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27.10.2026 à 16:11

Annuler la dette détenue par la Banque centrale européenne, c’est changer la nature de l’euro

Gaetano Gaballo, Professeur en économie et sciences de la décision, HEC Paris Business School

La BCE ne peut pas défendre simultanément la valeur de l’euro et la dette française. C’est l’essence même de la confiance que nous accordons à la monnaie.
Texte intégral (1753 mots)

L’ESSENTIEL

  • En France, des responsables politiques appellent à annuler une partie de la dette détenue par l’Eurosystème, l’autorité monétaire de la zone euro.

  • Il ne faut pas oublier que la monnaie de l’Eurosystème, l’euro, est une dette.

  • L’Eurosystème ne peut absorber de la dette française sans compromettre la confiance dans la valeur de sa propre dette, à savoir protéger ce qu’un euro permet d’acheter dans le temps.


En cette rentrée, Jean-Luc Mélenchon propose d’annuler les quelque 600 milliards d’euros de dette française détenus par la Banque de France, soit 18 % du total. L’idée n’est pas neuve : en février 2021, une centaine d’économistes la défendaient déjà dans une tribune avant que Christine Lagarde la juge « inenvisageable ».

Le droit européen est très clair sur cette question. L’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdit à la Banque centrale européenne (BCE) et à la Banque de France de financer les États, ce qu’une annulation de la dette reviendrait à faire.

Pourtant, en comptabilité publique, l’opération n’est guère plus qu’un transfert entre deux poches de l’État, au bénéfice net presque nul. Et certains responsables politiques pourraient rappeler que la BCE a déjà acheté des milliers de milliards de titres publics pendant les crises des dettes souveraines et la pandémie de Covid-19 sans que l’inflation grimpe.

Dans ce débat public sur l’annulation de la dette publique française détenue par la banque centrale, on laisse entendre que l’euro, notre monnaie commune, n’aurait rien à y perdre. C’est tout le contraire : cette politique minerait la confiance dans notre monnaie commune. Le changement serait immédiat, dès le jour de l’annonce.

Dans cet article, je souhaiterais partir d’un simple constat, trop souvent oublié : l’euro est une dette de l’Eurosystème, comme toutes les monnaies sont une dette. Il est impossible pour l’autorité monétaire de la zone euro, composée de la Banque centrale européenne et des banques centrales nationales, de stabiliser la dette publique française, tout en préservant la valeur de sa propre dette, c’est-à-dire celle de l’euro. Explications.

Une dette qui ne se rembourse jamais

Partons d’une évidence que l’on oublie souvent : l’euro, comme toutes les monnaies émises par des banques centrales, n’est rien d’autre qu’une dette de l’Eurosystème. Une dette bien étrange, car elle ne dit pas quand elle sera remboursée – en réalité, elle ne le sera jamais.

Imaginez un « bon » que la banque centrale distribue en échange de ce qu’elle achète. Ce bon n’a pas à être remboursé ; il est seulement échangé de nouveau, dépensé, reçu et redépensé.

Nous acceptons ce bon, ou ce nombre de bons sur un compte, en échange de biens, de services et d’actifs, parce que nous savons que les autres l’accepteront à leur tour, et à peu près au même prix. C’est tout ce qui tient l’édifice. Si cette dette n’est jamais remboursée, sa valeur ne repose sur aucune promesse de remboursement.

Une dette de la banque centrale ne se rembourse pas, elle circule. On l’appelle la monnaie.

Ce qui rend une banque centrale unique

L’Eurosystème est un débiteur singulier : son objectif premier, sa raison d’être, est de maintenir stable la valeur de sa propre dette, c’est-à-dire ce qu’un euro permet d’acheter dans le temps.

Concrètement, lorsque la Banque centrale européenne chercher à stabiliser l’inflation, elle cherche à stabiliser le pouvoir d’achat d’un euro pour chaque habitant de la zone euro, et de facto, la dette de l’Eurosystème.

Comment se stabilise la valeur de la dette ? Quand le pouvoir d’achat d’un euro se réduit, il y a de l’inflation ; quand il augmente, il y a de la déflation. Dans le premier cas, la banque centrale restreint l’offre de monnaie ou, plus exactement, en augmente le coût. Dans le second cas, elle fait le contraire.

Tous les autres emprunteurs n’ont pas le même intérêt qu’une banque centrale. Un ménage, une entreprise et, bien sûr, un État, souhaitent que la valeur de leur dette, c’est-à-dire l’argent reçu en échange, soit le plus élevé au moment de l’émission, et minimal au moment où on la rembourse.

La position de la Banque centrale européenne est opposée : la valeur de l’euro, donc sa dette, doit rester la même aujourd’hui, demain et après-demain. Aucune institution n’est aussi crédible qu’une banque centrale lorsqu’elle promet que le pouvoir d’achat de sa monnaie restera stable dans le temps. Aucune autre institution n’a été créée pour cette raison, et seulement pour cette raison.

La valeur future de la monnaie devient un pari

Imaginons, à l’inverse, un principe nouveau : en France, quand l’État a trop de dettes, la Banque centrale européenne peut intervenir pour en absorber une partie. Dès lors, les ménages, les entreprises ou les autres institutions peuvent se demander légitimement : quand et comment l’Eurosystème interviendrait pour l’État ? Quand et comment va-t-il soulager les difficultés de la dette française ? Et pour quel autre État après ?

La valeur d’un euro n’est plus perçue comme garantie dans le temps ; l’Eurosystème poursuivra la stabilisation d’une autre dette que la sienne !

Dans ce cas, quiconque s’engage dans des accords économiques utilisant l’euro comme monnaie de transaction s’expose à un risque monétaire, celui que, au moment du paiement, la monnaie ne vaille plus ce qu’elle valait au moment de l’accord. Par crainte de l’incertitude, le pouvoir d’achat d’un euro devient quelque chose sur lequel il faut parier. Un pari avec des gagnants et des perdants.

Perdre confiance dans la monnaie devient une catastrophe pour l'économie toute entière.

Détenir n’est pas annuler

Quand l’Eurosystème a acheté massivement de la dette publique ces dernières années, il l’a fait pour un seul motif : ramener l’inflation vers son objectif de 2 %.

Deux raisons :

  • d’abord parce que les taux ne pouvaient plus baisser ;

  • ensuite parce que les marchés financiers prêtaient aux pays de la zone euro à des conditions très différentes – la France, l’Italie ou l’Allemagne ne payaient pas le même prix ;

Ces titres de dette publique ont été acquis par la Banque centrale européenne en respectant le prix du marché, au moment où sa mission de stabilité des prix l’exigeait, et ce, sans que les Européens perdent confiance dans l’euro. En effet, les marchés financiers et les ménages ont gardé une anticipation d’inflation mesurée, parce que précisément l’objectif ultime de la politique de l’Eurosystème – préserver le pouvoir d’achat de l’euro – n’a jamais été remis en cause.

Annuler ou geler une dette est tout autre chose. C’est un transfert définitif dont le déclencheur est l’état des finances publiques. Ce qui commande la politique monétaire de la Banque centrale européenne cesse alors d’être la stabilité de la valeur de l’euro.

Une convention est fragile

Il est vrai que l’histoire monétaire est faite de politiques où les banques centrales ont dû s’adapter aux besoins des États, et que leur indépendance est une invention récente, vieille d’une quarantaine d’années à peine. Cela ne fait que renforcer la nécessité de la préserver. Cette séparation n’est pas une loi de la nature, c’est une institution, et les institutions ne tiennent que tant qu’on refuse de douter de leur fonctionnement.

Elle est d’autant plus précieuse que la concurrence entre monnaies n’a jamais été aussi vive. Au rôle établi du dollar s’ajoutent les nouveaux instruments numériques – dépôts tokenisés, stablecoins – et des monnaies émergentes comme le yuan renminbi chinois.

