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22.10.2026 à 15:42

Colère sociale et vote de rupture : pourquoi la présidentielle de 2027 s’annonce explosive

Arnaud Mercier, Professeur en Information-Communication à l’Institut Français de presse (Université Paris-Panthéon-Assas), Université Paris-Panthéon-Assas

Le sentiment de colère s’exprime dans la rue, par des manifestations ou des émeutes, comme le 17 octobre. Il peut aussi favoriser un vote de rupture.
Texte intégral (2954 mots)

L’ESSENTIEL

  • Les difficultés à boucler les fins de mois, le sentiment de déclassement ou d’insécurité alimentent la colère. Elle s’exprime par des manifestations pacifiques ou par des violences urbaines, comme le 17 octobre.

  • Plusieurs partis, aux orientations opposées, savent mobiliser ce ressentiment pour transformer le rejet des gouvernants en force électorale.

  • Des jacqueries de l’Ancien Régime au vote protestataire, l’accumulation de frustrations peut engendrer des crises ou des ruptures politiques majeures.


Tant de passions tristes taraudent en profondeur la société française et tant d’offres électorales jouent sur ce ressentiment que les ingrédients sont désormais réunis pour composer un cocktail électoral explosif. Cette situation n’est pas sans rappeler les jacqueries, ces brefs soubresauts émeutiers qui ont traversé durant des siècles les campagnes françaises (Jacques étant un prénom populaire associé au statut de paysan, il a fini par désigner, par métonymie, les paysans).

Frustrations accumulées et jacqueries

L’historien Jean Nicolas dans son panorama des mouvements de révolte sous l’Ancien Régime établit que la première cause de rébellion est la pression fiscale (39 %), suivie des enjeux de subsistance dus à de mauvaises récoltes, des hausses des prix des denrées de base, etc. (17 %). Les jacqueries, formes paroxystiques d’une exaspération violente, sont les marqueurs de rancœurs et de frustrations accumulées.

Face à un trop-plein de tensions, la pression se libère d’un coup, de façon éruptive et véhémente. Le déchaînement de violence du 17 octobre – en parallèle aux manifestations de protestation sociale – contre des symboles de la République (mairie de Limoges, résidence de la préfète de Gironde, commissariat municipal de Marseille…) et contre des commerces (pour les piller, les vandaliser, voire les incendier) illustre ce que peut être une jacquerie à l’ère contemporaine.

Les Français à l’épreuve des passions tristes

L’historien du politique Pierre Rosanvallon décrit les Épreuves de la vie que les Français affrontent de plus en plus, au sens de « l’expérience d’une souffrance, d’une difficulté de l’existence, de la confrontation à un obstacle qui ébranle au plus profond les personnes », et aussi au sens de « façon d’appréhender le monde, de le comprendre et de le critiquer sur un mode directement sensible ». Jérôme Fourquet, de l’Ifop, évoque, en 2024, un « désarrimage des catégories populaires » réduites à une « économie de la débrouille ».

Pierre Rosanvallon cartographie alors quatre épreuves, couplées à une série de passions tristes, face auxquelles il confronte des aspirations compensatrices.

Epreuves, émotions et aspirations conséquentes
Tableau des passions tristes. Arnaud Mercier à partir de Pierre Rosanvallon, « les Épreuves de la vie », Fourni par l'auteur

À la lecture de ce tableau, on reconnaît aisément le climat psychologique morose qui s’est installé en France.

D’ailleurs, « mesuré depuis février 1995, l’indicateur d’optimisme des Français face à l’avenir s’établit à 18 % en cette rentrée 2026, dont 27 % de “très pessimistes” » écrit le directeur de l’Ifop Frédéric Dabi. Hors le choc de la dissolution de l’Assemblée nationale de juin 2024, « jamais l’indicateur n’était descendu aussi bas sur l’ensemble de la série », poursuit-il.

De même, dans leur Inventaire des peurs françaises (2026), les politologues Anne Muxel et Pascal Perrineau pointent que « l’ordre des affects pouvant emporter la décision s’est modifié. On vote moins par adhésion que par réaction ou opposition ». En conséquence, les peurs recensées dans leur livre « peuvent être le substrat du vote ». Peurs « du déclassement économique, de la maladie, celle de l’étranger, celle de la régression sociale, celle de la pollution, celle d’une retraite trop tardive ou encore celle de la violence sociale ».

Le désir ardent que ça change

Depuis le mouvement des gilets jaunes, les signes d’exaspération sont de plus en plus visibles. En atteste la grande enquête pilotée par le Cevipof, dont la vague 3 est parue en septembre 2026.

Quand on interroge plus de 10 000 personnes sur leur état d’esprit à chaque présidentielle, il en ressort que le climat psychique des Français se dégrade.

Dans la même enquête, le désir de changer vraiment le cours de la vie politique est général, mais accentué pour les électeurs proches des positions les plus radicales. Ce qui ne signifie néanmoins pas que tous ces enquêtés sont devenus des extrémistes sur le plan idéologique.

Attentes d’un vrai changement
Attentes d’un vrai changement. Arnaud Mercier à partir de la vague 3 de l’enquête Cevipof, 2026, Fourni par l'auteur

Pour autant, pour 46 % d’enquêtés français, « les élections ne permettent pas le changement », chiffre qui atteint 51 % dans les catégories populaires. Face à cette « impuissance électorale », décrite par le politologue Luc Rouban, s’installe l’idée que seul un « grand coup de balai » permettra d’accomplir les changements espérés.

« Y en a marre ! », ou les ferments d’une jacquerie électorale

Or, les sondages d’intention de vote pour la présidentielle donnent à voir la possibilité de traduire les exaspérations accumulées en un vote plus pulsionnel qu’idéologique.

Le slogan rassembleur d’une majorité de Français pourrait être : « Y en a marre ! » Le bulletin de vote devient alors une arme pour abattre les vestiges d’une classe politique gouvernementale jugée défaillante. Malgré des objectifs divergents pour mettre fin aux troubles ressentis, les expressions variées de cette potentielle jacquerie électorale ont un point commun, celui de la « colère citoyenne ».

Colère qui peut convaincre des électeurs de sortir des cadres d’un vote dit « raisonnable », car en faveur des dites « forces de gouvernement », au profit de candidats incarnant des positions très protestataires, incarnant une alternative radicale.

Les sympathisants des partis les plus radicaux sont, d’ailleurs, convaincus que la colère gronde.

Je pense que la France est en colère et très contestataire
« Je pense que la France est en colère et très contestataire. » Arnaud Mercier à partir de l’enquête « Fractures françaises » de 2025, Fourni par l'auteur

Se cristallise donc une forte volonté d’affirmer un désir de rupture radicale avec dix années de gouvernance Macron, qui aura frustré, voire désespéré, nombre de nos concitoyens, après avoir incarné une forme de dégagisme tranquille.

