28.08.2026 à 06:00
Elena Meilune
Nous ne disposons pas tous des mêmes moyens pour peser sur le pouvoir politique. Argent, réseaux, lobbying, propriété des entreprises ou des médias offrent aux plus puissants des leviers dont la majorité de la population ne disposera jamais. Dans ce rapport de force profondément inégal, renoncer au vote ne retire aucun pouvoir aux dominants – […]
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Le premier volet de ce dossier montrait que l’abstention pouvait constituer un refus politique parfaitement conscient sans pour autant retirer matériellement du pouvoir à ceux qui gouvernent. Mais le raisonnement serait incomplet si tous les citoyens disposaient, en dehors des urnes, des mêmes moyens de défendre leurs intérêts. Ce n’est évidemment pas le cas. Nous vivons dans une société traversée par d’immenses inégalités de richesse, de ressources, de réseaux et d’influence. Or ces inégalités ne s’évaporent pas lorsqu’il s’agit de politique.
Dans l’isoloir, un milliardaire ne possède pas davantage de bulletins qu’un smicard. C’est précisément ce qui distingue le suffrage universel de la plupart des autres rapports de pouvoir qui structurent notre société. En dehors des urnes, l’égalité disparaît rapidement.
Les grandes fortunes et les dirigeants économiques peuvent disposer de réseaux auprès des décideurs, financer des organisations d’influence, recourir à des cabinets de lobbying, contrôler des entreprises, peser sur l’investissement ou posséder des médias. La puissance économique procure ainsi des moyens d’intervention dans la vie politique qui n’ont aucun équivalent pour la majorité de la population.
Et ceux qui disposent de ces moyens ne semblent d’ailleurs pas considérer les élections comme insignifiantes. Si le vote ne servait à rien, les ultra-riches ne consacreraient pas autant de ressources à peser sur le débat public et les scrutins, notamment en mettant leur puissance médiatique ou financière au service de l’extrême droite.
Ils ne déploieraient pas non plus autant d’efforts pour décrédibiliser les forces politiques susceptibles de remettre en cause leurs intérêts et de redistribuer davantage les richesses au profit du plus grand nombre, comme l’illustre le procès médiatique permanent intenté à La France insoumise.
Le bulletin ne supprime évidemment aucune des inégalités. Mais il possède une caractéristique presque incongrue dans une société aussi hiérarchisée : la richesse ne permet pas, en principe, d’en acheter mille pendant que les autres n’en auraient qu’un. Si l’on considère déjà le rapport de force comme profondément déséquilibré, pourquoi commencer par abandonner l’un des rares instruments qui ne soit pas officiellement proportionnel à la fortune ?
Ceux qui disposent de moins de ressources économiques sont aussi, statistiquement, ceux qui exercent le moins régulièrement ce droit. Lors des élections présidentielle et législatives de 2022, 24,9 % des inscrits appartenant au quart de niveau de vie le plus modeste se sont abstenus à tous les tours, contre 8,2 % parmi le quart le plus aisé. L’abstention systématique concernait également 23,6 % des ouvriers non qualifiés, contre seulement 7,4 % des cadres.
Ces données ne permettent pas de savoir ce qu’auraient voté les abstentionnistes. Elles ne démontrent donc pas qu’une participation plus importante bénéficierait automatiquement à la gauche. Mais il est clair que la population qui participe effectivement à la désignation du pouvoir n’est pas socialement représentative, dans les mêmes proportions, de celle qui possède théoriquement le droit de le faire.
Le politiste Daniel Gaxie avait donné dès 1978 un nom particulièrement évocateur à cette contradiction : « le cens caché ». Le cens désignait autrefois le niveau d’impôt nécessaire pour pouvoir voter. La fortune sélectionnait donc officiellement ceux qui avaient le droit de participer au pouvoir politique. On parlait alors de suffrage censitaire. Le suffrage universel a fait disparaître cette barrière juridique.
Mais pas toutes les inégalités de participation. Gaxie montre que les ressources favorisant l’investissement politique sont elles-mêmes socialement distribuées : familiarité avec les institutions, maîtrise du langage politique, niveau d’instruction, politisation ou encore sentiment d’être suffisamment compétent et légitime pour exprimer une opinion. Pierre Bourdieu avait lui aussi montré combien ce sentiment de compétence politique, c’est à dire l’assurance de se sentir légitime de parler, juger et agir en politique, dépendait de la position sociale.
Aujourd’hui, si le suffrage censitaire n’est plus en place à proprement parler car la loi a aboli la sélection par la richesse, elle n’empêche pas pour autant les inégalités sociales de se traduire en inégalités de participation et donc de représentation dans la vie politique.
Les travaux des politistes Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen permettent d’aller plus loin. Leur enquête menée dans la cité des Cosmonautes, à Saint-Denis, a montré combien l’abstention populaire pouvait également résulter de mécanismes beaucoup plus ordinaires : mobilité résidentielle, mauvaise inscription sur les listes, faible intégration politique ou absence d’entourage mobilisateur.
« Tous les bulletins absents n’expriment pas le même refus politique »
Au premier tour de la présidentielle de 2002, la participation globale du bureau étudié atteignait seulement 59 %. Mais parmi les habitants effectivement présents dans le quartier et correctement inscrits, plus de 80 % avaient voté.
Tous les bulletins absents n’expriment pas le même refus politique. Une abstention anarchiste revendiquée, une défiance envers les institutions et une mal-inscription produisent pourtant exactement le même résultat dans le décompte : aucune voix.
Lorsqu’un salarié précaire s’abstient, le propriétaire d’un grand groupe ne perd pas son patrimoine. Les multinationales ne perdent pas leurs lobbyistes. Les dirigeants économiques ne perdent pas leurs réseaux. Les propriétaires de médias ne perdent pas leurs journaux, leurs chaînes ou leurs radios. Les détenteurs de capitaux ne perdent pas leur capacité à peser sur l’économie. L’abstention ne redistribue aucune de ces ressources.
Elle ne fait pas davantage disparaître les inégalités de classe qui structurent la démocratie représentative. Elle retire seulement du rapport de force électoral la préférence de celui qui s’abstient. En fin de compte, dans une société où certains possèdent déjà beaucoup plus de moyens d’influence que d’autres, une participation électorale socialement inégale ne fait que s’ajouter au rapport de force.
Et pourtant, une loi « anticoncentration des médias » comme celle proposée par LFI pourrait limiter la constitution d’empires médiatiques aux mains de quelques milliardaires. Un gouvernement peut taxer davantage les ultra-riches pour financer les services publics et la redistribution, renforcer les droits des travailleurs ou imposer aux intérêts privés des régulations destinées à protéger les écosystèmes. Les élections n’abolissent donc pas le pouvoir économique, mais elles peuvent contribuer à le limiter, le réglementer et redistribuer une partie des richesses qu’il concentre.
Le phénomène de l’abstention peut même contribuer à s’autoalimenter. Des citoyens considèrent que les responsables politiques ne s’intéressent plus à eux. Ils se détournent progressivement des élections. Leur groupe social devient plus difficile à mobiliser électoralement tandis que d’autres catégories continuent à participer régulièrement.
« S’abstenir de voter aggrave les rapports de domination »
Pour les partis, une population qui vote constitue nécessairement un enjeu électoral plus immédiat qu’une population largement démobilisée. Le sentiment d’abandon peut alors nourrir l’abstention, qui peut elle-même contribuer à réduire l’incitation électorale à reconquérir ceux qui se sont retirés. Voter davantage ne suffira pas à abolir les rapports de domination. Mais s’abstenir ne les corrige pas. Au contraire, cela les aggrave.
