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13.07.2026 à 17:18

Bouilloires et passoires thermiques, les deux faces d’une même précarité énergétique

Dorothée Charlier, Professeur des universités en économie de l’énergie et de l’environnement, IREGE, IAE Savoie Mont Blanc

Les logements les plus exposés à la chaleur sont souvent aussi ceux qui sont le plus exposés au froid en hiver.
Texte intégral (1440 mots)

Alors que la France a déjà connu trois vagues de chaleur à la mi-juillet 2026 se pose la question du manque d’adaptation des logements aux températures extrêmes. Or, les logements les plus exposés à la chaleur sont souvent aussi ceux qui sont le plus exposés au froid en hiver. La précarité énergétique n’est plus seulement un problème hivernal, mais désormais aussi estival.


Depuis le 5 juillet 2026, la France connaît sa troisième vague de chaleur de l’année, le tout en l’espace de quelques semaines. Et pourtant, nous continuons de penser la précarité énergétique comme un problème hivernal.

Pourtant, à chaque nouvel épisode caniculaire, le même scénario se répète : records de température battus, services d’urgence sous tension, travailleurs exposés en plein air, mais également personnes vulnérables isolées dont le logement surchauffe et qui se retrouvent encore plus à risque. Par analogie avec les passoires thermiques hivernales, on parle désormais de plus en plus de bouilloires thermiques. Puis les températures redescendent, l’inquiétude s’estompe et le débat public se déplace vers d’autres urgences.

Pourtant, ces épisodes ne sont plus exceptionnels. Ils dessinent une nouvelle normalité climatique. La véritable question n’est plus de savoir si les vagues de chaleur vont se multiplier, mais si notre société est prête à protéger celles et ceux qui y sont les plus exposés. Car face à la chaleur, nous ne sommes pas tous égaux.

Une précarité énergétique devenue permanente

Pour les ménages les plus aisés, l’adaptation est souvent une possibilité. Ils peuvent rénover leur logement, installer des protections solaires, acquérir une pompe à chaleur réversible ou une climatisation performante (sous réserve d’obtenir l’accord de leur copropriété s’ils vivent en collectif), télétravailler ou simplement quitter temporairement les zones les plus exposées.

Pour les plus modestes, la chaleur s’ajoute à des difficultés déjà anciennes : logements mal isolés, faibles revenus, état de santé plus fragile, impossibilité de financer des travaux ou même d’avoir le droit d’installer une climatisation, lorsqu’il ne s’agit pas de l’absence pure et simple de certains équipements comme des volets.

Cette fracture sociale prolonge une autre inégalité, bien connue celle-là : la précarité énergétique hivernale. Depuis plus de vingt ans, les politiques publiques l’ont essentiellement abordée sous l’angle du froid. Cette approche était légitime. Mais le changement climatique nous oblige aujourd’hui à changer de regard.


À lire aussi : Vivre dans un logement trop froid : la réalité sociale de la précarité énergétique


Au-delà de la facture, l’enjeu de santé publique

Plus d’un Français sur deux déclare désormais avoir souffert de la chaleur dans son logement pendant au moins vingt-quatre heures au cours de l’été, selon les données de l’Observatoire national de la précarité énergétique.

Or, les logements les plus difficiles à chauffer sont souvent les mêmes que ceux qui deviennent inhabitables lors des canicules, même si des logements neufs dotés d’un bon DPE peuvent également être problématiques. Les « passoires thermiques » de l’hiver deviennent les « bouilloires » de l’été. La précarité énergétique n’est plus seulement saisonnière : elle est devenue permanente.


À lire aussi : Climatisation : quelles alternatives au quotidien, quelles recherches pour le futur ?


Nos recherches menées avec Anna Risch, maître de conférences en sciences économiques à l’Université Grenoble Alpes (UGA), montrent que cette accumulation de vulnérabilités dépasse largement la seule question de la facture énergétique. La rénovation énergétique améliore non seulement le confort thermique, mais aussi la santé mentale, le bien-être et le sentiment de sécurité.

