15.10.2026 à 16:43
Mathieu Bonzom, Maître de conférences en anglais à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre du Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (CESSP, UMR 8209), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
À l’approche des élections de mi-mandat, le Parti républicain concentre ses attaques sur l’aile gauche du Parti démocrate, dont les figures de proue sont aussi bien des politiciens chevronnés présents sur la scène publique depuis des décennies, comme Bernie Sanders ou Elizabeth Warren, que des personnalités plus jeunes, telles qu’Alexandria Ocasio-Cortez ou Zohran Mamdani. Dans Solidarity Forever. Une histoire de la gauche aux États-Unis, qui paraît ce 16 octobre aux éditions Divergences, le politiste Mathieu Bonzom (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) analyse les principes et la trajectoire de ce mouvement qui ne cesse de gagner de l’ampleur dernièrement. Extrait du chapitre 8, qui nous replonge en 2017, juste après la première campagne présidentielle victorieuse de Donald Trump.
Celles et ceux qui ont cru en Bernie soutiennent que lui seul aurait pu battre Trump. Cette campagne a changé leur vie, mais Sanders se contente de pérenniser son équipe de campagne pour soutenir d’autres candidatures, sans créer un mouvement politique militant.
Cependant, il y a bien une organisation qui va capitaliser sur la vague de politisation à gauche créée par la campagne Sanders qui redouble face à Trump : Democratic Socialists of America (DSA). Sanders n’a jamais été membre de ce fragment de la gauche, né de la fusion entre l’un des derniers courants héritiers du SPA [NDLR : le Socialist Party of America, actif de 1901 à 1972] dirigé par un intellectuel public proche de Bayard Rustin, Michael Harrington), et un groupe issu de la « New Left », à laquelle appartient notamment l’autrice Barbara Erhrenreich. Jusque-là, en théorie, l’organisation travaille au « réalignement » à gauche du Parti démocrate, sans grand résultat. Cependant, au fil de l’année 2016, DSA voit affluer des milliers de membres et va se refonder.
DSA tient en 2017 le plus grand congrès de son histoire (800 délégué·e·s), et y prend un tournant politique : rupture avec l’Internationale socialiste (désormais sociale-libérale à l’instar du PS français), prise de position antisioniste, formation d’une nouvelle direction. DSA porte un socialisme plus tourné vers le grand public que l’extrême-gauche qui emploie le terme, rénové par rapport à certaines impasses politiques du Socialist Party d’antan, et du social-libéralisme de la veille. Si les révolutionnaires auto-proclamés y voient un nouveau courant démocrate maquillé en petit parti de gauche, sa force militante autonome, son programme et ses conflits avec les centristes évoquent plutôt une forme de réformisme radical, cherchant à composer avec les réalités électorales du pays pour avancer vers une gauche de plus en plus large.
En effet, l’un des grands débats militants dans cette gauche est désormais celui de la participation aux primaires démocrates dans l’espoir de faire élire des socialistes. Est-ce encore une façon de rester sous l’emprise du Parti démocrate, cimetière de la gauche et des mouvements sociaux depuis plus d’un siècle ?
Quelques précisions s’imposent. Aux États-Unis, les primaires ressemblent au premier tour des élections. Elles sont organisées non par des instances dirigeantes des partis mais par l’État. Celui-ci enregistre le parti des électeurices inscrit·e·s, alors automatiquement autorisé·e·s non seulement à voter aux primaires mais à y concourir sur le programme de leur choix. De plus, en partie en conséquence de la défaite historique de la gauche et de la persistance des deux grands partis capitalistes regroupant les « élites » locales, la sclérose démocratique est totale. La vie partisane de base est inexistante, la participation électorale faible, surtout aux primaires. La géographie partisane est extrême, consacrant souvent un quasi-parti unique local. Ne pas participer à une primaire démocrate dans la ville de New York, par exemple, revient à ne pas participer aux élections, ou alors sans espoir d’être largement entendu et sans prétendre gagner. À l’inverse, même si l’étiquetage démocrate peut avoir des inconvénients (envers les déçus de la politique, par exemple), il ne donne pas un contrôle direct du parti sur un·e candidat·e socialiste, qui peut avoir une réelle autonomie.
Après Sanders, DSA soutient de plus en plus de candidat·e·s socialistes dans des primaires. Il ne croit plus au « réalignement » à gauche d’un parti tenu par ses riches donateurs : il s’agit d’attirer à gauche une partie de la base démocrate (et à terme, l’électorat populaire républicain ou indépendant) jusqu’à ce que le lancement d’un parti de gauche à vocation majoritaire soit possible.
Les élections de mi-mandat, en 2018, sont un premier test. L’une des plus grandes réussites est celle d’une candidate de 28 ans, Alexandria Ocasio-Cortez. Issue d’une famille portoricaine du Bronx, elle mène de bonnes études et fait même un stage auprès du Sénateur Ted Kennedy. Diplômée, elle doit cependant devenir serveuse pour aider sa mère (conductrice de bus scolaire et femme de ménage) à rembourser un prêt immobilier. Elle milite pour Bernie Sanders en 2016, puis se rend à Standing Rock, impressionnée par le mouvement #NoDAPL [NDLR : mouvement social d’opposition à la construction de l’oléoduc Dakota Access, dont le tracé menaçait les sources d’eau potable ainsi que des terres sacrées et des sépultures de la réserve indienne de Standing Rock].
En juin 2018, « AOC » devient célèbre du jour au lendemain en éliminant l’un des leaders démocrates de la Chambre fédérale, Joe Crowley, à la primaire démocrate de sa circonscription entre le Queens et le Bronx. Loin d’être une professionnelle de la politique, elle ressemble à beaucoup des jeunes de sa génération qui subissent crise sociale, racisme et patriarcat, et qui se politisent à gauche. Son programme rappelle celui de Sanders.
DSA joue un rôle décisif en organisant une véritable campagne de terrain, mobilisant efficacement des bénévoles et accumulant un précieux savoir-faire. Crowley ne fait aucune campagne de cet ordre. Il ne vient même pas débattre avec la jeune candidate, habitué à gagner depuis vingt ans quasiment sans opposition, grâce à des spots publicitaires payés par la finance, l’immobilier, les grandes entreprises, ou encore l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC, lobby pro-israélien traditionnellement important dans le jeu électoral états-unien), le tout dans la démobilisation générale. Mais pas cette fois.
AOC est la première surprise de sa victoire, qui est sans appel. Dans les 24h, DSA connaît un spectaculaire pic d’adhésions dans tout le pays. Au pied d’une forteresse antidémocratique plus que bicentenaire, la gauche aurait-elle trouvé une brèche ?