C’est peut-être là que l’idée d’une abstention « antisystème » rencontre sa contradiction la plus profonde. Le système que l’on entend combattre n’est pas constitué uniquement des institutions électorales. Il repose aussi sur la propriété, la concentration des richesses, les rapports de classe, l’accès différencié aux décideurs et l’inégale capacité des groupes sociaux à défendre leurs intérêts.
Le milliardaire qui souhaite influencer la politique ne se contente pas de déposer un bulletin dans une urne. Pourquoi celles et ceux qui souhaitent limiter son pouvoir commenceraient-ils, eux, par renoncer au moyen d’influence politique dont chacun dispose formellement à égalité ?
Si le vote est largement insuffisant pour abolir un système traversé de toutes parts par les inégalités, l’insuffisance d’un outil n’est toujours pas une démonstration de son inutilité. Mais si tous les gouvernements continuent d’évoluer dans un système profondément inégalitaire, est-il vraiment indifférent de savoir lequel gouverne ? Spoiler : non.
Car entre « aucun gouvernement ne renversera à lui seul le système » et « tous les gouvernements se valent », il existe un gouffre. C’est ce que nous examinerons dans le troisième volet de ce dossier.
– Elena Meilune
Photo de couverture : citoyen britannique lors d’une mobilisation, 2002 / Wikimedia Commons
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Elena Meilune
Ne pas voter pour refuser de cautionner un système jugé antidémocratique, corrompu ou verrouillé par les puissants : l’intention peut sembler radicale. Mais une stratégie politique ne devrait-elle pas être jugée aussi à ses effets ? Car pendant qu’un abstentionniste retire sa caution symbolique, le pouvoir, lui, continue très concrètement de se distribuer. [Temps de […]
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Qui s’abstient réellement ? À qui profite cette démobilisation ? Les plus riches ont-ils besoin des élections pour exercer leur pouvoir ? La gauche perd-elle faute de mobilisation ? Et peut-on rejeter la démocratie représentative, voire être anarchiste, tout en décidant de voter ? Mais avant toute chose, la question la plus élémentaire : l’abstention contestataire affaiblit-elle réellement le système qu’elle entend combattre ?
Cet article ouvre un dossier en cinq parties consacré à l’abstention et à son efficacité comme stratégie politique. Non pas pour présenter le vote comme une solution suffisante, mais pour interroger une conviction répandue dans une partie de la gauche radicale et des milieux anarchistes : renoncer aux urnes permet-il réellement d’affaiblir le système que l’on combat ?
Crise de la représentation, promesses oubliées une fois l’élection passée, professionnalisation de la politique, poids des intérêts économiques, verticalité de la Ve République… Les raisons de ne plus croire au système électoral ne manquent pas.
A cela s’ajoutent des mouvements sociaux massifs incapables de faire reculer le pouvoir, des majorités qui se succèdent sans véritable rupture avec des politiques économiques néolibérales nuisibles au plus grand nombre, et cette impression tenace que les citoyens sont souverains le temps d’une élection avant d’être priés de retourner à leurs occupations.
Le désenchantement démocratique n’a donc rien d’irrationnel et l’abstentionnisme ou le vote blanc peuvent être compris comme un refus plus que légitime de cautionner ce système. Cet argument mérite bien entendu mieux qu’un sermon sur le « devoir citoyen ».
« Une stratégie ne se juge pas seulement à ses intentions, mais à ses effets »
Mais pour mesurer la portée politique de ce refus, encore faut-il regarder ce qu’il produit concrètement sur le pouvoir qu’il entend contester. Car il existe une différence fondamentale entre la signification que nous donnons à une action et ses conséquences réelles. En politique comme ailleurs, une stratégie ne se juge pas seulement à ses intentions, mais à ses effets.
Pour l’abstentionniste politisé, ne pas voter peut signifier beaucoup de choses : « aucun candidat ne me représente », « je refuse cette démocratie représentative », « je ne légitimerai pas cette mascarade ». Pour l’institution électorale, c’est beaucoup plus simple : un électeur n’a pas voté. Elle ne distingue pas l’anarchiste qui refuse l’État de celui qui avait mieux à faire ce dimanche-là.
Elle ne transforme pas l’abstention contestataire en siège vide à l’Assemblée et ne retire aucun pouvoir au candidat élu. L’élection se déroule, les sièges sont attribués, le gouvernement gouverne. Les lois sont votées et s’appliquent à toutes et tous – y compris à celles et ceux qui ont refusé de participer au scrutin. Il n’existe pas, pour une présidentielle ou des législatives françaises, de niveau d’abstention qui annulerait automatiquement l’élection.
Même si 90 % des électeurs s’abstenaient, ce sont les suffrages exprimés par les 10 % restants qui détermineraient le résultat car aucun seuil minimal de participation n’est prévu pour valider l’élection présidentielle. Dans notre système, refuser symboliquement de légitimer un pouvoir ne lui retire matériellement aucun pouvoir.
En 1970, l’économiste et politiste Albert O. Hirschman publie Exit, Voice, and Loyalty. Il y distingue notamment deux réactions possibles face à une organisation dont le fonctionnement nous mécontente : « exit », partir, et « voice », prendre la parole pour tenter de la transformer.
Cette grille de lecture peut aussi éclairer l’abstention, qui constitue une forme de retrait du processus électoral. Mais contrairement à un consommateur qui cesse d’acheter un produit ou à un adhérent qui quitte une organisation, l’électeur peut quitter le processus de décision sans pouvoir échapper aux décisions qui en résultent.
L’abstentionniste ne dispose pas d’une société parallèle dans laquelle les lois votées ne s’appliqueraient pas. Il peut refuser de choisir les députés mais il restera soumis aux lois adoptées par l’Assemblée. Refuser de participer à la désignation du pouvoir ne permet pas d’échapper à ce pouvoir. L’abstention devient alors stratégie étrange qui consiste à se retirer du rapport de force électoral tout en restant soumis à son résultat.
Une grève peut être efficace parce qu’elle retire quelque chose au patron : le travail. Elle peut arrêter une usine. La production ralentit, voire s’arrête. Un boycott retire de l’argent à une entreprise. Un blocage empêche matériellement une activité de fonctionner. Dans chacun de ces cas, le refus crée un coût pour celui qu’il vise.
Mais appliquons le même raisonnement à l’abstention. Que perd le vainqueur d’une élection lorsque ses adversaires potentiels ne votent pas ? Rien. Ni son mandat, ni son siège, ni son pouvoir de gouverner. Les voix des abstentionnistes ne sont pas soustraites à son score, elles n’entrent tout simplement pas dans le rapport de force électoral.
Un boycott électoral massif pourrait éventuellement s’inscrire dans une stratégie politique organisée – encore faudrait-il qu’elle ait les moyens de peser, notamment s’il accompagne une contestation plus large des institutions. Mais l’addition d’abstentions individuelles ne crée en soi aucun rapport de force capable de contraindre le pouvoir. L’abstention ne ferme ni l’Assemblée nationale ni l’Élysée.
Six souhaitent davantage de redistribution des richesses, des services publics renforcés, de nouveaux droits sociaux et une politique écologique à la hauteur de l’effondrement du vivant. Quatre défendent moins d’impôts pour les plus riches, moins de protections sociales et environnementales et davantage de pouvoir laissé aux intérêts économiques privés. Les premiers sont majoritaires. Mais trois d’entre eux considèrent que participer à l’élection reviendrait à légitimer le système. Ils s’abstiennent. Résultat : 3 voix contre 4.
« Une partie de leur majorité n’a pas pris part au rapport de force »
Personne n’a changé d’opinion, les idées conservatrices ne sont pas devenues majoritaires dans la société. Pourtant, elles remportent l’élection. Ce sont alors ceux qui voulaient davantage de justice sociale, de services publics et de protection du vivant qui pourront subir davantage d’inégalités, de reculs sociaux et de destruction écologique. Non parce qu’ils étaient minoritaires, mais parce qu’une partie de leur majorité n’a pas pris part au rapport de force.
