10.03.2026 à 17:01
Gabriel da Silva, Associate Professor of Chemical Engineering, The University of Melbourne
Dans la nuit du 7 au 8 mars 2026, des frappes israéliennes ont touché plusieurs dépôts pétroliers à Téhéran, provoquant d’importants incendies ainsi qu’un gigantesque nuage de fumée noire au-dessus de la capitale iranienne. Pendant plusieurs heures, la ville a été plongée dans l’obscurité et certains habitants ont rapporté des difficultés respiratoires. Des pluies acides ont suivi, faisant craindre des conséquences sanitaires et environnementales graves.
Dans les heures qui ont suivi les bombardements israélo-américains visant des dépôts de pétrole, une pluie noire aurait été observée dans certaines régions de l’Iran. Certains médias ont évoqué une « pluie acide ».
Les habitants de Téhéran ont rapporté des maux de tête, des difficultés respiratoires, ainsi que des retombées de pluie huileuse sur les bâtiments et les voitures. Le Croissant-Rouge a mis en garde contre ces précipitations, les qualifiant de « très dangereuses et acides ».
En tant que chimiste spécialiste de l’atmosphère et ingénieur en chimie, je considère que ces informations sont particulièrement alarmantes. Elles suggèrent l’existence d’un phénomène bien plus grave qu’une simple pluie acide.
Cette pluie pourrait contenir non seulement des acides, mais aussi de nombreux polluants dangereux pour la santé et pour l’environnement, à court comme à long terme.
Ces épais nuages de fumée toxique qui recouvrent des zones densément peuplées en Iran représentent déjà un danger majeur pour tous ceux qui respirent cet air.
L’atmosphère se débarrasse des polluants principalement grâce à la pluie. Lorsque l’air est fortement contaminé, les gouttes d’eau présentes dans l’atmosphère capturent les particules toxiques et les ramènent au sol lors des précipitations.
Ce phénomène explique la pluie noire observée après les frappes sur les dépôts de pétrole, ce qui témoigne d’une forte pollution de l’air local.
Cette pluie noire pourrait contenir des hydrocarbures, des particules fines PM2,5 (de dimensions inférieurs à 2,5 micromètres) et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) – des molécules connues pour être cancérigènes.
Elle pourrait aussi transporter d’autres substances chimiques, comme des métaux lourds et des composés inorganiques issus des matériaux des bâtiments, projetés dans l’air lors des explosions et des incendies.
La fumée provenant des dépôts de pétrole bombardés contient également du dioxyde de soufre (SO2) et du dioxyde d’azote (NO2), deux gaz qui peuvent se transformer en acide sulfurique et en acide nitrique dans l’atmosphère. Dissous dans les gouttes d’eau, ces éléments sont à l’origine des pluies acides.
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Dans le passé, ce phénomène était surtout lié aux émissions de dioxyde de soufre provenant de la combustion d’énergies fossiles. Le soufre est naturellement présent dans le pétrole brut, mais il est aujourd’hui en grande partie éliminé lors du raffinage.
Quoi qu’il en soit, toute fumée reste nocive. La présence d’épais nuages de fumée noire au-dessus des zones urbaines en Iran est donc très inquiétante et pourrait avoir des effets graves sur la santé des habitants.
À court terme, une exposition aux fumées toxiques peut engendrer des maux de tête et des difficultés respiratoires, surtout chez les personnes atteintes d’asthme ou de maladies pulmonaires. Les populations vulnérables – tels que les personnes âgées, les enfants, ou les handicapés – sont particulièrement à risque. L’exposition à un air toxique pendant la grossesse peut également conduire à des poids de naissance plus faibles.
À long terme, une exposition aux fumées peut potentiellement augmenter le risque de cancer. Lorsque des particules fines PM2,5 sont inhalées, elles peuvent pénétrer dans la circulation sanguine, aboutissant souvent à de nombreux problèmes de santé, tels que des cancers, des maladies cardio-vasculaires et des troubles neurologiques.
En retombant avec la pluie dans les rivières ou les nappes d’eau, ces polluants peuvent enfin contaminer les écosystèmes aquatiques et les sources d’eau potable.
Cette pluie noire peut également se déposer sur les routes et les bâtiments. Une partie de ces polluants peut ensuite se ré-évaporer dans l’air, contribuant à une nouvelle contamination de l’atmosphère.
Depuis peu, une attention est portée à l’impact des conflits sur l’environnement. Lors des guerres en Irak et au Koweït, par exemple, l’utilisation de « fosses à feu » et les incendies de puits de pétrole ont causé des dégâts considérables.
On sait désormais que l’exposition à ces dégâts environnementaux a eu des effets sanitaires durables sur les soldats revenus de ces conflits. Il est donc probable que les populations locales en subissent également les conséquences à long terme.
À court terme, les personnes exposées à cette fumée et à cette pluie noires devraient, dans la mesure du possible, porter un masque, rester à l’intérieur, fermer portes et fenêtres et limiter l’entrée de l’air extérieur. Il est également recommandé de nettoyer les surfaces dures, surtout à l’intérieur, afin de réduire toute exposition aux polluants retombés.
Mais sur le terrain, au cœur du chaos de la guerre, ces mesures restent souvent difficiles à appliquer.
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Gabriel da Silva ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
10.03.2026 à 17:01
Léo Fourn, Docteur en sociologie, Institut de recherche pour le développement (IRD)
Laura Ruiz de Elvira, Politiste, chargée de recherche, Institut de recherche pour le développement (IRD)
Examen des trajectoires de cinq anciens révolutionnaires syriens qui ont combattu la dictature de Bachar Al-Assad, en ont payé le prix à différents degrés et, qu’ils se trouvent aujourd’hui en Syrie ou non, considèrent la situation actuelle avec un mélange d’espoir et de crainte. Cet article est issu d’une enquête menée dans le cadre du projet LIVE-AR, financé par l’European Research Council, qui étudie l’impact biographique de l’engagement révolutionnaire en Syrie, en Égypte, en Tunisie et au Maroc.
