Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Bruxelles adopte une résolution sur la Sécurité sociale de l’alimentation Le Parlement bruxellois a adopté à 60 % une résolution, non contraignante, en faveur d’une Sécurité sociale de l’alimentation, demandant une étude nationale […]
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.
1. Bruxelles adopte une résolution sur la Sécurité sociale de l’alimentation
Le Parlement bruxellois a adopté à 60 % une résolution, non contraignante, en faveur d’une Sécurité sociale de l’alimentation, demandant une étude nationale et un soutien public aux projets existants. (La Relève et la Peste)
2. Climat : des communes misent sur l’adaptation locale
Un rapport d’Oxfam recense 24 mesures déjà mises en œuvre par des villes françaises pour faire face au dérèglement climatique (végétalisation, rénovation thermique, désimperméabilisation, ORE). Malgré ces initiatives, les communes manquent de financements face à des besoins estimés à 1,5 milliard d’euros par an. (La Relève et la Peste)
3. Agriculture : le collectif Nourrir propose sa contre-loi
Au Salon de l’agriculture, le collectif Nourrir a présenté une proposition de loi pour protéger les revenus paysans (interdiction des ventes à perte), développer le bio en grande distribution, renforcer la protection de l’eau et interdire certains additifs nocifs. (Vert)
4. Parlement européen : une résolution reconnaît les femmes trans
Le Parlement européen a adopté une résolution non contraignante reconnaissant les femmes trans comme des femmes et affirmant leur inclusion dans les politiques d’égalité de genre. Les conservateurs et l’extrême droite ont voté contre. (Politis)
5. Yangtsé : la biodiversité repart après l’interdiction de pêche
Depuis l’interdiction totale de pêche en 2021, la biodiversité du fleuve Yangtsé se rétablit : la biomasse de poissons a plus que doublé en trois ans et des espèces rares, comme le marsouin aptère, réapparaissent, selon une étude publiée dans Science.(CNRS)
6. États-Unis : des ONG attaquent l’abrogation d’un texte climatique
Une coalition d’associations environnementales poursuit l’administration Trump après l’abrogation du « constat de mise en danger » de 2009, fondement juridique des régulations fédérales sur les gaz à effet de serre. Elles jugent la décision illégale et annoncent une bataille judiciaire pouvant aller jusqu’à la Cour suprême. (Le Monde)
7. PFAS : 1 400 riverains poursuivent 3M en Belgique
Quelque 1 400 habitants près de l’usine 3M de Zwijndrecht accusent le groupe de les avoir exposés aux PFAS et réclament 20 000 euros chacun. L’affaire fait suite à la découverte, en 2021, de fortes contaminations des sols, de l’eau et du sang des riverains. (Reporterre)
8. Afrique du Sud : des cornes de rhinocéros rendues radioactives contre le braconnage
Une université sud-africaine injecte des isotopes radioactifs inoffensifs dans les cornes de rhinocéros pour les rendre détectables aux frontières. L’objectif est de lutter contre le trafic, alors qu’environ 500 rhinocéros sont braconnés chaque année dans le pays.(L’actualité)
9. Norvège : fin des poulets à croissance rapide d’ici 2027
L’industrie avicole norvégienne abandonnera d’ici 2027 les races de poulets à croissance rapide, accusées de graves problèmes de bien-être, au profit de souches plus lentes. Le pays élève environ 70 millions de poulets par an et deviendrait le premier à généraliser ces races dites « à meilleur bien-être ». (The Canary)
10. Canicules : la végétalisation réduit la mortalité à Paris
Une étude de l’Inserm montre que les arrondissements parisiens les plus végétalisés enregistrent moins de décès lors des fortes chaleurs. L’effet des espaces verts apparaît plus déterminant que le niveau socio-économique, avec un rôle clé de l’âge des habitants et du bâti ancien. (ID, l’Info Durable)
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.Un cordon sanitaire contre LFI après la mort de Quentin Deranque Après la mort de Quentin Deranque, tué par des militants antifascistes liés à la Jeune Garde, droite, RN et macronistes appellent à un cordon […]
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.
1.Un cordon sanitaire contre LFI après la mort de Quentin Deranque
Après la mort de Quentin Deranque, tué par des militants antifascistes liés à la Jeune Garde, droite, RN et macronistes appellent à un cordon sanitairecontre LFI. Aurore Bergé parle de parti « anti-France » ; le RN veut retourner le front républicain avant les municipales de 2026. (L’Humanité)
2. Ynsect : un ex-salarié réclame la transparence sur la faillite
À Amiens, Hadrien Godard, ancien salarié d’Ynsect, demande en justice la transmission de documents comptables pour comprendre la faillite de la start-up, qui aurait levé plus de 600 millions d’euros depuis 2011, dont des fonds publics. Avec d’autres ex-employés, il veut vérifier si leur licenciement est lié à une faute de gestion. (L’Humanité)
3. Municipales à Paris : Knafo éclipse le RN et crispe l’extrême droite
À Paris, pour les municipales, Sarah Knafo (Reconquête) domine largement l’espace médiatique face au candidat RN Thierry Mariani, grâce à une campagne très financée, axée sur les réseaux et les polémiques, ce qui agace l’état-major lepéniste qui ne fait pas de la capitale une priorité stratégique. (StreetPress)
4. États-Unis : la Cour suprême annule une partie des droits de douane de Trump
La Cour suprême a invalidé les hausses décidées via l’IEEPA, jugeant son usage abusif. Les droits moyens passent de 16,9 % à 9,1 %, mais d’autres taxes restent en vigueur ; Trump annonce déjà une nouvelle taxe mondiale de 15 %. (Alternatives Économiques)
5. Nouvelle-Calédonie : le Sénat adopte une révision contestée
Le Sénat a adopté le projet de révision constitutionnelle issu de l’accord Bougival-Élysée-Oudinot, malgré l’opposition d’élus calédoniens indépendantistes et non indépendantistes. Le texte est attendu à l’Assemblée nationale, où son rejet est envisagé.(Mediapart)
6. Crues : un manque d’adaptation face aux événements extrêmes
Après 40 jours de pluie consécutifs, d’importantes inondations ont touché l’ouest de la France. Une partie des dégâts aurait pu être évitée avec une meilleure anticipation et adaptation aux risques climatiques. (Mediapart)
7. Pesticides : une loi sur l’eau potable bloquée à l’Assemblée
Une proposition des Écologistes visant à interdire d’ici 2030 les pesticides autour des captages d’eau les plus sensibles a été retirée après l’obstruction du RN et de LR, qui ont déposé plus de 600 amendements. Le texte intervenait alors que 17 millions de Français ont consommé en 2023 une eau non conforme. (La Relève et la Peste)
8. Loups : le quota d’abattage relevé à 21%
Un arrêté autorise en 2026 l’abattage de 227 loups (21% de l’effectif estimé), avec des règles assouplies pour les tirs. Les ONG dénoncent un risque de déclin de l’espèce, tandis que les syndicats agricoles jugent la mesure insuffisante face à la hausse des attaques. (Vert)
9. Gironde : feu vert pour une raffinerie Seveso en zone inondable
La commission d’enquête publique a donné un avis favorable au projet Emme, raffinerie de cobalt et nickel classée Seveso seuil haut, malgré 85 % d’avis défavorables. L’usine doit être implantée en zone inondable près de l’estuaire de la Gironde, rendue constructible après son classement en « intérêt national majeur ». (Reporterre)
10. Fin de vie : l’Assemblée adopte l’aide à mourir
Les députés ont adopté par 299 voix contre 226 une proposition de loi instaurant une aide à mourir, réservée aux majeurs atteints d’une maladie grave et incurable en phase avancée, capables d’exprimer leur volonté. Un texte sur le développement des soins palliatifs a aussi été voté à l’unanimité ; le Sénat doit examiner la loi en avril. (franceinfo)
Après notre analyse des coulisses qui entourent la mort de Quentin Deranque, nous faisons ici la lumière sur les mécanismes qui rendent possibles ces trajectoires néofascistes. Car son décès ne peut être compris sans interroger le système qui a conduit à cette tragédie. Les engagements néofascistes émergent dans des cadres sociaux, médiatiques et politiques précis, […]
Après notre analyse des coulisses qui entourent la mort de Quentin Deranque, nous faisons ici la lumière sur les mécanismes qui rendent possibles ces trajectoires néofascistes. Car son décès ne peut être compris sans interroger le système qui a conduit à cette tragédie. Les engagements néofascistes émergent dans des cadres sociaux, médiatiques et politiques précis, qui orientent les colères et structurent les appartenances. Comprendre ces dynamiques, c’est refuser que d’autres suivent le même chemin. Édito.
[Temps de lecture : ~ 12 min]
Toute la vie nous sommes façonné·es par ce qui nous entoure, et encore plus à 23 ans. Les mouvements d’extrême droite le savent : ils exploitent la peur, la colère et le besoin d’appartenance, recrutent méthodiquement et transforment des jeunes en instruments d’une cause qui les dépasse.
Personne ne naît fasciste. On le devient lorsque des environnements sociaux orientent des colères diffuses en hostilité dirigée contre des boucs émissaires plutôt que vers les mécanismes qui produisent les crises sociales. Ce basculement s’inscrit dans un contexte marqué par des décennies de politiques néolibérales, par un paysage politico-médiatique où la hiérarchisation des êtres humains se banalise, et par un espace numérique qui amplifie les affects plus vite que l’analyse.
Décennies néolibérales : une société fracturée
Depuis les années 1980, les politiques économiques dominantes ont réorganisé la société au bénéfice des détenteurs de capital : dérégulation, privatisations, flexibilisation du travail, affaiblissement des protections collectives. Présentées comme techniques ou inévitables, ces décisions ont en réalité surtout permis une accumulation toujours plus forte des richesses entre les mains d’une minorité.
En France, les 5 % les plus riches détiennent environ un tiers du patrimoine total, tandis que les 10 %les plus aisés en concentrent près de la moitié. Dans le même temps, des territoires entiers ont vu disparaître services publics, soins, transports et commerces, au nom de la rationalisation budgétaire et de la rentabilité.
La jeunesse en paie le prix fort : précarité, chômage, accès au logement entravé… L’horizon se rétrécit. Quand l’État social recule et que les protections s’effritent, la colère — réelle et légitime — cherche un responsable. C’est alors qu’on lui fournit des boucs émissaires pour détourner l’attention des causes structurelles.
Historiquement, du colonialisme à la division racialisée du travail, le développement capitaliste s’est largement appuyé sur des hiérarchies raciales pour justifier l’exploitation et diviser les classes populaires.
Boucs émissaires et mensonges efficaces
Si l’extrême droite progresse, c’est en grande partie parce qu’elle capte cette frustration sociale. Elle substitue à la complexité des crises un récit unifié : celui d’une menace identitaire omniprésente, formulée tour à tour comme « immigration », « islamisation » ou « grand remplacement ». Ces récits ne résistent pas à l’examen des faits, mais leur force politique tient précisément à leur capacité à transformer des crises multifactorielles en récits simplistes.
