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🖋 Outside Dana Hilliot

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27.09.2025 à 19:29

L’essentialisation du peuple et la montée des aspirations au fascisme

danah

S’efforcer de comprendre comment des foules entières en viennent à adhérer au fascisme, y aspirer, en désirer l’avènement, à embrasser des positions racistes et suprématistes. Retracer l’histoire de ces adhésions, identifier les causes, leur multiplicité, leur enchevêtrement, leur complexité. Montrer comment l’alliance des néolibéraux et des (néo-)conservateurs à droite, la trahison des élites à gauche,…

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Texte intégral (1020 mots)

S’efforcer de comprendre comment des foules entières en viennent à adhérer au fascisme, y aspirer, en désirer l’avènement, à embrasser des positions racistes et suprématistes. Retracer l’histoire de ces adhésions, identifier les causes, leur multiplicité, leur enchevêtrement, leur complexité. Montrer comment l’alliance des néolibéraux et des (néo-)conservateurs à droite, la trahison des élites à gauche, les tendances populistes auxquelles les partis de tout bord cèdent plus souvent qu’à leur tour, constituent autant de terreaux fertiles pour l’émergence de ce désir fasciste. Insister sur la dégradation de l’expérience sociale sous le ciel implacable du capitalisme absolu, les subjectivités qu’il fabrique, les rivalités brutales, l’individualisme radical, que radicalisent la précarité galopante, la destruction des acquis sociaux, les promesses de bonheur non tenues, et qui aboutissent à la désignation des boucs émissaires coupables de tant de malheur. Mesurer l’effet depuis des siècles des récits, impérialistes, coloniaux, scientifiques, qui ont forgé et continent d’affermir la conscience raciale. S’attarder sur les micro-récits de l’inconvenance des corps, ces signifiants qui circulent et se collent à la surface des peaux colorées, engendrant ces affects d’indisposition, de dégoût, de haine. Décrire la grammaire des relations des groupes sociaux, des affinités, des consanguinités, des appartenances, la composition, décomposition et recomposition des « nous », et, inévitablement, dans le même mouvement, des « autres » que ce « nous » exclut, sous l’égide de la nation, de la blancheur, de la culture ou de la civilisation. Rappeler que ces crispations réactionnaires répondent aux grands mouvements d’émancipation d’autrefois, aux menaces qu’elles ont fait peser sur l’éthique du travail, de la famille, la hiérarchie des races, l’ordre bourgeois du monde. Dire un mot de la crétinisation digitale, de la crétinisation médiatique, de la crétinisation en général.

Tout ce travail de compréhension, n’oblige pas pour autant à éprouver pour ces personnes de l’empathie.

En écoutant, en essayant de comprendre la logique qui sous-tend les rationalités à l’œuvre, on suspend provisoirement son jugement. Ou du moins, le temps de l’analyse, ce jugement se trouve relégué à l’arrière-plan. (c’est frappant quand je lis par exemple les livres d’Arlie Russell Hochschild sur la fierté perdue des électeurs ruraux de Trump).

La gauche de ce point de vue me paraît être dans une situation embarrassée, parce que ces foules ressemblent au peuple qu’elle est censée défendre contre le capital et la bourgeoisie – ce même peuple dont on dit à raison qu’il a tourné le dos à la gauche depuis déjà quelques décennies. Il est plus facile de pointer du doigt la responsabilité des élites ou des médias dans la montée de l’extrême droite que de reconnaître que la majorité de la population qu’elle appelle le « peuple » adhère en réalité de son plein gré et en pleine connaissance de cause aux idées d’extrême droite.

Il est encore plus difficile et embarrassant d’admettre que c’est précisément ce qu’elle représente, elle, la gauche, ses supposées valeurs, qui fait l’objet de la fureur de ces esprits vengeurs : l’attention portée aux plus vulnérables, aux opprimés, aux subalternes, aux racisés, et, d’un point de vue politique, la redistribution de la richesse (pas seulement selon le mérite), la lutte contre les inégalités, l’aspiration à la justice sociale que ces personnes détestent quand elle ne les concerne pas directement. Ce ressentiment envers les supposées élites de la gauche (urbaine, écologistes, post-raciales, etc.) vient alimenter une part de la haine qui meut ces foules en colère.

