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Le Travailleur Alpin

Journal de la Fédération de l'Isère du Parti Communiste Français

Publié le 21.01.2026 à 18:21

Daniel Oriol

Ce mardi 20 janvier au matin, juste avant la réunion du premier conseil d’administration de l’établissement Bellefontaine – Ehpad situé à Péage-de-Roussillon –, le syndicat CGT appelait de 8 heures à 12 heures à un rassemblement pour soutenir les revendications suivantes : des recrutements massifs immédiats, le remplacement systématique des arrêts maladie, une organisation digne des services, le respect de la vie privée et du repos des agents, stop au rappel sur repos et une protection réelle de la santé et de la sécurité au travail, en respectant les effectifs minimums validé en comité technique paritaire.

Largement suivi par le personnel, accompagné par quelques militant es retraité es, certain es militant es actif ves, le mouvement est maintenu jusqu’au 31 janvier car la situation est claire : rien n’a changé depuis des années, rien ne s’améliore!

La CGT le constate : aucun renfort, aucun  recrutements massifs, aucun remplacement systématique des arrêts maladie, des fêtes de fin d’année indignes, des journées en effectifs dégradés, le recours à des vacataires via Hublo (outil de gestion de remplacement) pour faire tourner les services, des agents de nuit mobilisés dès 5h45 pour réaliser des soins, une direction qui justifie cela au nom d’une soi-disant « entraide ».
C’est de la maltraitance institutionnelle désormais assumée, estime le syndicat qui ajoute que demander aux agents de nuit de prendre en charge les résidents réveillés pour « soulager » les équipes de jour ne résout rien : cela ne fait que déplacer le problème et dégrader encore davantage les conditions de travail, aucune solution durable n’est proposée, mise à part de l’entraide entre les agents…
« Nos vies valent plus que leurs économies »,voilà ce que le personnel scandait devant les portes de l’établissement.

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Publié le 21.01.2026 à 16:52

Régine Hausermann

Elles apparaissent dans leurs robes aux motifs fleuris et somptueux — qui évoquent Frida Kahlo -, altières, se déplaçant avec lenteur dans une large pièce baignée de noir aux parois vivement éclairées par moments. Des quatre portes surgissent des airs de fête qui ne semblent pas les concerner. Elles communiquent entre elles, délicatement, tendrement, dessinant de larges mouvements, éclairées par les superbes lumières de Françoise Michel.

Les Muxes sont considérées comme un troisième genre dans la culture zapotèque. Elles sont des figures à la fois respectées et marginalisées. On leur réserve dans cette société matrilinéaire les mêmes droits et devoirs qu’aux femmes, mais elles ne sont pas autorisées à se marier. Parallèlement à la danse se fait entendre une voix en espagnol, celle de Felina Santiago Valdivieso, une des Muxes les plus engagées, exprimant ses opinions. On regrette que ces textes n’aient pas été surtitrés. Ils ont cependant été diffusés en français sur un élégant dépliant cartonné lors du spectacle.

Un exemple : « Et bien moi, je pense que chaque personne doit décider de comment vivre sa vie, de quelle façon elle va la mener, la responsabilité qu’elle a d’être heureuse, parce que dans beaucoup d’endroits du monde, les gens se cachent, ne vivent pas leur vie comme ils veulent ou comme ils le désirent et ici, même si c’est un endroit très éloigné, plein d’ignorance, on a des personnes qui prennent la décision d’être heureuses. »

Les bruits de la ville qui pénètrent par les quatre portes laissent entendre la violence extérieure et sans doute celle qui frappe leur propre famille, dans un Mexique machiste, marqué par le crime. Sous les fleurs offre une oasis de beauté et de délicatesse, un rêve de coexistence entre humains.

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Publié le 21.01.2026 à 02:21

Manuel Pavard

C’était le 19 novembre 2025. Expulsés des logements qu’ils louaient à des « marchands de sommeil », à la Villeneuve, des livreurs à vélo et leurs familles investissaient le siège de la Métropole de Grenoble, avec l’assentiment de la collectivité et le soutien de nombreuses organisations. Très vite, d’autres personnes sans toit les rejoignaient, portant le nombre d’occupants à près de 150… « Au début, on pensait qu’on ne resterait que quelques semaines », se souvient Amadou Kouyaté, porte-parole du groupe et membre du syndicat CGT des livreurs à vélo.

Après deux mois d’occupation, les familles ont exprimé leur exaspération dans les rues de Grenoble.

Pourtant, deux mois après, jour pour jour, la quasi-totalité d’entre eux dorment encore dans ces locaux. Une situation qui a poussé le DAL 38 et une vingtaine d’autres associations, syndicats, collectifs, partis de gauche, à appeler à une nouvelle manifestation, ce lundi 19 janvier, entre le siège de la Métropole et la mairie de Grenoble. Car pour les occupant-es, les conditions de vie sur place deviennent de plus en plus compliquées.

