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28.08.2026 à 12:42

Que pensent vraiment les Israéliens et les Palestiniens ?

Anna C. Zielinska, MCF en philosophie morale, philosophie politique et philosophie du droit, membre des Archives Henri-Poincaré, Université de Lorraine

Un examen attentif de plusieurs sondages récents conduits auprès des Palestiniens comme des Israéliens donne un aperçu des craintes et des espoirs des deux populations.
Texte intégral (3073 mots)

L’ESSENTIEL

  • Israël organise des législatives le 27 octobre prochain, tandis que Mahmoud Abbas a annoncé l’organisation d’une présidentielle palestinienne pour le début de l’année 2027.

  • D’un côté comme de l’autre, les visions de l’avenir souhaitable des deux sociétés partagent aujourd’hui un grand pessimisme et une méfiance mutuelle.

  • L’examen de sondages conduits par trois instituts différents permet de saisir les inquiétudes des Israéliens et des Palestiniens.


Les guerres au Proche-Orient sont peut-être aujourd’hui moins violentes, mais elles se poursuivent sous d’autres formes, notamment à travers le maintien, par les ministères israéliens concernés, d’un conflit de basse et moyenne intensité en Cisjordanie et à Gaza. Des millions de personnes des deux côtés de la ligne verte attendent avec impatience les résultats des élections parlementaires du 27 octobre en Israël. Ci-dessous, un aperçu de leurs craintes – et de leurs maigres espoirs – à travers quelques sondages d’opinion.

Les sondages sont, certes, biaisés. Une même question, formulée différemment, peut susciter des réponses différentes, comme l’ont montré Amos Tversky et Daniel Kahneman dans leurs travaux sur le biais du cadrage. Cela étant posé, il reste possible de faire une lecture critique de ces enquêtes, qui permet d’avoir un aperçu de l’état d’esprit des Israéliens et des Palestiniens aujourd’hui, après trois années de conflit armé, une longue vague de violences en Cisjordanie et à quelques mois des élections en Israël et en Palestine.

Trois sondages récents seront analysés : le premier réalisé par un institut israélien Jewish People Policy Institute (JPPI plutôt conservateur, deux autres produits respectivement par le Palestinian Center for Policy and Survey Research (PCPSR) et The Israel Democracy Institute IDI, plutôt libéraux.

La colonisation acharnée, l’héritage tragique de la reconnaissance internationale de la Palestine

Le contexte politique de ces trois sondages est moins celui de la guerre à Gaza que celui de l’évolution de la situation sur les territoires occupés un an après la reconnaissance par la France de l’État palestinien. Les ministres les plus extrémistes du gouvernement, Itamar Ben Gvir (sécurité nationale) et Bezalel Smotrich (finances), ont accéléré le processus de colonisation de la Cisjordanie et de « l’enterrement de l’idée de l’État palestinien », selon les termes mêmes de Smotrich.

Le rapport sur les colonies israéliennes dans les territoires occupés publié par l’Union européenne en juillet 2026 ( portant sur l’année 2025), constate « une accélération de l’activité de colonisation et une évolution vers l’annexion, ainsi que vers une institutionnalisation progressive des mécanismes de gouvernance civile israélienne, mettant en péril les perspectives d’une solution à deux États ».

L’UE dénonce l’approbation par le gouvernement de projets visant à établir 54 nouvelles colonies officielles en Cisjordanie – hors Jérusalem-Est –, et l’établissement de 86 nouveaux avant-postes « à un rythme moyen d’un à deux par semaine », et souligne que « ces actions sapent le cadre administratif établi par les accords d’Oslo et étendent le contrôle israélien à des zones destinées à l’administration palestinienne ».

L’ONG israélienne La Paix maintenant suit de près l’évolution de la législation concernant les unités de logement validées par le Conseil supérieur de planification de l’administration civile. En 2025, ce Conseil a donné son aval à la construction de 27 941 unités de logement dans les colonies, un niveau sans précédent depuis la création du projet de colonisation en Cisjordanie. Et rien que pour le mois de juillet 2026, 8 056 unités ont été validées.

La poursuite de la colonisation rend impossible toute négociation autour d’une extension des accords d’Abraham, cette politique étant condamnée sans équivoque par les pays arabes.