Les logements rénovés restent généralement plus frais en été, avec une température ressentie inférieure d’environ 0,6 °C lors des fortes chaleurs. À mesure que les canicules se multiplient, ces bénéfices deviennent des enjeux de santé publique.

Disposer (ou non) de marges d’adaptation

Nos recherches montrent toutefois que cette vulnérabilité ne s’explique pas uniquement par la qualité du logement ou le niveau de revenu.

En effet, face aux contraintes énergétiques, tous les ménages ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre pour adapter leurs comportements. Réduire sa consommation, décaler certains usages, protéger son logement de la chaleur ou investir dans des équipements adaptés suppose des ressources matérielles, mais aussi des capacités d’action qui sont très inégalement réparties.

Cette capacité de sobriété et d’adaptation constitue aujourd’hui une dimension essentielle de la précarité énergétique. Certains ménages disposent de nombreuses possibilités pour arbitrer leurs consommations sans dégrader leur confort. D’autres, au contraire, vivent déjà dans des logements peu performants et disposent de très peu de leviers pour faire face à la hausse des prix de l’énergie et aux épisodes de chaleur.

C’est ce que confirment des travaux que nous avons menés avec Elisabeth Bourgeois de l’Université Savoie Mont Blanc et David Grover de Grenoble École de Management. Chez les personnes âgées, par exemple, les émotions, la perception du risque ou encore certaines capacités cognitives vont influencer fortement l’adoption des comportements de protection. Une personne qui sous-estime le danger modifiera moins facilement ses habitudes, même lorsqu’elle est objectivement exposée.

La nouvelle fracture climatique n’oppose donc plus seulement les ménages riches et pauvres. Elle oppose aussi ceux qui disposent d’un logement protecteur et/ou de marges de manœuvre pour adapter leurs comportements, à ceux qui cumulent logements peu performants, faibles ressources et faibles capacités d’adaptation.


À lire aussi : Lors des canicules, notre cerveau ne s’aligne pas toujours avec le thermomètre et peut nous mettre en danger


Des vulnérabilités qui se cumulent

Ces vulnérabilités ne s’additionnent pas : elles se renforcent mutuellement. C’est cette réalité que les politiques publiques doivent désormais prendre en compte.

Rénover un logement ne consiste plus seulement à réduire les consommations d’énergie ou les émissions de gaz à effet de serre. C’est aussi protéger la santé des occupants en toute saison, renforcer la résilience face aux extrêmes climatiques et permettre aux ménages de retrouver des marges de manœuvre dans leurs usages quotidiens de l’énergie.

Pendant longtemps, la précarité énergétique désignait l’incapacité à chauffer correctement son logement. Aujourd’hui, elle doit désigner plus largement l’incapacité à vivre dans un logement protecteur et à s’adapter aux contraintes énergétiques et climatiques, qu’elles soient liées au froid, à la chaleur ou à la hausse durable des prix de l’énergie.

Le changement climatique ne crée pas les inégalités. Il révèle celles qui existaient déjà et les amplifie. À nous de décider si la transition écologique contribuera à les réduire, ou à les rendre encore plus profondes.

The Conversation

Dorothée Charlier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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13.07.2026 à 14:10

Les volcans du Cantal sont des montagnes…de verre!

Patrick De Wever, Professeur, géologie, micropaléontologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Lorsqu’on parle de verre, il faut garder en tête la polysémie du terme : il y a le verre que l’homme fabrique depuis des millénaires, mais aussi toute une série de verres naturels.
Texte intégral (1556 mots)
Le Puy Mary est un sommet des monts du Cantal, vestige du plus grand stratovolcan d'Europe. Il culmine à 1 783 mètres d'altitude. Wikimédia, CC BY

Au-delà du sport, le Tour de France donne aussi l’occasion de (re)découvrir nos paysages et parfois leurs bizarreries géologiques. Ce mardi 14 juillet, les coureurs du Tour de France vont traverser les volcans du Cantal sans craindre les crevaisons… et pourtant, ils traversent des montagnes de verre ! En effet, la plupart des laves volcaniques sont essentiellement constituées de verre.


