, à un rythme environ deux fois supérieur à la moyenne mondiale, et les scientifiques alertent depuis des décennies sur le fait que le changement climatique d’origine humaine allait rendre les vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses. Les projections actuelles prévoient que les cinq prochaines années battront encore davantage de records, faisant de ce phénomène une « nouvelle norme ».

Les étés que les Européens ont connus dans leur enfance n’existent plus. Les vagues de chaleur extrême ne constituent plus une anomalie, mais la nouvelle référence. Autrement dit, la question n’est plus de savoir si ces vagues de chaleur reviendront, mais si les villes européennes seront capables d’y résister.

Une catastrophe climatique qui n’est pas traitée comme telle

Les vagues de chaleur extrêmes font plus de victimes en Europe que tout autre phénomène climatique.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 175 000 personnes meurent chaque année à cause de la chaleur sur l’ensemble du continent européen.

Malgré ces chiffres, les températures extrêmes n’ont pas été traitées avec la même urgence que d’autres catastrophes, telles que les tempêtes, les feux de forêt ou les inondations. La plupart des gouvernements continuent d’improviser sans réponse coordonnée face aux vagues de chaleur extrême, celles-ci étant encore trop souvent considérées comme un simple désagrément météorologique plutôt que comme un danger mortel.

Ce cadrage commence toutefois à évoluer. Lors de la COP30, le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (NDRR) a lancé un nouveau cadre de gouvernance des risques liés aux vagues de chaleur extrême. Il a officiellement reconnu la canicule comme l’une des menaces climatiques les plus meurtrières et les moins bien gérées à l’heure actuelle.

Bien que ce cadre constitue un pas en avant, des décennies de politiques fragmentées, une réflexion axée sur les crises à court terme et un sous-investissement chronique dans les services publics ont laissé l’Europe dangereusement exposée.

En conséquence, chaque été qui s’écoule sans progrès significatifs est un été de plus qui coûtera des vies humaines.

L’Europe n’est pas construite pour ça

Un rapport récent de la Commission britannique sur le changement climatique a fait valoir que le pays a été conçu pour un climat qui n’existe plus, avertissant que les températures dépassant les 40 °C deviennent de plus en plus courantes. On pourrait en dire autant de pratiquement tous les pays européens.

Les villes ont été conçues pour une autre époque, avec des routes, des trottoirs et des bâtiments en béton qui absorbent et retiennent la chaleur plutôt que de la réfléchir, transformant les zones urbaines en véritables fournaises dont la température est supérieure de quatre à six degrés par rapport à leur environnement.

Plusieurs villes européennes ont déjà pris des mesures. Par exemple, Paris s’est engagée à planter 170 000 arbres dans les espaces publics, et Marseille procède au débitumage de places historiques et cartographie les itinéraires piétonniers ombragés.

Certains pays prennent des mesures en remplaçant les revêtements routiers classiques par des surfaces rafraîchissantes et de la peinture routière réfléchissante, en repensant les codes de construction et les espaces publics dans une optique de refroidissement passif.

Mais aucune de ces mesures ne s’attaque au problème sous-jacent. L’Europe continue d’être largement alimentée par les énergies fossiles, et ses systèmes alimentaires, son parc immobilier et ses réseaux de transport ont tous un lourd bilan carbone.

L’empreinte carbone de l’Union européenne (UE) s’élève à environ 9 tonnes équivalent CO₂ par personne et par an, ce qui est bien supérieur à la moyenne mondiale, qui est d’environ 5 tonnes.

Des progrès sont certes en cours, mais leur rythme n’est pas assez rapide.

Voyager en train reste plus cher que l’avion sur de nombreux itinéraires. Les normes de construction autorisent encore celle de bâtiments qui deviendront bientôt inhabitables. Les « îlots de fraîcheur » urbains, les cheminements ombragés dans l’espace public et les actions de proximité proactives auprès des personnes âgées vivant seules restent l’exception plutôt que la règle.


À lire aussi : « Refuges climatiques » : pourquoi l’Espagne est déjà une référence mondiale en matière de lutte contre les chaleurs extrêmes


Des plans d’action en cas de canicule existent dans certaines villes, mais peu d’entre eux sont juridiquement contraignants. Encore moins de localités disposent des budgets nécessaires pour concrétiser leurs ambitions.

Les actions individuelles ont leur importance – manger moins de viande ou prendre moins l’avion font certes une différence à grande échelle, mais le compte à rebours continuera tant que les émissions ne seront pas réduites à la source.

Les actions individuelles ne peuvent se substituer à des changements systémiques que seuls les gouvernements et les institutions sont en mesure de mettre en œuvre.

En matière de changement climatique, l’adaptation et l’atténuation doivent aller de pair. Aucun de ces deux volets ne saurait attendre.

La fenêtre d’action se rétrécit

L’UE prépare une stratégie de résilience climatique qui devrait être présentée fin 2026 et introduire des règles juridiquement contraignantes et des outils de suivi afin de coordonner les actions entre les États membres. C’est un pas dans la bonne direction.

Mais, comme le montre clairement la vague de chaleur de cette semaine, le fossé entre ce qui est prévu et ce qui se passe déjà sur le terrain ne cesse de se creuser rapidement.

La question n’est pas seulement de savoir comment faire face à la prochaine vague de chaleur, mais surtout de savoir comment gouverner, financer et reconstruire un continent qui vit déjà dans un futur différent.

The Conversation

Júlia de Freitas Sampaio ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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25.06.2026 à 15:26

Pourquoi l’Europe a besoin d’une Bourse unique et transparente

Angelo Riva, Economist, Professor at the INSEEC Grande Ecole, Affiliate Researcher at the Paris School of Economics, Academic Fellow at the Institut Louis Bachelier, INSEEC Grande École

Faut-il créer une Bourse européenne unique ? À qui cela profiterait-il ? Quels sont les obstacles ?
Texte intégral (1899 mots)

En promouvant un marché pour les marchés financiers, l’Union européenne stimule une forme de concurrence. À qui profite vraiment cette dernière ? Aux grandes entreprises ? Aux PME ? Aux investisseurs privés ? Reste qu’un marché financier unique – la Bourse européenne – aurait des avantages nombreux. Quels sont-ils ? Comment y parvenir ?


Dans le sillage des rapports Letta (2024) et Draghi (2025), la question d’une bourse européenne unique est revenue d’actualité. Le chancelier allemand Friedrich Merz a appelé à créer un marché des capitaux suffisamment large et profond pour que les entreprises européennes se financent plus facilement. Christine Lagarde, présidente de la BCE, a formulé le même diagnostic : l’Europe souffre d’une fragmentation excessive des marchés financiers.

