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24.10.2026 à 13:12

La dialectique peut-elle casser des vitres ?

À l'automne 2010, en plein dans le mouvement des retraites qui secouait alors l'économie et la vie sociale en France, une polémique enflait sur la présence de « casseurs » au sein des manifestations, cristalisée autour de l'affaire du « ninja ». Polémique qui n'est que la redite d'un éternel débat ; en réalité une approche dogmatique (et gestionnaire) du prolétariat. L'AG Turbin, une assemblée parisienne de plusieurs centaines de personnes, tentait alors d'en expliquer le fond. Il nous a paru intéressant de relire ce texte avant de sombrer, à nouveau, dans des dénonciations malvenues.

Texte intégral (2147 mots)

À l'automne 2010, en plein dans le mouvement des retraites qui secouait alors l'économie et la vie sociale en France, une polémique enflait sur la présence de « casseurs » au sein des manifestations, cristalisée autour de l'affaire du « ninja ». Polémique qui n'est que la redite d'un éternel débat ; en réalité une approche dogmatique (et gestionnaire) du prolétariat. L'AG Turbin, une assemblée parisienne de plusieurs centaines de personnes, tentait alors d'en expliquer le fond. Il nous a paru intéressant de relire ce texte avant de sombrer, à nouveau, dans des dénonciations malvenues.

Dans le mouvement en cours, la grève se heurte à certaines limites. L'encadrement législatif du « droit de grève » avec les réquisitions qui forcent les grévistes à travailler sous la menace de la prison, le service minimum et l'interdiction des occupations cherchent à limiter les effets de la grève. La légalisation de la part la moins efficace des luttes et la pénalisation de leur part la plus offensive est une des méthodes pour les contrôler - même si le mouvement, quand il est en recherche de puissance et de commun, ne se focalise pas sur ces distinctions et que pour lui la légalité n'est pas une frontière infranchissable ni l'illégalité un but en soi.

Le premier des dispositifs répressifs, c'est le parcours négocié et encadré par les flics, la collaboration des services d'ordre syndicaux et l'attention à ce que tout demeure sous contrôle.

Il en va de même pour la manifestation. Le premier des dispositifs répressifs, c'est le parcours négocié et encadré par les flics, la collaboration des services d'ordre syndicaux et l'attention à ce que tout demeure sous contrôle. Chercher à sortir de ce dispositif, c'est tenter de constituer une force collective, se réapproprier la rue et sortir du simple comptage des forces en présence. C'est ce qui s'est passé le soir du samedi 16 octobre, lorsqu'un groupe de plusieurs centaines de personnes a quitté le rassemblement officiel pour tenter d'occuper l'opéra Bastille dans l'idée d'y tenir une assemblée générale et perturber la retransmission en direct du spectacle. Ce type d'action a eu lieu un peu partout et participait d'une dynamique générale. Ailleurs aussi, on cherchait à sortir du cadre institué des manifestations.

À l'issue de cette tentative, on compte une quarantaine de personnes interpellées et placées en garde à vue. La garde à vue (reconduite automatiquement à 48 heures) est utilisée par les flics comme une punition en tant que telle. Sur ces quarante personnes, huit sont poursuivies, certaines pour participation « à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens » et violences sur agents. Parmi les arrêtés se sont aussi trouvés des gens qui étaient déjà sous contrôle judiciaire pour des poursuites liées à des actions antérieures. Leur contrôle leur interdisait de se rencontrer : interpellés tous deux ce soir-là, ils auraient selon la justice violé cette obligation. L'argument ne tient pas : ils ont été arrêtés en compagnie de dizaines de personnes et l'action, appelée publiquement, rassemblait des centaines de personnes. Convoqués par un juge d'instruction, ils ont reçu un avertissement avec menace de réincarcération « la prochaine fois ». Cinq des huit qui vont passer en jugement sont aussi placés sous contrôle judiciaire.

Au final, ce qu'on leur reproche, c'est d'avoir participé à une manifestation au lieu de faire profil bas et de rester chez eux. Le contrôle judiciaire est une méthode d'intimidation et d'isolement. Il s'agit d'interdire à certains de fréquenter certains lieux, de voir certaines personnes, d'avoir certaines attitudes : bref il revient à empêcher ceux qui sont dans le collimateur du pouvoir de participer à la contestation sociale sous peine d'emprisonnement. Au total, la répression, comme toujours, se décline en plusieurs versions, s'individualise de manière à briser les solidarités collectives.

Ce qui est juridiquement réprimé dans la participation à cette manifestation, c'est d'avoir été partie prenante d'une action au cours de laquelle quelques vitrines de banque ont été brisées. L'idée, assez bien illustrée par l'usage de cette fameuse « loi sur les bandes » récemment votée, c'est que la simple participation à un rassemblement, un « attroupement » ou une action nous rend pénalement coresponsable de tout ce qui s'y passe. Pour autant, on le voit bien, c'est le fait même de sortir des cadres institués et des formes d'organisation habituelles qui est visé.

Soyons clairs : s'en prendre à un symbole du capitalisme en brisant une vitrine de banque n'a rien d'exceptionnel ni d'incompréhensible. Des pratiques offensives comme des sabotages ou des affrontements avec les flics font partie intégrante de la lutte d'hier comme de celle d'aujourd'hui. Mais on voit actuellement que la répression touche non seulement ceux qui sont directement accusés de mener ces attaques, mais aussi tous ceux qui les entourent. Ces lois ont pour objectif de ne rendre possible que les actions encadrées par des services d'ordre, où les participants doivent se fliquer eux-mêmes, et où rien ne peut jamais se passer. Tout vise à policer nos pratiques et nos esprits.

Dans le discours policier et médiatique, l'attaque d'une vitrine de banque devient l'œuvre des « casseurs ».

Dans le discours policier et médiatique, l'attaque d'une vitrine de banque devient l'œuvre des « casseurs ». Ce terme, utilisé exclusivement dans le but de disqualifier les pratiques d'action directe est une catégorie abstraite construite de part en part. Celle-ci gomme une réalité sociale complexe et la dessaisit de tout contenu politique. Ces pratiques deviennent de la destruction purement asociale, sans perspective ni sens.

Qu'on dise que les casseurs « ne sont que des voyous » ou qu'on imagine, comme c'est si souvent le cas aujourd'hui, qu'il s'agisse de flics déguisés et infiltrés dans les manifestations relève, au fond, d'un même raisonnement : le « casseur » est étranger à la lutte, extérieur au mouvement.

18 octobre 2010, à Nanterre
Médias et organisations de gauche ont été prompt à condamner les lycéens de Nanterre. Le mouvement lycéen débordé par les casseurs titrait le Figaro. Trop jeunes, trop pauvres, trop colorés, pour faire partie du mouvement ? Les affrontements sont trop souvent renvoyés à la marge et à l'extériorité.
Surfant sur le complotisme ambiant, des politiciens ou des syndicalistes comme Mélenchon et Thibault ressortent un discours vieux comme le stalinisme : tout ce qui leur échappe et qu'ils ne peuvent contrôler est accusé d'être manipulé par les flics.

Il est vrai que, depuis quelques années, des flics en civils ont de moins en moins peur de venir au cœur des manifestations pour procéder à des interpellations. Il est important de ne pas les tolérer et, lorsqu'ils sont clairement identifiés, de les chasser dans la mesure du possible . Cependant, cela a fait monter la paranoïa au point que certains voient des flics partout. Surfant sur le complotisme ambiant, des politiciens ou des syndicalistes comme Mélenchon et Thibault ressortent un discours vieux comme le stalinisme : tout ce qui leur échappe et qu'ils ne peuvent contrôler est accusé d'être manipulé par les flics.

L'hystérie politicienne et médiatique a crû autour de l'épisode du « casseur ninja », comme l'a appelé la presse. À partir d'images confuses diffusées sur Internet, les théories les plus délirantes ont proliféré : l'action de l'opéra était organisée par des flics, ou en tout cas voulue par la préfecture, des journalistes étaient déjà positionnés pour diffuser des images de violence au 20 heures, etc. Sous couvert de complotisme ressort l'idée que tout ce qui offensif et illégal ne peut avoir lieu que si le pouvoir en est à l'origine ou du moins laisse faire. On se persuade si bien de la toute-puissance de l'État que le moindre acte de révolte devient suspect. Le contrôle social est tel qu'il s'insinue dans les cervelles qu'il est impossible d'y échapper. On en arrive à une identification entre la barrière du légal et le champ du possible.

Cette frénésie, cette confusion, alimentent directement la répression : les flics se sont lancés, brigade criminelle en tête, à la recherche des protagonistes masqués de la vidéo et ont déjà incarcéré quelqu'un sous cette accusation. (Il est à Fleury-Mérogis jusqu'à son procès le 6 décembre prochain.) Dans d'autres villes aussi, par exemple à Nanterre et à Lyon, l'obsession des casseurs pousse la police à utiliser des moyens d'enquête sophistiqués, le plus souvent dédiés au grand banditisme, pour retrouver ceux qui se sont affrontés avec les CRS : photos haute résolution depuis un hélicoptère, recherche d'ADN sur des cailloux, etc.

