03.07.2026 à 07:00
Olivier Petitjean
Donald Trump tente de s'approprier la célébration du 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis à travers une organisation à sa botte qui organise des journées de prières et des spectacles de combat. Des travaux d'« embellissement » ont été lancés dans la capitale Washington, comme la construction d'un arc de triomphe et d'une immense salle de bal à la Maison Blanche. Le tout financé par l'argent public mais aussi par les dons très intéressés de multinationales et de milliardaires. (…)
- Trumpisme et complicités / États-Unis, extrême droite, ArcelorMittal, JCDecaux, LVMH, CMA-CGM, TotalEnergies, Capgemini, Iliad
Donald Trump tente de s'approprier la célébration du 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis à travers une organisation à sa botte qui organise des journées de prières et des spectacles de combat. Des travaux d'« embellissement » ont été lancés dans la capitale Washington, comme la construction d'un arc de triomphe et d'une immense salle de bal à la Maison Blanche. Le tout financé par l'argent public mais aussi par les dons très intéressés de multinationales et de milliardaires. Des groupes français sont aussi de la partie.
Ce 4 juillet, les États-Unis fêtent le 250e anniversaire de leur déclaration d'indépendance. Réceptions, portes ouvertes, spectacles... De nombreuses festivités sont prévues outre-Atlantique et dans les ambassades américaines. Préparé depuis des années, l'événement a cependant pris une autre tournure avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. « America 250 », la structure transpartisane et à but non lucratif mise en place par le Congrès pour organiser l'anniversaire, a été marginalisée par une nouvelle organisation directement inspirée par le président et ses proches, Freedom 250.
Donald Trump cherche à s'approprier les célébrations du 250e anniversaire du pays pour imposer une certaine vision de son histoire, blanche, mâle et chrétienne.
Entreprise commerciale dépendant du service des Parcs nationaux, Freedom 250 a récupéré une partie des fonds publics préalablement réservés à America 250 et, selon un rapport des élus démocrates au Congrès, une partie au moins de l'argent que cette dernière a collecté auprès de mécènes privés. Parmi ses premiers faits d'armes : l'organisation une journée de prières de rue à Washington le 17 mai dernier, et celle d'un spectacle de combat UFC pour commémorer l'anniversaire du président en exercice. Sont aussi prévus, entre autres, une flotte de six camions-musées appelés « Freedom Trucks » pour sillonner le pays, ou encore une course de voitures baptisée le « Freedom 250 Grand Prix ». Apparemment impressionné par l'Arc de Triomphe lors d'un passage à Paris, Donald Trump veut également imposer la construction d'une arche similaire, mais encore plus grande, dans la capitale américaine, surmontée de statues dorées.
Pour ses opposants, Donald Trump cherche à travers Freedom 250 à s'approprier les célébrations du 250e anniversaire du pays pour imposer une certaine vision de son histoire (blanche, mâle et chrétienne, et minimisant les aspects plus sombres comme le rôle de l'esclavage dans sa fonction). C'est aussi et peut-être surtout une opportunité de faire la publicité de sa personne et de ses prétendus accomplissements.
Parmi les sponsors privés de Freedom 250, on retrouve sans surprise des géants de la tech comme Oracle et Palantir, dont les dirigeants affichent leur proximité avec le président, des poids lourds du pétrole comme Chevron ou ExxonMobil, des marchands d'armes comme RTX, Northrop Grumman, Lockheed Martin et Boeing, et d'autres grands noms du capitalisme américain. Une seule entreprise européenne apparaît : l'allemande SAP, numéro un mondial des logiciels de gestion. Elle s'était déjà distinguée par son empressement à mettre fin à ses politiques anti-discriminations (DEI) l'année dernière à la demande l'administration Trump (lire notre enquête).
Parmi les sponsors privés de Freedom 250, on retrouve sans surprise des géants de la tech comme Oracle et Palantir, dont les dirigeants affichent leur proximité avec le président américain.
La section « Partenaires » du site de Freedom 250 réserve cependant une surprise : la présence de l'entreprise française d'affichage publicitaire JC Decaux. Interrogée, la direction de la communication du groupe nous a répondu que « JCDecaux participe à l'opération Freedom250 uniquement via la mise à disposition d'espaces gracieux sur certains de ses mobiliers dans les villes et aéroports » et qu'il « ne s'agit en aucun cas d'un sponsoring financier ou d'une donation ». L'entreprise précise qu'il s'agit d'une opération « coordonnée par l'association professionnelle américaine de la communication extérieure (Outdoor Advertising Association of America – OAAA), avec la participation de plusieurs acteurs du secteur (Clear Channel, Outfront, Lamar, entre autres) ».
Pourtant, ni l'OAAA ni aucune de ces firmes ne sont citées sur le site de Freedom 250, au contraire de JCDecaux, dont le logo défile au milieu de ceux de la NASA, du think tank MAGA America First Policy Institute, de la Bourse de New York, de l'entreprise de sports de combat UFC ou du site chrétien Pray.com (entre autres), offrant un condensé de l'Amérique trumpiste.
Dans une capitale américaine où la corruption s'étale au grand jour, le financement par des grandes entreprises, des milliardaires ou des gouvernements de projets chers à Donald Trump est devenu un moyen commode – et peu onéreux, car ouvrant droit à une réduction fiscale – de s'acheter les faveurs de son administration. C'est ainsi que le Qatar lui a « offert » un nouvel avion Air Force One, dans lequel le président étasunien a fait son premier voyage cette semaine. De manière similaire, les dirigeants émiratis semblent avoir investi dans l'entreprise de cryptomonnaies de la famille Trump pour assurer leur accès à des semi-conducteurs stratégiques (lire notre enquête).
