08.10.2026 à 02:00
Texte publié le 8 octobre 2026 dans Le Club de Mediapart.
Après la multiplication des vagues de chaleur, le collectif Scientifiques en rébellion revient sur les réactions politico-médiatiques indignes au vu des souffrances et rappelle faits scientifiques et constats sur les politiques menées.
Cet été, l’exceptionnel n’était plus le caniculaire mais les rares instants de répit proches de feu les normales saisonnières. En France, ce contexte a servi de toile de fond à une saga politico-médiatique aussi accablante que les températures.
D’un côté, les conséquences directes de canicules et d’une sécheresse records : des personnes cloîtrées chez elles dans des fournaises ou dans des établissements publics devenus bouilloires thermiques, des agriculteur·ices en détresse face aux impacts sur les cultures et aux surmortalités massives dans les élevages (comptabilisées en tonnes pour invisibiliser les vies), des communes privées d’électricité, d’autres nécessitant des ravitaillements en eau, des événements culturels annulés, des lieux de baignade fermés pour cause de cyanobactéries, des systèmes de production électrique, hydraulique et nucléaire à l’arrêt, et bien sûr des incendies gigantesques, incontrôlables, alimentés par la sécheresse, la chaleur, et prospérant sur les terres dédiées à une sylviculture industrielle. Au total, ce sont des centaines de milliers de personnes vulnérabilisées ou décédées suite à des choix de société mortifères, des millions d’êtres vivants anéantis, et d’autres conséquences incalculables tant elles s’échelonneront dans le temps.
En regard, des réactions cyniques, offensantes et opprimantes : des policiers détruisant une piscine installée en bas de leurs immeubles par ses habitant·es, le maintien d’un défilé de mode Louis Vuitton sous une vague géante d’eau potable comme décor, des spots de communication gouvernementale sur d’évidents « réflexes de protection » qui restent inapplicables pour bien des travailleur·ses, une obscénité à rendre responsables celleux qui souffrent psychologiquement de l’incurie des décideur·ses et une surenchère d’indécences sur les plateaux climatisés des télévisions et des radios. Nous en retiendrons deux : « on s’est adapté au réchauffement climatique (il faut être honnête et reconnaître que le plus gros du travail a été fait), mais on ne peut pas s’adapter à ce genre de canicules… » par le récidiviste Emmanuel Macron (rappelant son « Qui aurait pu prédire ? »), et « Les scientifiques n’ont pas été assez convaincants », envoyé au visage de notre collègue climatologue Christophe Cassou, contributeur du 6e rapport du Giec, par le chroniqueur économique Emmanuel Lechypre sur BFMTV.
Au-delà de la colère immense qui nous habite et de la tristesse qui nous envahit face aux souffrances multiples, actuelles et à venir, conséquences de la disparition du climat tempéré en Europe, nous appelons à en tirer quelques enseignements.
Régulièrement, le gouvernement a été accusé d’inaction face au réchauffement climatique et aux destructions environnementales. Les faits contredisent ce constat. Le gouvernement a au contraire beaucoup agi pour l’accélération et l’aggravation des désastres écologiques en cours. On peut mentionner le décret de « Simplification de la procédure contentieuse en matière environnementale », la réautorisation de certains pesticides toxiques et une dérégulation sur le sujet des mégabassines, la remise sur le marché de 700 000 passoires thermiques, le refus d’utiliser les centaines de milliards d’euros de profits des entreprises pétro-gazières pour financer la sortie des énergies fossiles, les milliards d’euros investis dans l’intelligence artificielle et l’installation de datacenters, le siphonnage des aides à l’agriculture bio, etc. Avec ces mesures au service d’une idéologie dépassée de « croissance économique sans limites », le gouvernement participe activement et explicitement à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre et à l’effondrement de la biodiversité.
Il a également été accusé d’impréparation face aux conséquences du réchauffement climatique. Mais les faits démontrent le contraire. Le gouvernement s’adapte, à sa manière ! Il renforce son potentiel de coercition pour réprimer les citoyen·nes qui alertent sur la destruction de notre environnement, la dégradation des conditions de vie, l’augmentation des souffrances et de la conflictualité. « On ne peut pas s’adapter à des pics [caniculaires] qui n’ont pas d’équivalent » déclare M. Macron ? Malhonnête, puisque l’adaptation consiste à ne pas se référer au passé mais à anticiper. Cynique, puisqu’il se dédouane ainsi de sa responsabilité dans la perpétuation et l’amplification du désastre, soutenant un gouvernement qui dans le même temps, déploie un arsenal de nouvelles « lois scélérates » (dont la loi de la présomption d’usage légitime des armes pour les policier·ères votée début juillet, demandée en son temps par le Front national de Jean-Marie Le Pen). Il réaffirme pour ceux et celles qui en doutaient que son rôle n’est pas de protéger les citoyen·nes mais de maintenir un ordre établi où les profits des élites justifient tout, sans une pensée pour les victimes d’inégalités qui s’accroissent avec les bouleversements environnementaux.
Parmi les scientifiques, nombreux·ses sont celles et ceux qui ne cessent de documenter l’effondrement de nos milieux de vie et d’alerter sur des futurs douloureux, notamment au sein de notre collectif. Au cas où le gouvernement ou quelques journalistes remettraient à nouveau en cause le rôle de ces scientifiques dans la documentation et l’exposé de ces périls, nous aimerions rappeler quelques constats et propositions.