La situation est d’autant plus anxiogène que les marges de manœuvre budgétaires de l’État se sont réduites. La France doit désormais composer avec une dette publique qui atteint 119 % du PIB et avec la remontée du coût de son financement. La charge des intérêts pèse de plus en plus sur les finances publiques et limite la capacité à recourir à une relance budgétaire de grande ampleur.

Plus grave, pour réduire les déficits, de nouvelles ponctions fiscales sont programmées. Pouvant toucher les classes populaires et les classes moyennes, elles ne peuvent qu’aggraver l’exaspération et nourrir une jacquerie électorale.

Une rhétorique du ressentiment

Toutes ces vulnérabilités socio-économiques encouragent un discours jouant sur le pathos, les peurs et les colères pour offrir un exutoire aux « petits », aux « sans grade », à celles et ceux qui se vivent comme déclassés ou risquant de l’être, comme victimes ou méprisés socialement.

Certains politiciens s’emparent de cette « logique du ressentiment » et jouent sur un discours de victimisation, décrivant des forces du mal, instituées en bouc émissaire. Selon l’historien des idées Marc Angenot :

cette rhétorique du ressentiment vise à « montrer la situation présente comme injustice totale à l’égard d’un groupe, [à] persuader de l’inversion des valeurs et [à] expliquer la condition inférieure des siens en renvoyant ad alteram partem (à une autre partie) tous les échecs essuyés ; [à] valoriser donc la position victimale et le mode d’être du dominé ; [à] dévaloriser les valeurs que chérit le dominant et qui vous sont inaccessibles en les montrant à la fois comme dédaignables, chimériques, arbitraires, ignobles, usurpées et causatrices de préjudice ».

Ainsi, Jean-Luc Mélenchon assimile les exigences budgétaires de l’Union européenne à une « Europe austéritaire » ; choix terminologique efficace pour associer la rigueur financière à un acte autoritaire considéré par essence d’austérité. Il attaque aussi ses adversaires par des propos dévalorisants, livrant notamment les journalistes à la vindicte : « les petits génies de l’atlantisme, qui pullulent dans l’officialité médiatique », imputant aux médias traditionnels une « logique pétainiste » en les qualifiant de « presse à buzz », façon de s’appuyer sur l’impopularité sondagière de la profession pour jouer à « eux contre nous », un nous qu’il entend incarner et défendre.

Côté extrême droite, Éric Zemmour fait parler les Français en faisant de leur rejet des partis politiques après les législatives de 2024, l’indice d’un ressentiment politique profond :

« Ils ont dit : “Ces gens qui nous dirigent, qui se prétendent plus intelligents que nous, ces organisations qui vivent à nos crochets et ne pensent plus rien, ne font plus rien, ne valent plus rien, nous les rejetons en bloc. Ils s’accrochent à nous. Ils pèsent sur nous. Ils nous entraînent vers le fond. Dans leur naufrage général, ils sont en train de nous noyer”. »

Même agitation d’une menace existentielle dans le discours de motion de censure de Marine Le Pen, en décembre 2024, où elle se pose en défenseur des opprimés, accentuant la menace gouvernementale par une métaphore aussi martiale qu’anxiogène :

« Ce budget ne s’attaque pas seulement à la France, il prend en otage les Français, et singulièrement les plus vulnérables, les retraités modestes, les personnes malades, les travailleurs pauvres… »

À chaque fois, le monde est hostile, le présent est sombre et l’avenir plus noir encore, et l’appel à la mobilisation est un enjeu de survie. Chaque tribun décrit un univers anxiogène et souffle sur les braises de la colère pour entretenir, à son profit, le feu d’une possible jacquerie électorale.

The Conversation

Arnaud Mercier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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22.10.2026 à 12:23

Qu’est-ce qu’une forêt ? Pourquoi cette question est bien plus complexe qu’il n’y paraît

Thierry Gauquelin, Professeur émérite, Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE), Aix-Marseille Université (AMU)

Il existe au moins 1 000 définitions du mot « forêt ». Définir ce qu’est une forêt demeure très important. Cela permet de savoir ce que l’on promeut sur le plan économique, écologique ou climatique.
Texte intégral (4470 mots)
Forêt d’_Abies pinsapo_ et de pins d’Alep, Sierra de Los Nieves, Andalousie (Espagne). Thierry Gauquelin, Fourni par l'auteur

L’ESSENTIEL

  • Il existe au moins 1 000 définitions du mot « forêt ».

  • Définir ce qu’est une forêt demeure très important. Cela permet de savoir ce que l’on promeut exactement sur le plan économique, écologique ou climatique.

  • Pour un écologue, une plantation d’arbres qui sont tous de la même espèce et de la même taille ne peut être une forêt.


Qu’est-ce qu’une forêt ? De prime abord, cette question paraît relativement simple. Un enfant pourrait y répondre. Il n’est, de fait, pas très difficile de décrire une forêt. Lorsqu’il s’agit de la définir cependant, de nombreuses versions peuvent s’affronter. En 2006, une publication scientifique recensait même 1 000 définitions.

Quand on regarde du côté de l’étymologie de « forêt », on constate qu’au fil des siècles celle-ci a pu être définie par son étendue, par la taille des arbres ou encore par le fait qu’elle appartienne au pouvoir royal.

Cette question de savoir ce qu’est une forêt n’est pas, cependant, qu’une querelle de linguistes. Elle a des conséquences concrètes : un endroit considéré comme une forêt pourra, par exemple, bénéficier des lois et des aides qui protègent les forêts. Des intérêts économiques, écologiques et climatiques surviennent ainsi vite derrière cet enjeu de la définition.

Mais alors qu’est-ce qu’une forêt ?

La définition des écologues

Pour l’écologue, la définition est assez simple. C’est un écosystème, structuré par une strate arborée – donc, avec des arbres – qui montre un haut degré de complexité en relation avec l’importante biodiversité qu’il abrite. Aujourd’hui, 80 % de la biodiversité terrestre se trouve dans les forêts.

La forêt est ainsi le siège d’échanges de matière et d’énergie et de relations intenses presque infinies entre vivant et non-vivant, et au sein du vivant lui-même dont tous les acteurs sont interdépendants.

Sans le geai qui dissémine les glands, par exemple, la régénération de la forêt de chênes serait limitée. Sans les champignons mycorhiziens en symbiose avec les racines des arbres, il y aurait moins, voire pas du tout, de prélèvements d’eau du sol et d’éléments minéraux indispensables à la vie des arbres.

Sans les champignons et les coléoptères saproxyliques, il n’y aurait pas non plus de dégradation du bois mort tombé au sol et pas de recyclage de toute cette matière organique participant à la fertilité du sol. Les relations entre le sol – où la grande majorité de la biodiversité se trouve – et la végétation sont ainsi particulièrement exacerbées en forêt.