En effet, l’Union européenne compte 295 plateformes de trading, 14 chambres de compensation et 32 dépositaires centraux. Pour Lagarde et Merz, cette dispersion draine la liquidité, affaiblit les introductions en Bourse et pousse les entreprises à chercher des capitaux ailleurs. Faut-il laisser les échanges se disperser entre des centaines de plateformes, souvent opaques, ou les concentrer sur un marché unique et transparent ?

L’Union européenne a fait le choix de la dispersion avec la directive Market in Financial Instruments Regulation (MiFIR, 2007), en organisant un « marché pour les marchés » où de nombreuses plateformes se concurrencent pour attirer les ordres. Cette concurrence peut réduire les commissions payées par les investisseurs pour négocier sur un marché et améliorer la liquidité, surtout pour les grandes entreprises dont les titres sont arbitrés, souvent à haute fréquence, entre plusieurs places.


À lire aussi : Les nouvelles technologies bouleversent le secteur de la finance


Un impact sur la qualité des marchés

Toutefois, ses effets sont plus incertains pour les petites et moyennes entreprises. Surtout, lorsque des plateformes opaques concurrencent des marchés transparents, la plupart des travaux soulignent une dégradation de la qualité de marché : les grandes institutions financières, mieux informées et capables d’intervenir sur plusieurs plateformes, en tirent avantage, au détriment des autres investisseurs.

La Bourse est une institution qui transforme l’épargne en investissement. Lorsqu’une entreprise veut se développer, elle peut émettre et vendre ses titres sur le marché primaire auprès d’investisseurs. Mais ceux-ci n’acceptent de les acheter que s’ils sont assurés de pouvoir les revendre rapidement, à un prix « sincère », selon l’expression utilisée dans la France du XIXᵉ siècle, c’est-à-dire un prix qui reflète fidèlement la rencontre entre l’offre et la demande.

Liquide et transparent

La qualité du marché secondaire, celui où les titres déjà émis s’échangent, est donc essentielle. Plus un marché est liquide, plus il est facile d’acheter ou de vendre rapidement sans faire varier fortement le prix. Plus il est transparent, plus les investisseurs peuvent observer les prix et les volumes, moins ils craignent d’être désavantagés face aux grandes institutions financières.

C’est ici qu’une bourse unique et transparente présente de grands avantages. Si les ordres sont concentrés sur un même marché transparent, ils se rencontrent plus facilement. Les prix reflètent mieux l’information disponible. L’épargne est alors mieux orientée : les entreprises solides peuvent se financer à moindre coût, tandis que les investisseurs disposent de signaux de prix plus fiables.

L’histoire financière montre que ces effets ne dépendent pas d’une conjoncture spécifique ni d’un contexte macroéconomique ou institutionnel particulier. Le déclin du marché obligataire du New York Stock Exchange (NYSE) et son déplacement vers les marchés de gré à gré (marchés Over-the-Counter, ou OTC) en offrent une illustration éclairante. Jusqu’à la fin des années 1920 pour les obligations municipales et au milieu des années 1940 pour les obligations d’entreprises, le NYSE proposait en effet un marché transparent, où les coûts de transaction étaient nettement inférieurs à ceux observés sur les marchés OTC fragmentés du début du XXIᵉ siècle.

Cette transparente prénégociation favorisait les investisseurs particuliers. Progressivement, les grandes institutions financières ont déplacé la négociation obligataire vers les marchés OTC qui répondaient davantage à leurs intérêts, en leur offrant flexibilité, commissions négociables et opportunités de rentes informationnelles. Une fois la liquidité déplacée vers le marché de gré à gré, les externalités de réseau ont verrouillé ce nouvel équilibre.

Une alternance de régimes

Dans un autre contexte, au tournant du XXᵉ siècle, la Bourse de Paris détenait un monopole légal sur les titres cotés, contesté par « la Coulisse », marché de gré à gré très actif. Des réformes très rapprochées ont fait alterner trois régimes : concurrence illégale avant 1893, concurrence libre jusqu’en 1898, puis rétablissement du monopole. Dans les années 1890, la Coulisse dominait en volume, mais cette concurrence a dégradé la qualité du marché.

En effet, après la violente crise de 1895, qui avait son épicentre en Coulisse, le retour au monopole et l’imposition de règles de transparence à la Coulisse ont permis de recentrer les échanges sur la Bourse, tandis que la Coulisse se spécialisait sur des titres plus jeunes et risqués. La qualité globale du marché parisien s’en est trouvée nettement améliorée.


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Autre exemple : entre 1890 et 1913, les bourses de Milan et de Gênes, pourtant soumises à une législation commune, ont développé des organisations très différentes. À Gênes un marché opaque, animé par un grand nombre d’intermédiaires et fortement influencé par les grandes banques, capables d’exploiter leur avantage informationnel. À Milan, au contraire, un marché plus restreint et organisé, fondé sur la criée, assurait une plus grande transparence. Malgré des volumes plus élevés à Gênes jusqu’en 1907, la qualité du marché y était inférieure, et cette opacité a contribué à fragiliser le système, faisant de la place génoise l’épicentre de la crise de 1907. Les autorités ont alors imposé un alignement sur le modèle milanais, entraînant une centralisation des échanges et une amélioration durable de la qualité de marché.

Au-delà de la concurrence ?

La leçon est claire : la concurrence n’est pas la panacée. Lorsque les transactions se dispersent et, notamment, se déplacent vers des lieux où les ordres ne sont pas visibles, le prix public devient moins représentatif. Les investisseurs qui restent sur le marché transparent voient une partie de la liquidité leur échapper. En pratique, la qualité de marché se détériore, surtout pour les moins puissants : petits investisseurs et entreprises.

Euronews, 2026.

Un marché européen unique et transparent ne résoudrait pas tout, mais il répondrait à une faiblesse structurelle. Il renforcerait la compétitivité de l’Europe face aux grandes places états-uniennes, aux marchés intégrés par un réseau informatique unique, le consolidated tape. Les Européens, quand ils investissent et entreprennent, alimentent trop souvent avec leur épargne et leurs entreprises les places américaines. En 2024, la capitalisation boursière des places européennes représentait environ 73 % du PIB de l’Union européenne, contre 270 % du PIB aux États-Unis.

Un obstacle essentiellement politique

Comme l’illustrent les prises de position de Merz et de Lagarde, ces faiblesses et ces risques apparaissent désormais de plus en plus clairement. Pourtant, l’obstacle principal à la consolidation en Europe est politique. La formation d’un marché européen unifié se heurte à la tension entre Paris et Francfort. Euronext, qui regroupe notamment Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Dublin, Oslo et Milan, se présente comme le candidat naturel à la consolidation. Mais Deutsche Börse, l’opérateur de Francfort, est plus grand, plus diversifié, et contrôle des infrastructures majeures, comme Eurex et Clearstream.

