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13.07.2026 à 17:17

Échecs budgétaires et optimisation bi-niveau : pourquoi les politiques publiques dérapent

Stefano Nasini, Professeur de Méthodes Quantitatives, IÉSEG School of Management

Et si certaines difficultés des politiques à atteindre leurs objectifs pouvaient être levées grâce à des outils mathématiques. L’optimisation bi-niveau pourrait-elle être une solution ?
Texte intégral (2437 mots)

La réussite d’une politique publique dépend pour partie de la réaction des agents économiques. Pour cela, la définition des moyens et des objectifs doit intégrer les réactions des ménages ou des entreprises. Or, cela s’avère souvent très complexe. Des avancées dans la puissance de calcul apportent des pistes intéressantes. Illustration avec la politique du logement.


À l’horizon 2027, la France devra trouver des dizaines de milliards d’euros d’ajustements budgétaires pour respecter ses engagements, selon les estimations de l’observatoire français des conjonctures économiques. Le défi n’est pas seulement de décider où couper, taxer ou plafonner. Il est surtout d’anticiper les stratégies d’adaptation des ménages et des entreprises, car chaque réforme modifie leurs choix économiques : ils réagissent en ajustant leurs achats, leurs investissements, leurs demandes d’aide ou de logement.

Une économie annoncée peut alors avoir un effet boomerang : contournements, reports vers d’autres guichets publics, blocages administratifs ou coûts indirects. Dans un tel contexte, une politique efficace doit être pensée comme une décision stratégique, dont le résultat dépend aussi des réponses qu’elle déclenche.

Un laboratoire de l’effet boomerang

Le logement constitue un terrain particulièrement parlant pour comprendre ces effets boomerang. C’est un secteur où les règles publiques ne se contentent pas de distribuer des aides ou de fixer des plafonds : elles modifient directement les arbitrages des ménages. Lorsqu’une allocation, un barème ou un plafond rend le logement social nettement plus avantageux que d’autres solutions, et que l’offre de petits logements reste rare, les ménages déjà logés peuvent avoir intérêt à conserver leur logement plutôt qu’à prendre le risque d’un déménagement coûteux, incertain ou moins favorable.


À lire aussi : Derrière le sans-abrisme, la face cachée du mal-logement


Cette logique individuelle, parfaitement rationnelle à l’échelle d’un ménage, produit alors un blocage collectif. Deux phénomènes se superposent. D’un côté, la pression de la demande atteint des niveaux records : plus de 2,6 millions de ménages étaient en attente au premier semestre 2024, selon l’Union sociale pour l’habitat. De l’autre, l’offre effectivement disponible se renouvelle lentement : la Cour des comptes observe une rotation annuelle inférieure à 8 % en 2020, contre plus de 10 % en 2011. La tension naît précisément de cet écart entre une demande élevée et un flux de logements qui se libèrent trop lentement. En Île-de-France, cette tension est particulièrement visible dans le parc social : la demande de T1 est 20 fois supérieure à la capacité d’attribution.

Trop d’interventions inefficaces ?

Ce constat conduit au cœur du problème. Si la tension persiste malgré l’intervention ancienne et massive de l’État sur le marché du logement, ce n’est pas seulement parce que les objectifs seraient mal choisis ou les moyens insuffisants. C’est aussi parce que chaque règle publique crée des incitations, donc des réponses. Un plafond de ressources, une aide, une exemption, une priorité d’attribution ou une pénalité ne produisent pas seulement un effet comptable immédiat : ils modifient les stratégies des ménages. Certains restent, d’autres demandent un relogement, d’autres se tournent vers le parc privé, d’autres encore attendent, ou cherchent à entrer dans une catégorie plus favorable.

L’État poursuit alors une cible mobile : le résultat final d’une politique dépend des comportements qu’elle déclenche. Or ces stratégies d’adaptation sont difficiles à anticiper, à quantifier et à intégrer au moment même où la décision publique est prise.

Une cible mouvante

Comment décider, alors, lorsque l’effet réel d’une politique dépend des réactions qu’elle provoque ? Le problème n’est pas seulement de savoir que les ménages et les entreprises s’adaptent. Les économistes le savent depuis longtemps, et la théorie économique dispose déjà de cadres pour représenter ces interactions, comme les jeux de Stackelberg ou les fonctions de réaction des banques centrales. La difficulté est plus opérationnelle : comment intégrer la complexité computationnelle de ces réactions dans la conception même d’une politique publique, avant que la réforme ne soit appliquée ?

C’est ici que l’optimisation bi-niveau devient utile. Elle permet de représenter une décision publique comme une interaction stratégique entre un décideur et des agents qui réagissent à ses choix. Le décideur public, que l’on appelle le leader, choisit d’abord une politique, notée « x » : un barème, une taxe, une subvention, une exemption ou une règle d’attribution. Les ménages, les entreprises ou les citoyens, que l’on appelle les suiveurs, répondent ensuite par leurs propres décisions. Ces décisions ne sont pas indépendantes de la règle adoptée : elles dépendent de x. On les note donc « y(x) », c’est-à-dire les réponses des agents à la politique choisie.

La nouveauté n’est donc pas de constater que les agents réagissent, mais de pouvoir intégrer ces réactions dans des politiques beaucoup plus complexes qu’un simple taux ou un prix unique. Dans la réalité, une réforme combine souvent des barèmes, des seuils, des quotas, des zonages, des exemptions et des contraintes de capacité. L’enjeu est alors de choisir une règle publique en tenant compte, dès sa conception, des comportements qu’elle risque de déclencher.