Champignons saroxyliques colonisant un bois mort en forêt de Sainte Baume
Champignons saproxyliques colonisant le bois mort au sol en forêt de Sainte-Baume (Var/Bouches-du-Rhône). Thierry Gauquelin, Fourni par l'auteur

Ce n’est certes pas l’apanage des forêts de montrer un tel niveau de complexité ; beaucoup d’écosystèmes sont aussi complexes. Mais le simple fait d’abriter des arbres confère déjà aux forêts une structure diversifiée, liée à la stratification de l’espace. Ainsi, la lumière, l’ombre, l’humidité, la chaleur sont réparties différemment d’un point à l’autre, verticalement, horizontalement et temporellement.

On peut donc trouver dans une même forêt des plantes sciaphiles, celles qui supportent l’ombre des arbres, ou des plantes dites vernales, comme les scilles lis-jacinthes (Scilla lilio-hyacinthus), qui fleurissent dans les hêtraies au printemps avant que les feuilles des arbres ne viennent obscurcir le ciel et qui ne vont ensuite subsister l’été que sous forme de bulbes cachés dans le sol.

Hêtraie, forêt d’Auberive, Haute-Marne
Hêtraie, forêt d’Auberive, Haute-Marne. Thierry Gauquelin, Fourni par l'auteur

Forêt ou plantation ?

Pour comprendre ce qu’est et ce que n’est pas une forêt, le botaniste Francis Hallé nous avertit également :

« Ne prenons plus les plantations d’arbres pour des forêts. »

Dans les plantations d’arbres, et particulièrement dans les plantations monospécifiques, la biodiversité très réduite limite la complexité des échanges inhérente aux forêts. La structure est particulièrement simplifiée, avec une seule strate constituée d’arbres du même âge, soit des arbres qui font tous la même taille. Il ne s’agit donc plus d’une forêt au sens écologique du terme. Ces plantations sont plus des champs d’arbres que des écosystèmes forestiers.

Plantation de pins maritimes dans les landes de Gascogne
Plantation de pins maritimes dans les landes de Gascogne. Thierry Gauquelin, Fourni par l'auteur

Elles sont aussi moins résilientes et souvent plus sensibles aux incendies que des forêts diversifiées et ne peuvent assurer les mêmes fonctions écologiques que les forêts (qualité de l’air et de l’eau, régulation du climat, protection des sols, préservation de la biodiversité) qu’elles ont parfois remplacées.

Plantation d’Eucalyptus ayant remplacé une forêt de Chênes liège au Maroc
Plantation d’eucalyptus ayant remplacé une forêt de chênes liège au Maroc. Thierry Gauquelin, Fourni par l'auteur

Entre ces deux extrêmes on peut parfois trouver des situations intermédiaires. Dans la « forêt » des Landes, la diversification des essences introduites en lisière ou au sein des peuplements de pin maritime avec, par exemple, des chênes, des arbousiers, et une gestion s’inspirant de la sylviculture mélangée à couvert continu pourraient progressivement nous permettre de qualifier ces plantations de forêt.

Une définition administrative

Cependant, la définition administrative ne fait pas pour sa part cette différence entre forêt et plantation. C’est une définition statique et froide, celle qui permet les statistiques de l’Inventaire forestier national ou, au niveau mondial, de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Ces définitions ont émergé, car il faut bien s’entendre sur une définition malgré la diversité très grande des forêts et de la manière dont elles sont perçues.

À l’évidence, la présence d’arbres est un prérequis. Mais, du coup, si l’arbre est évidemment indispensable à une forêt, encore faut-il, d’une part, que cet arbre soit d’une taille minimale et, d’autre part, qu’il soit surtout représenté dans cette forêt avec une densité, un recouvrement minimal. Un seul très vieux et très beau chêne au milieu d’une prairie, ce n’est évidemment pas une forêt.

De même, il est impossible de nommer « forêt » un peuplement assez dense de petits arbustes. Ce n’est qu’une forêt en devenir. Il faut donc mettre des limites quand la nature, où tout est gradient, n’en a pas mis.

La Communauté européenne et la FAO se sont ainsi entendues, dès les années 2000, sur une définition qui étonne nombre de ceux qui la découvrent, tant elle est, tout du moins pour les Occidentaux que nous sommes, éloignée de la perception que l’on peut avoir de la forêt. La voici :

« Une forêt est une terre ayant un couvert arboré (ou une densité de peuplement équivalente) supérieur à 10 % et une superficie supérieure à 0,5 hectare. Les arbres doivent pouvoir atteindre une hauteur minimale de 5 mètres à maturité in situ. »

Lorsqu’on lit cette définition, c’est surtout cette densité du couvert arboré, seulement supérieure à 10 %, qui interroge. La densité correspond ici à la projection au sol de la couronne des arbres. Donc 10 %, c’est suffisant pour définir une forêt. On est loin de la forêt sombre et dense dans laquelle s’aventure le Petit Chaperon rouge ou encore de la forêt tropicale sur la canopée de laquelle s’asseyait le radeau des cimes.

Mais c’est ainsi et, à la réflexion, cela permet d’intégrer un tas de formations végétales arborées dans lequel l’arbre joue un rôle majeur sans pour autant occuper tout l’espace. C’est le cas d’un certain nombre de forêts du bassin méditerranéen, qui, soit parce que le climat ne le permet pas, soit parce que l’humain en a décidé autrement, ne présentent qu’une densité d’arbres assez faible, laissant des plages de sol nu importantes, propices à l’épanouissement de plantes de lumière.

Forêt ou steppe arborée d’Arganiers (Souss Marocain)
Forêt ou steppe arborée d’arganiers (Souss marocain). Thierry Gauquelin, Fourni par l'auteur

Concernant la hauteur minimale des arbres mentionnées, c’est-à-dire cinq mètres, c’est plus évident : c’est déjà une hauteur raisonnable, presque un immeuble de deux  étages. Mais cela reste modeste en comparaison des cathédrales végétales de 40 à 100 mètres de haut que l’on peut apercevoir en Amérique du Nord avec les séquoias ou bien en Asie du Sud-Est avec les diptérocarpacées.


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Forêt de Sequoiadendron giganteum (Sequoia Park, Californie)
Forêt de Sequoiadendron giganteum (Sequoia Park, Californie). Thierry Gauquelin, Fourni par l'auteur

Une forêt, des forêts

De fait, sur tous les continents, la diversité des forêts est immense. Il n’y a, en réalité, pas une forêt, mais des forêts qui se distinguent par leur structure, leur biodiversité, leur histoire et leur dynamique et, enfin, leur fonctionnement, ces quatre piliers indissociables et interconnectés qui caractérisent chaque écosystème forestier.

Leur structure est en effet très variable et notamment leur structure verticale. Si la stratification – l’organisation des différentes strates herbacées, arbustives, arborées – peut être très complexe, certaines forêts ne présentent qu’une seule strate arborée, comme les mangroves.