En mars 2011, le peuple syrien se soulève contre le régime de Bachar Al-Assad, arrivé au pouvoir en 2000 après trente ans de règne de son père, Hafez Al-Assad. Dans le sillage des processus révolutionnaires arabes initiés en Tunisie, des millions de Syriens et Syriennes sortent dans les rues pour demander justice, dignité et liberté. Mais, comme dans les années 1980, le régime baassiste répond par la violence et ce qui a commencé comme une révolution pacifique prend la voie de la militarisation.
L’Armée syrienne libre est ainsi créée en août 2011 : aux côtés de déserteurs de l’armée régulière, des milliers de citoyens décident de prendre les armes pour protéger les manifestants. D’autres s’engagent dans les activités humanitaires, politiques ou de la société civile. À l’intérieur du pays, dans les régions libérées, ou en exil, ces révolutionnaires vivent des ruptures et des bifurcations biographiques. Quinze ans plus tard, leurs trajectoires demeurent marquées par leur engagement révolutionnaire forgé dans le sillage des « printemps arabes ».
Que sont-ils et elles devenus aujourd’hui, un an après la fuite en Russie de Bachar Al-Assad et la chute de son régime ? Comment se projettent-ils et elles dans la nouvelle Syrie ? Sont-ils et elles retournés dans leur pays ? Et, enfin, sont-ils et elles toujours engagés ? Pour donner un aperçu de leurs destinées variées, nous souhaitons retracer ici cinq trajectoires idéal-typiques représentatives de milliers de parcours militants.
Talal est né dans les années 1970 à Daraya, ville située dans la Ghouta orientale, périphérie sud-ouest de Damas. La ville connaît au début des années 2000 un mouvement de résistance civile lors duquel des habitants organisent des cercles de discussion, nettoient collectivement des rues ou ouvrent une bibliothèque – des actions collectives réprimées par le pouvoir baassiste qui emprisonne plusieurs de ses membres. Talal prend part à ce mouvement, nommé les « Jeunes de Daraya », et est lui-même emprisonné pendant près d’un an.
Au printemps 2011, c’est donc sans hésitation qu’il rejoint le mouvement révolutionnaire qui se développe rapidement dans la ville. Menacé d’arrestation pour son militantisme, il quitte le pays en 2013 et s’installe avec sa famille en Jordanie, avant de rejoindre la France en 2017 via la procédure de réinstallation du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR).
La famille s’installe alors à Marseille, suivie ensuite par les grands-parents. Talal participe aux rares activités concernant la Syrie organisées dans la cité phocéenne tout en se consacrant, comme la majorité des réfugiés, à sa vie professionnelle et familiale. Il devient alors gérant d’un magasin vendant des produits alimentaires syriens et reste ainsi très proche de la communauté syrienne. En 2026, il réside toujours en France et n’envisage pas un retour prochain dans son pays d’origine. Sa trajectoire illustre le parcours de milliers de Syriens qui, après s’être engagés corps et âme dans le processus révolutionnaire, se sont désengagés une fois en exil.
Le cas d’Asma offre un contrepoint. Asma est née au début des années 1980 à Alep, deuxième ville de Syrie. Après des études universitaires, elle est embauchée comme enseignante dans une école privée. En termes de socialisation politique, son expérience témoigne d’un désir frustré de liberté. Étant issue d’une famille cultivée opposée au régime, elle s’engage au sein de cercles religieux féminins au début des années 2000. En 2011, elle accueille avec joie le soulèvement, qu’elle va rejoindre un mois plus tard lorsque son neveu est arrêté par les forces de sécurité.
Pendant cinq ans, Asma participe activement à la révolution : elle rejoint les manifestations, visite les familles déplacées, prodigue des soins médicaux dans un hôpital de campagne, ouvre plusieurs écoles, écrit une pièce de théâtre et dirige une série diffusée sur Internet. En 2016, après la chute de sa ville, elle trouve refuge en Turquie, où elle est embauchée par une organisation humanitaire syrienne.
Puis, en 2020, elle demande l’asile au Royaume-Uni, où elle réside encore aujourd’hui. Seulement, contrairement à Talal et à la plupart des militants en exil, Asma réussit à professionnaliser son militantisme, qui devient son métier. Désormais, elle se définit comme une « activiste dans l’âme » et une « militante des droits humains ».
Si des millions de Syriens vivent encore en exil, le HCR estime que plus d’un million de réfugiés sont déjà retournés dans leur pays. Parmi eux, certains ont su capitaliser leur expérience révolutionnaire : s’appuyant sur un capital social et un savoir-faire acquis ou renforcés à partir de 2011, ils ont pu intégrer aujourd’hui la nouvelle administration. En effet, bien que l’État soit dominé à ce jour par les leaders de Hayat Tahrir al-Cham (HTC), l’ancien groupe djihadiste dont est issu le nouveau président, il inclut également de nombreux anciens révolutionnaires issus de la société civile et d’autres groupes rebelles. Karam fait partie de cette catégorie.
Lorsque la révolution commence, en 2011, il est étudiant en architecture à l’Université d’Alep. Sur les pas de son frère aîné, il prend les armes au sein d’une brigade de l’Armée syrienne libre, dont il devient leader lorsque son frère tombe au combat en 2012. Il poursuit la voie armée jusqu’à la chute de la ville, en décembre 2016. Il rejoint alors sa famille en Turquie où, après une période difficile, il décide de reprendre ses études en architecture. Cependant, ne pouvant oublier ses années de lutte, il retrouve ses activités militantes et rejoint une organisation qui collecte des documents et des témoignages afin d’archiver la mémoire de la révolution.