Pour un géologue, parler de « verre en cristal » est une aberration : dans la nature, le verre est un matériau solide amorphe – c’est-à-dire désordonné à l’échelle atomique, contrairement au cristal. C’est une sorte de liquide figé.

Lorsqu’on parle de verre, il faut se méfier de la polysémie du terme : il y a le verre que l’homme fabrique depuis des millénaires pour concevoir par exemple des vitres ou des récipients, mais il existe aussi toute une série de verres naturels.


À lire aussi : Fées, lutins et extraterrestres, comment le pic de Bugarach a donné vie aux mythes les plus fous


Comme l’explique Daniel R. Neuville, chargé de recherche à l’Institut de Physique du Globe de Paris, un « verre » est un silicate fondu fabriqué par l’homme, tandis qu’une lave volcanique ou un magma est un silicate issu des profondeurs de la terre – ou d’autres planètes.

Quand une coulée de lave refroidit rapidement, sa matière ne peut cristalliser, elle se fige alors sous forme de verre. On observe une « bordure figée » autour de certaines coulées, filons, ou bombes volcaniques.

Certaines roches sont particulièrement riches en verre, tels les magmas riches en silice, comme le sont les magmas acides.


À lire aussi : Les tours Saint-Jacques, un prodige d’équilibre au cœur des Alpes


Avec une telle composition chimique, les molécules ont tendance à polymériser, ce qui explique leur forte viscosité. Cette consistance limite la diffusion des éléments, qui ne réussissent alors pas à se mettre aux endroits ad hoc pour former des cristaux. La polymérisation conduit à une roche non organisée (à l’inverse des cristaux) qui, en refroidissant donne un verre : l’obsidienne.

Il existe aussi le verre des impactites ou celui des tectites. Les impactites sont des verres naturels formés au moment de l’impact d’un astéroïde. A l’inverse des tectites, elles n’ont pas été projetées dans l’atmosphère. On retrouve dans la composition chimique des impactites des traces de la météorite incidente.

La Vallée de Pantasma, au nord du Nicaragua, aurait été formée par l’impact d’un astéroïde il y a 800 000 ans. CNRS

Le verre industriel

Le verre industriel, lui, est obtenu par fusion d’une roche siliceuse, généralement du sable. Des éléments sont souvent ajoutés pour en modifier les propriétés : le pyrex, par exemple, plus résistant aux chocs thermiques qu’un verre ordinaire, est enrichi en bore.

Les puissants de ce monde ont longtemps possédé des objets d’une grande rareté et donc précieux. Parmi ces objets, on trouvait des coupes, ou des verres, en « cristal de roche », c’est-à-dire en quartz (un oxyde de silicium cristallisé). Ces objets avaient un magnifique éclat lumineux et un son caractéristique. Pour imiter ces objets précieux et fabriquer des verres en « cristal », on a ajouté à la composition siliceuse un oxyde de plomb qui apporte l’éclat et permet d’obtenir un son caractéristique.

Deux objets en « cristal » A gauche : coupe en cristal de roche (en quartz). Trésor du MNHN DR A droite : Verre en cristal. Ce verre (objet) est un vrai verre (matière) : les faces taillées permettent de mieux jouer avec la lumière L Carpentier. Fourni par l'auteur

Plus il y a de plomb, plus le son est cristallin : la vitesse de la lumière est fonction du milieu dans lequel elle se propage. Plus le milieu est dense, plus la lumière est fortement déviée, elle peut aller jusqu’à la réflexion complète si le cristal est taillé en facettes, qui jouent alors le rôle de miroirs. Pour la même raison, le son qu’un tel verre produit lorsqu’on le fait vibrer est plus aigu, plus… cristallin.


Une version plus longue de ce texte a été publiée le 29 juin 2026 sur le site Planet Terre de l’ENS Lyon.