C’est aussi le type d’arbre qui peut être variable avec des arbres à tronc unique édifiant des futaies ou bien des arbres à troncs multiples résultant souvent de rejets de souche qui caractérisent les taillis.

Taillis de Chêne vert (Quercus ilex), Sainte-Baume(Var)
À gauche, futaie régulière, forêt de Bercé (Sarthe). À droite, taillis de chênes verts (Quercus ilex), Sainte-Baume (Var). Thierry Gauquelin, Fourni par l'auteur

La structure temporelle, aisément compréhensible par le promeneur régulier en forêt, peut également être très variée. Les forêts peuvent de fait présenter des physionomies très différentes en fonction des saisons selon la phénologie des essences présentes qui peuvent être caducifoliées – elles perdent leurs feuilles à la mauvaise saison – ou sempervirentes – les arbres conservent une partie de leur feuillage en hiver.


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C’est enfin la structure d’âge qui différencie, par exemple, des futaies régulières où l’ensemble des arbres ont sensiblement le même âge et des futaies irrégulières où cohabitent au sein de la même espèce des arbres d’âge différent.

Concernant la biodiversité, il n’y a rien de commun entre les forêts tropicales où sur un hectare jusqu’à 600 espèces d’arbres peuvent être dénombrées, contre une quinzaine à peine dans une forêt tempérée riche.

Mais il peut aussi exister de véritables forêts dominées par une seule espèce arborée, telles des forêts de montagne où une unique espèce est capable de se développer dans ces environnements difficiles.


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Les forêts sont aussi très diverses en fonction de leur histoire, de son ancienneté et de l’influence de l’humain.

Tous les intermédiaires existent entre la forêt primaire – qui n’existe plus en Europe – dont le fonctionnement n’a jamais été significativement altéré par l’humain et une forêt récente, faisant l’objet d’une sylviculture plus ou moins intense.

À cet égard, les forêts subnaturelles, généralement matures – ce qui implique une certaine ancienneté sans présenter de traces visibles d’exploitation depuis plusieurs siècles – sont celles qui se rapprochent le plus des forêts primaires sous nos latitudes. Ce sont elles qui présentent le plus haut degré de naturalité.

Leur sol est généralement épais et en équilibre avec la végétation qu’il supporte. Leur importance en tant que puits de carbone et comme rempart contre les incendies est d’ailleurs aujourd’hui clairement démontrée. Les sanctuariser doit constituer une priorité tout en favorisant la libre évolution des peuplements, un des leviers d’adaptation au changement climatique.

Forêt subnaturelle de la Sainte Baume
Forêt subnaturelle du massif de la Sainte-Baume (Var/Bouches-du-Rhône). Thierry Gauquelin, Fourni par l'auteur

Qu’est-ce que donc finalement qu’une forêt ? Avant tout, une « créature » comme dirait l’écrivain Richard Powers, auteur du magistral livre l’Arbre-monde (The Overstory, 2018). C’est-à-dire une entité vivante, représentée par une incroyable diversité de formes, mais toujours caractérisée par une interdépendance de toutes ses composantes et une complexité fonctionnelle qu’il reste encore à déchiffrer.

The Conversation

Thierry Gauquelin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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21.10.2026 à 15:58

France’s ‘casseurs’: why the term fails to do justice to the extent of looting and spiralling unrest

Paolo Stuppia, Sociologue, membre du CESSP (Centre Européen de Sociologie et de Science Politique), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

The term the French media are using to describe the people behind the chaos on the fringes of legitimate protests seems to be raising more questions than answers.
Texte intégral (1952 mots)

Following widespread looting sprees and acts of violence occurring on the sidelines of the October 17 student protests, so-called “casseurs” seem to be the centre of attention. But the term, which comes from the French verb casser or “to break”, poses more questions than answers. The sociologist Paolo Stuppia examines the unprecedented situation many cities across France are having to contend with, and the complex combination of collective action whose motivations are unclear and the social media’s extreme agility.


The Conversation: How unprecedented are the scenes of looting that we witnessed on the sidelines of the October 17 demonstrations?

Paolo Stuppia: What may be unprecedented is the extent of the destruction of private property and the goods that have been stolen. It should be clear, however, that not all the looters can necessarily be sorted into identifiable groups, at least politically.

Indeed, as the politician Xavier Crettiez, the sociologist Isabelle Sommier and the historian François Audigier emphasised in 2021 in their joint project Violences politiques en France, the targets of acts of violence that are considered to be politically motivated can be determined both by technical constraints and the militant culture of the people involved. Let us recall Italy in the 1970s when autonomous activists spoke of “self-reduction” (the act of seizing goods or essential services), Maoists in France spoke of proletarian reappropriation. Their raid on Fauchon’s luxury grocery store on place de la madeleine and the redistribution of goods to slums and workers’ hostels that ensued went down in history as their biggest claim to fame.

Can we go as far as to say that the October 17 looting sprees were politically motivated? Even if we do not have all the details concerning the profiles of the people arrested, videos posted on social media and stolen goods being resold online tend to rule out the idea. That said, at least some of the targets were chosen haphazardly. While some are symbols of capitalism, like luxury stores, insurance companies, banks, multinationals, others included a number of more localised stores, small shops selling toys or video games; for example, which are rarely targets for such incidents.

If, especially since the alter-globalisation movement, we have seen the emergence of damage to property, primarily targeting symbols of capitalism and multinationals, in particular; this phenomenon goes hand in hand with “off the cuff” incidents by groups without any political affiliation, who join demonstrations to “get in on the act” in such a way that we are unable to determine whether it’s just a way of letting off steam or if it’s driven by a goal of redistributing goods – this weekend we witnessed some scenes of goods being redistributed, such as food being given to the homeless.

What do we know about casseurs’ profiles? When did they appear in the demonstrations and when did the term first appear in the media?

P.S.: Historically, the first research article on the casseur phenomenon can be traced back to the sociologist Gwenola Ricordeau. In France in the 1990s, as was the case during the student and high school movement of 1998, Ricordeau noticed that young people came to demonstrations to commit acts of vandalism or to mug people without having anything to do with the causes behind protest movements. They were driven by opportunism and also a desire to break up the monotony of everyday life.

The fact of disqualifying people by designating them as “criminals on the street” therefore ultimately leads us to riot-like phenomena, with or without the “looting” element, which are part of the continuity of “suburban revolt” or “city riots” which have gradually developed in working-class neighbourhoods since the second half of the 1970s. As we demonstrated alongside the sociologist Valérie Becquet in our book Géopolitique de la jeunesse, it forms a collection of pejorative and disqualifying terms pertaining to a so-called “dangerous youth”.

The term “casseur”, along with the derogatory term “racaille”, an old French term meaning rabble for example, widely resonated in the language of the media during the 2005 unrest to refer to a lumpenproletariat of young people who attacked both police and vandalised private property and a number of public services and property or street furniture, but whose actions were void of any political meaning.