« Imaginez, nous sommes 150 personnes dans une seule salle, avec des enfants, des bébés, des femmes enceintes… On a déjà enregistré trois ou quatre naissances et il y en a d’autres qui sont en route. »

« Imaginez, nous sommes 150 personnes dans une seule salle, avec des enfants, des bébés, des femmes enceintes… On a déjà enregistré trois ou quatre naissances et il y en a d’autres qui sont en route », rapporte Sylla, elle-même enceinte de quelques mois et déjà mère d’une petite fille. À la promiscuité, s’ajoutent en outre « des conditions d’hygiène très difficiles », l’ensemble des sans-logis devant se partager les uniques toilettes disponibles.

Parmi les occupant-es, des femmes — enceintes pour certaines — et des enfants en bas âge.

Pour les occupant-es, l’objectif n’a pas varié depuis le début : « trouver des logements pour les 150 personnes », explique Amadou Kouyaté. Tous en sont en effet convaincus, « des maisons et des appartements vacants, il y en a », affirme le livreur, pour lequel « il ne manque que la volonté politique ». Les discussions engagées entre la Métropole et les différentes communes pour recenser les bâtiments municipaux vides semblaient pourtant en bonne voie, il y a quelques semaines. Toutefois, si les villes de Pont-de-Claix, Meylan et bientôt Saint-Égrève ont mis à disposition des hébergements pour une poignée de familles, cela reste globalement insuffisant.

« Des blocages administratifs et politiques »

Entre une préfecture encore aux abonnés absents et des collectivités soufflant le chaud et le froid, les négociations piétinent, déplorent associations et syndicats. Lesquels entendaient donc profiter de la manifestation pour interpeller de nouveau les municipalités. « Aujourd’hui, on a eu un engagement de la Métropole et de plusieurs communes à proposer des appartements et des lieux qui leur appartiennent via l’EPFL (Établissement public foncier local) et qui étaient vides jusqu’à présent », indique Manon (DAL 38). Ce qui prouve que « c’est possible d’utiliser l’habitat vacant pour répondre à l’urgence », souligne-t-elle.

Les occupant-es n’ont pas pu accéder au parvis de l’hôtel de ville, barré par la police municipale, mais ont investi durant quelques heures la chaussée jouxtant le bâtiment.

Malheureusement, les promesses sont seulement orales et cette procédure « prend du temps », du fait de « blocages administratifs et politiques », selon la militante. À ce jour, seules vingt-cinq personnes ont pu être relogées. Pour les autres, « on n’a pas de perspectives ni de dates », regrette-t-elle. Or, d’après le DAL, « Grenoble pourrait proposer plus » en matière de réquisition des logements vacants. « On pense notamment aux vieilles cités de l’Abbaye qui sont encore vides en attendant un hypothétique projet immobilier », confie Manon. Sans oublier « la cité universitaire du Rabot » qui pourrait accueillir tous les occupants restants, assure-t-elle.

Une « lutte collective exemplaire »

Toutes ces revendications ont été exposées par la délégation reçue à la mairie de Grenoble, ce lundi après-midi. Sans réelles avancées satisfaisantes, estime le DAL. « Les institutions se renvoient la balle sans prendre en compte l’urgence de la situation », dénonce l’association ce mardi 20 janvier. « La mairie refuse de proposer des logements supplémentaires et les dates d’entrée dans les logements restent lointaines alors même que la situation à la Métropole ne permet pas aux occupant-es de vivre dans des conditions dignes. »

Caroline Audric, secrétaire générale de l’UL CGT de Grenoble, a pris la parole pour apporter le soutien total du syndicat à l’occupation.

Heureusement, ces derniers peuvent compter sur les soutien des militants associatifs, politiques et syndicaux, venus les soutenir devant l’hôtel de ville, après l’arrivée du cortège. Illustration avec la prise de parole de Caroline Audric, secrétaire générale de l’union locale CGT Grand Grenoble, qui salue leur « lutte collective exemplaire ». Son vœu ? Ce serait, poursuit-elle, s’adressant aux occupant-es, « que vous soyez relogés et que cette occupation cesse ». De fait, conclut la syndicaliste, « des logements vides, il y en a beaucoup trop à Grenoble. Ça se compte en milliers ! »

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Publié le 19.01.2026 à 23:42

Manuel Pavard

Exilé-es iranien-nes, militants aguerris, « simples » citoyens… Ils étaient près de deux cents, rue Félix-Poulat, à avoir répondu à l’appel d’un large regroupements d’associations (LDH Iran, LDH Grenoble, Iran solidarités, Voix d’Iran, Aiak, AFPS, Amnesty International, Attac, Cisem, Mouvement de la paix, AFA…), mouvements féministes (Feminists for Jina…), syndicats (CGT, FSU, Solidaires, UEG) et partis de gauche (PCF, LFI, NPA‑A, Réseau coopératif de gauche alternative, UCL…). Des organisations qui, à Grenoble comme partout en France, se mobilisaient, samedi 17 janvier, pour soutenir le combat engagé depuis le 28 décembre dernier par le peuple iranien, réprimé dans le sang par le régime des mollahs et les Gardiens de la révolution.