Même si elle n’empêche pas l’élection, une abstention massive peut-elle malgré tout priver les élus d’une partie de leur légitimité ? Politiquement, oui. Une participation extrêmement faible peut nourrir une crise de légitimité, devenir un sujet médiatique et révéler une rupture profonde entre gouvernants et gouvernés. Mais légitimité et pouvoir ne sont pas synonymes.
Un président peut être politiquement fragilisé par une faible participation tout en conservant les prérogatives que lui donnent les institutions. Un député élu par une fraction réduite des inscrits dispose néanmoins, juridiquement, de la même voix à l’Assemblée qu’un député massivement élu.
L’abstention peut donc envoyer un message politique mais à quoi sert-il s’il ne contient aucune contrainte ? Il dit simplement que quelque chose ne fonctionne plus, sans dire pourquoi ni ce que les abstentionnistes veulent à la place et, surtout, sans leur donner de moyen institutionnel pour l’obtenir. Délégitimer un pouvoir n’équivaut pas à le désarmer.
Finalement, le problème n’est pas tant moral que stratégique. Personne n’a besoin d’aimer la Ve République pour s’interroger sur l’efficacité d’un moyen d’action. Si une stratégie destinée à combattre un pouvoir ne lui retire aucun pouvoir, si une tactique censée contester une décision consiste à laisser d’autres la prendre et si un boycott n’impose aucun coût à celui qu’il vise, peut-on réellement considérer qu’il atteint son objectif ?
Bien évidemment, voter ne suffit pas à changer la société, pas plus que les urnes ne suffisent à faire vivre une démocratie. À ce sujet, vous pouvez (re)lire notre dossier « Exit, Voice, and Loyalty ».
Mais renoncer volontairement à un instrument parce qu’il est insuffisant nous rend-il plus puissants ? L’abstention ne fait pas disparaître le pouvoir, elle réduit simplement le nombre de personnes qui participent à sa distribution. Reste surtout à savoir qui continue de jouer lorsque les autres quittent volontairement la partie.
On connaît la formule souvent attribuée à Coluche : « Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ce serait interdit. » Elle est efficace, mais historiquement assez paradoxale. Le droit de vote a précisément été interdit ou refusé pendant des siècles à une immense partie de la population.

Sous la Restauration, seuls environ 100 000 hommes sur plus de 30 millions d’habitants pouvaient voter, le droit de vote étant conditionné au paiement d’au moins 300 francs d’impôt direct. En 1820, une loi est même allée jusqu’à accorder un second vote aux électeurs les plus fortunés. Les femmes ont également été exclues du suffrage, tandis que les populations colonisées ont longtemps été soumises à des régimes profondément inégalitaires.
« Aujourd’hui encore, des régimes autoritaires suppriment, truquent ou verrouillent les élections »
Et aujourd’hui encore, des régimes autoritaires suppriment, truquent ou verrouillent les élections. En Russie par exemple, la présidentielle de 2024 s’est s’est déroulée sans véritables opposants, exclus ou emprisonnés, et a été entachée de fortes pressions et de soupçons de fraudes massives (dizaines de millions de votes falsifiés), permettant la réélection de Vladimir Poutine avec un score officiel de plus de 87 % des voix.
Tous les citoyens disposent théoriquement du même bulletin, mais tous ne l’utilisent pas avec la même fréquence. L’abstention est loin d’être uniformément répartie dans la population. Niveau de diplôme, revenus, catégorie socioprofessionnelle, âge ou stabilité des conditions d’existence influencent la participation électorale. Et les écarts continuent de se creuser au fil des années selon les données de l’Insee. L’idée d’une abstention relevant du seul choix individuel commence alors à se fissurer.
Car si les groupes qui disposent déjà du moins de ressources économiques et politiques sont aussi ceux qui participent le moins aux élections, les inégalités de participation finissent nécessairement par peser sur la représentation politique. Il n’est alors même plus nécessaire d’interdire aux plus pauvres de voter pour que leur voix pèse moins lorsque les inégalités sociales les conduisent déjà à moins participer. Alors si l’abstention n’affaiblit pas matériellement le pouvoir, à qui profite-t-elle ?
– Elena Meilune
Photo de couverture : Bureau des élections, France / Wikimedia Commons
26.08.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Journaliste indépendante et podcasteuse, Élodie Potente explore les réalités des personnes LGBTQIA+ vivant en milieu rural. À l’occasion de la sortie de Fiertés des champs, elle revient sur son parcours, les enseignements de son enquête et les clichés qu’elle souhaite déconstruire sur les campagnes. Pendant longtemps, les personnes LGBTQIA+ vivant en milieu rural ont été […]
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Pendant longtemps, les personnes LGBTQIA+ vivant en milieu rural ont été presque absentes des récits médiatiques. Lorsqu’elles étaient évoquées, c’était souvent à travers une idée largement répandue : pour vivre librement son identité, il faudrait partir. Quitter son village, sa campagne, ses attaches pour rejoindre une grande ville, supposée plus ouverte, plus anonyme et plus accueillante. Cette vision, profondément ancrée dans les représentations collectives, a contribué à invisibiliser celles et ceux qui ont choisi de rester ou de revenir vivre à la campagne.
Les personnes LGBTQIA+ des territoires ruraux doivent composer avec des difficultés spécifiques : un moindre accès aux soins, notamment pour les personnes trans, des mobilités contraintes, l’éloignement des services publics, un tissu associatif parfois limité et le poids du regard des autres dans des territoires où l’anonymat est rare. À ces obstacles s’ajoutent les discriminations et le manque de représentations, qui renforcent souvent le sentiment d’isolement.
Mais réduire les campagnes à des espaces hostiles serait tout aussi réducteur. Derrière les clichés se dessinent des histoires de solidarités, d’engagement collectif, d’attachement au territoire et d’inventivité pour créer des espaces de liberté.
Journaliste indépendante, autrice et créatrice du podcast Champs queers, Élodie Potente enquête depuis plusieurs années sur ces réalités encore trop peu racontées. À l’occasion de la parution à venir de son livre Fiertés des champs. Habiter, résister et aimer loin des métropoles, le 2 octobre 2026 aux éditions du Passager Clandestin, elle revient sur son parcours, les enseignements de son enquête et les idées reçues qu’elle entend déconstruire.

Élodie Potente : « Je m’appelle Élodie Potente. Je suis journaliste depuis 2017. Je travaille en tant que pigiste pour différents médias – StreetPress, La Nouvelle Vie Ouvrière, La Brèche, Problematik – principalement sur des sujets ruraux, féministes et LGBTQ+.
Je produis et réalise également Champs queers, un podcast consacré aux questions LGBTQ+ en milieu rural. Mon livre, Fiertés des champs. Habiter, résister et aimer loin des métropoles, paraîtra le 2 octobre prochain aux éditions Le Passager Clandestin. Je suis basée dans les Pyrénées centrales. »
Élodie Potente : « Je suis née dans le Tarn, où j’ai grandi.
« Lorsque j’ai compris que j’étais lesbienne, à 17 ans, j’ai eu très envie de quitter mon territoire. »
Je m’imaginais une vie meilleure « ailleurs », dans une grande ville. C’est ce que Jack Halberstam a théorisé sous le terme de « métronormativité » : l’idée selon laquelle la ville serait le territoire le plus propice pour vivre son identité queer. D’ailleurs, la plupart des études sur les trajectoires LGBTQIA+ reposent sur des récits urbains.