October 17 mass protest movement: who are the casseurs? (France 24, October 2026, don’t forget to activate dubbing or subtitiles in English).

If we take the theory of labelling, we can understand that the term “casseurs” is linked to the stigma attached to young people from working-class neighbourhoods. But there can also be a second meaning: the phenomena in which France’s Mouvance autonome (a movement drawing its influences from anarchism and situationism that sets itself apart), is involved in scenes of outbreaks of violence and damage to property, even harm targeting individuals. However, we should first note that the movement has a history of claiming responsibility for its actions. The casseur stigma is also turned around and sometimes used with self-derision.

In 2006, during the protests over contrat première embauche or first job contract law, there were tensions between those who said “we aren’t” or “we don’t want casseurs”, others who said, “it’s the government and the employers – they are the casseurs”. And it was in this context that a banner that appeared in Rennes (in western France), ended up in Paris, claiming: “We are all casseurs.” As if to recognise the term for what it is: a historically vague label, covering different realities, and that the media has invited to every protest movement without fail over the past 30 years.

It’s a bit like the expression “black bloc”: “casseurs” is used to refer to people who resort to techniques that are out of order or who conjure up a considerable cause for concern among a certain part of public opinion, and yet the term remains very vague and is easily instrumentalised.

How is social media a gamechanger for law enforcement?

P.S.: There is a clear difference between fairly structured protest movements, even in an informal way, and the much more spontaneous use of social networks to stage action among young and very young people, such as filming themselves wearing football shirts as they leave Paris’ Place de la République.

We are facing a generation that is demonstrating a certain digital agility. There is a proliferation of platforms. In the days of the yellow vests, we were still largely using tools that came from the Internet of the 2000s, whether it was Instagram, Facebook, a bit of messaging, but not that much, and also Twitter. What we are now seeing is a new wave of social networks in action, with tools also designed to reduce control, like Snapchat, or Telegram, where content is extremely short-lived.

The question would then be: how do we adapt to these new ways of using social media? There is also the phenomenon of loops, which are difficult to infiltrate, with people who move very quickly and provide real-time support for those involved in the movements, on a rather confidential level. One of the hypotheses would be that, in this case, law enforcement is a bit helpless.

There is a quickfire of information, several levels of conversation, with public and private chatrooms, and more or less restricted groups. These real-time conversations are much more difficult to apprehend. Beyond messages that rapidly disappear on Snapchat, for example, a whole set of parameters specific to this universe must be taken into account: profiles feature scores related to the person’s activity; anyone who infiltrates is therefore almost immediately identifiable.

The combination of extremely agile social media and protesters’ mobility is very difficult to control. An example of this was the youth movements in Hong Kong in 2019-2020, which caused a lot of trouble for the authorities, even though it involved a police force with a tutelary government that could still be called authoritarian. Even they struggled to control the groups of young demonstrators operating via social networks, committing fragmented acts, with ten people in one place, ten at another, dispersing quickly. It makes you wonder how much of an information time lapse we are contending with . But that will be up to the parliamentary commission of inquiry to work out.


Interview by Aurélie Djavadi.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


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Paolo Stuppia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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21.10.2026 à 15:57

Méduses, moustiques et colibris : comment font-ils pour goûter leurs aliments alors qu’ils n’ont pas de langue ?

Anne Dumoulin, Enseignante-Chercheuse en biologie animale à la Faculté de Gestion Economie et Sciences (FGES), Institut catholique de Lille (ICL)

Le goût, loin d’être la particularité d’une langue remplie de papilles, est surtout une manière pour les êtres vivants de maintenir un échange chimique constant avec le monde environnant.
Texte intégral (1978 mots)

L’ESSENTIEL

  • Le goût est loin d’être le privilège de la langue humaine. L’évolution a créé bien des manières de goûter sa nourriture.

  • Des animaux sans cerveau, comme les méduses, sont capables de détecter des proies au moyen de signaux chimiques.

  • Les moustiques goûtent la peau avant de se nourrir et les colibris peuvent déceler le sucré sans récepteurs sensoriels.


Une méduse sans cerveau qui repère son dîner presque instantanément ; un moustique qui goûte votre peau avant de piquer, prêt à faire demi-tour en une fraction de seconde ; un colibri, enfin, qui décode le sucre avec un capteur à l’origine programmé pour la viande… Au final, le goût est loin d’être le privilège de la langue humaine.

Laissez-vous embarquer pour un voyage du fin fond de l’océan jusqu’au centre des fleurs à la rencontre d’animaux qui goûtent et ressentent le monde d’une façon différente de la nôtre.

Les méduses : goûter sans cerveau

Les méduses n’ont ni cerveau, ni langue, ni véritable tête. Leur système nerveux consiste en un réseau de neurones, appelé « réseau nerveux ». Associés à ce réseau, les espèces possèdent de petits organes sensoriels (rhopalies) situés sur le bord de leur « cloche » (l’ombrelle). Ces organes leur permettent de percevoir la lumière, repère essentiel pour se déplacer dans un milieu en trois dimensions. Mais que se passe-t-il côté goût ?

Schéma d’une méduse. Fourni par l'auteur

Chez les méduses et leurs proches cousins, les hydres, le repas commence souvent par un signal chimique. Lorsqu’une proie est touchée par les cellules urticantes des tentacules, les cellules abîmées libèrent dans l’eau du glutathion, une molécule présente parmi la quasi-totalité des cellules vivantes.

Les cellules sensorielles de la méduse détectent alors cette trace chimique comme un indicateur de présence de nourriture et son comportement alimentaire s’enclenche aussitôt : la bouche s’ouvre, prête à diriger la proie vers le système digestif. Ce réflexe n’est toutefois pas très sélectif : si un tentacule touche un humain ou un animal trop grand pour être avalé, le même signal chimique peut tout à fait déclencher l’ouverture de la bouche : la méduse « croit » avoir affaire à une proie. Faute de pouvoir ingérer un corps bien trop gros pour elle, rien de plus ne se produit – pas de capture, pas de digestion. Le signal fonctionne, mais l’anatomie de la méduse l’empêche d’aller plus loin.

Chez de nombreux cnidaires (embranchement auquel appartiennent les méduses), le glutathion agit ainsi comme un véritable « signal de repas ». Sans lui, une proie fraîchement capturée peut parfois ne pas être reconnue comme de la nourriture.

Ce qui est marquant, c’est la simplicité du système. Il n’y a pas besoin d’un système centralisé, de cerveau, pour décider de manger. La reconnaissance chimique et la réponse associée sont directement reliées au « réseau nerveux ». Des recherches récentes sur des cnidaires comme l’anémone de mer Nematostella vectensis ont montré la présence de récepteurs apparentés à nos récepteurs du goût et de l’odorat.

