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23.10.2026 à 12:30

Ratés, faux sondages, marchés prédictifs : la mauvaise passe des sondeurs américains avant les midterms

W Joseph Campbell, Professor Emeritus of Communication, American University School of Communication

Ratés à répétition depuis 2016, faux sondages, concurrence des marchés prédictifs et des réponses simulées par l’IA : les instituts américains abordent les élections de mi-mandat du 3 novembre en terrain miné.
Texte intégral (2677 mots)
La maire de Los Angeles, Karen Bass, lors de la parade de la Nisei Week, en août 2025. Un faux sondage la donnant largement en tête pour sa réélection a été relayé par son équipe de campagne en août 2026. 399scout/Wikimedia Commons, CC BY-SA, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Aux États-Unis, les sondages ont sous-estimé Donald Trump à trois présidentielles de suite et se sont encore trompés aux primaires d’août 2026.

  • Faute de répondants, les instituts doivent redresser leurs données brutes, des choix techniques qui peuvent nettement modifier les résultats.

  • Marchés prédictifs et réponses simulées par l’IA leur disputent désormais la prévision électorale, sans avoir prouvé qu’ils étaient plus fiables.


Le 3 novembre 2026, les Américains renouvelleront l’ensemble de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat lors des élections de mi-mandat, les midterms. Les instituts de sondage abordent ce scrutin plombés par des ratés retentissants lors des dernières élections, et concurrencés par des rivaux pleins d’aplomb, bien décidés à redessiner le paysage des prévisions électorales.

Rien ne garantit que les difficultés des sondeurs – et la défiance persistante du public à l’égard de la fiabilité des sondages électoraux – se dissiperont de sitôt.

À vrai dire, les sondeurs n’ont guère eu de motifs de se réjouir depuis près de dix ans, depuis que Donald Trump a déjoué les pronostics fondés sur les sondages pour battre Hillary Clinton à la présidentielle de 2016.

En 2020, les sondeurs ont signé leur pire performance collective depuis 40 ans en surestimant l’ampleur de la victoire de Joe Biden sur Trump. J’analyse cet épisode dans Lost in a Gallup, mon livre consacré aux échecs des sondages (non traduit en français, NdT).

Lors des midterms de 2022, les sondages se sont montrés plus inégaux que brillants. En 2024, les sondeurs ont, dans l’ensemble, sous-estimé le soutien électoral à Trump – pour la troisième élection consécutive. Au point que le magazine The Atlantic a jugé les sondages de 2024 « toujours mauvais, mais plus discrètement ».

Des sondages inventés de toutes pièces

La série de déconvenues des sondeurs s’est prolongée en août 2026, lors de deux primaires démocrates très suivies (les primaires désignent les candidats des partis à l’élection générale, NdT) : celle pour le siège de sénateur du Michigan et celle pour le poste de gouverneur du Wisconsin. Dans les deux cas, les sondages annonçaient des avances de plus de dix points, qui se sont révélées illusoires une fois les bulletins dépouillés. (Dans le Michigan, le progressiste Abdul El-Sayed, donné largement en tête, ne l’a emporté que d’un point environ sur la modérée Haley Stevens ; dans le Wisconsin, la socialiste démocrate Francesca Hong, favorite, s’est inclinée de justesse face à David Crowley, NdT.) Ces résultats ont inspiré des titres comme « Faut-il encore faire confiance aux sondages ? »

Le mois d’août a aussi apporté des révélations sur des résultats de sondages fabriqués dans des scrutins disputés dans le Wisconsin, dans le Nevada et à Los Angeles. Ces faux sondages étaient l’œuvre d’un jeune diplômé de 21 ans, qui diffusait ses résultats inventés sur un site baptisé Median Strategies. Il a affirmé avoir voulu démontrer à quel point de fausses données d’enquête peuvent attirer l’attention.

Les résultats de l’un de ces faux sondages, qui donnait la maire démocrate de Los Angeles, Karen Bass, en tête avec plus de dix points d’avance dans sa course à la réélection, ont été relayés sur les réseaux sociaux par son équipe de campagne. Ils ont aussi fait l’objet d’articles de presse et de reportages télévisés avant que la supercherie ne soit révélée.

Les primaires sont déjà bien assez compliquées pour les sondeurs sans les perturbations qu’entraînent des résultats inventés. La participation y est généralement faible, ce qui complique la tâche des instituts lorsqu’ils tentent d’estimer qui ira effectivement voter.

Parier sur les élections, une vieille pratique

Dans le même temps, les sondeurs subissent la pression des marchés prédictifs comme Kalshi et Polymarket, une plateforme fondée sur les cryptomonnaies, qui permettent tous deux de parier sur l’issue des élections. (Ces plateformes sont illégales en France, où l’Autorité nationale des jeux les assimile à des sites de jeux d’argent non autorisés, NdT.)

Les paris sur les élections américaines ont une longue histoire, quoique méconnue. En 1924, le Wall Street Journal rapportait depuis New York qu’« une demi-douzaine de maisons, ici, font commerce de recevoir et de placer des paris », en relevant qu’une règle empirique s’était imposée : « Quand la cote dépasse deux contre un dans une campagne, le candidat favori est pratiquement certain de l’emporter. »

À partir des années 1930, les paris ont cédé la place, comme outil de prévision électorale, aux techniques de sondage quasi scientifiques (PDF) mises au point par des pionniers des enquêtes d’opinion comme George Gallup et Elmo Roper. Les sondages offraient alors ce que les chercheurs Paul W. Rhode et Koleman S. Strumpf ont appelé « un substitut tout trouvé aux cotes des paris, qui n’était pas exposé aux objections morales visant les jeux d’argent ».

Ces dernières années, à mesure que les difficultés des sondages se sont aggravées, les marchés prédictifs sont sortis de l’ombre pour devenir des acteurs incontournables de la prévision électorale.

À lire aussi : Marchés prédictifs en ligne : miser sur un résultat sportif… ou sur la guerre en Ukraine

Leur volume de transactions, leur influence politique et leur notoriété ont progressé – tout comme leurs prétentions.

Le fondateur de Polymarket, Shayne Coplan, 28 ans, a qualifié les marchés prédictifs de « chose la plus précise dont dispose l’humanité à l’heure actuelle ». Il a aussi raillé les enquêtes traditionnelles, réalisées auprès de personnes interrogées, en déclarant en 2024 : « Plus personne ne prend les sondages au sérieux. »

Les marchés prédictifs fournissent des probabilités en temps réel, avec une souplesse dont les sondages électoraux sont incapables. Mais la question de savoir s’ils menacent l’existence même des sondages traditionnels reste ouverte.

Le journaliste de données Nate Silver (fondateur du site de prévisions électorales FiveThirtyEight et, depuis juillet 2024, conseiller de Polymarket, NdT) a dit douter que « les marchés prédictifs puissent constituer un bon substitut aux sondages ». Une des raisons de ce scepticisme : les parieurs de ces plateformes s’appuient souvent sur les résultats des sondages préélectoraux et sur les prévisions fondées sur ces sondages, et y réagissent.