Lorsque l’offensive menée par HTC et ses alliés débute, fin 2024, Karam prend à nouveau les armes et se joint aux combats jusqu’à la chute de Damas. Par la suite, il se réinstalle à Alep, où il est nommé membre du bureau exécutif du gouvernorat d’Alep.
La trajectoire de Karam n’est pas un cas isolé : elle illustre une tendance remarquable dans la nouvelle Syrie, où les anciens révolutionnaires ont été propulsés vers des postes – dans les ministères, les gouvernorats, l’administration locale ou encore à la tête d’institutions publiques nationales – autrefois monopolisés par les proches du régime Al-Assad.
D’autres cependant, plus nombreux, poursuivent aujourd’hui leur engagement post-2011 au sein de la société civile qui s’épanouit désormais à l’intérieur du pays. Trois catégories d’acteurs se côtoient ici : celles et ceux qui n’ont jamais quitté les zones contrôlées par Al-Assad ; celles et ceux qui s’étaient réfugiés dans le Nord, où les ONG travaillaient hors du contrôle du régime ; et enfin celles et ceux qui sont revenus d’exil. Nour fait partie de la troisième catégorie.
Lorsque la révolution commence, elle étudie à l’Université de Damas. Elle participe aux manifestations avec plusieurs membres de sa famille. Plusieurs d’entre eux sont emprisonnés ; son oncle est tué. Ses parents décident alors de quitter le pays. Avec eux, elle initie un long périple qui va l’amener à vivre dans quatre pays différents (Arabie saoudite, France, Turquie et Canada).
En 2016, elle est invitée à une conférence à Montréal pour parler de la révolution syrienne. Elle y demande alors l’asile politique et reprend ses études. En parallèle, elle poursuit sa carrière militante : elle travaille pour une organisation humanitaire syrienne, participe à une campagne de protection des enfants réfugiés et rejoint un mouvement politique syrien.
En 2025, malgré sa carrière ascendante et une position relativement confortable dans le pays qui l’a accueillie, elle décide de retourner en Syrie, accompagnée de son mari et de son enfant en bas âge. Depuis Damas, elle continue aujourd’hui à militer pour une Syrie démocratique, inclusive et respectueuse des droits des femmes.
Pourtant, nombreux sont celles et ceux qui, après une participation active et intense au mouvement révolutionnaire, se sont entièrement désengagés aujourd’hui. C’est le cas d’Abu Mohammad, originaire de Douma, une banlieue marginalisée de Damas.
Lorsque le mouvement révolutionnaire démarre, en mars 2011, il a une situation confortable et est propriétaire d’un commerce. Pourtant, quand huit manifestants sont tués, il n’hésite pas à participer aux protestations, qui sont réprimées dans le sang ; il acquiert une certaine notoriété. Un jour, il est arrêté par les militaires avec son père, son frère et quelques centaines d’autres hommes ayant également manifesté. En prison, il est torturé et perd la vue d’un œil. Lorsqu’il est libéré, il rejoint une faction armée ; ce sont des jours de peur et de terreur. En 2012, il est blessé et, un an plus tard, de retour de Jordanie, où il s’est fait soigner, il est à nouveau arrêté aux côtés de sa femme et ses deux bébés. Lorsqu’il est relâché, un an plus tard, il est physiquement et psychologiquement détruit, « mort dans l’âme ».
Il décide néanmoins de rester dans sa ville, qui va subir des attaques aux armes chimiques et un siège par le régime. En 2018, les rebelles qui tiennent la ville se rendent et une grande partie de la population est transférée dans des bus vers Idlib, dans le nord du pays. Abu Mohammad, qui a tout perdu, suit ce mouvement et se réfugie en Turquie, où il va vivre dans une grande précarité pendant deux ans, avant de trouver un travail grâce à l’aide d’amis.
Les jours de lutte semblent désormais lointains, le désespoir et la colère sont grands. En 2025, après la chute du régime, il retourne à Douma auprès de ses parents. Sans salaire et sans aide, la joie d’avoir enfin vu tomber le régime cohabite chez lui avec un fort sentiment d’injustice et d’oppression. À ses yeux, les régions qui ont véritablement fait la révolution sont celles qui ont payé le plus lourd tribut. Pourtant, elles ne semblent pas être prioritaires pour le nouveau gouvernement.
Les cinq exemples ici choisis illustrent la diversité des parcours suivis par les anciens révolutionnaires de 2011. Si la violence et l’exil ont pu provoquer un désengagement pour beaucoup, d’autres continuent à militer dans différents domaines jusqu’à aujourd’hui. Ils et elles contribuent à influencer la transition politique et la reconstruction, que ce soit depuis l’extérieur ou l’intérieur.
Face aux velléités hégémoniques incontestables de HTC, les anciens révolutionnaires peuvent donc représenter une force d’opposition. Tous ne sont cependant pas hostiles au nouveau régime et ceux qui le sont agissent dans des marges restreintes, menacées par la consolidation de son pouvoir et de son contrôle sur la société civile. Les plus optimistes espèrent que l’espace politique restera ouvert, les plus pessimistes dénoncent déjà le retour de l’autoritarisme.
Léo Fourn a reçu des financements de l'European Research Council (ERC LIVE-AR).
Laura Ruiz de Elvira a reçu des financements de l'European Research Council (ERC LIVE-AR).