Au même moment, un scénario similaire donne la victoire à une candidate socialiste d’origine palestinienne, Rashida Tlaib, dans la périphérie de Detroit qui abrite une importante population d’origine arabe. En 2019, la Chambre compte donc deux élues socialistes. Ilhan Omar, qui vient d’être élue à Minneapolis, est musulmane comme Tlaib, et défend des positions assez proches. Au fil des années, une aile gauche de la Chambre se dessine autour de ces nouvelles élues racisées, souvent regroupée par la presse par un surnom collectif : le « Squad », l’équipe de choc.
DSA soutient aussi des candidatures victorieuses dans des conseils municipaux et des assemblées d’État. Pour la première fois depuis longtemps se pose la question du contrôle des élu·e·s après leur élection par cette gauche renaissante. Si DSA joue un rôle déterminant dans les campagnes électorales, ses candidat·e·s en ont moins besoin une fois en poste, tandis que le Parti démocrate concentre le pouvoir et peut les attirer ou les mettre sous pression. DSA développe alors localement des commissions pour réunir régulièrement ses élu·e·s et tenter de tenir un cap défini collectivement. À terme, son ambition est de développer suffisamment ses forces pour lancer ses propres militant·e·s comme candidat·e·s.
Ocasio-Cortez ne perd pas de temps pour contribuer à polariser le débat politique autour de propositions de gauche : une semaine après son élection elle se joint aux écologistes du Sunrise Movement pour occuper les bureaux de Nancy Pelosi, chef de file des Démocrates à la Chambre, en faveur d’un projet de « Green New Deal ». Ce nom évoque la nécessité de dépenses publiques environnementales au moins aussi massives que celles du New Deal face à la Grande Dépression, et son contenu repose sur l’articulation entre d’ambitieuses mesures environnementales pour la décennie à venir et une dimension sociale permettant de créer des emplois de qualité, pour une société plus juste et un large soutien populaire à cette politique.
À la fin d’une décennie mouvementée pour le pire et le meilleur, les nouvelles et nouveaux socialistes se projettent au-delà de leurs forces actuelles grâce à la popularité de leurs idées qui met en difficulté les deux partis.
Mathieu Bonzom ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
15.10.2026 à 16:41
Patrick Nataf, PU-PH, chef du service de chirurgie cardiaque à l'hôpital Bichat (AP-HP) ; co-directeur équipe Biomatériaux et technologies immersives INSERM 1148. LVTS ; vice-président Innovation Pédagogique, Université Paris Cité
L’ESSENTIEL
Chaque année, des patients en attente de greffe cardiaque meurent faute d’avoir pu recevoir un greffon.
Plusieurs pistes permettraient d’améliorer la situation : modifier les modalités de prélèvement, mieux évaluer les cœurs disponibles, améliorer le repérage des donneurs potentiels…
L’emploi de l’IA ou de cœurs provenant d’autres espèces n’en sont qu’à l’état de preuve de concept, mais pourraient, à l’avenir, participer à relâcher la tension en matière d’approvisionnement en greffons.
Chaque année, la transplantation cardiaque sauve les vies de centaines de patients atteints d’insuffisance cardiaque terminale. Sa portée demeure néanmoins limitée par une ressource rare : les greffons.
En 2025, 421 transplantations cardiaques ont été réalisées en France, contre 414 en 2024. Une progression réelle, mais encore insuffisante : 581 nouveaux patients ont été inscrits sur la liste d’attente cette même année. L’Agence de la biomédecine considère ces nouvelles inscriptions comme l’expression des besoins identifiés par les équipes de greffe, tout en précisant qu’elles ne reflètent probablement pas la totalité de la demande réelle…
Le décalage entre les besoins et le nombre de greffons disponibles se mesure aussi pendant l’attente. En 2024, parmi les 942 candidats à la greffe cardiaque déjà présents sur liste d’attente ou nouvellement inscrits durant l’année, 73 sont décédés ou ont été retirés de la liste en raison d’une aggravation de leur état le rendant incompatible avec une greffe.
Pour améliorer les choses, plusieurs pistes existent : mieux repérer les donneurs, réduire les pertes liées à l’organisation, et évaluer plus justement des cœurs aujourd’hui écartés.
Avant d’examiner comment augmenter le nombre de greffes, il faut préciser d’où proviennent les greffons cardiaques et dans quel cadre ils peuvent être prélevés.
En France, un cœur destiné à la transplantation provient d’une personne décédée, dont la mort a été dûment constatée. Deux situations doivent être distinguées : le décès en état de mort encéphalique, qui demeure la voie principale, et le décès après arrêt circulatoire contrôlé, appelé Maastricht III, dont l’utilisation pour le prélèvement cardiaque est récente en France.
La mort encéphalique correspond à la destruction complète et irréversible des fonctions du cerveau. La personne est médicalement et juridiquement morte, même si la ventilation artificielle maintient temporairement l’oxygénation des organes et permet au cœur de continuer à battre. Le diagnostic repose d’abord sur trois constatations cliniques : l’absence totale de conscience et de mouvements spontanés, l’abolition de tous les réflexes du tronc cérébral et l’absence de respiration spontanée.
Un examen paraclinique, mené par électroencéphalogramme ou par imagerie (angiographie ou angioscanner cérébral), est ensuite obligatoire pour confirmer le caractère irréversible de la destruction encéphalique. La loi impose en outre que les médecins qui constatent la mort et ceux qui réalisent le prélèvement ou la greffe appartiennent à des unités ou à des services distincts.
Par ailleurs, le prélèvement ne peut pas être réalisé dans n’importe quel hôpital. Les services d’urgences et de réanimation jouent un rôle essentiel pour repérer et signaler les donneurs possibles, mais l’intervention a lieu dans un établissement spécifiquement autorisé, disposant du personnel, des équipements et d’une coordination hospitalière formée. Celle-ci vérifie l’absence d’opposition, accompagne les proches, organise l’évaluation médicale du donneur et coordonne, avec l’Agence de la biomédecine (qui assure le suivi national détaillé des patients inscrits pour une greffe), l’attribution des organes et toute la logistique du prélèvement.
Don d’organe : consentir ou refuser En France, le consentement au don après la mort est présumé : une personne est considérée donneuse par défaut, sauf si elle a exprimé son refus de son vivant. Le moyen le plus sûr de formaliser ce refus est l’inscription au Registre national des refus, obligatoirement consulté avant tout prélèvement. L’inscription, possible en ligne ou par courrier à partir de 13 ans, peut concerner tous les organes ou seulement certains d’entre eux. Elle peut être modifiée ou annulée à tout moment.
Pendant longtemps, le prélèvement cardiaque a été associé presque exclusivement à la mort encéphalique. Depuis 2014, un autre programme a été engagé en France, basé sur la classification internationale dite de Maastricht III.