Derrière cette rivalité industrielle se jouent des enjeux de souveraineté financière : qui contrôlerait la formation des prix ? Où seraient localisées les infrastructures stratégiques ? Quel superviseur aurait le dernier mot ? Les résistances institutionnelles sont fortes, car une Bourse européenne déplacerait du pouvoir économique entre États. Cette difficulté n’est pas nouvelle. Des tentatives de rapprochement entre Euronext et Deutsche Börse ont déjà échoué. L’histoire financière offre ici un nouvel enseignement : la rivalité intense entre les places de Montréal et de Toronto a freiné le développement du marché financier canadien au XIXᵉ siècle, conduisant entreprises et investisseurs à se tourner vers les États-Unis.

Si l’Europe veut transformer son épargne abondante en investissement productif, elle doit construire un marché plus profond, transparent et intégré. L’histoire enseigne que lorsqu’elle fragmente l’information et la liquidité, la concurrence affaiblit le marché qu’elle prétend dynamiser.

The Conversation

Angelo Riva ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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25.06.2026 à 15:25

Céline Dion, la superstar qui rapproche le Québec et la France

Adeline Vasquez-Parra, Maître de conférences, Université Lumière Lyon 2

Plus qu’une chanteuse, Céline Dion est devenue en trente ans la figure emblématique des relations culturelles entre la France et le Québec.
Texte intégral (1782 mots)

La fête nationale du Québec, célébrée le 24 juin, offre l’occasion de revenir sur l’un des évènements québécois de l’année : les dix concerts parisiens de Céline Dion. À chaque nouvelle tournée de la chanteuse québécoise, le même phénomène se produit : files d’attente interminables, billets épuisés en quelques minutes. Au-delà de la « starification », que révèle son parcours entre le Québec et la France ?


Née en 1968, Céline Dion appartient à un Québec que l’on pourrait aujourd’hui qualifier de « disparu ». Dernière d’une fratrie de 14 enfants, elle grandit au sein d’une société canadienne-française rurale encore marquée par la tradition : familles nombreuses et forte empreinte catholique.

Sa naissance coïncide toutefois avec l’entrée du Québec dans la modernité car Céline Dion est d’abord une enfant de « la révolution tranquille », cette période de mutations sociales et économiques qui voit l’État québécois se moderniser sous l’impulsion du gouvernement de Jean Lesage (1960-1966). L’éducation et la santé passent sous le contrôle de l’État provincial retirant à l’Église catholique sa tutelle historique. La langue française s’affirme comme langue de l’espace public et de l’activité économique.

À partir de la révolution tranquille, il ne s’agit plus seulement d’assurer la survie d’une minorité francophone mais de bâtir une société moderne capable de se prendre en main par le biais de l’État provincial.

Cette double appartenance explique en partie la place singulière de Céline Dion dans l’imaginaire collectif québécois. Comme l’a montré le chercheur Frédéric Demers, elle occupe une position centrale dans le panthéon québécois précisément parce qu’elle sert de « pont entre continuités et mutations ». Son parcours a réconcilié le Québec avec les valeurs entrepreneuriales et celles du succès professionnel, longtemps taboues, et les a exportées à l’international. C’est de cette conversion (non dénuée de sarcasme) que traite, en partie, le film de Valérie Lemercier Aline, sorti en 2020 en France.

Rapprochement France-Québec

La fin des années 1960 témoigne aussi d’un rapprochement inédit entre la France et le Québec. L’Exposition universelle de Montréal de 1967 offre au Québec une visibilité internationale sans précédent tout comme le célèbre « vive le Québec libre ! » lancé par le général de Gaulle depuis le balcon de l’hôtel de ville de Montréal. Sans résumer les relations franco-québécoises à cet épisode, celui-ci contribue à renforcer les échanges institutionnels entre les deux sociétés.

L’un des aspects les plus complexes du parcours de Céline Dion réside pourtant dans son rapport à l’identité québécoise puisqu’elle a toujours évité les prises de position politiques explicites. Lors des référendums sur la souveraineté du Québec de 1980 et de 1995, elle demeure prudente. Cette neutralité contraste avec toute une génération d’artistes québécois connus en France dans les années 1960 et 1970, tels Gilles Vigneault ou Félix Leclerc, pour qui la chanson constituait un instrument d’émancipation nationale.

La première superstar québécoise

Car l’intérêt historique de Céline Dion dans l’étude des relations France-Québec tient aussi à sa trajectoire exceptionnelle dans un contexte de mondialisation accélérée où son image puise à la fois dans l’américanité et la francophonie. Au cours des années 1980 et surtout 1990, la libéralisation des marchés et la multiplication des chaînes de télévision permettent l’essor des industries du divertissement et démocratisent l’accès aux productions culturelles.

La carrière musicale de Céline Dion accompagne plusieurs moments emblématiques de cette mondialisation culturelle principalement associée au triomphe des industries culturelles américaines. Sa présence à la cérémonie de gala du président Bill Clinton en 1994, puis sa participation à l’ouverture des Jeux olympiques d’Atlanta en 1996 et le succès planétaire de My Heart Will Go On pour la bande-son du film Titanic en 1998 la consacrent comme une diva nord-américaine.

La journaliste Denise Bombardier observera rétrospectivement dans son Dictionnaire amoureux du Québec qu’il a fallu « attendre que les États-Unis la décrètent mégastar pour qu’enfin la France, dédouanée par les Américains en quelque sorte, l’adopte et la consacre à son tour ».

Céline Dion est peut-être la première chanteuse québécoise massivement adoptée par les Français parce qu’elle incarne d’abord une forme de modernité nord-américaine.

Ainsi, « les années Céline », du début des années 1990 à la fin des années 2000, correspondent à un nouveau rapport entre les Français et le Québec. Ce dernier y importe des codes très en vogue de la culture nord-américaine. Les humoristes Anthony Kavanagh ou Stéphane Rousseau connaissent un certain succès avec leur one-man show, la présentatrice Julie Snyder importe le rythme rapide des talk-shows à l’américaine avec son émission, « Vendredi, c’est Julie », diffusée sur France 2.

La Québécoise : un symbole

La grande nouveauté qu’a introduit Céline Dion en France tient peut-être au fait qu’elle soit une Québécoise. Pendant longtemps, les représentations françaises du Canada historique ont été dominées par des figures masculines héritées de la relation coloniale originelle où explorateurs, coureurs de bois, aventuriers et bûcherons, répondant à des codes précis de virilité, incarnaient une certaine représentation française de l’Amérique du Nord. Jusqu’au XXᵉ siècle, les grandes personnalités québécoises connues en France demeurent des hommes que l’on pense à Robert Charlebois, ou encore Marcel Béliveau.