Oui, ce qu’affirment ces gens qui s’apprêtent à suivre le leader qui saura leur rendre justice, c’est le droit de ne pas prendre soin. De ne pas être de gauche. Ne pas prendre soin de ce qui n’est pas eux, de ce qui ne leur ressemble pas. Ces autres qui, parmi tous les autres, ne sauraient faire partie de leur « nous », aussi fantasmé soit-il. Les racisés qui les menacent, les gauchistes qui les snobent, les écologistes qui leur font la leçon, les non-humains qui leur font obsctacle, les sexualités qui les indisposent, les intellectuels qui les méprisent, la liste est longue. Tout ce qui en somme vient faire obstacle à la domination de leur « communauté », qui vient questionner et critiquer la cohésion et le sens de cette prétendue communauté.

Oui, la gauche est gravement coupable d’avoir essentialisé le peuple, et de persister, encore aujourd’hui, non seulement à croire en cette fiction mais à s’imaginer qu’elle en serait le (seul) porte-parole autorisé. Mais les populations qui adhèrent de plus en plus clairement aux promesses fascisantes s’auto-essentialisent tout autant pour ainsi dire. Et c’est ce qui rend dangereux tous les populismes, qu’ils soient de droite ou de gauche, et plus largement l’invocation de la nation, de sa fierté, de ce qui la menace – et ces invocations ne sont certainement pas l’apanage des populistes.

Comprendre oui. Mais sans empathie. Ils peuvent être nos proches, nos voisins, partager avec nous des objets de passion, les mêmes loisirs, et peut-être, défendre certaines causes avec nous. Mais il se pourrait que demain, ils soient aussi ceux qui iront vous dénoncer, vous battre, vous lyncher.

(et là, il faudrait que j’écrive un autre chapitre pour élucider quel est ce « nous » que ces fascistes menacent)

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27.09.2025 à 19:21

Comment meurent les morts.

danah

Matinée bruineuse, ciel gris. Je pars explorer la ville, comme chaque matin. Une rue, puis une autre, que je ne connaissais pas. J’arrive au cimetière. Il faut bien qu’il y ait quelque part un cimetière. Celui-là est vaste, divisé en carrés séparés par des allées avec des noms de fleurs et d’oiseaux, comme tous les…

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Texte intégral (975 mots)

Matinée bruineuse, ciel gris.

Je pars explorer la ville, comme chaque matin. Une rue, puis une autre, que je ne connaissais pas. J’arrive au cimetière. Il faut bien qu’il y ait quelque part un cimetière. Celui-là est vaste, divisé en carrés séparés par des allées avec des noms de fleurs et d’oiseaux, comme tous les cimetières. Surpeuplé. Surpeuplé du peuple des morts. Dont les tombes s’accumulent, serrées les unes contre les autres. On lutte ici contre l’oubli avec des promesses de mémoire éternelle. Optimisme cruel : ici, l’inscription « Nous n’oublierons jamais » est dévorée par le lichen et la végétation. Les noms des morts désormais effacés. Les morts bel et bien oubliés. La mairie a posé un panneau : concession abandonnée. Et donc disponible. Le cimetière est un parc immobilier saturé. On a ouvert en contrebas un nouveau carré où s’alignent les pierres tombales passablement laides, qui obéissent aux canons de l’esthétique contemporaine du mobilier funéraire : on dirait un lotissement de banlieue. Dans la mort comme dans la vie : ces maisons toujours pareilles et le petit jardinet attenant – manque juste le garage pour l’automobile.

Les parties plus anciennes, qui m’affectent d’un je ne sais quoi de mélancolique, n’en sont pas moins normées sur l’esthétique de leur époque. Pierre granitique et caveau funéraire, minuscule chapelle, verrières. Leur charme vient avant tout de leur ancienneté.

Les vivants s’efforcent de distinguer leur mort, malgré leur irrésistible tendance à l’alignement. Cette contradiction inhérente aux sociétés modernes : le sujet revendique ce petit rien censé faire une différence, « Gibert faisait de la moto », « Anne-Marie était une sacrée cuisinière », tout en ayant consacré sa vie à s’aligner sur celles des autres. Les cimetières sont rarement queer. Celui-là, en tous cas. La distinction sociale saute aux yeux : la famille à particule possède un caveau, une concession perpétuelle, pour l’éternité, comme un défi au passage du temps, et, toujours, à l’oubli. Mais nous sommes tous égaux dans la mort, ce qui console peut-être un peu : il ne reste ici, dans ce caveau autrefois somptueux qui semble recouvrir une crypte, que ce panneau : « concession perpétuelle », bien que les noms de celles et ceux qui ont lancé ce défi à l’oubli soient effacés depuis longtemps.