Pourtant, les marchés prédictifs n’ont guère semblé dépendre des sondages lors de la présidentielle de 2024. Polymarket et Kalshi ont tous deux prédit la victoire de Trump, alors que les sondages, en moyenne, tendaient à donner une légère avance à la vice-présidente Kamala Harris.

« Faites confiance aux marchés, pas aux sondages », a lancé Coplan sur le réseau social X peu après l’élection. Kalshi, de son côté, a proclamé que ses projections favorables à Trump avaient « montré que les marchés prédictifs peuvent nettement surpasser les sondages et les médias traditionnels ».

La récente primaire démocrate pour le poste de gouverneur du Wisconsin a toutefois été une douche froide pour les marchés prédictifs. Les cotes de Kalshi et de Polymarket donnaient respectivement à Francesca Hong 95 % et 96 % de chances de l’emporter. Elle a perdu, de justesse.

L’épineuse question du redressement

Au-delà de la concurrence des marchés prédictifs, les sondeurs se heurtent au problème tenace des faibles taux de réponse. Beaucoup de gens refusent de répondre aux sollicitations des instituts, ce qui rend presque impossible la constitution d’échantillons représentatifs à partir des seules enquêtes. Les sondeurs sont donc contraints d’appliquer des ajustements statistiques à leurs données brutes, une opération appelée « pondération » ou « redressement ».

Ces ajustements visent à améliorer la précision en alignant les données brutes sur des caractéristiques démographiques ou politiques : niveau d’études, origine ethnique, genre, affiliation partisane déclarée lors de l’inscription sur les listes électorales ou encore vote passé déclaré par les personnes interrogées. Mais les choix de redressement varient d’un institut à l’autre et ne garantissent en rien l’exactitude des résultats.

Josh Clinton, politiste à l’université Vanderbilt, a souligné que même des « choix raisonnables » de redressement peuvent faire nettement varier les résultats d’un sondage.

Autre source de tracas pour les enquêtes d’opinion aujourd’hui : une pratique appelée « silicon sampling » (« échantillon silicium »), dans laquelle des agents d’intelligence artificielle simulent des réponses semblables à celles d’êtres humains.

Le silicon sampling, qui a gagné en visibilité ces derniers mois, est bien plus rapide et nettement moins coûteux que les sondages classiques. Et il a pris pied dans le secteur des enquêtes d’opinion.

L’institut Gallup, pionnier américain des sondages, a ainsi annoncé qu’il « explore le potentiel des réponses simulées » pour déterminer « si les systèmes d’IA et les méthodes émergentes peuvent aider à mieux comprendre comment les humains pensent et se comportent ».

Le silicon sampling inquiète certains tenants des méthodes traditionnelles, que les implications éthiques, entre autres, de la simulation de réponses humaines mettent mal à l’aise.

À lire aussi : Les sondages générés par IA séduisent des instituts, mais peuvent-ils vraiment refléter ce que pensent les gens ?

La présidentielle de 2024 a offert un modeste exemple de silicon sampling en action. Les agents d’IA de la start-up Aaru avaient prédit que Harris remporterait quatre des sept États pivots du pays (les swing states, susceptibles de basculer d’un camp à l’autre et qui décident de l’élection, NdT). Un tel résultat lui aurait assuré suffisamment de grands électeurs pour être élue présidente.

Ces résultats n’étaient cependant pas meilleurs que ceux des sondages traditionnels réalisés dans les États pivots par CNN et le New York Times. Les deux médias donnaient Harris en tête dans quatre États – de quoi l’emporter si le scrutin avait suivi leurs sondages.

Harris a perdu dans les sept États pivots.

The Conversation

W Joseph Campbell ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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23.10.2026 à 12:29

Could lawfare become warfare between Brussels and Beijing?

Isabelle Feng, Chercheuse au Centre Perelman de Philosophie du Droit, Université Libre de Bruxelles (ULB)

In response to China, the EU is transforming its single market into a legal lever: employees, subsidies and forced labour are becoming new battlegrounds.
Texte intégral (2215 mots)

KEY TAKEAWAYS

  • Chinese employees are using European law to defend their working conditions: after being fired by the equipment manufacturer Xingyu, 107 young graduates alerted Mercedes-Benz and Volkswagen, its European clients.

  • The European Union extends its legal power beyond its borders. With the regulation on foreign subsidies (FSR), Brussels can investigate Chinese companies benefiting from public support when they operate in the European market.

  • Beijing and Brussels have entered a legal standoff with China seeking to prevent its companies from cooperating in European investigations while the EU uses access to its vast market as regulatory leverage.


As Sino-European rivalry spills into the legal arena, law is emerging as an unlikely weapon in the European Union’s arsenal of power. Against Beijing, Brussels is wielding an expanding body of rules with extraterritorial reach, unsettling Chinese strategies and redrawing the boundaries of economic power.

Two recent developments lay bare this clash of approaches. On September 1, China’s new Lawyers Law came into force, placing lawyers’ work firmly under the direction of the Chinese Communist Party (CCP). At the same time, German carmakers Mercedes-Benz and Volkswagen found themselves drawn into a complaint filed by employees of their Chinese supplier, Xingyu. Mercedes-Benz acknowledged receipt of the whistleblower report and pledged a thorough review; Volkswagen opened an investigation. Together, the contrast is striking: where Beijing seeks to subordinate the legal profession to the party, the EU is using legal rules to project power beyond its borders.

When Chinese employees turn European law against their own employers

The Xingyu case shows how European law can become a weapon in the hands of Chinese workers themselves.

In early July, Xingyu, China’s leading automotive lighting manufacturer, hired 440 fresh graduates at its plant in Changzhou, 200 kilometres from Shanghai. A month later, 107 had been laid off in a rarely brutal way with little compensation. According to the company’s official statement, this decision was due to “the industry’s sluggish economic situation”. The mass layoffs have set Chinese social media ablaze, and even the CCP’s mouthpiece, the People’s Daily, has condemned the company for having “trampled on social trust”.

Unconvinced, the young recruits chose an unconventional route to challenge their dismissal. Rather than turn to domestic legal channels, they assembled a dossier of evidence: contracts, interview recordings, recruitment advertisements and internal documents. They translated the material into English themselves and mailed it straight to Xingyu’s European clients, namely Mercedes-Benz and Volkswagen, as well as to the Hong Kong Stock Exchange, where the company had filed for an IPO at the end of July.

The significance of this move goes far beyond a workplace dispute. These young employees took their case across borders, seeking leverage not from Chinese judiciary mechanisms, but from the legal and reputational obligations facing their employer’s European customers, imposed by EU law. In doing so, they turned the global supply chain into a potential channel of accountability.

This is the reach and the paradox of European legal power. Brussels cannot directly dictate how Chinese companies operate on their homeland, but it can act on both their business operations that are linked to the European market, as well as those of their European partners. By targeting the links that bind global value chains, EU law can travel far beyond the Union’s borders and become a source of leverage for people with little power at home.

Nuctech: when Brussels brings Beijing to heel

The Nuctech case illustrates the reverse dynamic: European law reaching into Chinese business power from the top down. Nuctech, a Chinese company, state-owned, and global leader in security screening systems, has come under investigation by the European Commission under the Foreign Subsidies Regulation (FSR). Adopted in 2022 and in force since 2023, the FSR gives the Commission the power to scrutinise subsidies granted by non-EU governments to companies operating in the European market when those subsidies risk distorting competition.