Certes, la France avait déjà découvert Ginette Reno ou Diane Dufresne avant Céline Dion, mais aucune n’avait occupé une place aussi centrale dans l’imaginaire populaire. Alors qu’elle tient une place d’héroïne nationale au Québec, comme l’indique la chercheuse en musique populaire Line Grenier, sa réception en France semble opérer un même déplacement. Ni totalement étrangère ni véritablement française, mais tout aussi « héroïque » et « nationale ».

Un paysage mémoriel sonore partagé

Céline Dion emprunte à une mémoire musicale commune. Le projet de Maison de la chanson et de la musique du Québec dont l’ouverture est prévue à Montréal en 2028 repose sur une intuition particulièrement innovante : et si ce qui reliait le Québec au monde était avant tout une mémoire sonore partagée ?

Depuis la création des Francofolies de La Rochelle en 1985, puis des FrancoFolies de Montréal en 1989, les échanges musicaux entre les deux rives de l’Atlantique n’ont cessé de croître. Ces festivals ont beaucoup contribué à faire circuler les artistes francophones et à intégrer la chanson québécoise à un espace culturel transnational.

Le succès de Céline Dion ne doit toutefois pas masquer la diversité de cette production musicale. Des artistes comme Les Cowboys Fringants ou plus récemment Angine de Poitrine ont développé d’autres manières d’incarner le Québec sur la scène française. Plus récemment, les voix autochtones comme Elisapie contribuent à faire entendre des rapports plus complexes à la langue française et à l’identité québécoise.

Malgré leur reconnaissance critique et leur popularité, peu de ces artistes ont cependant réussi à fédérer un public aussi vaste et bigarré que celui de Céline Dion.

The Conversation

Adeline Vasquez-Parra ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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25.06.2026 à 14:28

Feux de forêt, mégafeux : comment mieux prévoir leur propagation et limiter les risques ?

Marcos Rodrigues Mimbrero, Profesor Titular en Análisis Geográfico Regional, Universidad de Zaragoza; AXA Research Fund

Jorge Félez Bernal, Assistant researcher, Université de Concepcion

Étudier les feux passés permet de détecter les points chauds thermiques plus rapidement, pour orienter plus efficacement les équipes d’urgence, la restauration et l’aménagement du territoire.
Texte intégral (2058 mots)
La pyrogéographie utilise des données et des modèles en temps réel, afin de fournir aux équipes d’urgence des informations actionnables sur la propagation des feux en fonction du vent, de la température, de la topographie, de la sécheresse, de la végétation ou du type de couverture végétale. Apiguide/Shutterstock (no reuse)

L’ampleur des dégâts causés par les feux de forêt ne cesse de s’aggraver à l’échelle mondiale. Les incendies dangereux sont plus intenses et plus fréquents, alimentés à la fois par le changement climatique et par l’empreinte humaine sur les paysages – dont on parle moins, mais qui est également très importante.

Pour prévenir les dégâts, il faut pouvoir évaluer précisément les risques, notamment les trajectoires et l’évolution des mégafeux.


Les données mettent en évidence une tendance claire : nous sommes confrontés à des feux de forêt de plus en plus dévastateurs qui provoquent des catastrophes d’une ampleur jusqu’alors inconnue. Selon l’Agence européenne pour l’environnement, 3 770 kilomètres carrés de terres brûlent en moyenne en Europe, chaque année, et 45 000 personnes ont été déplacées à cause des feux de forêt entre 2008 et 2023. Ceci entraîne des pertes annuelles estimées à 2,5 milliards d’euros dans l’Union européenne.

Au cours de l’été 2025, l’Europe a connu les incendies de forêt les plus violents de ces deux dernières décennies en termes de superficie brûlée. Des incendies violents sur la péninsule ibérique ont ravagé 6 720 kilomètres carrés de terres, faisant le triste bilan de huit victimes.


À lire aussi : Mégafeux : Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère ?


À l’autre bout du globe, le Chili a également connu des incendies stupéfiants, qui ont entraîné des catastrophes particulièrement douloureuses. En février 2024, l’incendie de Valparaíso-Viña del Mar a coûté la vie à 136 personnes et détruit près de 7 000 habitations. De même, en janvier dernier, à Concepción–Penco, un autre incendie a tué 21 personnes et rasé plus de 2 000 habitations.

La « pyrogéographie », où comprendre le comportement des feux à différentes échelles spatiales et temporelles

Il est essentiel de comprendre le potentiel de ces incendies à dévaster les communautés et les écosystèmes. Par conséquent, les recherches récentes en pyrogéographie se concentrent sur l’analyse du comportement du feu à différentes échelles spatiales et temporelles.

Dans ce contexte, deux approches technologiques sont particulièrement efficaces pour évaluer les impacts des incendies. En premier lieu, la télédétection (imagerie satellite, capteurs thermiques, plateformes aériennes), qui est essentielle pour reconstituer les impacts passés, pour la détection précoce et la surveillance en temps réel des feux en cours. Ensuite, les outils de simulation et de prévision, qui nous permettent d’identifier les configurations du paysage favorisant l’embrasement et la propagation du feu, et de comprendre la complexité des feux de forêt.

L’idée est d’utiliser ces connaissances pour participer à l’aménagement du territoire, afin de faire face aux risques croissants de feux de forêt et de mégafeux qui menacent nos communautés.

La télédétection pour cartographier les traces laissées par les feux de forêt passés

Pour quantifier l’ampleur de ces événements, nous exploitons l’imagerie satellite et des outils analytiques avancés afin d’évaluer deux variables principales : l’intensité et la sévérité des mégafeux.

  • L’intensité mesure la puissance du feu, c’est-à-dire le taux de libération d’énergie pendant la combustion, et aide à localiser les points chauds thermiques.

  • La sévérité évalue les conséquences : les dégâts matériels laissés dans le sillage de l’incendie.

En analysant des bandes spectrales spécifiques, nous pouvons par exemple quantifier la chute drastique de la productivité végétale, mesurant ainsi efficacement les difficultés de l’écosystème à se régénérer.

Les récents incendies de Barroca Grande (Portugal, août 2025) et des Trinitarias (Chili, janvier 2026) sont de bons exemples.

En combinant les données thermiques FIRMS de la Nasa et les images Copernicus Sentinel-3 de l’Agence spatiale européenne (ESA), nous pouvons visualiser la crise des incendies à la fois dans l’espace et dans le temps. Ces images révèlent une réalité stupéfiante : des panaches de fumée s’étendant sur des centaines de kilomètres dans l’atmosphère.

Les données d’intensité révèlent que plus de 95 % de la superficie totale finalement touchée a brûlé en une seule journée au Chili, le 18 janvier. C’est la définition même d’un « comportement explosif du feu » : des événements si rapides qu’ils dépassent les capacités des efforts traditionnels de lutte contre les incendies.