Selon Haaretz, c’est particulièrement le cas de la Turquie, l’Égypte, l’Indonésie, la Jordanie, le Pakistan, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Pour les ministres des affaires étrangères de ces pays, le projet immobilier « E1 » en Cisjordanie occupée est absolument inacceptable. L’E1 est une zone de 12 km2 située entre Jérusalem-Est et la colonie israélienne de Ma’aleh Adumim, en Cisjordanie occupée. La réalisation du projet de construction de 3 400 logements israéliens dans cette zone créerait une continuité territoriale entre Ma’aleh Adumim et Jérusalem et couperait la Cisjordanie en deux – et cela compromettrait la possibilité d’un État palestinien territorialement continu.

Cette condamnation importante s’ajoute à celle annoncée la veille – le 20 août 2026 – par la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège et le Canada.

La société polarisée par l’expansion de la colonisation de la Cisjordanie

Les actions du gouvernement de Benyamin Nétanyahou divisent profondément la société israélienne.

Parmi les citoyens d’Israël, selon un sondage effectué par JPPI en août 2026, 59 % d’Arabes et 41 % de Juifs pensent que les avant-postes et les fermes juives en Cisjordanie sont une charge pour la sécurité – une opinion partagée par 45 % de tous les Israéliens, auxquels on peut ajouter 12 % qui adoptent une position neutre. Sans surprise, 100 % des Juifs de gauche voient ce type récent d’expansion des colonies comme un fardeau, alors que 89 % de Juifs de droite rejettent cette idée.

Concernant l’annexion des territoires occupés, les chiffres sont plus difficiles à interpréter, puisqu’une partie du public arabe-israélien soutient l’idée d’une solution à un État, lequel ne serait alors plus défini comme un État juif.

Dans l’ensemble de la population juive israélienne, 38 % privilégient l’annexion, 35 % la partition et 6 % choisissent l’abandon de l’ensemble du territoire. Chez les citoyens arabes, 36 % privilégient l’annexion, 26 % souhaitent l’abandon du territoire, 8 % sa partition. 12 % des citoyens souhaitent le maintien du statu quo.

Et quand seules deux options sont proposées, les réponses divergent selon les populations interrogées :

(A) 60 % des Juifs d’Israël et seulement 37 % d’Arabes sont favorables à ce que l’État d’Israël conserve une majorité juive au prix d’un renoncement à certains territoires palestiniens.

(B) seulement 22 % des Juifs répondent qu’ils sont favorables à une souveraineté israélienne du Jourdain à la mer Méditerranée, même sans majorité juive – pour eux, cela signifie une annexion de la Cisjordanie et de Gaza. Et 34 % des Arabes donnent la même réponse – mais pour eux, elle signifie la disparition de ce qu’ils perçoivent comme étant le déséquilibre ethnico-culturel actuel.

On voit ici que quand l’annexion est perçue comme une menace à l’existence de l’État juif, elle est très peu désirable pour le public juif justement.

Le sondage IDI – qui pose des questions différentes de celui de JPPI – a interrogé les Israéliens sur leur perception des réactions des institutions publiques face aux violences des colons, un autre facteur de polarisation dans ce pays. À gauche et au centre, une nette majorité des Juifs israéliens jugent trop indulgent le traitement réservé aux colons impliqués dans des violences en Cisjordanie – respectivement 86,5 % et 63 %. À droite, seuls 31 % partagent ce point de vue, tandis que 37 % estiment au contraire que les colons violents sont traités trop sévèrement.

Que veulent les Palestiniens ?

Le Palestinian Center for Policy and Survey Research (PCPSR), basé à Ramallah, a été fondé en 1993 par le politologue Khalil Shikaki qui le dirige encore aujourd’hui. Son dernier rapport – le 97ᵉ – publié en août 2026, offre des renseignements précieux sur le ressenti des personnes qui vivent aujourd’hui à Gaza et en Cisjordanie.

Depuis des années, les enquêtes du PCPSR montrent le rejet des dirigeants actuels. 79 % des sondés souhaitent la démission d’Abbas, confirmant le niveau exceptionnellement élevé de mécontentement à l’égard de son leadership. Dans le même temps, on observe le « recul de la popularité du Hamas et une forte incertitude quant à l’avenir politique ».