In April 2024, the Commission launched an ex officio procedure into Nuctech under the FSR and carried out unannounced inspections (dawn raids) at the company’s premises in Poland and the Netherlands. During the raids, investigators sought access, among other things, to employees’ e-mails stored on servers in China. Nuctech challenged the measures before the General Court of the European Union, seeking their suspension.

In August 2024, the General Court dismissed Nuctech’s application for interim relief. In March 2025, the Court of Justice, hearing the case on appeal in proceedings for interim relief, upheld this rejection. The courts have not yet ruled on the substance of the case. But their interim rulings have already sent a clear message: a foreign company operating in the EU cannot easily shield itself from Commission investigators by invoking the restrictions imposed by its home country’s laws.

The real clash erupted in 2026. On April 7, just days before the General Court was due to hear Nuctech’s case in Luxembourg, Beijing adopted measures aimed at countering what it called t he “inappropriate extraterritorial application of foreign laws and measures”. Then, on May 15, the Chinese Ministry of Justice escalated the confrontation, ordering “any organisation and any individual” not to cooperate with the EU’s investigation into Nuctech. Beijing denounced the EU’s action as both “abusive” and “erroneous”. The dispute had moved beyond a corporate investigation and thus directly brings into conflict two legal orders.

The confrontation now boils down to a fundamental question: when European and Chinese law collide over the same company, whose rules will prevail?

Brussels’ market power is making Beijing play by EU rules

The EU may lack China’s demographic size, or its industrial capacities, but it has a powerful card to play: access to a market of 450 million consumers, among the world’s wealthiest. The FSR turns that market into a lever of power. Its logic is simple: companies seeking to do business in Europe must play by European rules, whatever the source of their funding.

And this leverage is already having tangible effects. Since the FSR’s entry into force, Chinese multinationals have withdrawn from several European public procurement bids. China’s rail manufacturer CRRC pulled out of the Lisbon metro project, while Shanghai Electric abandoned a tender for a photovoltaic park in Romania. There is no ambiguity: access to the European market comes at a price and Brussels is prepared to enforce the terms.

In early February, the European Commission opened an in-depth investigation into Goldwind, the wind power giant based in Xinjiang; in late May, it opened another against online retail giant JD.com, a candidate for the acquisition of German distributor Ceconomy. Beijing retaliated by dictating, on August 19, a second blocking measure, prohibiting any collaboration with the Brussels investigation into JD.com, once again in the name of “defending national sovereignty”.

The battle lines are now drawn. Beijing tries to seal its data behind a sovereign firewall; Brussels holds the keys to the European market. Law has become a weapon of geopolitical combat, with each side testing the other’s red lines.

For Chinese multinationals, the stakes are brutally concrete: how much are they willing to sacrifice to defy Brussels? Can they afford to lose access to a market that absorbs hundreds of billions of euros’ worth of Chinese goods every year?

Xingyu has already delivered its answer and in dramatic fashion. Faced with the fallout, the lighting manufacturer made a spectacular U-turn: it apologised to its employees and offered them a substantially more generous severance package. The episode confirmed the EU’s leverage in Xingyu’s young employees’ action. Brussels did not need to dictate terms in the People’s Republic of China (PRC); pressure transmitted through the European market was enough to change a company’s behaviour.

From subsidies to forced labour: how far will the extraterritorial power of European law go?

If the FSR becomes a true sword of Damocles hanging over Chinese companies operating in Europe, the European Forced Labour Regulation (FLR) could soon target products manufactured outside the EU, particularly in the PRC, whenever they are destined for the European market.

Adopted in 2024, the FLR will prohibit, starting December 14 2027, China from putting products made with forced labour on the European market, regardless of their origin. The Commission will thus be able to examine supply chains, from the importer down to the supplier, and even subcontractors located on the other side of the planet. Hence the nightmare for Chinese exporting firms: one of the potential Achilles’ heels of “Made in China” lies in the working conditions under which certain products are manufactured.

Europe’s true revenge might not be to “defeat” the communist regime in production or exports. Rather, it would be to succeed in making its own rules a reference to which Chinese companies, like other non-EU companies, must submit.

In this battle, the winner will not be the one that produces the most, but the one that dictates the rules. If the EU can make access to its own market conditional on compliance with its laws, Beijing will face a bitter truth: it may control how the world’s goods are made, but it cannot dictate the rules under which they are sold.


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The Conversation

Isabelle Feng ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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23.10.2026 à 12:05

Les sondages sont des instantanés, pas des prédictions : ce que montre la campagne électorale néo-zélandaise

Grant Duncan, Research Associate, Public Policy Institute, University of Auckland, Waipapa Taumata Rau

En Nouvelle-Zélande, où les législatives ont lieu le 7 novembre 2026, les sondages se multiplient. Mais chacun n’est qu’une photographie floue de l’opinion à un instant passé : il ne permet pas de prédire le résultat du scrutin.
Texte intégral (1820 mots)
Le Beehive, l’aile du Parlement néo-zélandais qui abrite les bureaux du gouvernement, à Wellington, en mai 2015. Les Néo-Zélandais renouvelleront leur Parlement le 7 novembre 2026. Michal Klajban/Wikimedia Commons, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Chaque sondage n’est qu’une estimation : un écart d’un ou deux points entre deux enquêtes relève du bruit statistique, pas d’un signal.

  • Une participation inattendue peut fausser les sondages, comme en 2020 en Nouvelle-Zélande, quand ils ont sous-estimé les travaillistes et surestimé le Parti national.

  • Les sondages peuvent aussi influencer le vote, au détriment des petits partis menacés par le seuil de 5 % des voix.


Les Néo-Zélandais renouvelleront leur Parlement lors des élections législatives du 7 novembre 2026. À neuf mois du scrutin (cet article a été publié en anglais le 3 février 2026, NdT), que peuvent nous apprendre les sondages d’opinion sur leur issue ? Pas grand-chose, à vrai dire.

Sur la seule foi des sondages, personne n’aurait pu prédire, aussi tôt dans l’année, l’issue des trois derniers scrutins. Les tendances ont évolué au cours des mois suivants, et des événements – au premier rang desquels le Covid, en 2020 – sont venus rebattre les cartes.

Chaque sondage est une photographie de l’opinion publique à un moment déjà passé – et cette photographie est floue, en raison de l’erreur d’échantillonnage, statistiquement inévitable. Un échantillon de 1 000 personnes ne ressemble jamais exactement à l’ensemble du corps électoral, et la proportion d’électeurs « indécis » n’est souvent pas communiquée.

Les instituts de sondage ont tout intérêt à produire des résultats aussi exacts que possible, mais les aléas statistiques sont inévitables. Chaque sondage n’est qu’une estimation. Et un léger écart d’un ou deux points entre deux sondages relève du « bruit », non du « signal ».

C’est en observant les tendances sur un ensemble de sondages que l’on se fait une idée de l’évolution des préférences partisanes. Mais les tendances passées ne permettent pas de prévoir de façon fiable les tendances futures.