10.03.2026 à 17:00
Alexis Vrignon, Historien et maître de conférences à l’université d’Orléans, Université d’Orléans
À la veille des élections municipales, le parti Les Écologistes peine à rester uni derrière le cap politique fixé par sa direction. Un retour sur l’histoire de cette formation politique éclaire ce qui structure ces divisions internes.
À l’approche des élections municipales (les 15 et 22 mars 2026), une certaine fébrilité semble prédominer chez Les Écologistes qui craignent de perdre des mairies emblématiques gagnées ou conservées en 2020 (Lyon, Bordeaux, Besançon, Strasbourg, Grenoble, Annecy, Poitiers). Le 26 janvier dernier, une tribune signée par un « ensemble de militant·es écologistes » remettait en cause les choix faits par la direction nationale, l’accusant de se placer sous la dépendance du Parti socialiste (PS). Celle-ci a réagi en suspendant une trentaine de signataires, décision peu commune pour un parti traditionnellement tolérant sur l’expression de lignes divergentes. En réponse, plusieurs cadres et élus, à Montpellier, à Marseille et surtout à Paris, ont annoncé leur ralliement à des listes menées par La France insoumise (LFI).
Nombreux sont les commentateurs qui ont souligné combien cet épisode traduisait la propension récurrente des Écologistes à se déchirer. La campagne des municipales n’est pas finie, celle de la présidentielle n’a pas encore réellement commencé. La période est si incertaine qu’il est périlleux d’inférer de cette situation quelque prédiction que ce soit quant aux prochaines échéances électorales. En revanche, un coup d’œil rétrospectif peut être instructif pour comprendre la culture politique singulière et composite des Écologistes, d’abord connus comme Les Verts (1984-2010) puis Europe Écologie-Les Verts (EELV, 2010-2023), auxquels s’ajoute une myriade de petites formations plus ou moins durables.
Les Écologistes constituent une famille politique désormais bien enracinée dans le paysage partisan français. Son originalité vient de sa volonté d’associer la résolution de la crise écologique à une transformation profonde de la société. Une telle approche est compatible avec des options idéologiques très diverses. Que l’écologie politique s’ancre à gauche n’est ainsi pas une évidence.
Lorsque cette nouvelle proposition politique émerge dans les années 1970, sa critique du productivisme et de la centralité ouvrière comme sujet révolutionnaire (deux options portées notamment par le Parti communiste français) ne s’associe pas de façon évidente à la défense de la nature, alors encore considérée comme une valeur de droite, romantique et nostalgique.
Les trajectoires de ses militants peuvent être aussi bien marquées par un passage par l’extrême gauche que par des positions centristes ou sociales-démocrates. La culture politique qui anime ces militants, ainsi que les cadres du parti, est depuis ses origines composite et demeure longtemps marquée par un sentiment d’extériorité à l’égard du champ politique classique. C’est la fameuse aspiration à « faire de la politique autrement » qui peut s’incarner en des sensibilités diverses. En ce sens, l’analyse souvent employée chez les Grünen – l’équivalent allemand de nos Écologistes – qui distingue les « Fundis » (« radicaux ») et les « Realos » (« réformistes ») n’est pas inutile pour comprendre le cas français.
Malgré cette diversité, il existe de longue date une aspiration à rassembler au sein d’un même parti l’ensemble des militants se reconnaissant dans l’écologie politique. Pour cela, des efforts réguliers ont été menés pour inclure des représentants des associations de protection de la nature ou des figures des quartiers populaires, d’une manière moins anecdotique qu’on ne l’a parfois cru dans un parti souvent caricaturé comme s’adressant à l’archétype urbain du « bobo ». En 2010, le parti Europe Écologie-Les Verts (EELV) est né de cette aspiration à dépasser le cercle étroit des militants historiques pour s’ouvrir à de nouveaux profils, avec toutefois un succès limité.
Cette culture écologiste composite a longtemps déterminé les institutions des Verts puis d’EELV. Complexes, celles-ci étaient marquées par plusieurs principes fondateurs. Outre la parité, mise en œuvre à partir des années 1980, la subsidiarité est essentielle : les décisions doivent être, en principe, décentralisées pour être prises à l’échelon le plus proche possible du terrain. Enfin, les modes de scrutin faisaient la part belle à la proportionnelle, y compris pour la désignation de la direction du parti.
Ces institutions permettaient à des tendances diverses de cohabiter au sein d’une même structure, ce qui n’allait pas sans crises régulières. En 2003, Dominique Voynet quittait ainsi par surprise la direction du parti en déclarant qu’elle voulait « poser la cible qu’elle a[vait] dans le dos ». Au cours du quinquennat de François Hollande, EELV se déchire après avoir obtenu pour la première fois un groupe à l’Assemblée nationale : près d’un tiers des députés écologistes élus en 2012 rejoignent les rangs macronistes en 2017.
La direction du parti, structurellement entourée de contre-pouvoirs et sans mandat politique de premier plan, peine à s’imposer face à un groupe parlementaire plus nombreux et plus médiatique. Noël Mamère, député de Gironde de 1997 à 2017, est également maire de Bègles – en dépit des positions du parti quant au refus du cumul des mandats – et bénéficie à ce titre d’une visibilité dans l’opinion souvent bien supérieure aux cadres du mouvement. On retrouve aujourd’hui des dynamiques comparables : élue députée en 2022, Sandrine Rousseau a longtemps eu une aura médiatique supérieure à celle de Marine Tondelier, pourtant secrétaire nationale d’EELV.
Une culture politique composite, des institutions complexes, un leadership contrarié : tout semble, à première vue, conforter l’idée selon laquelle Les Écologistes se seraient enfermés dans des schémas peu adaptés à la vie politique actuelle.