Ainsi, tout concourt à ce qu'on devienne notre propre flic : la peur et la paranoïa, le soucis de la légitimité du mouvement, la répression ciblée sur tous ceux qui veulent sortir des sentiers battus.

Il nous faut rompre cette paranoïa et l'individualisation causée par la répression en s'organisant collectivement.

16 novembre 2010

Texte tiré du recueil : Soap opéra & lutte de classes

Cette phase répressive marquait également la fin du mouvement des retraites. Les derniers sites en grève étaient lâchés un par un par les confédérations syndicales.
Suite à la tentative râtée d'occuper l'Opéra Bastille, 8 personnes avaient été mises sous contrôle judiciaire, qui dura près de 2 ans. Ils ont été relaxés.
Le « ninja » a été condamné à 1 an de prison dont 6 mois fermes, malgré le fait que la personnes « agressée » ait plaidé en sa faveur au tribunal, après avoir compris la portée du geste, et affirmé avoir porté plainte sous pression des flics.

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24.10.2026 à 08:00

Tire-au-flanc n°8 octobre 2026

Le nouveau Tire-au-flanc est sorti pour la journée du 17 octobre, on y parle de l'actualité internationale, de l'extraordinaire mouvement lycéen qui embrase la France et de la religiosité ambiante. Des suppléments à ce numéro à venir...

Texte intégral (799 mots)

Le nouveau Tire-au-flanc est sorti pour la journée du 17 octobre, on y parle de l'actualité internationale, de l'extraordinaire mouvement lycéen qui embrase la France et de la religiosité ambiante. Des suppléments à ce numéro à venir...

Pour l'imprimer et le diffuser :

loukanikos

NE RIEN DEMANDER, PRENDRE !

Depuis quelques temps, les gémissements du gouvernement et de ses amis bourgeois se font entendre. Sentant souffler le vent de la révolte, ils entonnent tous le même refrain : « On n'est pas responsables ! ». Pas responsables de la « situation internationale ». Pas responsables des prix à la pompe. Pas responsables de la canicule historique qu'on vient de subir. Pas responsable, surtout, de la colère qui monte de partout et qui vient d'exploser dans les lycées. Peut-être qu'ils commencent à flipper, tous ces ministres, patrons de stations-service, proviseurs et politiciens... Les voilà qui appellent au dialogue démocratique tout en envoyant les flics tabasser les révoltés, ou qui tentent de récupérer la contestation pour la transformer en bulletins de vote. Mais personne n'est dupe. Ceux qui prétendent subir la situation sont précisément ceux qui sont responsables d'un système qui n'en finit pas de nous déposséder de tout.

Car si les lycées s'embrasent, la colère dépasse désormais largement les revendications matérielles immédiates. C'est une révolte plus profonde qui s'exprime. Et aujourd'hui, c'est la jeunesse des lycées prolos qui donne le cap d'un mouvement autonome au reste de la classe. Elle sait ce qui l'attend : que, dans ce monde, il n'y a pas de place au soleil pour tout le monde ; que les budgets militaires explosent car demain, il faudra fabriquer des drones à la chaîne, alimenter la machine de guerre et, peut-être, apprendre à les esquiver si l'affrontement mondial s'intensifie. Que la guerre qui se prépare aujourd'hui, c'est toujours aux mêmes qu'on demande de la produire et d'en supporter le coût à travers les mesures d'austérité permanentes. Que le prix de l'essence ne permettra pas de se déplacer et tout juste de faire des cocktails ; que les étés caniculaires qui s'éternisent, alternés à des orages et à des crues diluviennes, ne sont que les prémisses du monde invivable qu'on va devoir se coltiner ; que les pénuries engendrées et l'inflation seront le prix à payer de cette instabilité climatique. Car il n'y a pas de solution capitaliste aux ravages engendrés par le capitalisme. Les luttes nous montrent que nous n'auront que ce que nous saurons prendre.

Et cette colère ne s'arrête pas aux frontières. Petit tour de la lutte des classes : Au Chili, des milliers d'étudiants sont descendus dans la rue pour refuser l'austérité. En Albanie, depuis mai, une lutte contre la corruption gouvernementale et la privatisation des services publics s'est transformée en confrontation ouverte avec le pouvoir. À Tirana les affrontements ont pris des allures de guérilla urbaine : des institutions ont été prises pour cible, le ministère de l'Éducation et la mairie ont été incendiés, tandis que le ministère de la Justice et le Parlement ont échappé de peu aux flammes, dommage que les drapeaux ne subissent pas le même sort.

Depuis quelques semaines en France, des appels à se retrouver le 17 octobre circulent pour bloquer le pays et lutter ensemble (comme on a pu le faire pendant les Gilets Jaunes) suite à la hausse du gasoil, des denrées et au ras-le-bol général. Le mouvement lycéen, malgré son isolement, tient bon. Il continue de faire face à l'État avec audace, refusant de rentrer dans le rang malgré la répression et les tentatives de récupération. Déjà plusieurs axes routiers bloqués en Guadeloupe contre la vie chère... Reste à enclencher la dynamique, à briser l'isolement, à sortir de l'apathie, de la peur, de la résignation.

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24.10.2026 à 08:00

Le sens de l'émeute / une émission de Minuit Décousu

1h de radio pour essayer de couvrir le bruit politique et médiatique fasciste et comprendre le sens de l'émeute, en revenant sur l'histoire des crises du capitalisme et sur la construction de la répression qui arrive.

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1h de radio pour essayer de couvrir le bruit politique et médiatique fasciste et comprendre le sens de l'émeute, en revenant sur l'histoire des crises du capitalisme et sur la construction de la répression qui arrive.

Pendant que l'ensemble du monde politique s'occupe à bomber son torse de facho, personne ne semble essayer de comprendre comment et pourquoi on arrive à avoir des dizaines de milliers de personnes qui cassent, brûlent et pillent des trucs dans tout le pays. Comment et pourquoi on a vu des émeutes historiques ce 17 octobre. Comment et pourquoi tous ces gens ont pris le risque d'être arrêté, emprisonné, blessé ou mutilé pour laisser éclater leurs colère.

Des plateaux télé aux réseaux sociaux, la figure fantasmé du casseur bas du front lobotomisé par LFI, l'ultragauche, les frères musulmans ou peut-être même les francs-maçons évacue la dimension politique de l'évènement. Pourtant rien que son ampleur montre bien qu'il se passe quelque chose qui dépasse à la fois le pilotage politique et le plaisir de taper dans une vitre ou une planche d'OSB. Alors comme d'habitude, on a décidé de faire chauffer nos micros pour s'y coller, cette semaine dans Minuit Décousu, on se demande ce qu'est le sens de la casse.

L'émission s'écoute sur notre audioblog, ici, et un peu partout en podcast. Bonne écoute !

Minuit Décousu, c'est un fanzine radiophonique nocturne sur Radio Canut (Lyon et alentours), Radio Vassivière (Limousin) et Cause Commune (Paris/IDF). Semaine après semaine pendant une heure, on en découd avec la nuit et on tire les fils de sons, de textes, d'archives et de voix qui s'entremêlent.

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24.10.2026 à 08:00

17 octobre 2026 : Et notre classe releva la tête

La lutte de classe en France s'est accélérée et clarifiée en une séquence en réalité très dense et aux conséquences certainement peu mesurables actuellement. Dans tous les cas, la rencontre qu'il y a eu le 17 entre différentes fractions de la classe en lutte et la force prolétarienne qu'elle permet de poser est précieuse.

Texte intégral (2761 mots)

La lutte de classe en France s'est accélérée et clarifiée en une séquence en réalité très dense et aux conséquences certainement peu mesurables actuellement. Dans tous les cas, la rencontre qu'il y a eu le 17 entre différentes fractions de la classe en lutte et la force prolétarienne qu'elle permet de poser est précieuse.

1 - Discussion en acte

Après un mois d'une lutte acharnée au sein du mouvement qui a pris dans les lycées en septembre 2026, les jeunes prolos les plus offensifs commençaient à être isolés face à la répression et la dissociation. Dans ce contexte la date du 17 octobre, qui circulait déjà comme un appel au retour des Gilets Jaunes, a sonné comme un appel à la classe : un appel à un grand mouvement fort, massif et déterminé à ne pas se laisser écraser par la répression. Un appel à ce que la classe relève la tête, prenne la rue et exprime sa force.

À cet appel, la classe en lutte a répondu présent. Défiant les tenants de l'ordre, posant une importante offensivité, elle a fait un doigt d'honneur à l'ordre bourgeois et exprimé en acte sa prise de parti pour la radicalité de la lutte. Les plus jeunes prolos doivent être tellement satisfaits de pouvoir trouver là la force de continuer à tenir tête à tout les tenants de l'ordre : CPE, flics, patrons, prêtres en tout genre, grands-frères, profs, éducs et parents.

Cette date du 17 a été un moment pour se constituer comme force. C'est un début. Et ça fait du bien. Il s'agissait déjà, pour la classe en mouvement, de se compter, d'éprouver la force dont elle est capable et de poser en acte la question de son orientation dans la période.