The Conversation

Patrick De Wever ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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11.07.2026 à 11:04

Interdiction des PFAS en France et en Europe : ce qui change en 2026

Stéphane Jomini, Chercheur et expert des évaluations REACH, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

La France a interdit, début 2026, une liste de produits contenant des PFAS, anticipant une probable évolution de la réglementation européenne, qui n’est pas encore jouée.
Texte intégral (1906 mots)

Début 2026, la France a interdit certains produits à l’origine de pollution aux perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, ou PFAS. Cette évolution de la législation anticipe la réglementation européenne qui pourrait changer fin 2026, à la suite d’un projet de restriction déposé par plusieurs États européens et soutenu par la France. Deux comités consultatifs de l’Agence européenne des produits chimiques ont déjà livré des avis favorables au projet. Mais la transcription finale dans le droit européen devrait se jouer courant 2027.


Les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS) sont un groupe de plusieurs milliers de substances chimiques (polymériques ou non) et d’origine synthétique ou liée à la dégradation d’autres PFAS. On les utilise dans de nombreuses applications du quotidien. On en retrouve dans les textiles, les emballages (alimentaires), les lubrifiants, les réfrigérants, l’électronique, la construction et bien d’autres encore.

Les propriétés physico-chimiques de ces substances conduisent à leur très grande persistance dans l’environnement du fait de la stabilité de la liaison chimique carbone-fluor, qui confère aux PFAS une résistance à la dégradation thermique, chimique et biologique. Cette persistance est associée à d’autres propriétés de dangers tels qu’une grande mobilité, de la bioaccumulation, de la toxicité pour l’humain et pour l’environnement.

À la suite de la médiatisation des problématiques liées au PFAS, la France a introduit une réglementation prévoyant l’interdiction progressive de certains produits contenant des PFAS, certains étant déjà interdits depuis le 1er janvier 2026. Ces interdictions devraient ensuite être étendues en 2030. Ceci fait suite à l’anticipation de dispositions européennes qui devraient être actées dans le courant de l’année, dans le sillage d’un projet de restriction déposé par l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, la Suède et la Norvège, et soutenu par la France.


À lire aussi : Les PFAS, « polluants éternels » : quels enjeux et nécessités réglementaires ?


Le comité d’évaluation des risques (CER) et le comité d’analyse socioéconomique (CASE) de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont déjà rendu, en mars 2026, des avis favorables à la restriction.

L’opinion finale, compilation de l’opinion du CER déjà finalisée et de celle du CASE à la suite de la consultation publique sur celle-ci (obligation réglementaire dans le processus de restriction, 3 511 commentaires reçus, de 3 200 organisations et 250 individus, originaire de 44 pays), prélude à l’adoption finale du projet, devrait être déposée auprès des services de la Commission européenne en décembre 2026.

Mais la transcription de ce projet dans le droit européen n’est pas encore garantie à ce stade et tout va se jouer en 2027 au sortir des discussions qui vont avoir lieu entre les États membres et les services de la Commission européenne.

Les produits interdits, aujourd’hui   demain

La législation européenne encadre déjà certaines substances de la famille des PFAS avec le règlement REACH (enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques). Plusieurs composés sont déjà restreints ou interdits dans certains usages. C’est par exemple le cas de l’acide perfluorooctanoïque (PFOA), de l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) et de l’acide perfluorohexane sulfonique (PFHxS).

Les produits de fartage utilisés pour les skis sont sources de contaminations aux PFAS. Rammy_Rammy/Shutterstock (no reuse)

Depuis le 1er janvier 2026, la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de cosmétiques, produits de fartage (pour les skis), vêtements, chaussures et leurs imperméabilisants contenant des PFAS sont désormais interdits. Une exception est toutefois prévue pour les textiles d’habillement et chaussures de protection pour les professionnels, notamment ceux ayant des missions de défense nationale ou de sécurité civile, comme les militaires ou les pompiers, qui seront listés par décret.