Pourtant, depuis le succès des régionales de 2004, les professionnels de la politique – notamment les élus et leurs collaborateurs – s’affirment au sein du parti. D’abord porteurs de mandats locaux, certains sont devenus, au cours des années 2010, des parlementaires nationaux.
Par ailleurs, depuis la direction de Cécile Duflot (2006-2012), le parti s’efforce de réformer ses institutions pour renforcer l’exécutif. Marine Tondelier a ainsi proposé en ce sens une élection du ou de la secrétaire nationale au scrutin majoritaire et non plus à la proportionnelle.
À l’heure actuelle, Les Écologistes sont confrontés à une série d’interrogations sur leur avenir politique. La crise des gilets jaunes ainsi que le backlash écologique limitent la capacité du parti à aller au-delà de sa sociologie électorale traditionnelle (essentiellement urbaine et diplômée). Les ruralités, les quartiers populaires ou encore les villes moyennes constituent ainsi des fronts pionniers que l’ensemble du mouvement s’efforce d’investir dans le cadre de coalitions de gauche, perçues comme une condition de la victoire, parfois au prix de la visibilité du parti.
Par ailleurs, les désaccords internes restent nombreux. Ils portent d’abord sur la place du parti au sein de la gauche. Il a toujours existé une tendance décidée à affirmer l’autonomie des écologistes, mais celle-ci est d’autant plus influente que le mouvement obtient des succès électoraux. À l’inverse, les périodes de difficultés – comme celle que le parti traverse actuellement – sont propices à des alliances.
Dans les années 2000, les accords avec un PS alors prédominant à gauche permettaient d’obtenir davantage d’élus, au risque d’apparaître comme un satellite politique, avant tout chargé des seuls enjeux environnementaux.
De même, à l’occasion des législatives anticipées dues à la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, de nombreux députés écologistes ont été élus avec l’appui de La France insoumise (LFI). Les positions des deux groupes parlementaires ont ainsi souvent été proches. Cette proximité est en décalage avec la direction du parti, Marine Tondelier visant au contraire à conserver le plus de mairies possible par le biais d’accords avec le PS.
Ces préoccupations s’accompagnent de débats internes autour de la ligne politique à tenir. Plusieurs approches cohabitent en effet toujours chez Les Écologistes.
Une première approche consiste à se saisir de valeurs nouvellement défendues par les mouvements sociaux pour leur offrir une traduction politique : c’est le sens des propositions décoloniales et écoféministes qui émergent au sein du parti depuis une dizaine d’années. Concevoir le parti comme une chambre d’écho ou de traduction des mouvements sociaux dans le champ politique constitue par ailleurs un point d’accord avec LFI, comme l’incarne la ligne portée par Sandrine Rousseau.
Une autre approche consiste à faire du climat la matrice d’une offre politique écologiste centrée sur des solutions concrètes, notamment techniques et organisationnelles. L’objectif, notamment selon Yannick Jadot, est de permettre l’essor d’une large coalition en politique comme dans la société civile, au-delà même du clivage gauche-droite.
Enfin, une dernière perspective entend faire de l’écologie une social-démocratie rénovée, enrichie de propositions environnementales pour refonder la gauche. C’est la stratégie du « trait d’union », portée à l’heure actuelle par Marine Tondelier, qui s’accompagne d’une volonté d’élargir la sociologie électorale traditionnelle des écologistes.
Ces propositions sont autant de divergences stratégiques, personnelles et parfois idéologiques. Comme il est souvent de coutume au sein des partis politiques, les résultats électoraux à venir viendront déterminer, en partie du moins, l’équilibre des forces entre ces différentes tendances au sein du parti.
Alexis Vrignon est membre de la Fondation de l'Ecologie Politique (FEP).
10.03.2026 à 16:59
Thomas Fovet, Maitre de conférence en Psychiatrie de l'adulte à l'université de Lille, Centre hospitalier régional universitaire de Lille
Clément Beunas, Doctorant en sociologie, Université de Lille
Kevin d’Ovidio, Démographe, Ined (Institut national d'études démographiques)
À l’entrée en prison, de nombreuses personnes détenues présentent des marqueurs de vulnérabilité psychique, tels qu’un passé de troubles psychiatriques ou d’addictions. De nouveaux travaux révèlent que les semaines qui suivent cette période sont des moments clés en matière de prévention du suicide et de sevrage. Ils indiquent aussi que, si la prévalence des troubles psychiatriques semble globalement stable au cours de l’incarcération, les situations varient largement d’une personne à l’autre.
S’il est bien établi que les troubles psychiatriques sont surreprésentés dans les prisons françaises, aucune recherche n’avait jusqu’à présent suivi l’évolution de la santé mentale en milieu carcéral.
C’est à cette lacune que répond l’étude « Épidémiologie psychiatrique longitudinale en prison » (EPSYLON) menée entre 2022 et 2025 dans près d’une dizaine de maisons d’arrêt. Voici ses conclusions.
Ce projet national s’est appuyé sur une enquête sociologique et une étude épidémiologique menée en trois temps de mesure, auprès de 1 000 personnes détenues au sein de sept établissements pénitentiaires répartis sur quatre directions interrégionales des services pénitentiaires (DISP). Pour ce volet quantitatif, toutes les personnes entrantes dans les établissements qui ont fait l’objet de l’enquête ont été successivement incluses (entre janvier et juillet 2024 pour les hommes, et entre janvier et septembre 2024 pour les femmes). Elles ont ensuite bénéficié de trois entretiens d’évaluation de leur santé mentale avec des enquêtrices indépendantes (à l’entrée en prison, à trois mois et à neuf mois).