2 - Lutte dans la lutte

Il y a eu une lutte dans la lutte ce 17 octobre. Une lutte entre la tendance « manifestation-revendication-réforme » liée à la gauche et une tendance plus autonome, plus offensive, qui porte la proposition de l'attaque directe des institutions de l'État et de la marchandise. Une lutte entre les tendances qui portent le discours de dissociation d'avec les violences et les pillages, et les tendances qui poussent à la radicalisation, l'offensivité et la prise au tas. Cette lutte s'est faite par des discussions, des engueulades, et parfois des coups. Mais très vite il s'est avéré que la tendance réformiste était complètement dépassée, en particulier dans les métropoles de taille moyenne ou grande.

D'un point de vue général, c'est clairement la seconde option qui a gagné la bataille de l'hégémonie, en tout cas ce 17 octobre. Ce n'est pas un acquis pour toujours. L'autre camp de cette lutte dans la lutte, celui de la dissociation, s'organise pour répliquer. La gauche réformiste, partisane de la désescalade, de la négociation, de la respectabilité, de la République et de la démocratie est aujourd'hui dans le parti de l'ordre, préparant la contre-révolution. Elle y porte la solution démocratique et le retour à l'ordre par la réforme institutionnelle et le dialogue social (6e République, nouvelle constitution, élection anticipées, etc.). La disquette habituelle, déjà expérimentée in vivo au Chili de 2019 à 2021 notamment. La gauche endort la révolte en engageant le processus démocratique de la réforme de l'État et en se posant comme l'alternative au fascisme. Mais partout où elle a été portée au pouvoir, elle n'a en réalité fait qu'entretenir le désastre, réprimant tout ce qui refuse son cadre et le déborde dans la lutte, préparant ainsi la victoire écrasante de l'extrême droite dans la foulée.

Mais le destin funeste promis au 21e siècle n'est pas une fatalité. Les jeunes prolos se soulèvent partout dans le monde pour le refuser. L'autonomie, l'offensivité révolutionnaire, la volonté de synchroniser les offensives pour se constituer en force capable de détruire l'ordre existant, sont des positions qui existent dans la société. Elle ne sont pas majoritaires, mais elles ont une place de plus en plus importante dans la jeunesse prolétarienne actuelle. Et au vu du futur cauchemardesque et suffoquant promis par la bourgeoisie à notre classe, ces positions sont appelées à se répandre bien plus. Tout l'enjeu pour notre classe est de parvenir donc à se constituer en une force capable de frapper le monde bourgeois d'une façon si importante que cela lui soit fatal. Et de parvenir dans le même mouvement à poser les bases d'un rapport social où s'en sera terminé de l'exploitation, du fric, de l'État, des armes, des nations et de leurs colonisations permanentes, et de toute la liste des merdes que nous voulons détruire parce qu'elles nous pourrissent la vie.

3 - Constitution de la classe en mouvement.

Le 17 octobre est à cet égard un événement particulier. Il signe quelque chose de très important : non pas la convergence des luttes rêvée par la gauche, mais la constitution de la classe en lutte par l'abolition des divisions qui nous séparent au quotidien.

Pour commencer, le camps de l'offensivité et de la radicalisation a été portée par des personnes d'âge divers. Il y avait beaucoup de jeunes, et même des très jeunes, qui semblaient donc avoir échappé au contrôle, à l'emprisonnement familial et scolaire. La lutte conduite au sein des lycées leur avait permis de se libérer de l'école, et ils ont réussi à se libérer de la famille pour être là en ce jour de weekend. Mais il y avait aussi des gens plus âgés, jusqu'à des retraités, qui se sont joints à l'offensive. Aussi, il y avait beaucoup de femmes dans les affrontements, les destructions et les pillages. Nous y étions tous ensemble, sans rôle défini.
Cette chute des rôles genrés, la remise en cause de l'ordre familial et de la répression sur les enfants dans la société bourgeoise, ne s'est pas faite de façon idéologique. Bien au contraire, ce sont des nécessités matérielles pour se constituer en classe, en force unie dans le mouvement. Il n'y a pas de classe en mouvement, pas de prolétariat, sans la destruction de ce qui nous sépare et nous assigne, nous enferme dans des catégories du monde de l'exploitation et de la domination bourgeoise.
Enfin, la classe s'est retrouvée en cassant la ghettoïsation de toute une part de la vie quotidienne et de ses luttes. On était habitué à ce que la lutte de classe dans les cités ouvrières y reste enfermée et séparée de la lutte en centre ville, quant à elle dirigée par la gauche et sa petite bourgeoisie intellectuelle. Le 17 octobre, cette barrière a sauté.

C'est dans et par la lutte que notre classe se constitue et parvient à abolir un certain nombre de barrières sociales qui nous séparent et même nous opposent.
Dans la lutte uniquement. Le retour à la normale (c'est-à-dire à l'ordre) signe aussi le retour des séparations.
Et bien sûr, dès le 18 octobre le pouvoir et le camps de la dissociation s'emploient à réintroduire ces séparations. Ils érigent de nouvelles catégories qui nous séparent, adaptées à la situation : les gentils manifestants pacifistes sont ici, l'ultra-gauche est là (en train de s'attaquer à l'État et à la police), et les sauvages délinquants sont aux pillages. Ces discours relèvent de la sociologie policière (désolé pour le pléonasme) teintée d'un racisme ignoble qui a cessé de nous surprendre.

Derrière cette stratégie de division et la main très lourde de la répression, c'est leur peur qui s'exprime. Car le 17 octobre c'est toute une génération de lutte qui s'est retrouvée dans la rue avec la jeunesse prolétaire partie en mouvement depuis leurs lycées : celle issue de 2016 et des GJ, celle qui s'est radicalisée en 2023 dans le mouvement contre la réforme des retraites et Sainte-Soline, celle qui a vengé la mort de Nahel.

Depuis la répression du mouvement des GJ, notre classe se cherchait sans parvenir à se trouver. Le 17 octobre, elle s'est trouvée, s'est constituée comme force, et a commencé à discuter.

4 - Un mouvement plus mature qu'en 2018

Depuis 2018, notre classe a appris de ses expériences. Les personnes présentes étaient beaucoup plus prêtes à l'affrontement et à la réaction de la police qu'en 2018. L'expérience des GJ et du mouvement pour venger Nahel se combinent pour une expérience prolétarienne riche, et surtout qui sait à quoi s'attendre. Pas de « la police avec nous » cette fois-ci. Autre chose : pas de place pour les racistes et les nationalistes d'extrême-droite le 17 octobre. Non pas parce que les milices de la gauche antifasciste veillait au service d'ordre, mais parce que le mouvement a posé directement un tel niveau d'affrontement et d'irrespect des valeurs bourgeoises que l'extrême-droite s'est directement rangée dans le bloc de l'ordre. Aussi et surtout parce que la destruction de la barrière de la ghettoïsation de la société française effraie l'extrême droite. C'est son pire cauchemar. Elle qui porte le programme d'asseoir la domination bourgeoise sur le racisme et l'apartheid. Là où le mouvement était fort, les quelques bandes de fascistes qui traînaient dans la rue sont vite parties. Et cette fois, les partis d'extrême droite ne font pas semblant de soutenir le mouvement.

Pour toutes ces raisons, l'ambiance le 17 était moins confuse qu'en 2018 concernant l'extrême droite. En revanche, il restait une confusion importante concernant la gauche, toujours vue par une partie des personnes présentes comme le dernier recours contre l'extrême droite. Le fait que le plus grand parti de gauche en France, la LFI, par la bouche de son dirigeant (Mélenchon) ait été le premier parti de gauche à se déssolidariser des violences et des pillages a clarifié la situation : la gauche a eu vite fait de chercher à nous diviser à nouveau, et à affaiblir le mouvement en condamnant et se dissociant des pillages et des violences. La gauche, comme l'extrême droite, et comme l'ensemble des partis politiques défendent l'ordre de l'État et l'économie. Or, c'est précisément à cela que l'on s'est attaqué : l'ordre économique et l'État.

Enfin, contrairement au début des Gilets Jaunes, les petits commerçants, effrayés par les très nombreux pillages, sont déjà hors du mouvement. Ils ont rejoins leur camp : celui de l'ordre où ils mangent dans la main des fascistes. Un début de clarification de classe s'est donc opéré le 17 octobre, par une maturation, un approfondissement de l'antagonisme de classe : aucun respect pour l'État et ses flics, aucun respect pour l'ordre bourgeois et ses commerces, aucune place aux bandes fascistes dans nos mouvements.

C'est un début. La question qui se poser est bien sûr celle de la suite.