Que nous disent les sondages récents ?

Le code de déontologie des sondages politiques de la Research Association New Zealand (RANZ), l’organisation professionnelle des métiers des études et sondages, impose que toute projection du nombre de sièges de chaque parti « précise que les sondages ne prédisent pas – ils mesurent un moment donné ».

J’ajouterais que personne ne peut « mesurer » les opinions avec la précision dont on fait preuve pour mesurer des distances ou des durées. Une opinion n’est pas un objet dans l’espace.

Alors, que peut-on dire de ce que les sondages récents indiquent, plutôt que de ce qu’ils mesurent ?

Ils semblent montrer que si des élections avaient eu lieu récemment, le Parti national, la formation de centre droit du premier ministre Christopher Luxon, aurait recueilli moins de voix de liste – celles qui déterminent la répartition des sièges – qu’aux élections de 2023. Le Parti travailliste (centre gauche), dans l’opposition, aurait peut-être fait mieux que lui, mais aurait été desservi par ses partenaires potentiels de coalition, les Verts (écologistes de gauche) et Te Pāti Māori (le parti de défense des droits des Maoris).

Il est difficile de dire si ce scrutin hypothétique aurait pu conduire à un changement de gouvernement. Les sondages réalisés dans les semaines qui précèdent immédiatement une élection sont en général assez proches des résultats. Mais la participation peut tout bouleverser.

Un échantillon représentatif du corps électoral ne correspond pas forcément, sur le plan démographique, à la population qui se rend effectivement aux urnes.

En 2020, par exemple, une participation d’une ampleur inattendue a conduit les sondages du mois précédant le scrutin à sous-estimer les travaillistes et à surestimer le Parti national.

Les observateurs de la vie politique peuvent néanmoins se servir des sondages comme d’indicateurs de la direction prise. À l’heure où j’écris ces lignes, seul New Zealand First (NZ First), le parti populiste et nationaliste de Winston Peters, membre de la coalition de droite au pouvoir, aurait de quoi se réjouir de ses résultats moyens dans les sondages récents.

NZ First a obtenu des scores de 9 % ou plus, en progression par rapport à son résultat aux dernières élections (6,1 %). La lente remontée des travaillistes au cours de l’année 2025 semble toutefois s’être faite au détriment des deux plus petits partis de gauche.

Les sondages influencent-ils le résultat des élections ?

Les sondages d’opinion peuvent avoir sur le comportement électoral des effets autoréalisateurs ou d’« entraînement » (l’effet bandwagon). Mais aucune théorie de cause à effet ne permet de prédire si cela se produira, ni dans quelle mesure. Ces effets peuvent jouer en sens opposé selon les individus.

Si les sondages donnent un candidat largement en tête, cela peut m’inciter à voter pour lui (pour monter dans le train en marche). Ou bien je peux voter pour un autre candidat (pour soutenir l’outsider). Ou ne pas voter du tout (puisque les jeux sont faits).

Dans un scrutin mixte à finalité proportionnelle (MMP, pour Mixed Member Proportional) comme celui de la Nouvelle-Zélande, où chaque électeur vote à la fois pour un député de circonscription et pour une liste nationale, seuls les partis qui obtiennent 5 % des voix de liste ou remportent au moins une circonscription entrent au Parlement. Un parti crédité de moins de 5 % dans les sondages, et qui a peu de chances de remporter une circonscription, peut se retrouver pris au piège d’une prophétie autoréalisatrice.

Ne voulant pas « gâcher » leur voix en la donnant à ce parti, les électeurs peuvent en choisir un autre – ce qui complique encore la tâche de ce parti.

Les électeurs se demandent aussi : qui gouvernera avec qui ? Ils peuvent se dire que voter pour un parti revient en fait à aider un autre parti à entrer au gouvernement – ce qui peut leur sembler souhaitable ou non.

Parce que les sondages risquent de guider l’opinion publique plutôt que de la suivre, la Nouvelle-Zélande interdit leur publication le jour même du scrutin, mais pas pendant les deux semaines de vote anticipé. (En France, la loi interdit la publication et le commentaire de tout sondage électoral la veille et le jour du scrutin, NdT.)

Les périodes d’interdiction sont pourtant courantes en Europe et en Amérique latine, et peuvent durer jusqu’à deux semaines, comme en Italie.

Il existe aussi un risque qu’un acteur peu scrupuleux publie un faux résultat de sondage pour infléchir les choix des électeurs ou les dissuader de voter. C’est l’une des raisons pour lesquelles la profession s’est dotée d’un code de conduite (dont elle assure elle-même le respect).

Tendances passées ou résultats futurs ?

Dans une société libre, l’État ne devrait toutefois pas interdire aux instituts de réaliser des sondages, ni aux médias d’en publier les résultats.

Les sondages peuvent informer les électeurs et jouer un rôle utile dans le processus démocratique. Ils offrent aussi aux partis, entre deux élections, un retour sur leur action (ou sur la façon dont elle est perçue).

Mais ils peuvent desservir le débat lorsque les médias les présentent de manière sensationnaliste ou partiale.

À lire aussi : Pourquoi la multiplication des sondages nuit à l’information des électeurs : les leçons du cas australien

Il faudrait laisser les électeurs se faire leur propre idée du candidat ou du parti qui les représente le mieux, plutôt que de les amener à voir l’élection comme une compétition racontée à coups de « qui monte, qui descend ».

En définitive, il faut lire les sondages – et les médias – d’un œil critique, sans rien prendre pour argent comptant. Il est toujours utile de vérifier, par exemple, qui a réalisé l’enquête, qui l’a commandée et selon quelle méthode. (En France, ces informations doivent obligatoirement accompagner la première publication d’un sondage, NdT.)

Surtout, n’oublions pas que les sondages d’opinion ne font qu’indiquer des tendances passées ; ils ne prédisent pas les résultats à venir.

The Conversation

Grant Duncan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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23.10.2026 à 10:43

Pourquoi la multiplication des sondages nuit à l’information des électeurs : les leçons du cas australien

Daniel Casey, Lecturer, Politics and International Relations, Australian Catholic University

En Australie, quelque 140 sondages ont été publiés depuis les élections fédérales de 2025, sur fond de poussée de One Nation. Des études montrent que leur couverture façon « journalisme hippique » nourrit le cynisme.
Texte intégral (2121 mots)
Le Parlement australien, à Canberra. Depuis les élections fédérales de 2025, quelque 140 sondages ont été publiés, soit environ deux par semaine. Thennicke/Wikimedia Commons, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Quelque 140 sondages ont été publiés en Australie depuis les élections fédérales de 2025, soit environ deux par semaine.

  • Selon une méta-analyse de 32 études, la couverture « hippique » des sondages accroît le cynisme envers les responsables politiques et les médias.

  • Des « répondants » créés par l’IA, capables de se faire passer pour des humains, pourraient demain fausser les sondages à bas coût.


