Suivi du procès du 8/12
Le procès dit du « 8/12 » s'ouvrait ce mardi 3 octobre au tribunal judiciaire de Paris. Nous essaierons de publier tous les jours un résumé des audiences dans cet article (tous les après midi à partir de 13h30 du (...)
18.05.2026 à 10:33
Les paroles et les promesses (logement, navigo, accès à l'école...) on en a marre ! Des droits pour tous les mineurs isolés maintenant ! Rassemblement ce lundi devant l'Hôtel de Ville de Paris.
Les paroles et les promesses (logement, navigo, accès à l'école...) on en a marre ! Des droits pour tous les mineurs isolés maintenant ! Rassemblement ce lundi devant l'Hôtel de Ville de Paris.

RASSEMBLEMENT 📢
Après des mois d'attente malgré une promesse d'une rencontre dès l'élection, les équipes municipales daignent enfin recevoir le collectif. Nous attendons toujours que le mandat d'Emmanuel Grégoire marque un tournant par rapport à celui d'Anne Hidalgo pour les MNA (Mineurs non accompagnés).
Nous vous invitons nombreux et nombreuses sur le parvis de l'Hôtel de Ville ce lundi afin de soutenir les membres de notre délégation et de montrer aux élus de la Ville de Paris ce qu'attendent les parisiens et parisiennes : un accueil digne et inconditionnel et des droits pour tous et toutes !
Lundi 18 mai - 17h00 - Parvis de l'Hôtel de Ville
18.05.2026 à 08:00
À l'occasion du mouvement contre la loi Travail et son monde, nous vous proposons quelques textes écrits par des manifestant-e-s lors de luttes passées à propos de leurs pratiques « violentes ». Quatrième épisode avec ce texte paru en 2009 dans le n°3 du journal anarchiste de Milwaukee Total Destroy : « Intimité criminelle », par un gang de Queers criminels.
À l'occasion du mouvement contre la loi Travail et son monde, nous vous proposons quelques textes écrits par des manifestant-e-s lors de luttes passées à propos de leurs pratiques « violentes ». Quatrième épisode avec ce texte paru en 2009 dans le n°3 du journal anarchiste de Milwaukee Total Destroy : « Intimité criminelle », par un gang de Queers criminels.

Texte à lire sur l'écran et/ou télécharger en PDF/brochure sur infokiosques.net.
Extraits :
Nombreux sont ceux qui accusent les queers d'être responsables du déclin de cette société –et nous en sommes fierEs. Certains croient que nous avons l'intention de réduire cette civilisation et son tissu moral en lambeaux—et ils ont bien raison. On nous décrit souvent comme dépravéEs, décadentEs, et révoltantEs – mais ils n'ont encore rien vu.
Soyons clairEs : Nous sommes des anarchistes queers et criminels, et ce monde ne nous suffit pas, et ne nous suffira jamais. Nous voulons anéantir la morale bourgeoise et réduire ce monde en poussière.
Nous sommes là pour détruire ce qui nous détruit.Parlons-donc de révolte. Nous traçons la lignée de notre criminalité queer et nos dess(e)ins de disparition de l'ordre social. Et quel dé- lice, que ce nectar que nous buvons : pirates lesbiennes des mers déchaînées, émeutièrEs queers qui incendient les voitures de flics, sex parties sur les ruines de l'industrialisme, braqueurEUSEs de banque arborant des triangles roses, réseaux d'aide mutuelle entre les travailleurEUSEs du sexe et les voleurEUSEs, gangs de trannyfags prêtes à en découdre. On nous a assuré que chaque jour pouvait être le dernier. Nous avons donc choisi de vivre comme si notre vie était sans lendemain. À notre tour, nous faisons la promesse que les jours de l'existant sont comptés.
Dans notre révolte, nous développons une forme de jeu : nous expérimentons l'autonomie, la puissance et la force. Nous n'avons rien déboursé pour ces habits et nous payons très rarement pour notre nourriture. Nous volons sur nos lieux de travail et nous nous prostituons pour avoir de quoi vivre. Nous baisons en public et nous n'avons jamais joui si fort. (...) Nous avons pillé des lieux jusqu'à la moelle et partagé le butin dans la joie. Nous détruisons des choses la nuit et nous marchons main dans la main en sautillant sur le chemin du retour. Nous faisons sans cesse grandir nos structures de soutien informel et nous serons toujours là les unEs pour les autres. Par nos gang-bangs, nos émeutes, et nos hold-up, nous articulons la collectivité et l'approfondissement de ces ruptures.
(...)
Nous ne proposons les mots « criminel » ou « queer » ni en tant qu'identités, ni en tant que catégories. Criminalité. Queer. Voilà des outils pour se révolter contre l'identité et la catégorie. Voici nos lignes de fuite hors de toute contrainte. Nous sommes en conflit avec tout ce qui restreint le moindre désir. Nous devenons n'importe quoi. Notre unique point commun, c'est notre haine de tout ce qui existe. Lorsqu'elle est commune, une telle révolte du désir ne peut jamais être intégrée à une forme étatique.
Dans les médias, les beaux-parleurs de droite invoquent l'imagerie d'une « guerre culturelle », menée entre la société civile d'un côté et les queers de l'autre. Nous rejetons ce modèle de guerre. Notre guerre est une guerre sociale. Le lien entre domination et société de classes est omniprésent. Pourtant, les ruptures et les points de conflit sont également omniprésents. C'est au sein de ces fissures que nous existons dans la rébellion – nous, les queers, les criminels : peu importe.
18.05.2026 à 08:00
📢TOURNÉE EUROPÉENNE DE CARLOS BEAS TORRES CONTRE LE MÉGAPROJET DU CORRIDOR INTEROCÉANIQUE AU MEXIQUE 🇲🇽
De mai à juillet 2026, l'activiste mexicain Carlos Beas Torres, coordinateur de l'Union des Communautés Indigènes de la Zone Nord de l'Isthme (UCIZONI) et délégué du Congrès National Indigène, est en Europe pour réaliser une tournée !
✨ Retrouvons-nous nombreuxses lors de son étape parisienne le vendredi 22 mai, à partir de 18h au CICP !! ✨
📢TOURNÉE EUROPÉENNE DE CARLOS BEAS TORRES CONTRE LE MÉGAPROJET DU CORRIDOR INTEROCÉANIQUE AU MEXIQUE 🇲🇽
De mai à juillet 2026, l'activiste mexicain Carlos Beas Torres, coordinateur de l'Union des Communautés Indigènes de la Zone Nord de l'Isthme (UCIZONI) et délégué du Congrès National Indigène, est en Europe pour réaliser une tournée !
✨ Retrouvons-nous nombreuxses lors de son étape parisienne le vendredi 22 mai, à partir de 18h au CICP !! ✨

🗓️Programme :
*18h00 : Accueil et présentation de la soirée par les collectifs organisateurs
*18h30 : Présentation par Carlos Beas Torres et regards croisés avec les luttes Mega Canal Non Merci (Hauts-de-France) et Stop Eacop (Ouganda/Tanzanie)
*20h30 : Repas (prix libre) et Musique
*Jusqu'à 23h : Espace de rencontre informel avec tables de presse des collectifs organisateurs et invités
📍 Centre International des Cultures Populaires (CICP), 21ter rue voltaire, 75011, Paris.
🚊Métro : Rue des Boulets (Ligne 9)
✊avec la participation des Soulèvements de la Terre IDF, Carnage Total, Pays dans le pays, Comité de Solidarité International avec les peuples autochtones des Amériques (CSIA-Nitassinan), Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte (CSPCL), Méga Canal Non Merci, Extinction Rébellion IDF, Stop Eacop
***
👉 Le CNI, fondée en 1996 dans le sillage du soulèvement zapatiste au Chiapas, est une organisation de résistance de peuples indigènes du Mexique. L'UCIZONI, créé en 1983 et basée dans l'isthme de Tehuantepec (Oaxaca, Mexique), est une organisation de défense du territoire et des droits indigènes.
🏭 Depuis 2018, un méga-projet industriel et logistique s'impose dans le sud du Mexique : le Corridor Interocéanique de l'Isthme de Tehuantepec (CIIT). Peu connu en Europe, ce méga-projet concentre des enjeux stratégiques majeurs pour le développement économique régional et continental ainsi que pour la reconfiguration du commerce mondial. En assurant une liaison ferroviaire pour le transport de fret entre les océans Pacifique et Atlantique, le Corridor Interocéanique se projette comme une alternative ambitieuse au Canal de Panama.
✊En décembre 2025, le déraillement meurtrier du train trans-isthmique a recentré l'attention nationale et internationale sur le Corridor Interocéanique. La campagne de dénonciation des négligences et irrégularités ayant mené à cet accident prévisible, et plus généralement de l'inutilité et de la nocivité du mégaprojet, a accentué les menaces qui pèsent sur les défenseurs et défenseuses du territoire. L'UCIZONI, dont trois des membres ont été assassinés l'an dernier lors d'une embuscade armée, est dans la ligne de mire des acteurs gouvernementaux, entrepreneuriaux et du crime organisé, qui souhaitent tous que le mégaprojet voit le jour, quel qu'en soit le prix. C'est dans ce contexte de menaces et d'attaques extrêmement graves que le porte-parole Carlos Beas Torres entreprend cette tournée européenne.