Après mes études, j’ai vécu six ans dans la Drôme, puis je me suis installée dans le Comminges, au pied des Pyrénées. Ces expériences m’ont permis de prendre pleinement conscience de mon identité rurale et de réfléchir à la manière de concilier mon identité queer avec une vie hors des grands centres urbains. »
Élodie Potente : « Oui, bien sûr. Pour deux raisons : d’abord parce qu’on m’a appris à détester mon territoire rural d’origine et à idéaliser la vie citadine. Ensuite parce qu’on m’a toujours dit qu’il ne s’y passait rien et qu’y être queer serait forcément très difficile.
Lorsque je suis revenue vivre en milieu rural en 2018, j’avais très peur. Je pensais que vivre en tant que lesbienne dans un bourg de 9 000 habitants serait compliqué. Finalement, les territoires ruraux ont beaucoup plus à raconter sur notre société qu’on ne veut bien le croire. »
Élodie Potente : « Pour moi, la première difficulté est celle de la représentation. Lorsqu’on ne se voit pas, on a l’impression de ne pas exister. Ce qui n’est pas visible n’existe pas.
Il y a également beaucoup d’isolement queer en milieu rural. Les personnes LGBTQ+ sont confrontées aux mêmes difficultés que l’ensemble des habitants de ces territoires : la mobilité, l’accès aux soins, à l’emploi ou encore aux services publics. À cela s’ajoutent les discriminations. »
Élodie Potente : « Je suis toujours surprise par les rencontres que je fais autour de cette thématique. Ce qui me frappe le plus, c’est que chaque récit est unique, singulier, tout en faisant écho à ma propre expérience. Je retrouve une part de mon histoire et de mes difficultés dans chacun d’eux. »
Élodie Potente : « J’aimerais d’abord que l’on considère les ruralités comme une multitude de réalités différentes. Les territoires ruraux sont extrêmement variés.
« J’aimerais aussi que l’on parle du rural à partir du rural, et non à travers un regard urbain. C’est ce que ma consœur Emma Conquet appelle l' »urban gaze ». »
J’aimerais également que l’on cesse de mettre des mots dans la bouche des habitantes et des habitants de ces territoires, y compris dans celle des personnes queers. Beaucoup d’entre nous aiment profondément leurs terres, leurs cultures locales et leurs voisin·es. »
Élodie Potente : « Il existe une double invisibilisation : les récits ruraux sont largement absents des médias depuis des décennies, tout comme les récits LGBTQIA+. Les histoires LGBTQIA+ rurales sont donc doublement invisibilisées. »
Élodie Potente : « Oui, le nombre de Marches des fiertés rurales augmente d’année en année. Cela montre que les personnes queers vivant en milieu rural disposent enfin d’un espace pour se penser, se rendre visibles et s’organiser collectivement afin de se soutenir et de lutter contre les discriminations.
« Cette manière de fonctionner s’inscrit pleinement dans ce qui fait vivre les territoires ruraux : les solidarités et les luttes sociales y sont souvent très efficaces. »
Pour moi, cela fait partie du « génie rural » : cette capacité à s’organiser collectivement pour résister. Ces combats ont longtemps été invisibilisés et l’on a privé les habitantes et habitants des campagnes de leur capacité d’agir. Pourtant, dans les moments de crise, on constate que les territoires ruraux savent particulièrement bien s’organiser pour se soutenir et prendre soin les uns des autres.
Je vois aussi émerger des réflexions plus politiques et théoriques au sein des collectifs. Cette capacité à articuler les récits individuels avec des récits collectifs m’impressionne toujours. »
Élodie Potente : « Oui, bien sûr. Le manque d’anonymat constitue un véritable enjeu pour les personnes queers en milieu rural. Certains territoires exercent un fort contrôle social. De nombreuses études montrent d’ailleurs ce phénomène, notamment concernant la socialisation des femmes. Il est beaucoup plus difficile de croiser régulièrement une personne tenant des propos LGBTphobes. Mais le territoire peut aussi devenir un refuge, comme je l’explique dans mon livre. »
Élodie Potente : « Je pense que oui, même si les représentations restent insuffisantes et que les LGBTphobies demeurent très présentes, notamment à l’école. Le simple fait de savoir qu’un collectif existe près de chez soi peut avoir un véritable impact. Mais il reste encore beaucoup à faire. »
Élodie Potente : « Un rôle très important. C’est ce que documente actuellement la chercheuse Margot Boyer dans une thèse à paraître. Elle montre que les réseaux sociaux, mais aussi les applications de rencontre, peuvent constituer des espaces de refuge permettant de rompre l’isolement. Ils permettent également de se tenir informé des événements queers à venir, même si, en milieu rural, d’autres canaux sont aussi utilisés pour diffuser les informations locales. »
Élodie Potente : « Toutes les associations et tous les collectifs LGBTQ+ ruraux qui voient le jour, ou qui existent depuis longtemps, me donnent de l’espoir. Chaque événement queer organisé en milieu rural, chaque personne qui parvient à trouver sa place sur son territoire et à concilier son attachement à sa terre avec son identité queer est une source d’espoir. Il y a aussi le rôle essentiel des allié·es, de celles et ceux qui participent aux événements, qui nous soutiennent et nous accompagnent. »
Élodie Potente : « En soutenant les associations, en mettant des salles et du matériel à leur disposition. En étant intransigeants face aux propos LGBTphobes. En affirmant clairement leur soutien aux personnes LGBTQIA+, en participant aux événements et en continuant eux-mêmes à se former et à s’informer. »
Élodie Potente : « Non, car les personnes LGBTQ+ sont souvent encore plus fortement touchées par les difficultés propres aux territoires ruraux. La question de la santé, par exemple, est particulièrement complexe. J’ai récemment réalisé un article pour Problematik sur l’accès aux soins des personnes trans en milieu rural. L’une d’elles m’expliquait avoir parcouru 10 000 kilomètres depuis le début de sa transition pour se rendre à ses rendez-vous médicaux. Cet exemple illustre parfaitement les conséquences concrètes des difficultés rurales sur nos vies. »
Élodie Potente : « Pour moi, il n’y a rien de plus important que de prendre soin du récit des personnes que j’interroge.
Je ne veux pas pratiquer une politique de la « terre brûlée », c’est-à-dire recueillir des témoignages sans rien donner en retour. Je veille à ce que les personnes se sentent suffisamment à l’aise et qu’un véritable lien se crée. Ce n’est jamais parfait, mais j’essaie de faire au mieux. Quand je le peux, je prends vraiment le temps de partager des moments avec elles. »
Élodie Potente : « D’abord, si possible, en ne partant pas d’un prisme urbain : il faut des journalistes qui vivent en milieu rural pour parler des ruralités. Et il faut aussi sortir d’un regard hétérocentré en donnant davantage la parole à des journalistes LGBTQ+ lorsqu’il est question de ces sujets.
Ensuite, il est essentiel de passer du temps sur le terrain, de nuancer son récit et de chercher à comprendre les enjeux sans plaquer sa propre vision. Le plus difficile est souvent de vouloir absolument confirmer un angle défini à l’avance. Beaucoup de sujets sur la ruralité deviennent caricaturaux parce que le ou la journaliste ne remet pas suffisamment en question son point de départ. »
Élodie Potente : « Tous les témoignages sont importants pour moi et me marquent. Ils sont précieux et donnent un sens particulier à mon métier. Mais, dans le premier épisode de Champs queers, j’interroge Gabriel, que je cite également dans le livre. Depuis, il est devenu un ami. J’aime beaucoup l’idée de l’avoir rencontré au début de sa transition, de l’avoir vu évoluer et d’avoir appris à le connaître grâce à ce travail. »
– Mauricette Baelen
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Mr Mondialisation
Alors que la France traverse de profondes crises sociales et écologiques, une grande partie de la droite, de l’extrême droite et du macronisme préfère détourner le débat vers des polémiques identitaires et sécuritaires plutôt que de s’attaquer aux problèmes qui touchent concrètement des millions de personnes. Décryptage. Pauvreté, logement, santé, école, climat, violences sexistes et […]
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Pauvreté, logement, santé, école, climat, violences sexistes et sexuelles : autant d’enjeux majeurs qui restent largement relégués au second plan, au profit de discours jouant sur la peur, la division et la désignation de boucs émissaires.