Ils réduisent des phénomènes complexes et structurels — mondialisation, concentration des richesses, rapports de domination, mutations économiques, crises géopolitiques — en conflits identitaires, en désignant des groupes minoritaires (migrants, musulmans, minorités, militants de gauche) comme responsables de crises dont les causes sont d’abord économiques et politiques.
Ce déséquilibre favorise des récits simplificateurs qui offrent une cohérence apparente et un ennemi identifiable, donnant l’illusion d’une maîtrise dans un monde instable.
Ce terreau ne prospérerait pas sans un écosystème médiatique favorable. Depuis une décennie, des figures issues ou proches de l’extrême droite occupent un espace croissant dans l’audiovisuel. Immigration, insécurité, identité nationale structurent l’agenda public.
Toutes ces dynamiques se propagent à grande vitesse sur les plateformes numériques, où les contenus émotionnels et polarisants se diffusent bien plus vite que les analyses nuancées. Les algorithmes privilégient l’engagement — colère, indignation, peur — et favorisent mécaniquement les messages clivants.
Le rôle des réseaux sociaux dans l’amplification des contenus haineux lorsqu’ils génèrent de fortes interactions est central. Dans cet environnement, les discours identitaires ou complotistes bénéficient d’un avantage net : ils simplifient, désignent un ennemi, offrent un récit mobilisateur. L’algorithme amplifie ce qui divise. Le résultat est une polarisation accrue et la formation de bulles où les croyances se renforcent sans contradiction.
Recrutement ciblé et culture numérique
L’extrême droite contemporaine a intégré les codes de la culture numérique. Le recrutement s’appuie notamment sur des mèmes viraux, des vidéos courtes et des canaux privés sur Discord ou Telegram, en complément des réunions physiques. Certains forums et serveurs liés aux jeux en ligne peuvent devenir des espaces de socialisation politique diffuse, où circulent des récits simplistes.
Des influenceurs identitaires – comme Papacito, Thaïs d’Escufon ou Alice Cordier – diffusent une vision réactionnaire du monde à travers des contenus adaptés aux 18-25 ans. Et dans certains espaces de la « manosphere », notamment les milieux dits « incels », des frustrations affectives peuvent être réinterprétées à travers des discours misogynes, parfois articulés à des imaginaires nationalistes et racistes. L’isolement devient alors un facteur de vulnérabilité propice à ces dynamiques de radicalisation violentes et organisées.
Jeunesse, virilisme et illusion d’appartenance
La vulnérabilité de certains jeunes tient moins à une simple précarité matérielle qu’à une quête de sens et d’identité, particulièrement forte dans les périodes de transition ou de fragilisation personnelle. L’isolement et le manque de reconnaissance rendent attractif le cadre structurant offert par les groupes extrémistes : appartenance, discipline, sentiment d’utilité et cohérence idéologique.
L’adhérence aux idées radicales d’extrême droite apparaît ainsi comme un processus social, nourri par les dynamiques de groupe, la loyauté et l’alignement progressif sur une vision du monde simplifiée.
À cela s’ajoute une dimension viriliste : sports de combat, mise en scène du corps, valorisation de la force et déni de sa vulnérabilité. La violence devient rite d’initiation et preuve d’appartenance. Dans ce cadre, refuser des soins, minimiser une blessure ou vouloir « remettre ça » après une altercation violente relèvent d’une démonstration de toute puissance et d’inconscience. Le corps devient infaillible, support d’adhésion idéologique.
Classe politique : calcul et lâcheté
La progression de l’extrême droite ne relève pas seulement de dynamiques de rue ou de bulles numériques. Elle s’inscrit aussi dans des choix politiques opérés au sommet de l’État comme dans les exécutifs locaux.
La « dédiabolisation » du RN
Depuis plus d’une décennie, le Rassemblement national poursuit une stratégie de normalisation : discours lissé, références les plus explicites gommées, mise en scène d’une respectabilité institutionnelle. Cette stratégie a été facilitée par l’évolution du reste du champ politique. Des alliances ou soutiens indirects prennent place entre élus Les Républicains et RN, tandis que des thèmes auparavant marginaux portés par l’extrême droite ont progressivement envahi le débat parlementaire et gouvernemental. En parallèle, on assiste à la diabolisation graduelle et calculée du principal parti d’opposition. Dominique de Villepin, figure pourtant de la droite républicaine, écrivait ainsi le 19 février :
« À FORCE DE CONCENTRER LES COUPS SUR LFI (…) ON CRÉE UN CORRIDOR DE RESPECTABILITÉ POUR LE RN. ON LUI OFFRE CE DONT IL A TOUJOURS RÊVÉ : L’APPARENCE DE LA NORMALITÉ, LE PRIVILÈGE D’ÊTRE LA RÉPONSE AU DÉSORDRE QU’IL PROSPÈRE À ENTRETENIR. »
Lois sécuritaires, durcissement des politiques migratoires, centralité des enjeux identitaires : le centre de gravité politique s’est déplacé. On note une porosité croissante entre électorats LR et RN. Et ce n’est pas surprenant. Plus des thèmes d’extrême droite sont repris par des partis de gouvernement, plus ils apparaissent légitimes. La frontière autrefois nette devient zone grise grâce à une dédiabolisation qui repose sur des calculs stratégiques et une banalisation progressive.
La violence institutionnelle – mère de toutes les autres, selon Helder Câmara – produit une justice complaisante envers les violences néofascistes, qui ciblent souvent des personnes, organisant notamment des guet-apens. Contrairement aux actes matériels antifascistes sévèrement punis, les agressions d’extrême droite bénéficient souvent d’une impunité structurelle.
Une vague brune mondiale
La situation française s’inscrit dans une dynamique internationale. En Italie, Giorgia Meloni incarne l’arrivée au pouvoir d’une droite issue d’une tradition post-fasciste. En Allemagne, l’Alternative für Deutschland progresse de manière inquiétante.
Aux États-Unis, l’administration Trump a servi de vecteur à une répression migratoire extrêmement dure incarnée par l’ICE, dont l’expansion des détentions, les milliers de déportations et des décès en centres de rétention ont illustré jusqu’où un État peut instrumentaliser la violence bureaucratique pour stigmatiser et exclure des populations entières, au point que des personnes qui ne sont même pas concernées par ces politiques migratoires en paient le prix de leur vie.
Malgré des contextes différents, un schéma commun se dessine : désignation de minorités comme menace existentielle, amplification médiatique au nom de l’audience, puis banalisation progressive d’idées autrefois marginales. À cela s’ajoute une stratégie d’érosion institutionnelle graduelle : remise en cause de contre-pouvoirs, instrumentalisation du droit, durcissement sécuritaire présenté comme réponse à un chaos qu’on contribue soi-même à alimenter.
L’illusion du « vote protestataire »
Le vote d’extrême droite est souvent réduit à un simple réflexe protestataire des classes populaires frappées par la précarité. Cette lecture est partielle. En réalité, l’électorat est socialement composite : aux côtés des employés et ouvriers figurent les indépendants, les catégories intermédiaires et les retraités. Il ne s’agit pas d’un vote exclusivement « des perdants », mais d’une coalition hétérogène structurée par des logiques identitaires autant que sociales.
Par ailleurs, l’examen des votes parlementaires met en évidence un décalage entre discours et actions : les positions adoptées convergent rarement avec la défense des catégories les plus précaires, malgré un récit centré sur le pouvoir d’achat et la protection.Loin d’être un vote protestataire, le vote RN est ainsi avant tout un vote raciste.
L’antifascisme aujourd’hui
L’antifascisme désigne historiquement une posture de défense des principes démocratiques face à des mouvements qui les contestent. Les groupes antifascistes ne sont pas apparus par goût de l’affrontement. Ils se sont constitués face à des violences réelles pour protéger minorités, militants et syndicats. Les réduire à une posture agressive tout en minimisant les violences d’extrême droite revient à inverser causes et conséquences.
Être antifasciste relève d’un principe politique élémentaire : défendre l’égalité des droits et refuser la hiérarchisation des êtres humains selon leur origine, leur religion, leur genre ou leur orientation sexuelle. Dans cette perspective, l’antifascisme ne vise pas à interdire le débat, mais à tracer une limite claire là où commencent les appels à la haine et la légitimation de la violence politique.
L’histoire rappelle une évidence : la Résistance française s’est constituée face à un régime fasciste ; aux États-Unis, des mouvements antifascistes et antiracistes ont affronté le Ku Klux Klan et la ségrégation. Ces luttes répondaient à des violences concrètes.
L’antifascisme s’inscrit dans une tradition de défense des libertés. Qualifier les antifascistes de « nouveaux fascistes » relève d’une inversion des rôles qui en dit long sur brouillage actuel des repères. Selon Naomi Shulman :
« Les gens gentils ont fait les meilleurs nazis. Ma mère a grandi à leurs côtés. Ils s’entendaient bien, refusaient de faire des vagues, détournaient le regard quand les choses tournaient mal et se concentraient sur des choses plus heureuses que la « politique ». Des gens adorables qui tournaient la tête lorsque leurs voisins étaient emmenés. Vous savez qui n’étaient pas des gens gentils ? Les résistants. »
Résister
Si la normalisation est progressive, la réponse ne peut être seulement émotionnelle : elle doit être organisée. Le paysage médiatique joue un rôle central dans la banalisation. Soutenir des médias indépendants, capables d’enquêter sans dépendre de logiques d’audience ou d’intérêts propriétaires, constitue un acte concret. À l’inverse, refuser les mises en scène médiatiques qui placent sur le même plan l’égalité des droits et des discours discriminatoires.
La lutte contre les idéologies de haine ne se joue pas uniquement sur les plateaux. Elle passe par l’éducation populaire, la compréhension des mécanismes de désinformation et la formation à l’esprit critique. Des guides pédagogiques, comme celui d’Amnesty International destiné notamment aux adolescent·es, offrent des outils concrets pour comprendre et contrer les discours toxiques en ligne. Le contre-discours en ligne est décisif : signaler les contenus haineux, produire des analyses accessibles, occuper l’espace numérique laissé aux récits simplificateurs.
Aussi, soutenir les associations qui défendent les victimes de racisme, de violences sexistes ou de discriminations transforme l’indignation en action.
Enfin, préserver la mémoire. Elle empêche la réécriture des faits et l’inversion des responsabilités. Résister ne signifie pas vivre dans l’affrontement permanent ; cela signifie refuser que l’habituation à l’inacceptable devienne la norme. Car ce que Hannah Arendt appelait la « banalité du mal » commence lorsque l’inacceptable cesse d’être interrogé et s’installe dans l’ordinaire.