Côté entreprises, outre « Freedom 250 », c'est le financement de la nouvelle salle de bal voulue par Donald Trump dans l'aile Est de la Maison Blanche qui attire l'attention. Le président avait d'abord promis que le chantier ne coûterait rien aux contribuables grâce à de généreuses « donations » privées. Au final, le budget de l'opération, estimé désormais à 600 millions de dollars, sera finalement abondé en grande partie par des fonds publics, dont pour plus de 300 millions de fonds destinés initialement aux agences de sécurité.
ArcelorMittal, un des piliers du CAC 40, a fait une donation d'acier – d'une valeur estimée à 37 millions de dollars – pour la nouvelle salle de bal de la Maison Blanche.
De nombreuses multinationales ont également mis la main à la poche pour financer le projet, dont seules une partie sont connues. La liste rendue publique par la Maison Blanche mentionne les géants de la tech Amazon, Apple, Google, Meta, Microsoft et Palantir, ainsi que des entreprises du secteur des cryptomonnaies, de l'énergie ou du tabac. Selon un article du New York Times qui cite d'autres contributeurs comme Nvidia ou BlackRock, la Maison Blanche aurait promis l'anonymat à ceux qui le souhaitaient, en dépit de ses promesses et des innombrables situations de conflit d'intérêt qu'occasionnent ces dons.
Le quotidien américain a également révélé que le groupe sidérurgique ArcelorMittal, un des piliers du CAC 40, a fait une donation d'acier – d'une valeur estimée à 37 millions de dollars – pour la nouvelle salle de bal de la Maison Blanche. Quelques jours après ce don, Donald Trump a annoncé une série d'ajustements sur ses tarifs douaniers bénéficiant à ArcelorMittal et à d'autres entreprises du secteur.
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donÀ Paris, l'ambassade des États-Unis organise une grande réception pour célébrer l'anniversaire de l'indépendance, dont l'invité d'honneur sera le PDG de LVMH.
À Paris, l'ambassadeur des États-Unis Charles Kushner – père de Jared Kushner, gendre de Donald Trump – organise lui aussi une grande réception à l'ambassade ce 3 juillet pour célébrer l'anniversaire de l'indépendance. Selon les documents divulgués par La Lettre, l'invité d'honneur de l'événement sera le PDG de LVMH Bernard Arnault. Pas très étonnant sans doute, puisque le milliardaire est lié au président américain et à sa famille depuis son exil à New York au début des années 1980. Après avoir assisté à sa cérémonie d'investiture en janvier 2025, il a vanté le « vent de liberté » qui souffle selon lui outre-Atlantique. Quelques mois plus tard, sur fond de menace des hausses des tarifs douaniers, il a aussi joué des pieds et des mains pour convaincre les dirigeants européens de passer un « deal » avec Trump.
La Lettre révèle également la liste (provisoire) des entreprises qui ont accepté de financer l'événement parisien. On y retrouve des multinationales américaines (Amazon, Bank of America, Google, Meta, Uber, X) mais aussi des grands groupes français, dont plusieurs se sont déjà fait remarquer pour leurs relations étroites avec la nouvelle administration américaine, comme CMA-CGM ou encore TotalEnergies (lire notre article). On y trouve aussi le groupe Bolloré, via sa filiale Lagardère. Capgemini, dont nous avons révélé le contrat controversé avec la police anti-migrants ICE, est également de la partie, tout comme Thales, les banques Société Générale et BNP Paribas, les fonds d'investissement proches de la Macronie Ardian et Meridiam, ou encore le groupe Iliad de Xavier Niel. Ce dernier avait déjà été impliqué dans une autre opération chère au cœur de Donald Trump : le rachat de la branche américaine du réseau TikTok par un consortium d'investisseurs dont beaucoup d'amis du président.
À Bruxelles, l'ambassade américaine a vu encore plus grand en privatisant le week-end dernier le parc du Cinquantenaire pour un événement public avec concerts et survols d'avion. Coût total ? 5 millions d'euros, là aussi apportés par des multinationales américaines et belges. Les participants ont été accueillis par des manifestants dénonçant la politique de Trump. Rien de tel en France où l'on a fait le choix de rester entre élites.
30.06.2026 à 07:00
Cécile Marchand
Beaucoup d'entre nous passerons bientôt devant un magasin Relay avant de prendre le train ou l'avion pour nos vacances estivales. Contrôlée par Vincent Bolloré, l'enseigne détient le quasi-monopole de la vente de presse et de livres dans les gares françaises, grâce à un contrat avec la SNCF renouvelé en 2023. La forte visibilité des titres d'extrême droite et le récent refus de distribuer un livre-enquête sur Bernard Arnault nourrissent les soupçons d'instrumentalisation politique. Nous (…)
- Le système Bolloré / France, Bolloré, extrême droite, monopoles
Beaucoup d'entre nous passerons bientôt devant un magasin Relay avant de prendre le train ou l'avion pour nos vacances estivales. Contrôlée par Vincent Bolloré, l'enseigne détient le quasi-monopole de la vente de presse et de livres dans les gares françaises, grâce à un contrat avec la SNCF renouvelé en 2023. La forte visibilité des titres d'extrême droite et le récent refus de distribuer un livre-enquête sur Bernard Arnault nourrissent les soupçons d'instrumentalisation politique. Nous avons mené l'enquête dans les magasins de trente gares partout en France pour en avoir le cœur net.