La répression a fait des milliers de morts parmi les manifestants iraniens.

Ces massacres auraient fait entre 3 000 et 20 000 morts parmi les manifestants, selon les bilans très variables réalisés notamment par des ONG — le Guide suprême Ali Khamenei ayant lui-même reconnu « plusieurs milliers de morts » dans son allocution prononcée le 17 janvier. « Un carnage à huis clos car le régime a coupé Internet à la population pour la couper du reste du monde », a dénoncé Mariano Bona (Réseau coopératif de gauche alternative) lors de sa prise de parole.

Des mots et images évoquant la répression sanglante et à huis clos des manifestations. © Mariano Bona

Comme l’a souligné le militant, « c’est toute la société iranienne qui s’est levée contre le pouvoir dictatorial iranien ». Une révolte mue initialement par des facteurs économiques, « contre la mal-vie, la précarité, la misère ». Avant de tourner en une véritable contestation politique dénonçant la corruption, les intimidations, les emprisonnements, les exécutions massives. Un mouvement qui s’est également « étendu à l’ensemble des composantes de la société iranienne : femmes, hommes, jeunes, Kurdes, Baloutches, Azéris, étudiants, commerçants, salariés, artistes… », a‑t-il insisté.

« Ni Shah ni mollahs »

« C’est un soulèvement populaire massif et profondément enraciné dans la réalité du peuple iranien », a rappelé de son côté Aurélien, de l’Association iséroise des amis des Kurdes (Aiak). « Né de la misère, de l’injustice sociale, de la pauvreté galopante, de l’inflation, de l’effondrement économique », celui-ci est « surtout le résultat de décennies de répression politique, sociale et culturelle » exercée par le régime. Des mobilisations dont « les Kurdes du Rojhilat (Kurdistan d’Iran) sont pleinement partie prenante », aux côtés des autres peuples d’Iran.

Près de 200 personnes étaient présentes rue Félix-Poulat pour écouter les prises de parole successives.

Face à un pouvoir aussi tyrannique, comment réagir ? Dans sa très complète intervention, Zohreh Baharmast (LDH) a appelé au « rassemblement le plus large » possible, y compris donc en incluant les monarchistes. Sujet qui fait débat au sein des organisations représentées. Bien que peu nombreux, les partisans de Reza Pahlavi, le fils aîné du Shah — renversé par la révolution de 1979 — exilé aux États-Unis, étaient néanmoins présents, brandissant le drapeau de l’ancien régime iranien. Mais les organisateurs ont veillé à ce qu’ils n’accèdent pas au micro.

Zohreh Baharmast, exilée iranienne et présidente de la section grenobloise de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) au micro.

« Face à une campagne pernicieuse, nous affirmons que la solution n’est ni le retour au régime du Shah ni une intervention étrangère », a en effet lancé Mariano Bona. « Nous n’oublions pas ce que fut le régime du Shah d’Iran qui fut renversé à bon droit. Nous n’oublions pas la Savak [NDLR : la redoutable et redoutée police secrète iranienne à l’époque du Shah], la torture, les assassinats, les inégalités massives, la corruption », a‑t-il ajouté. En somme, résume un slogan scandé à plusieurs reprises ce samedi après-midi : « Ni Shah ni mollahs ! »

Le régime iranien n’est en rien un allié

Le militant a en outre mis en garde, à l’instar de plusieurs autres orateurs, contre les récentes menaces agitées par Donald Trump, avec le soutien de Benyamin Netanyahou. « Il n’y a rien de bon non plus à attendre d’une intervention impérialiste des USA ou d’Israël, toujours synonyme d’oppression des peuples et de malheur », a‑t-il affirmé, pointant également le rôle trouble de la Turquie.

Prenant elle aussi la parole, Anne Tuaillon, présidente de l’AFPS, a fait le lien entre les combats menés par les peuples palestinien et iranien. Elle a ainsi expliqué que le peuple palestinien n’a pas besoin de l’aide d’un régime sanguinaire comme celui qui sévit actuellement en Iran, lequel n’est en rien un allié — pour les peuples opprimés comme pour les progressistes. Une position bienvenue, qui tranche avec les discours campistes que l’on peut malheureusement entendre dans certains pans de la gauche et des milieux anti-impérialistes.

« Femme, vie, liberté », le cri de ralliement des Iraniens et Iraniennes en lutte depuis le mouvement de 2022.

« Depuis l’assassinat de Jîna Mahsa Amini, jusqu’aux grèves et aux mobilisations de ces derniers jours, un même cri traverse tout l’Iran : ‘Jin, Jiyan, Azadî’ (Femme, vie, liberté) », a salué Aurélien. Et le militant d’Aiak de conclure : « Ce slogan n’est pas qu’un mot d’ordre. C’est un projet de société, un horizon d’émancipation, un appel universel à la dignité humaine. Nous ne pouvons pas rester sourds. Nous ne pouvons pas rester silencieux. »

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Publié le 19.01.2026 à 21:49

Régine Hausermann

Nicolas Bouvier n’a que 24 ans, Thierry Vernet deux de plus. L’un écrit, prend des photos. L’autre peint, dessine. Ils ont « assez d’argent pour vivre neuf semaines. Ce n’est qu’une petite somme mais c’est beaucoup de temps. » Et surtout beaucoup de rencontres, de surprises, loin du milieu bourgeois huguenot trop corseté. « Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations. »

Cette odeur de melon !