Dans ce cadre, l’État ne mesure pas seulement l’effet direct de sa décision x. Il cherche à évaluer son effet réel, que l’on peut noter F(x, y(x)) : le résultat obtenu une fois que les ménages et les entreprises ont adapté leurs choix à la règle adoptée. Selon le cas, cette fonction peut représenter une économie budgétaire nette, le nombre de logements effectivement libérés, le coût total pour les finances publiques, ou un compromis entre efficacité, équité et faisabilité politique. Le problème consiste donc à choisir la politique x qui produit le meilleur résultat, en anticipant les réponses y(x). Lorsque ces réponses sont nombreuses, hétérogènes et contraintes par des ressources limitées, la difficulté devient aussi computationnelle.

Un vrai casse-tête computationnel

Prenons un exemple volontairement simplifié. Supposons qu’une collectivité souhaite libérer de grands logements sociaux occupés par des ménages devenus plus petits, afin de les attribuer à des familles en attente. Elle envisage une mesure combinant trois leviers : une contribution mensuelle en cas de sous-occupation, une aide au déménagement et des exemptions pour les ménages fragiles. Sur le papier, le calcul semble immédiat : si 1 000 ménages sont concernés et que la contribution est fixée à 50 euros par mois, la recette attendue atteint 600 000 euros par an. Mais ce raisonnement suppose implicitement que tous les ménages restent en place et paient. Or c’est précisément ce qui risque de ne pas se produire.

Certains ménages resteront et paieront. D’autres demanderont un logement plus petit dans le parc social. D’autres encore chercheront une solution dans le parc privé, ce qui peut accroître le coût des aides au logement. Imaginons que, parmi les 1 000 ménages concernés, 450 demandent un logement plus petit, alors que seuls 150 T1 ou T2 sont disponibles dans l’année. Les 300 autres restent bloqués dans la file d’attente. Si 200 ménages basculent vers le parc privé avec une aide publique supplémentaire de 120 euros par mois, cela représente déjà 288 000 euros de dépense annuelle supplémentaire, sans compter l’effet possible sur les loyers du parc privé. Si, en outre, 250 ménages sont exemptés ou différés, et que seuls 100 paient effectivement la contribution, la recette réelle n’est plus de 600 000 euros, mais de 60 000 euros. Dans ce scénario, la mesure ne libère que 150 grands logements et déplace une partie de la dépense publique vers d’autres guichets.

À propos de l'explosion combinatoire

La difficulté ne tient donc pas seulement au calcul d’une taxe ou d’une aide, mais à l’enchaînement des réactions qu’elles provoquent. Supposons, par exemple, que l’administration teste cinq niveaux de contribution, quatre montants d’aide au déménagement, trois durées de période transitoire, trois règles d’exemption et quatre critères de priorité géographique, comme le montre la Figure 1. On obtient déjà 5 × 4 × 3 × 3 × 4 = 720 configurations de politique publique. Pour chacune d’elles, il faut encore anticiper les réponses de ménages hétérogènes. Même avec seulement vingt types de ménages et quatre réactions possibles par type, cela représente 420 =1 099 511 627 776 profils de réaction. Au total, l’espace à explorer atteint donc 720 × 420 = 791 648 371 998 720 combinaisons politique-réactions. C’est cette explosion combinatoire qui rend ces problèmes impraticables par simple énumération.

Figure 1 : L’Optimisation bi-niveau dans les politiques du logement.

L’explosion combinatoire ne signifie pas que ces problèmes sont insolubles. Elle signifie surtout qu’ils ne peuvent pas être abordés par une simple énumération de toutes les politiques et de toutes les réactions possibles. Pour les rendre analysables, il faut les formuler comme des problèmes structurés sur le plan mathématique et numérique. Les progrès récents en optimisation numérique, en simulation et en calcul parallèle permettent déjà d’explorer ce type de scénarios de manière beaucoup plus organisée. À plus long terme, le calcul quantique pourrait encore élargir cet horizon, même s’il ne constitue pas aujourd’hui une solution immédiatement mobilisable pour la décision publique.

Importer la perspective bi-niveau dans l’analyse des échecs budgétaires

Cet effort de structuration mathématique et numérique a déjà été mené dans d’autres domaines où l’optimisation bi-niveau s’applique. La logique leader-suiveurs n’est donc pas propre au logement, ni même aux politiques publiques. Elle apparaît chaque fois qu’une autorité centrale fixe des règles, tandis que des acteurs autonomes prennent ensuite leurs propres décisions à l’intérieur de ce cadre. Dans mes travaux, cette architecture a par exemple été mobilisée en finance, lorsqu’une banque définit des règles générales d’allocation ou de gestion du risque, tandis que des entités décentralisées et des intermédiaires prennent des décisions plus fines, parfois en tension avec l’objectif initial (articles 1, 2, et 3) ; dans les transports urbains, lorsqu’un opérateur choisit des investissements, des tarifs ou des péages tout en anticipant les choix d’itinéraires des usagers ; ou encore dans l’organisation des entreprises, lorsqu’une maison mère fixe des incitations à la production, comme des prix de transfert ou des investissements technologiques, puis observe comment les filiales ajustent leur comportement.

Plusieurs situations, une seule logique : réduire le risque d’effet boomerang

De la finance aux transports, en passant par l’organisation des entreprises, le même schéma revient : une règle fixée en amont déclenche des réponses en aval. Le logement montre que ce schéma n’a rien d’abstrait. Un barème, un plafond, une subvention, une exonération ou une priorité d’attribution représentent des signaux qui modifient les décisions des ménages : rester, déménager, demander un relogement, différer un choix ou arbitrer entre parc social et parc privé.

C’est pourquoi une réforme ne peut pas être évaluée uniquement à partir de son effet attendu sur le papier. Elle doit aussi être testée à travers les réactions qu’elle est susceptible de provoquer. Les outils d’optimisation numérique, de simulation et de calcul parallèle permettent désormais d’explorer ces scénarios de façon plus structurée que par simple intuition ou par énumération exhaustive. Ils ne remplacent pas le choix politique, mais rendent plus visibles les arbitrages entre économies budgétaires, justice sociale et faisabilité.