Cette dernière définit les circonstances dans lesquelles on peut déclarer en arrêt circulatoire, et donc mort, un patient hospitalisé pour lequel une décision de limitation ou d’arrêt des traitements de maintien en vie a été prise, parce que leur poursuite est devenue inutile ou disproportionnée.
Concernant initialement les reins, le foie et les poumons, ce programme s’est vu ouvrir, par un arrêté du 6 mars 2026, la possibilité du prélèvement cardiaque.
L’intérêt est majeur : des cœurs qui n’entraient pas dans le parcours classique du don après mort encéphalique pourraient devenir transplantables. Les expériences britannique, australienne, espagnole et américaine montrent que cette source peut augmenter l’activité sans dégradation évidente des résultats à court terme lorsque les protocoles sont rigoureux. Le bénéfice français devra être démontré par le pilote national, puis confirmé en vie réelle.
Concrètement, comment se passent les choses dans le cas d’un prélèvement Maastricht III ? Il faut avant tout distinguer ici deux décisions qui ne doivent jamais être liées. La première est la décision médicale d’arrêter les traitements : elle relève exclusivement de la prise en charge de fin de vie, doit être prise dans le seul intérêt du patient et serait identique même si aucun don d’organes n’était possible. Elle doit être collégiale, tracée et indépendante des équipes de prélèvement et de transplantation.
Ce n’est qu’une fois cette décision définitivement arrêtée qu’une seconde démarche peut être envisagée : vérifier la volonté du patient et, si les conditions sont réunies, organiser un éventuel prélèvement. La possibilité du don ne doit donc jamais être la cause de l’arrêt des traitements ni en modifier les modalités.
Après l’arrêt des traitements, le décès est constaté lorsque cinq minutes d’arrêt circulatoire continues sont observées sans aucune intervention. Ce n’est qu’à ce moment que sont effectués les gestes destinés à préserver les organes.
Deux stratégies peuvent être utilisées. La première consiste à prélever rapidement le cœur après le constat du décès, puis à le remettre en fonctionnement et à l’évaluer hors du corps sur une machine de perfusion normothermique. La seconde consiste à rétablir une circulation oxygénée limitée au thorax et à l’abdomen dans le corps du donneur (circulation régionale normothermique thoraco-abdominale), qui permet au cœur de recommencer à battre et d’être évalué avant son prélèvement. Dans les deux cas, toute circulation vers le cerveau doit rester impossible.
Le défi auquel fait face ce type de prélèvement est triple : à la fois éthique, psychologique et culturel.
Éthique, parce que le manque de greffons ne doit jamais influencer la décision de fin de vie et qu’aucun geste ne doit provoquer ou accélérer le décès.
Psychologique, parce que les proches vivent une séquence très rapide, au cours de laquelle le temps du deuil rencontre l’urgence de la préservation des organes. Le temps constitue en effet une contrainte majeure du prélèvement cardiaque : au-delà de trois ou quatre heures après le prélèvement, le risque de dysfonctionnement du greffon augmente progressivement.
Culturel, enfin, parce que le cœur reste dans l’imaginaire collectif le symbole de la vie : voir un cœur reperfusé et recommencer à battre après le constat du décès peut être difficile à comprendre. Il faut donc expliquer clairement que la circulation n’est pas rétablie vers le cerveau et que la remise en fonction d’un organe ne signifie pas le retour à la vie de la personne.
Cette procédure peut également susciter chez les soignants un malaise ou une crainte de confusion entre l’accompagnement de la fin de vie et le projet de don. Elle exige des équipes formées, une séparation stricte des responsabilités, une traçabilité complète et un temps d’information adapté aux proches. La confiance ne repose pas seulement sur le respect du protocole, mais sur la compréhension de chaque étape par tous les acteurs.
Le prélèvement cardiaque après arrêt circulatoire constitue un premier moyen d’augmenter le nombre de cœurs susceptibles d’être prélevés. Mais l’augmentation du nombre de transplantations dépend d’un second levier, complémentaire : mieux utiliser les cœurs qui sont déjà proposés, qu’ils proviennent de donneurs en mort encéphalique ou après arrêt circulatoire.
Certains de ces greffons sont aujourd’hui écartés non parce qu’ils sont certainement inutilisables, mais parce que leur qualité ou leur fonctionnement restent difficiles à apprécier avec suffisamment de précision.
L’enjeu n’est pas d’abaisser les exigences de sécurité, mais de mieux caractériser le risque afin de distinguer les greffons réellement impropres à la transplantation de ceux qui pourraient être utilisés après une évaluation plus précise. Des techniques telles que l’échocardiographie répétée, l’analyse hémodynamique et l’imagerie coronaire peuvent y aider.
Les progrès des techniques de conservation améliorent aussi la situation. Les machines de perfusion ex situ, qui maintiennent le greffon hors du corps du donneur, permettent de mieux le préserver, de prolonger le temps disponible pour le transport et l’organisation, et de recueillir des informations susceptibles d’éclairer la décision de transplantation. Elles peuvent aussi montrer la récupération d’une anomalie réversible, mais il faut rester prudent : une machine peut limiter certaines lésions ou laisser récupérer une sidération transitoire ; elle ne répare pas une atteinte irréversible.
Une question particulière se pose pour les greffons dits « limites » ou « à critères élargis ». Cette expression ne désigne pas des cœurs nécessairement impropres à la greffe, mais des organes qui s’écartent des critères traditionnellement retenus : donneur plus âgé, fonction cardiaque initialement altérée, mais potentiellement réversible, hypertrophie, facteurs de risque coronarien, arrêt circulatoire ou durée de transport prévue trop longue.
Leur refus systématique prive des patients d’une possibilité de transplantation ; leur acceptation sans évaluation suffisante peut, à l’inverse, exposer à une défaillance précoce du greffon.
Xénogreffe : où en est-on ?
La xénogreffe consiste à transplanter chez l’être humain un organe provenant d’une autre espèce. On privilégie aujourd’hui les cœurs de porcs génétiquement modifiés pour limiter les rejets. Deux patients ont reçu de tels cœurs porcins à l’University of Maryland Medical Center, à Baltimore, le 7 janvier 2022 puis le 20 septembre 2023. Ces interventions avaient été autorisées exceptionnellement, faute d’autre solution. Les deux receveurs ont survécu respectivement soixante et quarante jours.
Ces expériences ont démontré qu’un cœur animal pouvait assurer temporairement la circulation humaine sans rejet hyperaigu immédiat. Si elles n’ont pas établi d’efficacité durable, d’autres essais cliniques sont en cours. En mai 2026, un premier protocole d’essai clinique de xénogreffe cardiaque a reçu une autorisation américaine. La xénogreffe pourrait constituer, un jour, une source complémentaire d’organes pour les patients en attente, mais ce n’est pas le cas pour l’instant.
