22.07.2026 à 09:27
Romain Leclaire

Les liseuses électroniques sont souvent verrouillées par des écosystèmes propriétaires. Heureusement, Free Ink se dresse aujourd’hui comme une alternative profondément libératrice. Ce collectif open source réinvente l’idée même de ce qu’un appareil de lecture numérique peut être. Ici, tout est ouvert (le logiciel, le firmware, le matériel) et chaque couche est conçue pour être explorée, modifiée, améliorée par quiconque en a l’envie ou le besoin.
À l’ère où les géants du numérique imposent des DRM, des abonnements et des restrictions, Free Ink rappelle que la technologie peut et doit appartenir à ses utilisateurs. Les livres, ici, sont de simples fichiers stockés sur une carte microSD, au format EPUB, accessibles, copiables et pérennes. Pas de comptes obligatoires, pas d’abonnements et surtout pas de verrous. Juste une expérience de lecture qui vous appartient intégralement.

Cette philosophie se traduit dans chaque détail. Le logiciel CrossPoint Reader, par exemple, est conçu pour s’adapter à votre manière de lire. Avec un rendu des polices personnalisable (Noto Serif et Noto Sans intégrées, mais aussi toute police chargée depuis votre carte SD), vous pouvez ajuster la taille, l’espacement, les marges, la césure, l’alignement et même l’anti-crénelage. Et si vous changez d’avis, les pages sont mises en cache sur la carte SD à la première ouverture, ce qui rend les réouvertures quasi instantanées.
Free Ink vous simplifie la vie sans sacrifier la puissance. Le transfert de livres via WiFi est un jeu d’enfant. Il suffit de déposer vos fichiers EPUB depuis un navigateur ou directement depuis Calibre. La synchronisation avec KOReader permet de reprendre sa lecture là où vous l’aviez laissée, quel que soit l’appareil. Et si un passage vous marque en particulier, un appui long sur le bouton de confirmation permet d’y ajouter un marque-page, avec la page et le pourcentage de lecture mémorisés.

Mais c’est peut-être la fonction Focus Reading qui dépeint le mieux l’innovation derrière cet OS. En mettant en gras le début de chaque mot, cette option guide votre œil et vous aide à maintenir un rythme de lecture fluide. Couplée à un anti-crénelage en niveaux de gris et à un rendu optimisé, elle offre des tournages de page rapides et nets, même sur des écrans e-paper aux ressources limitées.
Le logiciel prend également en charge les langues de droite à gauche, comme l’hébreu ou l’arabe, et propose des menus traduits dans une dizaine de langues, dont le français. Une attention particulière est portée à l’accessibilité et à l’internationalisation, preuve que l’ouverture ne se limite pas au code, mais s’étend à l’usage.
Au cœur de Free Ink se trouve aussi de-link, une carte électronique open hardware basée sur un ESP32-S3, un microcontrôleur puissant doté de WiFi, de Bluetooth Low Energy et de 16 Mo de mémoire flash. Le schéma électrique, réalisé avec KiCad, est accessible publiquement, tout comme la liste complète des composants. Pour une cinquantaine d’Euros, vous pouvez assembler vous-même une liseuse complète, avec un écran e-paper GoodDisplay, une batterie LiPo protégée, un chargeur USB-C et même un rétroéclairage réglable en température (blanc chaud ou froid).
Vive la modularité ! L’écran, la batterie et même le boîtier (imprimable en 3D) sont remplaçables. Les connecteurs sont conçus pour être soudés à la main, ce qui rend le matériel accessible aux bricoleurs comme aux experts. Et si vous souhaitez aller plus loin, des broches GPIO sont disponibles pour ajouter vos propres modules ou fonctionnalités.

Le projet supporte déjà une gamme impressionnante d’appareils, des modèles compacts comme le Murphy M3 (avec écran tactile et rétroéclairage) aux liseuses plus grandes comme le M5Paper. Grâce à l’API FreeInk SDK, le firmware est indépendant du matériel. Ajouter un nouvel appareil revient à créer un profil et une configuration, sans avoir à réécrire le code générique. Une élégance technique qui permet à la communauté de contribuer facilement.
Free Ink n’est pas un produit fini, mais un chantier permanent. Les mises à jour sont fréquentes, les contributions sont encouragées et les discussions sont ouvertes. Que vous soyez développeur, designer de circuits imprimés, traducteur ou simplement un passionné de lecture, il y a une place pour vous dans ce projet. Les documentations sont détaillées, les canaux de communication (comme l’email hello@freeink.org) sont accessibles, et l’esprit collaboratif est omniprésent.
Et c’est peut-être là que réside la véritable force du projet, il construit une communauté. Une communauté qui croit que la technologie doit servir l’humain, et non l’inverse. Une communauté qui refuse l’obsolescence programmée et privilégie la réparabilité. Une communauté qui, enfin, redonne aux utilisateurs le contrôle sur leurs outils.
Alors, si vous en avez assez des liseuses qui vous enferment dans un écosystème fermé, si vous rêvez d’un appareil que vous pourriez réparer, modifier, ou même construire vous-même, Free Ink mérite votre attention. Parce qu’au fond, lire ne devrait pas être un acte de consommation, mais un acte de liberté. Et Free Ink en est la preuve vivante.
21.07.2026 à 17:41
Romain Leclaire