📢 L'objectif de la tournée est double : d'une part, informer de la situation actuelle des mégaprojets, de la répression et de la militarisation dans l'isthme de Tehuantepec (Oaxaca, Mexique), et d'autre part, tisser par en bas des alliances internationalistes pour défendre les territoires et renforcer les résistances des peuples originaires du Mexique.
🌍Après une première étape en géographie française, la tournée se poursuivra ensuite au Danemark, en Catalogne, au Pays basque, dans l'État espagnol, en Belgique, en Suisse et en Allemagne. À l'occasion de la mobilisation nationale des Soulèvements de la Terre contre le mégacanal Seine-Nord Europe du 9 au 12 Juillet, il refera un crochet dans les Hauts-de-France en solidarité avec les résistances locales.
Non au Corridor Interocéanique de l'Isthme de Tehuantepec et à tous les mégaprojets mortifères !
Vive les résistances et les rébellions des peuples originaires !
18.05.2026 à 08:00
2 ans et demi après la 1re instance, on se retrouve au vieux palais à Cité pour soutenir les copaines du 8/12 et espérer un peu mieux. On a conscience qu'il se joue ici et maintenant un truc important pas seulement pour toutes les personnes militantes mais plus largement pour toutes celleux qui ne sont pas satisfait-es du monde actuel et s'autorisent à avoir une pensée critique.
Qu'on nous appelle marginaux-ales, anti-système, anticapitalistes, anarchistes ou simplement critiques, nous sommes toustes dans le viseur de ce dossier.
2 ans et demi après la 1re instance, on se retrouve au vieux palais à Cité pour soutenir les copaines du 8/12 et espérer un peu mieux. On a conscience qu'il se joue ici et maintenant un truc important pas seulement pour toutes les personnes militantes mais plus largement pour toutes celleux qui ne sont pas satisfait-es du monde actuel et s'autorisent à avoir une pensée critique.
Qu'on nous appelle marginaux-ales, anti-système, anticapitalistes, anarchistes ou simplement critiques, nous sommes toustes dans le viseur de ce dossier.
2 ans et demi après la 1re instance, on se retrouve au vieux palais à Cité pour soutenir les copaines du 8/12 et espérer un peu mieux. On a conscience qu'il se joue ici et maintenant un truc important pas seulement pour toutes les personnes militantes mais plus largement pour toutes celleux qui ne sont pas satisfait-es du monde actuel et s'autorisent à avoir une pensée critique.
Qu'on nous appelle marginaux-ales, anti-système, anticapitalistes, anarchistes ou simplement critiques, nous sommes toustes dans le viseur de ce dossier.
Mercredi 12 mai, lors des débats, un témoin de la défense, psychiatre ayant exercé 25 ans en milieu carcéral, a fait cette réponse à la présidente qui s'interroge sur la paranoïa des « personnes qui jugent le système dysfonctionnel et se sentent menacées par lui » :
« J'ai envie de vous répondre que des personnes qui vous diraient que rien ne dysfonctionne dans notre monde ne vont pas très bien ».
Ce bref échange sera presque le seul moment où on sentira les juges accessibles à une critique de notre société.
Pour le reste, tout se passe dans la violence, dans l'impression que les choses sont réglées d'avance, qu'on pensait avoir quelques cartes en main mais qu'elles sont jugées nulles, avant même d'être jouées. Mais sait-on jamais.
Mais reprenons dans l'ordre.
Le 1er jour, la juge demande pourquoi les inculpé-es et le parquet ont fait appel, pour savoir dans quel état d'esprit chacun-e est. « Pas de groupe, pas de projet, et encore moins terroriste » répondent chaque inculpé-e, certain-es disent reconnaître les faits répréhensibles reprochés (comme la fabrication de pétards) mais qu'il n'y avait pas d'intention de violence. Iels souhaitent être jugé-es sur des vrais faits et pas un récit construit de toute pièce. Les avocates générales (équivalent du procureur, représentent l'État et l'accusation) maintiennent tout, que ce sont des dangereux terroristes.
Comme la première fois, les avocat-es demandent un report du procès parce qu'il n'y a toujours pas le début du dossier. On ne sait pas pourquoi iels ont été mis-es sous surveillance. Une procédure est toujours en cours pour demander ces infos, mais la justice est longue. Iels demandent également à faire citer les enquêteurs qui ont fait la surveillance, construit le dossier. Pour savoir pourquoi avoir pris ces 2% des écoutes, qu'y a-t-il dans les 98% manquant etc etc. Quand le jugement se fait aux assises, les enquêteurs viennent forcément présenter le dossier, ici ce n'est pas le cas. Mais, comme en première instance, les avocates générales refusent de faire appel à ces enquêteurs : « ce n'est pas le procès de la police, ils n'ont pas à subir d'interrogatoire ». Les juges vont contacter la DGSI, mais apparemment ils ne sont pas dispo. Donc tant pis, on a tout dans leur rapport, on fait le procès sans eux, c'est pas un problème.
Ensuite vient la lecture - interminable - du rapport. Le rapport, c'est un doc fait par la présidente et qui est censé résumer le dossier et le jugement de 1re instance. On subit ça dans une léthargie générale et on a l'impression que c'est un délibéré, on se demande si ça vaut le coup de revenir pour que les inculpé-es répondent aux questions. On parle des faits comme s'ils étaient établis, on met des conjonctions partout, on fait des collages entre des choses espacées dans le temps et l'espace comme si ça allait de soi. On nage en plein syllogisme : A revient du Rojava, B a pour métier de faire des feux d'artifices, A et B sont copains = A et B font des explosifs pour faire en France comme au Rojava = terrorisme. CQFD.
À partir de là, chaque jour s'apparente à une épreuve de patience et d'endurance.
À l'extérieur de la salle et du tribunal, on s'habitue à des attentes d'1 heure parfois et à des règles changeantes tous les jours « aujourd'hui pas de gourde en plastique » « aujourd'hui pas de nourriture » « aujourd'hui pas de bouteille d'eau ». À se demander s'ils font pas un bilan des objets scannés pour savoir ce qui nous emmerdera le + le lendemain.
À l'intérieur de la salle, on a droit aux lectures monocordes des retranscriptions d'écoutes : à base de « 3 petits points » « inaudible » tous les 2 mots, c'est l'atelier haïku surréaliste niveau 1 pour la DGSI.
Et c'est donc sur tous ces silences radiophoniques qu'on juge nos camarades...
S'en suivent les entretiens de personnalité sur leur parcours de vie jusqu'au moment des faits reprochés, en apparence cordiale mais où la trame est cousue de fil blanc : il est question d'abord des relations familiales et d'éléments qui auraient pu faire « rupture » très tôt dans la vie de chacun-e. Arrive ensuite la question sur les « vies itinérantes » : « comment arrivez-vous à rejoindre une forme d'itinérance, un à-côté ? ». Façon de dire joliment : en gros comment ça déraille, comment vous sortez d'une petite vie rangée, normée, neurasthénique. Leur est demandé leur rapport à la société, pourquoi iels en sont en retrait ou en dehors, pourquoi iels rejettent le système. Ce à quoi est répondu globalement par chacun-e, que tout le monde fait partie de la société, on ne peut en être exclu-e, par contre on peeeeut faire en sorte de l'améliorer
La 3e grosse question des entretiens de personnalité est le rapport à la violence, dans leur jeunesse, dans le milieu punk, puis par leur présence sur des ZAD - qui ne sont pour la juge que des lieux d'affrontements et de confrontation - ou des « lieux de confrontation » comme manifestation ou Calais (sic) et la violence particulièrement contre les forces de police.
« ça signifie quoi la panoplie punk ? » « l'anarchie, ça vous parle ? » « qu'est-ce qui vous intéresse là-dedans ? » « vous pensez que c'est réalisable ? » « pour certains il faut détruire la société pour ensuite la reconstruire, et vous ? » « que pensez-vous de la devise de la France aujourd'hui ? » « que pensez-vous de la légitimité de l'antiterrorisme et d'avoir une législation antiterroriste ? » "
Et puis iels ont des brochures sur la violence de l'État, des livres anarchistes, ou sur comment faire face à la répression, cela montre un intêret pour la violence et le terrorisme. Une réponse sera apportée la semaine d'après par une témoin universitaire, peut être plus écoutée que les réponses des inculpé-es qui disent sensiblement la même chose : on s'intéresse à la société et à son fonctionnement donc à la politique, et donc aussi à ce qui se dit dans les courants anarchistes. Y a pleins de livres/brochures qu'on a jamais lu. On lit sur pleins de choses, que l'on soit d'accord ou pas avec. Il est reconnu que les militant-es lisent beaucoup plus que les autres, sur toute sorte de sujets. Bon exemple dans cette affaire : pour l'un-e, il y a dans ses affaires une brochure « Face à l'outils antiterro », brochure de 2020 suite à des interpellations dans le milieu militant pour une soi-disant affaire terroriste dont l'aspect terroriste a été enlevé et dans laquelle il y a ensuite eu relaxe générale : « il est clair que je ne l'ai pas lu vu comment j'ai répondu en garde-à-vue. Je ne sais plus pourquoi je l'ai ».