Dans un contexte où chaque milliard compte, l’enjeu n’est donc pas seulement d’être « plus strict » ou « plus généreux ». Il est de concevoir des politiques suffisamment robustes pour rester efficaces une fois les comportements ajustés. C’est précisément ce que permet la perspective bi-niveau : transformer une réforme en laboratoire de scénarios, afin de réduire le risque qu’une économie annoncée se retourne en effet boomerang.

The Conversation

Stefano Nasini ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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13.07.2026 à 17:16

Se déconnecter en montagne : pourquoi les refuges nous font tant de bien

Isabelle Frochot, Maître de Conférences HDR - Comportement du Consommateur, Université Bourgogne Europe

Alain Decrop, Professeur de marketing , Université de Namur

Que vont chercher les randonneurs pendant les vacances ? Une étude révèle leurs motivations. Un besoin de se recentrer sur l’essentiel. Comment y accéder ?
Texte intégral (1751 mots)

Surcharge mentale, fatigue chronique, frustrations diverses, mais que cherchons-nous vraiment quand nous fuyons nos écrans et nos agendas surchargés ? Une étude menée auprès de randonneurs séjournant dans les refuges alpins apporte des éléments de réponse. Ce qui les motive, c’est surtout la capacité retrouvée à nous reconnecter à nous-mêmes, aux autres et au monde.


La vie contemporaine est gouvernée par ce que le sociologue Hartmut Rosa appelle l’accélération sociale : toujours plus de tâches, de messages, de décisions, dans toujours moins de temps. L’individu hypermoderne est libre, mais épuisé, malade du temps et tiraillé entre différentes injonctions et responsabilités, incapable de ralentir. Le burn-out n’est plus une pathologie marginale, il est devenu un horizon malheureusement familier.

Face à cela, la demande explose pour tout ce qui promet une déconnexion radicale avec le quotidien, comme les retraites de méditation, les séjours de digital detox, mais aussi les pèlerinages… Même si cette tendance ne remettra pas en cause le tourisme de masse, elle démontre une volonté claire et croissante pour des vacances où l’on vient volontairement se perdre et couper clairement avec un quotidien très (trop ?) chargé. Cette évolution s’observe également dans la demande grandissante pour les vacances en van, ou à vélo.


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Par ailleurs, la randonnée est désormais le sport le plus pratiqué en France, avec 27 millions de pratiquants. Les hébergements ne sont pas en reste, avec un foisonnement d’offres facilitant la déconnexion. Les hôtels du silence en sont un bel exemple mais des formules plus anciennes connaissent également un engouement certain. Ainsi, la fréquentation des refuges alpins a bondi de 40 % en 2022 par rapport à l’avant-Covid. Toutes ces évolutions démontrent qu’un changement de fond s’opère et qu’il mérite d’être étudié.

Les refuges alpins comme échappatoire

Pour mieux comprendre le mécanisme de déconnexion, nous avons mené 45 entretiens individuels approfondis avec des randonneurs séjournant dans 12 refuges différents des Alpes françaises, complétés par 18 journées d’observation participante. Les refuges offrent une prestation relativement frugale avec un confort minimal : pas de wifi, dortoirs collectifs, menu unique servi à heures fixes, toilettes sèches, pas toujours d’eau chaude dans les douches, etc. Les refuges que nous avons étudiés ne sont accessibles qu’à pied. À leur arrivée, les randonneurs posent leurs sacs, laissent leurs chaussures de randonnée à l’entrée et socialisent avec des inconnus autour de grandes tablées.

Ce qu’ils sont nombreux à valoriser, c’est la coupure nette que cet univers de vacances leur offre spontanément. La combinaison de l’effort (la marche), l’univers montagnard naturel et grandiose, et la frugalité des refuges offrent un univers de vacances « ultra-déconnectant ». Tous identifient un lâcher-prise rapide, spontané, tant physique que psychologique. Ainsi, Noé déclare « Je suis surchargé de responsabilités. Ici, il suffit de penser à la météo du lendemain et à l’heure du lever. C’est une parenthèse enchantée. »


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Ces refuges sont limités en connexion digitale (pas de wifi, pas ou peu de réseau), c’est donc une coupure qui s’impose et que les usagers apprécient : « Rien que le fait de ne pas pouvoir avoir accès à Internet, ça fait vraiment du bien. Je pense à rien, je discute avec les gens. Ça nous humanise. » (Florence). Si, pour ces vacanciers, la déconnexion est la première étape des vacances, c’est aussi une condition pour qu’ils se rendent enfin disponibles pour leurs vacances et pour y vivre des moments intenses.

Une disponibilité résonante

Notre analyse de données a progressivement fait émerger un concept que nous n’avions pas anticipé, celui de disponibilité résonante. Ce dernier traduit un état spontané d’ouverture et de réceptivité qui s’installe une fois la déconnexion opérée. Cet état rend les individus capables de se reconnecter différemment à leur expérience et, plus largement, au monde environnant.

Plus précisément, l’état de disponibilité résonante est caractérisé par cinq dimensions :

  • l’instantanéité : vivre pleinement le moment présent, sans l’emprise des horaires ni des obligations ;

  • la sérénité : un apaisement mental profond, le sentiment de se vider de ses fardeaux ;

  • l’humilité : face à la montagne, à son échelle et à sa puissance, on retrouve sa juste place, comme en témoigne Baptiste : « J’aime me sentir tout petit, redevenir une petite chose qui galope sur la terre » ;

  • l’oisiveté : la permission (rare dans nos sociétés) de ne rien faire et de l’apprécier : « Je crois que c’est le seul endroit où je suis capable de ne rien faire » (Fabrice) ;

  • l’acceptation : les contraintes du refuge ne sont pas vécues comme des privations mais comme des conditions favorables au retour à l’essentiel.