Un euro doit rester une chose que l’on détient non pas parce que l’on croit savoir comment sa valeur évoluera, mais parce que l’on n’a pas besoin de le savoir. Pour une économie, la crédibilité de sa monnaie est son patrimoine le plus important, le seul qu’elle ne pourra pas racheter aussi facilement une fois perdu.

Il n’y a pas de solution magique pour les finances publiques. Forcer la main de l'Eurosystème ne ferait pas disparaître le problème ; cela pourrait même aggraver la crise, en affaiblissant la crédibilité de notre monnaie.

The Conversation

Gaetano Gaballo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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27.10.2026 à 16:10

Pourquoi Kant jugeait-il les peuples autochtones d’Amérique « incapables de toute culture » ? Enquête sur une source oubliée

Arnaud Pelletier, Professeur de philosophie moderne, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Kant défendait une hiérarchie raciale tout en élaborant une morale universaliste. Une source historique oubliée éclaire ses préjugés et invite à repenser la lecture des grands philosophes.
Texte intégral (2358 mots)

****—

L’ESSENTIEL

  • Kant plaçait les peuples autochtones d’Amérique au bas d’une hiérarchie raciale et les considérait incapables de toute culture.

  • Le récit de voyage qu’il invoque pour justifier ses propos décrit pourtant un déclin historique, et non une incapacité propre à une race.

  • Les préjugés racistes d’un auteur classique posent une question plus vaste : selon quels principes décider ce qui relève, ou non, de sa pensée ?


Le 25 mai 2020, l’assassinat de George Floyd par un policier à Minneapolis déclenche une série de très larges manifestations, qui gagnent l’Europe en quelques semaines. Invité par la radio publique allemande à les commenter, l’historien Michael Zeuske affirme, le 13 juin, que « Kant a contribué à fonder le racisme européen dans ses écrits anthropologiques ». La phrase suscite aussitôt une série d’échanges dans la presse germanophone et, à la fin de l’année, l’Académie des sciences de Berlin-Brandebourg organise un cycle de conférences intitulé « Kant, un raciste ? ».

Le débat n’est pas nouveau. Il était déjà présent depuis plusieurs décennies dans le monde anglo-saxon, notamment sous l’impulsion de la théorie critique de la race. Mais il s’amplifie en 2020, dans le sillage de controverses plus larges sur notre héritage intellectuel : à la rentrée, l’Université d’Édimbourg retire le nom de David Hume à l’une de ses tours en raison de ses propos sur les « races » humaines.

Kant constitue un cas particulièrement embarrassant. Il est l’un des penseurs les plus enseignés de la philosophie morale occidentale, célèbre notamment pour cette formulation de l’impératif catégorique en 1785 :

« Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne et dans celle d’autrui toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen. »

Comment celui qui formulait une telle exigence a-t-il pu défendre au même moment une hiérarchie entre les « races » humaines ?

La réponse est moins évidente qu’il n’y paraît, sauf à se contenter d’une condamnation morale rétrospective et à conclure : ne le lisons plus. Car derrière la question « Kant était-il raciste ? » s’en cache une autre, plus rarement posée : quels principes guident notre propre lecture des préjugés racistes d’un auteur classique ?

Les « Américains » dans la hiérarchie de Kant

Dans ses textes publiés (principalement entre 1775 et 1788), mais aussi dans ses cours et ses notes privées, Kant, tout en affirmant l’unité de l’espèce humaine, distingue quatre « races », identifiées par la couleur de peau, auxquelles il attribue des capacités inégales. Avec une particularité distinctive : les populations autochtones d’Amérique, alors appelées « Indiens » ou « Américains », occupent chez lui le dernier rang après les « Blancs », les « Hindous » et les « Noirs ».

En 1788, Kant explique ce dernier rang par une hypothèse – sans aucune donnée empirique ni prétention à la scientificité : en migrant d’Afrique vers l’Asie, puis vers l’Amérique du Nord et enfin du Sud, les ancêtres des Amérindiens auraient traversé des climats successifs qui auraient interrompu, et laissé inachevé, le développement de leurs dispositions naturelles. Il en conclut :

« [Cette] race, trop faible pour un rude travail, trop indolente pour un travail assidu et inapte à toute culture (…), se situe encore loin en dessous du Nègre, qui pourtant occupe le plus bas degré de l’échelle parmi tout ce que nous avons nommé différences de races. »

Cette hiérarchie ne concerne pas seulement des caractères physiques, mais le développement plus ou moins achevé des mêmes dispositions de départ. Kant conçoit ainsi le développement humain comme un parcours d’éloignement progressif de la condition naturelle, passant par quatre étapes : la discipline, la culture, la civilisation et, enfin, la moralisation.

À ses yeux, chaque individu peut en principe passer par tous les stades, mais les circonstances et les lieux ont stabilisé, de manière héréditaire, des capacités différentes au sein des populations constituées en races. Le développement inégal de ces capacités en quatre stades peut alors être corrélé aux différences entre les quatre « races ». Dans ce cadre, les « Amérindiens » en seraient restés au plus bas degré de développement : capables de discipliner leurs instincts naturels, mais incapables de toute culture, c’est-à-dire de cette première forme de vie sociale où se développent les talents, les sciences, les arts et le discernement moral.

Comment Kant a-t-il pu donner le moindre crédit à une telle affirmation ? Il n’avait bien entendu jamais mis les pieds en Amérique. Pour l’étayer, il invoque l’autorité d’un homme qui, lui, connaissait directement le continent : Antonio de Ulloa, qu’il présente comme un « témoin particulièrement important » ayant observé les habitants de l’Amérique sous les deux hémisphères.

Ce que dit vraiment Antonio de Ulloa

Antonio de Ulloa (1716-1795) est envoyé par le roi d’Espagne rejoindre l’expédition du Français La Condamine, chargé de mesurer un méridien à l’équateur. Il parcourt l’Amérique du Sud pendant onze ans et publie à son retour un monumental compte rendu, la Relation historique du voyage en Amérique méridionale (1748), traduit en allemand dès 1751 sous le titre de Voyage en Amérique du Sud, et qui devient la source première d’information de toute l’Europe.

C’est ici que l’enquête réserve une surprise. Le chapitre sur les « Indiens » de la région de Quito, descendants des Incas, dresse un portrait peu flatteur, assez proche de ce que Kant en dira : paresseux, lents, immoraux, ivrognes, incapables de prendre soin de leur corps et de leur âme.

Mais Ulloa ne présente pas cela comme les traits figés d’une race. Il décrit « ces Indiens-ci », à ce moment-là, et s’avoue incapable de comprendre ce déclin au vu du degré de culture qui avait été atteint par leurs ancêtres : avancées dans les sciences, monuments immenses, gouvernement selon des lois justes. Bref, ce qu’il décrit n’est pas l’incapacité d’une race à toute culture, mais la destruction d’une culture, le déclassement socio-historique de ces Indiens-ci, à ce moment-là.

L’envoyé d’Espagne ne se prononce pas publiquement sur cette situation, mais dans ses Informations secrètes (publiées seulement en 1826), Ulloa accuse sans détour l’administration coloniale : travail forcé, vol des terres, oppression. Il juge l’opinion selon laquelle les Indiens seraient paresseux « totalement sans fondement » et en rend responsables les Espagnols.

Kant n’a pas pu lire ce texte, mais la source qu’il évoque explicitement contient déjà les éléments d’un contre-récit : non pas une incapacité raciale figée, mais un déclassement historique.