Ce choix n’est pas anodin. S’attaquer sérieusement à ces crises suppose de remettre en cause des politiques économiques, des rapports de domination et certains intérêts qui bénéficient aux catégories les plus favorisées. Il est donc plus facile de présenter les personnes migrantes, pauvres, LGBTQIA+, comme responsables des difficultés du pays que d’interroger leurs causes structurelles. Mr Mondialisation revient sur neuf sujets que la droite et l’extrême droite préfèrent largement laisser dans l’ombre.
Personne ne se dira opposée à la cause du pouvoir d’achat. En revanche, la droite s’est largement illustrée pour son mépris des plus démunis, en particulier lorsqu’elle monte les classes moyennes contre ce qu’elle appelle les « assistés ».
La droite et l’extrême droite se sont aussi fait une spécialité de la lutte contre l’augmentation des rémunérations. Le RN et toute la Macronie ont ainsi régulièrement voté contre la hausse du SMIC ou l’indexation des salaires sur l’inflation. En guise d’écran de fumée, ce camp politique prétend combattre la pauvreté en s’acharnant sur les immigrés ou en attaquant le système social par la réduction du revenu brut. Deux méthodes qui ont prouvé leur inefficacité, destinées à protéger les plus riches.
Le logement est lui aussi un bon prétexte pour monter les Français les uns contre les autres. Ainsi, le RN parle de « priorité nationale », sous-entendant que les étrangers viendraient prendre la place des Français dans les logements sociaux.
Dans la même veine, les Républicains attisent la haine contre les pauvres, en assurant que les logements sociaux devaient d’abord être attribués aux actifs. Mais dans les deux cas, pourquoi faudrait-il favoriser une catégorie de précaires par rapport à une deuxième plutôt que de bâtir de nouvelles solutions pour tous ? À l’image de la Macronie, personne à droite ne semble pourtant vouloir s’attaquer au caractère structurel de cette crise en construisant, en réhabilitant ou en mobilisant les logements vides. Et ce, malgré le fait que la France compte encore 2 millions de mal-logés et 300 000 sans-abris.
Le système de santé est à bout de souffle, manquant terriblement de moyens humains et économiques. Et là encore, les conservateurs et les réactionnaires choisissent d’instrumentaliser le sujet en pointant du doigt les étrangers via des attaques contre l’aide médicale d’État.
Pourtant, lors des scrutins qui comptent, la droite et l’extrême droite ont rarement été au rendez-vous. Ainsi, le RN a, par exemple, refusé de voter en faveur d’une taxe des laboratoires pharmaceutiques pour financer la recherche contre les cancers infantiles. Il s’est aussi nettement opposé au nutriscore obligatoire. Tout comme les Républicains, il s’est de même positionné pour la réduction des cotisations sociales. Quant à la casse de l’hôpital public sous les coups de l’austérité, orchestrée par Emmanuel Macron, elle n’est plus à démontrer.
En matière d’éducation, les paniques morales de la droite et de l’extrême droite sont légion. Ce camp politique n’hésite pas à jouer sur les instincts réactionnaires plutôt que s’attaquer aux problèmes de fonds. Il a ainsi fait émerger des polémiques aussi stériles que l’uniforme, le « retour à l’autorité » ou la pseudo « propagande LGBT » à l’école.
Autant de débats futiles qui permettent d’éluder les vraies urgences, comme le manque d’enseignants, le délabrement des établissements et les inégalités sociales et territoriales en général. Le RN propose d’ailleurs dans son programme de séparer les moins bons élèves des autres dès l’entrée au collège, créant, de facto, une voie pour les plus riches à l’écart des moins favorisés.
Quant à la droite traditionnelle, via Emmanuel Macron, elle ferme massivement les écoles (plus de 40 % des communes françaises n’en ont plus) et a supprimé près de 10 000 postes de professeurs depuis 2017, faisant des classes françaises les plus chargées d’Europe.
Comme sur tous les thèmes sécuritaires, la droite et l’extrême droite agitent le chiffon rouge de la répression sans pitié contre les criminels. Jouant sur la corde de l’émotion, évidemment naturelle lorsque l’on parle d’enfants, ces camps politiques ne s’attaquent pourtant pas aux racines du mal.
Que ce soit dans les récentes affaires Betharram ou Lyhanna, l’État est responsable du manque de moyens accordés aux contrôles, à la formation, ou à la police judiciaire. Dans la même veine, les luttes enfantistes sont ignorées par les partisans du « tout répressif ».
L’enjeu climatique est sans doute l’un des plus importants du XXIe siècle, puisqu’il engage tout simplement la survie de l’humanité. Et pourtant, hormis ânonner sur le nucléaire et la « croissance verte », la droite et l’extrême droite ne font rien à propos de ce sujet d’envergure.
Bien qu’il s’en défende, à l’heure des multiples canicules, le RN a maintes et maintes fois montrer son climatoscepticisme, non seulement par ses déclarations, mais aussi par ses votes. Il s’est, par exemple, engagé contre les énergies renouvelables et a milité pour la suspension du pacte vert européen. Du côté macroniste, le bilan n’est guère plus reluisant. Même s’il s’est paré de grandes annonces, le camp présidentiel a mené bien peu d’actions concrètes, à l’image des conclusions de la convention pour le climat jetées sans vergogne à la poubelle.
Malgré l’affaire Pélicot, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles reste bien peu prise en compte. Là encore, le RN et la Macronie prônent le tout répressif, mais refusent de s’attaquer à la véritable question. Pire, ils participent même à l’alimenter.
Dans les maigres textes proposés par la majorité, le RN a trouvé le moyen de s’abstenir. Il s’est également opposé à la notion de « non consentement » dans la définition du viol ou à la formation des magistrats aux violences intrafamiliales, préférant sous-entendre que le problème viendrait des étrangers plutôt que d’un système patriarcal. Quant à Emmanuel Macron, qui avait prétendu faire des femmes la « cause de son mandat », il a toujours refusé d’allouer les financements réclamés par les associations.
Outre le climat, les grandes causes écologiques explosent également au visage de ceux qui ont voulu les ignorer pendant tant d’années. Les incendies et les sécheresses ont ainsi fait ressortir l’importance du manque d’eau, tandis que les crises de l’agriculture industrielle ont mis en lumière l’effondrement de la biodiversité.
Récemment, la réintroduction de l’acétamipride a engendré de nombreuses polémiques. Ce néonicotinoïde, jusqu’ici interdit en France, et dangereux pour la santé, a pourtant été plébiscité par le RN et la droite, qui ont même saboté des notes scientifiques. En plus de leur soutien à l’agrobusiness, le RN et la macronie ont aussi largement promu les méga-bassines, au bilan désastreux.
La droite et l’extrême droite ont fait de la répression une composante majeure de leur projet politique. De ce fait, les pénitenciers ne cessent de se remplir, et la densité carcérale atteint 136 %, contraignant même plus de 6 000 détenus à dormir par terre. Une situation qui a, en outre, été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme.
Si certains redécouvrent la dure réalité de la prison avec la réclusion de figures de droite comme Nicolas Sarkozy ou Patrick Balkany, la difficulté de ces conditions ne semble les intéresser que lorsqu’ils sont eux-mêmes concernés. Et aucun d’entre eux ne se penche sur les moyens de faire en sorte que la délinquance diminue. Une chose est certaine, la prison n’est pas dissuasive ni efficace, puisque deux détenus sur trois plongent dans la récidive moins de cinq ans après leur sortie.