Contrairement à la pleine conscience (en anglais mindfulness) qui nécessite un apprentissage et une intention, la disponibilité résonante survient spontanément. Ce n’est pas une technique. C’est un état que l’environnement et l’activité étudiés provoque.

Il est important de comprendre cet état car il est une clé d’entrée à une transformation importante chez nos « informants », qui va venir donner du sens à leurs vacances et à leurs vies.

Des décisions prises en altitude

Une fois en disponibilité résonante, les randonneurs ne se reconnectent pas à ce qu’ils ont quitté, mais bien à autre chose. La première reconnexion est à eux-mêmes. La marche ouvre un espace de réflexion que la vie ordinaire ne permet plus ; on vagabonde dans sa tête, on repense et réévalue des événements/situations personnels…

Ainsi, plusieurs participants évoquent des décisions prises en altitude, des priorités retrouvées, un rapport à soi plus lucide. Le quotidien est donc toujours présent, mais très différemment. La personne se recentre sur l’essentiel avec une distanciation qui ouvre un espace de réflexion dans un état d’esprit bienveillant.

Deuxièmement, les vacanciers se reconnectent aux autres. Le refuge est un lieu de socialisation spontanée, le tutoiement prend vite le dessus, on partage des tablées, on échange des conseils… Les familles retrouvent une disponibilité mutuelle que le quotidien a érodée. Dans cette dynamique, le gardien joue un rôle central : au-delà de la gestion de son refuge, il veille, guide, conseille, fédère…

Un sentiment d’émerveillement

Enfin, les usagers se reconnectent à l’univers. La confrontation à la montagne, à sa beauté et sa démesure provoque ce que certains chercheurs appellent le sentiment d’émerveillement qui convoque une révision de leur compréhension du monde et de leur manière de l’habiter.

Si notre étude porte sur un environnement très spécifique de vacances, nos résultats dépassent largement le cadre des refuges alpins. Ils viennent nous rappeler que nous avons à disposition des environnements naturels, authentiques et immersifs qui permettent spontanément de retrouver un rapport à soi et au monde, apaisé et plus riche. Ils viennent également questionner d’autres formules de vacances, certes appréciables, comme les hôtels-clubs ou les croisières. Ceux-ci tendent davantage à la reproduction en partie du quotidien plutôt que de permettre de rompre avec lui.

Back Mountain 2024.

Une source d’iniquité ?

La pratique de la randonnée en montagne soulève cependant une question d’équité car elle est socialement connotée. En effet, les adeptes de la montagne et des refuges les fréquentent souvent depuis leur enfance. Même si l’on rencontre différents types de randonneurs, les niveaux d’éducation ont tendance à rester élevés – enseignants, ingénieurs, étudiants…

Ouvrir cet univers à des clientèles non-expertes est un enjeu de taille et qui nécessite des accompagnements aussi bien pour le matériel que la transmission de compétences et de réassurance.

Les Grecs avaient la skhole, ce temps libre, fécond et non planifié, consacré à la sagesse plutôt qu’à la productivité. Les Romains avaient l’otium, un temps de loisirs productif dédié à la lecture, l’écriture, la culture. Ces temps se sont étiolés par nos rythmes de vie effrénés. La montagne, elle, les distribue encore avec une certaine générosité, à condition qu’on en accepte ses conditions.

The Conversation

Ce travail a bénéficié d'une aide de l'Etat gérée par l'Agence Nationale de la Recherche au titre du programme « France 2030 » portant la référence ANR-15-IDEX-0002 via le Labex ITTEM

Alain Decrop ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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13.07.2026 à 14:10

Les volcans du Cantal sont des montagnes…de verre!

Patrick De Wever, Professeur, géologie, micropaléontologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Lorsqu’on parle de verre, il faut garder en tête la polysémie du terme : il y a le verre que l’homme fabrique depuis des millénaires, mais aussi toute une série de verres naturels.
Texte intégral (1556 mots)
Le Puy Mary est un sommet des monts du Cantal, vestige du plus grand stratovolcan d'Europe. Il culmine à 1 783 mètres d'altitude. Wikimédia, CC BY

Au-delà du sport, le Tour de France donne aussi l’occasion de (re)découvrir nos paysages et parfois leurs bizarreries géologiques. Ce mardi 14 juillet, les coureurs du Tour de France vont traverser les volcans du Cantal sans craindre les crevaisons… et pourtant, ils traversent des montagnes de verre ! En effet, la plupart des laves volcaniques sont essentiellement constituées de verre.


Pour un géologue, parler de « verre en cristal » est une aberration : dans la nature, le verre est un matériau solide amorphe – c’est-à-dire désordonné à l’échelle atomique, contrairement au cristal. C’est une sorte de liquide figé.

Lorsqu’on parle de verre, il faut se méfier de la polysémie du terme : il y a le verre que l’homme fabrique depuis des millénaires pour concevoir par exemple des vitres ou des récipients, mais il existe aussi toute une série de verres naturels.


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Comme l’explique Daniel R. Neuville, chargé de recherche à l’Institut de Physique du Globe de Paris, un « verre » est un silicate fondu fabriqué par l’homme, tandis qu’une lave volcanique ou un magma est un silicate issu des profondeurs de la terre – ou d’autres planètes.

Quand une coulée de lave refroidit rapidement, sa matière ne peut cristalliser, elle se fige alors sous forme de verre. On observe une « bordure figée » autour de certaines coulées, filons, ou bombes volcaniques.

Certaines roches sont particulièrement riches en verre, tels les magmas riches en silice, comme le sont les magmas acides.