Le premier résultat marquant de l’enquête réside dans les multiples marqueurs de vulnérabilité identifiés dès l’entrée en prison. À l’arrivée en détention, plus des deux tiers des répondants présentent un trouble psychiatrique ou addictologique, actuel ou passé. Plus d’un répondant sur dix a déjà été hospitalisé en psychiatrie et la quasi-totalité des personnes interrogées a été exposée à des évènements potentiellement traumatiques.
Cette vulnérabilité s’accompagne de niveaux élevés de précarité sociale : une personne sur deux vivait hors logement personnel avant l’incarcération et 30 % des répondants étaient au chômage. À cela s’ajoutent des parcours judiciaires précoces, 27 % des personnes ayant connu au moins une mesure pénale durant leur minorité.
Dans l’ensemble, notre étude met en évidence une relative stabilité de la prévalence des troubles psychiatriques en maison d’arrêt au cours du temps : à chacun des temps de mesure – à l’entrée, à trois mois et à neuf mois – environ 40 % des personnes évaluées présentent un trouble psychiatrique ou addictologique actuel.
Seules les prévalences du risque suicidaire et des addictions diminuent au cours des trois premiers mois de détention. Ces risques restent cependant particulièrement élevés, y compris après les premiers mois de détention, tout comme les niveaux des troubles psychiques.
Ce phénomène semble traduire les difficultés spécifiques de l’entrée en prison. Il souligne combien cette période constitue un moment clé du parcours carcéral, appelant une vigilance accrue en matière de prévention du suicide et de prise en charge du sevrage.
Ce constat est largement étayé par le volet qualitatif de notre enquête, qui montre que l’entrée en détention est vécue comme une expérience profondément déstabilisante, tant du fait des ruptures qu’elle génère dans les parcours biographiques des personnes détenues que des conditions d’incarcération au sein du quartier nouveaux arrivants, systématiquement décrites comme particulièrement éprouvantes.
Par ailleurs, l’apparente stabilité de la fréquence des troubles au cours de la détention masque en réalité des trajectoires individuelles extrêmement variées, marquées par des améliorations ou des dégradations de la santé mentale.
Ces résultats peuvent être interprétés à la lumière de facteurs propres à l’environnement carcéral. Le sentiment d’isolement évoqué par un tiers des répondants est par exemple associé à une détérioration de la santé mentale. Il en est de même pour l’expérience de violences en détention, rapportée par un participant sur cinq.
Notre enquête met également en évidence l’insuffisance de l’accès au travail, à une formation ou à des activités, alors même qu’il s’agit d’un déterminant de la santé mentale bien identifié en milieu pénitentiaire.
Alors que le ministère de la Justice a annoncé en début d’année vouloir mettre en place des établissements pénitentiaires consacrés à l’accueil des personnes détenues souffrant de troubles psychiatriques, notre enquête montre à quel point l’environnement carcéral peut être délétère pour la santé mentale.
Nos résultats permettent d’envisager plusieurs axes d’amélioration, respectueux des grands principes éthiques du soin en prison. Il apparaît indispensable d’accompagner l’entrée en prison, d’améliorer les conditions de détention et d’optimiser l’accès aux soins en milieu pénitentiaire afin de garantir une qualité de soins équivalente à celle offerte en population générale.
Pour autant, ces mesures, seules, ont toutes les chances de s’avérer insuffisantes dans un contexte où les prisons françaises font face à une surpopulation carcérale inédite. Au-delà des soins en prison, il importe donc de repenser l’amont en luttant contre les inégalités sociales de santé afin d’améliorer le dépistage et la prise en charge des troubles psychiatriques, mais aussi faciliter l’orientation des personnes souffrant de troubles sévères vers des dispositifs sanitaires.
L'étude EPSYLON a été financée par la Direction de l'Administration Pénitentiaire (DAP).
Kevin D'Ovidio a été employé en tant que démographe par la Direction de l’Administration Pénitentiaire de 2015 à 2018.
Clément Beunas ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
10.03.2026 à 16:59
Frédéric Leone, Professeur des Universités, Géographe des risques et des catastrophes "naturelles", Volcanographe, Cartographe, Université Paul Valéry – Montpellier III

The Mediterranean sea is widely perceived as having a low tsunami risk. History and recent modelling technology have demonstrated that destructive waves have already hit the French coast and could do so again. The results of a project carried out in Nice and along the French Riviera show why anticipation and preventive evacuation measures remain the only truly effective means of saving lives.
Tsunamis, formerly known as tidal waves, raz-de-marée in France or maremoti in Italy, are among the most destructive natural phenomena. Triggered by earthquakes, underwater landslides or volcanic eruptions, they spread rapidly over long distances before releasing their energy near the coast in the form of sudden submersion and extremely powerful currents.
From several centimetres to several metres, this flooding is generally characterised by several waves, and the first waves are not necessarily the largest. The speed of the current is such that the pressure exerted on coastal infrastructure can reach several tons per square metre
Since 1970, tsunamis have claimed more than 250,000 lives worldwide, notably the Boxing day tsunami in 2004 in the Indian ocean and the tsunami on March 11 2011 in Japan, for instance.
In the collective imagination, tsunamis have long been associated with the Pacific and the Indian ocean. The risk of an offshore tsunami in the Mediterranean has often been considered marginal, and this in itself could be misleading. In June 2022, UNESCO, which is committed to increasing global tsunami risk awareness among coastal communities, declared:
“Statistics show that there is a 100% chance of a tsunami of at least one metre high in the Mediterranean Sea in the next 30 years.”
After the Pacific, the Mediterranean basin holds the highest number of historical tsunamis recorded, of which several have impacted France’s Côte d’Azur coastline.