« Aucun salarié n'est autorisé à s'exprimer auprès des journalistes ou de tout autre média. » Telles sont les consignes reçues par les salariés des magasins Relay en janvier 2026. La direction de la communication de cette filiale du groupe Lagardère expliquait vouloir « garantir la cohérence et la maîtrise des informations communiquées ». Depuis sa prise de contrôle par le milliardaire Vincent Bolloré, en effet, l'enseigne rouge et blanche est régulièrement accusée d'être transformée en vitrine des idées d'extrême droite. Sur les réseaux sociaux, les controverses se sont multipliées sur les choix de mise en avant de livres et titres de presse dans ces points de vente omniprésents dans les gares, les aéroports, les métros et les hôpitaux.
Suite au limogeage soudain du patron de Grasset en avril, les craintes suscitées par la concentration de pouvoir de Vincent Bolloré sur le monde de la culture, de l'édition et des médias sont revenues sur le devant de la scène. Pour Fabrice Février, codirecteur de l'Observatoire des médias auprès de la Fondation Jean Jaurès, cette crise a servi à rappeler qu'« un contenu n'arrive jamais seul jusqu'à son lecteur ». Il y a autour de la publication d'un livre une « chaîne de décisions et de légitimation », dont plusieurs maillons – dont les Relay en gares – sont aujourd'hui entre les mains d'un seul homme, « porteur d'un projet politique parfaitement identifiable ».
Avec la diminution progressive du nombre de kiosquiers, les quelque 450 Relay – dont plus de 300 dans les gares, où ils sont en situation de monopole – jouent aujourd'hui un rôle central dans la distribution de la presse et des livres en France. Pour les magazines, ils peuvent représenter jusqu'à 20% des ventes. Pour les livres, les chiffres varient en fonction des maisons d'édition. Selon Richard Gouard, responsable du pôle Enseignes chez Actes Sud diffuseur, les Relay peuvent peser 8 à 10% pour les livres de son groupe en poche, et 3 à 4 % pour les grands formats. Au-delà des parts de marché, il se joue dans ces librairies où flânent les voyageurs une véritable bataille des imaginaires, à travers les unes de journaux et les auteurs qui sont mis en valeur dans les rayons.
Le réseau des magasins Relay est-il devenu le dernier maillon de la chaîne, allant d'une idée jusqu'à ses lecteurs, progressivement façonnée par Vincent Bolloré pour mener sa croisade idéologique ? Ou est-il simplement le reflet de l'importance grandissante que prennent les idées réactionnaires dans la société ? Afin d'en avoir le cœur net, l'Observatoire des multinationales a enquêté aux quatre coins de la France, dans des gares de tailles diverses, en collectant soigneusement des données sur les livres et les titres de presse qui y étaient mis en avant (voir encadré méthodologique).
Dans son dernier essai, le cardinal Robert Sarah, prélat ultraconservateur connu pour ses propos homophobes et misogynes, s'exprime à propos de l'avortement. « C'est un massacre mondial qui fait apparaître à quelle décadence, à quelle dégradation et à quelle barbarie impitoyable conduit la culture de la mort, promue largement et financée massivement par le monde occidental. » Cet ouvrage titré 2050 et publié aux éditions Fayard (elles aussi contrôlées par le groupe Hachette et son actionnaire Vincent Bolloré), s'est retrouvé, face visible, sur les tables d'un tiers des magasins Relay que nous avons visités lors de notre enquête. Il a été coécrit avec Nicolas Diat, un proche du milliardaire conservateur et, selon Le Nouvel Obs et Libération, le responsable du litige qui a mené à l'éviction du patron de Grasset.
« Secrètement, tout le monde rigole. Le cardinal Sarah, ça n'a rien à faire dans les Relay. »
Pourquoi les équipes de Lagardère Travel Retail, qui gère les enseignes Relay, ont-elles autant mis en avant cet essai malgré son succès commercial plutôt limité (3 740 exemplaires vendus six semaines après sa sortie selon GfK) ? Nous avons posé la question à l'entreprise, qui n'a pas souhaité nous répondre. « Secrètement, tout le monde rigole. Le cardinal Sarah, ça n'a rien à faire dans les Relay », commente un fin connaisseur de la maison d'édition, qui a tenu à conserver l'anonymat.
Notre enquête confirme que dans la catégorie « essais », les titres de la maison Fayard – qui accueille depuis son rachat par Vincent Bolloré la plupart des grands noms de l'extrême droite française – sont très visibles dans les Relay. D'un point de vue commercial, il est normal que les ouvrages de Nicolas Sarkozy, Philippe de Villiers ou de son neveu Pierre de Villiers, qui se vendent très bien, se retrouvent en nombre. Mais la présence d'autres livres, comme celui du cardinal Sarah, surprend. D'autant que d'autres succès de librairies d'auteurs plus à gauche du spectre politique, sélectionnés comme points de comparaison selon le top des ventes GfK, n'étaient pas ou presque plus distribués dans les magasins que nous avons visités.
Dernièrement, les soupçons d'ingérence de Vincent Bolloré dans les Relay ont été renforcés avec le refus de diffuser un livre-enquête sur Bernard Arnault. Publié aux éditions La Tribu, l'ouvrage avait été pré-commandé en 400 exemplaires sous X, pour protéger la confidentialité des informations qu'il contenait jusqu'à sa publication. À la dernière minute, les équipes de Lagardère ont informé La Tribu que le livre leur serait retourné car il avait été commandé « malencontreusement » et qu'il « ne se vendrait pas », selon des propos rapporté par son autrice Audrey Millet. Une forme de « censure » selon elle, alors que les deux milliardaires ont multiplié ces derniers temps les signes de bonne entente.