► On ne s’adaptera pas à un monde à +3 °C ou +3,5 °C, nous en sommes à +1.4 °C et cela se traduit déjà en France par 4 vagues de chaleur hors norme en 4 mois et des incendies terribles sur la période estivale… imaginez la suite. L’adaptation a des limites. Penser qu’elle passera par une climatisation à tout-va est un non-sens, devenu l’objet dominant du débat politique de l’été, repris comme un mantra, qui ne fait que révéler l’incompétence de nos politiques et leur mépris envers la population. S’il est souhaitable que la climatisation soit installée dans le cadre d’une planification collective quand elle est nécessaire à la protection des plus fragiles et quand d’autres solutions plus résilientes sont indisponibles à court terme (isolation, volets, etc.), elle ne résoudra en rien les problèmes. Elle n’aidera pas les agriculteur·ices, leurs cultures ou leurs bêtes, ni l’ensemble des travailleurs·ses en extérieur, ni les pompiers, pas plus que nos infrastructures ferroviaires ou électriques, ni bien sûr les forêts, les lacs et les animaux qui les peuplent. Sans parler du coût énergétique et de l’impact sur les températures locales qu’elle peut venir rehausser (phénomène des îlots de chaleur en milieu urbain).
► On ne s’adaptera pas « comme si de rien n’était », sans que notre société et nos vies ne changent radicalement. Le modèle du confinement nous éclaire sur l’adaptation vue par M. Macron : maintenir, même si cela nécessite d’enfermer les citoyen·nes. Déjà affectée à +1.4 °C, l’activité économique ne suivra pas non plus si elle ne bifurque pas, ce que M. Macron feint d’ignorer. Ses gouvernements ont dessiné un néolibéralisme extrémiste, totalitaire et ravageur se nourrissant des dernières forces de travailleur·ses soumis·es aux impératifs d’une caste et d’une idéologie hors-sol, dans un environnement de plus en plus dégradé, jusqu’à ce que les limites du vivable et du vivant soient atteintes. Comme alternative à cette fuite en avant ravageuse, des citoyen·nes, des collectifs, et des scientifiques réclament des changements permettant une adaptation viable, jouant sur tous les leviers à commencer par celui de la frugalité dans une société post-croissante démocratique.
► La croissance verte est un mythe capitaliste. Comme pour le changement climatique, il existe un consensus scientifique sur l’impossibilité de découpler ladite croissance économique de son impact environnemental. Les richesses produites n’ont jamais été aussi abondantes, les patrimoines des plus riches n’ont jamais été aussi élevés, les marchés financiers n’ont jamais autant emprunté et pourtant le niveau des dettes publiques n’a jamais été aussi haut. Permettre une transition sociale et environnementale juste nécessite une réorganisation de l’économie, une redistribution des ressources et une atténuation de l’empreinte de nos activités.
► Les sciences et les technologies ne doivent plus être là pour offrir des solutions permettant la poursuite d’une économie dite de croissance. Aujourd’hui, il n’existe pas de technologies permettant un retour en arrière climatique et environnemental ; ni même une stabilisation (neutralité carbone). Et même si nous en disposions, leur mise en place dans le temps et leur utilisation à une échelle suffisante sont illusoires. Ces scénarios ne sont brandis que par ceux qui ont intérêt à maintenir le statu quo le plus longtemps possible. Pour espérer limiter les bouleversements à venir, une remise en cause profonde de l’économie, de l’organisation sociale et des modes de vie sont nécessaires. Et en particulier de sortir de ce monde néolibéral où la compétition est la norme, servie par une croyance aveugle dans le technosolutionnisme.
► Les études estimant des coûts liés aux désastres d’origine climatique, à l’effondrement des écosystèmes, aux dysfonctionnements économiques, aux investissements dans des mesures d’adaptation plus ou moins pertinentes… s’accumulent et renvoient à des chiffres astronomiques. Il n’y a aucune justification à vouloir parier sur l’adaptation plutôt que sur la diminution des émissions et la sortie des énergies fossiles.
► Les sciences de l’environnement global sont claires. Il est explicitement dit dans les rapports du Giec – et leurs résumés relus et approuvés ligne par ligne par des représentant·es de tous les gouvernements – qu’une poursuite du réchauffement climatique est un risque pour l’habitabilité de la planète, accompagné d’une probabilité de famines à l’échelle globale. Les « qui aurait pu prédire ? » et « vous n’avez pas été assez convaincant » énoncés par certain·es politiques ou journalistes sont des tentatives assez abjectes de se dédouaner et de rejeter la faute sur les scientifiques.
En cet été 2026, la communication autour de « l’adaptation » et ses éléments de langage nous est apparue comme un choc. Plutôt que d’apprendre de ses erreurs et d’agir pour le bien commun, le gouvernement continue sa radicalisation dans le déni et dans l’étonnement feint. Il nous prépare benoîtement aux inondations qui viendront cet automne… réclamant de nous faire écoper une crue avec quelques seaux, parce qu’il n’a pas réparé le barrage qui a lâché en amont. Cette politique d’enlisement, relayée malhonnêtement par une partie du spectre politique, médiatique et industriel, fait le jeu de la discorde, propice à la violence et à la haine portées par le Rassemblement national. Face à l’ampleur des bouleversements à redouter, d’autres récits, parfaitement réalistes, existent heureusement. Un cataclysme écologique et climatique est évitable si l’on encourage la coopération, la concertation, le soin, le respect des écosystèmes et l’empathie. À bon entendeur.