La Yougoslavie d’abord où il y a tant à voir et à sentir. Belgrade et ses faubourgs, les journalistes communistes, les villages de tziganes, la musique et « le kolo, la danse en rond qui fait tourner » tout le pays. Les banquets, la « générosité merveilleuse des Serbes » au point qu’« une salivation émotive accompagne l’appétit ». C’est l’été, les jeunes corps ne sont pas fatigués, la Topolino est en forme. On frôle le bonheur. L’esprit est agile. « Le voyage fournit des occasions de s’ébrouer mais pas – comme on le croyait – la liberté. Il fait plutôt éprouver une sorte de réduction . Privé de son cadre habituel, dépouillé de ses habitudes comme d’un volumineux emballage, le voyageur se trouve ramené à de plus humbles proportions. Plus ouvert aussi à la curiosité, à l’intuition, au coup de foudre. » p.72

La Topolino

Traverser l’Anatolie avant la neige

Constantinople, rive asiatique, c’est déjà la fin de l’été. Les deux garçons sillonnent la ville pour essayer de gagner de l’argent. Il faut songer à repartir vite pour passer avant la neige au col du Cop. Course contre la montre sur la route d’Ankara : treize heures, vingt heures à se relayer. Arrivée à Trebizonde au bord de la mer Noire. Mais pour monter les 3000 m du col, il faut pousser ! « Une petite voiture encadrée par deux coureurs qui la manoeuvrent de l’extérieur, ça retient quand même l’attention. » Effectivement. « Les camions qui venaient d’Erzerum la connaissaient déjà par les récits de ceux qui nous avaient dépassés la veille. D’aussi loin qu’ils l’apercevaient, ils saluaient au klaxon. »

A Erzerum, les belles fortifications ottomanes sont rongées par l’érosion et l’esprit kémaliste est en déclin. Le bakchich comme le clergé sont de retour. Seuls les instituteurs pourraient enrayer le mouvement. « Mais il faudrait douze douzaines de Voltaire ! » L’intense bonheur d’une nuit à la belle étoile les ragaillardit et attire cette réflexion à Nicolas Bouvier : « Finalement, ce qui constitue l’ossature de l’existence, ce n’est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d’autres penseront ou diront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l’amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible cœur. »

Six mois dans le froid de Tabriz

Les deux garçons s’installent à Tabriz pour l’hiver. Peu d’étrangers dans cette province de l’Azerbaïdjan oriental, au nord-ouest de l’Iran. Mais un nœud de religions : shi’ites, arméniens, chrétiens monophysites, juifs venus d’Israël. Comme partout, des riches et des indigents. Novembre, procès Mossadegh : «  Pour l’homme de la rue, Mossadegh restait le Renard iranien plus que le Renard anglais, qui avait arraché le pétrole à l’Occident. » Nicolas donne des cours de français. L’hiver n’en finit plus. Thierry commence à craquer. En mars, ils font une sortie vers le sud mais une pluie incesssante les bloque à Mahadan. Plus d’argent. Le capitaine les « invite » à venir se loger à la prison ! Les voilà « hôtes-prisonniers. » Ils apprécient la gaieté des Kurdes victimes de préjugés. « Il faut dire que des influences nombreuses s’exerçaient ici en sous-main : anglaises, russes, américaines, séparatistes kurdes, sans compter la police et l’armée qui ne poursuivaient pas les mêmes objectifs. »

Nicolas Bouvier et Thierry Vernet © Editions Paulsen

Difficile de sortir trop vite d’un récit de voyage, d’un récit de vie, écrit en 1953–54 — année de nos dix ans. Trop à découvrir. Trop à admirer sous la plume d’un jeune homme de 24 ans au moment des faits, de 34 ans au moment de l’écriture. Cette alternance de récit et de descriptions, toujours courtes. Cette prédilection pour les rencontres, la vie des gens, leurs particularités et leur commune humanité. Cette variété des tons : enjoué comme la musique qui irrigue tout le récit, drôle comme tant d’anecdotes et de situations vécues, tragique dans la deuxième partie lorsque les pannes et accidents les rattrapent, poétique souvent, philosophique toujours.

Derniers jours à Tabriz. A la lecture d’Adrienne Mesurat -roman de Julien Green – l’une des élèves de Nicolas Bouvier pense retrouver sa vie. Elle ne s’arrête plus de lire ni de penser. Elle veut savoir ce qu’est l’absurde.