À la dernière minute, les équipes de Lagardère ont informé La Tribu que leur livre-enquête sur Bernard Arnault leur serait retourné car il avait été commandé « malencontreusement ».
Pourtant, deux semaines après sa publication, les ventes de son ouvrage avaient déjà dépassé celles du cardinal Bustillo, paru trois mois plus tôt. Lui aussi édité par Fayard, son essai intitulé Carnets corses, Tome premier a été diffusé dans les magasins Relay sur la période de notre enquête malgré des ventes quasi confidentielles. Au vu de la sélection très resserrée des boutiques en gare, qui ont de moins en moins de place dédiée aux livres et en particulier aux essais, ce choix étonne tout autant que celui du cardinal Sarah.
Dans d'autres parties du groupe Hachette, des pressions ont déjà été exercées pour médiatiser les deux cardinaux. En 2022, avant que Paris Match ne soit revendu à LVMH, la direction du journal aurait reconnu du bout des lèvres s'être fait imposer sa une dédiée au cardinal Sarah, associée à un portrait de six pages. En octobre 2025, l'hebdomadaire Femme actuelle s'est vu de manière similaire imposer une double page d'entretien, titrée « Le Christ est le coach qui nous apprend à vivre », à l'occasion de la sortie d'un autre livre du cardinal Bustillo. « Les journalistes de “Femme Actuelle” ont halluciné. Personne n'a voulu écrire ce papier qui déviait de la ligne éditoriale habituelle, alors la direction a pris une pigiste extérieure, une journaliste de CNews », se souvient Emmanuel Vire, délégué syndical SNJ-CGT chez Prisma Media.
Certes, les mises en avant dans les Relay ne bénéficient pas qu'aux titres Fayard. C'est l'essai Les nouveaux maîtres, signé par des journalistes du Monde, qui a bénéficié de la meilleure exposition durant la période de notre enquête, devant les livres de Philippe de Villiers et Nicolas Sarkozy. Ce livre-enquête sur les milliardaires de la tech a été publié aux éditions Albin Michel, indépendantes mais diffusées par Hachette. Il est resté plusieurs semaines dans le « top 16 » des meilleures ventes affiché dans les Relay (tous genres confondus et au milieu de romans), alors que dans le classement GfK, il occupait dans le même temps la 66e place. Le classement affiché dans les Relay est établi, témoigne un diffuseur, « selon un mélange entre les ventes du réseau et le classement Gfk », ce qui laisse potentiellement une place à l'interprétation. Du côté des romans, dans cette catégorie de livres grands formats, la représentation de différentes maisons d'édition et la concordance avec le classement de référence semblait en revanche assurée.
Le classement affiché dans les Relay est établi « selon un mélange entre les ventes du réseau et le classement Gfk », ce qui laisse une place à l'interprétation.
Dans une récente enquête du journal Le Monde, les témoignages de différents éditeurs se succèdent pour infirmer les soupçons selon lesquels les Relay favoriseraient les titres publiés par des maisons appartenant elles aussi à Hachette. « En centrale, je n'observe aucune idéologie d'extrême droite, ni de partialité vis-à-vis de la ligne politique des livres que je leur propose », confirme Richard Gouard d'Actes Sud. Il se déclare par exemple content du traitement de l'essai de Salomé Saqué Résister, ou même de celui d'Olivier Legrain et Vincent Edin Sauver l'information de l'emprise des milliardaires, tous deux publiés aux éditions Payot.
Alors comment expliquer la forte présence dans les Relay d'essais publiés par Fayard, dont certains n'ont qu'un succès commercial très limité ?
Un élément de réponse se situe dans les critères de sélection des ouvrages, qui sont distribués dans tout le réseau en quantités décidées par le siège. À partir d'un premier choix fait par les maisons d'édition, les équipes de Lagardère prennent leur décision finale en fonction des objectifs de vente, de la notoriété des auteurs et du plan média qui leur est présenté.
Grâce à la chambre d'écho offerte par la galaxie Bolloré, où les différents supports du groupe participent à la promotion croisée des contenus, les auteurs de Fayard peuvent facilement bénéficier d'une couverture dans CNews, Europe 1, le Journal du Dimanche (JDD) ou JDNews. Le cardinal Sarah a ainsi pu faire la promotion de son essai 2050 à plusieurs reprises sur le plateau de CNews, ainsi que dans les colonnes et sur les réseaux sociaux du JDNews et du JDD.
« Il ne faut pas non plus négliger le rôle du centre logistique de Maurepas, appartenant à Hachette Distribution, auprès duquel les Relay s'approvisionnent directement », ajoute la salariée d'une maison d'édition, qui a souhaité garder l'anonymat. Tous les ouvrages distribués par Hachette sont déjà sur place, contrairement à ceux distribués par d'autres groupes comme Gallimard ou Interforum, ce qui réduit les coûts et facilite la diffusion de leurs livres dans les points de vente en gare et en aéroport.
Lors de leur sortie, les deux derniers livres de Jordan Bardella ont été positionnés en caisse à au moins deux reprises. C'est, dans les Relay, un espace habituellement payant, et plutôt réservé aux magazines.
« La sélection c'est une chose, mais ce qui compte pour booster les ventes d'un livre c'est également son positionnement dans le magasin », rappelle Vincent Edin, le co-auteur de Sauver l'information de l'emprise des milliardaires, critiquant la visibilité accrue des essais d'extrême droite dans les Relay depuis la prise de contrôle de Vincent Bolloré. Plusieurs vendeurs, qui ont accepté de parler malgré les consignes, nous ont affirmé décider par eux-mêmes du positionnement de la plupart des livres. Une employée d'une gare métropolitaine nous assure ainsi que même si elle ne choisit pas les quantités initiales livrées, elle reste libre de recommander les livres « qui se vendent bien ». Sauf exception pour le classement des meilleures ventes déjà mentionné – mis à jour chaque semaine par la direction – et pour les opérations commerciales, qui sont moins fréquentes que pour la presse et majoritairement réservées aux romans.