Et, accessoirement, est posée la question de leur rapport à la sécurité numérique, sur leur utilisation de Signal et autres applications. Un témoin passera d'ailleurs ensuite pour expliquer que maintenant toutes les communications sont cryptées, pourquoi et que c'est très commun, et n'est pas dangereux. Par ailleurs tout le monde a quelque chose à cacher (puisqu'il s'agit de ça) :
« Si quelqu'un me dit qu'il n'a rien à cacher, je lui demande ses codes de carte bancaire »
Voilà : pour les juges c'est ça le dessein de ce groupe qui ne se connaît pas : une attaque contre les flics ou les militaires (mais quand même plutôt les flics, on parle bcp de manif, de black-bloc, d'acab).
Un groupe, avec à sa tête bien sûr : un cerveau, un guide qui profite de son aura auprès de personnes que la société juge « perdues », « en errance » justement... C'est fou comme la boucle se boucle bien.
La 1re semaine se conclut sur le retour de notre meilleur ami l'expert-explosif, témoin à charge qui nous avait déjà épaté-es en 1re instance. Épaté-es parce qu'il arrive à percevoir toutes les étapes et le processus d'acquisition « pas à pas » de la fabrication du TATP à travers des « ... », des « inaudibles », des bruits de désembourbage de camion assimilés par les enquêteurs à de possibles tirs en rafale... toute une imagination en roue libre et matrixée par l'idée de l'ennemi de l'intérieur.
Oui, l'expert se base sur les retranscriptions des enquêteurs savamment surlignées et commentées « ça a l'air d'être du TATP », et quand bien même il les tance d'un mépris tout aussi savant « en général, en matière d'explosifs, c'est plutôt moi qui apprends des choses aux OPJ que l'inverse » (vive la guerre des polices), il conclut à la même chose qu'eux.
Pourtant, mis devant la lecture d'une des écoutes, il convient « c'est quand même compliqué d'interpréter ce type d'échanges ». Et il reconnaît s'être trompé de quantité d'explosif relevée chez un des prévenus : quelques 280 grammes au lieu de 2 kg... ça fait une sacrée différence mais ça ne semble pas ébranler les juges.
Il a aussi cette phrase merveilleuse : « avec les explosifs, la seule limite c'est l'imagination des gens ».
Là on ne peut qu'être d'accord avec lui : tout le problème de ce dossier, c'est l'imagination délirante de la DGSI et de la justice quand on les met devant 3 pétards.
Lors de ce moment fort sympathique, on sent déjà la juge sensible aux questions de la défense : les avocat-es se font copieusement rabroué-es alors que le parquet déroule ses démonstrations en long en large et en travers sans entraves.
Un grand classique qui ne s'emmerde même plus avec la caricature.
Après l'exposé de l'expert, c'est l'heure pour les copaines d'être interrogé-es sur les faits et si on n'avait pas compris l'importance accordée aux interrogatoires de garde-à-vue (et donc l'importance de vraiment fermer sa gueule tout du long, même et encore + au 4e sous-sol de Levallois (la DGSI), même et encore + pendant les longues 96h), la suite en est une démonstration flagrante, à la manière des explosifs.
Chaque copaine se retrouve confronté-e à ce qu'iel a dit ou pas dit lors de ces échanges allègres que la juge comme le parquet perçoivent vraisemblablement comme des opportunités de thérapie de gauchistes.
À l'un qui explique qu'il était sous pression, que les enquêteurs lui disaient en off que son pote avait été retrouvé le doigt sur la gachette face à des flics et qu'il était complice, et qu'il a donc dit ce que les enquêteurs voulaient pour sortir, on répond que tout de même devant le juge d'instruction, pas de pression : « il y a un avocat, vous avez le dossier, vous êtes dans un dialogue à ce moment-là ». On précisera que le copain était alors en détention provisoire. Pour la pression, l'enjeu, le dialogue d'égal à égal, on repassera.
À l'autre qui dit qu'il avait un avocat commis d'office de mauvais conseil au début des interrogatoires, on rétorque que bien sûr s'il n'en avait pas eu, on ferait sauter la procédure mais quand même, il a eu la chance d'en avoir un. Et puis les commis-es d'office, certain-es sont excellent-es.
À celui qui n'a jamais incriminé le fameux chef désigné en GAV, on oppose qu'il était pourtant « dans les mêmes conditions » que les 2 autres.
Au témoin de la défense qui n'a rien dit à la DGSI, on rétorque que c'était à ce moment-là qu'il fallait qu'elle parle, qu'on ne va pas tenir compte de sa parole maintenant, c'est trop tard ! Et on la coupe, et la rudoye.
On a l'impression d'être baladé-e au gré d'injonctions contradictoires qui n'ont qu'un but : nous faire reconnaître qu'on devrait dire à la DGSI tout ce qu'elle souhaite car elle est là pour notre bien.
Difficile de se défendre face à des faits choisis mis bout-à-bout pour construire un récit. Cela confine sans cesse à l'absurde, on se débat dans la maison des fous d'Astérix :
La justice choisit des mots qui font peur, des termes militaires :
Des feux d'artifice, des dessins, des blagues, des rondes autour d'un sofa, des armes soit déclarées soit pas opérationnelles...= faisceau d'indices concordants pour un groupe terro.
La semaine se termine sur 2 témoins que l'on a déjà évoqué-es avant : un psychiatre sur la détention et une universitaire spécialiste de l'analyse sur la législation antiterroriste qui globalement, explique chacun-e dans leur domaine, la « paranoïa » des personnes emprisonnées ou militantes. En prison, et encore plus à l'isolement, on peut rentrer dans notre cellule à n'importe quel moment, on est seul-e mais on n'a pas d'intimité. On a une perte de repères, d'autonomie, on développe une survigilance etc et cela vaut pour toute personne détenue. Dehors, quand on est militant-e, il y a une paranoïa militante. On se prémunit de la police, de la justice, de l'infiltration, depuis au moins 100 ans, et sûrement plus. On est contre l'institution policière et les propos virulents sont plus que courants. L'État nous voit comme un ennemi et nous surveille, met les moyens de l'antiterrorisme pour des affaires politiques. Depuis 2001, l'antiterrorisme est devenu préventif donc on s'intéresse aux lectures des personnes. Alors que ce n'est pas parce qu'on a qu'on a lu. Qu'on a lu qu'on est d'accord. Qu'on est d'accord qu'on passe à l'acte.
Il reste entre 4 et 6 jours de procès, selon le temps que prendront les débats, et la sensation qui domine à mi-parcours c'est :
tout ça pour quoi ?
la DGSI nous écoute, pas la justice
Les audiences reprennent mercredi 20 à 9h30, se poursuivront les 21 et 22 et certainement la semaine suivante, date à confirmer.
On souhaite courage et stoïcisme aux camarades inculpé-es et aux soutiens.
Résumé de l'audience de première instance
Appel à rassemblement pour soutenir les inculpé-es vendredi 22 mai 2026 18h
17.05.2026 à 08:00
Petit état des lieux subjectif d'où en est l'autonomie en France. On estime pas avoir la science infuse alors si des erreurs historiques/théoriques se sont glissées dans ce texte, on sera très content.e.s de voir des gens les rectifier ! Plus globalement, on pense ce texte comme une ouverture : à réponses, à discussions, à réflexion, à débat... Toute réaction sera donc bienvenue.
Petit état des lieux subjectif d'où en est l'autonomie en France. On estime pas avoir la science infuse alors si des erreurs historiques/théoriques se sont glissées dans ce texte, on sera très content.e.s de voir des gens les rectifier ! Plus globalement, on pense ce texte comme une ouverture : à réponses, à discussions, à réflexion, à débat... Toute réaction sera donc bienvenue.
L'autonomie désigne souvent un milieu : milieu toto pour nous, mouvance anarco-autonome pour les keufs, black blocks radicalisés pour BFM... qui est plus ou moins lié au monde des squat – toto des villes – et des ZAD – toto des champs. En gros on est plein de gens qui aimons pas le capitalisme, qui aimons – théoriquement – pas les oppressions systémique non plus, et qui lisons des brochures radicales. Quand on y entre, c'est rarement par la théorie, et on finit par en oublier que l'autonomie ne désigne pas seulement des gens qui font des A cerclés sur les murs et qui ont un look ultra-dark [1], mais aussi un courant politique précis, avec un passé et une histoire. Ces deux réalités de l'autonomie entretiennent une relation complexe et contradictoire, et c'est là-dessus qu'on veut se pencher aujourd'hui.