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Avec une telle composition chimique, les molécules ont tendance à polymériser, ce qui explique leur forte viscosité. Cette consistance limite la diffusion des éléments, qui ne réussissent alors pas à se mettre aux endroits ad hoc pour former des cristaux. La polymérisation conduit à une roche non organisée (à l’inverse des cristaux) qui, en refroidissant donne un verre : l’obsidienne.

Il existe aussi le verre des impactites ou celui des tectites. Les impactites sont des verres naturels formés au moment de l’impact d’un astéroïde. A l’inverse des tectites, elles n’ont pas été projetées dans l’atmosphère. On retrouve dans la composition chimique des impactites des traces de la météorite incidente.

La Vallée de Pantasma, au nord du Nicaragua, aurait été formée par l’impact d’un astéroïde il y a 800 000 ans. CNRS

Le verre industriel

Le verre industriel, lui, est obtenu par fusion d’une roche siliceuse, généralement du sable. Des éléments sont souvent ajoutés pour en modifier les propriétés : le pyrex, par exemple, plus résistant aux chocs thermiques qu’un verre ordinaire, est enrichi en bore.

Les puissants de ce monde ont longtemps possédé des objets d’une grande rareté et donc précieux. Parmi ces objets, on trouvait des coupes, ou des verres, en « cristal de roche », c’est-à-dire en quartz (un oxyde de silicium cristallisé). Ces objets avaient un magnifique éclat lumineux et un son caractéristique. Pour imiter ces objets précieux et fabriquer des verres en « cristal », on a ajouté à la composition siliceuse un oxyde de plomb qui apporte l’éclat et permet d’obtenir un son caractéristique.

Deux objets en « cristal » A gauche : coupe en cristal de roche (en quartz). Trésor du MNHN DR A droite : Verre en cristal. Ce verre (objet) est un vrai verre (matière) : les faces taillées permettent de mieux jouer avec la lumière L Carpentier. Fourni par l'auteur

Plus il y a de plomb, plus le son est cristallin : la vitesse de la lumière est fonction du milieu dans lequel elle se propage. Plus le milieu est dense, plus la lumière est fortement déviée, elle peut aller jusqu’à la réflexion complète si le cristal est taillé en facettes, qui jouent alors le rôle de miroirs. Pour la même raison, le son qu’un tel verre produit lorsqu’on le fait vibrer est plus aigu, plus… cristallin.


Une version plus longue de ce texte a été publiée le 29 juin 2026 sur le site Planet Terre de l’ENS Lyon.

The Conversation

Patrick De Wever ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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13.07.2026 à 11:16

Le vrai mystère de « Vaiana » : qu’est-ce qui a bien pu pousser les Polynésiens à repartir vers l’est après 1 700 ans de pause ?

David Sear, Professor in Physical Geography, University of Southampton

Manoj Joshi, Professor of Climate Dynamics, University of East Anglia

Mark Peaple, Research Fellow, Palaeoclimate, University of Southampton

« Vaiana » s’inspire de l’une des plus grandes épopées de navigation de l’histoire humaine. En analysant d’anciens sédiments, des chercheurs apportent un nouvel éclairage sur la période.
Texte intégral (2305 mots)
Alors que Vaiana remet à l'honneur les grandes traditions de navigation polynésiennes, une nouvelle étude éclaire les raisons de leur spectaculaire expansion à travers le Pacifique. Ent-movie / Alamy

Le mystère de la « longue pause » fascine les archéologues depuis des décennies : pourquoi les Polynésiens ont-ils cessé d’explorer le Pacifique pendant près de 1 700 ans avant de reprendre soudain leurs voyages ? De nouvelles archives climatiques offrent une explication convaincante.


La même question est au cœur de l’intrigue de Vaiana, la légende du bout du monde et de plusieurs décennies de recherches archéologiques : pourquoi, après des siècles de relative stabilité, les navigateurs polynésiens se sont-ils soudainement mis à coloniser des îles situées à des milliers de kilomètres les unes des autres à travers le Pacifique ?

Le dernier film Vaiana est une adaptation en prises de vues réelles du long métrage d’animation de Disney du même nom. Bien que fictifs, ces films s’inspirent du remarquable héritage maritime des peuples polynésiens, dont les ancêtres ont accompli l’un des plus extraordinaires épisodes d’exploration océanique de l’histoire de l’humanité.

De nouvelles données climatiques pourraient aider à comprendre ce qui les a poussés à entreprendre ces voyages.

En toile de fond de Vaiana se trouve le mystère de la « longue pause ». Les ancêtres des Polynésiens, les Lapita, ont atteint les archipels des Samoa et des Tonga il y a environ 3 000 ans. Ils y ont apporté un style de poterie caractéristique ainsi qu’une culture insulaire qui leur était propre.

Les migrations humaines dans le Pacifique

Les ancêtres des Polynésiens ne se sont aventurés au-delà des Samoa et des Tonga qu’après une « longue pause » de 1 700 ans. Les autres archipels du Pacifique ont ensuite été colonisés rapidement. David Sear

Pourtant, durant les 1 700 années qui ont suivi, les expéditions plus à l’est sont restées très rares. Les données archéologiques indiquent que les populations des Tonga et des Samoa ont augmenté et développé une culture propre, distincte de celle des Lapita.

Puis, entre 900 et 1100 de notre ère, les ancêtres des Polynésiens ont soudainement entrepris une vaste phase de migration vers l’est. Au cours du siècle suivant, des navigateurs embarqués sur d’immenses pirogues à double coque et à voile ont atteint Hawaï, Aotearoa (la Nouvelle-Zélande) et Rapa Nui (l’île de Pâques). La présence de patates douces sur de nombreuses îles du Pacifique suggère qu’ils ont probablement également été en contact avec les côtes du continent américain.

Lorsque les navigateurs européens arrivèrent enfin, plusieurs siècles plus tard, ils furent stupéfaits de découvrir que même les plus petits atolls étaient habités par des communautés partageant de profondes parentés culturelles et linguistiques.