Je découvre au hasard des allées un carré militaire. Des hommes exclusivement, fauchés par la grande guerre. Un rectangle herbeux vaguement délimité, sans fioriture. Certains dont les ossements reposent ici n’ont pas été identifiés. Il existe un nombre considérable de soldats inconnus, mais aussi de civils, partout sur cette planète. Si la question vous intéresse, je vous conseille la lecture du livre extraordinaire d’Heonik Kwon (lui même un auteur d’une finesse et d’une sensibilité peu commune), Ghosts of War in Vietnam. Cambridge University Press : Cambridge, 2008.

Il existe des sociétés où l’on préfère oublier les morts. Oublier ici, est à prendre au sens actif. Comme : s’en débarrasser. Les mettre à l’écart. Dans de nombreuses populations animistes, en Amazonie comme en Sibérie, le décès doit être promptement suivi de rituels conjurant la menace que représente le mort. Il ne faudrait pas qu’il revienne hanter les vivants. Parfois, le meilleur moyen d’empêcher le défunt de revenir, c’est de manger son corps. Si vous vous intéressez à l’endo-canibalisme, je vous conseille ce livre de Beth Conklin, Consuming grief : compassionate cannibalism in an Amazonian society, Austin : University of Texas Press. 2001, dont j’ai parlé ici :

outsiderland.com/danahilliot/b

En Sibérie comme en Amazonie, chez certains de ces petits groupes, on évite soigneusement les lieux autrefois fréquentés par les défunts : on n’établit pas son campement dans la taïga à l’endroit où l’ancêtre avait l’habitude de faire paître ses rennes, on évite de chasser ou de cultiver du manioc là où le grand-père a été dévoré par un jaguar. C’est un cliché répandu selon lequel les sociétés animistes voueraient un culte aux ancêtres. Les ethnologues qui cherchent à établir des généalogies en sont pour leur frais. Il est rare que la mémoire des disparus s’étende au-delà de deux générations.

Un couple de septuagénaires s’attarde devant la boutique funéraire à l’entrée du cimetière. Un cercueil en bois d’acajou, 2999 euros, est en promotion. « ça fait une somme, quand même », dit la dame.

Quand j’aurais crevé, brûlez-moi, laissez mon corps en pâture aux bêtes sauvages, ou mangez-moi. Merci.

Au retour, histoire de rester dans l’ambiance, j’écoute les quatuors à corde de Pavel Haas. (Pavel Haas est un compositeur tchèque, juif, un élève de Janacek, qui fut déporté au camp/ghetto de Theresienstadt en 1941, où il composa de la musique (qu’un réalisateur nazi utilisa pour son film de propagande pour Theresienstadt). Il fut gazé en octobre 1944, peu après sa déportation à Auschiwtz.)

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27.09.2025 à 18:34

Unite the kingdom : le désir néofasciste d’ordre et de purification

danah

Cette manif aux allures de coup d’état populiste fasciste, Unite the Kingdom, me plonge dans une terreur absolue. Toutes ces images de foules vociférantes qui reviennent, en noir et blanc (et parfois en couleur) à lire ici par exemple dans The Guardian. (et : avez-vous vu ces yellow jackets en tête de cortège ? Un…

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Texte intégral (1332 mots)

Cette manif aux allures de coup d’état populiste fasciste, Unite the Kingdom, me plonge dans une terreur absolue.
Toutes ces images de foules vociférantes qui reviennent, en noir et blanc (et parfois en couleur)

à lire ici par exemple dans The Guardian.

(et : avez-vous vu ces yellow jackets en tête de cortège ? Un hommage peut-être ?)
(et, cette femme qui brandit la photo du martyr Charly Kirk)
(et, tiens, y’avait Zemmour à la manif)

C’est une manifestation raciste pure et dure. De suprématistes nationalistes blancs. (et internationalistes d’une certaine manière)

ah, le peuple ! Vive le peuple ! Ce fantasme pourri décrépi qu’on brandit à droite comme à gauche. Vous verrez quand ledit peuple, sympathique par définition, viendra vous lyncher pour une raison ou pour une autre.