Concernant les souhaits de la population, le rapport met en évidence la popularité sans faille d’un homme politique emprisonné en Israël depuis 2003, qui incarne aux yeux de bon nombre de ses compatriotes l’espoir d’un avenir démocratique en Palestine.

Marwan Barghouti est le successeur potentiel le plus populaire du président Mahmoud Abbas, avec 39 % des préférences, suivi du dirigeant du Hamas Khalil al-Hayya (16 %), de Mohammed Dahlan (15 %) et de Mustafa Barghouti (6 %). Dans le cadre d’une élection présidentielle hypothétique, Marwan Barghouti obtiendrait 54 % des voix parmi les électeurs susceptibles de voter, al-Hayya 26 % et Abbas seulement 14 %.

Le soutien global – à Gaza comme en Cisjordanie – au Hamas est tombé à 24 %, contre 35 % dix mois auparavant, tandis que le Fatah reste à 24 %. Parmi les électeurs susceptibles de voter – notons qu’une grande partie déclare ne pas vouloir se rendre aux urnes – le Fatah obtiendrait 32 % des voix et le Hamas 29 %, tandis que les autres forces recueilleraient 18 %.

La confiance dans la capacité du Hamas à représenter les Palestiniens a également diminué, passant de 41 % à 28 %, tandis que 44 % estiment désormais que ni le Hamas ni le Fatah ne méritent de diriger. Une place est donc ouverte pour une autre force politique, attendue par la société palestinienne aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie.

Si Marwan Barghouti formait une liste électorale concurrente de la liste officielle du Fatah, 33 % de l’ensemble des personnes interrogées affirment qu’elles voteraient pour cette liste, contre 14 % pour la liste officielle du Fatah. Les autres répondants déclarent qu’ils ne voteraient pas pour le Fatah ou qu’ils n’ont pas encore arrêté leur choix.

La part des Palestiniens qui estiment que la guerre a été gagnée par le Hamas a diminué de moitié en un an, passant de 40 % à 20 %. 60 % pensent que personne n’est sorti victorieux du conflit. Environ trois quarts s’opposent toutefois au désarmement – une des conditions d’un retrait israélien de Gaza –, et estiment qu’un tel processus entraînerait plutôt une reprise de la guerre, qui profiterait de l’absence des instruments de défense sur place. Cela montre que faute de mieux, le Hamas est vu comme un ersatz d’armée nationale, et cette dernière fait partie de l’imaginaire de la souveraineté désirée.

Parmi les personnes sondées à Gaza et en Cisjordanie, 44 % soutiennent la solution à deux États et 50 % s’y opposent à. 58 % – contre 56 % il y a dix mois – estiment que la solution à deux États n’est plus réalisable en raison de l’expansion des colonies, tandis que 36 % – contre 41 % il y a dix mois – pensent qu’elle reste réalisable. 64 % déclarent que les chances d’établir un État palestinien indépendant aux côtés d’Israël dans les cinq prochaines années sont faibles ou inexistantes, tandis que 32 % jugent que les chances sont moyennes ou élevées.

En ce qui concerne le Conseil pour la paix, chargé de superviser la mise en œuvre du plan Trump pour Gaza, et le Comité national pour l’administration de Gaza (CNAG), les réactions sont très différentes à Gaza et en Cisjordanie. Les habitants de Gaza sont 40 % à soutenir l’initiative de Trump et 56 % à faire confiance au Comité national. Cette confiance est bien moindre chez les personnes qui habitent en Cisjordanie – 13 % et 15 %, respectivement. Ce gouffre s’explique sans doute par le désir des Gazaouis de ne pas avoir à choisir uniquement entre Charybde et Scylla que représentent, pour la plupart d’entre eux, le Hamas et Israël.

Une inévitable insurrection ?

Le sondage israélien IDI montre une inquiétude croissante des Juifs israéliens vis-à-vis de l’intifada à venir. Dans les trois camps politiques juifs, une large majorité estime probable le déclenchement prochain d’une nouvelle intifada en Cisjordanie : 84 % à gauche, 76 % au centre et 78 % à droite. Les écarts entre les camps sont donc relativement faibles, ce qui témoigne d’une perception largement partagée du risque d’un soulèvement populaire palestinien.