Au-delà de la chaleur immédiate, notre analyse de la sévérité fournit des indicateurs essentiels aux efforts de reconstruction. Au Portugal, 57 782 hectares ont été calcinés.

En recoupant ces niveaux de dégâts avec les types de combustibles, les conditions météorologiques locales et la topographie, nous pouvons concevoir des plans de restauration écologique précis et aider le secteur agricole à se reconstruire d’une manière qui, espérons-le, sera plus résiliente face aux futurs incendies.

Modélisation du comportement du feu et évaluation des risques

Dans le domaine de l’évaluation et de la gestion des risques d’incendie, deux stratégies prédominent.

La plus courante repose sur des évaluations à court terme : les indices quotidiens de risque d’incendie que l’on voit aux informations combinent les dangers météorologiques actuels et la vulnérabilité locale. C’est, par exemple, le principe de base du Système européen d’information sur les incendies de forêt (EFFIS).


À lire aussi : Un méga-incendie en Méditerranée, est-ce possible ?


À l’autre extrémité du spectre se trouve un outil plus stratégique appelé « simulation quantitative ». Plutôt que de se concentrer sur ce qui pourrait se passer demain (ou ce qui se passe actuellement), cette approche utilise des techniques de modélisation avancées pour orienter la planification à long terme et l’atténuation des risques.

Pour anticiper les effets possibles de saisons plus chaudes et plus sèches, ainsi que ceux de la transformation des paysages (par exemple, l’abandon des terres), nous évaluons l’exposition aux mégafeux en combinant la modélisation empirique (qui tire les leçons des feux qui se sont réellement produits dans l’histoire et de leur comportement) et la modélisation stochastique (qui utilise des algorithmes complexes pour simuler des milliers de scénarios hypothétiques).

Concrètement, nous étudions les incendies passés pour évaluer dans quelle mesure un paysage est susceptible de favoriser ou de freiner de futurs incendies, et déterminer dans quelle mesure nous y sommes potentiellement exposés, ou à quel point nous sommes menacés par ceux-ci. Pour quantifier cette exposition, nous identifions d’abord les facteurs spécifiques à l’origine des départs de feu : d’origine humaine ou naturelle. Ensuite, nous déclenchons des milliers d’incendies théoriques sur un « jumeau numérique » du paysage.

Nous exécutons ces simulations sous divers scénarios climatiques afin de générer des schémas réalistes d’exposition aux incendies. Il en résulte un ensemble d’indicateurs clairs et exploitables, qui nous indiquent non seulement où un incendie est susceptible de se déclarer, mais aussi quelle sera sa virulence.

Cette transition d’une approche réactive à une approche proactive nous permet de mettre en œuvre des stratégies plus efficaces. Qu’il s’agisse de réorganiser les combustibles forestiers, de mettre à jour les codes de construction urbains ou de concevoir des quartiers résistants au feu, ces décisions s’appuient sur des données.

En quoi cela aide-t-il en cas d’urgence ?

Le véritable test de ces technologies a lieu lors d’une situation d’urgence. Dans un contexte opérationnel, la modélisation de la propagation des incendies passe d’une planification stratégique à une course contre la montre.

Le programme WIFIRE de l’Université de Californie à San Diego, par exemple, fournit des informations en temps réel aux équipes d’intervention en cas d’incendie de forêt.

En intégrant des données satellitaires en temps quasi réel à des prévisions météorologiques de haute résolution, les chercheurs peuvent générer des projections qui prédisent la trajectoire d’un incendie dans les heures à venir.

L’un des outils les plus efficaces dans le cadre d’une évacuation opérationnelle est l’utilisation d’« isochrones » – des courbes de niveau sur une carte qui représentent l’heure d’arrivée prévue du feu (par exemple, 30, 60 ou 90 minutes à partir de la position actuelle).

La superposition de ces courbes de niveau sur des points de déclenchement (crêtes, routes ou repères spécifiques) permet aux responsables des services d’urgence d’automatiser le processus décisionnel.


Le mécénat scientifique d’AXA fait désormais partie du Fonds Axa pour le progrès humain, qui regroupe les engagements philanthropiques du Groupe et des mutuelles d’assurance Axa dans les domaines de la science, de la nature, de la solidarité et de la culture. Avant 2025, ce mécénat scientifique global était assuré par le Fonds Axa pour la recherche, qui a soutenu plus de 750 projets à travers le monde depuis sa création en 2007. Pour en savoir plus, rendez-vous sur Fonds Axa pour le progrès humain.

The Conversation

Marcos Rodrigues Mimbrero a reçu des financements du Ministerio de Ciencia, Innovación y Univesidades, de l'Agencia Estatal de Investigación et du Fonds Axa pour le progrès humain.

Jorge Félez Bernal a reçu des financements du Fonds Axa pour le progrès humain.

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25.06.2026 à 10:41

Summer’s new normal is a hazard that’s testing Europe’s climate resilience

Júlia de Freitas Sampaio, Postdoctoral researcher, University of Luxembourg

As people across Europe are having to acclimatise to an unprecedented heatwave, coordinated responses for tackling extreme heat need to come from the top, and there’s no time to lose.
Texte intégral (1603 mots)

It is only June, and Europe is already baking through its second extreme heatwave in two months. Temperatures have topped 44 degrees Celsius in parts of the continent. Heat alerts are now in place for several countries, with six at the most severe red level.

France placed 72 of its 96 departments under red alert, and at least 40 people have drowned trying to escape the heat.

In Spain, temperatures peaked at 45.1°C, with 101 heat-related deaths in May alone, the highest ever recorded for the month.

The UK broke its all-time June temperature record. Cities are closing schools, power grids are buckling, and hospitals are reporting a surge in heat-related emergencies.

None of this should have been a surprise. Europe is the fastest-warming continent on Earth, heating at roughly twice the global average, and scientists have been warning for decades that human-made climate change would make extreme heat more frequent and more severe. Current projections expect the next five years to shatter even more records, making this the “new normal”.

Europe’s current heatwave is evidence of a new climatic reality shaped by anthropogenic warming, according to a report by France 24.

The summers European residents grew up with no longer exist, and extreme heat is no longer an anomaly, but the new baseline. This means the question now is no longer whether extreme heat will return, but whether European cities can survive it.

A climate disaster that isn’t treated like one

Extreme heat kills more Europeans than any other climate hazard.

According to the World Health Organisation (WHO), over 175,000 people die every year from heat-related causes across the continent.

Despite the numbers, extreme temperatures have not been treated with the same urgency as other disasters, such as storms, wildfires, or floods. Most governments are still improvising, and there is no coordinated response to extreme heat, as it is still treated as a weather inconvenience rather than a life-threatening hazard.