En Australie, les sondages d’intentions de vote se succèdent à un rythme soutenu. Selon le Newspoll, l’enquête de référence publiée par le quotidien The Australian le 9 août 2026, les travaillistes, au pouvoir, et One Nation, le parti populiste et anti-immigration de Pauline Hanson, sont désormais à égalité, à 29 %, tous deux en recul d’un point. La Coalition, l’alliance de droite qui réunit libéraux et nationaux, perd elle aussi un point et tombe à 18 %. Comme tous les autres, ce sondage a été largement repris, par le média qui l’a commandé comme par ses concurrents.

Pourtant, la dernière élection fédérale remonte à un peu plus d’un an, et la prochaine n’aura lieu que dans deux ans. Dans ce contexte, et compte tenu de la manière dont la récente progression de One Nation dans les sondages, en particulier, a façonné le débat politique, avons-nous trop de sondages ?

La voix du peuple

« Vox populi, vox Dei » : c’est l’idée – qui donna son titre à un célèbre pamphlet anglais de 1709 – selon laquelle la voix du peuple est la voix de Dieu. Dès lors, les sondages d’opinion – qui mesurent avec précision, de façon scientifique et systématique, la voix du peuple – ne sont-ils pas, à l’évidence, l’un des outils les plus importants de la démocratie ? Ou bien les sondages d’intentions de vote ne sont-ils qu’une mesure superficielle de l’opinion publique – sujette au bruit statistique, et qui nous apprend peu de choses sur les raisons pour lesquelles l’opinion évolue, ou sur ce que les responsables politiques devraient faire ? L’obsession des derniers sondages nous détourne-t-elle des véritables enjeux et des problèmes de long terme auxquels l’Australie est confrontée ?

Selon William Bowe (alias The Poll Bludger), spécialiste reconnu du suivi des sondages, environ 12 sondages ont été publiés en juillet 2026 – soit à peu près trois par semaine. Depuis l’élection de 2025, nous en avons eu environ 140, réalisés par dix instituts différents – soit à peu près deux par semaine.

Si vous avez l’impression que ce n’était pas le cas auparavant, eh bien, vous avez à moitié raison. S’il est difficile de recenser précisément le nombre de sondages d’opinion publiés, l’Australie n’a compté, jusqu’au début des années 1970, qu’un seul grand institut de sondage, Roy Morgan Research, qui réalisait des enquêtes pour The Bulletin.

Selon la base de données des sondages d’opinion de la Bibliothèque du Parlement australien, on comptait dans les années 1990 environ 38 sondages par an – moins d’un par semaine. Ce chiffre a doublé dans les années 2000, avant de bondir à environ 130 par an entre 2010 et 2016.

Cette période a coïncidé avec celle où l’Australie faisait figure de « capitale des putschs du monde démocratique » – plusieurs putschs internes ayant renversé les dirigeants des deux grands partis. Après un recul pendant deux cycles électoraux, nous étions revenus, lors du cycle électoral 2022-2025, à la moyenne actuelle d’environ deux sondages par semaine.

Cette croissance se retrouve ailleurs. Au Royaume-Uni, entre 1992 et 2005, on comptait environ 1,5 sondage d’opinion par semaine. Depuis, ce chiffre a plus que triplé : on en compte environ cinq par semaine depuis les législatives de 2024.

Quel effet sur le débat politique ?

Il ne s’agit toutefois pas simplement d’une question de volume : ce qui compte, c’est ce qu’il advient de tous ces sondages une fois qu’ils atteignent le public. Que dit donc la recherche des effets de toute cette couverture « hippique », qui raconte la politique comme une course de chevaux ?

L’espace consacré à l’actualité politique étant limité, la multiplication de ce type de journalisme se fait presque certainement au détriment du traitement des questions de fond.

À lire aussi : Fragilités et énigmes d’un sondage électoral

Une étude américaine a montré que seulement 10 % de la couverture médiatique de l’élection présidentielle de 2016 portait sur les enjeux de fond. Tout le reste relevait du journalisme « hippique ». Expliquer les subtilités de l’imposition des trusts et des plus-values – plutôt que de rendre compte de l’effet de ces annonces sur l’opinion publique – est difficile, chronophage, gourmand en ressources, et a peu de chances d’attirer les regards et les clics sur les réseaux sociaux.

Quel effet cette couverture façon course de chevaux a-t-elle sur le public ? Le détourne-t-elle de la politique, le rendant encore plus cynique à l’égard de responsables politiques qui semblent entièrement guidés par les sondages ? L’hypothèse est que cela accroît l’aliénation politique, avec des conséquences négatives pour la démocratie. D’autres ont avancé que ce type de couverture est accessible et favorise l’engagement civique.

Malheureusement, les recherches australiennes sur le sujet sont limitées. Cependant, les travaux menés aux États-Unis et dans une demi-douzaine de pays européens semblent tous aller dans le même sens. Une méta-analyse de 32 études réalisée par Alon Zoizner a montré que la couverture stratégique, qui privilégie la course entre les partis, accroît le cynisme à l’égard des responsables politiques comme des médias qui les couvrent, et dégrade le jugement que porte le public sur la crédibilité de l’information elle-même.

Des résultats similaires ont été observés en Suède, tandis qu’une étude danoise a montré que les journalistes rapportent couramment de faibles variations des sondages, statistiquement non significatives, comme s’il s’agissait de changements réels et substantiels. On fabrique ainsi une impression de mouvement et un intérêt journalistique à partir de pur bruit statistique.

Au total, la multiplication de ce traitement centré sur la course entraîne une méfiance accrue envers les responsables politiques et les médias, ainsi qu’un électorat mal informé – un électorat que l’on nourrit de variations des sondages qui, statistiquement, n’existent souvent pas du tout.

Les journalistes ne sont pas les seuls responsables. Les rédactions se sont considérablement dégarnies, des milliers de postes de journalistes ayant disparu, ce qui a entraîné un appauvrissement de l’expertise sur les dossiers et une diminution du nombre de reporters disposant des bases nécessaires pour interroger une série de chiffres plutôt que de simplement les relayer.

Au-delà des coupes dans les rédactions, toute une série de mutations structurelles du secteur des médias récompensent l’immédiateté et les titres « pièges à clics ». Dans ces conditions, il est plus facile de se saisir du dernier sondage d’opinion clés en main ou d’un communiqué de presse que de commander un reportage original ou de passer une semaine à éplucher les détails d’une mesure fiscale.

Il existe toutefois des mesures concrètes qui pourraient être prises. Les journalistes et les rédacteurs en chef pourraient choisir d’accorder moins de place aux sondages d’opinion et d’en améliorer le traitement. Si l’Australian Press Council (le conseil de la presse australien) dispose de lignes directrices sur le traitement des sondages d’opinion, la couverture médiatique reste souvent en deçà de ces normes et peut être sérieusement trompeuse. Des données montrent également que former les journalistes à mieux dialoguer avec les communautés qu’ils couvrent peut réduire la place accordée à la course électorale.

Les responsables politiques rejettent ou adoptent les sondages selon ce qui les arrange – l’ancien premier ministre Malcolm Turnbull s’est appuyé sur des sondages défavorables pour justifier de défier son prédécesseur Tony Abbott, avant de regretter de les avoir invoqués lorsque ses propres chiffres se sont dégradés.