À côté de la transplantation de cœur entier figure, il existe un autre type de transplantation cardiaque, la transplantation cardiaque partielle. Elle répond à un problème différent : il s’agit uniquement de transplanter des valves et une partie des gros vaisseaux provenant d’un cœur donneur, tout en conservant le muscle cardiaque du receveur.
L’objectif est de fournir à un nourrisson des tissus vivants capables de grandir avec lui, contrairement aux prothèses et aux homogreffes conventionnelles qui deviennent souvent trop petites ou se détériorent et imposent de nouvelles opérations.
La première intervention a été réalisée à Duke University Hospital, en Caroline du Nord, en avril 2022. Les valves aortique et pulmonaire transplantées ont fonctionné et grandi avec l’enfant. Une série publiée en 2025 a rapporté les 19 premiers patients opérés dans ce centre entre avril 2022 et décembre 2024.
Cette stratégie nécessite une immunosuppression et reste limitée à quelques indications de chirurgie cardiaque congénitale. Elle pourrait cependant améliorer l’utilisation des dons : certaines valves peuvent provenir de cœurs impropres à une transplantation complète ou de cœurs explantés lors d’une autre greffe.
Elle n’augmente donc pas directement le nombre de cœurs entiers disponibles pour l’adulte, mais illustre la possibilité de tirer un bénéfice thérapeutique supplémentaire d’un même don.
Quel rôle pour l’intelligence artificielle ?
Pour l’instant, les preuves de l’intérêt de l’IA sont limitées, mais les espoirs sont que, dans les prochaines années, elle pourrait, par exemple, aider à repérer plus tôt les patients, actualiser le risque de décès pendant l’attente, estimer le bénéfice attendu pour chaque couple donneur-receveur, anticiper les contraintes logistiques ou détecter plus précocement une complication après la transplantation…
Le risque est de transformer un outil de prévision en instrument d’exclusion. Un algorithme entraîné à maximiser la survie à un an pourrait favoriser les receveurs les moins graves et les cœurs les plus favorables. L’IA pourrait aussi reproduire les décisions passées : si les patients complexes ou les greffons âgés ont souvent été refusés dans les jeux de données utilisés pour l’entraîner, elle pourrait ériger cette prudence historique en vérité médicale… Le rôle d’un tel outil devrait être d’éclairer une décision médicale collégiale, pas de la remplacer.
Le premier réservoir de greffons supplémentaires se trouve probablement dans les hôpitaux eux-mêmes. Tous les donneurs potentiels ne sont pas identifiés, signalés ou évalués avec la même efficacité. Le repérage du don doit devenir une mission hospitalière structurée, et non une tâche ajoutée à une équipe déjà sous tension. En pratique, une organisation efficace doit fonctionner à trois niveaux.
Dans chaque hôpital susceptible d’accueillir un donneur, une coordination médicale et infirmière identifiée doit disposer de temps protégé, d’un accès direct aux urgences et aux réanimations et d’une permanence permettant un signalement immédiat. Elle doit rechercher activement les situations compatibles avec un don, plutôt que d’attendre un appel tardif, puis accompagner les proches et déclencher sans délai l’évaluation médicale et logistique.
À l’échelle territoriale, des équipes de référence et, si nécessaire, des équipes mobiles doivent pouvoir soutenir les établissements moins expérimentés, se déplacer pour l’évaluation ou le prélèvement et organiser l’accès au bloc, aux examens biologiques et au transport.
Enfin, à l’échelle nationale, l’Agence de la biomédecine doit assurer des règles communes, une régulation disponible en permanence et un retour d’information à chaque établissement.
Pour terminer, rappelons qu’en 2025, le taux national d’opposition au prélèvement a atteint 37,1 %. Le réduire ne signifie pas convaincre à tout prix. Il s’agit de permettre une décision fidèle à la personne décédée : information régulière du public, apprentissage du sujet à l’école, invitation à en parler en famille, formation des soignants à l’annonce de la mort et à l’entretien sur le don, temps et lieux adaptés pour les proches.
Patrick Nataf ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
15.10.2026 à 16:40
Pierre-Alexandre Duverne, Postdoctorant en astronomie, Université Paris Cité

L’ESSENTIEL
Le 6 octobre dernier, la fondation Nobel a récompensé Francis Halzen pour ses contributions à la création de l’observatoire IceCube, en Antarctique, et à la découverte des neutrinos de haute énergie d’origine astrophysique.
Certaines de ces particules ont des énergies considérablement plus grandes que celles produites dans les accélérateurs de particules les plus puissants. Grâce à IceCube, nous avons une fenêtre pour comprendre où et comment elles sont produites.
L’astronomie neutrino ne s’arrête pas là, avec des détecteurs en cours de construction dans la Méditerranée et en Chine et la possibilité de croiser les observations avec celles d’autres champs de l’astronomie, comme les ondes gravitationnelles.
Les neutrinos sont des particules élémentaires qui ont la particularité de ne presque jamais interagir avec la matière. Leur existence a été prédite dans les années 1930 par Wolfgang Pauli, et ils ont été observés en 1956 par Frederick Reines et Clyde Cowan en étudiant un réacteur nucléaire.
Mais alors, si les neutrinos sont des particules connues et observées, que récompense donc le prix Nobel de physique de 2026 ?
On connaît à ce jour différentes sources produisant en grand nombre des neutrinos. Certains, les « neutrinos solaires », sont émis par le Soleil lors des réactions de fusion en son cœur. Les « neutrinos atmosphériques » sont, quant à eux, émis lorsque des rayons cosmiques interagissent avec les molécules de la haute atmosphère de la Terre – des interactions similaires à celles qui produisent les aurores boréales. Enfin, les « neutrinos d’origine astrophysique », qui sont émis lors de différents phénomènes violents et très énergétiques dans l’Univers.
Ce sont ces derniers, les neutrinos astrophysiques, qui ont valu le prix Nobel à Francis Halzen après qu’ils ont été détectés en 2013 avec l’observatoire IceCube.
Francis Halzen a été récompensé pour avoir imaginé dans les années 1980 ce qui deviendrait le détecteur IceCube, dans le but d’observer les neutrinos de haute énergie d’origine astrophysique.
La construction d’IceCube au pôle Sud a débuté en 2005 et s’est terminée à la fin de l’année 2010.
Le détecteur est constitué de 86 lignes verticales qui plongent dans les profondeurs de la glace antarctique : sa base est située à 2 450 mètres de profondeur et IceCube occupe un volume de près d’un kilomètre cube de glace.