Après une remise à plat de la période Chavez dans le premier volet de cette enquête, puis un premier mandat pour le moins troublé, décrit dans le deuxième volet, Nicolàs Maduro voit son pays plongé dans le chaos aussi bien économique que social, à l’aube de nouvelles présidentielles. De plus en plus bousculé par les États-Unis […]
Après une remise à plat de la période Chavez dans le premier volet de cette enquête, puis un premier mandat pour le moins troublé, décrit dans le deuxième volet, Nicolàs Maduro voit son pays plongé dans le chaos aussi bien économique que social, à l’aube de nouvelles présidentielles.
De plus en plus bousculé par les États-Unis et ses mesures coercitives, ainsi que par une opposition putschiste, la nation a été forcée de se réinventer dans son rapport à l’autonomie et dans son approche démocratique. Récit d’une période de bouleversements intenses.
Nouvelle victoire présidentielle
Après cinq ans de chaos, Nicolàs Maduro se représente à nouveau aux présidentielles en 2018 dans un contexte économique absolument désastreux mêlant récession et inflation incontrôlable. Effondrement du cours du pétrole, mesures étasuniennes et climat insurrectionnel rendent la situation pratiquement ingérable.
Beaucoup se disent alors que l’opposition a toutes ses chances de remporter la mise tant la crise est profonde. Pour autant, les observateurs les plus avisés avaient noté qu’en 2017, quelques mois avant le vote, le peuple avait déjà redonné toute sa confiance aux Chavistes.
Les urnes avaient, en effet, désigné 18 gouverneurs sur 23 aux élections locales avec un taux de participation passé de 54 % en 2012 à 61 % cette fois-ci. Sans doute due à « l’incohérence des dirigeants de droite », analyse Maurice Lemoine. Mêmes résultats aux municipales de 2017, où le PSUV remporte « 305 des 355 » scrutins.
Chapeaux aux couleurs du Parti Socialiste Unifié du Venezuela, le parti Chaviste – Luis Carlos Diaz
Focalisation médiatique sur l’opposition d’extrême droite
Le MUD (Mesa de la Unidad Democrática), principale alliance d’opposition qui regroupe des mouvements allant du centre à l’extrême droite et moteur essentiel de l’insurrection permanente, a bien conscience qu’une deuxième déconvenue aux présidentielles pourrait être très préjudiciable. Interdite de participer à l’élection en tant que coalition après avoir violé les règles institutionnelles, elle voit alors trois de ses composantes majeures appeler au boycott du scrutin.
Évidemment, en occident, tous les médias affirment que Nicolas Maduro n’a plus aucun concurrent. De quoi susciter des regrets pour Maurice Lemoine, qui note que, quand ils s’attardent sur les adversaires du chavisme au Venezuela, la presse occidentale « ne s’intéressent qu’à l’extrême droite ». Il observe même que tous les autres ne sont presque « pas légitime à leurs yeux », souvent décrit comme des soutiens voilés de Maduro, ce qui est « absolument faux ».
« il n’y a pas une opposition au Venezuela, il y en a plusieurs, de la droite modérée à la droite radicale »
Cette droite extrême appelle en outre à un « bombardement du pays et aux sanctions économiques contre son propre peuple. » Ce courant-là « pose un vrai problème » et « n’est pas dans un rapport démocratique normal », déplore l’ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique. Pourtant, « il n’y a pas une opposition au Venezuela, il y en a plusieurs, de la droite modérée à la droite radicale ».
Maduro réélu après un boycott partiel
De fait, certains partis d’opposition se sont bien présentés au scrutin. Mais l’appel au boycott de nombreux politiciens de droite et d’extrême droite entraîne une large chute de la participation qui passe de près de 80 % en 2013 à seulement 45 %. De nouvelles billes pour les médias internationaux pour dépeindre le Venezuela comme un régime autoritaire.
Et dans ce contexte où la récession économique est permanente, en raison d’un effondrement des cours du pétrole et des mesures étasuniennes, Nicolas Maduro l’emporte pourtant avec 68 % des voix, loin devant son principal adversaire de centre droit, Henri Falcon. Malgré les cris de protestation de Washington et de l’opposition la plus radicalisée, le même Henri Falcon déclare bien à l’époque que « la victoire du chef de l’État le 20 mai 2018 constitue un fait politique et, en conséquence, Maduro est un président légitime ».
Des affiches pour Henri Falcon, principal rival de Maduro, lors de la campagne présidentielle de 2018 – Noonlcarus
Qui veut la peau de Maduro ?
La pilule ne passe décidément pas au sein des extrêmes droites vénézuélienne et étasunienne (incarnée par Donald Trump). Avant et après l’élection, Nicolas Maduro déjoue plusieurs tentatives de coups d’État et d’assassinats (dont une attaque au drone). Trump garantit alors que « toutes les options sont sur la table, y compris les plus fortes. Et vous savez ce que j’entends par fortes », prémisses de l’enlèvement qui aura finalement lieu huit ans plus tard.
Dans ce contexte, les violences se multiplient entre une opposition aux méthodes guerrières et une police submergée, sous tension. Et dans cette période, de terribles accusations de répression vont s’abattre sur le gouvernement Maduro au sein des médias occidentaux. Certaines ONG évoqueront même des crimes contre l’humanité. Pour autant, Mr Mondialisation démontrera dans le quatrième volet de cette enquête que la situation était beaucoup plus complexe et nuancée que rapportée par la presse.
Juan Guaido, le soldat américain
Toujours est-il, que face à cette situation, la scène internationale, et notamment les États-Unis, s’est trouvé une égérie. Élevé en véritable icône de « la résistance contre l’oppression » en occident, le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, fait les gros titres. Début 2019, il s’autoproclame président du Venezuela en lieu et place de Nicolas Maduro, sur aucune base légale.
Unes de journaux espagnol au moment de l’autoproclamation de Juan Guaido
Sans grande surprise, les États-Unis et une bonne partie de leurs vassaux — dont la France — reconnaissent pourtant cette mascarade qui durera des années. Juan Guaido sera même reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron en 2020. La « communauté internationale » (en réalité seulement 34 pays sur 197) réclame alors de nouvelles élections. À mesure des années, on comprend très vite que les scrutins vénézuéliens n’auront de valeur pour l’occident que lorsque les chavistes les auront perdues.
Pour autant, comme l’explique Maurice Lemoine, Juan Guaido reste « impuissant en interne, privé de tout pouvoir effectif, en l’absence de soutien de l’armée et des corps constitués ». Il ajoute : « dans les faits, il a été “nommé” par la Maison-Blanche pour servir de pivot dans la poursuite de la déstabilisation du Venezuela ». Pour asseoir cette communication, les USA annoncent même livrer une « aide humanitaire » au peuple vénézuélien alors qu’ils étaient eux-mêmes responsables d’un blocus économique contre le pays.
Des millions d’exilés
Reste que dans ce contexte effroyable, entre violences et étouffement commercial, la qualité de vie au Venezuela s’est inévitablement effondrée. Et près de cinq millions de citoyens ont fini par quitter le pays pendant cette période. « 99 % de ces migrants sont partis pour des raisons économiques, et non pas politiques », assure Romain Migus, journaliste et fondateur du site les 2 rives.
« il ne s’agit pas d’un qualificatif adéquat »
Pourtant, il n’est pas rare de voir des témoignages d’immigrés vénézuéliens sur les réseaux sociaux dénoncer « une dictature » ou un « régime autoritaire ». Pour Romain Migus, qui a longtemps vécu sur place et qui s’y rend encore régulièrement, « il ne s’agit pas d’un qualificatif adéquat ».
Des critiques légitimes à nuancer
Il concède cependant que le pouvoir a pu « se raidir », après avoir été confronté pendant des années à « une insurrection permanente, y compris armée ». Pour lui, « après avoir appelé au dialogue très longtemps, le gouvernement a arrêté d’accepter des choses qui pouvaient l’être dans le passé ». Et pourtant, on parle ici, selon lui de « graves insubordinations qui seraient punies dans n’importe quel autre pays. »
Maurice Lemoine confirme qu’il y a « des critiques légitimes à faire sur le Venezuela. Et les opposants de droite sont en droit de critiquer Maduro ». Selon lui, il convient cependant de « donner une image un peu plus nuancée que la propagande ahurissante que l’on a sur les chaînes prétendument d’informations ».
« Le Venezuela n’est pas une dictature »
Pour Romain Migus, il n’y a même aucun doute « le Venezuela n’est pas une dictature ». Il ajoute « si vous ne faites pas partie de cette insurrection armée, il n’y a aucun problème pour participer au jeu démocratique ». Il rappelle par ailleurs que « le Venezuela a des médias d’opposition, un grand secteur du patronat d’opposition, des députés, des gouverneurs, et des maires d’opposition. »
Il certifie également qu’il n’y a « pas de prisonniers politiques au Venezuela »,même si certains individus impliqués en politique sont aujourd’hui détenus. « Mais tous ont commis des délits », explique-t-il. Ce fut par exemple le cas de Leopoldo Lopez, l’un des leaders de l’opposition, qui avait déjà participé au coup d’État de 2002, et qui fut incarcéré pour avoir déclenché les « guarimbas » de 2014, à l’origine de plusieurs morts.
Et si les organisations internationales se sont émues du sort de celui qui a finalement été libéré (avant de s’exiler à Miami), moins se sont en revanche recueillies sur le destin funeste du juge assassiné qui l’avait fait condamner.
De nouveaux dispositifs démocratiques
Pour un pays décrit comme une dictature par beaucoup, le Venezuela pourrait réserver bien des surprises, puisqu’il dispose d’une démocratie participative majeure. C’est notamment le cas dans les conseils communaux, avec des communes autogérées qui concernent 14 millions de Vénézuéliens.
Avant de mourir, Hugo Chávez insistait, énormément sur l’importance des communes. « Maduro va mettre en œuvre ce modèle de développement », explique Maurice Lemoine, auteur d’un reportage sur le sujet. « C’est le fondement de la philosophie chaviste, où, à l’échelle locale, on ne délègue pas sa souveraineté à un représentant qui peut trahir. »
« Il y a au Venezuela 49 000 communes et conseils communaux, c’est-à-dire des autogouvernements populaires dans les quartiers, dans les campagnes avec un système horizontal », poursuit-il. « Une fois que la population a décidé quatre fois par an, le projet prioritaire pour le quartier, ou pour la ville, le gouvernement le finance. »
Maurice Lemoine ironise : « c’est le référendum d’initiative populaire que l’on n’est pas fichu de faire en France ! »Dans la même veine, le référendum révocatoire qui permet au peuple de renvoyer n’importe quel élu à mi-mandat, mis en place dès 2000, a aussi été un dispositif vanté par de nombreux observateurs mondiaux. Le journaliste note toutefois que le contexte du pays représente « un boulet » pour tout processus démocratique tant il a une influence sur l’opinion.
Le Venezuela face au Covid-19
En 2020, ainsi que le reste de la planète, le Venezuela est frappé par l’épidémie de Covid-19, mais il parvient à plutôt bien gérer cette crise avec « seulement » 5820 morts, surtout en comparaison d’autres états sud-américains qui se retrouvent décimés, comme le Brésil, deuxième pays le plus touché au monde.