Ces structures existaient donc bien avant l’apparition des premiers vertébrés, il y a plus de 600 millions d’années. Chez les méduses, goûter n’est donc pas un acte intellectuel, mais un réflexe chimique du corps.

Chez les moustiques, le goût est une question de vie ou de mort

Sortons de l’océan afin de nous intéresser à d’autres animaux dont la piqûre peut être encore plus redoutable que celle de la méduse. Pour le moustique femelle, le goût n’est pas un plaisir, mais une question de vie ou de mort. Avant de pondre, elle a besoin de sang, riche en protéines, pour permettre la maturation de ses œufs.

Avant même la piqûre, les pattes du moustique « goûtent » la peau grâce à leurs récepteurs sensitifs. Les molécules du goût amer déclenchent un rejet, décourageant l’insecte de piquer, mécanisme exploité par de nombreux répulsifs cutanés. Le DEET (N,N-diéthyl-3-méthylbenzamide) en est l’exemple type : il brouille l’odorat du moustique tout en activant ses récepteurs amers au contact de la peau. La nature offre des alternatives comparables, comme un extrait d’eucalyptus citronné, tout aussi performant. Notre peau produit elle-même parfois ses propres défenses. Les bactéries, qui y vivent naturellement, fabriquent des acides gras qui repoussent les moustiques de la même façon, ce qui expliquerait pourquoi certaines personnes se font beaucoup moins piquer que d’autres.


À lire aussi : Les « peaux à moustiques » : mythe ou réalité ?


Une fois la peau percée, le pharynx joue son rôle. Celui-ci possède des nerfs gustatifs qui analysent le liquide aspiré. Les récepteurs recherchent la présence d’adénosine tri phosphate (ATP). Cette molécule, en quantité importante dans les globules rouges, confirme la présence de sang. C’est ce goût qui enclenche le comportement de succion.

En dehors des périodes de reproduction, les moustiques mâles et femelles se nourrissent surtout de nectar. Ils utilisent un ensemble de récepteurs sucrés, similaires à ceux des abeilles, pour distinguer les fleurs les plus sucrées. Le moustique oscille selon ses besoins entre deux types de régimes alimentaires : le sang et le nectar, chacun ayant son propre ensemble de capteurs chimiques.

Les colibris : réinventer le sucré

Pour finir notre voyage, restons dans les airs, mais cette fois-ci avec un oiseau dont on n’a pas à craindre la moindre piqûre. Les colibris sont capables de rester en vol stationnaire et de passer de fleur en fleur pour le nectar, mais n’ont pourtant pas de récepteurs sensoriels leur permettant de goûter le sucré. Comment expliquer alors qu’un colibri puisse faire la différence entre une solution sucrée et de l’eau pure, préférant le nectar le plus concentré ?

Chez les vertébrés, la détection du sucré dépend normalement d’un récepteur protéique composé de deux sous-unités. L’umami, cette saveur associée, par exemple, au soja ou au parmesan repose sur l’association de ces deux sous-unités, mais combinées différemment. Ayant perdu l’une des composantes nécessaires à la saveur sucrée, les colibris ont réutilisé le récepteur de l’umami pour la remplacer. Sa structure s’est alors modifiée pour devenir sensible aux sucres et aux glucides, en plus des acides aminés.

Ce changement a été si efficace qu’il a vraisemblablement contribué à l’évolution des colibris. Leur bec allongé, leur vol stationnaire demandant beaucoup d’énergie, et leur métabolisme rapide s’expliquent grâce à cette capacité à distinguer les sources de sucre les plus riches. D’autres oiseaux nectarivores présentent également des adaptations convergentes à la consommation de sucres, même si les mécanismes moléculaires précis ne sont pas toujours identiques ou entièrement élucidés.

La méduse sans cerveau, le moustique qui fait face à la vie ou à la mort avec chaque piqûre, et le colibri qui a réinventé le sucré à partir de l’umami semblent n’avoir rien en commun. Et pourtant, ils partagent un principe essentiel : des récepteurs moléculaires capables de reconnaître des signaux chimiques et d’entraîner une réponse adéquate.

Ce que l’évolution a créé, réutilisé ou perdu au fil des années, ce ne sont pas les éléments de base de la chimioréception, mais les façons dont les organismes les utilisent. Le goût, loin d’être la particularité d’une langue remplie de papilles, est surtout une manière pour les êtres vivants de maintenir un échange chimique constant avec le monde environnant.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Anne Dumoulin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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21.10.2026 à 15:57

Demain, pourra-t-on améliorer le dépistage des cardiopathies congénitales de l’enfant sans examen invasif ?

Amin Hossein, PhD, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Dépister les cardiopathies congénitales précocement reste un défi. La sismocardiographie, une technique qui enregistre les mouvements cardiaques, est une nouvelle piste explorée par la recherche.
Texte intégral (1756 mots)

L’ESSENTIEL

  • Les cardiopathies congénitales correspondent à des malformations du cœur présentes chez le nourrisson dès sa naissance.

  • Parce que les signes de la maladie sont parfois discrets et l’examen de référence complexe, dépister ces pathologies reste un défi.

  • La recherche s’intéresse à la sismocardiographie, une technique qui enregistre les mouvements cardiaques. Une piste pour mieux repérer, demain, les profils pathologiques.


Chaque année, près d’un enfant sur cent naît avec une cardiopathie congénitale, c’est-à-dire une malformation du cœur ou des gros vaisseaux présente dès la naissance.

Certaines cardiopathies sont détectées durant la grossesse ou dans les premiers jours de vie, mais d’autres passent inaperçues pendant des mois, voire des années. En cause : des signes cliniques discrets, des souffles cardiaques difficiles à interpréter, et un accès parfois limité aux examens spécialisés.

Face à ces limites, la recherche explore de nouvelles approches de dépistage, plus simples, non invasives et complémentaires des outils existants.

C’est dans ce contexte que s’inscrit notre étude qui a été menée aux hôpitaux universitaires HUDERF et Erasme, à Bruxelles en Belgique, et qui s’est intéressée à une technique encore peu connue du grand public : la sismocardiographie.

Pourquoi le dépistage reste un défi en pédiatrie

Le premier signe d’alerte d’une cardiopathie congénitale est souvent un souffle cardiaque à l’auscultation. Or, la majorité des souffles chez l’enfant sont bénins. À l’inverse, certaines malformations cardiaques peuvent être présentes sans souffle audible, ou avec des signes cliniques tardifs.

L’échocardiographie transthoracique complète est aujourd’hui la référence pour établir un diagnostic précis. Mais cet examen est coûteux, dépend de l’opérateur et n’est pas toujours immédiatement accessible, en particulier hors des centres spécialisés. En maternité, l’auscultation et l’oxymétrie du pouls permettent un premier tri, mais leur sensibilité reste imparfaite.

Qu'est-ce que l'oxymétrie du pouls? Comment cette technique est-elle utilisée dans les cardiopathies congénitales?