Cette taille colossale est nécessaire pour pouvoir détecter les neutrinos de haute énergie. En effet, les neutrinos interagissent si peu que la plupart peuvent traverser la Terre entière comme si elle était transparente. Le volume énorme du détecteur permet ainsi d’augmenter les chances qu’un neutrino interagisse avec la glace, et donc la probabilité d’en détecter.
En fait, IceCube n’observe pas directement un neutrino, mais le produit de son interaction avec les molécules de la glace, le plus souvent une autre particule appelée « muon ». Les muons produits par les neutrinos sont tellement énergétiques qu’ils produisent une lumière bleutée caractéristique : le rayonnement Tcherenkov. C’est le même phénomène qui est observé dans les piscines de stockage du combustible nucléaire dans les centrales.
C’est ce rayonnement Tcherenkov que détectent les capteurs suspendus aux lignes verticales d’IceCube.
La construction de cet observatoire géant a été motivée par plusieurs objectifs scientifiques. L’objectif principal était l’étude des rayons cosmiques de haute énergie et les mécanismes permettant de les produire, qui restent encore mal connus. Les rayons cosmiques sont des particules sillonnant l’Univers à une vitesse proche de celle de la lumière. Certaines de ces particules ont des énergies considérablement plus grandes que celles produites dans les accélérateurs de particules les plus puissants… mais nous n’avons pas encore pu trouver où et comment elles sont produites.
Le premier résultat d’importance a été obtenu par les équipes d’IceCube en 2013. En se basant sur les deux premières années de fonctionnement de l’observatoire, 28 neutrinos cosmiques ont été identifiés parmi les données. Les sources les ayant produits n’ont pas pu être identifiées.
Mais même sans cela, ces 28 observations ont constitué l’une des premières preuves de l’existence de ces neutrinos d’origine cosmique. Cela a marqué une étape importante dans l’étude de l’astrophysique des particules, ou astroparticules, et a ouvert une nouvelle fenêtre sur l’Univers : « l’astronomie neutrino ». C’est ce qui a été récompensé le 6 octobre dernier : l’astronomie neutrino est actuellement l’un des domaines de recherche des astroparticules les plus actifs et féconds.
Une autre observation faite par IceCube un peu plus tard a commencé à démêler les sources de ces neutrinos cosmiques. En effet, en 2017, IceCube a détecté un neutrino dont la direction d’arrivée est compatible avec un blazar, un type de noyau de galaxie très particulier puisqu’il émet un jet de matière collimaté. Ce jet accélère de nombreuses particules chargées qui, en interagissant avec le milieu intergalactique, produisent des neutrinos qui ont finalement été observés par IceCube. De plus, TXS 0506+056 est une source connue depuis longtemps dans le domaine électromagnétique faisant de cette observation conjointe entre des rayons électromagnétiques et des des neutrinos une découverte majeure et constitue un exemple d’observation dite multimessagers.
De nombreuses thématiques de recherche sont touchées par les possibilités offertes par cet observatoire, telles que la recherche indirecte de la matière noire ou des neutrinos associés à des sursauts gamma, ces jets de matière émis lors de la mort d’étoiles massives ou lorsque les restes de deux étoiles fusionnent.
Depuis le début des années 2020, le paysage de l’astronomie neutrino est aussi occupé par un nouveau détecteur en cours de construction, KM3NeT.
Contrairement à IceCube, KM3NeT est plongé dans les eaux de la Méditerranée, à 2 500 mètres de profondeur. Il y a un an, KM3NeT a annoncé, dans le journal Nature, l’observation du neutrino le plus énergétique jamais observé. Cette découverte majeure a suscité autant d’enthousiasme que de questions, en particulier sur la source capable de produire des particules d’une telle énergie.
Dans les prochaines années, le champ de l’astronomie neutrino va continuer à s’étendre et se développer. D’une part, IceCube va être agrandi par l’ajout de nouvelles lignes dans le détecteur pour atteindre un volume de près de 8 kilomètres cubes augmentant ainsi à la fois sa sensibilité et le taux de détections de neutrinos.
Pour KM3NeT, le déploiement va se poursuivre jusqu’en 2030 pour atteindre sa configuration finale et sa sensibilité nominale. Cela permettra à KM3NeT d’étudier à la fois les propriétés de neutrinos et de poursuivre l’étude de l’Univers.
D’autre part, d’autres détecteurs sont aussi en projet, notamment en Chine, avec les observatoires TRIDENT, NEON et HUNT. Là aussi, leur énorme volume permettra de nouvelles découvertes.
Par ailleurs, une autre perspective que l’on peut entrevoir avec IceCube et KM3NeT dans les prochaines années pourrait se trouver dans l’astronomie multimessagers, en combinant les données neutrinos avec celles d’autres instruments, comme pour TXS 0506+056 en 2016. On peut penser ici en particulier aux interféromètres LIGO et Virgo qui observent les ondes gravitationnelles et dont une observation conjointe avec IceCube et KM3NeT amènerait aussi à une moisson de résultats fondamentaux pour l’étude de l’Univers.
À lire aussi : Ondes gravitationnelles : cinq ans après leur détection, des outils toujours plus performants
Avec ces détecteurs de plus en plus sensibles, l’astronomie neutrino a encore de l’avenir devant elle et promet de nouvelles découvertes fascinantes, construites sur les fondations établies par Francis Halzen durant les dernières décennies.
Je suis membre des collaborations KM3NeT et LIGO-Virgo-KAGRA.
15.10.2026 à 11:38
Maria Melchior, Epidémiologiste, Directeur de recherche, Inserm; Sorbonne Université
Camille Davisse-Paturet, Chercheure contractuelle, Inserm; Sorbonne Université
KEY TAKEAWAYS
Links between conditions in schools and higher education institutions in France and young people’s mental health are up for debate amid the student protest movement.
Studies objectify the psychological difficulties experienced by many young people, from middle school onwards, more frequent among girls than boys.
This data can be compared to results documenting their feelings about their schooling: pressure, impact of Parcoursup (the French national admissions platform for first-year higher education programs), overcrowded classrooms…
Since mid September 2026, tens of thousands of high schoolers and students have been taking action across France to demand better teaching conditions: more supply teachers, timetables that better suit their needs, well-maintained buildings and an overhaul of Parcoursup, the national higher education admissions program, pointing out social inequalities within the secondary education system and at university.
Their demands illustrate widely felt pressure at school and anxiety, attributed to a learning environment that is not conducive to psychological wellbeing. Can studies shed any light on the subject? What is the state of young people’s mental health in France and what are the links with conditions in schools?