« Pas d’absurde ici… mais partout la vie poussant derrière les choses comme un obscur Léviathan, poussant les cris hors des poitrines, les mouches vers la plaie, poussant hors de terres les millions d’anémones et de tulipes sauvages qui, dans quelques semaines, coloreraient les collines d’une beauté éphémère. Et vous prenant constamment à partie. Impossible ici d’être étranger au monde – parfois pourtant, on aurait bien voulu. L’hiver vous rugit à la gueule, le printemps vous trempe le cœur, l’été vous bombarde d’étoiles filantes, l’automne vibre dans la harpe tendue des peupliers, et personne ici que sa musique ne touche. » p.197

Téhéran, la musique du persan et le bleu de Perse

Sur la route de Téhéran, le moral remonte. Nicolas est sensible à la musique du persan, « chaud, délié, civil, avec une pointe de lassitude ». Il est étonné que l’état lamentable des affaires publiques affecte si peu les affaires privées. A Téhéran, il leur faut trouver du travail. Un entretien rugueux avec le directeur de l’institut franco-iranien tourne au miracle grâce à un fou-rire opportun. Thierry fera une exposition et Nicolas une conférence. Les deux Suisses sont lancés. Téhéran est une ville lettrée. On est étonnée du nombre de personnes rencontrées qui s’expriment en français alors qu’à Paris, personne ne parle le persan ! Les deux garçons font des progrès en persan et communiquent aussi en anglais.

« Et surtout, il y a le bleu. Il faut venir jusqu’ici pour découvrir le bleu. Dans les Balkans déjà, l’œil s’y prépare ; en Grèce, il domine mais il fait l’important : un bleu agressif, remuant comme la mer, qui laisse encore percer l’affirmation, les projets, une sorte d’intransigeance. Tandis qu’ici […] partout cet inimitable bleu persan qui allège le cœur, qui tient l’Iran à bout de bras, qui s’est éclairé et patiné avec le temps comme s’éclaire la palette d’un grand peintre. » p.214

L’Inde, où Thierry doit retrouver son amoureuse, les appelle. La Topolino dont la petitesse étonne toujours les Iraniens est prête. Ispahan tient « exactement l’émerveillement qu’on nous en promettait ». Panne avant l’arrivée à Chiraz. Un camion les embarque avec leur voiture. « C’est dans la première rampe de la descente qu’on entendit péter les freins du camion. » Ils ont failli mourir ! « Quand je repris mes esprits, la poussière était retombée. »

Nicolas Bouvier devant sa machine à écrire

Dans la lumière de braise des tapis usés des« tchâikhanes »

Le voyageur évoque les moments de bonheur vécus dans les « tchâikhanes », ces maisons qui bordent la route, où l’on boit du thé, où l’on se restaure, l’on fait des connaissances, l’on se dit les nouvelles « dans la lumière de braise de leurs tapis usés. » Rares moments où le jeune Bouvier parle du corps des femmes, se dit « ébloui par une servante tzigane. Ce que j’ai vu de plus beau depuis longtemps. Je fais le mort, j’étanche, moi aussi, ma soif en faisant provision de grâce. C’est bien nécessaire ici où tout ce qui est jeune et désirable, se voile, se dérobe ou se tait. »

La route continue vers l’est. Persépolis, Surmak, Yezd, Bam. Le jour, la chaleur est de plus en plus atroce. On les prend pour des fous ! « J’avais souvent pensé au soleil jamais comme à un tueur. » 700 km en seconde dans le désert baloutch ! A la frontière pakistanaise, des soldats les aident à pousser. La panne n’est pas réparée, ils roulent de nuit dans le désert, « seuls sous des milliards d’étoiles ».

Quetta, Pakistan, morts de fatigue

L’arrivée à Quetta — 1800 m, 80 000 âmes, 20 000 chameaux (Pakistan) — est douloureuse : ils ne pèsent plus que cent kilos à deux, ils sont morts de fatigue, toujours en panne malgré dix heures de travail infructueux avec un garagiste. Par chance, Terence, le patron du Saki bar, les emploie pendant trois semaines. De 9 h à minuit, ils jouent javas et valses musette sur leur guitare et leur accordéon. Et la vie change ! Mais les contrariétés ne sont jamais loin. « Plus trace d’artisanat. Portée par une vague majestueuse, l’écume de la camelote occidentale avait atteint et souillé le commerce local : peignes patibulaires, Jésus en celluloïd, stylos-billes, musique à bouche, jouets de fer blanc plus légers que paille. Minables échantillons qui faisaient honte d’être Européens. » La voiture a perdu ses plaques et Nicolas ses notes de l’hiver, emportées par le camion à ordures.

La haine des mouches !

Sur la route de Kaboul, Nicolas s’entaille quatre doigts jusqu’à l’os en réparant le moteur. A Kandahar, un médecin italo-grec le soigne. Le blessé dort trente heures et s’en sort grâce au médecin qui revient chaque jour… et parle français. Fatigue, fièvre… un nouveau combat est déclaré, contre la malaria, et les mouches. « J’aurai longtemps vécu sans savoir grand-chose de la haine. Aujourd’hui j’ai la haine des mouches. Y penser seulement me met les larmes aux yeux. Une vie entièrement consacrée à leur nuire m’apparaîtrait comme un très beau destin. » A Kaboul, les deux amis sont épuisés par la fatigue et la maladie. Ils sont soignés par un médecin suisse, expert aux Nations Unies qui les loge chez lui.