J’ai analysé d’autres décalages dans une étude parue en 2025 : Kant cite Ulloa sur la paresse des habitants de Carthagène, alors qu’Ulloa parle de tous ses habitants – « blancs », « noirs » et « indiens » – et attribue la lenteur des Européens fraîchement arrivés à la chaleur.

Pourquoi Kant n’en dit-il rien ? Impossible de le savoir. Il a pu lire vite et ne retenir qu’une formule, ou la mêler à d’autres sources qu’il connaissait, comme l’Histoire de l’Amérique de Robertson, plus sévère. Il a pu juger le récit du déclin compatible avec sa thèse, ou écarter délibérément ce qui contrariait son scénario. Aucune explication ne s’impose. C’est ici que le cas devient indécidable, et contraint à nous interroger sur nos propres lectures.

Une question ouverte : comment lisons-nous ?

Les chercheurs ont, depuis longtemps, relevé les décalages entre plusieurs énoncés de Kant, notamment entre la loi morale et ses préjugés racistes.

Trois lectures dominent. La première, contextualiste, y voit la survivance de préjugés de son temps, sans lien véritable avec sa philosophie. La deuxième y voit une contradiction frontale : Kant se contredit, mais sa morale reste intacte. La troisième, internaliste, soutient que ces préjugés sont cohérents avec tout son système, voire qu’ils en révèlent une dimension restée implicite.

Ces lectures ont leurs limites.

La lecture contextualiste se heurte… à Ulloa : les textes publiés que Kant pouvait lire décrivent déjà un déclin historique plutôt qu’une incapacité inscrite dans la « race ». Le contexte n’était donc pas univoque, et décider ce qui en relève est déjà un choix de lecture.

La lecture par la contradiction constate des incompatibilités, mais ne cherche pas à les expliquer : elle les exclut de ce qu’elle considère être la pensée de Kant.

Quant à la lecture internaliste, elle relie les enquêtes de Kant sur la nature aux conditions empiriques de la moralité. Mais pour affirmer que le système « appelle » ces préjugés, il faut combler les lacunes du texte, parfois contre sa lettre, alors que Kant qualifie lui-même ses hypothèses de « roman ».

Ces lectures divergent, mais toutes supposent qu’il existe une pensée « propre » de Kant, formant une unité cohérente, et elles s’opposent en réalité sur ce qui en fait partie et sur ce qui doit en être exclu.

Ce présupposé n’est pas un fait du texte : c’est un choix de lecture, rarement explicité.

Il y aurait toutefois une autre manière d’envisager la lecture d’une œuvre, qui ne repose pas sur la projection préalable d’une cohérence toute faite. Des énoncés formulés par un même auteur à peu près en même temps, et en cela « contemporains » dans sa pensée, n’appartiennent pas forcément au même état de sa pensée : ils peuvent relever de couches hétérogènes, qui se superposent sans s’articuler logiquement, certaines plus avancées, d’autres restées en retrait.

À la suite de Fernand Braudel, les historiens distinguent, au sein d’une même époque, des temporalités différentes : le temps court de l’événement s’articule aux structures de longue durée et à l’inertie des mentalités. Événement du temps court, la mort de George Floyd s’inscrit dans la longue durée des inégalités raciales, tout en coexistant avec des avancées décisives.

Peut-être en va-t-il de même à l’intérieur d’une œuvre, ou plutôt à l’intérieur d’une même époque de la pensée d’un auteur : chez Kant, sa critique de l’esclavage et du colonialisme et son cosmopolitisme n’apparaissent que dans les années 1790, et son Anthropologie de 1798 maintient pourtant le lien entre constitution physique et caractère moral. La pensée d’un auteur peut avancer sur un terrain et rester en retard sur elle-même sur un autre.

Cela ne disculpe en rien Kant : ces affirmations sont bien les siennes. Mais cela empêche de conclure d’avance qu’elles expriment l’intention profonde de sa philosophie, ou qu’elles ne sont que le simple reflet de l’époque.

La question dépasse ainsi largement Kant. Lorsque nous lisons des énoncés du passé aujourd’hui jugés intenables, scientifiquement comme moralement, il ne suffit pas de les documenter ou de les condamner. Car ils nous interrogent, malgré l’éloignement : ils interrogent notre propre manière de lire, et peut-être aussi nos propres préjugés.

The Conversation

Arnaud Pelletier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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27.10.2026 à 12:57

Le botulisme, une maladie potentiellement mortelle pour les humains et les animaux

Caroline Le Maréchal, Chargée de projet Anses - responsable du laboratoire national de référence botulisme aviaire, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

Pauline Kooh, Cheffe de projet scientifique, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

La toxine botulique, produites par les bactéries à l’origine du botulisme, est la plus puissante décrite à ce jour. Elle affecte non seulement les êtres humains, mais aussi les animaux d’élevage comme sauvages.
Texte intégral (3984 mots)

L’ESSENTIEL

  • Le botulisme est une maladie due à la très puissante toxine botulique, produite par des bactéries de l’environnement, les clostridies.

  • Il existe plusieurs formes de botulisme humain, les plus répandues étant le botulisme alimentaire et le botulisme infantile.

  • Le botulisme affecte aussi les animaux et peut notamment décimer volailles, bovins et oiseaux sauvages.


Régulièrement, les médias se font l’écho de cas de botulisme humain, comme lors de la Coupe du monde de rugby en 2023, lorsque 15 personnes de 7 nationalités différentes étaient tombées malades après avoir consommé des conserves de sardines « faites maison » par un restaurateur bordelais. L’une d’entre elles était malheureusement décédée des suites de cette intoxication.

Cette maladie, qui ne se transmet pas de personne à personne, est due à l’action d’une toxine très puissante, la toxine botulique, produite par des bactéries que l’on retrouve partout dans l’environnement, des sols aux sédiments, en passant par les eaux usées ou les lisiers, notamment.

Ingérées, par exemple, lorsque des aliments ont été contaminés par les bactéries, ces toxines peuvent entraîner des paralysies musculaires et mener à de graves problèmes respiratoires. Si, en France, l’alimentation est à l’origine de la majorité des cas de botulisme, il ne s’agit pas de la seule voie d’exposition à la toxine.

En outre, le botulisme touche également des animaux, notamment les volailles domestiques, les bovins ou les oiseaux sauvages. Chez ces derniers en particulier, il peut causer des épisodes de mortalités massives, à l’image des épisodes observés à l’été 2025, en Loire-Atlantique, dans les marais de la Brière et sur le lac de Grand Lieu.

Pourquoi la toxine botulique est-elle si puissante ? Quels sont aliments à risque ? Quels symptômes doivent alerter ? Comment les malades sont-ils pris en charge ? Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette maladie relativement rare, mais dont la mortalité reste élevée si le traitement n’est pas administré rapidement.

Des bactéries présentes dans l’environnement

Le botulisme est provoqué par une neurotoxine paralysante produite par des bactéries, appelées « clostridies », parmi lesquelles figurent notamment les bactéries de l’espèce Clostridium botulinum.

Ces bactéries, qui vivent dans l’environnement, sont présentes dans de nombreux milieux : on peut les trouver non seulement dans les sols, les poussières ou les sédiments, mais aussi dans les eaux souillées, les lisiers et, occasionnellement, dans le contenu digestif des animaux (porcs, poissons, bovins), où elles peuvent être présentes sans entraîner de symptômes.

Ces bactéries ont la particularité de former des spores. Sous cette forme, elles peuvent persister pendant de longues périodes dans l’environnement et résister à de nombreux désinfectants ainsi qu’à la chaleur et à la dessiccation.