  • L'oxymétrie du pouls consiste à placer un petit capteur lumineux (souvent au pied ou à la main du bébé) qui mesure le taux d'oxygène dans le sang de manière indolore et instantanée. Le principe repose sur la lumière: celle-ci traverse la peau et est absorbée différemment par l'hémoglobine selon que cette dernière transporte de l'oxygène ou non. La machine analyse ces différences pour calculer le pourcentage de sang oxygéné.
  • Certaines malformations cardiaques congénitales empêchent le sang d'être correctement saturé en oxygène avant d'être envoyé dans le corps, ce qui abaisse anormalement ce taux de saturation.

D’où la question : existe-t-il des signaux objectifs, faciles à mesurer, qui reflètent directement le fonctionnement mécanique du cœur ?

Mesurer les vibrations du cœur

À chaque battement, le cœur ne produit pas seulement des sons : il génère aussi des microvibrations liées à la contraction du muscle cardiaque, au mouvement des valves et à l’écoulement du sang. Ces vibrations se propagent jusqu’à la paroi thoracique.

La sismocardiographie consiste à enregistrer ces mouvements à l’aide d’un petit capteur, contenant un accéléromètre et un gyroscope (le gyroscope est un capteur qui mesure les vitesses angulaires ; il est donc complémentaire de l’accéléromètre qui mesure les accélérations linéaires), placé sur le sternum. Contrairement à l’électrocardiogramme, qui mesure l’activité électrique du cœur, cette technique renseigne directement sur son activité mécanique.

Utilisée ponctuellement depuis les années 1950, y compris chez des astronautes lors de certaines missions spatiales, la sismocardiographie a récemment connu un regain d’intérêt, notamment chez l’adulte. En pédiatrie, en revanche, les données restaient très limitées.

Une étude sur des enfants de 1 jour à 16 ans

Dans notre étude, nous avons enregistré les signaux sismocardiographiques de 92 enfants âgés de 1 jour à 16 ans, pris en charge pour une évaluation cardiologique à l’HUDERF et à l’hôpital Erasme.

Les enfants ont été répartis en trois groupes :

  • des enfants sans souffle cardiaque et sans cardiopathie,
  • des enfants avec un souffle dit bénin, sans cardiopathie,
  • des enfants dont le souffle était lié à une cardiopathie congénitale (comme une communication interventriculaire ou une sténose pulmonaire).

Les enregistrements des vibrations sternales, d’une durée de quelques minutes, ont été réalisés au repos, sans douleur ni risque pour les patients.

Des signaux interprétables, quel que soit l’âge

Premier résultat important : dans près de 85 % des cas, les signaux obtenus étaient exploitables. Ce taux élevé est comparable à celui observé chez l’adulte, et il n’était pas influencé par l’âge, le sexe ou la morphologie anatomique des enfants.

Cela montre que cette approche est techniquement réalisable, y compris chez les plus jeunes, à condition que l’enfant soit calme et relativement immobile pendant l’enregistrement.

Des différences selon le type de cardiopathie

En combinant, chez chaque enfant, l’ensemble des micromouvements vibratoires, on peut obtenir une mesure globale de l’activité mécanique du cœur, c’est-à-dire son énergie cinétique. Cette approche permet de résumer, en une information synthétique, l’intensité des mouvements générés par la contraction du muscle cardiaque et par l’écoulement du sang.

Nous avons ensuite observé comment cette énergie se répartit au cours des différentes phases du cycle cardiaque : juste avant la contraction, pendant la contraction proprement dite, puis lors du relâchement du cœur. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de savoir « combien » le cœur bouge, mais à quel moment du cycle ces mouvements sont les plus marqués.

Cette distribution de l’énergie cinétique n’est pas la même chez tous les enfants. Dans notre étude, certaines cardiopathies congénitales présentent des signatures mécaniques spécifiques. Par exemple, chez les enfants atteints de certaines cardiopathies congénitales (comme la communication interventriculaire ou la sténose pulmonaire), une part plus importante de l’énergie était concentrée pendant les phases clés de la contraction cardiaque.

Ces résultats sont cohérents avec la physiopathologie de ces maladies : le passage anormal ou accéléré du sang crée des écoulements plus turbulents, qui se traduisent par des vibrations mécaniques plus intenses. À l’inverse, certaines anomalies plus discrètes génèrent des perturbations mécaniques plus faibles, et seraient donc plus difficiles à distinguer avec cette méthode.

Un outil prometteur, mais pas encore un test miracle

Ces résultats suggèrent que la sismocardiographie pourrait aider à distinguer certains profils cardiaques pathologiques de profils normaux ou bénins. Elle ne remplace évidemment ni l’examen clinique ni l’échocardiographie, mais pourrait s’inscrire comme un outil de tri ou d’aide à la décision.

Il est important de rester prudent. Notre étude est exploratoire, et le nombre de patients reste limité. De plus, les signaux varient fortement d’un enfant à l’autre, et leur interprétation doit encore être affinée.

Quelles perspectives pour la pratique clinique ?

À terme, un dispositif non invasif capable de capter ces signaux mécaniques du cœur pourrait trouver sa place dans des contextes variés : consultations de pédiatrie générale, services d’urgence, ou dépistage dans des régions isolées où l’accès à l’imagerie spécialisée est restreint. Il s’agirait alors d’un outil d’aide au dépistage, complémentaire à l’examen clinique, permettant d’orienter plus rapidement les enfants nécessitant une évaluation cardiologique approfondie.

Avant cela, des études à plus grande échelle seront nécessaires, en particulier chez les nourrissons, afin de mieux définir la sensibilité et la spécificité de cette approche et d’identifier précisément les types de cardiopathies pour lesquels elle est réellement pertinente.

À plus long terme, ces travaux ouvrent aussi une perspective technologique intéressante : les smartphones modernes intègrent déjà des capteurs similaires à ceux utilisés dans notre étude, notamment des accéléromètres et des gyroscopes capables de mesurer des micromouvements.

Si les performances diagnostiques de cette approche se confirment, cela pourrait, à terme, permettre de premières évaluations réalisées à l’aide d’un simple smartphone, un outil aujourd’hui largement répandu. Une telle évolution ne remplacerait pas les examens spécialisés, mais pourrait contribuer à rendre le dépistage cardiovasculaire pédiatrique plus accessible, notamment dans les contextes où les ressources médicales sont limitées.

L’enjeu est clair : améliorer le dépistage précoce des cardiopathies congénitales, sans alourdir les parcours de soins, en s’appuyant sur des mesures simples, objectives et bien tolérées par les enfants.

The Conversation

Amin Hossein a reçu des financements du Fonds Erasme, du Fonds pour la Chirurgie Cardiaque et du Belgian Federal Scientific Policy Office. Il est également consultant indépendant au sein de la société Hossein Tech.