29.09.2026 à 02:00
Par ce communiqué, les Scientifiques en rébellion apportent tout leur soutien à la marche courageuse engagée le 21 septembre par Jean-Yves Quéméneur au départ de Morlaix (29) pour rallier l’Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel à Paris. Cette marche, pieds nus, fait l’éloge de la lenteur reconnectée à l’environnement. Jean-Yves Quéméneur prévoit d’échanger avec les citoyen·nes qui croiseront son chemin ou viendront à sa rencontre, et d’interpeller leurs représentant·es sur la place que nos sociétés doivent accorder au vivant.
Après une vie de luttes environnementales (algues vertes, pesticides, sables pompés en mer…), Jean-Yves Quéméneur lance un cri d’indignation et de colère devant l’inaction de l’État face à ces graves problématiques de santé publique. Il souhaite, encore une fois, rappeler les effets dévastateurs des algues vertes sur les écosystèmes marins en Bretagne – d’ailleurs reconnus par les juges de la Cour d’appel de Nantes (arrêt du 16 juin 2026). Sa marche sera donc l’occasion d’évoquer cet arrêt très peu publicisé par les administrations d’État et la plupart des élu·es. Il dénonce aussi les pesticides et s’insurge contre la multiplication des pathologies et des cancers pédiatriques associés à leur usage.
Les Scientifiques en rébellion soutiennent pleinement le combat de Jean-Yves Quéméneur et soulignent notamment que les preuves scientifiques sur les ravages des pesticides s’accumulent, comme le rapportent les expertises collectives menées par les instituts publics français : sur la santé humaine avec des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes (Inserm, 2013, 2021) et sur la biodiversité et les écosystèmes (Inrae-Ifremer, 2022). En infiltrant les sols, l’air et les milieux aquatiques, les pesticides contaminent l’environnement et participent à l’extinction de masse des populations d’insectes et d’oiseaux. Cette extinction dramatique constitue une menace majeure qui risque de provoquer l’effondrement des écosystèmes et de la production agricole dont nos sociétés dépendent (United Nations Report, 2019). Les Scientifiques en rébellion appellent donc, avec de nombreuses organisations, à la manifestation anti-pesticides du 3 octobre dans l’Eure.
Nous dénonçons avec Jean-Yves Quéméneur, l’écart abyssal entre la gravité des consensus scientifiques et les politiques menées, ainsi que la subordination de l’intérêt public aux intérêts privés. Cette marche poétique et engagée rejoint celle de Joseph Garrigue et de sa compagne en début 2024 qui ont traversé pendant trois mois la France à pied pour alerter sur l’effondrement de la biodiversité et de la santé humaine dû aux pesticides. Ces engagements militants renforcent le combat de centaines de collectifs qui luttent pour que des décisions collectives à la hauteur des enjeux soient prises dès maintenant. Nous vous invitons donc à aller à la rencontre de Jean-Yves Quéméneur au cours de son périple et à venir l’accueillir, nombreux et nombreuses, à son arrivée à Paris pour l’accompagner à l’Assemblée nationale et au Conseil constitutionnel.
Plus d’infos : https://www.facebook.com/associationforce5
11.06.2026 à 02:00
Grenoble, le 11 juin 2026
L'Université de Grenoble porte devant la justice l'affaire de la soutenance de thèse interdite. Scientifiques en rébellion répond.
L'affaire de la thèse en informatique d’Achille Baucher (voir notre précédent communiqué de presse, articles dans Reporterre, dans AEF et dans Le Monde) vient de prendre un nouveau tournant. L'Université Grenoble Alpes (UGA) a finalement réagi en publiant le 9 juin un communiqué de presse annonçant qu’elle porte l’affaire devant la justice sur un tout autre registre.
En effet, l’UGA indique que : « Face à la gravité de ces éléments, l'Université Grenoble Alpes a saisi le procureur de la République, engagé une procédure de signalement au titre de l'intégrité scientifique et saisi le comité d'éthique et de déontologie de l’établissement ». Les « éléments » en question consistent en :
une suspicion de fraude au financement : les fonds ayant permis de financer la thèse n'auraient pas servi au sujet prévu initialement ;
une suspicion d'ingérence étrangère : les fonds proviendraient pour partie d'une "entreprise étrangère dont l'implication dans des faits d'ingérence sur le territoire français est documentée par les autorités compétentes" ;
un conflit d'intérêts potentiel : « Le directeur de thèse [...] aurait par ailleurs publiquement pris position contre des entreprises technologiques françaises intervenant dans des domaines comparables. »
Il faut comprendre ce que ces deux derniers points sous-entendent : Romain Couillet et Achille Baucher seraient accusés, en creux, d’intelligence avec une puissance étrangère. Rien que ça !
Cette constatation appelle plusieurs remarques :
La présidence de l'Université, qui donne des leçons de déontologie, vient tout simplement de quitter le champ de la disputatio scientifique (cette thèse méritait-elle d'être soutenue sous l'égide de l'école doctorale d'informatique ?) pour ouvrir un autre front et pas des moindres : celui de l'intelligence avec une puissance étrangère.