Microphotographie d'un échantillon de culture de bactéries _Clostridium botulinum_ coloré au violet de gentiane.
Microphotographie d’un échantillon de culture de bactéries Clostridium botulinum coloré au violet de gentiane. Sur cette image sont visibles à la fois des bacilles (bactéries de forme allongée, semblables à un bâtonnet) et des endospores. Centers for disease control and prevention (CDC)

Les clostridies sont des bactéries anaérobies, c’est-à-dire se développant en l’absence d’oxygène. Durant leur croissance, elles produisent des toxines parmi les plus puissantes au monde, les toxines botuliques. À ce jour, sept toxines botuliques historiques ont été décrites, annotées de A à G. Généralement, chaque souche produit un seul type de toxine botulique, mais, de manière exceptionnelle, certaines souches peuvent produire deux, voire trois, types de toxines.

Des toxines naturelles qui figurent parmi les plus puissantes connues

Le mécanisme d’action est le même, quel que soit le type ou le sous-type de neurotoxine botulique considéré.

Les toxines botuliques agissent en empêchant la transmission du message nerveux à l’endroit où l’information conduite par les nerfs est transmise aux muscles. Ceux-ci ne reçoivent plus l’ordre de se contracter, ce qui se traduit par une paralysie flasque des membres et des muscles impliqués dans la respiration (ce qui peut, dans les cas les plus graves, entraîner la mort par insuffisance respiratoire).

Les toxines botuliques sont les toxines naturelles les plus puissantes décrites à ce jour. À titre d’exemple, la dose létale de toxine A est estimée entre 30 nanogrammes à 100 nanogrammes (ng) par kilogramme chez l’être humain (un nanogramme représente un milliardième de gramme). Il a en outre été estimé que 1 gramme de toxine suffirait à tuer 400•000 vaches.

L’ingestion de quelques grammes d’aliment contenant de la toxine botulique est suffisante pour déclencher un botulisme.

Plusieurs formes de botulisme humain

Selon le mode de contamination et d’exposition à la toxine, on distingue plusieurs formes de botulisme :

– le botulisme alimentaire : cette forme de botulisme résulte de l’ingestion de toxines produites par les bactéries présentes dans un aliment.

– le botulisme intestinal : cette forme de botulisme est due à l’ingestion de bactéries ou de spores qui s’implantent dans le système digestif et y produisent la toxine. Cette forme peut être observée chez les nourrissons de moins de 12 mois (on parle de botulisme infantile), car leur flore intestinale, incomplètement constituée ou fonctionnelle, n’est pas capable de prévenir l’implantation de C. botulinum. Cette situation peut aussi concerner des adultes présentant un déséquilibre du microbiote. Ledit déséquilibre peut, par exemple, résulter d’une chirurgie intestinale ou gastrique, de maladies inflammatoires de l’intestin ou d’un traitement prolongé aux antibiotiques. On parle dans ce cas de « botulisme infectieux de l’adulte », une forme qui reste très rare.

– le botulisme par blessure : il résulte, comme pour le tétanos, de la production de la toxine par la bactérie présente dans une plaie profonde.

– le botulisme par voie aéroportée : cette forme de la maladie, extrêmement rare, résulte de l’inhalation de toxines botuliques, a été décrite chez des employés de laboratoire qui manipulaient une grande quantité de toxine sans équipement de protection adapté.

– le botulisme iatrogène : ce type de botulisme est dû à l’administration d’une dose excessive de la toxine botulique utilisée dans un but thérapeutique (traitement de troubles neurologiques) ou esthétiques (par exemple, pour les rides du visage). Entre février et mars 2023, 34 cas de botulisme iatrogène ont, par exemple, été rapportés par plusieurs pays européens chez des personnes ayant suivi un traitement contre l’obésité par injection intragastrique de toxine botulique A dans des établissements de santé de Turquie.

Les deux formes de botulisme le plus souvent rencontrées chez l’être humain sont le botulisme alimentaire et le botulisme infantile.

Quels symptômes doivent alerter ?

Le botulisme humain est une maladie rare, mais qui peut s’avérer mortelle si elle n’est pas prise en charge à temps. Cependant, lorsque le diagnostic est effectué rapidement et que les soins sont administrés dans un délai court, le taux de mortalité est faible : moins de 1 % pour le botulisme infantile et moins de 10 % pour les autres formes.

La forme la plus commune en France et en Europe est le botulisme alimentaire. Les symptômes apparaissent généralement de douze heures à seize heures après l’ingestion de l’aliment contenant la toxine botulique, mais ils peuvent se manifester jusqu’à dix jours plus tard. Le délai va dépendre à la fois de la quantité de toxines ingérée et du type de toxine concernée.

Nausées, vomissements, douleurs abdominales, diarrhées constituent les premiers symptômes, suivis de vertiges, de troubles visuels, de difficultés de déglutition et d’élocution et, pour les formes les plus graves, d’une paralysie des membres et des muscles respiratoires.

Une maladie à déclaration obligatoire
En France, depuis 1986, le botulisme humain fait l’objet d’une déclaration obligatoire à Santé publique France. Le diagnostic biologique est réalisé par le Centre national de référence (CNR) des bactéries anaérobies et botulisme (Institut Pasteur, Paris).
Le botulisme est une maladie rare : 74 foyers (122 cas) de botulisme humain ont ainsi été diagnostiqués en France entre 2018 et 2024. En Europe, 84 cas de botulisme ont été rapportés en 2022 dans 13 pays, soit un taux de notification global de 0,02 cas pour 100 000 habitants. À l’échelle européenne, ce nombre est stable.
La toxine B est la plus fréquemment retrouvée dans les cas de botulisme humain, que ce soit en France ou en Europe, suivi par la toxine A et de manière très sporadique par les toxines E et F.

Le traitement du botulisme repose essentiellement sur la prise en charge des symptômes. Dans les formes sévères, des soins respiratoires intensifs avec ventilation assistée peuvent être nécessaires. L’administration précoce d’antitoxine botulique dans les heures ou les premiers jours après le début des symptômes peut permettre de réduire la durée d’hospitalisation.

La grande majorité des malades pris en charge sans délai guérissent sans séquelles, mais le traitement et la phase de convalescence peuvent s’étendre sur plusieurs mois.

Quels aliments sont concernés ?

Les spores de C. botulinum sont présentes à de faibles niveaux dans une large variété d’aliments (végétaux, viandes, poissons, épices, etc.). La présence de la toxine dans les aliments transformés peu acides est souvent due à un défaut de maîtrise du procédé de stérilisation, de salaison, ou à une rupture de la chaîne du froid.

Les conserves et les produits de fabrication familiale ou artisanale sont les sources les plus communes. Le jambon cru et les conserves de végétaux (asperges, haricots verts, carottes et jus de carotte, poivrons, olives à la grecque, potirons, tapenades, etc.), sont les aliments les plus fréquemment identifiés comme étant à l’origine des cas de botulisme alimentaire en France.

Concernant le botulisme infantile, l’origine de la contamination est rarement identifiée en France. Une source environnementale (poussière, terre) est souvent suspectée. Le miel contaminé par des spores de C. botulinum est le principal aliment connu pour la transmission du botulisme infantile. D’autres aliments ont été, plus rarement, incriminés : préparations en poudre pour nourrissons, beurre de cacahuète.

Comment se protéger du botulisme ?

Les professionnels de l’agroalimentaire doivent appliquer de bonnes pratiques d’hygiène et des mesures spécifiques pour maîtriser les contaminations par C. botulinum. Les spores de C. botulinum sont très résistantes à la température, et leur destruction dans les aliments nécessite un traitement thermique de stérilisation. Les barèmes utilisés pour la fabrication des conserves non acides ont été établis pour permettre la destruction des spores de C. botulinum type A qui sont les plus résistantes.

Il est également possible de limiter la croissance des bactéries et donc la production de la toxine botulique par l’action combinée de plusieurs mesures, telles que la réfrigération, l’ajout de sel, de conservateurs, le séchage ou le fumage.