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21.10.2026 à 15:56

Perdre face à une femme : une défaite qui ne laisse pas indifférent

Claire Mollier, Docteure en économie, Université Paris Nanterre

Tarek Jaber-Lopez, économiste, Université Paris Nanterre

Une étude réalisée avec 290 personnes compare les réactions des hommes et des femmes en cas de victoire ou de défaite.
Texte intégral (1962 mots)

L’ESSENTIEL

  • Une étude réalisée avec 290 personnes compare les réactions des hommes et des femmes en cas de victoire ou de défaite.

  • Pour les hommes les plus confiants, une défaite face à une femme semble susciter le besoin de « prendre sa revanche ».

  • Après une victoire face à une femme, en revanche, beaucoup d’hommes préfèrent ne pas rejouer, semblant craindre de perdre.


L’intuition à l’origine de notre étude est née… sur un tatami ! Lors d’une compétition de karaté, nous avons observé que les hommes semblaient préférer affronter d’autres hommes, même lorsque les femmes avaient la même ceinture et un niveau comparable. Nous nous sommes donc demandé si le genre de l’adversaire modifiait la manière dont une victoire ou une défaite était vécue, en particulier chez les hommes.

Certains exemples issus du sport apportent des éléments de réponse. Ils présentent néanmoins une limite : les compétitions mixtes restent relativement rares. Il est donc difficile d’isoler l’effet du genre de l’adversaire sur la manière dont les individus réagissent à une victoire ou à une défaite. C’est précisément cette question que nous avons choisi d’étudier dans une expérience en laboratoire.

Le laboratoire comme lieu de compétition

Dans notre expérience, 290 participantes et participants effectuent du calcul mental et choisissent entre une rémunération fixe (0,50 euros par bonne réponse) ou un tournoi (l’individu qui a résolu le plus de calculs reçoit 1,50 euros par bonne réponse). Le tournoi est plus rémunérateur mais aussi plus risqué, puisque seule la (ou le) vainqueur reçoit un gain.

Les individus ayant choisi la compétition lors de la première manche doivent ensuite décider s’ils souhaitent affronter à nouveau la (ou le) même adversaire. Sinon, elles ou ils peuvent renoncer à la compétition et rejouer la tâche sous rémunération fixe.

Avant de connaître les résultats, nous demandons aux participantes et participants si elles ou ils pensent avoir gagné. Comme de nombreuses études l’ont déjà montré, les hommes se révèlent beaucoup plus confiants que les femmes : près de trois hommes sur quatre pensent avoir remporté l’épreuve, contre un peu plus d’une femme sur deux.

Les hommes veulent-ils prendre leur revanche après une défaite ?

Les hommes qui s’attendaient à gagner mais qui ont finalement perdu contre une femme sont plus enclins à vouloir l’affronter de nouveau que s’il s’agit d’un homme. À l’inverse, quand ils ont précédemment gagné face à elle, ils manifestent moins d’intérêt à vouloir la battre à nouveau, comparé à un adversaire masculin.

Le genre de l’adversaire affecte donc la réaction de certains hommes après une victoire ou une défaite. Une défaite face à une femme semble susciter le besoin de « prendre sa revanche », de restaurer son statut. Après une victoire, il ne faut en revanche pas prendre le risque de rejouer et de potentiellement perdre.

combat de boxe thailandaise entre un homme et une femme
Dès lors que les femmes décident de concourir, elles apparaissent tout aussi compétitives que les hommes. Ahmad Thomas/Unsplash, CC BY

Ces résultats se retrouvent essentiellement chez les hommes surconfiants : ceux qui s’attendaient à gagner mais qui ont perdu. Il convient ainsi de noter que ce n’est pas seulement la défaite qui compte mais le décalage entre les attentes et le résultat obtenu. Celui-ci génère de la déception.

Chez les hommes les plus confiants, perdre contre une femme s’accompagne également d’une amélioration des performances lors de la manche suivante (contre la même femme). La défaite agit comme un facteur de motivation, certains hommes semblant fournir davantage d’efforts afin de rectifier la situation.

Chez les femmes, le genre de l’adversaire compte moins

Nos résultats confirment un constat bien établi en économie : en moyenne, les femmes sont moins compétitives – elles choisissent moins le tournoi.

Il convient cependant de noter que, dès lors que les femmes décident de concourir, elles apparaissent tout aussi compétitives que les hommes. De plus, leurs décisions dépendent moins que les hommes du genre de leur adversaire.

Comment expliquer ces réactions ?

Nos résultats ne permettent pas d’identifier avec certitude les mécanismes psychologiques en jeu. Ils sont néanmoins cohérents avec plusieurs travaux en économie et psychologie.

Les stéréotypes peuvent entraîner certains hommes à sous-estimer la performance d’une adversaire féminine. Ils anticipent leur victoire et c’est le résultat inattendu qui leur cause de la déception.

Jeune femme devant un jeu d’échecs
Des travaux montrent que, au début d’une partie d’échecs, le style de jeu des hommes est plus agressif que celui des femmes. Frankie Cordoba/Unsplash, CC BY

Pourquoi alors rejouer ?

De nombreuses recherches ont interrogé l’effet des attentes. L’échec des hommes tend à être attribué à manque d’effort (une cause temporaire), alors que l’échec des femmes est plus souvent attribué à un manque de compétence (une cause interne et stable).

Même si nos joueurs ne sont pas observés par des tierces personnes, ils peuvent avoir intériorisé ces idées, qui peuvent donc les inciter à rejouer et fournir plus d’effort. C’est effectivement ce que nous observons face à une adversaire féminine, mais nettement moins face à un homologue masculin.

Pourquoi cette différence ?

Des éléments de réponse résident probablement du côté de ce que la psychologie sociale a identifié comme une masculinité dite précaire. Là où le fait d’être une femme est souvent perçu comme acquis avec la puberté (et donc permanent) ; le fait « d’être un homme » se gagnerait difficilement, par des actes répétés, et pourrait se perdre facilement. Bien qu’elle ne corresponde à aucune réalité biologique objective, cette perception (qui pourrait être renforcée par la montée des discours masculinistes) a des effets bien documentés : les hommes dont la masculinité est mise en doute adoptent plus volontiers des comportements de compensation, notamment de démonstrations de force, pour la réaffirmer.

Nos résultats ne signifient pas que les hommes réagissent tous de la même manière à une défaite face à une femme, ni que cette réaction est inévitable. Ils suggèrent en revanche que le genre de l’adversaire peut modifier la signification symbolique d’une défaite ou d’une victoire. Nos données invitent à réfléchir au rôle que jouent la confiance en soi et les stéréotypes dans le regard qu’on porte sur la performance d’autrui, et le poids qu’une défaite peut faire peser sur la construction de l’identité, en particulier de la masculinité. En outre, ils ouvrent de nouvelles pistes pour comprendre les dynamiques observées dans les contextes compétitifs.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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