C’est dans cette période qu’ont lieu de nouvelles élections législatives, à nouveau boycottées par une partie de l’opposition, dont les suiveurs de Juan Guaido, qui le considèrent toujours comme président légitime alors que celui-ci n’a pourtant aucun pouvoir réel. La pandémie et cet appel entraînent près de 70 % d’abstention, ce qui permet aux Chavistes de reprendre très largement le contrôle de l’Assemblée. Il faut aussi ajouter qu’en 2021, le socialisme vénézuélien remporte encore les régionales et les municipales, bien que ses adversaires avaient cette fois-ci accepté de participer.
Pourtant, dans une situation ubuesque, les députés d’opposition sortant de la précédente Assemblée continuent à siéger en parallèle, toujours sans pouvoir effectif et réélisant Juan Guaido président par intérim, avant de finir par le renverser en 2023. Face à cet échec cuisant, et ayant perdu la confiance des siens, celui-ci s’exilera d’ailleurs aux États-Unis quelques mois plus tard.
Reconstruction
Toujours étouffé par les mesures américaines, le Venezuela va néanmoins profiter de cette période pour se réinventer. À la fin de cette crise, la nation commence à « se reconstruire progressivement, et notamment son agriculture. Depuis près d’un siècle, le pays ne produisait plus sa propre nourriture ; désormais, il produit 90 % de ce que les gens mangent », assure Romain Migus.
« le Venezuela a recommencé à se bâtir sur les fondations de son agriculture abandonnée il y a plus de cent ans ».
Et même si « l’économie dépend encore beaucoup du pétrole », le reporter souligne qu’il y a cependant un « cercle vertueux qui s’est créé ». Il ajoute : « le Venezuela a recommencé à se bâtir sur les fondations de son agriculture abandonnée il y a plus de cent ans ». À l’aube de ce renouveau, se profilent alors de nouvelles élections présidentielles en 2024, où Nicolas Maduro sera candidat pour la troisième fois.
→ Enquête à suivre dans le troisième volet, à partir du jeudi 5 mars 2026.
Déposée par Caroline Yadan, députée Renaissance et secrétaire du groupe d’amitié France–Israël, la proposition de loi visant à lutter contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme », suscite une vive controverse. Si son objectif affiché — et légitime — de lutte contre la haine antisémite ne fait guère débat, plusieurs juristes et organisations juives alertent […]
Déposée par Caroline Yadan, députée Renaissance et secrétaire du groupe d’amitié France–Israël, la proposition de loi visant à lutter contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme », suscite une vive controverse. Si son objectif affiché — et légitime — de lutte contre la haine antisémite ne fait guère débat, plusieurs juristes et organisations juives alertent sur ses effets potentiels.
Le texte pourrait-il restreindre la critique politique, notamment lorsqu’elle vise l’État d’Israël ? Le débat, désormais porté à l’Assemblée nationale, pose une question simple : où se situe la frontière entre lutte contre l’antisémitisme et pénalisation de certaines formes d’antisionisme ?
Loi Yadan : Un texte aux limites floues
La proposition de loi entend renforcer la répression de certaines expressions considérées antisémites. Elle s’appuie notamment sur la définition de l’IHRA. Il s’agit d’une alliance intergouvernementale dédiée à la mémoire et à l’éducation sur la Shoah. Or, certains spécialistes s’inquiètent des dérives potentielles auxquelles pourrait conduire le texte.
Un collectif d’universitaires et de juristes a publié une tribune dans Le Monde dénonçant le texte de loi : selon eux, il confond volontairement antisionisme et antisémitisme. Ce qui risque de censurer les discours critiques envers l’État d’Israël et d’introduire un flou juridique dangereux pour la liberté de débat.
Parallèlement,Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la Ligue des Droits de l’homme, dénonce une potentielle censure pure et simple de la critique de l’État d’Israël. Et le collectif juif décolonial Tsedek ! et l’Union juive française pour la paix (UJFP)demandent, dans un communiqué, le rejete de ce texte.
La liberté d’expression protégée par le droit européen
La liberté d’expression bénéficie d’une forte protection en droit européen. La Cour européenne des droits de l’homme indique, selon, l’arrêt Handyside c. Royaume-Uni, 1976, que :
« La liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent. »
Autrement dit, la critique politique — même virulente — est protégée tant qu’elle ne constitue pas une incitation à la haine ou à la violence. C’est ici que se situe la ligne de fracture : Si la loi introduit une confusion entre critique d’un État et haine d’un peuple, elle pourrait créer un effet dissuasif majeur sur le débat public.
Dans un communiqué critique, le Syndicat des Avocats de France estime que la proposition de loi brouille la frontière de la légalité et porte atteinte à la liberté d’expression.
La Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg. Wikimedia.
Quid de la liberté académique ?
La proposition de loi s’inscrit également dans un contexte plus large : l’adoption récente au Sénat d’un texte relatif à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur, appelé à être examiné à l’Assemblée nationale. Cette initiative prévoit notamment la mise en place de formations obligatoires sur l’antisémitisme tout au long du parcours universitaire, un renforcement des dispositifs de signalement et un durcissement des procédures disciplinaires.
La question soulevée dépasse ainsi la seule liberté d’expression au sens classique pour toucher à la liberté académique. Les universités bénéficient en droit français et européen d’une protection particulière garantissant la libre discussion scientifique et politique. Un cadre juridique jugé imprécis pourrait entraîner une forme d’autocensure : conférences, séminaires ou travaux portant sur le sionisme, le colonialisme ou la politique israélienne pourraient être évités par crainte de poursuites ou de sanctions disciplinaires.
Gaza : crimes et liberté d’expression
Le contexte est central. Amnesty International et Human Rights Watch ont documenté et qualifié certaines actions israéliennes à Gaza de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Ces ONG dénoncent un déchaînement de violence commis en toute impunité en réponse aux attaques du 7 octobre 2023.
Une procédure pour génocide est d’ailleurs actuellement examinée par la Cour internationale de Justice. Elle a déjà ordonné des mesures provisoires, sans toutefois statuer sur le fond.
Dans ce cadre, rendre juridiquement risquée la critique d’un État accusé de violations graves du droit international soulèverait une question démocratique fondamentale : Peut-on pénaliser le débat sur des accusations examinées par des juridictions internationales ? La lutte contre l’antisémitisme peut-elle justifier une restriction du pluralisme politique ?
Le Palais de la Paix, siège de la Cour internationale de Justice à La Haye (Pays-Bas). Wikimedia.
Enfin, dans leur communiqué, Tsedek ! et l’UJFP critiquent la centralité accordée à la définition opérationnelle de l’antisémitisme adoptée par l’IHRA. Pour ces organisations, l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme pourrait entretenir une confusion dangereuse : en identifiant le sionisme — projet politique — à la judéité — identité religieuse ou culturelle plurielle — elle risquerait de renforcer l’assignation des Juifs à l’État d’Israël, contribuant ainsi à une forme d’essentialisation que la lutte contre l’antisémitisme devrait précisément déconstruire.
En arrière-plan du débat se trouve donc une question plus large : celle de la redéfinition contemporaine de l’antisémitisme. Certains chercheurs évoquent l’émergence d’un « nouvel antisémitisme » qui se manifesterait notamment à travers certaines formes d’hostilité à l’État d’Israël. D’autres contestent cette grille d’analyse, estimant qu’elle tend à déplacer l’attention des formes historiquement structurantes de l’antisémitisme — issues notamment de l’extrême-droite et des nationalismes — vers les mouvements anticolonialistes ou pro-palestiniens. Ce désaccord intellectuel nourrit aujourd’hui une controverse juridique et politique majeure.
Par ailleurs, la polémique entourant le texte s’est inscrite dans un climat de tensions accrues autour des prises de position relatives au conflit israélo-palestinien. En 2024, Caroline Yadan avait notamment mis en cause publiquement Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens, l’accusant de complaisance envers le terrorisme — des accusations contestées par l’intéressée et par plusieurs observateurs, qui dénonçaient une présentation déformée de ses propos.
Cet épisode illustre la forte polarisation du débat public sur la qualification juridique des actions israéliennes à Gaza et sur la légitimité des critiques formulées à l’encontre du gouvernement israélien. Il met également en lumière la sensibilité extrême du sujet, où les accusations d’antisémitisme, d’apologie du terrorisme ou de désinformation circulent dans un climat de défiance généralisée.
Après un reportage sur la résistance bretonne qui fait masse face au fascisme, retour à l’origine de l’onde de choc. Le 12 février 2026, à Lyon, un affrontement entre militants d’extrême droite et antifascistes conduit à la mort de Quentin Deranque. Très vite, un récit s’impose : celui d’un « jeune catholique » qui serait […]
Après un reportage sur la résistance bretonne qui fait masse face au fascisme, retour à l’origine de l’onde de choc. Le 12 février 2026, à Lyon, un affrontement entre militants d’extrême droite et antifascistes conduit à la mort de Quentin Deranque. Très vite, un récit s’impose : celui d’un « jeune catholique » qui serait victime de la violence politique. Mais les révélations successives dessinent un tableau bien différent – et profondément inquiétant. Édito.
Les images brutes d’un jeune homme roué de coups, au sol, ont légitimement suscité l’indignation. Rien ne peut justifier qu’une personne déjà neutralisée soit frappée collectivement. Toute violence de cette nature doit être condamnée sans ambiguïté. Mais réduire cet événement à un « lynchage politique » occulte des éléments essentiels.
Ce qui s’est joué à Lyon dépasse largement une « rixe » tragique. C’est la mise au jour d’un dispositif : préparation d’embuscades par des militants néofascistes, coordination entre groupuscules, stratégie de communication, puis, dans un second temps, processus rapide de légitimation politique et médiatique. Comment en sommes nous arrivés là ?
Une milice organisée : les révélations de l’Humanité
« On peut être deux, trois filles à tracter, là où vous voulez les choper. »
Les fémonationalistes de Némésis, groupe dirigé par Alice Cordier, échangent notamment avec Calixte Guy, fils d’une ex-candidate du RN et dirigeant du groupuscule néofasciste Audace Lyon (dont Quentin Deranque était un sympathisant).
La famille Guy-Mathon presque au complet : Aliénor Charbonnier, Paul-Eloi Guy, Lionel Guy, Blandine Guy, Calixte Guy. / Crédits : Captures d’écran Instagram / Street Press.
« Nous on monte une équipe sur place pour choper les gauches […] Il ne vous arrivera rien en tant que meufs »
Ces propos peuvent être reliées à des violences concrètes : le 16 février 2025 à Paris, lors d’une action des Hussards, Calixte Guy participe à un passage à tabac collectif (20 contre 1) visant un militant CGT (coups de casque, de pieds dans la tête et tessons de verre.).
Suite à cette attaque, les perquisitions mettent en lumière tout un arsenal : couteaux, hachettes, matraque télescopique, lacrymogènes, réplique d’arme… Il est aussi question de relations financières entre groupes, de propos antisémites explicites et d’une revendication idéologique néonazie assumée.