L'autonomie correspond à tout ce qui est situé à « gauche » du léninisme, c'est-à-dire toutes les tendances révolutionnaires qui rompent radicalement avec l'autoritarisme et refusent la centralisation, la structuration hiérarchique, l'organisation bureaucratique, la délégation de pouvoir par la représentativité politique, etc. Pour résumer, elle vient historiquement de deux branches : la branche anarchiste – en gros le milieu toto d'aujourd'hui – et la branche ultragauche – aussi appelée marxiste anti-autoritaire ou autonomie communiste, dont les luxembourgistes des années 20 ou l'autonomie italienne des années 70 sont des exemples connus.
Une des particularités fondamentales de l'autonomie est de s'organiser hors et contre les institutions du capital, en vue de les détruire. Elle part du principe que ces institutions, multiples (l'État, la valeur, le travail, l'armée, la police, etc), ne peuvent être conquises ou utilisées à des fins positives. Cela marque une différence fondamentale entre elle et l'extrême-gauche, qui voit dans ces instances des outils dont nous serions dépossédés. Ainsi là où la pensée de gauche est de « réappropriation de ce qui nous est volé » et où sa préoccupation est de placer les bons à la direction de la machine, la pensée autonome est purement destructive de la machine en question, en tant que part non réformable du problème.
Ce point est déterminant, car il explique pourquoi, entre l'autonomie et tout ce qui constitue la gauche, il y a un gap de ligne : les sauce-dem militants ou les syndicats ne sont pas des alliés critique avec qui on a des querelles sectaires pendant que l'extrême droite avance, mais bien des adversaires politiques dont le programme et la ligne sont antagonistes aux notres. Le manque de compréhension de ce point nous semble réellement problématique, car il marque une perte de compréhension de ce qu'est la ligne autonome.
Chacune des deux branches de l'autonomie a une histoire foisonnante, faite de multiples tendances. Si on voulait résumer à la serpe, on dirait ça : l'ultragauche, ou autonomie communiste, se définit par rapport aux autres courants communistes par son refus de toute conquête de l'appareil d'État et de tout parlementarisme. On peut en voir une préfiguration dans ceux qu'on appelle les « enragés » sous la révolution française, ou dans les communistes anti-léninistes à l'époque de la révolution russe. Les deux situations sont d'ailleurs assez similaires dans certains aspects des dynamiques qui s'y jouent : dans chacun de ces cas, les « ultragauches » sont en conflit avec des « révolutionnaires centralisateurs » – Marat dans un cas, Lénine dans l'autre – qui les traitent de débiles parce qu'ils veulent la révolution tout de suite alors que « le reste du pays n'est pas prêt ».
C'est donc une histoire qui commence à la seconde 1 du système bourgeois. Il y a, d'un côté, les « extrêmes-gauchistes » qui veulent renverser la table mais selon un plan précis, avec un peuple révolutionnaire bien au pas et qui fait les choses selon leurs ordres. Et de l'autre ceux qui, faisant partie de ce peuple, veulent tout détruire maintenant et sans suivre le plan, et sont donc vus comme des agitateurs « dangereux pour la révolution » par les premiers. On voit bien dès lors que si pour l'extrême-gauche le clivage politique se fait entre les partis bourgeois et la gauche révolutionnaire, pour l'ultragauche, la rupture est un pas plus loin qualitativement : entre les « représentants/chefs/parlementaires », quel que soit leur bord, et les exploité.e.s atomisé.e.s, car pour ces derniers, le rapport social induit par les institutions est plus déterminant que de savoir qui est à leur tête. En effet, peu importe la couleur du parti, peu importent les querelles entre « bons et mauvais gouvernants », si tous sont d'accord pour imposer un ordre social étatiste – même soit-disant transitoire –, le travail à une majorité de la population – sous peine de prison ou de crever de faim –, et pour envoyer la troupe quand cette majorité décide qu'elle veut changer l'état des choses.
C'est un des socles fondamentaux de l'ultragauche : il n'y a pas, pour elle, de rupture qualitative fondamentale entre démocratie, gouvernement « révolutionnaire », fascisme, pas de différence qui vaille la peine qu'on s'y arrête entre gauche et droite, ni même entre extrême-gauche et extrême-droite. Ce sont toutes des boutiques gestionnaires de l'exploitation, toutes des garantes du rapport social capitaliste, et c'est par ça qu'elles se définissent avant tout. Ainsi, si le fascisme est une forme spécifiquement violente du capital qui doit être combattue, elle ne doit pas l'être en régénérant ses causes dans le même mouvement : c'est seulement par l'angle de l'anti-étatisme que des perspectives émancipatrices peuvent apparaître. De Mao à Allende en passant par Jaurès, Blum, Lenine ou Maduro, il n'y a donc rien à choisir, ce qui reproduit l'État étant voué à reproduire en même temps l'exploitation et les oppressions sur lesquelles celle-ci repose. Le seul choix révolutionnaire que l'on peut faire à chaque instant est celui du camp prolétarien, radicalement contre ces États.
L'ultragauche se distingue ainsi par son refus premier de toute alliance transclassiste même lorsque le conflit semble opposer le « raisonnable » voire le « progrès » au « mal absolu ». De là découlent ses critiques de l'auto-gestion [2], de l'antifascisme [3], etc. Cette ligne de classe fait sa force et sa pertinence dans les mouvements de lutte et dans le milieu anticapitaliste : là où l'analyse anarchiste rejette l'État sans distinction – ce qui est à notre avis très pertinent, ce n'est pas une critique –, l'ultragauche produit une propagande spécifique contre la gauche et ses enseignes, propagande qui permet une rupture avec la récupération réformiste ou léniniste.
La branche anar de l'autonomie vient d'une histoire propre, même si les deux finissent par se mêler. Contrairement au communisme, dont l'ultragauche est un courant très spécifique, on pourrait dire que l'anarchie dans son ensemble est intrinsèquement liée à l'autonomie, du fait de son refus de toute transition étatique vers le communisme et de toute forme de délégation de pouvoir. Ses références sont assez différentes de l'ultragauche : elle va avoir tendance à se réclamer de l'héritage de l'Espagne de 36, des marins de Cronstadt en Russie et des expériences d'auto-organisation menées sous l'impulsion de l'armée de Nestor Makhno en Ukraine.
Cette branche de l'autonomie est encore la plus vivace par chez nous : globalement il nous semble que la plupart des gens du milieu toto se définiraient plus facilement comme anarchistes ou anarchisants que comme communistes. Le corpus théorique qui la traverse n'est pas ou peu marxiste, il aborde plus l'anticapitalisme depuis l'anti-autoritarisme que depuis la question de l'exploitation, et il insiste plus sur les actions affinitaires de lutte que sur la rhétorique révolutionnaire de masse. C'est d'ailleurs un point important qui distingue ces deux branches : à l'heure actuelle et après de nombreux revirements au cours du temps, on aurait tendance à dire que l'autonomie communiste a pour horizon la révolte prolétarienne généralisée, là où l'autonomie anarchiste fait de la vie militante hors du travail et de la lutte directe contre le système une certaine fin en soi. Tout ça amène à des approches différentes de la politique et de la propagande. Ainsi, les cocos se définissent plus « autonomes » à partir de la ligne politique – être autonome c'est poser une ligne à la fois communiste révolutionnaire et anti-autoritaire – ; tandis que les anars le font souvent plus depuis un mode de vie et d'organisation – être autonome c'est être anticapitaliste, illégaliste et s'organiser dans le « milieu » squat, le « milieu » queerosse, le « milieu » ZAD...
Un autre point important de l'anarchisme toto est que, depuis quelques années au moins, il est fortement tourné sur la mise en lumière des oppressions et la lutte radicale contre elles. C'est pour nous un de ses apports fondamentaux : ne pas s'arrêter à la lutte des classes telle que définie par Marx, ne pas réduire les problèmes qui nous occupent au capitalisme « pur » ni la question de la classe à une définition masculine et blanche du prolétariat. Et poser très clairement que contrairement à ce que qu'arguent les class first, ce n'est pas parce que le genre et la race sont intriqués dans le capitalisme qu'ils seront abolis automatiquement si on le renverse. Tout ça est d'ailleurs confirmé par de nombreuses recherches récentes qui montrent que les oppressions systémiques de genre existaient dès le soi-disant « communisme primitif » [4]. Il faut donc bien en conclure que seules les luttes radicales contre toutes les formes de l'oppression humaine peuvent mener au communisme/à l'anarchisme réel.
L'autonomie anarchiste permet ainsi de mettre en lumière que Marx avait un angle mort extrêmement dommageable en définissant la classe sans y intégrer entièrement les oppressions de genre et de race [5]. Cela lui donne une pertinence sur de nombreux points que les courants plus marxistes en France ont souvent du mal à articuler.