Lors de leur sortie, les deux derniers livres de Jordan Bardella ont été positionnés en caisse à au moins deux reprises. C'est, dans les Relay, un espace habituellement payant, et plutôt réservé aux magazines. Interrogée à ce sujet, la maison Fayard qui les a édités n'a pas souhaité faire de commentaire, ni confirmer s'il s'agissait d'opérations commerciales. En octobre 2024, sous la pression des syndicats, la régie publicitaire de la SNCF a refusé la campagne publicitaire du livre signé par le président du Rassemblement national. Pourquoi refuser la publicité de ce livre dans les gares, mais pas au sein des Relay, exploités par une entreprise co-détenue par la SNCF ? Ce deux poids, deux mesures interroge, d'autant plus que plusieurs témoignages de vendeurs s'accordent pour dire que l'essai a été livré en très grandes quantités par la centrale dans les points de vente.
En France, les organismes chargés d'une mission de service public – à l'image du groupe SNCF – sont tenus de veiller au respect des principes de laïcité et de neutralité du service public. C'est sur ce fondement que la régie publicitaire de la compagnie ferroviaire a refusé la campagne d'affichage pour le livre de Jordan Bardella, mais aussi pour celui de Gabriel Zucman Les milliardaires ne paient pas d'impôt sur le revenu et nous allons y mettre fin. Selon Yacine Baïta, avocat spécialisé en contrats publics, « le principe de neutralité doit être garanti sur l'ensemble du domaine public », pas seulement sur les panneaux d'affichage des gares mais aussi dans « les locaux concédés à des fins commerciales dans leur enceinte ».
Il souligne toutefois que « les choses sont quelque peu différentes » dans les Relay, dans la mesure où « les libertés d'expression, d'opinion, et la liberté de la presse doivent être prises en compte et mises en balance avec le principe de neutralité ». Il ne saurait donc y avoir par principe une interdiction de mise en vente des contenus de nature politique, idéologique et religieux. Toutefois, l'avocat considère qu'une « juste conciliation entre ces libertés et principes devrait conduire à faire obstacle à ce que des contenus d'une même ligne politique, idéologique ou religieuse soient systématiquement mis en avant au détriment des autres. Dans ce cas, le principe de neutralité pourrait effectivement s'en trouver affecté. »
En rachetant le groupe Lagardère, Vincent Bolloré n'a pas seulement pris le contrôle des enseignes Relay et d'une dizaine de maisons d'édition, dont Fayard. Il a aussi mis la main sur Europe 1 et le Journal du Dimanche, deux médias dont il a rapidement fait partir la majorité de la rédaction pour la remplacer par des journalistes plus proches de ses idées, comme il l'avait déjà fait avec iTélé, devenu CNews. Il a aussi lancé en 2024 un nouvel hebdomadaire, baptisé JDNews, qui s'est distingué dès le départ par sa ligne très droitière et qui a récemment fait polémique pour une « une » pro-russe. L'enquête que nous avons menée dans les Relay montre une nette surreprésentation du JDNews, par rapport à son audience réelle, dans les zones non-payantes consacrées à la presse magazine.
Selon le classement de l'Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM), mesurant l'audience de la presse magazine française au premier semestre 2026, le JDNews, avec 678 000 lecteurs réguliers, arrive loin derrière d'autres hebdomadaires comme Paris Match, Le Point, Le Nouvel Obs, L'Express ou encore Marianne. Sur la période étudiée, il apparaît pourtant comme le cinquième magazine le plus mis en avant dans les Relay, juste derrière le Nouvel Obs. Il est notamment le deuxième plus présent en tête de gondole, dans des zones qui ne relèvent pas d'opérations commerciales.
En 2025, le magazine s'écoulait à 148 000 exemplaires chaque semaine, en petite partie grâce à des ventes ponctuelles couplées à d'autres magazines du groupe, logés chez Prisma Media, comme Télé Loisirs, Capital ou Voici. « Les synergies sont partout au sein des différentes entités du groupe contrôlé par Bolloré. À Prisma, on nous dit de mettre du Canal + dans les programmes TV par exemple », réagit Emmanuel Vire, délégué syndical SNJ-CGT. Au moment du rachat de Prisma par le magnat d'extrême droite en 2021, il aurait été dit selon lui en comité social d'entreprise (CSE) que l'intégration dans le groupe faciliterait les placements dans les Relay pour booster les ventes. Ce qui ne s'est pas vérifié dans les faits parce que, ajoute-t-il en référence au plan social en cours, « de toute façon, Bolloré veut détruire les titres de Prisma Media ».
La distribution de la presse est davantage régulée que celle de l'édition en matière de respect du pluralisme.
En théorie, la distribution de la presse est davantage régulée que l'édition en matière de respect du pluralisme. Quand un titre de presse est reconnu d'information politique et générale (IPG), un marchand de journaux ne peut pas refuser de le diffuser. Quand ils ont l'agrément de la Commission paritaire de la presse et des agences de presse (CPPAP) hors IPG, les journaux sont assortis dans les points de vente selon leurs chiffres de vente, en application des règles de l'accord interprofessionnel. L'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) est chargée de faire respecter ces règles. Elle nous a précisé ne jamais avoir reçu de plaintes d'éditeurs de titres de presse en lien avec leur placement dans les Relay.