On est en Grande-Bretagne, un pays qui pratique, à l’instar de ses voisins européens une politique migratoire complètement raciste – qui date d’au moins deux décennies. Où la plupart des racisés sont des descendants des populations colonisées à l’époque où la Grande Bretagne avait établi un empire d’une extension jamais vue dans l’histoire du monde, asservissant et exploitant des centaines de millions d’êtres humains, et pillant leur environnement. Un empire dont l’héritage est révoltant : la partition de l’Inde, le bourbier Israelo-Palestinien, et bien d’autres catastrophes géopolitiques dont les effets s’étalent encore, interminables, voilà leur œuvre à ces génies, Churchill et ses amis, viscéralement racistes.

Un empire dont on ne sait plus rien outre Manche, sinon qu’on en regrette la fierté qu’il inspirait quand le royaume dominait la terre. Dont on a effacé soigneusement les horreurs : les génocides notamment, commis bien après la fin de la seconde guerre mondiale, comme celui des Mau Mau au Kenya.

Lisez sur cet Empire le livre implacable que Caroline Elkins lui a consacré, Legacy of violence : a history of the British empire, New York : Alfred A. Knopf, 2022.
Ou bien celui de Priya Satia, Times Monster. History, Conscience and Britains Empire (Havard University Press 2020)

Qu’on soit clair. Ces manifestants qui s’en prennent aux politiques migratoires se foutent de nous : la forteresse européenne est déjà raciste, de bout en bout. Non, leur plainte, c’est : « ON N’EST PLUS CHEZ NOUS » – et s’ils ne se sentent plus chez eux, c’est à cause de la présence des racisés, des gens d’une autre couleur de peau que la leur. Des gens qui ne sont pas « nous ». Qui les embarrassent, les indisposent, les révulsent, leur donnent envie de vomir. Ils voudraient rester entre blancs. Voilà tout. Sans eux, ça irait mieux.

Ils ont perdu leur fierté d’être blancs, d’être des sujets de sa Majesté. La menace, c’est la couleur. Ces other others, ces autres qui, parmi tous les autres, ne seront jamais « nous ». Leur nationalisme dégouline de haine et sert de prétexte à la fabrication d’un « nous » délirant. D’une foule unie dans la même scansion haineuse.

Ah, la fierté perdue ! Assommés, humiliés, crétinisés, après des décennies de néolibéralisme, les voilà qui, n’ont d’autre priorité que s’en prendre aux racisés. Et qui veulent un leader, un qui parle fort, un bien viril, qui hurle tout haut ce qu’on les contraignait soit-disant à taire (alors que le racisme est devenu complètement mainstream en quelques années, mais peu importe).

Voilà en tous cas une vraie manifestation fasciste (et dieu sait que j’emploie le terme avec prudence, une prudence que j’assume), qui remplit toutes les cases, y compris l’appel au guide et au sauveur. (L’extrême droite américaine ne s’y est pas trompé qui en fait des tonnes pour encourager le pays cousin sur cette voie).

Ah, encore un mot : que cette manif ait lieu alors que gouverne l’aile droite du labour, c’est-à-dire une soit-disant gauche qui ressemble comme deux gouttes d’eau à n’importe quel gouvernement néolibéral en Europe, cela n’est pas anodin. Car on soupçonne Starmer, à tort, de favoriser les racisés et l’immigration, alors que dans ce domaine et bien d’autres, il ne diffère en rien de ses prédécesseurs. Mais voilà, c’est le labour. C’est une menace, comme le Parti Démocrate aux États-Unis (qu’ils soit néolibéral jusqu’à l’os n’y change rien).

Bref, tout cela est horrible.

Parce qu’évidemment, l’exemple britannique n’en est qu’un parmi d’autre, impressionnant, mais qui ne fait que confirmer le poids désormais majoritaire de l’extrême droite dans les population‧ Ajouté aux votes conservateurs, que reste-t-il aux gauches européennes ? Que reste-t-il, quand, à gauche, les partis populistes « de gauche » sont les seuls à surnager un peu ?