Google dévoile trois nouveaux modèles d’intelligence artificielle, dont Gemini 3.6 Flash, le plus performant à ce jour, ainsi que Gemini 3.5 Flash Cyber, spécialement optimisé pour la cybersécurité.
Le géant américain souhaite concurrencer des acteurs comme Anthropic et OpenAI, qui ont récemment pris de l’avance dans le domaine des modèles de pointe et de la sécurité informatique, avec des systèmes capables de détecter des vulnérabilités logicielles avec une efficacité pertinente.
Le nouveau Gemini 3.6 Flash améliore les performances de la version précédente, déjà reconnues en programmation et en finance selon les classements spécialisés. Non seulement ce modèle offre une meilleure qualité, mais il est également plus économique. De son côté, Gemini 3.5 Flash Cyber identifie et corrige des failles de sécurité à un coût inférieur à celui des modèles plus volumineux. Enfin, Gemini 3.5 Flash-Lite est conçu pour des tâches comme la gestion d’agents IA, ces bots autonomes pouvant fonctionner comme des assistants personnels numériques.
Parallèlement, Google travaille sur Gemini 3.5 Pro, présenté comme son futur modèle phare, promettant des performances inégalées. Bien que l’entreprise ait annoncé son lancement pour juin 2026 lors de sa conférence I/O dans un premier temps, il reste en phase de test et sera disponible dès qu’il sera prêt.
Depuis le boom de l’IA déclenché par ChatGPT fin 2022, Google a investi pour rester leader dans ce domaine. Ses modèles Gemini figurent déjà parmi les meilleurs outils d’IA disponibles. Ces derniers mois pourtant, la concurrence s’est intensifiée avec l’arrivée de modèles avancés chez Anthropic, OpenAI, et même des startups chinoises comme Moonshot AI. Plus récemment, Meta a lancé un modèle surpassant les capacités de Gemini sur plusieurs classements.
La cybersécurité est devenue un enjeu primordial. Ces systèmes peuvent en effet détecter et corriger des failles logicielles plus rapidement que les humains, mais ils peuvent aussi être détournés pour exploiter ces mêmes vulnérabilités ou mener des cyberattaques. En avril, Anthropic a lancé Mythos, un modèle axé sur la cybersécurité, décrit comme une révélation dans ce domaine. Pour éviter les mauvaises utilisations, il n’était accessible qu’à un groupe restreint d’organisations. Anthropic a ensuite présenté Fable, un modèle similaire doté de garde-fous pour empêcher son usage à des fins malveillantes.
OpenAI a emboîté le pas en proposant son propre modèle de cybersécurité, d’abord réservé à un cercle limité d’utilisateurs avant une diffusion généralisée. Google adopte une approche similaire avec Gemini 3.5 Flash Cyber. Lors des tests, ce dernier a identifié 55 problèmes dans le code open source du moteur V8 JavaScript, dont 10 vulnérabilités inédites qu’aucun autre modèle n’avait détectées auparavant, selon l’entreprise.
Google a également annoncé que les nouveaux modèles Flash seraient proposés à un tarif réduit par rapport aux versions précédentes. Ces systèmes consomment 17 % de jetons en moins. Les développeurs dépenseront ainsi moins pour accomplir les mêmes tâches. En attendant la sortie de Gemini 3.5 Pro, l’entreprise a présenté officiellement Gemini 3.6 Flash et 3.5 Flash-Lite, tout en partageant des mises à jour sur ses prochaines étapes.
Gemini 3.6 Flash succède au dernier modèle dévoilé lors de la I/O 2026. Cette version prend en compte les retours des développeurs et des clients depuis mai en étant plus économe en jetons pour toutes les tâches. Par rapport à 3.5 Flash, il consomme 17 % de jetons de sortie en moins, tout en nécessitant moins d’étapes de raisonnement et d’appels d’outils pour accomplir des workflows multi-étapes. Par ailleurs, son prix est plus attractif : 1,50 $ par million de jetons en entrée et 7,50 $ par million de jetons en sortie, contre 9 $ précédemment pour ces derniers.
En matière de programmation, Gemini 3.6 Flash offre une meilleure précision avec moins de modifications de code indésirables et des boucles d’exécution réduites. Il génère ainsi un code plus fiable, prêt pour la production (49 % contre 37 % pour la version précédente), et affiche des améliorations notables en recherche en machine learning, avec un score de 63,9 % contre 49,7 % sur le MLE Bench. Pour les tâches de traitement de connaissances, il atteint 1 421 points sur GDPval-AA (contre 1 349 précédemment), tandis que ses capacités d’utilisation informatique passent de 78,4 % à 83 % sur OSWorld-Verified. Enfin, sa date de coupure des connaissances est mise à jour, passant de janvier 2025 à mars 2026.
Gemini 3.5 Flash-Lite est quant à lui conçu pour les tâches à haut débit et à faible latence, comme la recherche par agents et le traitement de documents. Google affirme qu’il offre une qualité supérieure à celle de 3.1 Flash-Lite, sorti en mars, avec un tarif de 0,30 $ par million de jetons en entrée et 2,50 $ par million de jetons en sortie. Les progrès sont conséquents en programmation et en tâches agentiques, comme le montre Terminal-Bench 2.1 (54 % contre 31 %), en contexte long avec GDM-MRCR v2 (72,2 % contre 60,1 %), et en exécution de tâches réelles avec GDPval-AA v2 (1 140 contre 642). Google précise par ailleurs que 3.5 Flash-Lite surpasse 3 Flash sur des benchmarks comme SWE-Bench Pro (54,2 % contre 49,6 %) et OSWorld-Verified (74,0 % contre 65,1 %).
Enfin, Gemini 3.5 Flash Cyber est dédié à la détection et à la correction des vulnérabilités de sécurité. Basé sur Flash pour ses performances et son efficacité, il vise à détecter, valider et corriger les problèmes de sécurité du code à grande échelle et à un coût par jeton inférieur à celui des modèles plus volumineux. L’outil CodeMender de Google utilise plusieurs agents 3.5 Flash Cyber pour accomplir ces missions. L’accès sera d’abord réservé aux gouvernements et partenaires de confiance dans le cadre d’un programme pilote à accès limité.