However, this framing is starting to shift. At COP30, the United Nations office for Disaster Risk Reduction (NDRR) launched a new Extreme Heat Risk Governance Framework. It formally recognised extreme heat as one of the most deadly and least managed climate threats. Although this framework is a step forward, decades of fragmented policies, short-term crisis thinking, and chronic underinvestment in public services have left Europe dangerously exposed.

As a result, every summer that passes without meaningful progress is another summer that will cost lives.

Europe is not built for this

A recent report by the UK’s Climate Change Committee argued that the country is built for a climate that no longer exists, warning that temperatures exceeding 40°C are becoming increasingly common. The same could be said of virtually every European country. Cities were designed for a different era with concrete roads, pavements, and buildings that absorb and trap heat rather than deflect it, turning urban areas into furnaces that run four to six degrees warmer than their surroundings.

Some cities are already responding. For instance, Paris has pledged to plant 170,000 trees in public spaces, and Marseille is depaving historic plazas and mapping shaded walking routes.

Other countries are also taking action by replacing standard pavement with cool surfaces and reflective road paint, rethinking building codes, and redesigning public spaces with passive cooling in mind. However, none of it touches the underlying problem. Europe is still largely powered by fossil fuels, and its food systems, housing and transport networks all carry a heavy carbon cost.

The EU’s greenhouse gas footprint amounts to around 9 tonnes of CO₂ equivalent per person per year, well above the global average of roughly 5 tonnes.

Progress is being made, but not fast enough. Train travel is still more expensive than flying on many routes, building codes still allow new construction that will soon be uninhabitable, and cooling centres, shaded public corridors, and proactive outreach to elderly people living alone remain the exception rather than the rule.

Heat action plans exist in some cities, but few are legally binding, and fewer still have the budgets to match their ambitions.

Individual action matters, but it cannot substitute for the systemic changes that only governments and institutions can deliver. Eating less meat or flying less makes a difference at scale, but the clock will not stop running unless emissions are cut at the source.

Adaptation and mitigation need to happen together, and neither can wait.

The window is narrowing

The EU is preparing a climate resilience strategy due at the end of 2026, which is expected to introduce legally binding rules and monitoring tools to coordinate action across member states. It is a step in the right direction. But as this week’s heatwave has made clear, the gap between what is being planned and what is already happening on the ground is widening fast.

The question is not just how to respond to the next heatwave, but how to govern, finance, and rebuild for a continent that is already living in a different future.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Júlia de Freitas Sampaio ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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25.06.2026 à 10:10

Tony Mazzocchi, le syndicaliste oublié qui pensa la transition juste

Yanis Rihi, Doctorant en économie politique du développement, Université Paris-Saclay

En refusant d’opposer emplois et exigences environnementales, ce syndicaliste new-yorkais conceptualisa l’idée de transition juste.
Texte intégral (4794 mots)
Tony Mazzocchi, dont 2026 marque le centenaire de la naissance, et l’affiche de soutien à la grève à l’entreprise Shell, engagée par son syndicat, en 1973, pendant quatre mois, portant sur les exigences de santé et de sécurité au travail. Capture d’écran de la page Youtube de Chelsea Green Publishing et du site Internet Ecology.iww.org

Qui se souvient de Tony Mazzocchi ? En refusant d’opposer emplois et exigences environnementales, ce syndicaliste new-yorkais conceptualisa l’idée de transition juste abondamment reprise aujourd’hui, même à la COP30, par exemple. Dans ses actions, le militant syndical a lié étroitement les combats environnementaux aux enjeux sociaux et sanitaires, mais également aux luttes contre le racisme et le sexisme.


L’idée de « transition juste » est désormais omniprésente. On la retrouve dans les négociations climatiques, le Pacte vert européen ou encore les partenariats énergétiques entre des pays européens et des États des Suds.

Pourtant, l’homme à l’origine de ce concept reste quelque peu méconnu : Tony Mazzocchi, un syndicaliste américain qui cherchait, dès les années 1970, à résoudre une question toujours d’actualité : comment protéger l’environnement sans sacrifier les travailleurs de certains secteurs ?

Un fils de Brooklyn au cœur de l’Amérique industrielle

Né en 1926 à Brooklyn (New York) dans une famille italo-américaine modeste et militante syndicale, Tony Mazzocchi est très tôt confronté aux inégalités sociales. Marqué par la Grande Dépression durant son enfance, puis par son engagement dans la marine américaine durant la Seconde Guerre mondiale, il appartient à une génération qui a connu à la fois les grandes crises économiques du XXᵉ siècle et l’essor industriel de l’après-guerre.

Sa trajectoire syndicale débute en 1950 dans une usine de cosmétiques du Queens. Rapidement élu délégué syndical, puis président à seulement 26 ans, du Local 149 de l’United Gas, Coke, and Chemical Workers Union, il transforme cette section syndicale en une actrice influente dans la région new-yorkaise. Le syndicat étend dès lors sa présence jusqu’à représenter les salariés d’une vingtaine d’entreprises.

Outre les revendications salariales, Mazzocchi défend une conception plus large de l’action syndicale. Le Local 149 mène, par exemple, des campagnes en faveur de l’égalité salariale entre hommes et femmes, participe à d’importantes campagnes de syndicalisation et contribue à la mise en place de l’un des premiers régimes d’assurance dentaire du pays.

Il gravit ensuite les échelons de l’Oil, Chemical and Atomic Workers (OCAW), le principal syndicat des raffineries américaines de l’époque – directeur des affaires législatives, puis de la santé et de la sécurité et enfin vice-président. Une position qui lui permettra d’influencer les orientations du syndicat à l’échelle nationale. Convaincu que l’émancipation ouvrière passe aussi par l’éducation populaire, il organise des clubs de lecture où les discussions portent aussi bien sur les conditions de travail que sur l’histoire ou la philosophie.

Les risques cachés d’une puissance industrielle

Lorsque Mazzocchi entame sa carrière, le mouvement syndical américain constitue déjà une force politique majeure. Les syndicats représentent alors plusieurs millions de travailleurs et participent activement aux grands débats de leur temps.

Sous l’impulsion de dirigeants comme Walter Reuther, l’United Auto Workers (UAW) soutient, par exemple, le mouvement des droits civiques et contribue à l’organisation de la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté de 1963.

C’est d’ailleurs une période fortement marquée par l’émergence de nouveaux mouvements sociaux qui contestent les effets sociaux, raciaux et environnementaux du modèle de développement américain d’après-guerre. C’est effectivement à partir des années 1960 que les préoccupations environnementales gagnent en visibilité à mesure que s’accumulent les preuves des effets sanitaires et écologiques de l’industrialisation. La publication de Silent Spring par la biologiste et militante écologiste états-unienne Rachel Carson, en 1962, contribue d’ailleurs à sensibiliser l’opinion publique aux effets des pesticides sur l’environnement et la santé humaine ainsi qu’à l’interdiction du DDT, dix ans plus tard.