C’est un grand changement par rapport à novembre 2025, quand 64 % de la population générale juive avait cette crainte – aujourd’hui, ce chiffre est passé à 79 %. C’est probablement l’indicateur le plus fort de la conscience aiguë, chez les Israéliens juifs, que la situation actuelle en Cisjordanie ne peut durer : les Palestiniens ne pourront indéfiniment supporter les attaques et les humiliations dont ils sont victimes. Reste à savoir si cela se traduira politiquement par un vote belliqueux en faveur de l’extrême droite, dans l’espoir d’entériner l’annexion, ou, au contraire, par un vote visant à enrayer la dynamique enclenchée par les partis suprémacistes.

Selon vous, quelle est la probabilité qu’un soulèvement populaire palestinien (intifada) éclate en Cisjordanie/Judée-Samarie dans un avenir prévisible ? (%). The Israel Democracy Institute, Fourni par l'auteur

Quelques mois avant de disparaître en 2008, le grand écrivain palestinien Mahmoud Darwish a noté : « La paix a deux parents : la liberté et la justice. Et l’occupation est l’engendreuse naturelle de la violence. » Pourtant, il y a aujourd’hui parmi les Palestiniens des héros qui cherchent la paix, tels que Mohamad Jamous de Ramallah – artisan de la paix et conférencier, engagé depuis plus de dix ans dans la création de ponts entre des communautés divisées par le conflit, par des événements interreligieux et le dialogue –, Huda Abuarqoub – activiste et éducatrice, spécialiste de la transformation des conflits et de la consolidation de la paix – et Ali Abu Awwad – militant palestinien qui promeut la résistance non violente, la réconciliation et la participation citoyenne comme voies vers une solution juste et durable au conflit israélo-palestinien – d’Hébron, et sans doute bien d’autres.

Mais on ne peut pas s’attendre à des positions universellement irréprochables de la part d’un peuple qui a grandi sous l’occupation depuis deux, voire trois générations, et à qui on refuse un souhait légitime : celui de voir Marwan Barghouti libre et prêt à se présenter aux élections. Cette libération constituerait pour Israël sans doute le vaccin le plus efficace contre la troisième Intifada que ses citoyens semblent craindre.

The Conversation

Anna C. Zielinska a publié une lettre ouverte appelant à la libération de Marwan Barghouti (Le Monde, le 2 août 2025)

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27.08.2026 à 15:40

Quand la polarisation internationale s’invite dans la présidentielle brésilienne

Jorge Jacob, Professor of Behavioral Sciences, IÉSEG School of Management

À l’approche de la présidentielle brésilienne, le duel Lula – Flávio Bolsonaro est marqué par une forte implication de leurs appuis respectifs au niveau international.
Texte intégral (1904 mots)

L’ESSENTIEL

  • La présidentielle brésilienne, en octobre prochain, se jouera sans aucun doute entre le sortant Lula (centre gauche), en lice pour un dernier mandat, et Flávio Bolsonaro, fils de Jair et, comme ce dernier, représentant de la droite dure.

  • Ce duel est suivi avec la plus grande attention dans de nombreux pays du monde, à commencer par les États-Unis.

  • Dans un scrutin qui s’annonce très serré, les soutiens étrangers (ou l’exaspération qu’ils peuvent susciter au sein de l’électorat brésilien) pourraient contribuer à faire pencher la balance en faveur de l’un ou l’autre candidat.


La campagne électorale brésilienne a officiellement commencé le 16 août. Le premier tour aura lieu le 4 octobre et le second, si nécessaire, le 25.

Derrière le duel entre les deux principaux candidats – le président sortant Lula et Flávio Bolsonaro, fils de son prédécesseur Jair Bolsonaro (condamné il y a quelques mois à vingt-sept ans de prison pour son rôle dans la tentative de coup d’État de décembre 2023 et autorisé depuis mars dernier à purger sa peine à son domicile pour raisons de santé) –  se joue une bataille de réseaux politiques, médiatiques et diplomatiques internationaux.

Le camp Bolsonaro bénéficie de soutiens visibles au sein de la droite et de l’extrême droite internationales, tandis que Lula dispose de relais importants au sein des forces progressistes et de plusieurs gouvernements étrangers.

Alexandre de Moraes, cible du camp Bolsonaro… et de Washington

Cette internationalisation a commencé à prendre forme en 2025, lorsque le frère cadet de Flavio Eduardo Bolsonaro, alors député fédéral de l’État de São Paulo depuis 2015 (il a depuis perdu son mandat en décembre 2025, à la suite d’une décision de la Chambre des députés), s’est installé aux États-Unis.