Mon analyse des lettres d’information des parlementaires montre plus largement le même réflexe : les sondages sont couramment brandis comme preuve d’une dynamique, ou agités comme un épouvantail pour mobiliser les sympathisants. « Les derniers sondages indiquent que si des élections avaient lieu aujourd’hui, Peter Dutton l’emporterait », avertissait Katy Gallagher en s’adressant à ses sympathisants, en février 2025.

Si vous trouvez que c’est déjà grave…

Alors, y a-t-il trop de sondages ? Probablement – mais le volume, à lui seul, n’est pas vraiment le coupable. Le problème, c’est le volume associé à la manière dont les sondages sont interprétés, et à la facilité avec laquelle les responsables politiques en font une arme, que ce soit en brandissant les chiffres ou en les balayant de façon théâtrale. Aucune de ces deux attitudes ne porte réellement sur les sondages eux-mêmes ; toutes deux sont des mises en scène destinées à un public que la surabondance même des sondages a rendu possible.

Et cette surabondance risque de s’aggraver avant de s’atténuer. Des chercheurs ont déjà conçu des « répondants » créés par intelligence artificielle (IA) suffisamment performants pour se faire passer pour des humains dans une enquête – des électeurs synthétiques dont le sondage coûte quelques centimes plutôt que quelques dollars, et qui peuvent être paramétrés pour produire n’importe quel résultat voulu par leur opérateur.

Aujourd’hui, le problème tient à des sondages coûteux, sujets au bruit statistique et parfois bâclés ; demain, il pourrait tenir à des sondages bon marché, invisibles et fabriqués sur mesure. Le déluge actuel de sondages pourrait bien finir par faire figure de bon vieux temps.

The Conversation

Daniel Casey ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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22.10.2026 à 16:48

La révocation du procureur de la CPI : quand permanence ne rime pas avec prévoyance

Aude Brejon, Chercheuse contractuelle, Chargée de cours en droit international pénal, droit international des droits de l'homme, droit des organisations internationales et régionales, Université Bourgogne Europe

L’affaire Karim Khan révèle une faille. Face à l’incomplétude des règles, la CPI a dû préciser les garanties et les modalités de la procédure en cours de route.
Texte intégral (2578 mots)
Karim Khan lors de sa prestation de serment en tant que Procureur de la Cour pénale internationale le 16 juin 2021. Élu pour neuf ans, il a été révoqué au bout d’un peu plus de cinq ans. Site officiel de la Cour pénale Internationale

L’ESSENTIEL

Le 24 juillet 2026, l’Assemblée des États parties a révoqué le procureur de la CPI, le Britannique Karim Khan, par 82 voix, une première dans l’histoire de la Cour, qui vient par ailleurs de recevoir le prix Sakharov.

La procédure disciplinaire, à peine esquissée dans les textes, a dû être inventée en chemin, sans qu’aucune instance judiciaire indépendante n’établisse les faits.

Dès 2006, la probité du premier procureur avait été mise en cause ; vingt ans plus tard, la Cour n’a toujours pas fixé de procédure pour y répondre.


Le 24 juillet 2026, réunie en session extraordinaire à New York, l’Assemblée des États parties au Statut de Rome a révoqué Karim Khan de ses fonctions de procureur de la Cour pénale internationale (CPI). Jamais encore le chef de l’Accusation n’avait été révoqué. Depuis cette date, ses fonctions sont exercées conjointement par ses deux procureurs adjoints, la Fidjienne Nazhat Shameem Khan et le Sénégalais Mame Mandiaye Niang.

Première juridiction pénale internationale permanente, la CPI a été conçue en 1998 pour juger durablement les crimes les plus graves, là où les tribunaux qui l’avaient précédée étaient créés pour un conflit puis dissous. Son procureur, élu par l’Assemblée des États parties, décide de l’ouverture des enquêtes et de l’engagement des poursuites : il est le gardien de l’édifice. Or, cette fois, c’est ce gardien qu’il a fallu juger, et la Cour a dû improviser.

Le déroulé d’une révocation inédite

En mai 2024, deux membres du Bureau du Procureur signalent des faits d’inconduite sexuelle commis par le procureur à l’endroit d’une membre du personnel placée sous son autorité, faits qu’il a toujours contestés.

Saisi, le mécanisme de contrôle indépendant de la Cour clôt son enquête quelques jours plus tard, la principale intéressée ayant refusé de déposer une plainte formelle. Le 11 novembre 2024, à la suite de révélations dans la presse, la présidente de l’Assemblée des États parties, organe politique de la Cour, annonce qu’une enquête externe indépendante sera menée. Celle-ci est confiée aux services de contrôle interne des Nations unies. Avant la fin de cette seconde enquête, en mai 2025, Karim Khan se met lui-même en retrait de ses fonctions.

L’enquête des Nations unies dure plus d’un an. Saisi du rapport, le Bureau de l’Assemblée (organe d’une vingtaine d’États, élus par l’Assemblée) charge un panel de trois juges de la Cour de qualifier juridiquement les faits. Ceux-ci estiment que les éléments réunis ne permettaient pas d’établir une faute au-delà de tout doute raisonnable. Leur mandat, consultatif, ne les autorisait ni à reprendre l’enquête ni à établir eux-mêmes les faits.

Le 8 juin 2026, le Bureau de l’Assemblée retient pourtant, sur la base des constatations de l’enquête des Nations unies, l’existence d’un manquement grave par Karim Khan à ses devoirs de procureur, suspend ce dernier de ses fonctions et saisit l’Assemblée. Réunie le 24 juillet, celle-ci tranche au scrutin secret, par 82 voix contre 13 et 15 abstentions, et prononce la révocation du procureur sur le fondement de l’article 46 du Statut de Rome.

Cette révocation est donc l’aboutissement d’une procédure longue, mais surtout mal encadrée par les textes. L’article 46 fixe le motif de la révocation — une faute lourde ou un manquement grave aux devoirs du procureur — et la majorité requise, mais il renvoie la marche à suivre au Règlement de procédure et de preuve, lequel s’avère très incomplet pour un tel cas. La présidente de l’Assemblée l’a d’ailleurs admis implicitement dans sa déclaration finale : si l’Assemblée et son Bureau ont dû accorder à Karim Khan des garanties allant au-delà de ce que prévoyait le cadre applicable, c’est bien parce que celui-ci était insuffisant. La difficulté tient donc moins à la décision elle-même qu’à la manière dont elle a été prise.


À lire aussi : Le droit pénal international à l’article de la mort ?


Un premier procureur déjà mis en cause

Ce n’est pourtant pas la première fois que la CPI connaît une telle situation. En 2006, un membre du Bureau du Procureur, Christian Palme, accusait le premier procureur de la CPI, l’Argentin Luis Moreno Ocampo (en fonctions de 2003 à 2012) d’avoir agressé sexuellement une journaliste lors d’un déplacement. Un collège de juges avait alors entendu la victime présumée, qui avait démenti, de même que le procureur, et classé la plainte comme manifestement infondée.

Ocampo avait par la suite licencié le fonctionnaire à l’origine du signalement, licenciement finalement jugé abusif par le tribunal administratif de l’Organisation internationale du travail.