– Simon Verdière
Photo de couverture de Danie Franco sur Unsplash
The post 9 urgences pour le pays dont la droite et l’extrême droite se moquent first appeared on Mr Mondialisation.24.08.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Depuis #MeToo, les pouvoirs publics encouragent régulièrement les victimes de violences sexuelles à porter plainte. Mais une fois la porte du commissariat franchie, que devient cette parole ? Derrière l’augmentation du nombre de plaintes se cache une autre réalité, beaucoup moins mise en avant : une majorité des affaires de violences sexuelles n’aboutit à aucune […]
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Des dossiers abandonnés, des procédures qui n’auraient jamais été transmises à la justice, et des enquêteurs insuffisamment formés : les dysfonctionnements sont tels que le ministre de la Justice Gérald Darmanin s’en est ému auprès de son homologue de l’Intérieur. Mais cette indignation passe mal chez certains policiers. Car avant d’être garde des Sceaux, Gérald Darmanin a dirigé pendant quatre ans… le ministère de l’Intérieur.
Le 10 août, Mediapart révèle la colère provoquée au sein de la police par un courrier de Gérald Darmanin adressé au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Le garde des Sceaux y pointe des dysfonctionnements structurels dans le traitement des enquêtes concernant des violences sexuelles sur mineurs. Problème : Gérald Darmanin a été ministre de l’Intérieur entre 2020 et 2024.
Des policiers interrogés par Mediapart dénoncent donc aujourd’hui son « hypocrisie » et parlent même de « trahison ». L’ironie de la situation est d’autant plus saisissante que Gérald Darmanin a lui-même été directement confronté à la question du traitement judiciaire des violences sexuelles. En 2017, Sophie Patterson-Spatz avait porté plainte contre lui pour viol, pour des faits remontant à 2009. Après plusieurs années de procédure, un non-lieu a été prononcé en 2022, avant d’être définitivement validé en février 2024.
Mais les révélations de Mediapart soulèvent surtout une question beaucoup plus inquiétante : combien d’auteurs de violences sexuelles passent à travers les failles du système judiciaire ? Les données disponibles ne décrivent pas des accidents isolés. En 2025, police et gendarmerie ont enregistré 132 300 victimes de violences sexuelles, soit 8 % de plus qu’en 2024. Parmi elles, 76 200 étaient mineures. Les femmes représentent par ailleurs 85 % des victimes enregistrées. Le nombre de plaintes augmente donc. Mais cela ne signifie pas nécessairement que davantage de victimes obtiennent justice.
En mars 2026, le groupe de travail sur le traitement judiciaire des violences sexuelles installé par le ministère de la Justice a publié un rapport particulièrement éclairant. Premier constat : l’immense majorité des victimes n’arrivent même jamais devant la police ou la gendarmerie. Selon le rapport, seules 6 % des victimes de viol déposent plainte.
Un autre chiffre frappant concerne probablement ce qui se produit ensuite. En 2024, 43 035 personnes ont été mises en cause pour viol, agression ou harcèlement sexuel. Pourtant, plus de 64 % des affaires ont été classées sans suite, tous motifs confondus. Près de 60 % l’ont été pour « infraction insuffisamment caractérisée ».
Attention cependant à ce que signifie ce chiffre. Un classement sans suite n’établit pas que les faits dénoncés n’ont pas existé, pas plus qu’il ne constitue une reconnaissance judiciaire de leur auteur. Il signifie que le parquet décide de ne pas engager de poursuites, notamment lorsque les éléments réunis ne permettent pas juridiquement de caractériser suffisamment l’infraction.
Dans les affaires de violences sexuelles, souvent commises sans témoin et parfois dénoncées longtemps après les faits, réunir ces éléments peut être particulièrement difficile. La conséquence est néanmoins une violence secondaire : une victime peut trouver la force de parler, porter plainte, raconter les faits, subir des auditions et attendre des mois ou des années pour finalement recevoir une notification de classement sans suite.
À cette difficulté s’ajoute le facteur temps. Le même rapport du ministère de la Justice estime à 55 mois le délai entre l’enregistrement d’une affaire de viol par le parquet et la première décision judiciaire. Plus de quatre ans et demi. Et pendant ce temps, les affaires continuent d’affluer.
Les services de police et de gendarmerie avaient enregistré 122 600 victimes de violences sexuelles en 2024. Elles étaient 132 300 en 2025. Cette hausse peut notamment traduire une meilleure reconnaissance des violences et une plus grande propension des victimes à les signaler. Mais libérer la parole sans donner aux institutions les moyens humains, matériels et judiciaires de la traiter crée une contradiction majeure.
Encourager les victimes à porter plainte ne peut constituer une politique publique suffisante. Car les policiers, gendarmes et magistrats ne disposent pas des moyens nécessaires pour enquêter correctement et dans des délais acceptables. C’est précisément ce qui rend les révélations actuelles particulièrement dérangeantes : elles interrogent la capacité matérielle de l’État à tenir la promesse faite aux victimes.
Depuis plusieurs années, le nombre de violences sexuelles enregistrées augmente fortement. Entre 2016 et 2023, leur progression atteignait en moyenne 12 % par an. Elle s’est poursuivie en 2024 (+7 %) puis en 2025 (+8 %). Cette évolution rend d’autant plus urgente une adaptation de la réponse judiciaire.
Car demander pourquoi certaines victimes ne portent pas plainte revient parfois à poser le problème à l’envers. Que peut-on réellement promettre aux victimes qui trouvent le courage de parler ? Aujourd’hui, seules 6 % des victimes de viol franchissent cette première étape. Et parmi les affaires de violences sexuelles qui arrivent devant la justice, près des deux tiers sont classées sans suite.
La controverse provoquée par Darmanin aura au moins eu le mérite de remettre cette réalité sur la table. Derrière les règlements de comptes entre ministères se trouvent des milliers de personnes qui ont fait exactement ce que l’État leur demandait de faire : parler, pousser la porte d’un commissariat et porter plainte.
Reste alors une question plus dérangeante. Peut-on encore parler de simples « dysfonctionnements » lorsque les mêmes difficultés se répètent à une telle échelle ? Quand les plaintes sont massivement classées sans suite et que certaines enquêtes s’étendent sur plusieurs années ? Quand des dossiers s’accumulent faute de moyens, alors que policiers comme magistrats alertent sur leurs conditions de travail ? Le problème ne semble plus seulement relever de défaillances individuelles, mais d’un système qui peine structurellement à répondre aux violences sexuelles.
Or, reconnaître ce caractère systémique implique aussi de s’interroger sur les obstacles rencontrés par celles et ceux qui cherchent à obtenir justice. Libérer la parole était une première étape. Encore faut-il construire des institutions capables de l’entendre.
– Florian Doare
Photo de couverture : Gérald Darmanin. Ministre de la justice. 2026. Wikimedia.