Tout ça étant dit, on veut poser une analyse des limites qu'on voit à chacun de ces courants : ils nous paraissent tous deux avoir des angles morts importants, et gagneraient d'après nous beaucoup à se nourrir des points de pertinence de l'autre.
Si elle participe au maintien de la ligne de classe dans le milieu autonome, l'ultragauche est souvent plombée par une vision réductionniste. Elle a en effet tendance à tout ramener à la classe, et même à voir les luttes antiracistes ou antipatriarcales comme des parts secondaires ou « partielles » de la lutte anticapitaliste, qui se règleraient d'elles-mêmes mécaniquement dans la révolution. On trouve ainsi chez elle un certain désintérêt ou une incompréhension de ce que sont les autres axes d'oppressions (à sa décharge, certaines tendances anarchiste de l'autonomie sont aussi très proches de cette rhétorique).
On dénombre à cause de tout ça pas mal de textes ou podcasts versant dans des analyses réactionnaires quand il faut parler de race ou de genre. C'est évidemment un problème, et ça fout d'autant plus le seum que si elle se réemparait de ces questions pour les articuler à la lumière de son logiciel, l'ultragauche pourrait apporter beaucoup. Au-delà du fait que ça paraît un peu scandaleux en 2026, il nous semble en effet qu'une des réponses souhaitable aux courants anti-oppressions léninistes ou sauce-dém actuels serait de construire une lecture spécifiquement autonome des oppressions.
Quant au milieu toto-anarchiste, on l'a dit, il se distingue dans la sphère révolutionnaire par un certain désir de conscientiser ces oppressions et de lutter contre elles – même si c'est de moins en moins vrai, pas mal d'organisations non anar s'en étant finalement réemparées ces dernières années. Son défaut est là où sont ses qualités : s'il ne s'arrête pas au capitalisme et à la pure lutte des classes, il ne s'y arrête à notre avis pas assez, au point que le capitalisme ne semble parfois plus tant un problème. Si on voulait définir ce qui se passe, on dirait que le milieu toto s'organise encore hors des institutions du capital, mais plus forcément contre elles. On peut ainsi tout-à-fait voir des totos s'auto-organiser pour pousser à voter à gauche pendant les élections, car pour eux, globalement, la FI c'est bien, la gauche c'est quand même bien, et le problème est plus la droite, le néolibéralisme et le fascisme que la sociale démocratie, qui fait pourtant totalement partie du capitalisme. La relation entre sauce-démie, libéralisme autoritaire et fascisme est ainsi évacuée ou lue depuis un logiciel de gauche. On en arrive même parfois à des analyses un peu délirantes, où les toto encore autonomes sont quasiment vus comme plus responsables de la montée du fascisme par leur refus de participer au vote que la gauche institutionnelle.
De même, on voit un peu partout des événements « anti-impérialistes » tenir le haut du panier en matière d'antiracisme et ne pas être questionnés dans le milieu, comme si ce terme n'était pas une vieille enseigne des marxistes-léninistes pour diviser le monde selon leur ligne transclassiste habituelle : les « mauvaises bourgeoisies impérialistes et suprémacistes » et les « bonnes nations victimes ». Le soutien à des patries « résistantes » ou à des proto-bourgeoisies « révolutionnaires » est amalgamé à la lutte contre le capital, sans qu'aucune tentative de lecture autonome soit posée [6].
Cela est d'après nous dû à un manque de colonne vertébrale politique solide. On aurait tendance à dire que le milieu toto est devenu aujourd'hui politiquement gauchiste, c'est-à-dire flou et mélangeant plein de courants, et que l'autonomie anarchiste et l'autonomie communiste ne sont elles-mêmes plus que des tendances en leur sein, pas toujours majoritaires. On pense que c'est le résultat de plusieurs choses, en premier lieu son fonctionnement organique : comme on l'a dit, on y entre rarement par la théorie mais plus par des logiques de milieu social, de cooptation, par des rencontres lors de mouvements sociaux ou d'arrivée dans des lieux de lutte, etc. ce qui fait que l'anarchisme toto est une nébuleuse qui se définit souvent plus par des pratiques, des codes et des opinions que par une ligne. Ensuite, on pense que la question des oppressions joue dans tout ce flou un rôle important. En effet, celle-ci prend enfin depuis quelques années une importance nouvelle, plus difficile à contester qu'auparavant, dans les milieux militants et dans la société française en général. C'est peut-être un pas assez rarement vu à cette ampleur.
Pour autant, on pense qu'une sorte d'amalgame est fait, et que souvent la question soulevée pour se positionner par rapport à une oppression est « est-ce que tu es en train d'être raciste/sexiste ou non par ton positionnement ». On dirait que le racisme et le sexisme sont des blocs sans nuances, sans déclinaisons politiques, et qu'il s'agit juste d'être pour ou contre. Or, on pense qu'une ligne antiraciste sauce-démisante de droite, sauce-démisante de gauche, léniniste ou autonome n'ont pas grand-chose à voir entre elles. Ainsi, des questions comme « participer au vote », « être pour ou contre le Hamas », « déclarer une manif/partir en sauvage » et globalement de très nombreuses questions de ligne politiques sont rendues caduques car elles sont placées sous le saint-patronage de l'antiracisme et de l'antisexisme avec un grand A au lieu que la question : « de quel antisexisme/antiracisme parle-t-on ? » soit posée.
On a l'impression d'être coincé.e.s entre deux dynamiques pas ouffes au sein de l'autonomie. D'un côté on a l'ultragauche qui fait vivre la théorie autonome pas forcément si présente dans nos squats, mais qui se désintéresse encore trop globalement des questions d'oppressions, la rendant pour partie inaudible. De l'autre, le milieu toto-queer plus forcément autonome, lui, dans lequel les idées de « conscience des oppressions » et d' « anticapitalisme » sont devenus des sortes de totem – c'est-à-dire des idées générales impossibles à nuancer, des blocs « pour » ou « contre » lesquels on serait, sans aucune réflexion pour savoir de quelle ligne anticapitaliste, antiraciste, antipatriarcale, etc. on parle .
En vrai, on trouve ça assez logique. On se dit que le combat pour simplement visibiliser les oppressions et gagner du rapport de force là-dessus au sein de la militance a dû être un bordel immense qui a potentiellement empêché de gagner en même temps sur la question de la ligne à l'époque. Au-delà de ça, du simple fait d'être transversal à la question de la classe, c'est un combat qui a été mené parallèlement par des groupes de diverses lignes, et c'est donc sous cette multiplicité qu'il s'est répandu dans la société. Il paraît finalement pas déconnant que les formes léninisantes et sauce-démisantes de l'antiracisme et de l'antisexisme soient aujourd'hui largement répandues dans le milieu, tout simplement car cela semble plutôt raccord avec l'état du rapport de force entre les différentes tendances anticapitalistes elles-mêmes.
Enfin, de façon plus générale, il faut bien dire qu'on n'a pas vraiment accès à un corpus clair quand on arrive dans le milieu : pas tant de brochures mettent l'accent sur les différences entre autonomie et autres courants... à l'inverse, de nombreux médias d'autres tendances s'emparent de questions de théorie et d'actualité : la Paduteam (stal), la Zawa Prod (sauce dem), Wissam Xelka (léniniste), Paroles d'Honneur (léninisto-décolonialo-bizarre), Blast (sauce-dem) etc. Il est normal qu'on aille vers eux pour s'informer, si ce sont les seules sources disponibles, et si elles disent quand même plein de trucs pertinents qui aident à s'informer et à réfléchir. Ce faisant, on intègre des morceaux de leur ligne.
On pense qu'il serait vraiment important qu'on se saisisse de cette situation et qu'on y réponde, autonomes communistes comme anarchistes. Qu'il faudrait reposer le focus spécifiquement sur la propagande de ligne, et répandre partout des réflexions et des points de vue anti-sauces et anti-léninistes détaillés, appuyés, explicités, nuancés– en n'omettant pas nos tatonnements, nos questionnements et nos points de doute -, ainsi que des points de vue de ligne concernant les oppressions, pour permettre à l'autonomie de rester vivace... Parce que ses particularités sont le fruit d'une longue histoire militante, et, si le milieu finissait par devenir une pure nébuleuse non encartée d'extrême-gauche (ou de gauche tout court) à force de manquer de transmission, c'est deux siècles de leçons des luttes passées qui seraient perdus pour les mouvements à venir.
[1] ou shiny-queerisant, selon l'option
[2] l'autogestion est souvent mise en avant dans la gauche radicale comme une perspective désirable en soi. Cela mène à des situations étranges, comme la glorification d'usines ou de boites « autogérées » qui ne sortent pourtant absolument pas des logiques du capital
[3] l'antifascisme, en tant que « axe de lutte, groupe uni de tout ce qui est contre l'extrême-droite », représente dans cette logique l'incarnation du camp de la gauche, et répond donc à une logique transclassiste
[4] on peut notamment voir à ce sujet les conférences de Christophe Darmangeat ou Claudine Cohen, sur youtube. Les deux anthropologues sont en désaccord sur de nombreux points mais l'un d'eux est manifestement partagé : le patriarcat généralisé date au moins du Néolithique et des premières cités, il y a 8000 ans. Pour le paléolithique, ça a l'air moins clair
[5] On rappellera d'ailleurs à toutes fins utiles que Hegel, le philosophe sur lequel il s'est appuyé pour construire sa théorie de l'histoire, était un gros raciste de merde.