De fait, de la même manière que pour les maisons d'édition, aucun magazine que nous avons interrogés pour cette enquête ne se juge mal traité par Lagardère – qui est pour eux un partenaire incontournable. Romain Jubert, le fondateur du magazine de société Vieux affirme « avoir de très bonnes relations avec les équipes de Relay » et être satisfait du positionnement de sa revue trimestrielle. Il voit plutôt dans le déploiement des titres d'extrême droite « le reflet des opinions de la société française ».
Tout comme dans les grandes et moyennes surfaces ou dans les maisons de la presse, il est possible pour les médias papier de souscrire à des offres commerciales, pour qu'un titre soit mis en avant dans les points de vente Relay. La plaquette officielle de Lagardère Travel Retail indique par exemple qu'une mise en avant en caisse dans 400 points de vente « STAR » pour « déclencher des achats d'impulsion » coûte 9 900 euros pour trois à quatre jours et 12 900 euros pour sept jours.
« Depuis deux ans, la direction nous donne de plus en plus de consignes. »
Néanmoins, à en croire les témoignages des vendeurs qui ont accepté de nous parler anonymement, certains magazines sont mis en tête de gondole dans les Relay entre les rayons, sans budget publicité associé. « Depuis deux ans, la direction nous donne de plus en plus de consignes pour mettre en avant certains journaux. Depuis que Bolloré est à la tête du siège, les magazines à mettre en rayon à l'entrée du magasin, à côté des produits alimentaires sont obligatoires », rapporte un vendeur dans un Relay d'une gare métropolitaine. Les données récoltées montrent que sur ces espaces, sur les côtés des rayons, le JDNews est effectivement très présent. Il est souvent exposé aux côtés d'autres magazines comme Le Nouvel Obs, L'Express et Le Point. Quand ils sont tous les quatre positionnés sur la même étagère, le titre appartenant à Bolloré est le plus visible, à hauteur d'œil. Une autre employée qui a travaillé trois ans dans un Relay d'une grande ville indique elle aussi qu'à partir du moment où « le directeur du JDD a changé » et que le supplément JD News a été ajouté, « ils ont été plus mis en avant ».
Nos données font ressortir d'autres anomalies, comme la présence dans les Relay de la revue satirique d'extrême droite La Furia, qui a perdu son agrément en juillet 2025 suite à une saisine de SOS Racisme. Les marchands de journaux ne sont plus obligés de la diffuser, la CPPAP ayant estimé que les propos qu'elle contient étaient susceptibles de faciliter des actes xénophobes et racistes pénalement réprimés et ne relevait donc pas d'un « intérêt général quant à la diffusion de la pensée ». Sur la couverture du dernier numéro du trimestriel, ouvertement raciste et LGBTphobe, une question est posée sous la moustache d'Adolf Hitler : « Faut-il le ressusciter ? » Pour Clémentine Elfasci, membre du pôle juridique de SOS Racisme, « d'autres distributeurs ont, suite à la décision de la CPPAP, arrêté de diffuser la revue. La SNCF doit faire de même dans les Relay en gares pour ne pas se rendre complice de la banalisation de la haine dans l'espace public. »
En tête de gondole du plus grand Relay de la Gare de l'Est à Paris, autre surprise : la revue "Transitions & Energies" rachetée en 2024 par un think tank anti-éolien.
En tête de gondole du plus grand Relay de la Gare de l'Est à Paris, autre surprise : la revue trimestrielle Transitions & Energies, rachetée en 2024 par un think tank anti-éolien, le Cérémé, aux côtés de l'un des ses proches partenaires Fabien Bouglé (lire notre article). Ce magazine au tirage limité prétend apporter un contrepoint aux débats sur les politiques énergétiques en n'hésitant pas à flirter avec le climato-scepticisme. Pour preuve cet extrait de l'édito du rédacteur en chef Eric Leser dans le numéro 28 de la revue (mars à mai 2026) : « La température moyenne à la surface de la Terre, un chiffre qui ne signifie pas grand chose en soi, est généralement estimée à environ 15°C, soit 4°C en dessous du seuil minimal de confort thermique pour l'être humain. Toutes choses égales par ailleurs, un léger réchauffement climatique serait bénéfique à la vie humaine. Il s'agit certes d'une analyse simpliste, mais on ne peut pas balayer la réalité physique d'un revers de main. »
Pour la climatologue Valérie Masson-Delmotte, « ces quelques phrases sont un condensé de déni scientifique, reflétant une ligne éditoriale tournée vers la désinformation, en contradiction totale avec les valeurs de la SNCF ». Le groupe valorise régulièrement le voyage en train comme une solution au réchauffement climatique et subit de plein fouet ses impacts, à l'image des nombreux trajets annulés à cause de la canicule qui s'est abattue récemment sur le pays.
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
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Interrogée à plusieurs reprises pour cette enquête, la SNCF n'a pas souhaité faire de commentaires. En revanche, selon nos informations, un audit serait en discussion pour objectiver la logique commerciale derrière la sélection et la mise en avant des livres et magazines dans les magasins Relay. « On veut comprendre si des consignes ont été passées », nous a indiqué une source proche du dossier. SNCF Gares & Connexions n'a pas confirmé si l'audit aurait bien lieu. .
Historiquement, le fondateur du groupe Hachette, qui a ouvert sa première bibliothèque de gare en 1853 dans la Gare du Nord à Paris, s'était arrangé pour négocier des contrats d'exclusivité avec les compagnies ferroviaires. Cette exclusivité perdure aujourd'hui à travers un partenariat entre la filiale Gares & Connexions du groupe SNCF et Lagardère Travel Retail, appartenant au groupe Louis Hachette, lui-même détenu par Vincent Bolloré. C'est en novembre 2023 que ce dernier a finalisé cette acquisition, après trois ans et demi de négociations.
