19.09.2026 à 22:19
zabrahams
Comme d’habitude, les nigauds se précipitent quand j’ouvre la bouche pour y voir l’erreur dont ils espèrent m’accabler. Les petits génies de l’atlantisme, qui pullulent dans l’officialité médiatique, se sont donc rués sur deux tweets. Je me tromperai en disant que Trump a annexé le Groenland. Et je contredirais le propos de Manon Aubry sur le Canada, prononcé devant le Parlement européen. J’aurais dérapé sur le verglas de l’international. Voyons cela. L’international est un domaine que je suis de très près depuis plusieurs décennies. À mes yeux, la géopolitique structure les politiques nationales et leurs relations mutuelles. Je dis donc que Trump a annexé le Groenland en signant un nouvel accord avec le Danemark pour se donner le droit d’assurer la sécurité « et les autres besoins » (dixit Trump) du Groenland. Les trompettes médiatiques jurent que le texte signé ne change rien. « Au contraire ». On connaît cette logique pétainiste : « nous ne sommes pas éliminés » ; la preuve, c’est que nous signons nous-mêmes pour « protéger », « discuter dans le silence des armes » et autres blablas. Naturellement, ces grands spécialistes, dont on a pu déjà vérifier les étonnantes capacités de compréhension du monde, avaient déjà analysé la guerre contre l’Iran comme une nécessité. Ils annonçaient la victoire certaine des USA et d’Israël. Je ne m’attarde donc pas sur leur talent. Ils en ont. Mais pas au point de me faire la leçon.
Que nous divergions n’a rien d’étonnant. Pour eux, comme au siècle dernier, les USA sont une puissance bienveillante et non une bête blessée confrontée à l’agonie de son autorité sur le monde, face à la Chine. Ici donc s’effraie l’officialité médiatique. Celle-là même qui, la semaine précédente, prenait la défense de la dette intouchable auprès de la BCE. On a vite vu qu’à part les banquiers centraux, aimablement sollicités et médiatiquement chatouillés au bon endroit pour sortir de leur rôle et se disputer avec les insoumis, le monde des économistes était moins unanime que l’officialité ne le croyait. Ici, je ne perds pas trop de temps.
Si l’accord sur le Groenland « ne change rien », pourquoi a-t-il été signé ? Et si c’est « au contraire ! », cela signifie-t-il que le Danemark a gagné le bras de fer ? Donc, pour les commentateurs de cet avis, il leur reste à montrer que Trump, après avoir été battu par l’Iran, vient de l’être par le Danemark. On ne m’en voudra pas d’en douter, même si cela attente aux poses méprisantes des « spécialistes » qu’on me jette à la figure sans donner de noms ni d’arguments.
Puis vient le croustillant pour la presse à buzz. Manon Aubry et moi n’aurions pas exprimé le même avis sur le sens de la démarche du Canada devant l’Union européenne. Je veux rassurer. C’est normal : nous ne parlons pas du même balcon. Mais avant d’en parler, je dis un mot de contexte. Ces journalistes ne se sont pas intéressés à ma visite auprès de l’ambassade du Canada et de la délégation du Québec la semaine passée. C’est bien leur droit. Qui suis-je à côté de leur lumineux silence atlantiste quand Trump menace nos cousins canadiens de super droits de douane pour les obliger à retirer les messages en français dans leur commerce bilatéral ? Eux voulaient regarder ailleurs. Ils préféreront toujours les USA. Et ils traiteront toujours Trump comme un rigolo de passage.