Schéma présentant les différents moyens de maîtrise du botulisme.
La maîtrise du botulisme peut se faire à plusieurs niveaux. C. Le Maréchal / P. Kooh / Anses, Fourni par l'auteur

Pour limiter le risque de contamination, plusieurs règles doivent être observées par les consommateurs. En premier lieu, il convient de respecter les règles d’hygiène lors de la préparation d’aliments en conserve (nettoyage soigneux des végétaux, hygiène de préparation des viandes, propreté des récipients et des emballages). Il est également indispensable de suivre les consignes données par les fabricants de stérilisateurs concernant les températures, la durée de traitement et le nombre d’unités de conserve par stérilisateur.

Les boîtes de conserve déformées, bombées ou celles dégageant une odeur suspecte à l’ouverture ne doivent pas être consommées. Lors de l’ouverture des bocaux de verre, le bruit provoqué par l’entrée d’air doit être entendu. Dans le cas contraire, il faut impérativement jeter le produit.

Lors de la fabrication de jambon « maison », il est impératif de réaliser le salage à basse température en respectant les quantités de sel de la saumure et la durée de saumurage afin d’atteindre, au cœur du jambon, des concentrations permettant d’inhiber la croissance de C. botulinum.

Enfin, le respect de la chaîne du froid et des dates limites de conservation est indispensable pour les produits cuits mais non stérilisés, qui doivent être conservés au froid (les plats cuisinés, le pâté, etc.).

Afin de prévenir le risque de botulisme infantile, il est déconseillé de faire consommer du miel aux enfants de moins d’un an.

Le botulisme décime aussi les animaux

Le botulisme peut aussi tuer des animaux. En France, il s’agit principalement des volailles, les bovins et des oiseaux sauvages. Des cas peuvent aussi ponctuellement être détectés chez les chiens ou les chevaux.

Cette maladie a un impact économique important, puisque la mortalité peut atteindre 100 % dans les élevages atteints. Par ailleurs, elle peut décimer des milliers d’oiseaux dans la nature.

Sur la période 2009-2019, en moyenne, 30 épisodes de botulisme sont survenus par an dans des élevages avicoles, 10 dans des élevages bovins tandis que 20 épisodes ont concerné les oiseaux sauvages. En 2020, puis en 2022, le nombre de foyers de botulisme bovin a augmenté avec respectivement 21 et 35 foyers confirmés en laboratoire.

Pour beaucoup de ces foyers de botulisme bovin, une contamination croisée avec un atelier avicole a pu être mise en évidence (soit par du matériel contaminé utilisé pour les deux productions, soit par l’intermédiaire de fumier contaminé). Des études récentes ont révélé que les volailles, notamment les poulets de chair, peuvent être porteurs asymptomatiques de C. botulinum D/C, dangereux pour les bovins.

La présence accidentelle d’un cadavre, incorporé lors de la récolte ou pendant le stockage, dans l’un des aliments de la ration, est une autre source de contamination à l’origine des épisodes de botulisme animal.

Les spores étant très robustes, les récidives sont fréquentes. Une vaccination des bovins est en général mise en place dans les élevages ayant rencontré un épisode de botulisme. La prévention des épisodes de botulisme animal passe surtout par la mise en place de mesures de biosécurité et par de bonnes pratiques d’élevage.

En ce qui concerne la faune sauvage, peu de mesures sont applicables pour empêcher la survenue d’épisodes dans les étangs. Une surveillance renforcée pendant l’été, la saison la plus à risque, et un ramassage régulier des cadavres d’oiseaux permettent en général de limiter l’ampleur des épisodes.

En conclusion, le botulisme est une maladie rare mais sévère qui touche à la fois les humains et les animaux. Le botulisme humain est généralement dû aux toxines A, B, E et F tandis que le botulisme animal est plutôt lié aux toxines C, D et mosaïques C/D et D/C. Si, à travers le monde, quelques cas humains de type D ou C ont été recensés (moins de dix), ceux-ci sont survenus sans lien avec un épisode clinique chez des animaux.


Pour en savoir plus

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) détient le mandat de laboratoire national de référence pour le botulisme aviaire. Depuis 2021, l’agence a produit cinq rapports d’expertise sur la thématique du botulisme :

The Conversation

Caroline Le Maréchal est membre de la Société Française de Microbiologie, trésorière du Groupe Français de l'Association Mondiale Vétérinaire d'Aviculture, du GIS APIVALE et de l'ADRO Ouest. Dans le cadre de ses activités de recherche, elle a reçu des financements de l'ANR, France AgriMer, l'ADEME, l'Anses,la Région Bretagne, le département des Côtes d'Armor, Saint-Brieuc Armor Agglomération, de l'institut Carnot Agri-Food Transition.

Pauline Kooh est membre de la Société Française de Microbiologie.

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27.10.2026 à 12:08

Is France in 2026, Greece in 2009?

George Papaconstantinou, Full-time Professor and Chair in International Political Economy - Florence School of Transnational Governance, European University Institute

France’s gap between what it produces, public spending and what taxpayers finance is cause for concern. Unlike Greece, it’s not too late to salvage its economy, so what are France’s options?
Texte intégral (1352 mots)

France’s ten-year government bond yield reached 5% last week, its highest level in more than two decades. The extra interest it pays over Germany – the “spread” investors use to gauge French-specific risk – has widened dramatically. Parliament is wrestling with a 2027 budget requiring €54 billion in fiscal measures, while protests and violent clashes across France dominate the headlines.

With political instability and social tensions rising, comparisons with Greece at the start of its debt crisis have become inevitable. As Greece’s finance minister when its crisis erupted in 2009, I am increasingly asked how the two situations compare. I understand the temptation, but also how misleading it can be.

France’s problem is not a weak economy

France is not Greece. It is one of the world’s largest economies, with globally competitive companies, substantial household savings, a deep financial system, robust institutions. And, unlike Greece in 2009, it has no large external financing imbalance.

Its problem is the persistent gap between what the economy produces and what the state spends and what taxpayers will finance. According to INSEE, public expenditure reached 57.3% of GDP in 2025, among Europe’s highest, yet the deficit was still 5.1% (and the government expects it to reach 5.4% this year). Public debt has risen to almost 116% of GDP, from below 100% before the pandemic (the only G7 country where the ratio is higher today than it was in 2020 at the peak of the pandemic). And France at present pays more to fund its debt than all former eurozone crisis countries – and more than what its official AA-credit rating would imply.

L’« Exception française » : France’s costly social model

Over the last twenty years, France has also consistently run primary deficits, spending more than it collects even before interest payments. Much of this spending finances a social model to which citizens are understandably attached, but one that increasingly protects older generations through pensions at the expense of younger ones. Sustaining it becomes harder with weak growth and ageing demographics.

Sluggish productivity, high taxation and persistent uncertainty weigh on investment and growth (the IMF expects growth of just 0.6% in 2026).

From fiscal weakness to political paralysis

Successive governments have struggled to reconcile fiscal discipline with expectations of the state. Political fragmentation has made compromise harder. Passing the 2026 budget required months of confrontation and repeated recourse to Article 49.3, which allows legislation to pass without a parliamentary vote.

France’s 2027 budget offers three uncomfortable possibilities:

  • Force it through, possibly using unprecedented budget ordinances under Article 47
  • Negotiate a compromise that dilutes the adjustment
  • Face another government collapse, leaving the budget unresolved as the presidential campaign approaches.

Greece, in 2009, was far more vulnerable. It had lost competitiveness, accumulated enormous external deficits and concealed the true state of its finances. France has none of these institutional failings. Yet the Greek experience illustrates how fiscal difficulties become considerably harder to manage when political credibility deteriorates. Markets today do not doubt that France can pay. They doubt that it can decide.