Le mystère de la « longue pause »

Depuis des générations, anthropologues et historiens cherchent à comprendre ce qui a mis fin à la longue pause. Les Polynésiens ont-ils mis au point de nouvelles techniques de navigation leur permettant de remonter les alizés d’est ? Ont-ils été poussés par la croissance démographique et des pressions sociales ? Ou leur décision a-t-elle été déclenchée par un facteur physique, lié à l’environnement ?

Pour répondre à cette question, il faut s’intéresser aux conditions matérielles qui rendent la vie possible sur une île du Pacifique : l’eau douce et la nourriture. À mesure que la population augmente, la pression sur ces ressources s’intensifie.

Les ancêtres des Polynésiens étaient très adaptables et habitués aux sécheresses saisonnières. Mais des épisodes de sécheresse prolongés et sévères, survenant alors que la densité de population était élevée, pouvaient faire qu’une île ne soit plus en mesure de faire vivre ses habitants. En définitive, la survie sur une île dépend d’une ressource essentielle : les précipitations.

Décrypter les archives du climat

Les auteurs prélèvent des échantillons de sédiments dans une zone marécageuse de Polynésie. David Sear

Jusqu’à récemment, les scientifiques ne disposaient d’aucune donnée permettant de reconstituer le climat qui régnait dans la région des Tonga et des Samoa à cette période cruciale des migrations. Nous avons toutefois pu retracer ces évolutions en analysant les isotopes de l’hydrogène – des variantes légèrement différentes d’un même élément chimique – conservés dans d’anciens sédiments prélevés dans des marais et des lacs.

Sous les tropiques, la composition isotopique de l’eau de pluie reflète la quantité de précipitations. En se développant, les algues et les plantes absorbent cette eau et en enregistrent la signature chimique dans des molécules capables de se conserver pendant des milliers d’années dans les sédiments, constituant ainsi une archive naturelle des précipitations passées.

Grâce à cette technique, nous avons mis en évidence une période de sécheresse durable et particulièrement sévère dans le sud-ouest du Pacifique tropical entre 850 et 1200 de notre ère. Nos résultats, récemment publiés dans le Journal of Pacific Archaeology, montrent qu’il s’agit de la période la plus sèche qu’ait connue la région au cours des 2 000 dernières années. Surtout, cette sécheresse est survenue à une époque où les populations insulaires étaient devenues plus nombreuses.

La grande migration vers l’est du Pacifique a coïncidé avec une période de sécheresse dans l’ouest du Pacifique :

graphs
Les populations humaines ont colonisé l’est du Pacifique peu après une longue période de sécheresse dans l’ouest du Pacifique (en orange sur le graphique supérieur), marquée également par une série de brusques épisodes de sécheresse (en orange sur le graphique central). David Sear

Pourquoi certaines îles connaissent-elles des sécheresses qui durent plusieurs décennies, voire plusieurs siècles ? Les précipitations dans le sud du Pacifique tropical dépendent de la position de la zone de convergence du Pacifique Sud (SPCZ), une vaste bande de nuages et de pluies qui se déplace d’est en ouest au fil du temps sous l’effet des variations de la température de surface des océans. À court terme, ces déplacements sont liés aux phénomènes El Niño et La Niña. Mais la SPCZ peut aussi se déplacer sur des périodes beaucoup plus longues, entraînant des décennies de conditions exceptionnellement sèches ou humides dans différentes régions du Pacifique.

L’ensemble concorde avec les données génétiques, qui indiquent que la population des Samoa a connu une forte croissance autour de l’an 1000, peut-être grâce à l’arrivée de nouveaux groupes de population. Tout porte donc à croire que plusieurs facteurs se sont conjugués – un stress climatique intense, une population en expansion et des progrès dans la technologie des pirogues – pour déclencher cette audacieuse exploration vers l’est.

L’expansion polynésienne constitue, à elle seule, un épisode remarquable de l’histoire humaine. Tandis que Vaiana fait découvrir à un nouveau public les traditions de navigation des peuples du Pacifique, les scientifiques continuent d’affiner notre compréhension des défis environnementaux auxquels ces navigateurs hors du commun ont été confrontés – et de la manière dont ils y ont répondu avec ingéniosité, résilience et un extraordinaire esprit d’exploration à l’échelle de l’océan Pacifique.

The Conversation

David Sear a reçu des financements de UKRI-NERC et de la National Geographic Society.

Manoj Joshi a reçu des financements de UKRI-NERC.

Mark Peaple a reçu des financements de UKRI-NERC.

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12.07.2026 à 17:46

World Cup 2026: how are posts on diversity and inclusion being received on social media?

Willem Standaert, Associate Professor, Université de Liège

Arno De Caigny, Full Professor of Marketing Analytics, IÉSEG School of Management

Kristof Coussement, Professor of Business Analytics, IÉSEG School of Management

Matthijs Meire, Associate professor, IÉSEG School of Management

A study of over 6,000 posts by European football associations demonstrates that communities react very differently, depending on the type of diversity up for debate.
Texte intégral (1519 mots)

Football has embraced the issue of diversity, though not without controversy. But how do online communities respond to these efforts? An analysis of several thousand social media posts reveals a more nuanced reality: in the eyes of the public, not all forms of diversity are received in the same way.

Nelson Mandela famously said that “sport has the power to unite people in a way that little else does.” This ideal lies at the heart of FIFA’s message for the 2026 FIFA World Cup, presented as a celebration of unity, diversity, and inclusion.

The tournament itself reflects this ambition: a significant share of players now represent a country other than the one in which they were born, illustrating the impact of migration and the rise of multiple identities in modern football. A case in point is provided by the French team.