Comme Manon Aubry, j’ai dit aux ambassadeurs que nous restions opposés au CETA. Je l’ai dit à propos de l’agriculture. Avant de conclure « expressis verbis », « notre problème ce n’est pas le Canada, mais l’autonomie alimentaire de notre pays ». À quoi l’ambassadrice m’a répondu que, pour l’instant, l’accord était favorable à la France. À quoi j’ai répondu que nous ne trouverions peut-être pas notre compte dans la durée et que tout cela correspondait à une agriculture tournée vers les marchés mondiaux, ce qui n’est pas notre conception. Puis, nous sommes passés aux autres sujets de coopération, comme l’espace et l’ordinateur quantique, sur lesquels il n’y a pas de tension entre nous. Au contraire. De ce point de vue, Manon Aubry et moi disons exactement la même chose. Cela pourrait être autrement, car je rappelle que Manon exprime la parole d’un groupe de plusieurs pays. Je parle pour les insoumis de France. Le genre de détails qu’un « journaliste » ne peut comprendre, car trop complexe. C’est pourtant la cause de notre diversité d’approche, souvent. Mais c’est encore trop demander que de vouloir faire travailler de tels « observateurs ». Il y a encore un point où nous avons la même inquiétude : qui et quand a-t-il été décidé que madame von der Leyen proposerait au Canada d’être un pays associé à l’Union ? Quoi qu’on pense de cette proposition, aucun de nous n’est prêt à accepter que ce genre d’initiative soit laissé à la discrétion de la présidente de la Commission sans avis du Parlement ou du Conseil. Elle sort ici outrageusement de son rôle, c’est-à-dire de son mandat. Sur ce point, le groupe La Gauche et les insoumis sont parfaitement en ligne. Et même si l’on voit d’un bon œil l’idée (ce qui est mon cas comme candidat à la présidence de la République), il n’est pas question de reconnaître à madame von der Leyen un droit qui, demain, serait utilisé pour des pays plus discutables à nos yeux. Ce n’est pas un point de vue d’observateur, mais celui d’une organisation politique qui pense gouverner demain la France et ne se laissera déposséder d’aucun de ses pouvoirs ! Quant au fond, nous (insoumis), nous réjouissons tous plutôt de ce qu’a entrepris le Premier ministre canadien. Mais ce point n’a pas été discuté dans le groupe plurinational « La Gauche ». Et il est très probable que tous n’en sont pas d’accord comme nous, insoumis. Ici, intervient un autre détail qui excède les capacités de compréhension de « journalistes » superficiels. Le groupe « La Gauche » est largement confédéral. Sa présidente n’est pas comme von der Leyen, quelqu’un qui excède ses pouvoirs. Manon Aubry ne parle pas en son nom, ni donc au mien. Elle s’exprime dans le cadre et au service de son mandat, même quand cela ne correspond pas au point de vue insoumis. Sur le fond, la réaction de Trump, par sa violence, permet de comprendre pourquoi la démarche du Premier ministre canadien nous intéresse autant, alors même qu’il n’est pas politiquement de notre bord. Ce n’est pas la première fois que nous soutenons le point de vue d’un chef de gouvernement qui ne vient pas de la gauche radicale. Ainsi, quand nous avons soutenu Pedro Sánchez, chef du gouvernement espagnol, à propos de la Palestine, alors même que nos camarades de Podemos, membres du groupe « La Gauche » que préside Manon Aubry, ne le faisaient pas, au contraire.
Je suis très satisfait des commentaires outranciers qui accompagnent mes prises de position, tweet par tweet. Je n’en veux pas à ceux qui prennent le risque de se ridiculiser en m’attaquant sans précaution. Tout cela participe à l’éducation politique populaire contradictoire dont nous croyons qu’une campagne électorale présidentielle est le moment fort. La quasi-totalité des médias français est sous influence idéologique nord-américaine et pense en membres de l’OTAN, avec les catégories mentales et politiques du siècle dernier. On l’a vu dans le traitement du génocide à Gaza. L’opinion française a pris ses distances. Mais il lui reste beaucoup de chemin à faire. Notre gouvernement, le moment venu, rompra avec tout le fatras du monde d’avant auquel se raccroche encore l’officialité. Nous romprons, car la réalité que nie l’officialité française est celle des menaces de Trump quand il apprend le rapprochement des Canadiens avec les Européens. Les uns se soumettent et font tout pour ramener les « caprices » de Trump à un dérangement psychologique sans conséquence sur le fond. En pleine crise mondiale liée à la décision « capricieuse » de Trump d’entrer en guerre contre l’Iran, ces gens ont une capacité de déni dangereuse. Le commentateur ne paie jamais ses erreurs. Le politique si, quand il gouverne. Nous sommes donc dans l’obligation de nous y préparer. Merci aux amis du buzz de nous aider à diffuser ce qu’ils pensent être des « dérapages » dont ils nous corrigeraient, quand c’est l’annonce d’une ligne qui s’appliquera demain si nous en avons mandat.