Luis Moreno Ocampo en février 2012 aux côtés de la juriste gambienne Fatou Bensouda qui lui succédera cette même année au poste de Procureur de la CPI. Elle effectuera elle aussi un mandat complet jusqu’en 2021, année où Karim Khan sera élu. Ministère estonien Des Affaires Etrangères/Flickr

Deux accusations de même nature à l’égard de procureurs, deux issues opposées pour ces derniers, mais une même improvisation de la part de la Cour : faute de procédure préétablie, l’institution a dû, chaque fois, inventer sa réponse.

Une procédure opaque et imparfaite

Ces improvisations successives tiennent à la place singulière que le Statut de Rome réserve au procureur. Qu’un procureur soit plus aisément révocable qu’un juge n’a rien d’un accident. Élu à la majorité absolue des États parties, le premier peut être révoqué à cette seule majorité, quand il faut les deux tiers pour le second.

Si cette différence montre le caractère politique du poste de procureur, il reste que la procédure n’établit pas ce qu’elle sanctionne. Pour les autres responsables de la Cour, ce sont des juges qui constatent les faits ; pour le procureur, l’affaire passe de la présidence au Bureau de l’Assemblée, puis à l’Assemblée elle-même, sans qu’aucune instance judiciaire indépendante n’établisse les faits.

L’indépendance du procureur a son revers. Les rédacteurs du Statut de Rome l’ont voulu élu pour neuf ans, sans renouvellement possible, afin qu’il n’ait pas à redouter de déplaire. Or la même règle prive la Cour de presque toute prise sur lui en cours de mandat. Face à une faute grave, l’institution se retrouve devant un choix binaire : tolérer ou destituer.

Encore faut-il pouvoir qualifier les faits, ce qui ne va pas de soi. Le Statut vise la faute lourde ou le manquement grave aux devoirs, mais ces catégories, taillées pour des défaillances professionnelles, saisissent mal une inconduite à caractère sexuel visant une subordonnée, à la fois affaire de conduite personnelle et abus d’un rapport d’autorité. Le texte ne précise pas dans quelle catégorie une telle faute doit être rangée.

À ces manques s’ajoute une confidentialité de la procédure qui n’a pas été pleinement préservée comme en témoignent les différents rapports qui ont circulé dans la presse. L’opacité demeure toutefois entière sur la question de savoir comment, et par qui, les faits ont été établis. Pour enquêter sur son propre procureur, la Cour, qui dispose pourtant depuis 2009 d’un mécanisme de contrôle indépendant compétent à son égard, s’en est remise à l’ONU. La CPI ne dépend pas de l’ONU, mais le recours à cette dernière pouvait se comprendre : la plaignante ne souhaitait pas être entendue par le mécanisme interne. Ce recours s’est néanmoins fait hors de tout cadre clairement défini, ce qui n’a pas manqué de nourrir le soupçon, porté par Karim Khan et ses soutiens, d’une procédure politisée (la procédure ayant débuté au moment où Karim Khan s’apprêtait à requérir des mandats d’arrêt contre Benyamin Nétanyahou et Yoav Gallant, ainsi que contre des dirigeants du Hamas).

Et maintenant ?

Karim Khan a annoncé qu’il porterait sa révocation devant le Tribunal administratif de l’Organisation internationale du travail, juridiction où le personnel de la Cour conteste les décisions en matière d’emploi.

Même ce recours est incertain. Le procureur est un élu, non un agent ordinaire de la Cour, et ce tribunal n’a encore jamais eu à se prononcer sur une telle révocation. Abdul Koroma, ancien juge de la Cour internationale de justice, considère qu’un tel recours est prometteur : il pourrait selon lui aboutir à une indemnisation, voire à une réintégration. Cette dernière n’est toutefois presque jamais ordonnée par ce tribunal ; l’issue la plus probable serait donc une condamnation pécuniaire — qui serait la seconde, après l’affaire Ocampo, consécutive à une situation mettant en cause un procureur de la CPI. Elle attesterait surtout que l’Assemblée n’avait le choix qu’entre deux maux : le discrédit d’une Cour défaillante dans la protection de son personnel, ou la lourde charge d’élire un nouveau procureur.

Or une nouvelle élection ne suffira pas. Ce qui a manqué ne se situe pas en amont, dans la sélection du procureur, dont le Statut garantit déjà la moralité, mais en aval : une procédure disciplinaire claire, indépendante et menée à son terme, ouvrant sur des suites satisfaisantes pour toutes les personnes concernées, institution comprise.

Enfin, le prix de cette improvisation n’est pas seulement institutionnel. Il est humain. Faute de procédure sûre, aucun dispositif n’a organisé la protection de la plaignante, restée en poste au sein de l’institution et suspendue à des recommandations sans force obligatoire puis à un vote politique. Le procureur n’a pas été davantage protégé : eût-il été mis hors de cause, rien n’était prévu pour réparer l’atteinte portée à sa réputation. Ce n’est pas l’action de la Cour qui a vacillé, mais le sort des deux personnes qu’elle a laissées sans filet. L’un et l’autre ont traversé une épreuve de plus de deux années, qui n’est peut-être pas achevée pour elle et ne l’est assurément pas pour lui.

En somme, l’affaire Khan pose une question simple : la Cour s’est-elle dotée, à l’égard de son propre procureur, des règles qu’exige une institution permanente ? La pérennité d’une juridiction suppose la sécurité juridique : des règles arrêtées d’avance, dont le procureur mis en cause, la personne qui le dénonce et les États appelés à trancher peuvent prévoir l’application. Ce besoin est d’autant plus pressant que la Cour fait face, dans le même temps, aux sanctions américaines, qui visent depuis 2025 son procureur, plusieurs de ses juges et jusqu’aux deux adjoints qui assurent aujourd’hui l’intérim. Ces pressions extérieures, la Cour les subit depuis sa création et les subira sans doute longtemps encore, même si elles n’ont jamais atteint une telle intensité. Les crises internes, en revanche, peuvent être évitées. Dès lors, l’enjeu est désormais d’achever le dessin : codifier ce qui a été improvisé, confier l’établissement des faits à une instance indépendante, garantir la transparence. C’est à ce prix que la permanence rimera, enfin, avec prévoyance.

The Conversation

Aude Brejon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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22.10.2026 à 15:47

Pourquoi un matériau est-il beaucoup plus « costaud » à petite qu’à grande échelle ?

Laurent Pizzagalli, Directeur de recherche CNRS, expert en physique des matériaux, Université de Poitiers

Chaque matériau a un seuil de résistance mécanique maximal qui lui est propre. De manière surprenante, ces seuils changent radicalement lorsque l’on passe de notre échelle macroscopique à des tailles nanométriques.
Texte intégral (1930 mots)

L’ESSENTIEL

  • Chaque matériau a un seuil de résistance mécanique maximal qui lui est propre. Au-delà d’une certaine pression, il va se déformer.

  • De manière surprenante, ces seuils changent radicalement lorsque l’on passe de notre échelle macroscopique à des tailles nanométriques.

  • Comment expliquer, physiquement, ce changement ?