Cela permettra aux acteurs de première ligne de disposer d’une longueur d’avance pour identifier et corriger les vulnérabilités critiques avant qu’elles ne soient exploitées, tout en réduisant les risques de mauvais usage.
Les modèles Gemini 3.6 Flash et 3.5 Flash-Lite sont disponibles dès aujourd’hui dans l’application Gemini, ce dernier étant également intégré à la recherche Google. Les développeurs peuvent y accéder via Google Antigravity, AI Studio et Android Studio.
20.07.2026 à 16:01
Romain Leclaire

Ah, les eurodéputés… Ces braves représentants du peuple qui passent leur temps à rédiger des amendements, des discours et des questions parlementaires avec la précision d’un chat marchant sur un clavier. Mais voilà qu’ils ont découvert, comme le reste de la planète, que l’intelligence artificielle pouvait leur donner un coup de pouce. Sauf que, bien sûr, il fallait que ce soit officiel, sécurisé et, surtout, sous contrôle. Parce qu’on ne va tout de même pas laisser nos chers législateurs alimenter ChatGPT avec les secrets les mieux gardés de Bruxelles comme la recette de la potion magique.
Alors, ni une ni deux, le parlement européen a décidé de lancer sa propre plateforme d’IA, l’EPGenAI Hub, un nom aussi poétique qu’un rapport administratif. Un hub, donc un carrefour, un lieu de rassemblement, un endroit où tout le monde se retrouve… un peu comme la cantine du parlement, mais en version numérique et avec moins de vin rouge (officiellement, du moins).
Cette plateforme, réservée aux députés et à leurs assistants, leur permettra d’accéder aux modèles des géants du secteur comme Meta, OpenAI, Anthropic et même notre cher Mistral, le champion français. Oui, pour réduire sa dépendance aux entreprises américaines, l’Europe a décidé d’utiliser des modèles américains. La souveraineté numérique, version schizophrénie politique.
L’idée ? Offrir une alternative sécurisée aux outils grand public que les députés utilisent déjà en cachette pour pondre leurs textes. Parce qu’avouons-le, qui n’a jamais rêvé de voir un amendement sur la politique agricole commune écrit par une IA qui, entre deux phrases, vous propose une recette de quiche lorraine ? Avec l’EPGenAI Hub, fini les risques de fuites de documents sensibles dans des serveurs situés on ne sait où. Enfin, en théorie, car nous sommes tous au courant que la première règle de l’IA, c’est qu’elle possède toujours un plan B (et souvent un plan C, qui consiste à inventer des lois qui n’existent pas).

Cerise sur le gâteau, la plateforme est déjà en phase de test et pourrait être déployée dès septembre. Les députés ont même eu droit à des ateliers pour apprendre à maîtriser leur nouveau jouet. J’imagine déjà les situation cocasses, un eurodéputé demandant poliment à l’IA de rédiger un discours enflammé sur la transition écologique, avant de s’apercevoir que le texte final fait l’éloge du charbon. Hallucination, quand tu nous tiens…
Et puis, il y a ce petit détail ironique, l’Europe, qui passe son temps à prôner la transparence et la régulation de l’IA, n’impose toujours aucune obligation à ses députés de révéler quand leurs questions ou amendements ont été générés par une machine.
Alors, chers citoyens, à vous de deviner, ce discours passionné sur la souveraineté européenne a-t-il été écrit par un humain… ou par un algorithme qui a trop regardé Stranger Things ? Avec l’EPGenAI Hub, Bruxelles vient de faire un pas de plus vers un futur où les lois seront peut-être mieux écrites mais où personne ne saura plus très bien qui les a vraiment rédigées. Bienvenue dans le parlement 2.0 ! Même les idées sont maintenant open source (ou presque).
20.07.2026 à 11:12
Romain Leclaire

La robotique a longtemps été le parent pauvre de l’intelligence artificielle en matière de scaling. Alors que les modèles de langage et de vision ont pu exploiter des lois empiriques de mise à l’échelle (où les performances progressent de manière prévisible avec l’augmentation des données, des paramètres et de la puissance de calcul), la robotique butait sur l’absence de données variées et de qualité. Sans corpus suffisamment riche, les modèles de politique robotique peinaient à généraliser leurs capacités au-delà de tâches spécifiques ou d’environnements contrôlés. Xiaomi propose une réponse avec Xiaomi-Robotics-1, une approche qui combine un pré-entraînement embodiment-free à grande échelle et un post-entraînement ciblé sur des robots réels, démontrant ainsi que la robotique peut, elle aussi, bénéficier des avantages de la mise à l’échelle.
Le socle de cette avancée réside dans les données et plus précisément dans leur quantité et leur diversité. Pour le pré-entraînement, l’équipe a compilé 100 000 heures de trajectoires issues de plus de 1 700 scénarios couvrant des environnements domestiques, commerciaux, industriels et extérieurs. Ces données, dites UMI (Unified Manipulation Interface), se distinguent par leur nature embodiment-free. Elles ne sont pas liées à un robot spécifique, mais capturent des interactions universelles avec le monde physique.
Pour annoter ce volume énorme automatiquement, un pipeline d’étiquetage automatique a été développé. Celui-ci découpe les trajectoires en segments de longueur fixe, puis utilise un modèle vision-langage performant pour générer des descriptions textuelles des transitions d’état dans chaque segment. Résultat, un corpus à grande échelle où chaque action est associée à une description précise de son impact sur l’environnement, permettant au modèle d’apprendre à générer des actions qui transforment la scène conformément aux instructions linguistiques.
Le pré-entraînement révèle une loi de mise à l’échelle claire. À mesure que le volume de données et la taille du modèle augmentent, l’erreur d’action en validation diminue de manière régulière, sans signe de saturation. Cette observation est importante car elle valide l’hypothèse selon laquelle la robotique peut, comme les autres domaines de l’IA, tirer parti d’une approche data-centric pour améliorer ses performances.