Since the 2000s Adolescent mental health has been determined by the HBSC (Health behavior in School-Aged Children) and ESPAD (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs) surveys along with France’s own national EnCLass survey, since 2018. Edition after edition, they have shown a high level of psychological difficulties.
Adolescence is, by definition, a period of emotional, physical and social transformation, and the fact that it is synonymous with psychological difficulties for some young people is common knowledge.
Nevertheless, the results of the population monitoring carried out in the Enclass survey show an adverse trend accelerated by the Covid-19 pandemic – if during lockdowns the entire population was twice as anxious and more depressed than before, adults returned to more usual symptom levels after the pandemic ended, which wasn’t the case for young people.
According to the latest EnClass data collected in 2024, 45% of middle school students (enrolled in 6th, 5th and 4th grades) reported experiencing at least one psychological complaint (depression, irritability or nervousness) more than once a week for at least 6 months, 32% reported feeling nervous, 29% irritable and 21% depressed.
These types of psychological difficulties are systematically higher among girls and increase with age. In boys, levels of psychological distress appear to be slightly lower compared to the 2022 EnClass survey.
Among high school students, the situation has considerably deteriorated: 19% of high school students are significantly prone to depression, 20% reported having had suicidal thoughts in the previous 12 months, with 15% having attempted suicide at some point in their lives.
Psychological difficulties may persist after the end of schooling in secondary education. France’s Public Health Barometer – Santé publique France revealed that, in 2024, young people aged between 18-29 are the adult group most affected by episodes of severe depression – one in five (21%) were affected during the 12 months preceding the survey, nearly 7% reporting a severe episode of depression.
Similarly, generalised anxiety disorder is also more common among young people aged 18 to 29 than among other age groups: 8% are affected.
Finally, young people aged between 18-29 also emerge as the age range who report the most suicidal thoughts (8.6% in the 12 months preceding the study) and suicide attempts (6.7% had already attempted suicide in their lifetime). The latter result is surprising, given that suicide attempts are cumulative and rates are expected to increase with age.
It could indicate that young people, particularly affected by suicidal acts, remember it better than other groups. There could also be a generational effect, with young people born in the early 2000s more affected by suicidal tendencies than previous generations for multiple reasons – deteriorated mental health, an increase in poverty, the influence of content diffused on social networks – it can only be confirmed in the longer term.
Data from Santé publique France on young people seeking medical help confirms a deterioration in young people’s mental health since the Covid-19 pandemic: in 2024, girls aged 11-17 and all 18-24-year-olds were groups being admitted to accident and emergency rooms for self-inflicted acts, including suicide attempts, with levels relatively stable since 2021.
The rate of hospitalisations for self-inflicted acts was higher in 2024 than in the previous three years, with particularly high levels among girls aged 11-17 and among young people aged 18-24 of both sexes.
More than five years after the end of the Covid-19 pandemic, the level of mental health problems among adolescents and young adults in France is high, a trend also observed in other countries. The context of armed conflicts in Ukraine and the Middle East, climate change and content circulating on networks certainly contribute to these levels of “unease”.
But the worsening of social inequalities could also play a role: in France, the poverty rate rose from 14% of the population in 2016 to 15.4% in 2024, which is the highest level in 30 years, and a high level that tallies with the European Union average. The group most affected by poverty – 30% of people – are single-parent families, in which about 25% of adolescents in France grow up.
Alongside these societal and macroeconomic determinants, what role does the schooling environment play? France’s youth is regularly vocal about stress surrounding Parcoursup, the higher education admissions system that is based on results from the final two years of high school.
School pressure, against a backdrop of broader concerns about the academic and professional future, features among the stressors that can increase the risk of anxiety and depression symptoms in young people. Meanwhile, the international study Health Behavior in School-Aged Children (HBCS) conducted under the auspices of the World Health Organization in Europe (WHO), in Central Asia and Canada, shows that French students are not the ones who complain the most.
On the other hand, French students are among those who have experienced an unfavourable evolution in recent years, especially young girls. In 2014, 40% of 15-year-old girls in France reported they had experienced a high level of school-related pressure, while eight years later, 60% of them did.
The pressure can come from school curricula to cover and assessment methods. It can also reflect learning conditions and how much students are receiving the support they need from their teachers.
French teenagers are also distinguished by lower than average levels of trust in their teachers: 35% of 15-year-old students say their teachers support them, compared to 42% on average. At the same time, 48% of them, compared to an average of 53%, said they felt supported by their peers.
The Pisa Surveys (International Program for Monitoring Student Achievement) confirm these results, as has outlined the findings of the CNAM and the French Centre for Educational Systems Studies. In 2022, 18% of 15-year-old French students reported that teachers were not interested in each student’s achievement, compared to 11% on average. Half of French students additionally complained about noise and unrest in the classroom, and France features in the high end of countries where students tended to be less self-confident and more likely to report fear of failure.
These trends can be compared to the increase in class sizes in general and technological (vocational) high schools and colleges, from 27 per class in 1990 to more than 30 in 2023.
The impact of France’s baccalaureate reform in 2018 must also be taken into consideration, which, by removing certain fields of study, may have individualised educational pathways and split class groups by isolating students and making it more difficult for them to find support from their peers. This is a hypothesis that should be examined in future research in order to prove it right or wrong.
School pressure also comes from students’ perception of what comes next after high school. If, in 2024, nearly eight out of ten baccalaureate students continued their higher education studies, only about 35% of students who enrolled in undergraduate studies obtain a degree within three years, while 55% leave university without a degree, in comparison with 45 and 40%, the respective rates in the European Union.
Finally, if France invests, on average, around 15,000 US dollars per student (which is currently equivalent to about 13,500 euros) throughout their schooling and corresponds to about 5% of gross domestic product, and is comparable with the averages observed in OECD countries, investment in higher education remained stable between 2015 and 2022, while the number of students increased by 20% during the same period. This translates into a relative decline in the share of public funding for higher education, from 80% in 2015 to 75% in 2022.
This relative decline in the resources invested in secondary and higher education could result in the deterioration of learning conditions from a students’ point of view – teachers are not replaced, a decrease in the attractiveness of France’s exam process for becoming a certified teacher in France, resulting in the employment of poorly trained contract teachers, and problems affecting admissions for thousands of baccalaureate holders due to a lack of places in higher education.
Young people’s mental health is directly linked to the environments in which they grow up, both physical and virtual, and the school system that they are part of undeniably influences their individual experiences, their stress levels and the sense of injustice and concern that many of them express.
The reasons why high school students are taking action today may well be, at least in part, for the same reasons why their mental health has deteriorated in recent years.
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Maria Melchior is part of the FCPE (parents of pupils' association) and a board member of at the Ecole des Parents et des Educateurs. She received funding from the European Union and France's National Research Agency, and France's Institut national du cancer.