Selon The Guardian, Eduardo Bolsonaro aurait essayé de convaincre les responsables de l’administration Trump d’imposer des sanctions à Alexandre de Moraes, le juge de la Cour suprême chargé de l’enquête visant son père. Depuis mai 2025, Eduardo était aussi lui-même visé par la justice brésilienne, et a d’ailleurs été condamné en juin 2026 – en son absence puisqu’il se trouve toujours sur le territoire états-unien – à quatre ans de prison : il lui est reproché d’avoir cherché à obtenir de la part de Donald Trump qu’il prenne des sanctions économiques contre le Brésil afin de faire pression sur la justice brésilienne et de favoriser son père dans le cadre de son procès.

Or, Moraes se trouvait déjà dans le collimateur de l’entourage de Donald Trump pour avoir ordonné, en 2024, la suspension de Twitter/X au Brésil à la suite du refus de la plateforme de se conformer à des décisions judiciaires lui ordonnant notamment de bloquer certains comptes accusés de diffuser de fausses informations des discours haineux, et refusé de nommer un nouveau représentant légal. Elon Musk avait alors dénoncé une entrave à la « liberté d’expression ».

En février 2025, l’entreprise de médias de Donald Trump (Trump Media & Technology Group) et la plateforme vidéo Rumble ont déclenché des poursuites contre Moraes aux États-Unis, contestant ses décisions de blocage de comptes et de contenus. Le dossier brésilien se retrouvait ainsi directement lié à l’écosystème politique et technologique de Trump, rapprochant deux intérêts jusque-là distincts : la volonté des Bolsonaro de faire pression sur la justice brésilienne et celle des plateformes de contester les règles imposées à leurs contenus.

En juillet 2025, l’administration Trump a sanctionné Alexandre de Moraes au titre du Global Magnitsky Act, l’accusant notamment de violations des droits humains et de répression de la liberté d’expression.

« Trump annonce des taxes de 50 % pour le Brésil – en soutien à l’ex-président Bolsonaro », France 24, 11 juillet 2025.

Ces sanctions ont été levées en décembre après un rapprochement entre Donald Trump et Lula. Toutefois, l’administration Trump étudierait actuellement l’opportunité de promulguer de nouvelles sanctions contre le juge.

Chacun compte ses soutiens

Entre-temps, le 26 mai, Flávio et Eduardo Bolsonaro ont rencontré Donald Trump à la Maison-Blanche.

Depuis juillet 2026, Washington a progressivement renforcé la pression sur le gouvernement de Lula par des mesures commerciales et diplomatiques afin, selon le Washington Post, de le contraindre à mettre fin aux poursuites contre Jair Bolsonaro. Ces tensions commerciales se sont poursuivies en août, lorsque le Brésil a à son tour ouvert une procédure de réciprocité contre la hausse des droits de douane décidée par Washington.

Capture d’écran d’un post de Donald Trump sur son réseau Truth Social : « Ravi d’avoir accueilli Flávio Bolsonaro au bureau Ovale de la Maison-Blanche – un jeune homme intelligent qui aime beaucoup son pays, le Brésil ! », 2 juin 2026. Truth Social

Lula et Flávio Bolsonaro se sont mutuellement accusés d’être responsables des tensions avec Washington, mais selon une enquête de l’institut de sondages Datafolha, la majorité des Brésiliens estiment que les droits de douane imposés par Donald Trump visent à aider Flávio Bolsonaro dans sa campagne présidentielle.

Les deux camps brésiliens disposent désormais de relais internationaux. Mais ce relais international se déroule sous des formes distinctes. Le camp Bolsonaro s’appuie sur des soutiens individuels de dirigeants étrangers : Javier Milei était présent en personne au lancement de la campagne et Benyamin Nétanyahou est intervenu par vidéo, tandis que Lula s’inscrit dans un réseau plus institutionnel de gouvernements et de mouvements progressistes.

En avril, il a participé, à Barcelone, à la Global Progressive Mobilisation, aux côtés notamment du premier ministre espagnol Pedro Sánchez, de la président mexicaine Claudia Sheinbaum et du président sud-africain Cyril Ramaphosa, lors d’un rassemblement consacré à la lutte contre la montée de l’extrême droite.