19.09.2026 à 09:34
zabrahams
Je reprends mes publications inédites pour ce blog. Cet outil a été, pendant de longues années, le vaisseau amiral de mon système de communication. J’y préparais, sans le dire, l’épure de mes livres et j’apprenais aussi mes contenus pour préparer mes répliques à la télé ou en débat. Aujourd’hui, mes divers comptes sur les réseaux sociaux s’étendent sur presque sept millions d’abonnés. Le blog reste là. Un peu à part, car je dois être, avec quelques amis, dans les derniers politiques à garder ce type d’espace. Comme une porte d’entrée sur mes autres publications, mes vidéos et ainsi de suite. Mais le plaisir d’y revenir écrire pour retenir et partager reste le plus fort. Je reprends donc les notes de blog. Avec une baston utile avec l’une des figures de la nouvelle droite de notre époque, Édouard Philippe. L’homme de la retraite à 67 ans s’appuie sur un fort bagage de mauvaise réputation après avoir torpillé le Code du travail et beaucoup éborgné les Gilets jaunes. Mais restons optimistes : il peut faire pire. La preuve avec cet « open bar » que seraient les arrêts de travail !
On sait depuis l’épisode du débat à l’université du Medef sur quelle ligne les candidats de droite ont décidé d’aborder cette campagne. Ce sera une course aux outrances ultralibérales, pro-patronales et antipopulaires. Dans le flot de toutes ces diatribes contre la Sécurité sociale, le Code du travail ou l’investissement public, il y en a une sur laquelle je voulais revenir. Je l’ai trouvée aussi choquante que le rire des patrons à propos des augmentations de salaires. Car elle est significative de la morgue de classe macroniste. Devant les 4 000 patrons réunis à Roland-Garros le 27 août, Édouard Philippe a déclaré vouloir mettre fin à « l’open bar sur les arrêts de travail ».
Pourquoi cet homme, ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, se permet-il un tel niveau de grossièreté à propos d’un sujet douloureux pour des millions de gens, puisqu’il s’agit de leur maladie ? Est-ce que, vraiment, les travailleurs français abusent des arrêts de travail ? En moyenne, ils ont 14 jours d’arrêt maladie par an. Et les autres en Europe ? Les Belges sont en arrêt de travail 15 jours par an. Les Espagnols, 16 jours. Les Slovènes, 17 jours. Les Norvégiens et les Luxembourgeois, 18 jours. Ça fait déjà du monde pour qui l’« open bar » est plus généreux que pour les Français, M. Philippe ! Mais savez-vous qui sont les champions ? Les travailleurs allemands, avec 25 jours d’arrêt de travail en moyenne chaque année !
Cela étant dit, on peut toujours trouver que 14 jours d’arrêt par an, c’est trop. D’autant plus que c’est en augmentation : +25 % depuis le Covid. Mais encore faut-il se poser la question des causes. D’abord, cette augmentation avait déjà commencé avant le Covid. Elle est tendancielle du fait du vieillissement de la population salariée. Il y a d’ailleurs un paradoxe à vouloir reculer toujours l’âge de la retraite et, en même temps, à vouloir que les salariés ne soient jamais malades. Les personnes ont plus de risques de tomber malades lorsqu’elles vieillissent et doivent rester au travail. D’où l’intérêt d’avoir une pensée globale sur la sécurité sociale : retraite, santé, chômage, etc.
Mais cette simple donnée démographique n’explique pas tout. Il faut y ajouter le fait suivant : les travailleurs français sont particulièrement maltraités ! Nous détenons le record d’Europe des morts au travail, avec une incidence deux fois supérieure à la moyenne du continent. Le management en France est particulièrement dur pour la santé mentale. Cet été, l’Association pour l’emploi des cadres a publié un sondage sur la question. 87 % des salariés français identifient le travail comme premier facteur agissant sur leur état psychologique. Et un salarié sur cinq déclare avoir déjà été obligé de démissionner en raison de son état de santé mentale !
Face à ces durs constats, les solutions proposées par Édouard Philippe apparaissent pour ce qu’elles sont : des mesures qui vont aggraver une souffrance au travail déjà répandue. Il veut d’abord instaurer partout deux jours de carence « d’ordre public », c’est-à-dire des jours où la loi stipule que ni la Sécu ni l’employeur ne doit maintenir le salaire. Donc, il va obliger des personnes malades à rester à leur poste de travail. On devine la suite : si ce sont des maladies contagieuses, elles vont contaminer leurs collègues. La situation de l’entreprise aura empiré. Il veut aussi interdire à une personne revenant d’un arrêt maladie long de signer une rupture conventionnelle après. Cela, c’est enchaîner à leur poste de travail des salariés qui souffrent terriblement de son organisation.
En fait, il y a une manière de faire plus logique si on veut réduire le nombre de jours d’arrêt de travail : faire en sorte que le travail rende moins malade les gens. Nous commencerons par rétablir les Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) qui ont été supprimés par Emmanuel Macron dès son arrivée au pouvoir. Nous élargirons leurs missions aux enjeux environnementaux. Nous rétablirons aussi la visite médicale d’embauche par un médecin du travail et des consultations régulières obligatoires, puisque cela aussi, Emmanuel Macron l’a supprimé. Et puis, nous augmenterons les effectifs d’inspecteurs du travail, pour qu’ils puissent faire leur métier.