Rien.
Le néant.
On a ou bien des partis nationalistes populistes à droite, des partis populistes à gauche, une alliance néolibérale et néoconservatrice au centre, et quelques partis plus ou moins de gauche ou écologistes qui rêvent d’un capitalisme vert à visage humain.
Tous nationalistes en diable d’ailleurs, le patriotisme chevillé au programme.

(PS : et n’allez pas me parler du 10 septembre ce soir, j’ai pas l’humeur à la plaisanterie, et je bloque à tour de bras en ce moment
Ou de l’influence irrésistible des médias de masse.
Sans déconner : je connais des tas de gens qui regardent la télévision et que ça n’a jamais conduit à devenir raciste.

Et la fierté perdue. Moi, qui suis un vrai précaire, un vrai déclassé, je ne me suis jamais senti fier d’être banc, d’être un mâle, d’être français, bien au contraire. J’ai toujours détesté ce pays, son arrogance. J’ai toujours haï toute forme de patriotisme.

Il faut arrêter avec cette histoire d’influence comme si les gens n’étaient pas assez cons pour être racistes et décréter qu’ils ne prendront soin de personne, excepté leurs proches et ceux qui leur ressemblent, et surtout pas des autres, des racisés, des plus pauvres qu’eux, de la planète, etc..
J’en ai ma claque de ces explications par l’influence. Internet n’existait pas dans l’Italie pré-mussolinienne, ou l’Allemagne pré-nazie. Il n’y avait pas besoin de médias de masse pour entraîner des populations entières derrière un leader fasciste nationaliste.
La gauche se fourre le doigt dans le nez jusque dans l’omoplate en restant bloquée sur des explications aussi minables. Elle ferait mieux de contempler sa propre stupidité et mesurer l’étendue de son impuissance.
Bref sortez de vos obsessions nationales et locales, dépassez les frontières de vos esprits sclérosés et constatez l’extension du désastre.
Il est trop tard. Et ça fait longtemps qu’il est trop tard. Comme pour la catastrophe climatique.

 

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27.09.2025 à 18:31

Quand le néolibéralisme « touche le sol »

danah

Dans la liseuse, le passionnant essai de l’historien marxiste Harry Harootunian, Marx after Marx, History and Time in the Expansion of Capitalism (2015), dans lequel il tire les enseignements d’une vie consacrée à l’étude de la vie sociale et intellectuelle japonaise au XXème siècle pour « déprovincialiser » Marx, en se dégageant d’une explication purement européano-centrée du…

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Texte intégral (1472 mots)

Dans la liseuse, le passionnant essai de l’historien marxiste Harry Harootunian, Marx after Marx, History and Time in the Expansion of Capitalism (2015), dans lequel il tire les enseignements d’une vie consacrée à l’étude de la vie sociale et intellectuelle japonaise au XXème siècle pour « déprovincialiser » Marx, en se dégageant d’une explication purement européano-centrée du capitalisme, au profit d’un ancrage en Asie, Afrique et Amérique Latine.

cup‧columbia‧edu/book/marx-aft

 

 

 

 

 

Cet ouvrage rejoint nombre d’études qui se sont engagées dans cette voie ces dernières années : je songe par exemple au livre de Sandro Mezzadra et Brett Neilson, The Politics of operation, Excavating Contemporary Capitalism, qui m’a bien occupé cet été (et tant d’autres ces dernières années qui m’ont permis de comprendre le caractère polymorphe et hybride du capitalisme, ses capacités à absorber les différentes manières d’habiter le monde, les formes multiples de la violence par laquelle il assujettit environnement et populations pour en extraire la valeur, et les formes tout aussi multiples de résistance qu’il rencontre et engendre.

dukeupress‧edu/the-politics-of

 

 

 

 

EDIT : si vous vous intéressez à la question des théories néolibérales qui ont émergé dans les pays du Global South au XXè siècle, notamment dans la période décolonial, je vous conseille le recueil d’études Market Civilizations: Neoliberals East and South, qui fournit des points de départ pour s’orienter dans ce domaine embarrassant (pour les tenants d’une théorie purement top-down – du genre, les néolibéraux occidentaux qui imposent leurs thèses sur des « dehors » vierges de toute théorie politiques et économiques antérieures. Beaucoup d’intellectuels des colonies ont fait leurs études en Europe notamment, et les versions du capitalisme néolibéral post-colonial émergent la plupart du temps de ces interactions. D’où les variations observables quand le capitalisme ou le néolibéralisme « touchent le sol » en Asie, en Afrique, en Amérique Latine etc.. Le capitalisme japonais n’est pas le capitalisme chinois qui n’est pas le capitalisme à l’indonésienne ou le capitalisme au Chili etc… Ces différences se fabriquent dans le croisement de l’histoire et de la géographie locales, mais relèvent aussi des productions intellectuelles locales.