According to available data, around twenty incidences were reported in the maritime area along the French Riviera between the 16th century and the early 2000s with waves often exceeding two metres.
The sources of Mediterranean tsunamis can be local or distant. In some scenarios, run-up time for the first waves can be under ten minutes, particularly in the event of an underwater landslide or earthquake close to the coast, such as in the Ligurian sea between Corsica and the Italian coast. Conversely, tsunamis generated further away from France, for example off the northern coast of North Africa, can reach the French Riviera in less than 90 minutes.
The Boumerdès earthquake (Algeria) on May 21, 2003 caused havoc along the entire French Mediterranean coastline. A field enquiry showed that eight marinas on the French Riviera experienced significant sea level drops (from 50 cm to 1.5 m), basin purges, strong eddies and currents, and damaged boats, consistent with harbour resonance phenomena. The effects were observed on the French Riviera coastline an hour and a quarter after the earthquake.
Of more local origin, the tsunami in Nice on October 16 1979, triggered by the underwater collapse of part of the construction site for the new commercial port in Nice (Alpes-Maritimes), adjacent to the airport, caused the deaths of eight people and significant damage in Antibes, Cannes and Nice. The phenomenon was observed in Antibes for around thirty minutes.
Another scenario that could occur closer to the coast is that of the seismic tsunami that struck the Ligurian Sea on February 23, 1887], following an underwater earthquake measuring between 6.5 and 6.8 on the Richter scale. Contemporary accounts describe a sudden retreat of the sea by about one metre in Antibes and Cannes, leaving fishing boats high and dry, before the arrival of a wave reaching nearly two metres, which covered the beaches.
These events are a reminder of how we are completely taken by surprise, and how such short spaces of time show the limits of traditional warning systems. Coastal communities’ ability to evacuate quickly becomes crucial.
France has had a national tsunami alert system that has been part of the Centre d’alerte aux tsunamis (Cenalt) since July 2012, in conjunction with the international system coordinated by UNESCO in the Mediterranean. This system makes it possible to rapidly detect potentially tsunami-generating earthquakes and transmit an alert in less than fifteen minutes to the interdepartmental crisis management operational centre (Cogic) and foreign alert centres.
It is then up to the authorities to disseminate alert messages to the population, in particular via the FR-Alert platform, which allows notifications to be sent to the mobile phones of people located in the danger zone.
However, this global system only covers tsunamis caused by distant earthquakes and is not very effective in the case of local tsunamis or those caused by underwater landslides, where the time it takes for the tsunami to reach the coast may be less than the warning time. This is why it is important to raise awareness among coastal populations about detecting warning signs: felt earthquakes, abnormal sea movements, most often seawater retreats preceding the run-up of the tsunami, but not always.
Along the entire French Mediterranean coastline, an evacuation zone has been defined by government agencies and the University of Montpellier, based on altitude, distance from the sea and historical data. It corresponds to coastal areas with an altitude of less than 5 metres that are less than 200 metres from the sea. Along river mouths, this distance is extended to 500 metres with respect to the estuary.
Including Corsica, 1,700 km of coastline, 187 towns along the French Mediterranean coast, and at least 164,000 residents would be affected. At the height of the summer, an estimated 835,000 beach users would also need to be taken into consideration in the event of a tsunami.
The Nice – Côte d’Azur metropolitan area is vulnerable for a number of reasons: dense urbanisation, strong tourist appeal, and very busy beaches. Our photo analysis and modelling work have enabled us to estimate that tens of thousands of people are present in the area to be evacuated during periods of high visitor numbers (between 10,000 and 87,000 people on the beaches, depending on the season and time of day).
When faced with a tsunami, evacuation is the only effective means of ensuring civilian safety. International experience shows that rapid and well-prepared evacuation procedures can save the vast majority of exposed populations. Reactive evacuation measures, for example, saved 96% of Japanese inhabitants when the major tsunami struck the Tōhoku coast on March 11 2011.
In Nice – Côte d’Azur, a comprehensive evacuation strategy has been developed and supported by scientific research led by the University of Montpellier’s Laboratory of Geography and Planning. It is based on optimised walking routes, taking into account slopes, obstacles, travel speeds and congestion points. Refuge sites located out of “waves’ reach” were identified and validated by local authorities, and evacuation routes were devised using algorithms to find the fastest routes.
In total, nearly a hundred refuge sites have been mapped out and incorporated into operational evacuation plans designed to quickly guide people to safe places.
Raising tsunami awareness should go beyond evacuation mapping: safety drills such as evacuation exercises, particularly in schools or gradually introducing public warning signage; contribute to encouraging responsible behaviour. Several initiatives like these have been implemented in Nice via a project with students in Montpellier.
In Nice, a publicly accessible information platform with interactive maps also allows users to find evacuation zones, routes and instructions to follow in the event of an alert. These tools contribute to the development of a genuine tsunami risk culture.
Beyond France’s Côte d’Azur coastal area, the information portal can be applied to other coastlines elsewhere in France and Europe, both in the Mediterranean and overseas, where tsunami run-up times can be just as short.
The initiatives that are being implemented in Nice are in keeping with UNESCO’s Tsunami Ready international recognition programme (TRRP). This 12-point programme aims to certify territories that are capable of anticipating a tsunami risk, prepare their populations and coordinate an appropriate response.
The first towns to be awarded the label and that have benefited from our team’s scientific and technical support were Deshaies in Guadeloupe and Cannes, with Nice set to join the programme in the near future.
When facing a wave that can arrive in a matter of minutes, being prepared to evacuate undoubtedly makes all the difference.
This article was written with the help of Louis Monnier, Monique Gherardi, Matthieu Péroche and Noé Carles, Université de Montpellier Paul-Valéry.