Est-ce qu'un mouvement va s'étendre sur cette base ? Dans tous les cas une classe s'est trouvée le 17 et cela aura des effets. Si mouvement il y a, alors nous sommes peut être au seuil d'un saut dans l'inconnu. Car une nouvelle génération est arrivée dans la lutte de classe, et elle a faim. Et si le 20e siècle et ses luttes étaient prises sous le signifiant du Progrès, le 21e siècle sera celui de l'URGENCE. La lutte de classe de ce siècle n'a pas le luxe d'attendre les retombées d'un progrès illusoire. Elle doit faire la révolution urgemment pour se libérer un avenir vivable. C'est sur cet affect que la lutte de classe de ce siècle s'engage. Et une génération est là pour mener la bataille.

5 - La répression

Le fait que Macron (et beaucoup d'autres) ait dit que « rien ne peut expliquer » ce qui s'est passé n'est pas uniquement le signe de l'aveuglement de la bourgeoisie sur la classe en lutte et ses raisons (son histoire, sa logique, ses dynamiques, sa rationalité). Cela raconte aussi que pour eux, notre classe en lutte est un réel hors-sens, qu'elle est inexplicable, c'est-à-dire qu'elle est un réel traumatique. En nous sortant du champ de l'explicable, ils se préparent eux-même à commettre l'inexplicable. En disant que rien ne peut expliquer ce qui s'est passé, ils essaient de se convaincre que nous sommes hors de toute rationalité : des sauvages, des sous-hommes, des êtres perdus animés d'une soif nihiliste de destruction du commun. Cela prépare la possibilité du recours à une réaction anti-communarde, versaillaise, actualisée récemment tragiquement en Iran : le recours au massacre. Macron a d'ailleurs repris le terme de factieux dans son allocution du 18 octobre.

Et cela dans le cadre d'un monde en guerre qui voit peu à peu son prolétariat se constituer et se soulever. Prolétariat que les États peuvent toujours présenter comme une force au service de l'ennemi et justifier ainsi les massacres et le renforcement du bloc de l'ordre. La seule perspective nous permettant d'échapper à notre enfermement dans cet enfer capitaliste où les guerres entre nations nous écrasent et justifient tous les massacres, est l'extension de notre force de frappe et de notre mouvement au-delà des limites nationales. Les années 2025-2026 sont à cet égard tout à fait particulières, car la jeunesse prolétaire s'y révolte de façon synchrone dans plusieurs pays. La contagion révolutionnaire au-delà de toutes les frontières, la nécessité d'un grand mouvement révolutionnaire mondial est de plus en plus dans l'air du temps. Et cela est une très bonne chose.

Nous en sommes là.

La lutte de classe en France s'est accélérée et clarifiée en une séquence en réalité très dense et aux conséquences certainement peu mesurables actuellement. Dans tous les cas, la rencontre qu'il y a eu le 17 entre différentes fractions de la classe en lutte et la force prolétarienne qu'elle permet de poser est précieuse.

Nous verrons si l'État arrive à reprendre la main et comment. Dans tous les cas, une force s'est constituée et elle marquera une génération. Mais la force qui s'est trouvée n'a d'avenir sérieux que si elle arrive à se joindre aux autres fractions de la classe en mouvement (séparée de nous par les Nations) contre les séparations sociales, nationales. Notre mouvement sera anti-national ou bien il sera condamné à perdre. Notre classe n'a aucun destin Français, ni d'aucune nation. Son avenir est à la synchronisation mondiale et au renforcement mutuel des soulèvements.

REVOLUTIONTIMES.WORLD

Nous sommes pour la révolution sans frontières, par une insurrection généralisée contre tous les États, contre le capital et la propriété, par l'abolition de la marchandise, de l'argent, du travail, de la famille… La création d'un monde nouveau libéré de l'exploitation et de l'oppression n'est pas séparable de la destruction de la société existante.

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24.10.2026 à 08:00

Dépasser la peur du feu

À l'heure où le pouvoir brandit la menace sécuritaire et déploie ses dispositifs de contrôle, éclaircir nos peurs, c'est peut-être déjà commencer à les déjouer. Texte écrit par Terrain Vague, à la veille du 24 octobre.

Texte intégral (1308 mots)

À l'heure où le pouvoir brandit la menace sécuritaire et déploie ses dispositifs de contrôle, éclaircir nos peurs, c'est peut-être déjà commencer à les déjouer. Texte écrit par Terrain Vague, à la veille du 24 octobre.

Même si le mouvement dit « lycéen » échappe encore largement aux tentatives d'encadrement, est disparate et conserve son autonomie, les mêmes réflexes de clarification peuvent ressurgir : définir ce qu'est le mouvement — lycéen, émeutier, révolutionnaire —, chercher à le structurer, à formuler des revendications claires, à tracer une perspective politique. Comme s'il fallait à tout prix donner une direction à ce qui déborde, avant que cela ne nous échappe. Cette volonté de nommer, de revendiquer, de cadrer ce qui se soulève, de lui assigner un sens et une issue, peut provenir de la peur : une peur légitime de la répression, mais aussi du débordement.

Face à la répression aussi grave que spectaculaire, il y a la peur d'avoir davantage à perdre qu'à gagner. Les horizons de la victoire sont flous, tandis que la répression est tangible, mortelle et déjà à l'œuvre. C'est pourtant parce que nous ignorons ce que nous pouvons gagner que l'horizon reste ouvert : ce que nous risquons aujourd'hui peut devenir la condition de possibilités que nous n'aurions jamais osé imaginer seul·es.

Si ce n'est pas la peur de se faire tuer par la police, il y a aussi la peur de ne pas être assez nombreux·ses, de voir les autres reculer, de rester seul·es face au risque. Chacun·e anticipe alors le retrait des autres, attend que quelqu'un·e fasse le premier pas, cherche des garanties avant de s'engager. Nous finissons par nous croire seul·es à vouloir continuer, que finalement nous ne sommes qu'une minorité impuissante. La peur redouble alors quand on se coupe du mouvement et de son élan, quand on se range du côté de celles et ceux qui le regardent de loin. C'est précisément sur cette peur que le pouvoir cherche à prendre appui. Il voudrait nous convaincre que nous n'avons pas les moyens de continuer, que la défaite est inévitable, que résister ne peut conduire qu'à davantage de répression. L'état d'urgence et la menace sécuritaire participent de cette entreprise : faire de l'ordre une nécessité absolue, de l'insurrection un danger et de la soumission un refuge. Il ne s'agit plus seulement de réprimer celles et ceux qui agissent, mais de dissuader celles et ceux qui pourraient nous rejoindre.

Enfin, le réflexe de clarification et d'organisation de nos luttes témoigne d'une peur du débordement, de l'inconnu, de ce qui pourrait nous entraîner plus loin que prévu. Compréhensible, ce réflexe est propice à l'autoritarisme et à la fin des mouvements par l'arrêt de leur spontanéité, de leur heureuse folie et de leur imprévisibilité. C'est une peur des possibles que nous ne savons ni anticiper ni maîtriser. Comme si nous ne pouvions agir que sur un terrain connu, à condition d'en prévoir les risques et d'en garantir l'issue. Pourtant, c'est dans l'incertitude que s'inventent de nouvelles possibilités ou que se découvrent des solidarités et des forces insoupçonnées.

Agir sans savoir où cela nous mènera, ce n'est pas renoncer à toute perspective : c'est refuser que les limites du possible soient fixées d'avance, et c'est précisément là que se joue la liberté : dans la capacité à refuser tout ce qui nous domine, à ouvrir des possibles que rien ne nous garantit, et à inventer collectivement ce qui n'existe pas encore.

Le pouvoir aussi a peur

Peur de perdre le contrôle, de voir la contestation s'étendre, de ne plus parvenir à isoler les révolté·es. La démonstration de force vise à nous sidérer et à rendre crédible l'autorité fragilisée.
L'hélicoptère qui survole Paris alors que les rues sont déjà éclairées la nuit donne à voir cette contradiction : le pouvoir déploie sa force pour impressionner, mais cette démonstration révèle aussi combien il tient à rendre visible son contrôle. Si la violence d'État demeure une réalité matérielle qui blesse et qui tue, la peur de la répression ne doit pas nous faire oublier la peur de l'ennemi, ni transformer sa puissance en fatalité. Aucun pouvoir ne peut tenir pour acquise l'obéissance de la population. Les derniers soulèvements de la genZ ont aussi montré que l'obéissance des forces de sécurité n'est pas toujours acquise : des policiers ou des militaires peuvent hésiter, reculer ou refuser d'obéir. Les rapports de force ne sont pas immuables.

Dépasser nos peurs ne signifie ni les nier ni se jeter aveuglément dans l'affrontement. Même s'il faut bien renverser le pouvoir par le conflit, il n'existe pas une seule manière d'y prendre part, ni d'échelle du courage au sommet de laquelle trônerait la confrontation directe. L'anti-répression, le soutien aux personnes poursuivies, les premiers secours, la diffusion d'informations, les discussions, les occupations d'universités ou même les garderies d'enfants pendant les manifestations sont autant de manières de contribuer à la lutte. Elles tissent des solidarités et permettent au mouvement de durer. Tout le monde n'a pas à faire la même chose : chacun·e doit pouvoir trouver sa place sans que la peur, la culpabilité ou la pression du groupe ne lui dictent sa conduite.