Polarised social issues

But this symbolism comes with tensions. Against a global backdrop of debates over

immigration, national identity, and LGBTQ+ rights, the World Cup continues to generate controversy, whether over the visa of a Somali referee, fans’ travel, or Iran’s participation. As with the debate surrounding the “OneLove” armband at the 2022 World Cup, football remains a central arena where broader, and often polarised, societal issues come into sharp focus.

These discussions do not stop at the stadium. They continue across social media, where every post, campaign, or public statement is instantly amplified, commented on, and debated at great speed. In this environment, football associations, sponsors, and brands benefit from unprecedented visibility but also face increased exposure to public reactions. This raises a fundamental question: how can organisations communicate effectively about diversity and inclusion in such a fragmented and polarised space?

Is diversity a disadvantage on social media?

To answer this question, we analysed more than 6,000 Facebook and Instagram posts published by nine European football associations. Drawing on interviews with industry experts, we identified seven dimensions of diversity and inclusion: gender, race and ethnicity, age, disability, religion and culture, sexual orientation, and social class.

Taken as a whole, posts related to diversity appear to generate fewer interactions, on average, than other types of content. This finding, consistent with some earlier studies, could easily lead to the simplistic conclusion that diversity is somehow ‘penalised’ on social media. Such an interpretation, however, would be misleading.

A closer look at the individual dimensions reveals a much more nuanced pattern of audience responses. Posts highlighting gender or age diversity tend to generate lower engagement on average. By contrast, posts depicting racial diversity receive more positive engagement on both Facebook and Instagram. These important differences help explain why previous research has often reached conflicting conclusions: some studies focus on a single dimension of diversity, while others combine them into a single measure.

Our findings show that diversity and inclusion are not a homogeneous concept but rather a set of distinct dimensions that can trigger very different social, emotional, and cultural responses, depending on the audience.

A communication challenge

These findings shift the central question. It is no longer whether organisations should communicate about diversity and inclusion, but how they can do so in ways that are both relevant and sensitive to context.

First, organisations need to move beyond generic messages about inclusion and identify precisely which dimensions of diversity they are highlighting in their communications.

Audience responses depend heavily on cultural context, industry, and the implicit norms of each online community. A consumer brand, a technology company, or a university may, therefore, observe very different or even opposite patterns of audience response. The challenge is not to follow a universal formula, but to understand the expectations and sensitivities of one’s own audience.

Second, it is essential to distinguish between communication and impact. Content in which diversity is integrated naturally into everyday communication tends to perform better than content that relies primarily on explicit campaigns, slogans, or dedicated hashtags. This does question the legitimacy of taking a public stand. Rather, it suggests that its effectiveness depends largely on its consistency with the brand’s broader narrative and on its integration into content that audiences perceive as authentic.

Subtle effects that should not be overlooked

Third, organisations should move beyond a purely quantitative view of social media engagement. Although some diversity-related content may generate fewer likes or comments, it can still produce a more subtle, but strategically important, effect: changing the composition of the engaged audience. Our exploratory analyses suggest that certain types of content attract more diverse audiences across different identity dimensions. In other words, the value of these communications lies not only in the volume of interactions they generate, but also in their ability to broaden and diversify the audience that engages with them, an increasingly important objective for organisations.

With the 2026 FIFA World Cup in full swing, football continues to spark debates about identity, belonging, and representation that extend far beyond the pitch. These discussions will take place as much on social media as in stadiums, with every public statement immediately interpreted and debated in environments that are often highly polarised.

For sports associations and brands alike, the challenge is no longer to decide whether diversity belongs in their communications. Rather, it is to recognise that diversity is multidimensional, audiences are heterogeneous, and the success of a communication strategy cannot be reduced to short-term engagement metrics alone.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Willem Standaert received a subsidy from UEFA, the Union of European Football Associations.

Arno De Caigny received a subsidy from UEFA, the Union of European Football Associations.

Kristof Coussement received a subsidy from UEFA, the Union of European Football Associations.

Matthijs Meire received a subsidy from UEFA, the Union of European Football Associations.

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12.07.2026 à 17:45

Peut-on mieux recycler les métaux précieux contenus dans nos ordinateurs ?

Solène Touze, Cheffe de projet, génie des procédés, BRGM

Les cartes-mères de nos ordinateurs contiennent une cinquantaine de métaux, dont cinq, au mieux, sont récupérés aujourd’hui. Peut-on faire mieux ?
Texte intégral (1559 mots)

L’ESSENTIELCliquez pour lire les trois points à retenir La carte-mère d’un ordinateur est pleine de métaux précieux : du cuivre, de l’or, de l’argent, du palladium, du platine, de l’europium… il y en a une cinquantaine sur une seule carte. Aujourd’hui, seuls cinq de ces métaux précieux peuvent être récupérés (au mieux), pour des raisons économiques et technologiques. Un des obstacles est que l’on sait très mal quantifier les métaux présents dans la benne à ordures électroniques. Cette quantification est indispensable pour évaluer le potentiel de valorisation, et, quand c’est possible, récupérer davantage de matière. Replier


Tout commence dans nos maisons. Lors d’un ménage de printemps, l’ordinateur portable hors service qui traîne est enfin emmené à la déchèterie et est déposé dans le bac déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). S’il ne peut pas être réutilisé ou réemployé, il part vers une filière de recyclage. Que sait-on réellement, aujourd’hui, recycler de ce déchet ?

La première étape se fait à la main : on trie les déchets électriques et électroniques, et l’ordinateur va dans un bac dédié aux ordinateurs. Ensuite, toujours manuellement, on enlève la batterie qui est envoyée vers une filière spécialisée — c’est une obligation réglementaire.

À cette étape, plusieurs chemins sont possibles : nous allons ici considérer que l’opérateur qui extrait la batterie isole aussi la carte mère ; et que le reste, l’écran et le boîtier partent vers des procédés de tri automatisés qui vont recycler les métaux présents en grande quantité (fer, cuivre, aluminium), et parfois les plastiques.