« Espagne : Pedro Sánchez convoque la gauche mondiale pour une réunion progressiste à Barcelone », France 24, 19 avril 2026.

La polarisation internationale s’impose aux campagnes nationales

C’est dans ce climat que s’amorce la campagne électorale. La légère avance de Lula sur Flávio Bolsonaro dans les sondages s’est réduite, et les deux hommes sont désormais au coude-à-coude. Il est possible que, ces prochaines semaines, les déclarations et actions de l’administration Trump joueront un rôle déterminant dans l’issue du scrutin.

Le cas brésilien pourrait ainsi devenir un laboratoire d’une nouvelle géographie de la polarisation politique, dans laquelle les conflits électoraux nationaux sont de plus en plus connectés à des réseaux transnationaux. Pour la France et pour l’Europe, la question est peut-être moins de savoir si cette dynamique existe déjà que de comprendre jusqu’où elle pourrait s’étendre à nos propres démocraties.

The Conversation

Jorge Jacob ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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26.08.2026 à 15:25

Ce que le cas Natalie Harp révèle du système Trump

Frédérique Sandretto, Adjunct assistant professor, Sciences Po

Une assistante de rang subalterne filtre-t-elle réellement les informations parvenant jusqu’au chef de l’État ?
Texte intégral (2532 mots)
Le 18 août 2025, dans le bureau Ovale, sous les yeux de J. D. Vance et de Donald Trump, Natalie Harp finalise un post du président sur Truth Social pendant une rencontre avec plusieurs leaders européens. Daniel Torok/Site officiel de la Maison-Blanche

L’ESSENTIEL

  • Le rôle exact d’une assistante de Donald Trump, omniprésente à ses côtés depuis des années, fait débat dans la vie politique états-unienne.

  • Selon certains observateurs, Natalie Harp exercerait une influence significative sur le filtrage des informations dont le président prend – ou non – connaissance.

  • Ces révélations montrent une nouvelle fois à quel point le système trumpien repose sur la loyauté personnelle plus que sur les fonctions officielles et les compétences professionnelles.


Le nom de Natalie Harp était encore inconnu du grand public il y a quelques mois. Il est désormais devenu l’un des plus commentés de l’entourage de Donald Trump. À 35 ans, cette ancienne présentatrice de la chaîne conservatrice One America News Network est devenue l’une des assistantes les plus proches du président des États-Unis. Sa présence permanente auprès de lui, son rôle dans la circulation de l’information jusqu’au bureau Ovale et son implication présumée dans la gestion de ses publications sur Truth Social ont progressivement transformé une simple collaboratrice en personnage politique à part entière.

La polémique a véritablement changé d’échelle le 16 août 2026, quand le sénateur démocrate de Géorgie Jon Ossoff, candidat à sa réélection en novembre, a explicitement mentionné Natalie Harp lors d’un meeting de campagne à Atlanta. Après avoir accusé Donald Trump de préférer le golf, les voyages et son projet de salle de bal à l’exercice de ses fonctions présidentielles, il a lancé une formule destinée à frapper les esprits : le président voudrait surtout « construire sa salle de bal et voyager avec Natalie » dans ce qu’il a qualifié de « flying palace », le palais volant offert par le Qatar.

La sortie d’Ossoff est intervenue à 77 jours exactement des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026. Le calendrier est donc particulièrement sensible. Pour un président dont la deuxième administration est déjà confrontée à de multiples controverses, toute interrogation sur son entourage, son emploi du temps ou sa capacité à exercer pleinement ses fonctions peut devenir un sujet électoral.

Le lendemain, interrogé sur les propos d’Ossoff, Trump n’a pas répondu sur le fond. Il a préféré attaquer le sénateur démocrate sur son physique, le comparant une nouvelle fois, du fait d’une supposée ressemblance physique, à Pee-wee Herman, un personnage de fiction grotesque et maladroit campé dans les années 1980 par le comédien Paul Reubens dans plusieurs films et séries.

Dans le même temps, la communication de la Maison-Blanche s’est déchaînée contre Ossoff, avec des attaques personnelles particulièrement virulentes de Steven Cheung, le directeur de la communication de la présidence, et de Davis Ingle, son porte-parole. Le pouvoir aurait pu considérer la sortie du sénateur comme une simple provocation destinée à mobiliser son électorat local. Il a au contraire contribué à lui donner une dimension nationale.