Après quelques années à l’Action française Lille, Calixte Guy a rejoint les néofascistes de Lyon populaire. / Crédits : Captures d’écran Instagram / Street Press.
Les données retrouvées dans le téléphone de Calixte Guy incluent une conversation intitulée « Dossier gauche » qui recense des militants de la Jeune Garde avec des informations sur leurs domiciles et leurs véhicules. Calixte Guy y revendique des actions contre eux, tandis que la communication du groupe promet ouvertement des représailles physiques contre les antifascistes :
« Antifa, te casse pas la tête, Audace s’en chargera. »
Quentin Deranque, sacrifié sur l’autel du néofascisme ?
Les témoignages relayés par Contre Attaque et Mediapart concordent. Il en ressort que des hommes armés et cagoulés auraient tendu une embuscade à des militants de gauche se rendant à la conférence de Rima Hassan à Sciences Po. Une torche ou un fumigène aurait été lancé en leur direction, touchant le visage de l’un des antifascistes.
« Un groupe d’énervés d’extrême droite qui semble attendre les autres à la sortie du pont ferroviaire »
Une fois l’offensive perdue, les militants néofascistes s’enfuient, abandonnant leurs camarades. C’est à ce moment-là que le déchaînement – encore une fois, injustifiable – sur Quentin Deranque a lieu. Un voisin témoigne toutefois avoir vu ce dernier se relever et refuser d’aller à l’hôpital avant d’être pris en charge plus tard en raison de son état critique.
Alors que les premiers jours médiatiques ont livré un récit présentant Quentin Deranque comme un martyr, « mort pour ses idées », un narratif repris par de nombreux responsables politiques, la réalité est tout autre : Selon Luminis, groupe néofasciste en cause, les derniers mots de Quentin Deranque auraient été : « On remet ça, les gars. ».
Tweet du groupe néofasciste Luminis
La minute de silence de la honte et une marche néonazie
Le 17 février 2026, l’Assemblée nationale observe une minute de silence en hommage à Quentin Deranque. Or, à cette date, les premières révélations sur le contexte des faits circulent déjà. Il y avait déjà de nombreux éléments montrant que Quentin Deranque était un militant néofasciste, qui a probablement participé à une embuscade organisée, une présence de groupes néonazis armés, une coordination préalable.
Quentin Deranque était un militant de l’Action Française, groupe nationaliste, royaliste et antisémite violent, héritier des ligues fascistes des années 1930. Il était aussi proche d’Audace Lyon, émanation du Bastion social, dissous pour violences et appels à la haine. Malgré cela, l’Assemblée choisit d’inscrire ce nom dans son rituel le plus symbolique.
En quelques jours, un militant issu d’une mouvance néofasciste bénéficie ainsi d’un double processus de légitimation : un hommage parlementaire et une démonstration de rue encadrée par les autorités, organisée par des réseaux déjà identifiés pour violences.
Le bruit des bottes… Et le silence des pantoufles
Une minute de silence dans l’hémicycle n’est pas un hommage privé, elle constitue un acte institutionnel qui suspend le débat. Elle rassemble les représentants de la nation dans un recueillement commun et inscrit un nom dans la mémoire officielle. De même, autoriser et encadrer une marche d’hommage participe d’une reconnaissance implicite de l’État.
Une démocratie choisit ses symboles. Alors la question s’impose : pourquoi cette reconnaissance officielle pour Quentin Deranque et pas pour les victimes des violences massives d’extrême droite ? Une extrême droite qui, comme nous le montrions dans « Patriotisme » : la droite fidèle à ses propres valeurs ?, piétine les principes même de son pays : Liberté, Égalité, Fraternité.
Les chiffres contredisent le récit victimaire
Sur BFMTV, le 17 février 2026, Marion Maréchal a affirmé que « la violence d’extrême droite est dérisoire par rapport à celle d’extrême gauche » et qu’elle « n’existe pas statistiquement ».
Si l’on prend le cas de Lyon, l’impunité des violences de l’extrême droite y est légion.Selon le recensement effectué par le média indépendant Rue89Lyon, depuis le début des années 2000, sur 102 actions violentes recensées « 70% restent impunies, sans réponse pénale ou policière ».
Une minute de silence pour ceux qui n’y ont pas eu droit
Si une minute de silence a été observée à l’Assemblée en hommage à un militant néofasciste, de nombreuses victimes de son idéologie n’ont pas eu cet honneur. Des exemples de meurtres liés à l’extrême droite depuis les années 2000 (liste non exhaustive) :
LFI classée à « l’extrême gauche » : un cadrage lourd de sens
Le 10 février 2026, soit deux jours avant la mort de Quentin Deranque, le ministère de l’Intérieur classe La France Insoumise dans le bloc « extrême gauche ». Or, qu’est-ce que l’extrême gauche au sens historique et politologique ? Traditionnellement, on désigne par « extrême gauche » les courants refusant la démocratie parlementaire comme cadre stratégique: organisations prônant la rupture insurrectionnelle, groupes autonomes anti-institutionnels, formations refusant la participation aux institutions républicaines comme horizon central. LFI en est de facto très éloignée.
Le cordon sanitaire politique vise à refuser toute alliance avec un parti à tous les niveaux de pouvoir, et le cordon sanitaire médiatique consiste quant à lui, à ne pas laisser la parole en direct à ce parti. Une pratique auparavant réservée à l’extrême droite au vu de l’idéologie nazie dont elle a fait le lit.
Transposer ce mécanisme à un parti parlementaire de gauche engagé dans le jeu institutionnel installerait une équivalence entre des forces dont la nature, l’histoire et les objectifs ne sont absolument pas comparables. Cette inversion du réel, nous l’avions d’ailleurs explorée dans ce précédent article Confusionnisme : non, le fascisme n’est pas de gauche.
Or, les données sur la violence politique montrent qu’aucune équivalence n’est possible. Assimiler systématiquement LFI à un pôle comparable à l’extrême droite contribue à banaliser cette dernière en la présentant comme une radicalité parmi d’autres.
La responsabilité
Rien de tout cela ne surgit par hasard. Ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large : des décennies de politiques néolibérales, une explosion des inégalités, la désignation méthodique de boucs émissaires, la banalisation médiatique des discours de haine, des algorithmes qui amplifient les radicalités, une culture viriliste qui fait de la violence un marqueur identitaire, et une stratégie progressive de normalisation institutionnelle de l’extrême droite.
Un second article élargira l’analyse pour examiner ce terreau de la haine et comprendre comment il se construit – car ce qui est fabriqué politiquement peut aussi être défait politiquement. Encore faut-il cesser les euphémismes, et avoir la lucidité d’appeler les choses par leur nom.
Alors qu’une assemblée générale antifasciste s’est vue refuser l’accès à la maison des associations de Lorient par la mairie, celle de Quimperlé, elle, a autorisé, ce samedi 21 février 2026, un rassemblement en hommage à Quentin Deranque, militant néo-nazi. Cet hommage a déclenché la mobilisation des habitant·es de Quimperlé. Reportage sur ce « tapis rouge […]
Alors qu’une assemblée générale antifasciste s’est vue refuser l’accès à la maison des associations de Lorient par la mairie, celle de Quimperlé, elle, a autorisé, ce samedi 21 février 2026, un rassemblement en hommage à Quentin Deranque, militant néo-nazi. Cet hommage a déclenché la mobilisation des habitant·es de Quimperlé. Reportage sur ce « tapis rouge » offert au fascisme et la résistance massive qui s’y oppose.
Le 22 février 2026, L’Humanité a dévoilé que les fémonationalistes et d’autres groupuscules d’extrême droite planifiaient, de véritables traquenards visant à attirer les militants antifascistes dans des guet-apens. Ces manœuvres pourraient avoir conduit à l’altercation violente dans laquelle Quentin Deranque a trouvé la mort.
Mais qui était Quentin Deranque ? Un militant néofasciste ayantfréquenté l’Action française, mouvement national‑royaliste d’extrême droite. Il a aussi été cofondateur en 2025 d’un groupuscule néofasciste nommé Allobroges Bourgoin, implanté en région iséroise. Il a participé à des rassemblements liés à des mouvements identitaires ou nationalistes, associés au néofascisme, comme le Comité du 9 Mai (C9M).
L’antifascisme quimperlois mobilisé pour des «valeurs de solidarité, d’égalité et de respect »
Lorsque les habitant·es du pays de Quimperlé ont appris qu’un hommage à un militant néofasciste, programmé le samedi 21 février 2026 et porté par un ancien candidat de Reconquête, avait été autorisé, la réaction ne s’est pas faite attendre. En quelques heures à peine, l’indignation a laissé place à l’action… Très vite, une mobilisation citoyenne s’est organisée, déterminée à faire entendre une autre voix et à affirmer les valeurs de la ville.
C’est par ce communiqué, diffusé dans l’urgence, que les habitant·es ont appelé au rassemblement :« Ce samedi 21 février à 14h30, au prétexte d’un hommage à Quentin Deranque, l’extrême droite se rassemblera place Charles de Gaulle à Quimperlé. Face à cette initiative, nous appelons à une mobilisation citoyenne, pacifique et déterminée, pour affirmer haut et fort nos valeurs de solidarité, d’égalité et de respect. Face au déferlement réactionnaire en cours, nous, habitant·es du pays de Quimperlé, appelons celles et ceux qui ne se reconnaissent ni dans l’exclusion ni dans la nostalgie autoritaire la plus rance à s’opposer fermement à ce qu’un tel rassemblement puisse se tenir dans notre ville. Ils voudraient que le silence fasse loi, que l’habitude de la peur l’emporte, que la résignation devienne paysage. Que notre présence dise simplement ceci : ici, la peur ne gouverne pas. »
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
Marie*, habitante de Quimperlé qui a rejoint ce rassemblement antifasciste, nous raconte : « Je dirais qu’on était environ 200 personnes, donc beaucoup plus que le rassemblement en hommage à Quentin Deranque qui comptait une cinquantaine de personnes au maximum. Le rassemblement était très pacifique, nous nous sommes retrouvé·es à partir de 14 heures sur la place Hervo, autour des Halles de Quimperlé, et nous sommes resté·es pendant 1h30 environ. »
« Des gens ont convergé de différentes villes du Finistère pour soutenir l’antifascisme. Des slogans ont été scandés dont « pas de facho ni en ville ni en campagne » ET « siamo tutti anti fascisti » (ndlr : slogan italien signifiant « Nous sommes toustes antifascistes »). En parallèle, le rassemblement pour quentin Deranque a été très bref, les gens sont parti·es tôt, vers 15 heures. »
Juliette*, également habitante de Quimperlé se réjouit : « Ça a fait beaucoup de bien à toustes de voir qu’on était si nombreuxses, que tant de monde a répondu à l’appel ! C’était très intergénérationnel, représentatif de la population de la ville. On a vu un Quimperlé deter’ et bienveillant ! Et les prises de paroles et les chants de chorale ont donné beaucoup d’énergie pour les combats à mener ! »
Le rassemblement en hommage à Quentin Deranque comptait une cinquantaine de personnes au maximum.