When markets set the timetable

A French debt crisis is not inevitable. Deep financial markets, a broad investor base and relatively long debt maturities mean that higher borrowing costs feed through gradually.

But as cheaper debt is refinanced, the interest burden will grow. The French government’s debt report projects that public debt will reach 121.7% of GDP in 2027, even assuming the proposed adjustment. In the Commission’s no-policy-change scenario, it reaches 144% by 2036.

In Greece, the transition from fiscal difficulties to a financing crisis was extraordinarily fast. When we lost market access and had to negotiate international assistance, we also lost much of our control over the pace and composition of adjustment. Governments postpone difficult decisions to preserve political room for manoeuvre. Paradoxically, that can ultimately deprive them of it.

Europe’s safety net: stronger than in 2010, but untested

Can France rely on European protection? In 2010, the eurozone had virtually no instruments for confronting a sovereign debt crisis. Greece’s first rescue package combined bilateral European loans and IMF financing. The temporary European rescue fund, and eventually the permanent European Stability Mechanism, came later.

Today, stronger banking supervision and the ECB’s capacity to intervene in sovereign bond markets provide considerably greater protection. Its Transmission Protection Instrument allows potentially unlimited purchases of government bonds to counter unwarranted, disorderly market pressures. But intervention depends on assessments of fiscal sustainability and compliance with European commitments; activation is a decision by the ECB, not by governments.

Nor have these mechanisms been tested against a crisis involving an economy as large and financially interconnected as France. A serious loss of confidence in French debt would reverberate across European banks, insurers and sovereign bond markets. So while Europe is better protected than in 2010, that does not make national action less urgent.

Fiscal credibility and democratic legitimacy

The Greek experience also demonstrated the limits of fiscal adjustment conceived primarily as an accounting exercise.

Greece suffered a devastating contraction, partly because the recessionary effects of adjustment were underestimated. The consequences for social cohesion, political stability and trust in institutions lasted well beyond the immediate crisis.

France faces nothing comparable. But protests over education and living conditions illustrate the difficulty of reconciling fiscal restraint with expectations of public services. With spending already at 57% of GDP, the debate must address not just how much the state spends, but on what, and who pays.

A credible strategy must combine expenditure restraint with stronger growth and a fairer distribution of the burden – and crucially, rebalancing protection from the old to the young. Without political and social legitimacy, even technically sound policies are difficult to sustain.

France retains economic resources and institutional capacities that Greece lacked in 2009. Its predicament is different, but the Greek experience should remind French policymakers how much harder adjustment becomes once financial markets, rather than elected governments, determine its timing and terms.

France is not Greece in 2009. That should be a reason to act early, not an excuse to wait.


George Papaconstantinou is Professor of International Political Economy at the Florence School of Transnational Governance, European University Institute, and former Greek finance minister (2009-2011).

The Conversation

George Papaconstantinou ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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27.10.2026 à 12:02

Brésil : la victoire de Lula à la présidentielle freine la montée de l’extrême droite en Amérique latine

Roberta Picussa, Cientista política e pesquisadora de pós-doutorado no Instituto Nacional de Ciência e Tecnologia em Representação e Legitimidade Democrática (INCT ReDem), Universidade Federal do Paraná (UFPR); Sciences Po

Andressa Zanin Rovani, Political Science Researcher, Sciences Po; Universidade Estadual de Campinas (Unicamp)

Au Brésil, Lula a remporté l’élection présidentielle grâce notamment à la mobilisation de ses partisans et des abstentionnistes du premier tour.
Texte intégral (2286 mots)
En battant Flávio Bolsonaro, le président brésilien de gauche Luiz Inácio Lula da Silva décroche un quatrième mandat historique. Avec le Mexique, le Brésil fait désormais contrepoids à Donald Trump et aux gouvernements conservateurs et d’extrême droite en Amérique latine et au-delà. Antonio Scorza/Shutterstock (no reuse)

L'ESSENTIEL

  • Au Brésil, la mobilisation dans la rue et sur les réseaux sociaux a contribué à la victoire de Lula à la présidentielle, qui a notamment réussi à convaincre des abstentionnistes du premier tour.

  • Pour gouverner face à un Congrès plus à droite, le président devra obtenir le soutien de partis de droite et composer avec les pressions de l’administration Trump.

  • L’extrême droite reste puissante dans le pays malgré sa défaite, mais l’avenir du bolsonarisme est incertain alors que la famille Bolsonaro se trouve dans la tourmente judiciaire.


Luiz Inácio Lula da Silva a remporté l’élection présidentielle brésilienne avec 51,79 % des suffrages, renversant contre toute attente le résultat du premier tour, remporté par Flávio Bolsonaro. Une première dans l’histoire des élections présidentielles au Brésil. Entre les deux tours, il a gagné environ 10,4 millions de voix supplémentaires.

Battu, son adversaire de droite Flávio Bolsonaro a annoncé qu’il demanderait l’annulation de l’élection. Le lendemain, son parti, le Parti libéral (PL), a reconnu le résultat.

Le non-alignement du Brésil, un avertissement pour l’extrême droite mondiale

Au-delà du coup d’arrêt porté à l’influence de Donald Trump et de son secrétaire d’État Marco Rubio dans la région, le résultat de l’élection brésilienne indique des pistes pour contenir les succès de l’extrême droite dans d’autres pays. C’est aussi une défaite personnelle pour Trump, qui a mobilisé son énergie et son influence sans déclarer ouvertement son soutien, mais avec pour objectif de ramener la famille Bolsonaro au pouvoir.

La victoire de Lula peut être attribuée à trois facteurs d’égale importance. Le premier est un ensemble de mesures sociales : une augmentation de la Bolsa Família, le principal programme d’allocations du gouvernement ; l’annonce de mesures en faveur des microentrepreneurs individuels (MEI), qui représentent près de 70 % des entreprises en activité au Brésil ; et, surtout, l’adoption, pendant la campagne du second tour, du projet de loi gouvernemental réduisant la semaine de travail de six à cinq jours sans perte de salaire.

Dans un sondage réalisé quatre jours avant le scrutin, cette loi était le fait d’actualité qui pesait le plus dans le choix des électeurs (17 %). Suivaient les informations sur l’implication de juges de la Cour suprême fédérale (STF) dans l’affaire de corruption de la Banco Master (14 %), celle de responsables politiques dans la même affaire (13 %), puis la levée par le gouvernement Lula de l’interdiction des sites de paris en ligne, appelés « bets » (11 %).

Entre les deux tours, Lula a vu le taux d’approbation de son gouvernement progresser, notamment parmi les électeurs aux revenus les plus élevés (+6 points de pourcentage) et les électeurs de droite non affiliés au bolsonarisme (+12 points de pourcentage), deux groupes qui constituent la base électorale de Flávio. Au cours de la même période, la crainte d’un retour au pouvoir de la famille Bolsonaro a dépassé celle d’une réélection de Lula (44 % contre 42 %).

Mobilisation dans la rue et puissance numérique

Ce retournement a été porté en grande partie par la mobilisation massive des partisans de Lula dans la rue et sur les réseaux sociaux. De grands rassemblements organisés à l’appel d’étudiants et d’autres jeunes pour la plupart ont réuni des millions de personnes dans les rues, rompant avec l’ambiance morose des semaines précédentes. Le plus grand rassemblement en soutien à Lula a eu lieu à São Paulo le 24 octobre. Les manifestants y ont chanté l’hymne de l’indépendance du Brésil, une référence explicite à l’indépendance du pays face à la politique interventionniste de Trump.