Un modèle pré-entraîné sur des données embodiment-free ne suffit pourtant pas à contrôler un robot physique. C’est là qu’intervient le post-entraînement, une phase en deux temps visant à aligner les facultés générales du modèle avec les contraintes des robots réels et les attentes des utilisateurs. D’une part, l’embodiment alignment utilise des données multi-robots de haute qualité (incluant plus de 7 200 heures de démonstrations réelles collectées dans des foyers, pour des tâches comme ranger un canapé, trier des chaussures ou mettre de l’ordre dans une cuisine) afin d’adapter les actions générales à des morphologies robotiques spécifiques. D’autre part, l’instruction alignment transforme la compréhension du modèle.
Là où le pré-entraînement lui apprenait à agir en fonction de descriptions de transitions d’état, le post-entraînement lui permet de suivre directement des instructions en langage naturel.
L’efficacité de cette approche se mesure concrètement dans sa façon de s’adapter rapidement à de nouvelles tâches. Xiaomi-Robotics-1 démontre une économie de données remarquable. Avec une moyenne de moins de 10 heures de démonstrations par tâche, il atteint un taux de réussite global de 75 % sur celles étant avancées comme l’emballage de téléphones, le remplissage d’imprimantes, le chargement de linge ou l’empilement de boîtes.
Ce résultat est presque le double de celui du modèle de référence π0.5, qui plafonne à 40 % dans les mêmes conditions. En portant l’effort à moins de 40 heures par tâche, le taux de réussite global grimpe à 85 %, confirmant que le modèle tire parti de chaque heure supplémentaire de données pour affiner ses performances.
Au-delà de l’adaptation, Xiaomi-Robotics-1 se démarque dans les benchmarks de simulation. Sur RoboCasa, il dépasse le deuxième meilleur modèle de 2,6 %, avec un score de 74,5 % de réussite moyenne. L’écart est encore plus marqué sur RoboCasa365 (+23,2 %), VLABench (+11,1 %) et surtout RoboDojo (+58,3 %), où il atteint 13,93 % contre 8,80 % pour son premier poursuivant. Ces résultats soulignent une capacité de généralisation exceptionnelle, essentielle pour des applications robotiques dans des environnements dynamiques et imprévisibles.
Cette avancée ouvre la voie à une nouvelle génération de robots fondés sur des modèles généralistes, capables d’apprendre et de s’adapter avec une rapidité inégalée. Si la route vers une robotique omniprésente et polyvalente reste longue, Xiaomi prouve que le scaling n’est plus un obstacle, mais bien un levier.
19.07.2026 à 14:18
Romain Leclaire

Il y a des catastrophes que l’humanité a du mal à imaginer, non pas parce qu’elles relèvent de la science-fiction, mais parce qu’elles se produisent à une échelle de temps qui dépasse notre mémoire collective. Les tempêtes solaires cataclysmiques en font partie. Pourtant, elles existent. Certaines se sont d’ailleurs produites assez récemment pour nous offrir un avant-goût de ce que nos sociétés hyperconnectées pourraient subir.
En 2003, les « Halloween Storms » ont ainsi rappelé au monde que le Soleil, en plus d’être une source de vie, demeure aussi une menace discrète. Les radiations solaires avaient alors perturbé pendant 26 heures le système de navigation de l’aviation américaine, la forçant à émettre son premier avertissement officiel concernant des doses de radiation excessives pour les passagers des vols commerciaux. Un signe avant-coureur, presque anodin à l’époque, mais qui prend aujourd’hui une résonance particulière.

Car les physiciens spatiaux, menés par une équipe de la NASA basée au Goddard Space Flight Center dans le Maryland, viennent de révéler une vérité dérangeante. La rareté même de ces tempêtes solaires extrêmes a conduit scientifiques et décideurs à sous-estimer leurs impacts potentiels. Ils démontrent que les mesures actuelles, entachées d’erreurs méthodologiques, ont renforcé l’idée erronée qu’il existerait une limite supérieure à l’énergie que les éruptions solaires peuvent transférer dans l’ionosphère polaire terrestre. Or, il n’y en a peut-être aucune.
Le problème ne réside pas dans une défaillance technique, mais dans les hypothèses de base qui ont longtemps structuré l’interprétation des données. Prenez les satellites comme IMAP de la NASA, positionnés à environ un million et demi de kilomètres de la Terre, au point de Lagrange L1, une zone d’équilibre gravitationnel où les forces exercées par notre planète et le Soleil s’annulent.

Depuis cette position, ils sont censés fournir des alertes précoces fiables sur les émissions solaires se dirigeant vers nous. Pourtant, mesurer l’ampleur d’une éruption solaire à L1, c’est un peu comme évaluer la puissance d’une vague en observant son déferlement au large, alors qu’elle a déjà perdu une partie de son énergie en atteignant le rivage. Les particules à haute énergie des tempêtes solaires, en traversant l’espace, subissent des effets de dissipation qui faussent les estimations.
Conséquence, les données recueillies à L1 surestiment tout le temps l’intensité réelle du vent solaire lorsqu’il frappe l’ionosphère terrestre. Elles ignorent notamment l’impact de la magnétogaine, une couche protectrice où les tempêtes solaires interagissent avec le plasma et les champs magnétiques locaux.
Pour affiner leur analyse, les chercheurs se sont tournés vers des satellites plus proches de notre planète, comme l’imageur tout ciel THEMIS, la mission MMS ou encore DoubleStar. En comparant plus d’un million de mesures du vent solaire avec les observations de la magnétogaine et de la magnétosphère, ils ont abouti à la conclusion qu’il n’existe actuellement aucune preuve statistique suggérant une limite supérieure à l’énergie transférée du vent solaire vers l’ionosphère polaire. Autrement dit, les pires scénarios pourraient être bien pires que ce que l’on imagine.