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Mr Mondialisation
Pour contrer le blues du dimanche soir (ou plutôt des lundis capitalistes), voici 10 bonnes nouvelles de la semaine ! 1. Réseaux sociaux : la loi interdisant l’accès aux moins de 15 ans, censurée par le Conseil constitutionnel La loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été censurée par […]
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La loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été censurée par le Conseil constitutionnel, qui a jugé l’atteinte aux libertés disproportionnée. Ils ont notamment critiqué son périmètre trop large, l’absence de prise en compte de l’autorité parentale et les risques liés à la vérification d’âge. Le gouvernement prévoit un nouveau texte d’ici au printemps 2027. (le Monde)
La dénutrition toucherait un million de personnes de plus de 65 ans en France et peut entraîner perte d’énergie, amaigrissement et problèmes de santé. Pour la prévenir, l’association Les Insatiables organise notamment des ateliers et concours culinaires en Ehpad, qui permettent de sensibiliser les seniors à l’importance de bien manger tout en favorisant le plaisir, l’autonomie et le lien social. (Marcelle Média)
En Ariège, Jocelyne et Dominique ont construit leur maison avec du bois, de la terre et de la paille, des matériaux bruts ou peu transformés. Dix ans après, la maison de 54 m² n’a pas bougé, grâce notamment à une conception protégeant la terre de l’humidité. Construite en chantier participatif, elle leur a coûté 50 000 euros au total. (Reporterre)
Des collégien·nes breton·nes ont accueilli huit jeunes Palestinien·nes du camp de Balata, en Cisjordanie, pour une tournée mêlant danses, visites et rencontres. À travers le Dabke et plus globalement la culture locale, ces échanges ont permis de mettre en lumière les traditions communes, créer des liens entre les deux jeunesses et d’offrir aux jeunes Palestinien·nes une parenthèse de liberté et de sérénité. (La Relève et la Peste)
Un vaccin personnalisé à ARN messager développé par Moderna et Merck a donné des résultats positifs en phase 3 chez plus de 1 100 patients atteints d’un mélanome avancé. Associé à une immunothérapie, il a amélioré significativement la survie sans récidive par rapport au traitement seul. Les laboratoires doivent désormais présenter les résultats détaillés et demander son autorisation. (20minutes)
6. Dans le sud-ouest de l’Angleterre, la martre des pins se reproduit avec succès
La réintroduction de la martre des pins porte ses premiers fruits dans le sud-ouest de l’Angleterre : des caméras ont filmé quatre petits à Exmoor et deux à Dartmoor, après le relâcher de 34 individus depuis 2024. Ces naissances constituent les premières preuves de reproduction depuis le lancement du programme visant à restaurer l’espèce, disparue localement depuis plus d’un siècle. (Devon Wildlife Trust)
Photo de couverture : Ryan Reynoso / Unspalsh
22.08.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Vous n’avez pas pu suivre les actualités de la semaine ? Voici 10 informations à ne pas manquer ! 1. Marseille : 37 arbres abattus, une décision controversée Ce lundi 20 août, la municipalité de Marseille lance l’abattage de 37 arbres de grande taille au parc de Bonneveine, officiellement pour « sécuriser » le site. […]
The post Arbres abattus, haïtiens expulsés, écologistes accusés : Top 10 actus de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.Ce lundi 20 août, la municipalité de Marseille lance l’abattage de 37 arbres de grande taille au parc de Bonneveine, officiellement pour « sécuriser » le site. Annoncée le vendredi précédent, l’opération place les citoyen·nes devant le fait accompli. Les riverain·es du collectif Les Amoureux du Parc de Bonneveine dénoncent une gestion « précipitée », un manque de transparence et demandent une réévaluation des risques que représentaient réellement ces arbres.(La Relève et la Peste)
Les États-Unis ont expulsé jeudi 20 août 161 Haïtiens vers leur pays d’origine, dont certains bénéficiaient du statut de protection temporaire (TPS), supprimé par l’administration Trump. Cette première vague d’expulsions depuis la fin du TPS intervient alors qu’Haïti reste plongé dans une grave crise humanitaire et sécuritaire, avec 1,5 million de personnes déplacées et plus de 3 000 morts depuis le début de l’année selon l’ONU. (RFI)
Au lendemain des incendies en Gironde, Bruno Lafon, président de l’association de défense des forêts contre l’incendie (DFCI) en Nouvelle-Aquitaine, tient les normes environnementales de préservation de la biodiversité pour responsables. Selon lui, elles empêcheraient la création de pare-feux pour limiter les incendies. Pourtant, la réalité est plus complexe : la responsabilité est plurielle et des solutions existent, comme des plans de gestion diversifiant les essences. (Reporterre)
Selon Anatol Lieven, la guerre en Ukraine reste dans une impasse, tandis que les deux camps entretiennent des illusions sur leur capacité à obtenir une victoire décisive. Malgré les lourdes pertes et les destructions, la Russie comme l’Ukraine et leurs soutiens européens restent attachés à des positions qui rendent difficile un compromis. L’auteur estime que cette prolongation du conflit accroît surtout le risque d’une escalade directe entre la Russie et l’OTAN, et appelle à retrouver une volonté de détente. (Le Vent Se Lève)
Au vu des résultats insatisfaisants des tentatives de réintroduction, le ministère de la Transition écologique prévoirait de stopper l’expérience dès la fin de la campagne en cours. Ce gallinacé, qui prospère surtout dans les environnements froids et enneigés, se retrouve dans des forêts vosgiennes durement touchées par le réchauffement climatique. Plusieurs associations dénoncent ainsi les conditions particulièrement défavorables et prématurées de sa réintroduction. (Reporterre)
En Guadeloupe, les échouages massifs des sargasses (algues brunes) se sont intensifiés depuis 2011, notamment sous l’effet du dérèglement climatique. À l’instar des algues vertes sur les côtes bretonnes, leur décomposition dégage des gaz toxiques pouvant provoquer divers troubles de santé et endommager appareils et matériaux. À La Désirade, des habitantes témoignent de l’impact de ces nuisances sur leur quotidien, jusqu’à devoir cesser de travailler. (Street Press)
À Tonnay-Charente, près de la moitié des 92 parcelles analysées autour de l’ancienne usine d’engrais Timac Agro présentent des sols jugés incompatibles avec un usage résidentiel et l’autoproduction alimentaire, en raison d’une pollution aux métaux lourds. Fin juillet, la préfecture a ordonné à l’entreprise de présenter sous six mois un plan de dépollution, tandis que les habitant·es craignent de devoir quitter leurs maisons. (L’Humanité)
De nombreux jeunes adultes lassés de l’hyperconnexion troquent leurs smartphones contre des téléphones à clapet ou des appareils volontairement bridés. L’objectif est de réduire l’addiction en réintroduisant une friction matérielle volontaire, bien que l’absence d’outils et d’applications modernes complique cette transition vers la déconnexion. (GNT)
Aux Journées d’été des Écologistes à Grenoble, Marine Tondelier a de nouveau appelé les forces de gauche à dépasser leurs divisions pour construire une candidature commune face à l’extrême droite en 2027. Alors que son propre parti est partagé entre plusieurs stratégies, elle estime qu’une victoire de la gauche est encore possible et défend l’écologie comme « la mère de toutes les batailles ». (le Monde)
Les universités d’été de La France insoumise réunissent cette année à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, 6 000 personnes préinscrites, soit deux fois plus que les années précédentes. Cette affluence record intervient à quelques mois de la présidentielle de 2027. (Le Dauphiné Libéré)
– Mara Pron
Photo de couverture : sargasses échouées sur les côtes caribéennes / WikimediaCommons
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Simon Verdiere
De nombreuses générations d’enfants ont connu le modèle traditionnel de la cour d’école entièrement recouverte de bitume et même parfois privée de tout végétal. Aujourd’hui, de plus en plus d’établissements expérimentent d’autres manières d’aménager leurs cours, en laissant davantage de place à la nature. Une configuration qui offre de multiples avantages, notamment en termes écologiques […]
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[Article initialement publié le 13 mai 2024, mis à jour le 19 août 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 4 min]
En juin dernier, des parents très inquiets se sont mobilisés pour limiter la surchauffe des salles de classe, devenues de vraies fournaises.