Camille Davisse-Paturet received funding from France's Institut pour la Recherche en Santé Publique (IReSP).
15.10.2026 à 10:56
Laureline Dalaut, Post-doctorante en écologie marine, Institut de recherche pour le développement (IRD)
L’ESSENTIEL
La profondeur façonne les conditions de vie dans l’océan. De la surface aux abysses, il existe plusieurs étages, auxquels se sont adaptées toutes sortes d’espèces.
Mais la profondeur influence aussi les relations entre prédateurs et proies : ces dernières reviennent en surface la nuit pour se nourrir de plancton, souvent au risque d’être elles-mêmes mangées.
Le changement climatique menace désormais cet équilibre fragile, en dégradant les habitats des espèces et en modifiant leurs comportements alimentaires.
Dans l’océan, des organismes remontent chaque nuit des profondeurs pour se nourrir en surface. Ce phénomène, loin d’être exceptionnel, concerne des millions d’animaux marins, qui effectuent ce voyage quotidiennement.
Pour comprendre le fonctionnement des écosystèmes marins, il faut donc cesser d’imaginer l’océan comme une simple étendue horizontale : c’est aussi un monde vertical, organisé par la lumière, la température, l’oxygène et la disponibilité de la nourriture, autant de conditions essentielles à leur survie.
Cette organisation verticale a une conséquence importante : elle structure les interactions entre les espèces. Ainsi, deux espèces peuvent vivre la plupart du temps à des profondeurs différentes, mais se retrouver dans le même environnement quelques heures par jour, le temps que l’une puisse manger l’autre.
Les migrations verticales modifient ainsi non seulement la position des individus, mais aussi les possibilités de rencontre entre prédateurs et proies, influençant toute la chaîne alimentaire. Connaître uniquement la répartition horizontale des espèces ne suffit donc pas : il faut également savoir à quelle profondeur et à quel moment elles se trouvent.
Mes travaux de thèse, consacrés à l’étude de ces écosystèmes, ont récemment abouti à la publication d’un article de recherche.
Commençons par décrire l’organisation de l’océan en étages.
Les 200 premiers mètres de profondeur constituent la zone éclairée, appelée « zone épipélagique ». La lumière y permet notamment la production primaire, c’est-à-dire la production de matière organique par photosynthèse, alimentant ainsi une grande partie des réseaux trophiques marins, soit l’ensemble des chaînes alimentaires entre les êtres vivants d’un écosystème.
Sous la zone épipélagique, on retrouve la zone mésopélagique, parfois appelée « zone crépusculaire », qui peut atteindre environ 1 000 mètres de profondeur. La lumière y devient progressivement plus faible jusqu’à presque disparaître.
Plus bas se situent ensuite les zones bathypélagique (de 1 000 à 4 000 mètres de profondeur), abyssopélagique (4 000 à 6 000 mètres) puis hadopélagique (au-delà de 6 000 mètres, pour les fosses océaniques les plus profondes).
Mais la lumière n’est pas le seul facteur à considérablement varier avec la profondeur. C’est également le cas de la température, de la disponibilité en oxygène et des ressources en nourriture.
Ces différences créent des habitats distincts au sein d’un même océan. Ainsi, deux espèces présentes dans la même zone géographique peuvent vivre dans des mondes très différents, simplement parce qu’elles n’occupent pas la même profondeur.
À lire aussi : À plus de 1 000 mètres sous l’eau, des observatoires pour étudier la richesse de l’océan profond
La nourriture est généralement plus abondante dans les eaux proches de la surface. C’est là que se concentre une grande partie du plancton, qui constitue la base de la chaîne alimentaire.
Toutefois, cette zone éclairée expose fortement les proies à leurs prédateurs, qui chassent à vue. Pour une proie, rester près de la surface permet donc de se nourrir, mais fait courir aussi davantage le risque d’être mangée.
Descendre dans les profondeurs peut alors constituer une stratégie de survie, en permettant de se cacher des prédateurs grâce à l’obscurité. Cette stratégie implique toutefois de se déplacer sur plusieurs centaines de mètres, là où les ressources alimentaires sont moins abondantes. Choisir la profondeur adéquate devient ainsi un compromis permanent entre se nourrir et se protéger des prédateurs.
Ce compromis explique l’un des phénomènes les plus spectaculaires de l’océan : les migrations verticales quotidiennes, durant lesquelles des organismes marins remontent à la surface au crépuscule pour se nourrir, puis retournent se réfugier en profondeur au lever du jour.
Ces déplacements concernent non seulement le zooplancton (qui se nourrit de phytoplancton), mais aussi des poissons, comme plusieurs espèces de la famille des poissons-lanternes. À l’inverse, certains prédateurs vivant principalement près de la surface peuvent plonger plusieurs centaines de mètres dans les profondeurs pendant la journée pour y rechercher leurs proies, comme le cachalot ou l’espadon.
Pour autant, toutes les espèces ne changent pas forcément de couche de profondeur au cours de leur vie. Certaines espèces vivent uniquement dans les eaux de surface. C’est notamment le cas des sardines. D’autres vivent au contraire en permanence dans les eaux profondes, comme le cyclothone.
L’ensemble forme une véritable circulation biologique entre la surface et les profondeurs, où chaque espèce possède sa propre stratégie. Ce phénomène est si important qu’il constitue l’une des plus grandes migrations animales quotidiennes de la planète.
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Cette question prend une importance particulière dans un contexte de changement climatique. En effet, ce phénomène ne modifie pas uniquement la température de surface des océans, il peut également affecter la structure verticale de la colonne d’eau, la disponibilité en oxygène et la production biologique.
Il en résulte des modifications des habitats et du comportement des organismes marins. Les changements de profondeur que cela pourrait entraîner chez les organismes peuvent ainsi modifier la chaîne alimentaire et bouleverser entièrement les écosystèmes.
Pour anticiper la réponse des écosystèmes marins au changement climatique, il faut donc apprendre à regarder l’océan non plus seulement comme une carte, mais comme un monde en trois dimensions, afin de mieux comprendre comment la faune marine s’y déplace et interagit.
Or, la dimension verticale reste difficile à observer. Si les satellites permettent de mieux comprendre la surface de l’océan, les campagnes océanographiques et les instruments autonomes permettent d’explorer les profondeurs. Ces dernières données sont toutefois encore très localisées, et les profondeurs restent largement méconnues.
À lire aussi : Marie Tharp, la cartographe qui a changé la face des fonds marins
Laureline Dalaut ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
15.10.2026 à 08:12
Jennifer Takhar, Associate Professor of Consumer Culture, SKEMA Business School
Anna Schneider-Kamp, Associate Professor, SDU Business School, University of Southern Denmark
KEY TAKEAWAYS
Increasing media attention on menopause is helping to mitigate taboos and promote support for women going through the change.