Dans un précédent communiqué de presse, SeR suggérait que la décision de refus de la soutenance de thèse relevait d'une décision politique de la part de l'université, destinée à faire taire des voix dissonantes au sein de l'école doctorale d'informatique. Ce CP de l'UGA semble confirmer nos craintes et bien au-delà : il s'agit d'une tentative d'intimidation sous la forme d’une dénonciation permettant d’instruire un dossier à l’encontre de Romain Couillet — directeur de thèse de Achille Baucher — en vue de sanctions disciplinaires voire de poursuites pénales. Le procédé est indigne.
Quand on ne parvient pas à s'attaquer au message — la nécessaire désescalade du numérique — on s'attaque aux messagers.
Si par extraordinaire le procureur décidait d’ouvrir une enquête préliminaire, c'est un enfer auquel seraient confrontés nos collègues avec tout l'arsenal répressif que le motif d' « intelligence avec une puissance étrangère » permet : perquisitions, gardes à vue, écoutes, violation de la vie privée, etc. Le tout sur la base d'une accusation totalement fantaisiste !
Il est évident qu’il ne saurait y avoir aucune suite judiciaire d’aucune sorte, car le dossier est totalement vide. Mais dans le cas contraire, l'histoire montre que de telles procédures constituent une épreuve dont on ne sort pas indemne : insultes sur les réseaux sociaux, honnêteté intellectuelle bafouée, etc... Serait-ce un effet collatéral recherché par la présidence de l’université ?
Dans un contexte général de mise en cause des Sciences — alors justement que la thèse d'Achille Baucher vient vivifier le débat — la démarche de l'UGA, en plus de nous sembler inepte, nous parait tout simplement suicidaire.
En effet, prenons au mot la Direction de l’Université dans son désir de transparence totale pour le généraliser à l’ensemble des contrats et personnels de recherche :
Sur la fraude présumée au financement : la présidence devrait faire procéder à un audit de l’ensemble des contrats de l’UGA pour s’assurer que les fonds sont utilisés exclusivement pour les finalités indiquées dans les contrats (ANR, ERC, etc.) ;
Sur les financements douteux : la présidence devrait faire procéder à un audit de l’ensemble des contrats et collaborations de recherche pour accéder enfin à notre souhait de rendre publique la liste exhaustive de tous les partenariats industriels avec les entreprises qui contribuent au financement de l’UGA, ainsi que toutes les collaborations avec des universités (ou puissances) étrangères. Au passage, cet audit devrait détailler le fonctionnement de la société commerciale Floralis1, détenue à 100 % par l’UGA ;
Sur les conflits d’intérêts potentiels : demande de communication, sans en détailler le contenu, de l’ensemble des contrats entre entreprises privées et personnels de recherche donnant lieu à des compléments de rémunération pour ces derniers ;
Sur les discours publics : une analyse des discours de l'ensemble des scientifiques de l'UGA, croisée avec leurs déclarations d’intérêts, afin d'évaluer le nombre de cas où des scientifiques ont assuré la promotion de technologies développées par leurs financeurs.
Enfin, nous nous réjouissons que l’UGA reconnaisse enfin le caractère politique de leur refus de soutenance de la thèse de notre collègue Achille Baucher.
À l'heure où l'Université publique a été mise en déficit dans toute la France, poursuit une start-upisation galopante et des ingérences sécuritaires menaçant les libertés académiques et l'accès des citoyen.nes à des savoirs critiques... on peut se demander quels intérêts sert la présidence de l’UGA
À travers ce communiqué de presse, la direction de l’Université ouvre une boîte de Pandore qui pourrait ne pas se refermer et dont elle portera seule la responsabilité. Chacune et chacun devra alors rendre des comptes... Romain Couillet annonce qu'il va porter plainte pour dénonciation calomnieuse.
1 Opérateur de valorisation de la recherche de l'UGA, Floralis est une interface entre le monde socio-économique et celui de la recherche académique.
28.05.2026 à 02:00
Grenoble, le 28 mai 2026
L'Université Grenoble Alpes n'aime pas la critique, elle lance un nouveau concept : l'évaluation par le Père. La soutenance – non autorisée – est maintenue.
Achille Baucher effectue une thèse de doctorat sur la « Désescalade numérique : recherche-action au sein de l'écosystème grenoblois ». Cette thèse a passé toutes les étapes de validation : rapports favorables du comité de suivi annuel, rapports favorables des deux rapporteurs du manuscrit de thèse, etc. Cependant, et ce fait est à notre connaissance totalement inédit, Achille Baucher se voit refuser, 15 jours avant la date prévue, le droit de soutenir sa thèse, par le Collège des Écoles Doctorales en délégation du Président de l'Université.
Ce refus est contraire à la déontologie et constitue un acte idéologique consistant à taire la critique du numérique et de l'écosystème grenoblois portée par le travail de thèse.
L'annonce a révolté beaucoup de personnel de la recherche, en particulier l'un des rapporteurs des travaux d'Achille Baucher qui s'est senti insulté dans son travail d’évaluation, non reconnu par le Collège des Ecoles Doctorales. Ce chercheur a écrit un email plutôt salé à ses collègues de l'école doctorale. D'autres chercheuses et chercheurs ont emboîté le pas. Le collectif Scientifiques en Rébellion a également envoyé un courrier étayé pour demander l'annulation de cette décision. Les comités de déontologie au niveau local et gouvernemental ont été saisis. Une mise en demeure suivie, s'il le fallait, d'une poursuite judiciaire au Tribunal Administratif est à l'étude.