C’est là que la rareté des tempêtes solaires extrêmes devient un véritable casse-tête pour les scientifiques. Le champ magnétique terrestre fait un travail remarquable pour nous protéger contre de nombreux effets de la météo spatiale, mais il existe des cas extrêmes où des satellites retombent prématurément sur Terre, où nous perdons les communications et les signaux GPS. Sans une tempête majeure pour tester les limites de notre bouclier naturel, il reste difficile de prédire comment la magnétosphère résisterait à un événement d’une violence inouïe.
La leçon à tirer de ces travaux est que notre compréhension des tempêtes solaires repose sur des modèles qui, en sous-estimant les risques, nous exposent à une vulnérabilité accrue. Dans un monde où les satellites, les réseaux électriques et les systèmes de communication sont les piliers invisibles de notre quotidien, l’idée qu’une éruption solaire puisse un jour tout balayer n’a rien d’une fantaisie. Elle est une menace bien réelle et peut-être plus proche que nous ne le pensons.
18.07.2026 à 10:33
Romain Leclaire

Personne ne s’y trompera, l’annonce officielle des remasters de Fallout 3 et Fallout: New Vegas était attendue depuis des mois, voire des années. Les rumeurs ont enflé, portées par le succès de la deuxième saison de la série sur Prime Video, qui a relancé l’engouement pour New Vegas, souvent considéré comme le meilleur opus de la franchise par les fans. Ajoutez à cela l’incapacité légendaire de Bethesda à garder un secret (surtout quand il s’agit de Fallout 3) et l’annonce devient une simple formalité.
Le timing, en revanche, est bien plus intéressant à décrypter. La série télévisée vient tout juste de décrocher neuf nominations aux Emmy. Surfer sur cette vague de popularité pour officialiser les remasters semble une stratégie évidente. Pourtant, la réalité est plus subtile et l’annonce prend des allures de manœuvre de diversion.
Début juillet 2026, Microsoft, maison mère de ZeniMax Media (et donc de Bethesda), a annoncé le licenciement de 3 200 employés dans sa division Xbox, dont 440 chez ZeniMax et Bethesda, des suppressions de postes qui touchent notamment des travailleurs syndiqués. Difficile, dans ces conditions, de ne pas voir dans l’annonce des remasters une tentative de détourner l’attention. D’autant que le studio a glissé la nouvelle au milieu d’un long billet de blog sur sa feuille de route, avec une formulation pour le moins discrète :
« Bien que nous n’annonçons aucune date aujourd’hui, nous travaillons sur des remasters pour Fallout 3 et Fallout: New Vegas. »
Point. Pas de captures d’écran, pas de teaser, rien. Juste une phrase jetée en passant, comme si l’information était secondaire.

C’est d’autant plus frustrant que ces remasters sont, objectivement, une excellente nouvelle. En tant que joueur ayant tenté d’installer Fallout 3 sur Windows 11, l’idée de pouvoir enfin rejouer dans des conditions dignes de ce nom est extrêmement excitante.
Car au-delà des remasters, la feuille de route de Bethesda mise sur ses franchises phares, Fallout et The Elder Scrolls, tout en maintenant Starfield à flot. Fallout 5 est en préproduction, Obsidian planche sur son propre Fallout (après l’annulation de la suite d’Avowed), et Fallout 76 doit recevoir une extension majeure en 2027, Raven Rock, qui servira de préquelle à Fallout 3 (un clin d’œil qui pourrait préparer le terrain pour le remaster).
The Elder Scrolls VI, lui, reste la priorité absolue du studio, avec une équipe dédiée en majorité à ce projet. Phil Spencer, alors patron de Xbox, avait prévenu en 2023 que le jeu était encore à plus de cinq ans. Ne vous attendez pas à y jouer avant 2028, voire plus.
Bethesda assure que Starfield n’est pas abandonné. Le studio promet de nouvelles histoires, des améliorations ciblées du gameplay et des mises à jour supplémentaires, ainsi qu’un contenu Starborn pour 2027. Todd Howard, le directeur du studio, a d’ailleurs expliqué qu’il préférerait ne rien dévoiler avant que les projets ne soient presque finaux. Mais la pression des fans a poussé Bethesda à lever un coin du voile, avec cette feuille de route destinée à donner une vision plus claire de ce qui nous attend, tout en protégeant ce moment où l’on voit vraiment le jeu et où l’on appuie sur play.

Le problème, c’est que cette transparence relative contraste violemment avec les réalités internes. Les licenciements chez Xbox ont provoqué une vague de protestations. Les syndicats de développeurs aux États-Unis et au Canada accusent Microsoft de négociations de mauvaise foi et de manque de préavis. Des centaines d’employés ont manifesté devant plusieurs studios, dont ceux de Bethesda.
ZeniMax Online Studios, responsable de The Elder Scrolls Online, a perdu 213 employés dans le Maryland, réduisant ses effectifs à 186 personnes, soit 40 % de moins qu’au début 2025. Pourtant, le studio devra continuer à assurer les mises à jour du MMORPG tout en collaborant avec Bethesda sur The Elder Scrolls VI. Une équation difficile à résoudre, surtout quand on sait que les retards et les reports sont déjà une spécialité de la maison.
Et puis il y a cette petite phrase, glissée dans le billet de Bethesda : un « événement spécial » est prévu à Washington D.C. pour les 30 ans de Fallout en 2027. La date du Fallout Day, le 23 octobre, pourrait bien être l’occasion de lever le voile sur les remasters. Une coïncidence ? Probablement pas. Mais en attendant, difficile de ne pas ressentir un mélange d’enthousiasme et d’amertume.