Édouard Philippe a tout faux. Ce n’est pas « l’open bar des arrêts de travail » qui est un scandale. Le vrai scandale qui dure en France, c’est celui de la souffrance au travail. Et c’est à celui-là qu’il faut mettre fin.
18.09.2026 à 12:27
zabrahams
Chaque semaine, l’Institut La Boétie dont Jean-Luc Mélenchon est co-président, édite une note intitulée « données et arguments ». Elle sert de référence pour les débats de formation dans les groupes d’action de La France insoumise. Cette note sera reproduite ici dans le but de documenter les mots d’ordre du mouvement et de permettre partout des débats argumentés.
Lors de son discours à la Braderie de Lille le 5 septembre 2026, Jean-Luc Mélenchon a défendu une nouvelle mesure économique : la mise en place de « stocks publics » de ressources essentielles (matières premières, pétrole, nourriture…) pour en assurer l’approvisionnement à prix raisonnable en temps de crise. Cette mesure permet de stabiliser les prix et de limiter l’impact de l’inflation sur la population. Elle redonne à l’État sa capacité d’agir pour répondre aux besoins du peuple face à l’échec du marché qui organise le chaos. Ce dispositif existe déjà dans plusieurs pays et est défendu par de nombreux économistes, dont l’américaine Isabella Weber, intervenue aux Journées économiques internationales de l’Institut La Boétie.
1 – Le chaos actuel du marché : spéculation, inflation, pénuries…
Nous vivons une époque de crise globale qui pèse sur notre économie. Tensions géopolitiques, pandémies, guerres commerciales, crise écologique : tous ces bouleversements menacent notre production et notre approvisionnement en ressources essentielles et font exploser les prix. Or, le marché n’est pas capable de faire face à ces crises. Au contraire, il les amplifie.
=> Quand un choc (ex: baisse de l’offre) survient dans l’économie, les grandes entreprises anticipent une pénurie, spéculent, augmentent leur prix, et transmettent la crise à l’ensemble de l’économie. Les mécanismes de la spéculation amplifient les chocs plutôt que de les corriger. En fin de chaîne, c’est la population qui trinque, pendant que les grandes entreprises engrangent des superprofits records.
C’est ce qu’il s’est passé :
=> En bref, le marché organise lui-même l’inflation et les pénuries, car il laisse les grandes entreprises privées déterminer les quantités et le prix de biens essentiels, y compris quand cela nuit à l’économie globale et prive des millions de personnes de ressources. Pour faire face aux fluctuations, les entreprises pourraient pourtant anticiper et constituer davantage de stocks de marchandises en amont. Mais elles ne le font pas, car ce n’est pas rentable pour elles. Le capitalisme privilégie toujours les flux, le court-terme. La puissance publique doit donc intervenir elle-même. À la fois via des mesures d’urgence (blocage des prix), et via des mesures structurelles : la mise en place de « stocks publics tampons » par l’État.
2 – Notre proposition : les stocks publics tampons pour stabiliser les prix
Comment ça fonctionne ?
L’État achète sur le marché des stocks de matières premières (céréales, pétrole…) quand les prix sont bas puis les revend en période de prix élevés. On les appelle « stocks tampons » car ils servent d’amortisseur aux fluctuations de l’économie.
On peut les constituer au niveau national mais aussi international avec les pays qui le veulent : ces stocks publics internationaux pourraient être gérés par une institution indépendante, par exemple via l’ONU.
Les stocks publics permettent :
Mais aussi à long terme :
L’idée des stocks tampons est ancienne :
Les stocks tampons existent aujourd’hui et ils fonctionnent :
Conclusion
Face à l’échec du marché, il faut mettre en place des stocks publics tampons pour stabiliser les prix des ressources essentielles et en garantir l’accès à la population. C’est un premier pas vers la construction d’une économie tournée globalement vers la satisfaction des besoins humains plutôt que vers le profit de quelques entreprises. À l’échelle internationale, la constitution de stocks tampons favoriserait l’émergence d’un multilatéralisme de la paix et de la coopération plutôt que les guerres commerciales ou le libre-échange destructeur.
16.09.2026 à 21:06
zabrahams
12.09.2026 à 19:54
zabrahams
11.09.2026 à 21:55
zabrahams