La peur ne se combat pas en prétendant n'avoir rien à craindre ni tout maîtriser, il s'agit plutôt de ne pas lui abandonner la décision. D'accepter de ne pas savoir jusqu'où nous irons, ce que nous gagnerons, ni ce qui naîtra de ce qui se défait. De ne pas chercher à garantir à l'avance l'issue de notre révolte, pour ne pas ramener l'inconnu aux limites du possible tel que nous le connaissons.
Refuser de céder à la peur, c'est aussi refuser de se dissocier de celles et ceux que le pouvoir désigne comme des « casseurs » pour mieux isoler et délégitimer la révolte. C'est refuser de se distinguer à tout prix de celles et ceux qui débordent du cadre acceptable, de ne pas reprendre à son compte les lignes de partage tracées par le pouvoir lui-même, de ne pas contribuer à l'isolement de celles et ceux qui affrontent directement la répression.

C'est bien dans l'action collective, diverse et conflictuelle en son sein, que la peur - à défaut de disparaître - se partage, se dilue et perd une part de son pouvoir. On découvre que les autres tremblent aussi, que l'on peut hésiter sans renoncer, participer sans tout risquer à chaque seconde, avancer sans être certain·e de vaincre. La force collective ne supprime pas le danger : elle permet de ne plus l'affronter seul·e. Peut-être la révolution commence-t-elle là : dans le refus d'attendre d'être rassuré·es pour agir et dans la découverte que l'ordre du vieux monde présenté comme indépassable est lui aussi traversé de failles.

Terrain Vague réfléchit à la sortie du social-humanitaire, vers l'entraide et la révolte. Instagram : ter_rain_vague / mail : contact_terrainvague@proton.me

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24.10.2026 à 08:00

Évolution du dispositif policier pour samedi [24 octobre], que'est-ce qui change ?

Un thread de @k1000journaliste

Samedi 24 octobre prochain, l'organisation du maintien de l'ordre sera très différente. On passe d'un dispositif policier statique et défensif, à un dispositif mobile et offensif.

Texte intégral (873 mots)

Un thread de @k1000journaliste

Samedi 24 octobre prochain, l'organisation du maintien de l'ordre sera très différente. On passe d'un dispositif policier statique et défensif, à un dispositif mobile et offensif.

Samedi 24 octobre prochain, l'organisation du maintien de l'ordre sera très différente. On passe d'un dispositif policier statique et défensif, à un dispositif mobile et offensif.

Concrètement, ça veut dire plusieurs choses. D'abord le gouvernement va décharger les policiers de la protections des lieux sensibles (Élysée, Matignon, Assemblée Nationale, préfectures, etc.). Ces lieux seront gardés par des militaires de l'opération Sentinelles.

Or, le 17, si les policiers ont perdu le contrôle dans beaucoup d'endroits, c'est car une part importante du dispositif était concentrée sur la protection de ces lieux, avec d'importantes lignes de policiers statiques chargées de bloquer les accès.

Dans certaines villes, la logique était donc des assauts localisés de manifestant-es vers ces flics, pour espérer faire céder la ligne, et prendre le lieu de pouvoir (préfecture, mairie ou autre). C'était une guerre de position, pas une guerre de mouvement.

Cela a eu pour effet que, dans beaucoup d'autres endroits, de très importants cortèges ont pu défiler, et les policiers ont été dépassés par la mobilité des manifestants. Affrontements statiques d'un côté, cortèges très mobiles de l'autre.

L'objectif du gouvernement pour samedi, c'est d'empêcher la mobilité des cortèges et d'éclater très rapidement tout regroupement, afin de ne pas laisser le temps aux manifestant-es de s'organiser. L'objectif est probablement de faire rapidement baisser le nombre de personnes.

Il est très probable qu'on passe donc d'une logique d'affrontements à distance, avec pavés contre grenades lacrymos, à un affrontement au corps à corps, avece des charges très régulières des policiers, pour couper les cortèges et pousser les gens à quitter les lieux.

Avec les unités libérées de la protection des lieux de pouvoir, il y aura mécaniquement un nombre plus élevé de policiers sur les autres zones d'affrontement.

Mais, ce n'est pas absolu non plus : le 17, le dispositif était déjà énorme, avec 60 000 policiers et gendarmes.

Autrement dit, il est probable qu'on ait un dispositif supérieur, avec entre 80 et 90 000 policiers. Mais pas plus, car c'est proche du plafond possible à atteindre (89 000 au plus fort des gilets jaunes).

Autre nouveauté : la présence du RAID, de la BRI et du GIGN.

Le 17, le RAID a été déployé à Bordeaux, mais le 24, il semble que ces unités pourraient être déployées beaucoup plus massivement. Comme la BAC et les BRAV-M, elles sont très mobiles et agiles, et peuvent se déplacer rapidement d'un point à un autre. Face à cette évolution du dispositif, quelles stratégies pour les manifestant-es ?
Le 17, le nombre ultra massif a été le principal atout des manifestant-es, et ce sera encore probablement le cas. Un dispositif perd en efficacité quand il est dépassé par le nombre.

Egalement, du côté des manifestant-es, certain-es pourraient chercher à s'attaquer à la mobilité du dispositif afin d'enrayer l'efficacité des nouvelles méthodes de maintien de l'ordre. Peinture sur les visières, boucliers et pare-brise des véhicules de police. Barricades très rapidement dressées et enflammées, centaines de briques ou cailloux disposés tout au long des rues où les forces de l'ordre interviennent pour freiner leur avancée, destruction des véhicules de police (incendie, pneus crevés, etc).
Les méthodes possibles du côté des manifestant-es sont nombreuses. A cela s'ajoute évidemment la possibilité d'affrontements très violents au corps à corps, situation dangereuse pour les manifestant-es, mais aussi les policiers, qui s'exposent à plus de blessures.

Un dispositif mobile est efficace s'il conserve sa mobilité. Cela dépend de la capacité ou non des manifestant-es à trouver des méthodes pour freiner le dispositif, et nombre de manifestant-es. Si les rues sont remplies, il devient difficile pour les policiers de circuler.

La bataille de samedi risque d'être intense, et son issue dépend de la stratégie de maintien de l'ordre, mais aussi du nombre et de la détermination des manifestant-es, ainsi que de leur ingéniosité pour adapter leur méthodes à la mobilité des policiers

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23.10.2026 à 12:00

Acte II, samedi 24 octobre : rendez-vous dans la rue !

Appels et informations sur la journée du 24 octobre à Paris ! L'intersyndicale appelle à une manifestation entre Bastille et Nation à partir de 14h. Comme la semaine dernière, mutliplions les fronts et amplifions la révolte ! Les interdictions et la répression n'étoufferont pas notre colère.

Texte intégral (3125 mots)

Appels et informations sur la journée du 24 octobre à Paris ! L'intersyndicale appelle à une manifestation entre Bastille et Nation à partir de 14h. Comme la semaine dernière, mutliplions les fronts et amplifions la révolte ! Les interdictions et la répression n'étoufferont pas notre colère.

Infos sur la journée : soin, bases arrières, antirep

Initiation médic

Initiation street medic le matin au Baranoux

Infos antirep

Avocat-es disponibles le 24 octobre (retenir le nom et le barreau) :

  • Lisa Giraud (barreau de Paris)
  • Damia Taharraoui (barreau de Paris)

La ligne d'urgence de la Legal Team/Coord antirépression (contact par Signal possible) si tu es témoin d'une interpellation ou si tu es le/la proche d'une personne interpellée (inutile de le retenir si on est soi-même arrêté-e !) : 📞 07 52 95 71 11

Quelques rappels de la legal team dans cet article :

[Base arrière] Cantine des Pyrénées sera ouverte

Afin de se soutenir et s'entraider dans ces intenses moments de révolte, la cantine des Pyrénées sera ouverte toute la journée samedi 24 octobre.

Entre 10h et 12h30, nous proposons de cuisiner sandwichs et gâteaux. Ils seront mis à disposition à prix libre à la cantine (sur inscription auprès de la cantine).

À 13h30, on part ensemble en manif. Ramenez vos meilleures pancartes et banderole !

Entre 15h et 22h, la cantine restera ouverte. Vous pourrez y passer pour vous reposer, (re)prendre des forces, soigner des petites blessures, se rejoindre ou papoter autour d'un café. Afin de s'assurer de l'ouverture, vous pouvez vous inscrire auprès de la cantine pour tenir un créneau.