Une partie de cet interventionnisme a été attribuée aux agissements de Meta, la maison mère d’Instagram, de Facebook et de WhatsApp. Pendant la campagne du second tour, les accusations selon lesquelles l’entreprise aurait favorisé Flávio Bolsonaro et d’autres candidats d’extrême droite en manipulant ses algorithmes se sont multipliées. Meta a nié tout favoritisme, invoquant des défaillances techniques. Mais des messages internes révélés par Folha de S. Paulo ont montré que l’équipe de campagne de Lula n’avait pas pu promouvoir ses publications pendant près de 24 heures au mois d’octobre.

En réaction à la domination de l’extrême droite dans l’espace numérique, l’un des faits marquants du second tour a été la création de « l’Armée de Lula », un canal WhatsApp lancé par un député fédéral qui a réuni plus de 10 millions de membres en quelques jours. Sa mission était de susciter des interactions sur les réseaux sociaux afin d’accroître de manière organique la visibilité des comptes de la campagne de Lula et de ses partisans. L’armée appelait ses membres des soldats et comptait un général ainsi qu’un maréchal (Lula), s’appropriant ainsi le vocabulaire de l’extrême droite. Elle est parvenue à inscrire à l’agenda des thèmes chers à la gauche, tout en attirant l’attention sur une série de scandales impliquant Flávio, notamment des enquêtes policières et des contradictions dans ses propositions.

Le mouvement dans la rue et la mobilisation sur les réseaux sociaux ont tous deux redynamisé la base électorale de Lula dans des proportions rarement observées dans le pays. Ils montrent une voie que les démocraties peuvent emprunter pour résister à la montée de l’extrême droite.

À qui Lula doit-il son quatrième mandat ?

Convaincre les électeurs de son rival de changer leur vote aurait été une tâche herculéenne, compte tenu du taux de rejet extrêmement élevé de Lula. La stratégie de campagne a donc consisté à mobiliser les abstentionnistes du premier tour. Un objectif qui semblait presque impossible à atteindre au lendemain de celui-ci. Traditionnellement, le taux d’abstention reste stable et se concentre dans les régions les plus pauvres, souvent éloignées des bureaux de vote, ce qui pénalise Lula.

Pour gagner, Lula devait donc avant tout s’attaquer à la défiance à l’égard du processus électoral afin d’accroître la participation dans ces territoires. C’est ce qu’a fait son équipe de campagne : 3 millions de personnes supplémentaires se sont rendues aux urnes, ramenant le taux d’abstention à son niveau le plus bas depuis 20 ans, à 19,2 %. Par ailleurs, 1,8 million de personnes qui avaient voté blanc ou nul trois semaines auparavant ont décidé de choisir un candidat, une autre évolution historique entre les deux tours. Les votes blancs et nuls ont représenté 3 % du total des suffrages au second tour, contre près de 10 % en 2018. Parmi les suffrages exprimés supplémentaires obtenus par les deux candidats, 74 % sont allés à Lula, ce qui explique l’ampleur du retournement.

Sur le plan géographique, ces gains ne se sont pas concentrés dans une région en particulier. Lula est arrivé en tête dans 51,6 % des municipalités du pays. Dans cinq des 26 États, ainsi que dans le District fédéral, son score a progressé d’au moins 7 points de pourcentage par rapport au premier tour. Le Sud-Est a fourni une grande partie des nouveaux électeurs de Lula, puisqu’il en représente près de la moitié.

Le profil des électeurs de Lula et de Bolsonaro reste toutefois largement inchangé. Depuis 2018, de nouvelles formes d’alignement électoral sont apparues au Brésil et se sont consolidées lors de cette élection. Des groupes sociodémographiques dont les caractéristiques n’influaient auparavant sur le vote que de manière intermittente ou en fonction des candidats se sont durablement ralliés à un camp politique. Les évangéliques en sont l’exemple le plus net. Leur comportement électoral distinctif est antérieur à Bolsonaro, mais, depuis 2018, il s’est aligné sur la rhétorique chrétienne évangélique du bolsonarisme. Au sein de ce groupe, 60 % des personnes interrogées déclaraient vouloir voter pour Bolsonaro avant le second tour.

Le genre est un autre facteur important du vote d’extrême droite au Brésil. Un écart significatif entre les femmes et les hommes est apparu en 2018, en réaction aux propos misogynes de Jair Bolsonaro. Il s’est maintenu autour de 9 points de pourcentage en 2018 comme en 2022, et les sondages de 2026 confirment un écart similaire. Aujourd’hui, le taux de rejet de Flávio atteint 58 % chez les femmes. Dans les derniers jours précédant le scrutin, Lula a également vu son soutien progresser parmi les électeurs à faibles revenus et les moins diplômés. Il est trop tôt pour savoir si la coalition de Lula parviendra à conserver ses nouveaux électeurs à l’avenir.

À quoi s’attendre dans les 4 ans à venir ?

Avec ce résultat, l’extrême droite restera dans l’opposition, mais plus forte que jamais. Pour gouverner, Lula aura besoin du soutien des partis de droite. Bien que le système politique brésilien soit conçu pour fonctionner avec des coalitions, en former une représentait déjà un défi pour le président de centre gauche pendant son mandat actuel. La tâche sera encore plus difficile avec un Congrès davantage à droite. Lula l’a toutefois emporté avec 3,6 points de pourcentage d’avance sur Flávio Bolsonaro, soit une marge presque deux fois supérieure à celle de sa victoire sur Jair Bolsonaro en 2022. Ce résultat pourrait lui conférer un soutien populaire plus solide au début de son quatrième mandat.

Lula devrait en outre continuer de subir les pressions de l’administration américaine. La politique de Trump, qui considère les Amériques comme une sphère d’influence des États-Unis, est devenue explicite fin 2025 et a été formalisée dans ce que l’on a appelé le « corollaire Trump ». Au lendemain de l’élection, le président américain a déclaré que celle-ci semblait truquée, tout en affirmant qu’il s’entendait bien avec Lula. Marco Rubio a dit y voir des signes de fraude électorale.

Au lendemain de l’élection, les Brésiliens se sont réveillés à l’affût de signes d’une réaction antidémocratique de l’extrême droite, encore marqués par la tentative de coup d’État de janvier 2023. C’est pourtant au Congrès que la revanche devrait se jouer.

Pour le bolsonarisme, le défi consiste à conserver le soutien des partis de droite et de centre droit qui ont appuyé sa campagne – et la famille Bolsonaro – jusqu’à présent. Celle-ci se trouve désormais dans la tourmente. Jair Bolsonaro étant en prison, Eduardo en fuite aux États-Unis et Flávio visé par une enquête pénale, les Bolsonaro vont devoir tenter de préserver leur immense capital électoral. La question est de savoir si le bolsonarisme, qui a séduit près de la moitié du pays, peut leur survivre.

The Conversation

Roberta Picussa a reçu un financement du Conseil national brésilien pour le développement scientifique et technologique (CNPq).

Andressa Zanin Rovani a reçu un financement de la CAPES (Coordination pour le perfectionnement du personnel de l’enseignement supérieur), ainsi qu’un financement du ministère brésilien de l’Éducation chargé des études doctorales et postuniversitaires.

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27.10.2026 à 11:23

Brazil: Lula’s presidential win puts the brakes on the rise of the far right in Latin America

Roberta Picussa, Cientista política e pesquisadora de pós-doutorado no Instituto Nacional de Ciência e Tecnologia em Representação e Legitimidade Democrática (INCT ReDem), Universidade Federal do Paraná (UFPR); Sciences Po

Andressa Zanin Rovani, Political Science Researcher, Sciences Po; Universidade Estadual de Campinas (Unicamp)

President Lula’s spectacular reelection sends a clear a warning to the global far-right after seven conservative presidential wins in Latin America in 18 months.
Texte intégral (1979 mots)

KEY TAKEAWAYS

  • Social policies, such as support for small businesses, and a shorter working week without a loss of pay helped president Lula to turn around Brazil’s election.