Le jeune chercheur ainsi que le jury ont néanmoins décidé que la soutenance (non autorisée donc) aurait bien lieu à la date et l'heure prévue: le 1er juin 2026 à 14h au bâtiment IMAG, Campus de Saint Martin d'Hères. Comme attendu, le président de l'université n'a pas tardé à prendre un arrêté d'interdiction qui s'impose « aux membres du jury qui sont tenus de s'y conformer ». C’est, là aussi, probablement une première !
La soutenance sera précédée d'une cantine collective autogérée dès midi devant le bâtiment. L'intention -- dans la droite ligne de la thèse -- est de rendre ces travaux et analyses accessibles à tous·tes.
Par la présente, nous invitons également les journalistes à venir témoigner de cette approche alternative et réflexive de la recherche en informatique et à venir creuser le sujet, comme l’indique la thèse, des « travaux menés dans les laboratoires d'informatique de Grenoble qu'on préfère dissimuler ».
Achille Baucher est doctorant à l'École Doctorale (ED) MSTII, à l'Université Grenoble Alpes (UGA), depuis un peu plus de 3 ans sous la direction de Romain Couillet, professeur des universités à l'UGA. Le 13 mai 2026, Achille Baucher se voit refuser par le Collège des Écoles Doctorales (CED) de l'UGA, en délégation de signature pour le Président de l'UGA, l'accord de soutenance de thèse. Ce refus lui est signifié 15 jours avant la date prévue (1er juin 2026). Pourtant, le parcours de thèse a été validé à toutes les étapes, jusqu'à la sélection du jury et des rapporteurs par l'école doctorale.
Ce n'est qu'après réception des deux avis favorables des rapporteurs que la présidence de l'université décide de ne pas autoriser la soutenance de thèse, situation totalement inédite à notre connaissance. Le motif invoqué est le suivant : « le contenu de la thèse ne correspond pas à la thématique de l'école doctorale ».
On rappellera que, d'après l'arrêté du 25 mai 2016 fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat, JORF n°0122 du 27 mai 2016, en vigueur depuis le 01 septembre 2022, article 17 : « Les rapporteurs font connaître, au moins quatorze jours avant la date prévue pour la soutenance, leur avis par des rapports écrits ; sur cette base, le chef d'établissement autorise la soutenance. »
Outre le fait que cette décision place le doctorant dans une situation difficile, elle pose de nombreux problèmes déontologiques :
Tout d'abord l'École Doctorale est une instance qui veille au bon déroulement de la thèse. Elle n'a aucune prérogative pour « juger » le contenu du travail : c'est là le travail des rapporteurs qui proposent une synthèse argumentant la valeur du travail ; c'est ainsi que la déontologie scientifique opère pour éviter justement toute forme de contrôle du savoir par un petit groupe. Ainsi la validation par les pairs se voit remplacée par une validation par le Père (le Président de l'Université en l'occurrence).
Le déni du travail des rapporteurs est alors évident. Un déni qui peut légitimement être perçu comme une insulte par ces derniers, d'autant que la décision est prise sans échanger avec eux au préalable.
À travers cette décision, c'est la liberté académique, celle qui consiste, pour le Directeur de thèse, à explorer des voies non conventionnelles, qui est attaquée.
En tentant d'argumenter à l'envi que le problème n'est pas le contenu scientifique de la thèse en soi, mais son positionnement au sein de l'école doctorale d'informatique, la direction de l'université opère un tour de passe-passe assez sournois. Dans son courrier de réponses au groupe SeR de Grenoble, M. Lemonde, directeur du CED, indique : « L'ED, après analyse des rapports et du manuscrit, a jugé que le travail présenté ne relevait pas de la spécialité d'inscription en doctorat et devait être requalifié pour prendre en compte la volonté de l'auteur d'accéder à une forme d'interdisciplinarité et à un éclairage de l'informatique par d'autres disciplines, sociales, philosophiques ou politiques. C'est donc bien une analyse scientifique qui a conduit à l'avis défavorable de l'ED puis à la décision de l'établissement. »
La tactique est habile : décréter que la thèse relève également d'autres disciplines (sciences sociales ou philosophie, politique, pourquoi pas les trois ?) et donc qu'elle devrait être co-encadrée par des philosophes, sociologues ou politologues. C'est habile car cela offre les apparences de la vertu et permet de déplacer (et donc noyer), le problème. Pourtant, les rapporteurs en attestent, cette thèse est bien une thèse d'informatique, et c'est à cette école doctorale qu'elle est dûment affectée.
Et c'est là que nous en venons au fond de l'affaire ; car tout le reste n'est que tentative, par la forme, de ne pas aborder le fond du sujet. Le travail de thèse d'Achille Baucher est une « critique en actes » du numérique et son monde depuis l'intérieur d'un laboratoire de recherche en informatique au sein de la « Silicon Valley française » (Grenoble). Son travail, qui repose sur 70 ans d'analyse critique de la technologie (désormais de l'ordre du B-A-BA des sciences sociales) pour l'instancier au numérique et son monde (la recherche en IA, les gadgets connectés, la production de puces microélectroniques pour l'armement), depuis l'écosystème grenoblois, ne plait pas du tout au sein de l'université.