Une femme devenue indispensable au président

Qui est donc Natalie Harp ?

Son parcours est d’abord celui d’une Californienne diplômée de la Point Loma Nazarene University puis titulaire d’un MBA obtenu à la Liberty University en 2015. Son passage par Liberty, université évangélique très conservatrice devenue un important vivier du mouvement chrétien conservateur américain, aide à comprendre son insertion idéologique dans l’univers républicain. Elle travaille ensuite dans divers médias conservateurs avant de rejoindre progressivement l’entourage politique de Donald Trump.

Mais c’est son histoire personnelle qui la fait connaître à l’échelle nationale.

Natalie Harp souffre depuis sa jeunesse d’une forme rare de cancer des os de stade 2. En 2015, une erreur médicale lors d’une perfusion l’aurait laissée dans un état extrêmement grave, avec des douleurs importantes et une mobilité fortement réduite. Après deux chimiothérapies qui n’avaient pas produit les résultats espérés et alors qu’elle affirmait avoir rencontré des difficultés pour accéder à des essais cliniques, elle cherche d’autres solutions thérapeutiques. Elle affirme que le programme fédéral Right to Try (« le droit d’essayer »), signé par Donald Trump en 2017, lui a permis d’accéder à une nouvelle possibilité thérapeutique.

Rappelons que Right to Try ouvre à des patients en impasse thérapeutique un accès dérogatoire à des traitements expérimentaux n’ayant validé que la phase I. En contournant les règles imposées par la Food and Drug Administration (FDA), il réaffirme une logique de souveraineté individuelle face au risque médical et déplace la charge éthique vers le binôme patient‑médecin. Cette mesure s’inscrit dans une rhétorique de dérégulation valorisant la liberté de choix en situation critique.

Le récit poignant de Harp devient rapidement un puissant instrument politique.

En juin 2019, elle raconte son combat contre la maladie sur Fox News. Donald Trump la remarque. Il la présente comme une jeune femme dont la vie aurait été positivement transformée par sa politique de santé. Quelques jours plus tard, il l’invite à monter sur scène lors d’une conférence de la Faith and Freedom Coalition à Washington. Harp le qualifie alors de « Good Samaritan ». La relation politique est née.

Son histoire sera ensuite reprise lors de la Convention nationale républicaine de 2020. Harp devient membre du conseil consultatif de la campagne Trump et prend la parole devant la convention. Elle ne se contente plus d’être une survivante du cancer témoignant de son expérience : elle devient une militante convaincue de Donald Trump et de son projet politique.

Il existe toutefois une importante nuance factuelle. Des médecins et des journalistes ont contesté l’idée selon laquelle le programme Right to Try aurait directement « sauvé » Natalie Harp. Le Washington Post a notamment souligné que son traitement avait commencé avant l’entrée en vigueur de la loi et que le médicament utilisé était déjà approuvé par la FDA, même si son utilisation dans son cas particulier pouvait relever d’un usage différent. Autrement dit, le récit personnel de Harp et la réalité médicale et réglementaire ne se recouvrent pas nécessairement.

Cette distinction n’a toutefois pas empêché Harp de prendre de plus en plus de place au sein de l’écosystème trumpien.

De la militante à « l’imprimante humaine »

Après son passage dans les médias conservateurs, Natalie Harp entre plus profondément dans l’univers Trump. À partir de 2022, elle travaille auprès de l’ancien président alors que celui-ci prépare son retour au pouvoir. Son rôle est d’abord difficile à définir avec précision. Elle accompagne Trump sur les terrains de golf et dans ses nombreux déplacements, et se trouve à ses côtés aussi bien à la Maison-Blanche que durant le sommet de l’Otan, le 8 juillet dernier à Ankara.

Elle acquiert une fonction singulière : celle d’Executive Assistant. Son rôle consiste à filtrer, à sélectionner et surtout à imprimer les informations destinées au président, qui n’aime pas lire sur écran. Un surnom lui est alors accolé : « the Human Printer », l’imprimante humaine.