Dans le même temps, des communautés afro-américaines marginalisées dénoncent leur exposition disproportionnée à la pollution industrielle et aux déchets toxiques. À Houston, au Texas, des habitants contestent ainsi, dès la fin des années 1960, la concentration de décharges et d’infrastructures polluantes dans leurs quartiers. Tout cela fera émerger les premières critiques des inégalités environnementales et posera les bases de ce qui deviendra le mouvement pour la justice environnementale.

Alors vice-président de l’OCAW, Mazzochi représente les travailleurs des secteurs les plus stratégiques de l’économie américaine : le pétrole, la pétrochimie, la chimie et l’industrie nucléaire. Car si les États-Unis sont souvent associés à leur industrie pétrolière, ils constituaient aussi, durant la guerre froide, l’un des principaux centres mondiaux du nucléaire, tant civil que militaire.

Couverture de l’ouvrage de Les Leopold consacré à Tony Mazzocchi
Couverture de l’ouvrage de Les Leopold consacré à Tony Mazzocchi.

L’OCAW regroupe ainsi à cette époque une part importante de la main-d’œuvre des raffineries, des usines chimiques et des installations nucléaires du pays, secteurs les plus dangereux de l’époque. Les travailleurs sont quotidiennement exposés à des substances dont les effets sanitaires sont méconnus ou minimisés, faute de connaissances scientifiques et d’une réglementation insuffisante. Les entreprises contrôlent d’ailleurs en grande partie la production des savoirs relatifs aux risques professionnels. Comme le résumera plus tard le militant syndical et compagnon de route de Mazzocchi, Les Leopold :

« les entreprises régnaient comme des monarchies absolues sur la production chimique, l’exposition aux substances dangereuses et leur réglementation. »

Travailleurs et environnement : même combat

Chez Mazzochi, les travailleurs deviennent le premier point de rencontre entre les enjeux de santé publique et les préoccupations environnementales. Là où de nombreux responsables syndicaux voient dans les réglementations environnementales une menace pour l’emploi, Mazzocchi refuse d’opposer conditions de travail et protection de l’environnement, affirmant :

« Malheureusement, une telle position défensive n’offre aucune garantie d’emploi. Toutes les réglementations environnementales actuellement en vigueur pourraient être abrogées, et des millions de travailleurs – dont beaucoup de nos syndiqués – seraient toujours menacés de se réveiller un jour sans emploi. »

Pour lui, s’opposer aux réglementations environnementales au nom de l’emploi revient à combattre le mauvais adversaire. Les travailleurs sont souvent les premières victimes de la pollution industrielle : avant même que les émissions toxiques n’affectent les populations voisines, elles touchent quotidiennement ceux qui manipulent des produits chimiques ou inhalent des poussières dangereuses.

Entre 1969 et 1970, Mazzocchi organise une série d’auditions publiques réunissant des travailleurs et des spécialistes de la santé au travail afin de documenter publiquement les effets de nombreuses substances toxiques, telles que l’amiante, utilisée comme isolant industriel, le benzène, présent dans les solvants, et le plomb, employé dans de nombreux procédés manufacturiers.

Ces témoignages contribuent à médiatiser la question et à renforcer les pressions en faveur d’une législation fédérale en matière de santé au travail. De la sorte, il contribue à ce que l’on appellera le labor environmentalism, c’est-à-dire la convergence, longtemps jugée improbable, entre revendications ouvrières et écologie.

Affiche de 1974 : « Qui a tué Karen Silkwood ? » The Romero Institute, CC BY-SA

Tandis que les syndicats se concentrent principalement sur les accidents du travail visibles et immédiats, Mazzocchi attire l’attention sur des maladies qui apparaissent parfois des années après l’exposition, telles que le cancer du poumon ou le mésothéliome. Un engagement qui n’est d’ailleurs pas sans risque.

En 1974, Karen Silkwood, membre de l’OCAW impliquée dans une campagne sur la sécurité au sein d’une usine de traitement du plutonium, meurt dans des circonstances controversées alors qu’elle s’apprêtait à révéler des dysfonctionnements au sein de son entreprise au New York Times.

Au sujet de sa mort, Tony Mazzocchi affirmera :

« Nous devons nous souvenir de son histoire parce qu’elle symbolise les efforts collectifs et le courage des millions de syndicalistes qui ont lutté – et continuent de lutter – pour défendre la santé, la sécurité et la protection de leurs collègues. »

Le président Nixon signe l’Occupational Safety and Health Act en Décembre 1970
Le président Nixon signe l’Occupational Safety and Health Act, en décembre 1970. https://archive.cdc.gov

Figure de proue donc de ces luttes, Mazzocchi contribue à rassembler les syndicats, les scientifiques, les acteurs de la santé publique et les organisations environnementales autour d’une cause commune. Il compte parmi les figures syndicales les plus influentes des campagnes ayant conduit à l’adoption de l’Occupational Safety and Health Act de 1970, la première grande législation fédérale états-unienne consacrée à la santé et à la sécurité au travail. Un texte qui ouvrira la voie à de nouvelles normes visant à limiter l’exposition à des substances particulièrement dangereuses, telles que l’amiante, l’arsenic, le benzène et le plomb.

Au-delà de cette victoire, son approche contribue à transformer la manière dont les syndicats appréhendent les risques industriels. L’enjeu n’est plus seulement d’éviter les accidents, mais aussi de prévenir les maladies invisibles résultant d’une exposition prolongée à des substances toxiques. Cette évolution est telle que son collègue et biographe Les Leopold le décrira plus tard comme l’équivalent syndical de Rachel Carson.

« La première étape était de faire comprendre aux travailleurs que ce qu’ils vivaient n’était pas un incident isolé, mais une réalité partagée dans tout le pays. La seconde consistait à les mobiliser pour défendre des droits fondamentaux, notamment le droit à l’information sur les risques auxquels ils étaient exposés, une bataille que nous n’avons pas encore remportée. »

1995 : quand « transition juste » entre dans le vocabulaire

Au cours des années 1970, l’OCAW met donc en pratique cette stratégie proactive fondée sur les alliances multipartites. En 1973, le syndicat mène, par exemple, une grève nationale de quatre mois contre Shell Oil, portant sur les questions de santé et de sécurité au travail. Face à la puissance des grandes compagnies pétrolières, les militants de l’OCAW s’appuient sur le soutien d’organisations environnementales pour dénoncer les risques professionnels auxquels les travailleurs sont exposés.