Une forte présence policière, armée de lance-grenades et de lanceurs de balles de défense (LBD),se trouvait entre la place Charles de Gaulle, lieu de l’hommage fasciste, et la place Hervo, lieu du rassemblement antifasciste. Marie témoigne : « Il y a eu la proposition que le rassemblement antifasciste rejoigne la place Charles de Gaulle, une fois que l’hommage à Quentin Deranque était terminé et que la place était libre, mais la police a refusé, indiquant qu’elle avait l’ordre de ne pas laisser passer les habitant·es de Quimperlé opposé·es à cet hommage. » Elle ajoute que « les forces de l’ordre ont fouillé les sacs des personnes venu·es place Hervo ».
Pour cette habitante quimperloise,ce dispositif répressif fait écho à celui qui avait été déployé pour la mobilisation du 10 septembre 2025 : « Certains policiers ont annoncé venir d’ailleurs, les forces de l’ordre n’étaient pas que de Quimperlé »
Le fascisme protégé, l’antifascisme réprimé
Cette protection, par les forces de l’ordre, des militant·es promouvant une idéologie fasciste, va de paire avec la répression de l’antifascisme.Cette mécanique a déjà été vue à l’œuvre à Saint-Brévin-les-Pins. Le samedi 25 février 2023, des militants d’extrême droite (Reconquête, Civitas, Riposte Laïque et autres collectifs fascistes) avaient manifesté contre un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Les saluts nazis ont été couverts par un important dispositif policier. En parallèle, les 1 200 personnes venues soutenir les exilé·es et dénoncer la manifestation fasciste ont été nassées, filmées et contrôlées par 300 policiers. Quelques semaines plus tard, la maison du maire Yannick Morez, soutien du projet de CADA, avait été incendiée.
Cette normalisation du fascisme – alors même que les mobilisations de soutien à la Palestine, dont le peuple subit un génocide, sont régulièrement interdites – s’illustre de manière flagrante par l’hommage à Quentin Deranque qui a eu lieu à Lyon ce samedi 21 février 2026.
Cet hommage a été organisé par Aliette Espieux, porte-parole de la Marche pour la Vie, un mouvement catholique contre l’avortement et l’euthanasie, depuis 2019. Elle côtoie Academia Christiana, un mouvement catholique traditionaliste. Elle est également mariée à un néonazi, Eliot Bertin, qui était à la tête du groupuscule violent Lyon Populaire, dissous en 2025 pour apologie de la collaboration avec le nazisme et incitation à la haine contre les étrangers.
Ce samedi 21 février 2026 à Lyon, dans le cortège, des salut nazis ont été perpétuées parmi les premiers rangs. Des insultes homophobes et racistes ont fusé, notamment « À bas les bougnoles, à bas les PD », filmées malgré les tentatives de dissimulation du service d’ordre.
Cette décomplexion fasciste est corroborée par Dav Shariaty qui sonne l’alerte : « À Rennes, un des manifestants porte une veste Helly Hansen aux initiales HH. Ils se défendront du dogwhistle en disant que ce sont de très bonnes vestes, mais un néo-nazi ne saurait ignorer le sens des lettres HH ou du nombre 88, alors nous n’ignorons pourquoi ils les portent. Veste qu’avait portée le député RN, Julien Odoul. »
Story Instagram de Dav Shariaty.
Une terreur fasciste en pleine expansion
La déferlante fasciste à travers l’hommage à Quentin Deranque s’est aussi manifestée le 17 février 2026. Des hooligans néonazis ont attaqué un bar à Toulouse, frappant plusieurs personnes. Les victimes racontent que les assaillants cagoulés étaient armés d’une chaîne de vélo, d’une matraque télescopique et d’un couteau, scandant « Justice pour Quentin ».
Le phénomène s’étend également aux campus universitaires.Rien qu’entre le 30 janvier 2025 et mars 2025, le Monde rapportait que cinq faits antisémites dans les campus avaient été signalés, incluant des saluts nazis, avec plusieurs auteurs présumés liés au syndicat étudiant UNI, illustrant la porosité entre certains milieux universitaires et l’extrême droite identitaire.
Quand l’État honore un néonazi et ignore ses victimes
Le 17 février 2026, l’Assemblée nationale a observé une minute de silence en hommage à Quentin Deranque. Cette initiative, demandée par Éric Ciotti, président du groupe Union des droites Républicaines, a été approuvée en conférence des présidents, avec le soutien de la présidente Yaël Braun‑Pivet. La plupart des groupes parlementaires y ont participé, malgré l’absence de plusieurs députés de La France Insoumise.
Or d’autres vies humaines ont été fauchées, celles-ci victimes directes de l’idéologie dont se réclamait Quentin Deranque, mais sans qu’aucune minute de silence ni hommage officiel ne soit organisée. En voici quelques noms :
Aboubakar Cissé, 22 ans, a été poignardé dans une mosquée à La Grand‑Combe dans le Gard le 25 avril 2025, alors qu’il préparait la salle pour la prière. L’attaque, accompagnée d’insultes islamophobes, est largement considérée comme un crime raciste et religieux.
Angela Rostas, 40 ans, tuée chez elle le 22 février 2024 alors qu’elle attendait un enfant, dans une attaque visant sa communauté rom.
Comme le montre le meurtre d’Ibrahim Ali à Marseille le 21 février 1995 par un militant du Front national, ces crimes visent des personnes clairement désignées par la propagande d’extrême droite.
Le contraste est alors saisissant : un hommage officiel est rendu à celui qui incarnait cette idéologie de haine, tandis que les victimes sont ignorées par les institutions. Dans ce contexte, le Pacte Lyon respirable a exprimé dans un communiqué que le registre n’est plus celui de la simple inquiétude mais qu’« un seuil a été franchi » :
« Aujourd’hui, à Lyon, une manifestation d’extrême droite a été autorisée et s’est tenue. Dans le même temps, la photo d’un militant d’extrême droite a été déployée sur un bâtiment institutionnel, l’hôtel de Région. […] Dans un contexte marqué par des actes racistes, des attaques contre des lieux de culte et une restriction répétée des mobilisations écologistes, antiracistes ou de solidarité internationale, ces choix envoient un signal politique extrêmement grave : celui d’une banalisation de l’extrême droite dans l’espace public et institutionnel.
L’État de droit ne se mesure pas seulement aux textes, mais aux symboles qu’il accepte, aux peurs qu’il reconnaît et à celles qu’il ignore. Aujourd’hui, beaucoup de citoyennes et de citoyens, en particulier racisés et musulmans, se sentent moins protégés qu’hier. Cette hiérarchisation implicite des causes, des émotions et des vie met en danger le contrat social. Le Pacte Lyon respirable réaffirme avec force que l’antiracisme, l’écologie et la justice sociale ne sont pas des. variables d’ajustement de l’ordre public. Il y a urgence à faire front contre la normalisation de l’extrême droite et à reconstruire un contrat social fondé sur la l’égalité réelle, la dignité et la sécurité de toutes et tous. »
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
La résistance bretonne fait masse
Depuis Quimperlé, Émile*, habitant présent lors du rassemblement opposé à l’hommage à Quentin Deranque, appuie le constat du Pacte Lyon respirable et la nécessité d’un front antifasciste :« C’est comme si tout était inversé : on diabolise la solidarité, tandis qu’on laisse proliférer les discours haineux, racistes.À Quimperlé, on se disait qu’on était épargné·es : on est une ville de gauche, une ville vraiment vivante, tout le monde s’entend bien. Alors quand j’ai appris que même ici, un ex-candidat Reconquête essayait d’importer ses idées nauséabondes, ça m’a mis un coup.
« On pouvait pas rester sans réagir ! Et c’est ce qu’on a fait : aujourd’hui on est 200 à dire que l’extrême-droite n’a pas sa place à Quimperlé. J’ai reconnu des voisin·es, des commerçant·es, et ça fait vraiment du bien. On sait qu’ici, on va résister. »
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
Ce front antifasciste breton ne date pas d’hier. À l’automne 2023, le Collectif antifasciste du Morbihan (CAM) avait publié une lettre d’information dénonçant An Tour‑Tan comme un mouvement d’extrême droite implanté à Vannes et appelant à se mobiliser contre la diffusion de ses idées racistes.
À Lorient, des groupes antifascistes luttent contre le groupuscule fasciste La Digue, dénonçant ses attaques ciblées,notamment ses messages homophobes, transphobes et misogynes, ses tentatives de diffusion d’une idéologie nationaliste, ainsi que ses agressions répétées contre le bar Le Concept qui ont mené à sa fermeture. En février 2025, le député Damien Girard a demandé sa dissolution, toujours sans effet.
Des collectifs antifascistes et étudiants se sont mobilisés pour repeindre l’escalier dans ses couleurs originales, affirmant leur solidarité avec la communauté LGBTQIA+ et leur opposition à l’extrême droite.
Ce front s’illustre également par le positionnement de la CGT qui a annoncé que le syndicat prône « zéro tolérance pour l’extrême droite » et« ne transigera jamais sur ses valeurs ».Daniela Tiris a ainsi été invitée à quitter la CGT, suite à sa présence aux côtés du candidat Rassemblement national pour les élections municipales 2026 à Lorient.
« L’AG antifasciste régionale sera bien maintenue ! N’en déplaise à Théo Thomas du RN et au maire Fabrice Loher plus prompt à obéir à un parti héritier des fascistes qu’à donner des moyens au milieu associatif. »
Face au fascisme, la résistance bretonne est massive
Quelle suite pour l’antifascisme breton ? Marie rapporte qu’une prise de parole spontanée a annoncé « la proposition de l’organisation d’un carnaval antifasciste à Quimperlé dans les prochaines semaines ». Une perspective joyeuse qui permet de tenir le front des solidarités.
– Mr Mondialisation
*Les prénoms des personnes interviewées ont été modifiés pour préserver leur sécurité.
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Dans l’Aude, redonner de l’espace aux rivières pour prévenir les crues Le département a choisi de désartificialiser et recréer zones humides et champs d’expansion pour absorber et ralentir les crues, avec des effets […]
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.