[6] En fait, certains courants trotskystes spécifiques, non campistes, posent aujourd'hui des analyses et des critiques plus pertinentes des situations internationales que ce qu'on peut voir dans le milieu toto, alors même qu'eux sont léninistes. Il semble qu'il y a chez eux une mémoire plus forte de certaines bases révolutionnaires que dans le milieu toto. On se retrouve ainsi avec des situations rocambolesques, où des totos se retrouvent proches de divers groupes léninistes campistes, stals ou trotskystes, et où ce sont des courants trotskystes plus « stricts » qui critiquent tous ceux-là sur des bases prolétariennes
PS : l'image d'illustration nous a fait rire mais en vrai, on aurait des débats à ouvrir sur le Rojava, la CNT de 36 et le Chiapas, précisément dans la lignée de ce qu'on a développé ici.
17.05.2026 à 08:00
Le 28 mai au CICP, la CNT Éducation Paris organise la projection du film documentaire Brucia Ancora Dentro portant sur Davide “Dax” Cesare, militant antifasciste assassiné par des néonazis le 16 mars 2003 à Milan.
Le 28 mai au CICP, la CNT Éducation Paris organise la projection du film documentaire Brucia Ancora Dentro portant sur Davide “Dax” Cesare, militant antifasciste assassiné par des néonazis le 16 mars 2003 à Milan.

Le 28 mai au CICP, la CNT Éducation Paris organise la projection du film documentaire Brucia Ancora Dentro portant sur Davide “Dax” Cesare, militant antifasciste assassiné par des néonazis le 16 mars 2003 à Milan. Cette diffusion sera suivie d'un temps d'échange pour discuter de l'impact du gouvernement d'extrême droite de Georgia Meloni sur les mobilisations sociales et les luttes antifascistes en Italie.
Jeudi 28 mai à 18h30 au CICP, 21ter rue Voltaire, Paris (Métro Nation). Entrée à prix libre. Cette projection sera suivi d'un temps d'échange avec nos invités, notamment Antoine Schwartz, collaborateur au Monde diplomatique. Plus d'informations à venir.
17.05.2026 à 08:00
Le feuilleton du limogeage du chef de la maison d'édition de Grasset par Bolloré a ramené l'écriture, la place de l'écrivain-e et le monde de l'édition sur les plateaux du monde médiatique. On en profite pour réaliser 1h d'émission où l'on cause des droits des artistes-auteurices, de lutte des classes, de politique de l'édition et de l'écriture, des plumes de la réaction et de jeu de rôle.
Le feuilleton du limogeage du chef de la maison d'édition de Grasset par Bolloré a ramené l'écriture, la place de l'écrivain-e et le monde de l'édition sur les plateaux du monde médiatique. On en profite pour réaliser 1h d'émission où l'on cause des droits des artistes-auteurices, de lutte des classes, de politique de l'édition et de l'écriture, des plumes de la réaction et de jeu de rôle.
Début avril, le limogeage du patron de la maison d'édition Grasset par Vincent Bolloré a créé un micro-séisme dans le monde éditorial et culturel. Après Hachette et Fayard, c'est une nouvelle maison d'édition qui se retrouve sous le giron direct du milliardaire réactionnaire. Pour autant, derrière la levée de bouclier très médiatique de la bourgeoisie culturelle pour le maintien en poste de leur patron se cache la réalité bien plus précaire de la majorité d'artistes-auteurices en lutte pour leurs droits.
L'occasion pour Minuit Décousu de réaliser 1h d'émission en découdre avec les histoires et l'écriture. Dans cette émission, tu pourras entendre :
L'émission s'écoute sur notre audioblog, ici, et un peu partout en podcast. Bonne écoute !

Minuit Décousu, c'est un fanzine radiophonique nocturne sur Radio Canut (Lyon et alentours), Cause Commune (Paris/IDF), Radio Kipik (Arriège) et Radio Vassivière (Limousin).
16.05.2026 à 08:00
L'avenir ne dure pas longtemps est le titre du dernier livre du philosophe Bernard Aspe. Comme une manière de dire que le temps presse. Que l'heure n'est ni au pessimisme ni à la mélancolie car rien ne garantit que ce qui nous écrase ne continue pas de le faire encore longtemps. Dans cette émission il est donc question de mise au travail, de vérité mais aussi de politique, de philosophie et d'histoire pour continuer de penser ici et maintenant l'époque en révolutionnaires. Se défaire de l'idée que les contradictions du capitalisme permettront inéluctablement sa chute, tout en se libérant de l'horizon bouché par la catastrophe et le présent perpétuel.
Avec Bernard Aspe on essaie de redonner de l'élan au geste révolutionnaire.

Mayday c'est mercredis à 18h sur radio canut et aussi en rediffusion sur la Clé des ondes (Bordeaux), Radio Dragon (Mens), Radio Zinzine (Limans), radio Cause Commune (Paris et Île-de-France), radio Méga (Valence), radio Larzac (causses et au delà), radio Grenouille (Marseille). Toutes nos émissions se réécoutent aussi ici ou sur les trucs de podcast : https://audioblog.arteradio.com/blog/98875/mayday
L'avenir ne dure pas longtemps est le titre du dernier livre du philosophe Bernard Aspe. Comme une manière de dire que le temps presse. Que l'heure n'est ni au pessimisme ni à la mélancolie car rien ne garantit que ce qui nous écrase ne continue pas de le faire encore longtemps. Dans cette émission il est donc question de mise au travail, de vérité mais aussi de politique, de philosophie et d'histoire pour continuer de penser ici et maintenant l'époque en révolutionnaires. Se défaire de l'idée que les contradictions du capitalisme permettront inéluctablement sa chute, tout en se libérant de l'horizon bouché par la catastrophe et le présent perpétuel.
Avec Bernard Aspe on essaie de redonner de l'élan au geste révolutionnaire.

Mayday c'est mercredis à 18h sur radio canut et aussi en rediffusion sur la Clé des ondes (Bordeaux), Radio Dragon (Mens), Radio Zinzine (Limans), radio Cause Commune (Paris et Île-de-France), radio Méga (Valence), radio Larzac (causses et au delà), radio Grenouille (Marseille). Toutes nos émissions se réécoutent aussi ici ou sur les trucs de podcast : https://audioblog.arteradio.com/blog/98875/mayday
16.05.2026 à 08:00
Communiqué du réseau Mutu à retrouver sur https://reseaumutu.info/Les-medias-autonomes-un-enjeu-cle-pour-la-survie-de-nos-luttes-et-de-nos-idees-010
Communiqué du réseau Mutu à retrouver sur https://reseaumutu.info/Les-medias-autonomes-un-enjeu-cle-pour-la-survie-de-nos-luttes-et-de-nos-idees-010
En 13 ans, le réseau Mutu est passé de 4 à 22 sites [1] Aujourd'hui, c'est environ 100 000 visiteur-euses par jour (en dehors des périodes de mouvements sociaux massifs), c'est des serveurs qui craquent tellement vous étiez nombreu-seux à consulter nos sites le 10 septembre dernier. C'est plus d'une centaine de personnes qui s'activent derrière les écrans, plusieurs générations qui se sont succédé, des sites qui ont fermé, certains qui ont réouvert avec des nouvelles équipes, d'autres qui naissent chaque année. C'est surtout des dizaines de milliers de personnes qui ont fait vivre ces sites en y publiant des articles.
Pourtant, ces dernières années, il nous est régulièrement arrivé de nous questionner sur notre modèle. Avec la montée de l'utilisation des réseaux sociaux dans le milieu militant, nous nous sommes demandé·es plus d'une fois si nos sites avaient encore un avenir, en voyant de plus en plus de collectifs se détourner du réseau Mutu pour réserver leur communication à instagram.
Nous comprenons pourquoi des collectifs décident d'investir les réseaux sociaux. La mainmise croissante de l'extrême droite dans les médias traditionnels nous étouffe. Alors qu'il y a dix ans, il était déjà assez rare que les médias mainstream parlent de nos luttes, cette invisibilisation est aujourd'hui doublée d'une promotion décomplexée pour les idées les plus réactionnaires. Dans cette ambiance médiatique, beaucoup de collectifs ont investi massivement les réseaux sociaux pour communiquer et mobiliser, ce qui a clairement participé à augmenter la notoriété de discours minorisés, y compris dans certaines sphères militantes. Dans le Réseau Mutu, certains sites ont décidé de les investir, d'autres non. Individuellement, nous sommes nombreux·ses à les consulter ou à les utiliser.