[Base arrière soin] CICP

avec soins psychiques, somatiques et salle chill pour se poser de 16h à 22h 21 ter rue Voltaire 75011 Paris

[Base arrière et garderie]

la Coco Cantine, 29 rue du Soleil 75020 Paris
11h à 18h lieu de répit et de repli. Une équipe cuisinera pour fournir de la nourriture aux manifestant.es. une autre équipe s'occupera des enfants. Des bénévoles de La Bulle IDF seront présent.es pour l'accueil d'enfants de 14h à 18h. C'est gratuit. Il y aura des livres, petits jeux, des puzzles, coloriages. Les parents et tuterices sont bienvenu.es pour rester avec leurs enfantssi iels le veulent. Car la Bulle, c'est aussi un moyen de socialiser entre parents militant.es.
Inscription recommandée : envoyez-nous un message privé mar mail bulleIDF@protonmail.com
Précisez âge.s et horaires approximatifs de la présence sur le temps d'accueil si possible.
La Bulle IDF est un collectif queer et autogéré qui propose des gardes d'enfants en marge d'évènements queers, féministes, antiracistes, antivalidistes, antifascistes et anticapitalistes. Nous asommes aussi un espace de rencontres pour les personnes queers ayant des enfants.
La Coco Cantine est un « restaurant associatif végétarien pour toustes »

Appel intersyndical

Les syndicats appellent à une manif entre Bastille et Nation samedi à partir de 14h et refusent le changement de parcours imposé par la Préfecture.
Après négociations et accords sur le Bastille-Nation, la préfecture revient en arrière et propose Porte d'Italie-Porte de Vincennes. L'intersyndicale Île de France refuse et maintient son appel 14H Bastille direction Nation.

Rendez-vous glanés par-ci par-là

Départs collectifs

  • À 12h30 depuis Gambetta
  • À 13h de la rotonde place Stalingrad
  • À 13h de la Cantine des Pyrénées (77 rue de la Mare, 20e)

Manifs

14h manif déposée (non interdite pour l'instant) par les syndicats Bastille-Nation Finalement manif intersyndicale Porte d'Italie - Porte de Vincennes par les maréchaux, à la suite de l'interdiction du parcours précédent par la préfecture
14h place de la Madeleine
14h place de l'Opéra
14h Gare Saint-Lazare
15h Jussieu Manifestation des Gilets Jaunes contre la Macronie->annulé
20h place de la Concorde

Appel des gilets jaunes

Macron doit partir et laisser la place au peuple  !

Macron parle de colère et de honte. Nous les lui retournons.

Le samedi 17 octobre, nous étions 800 000 dans les rues, sur les ronds-points, devant les stations-service, aux péages, les dépôts et les raffineries : plus de 1 700 actions partout en France. Gilets jaunes, lycéen·nes, étudiant·es, paysan·nes, pompier·es, ouvrier·es, profs, soignant·es, défenseur·euses du climat, habitant·es des quartiers populaires, retraité·es : un arc-en-ciel des colères s'est levé pour réclamer d'une même voix démocratie, dignité et justice.

Dimanche 18 octobre, à 20 h, le président de la République a répondu à 800 000 personnes par les préfets. Il parle de « factieux » et de « délinquants ». Il annonce que les préfets pourront « interdire certains rassemblements ». Bruno Retailleau réclame déjà l'état d'urgence.

« De la colère, de la honte »

Oui, nous ressentons de la colère. Celle de payer le plein, les courses et le loyer toujours plus chers, pendant que Total Energies empoche 11 milliards de dollars en six mois. Celle d'entendre qu'il n'y a plus d'argent, dans le deuxième pays du monde pour les dividendes. Celle d'une démocratie où l'on vote tous les cinq ans et où, le reste du temps, il faudrait la fermer.

Oui, nous ressentons de la honte. Honte d'un président qui avait promis en 2020 de recevoir les Gilets jaunes à l'Élysée et ne l'a jamais fait, qui a mis des milliers de doléances à la poubelle, et dont le Premier ministre refuse de recevoir les organisations étudiantes.

« Ceux qui ont pillé doivent rembourser »

Chiche. Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, le gazole a augmenté de 86 % et le SMIC de seulement 26 %. Son budget 2027 gèle les allocations, les APL et les salaires des agents publics, et prend 5,5 milliards aux retraité·es. Pour les superprofits du pétrole : pas un centime.

Celles et ceux qui pillent nos fins de mois, nos services publics et le vivant depuis 10 ans siègent au gouvernement et dans les conseils d'administration. Qu'ils remboursent.

« La violence débridée »

Il appelle tous les partis à condamner les violences. Nous refusons d'ajouter notre voix au concert de l'indignation. La violence débridée, nous l'avons vue. À Paris, la place de la République a été gazée avant même le départ du cortège. À Strasbourg, des charges ont visé des manifestant·es pacifiques. À Saint-Étienne, un jeune a eu la main arrachée. À Mulhouse, une jeune femme a perdu un œil. À Lens, un garçon de 15 ans a perdu une main. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu un œil. À Paris et en petite couronne, plus de 550 gardes à vue : des avocat·es décrivent des personnes menottées à des bancs pendant des heures. Et un membre de la street medic a été gravement blessé sous les coups des violences policières.

« Toute la transparence sera faite », promet-il. Qu'elle soit faite sur chaque main arrachée et chaque œil perdu. Il se dit « intraitable » et réclame aux procureurs « la plus grande fermeté ». Cette fermeté, la jeunesse la connaît déjà : plus de 6 000 interpellations avant même le 17 octobre, surtout des mineur·es.

Son soutien va aux forces de l'ordre. Le nôtre va à celles et ceux qu'elles ont blessé·es. La police mutile, les pesticides tuent, la destruction des services publics tue, la concentration des richesses tue. Chaque jour où cela continue est une violence plus grande que la révolte.

« Les revendications légitimes »

Il dit que nos revendications sont légitimes. Alors qu'il y réponde : les prix, les salaires, les services publics, l'avenir de la jeunesse. Il choisit de répondre par les préfets. Un président qui reconnaît la légitimité d'un peuple et lui envoie la police a perdu le droit de le gouverner.

« Interdire certains rassemblements »

Interdire nos rassemblements, c'est l'arme de l'état d'urgence. Nous savons d'où elle vient.

La loi sur l'état d'urgence date du 3 avril 1955. Elle a été écrite pendant la guerre d'Algérie, pour la guerre d'Algérie. Le 5 octobre 1961, le préfet de police Papon imposait aux seuls « Français musulmans d'Algérie » un couvre-feu à Paris et en banlieue, de 20 h 30 à 5 h 30. Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d'Algériennes et d'Algériens ont manifesté pacifiquement contre ce couvre-feu raciste. La police de Papon les a massacré·es.

En 2005, après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, le gouvernement a ressorti cette loi pour imposer des couvre-feux aux quartiers populaires. De novembre 2015 à novembre 2017, l'état d'urgence a servi à interdire 155 manifestations et à prononcer 639 interdictions individuelles de manifester, selon Amnesty International. Dès la COP21, 26 militant·es écologistes ont été assigné·es à résidence. En 2019, contre les Gilets jaunes, la loi « anticasseurs » a voulu permettre aux préfets d'interdire à une personne de manifester : le Conseil constitutionnel a censuré cette mesure. En mai 2024, sous l'état d'urgence en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement a coupé TikTok pendant deux semaines.

Chaque fois, on nous a promis que ce serait temporaire, ciblé, réservé à quelques-un·es. Chaque fois, ces mesures ont servi à faire taire celles et ceux qui manifestaient.

Nous exigeons

  • le respect des valeurs de la République : Liberté, Égalité, Fraternité  ;
  • le respect de notre droit à la dignité et à vivre dignement et sainement  ;
  • le respect de notre droit de manifester, de se réunir et de faire grève, partout  ;
  • la condamnation des violences policières et l'interdiction des grenades de désencerclement et des LBD contre les manifestant·es, la fin des interpellations de masse, des gardes à vue de mineur·es et des traitements dégradants dans les commissariats  ;
  • la démission d'Emmanuel Macron et la fin de cette démocratie représentative qui méprise les intérêts du peuple.

La population de France mérite d'être enfin considérée, entendue et écoutée. On ne nous fera pas rentrer chez nous. Face à la répression, notre meilleure protection, c'est le nombre et l'unité.

Gilets jaunes et Gen Z, lycéen·nes, étudiant·es, paysan·nes, pompier·es, ouvrier·es, profs, soignant·es, défenseur·euses du climat, habitant·es des quartiers, retraité·es : tous ensemble, toutes ensemble  !

Macron doit partir et laisser la place au peuple  !

Le peuple uni ne sera jamais vaincu  !

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23.10.2026 à 08:00

La France fonce vers la dictature assumée

Comment appelle-t-on un régime qui déploie l'armée et l'antiterrorisme contre des manifestations, qui applique des couvre-feux, utilise une justice d'exception et veut interdire le plus grand parti de gauche ? Article de Contre-attaque

Texte intégral (1690 mots)

Comment appelle-t-on un régime qui déploie l'armée et l'antiterrorisme contre des manifestations, qui applique des couvre-feux, utilise une justice d'exception et veut interdire le plus grand parti de gauche ? Article de Contre-attaque

Ces trois dernières semaines, nous avons vu, contre le mouvement lycéen, des images dignes de dictatures latino-américaines des années 1970. Adolescent·es étranglé·es, mineur·es plaqué·es au sol pour être menotté·es, manifestant subissant une tentative de noyade, enfants arrêtés par milliers, fouillés à nu et frappés. Nous avons vu des mutilations béantes dans des corps de lycéen·nes et des voitures de police lancées dans des cortèges. Dans une société saine, le dixième de telles pratiques contre des mineur·es ferait tomber un régime. Mais ici, les médias ont tellement intoxiqué la population que tout cela a été présenté comme normal.