Cette action s’inscrit dans le plan d’action interministériel sur les PFAS publié en avril 2024. Ce plan s’articule autour de cinq axes de travail qui impliquent différents ministères (santé, écologie, industrie, consommation, recherche, agriculture, intérieur, armées…), opérateurs de l’État (Ineris, BRGM, Ifremer…) et agences (Anses, Santé publique France, Ademe, OFB, agences de l’eau…).

Le projet de restriction en cours d’examen par l’Union européenne

Concrètement, le dossier de restriction déposé par plusieurs États européens auprès de l’ECHA présente deux scénarios de restriction, à savoir :

  • une interdiction totale des PFAS, assortie d’une période de transition de dix-huit mois ;

  • et une interdiction partielle, c’est-à-dire assortie de dérogations spécifiques (de cinq à douze ans) pour certaines utilisations, en plus d’une période de transition de dix-huit mois.

Dans son avis rendu en mars 2026, le comité d’évaluation des risques (CER) de l’ECHA estime les rejets dans l’environnement liés à l’ensemble des utilisations des PFAS à environ 70 000 tonnes par an. En fonction des secteurs d’utilisation, les émissions de PFAS peuvent survenir dans l’atmosphère, les systèmes aquatiques (eaux de surface ou souterraines, eau douce ou marine), les sols ou les sédiments. Ils surviennent lors de la fabrication de ces substances, de leur utilisation ou de leur élimination.

Les gaz fluorés constituent la principale source de ces émissions environnementales (environ 60 000 tonnes par an), suivis par l’utilisation de polymères fluorés notamment dans les textiles, les tissus d’ameublement, le cuir, les vêtements et les moquettes. Le CER a conclu que le premier scénario (l’interdiction totale des PFAS) constitue la mesure la plus efficace pour réduire au maximum ces rejets. Cela pourrait entraîner leur réduction de 96 % sur une période de trente ans (soit 3,3 millions de tonnes en moins).

Tout comme le CER, le comité d’analyse socioéconomique (CASE) de l’ECHA conclut qu’une restriction visant les PFAS constitue l’option de gestion des risques la plus appropriée. Comme dans l’avis du CER, il est préconisé une restriction de groupe (c’est-à-dire, de l’ensemble des substances couvertes par la définition des PFAS, explicitée dans le dossier) fondée sur la similitude structurelle et le danger des molécules. Ceci permettra à la fois d’éviter une substitution regrettable où des PFAS non réglementés remplaceraient ceux visés par cette restriction ou ceux déjà réglementés par ailleurs et de limiter l’exposition future à des PFAS qui ne sont pas actuellement utilisés.

Cependant, à l’inverse du CER, le CASE estime que le scénario d’un bannissement total des PFAS est disproportionné au vu de son impact sur la société, que ce soit en matière de coûts, de bénéfices et de services rendus. Le CASE préconise donc l’application du deuxième scénario, avec des dérogations ciblées et limitées dans le temps.

L’avis du CASE a été soumis à une consultation publique, qui devrait s’achever fin juin. À la suite de quoi, le CASE adoptera son avis final d’ici fin 2026, puis les avis du CER et du CASE seront officiellement transmis à la Commission européenne, qui aura un délai de trois mois pour se prononcer. La Commission européenne pourra alors proposer une restriction qui sera soumise à l’examen et au vote du comité REACH, composé des États membres de l’UE.

Réguler les usages actuels ne sera toutefois qu’une première étape : il faudra gérer ensuite les conséquences de l’utilisation qui a été faite des PFAS au cours des dernières décennies. La dépollution des stocks environnementaux, du fait de la très forte persistance de ces composés et de l’utilisation continue de ces substances, sera un réel défi pour le monde de la recherche et les autorités publiques. Ce sera pourtant nécessaire pour garantir un environnement sain pour l’ensemble des citoyens, comme acté au sein du Green Deal européen.


À lire aussi : Ces PFAS qui échappent à la surveillance environnementale


The Conversation

Stéphane Jomini a reçu des financements du Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche (Doctorat). Financement de projet Européen (Commission Européenne, projet RiskGone).

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