Ces remasters sont une aubaine pour les joueurs, une chance de redécouvrir deux jeux cultes dans des conditions modernes. Mais ils arrivent dans un contexte où Microsoft et Xbox semblent plus préoccupés par les coupes budgétaires et les réorganisations que par l’avenir de leurs studios. On a l’impression que Bethesda nous tend une carotte tout en nous demandant de fermer les yeux sur le reste.
Alors oui, je suis ravi à l’idée de parcourir à nouveau le Mojave. Mais je ne peux m’empêcher de me demander à quel prix ? Et surtout, combien de talents, de passions et de projets auront disparu entre-temps, sacrifiés sur l’autel d’une stratégie financière qui semble de plus en plus éloignée des réalités du terrain ? Les remasters de Fallout 3 et New Vegas sont une bonne nouvelle. Mais ils sonnent aussi comme un rappel que, dans l’industrie du jeu vidéo en 2026, l’art et le business ne font pas toujours bon ménage.
16.07.2026 à 17:17
Romain Leclaire

L’internet de demain sera peuplé d’agents autonomes, agissant en notre nom sans que nous sachions toujours qui les contrôle. Cette réalité, encore ambiguë pour beaucoup, préoccupe déjà Vint Cerf, l’un des pères fondateurs du réseau. Après vingt ans chez Google, ce co-concepteur du protocole TCP/IP, cette colonne vertébrale qui permet aux systèmes indépendants de communiquer, rejoint le conseil consultatif d’Innovation Labs. Cette structure travaille sur une couche d’identité ouverte pour les agents IA. Sans cadre, le chaos guette.
Le problème, en apparence simple, est plus compliqué qu’il n’y parait. Aujourd’hui, la plupart des agents IA opèrent dans des écosystèmes fermés, sous le contrôle d’une seule entreprise. Mais les géants du numérique rêvent déjà de les voir évoluer librement sur le web, interagir avec d’autres agents, négocier, décider, voire commettre des erreurs… ou pire.
Or, aucune méthode fiable ne permet de savoir qui se cache derrière eux, ni qui en assume la responsabilité. Innovation Labs, filiale d’Identity Digital (spécialisée dans la gestion des registres de noms de domaine), propose une réponse avec DNSid. L’idée est d’associer à chaque agent une identité pérenne, ancrée dans un nom de domaine existant et protégée par une preuve cryptographique. Une sorte de plaque d’immatriculation numérique, soumise aux standards du web. Le projet a déjà été soumis à l’IETF, l’organisme qui veille sur les protocoles internet.
Pour Cerf, la question est architecturale. il résume l’enjeu en une phrase :
« De quelles autorités disposent-ils, d’où tiennent-ils ces autorités, et qui est responsable ? »
Il anticipe une période mouvementée, voire exaspérante, où les standards se multiplieront avant qu’un seul ne s’impose (comme ce fut le cas pour TCP/IP). La différence, cette fois, est que l’issue ne dépendra pas de décisions politiques, mais de l’efficacité des solutions proposées. Une approche pragmatique, typique de l’homme qui a vu naître l’internet moderne.

L’argument central d’Innovation Labs est celui de l’ouverture. Dans un monde où les hyperscalers imposent souvent leurs propres règles, l’idée d’un standard contrôlé par un seul acteur soulève des résistances. Il y a un rejet viscéral à l’idée qu’un géant du cloud publie un standard et garde la main sur les données. La promesse est donc de ne pas centraliser les informations d’enregistrement. Plusieurs acteurs majeurs du secteur testeraient déjà le système, bien que leurs noms restent confidentiels.
Les enjeux, eux, sont bien réels. Les agents se multiplient, des assistants grand public comme la nouvelle version d’Alexa d’Amazon aux outils professionnels en passant par des expérimentations plus risquées. Les dérives aussi, des chercheurs ont déjà piégé des agents pour qu’ils divulguent du code privé ou même lancent des attaques par ransomware. Les régulateurs s’agitent. La Chine a adopté des règles strictes pour encadrer ces entités, tandis que le Delaware, aux États-Unis, envisage de leur accorder une identité juridique. Une reconnaissance qui, paradoxalement, pourrait accélérer leur adoption.
Cerf, lui, n’est pas convaincu que l’internet des agents soit une fatalité.
« Nous sommes fondamentalement des créatures paresseuses », confie-t-il.
Si un agent peut accomplir une tâche à notre place, nous lui déléguerons sans hésiter. Cette paresse, moteur de l’innovation, pourrait bien être le vrai carburant de cette révolution.
16.07.2026 à 15:27
Romain Leclaire

L’Union Européenne a avancé dans sa régulation des géants technologiques en ordonnant à Google d’ouvrir davantage son écosystème Android aux applications d’intelligence artificielle concurrentes. Cette décision, motivée par la crainte que l’entreprise américaine n’exploite sa position dominante pour étouffer l’innovation, mène vers un changement dans la manière dont les utilisateurs interagiront avec leurs appareils.
Jusqu’à présent, les assistants IA tiers se heurtaient à des limitations d’accès aux fonctionnalités clés d’Android, là où Gemini, la solution maison de Google, bénéficie d’un traitement de faveur. Résultat, ces acteurs alternatifs peinent à proposer des services aussi intégrés et fluides, privant les consommateurs d’un choix véritable.
La mesure ne s’arrête pas là. Bruxelles exige également que Mountain View partage des données avec les moteurs de recherche concurrents, y compris celles qui alimentent ses propres algorithmes. Les chatbots IA devront ainsi pouvoir accéder à ces informations, à condition qu’elles soient anonymisées. Un processus dont les méthodes seront auditées par un tiers indépendant.