1. Dans l’Aude, redonner de l’espace aux rivières pour prévenir les crues
Le département a choisi de désartificialiser et recréer zones humides et champs d’expansion pour absorber et ralentir les crues, avec des effets jugés efficaces notamment à Trèbes. En élargissant les cours d’eau, les débordements deviennent anticipables et moins destructeurs. (La Relève et la Peste)
2. « QuitGPT » : un boycott contre ChatGPT après un don à Trump
Une campagne de boycott de « QuitGPT » a été lancée après un don de 25 millions de dollars de Greg Brockman, cofondateur d’OpenAI, à Donald Trump. Le collectif appelle à résilier les abonnements et à se tourner vers d’autres chatbots. (Vert)
3. À Clermont-Ferrand, une épicerie remplace l’hypermarché fermé
Après la fermeture d’Auchan, laissant 200 salariés sans emploi, Hélène Nguyen a ouvert Wassana, une épicerie multiculturelle pour recréer un commerce de proximité et un lieu de sociabilité. Fragilisée par des soucis de trésorerie, la boutique tente de répondre aux besoins d’un quartier populaire privé de grande surface. (Reporterre)
4. EDF condamnée pour le licenciement d’un lanceur d’alerte
Le conseil de prud’hommes de Paris a condamné EDF à verser 250 000 euros à Arnaud Begin, ex-cadre nucléaire mis à la retraite d’office après avoir dénoncé harcèlement et écarts de sûreté. La justice a requalifié cette mise à la retraite en licenciement nul, pour violation de sa liberté d’expression.(Reporterre)
5. Braconnage des rhinocéros : baisse de 16 % en Afrique du Sud en 2025
Le braconnage de rhinocéros a reculé de 16 % en 2025 en Afrique du Sud, selon les autorités, grâce au renforcement des mesures de protection et des poursuites judiciaires. Les défenseurs de la faune alertent toutefois : le trafic reste actif et la lutte est loin d’être terminée. (World Animal News)
6.Près de 9 000 amphibiens sauvés grâce à des filets en Drôme
À Moras-en-Valloire, la LPO et des étudiants ont installé 250 mètres de filets le long d’une route pour protéger les amphibiens durant leur migration prénuptiale. Depuis 16 ans, l’opération a permis de sauver 8 584 grenouilles et tritons menacés d’écrasement. (ICI Drôme Ardèche)
7. Record historique de ponte pour un papillon rare au Royaume-Uni
Le thécla du bouleau (Thecla betulae), papillon rare britannique, a atteint en 2025 son plus haut nombre d’œufs jamais recensé. Cette hausse est liée à des haies laissées en croissance libre, favorables à sa reproduction. (Butterfly Conservation)
8. Capri limitera les groupes touristiques à 25 personnes
Dès l’été 2026, l’île italienne de Capri interdira les groupes de plus de 25 personnes et imposera l’usage d’écouteurs pour les guides afin de réduire les nuisances liées au surtourisme. La mesure vise à fluidifier la circulation dans les ruelles étroites et à préserver la tranquillité des habitants. (La Libre)
9. SNCF : préavis de grève des contrôleurs pour les vacances parisiennes
Les contrôleurs SNCF ont déposé un préavis de grève pour le week-end des vacances scolaires de la région parisienne, faisant planer un risque de perturbations sur les départs. Le mouvement porte sur des revendications liées aux conditions de travail et à l’organisation interne.(Le Monde)
10. Un escargot des Bermudes officiellement sauvé de l’extinction
Un petit escargot terrestre endémique des Bermudes a été officiellement retiré de la liste des espèces menacées, après avoir frôlé l’extinction. Sa sauvegarde est le résultat d’un programme de reproduction et de réintroduction mené sur plusieurs années.(Le Monde)
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.13 335 millionnaires sans impôt sur le revenu : Bercy contredit la ministre Une note de Bercy révèle que 13 335 contribuables assujettis à l’IFI (patrimoine immobilier d’au moins 1,3 million d’euros) ne paient aucun […]
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.
1.13 335 millionnaires sans impôt sur le revenu : Bercy contredit la ministre
Une note de Bercy révèle que 13 335 contribuables assujettis à l’IFI (patrimoine immobilier d’au moins 1,3 million d’euros) ne paient aucun impôt sur le revenu, contredisant les déclarations d’Amélie de Montchalin devant les députés. (L’Humanité)
2. Menace à la bombe contre LFI : le siège évacué
Le siège de La France insoumise a été évacué après une menace à la bombe, dans un climat d’intimidations et de menaces racistes visant le mouvement depuis la mort de Quentin Deranque. (L’Humanité)
3.Tchétchénie : la succession de Kadyrov en toile de fond
Gravement malade, Ramzan Kadyrov serait en fin de règne, ouvrant une bataille feutrée entre ambitions familiales, intérêts oligarchiques et enjeux sécuritaires autour de la succession en Tchétchénie. (Mediapart)
4. Liberté de la presse : 91 entraves recensées en 2024
L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse a comptabilisé au moins 91 atteintes au droit d’informer en 2024, pour son premier rapport annuel. Les forces de l’ordre et des acteurs liés à l’extrême droite sont désignés comme principaux responsables. (Mediapart)
5. Procès de l’addiction aux réseaux : Zuckerberg face au jury
Suite à de nombreuses plaintes pour dépressions et suicides, Mark Zuckerberg doit témoigner à Los Angeles dans un procès accusant Meta et Google d’avoir conçu leurs plateformes pour rendre les jeunes dépendants, au détriment de leur santé mentale. (20 minutes)
6.Voitures de fonction : un privilège masculin et coûteux
En France, 1,5 million de voitures de fonction profitent surtout aux hommes cadres supérieurs : 75 % des bénéficiaires sont des hommes et 50 % sont cadres, pour un usage majoritairement personnel. Cela coûte 1,8 milliard à l’État. (Reporterre)
7. Roundup : Monsanto propose 7 milliards de dollars pour solder les poursuites
Monsanto a annoncé un accord pouvant atteindre 7,25 milliards de dollars pour régler aux États-Unis les plaintes liées au Roundup, herbicide au glyphosate classé « cancérogène probable » par le Circ. (Reporterre)
8. Grand Est : deux puits de pétrole vers une réouverture
La SPPE veut relancer deux puits de pétrole dans l’Aube et la Marne, avec une exploitation prévue fin 2027-début 2028 pour 74 000 tonnes d’ici 2039. L’Autorité environnementale n’identifie pas de « risque majeur », mais pointe des émissions « notables » estimées à 244 000 tonnes de CO₂. (Reporterre)
9. Jeff Bezos, propriétaire du Washington post, détruit la démocratie
Le Washington Post supprime 300 postes après 400 en trois ans, sur fond de pertes, tandis que son propriétaire, Jeff Bezos est accusé d’influencer sa ligne éditoriale et d’en réduire l’indépendance. Amazon finance en parallèle un film sur Melania Trump pour 75 millions de dollars, relançant les critiques sur l’usage politique de sa fortune. (Vert)
10. Violences au tribunal : la lanceuse d’alerte condamnée
Une policière a été reconnue coupable pour avoir filmé des images de vidéosurveillance montrant des coups portés par une collègue sur un déféré au tribunal de Paris, mais a été dispensée de peine. Les violences révélées ont été classées sans suite, tandis que l’agente mise en cause n’a pas été condamnée pénalement. (StreetPress)
L’affaire Epstein ne se limite pas à un scandale de pédocriminalité. Elle met au jour un enchevêtrement de relations entre finance, pouvoir politique, universités et industries sécuritaires. Les documents récemment rendus publics par le Département de la Justice américain (DOJ) dessinent les contours d’un réseau international ancré au sommet d’élites issues notamment des États-Unis, de […]
L’affaire Epstein ne se limite pas à un scandale de pédocriminalité. Elle met au jour un enchevêtrement de relations entre finance, pouvoir politique, universités et industries sécuritaires. Les documents récemment rendus publics par le Département de la Justice américain (DOJ) dessinent les contours d’un réseau international ancré au sommet d’élites issues notamment des États-Unis, de la Russie, d’Israël, de la France, du Royaume-Uni et des Émirats arabes unis.
Epstein n’apparaît pas comme l’agent d’un État, mais comme un intermédiaire évoluant dans un capitalisme globalisé où la concentration des richesses facilite l’accès aux centres de décision. Son ascension s’inscrit dans un environnement où relations privées, logiques financières et influence géopolitique se superposent.
Les 3,5 millions de nouveaux documents rendus publics montrent qu’il circulait notamment entre milliardaires américains, responsables israéliens, oligarques russes et figures politiques européennes. L’affaire met ainsi en lumière un système d’intermédiation transnational où argent, accès et pouvoir se renforcent mutuellement.
L’affaire Epstein : un réseau global enraciné dans le système américain
L’ascension sociale et financière de Jeffrey Epstein s’est structurée dès les années 1980 à New York, avant de prendre une ampleur décisive dans les années 1990-2000, au sein d’un environnement marqué par l’hyper-financiarisation et la concentration extrême des richesses. Ancien enseignant reconverti dans la gestion de fortunes pour des clients ultra-riches comme Leslie Wexner, il fréquente assidûment des figures telles que Donald Trump, Steve Bannon (ancien conseiller de Trump) ou Elon Musk.
Dans les nouveaux documents rendus publics par le DOJ, le nom de Trump revient des milliers de fois. Le dossier révèle des liens étroits entre les deux hommes, et notamment de multiples rapports du FBI et des plaintes déposées devant un tribunal fédéral.
De nombreux documents accusent Trump et Epstein d’avoir violé et sexuellement exploité une jeune fille de 13 ans, notamment : EFTA01683591, EFTA01683870, EFTA00129126. Des relevés de vol montrent également que Trump a voyagé à bord du jet privé d’Epstein au moins huit fois entre 1993 et 1996.
Jeffrey Epstein est condamné en 2008 en Floride pour « sollicitation de mineure à des fins de prostitution ». Mais l’accord de non-poursuite négocié avec le procureur fédéral de Floride lui permet d’avoir une peine dérisoire de 13 mois en prison (avec sorties quotidiennes) et une immunité pour d’éventuels complices, un traitement de faveur qui choque encore aujourd’hui. L’enquête du Miami Herald (2018) a joué un rôle clé dans la réouverture du dossier, mettant en lumière les circonstances opaques de cet accord.
Malgré sa condamnation, Epstein a continué de cultiver des liens étroits avec des institutions académiques prestigieuses, notamment Harvard, introduisant notamment de nouveaux donateurs, conservant ainsi un accès significatif aux cercles académiques malgré son casier judiciaire – un scandale révélé par un rapport interne en 2020.
Russie : Epstein, courtier d’influence et recruteur systématique aux portes du Kremlin
Les nouveaux documents du dossier Epstein révèlent une de ses obsessions : Vladimir Poutine, cité 1 005 fois. On y voit une volonté persistante de s’en approcher par l’intermédiaire de contacts de haut niveau. En 2013, Epstein écrit à Ehud Barak, ministre de la Défense israélien, que l’homme d’État norvégien Thorbjørn Jagland va rencontrer Poutine à Sotchi. Epstein précise que Jagland lui a demandé s’il pouvait se rendre disponible pour rencontrer le président russe afin de lui expliquer comment la Russie pourrait « structurer des accords pour attirer les investissements occidentaux ».
Jeffrey Epstein rencontrait aussi régulièrement Vitali Tchourkine, ambassadeur russe à l’ONU, et aurait aidé son fils Maxim à obtenir un poste dans une société de gestion de patrimoine à New York.