Achille Baucher et son directeur de thèse subissent depuis 3 ans des pressions croissantes de la part de leur hiérarchie (et bien au-delà), du fait de leurs travaux. En témoigne le refus, non justifié comme c’est l’usage, par le « fonctionnaire sécurité défense » (représentant du ministère de l'intérieur au sein de l'université) d'étendre le contrat de thèse d'Achille Baucher, quelques semaines plus tôt (afin de finir ses travaux, une relance banale d'ordinaire), lui interdisant dorénavant l'accès au laboratoire placé en ZRR (Zone à Régime Restrictif) : il est depuis 2 mois en 100% télétravail.
Voici qui éclaire la décision d'une autre lumière : il semble évident que la critique de « ce qu'on fait au labo » (l'un des chapitres du manuscrit de thèse) ne plait pas du tout et ne saurait, pour ces messieurs, être rendue visible, au risque d'écorner l'image rayonnante du temple de l'innovation numérique grenoblois.
Ainsi fonctionne l'évaluation par le Père : un soutien coûte-que-coûte à la religiosité numérique et aux intérêts financiers et militaires qui y sont liés.
16.04.2026 à 02:00
Paris, le 16 avril 2026
22 organisations co-organisatrices de la Marche pour un Printemps Bruyant dénoncent des entraves au bon déroulement de cette manifestation, pourtant déclarée et préparée en lien avec la préfecture.
Le 4 avril dernier, un large collectif d’organisations s’est mobilisé à Paris contre un modèle agro-industriel centré sur l'utilisation massive de pesticides de synthèse. Malgré une déclaration et une préparation en lien avec les autorités, les organisateur·ices dénoncent de fortes entraves au bon déroulement de l’évènement et un dispositif sécuritaire disproportionné. Aucun élément ne permettait d’anticiper une telle situation et nous dénonçons le deux poids, deux mesures dans le traitement des mobilisations, notamment lorsqu’on le compare à celui réservé à des rassemblements tels que ceux de la FNSEA. Ces écarts interrogent directement le respect du principe d’égalité et portent atteinte à l’exercice des libertés publiques, en particulier la liberté d’expression.
Depuis le mois de mars, les organisateur·ices échangeaient avec la préfecture au sujet des modalités de la manifestation et de son temps de clôture. Dès la déclaration déposée le 17 mars, puis lors d’échanges complémentaires, la tenue d’un concert de clôture, de prises de parole et de dispositifs de sonorisation sur le parvis du tribunal de Paris ont été explicitement annoncés.
L’ensemble des démarches administratives avait été effectué aboutissant à la délivrance d’un récépissé d’autorisation régulier, le 2 avril 2026. Dans les deux jours avant l’événement, les échanges avec la préfecture sur l’installation de la scène de concert sur le parvis du tribunal ont donné lieu à un renvoi vers le tribunal et la mairie qui a finalement conclu que la déclaration auprès de la préfecture serait suffisante. Malgré ce contexte où les autorités ne se reconnaissaient pas clairement compétentes, l’installation de la scène a démarré samedi matin. Au bout d’une heure environ, le dispositif des forces de l’ordre s’est intensifié, le ton s’est durci et le démontage a été exigé. Le contact au sein de la Direction de l'Ordre Public et de la Circulation (DOPC) confirmait pourtant par téléphone au commissaire référent, que le concert avait bien été déclaré et qu’il avait proposé l’installation de la scène au sol plutôt qu’un camion-scène. Pendant plusieurs heures, les forces de l’ordre ont tenu un double discours entre des propositions alternatives et une lecture tatillonne du récépissé tandis qu’à plusieurs endroits de la manifestation, elles affirmaient que le concert n’était pas déclaré.
Sand, d’Extinction Rebellion, indique « Depuis mars, tout était déclaré et en règle, on a discuté et validé en amont, pourtant le jour même on s’est heurté à une succession de refus sans justification claire. Les négociations ont duré toute la mobilisation sans aboutir. »
Dans ces conditions, les organisateur·ices ont été confronté·es à une absence de réponse administrative claire et à des décisions prises sur le terrain sans base explicite ni cohérence avec les échanges préalables, portant atteinte à l’exercice de la liberté de manifester et revendiquer.
À ce stade, nous formulons l’hypothèse que cette confusion puisse être liée à la situation particulière du tribunal suite au partenariat public-privé (PPP) encadrant la gestion du site par Bouygues Construction. Une telle complexité ne saurait toutefois justifier une incertitude juridique au détriment des libertés fondamentales.
Au cours de la marche, un groupe de manifestant·es constituant une chorale, annoncée dans le programme, s’est détaché du cortège afin de se placer au lieu prévu pour leur prestation. La chorale s’est positionnée quelques centaines de mètres en amont de la manifestation et s’est retrouvée immédiatement entourée d’agents des forces de l’ordre, CRS et Brav-M, qui ont formé une nasse autour du groupe qui se préparait et répétait. Alors que la tête du cortège ne se trouvait plus qu’à quelques dizaines de mètres du lieu de la chorale (lieu qui se trouvait, donc, sur le parcours de la marche) les forces de l’ordre ont sommé les personnes de quitter le lieu et de rejoindre la manifestation. Des échanges ont eu lieu afin d’expliquer que plusieurs personnes présentaient un état de faiblesse et de vulnérabilité dû à des pathologies et/ou des traitements lourds, et de demander qu’elles puissent rester sur place afin de leur éviter des déplacements inutiles.