Les échéances sont bien établies, le partage des données doit débuter d’ici janvier 2027, tandis que l’ouverture d’Android aux rivaux est attendue pour juillet de la même année. Une fois ces changements appliqués, les utilisateurs européens pourront sélectionner leur assistant IA par défaut, comme ils le font déjà pour leur navigateur, et l’activer par commande vocale pour des interactions plus naturelles.
Face à ces obligations juridiquement contraignantes, la réaction de Google ne s’est pas fait attendre. Kent Walker, son président des affaires mondiales, a dénoncé des décisions qui risquent de saper les garde-fous essentiels de confidentialité et de sécurité pour des millions d’Européens. Selon lui, l’UE aurait ignoré les preuves de préjudices, tandis que l’ouverture forcée d’Android affaiblirait la sécurité des appareils.

Une critique partagée, contre toute attente, par Apple, qui avait alerté plus tôt cette année sur le « cauchemar » que représenterait une telle mesure en matière de vie privée. Walker va plus loin en affirmant que le partage imposé des données de recherche pourrait même menacer la sécurité nationale. Si Google n’a pas encore annoncé de manière officielle son intention de contester ces décisions, le ton employée laisse peu de doutes, une bataille juridique semble inévitable.
Je pose la question : jusqu’où peut-on pousser l’interopérabilité sans compromettre la protection des données ? L’UE mise sur la concurrence pour stimuler l’innovation, mais à quel prix ? Leurs arguments, bien que teintés d’intérêts propres, ne sont pas dénués de fondement. Ouvrir un système aussi complexe qu’Android à des acteurs tiers comporte des risques réels, notamment en matière de fragmentation ou de vulnérabilités exploitables.
Pourtant, l’argument selon lequel la sécurité serait incompatible avec la diversité des acteurs sonne comme une excuse un peu trop commode pour un géant qui a longtemps bénéficié d’un quasi-monopole.
Pour les consommateurs, cette décision pourrait signifier plus de liberté et d’options, mais aussi une complexité accrue dans la gestion de leur vie numérique. Pour les régulateurs, elle confirme une volonté de ne plus laisser les plateformes dominantes dicter les conditions du marché. Reste à savoir si, dans cette équation, la balance penchera du côté de l’innovation… ou du chaos.
15.07.2026 à 09:56
Romain Leclaire

Il y a des idées si évidentes qu’on se demande pourquoi elles ne s’imposent pas d’elles-mêmes. C’est ce que s’est dit Dan Q, développeur et blogueur, en découvrant qu’il devait installer une application mobile pour consulter l’itinéraire d’un voyage scolaire à Disneyland organisé pour ses enfants. Une application qui, au final, ne proposait rien de plus qu’un ensemble de textes, d’images et de liens vers des fichiers PDF. Autant dire qu’une page web aurait amplement suffi. Pire, elle aurait été bien supérieure.
Plutôt que de se résigner à télécharger une énième application encombrante, le dév a décidé de prendre les choses en main. Armé de sa curiosité technique et d’une pointe de frustration légitime, il a passé une heure à analyser le fonctionnement de l’application Travelbound, celle que l’organisateur du voyage lui imposait. Résultat, une page web minimaliste, plus rapide, plus légère et surtout, bien plus respectueuse des utilisateurs.
Problème au départ, l’application ne faisait rien qu’une page web ne puisse accomplir. Elle affichait des informations statiques, des images et des documents à télécharger. Pourtant, elle intégrait deux fonctionnalités particulièrement indésirables que sont le suivi des utilisateurs via leur compte Google et l’affichage de publicités déguisées en « inspirations » pour d’autres voyages. Des anti-fonctionnalités, comme les qualifie Dan Q, qui nuisent à l’expérience utilisateur au lieu de l’enrichir.
Pour contourner cette absurdité, il a dû plonger dans les entrailles de l’app. Il a créé un appareil virtuel Android, obtenu les droits root, puis utilisé des outils comme HTTP Toolkit pour intercepter le trafic réseau. En quelques minutes, il a découvert qu’elle récupérait simplement des données au format JSON depuis une API, à partir d’une URL construite à partir des identifiants de l’utilisateur. Toutes les informations nécessaires pour reconstruire une version web étaient donc accessibles, sans même avoir besoin de comprendre le code source.