Après la mort soudaine de Tchourkine en 2017, Epstein cherche à établir un contact avec Sergey Lavrov.En 2018, il écrit à Jagland pour lui demander de transmettre à Poutine que Lavrov devrait entrer en relation avec lui. Il dit également que : « Tchourkine était génial. Il a compris Trump après [nos] conversations. Il doit être vu comme quelqu’un qui obtient quelque chose. C’est aussi simple que cela. »
Ses relais russes incluent également Sergey Belyakov, ancien fonctionnaire lié au FSB (Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie) et organisateur du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, décrit comme « un très bon ami ».En 2015, Epstein lui demande conseil dans une affaire de chantage impliquant une « fille russe de Moscou » et des hommes d’affaires new-yorkais.
La même année, après avoir participé au Forum de Saint-Pétersbourg, Ehud Barak écrit à Epstein pour lui faire part de ses rencontres avec plusieurs responsables russes, dont Lavrov et Elvira Nabiullina.
Epstein échange également avec Oleg Deripaska, oligarque sous sanctions américaines, ainsi qu’avec Masha Drokova, ancienne membre du mouvement pro-Kremlin Nashi, qui lui écrit en 2019 : « Je n’aurais jamais créé mon fonds sans tes idées. »
Au-delà de cette volonté manifeste d’approcher le Kremlin, les documents révèlent une autre constante : le recrutement de jeunes femmes russes. Des dizaines de mentions de « russian girls » apparaissent dans les archives, avec des formulations répétitives telles que « Meeting my new russian girls » ou « Met some russian girls, not that cute but they have girlfriends ».Ces échanges suggèrent une logique de recrutement structurée, dans laquelle la Russie et l’Europe de l’Est constituaient un vivier régulier pour alimenter son réseau.
Barre de recherche sur le site du DOJ : https://www.justice.gov/epstein
Israël : Epstein, Ehud Barak et l’exportation d’un État surveillant
Les documents récents du DOJ et les fuites de mails révèlent un rôle central et organisé de Jeffrey Epstein dans des opérations d’influence et de sécurité israéliennes, en collaboration étroite avec Ehud Barak, ancien Premier ministre et ministre de la Défense. Dès 2012, alors que Barak est encore ministre de la Défense (sous le gouvernement de Benjamin Netanyahou notamment), Epstein intervient dans la rédaction de messages politiques pour Barak et des échanges avec Elon Musk sur l’implantation de Tesla en Israël.
Une enquête du média d’investigation Drop Site publiée en novembre 2025 montre qu’en juin 2012, Ehud Barak rencontre le président ivoirien Alassane Ouattara à Jérusalem pour discuter de coopération sécuritaire. Le même jour, Dramane Ouattara, fils du président, avait un rendez-vous avec Jeffrey Epstein à New York.
Un mail issu des documents rendus publics en 2026 montre par ailleurs qu’Epstein s’informe directement auprès de Barak d’une éventuelle rencontre avec Ouattara : « Jeffrey is wondering if Ehud will be meeting with Ouattara of the Ivory Coast next week? »
Un autre mail indique que « Nina Keita a confirmé qu’elle viendrait avec son cousin Dramane Ouattara et son épouse Louise » à un rendez-vous avec Jeffrey Epstein à New York à une date et une heure précises. Un contact direct entre Epstein et des membres de la famille du président ivoirien.
La Côte d’Ivoire : un laboratoire de surveillance des communications
En 2013, Epstein organise à New York une rencontre entre Barak et Sidi Tiémoko Touré, chef de cabinet du président ivoirien. Un message d’Epstein à Barak transmet l’adresse personnelle de Touré et propose de coordonner la réunion.
L’enquête de Drop Site révèle également la transmission à Barak d’un document de 13 pages décrivant l’architecture d’un centre SIGINT destiné à intercepter appels téléphoniques et communications numériques en Côte d’Ivoire, rédigé par d’anciens responsables israéliens du renseignement. Les échanges internes mentionnent la nécessité de respecter les règles d’« export of knowledge », en référence au droit israélien sur l’exportation de savoir-faire sécuritaire.
Ces discussions se déroulent alors que la Côte d’Ivoire est encore soumise à un embargo partiel des Nations unies sur les équipements militaires. L’embargo est officiellement levé fin avril 2014, et un accord de coopération sécuritaire est signé en juin 2014 entre Israël et la Côte d’Ivoire.
Dans un échange antérieur cité par Drop Site, Epstein écrit à Barak que les troubles civils pourraient constituer une opportunité, ce à quoi Barak répond qu’il a raison mais qu’il n’est « pas simple de transformer cela en flux financier ».
Un réseau transnational au service du Mossad ?
Les rapports FD-1023 du FBI, qui consignent les déclarations de sources confidentielles, évoquent des éléments encore plus sombres. L’un de ces rapports mentionne la circulation d’une copie annotée du « Little Black Book » d’Epstein, comportant des références à Jean-Luc Brunel, à des voyages d’Ehud Barak à bord de ses avions privés et à des interactions quotidiennes avec des mineures.
EFTA00174673 – https://www.justice.gov/epstein
Dans un autre rapport, une source affirme qu’Epstein aurait été « coopté par le Mossad » et formé par Ehud Barak. Son avocat, Alan Dershowitz (lié à Harvard), est aussi mentionné comme un relais du Mossad. La source décrit Epstein comme un pont entre les élites américaines, israéliennes et russes, utilisé pour des opérations d’influence, notamment via des intermédiaires comme Jared Kushner (mari d’Ivanka Trump) – accusé de liens notamment avec des oligarques russes et Chabad, une organisation juive décrite comme un outil de Poutine pour surveiller les oligarques russo-juifs, influencer les décisions politiques américaines et blanchir de l’argent.
En 2017, des fonds sont versés à une entreprise israélienne spécialisée dans des centres de commandement sécurisés, fondée par d’anciens du Mossad et proposant des technologies à des gouvernements et agences de renseignement.
Émirats arabes unis : luxe, logistique et connexions internationales
Les documents du dossier Epstein montrent que Sultan Ahmed bin Sulayem entretenait des échanges directs et réguliers avec Jeffrey Epstein. Plusieurs mails font état de l’arrivée de femmes étrangères, notamment ukrainiennes et moldaves, accompagnée de commentaires comparant leur apparence aux photographies reçues.
Ces éléments, parmi d’autres échanges versés au dossier (EFTA01961181, EFTA01967274, EFTA01821061, EFTA02213347, EFTA01853867) montrent une coordination explicite autour du recrutement et de la logistique.
France : finance, réseaux et enquête judiciaire
Ariane de Rothschild : Paris comme espace d’intermédiation
Les mails versés aux dossiers montrent qu’Epstein utilisait Paris comme espace d’intermédiation. Même après sa condamnation en 2008, Epstein avait encore accès aux plus hauts cercles de la finance et de l’industrie européennes. En janvier 2014, il échange avec Ehud Barak au sujet d’un déplacement dans la capitale française, suggère l’organisation d’un dîner avec Ariane de Rothschild et évoque la possibilité d’y associer Sarkozy.
Dans des échanges distincts, il est précisé qu’une rencontre est prévue au domicile d’Ariane de Rothschild le 30 janvier 2014, réunissant notamment Ehud Barak et Axel Dumas (patron d’Hermès). Un mail référencé précise notamment « Mr. Dumas sera ravi de rencontrer M. Epstein et Mme de Rothschild ».
EFTA02116229 – https://www.justice.gov/epstein
Des financements pour le Rassemblement national demandés par Steve Bannon
Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, entretenait une relation suivie avec Epstein. Les documents indiquent qu’une rencontre a eu lieu à Londres entre Bannon et Louis Aliot, figure du Rassemblement National, ex mari de Marine Le Pen, suite à quoi Bannon a demandé à Epstein des financements pour le RN. Dans un mail, Jeffrey Epstein parle d’une réunion entre Bannon et des « figures de la droite française, dont le mari de Le Pen, au sujet du refinancement du Front national, car apparemment une bonne partie de leurs fonds provient de Russie. »
EFTA02601686 – https://www.justice.gov/epstein
Jack Lang et Caroline Lang : l’enquête du Parquet national financier
Le 6 février 2026, le Parquet national financier (PNF) a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant Jack Lang et sa fille Caroline Lang. Leurs deux noms apparaissent régulièrement dans les dossiers. Jack Lang a démissionné de la présidence de l’Institut du Monde Arabe le 7 février 2026, après la publication de nouveaux documents américains liés à l’affaire Jeffrey Epstein.
Selon le PNF, l’enquête porte sur des faits révélés par Mediapart concernant des liens financiers avec Jeffrey Epstein, notamment via une structure offshore. Au centre des investigations : Prytanee LLC, société créée en 2016 dans les îles Vierges britanniques – un paradis fiscal.
Cette société aurait été fondée par Epstein lui-même, avec Caroline Lang comme associée à parts égales. Le projet affiché : un fonds dédié à l’achat et la revente d’œuvres d’art à l’échelle internationale.
Royaume-Uni : le cas de l’ex-Prince Andrew
Les documents judiciaires rendus publics contiennent de multiples allégations selon lesquelles Andrew Mountbatten-Windsor aurait eu des relations sexuelles avec des mineures victimes de trafic organisé par Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell.
Mais ce n’est pas tout. Andrew Mountbatten-Windsor a été arrêté le 19 février 2026 pour suspicion de« misconduct in public office » (faute dans l’exercice d’une fonction publique). Il a été placé en garde à vue. La police examine des allégations selon lesquelles il aurait partagé des informations sensibles avec Epstein lorsqu’il occupait le poste d’envoyé spécial du Royaume-Uni pour le commerce international. La famille de Virginia Giuffre a salué l’arrestation en déclarant que « personne n’est au-dessus des lois ».
Quand l’argent relie les sommets du pouvoir
Les documents rendus publics montrent que Jeffrey Epstein évoluait au cœur de réseaux où se croisent argent, politique et sécurité. Son carnet d’adresses reliait responsables américains, figures politiques israéliennes, oligarques russes et élites européennes. Ces connexions, associées à des structures offshore et à des projets sécuritaires, dessinent un système d’intermédiation transnational.
Les échanges sur des refinancements politiques, les passerelles entre Israël, la Russie et les États-Unis, ou encore les projets en Afrique et au Moyen-Orient, montrent qu’Epstein intervenait dans des dynamiques dépassant largement le cadre criminel initial. Aucun document ne prouve l’existence d’un complot coordonné entre États. En revanche, ils révèlent la porosité constante entre finance privée, influence politique et intérêts géopolitiques.
Epstein apparaît ainsi comme un courtier de pouvoir : un acteur sans mandat public, mais capable de connecter capitaux, décideurs et technologies sensibles. Il n’est pas une dérive du système mais un aboutissement logique de celui-ci. Son affaire met en lumière un mode de fonctionnement des élites globalisées, où concentration des richesses et accès au pouvoir s’alimentent mutuellement.