Food supplements, books, coaching… menopause is also becoming a lucrative market driven by actors who are influencing the way the menopausal transition is perceived.
Social media, a space where women share their experiences and offer advice, is amplifying this phenomenon.
Long relegated to the private sphere,Menopause is now the focus of unprecedented attention both in the media and commercially with a market value of 535 billion euros (600 billion US dollars). The amount of books, podcasts, documentaries, digital applications, food supplements and coaching programs is multiplying to support women in this stage of life. What was once a taboo subject has become a booming economic sector.
This evolution constitutes an important step forward: people are talking more about menopause, it is better understood and is gradually being recognised as a public health issue. But this visibility is also accompanied by bold marketing. As the topic enters the public arena, it also becomes a niche market opportunity.
This transformation raises a question at the heart of the analysis in All Change! Marketing and Consuming the Menopause Transition: does it genuinely meet women’s needs, or does it help create a new market built on their concerns, symptoms and desire for wellbeing?
The book conceptualises the emergence of menopause as a consumer market in its own right. This niche market is characterised by growing “climacteric market awareness” and by the gradual transformation of menopause into a space for commercial gain, bodily intervention and self-optimisation. (Note of the editor: The philosopher Gloria Origgi explains that “climacteric” may derive from the Greek word “klimax”, meaning step or rung. At least since the time of Pythagoras, the term referred to one of the “critical ages of life” marked by vulnerability.)
Extending this perspective, a study shows that “menopause markets” (menomarkets) do not merely respond to pre-existing needs: they actively help shape how menopause is understood, experienced and managed, particularly by influencing what is defined as a menopausal problem and which forms of knowledge, care and consumption are regarded as appropriate.
Taken together, these perspectives invite us to understand commodification not merely as the commercial expansion of menopause-related products and services, but as a process through which markets help produce the meanings, needs and subjectivities associated with menopause.
Economic interest in menopause is partly explained by demographic changes. Women are living longer and now spend several decades in the postmenopausal stage. According to some estimates, more than one billion women worldwide will be menopausal by 2030.
In response to this reality, companies have identified a long-neglected consumer segment.
Today, the menopause industry includes dietary supplements, cosmetics, clothing designed to alleviate the discomfort of hot flushes, tracking apps and wellness retreats, even though many of these products or supposed “solutions” have not been shown to be effective.
It is important not to conflate these products with menopausal hormone therapy. This treatment is available by prescription and administered under the supervision of a gynaecologist. Long controversial, in France, as in many other countries, it is strictly regulated.
This increase is changing how menopause is represented. It is no longer portrayed simply as a phase of ageing, but as a period requiring specific solutions, support and products. Brands present it as a challenge to be managed via appropriate consumer choices.
At the heart of this evolution is the emerging figure of the “responsible consumer”. Women are encouraged to take an active role in their health by seeking information, monitoring their symptoms and choosing products supposedly intended to improve their quality of life.
This approach reflects a broader trend: personal responsibility for our individual health. Everyone is encouraged to take charge of their wellbeing through appropriate behaviours and informed choices. If we apply this logic to menopause, this makes women the managers of their hormonal transition. They are urged to seek information, change their eating habits, increase their physical activity or invest in solutions presented as innovative.
This emphasis on responsibility can foster autonomy and a better understanding of the body. However, it also carries risks: by focusing on individual choices, it tends to shift attention away from collective responsibilities and towards personal ones.
Menopause owes much of its current visibility to the media and social networks. Public figures, journalists and healthcare professionals have helped bring the issue out in the open.
In the United Kingdom, documentaries by Kate Muir featuring Davina McCall have played an important role.
By giving a voice to women experiencing sometimes debilitating symptoms, they have raised public awareness of a reality that had long been overlooked. Similar action in France includes a 2024 opinion piece signed by several political and cultural figures. A parliamentary report was even submitted to the French government in 2025.
Social networks have amplified this movement. Thousands of women use them to share their experiences, exchange advice and recommend solutions, thereby helping to reduce the sense of isolation associated with menopause.
Discussion spaces and communities centred on menopause are developing across social networks. They are organised around hashtags such as #Midlifewomen, #PerimenopauseProblems, #Breakthemenopausetaboo and #MyHormonesAreDrunk, among others.
However, these spaces have also become prime channels for marketing strategies. Influencers, coaches and companies promote their products there to a receptive audience. The boundary between information, personal testimony and advertising can therefore become difficult to distinguish.
Raising awareness of menopause responds to a genuine need for information. Yet it has also created favourable conditions for rapid commercial expansion.
Many companies now offer products aimed at menopausal women. Some address genuine needs and are supported by solid scientific evidence; others rely mainly on promises of wellbeing or marketing claims that are difficult to verify.
This situation has given rise to the notion of a “menopause industrial complex”: a network of economic actors seeking to profit from this growing market. The problem is not the existence of commercial solutions; some innovations can improve women’s quality of life. The central issue is the scientific validity of the claims being made.
When products are presented as capable of relieving symptoms without sufficient evidence,the risk of misinformation increases. The growth of the dietary supplement market illustrates the increasing commodification of menopause. Even though evidence of effectiveness remains limited, a study identified no fewer than 201 products on the UK market in 2026, with widely varying formulations and prices.
Women experiencing menopause may be particularly vulnerable. Sleep problems, anxiety, hormonal changes or difficulties at work can lead them to actively seek solutions.
This vulnerability can be exploited by certain marketing strategies. When symptoms are difficult, a promise of rapid or natural relief may appear particularly attractive. Incidentally not all women have the same ability to assess the claims presented to them. Medical knowledge, access to care and financial resources vary greatly between individuals.
Social inequalities therefore play a major role. Women with higher incomes have greater access to specialist medical consultations or expensive products, whereas those with fewer resources face more barriers to obtaining appropriate care.
It is important to highlight the more absurd forms of commodification. In the United Kingdom, for example, some advertisements go so far as promoting chocolates that supposedly relieve menopause symptoms.
As the menopause market expands, regulation is becoming essential. Consumers must be able to distinguish information grounded in scientific evidence from purely commercial claims.
Health authorities have an important role to play in monitoring the claims made by companies. Healthcare professionals also bear significant responsibility for helping women make informed decisions without relying solely on commercial messaging.
The challenge, therefore, is to strike a balance between innovation, information and consumer protection. Menopause deserves to be addressed as an issue of health, equality and social justice, not merely as a market to be conquered.
Ultimately, breaking the silence around menopause represents major progress.
However, care must be taken to ensure that this visibility benefits women themselves above all, rather than serving commercial interests alone.
A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.