Avec ces données en main, Dan a écrit un script en Ruby qui, exécuté de manière régulière, récupère les dernières informations et génère une page HTML statique. Cette dernière, protégée par un mot de passe, offre exactement les mêmes informations que l’application, mais sans ses défauts. Elle est copiable, imprimable, enregistrable, accessible depuis n’importe quel appareil et, surtout, exempte de toute publicité ou de tout suivi intrusif. Là où l’app occupait 43 Mo sur le téléphone (et jusqu’à 124 Mo une fois les données téléchargées), la page web pèse à peine 0,05 Mo, auxquels s’ajoutent 35 Mo d’images si l’utilisateur souhaite les consulter.
Le plus marrant dans cette histoire, c’est que l’application Travelbound générait déjà du contenu au format HTML. Elle aurait donc pu être une page web dès le départ. Dan souligne avec justesse l’absurdité de la « culture des applications » : des entreprises préfèrent développer des applications coûteuses, difficiles à maintenir et limitées en termes d’accessibilité, alors qu’une simple page web aurait été plus efficace, plus universelle et moins intrusive. Les applications ont leur utilité, bien sûr, mais pour des cas d’usage comme celui-ci, elles n’apportent aucune valeur ajoutée. Bien au contraire.
Au-delà du cas spécifique de Travelbound, ce projet illustre la tendance des entreprises qui imposent des applications mobiles pour des tâches qui pourraient être accomplies bien plus facilement via le web. Que ce soit pour consulter un menu de restaurant, obtenir un itinéraire ou accéder à des informations basiques, les applications sont souvent utilisées comme un moyen de contrôler davantage l’expérience utilisateur, de collecter des données ou d’afficher des publicités. Dan a prouvé qu’il existe une alternative, et que celle-ci peut être à la fois plus légère, plus rapide et plus respectueuse des utilisateurs.
Son travail rappelle que le web est une plateforme universelle, accessible depuis n’importe quel appareil, sans nécessiter d’installation ni de mises à jour fastidieuses. Alors pourquoi s’en priver ? Grâce à son ingéniosité, il a redonné à son groupe de voyageurs le choix, utiliser une application lourde et intrusive ou une page web simple, efficace et libérée de toute surveillance. Le choix semble évident.
14.07.2026 à 11:14
Romain Leclaire

Ce devait être une mise à jour comme une autre, une nouvelle fonctionnalité comme on en voit souvent. Cela s’est transformé en cauchemar communicationnel. Et maintenant, elle a disparu. Vendredi dernier, Meta a annoncé de manière discrète que son outil permettant de générer des images IA à partir des publications publiques Instagram n’était plus disponible. Une retraite aussi rapide que honteuse pour un géant qui, une fois de plus, a sous-estimé l’intelligence et la colère de ses utilisateurs.
Tout avait pourtant bien commencé. Le mardi d’avant, le géant américain dévoilait avec fierté Muse Image, son premier modèle de génération d’images issu des laboratoires de sa division Superintelligence. Intégré à Meta AI, cet outil se voulait créatif et utile selon l’entreprise, offrant même aux utilisateurs un semblant de contrôle sur l’utilisation de leurs contenus publics. Dans un post sur Instagram, Meta s’est contenté d’un aveu lapidaire :
« Nous avons entendu les retours indiquant que cette fonctionnalité n’était pas à la hauteur, alors elle n’est plus disponible. »
Une phrase creuse, typique d’une société qui préfère les communiqués aseptisés aux excuses sincères.
Pourtant, les signes avant-coureurs étaient bien visibles. Dès son déploiement, les utilisateurs d’Instagram ont réagi avec une indignation immédiate. Les craintes furent doubles. D’un côté, une atteinte flagrante à la vie privée, de l’autre, un terreau fertile pour les deepfakes et les détournements malveillants. Les réseaux sociaux se sont emparés du sujet, avec des tutoriels pour désactiver la fonctionnalité qui circulaient à toute vitesse sur X et Reddit. Une fois de plus, Meta a imposé une innovation sans en mesurer les conséquences, comme si le consentement des utilisateurs n’était qu’une formalité accessoire.
Les critiques ne sont pas venues que des simples mortels. Apar Gupta, fondateur de l’Internet Freedom Foundation, a fustigé Meta dans une vidéo postée sur X vendredi dernier.
« Juste parce que Meta possède l’une des plus grandes plateformes sociales, et que nous sommes forcés de l’utiliser, cela ne lui donne pas le droit de violer notre consentement et notre vie privée, encore et encore », a-t-il dénoncé.
Des mots qui résonnent comme un écho aux multiples scandales passés, où l’entreprise californienne a privilégié systématiquement l’audace technologique au respect des droits fondamentaux.
Les professionnels du divertissement, eux aussi, n’ont pas mâché leurs mots. Le syndicat américain SAG-AFTRA, qui représente 160 000 artistes et médias, a encouragé vivement ses membres à se soustraire à cette fonctionnalité. Dans une déclaration accordée à Business Insider, il a été sans appel :
« Tout autre chose qu’un consentement clair et explicite pour ce type d’utilisation des images des utilisateurs Instagram est inacceptable et constitue une erreur grossière de compréhension de l’opinion publique concernant les dangers et les préjudices évidents liés à une telle utilisation. »
Une position saluée après l’annonce du retrait de la fonctionnalité, même si le mal était déjà fait.
« Avec les dangers des répliques numériques non consenties bien connus de tous, une fonctionnalité qui encourageait ce comportement était imprudente. Nous apprécions sa suppression. C’est la chose responsable à faire », a ajouté le syndicat.
Cette affaire rappelle que nous somme face à une industrie du divertissement en ébullition face à l’essor de l’IA. Les acteurs du secteur se battent désormais pour protéger leur image, leur voix, leurs expressions emblématiques contre les dérives technologiques. Certains vont jusqu’à déposer des marques pour se prémunir contre les usages non autorisés. Une course à l’armement juridique qui révèle l’ampleur des craintes.
Jusqu’à quand les géants de la tech pourront-ils continuer à innover sans se soucier des limites éthiques et juridiques ? Meta, avec son histoire répétée de mépris pour la vie privée et les droits des utilisateurs, incarne parfaitement cette arrogance. Chaque nouvelle fonctionnalité semble conçue dans un vide moral, comme si le consentement et la transparence n’étaient que des obstacles à contourner. Le retrait de cette option de génération d’images n’est probablement qu’une pause dans une stratégie qui, à l’évidence, n’a pas changé de fond.
La prochaine fois, peut-être que Meta prendra enfin la peine d’écouter avant d’agir. Mais à en juger par son historique, il serait naïf de parier là-dessus.