L’expression résume un mode de fonctionnement très particulier. Harp transporterait une imprimante portable et imprimerait des articles, des publications sur les réseaux sociaux, des messages et des informations favorables à Trump, afin qu’il puisse les consulter immédiatement. Elle est ainsi devenue une sorte de filtre humain entre le président et le flot numérique qui l’entoure.

Ce détail peut sembler anecdotique. Il ne l’est pas.

Dans la présidence Trump, les réseaux sociaux ne constituent pas une simple annexe de la communication officielle. Ils sont au cœur de l’exercice du pouvoir. Donald Trump utilise Truth Social pour annoncer des décisions, attaquer ses adversaires, commenter les crises internationales et imposer son agenda médiatique. Celui – ou celle – qui contrôle une partie de l’information qui lui est présentée peut donc potentiellement exercer une influence politique considérable.

La question n’est donc plus seulement de savoir qui écrit les messages de Donald Trump. Elle est de savoir qui contribue à déterminer ce que le président voit, lit et considère comme digne de son attention.

C’est à ce niveau que le rôle de Natalie Harp devient politiquement intéressant.

Vers un nouveau scandale politique ?

Dans leur récent livre Regime Change, deux journalistes du New York Times, Maggie Haberman et Jonathan Swan, décrivent une proximité inhabituelle entre Trump et sa jeune collaboratrice. Harp aurait notamment laissé au président des notes personnelles très admiratives. L’une d’elles aurait comporté une formule particulièrement forte : « You are all that matters to me » : « Rien d’autre que vous ne compte pour moi. » Dans d’autres messages, elle aurait présenté Trump comme son « Guardian and Protector ».

Maggie Haberman a récemment utilisé une autre métaphore que celle de l’imprimante humaine pour décrire Harp : celle d’un « binky », autrement dit un objet de réconfort auquel on reste attaché, un doudou en langage plus trivial. L’expression est volontairement provocatrice, mais elle renvoie à une idée plus sérieuse : Harp pourrait être devenue une présence rassurante et presque permanente dans l’environnement du président.

Pourquoi cette collaboratrice de 35 ans bénéficie-t-elle d’un accès aussi régulier et aussi direct à un président de 80 ans ? Pourquoi voyage-t-elle avec lui ? Quel est exactement son rôle dans la production et la diffusion des messages présidentiels ? Quelle quantité d’informations filtre-t-elle avant qu’elle ne parvienne au président ? Et, surtout, où se situe la frontière entre la confiance personnelle et l’exercice d’une fonction politique ?

Soulignons qu’aucun élément public ne permet d’affirmer que Donald Trump et Natalie Harp entretiendraient une relation amoureuse ou sexuelle. Mais Donald Trump a derrière lui une longue histoire de scandales sexuels. Cette histoire, et ses multiples déclarations vulgaires sur les femmes – déclarations que ses partisans qualifient pudiquement de « grivoises » –, ont nécessairement un impact sur la manière dont la moindre proximité avec une femme nettement plus jeune que lui est perçue par les médias et par l’opinion.

À moins de trois mois des élections de mi-mandat, le nom de Natalie Harp s’est désormais invité dans la bataille électorale américaine. Sa proximité avec Donald Trump et sa visibilité croissante au sein de son entourage en font une figure de plus en plus commentée du mouvement MAGA. Pour les démocrates, cette ascension offre surtout une nouvelle occasion de mettre en cause le fonctionnement de la présidence Trump et la place occupée par un cercle de fidèles particulièrement loyaux.

Au-delà de la personnalité de Natalie Harp, c’est donc le fonctionnement du pouvoir trumpiste qui est en jeu. Son parcours illustre une évolution de la politique américaine dans laquelle la fidélité au président peut devenir un capital politique à part entière. Les démocrates pourraient exploiter cette séquence pour dénoncer une présidence qu’ils décrivent comme de plus en plus personnalisée, dans laquelle l’accès au président et l’influence politique reposeraient largement sur la proximité personnelle.

Reste toutefois à mesurer la portée électorale de cette controverse. Les élections de mi-mandat se joueront principalement sur des préoccupations beaucoup plus concrètes pour les électeurs : le coût de la vie, l’économie, l’immigration, la sécurité ou encore la politique étrangère. La question sera donc de savoir si le cas Harp peut s’inscrire dans un récit politique suffisamment large pour dépasser le simple épisode médiatique.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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