Thierrry prend un avion pour New Delhi. Remis de sa jaunisse, Nicolas part en camion vers la Bactriane pour retrouver des archéologues français.

Le 3 décembre, seul, il quitte le chantier et arrive devant le Khyber Pass – « Devant cette prodigieuse enclume de terre et de roc, le monde de l’anecdote était comme aboli. » p.374

En route pour l’Inde.

The Khyber Pass with the fortress of Alimusjid. Chromolithograph by W.L. Walton after Lieutenant James Rattray, c. 1847. Image: Wikimedia Commons

L’Usage du monde, Nicolas Bouvier, dessins de Thierry Vernet, éditions la Découverte, 384 p.

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Publié le 17.01.2026 à 02:27

Manuel Pavard

« En mars, votons pour le développement et la gratuité des transports publics ». La phrase, affichée dans la salle Edmond-Vigne comme sur leurs différents supports de communication, résume parfaitement l’ambition des organisateurs du meeting fontainois. À savoir faire de cette revendication un enjeu central du scrutin à venir. Et élire dans les conseils municipaux comme au conseil métropolitain des candidats portant une telle mesure, avec toute la palette des nuances possibles.

Des slogans qui annoncent la couleur, en vue des élections municipales et métropolitaines de mars 2026.

Plusieurs collectifs — dont celui de Grenoble — militant pour la gratuité des transports en commun, aux quatre coins de la France, se sont associés en 2016 au sein d’une coordination devenue en 2024 l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics (UGDT). Laquelle regroupe des syndicats, partis politiques et associations. Si ces collectifs locaux ont connu des fortunes diverses — et pour certains de réels succès — au cours de la dernière décennie, l’UGDT aire grenobloise mise, elle, beaucoup sur les élections municipales et métropolitaines.

« La gratuité des transports publics doit devenir un droit »

« On est nous aussi en campagne », explique une organisatrice à la tribune, en référence aux nombreux militants de l’UGDT faisant par ailleurs campagne pour une liste dans leurs communes respectives. L’idée derrière ce meeting du jeudi 15 janvier, c’est que « les listes de gauche et écologistes inscrivent dans leur programme la gratuité des transports publics. Celle-ci doit devenir un droit, comme la santé ou l’éducation », affirme-t-elle.

Militants politiques, syndicaux et associatifs ont pris place sur les fauteuils de la salle Edmond-Vigne, à Fontaine, pour assister au meeting de l’UGDT.

Pour ses partisans, la gratuité est en effet une « urgence sociale et économique », mais aussi « écologique et sanitaire ». « La tarification sociale est un échec », constate Jérôme Serodio, membre de l’UGDT, rappelant qu’en moyenne, « une personne sur trois ne bénéficie pas des aides sociales auxquelles elle a droit ». Au contraire, la gratuité permet à la fois « d’éliminer le non-recours aux tarifs sociaux » et de « garantir un accès immédiat sans stigmatisation ».

Plutôt que de pointer sans cesse le coût de cette mesure, il faudrait plutôt évaluer celui du « tout-voiture, bien plus lourd pour la société », martèle le militant. Entre la pollution de l’air (100 milliards d’euros par an), les accidents de la route (50 milliards), les embouteillages (10 milliards) et le dérèglement climatique (10 à 50 milliards), « l’inaction nous coûte plus de 180 milliards d’euros chaque année », calcule-t-il. Contre environ 10 milliards pour la gratuité des transports en commun.

Deux leviers pour le financement

Appelant à repenser nos déplacements et à se tourner vers une « sobriété heureuse », l’UGDT, peu emballée par les voitures électriques, détaille les bénéfices collectifs potentiellement engendrés par cette décision : moins de maladies respiratoires, moins de stress, plus de bien-être, des économies publiques réalisées, un air plus sain, des villes apaisées…

La gratuité des transports publics, une urgence sociale et écologique.

« La gratuité, associée à une offre de qualité, est le levier le plus puissant pour changer durablement les comportements », estime Jérôme Serodio, exemples à l’appui. Parmi les villes l’ayant mise en place, Dunkerque a ainsi enregistré une fréquentation de +100 % en deux ans, la moitié des nouveaux usagers venant de la voiture. Même succès à Montpellier, avec +30 % dès la première année de gratuité.

« La gratuité oblige à investir et à développer le réseau »

Quid du financement ? C’est une question de « justice sociale », indique le militant. « Il s’agit de faire contribuer ceux qui bénéficient le plus de la mobilité : entreprises, économie locale. » Concrètement, l’UGDT a identifié deux leviers : porter le versement mobilité à 3,2 % (comme en Île-de-France) et capter les plus-values foncières liées à l’amélioration de la desserte.