Gares & Connexions et Lagardère Travel Retail ont créé une société baptisée Lagardère & Connexions, dont ils sont co-actionnaires à parts égales, pour gérer les 328 boutiques réparties dans les gares. Ces boutiques comprennent dans certains cas d'autres enseignes que Relay, comme Monoprix ou la FNAC. En janvier 2023, le contrat d'occupation temporaire a été renouvelé pour dix ans, suite à la modification des statuts et du pacte d'actionnaires de leur société commune. Ces modifications étaient censées permettre à la filiale de la SNCF d'exercer un « contrôle étroit » sur la co-entreprise et de bénéficier d'un plus grand pouvoir sur la majeure partie des décisions stratégiques.
Comment la SNCF exerce-t-elle donc ce « contrôle étroit » pour s'assurer que le principe de neutralité des services publics est respecté ou qu'aucun traitement de faveur n'a lieu entre Relay, les médias, les maisons d'édition et le distributeur Hachette appartenant tous au même groupe ? « En l'état des pièces dont je dispose, aucune stipulation contractuelle portant sur l'occupation d'emplacements en gares ne porte sur les modalités de détermination des titres de presse, livres et magazines mis en avant dans les Relay », analyse Yacine Baïta, avocat spécialisé en contrats publics. La directrice de Lagardère & Connexions a fait toute sa carrière chez Lagardère, et la commercialisation des produits est gérée par des employés de Lagardère.
Cette incohérence fait réagir le délégué syndical de Sud-Rail, Julien Troccaz. « On nous parle sans cesse d'éthique et de valeurs à la SNCF. Au siège, ils aiment commémorer l'engagement des cheminots dans la Résistance contre le nazisme. On ne peut pas, à la fois, célébrer cet héritage et aider Bolloré à diffuser des propos racistes, xénophobes, climato-sceptiques, misogynes et homophobes dans les Relay. » Le syndicat s'est déjà mobilisé avec succès pour appeler la SNCF à refuser la campagne publicitaire autour du livre de Jordan Bardella, mais aussi pour que la compagnie ferroviaire cesse d'offrir aux cheminots des coffrets cadeau Smartbox, appartenant au milliardaire d'extrême droite Pierre-Édouard Stérin. Dans le cas des Relay, il appelle la SNCF à assurer un « vrai contrôle ».
Guillaume Dasquié, membre du collectif d'auteurs les États généreux formé suite à la crise chez Grasset, formule la même demande en ce qui concerne les livres, afin qu'un « respect de la pluralité des opinions soit appliqué à la vente et aux choix de mise en avant dans les gares ». Critiquant « la logique de concentration qui fait petit à petit disparaître le pluralisme dans l'édition » et la possibilité pour Vincent Bolloré de « faire monter artificiellement un bouquin qui vient de nulle part », il avertit sur les risques du partenariat entre la SNCF et Louis Hachette Group.
« La SNCF a plus de responsabilités que ce que l'on aurait pu croire. »
« Ce qui est frappant, c'est que la SNCF a plus de responsabilités que ce que l'on aurait pu croire. L'inaction jusqu'ici relève d'une forme mauvaise volonté évidente », réagit Aurélien Saintoul, député LFI. « Elle aurait dû prendre en considération le risque d'instrumentalisation des Relay à des fins idéologiques, déjà connu au moment du renouvellement du contrat, et mettre des gardes-fou pour empêcher Bolloré de vampiriser de l'espace public à bas bruit », ajoute la députée écologiste Sophie Taillé-Polian, porteuse d'une proposition de loi sur la concentration des médias.
Fabrice Février, co-directeur de l'Observatoire des médias auprès de la Fondation Jean Jaurès, plaide de son côté pour des mesures plus structurelles permettant de limiter la concentration verticale culturelle. Le gouvernement pourrait selon lui s'inspirer du concept de « gatekeeper », utilisé par la Commission européenne pour réguler les plateformes et permettant de repenser la domination d'un acteur sur un marché. À ce titre, un acteur n'est pas considéré comme dominant parce qu'il détient une certaine part de marché, « il l'est parce qu'il contrôle un point de passage dont dépendent d'autres acteurs pour atteindre leurs marchés ou leurs publics », comme des médias, des capacités logistiques de distribution ou des points de vente.
« Ce monopole n'est pas une fatalité », déclare quant à lui Rémi Donaint, porte-parole d'Alternatiba, association membre de la coalition Désarmer Bolloré, qui avec Sud-Rail a lancé une pétition aux côtés de plusieurs mouvements et associations. « La SNCF doit y mettre un terme et laisser place à des acteurs diversifiés et indépendants. »
Dans le Relay de la Gare de Lyon à Paris, le rayon livres se démarque par rapport à tous les autres points de vente visités lors de notre enquête, avec une sélection plus progressiste et pluraliste. Cette exception – un « petit village gaulois » selon les propos d'un libraire-employé cité par Le Monde – s'explique par son statut un peu particulier. Au début des années 2000, les équipes de Relay ont décidé de s'associer à la chaîne suisse de librairie Payot dans quelques gares et aéroports pour répondre à une demande plus exigeante des voyageurs en matière de sélection littéraire. Depuis, le Covid est passé par là, et seul le Relay de la Gare de Lyon a encore la possibilité de s'approvisionner directement auprès des maisons d'édition, en complément des livres envoyés par la centrale.