Nous partageons avec les réseaux sociaux le fait que n'importe qui peut publier une information en quelques clic, et nos sites sont donc souvent mis en concurrence avec ces plateformes par des - potentiel·les - utilisateurices, qui nous renvoient que, notamment vis-à-vis d'instagram, nos sites ne seraient pas assez efficaces, pas assez accessibles, n'auraient pas assez de portée, etc.
Certain·e·s d'entre nous avaient donc envie de partager quelques réflexions au sujet des enjeux de l'usage des réseaux sociaux à des fins militantes, et de remettre en avant tout le sens que l'on donne au Réseau Mutu.
Sur nos sites, nous tentons de rassembler et de visibiliser différentes pratiques militantes, différents points de vue, toujours dans une optique de nous renforcer les un·e·s et les autres. Chacun·e peut y diffuser des informations de manière anonyme et sécurisée [2], y rencontrer des initiatives de luttes qui lui sont moins connues et y partager/nourrir des réflexions.
Par le travail de modération, nous veillons à mettre en avant des informations qui témoignent d'engagements militants quotidiens, des fois moins spectaculaires et photogéniques que d'autres.
Les contenus des sites du réseau Mutu sont modérés par des collectifs autogérés. La publication d'un article représente parfois des heures de discussions ; il est même arrivé que des mois passent avant d'avoir pu se mettre d'accord sur un texte...
Les réseaux sociaux sont avant tout des empires économiques qui appartiennent à des milliardaires. Ils nous autorisent à publier... jusqu'à ce qu'ils ne nous l'autorisent plus. Dépendre de nos ennemis à ce point-là nous paraît loin d'être enthousiasmant. Comme ailleurs dans le monde, en France, pendant les mouvements pour Nahel, ou en Kanaky, nous avons été témoins de la manière dont les réseaux sociaux et le gouvernement pouvaient s'entendre pour bloquer, influencer les contenus ou s'en servir pour identifier et arrêter des personnes.
En plus de devoir s'inscrire nominativement sur ces plateformes et ainsi alimenter les bases de données de la surveillance généralisée, l'accès aux informations y est filtré par des machines au service des enjeux capitalistes. Ces fonctionnements algorithmiques nous échappent et nous posent questions à différents niveaux.
Ces algorithmes agglomèrent, hiérarchisent, fragmentent ou isolent les flux de contenus d'après des régles et des logiques qui leur appartiennent et qui jouent, sciemment ou non, contre nous. Nous assistons alors impuissamment à la compartimentation de nos luttes. Celles-ci s'en retrouvent couramment invisibilisées pour les personnes non-concernées et/ou non initiées.
Les réseaux sociaux nourrissent nos ambitions de visibilités à coup de like et de nombre de vues. Ils favorisent les contenus viraux, valorisent les actions spectaculaires et nous transforment parfois en publicitaires des luttes.
Dans la rue, nous pouvons légitimement questionner l'impact réel de ces outils sur nos mobilisations. Aujourd'hui, il n'est pas rare d'être 50 à un rassemblement qui était pourtant suivi des centaines de fois en ligne.
Nous n'oublions pas non plus que les algorithmes des réseaux sociaux sont avant tout conçus pour créer de la dépendance. Nous sommes nombreux·ses à avoir fait l'expérience des conséquences mortifères de l'utilisation de ces réseaux sociaux sur notre santé mentale et de leurs impacts délétères sur nos capacités à interagir socialement hors des écrans.
Nous constatons aussi que l'intensité des flux d'informations sur les réseaux sociaux nous fait perdre notre mémoire collective. Une fois postés, les contenus sont rapidement digérés et difficilement accessibles. De plus, les archives de nos activités ne nous appartiennent pas et peuvent disparaître au bon vouloir des propriétaires des plateformes. À l'inverse, les sites du réseau Mutu permettent de garder des traces de nos actions et de nos idées, car les archives de nos luttes constituent un moyen très concret de faire exister notre propre réalité face à la réécriture de l'histoire par les dominant·es et les réactionnaires de tous bords.
Malgré tous nos doutes et notre méfiance, on comprend bien que la nécessité stratégique de certain.es à rester actif·ves sur ces réseaux puisse persister. Mais nous sommes persuadé·es que des alternatives doivent continuer à être investies. Pour notre sécurité, notre autonomie et la pérennité de nos luttes. Pour faire lien autrement, entre nous et entre nos initiatives. Le réseau Mutu et les sites qui le composent font partie des propositions qui vont dans ce sens !
Nous savons que nos sites ne sont pas parfaits, que nos outils ne sont pas toujours les plus simples à utiliser, ni les plus simples à consulter. Année après année, nous continuons à mutualiser nos expériences et nos savoirs pour les faire évoluer.
Dans ce contexte de montée en puissance des politiques et des idéologies fascistes, nous pensons que continuer à faire vivre et à construire des médias autonomes est un enjeu clé pour la survie de nos luttes et de nos idées.
Longue vie au réseau Mutu et aux médias libres !
POUR ALLER PLUS LOIN
Le réseau Mutu : la renaissance des médias radicaux
Émanciper nos luttes d'Instagram et TikTok
Technofascisme, Une proposition de quitter au plus vite tous les réseaux sociaux
Anatomie d'un basculement : Comment l'underground numérique a été capturé
Lettre à celleux qui militent sur les réseaux sociaux
Pour des médias autonomes, changeons notre rapport aux réseaux sociaux
[1] Rebellyon (Lyon), Iaata (Toulouse), Paris-luttes (Île-de-France), Renversé (Suisse romande), Marseille Infos Autonomes (Marseille), Bourrasque (Brest), Le Numéro Zéro (Saint-Étienne), Expansive (Rennes), Manif-est (Nancy et le Grand Est), Cric (Grenoble), Barrikade (Suisse alémanique), La Bogue (Limousin), Dijoncter (Dijon), Basse-Chaine (Angers), Emrawi (Wien et alentours), Vallées en Lutte (Alpes du Sud), Stuut (Bruxelles) Ricochets.cc (Drôme), Alter-Vienne (Vienne 38), La Grappe (Bordeaux), Trognon.info (Normandie), Rabasse.info (Franche Comté), L'arnapée.info (Sarthe-Mayenne) et La Gabarre (Tours)..
[2] En utilisant Tor et une adresse mail sécurisée, pour en savoir plus : https://stuut.info/Securite-informatique-060
16.05.2026 à 08:00
Le samedi 30 mai à partir de 15h rencontrons les camarades du Spazio Popolare Neruda à Turin et du collectif Prendocasa Torino à la Kunda ( 46 rue Jules Lagaisse, Vitry-sur-Seine ).
Le samedi 30 mai à partir de 15h rencontrons les camarades du Spazio Popolare Neruda à Turin et du collectif Prendocasa Torino à la Kunda ( 46 rue Jules Lagaisse, Vitry-sur-Seine ).
DISCUSSION, PROJECTION FINALE LDC - PSG vs ARSENAL ( + crêpes & frites ) et DJ sets

Il y a plus de dix ans, le collectif Prendocasa Torino, avec plusieurs dizaines de familles, a décidé d'occuper une ancienne école dans le quartier Valdocco à Turin. L'école occupée, devenue le Spazio Popolare Neruda, continue aujourd'hui d'être un lieu autogéré d'organisation politique ainsi qu'une maison pour plusieurs dizaines de personnes. Au fil des années, de nombreuses activités gratuites et ouvertes au quartier ont vu le jour : une garderie, une permanence juridique, une école populaire d'italien, des cours dans la salle de sport, etc.
Le Neruda et le collectif Prendocasa ont aussi été moteur dans plusieurs luttes à Turin, notamment autour de l'antiracisme et du droit au logement, en organisant plusieurs mobilisations et des piquets anti-expulsions.
Face à la criminalisation des luttes par le gouvernement de Meloni, aux expulsions des espaces autonomes et autogestionnaires, montrons notre solidarité. Rendez-vous le samedi 30 mai à 15h à la Kinda pour discuter autour de l'expérience du Neruda et de la lutte anti-expulsion à Turin .
Programme
15h : Discussion
18h : Projection finale LDC PSG-Arsenal (+ crêpes & frites)
20h30 : DJ sets
16.05.2026 à 08:00
Les inculpé.es du 8 décembre sont jugé.es à la Cour d'Appel de Paris sur l'île de la cité du 4 au 22 mai 2026. Rassemblement le 22 mai à 18h face au tribunal de la Cour d'Appel (8 bd du Palais, Paris 1er).
Les comptes rendus journaliers des audiences c'est ici
Les inculpé.es du 8 décembre sont jugé.es à la Cour d'Appel de Paris sur l'île de la cité du 4 au 22 mai 2026. Rassemblement le 22 mai à 18h face au tribunal de la Cour d'Appel (8 bd du Palais, Paris 1er).
Les comptes rendus journaliers des audiences c'est ici
Le 8 décembre 2020, neuf militant.es de divers courant politiques dit "de gauche" se font interpeller à l'aube par la DGSI pour « association de malfaiteurs terroriste dans l'intention de commettre des actions violentes contre les personnes dépositaire de l'autorité publique ».