L’agent responsable a demandé aux personnes particulièrement faibles de se manifester afin de pouvoir les compter et faire un tri parmi les malades. Marine de Cancer Colère témoigne : « Ils nous ont demandé de "lever la main si nous étions malades" pour savoir combien allaient rester assis par terre à leur obéir sagement. Je voudrais surtout rappeler que nous avons sagement levé la main pour nous faire compter... Je suis encore atterrée, et quand je le raconte à mes enfants trentenaires, ils sont terrorisés. » Dans un premier temps, huit personnes ont été autorisées à rester sur place, le reste de la chorale a été reconduit vers le cortège sous escorte, dans un dispositif où les forces de l’ordre étaient plus nombreuses que les participant·es. À peine une minute après, les personnes vulnérables, qui étaient assises par terre dans le parc attenant, ont finalement été elles aussi sommées de quitter le lieu et de rejoindre le cortège.
Pour une manifestation de 2 500 personnes, les autorités avaient déployé un nombre conséquent de membres des forces de l’ordre. Cette présence extrêmement importante a créé un climat de tension permanent et a contribué à transformer une manifestation pacifique en espace de pression et d’intimidation.
La fin de la manifestation s’est déroulée sous tension avec de nombreux CRS ne laissant pas la possibilité de terminer dans les meilleures conditions les prises de paroles et les concerts annoncés.
Une militante constate « On a l’impression que dès qu’une mobilisation est critique, la réponse est la même : surdéploiement, pression et entraves. Ce n’est pas du maintien de l’ordre, c’est une stratégie d’intimidation »
Nous contestons le caractère manifestement hostile du dispositif déployé au regard de la réalité de la mobilisation et de l’absence d’incidents sur le même événement l’an passé.
Étant donnée la gravité de tous les faits constatés, nous demandons que le droit de manifester soit pleinement respecté, sans entraves, de la part de la préfecture et des forces de l’ordre, et que cessent les atteintes à la liberté d’expression.
Liste des associations, ONG et collectifs organisateurs :
Extinction Rebellion, rejoint par Scientifiques en Rébellion, Coalition Secrets Toxiques, Alerte Médicale sur Les Pesticides et Perturbateurs endocriniens, Sud Recherche, La Confédération Paysanne, Cancer Colère, COAADEP, ActionAid France - Peuples Solidaires, Combat Monsanto, Coquelicots de Paris, Agir pour l'Environnement, Générations Futures, Greenpeace France, Nous Toutes, POLLINIS, France Nature Environnement, France Nature Environnement Île-de-France, Planet Earth Now, Association de Promotion des Préparations Naturelles Peu Préoccupantes, Action Justice Climat, Bio Consom'acteurs.
22.03.2026 à 01:00
Les printemps se font silencieux. Les oiseaux disparaissent, les insectes pollinisateurs meurent par milliards, la santé de tous les êtres humains est mise en danger, à commencer par les travailleuses et les travailleurs de l'agriculture. La cause ? Un modèle agro-industriel centré sur l'utilisation massive de pesticides de synthèse. Dans une tribune dans le Club de Mediapart, un large ensemble d'organisations appelle à la mobilisation et à une marche le 4 avril 2026.
Les printemps se font silencieux. Les oiseaux des champs disparaissent, les abeilles et les insectes pollinisateurs meurent par milliards, les fleurs sauvages se font plus rares, et c'est notre survie qui est en jeu. Les pesticides contaminent tous les milieux, l'eau, l'air, la terre, ils provoquent l'effondrement de la biodiversité, ils ont des impacts catastrophiques et généralisés sur la santé humaine. Chlordécone, glyphosate, prosulfocarbe, néonicotinoïdes et tous les autres pesticides de synthèse déversés dans nos champs font leur œuvre mortifère depuis des décennies.
L’abandon des pesticides de synthèse est une nécessité vitale. Les rapports de l’INSERM sont clairs : les pesticides ont des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes, chez des adultes de plus en plus jeunes, mais aussi chez les enfants, alors que le discours dominant se focalise sur la responsabilité de l'alcool et du tabac.
Le discours, soutenu par les firmes productrices de pesticides et leurs lobbyistes, selon lequel ils seraient indispensables pour nourrir l’humanité est faux. La faim dans le monde est due aux inégalités socio-économiques historiques mondiales, ce n'est pas un problème de quantité. La production alimentaire mondiale est près de 1,5 fois supérieure aux besoins alimentaires des 8 milliards d’êtres humains et c'est 30% de la production agricole mondiale qui est perdue ou gaspillée.
La défense des intérêts des géants de l'agro-industrie exportateurs ne doit pas être confondue avec la souveraineté alimentaire qui est le « droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée, produite par des méthodes écologiquement saines et durables, et leur droit de définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles » (Via Campesina). La souveraineté alimentaire devait être protégée par la Loi Egalim qui n'a pas du tout été appliquée à la hauteur de l'enjeu.
Toutes les filières peuvent produire sans pesticides de synthèse. Les rendements parfois plus faibles en agriculture biologique ne peuvent être invoqués compte tenu de la surproduction actuelle. Des alternatives offrent la possibilité aux producteurs et aux productrices d'être autonomes et souvent de réduire leur coût de production. Elles doivent être reconnues. Nos savoir-faire rendent injustifiable l’empoisonnement des sols, de l’eau, de l’air, de l’ensemble de la population mondiale et de tout le vivant, sous le supposé prétexte de nous nourrir.