  • Street protests and social media strengthened Lula’s campaign amid allegations of election interference by Meta favouring Flávio Bolsonaro.

  • Major challenges lie ahead as Lula faces a right-leaning Congress, opposition from the Bolsonaro movement and pressure from the Trump administration.


Luiz Inácio Lula da Silva won Brazil’s presidential election with 51.79% of valid votes, unexpectedly reversing the first-round result won by Flávio Bolsonaro, a first in Brazilian presidential elections. Between the two rounds, he gained about 10.4 million additional votes.

Defeated, right-wing challenger Flávio Bolsonaro announced that he would ask for the election to be annulled. The next day, his party, the Liberal Party (PL), acknowledged the result.

Brazil’s nonalignment sounds a warning to the global far right

Beyond halting the advance of Donald Trump’s and Secretary of State Marco Rubio’s influence in the region, Brazil’s election result points to strategies by which far right success in other countries can be contained. It is also a personal defeat for Trump, who invested energy and influence without openly declaring his support, but with the objective of returning the Bolsonaro family to power.

Lula’s victory can be attributed to three equally important factors. The first is a package of social measures: an increase in Bolsa Família, the government’s flagship cash-transfer program; the announcement of measures benefiting individual microentrepreneurs (MEI), who account for nearly 70% of active businesses in Brazil; and, above all, the approval, during the second-round campaign, of the government’s bill reducing the working week from six to five days with no loss of pay.

In a poll conducted four days before the vote, this legislation was the news item that mattered most in determining voters’ choice (17%). It was followed by reports of Supreme Federal Court (STF) justices’ involvement in the Banco Master corruption case (14%), politicians’ involvement in the same case (13%), and the Lula government’s lifting of the ban on online betting houses, known as “bets” (11%).

Between the two rounds, Lula raised his government’s approval rating, particularly among higher-income voters (+6 p.p) and right-wing voters outside of bolsonarismo (+12 p.p), i.e. groups that make up Flávio’s voter base. Over the same period, fear of the Bolsonaro family’s return to power overtook fear of Lula’s reelection (44% to 42%).

Taking to the streets and digital power

Such a turnaround was driven, in large part, by mass mobilisation of Lula’s supporters in the streets and on social media. Large rallies called by students and other mostly young people brought millions of people on the streets, breaking the chill seen in the preceding weeks. The largest rally in support of Lula took place in São Paulo on October 24. Demonstrators sang the Independence Anthem of Brazil, a clear reference to Brazil’s independence from Trump’s interventionist policy.

Part of this interventionism was attributed to the actions of Meta, the parent company of Instagram, Facebook and WhatsApp. During the second-round campaign, allegations grew that the company had favoured Flávio Bolsonaro and other far-right candidates by manipulating its algorithms. While Meta denied any favouritism, blaming technical failures, internal messages revealed by Folha de S. Paulo revealed that Lula’s campaign had been unable to boost posts for nearly 24 hours in October.

In reaction to the far right’s domination of the digital environment, one of the major landmarks of the second round was the creation of the “Lula’s Army”, a WhatsApp channel set up by a federal deputy that gathered more than 10 million members in just a few days. Its mission focused on social media engagement, with the aim of organically boosting the profiles of Lula’s campaign and his supporters. The army called its members soldiers, with a general and a marshal (Lula), appropriating the far right’s own vocabulary. It managed to push themes of interest to the left onto the agenda, while drawing attention to a series of scandals involving Flávio, including police investigations and contradictions in his proposals.

Both the street movement and the social media mobilisation re-energised Lula’s support base as rarely seen in the country. They point to a path by which democracies can resist the rise of the far right.

Who granted Lula a fourth term?

As flipping votes away from his rival would be a herculean task, given Lula’s extremely high rejection rate, the campaign’s strategy was to call upon first-round abstentionists. That goal was seen as nearly impossible right after the first round. Traditionally, the abstention rate remains stable and is concentrated in poorer areas, often far from polling stations, which hurts Lula’s vote.

To win, then, Lula, above all, needed to address electoral alienation to increase turnout in those areas, and that is what his campaign did: 3 million people were added to the electorate, bringing the abstention rate to its lowest level in 20 years at 19.2%. Another 1.8 million people who had cast blank or spoiled ballots three weeks earlier decided to choose a candidate, another historic shift between the two rounds. Blank and spoiled votes fell to 3% of total votes in the second round, compared with nearly 10% in 2018. Of the additional valid votes received by the two candidates, 74% went to Lula, which explains the size of the shift.

Geographically, such gains were not concentrated in any one area. Lula won 51.6% of the country’s municipalities. Five of the 26 states, plus the Federal District, gave Lula at least a significant increase of 7 percentage points more than in the first round. The South-East provided a great deal of the influx of new voters for Lula, accounting for nearly half of those.

The profile of Lula’s and Bolsonaro’s voters, however, largely remains the same as before. Since 2018, new patterns of electoral alignment have emerged in Brazil, and they have consolidated in this year’s election. Sociodemographic groups that previously showed only intermittent or candidate-specific effects on vote choice have become consistently aligned with one political camp. Evangelicals are the clearest case. Their distinctive voting behaviour dates back to before Bolsonaro, but since 2018 it has aligned with the evangelical Christian rhetoric of bolsonarismo. Among this group, 60% said they would vote for Bolsonaro ahead of the runoff.

Gender is another important factor in far right voting in Brazil. A significant gender gap emerged in 2018, motivated by Jair Bolsonaro’s misogynistic rhetoric, and it has since persisted at around 9 percentage points, both in 2018 and 2022, with 2026 polls confirming a similar gap. Today, Flávio’s rejection rate among women stands at 58%. In the final days before the vote, Lula also saw his support grow among low-income and less educated voters. It is too soon to establish whether Lula’s coalition will be able to keep his new voters in the future.

What to expect in the next four years

With this result, the far right will remain in opposition, but ever stronger than before. To govern, Lula will need the support of right-wing parties. Although Brazil’s political system is designed to operate through coalitions, building one was already a challenge for Lula, a centre-left president, during his current term. It will be even harder with a Congress further to the right. That Lula won by a margin of 3.6 percentage points over Flávio Bolsonaro, almost twice his margin of victory over Jair Bolsonaro in 2022, may give him stronger popular support as he begins his fourth term.

Moreover, Lula will likely continue to face pressure from the Trump administration. Trump’s policy of treating the Americas as a sphere of U.S. influence became explicit in late 2025, formally set out in what has been called the “Trump Corollary”. The day after the election, the U.S. president said it appeared rigged, but also that he gets along well with Lula. Rubio said he saw signs of electoral fraud in Brazil.

The day after the election, Brazil woke up watching for signs of an antidemocratic reaction from the far right, already scarred by the attempted coup of January 2023. Even so, it is in Congress that the revenge is expected to play out.

As for bolsonarismo, the challenge is to hold on to the support of the right-wing and centre-right parties that backed its campaign (and its family) until now. The family is now in the middle of the storm. With Jair Bolsonaro in prison, Eduardo a fugitive in the United States and Flávio under criminal investigation, the Bolsonaros will have to try to preserve their enormous electoral capital. The question is whether bolsonarismo, which attracted nearly half of the country, can survive without them.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Roberta Picussa received funding from the Brazilian National Council for Scientific and Technological Development (CNPq).

Andressa Zanin Rovani received CAPES (Coordination pour le perfectionnement du personnel de l’enseignement supérieur) funding and also funding from Brazil's Ministry of Education in charge of doctoral and postgraduate studies.

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