Toustes ne se connaissaient pas, leur seul point commun étant un camarade, Libre Flot, parti au Rojava au côté des kurdes (YPG).
A l'issue d'une GAV de 96h, deux personnes sont placées sous contrôle judiciaire et cinq autres sont placés en détention provisoire, entre 5 et 11 mois, et jusqu'à presque 16 mois pour l'un d'eux qui reste à l'isolement tout au long de sa peine.
Il ne sort que grâce à une grève de la faim de 37 jours.
En 2023 après un mois de procès la justice à conclu qu'il n'y avait pas de groupe, pas de projet, pas de cible mais subsiste des « intentions supposées ». Les 7 inculpé.es sont condamné.es pour terrorisme avec des peines de prison ferme, fichage européen, interdictions de communication...
6 d'entre elleux font appel de cette décision.
Il est important de se mobiliser pour afficher notre soutien et empêcher que la justice et l'État nous invisibilisent !
Soutenir le 8/12 ce n'est pas seulement soutenir individuellement ces camarades-ci, c'est surtout lutter contre la répression de toustes. Si la caractérisation de terrorisme était validée au terme de l'appel, cela offrirait une jurisprudence inédite pour réprimer les opposant.es politiques. Finies les tentatives de dissolution de groupes politiques autonomes et des collectifs antiautoritaires, l'État pourrait envoyer les membres de ces groupes d'opposant.es directement en prison sous l'accusation d'association de malfaiteurs à caractère terroriste…

Les camarades sont jugé.es à la Cour d'Appel de Paris sur l'ile de la cité :
Les audiences se dérouleront sur des journées entières à partir de 9h.
Soyons nombreux.ses pour se soutenir face à un État et une justice qui cherche à broyer nos idées, nos modes d'organisation, nos liens, nos rêves révolutionnaires...
Cette affaire nous prouve que l'antiterrorisme n'est pas là pour nous protéger, mais pour créer des ennemi.es de l'intérieur et faire peur à toustes celleux qui souhaitent s'engager pour un monde plus juste. Cette condamnation ouvre la porte a une criminalisation normalisée du monde militant. Plus besoin d'appartenir à un même groupe, de se connaître ou voir même de faire une action quelconque pour subir l'accusation de terrorisme. L'État, via ses bras judiciaire et législatif, nous montre encore sa spécialité depuis la première association de malfaiteur : normaliser une situation dite d'exception. Il est de plus en plus récurrent de voir des condamnations pour “apologie du terrorisme” ou de voir les moyens de “l'antiterrorisme” appliqué au monde militant via la SDAT(sous direction anti-terro). Ainsi “l'antiterro” devient la nouvelle norme répressive.
Parce que demain ce sera vous, nous, les terroristes, aujourd'hui comme demain, ne nous laissons pas antiterroriser !
Les besoins :
Pour suivre l'actu et les compte rendus journaliers du procès sur le blog : https://soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org/
Pour nous contacter :
812support@riseup.net
soutien-8dec@riseup.net
8.12communication@proton.me (contact médias)
15.05.2026 à 17:55
Le Cercle de silence de Paris se réunit chaque 3e vendredi du mois devant le Conseil d'État.
Par notre participation au cercle de silence, nous voulons dénoncer les traitements inhumains réservés aux migrants du seul fait qu'ils n'ont pas de papiers en règle.
Le Cercle de silence de Paris se réunit chaque 3e vendredi du mois devant le Conseil d'État.
Par notre participation au cercle de silence, nous voulons dénoncer les traitements inhumains réservés aux migrants du seul fait qu'ils n'ont pas de papiers en règle.
Par notre participation au cercle de silence, nous voulons dénoncer les traitements inhumains réservés aux migrants du seul fait qu'ils n'ont pas de papiers en règle.
Nous en appelons à la conscience de tous et toutes, et vous invitons à rejoindre le cercle de silence
Dans une société française fragmentée par les injustices et les inégalités, certains désignent aujourd'hui l'étranger comme bouc émissaire. Et demain qui ?
15.05.2026 à 17:07
Besoin de monde au 62 avenue Corentin Cariou (porte de la Villette, Paris 19e) à 18h ce vendredi 15 mai : le plus grand centre d'hébergement d'urgence de Paris va être fermé, grosse menace d'expulsion aujourd'hui !
À l'appel d'Utopia56
Besoin de monde au 62 avenue Corentin Cariou (porte de la Villette, Paris 19e) à 18h ce vendredi 15 mai : le plus grand centre d'hébergement d'urgence de Paris va être fermé, grosse menace d'expulsion aujourd'hui !
À l'appel d'Utopia56

Ce vendredi 15 mai, l'État, par l'intermédiaire de la préfecture de région, va fermer définitivement le plus grand centre d'hébergement d'urgence de Paris, et l'un des plus importants d'Île-de-France. 450 places d'hébergement vont ainsi disparaître brutalement, sans solution digne ni pérenne pour les personnes hébergées.
Depuis près de trois semaines, avec les équipes d'Utopia 56, les personnes hébergées et soutiens, nous nous mobilisons contre cette fermeture injustifiable. Trois rassemblements et piquets ont déjà eu lieu ces deux dernières semaines, avec le soutien de nombreux-ses élu-es de la Ville de Paris et de citoyen-nes solidaires.
Plusieurs dizaines de personnes vivent encore dans le centre, et résistent aux maltraitances quotidiennes infligées par la préfecture de région et son gestionnaire Coallia.
La seule « solution » proposée par l'État est la délocalisation vers des « sas régionaux » : des dispositifs temporaires, inadaptés, qui déracinent les personnes de leurs attaches, de leurs suivis médicaux, administratifs, scolaires, professionnels et de leurs réseaux de solidarité construits ici. Une politique de dispersion qui nie la dignité et les droits fondamentaux des personnes concernées.
Avec notre avocat Samy Djemaoun, nous avons attaqué cette décision en référé devant le tribunal administratif. Nous avons malheureusement été débouté-es dans une décision incompréhensible, estimant que la suppression de plus de 400 places ne suffisait pas, à elle seule, à caractériser une carence de l'État en matière d'hébergement d'urgence.
Pourtant, le droit est clair : l'État a l'obligation d'assurer la continuité de l'hébergement d'urgence. Nous attendons désormais une audience devant le Conseil d'État.
Depuis cette audience, les méthodes employées pour vider le centre se sont aggravées. De nombreux témoignages font état de pressions constantes, intimidations et pratiques maltraitantes de la part de l'opérateur gestionnaire, Coallia :
Comble de l'indécence : mardi soir, 4 femmes parties chercher à manger se sont vues refuser l'entrée à 22h, sous la pluie. Utopia 56 les a hébergées pour la nuit.
Malgré les démentis de la préfecture et de Coallia nous n'inventons rien. Tous ces faits sont issus de témoignages directs des personnes encore hébergées au sein de ce centre.
Chaque jour, les personnes encore présentes sont poussées à partir pour permettre la fermeture rapide du site, qui doit ensuite devenir un espace d'événementiel. Une honte absolue.
Beaucoup on déjà quitté les lieux sous la contrainte et l'épuisement. Mais plusieurs dizaines de personnes, majoritairement des femmes, continuent de résister.
Elles refusent de céder et ont aujourd'hui besoin de notre soutien massif.
Aucune solution réelle n'est proposée à la sortie du centre. C'est illégal. L'article L. 345-2-2 du Code de l'action sociale et des familles rappelle pourtant le principe de continuité de l'hébergement d'urgence.
Des documents de « fin de prise en charge » sont actuellement signés par des personnes hébergées sans même mentionner de date de fin, et comportent des clauses indiquant explicitement qu'aucune proposition d'hébergement ni aucune continuité ne seront assurées.
Le comble : les agents de Coallia orientent désormais certaines personnes vers notre association pour trouver un hébergement, alors même que nous dénonçons cette fermeture depuis des semaines et mobilisons toute notre énergie pour empêcher cette catastrophe de plus.
Une inversion totale des responsabilités.
Le vendredi 15 mai était annoncé depuis le début comme la date de fermeture définitive du lieu. Si cette fermeture n'a pas encore eu lieu, c'est uniquement grâce à la résistance des personnes hébergées et des soutiens mobilisé-es ces dernières semaines.
Cette mobilisation met aujourd'hui la préfecture dans l'embarras et montre qu'il est encore possible d'arracher des solutions.
Nous appelons à un rassemblement massif de soutien pour exiger :
Nous refusons de laisser l'État démanteler encore davantage l'hébergement d'urgence et faire reposer ses responsabilités sur les associations et les solidarités citoyennes.
Nous refusons ces pratiques indignes et maltraitantes dans le seul objectif de remettre des personnes à la rue.
Soyons nombreux-ses pour empêcher une remise à la rue violente et garantir la continuité des prises en charge des personnes qui se battent toujours à l'intérieur.
On lutte, on gagne on ne lâche rien.
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