Jérôme Serodio tient en outre à réfuter l’une des principales idées reçues : la gratuité dégraderait la qualité des services. En réalité, « c’est tout l’inverse, souligne-t-il. La gratuité oblige à investir et à développer le réseau », l’afflux d’usagers imposant d’augmenter les moyens. Là encore, les exemples sont éloquents. À Dunkerque, l’expérimentation est synonyme de nouveaux bus et extension du réseau tandis qu’à Montpellier, elle va de pair avec hausse des fréquences et modernisation du matériel.

Une « mesure totémique » à Montpellier

La cité héraultaise fait d’ailleurs souvent figure de référence dans le domaine, étant la plus grande collectivité française à avoir instauré la gratuité totale des transports collectifs. Et ce, en trois phases : d’abord, en 2020, la gratuité pendant le week-end ; puis, en 2021, pour les moins de 18 ans et les plus de 65 ans ; enfin, en décembre 2023, la généralisation à l’ensemble des habitants de la métropole de Montpellier.

Intervenant en visio, Julie Frêche, vice-présidente de la métropole de Montpellier, en charge du transport et des mobilités actives, vante une « mesure totémique » pour la collectivité et la population du territoire. Dès la première étape de mise en œuvre du dispositif, l’intercommunalité a eu le souci « d’emporter l’adhésion des gens », assure l’élue socialiste. « La gratuité des transports était inscrite sur les bulletins de vote aux municipales », ajoute-t-elle.

Julie Frêche, vice-présidente de la métropole de Montpellier en charge des transports et des mobilités actives, a témoigné en visio de l’expérience de Montpellier, qui a mis en place la gratuité des transports en commun.

Julie Frêche bat également en brèche les principales critiques adressées initialement par ses détracteurs. La gratuité des transports s’est ainsi accompagné d’un développement du réseau de tramway et bus : « On a augmenté l’offre de 11 % », se félicite-t-elle. Quant à l’insécurité, celle-ci a « reculé de 34 % dans les transports en commun ». Côté financement, le coût de 30 millions d’euros pour la métropole est à mettre en parallèle des « 8 à 9 millions d’euros de recettes pour les non-Montpelliérains » ou des quelque 80 millions d’euros annuels que nécessite l’entretien des routes.

Le rapport très « politique » de la Cour des comptes

La vice-présidente n’hésite pas à tacler le récent rapport très « politique » de la Cour des comptes. Comme toujours, les magistrats financiers « ne raisonnent que du point de vue des finances », sans égard pour l’intérêt général. Le tout « à un moment où les élus ne peuvent pas leur répondre, se trouvant en période électorale », déplore Julie Frêche.

D’autres élus ou représentants de collectifs ont témoigné en visio de la situation de leurs collectivités (Lyon, Aubagne, Rouen, Arras, Lille, Lens) appliquant ou ayant appliqué la gratuité totale ou partielle. Avec à chaque fois un même bilan largement positif de l’expérimentation de cette mesure. Et même quelques points inspirants. Ainsi, à Lens, la gratuité totale, effective depuis le 1er janvier 2026, sur le réseau de transports publics s’étend même au TER — dans une trentaine de gares du territoire — pour les habitants.

« Une politique de liberté »

Invitées à Fontaine par l’UGDT, Margot Belair et Jacqueline Madrennes ont quant à elles pris la parole en tant qu’initiatrices de la tribune cosignée en août dernier pour le développement et la gratuité des transports le week-end. Pour l’adjointe à l’urbanisme à la ville de Grenoble, « la gratuité totale n’est pas un interrupteur on/off qu’on allume, il peut y avoir des étapes, comme la gratuité le week-end » — à l’image de ce qu’a fait la métropole de Montpellier qui a, elle aussi, commencé par l’expérimenter le week-end, rappelle-t-elle.

Les conseillères métropolitaines Margot Belair et Jacqueline Madrennes, aux côtés de Jérôme Serodio, militant de l’UGDT.

Cette décision, poursuit Margot Belair, est liée au coût des déplacements. « Quand on hésite à se déplacer pour aller voir sa famille ou pour une sortie culturelle, quand des jeunes restent coincés dans leur quartier le week-end, ce n’est pas un choix, c’est une assignation à résidence, assène l’élue écologiste. La gratuité des transports en commun, particulièrement le week-end, c’est une politique de liberté. »

« Parler de gratuité à la Métro, c’est un gros mot »

Les deux conseillères métropolitaines ne sont pas non plus très tendres envers le Smmag et son président Sylvain Laval — dont elles n’oublient pas les propos critiques tenus l’été dernier — ni vis-à-vis de l’exécutif métropolitain. « On avait un réseau très en avance et qui se dégrade maintenant, comme les conditions de travail des agents », dénonce Margot Belair.

Jacqueline Madrennes sort également la sulfateuse : « Parler de gratuité à la Métro, c’est un gros mot », s’insurge-t-elle. L’adjointe à la maire d’Échirolles à l’éducation, à la culture, au travail de mémoire, au périscolaire et à la restauration, regrette que « la seule boussole de la métropole [soit] l’attractivité et l’innovation ». Et que cette dernière n’ait « pas de vision systémique » sur les transports et la mobilité. Sur la même longueur d’ondes que Margot Belair, Jacqueline Madrennes va même plus loin, rappelant qu’elle s’est positionnée de longue date « pour la gratuité totale ».