press‧princeton‧edu/books/hard

 

Toujours aussi fasciné par la richesse de l’œuvre de Marx, qui se déploie au fur et à mesure de la publication de ses textes, et les fruits qu’on peut tirer de ses observations notées sur un carnet, des intuitions qui émerge de son inlassable curiosité.

 

Un extrait (traduit vite fait) de l’introduction :

« La théorie sociale moderne n’a pas seulement cherché à protéger le présent des contaminations du passé historique en les dissociant définitivement, dans la pure tradition moderniste, dans la mesure où le présent capitaliste était reconnu comme ayant déjà absorbé ses antécédents. En faisant appel à une logique binaire d’oppositions telles que moderne et prémoderne, avancé et arriéré, rationnel et irrationnel, voire à des différenciations géographiques entre l’Occident et l’Orient, la contrainte de cette organisation dyadique a rendu obligatoire de considérer le passé comme un continent historique dont le présent moderne devait désormais se séparer et qu’il devait éliminer, car il ne pouvait y avoir de mélange adultéré ou de signes persistants d’un passé survivant. Le souvenir de ces vestiges serait immédiatement considéré comme une interférence (ou une contradiction rétrograde) avec la modernité ou le capitalisme. Une façon d’empêcher la « contagion » de l’histoire de s’insinuer dans le présent moderne était de considérer celui-ci, ainsi que son autre non-moderne, le passé, comme appartenant à des registres temporels différents, même s’ils pouvaient paradoxalement être immanents l’un à l’autre ou simplement coexister chronologiquement. À cet égard, la théorie sociale moderne et sa traduction en sciences sociales opérationnelles semblaient excessivement désireuses de maintenir le présent à distance et à l’abri de la contamination historique que représentait le passé.

(…)

Ce que propose l’appel à la conceptualisation marxiste de la subsomption formelle, c’est une issue à la fois à la vulgate marxiste et aux récits historiques bourgeois modernisateurs contraints de remplir les agendas téléologiques du capitalisme qui ont prétendu à une trajectoire unique partout dans le monde. Une telle perspective nous oblige à prendre en compte la nécessité concomitante de voir l’« efficacité » des pratiques et des institutions, ainsi que le rôle joué par les temporalités inégales produites par l’incorporation et la métabolisation des passés dans le présent. À cet égard, les multiples exemples de la manière dont la logique du développement a été pensée et médiatisée par une réflexion approfondie sur les circonstances historiques héritées et les conditions locales contemporaines ont révélé la forme possible d’une histoire mondiale que Marx avait annoncée plus tôt et qui restait à écrire. La très grande inégalité partagée par différents présents remet en question l’affirmation illusoire de l’inévitable accomplissement du capitalisme partout dans le monde et ses prétentions à l’uniformité, et incite à considérer les exemples attestant de résistances réussies aux formes dominantes du capitalisme au-delà de l’Euro-Amérique. L’attention portée aux différentes façons dont le capitalisme s’est développé dans des lieux et à des moments singuliers et spécifiques confirme la décision de Marx de privilégier la scène mondiale reflétée dans la formation du marché mondial comme principe organisateur principal dans la conception de toute histoire mondiale possible. L’examen des différences indiquées par les différentes histoires, comme l’ont proposé les philosophes de Kyoto avant la Seconde Guerre mondiale, et les combinaisons inégales de vestiges capitalistes et précapitalistes exigeaient de prendre en compte leurs histoires singulières et spécifiques, dont les significations échappaient aux contaminations de la « raison de l’histoire » afin de restaurer la contingence dans le texte historique. Si le capitalisme n’a pas réussi à contrôler complètement le mélange inégal, les pratiques et les institutions incarnant les différentes temporalités historiques qu’il a conservées du passé pour servir la poursuite de la valeur, c’est parce qu’il avait besoin de produire de l’inégalité comme condition de sa propre pérennité. »

(Harry Harootunian, Marx after Marx, History and Time in the Expansion of Capitalism (2015)

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