Avec le 17 octobre, nous franchissons de nouveaux caps. Les personnes qui n'étaient pas encore transformées en zombies sont descendues massivement dans les rues, et ont débordé partout. Plutôt que d'écouter, enfin, Macron appuie sur l'accélérateur. Les annonces qui tombent depuis 24 heures n'ont plus rien à envier à un régime fasciste.

L'armée face au mouvement social

Des militaires de l'opération Sentinelle seront déployés samedi 24 octobre pour « sécuriser l'espace public » en complément de la police. Utiliser des soldats armés en complément du maintien de l'ordre est la marque d'un pays qui bascule. C'est aussi une manière d'habituer la population à la militarisation des villes, à une ambiance de coup d'État.

L'antiterrorisme dans les rues

Le Ministre de l'Intérieur déploiera aussi des unités paramilitaires chargées de la lutte antiterroriste et de la grande criminalité : le RAID et le GIGN. Ce sont des unités formées et équipées pour tuer, avec du matériel lourd. L'État français les avait envoyé dans certains quartiers après l'assassinat de Nahel. Ces unités, à la manière de colonnes infernales, avaient roulé en blindé, en tirant au fusil à pompe pour vider les rues. Un homme avait été plongé dans le coma suite à un tir en Lorraine, un autre avait été abattu à Marseille. Déployer de tels tueurs contre le mouvement social est une étape de plus vers l'obscurité. En parallèle, des hélicoptères et des blindés Centaure seront utilisés en plus grand nombre. Nos gouvernants sont en guerre.

Manifestations interdites et couvre-feux

Laurent Nunez annonce qu'il fera interdire toutes « les manifestations revendicatives de nature à troubler l'ordre public », toutes les manifestations « non déclarées », mais aussi celles déposées officiellement, « s'il considère que l'organisateur ou le service d'ordre ne peut garantir qu'ils se dérouleront dans le calme ». Cette mesure va de pair avec les couvre-feux déjà en place dans de nombreuses villes.

Ce sont deux méthodes utilisées en temps de guerre, deux atteintes majeures aux droits fondamentaux : celui d'aller et venir, et celui d'exprimer son opinion. Avant Macron, les interdictions de manifestations étaient rarissimes. Depuis les Gilets jaunes, jamais elles n'avaient été aussi nombreuses.

La justice utilise l'arsenal réservé au grand banditisme

Gérald Darmanin a envoyé « une instruction à tous les parquets de France » pour leur demander de passer en qualification de « criminalité organisée » les manifestant·es arrêtés. C'est donc une justice exceptionnelle appliquée à des gens qui revendiquent des droits. Cela permettra d'allonger les gardes à vue de 48 heures maximum à 72 heures : trois jours en détention avant un éventuel procès. Les procédures « criminelles » permettent aussi de géolocaliser et écouter les contestataires. Des moyens extrêmement invasifs pour de simples actions sociales.

Reconnaissance faciale et intelligence artificielle

Le ministre de la justice annonce aussi l'utilisation de la reconnaissance faciale et de drones de surveillance, pour identifier en masse les manifestant·es, notamment ceux qui braveraient les interdictions de manifester. Là encore, si cela se passait en Chine ou en Russie, tout le monde hurlerait à la dictature. On apprend d'ailleurs que l'État a commencé à expérimenter des logiciels d'intelligence artificielle destinés à anticiper les émeutes. Une police prédictive qui analyse les flux sur les réseaux sociaux et les images de surveillance. Dystopique.

L'antiterrorisme pour des dégradations

Suite à l'incendie de la mairie de Limoges, la justice utilise des moyens destinés aux attentats. La Sous-direction anti-terroriste a été saisie de l'enquête, au prétexte de « lutte contre les extrémistes violents ». Une nouvelle manière de classer les mouvements sociaux dans la catégorie terroriste. Le Parquet national anti-terroriste pourrait aussi être chargé de l'affaire. « S'il se saisit, cela veut dire que c'est un acte terroriste, c'est-à-dire que des personnes, notamment d'ultra-gauche, auraient organisé de façon évidente cette destruction de l'hôtel de ville » déroule Darmanin, aux anges. L'antiterrorisme n'a pas été utilisé contre les groupes fascistes armés.

Dissolution de LFI et manipulation des services de renseignement

Une campagne toujours plus violente se déchaîne contre LFI. Depuis trois semaines, les médias accusent le parti de « manipuler » les lycéen·nes et d'organiser des révoltes, alors que cela devrait être le rôle de tous les partis démocratiques de protéger des enfants réprimés. Bruno Retailleau avait réclamé la dissolution du parti, une demande désormais relayée par le président du Sénat Gérard Larcher, deuxième responsable politique du pays derrière Macron.

Médiapart a recueilli le témoignage d'un commissaire du renseignement territorial qui affirme que le gouvernement lui aurait demandé « d'écrire que c'est LFI qui est derrière le mouvement » et les violences. Une manipulation des services pour installer un narratif mensonger, en vue d'interdire le premier parti d'opposition. Encore une fois, des méthodes dignes de la Russie de Poutine.

Article 16 et état d'urgence

Sébastien Lecornu n'a pas écarté la possibilité d'instaurer l'état d'urgence ni d'invoquer l'article 16 de la Constitution, qui accorde au président des pouvoirs exceptionnels, explique le journal anglais The Daily Telegraph. Autrement dit, un basculement dans l'état d'exception et un pouvoir total de Macron, donc une dictature, uniquement pour mater une contestation. Le tout en pleine campagne présidentielle.

Selon des sources proches du pouvoir, Macron voulait même décréter l'état d'urgence dès dimanche soir, pour lancer des perquisitions et des arrestations extra-judiciaires de masse contre « l'ultra-gauche ». Il a finalement reculé pour cause de « moyens policiers et judiciaires insuffisants », déjà utilisés pour éteindre les luttes dans la rue. Cela veut dire que les rafles politiques et le basculement du régime sont déjà validés au sommet de l'État, mais qu'il a seulement été décalé pour des raisons de personnel.

« Traque aux jeunes » et propos racistes

« Il faut des images de jeunes qu'on traque, qu'on va chercher par le col » aboie Gabriel Attal sur BFM. « Qu'on traque ? » lui demande la journaliste, « Oui bien sûr ! Il faut des exemples » répond le candidat macroniste. Il y a quelques années, ces propos auraient pu être prononcés par l'extrême droite radicale, et auraient fait polémique.

Sur la même chaîne, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, affirme que « les premiers responsables, ce sont les racailles », et ajoute qu'on « voit bien sur les images quel est le type de population ». Des propos ouvertement racistes, alignés sur ceux de Donald Trump.

État policier, extinction des contre-pouvoirs, militarisation généralisée, xénophobie et justice d'exception, couvre-feux et interdiction de manifester : ce gouvernement non-élu déploie désormais tout le répertoire fasciste. Que faut-il de plus pour se soulever ? Ce sera eux ou nous. Ce sera la dictature ou la révolution.

Article publié initialement par Contre-attaque
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23.10.2026 à 08:00

Formation street medic ouverte à tous·tes le 27/10

Par un collectif d'étudiant·es en santé à Sorbonne Université, engagé·es, solidaires et inclusif·ves. Rendez-vous mardi 27 octobre de 16h à 18h au local de la Pitié-Salpêtrière, sur inscription (contact : p6enlutte@protonmail.com)

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Par un collectif d'étudiant·es en santé à Sorbonne Université, engagé·es, solidaires et inclusif·ves. Rendez-vous mardi 27 octobre de 16h à 18h au local de la Pitié-Salpêtrière, sur inscription (contact : p6enlutte@protonmail.com)

La street medic c'est quoi ?

Les street-médics sont des militant·es fournissant des premiers secours dans des contextes à risque (principalement des manifestations) où les institutions ne peuvent/veulent pas forcément être présentes directement, notamment (mais pas nécessairement) pour assurer le relai avec celles-ci.

La street medic c'est militant ?

Être street-médic est intrinsèquement politique de ses origines à ses applications actuelles, cette pratique tourne autour de l'accès aux soins et aux premiers secours dans des contextes où ceux-ci sont déséquilibrés, auprès de personnes exposées à de forts risques. Il n'est donc pas question de neutralité mais bien d'une extension des luttes au médical. On vient en manif pour les mêmes raisons que tout le monde : parce qu'on a peur, parce qu'on a le seum, parce qu'on a la rage !