Les militant-es de l’UGDT aire grenobloise ont présenté les enjeux de la gratuité, avant d’échanger avec les invités et le public.

De fait, le débat entre gratuité totale et partielle est loin d’être anodin. Si certains défendent une mise en place progressive, d’autres, dans le public, relèvent les limites de cette option. C’est notamment le cas d’un participant qui s’interroge : « Les usagers continueront-ils de payer un abonnement mensuel à M’Tag ? » Car en théorie, avec la gratuité le week-end, « seuls ceux qui n’ont pas d’abonnement mensuel seraient concernés »… D’où — entre autres raisons — la préférence donnée par nombre de militants de gauche à la gratuité totale des transports publics, « sans conditions ».

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Publié le 16.01.2026 à 13:24

Didier Gosselin

Dans un communiqué du 14 janvier, la Confédération paysanne rappelle le contexte de cette répression contre ses militants : « Dans le cadre du mouvement agricole dont la colère s’exprime depuis plusieurs semaines, plus de 150 paysan·nes de la Confédération paysanne venu·es de toute la France, dont une importante délégation des DROM (départements et régions d’outre-mer), ont envahi pacifiquement le 14 janvier le ministère de l’Agriculture pour l’occuper. Cinquante-deux paysan·nes ont été interpellés et tous et toutes ont été placé·es en garde à vue, dont les trois porte-parole nationaux et le président de la chambre d’agriculture de Guyane. Quatre militants isérois en font partie. Encore une fois, les manifestant·es ont été nassé·es par les forces de l’ordre, dont la BravM. À plusieurs reprises, les journalistes ont été empêchés de filmer cette manifestation pacifique organisée par la Confédération paysanne, un syndicat agricole représentatif ! »

Un rassemblement spontané s’est donc tenu devant la sous-préfecture de La Tour-du-Pin, à 18h30, ce jeudi 15 janvier, en parallèle de celui organisé à Grenoble le même jour. Marie Allagnat, paysanne-boulangère locale, a pris la parole au nom de la Confédération paysanne pour dénoncer « la répression et le mépris du gouvernement envers le monde paysan ». Mépris qui « concerne aussi et de façon exacerbée les paysan·nes des départements, territoires et régions d’outre-mer, trop souvent mis à part, sans prise en compte des spécificités de leurs territoires ».

« Une atteinte grave à notre souveraineté alimentaire »

« La colère qui s’exprime depuis des semaines dans l’Hexagone, sur la gestion de la crise de la dermatose nodulaire et l’accord UE-Mercosur, fait écho aux difficultés que rencontrent les paysan·nes des DROM. Cette action d’occupation des locaux du ministère visait à dénoncer cette situation », a expliqué la militante.

Selon la Confédération paysanne,« les paysan·nes des DROM subissent depuis des décennies une posture condescendante et néocoloniale de la part de l’État français. En première ligne des accords de libre-échange, les territoires des DROM subissent les nombreuses importations déloyales en provenance de pays aux conditions sociales et environnementales de production largement moins-disantes. La signature de l’accord de libre-échange UE-Mercosur sera une nouvelle atteinte grave à notre souveraineté alimentaire », a ajouté le syndicat.

« Deux poids, deux mesures »

La Conf’ demande « en urgence la refonte des aides du POSEI, le Programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité. Elles doivent être rendues accessibles à toutes et tous, en particulier pour les producteur·rices de la souveraineté alimentaire locale. Ces aides POSEI doivent être plafonnées et redistribuées équitablement pour lutter contre la concentration des aides dans les mains de quelques grands groupes agroindustriels et familles. Il faut mettre fin aux rentes d’une poignée d’acteurs, notamment dans les filières banane et canne-sucre-rhum. L’augmentation significative dès 2026 des enveloppes agricoles pour la Guyane et Mayotte, à la hauteur des besoins en développement agricole de ces territoires, est au aussi urgente. »

Différentes prises de parole ont également dénoncé avec force le « deux poids, deux mesures » dans la gestion de la crise agricole actuelle. La répression vise en effet essentiellement la Confédération paysanne pour la discréditer et la marginaliser. Et ainsi permettre à la FNSEA, co-gestionnaire de la politique agricole française et dont les grandes exploitations bénéficient très largement des mannes financières de la PAC, d’apparaitre comme le fer de lance de la contestation afin de mieux masquer sa responsabilité dans la dégradation de la souveraineté alimentaire française.

Une cinquantaine de manifestants devant la préfecture, à Grenoble

Une cinquantaine de personnes se sont également réunies ce jeudi soir à Grenoble, devant la préfecture de l’Isère, en soutien aux 52 militants de la Confédération paysanne placés en garde à vue.

Des manifestants qui, à l’instar du sénateur écologiste de l’Isère Guillaume Gontard, présent au rassemblement, ont eux aussi pointé le « deux poids, deux mesures » entre la Conf’ et la FNSEA, tout en fustigeant une « criminalisation insupportable ».

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