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Frédéric Leone ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
10.03.2026 à 15:17
Fatima-Zahra Aklalouch, Associate Professor, Université Paris Cité
Robert F. Kennedy Jr. is not just a controversial politician. There is more to him than meets the eye: he is a figure who has turned suspicion into a political identity, and who has learned how to weaponize the language of transparency in order to erode confidence in Public health itself.
His rise to power is not only a story about vaccines. It is a story about how distrust is produced. Sentence by sentence, metaphor by metaphor, until uncertainty feels like common sense.
Kennedy’s biography begins with inherited authority. Born in 1954, the nephew of John F. Kennedy and the son of Robert F. Kennedy, he carries a name that still resonates with American idealism. Yet, as French newspaper Le Monde notes, he has increasingly become associated with conspiracy-inflected activism and vaccine skepticism, an uneasy fusion of dynasty and dissidence.
For decades, Kennedy’s public career was not centred on medicine but on environmental law. He built credibility as an environmental lawyer and activist battling corporate polluters, suing industries accused of poisoning rivers and communities. This period matters because it provided the moral template that continues to shape his rhetoric. Powerful industries harm the innocent, regulators fail, and the lone crusader exposes what has been hidden.
The problem is that Kennedy later imported this “template” and applied it to public health, treating vaccines less as medical tools than as symbols of institutional corruption.
The pivot began in the mid-2000s, when Kennedy increasingly started promoting claims about vaccine safety. He became chairman of Children’s Health Defense, one of the most influential organizations in the American anti-vaccine ecosystem. Fact-checkers note that he repeatedly advanced debunked links between vaccines and autism, despite overwhelming scientific evidence rejecting them.
What distinguishes Kennedy is not simply his conclusions, but his rhetorical method. He rarely presents himself as an opponent of vaccination outright. Instead, he constructs a linguistic shield of moderation:
“I am pro-safety… I am not anti-vaccine… All of my kids are vaccinated.”
This disclaimer is not incidental. It is strategic. By denying the label while sustaining suspicion, Kennedy makes doubt appear reasonable, even responsible. The effect is to normalise distrust without ever owning its implications.
During the Coronavirus pandemic, this rhetoric expanded dramatically. Nature described Kennedy as one of the most prominent spreaders of vaccine misinformation in the United States. NPR similarly highlighted how he amplified distrust toward public health institutions during the crisis.
His language in this period reveals a consistent populist grammar of ordinary citizens and parents versus captured elites. Vaccination becomes not a medical intervention but a symbol of coercion. “Submit to the government, do what you’re told,” he says, lamenting that “there is no discussion.”
This language is politically potent precisely because it shifts the terrain. The debate is no longer about epidemiology, but it is about freedom, betrayal, and moral agency. Science becomes not a method but an institution to be distrusted.
Kennedy’s discourse is sustained by a careful cultivation of uncertainty. “There isn’t proof,” he concedes, then pivots, “we don’t know what causes it yet, so shouldn’t we be open-minded?” The move is subtle – consensus is reshaped as premature closure, scepticism as intellectual virtue.
At times, Kennedy goes further, redefining science itself. “Science doesn’t say anything,” he declares. “Science is a dispute.” It is an epistemic manoeuvre with serious consequences. If science is merely an endless argument, then no evidence can ever fully settle the question. Doubt becomes permanent.
To legitimize dissent, Kennedy often relies on moral storytelling rather than rigorous methodology. He invokes Francis Kelsey, the FDA scientist who resisted thalidomide approval, celebrating her because she “questioned science.” The implicit suggestion is clear: today’s dissident may be tomorrow’s hero. But the analogy is misleading. Questioning regulatory negligence is not equivalent to undermining decades of vaccine evidence.
When challenged directly, Kennedy often replaces consensus with competing “alternative” studies, promising that if wrong he will “publicly apologise,” while insisting “there are other studies as well.” Closure is endlessly deferred and the conversation is designed never to end.
The most consequential shift, however, is that Kennedy’s rhetoric has begun to reshape institutions. Lawmakers accused him of destabilising vaccine governance after he dismissed all 17 members of a major advisory committee, calling the move unprecedented and reckless.
The American Public Health Association warned that his record reflects misinformation and poor scientific judgment. The Lancet went further, arguing that his influence could worsen global vaccine hesitancy, citing Samoa’s measles outbreak as a deadly example of mistrust amplified into catastrophe.
Kennedy does not operate alone. Around him exists an ecosystem that portrays him as a persecuted truth-teller. US Senator Elizabeth Warren’s report describes his leadership as a systematic pattern of anti-vaccine disruption. What emerges is not merely individual skepticism, but a movement in which mistrust is foundational and transparency becomes a political weapon.
The deeper question RFK Jr. forces upon public life is not whether vaccines are safe – a matter repeatedly settled by scientific evidence – but whether democratic societies can survive the strategic erosion of shared reality.
At some point, the story stops being about one man’s claims and becomes about the culture that allows those claims to flourish.
How does doubt become identity? How does questioning become a form of power?
And what happens when the language of science is transformed into a battlefield rather than a method?
In such a world, science stops functioning as a common tool for establishing evidence. Instead, it becomes a rhetorical terrain. Competing actors claim the authority of science, each presenting their own version of it. The result is not clarity but permanent conflict, where the word itself becomes ammunition in the fight over who gets to define reality.
Kennedy began as an environmental crusader. He has become a Public health dissident. He is now something more troubling: a political actor whose influence lies not in solving uncertainty, but in sustaining it.
Perhaps the most urgent question is not what Robert F. Kennedy Jr. believes. It is what his rhetoric makes possible.
Fatima-Zahra Aklalouch ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.