Inspiré de la brochure touxtes street medics du collectif medic'action

Source : @sante_engagee_solidaire

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22.10.2026 à 14:32

Prochaines initiations médic du collectif Soin Collectif Île-de-France

Rendez-vous ce soir à 18h30 au cinéma la Clef salle 2 (34 rue Daubenton), samedi matin au Baranoux (horaire à venir) et mardi 27 à 16h au cinéma La Clef. Formation à prix libre d'environ 2h sur les bases du secourisme en manif, les armes de la police, et reconnaître les signes de gravité. Par Soin Collectif Idf

Texte intégral (736 mots)

Rendez-vous ce soir à 18h30 au cinéma la Clef salle 2 (34 rue Daubenton), samedi matin au Baranoux (horaire à venir) et mardi 27 à 16h au cinéma La Clef. Formation à prix libre d'environ 2h sur les bases du secourisme en manif, les armes de la police, et reconnaître les signes de gravité. Par Soin Collectif Idf

Au programme :

  • Être médic
    • Qui peut être médic
    • Protéger, rassurer, respecter le consentement
  • Les armes et les blessures
    • Les armes de la répression
    • Plaies, brûlures et traumas
  • Quand c'est grave
    • Reconnaître la gravité
    • Obtenir l'intervention des secours

Ce soir à la Clef : 64 places disponibles, en sous-sol, non accessible PMR

Qui ?

Soin Collectif Île-de-France est un collectif de street-médics horizontal, indépendant et inclusif, basé à Paris et ses alentours.

Nous sommes avant tout des militant-e-s et participons dès lors à toute manifestation ou rassemblement qui correspondent à nos valeurs. Nous avons créé ce collectif afin de nous organiser entre personnes pratiquant la médic, de mettre en commun nos connaissances, et de faire connaître nos pratiques. Nous ne prétendons pas parler au nom de l'ensemble de nos membres ni diriger leurs actions.

Certain-es d'entre nous sommes professionnel-les ou volontaires du secteur de la santé et du secourisme, mais pas toustes : nos pratiques sont régulièrement différenciées de celles du soin institutionnel.

Nos valeurs

Nous nous revendiquons anarchistes, antifascistes, féministes, antiracistes, dévalidistees et révolutionanires. Nous ne sommes pas apolitiques : nous luttons aux côtés de celles et ceux qui se battent contre les réactionnaires et les oppressions, où qu'elles soient.

Nous nous positionnons contre les tendances virilistes que l'on peut trouver dans certains milieux médic (posture de mise en avant de soi, prise de risques inutiles, prise d'ascendant sur les autres).

Nos pratiques

Nous proposons notre aide à toute personne en ayant besoin, tout en prenant soin de préserver notre propre intégrité. Nous ne demandons pas de compensation, sous quelque forme que ce soit, y compris symbolique (nous nous opposons à l'héroïsation de la figure du médic).

Nous respectons le consentement des personnes prises en charge dans nos pratiques de soin. Nous avons pour volonté de lutter contre toute forme de discrimination, y compris et surtout dans nos propres milieux.

Nous sommes honnêtes vis-à-vis de nos compétences, nous nous efforçons de nous maintenir au niveau, d'apprendre, et d'approfondir les connaissances que nous avons afin d'apporter la meilleure aide à nos camarades.

Conscient-es de nos limites nous ne réalisons pas d'actes pour lesquels nous n'avons pas été formé-es afin de ne pas mettre en danger supplémentaire la personne secourue.

Nous contacter

Mail : medics-deter-idf [at] proton.me

On se soigne, on s'organise, on se défend

source : @sc.idf

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22.10.2026 à 08:00

Ardeurs face au labeur / mayday / podcast

Cette semaine Mayday retourne dans les rues soulevées par les lycéens et le reste de la jeunesse.
De Lyon à Bruxelles, on donne aussi la parole à celles et ceux qui se battent contre la casse des services publics, l'austérité et plus largement l'humiliation toujours plus avancée des travailleurs et des travailleuses.
Refaire du travail et des droits arrachés un enjeu des soulèvements en cours.
Bonne écoute !

Si le lecteur ne fonctionne pas, vous pouvez écouter ici ou sur toutes les plateformes de son.

Mayday c'est mercredis à 18h sur radio canut et aussi en rediffusion sur la Clé des ondes (Bordeaux), Radio Dragon (Mens), Radio Zinzine (Limans), radio Cause Commune (Paris et Île-de-France), radio Méga (Valence), radio Larzac (causses et au delà), radio Grenouille (Marseille), JetFM (Nantes). Toutes nos émissions se réécoutent aussi ici ou sur les trucs de podcast : https://audioblog.arteradio.com/blog/98875/mayday

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Cette semaine Mayday retourne dans les rues soulevées par les lycéens et le reste de la jeunesse.
De Lyon à Bruxelles, on donne aussi la parole à celles et ceux qui se battent contre la casse des services publics, l'austérité et plus largement l'humiliation toujours plus avancée des travailleurs et des travailleuses.
Refaire du travail et des droits arrachés un enjeu des soulèvements en cours.
Bonne écoute !

Si le lecteur ne fonctionne pas, vous pouvez écouter ici ou sur toutes les plateformes de son.

Mayday c'est mercredis à 18h sur radio canut et aussi en rediffusion sur la Clé des ondes (Bordeaux), Radio Dragon (Mens), Radio Zinzine (Limans), radio Cause Commune (Paris et Île-de-France), radio Méga (Valence), radio Larzac (causses et au delà), radio Grenouille (Marseille), JetFM (Nantes). Toutes nos émissions se réécoutent aussi ici ou sur les trucs de podcast : https://audioblog.arteradio.com/blog/98875/mayday

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22.10.2026 à 08:00

Soirée-débat. Le syndicalisme et les Fronts populaires en 1936, regards croisés Espagne-France

L'union syndicale Solidaires organise une soirée débat sur le syndicalisme et les Fronts populaires en France et en Espagne, avec les historien.ne(s)-militant.e(s), Ludivine Bantigny et Ramon Pino. La soirée aura lieu le 3 novembre à 19h00, dans les locaux de l'Union syndicale Solidaires, 31 rue de la Grange aux Belles.

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L'union syndicale Solidaires organise une soirée débat sur le syndicalisme et les Fronts populaires en France et en Espagne, avec les historien.ne(s)-militant.e(s), Ludivine Bantigny et Ramon Pino. La soirée aura lieu le 3 novembre à 19h00, dans les locaux de l'Union syndicale Solidaires, 31 rue de la Grange aux Belles.

L'été 1936, en France et en Espagne, est souvent présenté comme l'été du Front populaire. Mais au-delà de ces alliances gouvernementales, quelles réalités sociales ? En France, c'est le vaste mouvement de grèves avec occupations des entreprises et services. En Espagne, c'est la révolution contre le coup d'État fasciste, les collectivisations d'entreprises et de terres, les milices ouvrières ... De chaque côté des Pyrénées, quels rôles ont joué les organisations syndicales, la CGT en France, la CNT et l'UGT en Espagne ? Contre-pouvoir ? Autre pouvoir ? Des contradictions ? Quelles relations avec ces Fronts populaires gouvernementaux ? Peut-être aussi, quels enseignements pour aujourd'hui ?

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22.10.2026 à 08:00

Stratégies de récupération : Comprendre ses émotions lors d'évènements très stressants

Comment gérer nos réactions psychologiques et émotionnelles après la violence (policière), la répression ou d'autres expériences très stressantes ? Comment apporter du soutien dans ces contextes ?
Cette brochure, éditée par le collectif Soutien et Rétablissement, apporte quelques conseils et outils pour soi et celleux qui nous entourent !

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Comment gérer nos réactions psychologiques et émotionnelles après la violence (policière), la répression ou d'autres expériences très stressantes ? Comment apporter du soutien dans ces contextes ?
Cette brochure, éditée par le collectif Soutien et Rétablissement, apporte quelques conseils et outils pour soi et celleux qui nous entourent !

En tant que militant.es, activistes, manifestant.es, nous sommes souvent exposé.es à des stress et de la violence. Au gré des expériences et de leur répétition, cette exposition génère des impacts individuels et collectifs, parfois traumatiques. Pour s'ancrer dans la durée, nos luttes et nous mêmes avons besoin d'anticiper, de comprendre, et de résorber ces impacts.
A contre-pied de la pensée selon laquelle chacun.e doit se soigner soi-même, on pense qu'il est essentiel d'envisager le soin collectivement, d'en faire une priorité dans nos luttes mais aussi plus largement dans espaces d'organisation et de confiance.

Comment gérer nos réactions psychologiques et émotionnelles après la violence (policière), la répression ou d'autres expériences très stressantes ? Comment apporter du soutien dans ces contextes ?

Cette brochure, éditée par le collectif Soutien et Rétablissement, apporte quelques conseils et outils pour soi et celleux qui nous entourent !

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 Persos A à L
Carmine
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
Lionel DRICOT (PLOUM)
EDUC.POP.FR
Marc ENDEWELD
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
Samuel HAYAT
Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Christophe LEBOUCHER
Michel LEPESANT
 
 Persos M à Z
Henri MALER
Christophe MASUTTI
Jean-Luc MÉLENCHON
MONDE DIPLO (Blogs persos)
Richard MONVOISIN
Corinne MOREL-DARLEUX
Timothée PARRIQUE
Thomas PIKETTY
VisionsCarto
Yannis YOULOUNTAS
Michaël ZEMMOUR
LePartisan.info
 
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Dans les Algorithmes
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Olivier EZRATY
Framablog
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Tristan NITOT
Francis PISANI
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Nicolas VIVANT
 
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