La cour d’appel de Paris a condamné l'État français le 3 septembre 2025 pour sa responsabilité dans l’effondrement de la biodiversité et pour son inaction. Malgré cela, l'État français, irresponsable, permet la réintroduction de pesticides dangereux comme les néonicotinoïdes avec les lois Duplomb et les lois d’orientation agricole, tandis que les cancers, les pathologies chroniques et auto-immunes explosent sur nous comme sur nos enfants. La France reste muette face à la dérégulation dramatique de la protection environnementale proposée par la Commission Européenne via l'Omnibus "sécurité alimentaire".
Les organisations signataires de cet appel exigent une sortie des pesticides de synthèse. Celle-ci ne pourra s'élaborer que dans le cadre d'une réorientation des pratiques agricoles en concertation avec les professionnel.les de l'agriculture, de l'alimentation, les organisations de protection de l'environnement, les citoyen.nes, les élu.es, et la recherche scientifique. Elle impose une réforme profonde de la politique agricole commune (PAC) pour soutenir financièrement la transition et le maintien à l'agriculture biologique et paysanne, garantir une alimentation de qualité pour toutes et tous, l’arrêt des accords de libre-échange agricoles en privilégiant des prix équitables partout dans le monde.
Le rapport du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan récemment paru, même s'il minimise certains problèmes, selon le commentaire du comité scientifique, contient des recommandations essentielles pour soutenir l'agriculture biologique, protéger les produits agricoles européens de la concurrence déloyale, protéger la ressource en eau avec l'interdiction complète des pesticides dans les aires de protection des captages et protéger la santé des agricultrices et des agriculteurs.
En outre, l'évaluation des pesticides au sein de l'union Européenne et des États membres, est scandaleusement faussée, elle ne prend en compte ni la totalité des coformulants ni les effets cocktail et ne s'appuie pas sur la recherche scientifique actuelle. Le principe de précaution inscrit dans la charte de l'environnement et adossé à notre constitution exige une transformation complète des politiques publiques en matière de santé environnementale et de protection de la biodiversité.
L'agriculture biologique et paysanne repose aussi sur des principes de justice, de coopération, et de solidarité entre les peuples. Elle exige la sortie du colonialisme chimique et donc l'interdiction de la production et de l'exportation honteuse vers le reste du monde, notamment le Sud global, des molécules jugées trop dangereuses et interdites dans l’Union Européenne. Les gouvernements européens, la Commission européenne, toutes les agences et institutions doivent cesser de louvoyer et prendre leurs responsabilités car de nombreux points de non-retour sont en passe d'être franchis. Il en va de la possibilité même de vie sur Terre.
Rendez-vous à Paris, au métro Grands Boulevards, à 14h, le samedi 4 avril 2026 pour la Marche Printemps Bruyant.
Liste des signataires :
Les organisatrices et organisateurs :
Extinction Rebellion, Scientifiques en Rébellion, Coalition Secrets Toxiques, Alerte Médicale sur Les Pesticides et Perturbateurs endocriniens, Sud Recherche, La Confédération Paysanne, Cancer Colère, COAADEP, ActionAid France - Peuples Solidaires, Combat Monsanto, Coquelicots de Paris, Agir pour l'Environnement, Générations Futures, Greenpeace France, Nous Toutes Paris Sud, POLLINIS, LPO - Ligue pour la Protection des Oiseaux, France Nature Environnement, France Nature Environnement Île-de-France, Planet Earth Now, Association de Promotion des Préparations Naturelles Peu Préoccupantes, Action Justice Climat, Bio Consom’acteurs.
Rejoint·es par :
Terre d'Abeilles, Centre de Recherche d'tudes et de Formation des Thorains, Avenir Santé Environnement, GreenVoice, Chrétiens Unis pour la Terre, Alliance Santé Planétaire, Riverains Ensemble, Vayrana, Mutuelles pour la santé planétaire, Alternatiba, ANV-COP21 - Action non-violente COP21, La Marmite Rouge, OGM dangers, Alter Kapitae, Les Soulèvements de la Terre Île de France, JNE- Association des Journalistes-écrivains pour la Nature et l’Ecologie, OrgaNeo, Famille d'Illkirch, Réseau AMAP IDF, Collectif Stop Loi Duplomb, Nous voulons des coquelicots, PIG BZH - Pisseurs et Pisseuses Involontaires de Glyphosate de Bretagne, Association Saint-Hilaire-Foissac Nature, Terre de Liens, ADDCI - Association pour le Développement Durable du Causse de l'Isle, Stop aux Cancers de nos Enfants, Génération Cantines Bio 66, Terre de Liens Ile-de-France, Frugalité heureuse et créative, Santé Environnementale Mancelle, Association Su aski, Amis de la Terre du Val de Bièvre, Pixiflore, Mouvement Agrimentaire pour Demain, ADN-l’Art de Dire Nous, WWF France, CPTG-Collectif pour le Triangle de Gonesse, Union Nationale de l'Apiculture Française, CCFD - Terre Solidaire, Mouvement National de Luttes pour l'Environnement 93 Nord Est Parisien, Attac France, Vélo Sud 77, SNETAP-FSU, Notre Affaire à Tous, Biodiversité sous nos Pieds.