Maintenant, suivons la carte mère. Elle est considérée comme une carte électronique riche car elle contient du cuivre et des métaux précieux en quantité intéressante : plus de 20 % de cuivre, plus de 150 milligrammes d’or par kilogramme de carte-mère, et plus de 600 milligrammes d’argent par kilogramme. Ainsi, le déchet carte-mère se vend entre 3 et 8 € le kilogramme. Plus la carte est avancée (avec davantage de RAM ou des processeurs plus puissants, par exemple), plus elle a des chances d’avoir des quantités de métaux précieux importantes.

Les cartes sont triées en différentes catégories, du plus riche au moins riche — une nouvelle fois manuellement, à l’œil. C’est l’étape de massification : le but consiste à regrouper les cartes de même catégorie en un seul lot. Cela va faciliter le transport, le stockage et la revente.

Lorsque le lot atteint une certaine quantité (environ la vingtaine de tonnes), il est vendu aux métallurgistes du cuivre. Ce sont les industriels qui produisent et vendent du cuivre pur, on les appelle les « smelters » de cuivre. Il y a aujourd’hui sur Terre moins d’une dizaine de smelters qui récupèrent le cuivre en même temps que les métaux précieux. Aucun n’est en France, mais une majorité est en Europe (Belgique, Suede Autriche et Allemagne). Face à ces « géants de la métallurgie » (Umicore, Aurubis, Boliden par exemple), il existe aussi quelques PME du monde du recyclage (dont, en France, WeeeCycling).

La plupart des smelters ont été conçus, à la base, pour traiter du minerai de cuivre (roche extraite d’une mine de cuivre). Ils ont progressivement intégré des déchets dans leur alimentation mais cette alimentation reste souvent minoritaire. Les métaux qui y sont valorisés sont le cuivre, l’or, l’argent, le palladium et le platine s’il y en a (soit seulement cinq métaux, alors que la carte en contient presque une cinquantaine).

Les cartes qui ne sont pas assez « riches » vont, elles, vers des « smelters » qui ne récupèrent que le cuivre.

Pourquoi ne pas recycler davantage ?

La réponse n’est pas triviale. Il y a des raisons économiques, technologiques, géopolitiques et de marché et à cela s’ajoute une dynamique temporelle complexe.

Sur la partie économique, l’évidence est que la filière doit être rentable : les coûts de traitement de cette matière secondaire (les cartes-mères) doivent donc être inférieurs à celui du traitement de la matière primaire (le minerai de cuivre).

Le deuxième point économique, moins connu, est les risques liés à la volatilité des cours des métaux : il peut être difficile d’investir sur la récupération d’un métal quand son prix peut fluctuer du simple au double en très peu de temps.

Dans cette même logique, nos objets (comme ceux du numérique) évoluent très vite et certains métaux utilisés aujourd’hui risquent de ne plus l’être demain. Faut-il mettre en place des chaînes de traitement éphémères ? Quid, par exemple, de la filière de recyclage des lampes à économie d’énergie qui ont été remplacées par les LED en une décennie ?

Côté technologique, les technologies de récupération de cette cinquantaine de métaux existent déjà dans le domaine minier, et beaucoup peuvent être adaptées au domaine du recyclage.

Peut-on valoriser de très faibles quantités ?

Mais ce catalogue de technologies de recyclage ne peut pas se déployer raisonnablement sur la cinquantaine de métaux présents.

Dans le minerai comme dans les déchets, la production des métaux suit de grandes familles de métaux : la sidérurgie pour l’acier, la métallurgie du cuivre, du nickel, de l’aluminium, le groupe des terres rares… Par exemple, dans la nature, le gallium est associé aux minerais de bauxite (aluminium), il est donc produit par la filière métallurgie de l’aluminium.

La carte électronique, elle, fait fi de ces associations. Une carte-mère d’ordinateur est traitée uniquement par la métallurgie du cuivre, et aucune de ces installations ne valorise le gallium. Les 3 milligrammes de gallium présents dans une carte sont donc perdus.

Au-delà de ces questions de filières, se pose aussi la question d’aller valoriser un métal en très faible quantité. Quel est le coût énergétique d’aller chercher les 0,075 milligramme d’Europium dans une carte mère ?

Connaître la matière

Enfin, une troisième raison du recyclage partiel des cartes est le manque de donnée sur leur contenu. En effet, aujourd’hui, les ordinateurs et leurs cartes-mères ne sont pas fournis avec un « passeport matière » qui donne leur composition précise ; alors même que celle-ci varie aussi bien avec le producteur et le temps.

Si nous voulons bâtir de nouvelles filières de recyclage, il est nécessaire de connaître ce gisement pour affirmer la faisabilité économique et technique du recyclage : quelle quantité de tel métal est accessible et à quelle concentration se trouve-t-il ? Accéder à ces données est difficile et demande une recherche approfondie.

Repartons des 20 tonnes de cartes électroniques vendues au smelter : il est clairement impossible de caractériser et d’analyser la totalité du lot. En effet, les outils d’analyse fonctionnent sur des échantillons de quelques grammes seulement, voire quelques milligrammes. Par construction, l’échantillon analysé n’est jamais tout à fait représentatif du lot d’origine. Il s’accompagne d’une « valeur d’incertitude » : a-t-on analysé 30 milligrammes de germanium par kilo, plus ou moins 5 ou 20 milligrammes par kilo ? Cette marge d’erreur change totalement le potentiel de valorisation du lot.

Avec mes collègues, nous travaillons dans le cadre du projet ReviWEEE, pour développer une méthodologie d’échantillonnage et d’évaluation des incertitudes.


Le projet ReviWEEE est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Solène Touze a reçu des financements de l'ANR - 22-PERE-0009.

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