Au moment où une partie de la classe politique, médiatique et littéraire s'émeut de la menace d'un « groupe médiatique et éditorial », qui « mène une guerre culturelle et idéologique au grand jour » (selon les termes d'une tribune rassemblant 200 éditeurs et éditrices), cet exemple démontre qu'un autre modèle, moins dépendant des décisions du groupe Hachette et de son actionnaire majoritaire, est possible.
| Méthodologie |
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| Le travail d'analyse quantitative s'est déroulé sur une période de cinq semaines, du 9 mars au 12 avril 2026, dans trente gares de différentes tailles réparties sur tout le territoire (Grenoble, Villefranche-sur-Saône, Lyon, Chambéry, Besançon, Chalon-sur-Saône, Redon, Rennes, Vannes, Brest, Fleury-les-Aubrais, Orléans, Strasbourg, Dunkerque, Lille, Amiens, Paris Gare de l'Est, Paris Gare du Nord, Fontainebleau, Rouen, Caen, Le Havre, Bayonne, Montpellier, Brive, Toulouse, Marseille, Avignon, Nantes et Angers). La collecte de données hebdomadaire s'est portée sur : la présence d'une liste d'essais sélectionnés selon le classement des meilleures ventes GfK, les dates de sortie et une diversité d'opinions politiques exprimées ; l'analyse du classement des meilleures ventes de livres affiché dans les Relay ; la mise en avant de magazines dans les rayons des Relay. Les mises en avant comptabilisées sont celles en caisse, sur des présentoirs individuels spécifiques sous-titrés (Focus, Must-Have, Star, On aime) appelé “Présentoir Flash” (selon les termes marketing des enseignes Relay) ou en tête de gondole. Les têtes de gondole sont les magazines mis en avant sur des étagères rouges sur les côtés des rayons. Les zones Actu ou Hors-Séries comportant plusieurs titres de presse magazine n'ont pas été comptabilisées car elles ne sont présentes que dans certains points de vente. À première vue, elles semblent plutôt pluralistes. La mise en avant d'un magazine plusieurs fois dans le Relay n'est pas comptabilisée. Lorsque c'est le cas, la mise en avant est comptée en priorité comme « En caisse », puis en second rang « Présentoir Flash », et enfin en « Tête de gondole » (voir plus haut le schéma sur l'organisation d'un Relay). La presse quotidienne n'a pas été analysée. Les chiffres sur les ventes de livre sont basés sur l'outil de comptabilisation et de classement de référence GfK, utilisé par la profession. Pour collecter les données, l'Observatoire des multinationales a développé une méthode d'enquête participative, à laquelle ont pris part des membres d'Alternatiba, du syndicat Sud-Rail et des Soulèvements de la Terre. Des tableaux ont été remplis chaque semaine. Les données ont été vérifiées par l'Observatoire des multinationales grâce à des photos dans 92% des cas. Les 8% qui n'ont pas pu être vérifiés n'ont pas d'impact significatif sur l'interprétation des résultats. Tous les Relay étant organisés de manière différente, il n'est pas toujours facile de comparer les techniques de mise en avant. La méthodologie permet grâce à des catégories assez larges de classifier les types de mises en avant de la presse magazine. Néanmoins, il peut arriver que des anomalies se soient glissées dans le set de données, par exemple lorsque nous avons trouvé des présentoirs spécifiques pour un magazine comme JDNews. Ces présentoirs ne semblent pas relever d'opérations commerciales car ils sont pérennes mais sont quand même classifiés comme « Présentoir Flash ». Le travail d'analyse quantitative a été complété par une série d'entretiens et l'obtention de différents documents. SNCF Gares & Connexions, Lagardère Travel Retail et Fayard ont été contactés pour confirmer et commenter nos conclusions, mais n'ont pas répondu. |
24.06.2026 à 07:00
C'est la multinationale la plus émettrice de gaz à effet de serre au niveau mondial, selon les calculs du projet Carbon Majors. Aramco, l'entreprise pétrolière saoudienne, pesait pour 4,3 % des émissions globales en 2024.
Sur la période 1875-2024, c'est-à-dire depuis les débuts de l'ère industrielle, Aramco occupe également la première place du classement des entreprises destructrices du climat, avec 3,66% des émissions historiques, devant Chevron, ExxonMobil et Gazprom. Aujourd'hui, outre (…)
C'est la multinationale la plus émettrice de gaz à effet de serre au niveau mondial, selon les calculs du projet Carbon Majors. Aramco, l'entreprise pétrolière saoudienne, pesait pour 4,3 % des émissions globales en 2024.
Sur la période 1875-2024, c'est-à-dire depuis les débuts de l'ère industrielle, Aramco occupe également la première place du classement des entreprises destructrices du climat, avec 3,66% des émissions historiques, devant Chevron, ExxonMobil et Gazprom. Aujourd'hui, outre Aramco, ce sont plutôt des entreprises indiennes ou chinoises qui comptent parmi les plus gros émetteurs mondiaux, du fait de leurs activités dans le charbon.
Aramco est aussi l'une des seules multinationales à pouvoir rivaliser avec les entreprises du secteur de la tech en termes de capitalisation boursière. Elle pointe à la neuvième place des entreprises les plus valorisées au monde, à 1700 milliards de dollars.
Aramco est enfin l'un des principaux sponsors de la Coupe du monde de football en train de se dérouler au Canada, aux Etats-Unis et au Mexique. Des centaines de millions de téléspectateurs sont exposés à ses publicités dans les stades qui vantent son rôle de « partenaire énergétique ». Un bel exemple de « sportswashing » pour une multinationale qui est surtout la championne du monde de la destruction climatique.