Comme le dit le dicton, « tout ce qui est petit est mignon ». Mais il est plus rare d’entendre dire que ce qui est plus petit est plus costaud. Et pourtant c’est ce qu’il semble se passer pour de nombreux matériaux si on diminue leurs dimensions jusqu’à quelques dizaines de nanomètres (un milliardième de mètre). Des expériences et des simulations numériques montrent en effet que la résistance mécanique peut augmenter d’un facteur mille à ces échelles. Comment cela est-il possible ?

Revenons tout d’abord aux bases. Si on compresse un matériau, il se déforme généralement avec une amplitude faible et de manière élastique, c’est-à-dire réversible. Toutefois, au-delà d’un certain niveau de contrainte mécanique exercée, la déformation devient plastique donc irréversible. Ce seuil de résistance mécanique maximal dépend bien évidemment du type de matériau. L’acier est ainsi notoirement plus résistant que du plomb, et une pierre que du polystyrène. Physiquement, cette résistance est équivalente à une pression, laquelle s’exprime en pascal (Pa) dans le système d’unités international. Par exemple, la pression maximale que peut supporter un métal comme l’aluminium est une vingtaine de mégapascals, soit 2×107 Pa.

Pour se faire une idée plus précise de ces pressions, la figure ci-dessous montre une échelle illustrée par quelques cas très imaginaires. Ainsi, en supposant qu’on puisse faire tenir un éléphant de 3 tonnes sur la face d’un dé de 1 cm de côté (ce qui est hautement hypothétique j’en conviens), la pression exercée sur ce dernier sera de 300 mégapascals (soit 3×108 Pa). Si le dé est en aluminium, il sera donc déformé plastiquement (irréversiblement). Par contre, la pression exercée par un avion de 400 tonnes sur un plot de 1 mètre de côté ne sera que de 4 mégapascals, soit en deçà de la résistance maximale de l’aluminium. Mais si on pouvait faire reposer la plus haute tour du monde, le Burj Khalifa, et ses 500 000 tonnes sur ce plot, la pression exercée de 5 gigapascals (soit 5×109 Pa) le transformera en galette s’il est en aluminium (ou pour tout autre métal d’ailleurs).

Figure 1 : Échelle des pressions, avec des repères correspondants à divers sujets posés sur un objet de section égale à 1 cm² ou à 1 m². 1 MPa (mégapascal) est égal à 10⁶ Pa. 1 GPa (gigapascal) est égal à 10⁹ Pa. Laurent Pizzagalli, Fourni par l'auteur

Voyage dans le monde nanométrique

Ces quelques exemples appartiennent au monde macroscopique, à notre échelle. La situation change radicalement lorsqu’on diminue les dimensions caractéristiques de plusieurs ordres de grandeur, pour arriver dans le monde nanométrique. Des expériences récentes ainsi que de nombreuses simulations numériques ont montré que les résistances mécaniques maximales y étaient fortement augmentées. Par exemple, on estime que des nanoparticules d’aluminium de quelques dizaines de nanomètres de diamètre peuvent supporter des pressions maximales de 15 à 25 gigapascals (soit 1,5 à 2,5×1010 Pa) au cours de compressions, soit environ mille fois plus que l’aluminium dans le monde macroscopique.

L’explication de ce phénomène apparaît lorsqu’on examine comment les matériaux sont structurés aux différentes échelles. Malgré son apparence uniforme à l’échelle macroscopique, un métal pur est constitué de grains cristallins faisant généralement de 10 à 100 micromètres (soit 10-5 à 10-4 m), de l’ordre de grandeur de l’épaisseur d’un cheveu.

Représentation schématique de la microstructure en grain d’un métal classique, montrant plusieurs types d’imperfections structurales ou chimiques. Laurent Pizzagalli, Fourni par l'auteur

Ces grains, aux orientations cristallographiques variables, sont connectés entre eux par des joints de différentes natures structurales et/ou chimiques. Les régions à proximité de ces joints sont des endroits privilégiés pour des réorganisations structurales particulières ou des cavités. Si on se focalise sur un grain en particulier et que l’on réduit l’échelle d’observation bien en dessous du micromètre, on peut s’apercevoir que l’arrangement cristallin est loin d’être parfait, avec la présence de différents types de défauts ponctuels (lacunes, interstitiels, impuretés chimiques) ou étendus (dislocations, macles, cavités, inclusions diverses). Ces défauts peuvent également se retrouver en concentration plus ou moins importante au niveau des joints de grains.

Lorsque le matériau macroscopique est soumis à une pression supérieure à la résistance mécanique maximale, de multiples mécanismes peuvent s’activer à différentes échelles pour atténuer la contrainte subie. Ceux-ci peuvent se situer au niveau des grains, lesquels peuvent se déplacer et tourner les uns vis-à-vis des autres. Les cavités et les phases présentes aux joints peuvent également évoluer. Au sein des grains, les dislocations, qui sont un des principaux vecteurs de la déformation plastique dans les métaux, peuvent se déplacer, et interagir entre elles, ainsi qu’avec les autres défauts ponctuels ou étendus et les joints de grains. Ces mécanismes sont activés pour des contraintes allant généralement de quelques mégapascals à la centaine de mégapascals (soit bien en deçà des 15 à 25 gigapascals évoqués précédemment), et gouvernent les propriétés mécaniques des matériaux à notre échelle.

Des nanoparticules quasi parfaites

Revenons maintenant à nos nanoparticules de quelques dizaines de nanomètres. Des tailles aussi petites correspondent à une infime portion d’un grain (symbolisée par le point rouge sur la figure ci-dessus), et la probabilité d’y trouver des défauts ponctuels et étendus y est statistiquement très faible. De plus, même si de rares défauts étaient créés lors de la synthèse, les surfaces des nanoparticules sont des pièges efficaces pour les éliminer. Si on fait abstraction des surfaces, les nanoparticules sont donc souvent d’une pureté structurale et chimique sans égale. En l’absence de joints de grains et de défauts, les mécanismes cités ci-dessus permettant la déformation plastique à faible contrainte sont donc essentiellement désactivés dans les nanoparticules. Ceci explique pourquoi ces dernières vont pouvoir supporter des pressions bien supérieures à celle du matériau macroscopique avant de se déformer de manière irréversible elles aussi.

Alors comment ces nanoparticules quasi parfaites se déforment-elles ? Et bien les simulations numériques et les expériences montrent que pour les déformer plastiquement, il est nécessaire d’atteindre les conditions permettant d’y créer ex nihilo des défauts étendus comme les dislocations. Et que ceci n’est possible que si on réussit à accumuler une quantité importante d’énergie élastique au sein de la nanoparticule, grâce à des pressions de compression élevées par exemple. Ceci explique pourquoi il est nécessaire d’appliquer des pressions supérieures à la dizaine de gigapascals pour déformer plastiquement les nanoparticules de dimensions nanométriques. En résumé, à notre échelle, les propriétés mécaniques des matériaux sont essentiellement gouvernées par la microstructure en grains et les multitudes d’imperfections structurales et chimiques. Et la résistance mécanique extraordinaire des nanoparticules s’explique donc par l’absence de toutes ces imperfections.

The Conversation

Pizzagalli Laurent a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recherche, ainsi que de l'Université de Poitiers.

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