Ce type de revendications contribue à remettre en cause l’opposition traditionnellement entretenue entre la protection de l’emploi et celle de l’environnement. Car, à mesure que les réglementations environnementales se renforcent dans les années 1970 et 1980, Mazzocchi se heurte de plein fouet à une question qui demeure au cœur des débats actuels sur la transition écologique : comment protéger l’environnement sans faire peser l’essentiel des coûts de cette transformation sur les travailleurs et les territoires dépendants des industries polluantes ?

Mazzocchi prend ce dilemme à bras-le-corps et développe, au début des années 1990, une proposition baptisée « Superfund for Workers », en référence au programme fédéral Superfund, créé en 1980 pour financer la dépollution de milliers de sites industriels contaminés. L’idée est simple : ceux qui paient pour réparer les territoires pollués devraient donc également contribuer à réparer les dommages sociaux qui en découlent. Cette conviction l’amène à formuler ce qui deviendra le cœur de sa réflexion sur la transition juste :

« La seule façon de sortir du dilemme entre l’emploi et l’environnement est de prévoir un accompagnement pour les travailleurs qui perdent leur emploi à la suite des opérations de dépollution indispensables, ou qui sont affectés par les restructurations économiques, les réductions des dépenses militaires ou les délocalisations industrielles. »

Le Superfund for Workers prévoit alors le maintien des revenus et des avantages sociaux, la prise en charge de formations, des aides à la reconversion ainsi que des dispositifs de relocalisation. L’objectif n’est donc pas seulement de compenser une perte d’emploi, mais bien de garantir aux travailleurs des perspectives comparables à celles dont ils auraient bénéficié sans la fermeture ou la transformation de leur activité.

On ne parle pas encore de « transition juste », car le véritable changement sémantique s’opère en 1995, lorsque Les Leopold présente publiquement cette proposition sous l’appellation, cette fois-ci, de « Just Transition Fund ». C’est la première occurrence connue de l’expression, pour désigner des mécanismes destinés à accompagner les travailleurs confrontés aux transformations environnementales et économiques.

Deux ans plus tard, l’OCAW contribue à la création de la Just Transition Alliance, qui rassemble des syndicats, des organisations environnementales et des mouvements de justice sociale autour d’un objectif commun : éviter que les coûts des transformations industrielles ne soient supportés par les populations les plus vulnérables.

Toujours active aujourd’hui, l’organisation continue de promouvoir les principes de justice environnementale et de transition juste auprès des travailleurs et des communautés affectées par les transformations écologiques.

La Just Transition Alliance aujourd’hui. Capture d’écran du site Internet de la Just Transition Alliance

Pourquoi Tony Mazzocchi reste actuel

Dès les années 1970, la question était donc de savoir comment organiser collectivement une transformation nécessaire sans abandonner ceux qui en supportent les coûts immédiats. Mais plus de trente ans après la formulation du Just Transition Fund, cette interrogation demeure au cœur des débats sur la transition écologique.

Le premier enseignement que l’on peut tirer du parcours de Mazzocchi est sans doute que les avancées environnementales reposent rarement sur un seul type d’acteurs. Les succès obtenus par son syndicat résultent indubitablement de coalitions inédites réunissant des travailleurs, des scientifiques, des médecins, des associations citoyennes et des organisations environnementales. À l’heure où les politiques climatiques suscitent parfois méfiance ou polarisation, cette capacité à rassembler des acteurs aux intérêts en apparence divergents reste une condition de leur succès.

Le second consiste à prendre conscience que les travailleurs ne sont pas nécessairement opposés aux politiques environnementales. Bien avant que la transition juste ne s’impose dans les débats climatiques, Mazzocchi contestait déjà l’idée d’une opposition entre emploi et environnement.


À lire aussi : L’écologie, un problème de riches ? L’histoire environnementale nous dit plutôt le contraire


Il avait compris que les résistances naissent moins des objectifs poursuivis que de la manière dont leurs coûts sont répartis. Lorsque les bénéfices sont collectifs mais que les pertes se concentrent sur certains secteurs ou territoires, les conflits deviennent presque inévitables. Plus de cinquante ans plus tard, ce « dilemme emploi-environnement » continue pourtant de structurer une partie des débats sur le climat.

Enfin, l’héritage de Mazzocchi rappelle que la transition juste ne se résume pas uniquement à un objectif de décarbonation. Pour lui, cette approche devait s’accompagner de garanties concrètes pour les populations concernées, autrement dit la justice et la protection sociale (maintien des revenus, formation, reconversion professionnelle). Si l’expression est aujourd’hui largement mobilisée, les moyens alloués à ces dimensions sociales demeurent souvent en décalage avec les ambitions affichées.

Capture d’écran de https://uswtmc.org
Tony Mazzocchi au sein du Labor Party. https://uswtmc.org/about-us/tony-mazzocchi

Tandis que les idées de Mazzocchi se sont largement diffusées ces dernières décennies, nombre de dispositifs qu’il défendait n’ont jamais été mis en œuvre à l’échelle qu’il envisageait. Convaincu que les travailleurs avaient dès lors besoin d’une représentation politique indépendante, il participe, dans les années 1990, à la création du Labor Party, pensé comme une alternative aux deux grands partis, porteuse des intérêts de la classe ouvrière. Mais en dépit du soutien de plusieurs organisations syndicales et des ambitions importantes, le projet ne parvint jamais à s’imposer durablement dans le paysage politique américain.

Un échec qui illustre bien l’une des tensions au cœur de son héritage. Alors que les restructurations industrielles, les délocalisations et l’affaiblissement du syndicalisme des dernières décennies ont sensiblement réduit la capacité des organisations ouvrières à peser sur les décisions, les idées défendues par Mazzocchi continuaient de se diffuser. En ce sens, il a peut-être davantage remporté une bataille intellectuelle qu’une bataille politique. La transition juste est effectivement devenue aujourd’hui un langage largement partagé pour débattre des politiques climatiques.

Des régions charbonnières européennes aux pays des Suds engagés dans des partenariats de transition énergétique, les mêmes interrogations demeurent : qui finance les transformations, qui en bénéficie et qui en supporte les coûts ? Les débats portent désormais autant sur les travailleurs que sur les territoires, les communautés locales et même les pays appelés à concilier la décarbonation et le développement.

Enfin, à l’heure où la transition écologique est souvent présentée comme une nécessité et un défi principalement technique, le parcours de Tony Mazzocchi rappelle qu’elle demeure, fondamentalement, une question politique et sociale. Plus de cinquante ans après ses premiers combats, la question qu’il posait reste entière : comment transformer l’économie sans abandonner ceux qui supportent les coûts du changement, notamment les travailleurs des secteurs les plus polluants ? C’est sans doute ce qui explique que sa pensée continue d’alimenter les débats contemporains sur la transition juste.

The Conversation

Yanis Rihi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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