Pourtant, avec des moyens et une organisation collective anticipée, végétaliser une cour de récréation pourrait devenir vital. Opter pour cette solution permettrait de lutter activement contre l’emballement climatique, mais aussi d’ouvrir l’esprit des plus jeunes à des problématiques environnementales et sociales. Mr Mondialisation vous présente à nouveau cinq raisons de généraliser cette idée à tous les établissements scolaires.
Si les environnementalistes se battent pour limiter l’intensité du réchauffement climatique, celui-ci est inévitable et a d’ailleurs déjà bien commencé. Résultat, les fortes températures, les sécheresses et les canicules vont se multiplier ces prochaines années.
Or, les espaces artificialisés, en particulier avec du bitume noir, favorisent grandement les îlots de chaleur. À l’inverse, les végétaux peuvent rafraîchir une zone, notamment grâce à l’ombre que peuvent offrir les arbres.
En outre, les plantes ont également l’avantage de capturer du CO2 et donc de contribuer à limiter le dérèglement climatique. Enfin, retirer le bitume permet aussi au sol d’absorber l’eau de pluie et faciliter son cycle naturel.
C’est un rapport que l’on fait sans doute moins spontanément, et pourtant, une cour végétalisée offre plusieurs avantages au niveau de la socialisation des enfants. Elle permet d’abord de diversifier les jeux et mieux intégrer les filles.
En effet, les espaces traditionnels mettent fréquemment les garçons à l’honneur, notamment avec un terrain de football qui occupe généralement une place centrale dans l’école. Un sport qui a tendance à moins intéresser le genre féminin, qui de fait reste souvent en marge, comment le montre une enquête de l’UNICEF.
Avec une organisation spatiale différente, les enfants peuvent participer à plus d’activités ludiques et améliorer leur relation et leur coopération. Cette diversité permet en outre aux occupations des uns de ne pas empiéter sur celles des autres et donc de mieux cohabiter et intégrer tout le monde.
Une étude néerlandaise établit un lien de cause à effet entre la présence de la verdure et la diminution de l’agressivité, la violence et le harcèlement entre enfants. Il faut dire que de nombreuses recherches confirment également que le contact avec la nature fait énormément baisser le stress.
Mais ce n’est pas tout, puisque cette exposition améliorerait aussi le système immunitaire, les capacités motrices (notamment par la diversification des jeux et l’interaction avec l’environnement) et l’estime de soi. Elle inciterait les enfants à se dépenser. Et pour couronner le tout, le contacte avec la nature augmenterait tout simplement la sensation de sérénité.
En présence d’un terrain vide, bétonné et sans vie, il est sans doute beaucoup plus simple de surveiller les élèves. Et c’est probablement pour cette raison que les cours d’école modernes ont été conçues ainsi.
Et pourtant, pour évoluer de façon équilibrée, un enfant a, à l’inverse, besoin d’être stimulé, pour pouvoir rêver, escalader, manipuler, construire, inventer, ou encore se cacher. La diversité des espaces offerts par la végétalisation peut contribuer à fournir les éléments nécessaires à tous ces besoins.
Ce foisonnement va aussi permettre de développer une plus grande créativité à travers tout un imaginaire, mais également à encourager la curiosité et à porter un intérêt réel et empathique à tout ce qui entoure l’écolier.
Dans un monde où l’urbanisation est galopante et où les écoles en milieu rural ferment les unes après les autres, les établissements scolaires sont de plus en plus situés dans les agglomérations où la nature est elle-même déjà bien discrète.
Pour beaucoup d’enfants citadins, il n’existe donc presque plus aucun moyen de se connecter avec elle et d’apprendre à la respecter et à la protéger. Dans ce contexte, les cours végétalisées peuvent devenir une fabuleuse façon d’atteindre ces buts.
Mieux, elles peuvent même prendre une dimension éducative avec une participation au jardinage, à la découverte des plantes ou encore à l’observation de la biodiversité (notamment les insectes et les oiseaux) favorisée par une telle configuration. Et dans une époque où la défense de la planète s’avère de plus en plus cruciale, ouvrir les futurs citoyens à ce genre d’enjeux apparaît comme une nécessité absolue.
– Simon Verdière, mise à jour par Mara Pron
Photo de couverture de Vitolda Klein sur Unsplash
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Mr Mondialisation
L214 publie des images tournées les 3 et 4 août 2026 dans deux sites d’un élevage porcin des Côtes-d’Armor lié à la coopérative Eureden. Plus de 300 cadavres de cochons et de porcelets y sont visibles, certains momifiés ou réduits à l’état de squelettes, tandis que des animaux vivants évoluent encore au milieu des morts. […]
The post Tribune : L214 révèle 300 cadavres de cochons dans un élevage Eureden first appeared on Mr Mondialisation.[Temps de lecture estimé : ~ 3 min | Images sensibles]
Les situations d’abandon d’animaux ne sont malheureusement pas inconnues dans les élevages intensifs. Mais les images tournées dans ces deux sites de la SCEA du Tertre És Lys montrent une situation qui dépasse les cas habituellement documentés. Dans plusieurs bâtiments, des cadavres de cochons sont laissés à même les cases d’élevage, parfois depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Certains corps sont momifiés, d’autres réduits à l’état de squelettes presque complets. Des restes d’animaux jonchent les sols, dans des cases vides ou à proximité de cochons encore vivants.
Au total, plus de 300 cadavres sont visibles sur les images tournées dans les deux sites. À Saint-Carreuc, plusieurs salles contiennent des cadavres dans un état de décomposition très avancé. À Hénon, une salle entière est jonchée de cadavres, tandis que des cochons sont encore en vie dans l’exploitation.
Ces corps délaissés témoignent d’une situation d’abandon massif et d’une absence manifeste d’évacuation des cadavres. L’état très avancé de décomposition de certains animaux laisse penser qu’ils sont morts depuis plusieurs semaines, voire depuis plusieurs mois pour certains.

L’élevage modèle d’Eureden vire au charnier
Quelques semaines avant la découverte de ces cadavres, cet élevage qui a perçu 18 318 € d’aides de la PAC pour la période d’octobre 2024 à octobre 2025, faisait l’objet d’une importante communication de la coopérative agro-industrielle Eureden. Le 19 juin 2026, une journée portes ouvertes y a réuni environ 500 personnes autour d’un bâtiment présenté comme l’avenir de l’élevage porcin, avec un fort accent mis sur le « bien-être animal ».
Sur le site de Hénon, dans le bâtiment d’une maternité porcine équipée de cases dites « liberté », les images révèlent une véritable hécatombe de porcelets. Selon les constats réalisés sur place, environ 80 % des porcelets sont morts, soit plus de 200 animaux.
Cette affaire est d’autant plus révélatrice qu’elle ne concerne pas un élevage marginal, caché loin des regards. Il s’agit au contraire d’un élevage vitrine, présenté comme un modèle de modernité et de bien-être animal. Dans un article publié par la revue Sesame de l’INRAE, des chercheurs posent clairement les limites de la vision d’un élevage intensif « amélioré » :
« non, améliorer le bien-être des animaux dans les systèmes intensifs n’est pas possible ».
Certaines mesures peuvent réduire des souffrances concrètes, et L214 se bat pour qu’elles soient mises en œuvre, mais elles ne doivent pas masquer les limites structurelles de ces systèmes. Derrière les innovations de bâtiment et les éléments de langage, les animaux sont pris au piège dans des bâtiments fermés, privés de leurs besoins les plus fondamentaux.
L’association saisit le procureur de la République du tribunal judiciaire de Saint-Brieuc pour mauvais traitements (code rural) et abandon d’animaux (code pénal). L’association signale les faits aux services de la préfecture des Côtes-d’Armor afin qu’une intervention urgente soit diligentée.
L214 demande la fermeture immédiate de l’exploitation, la mise à l’abri des cochons encore vivants et l’interdiction pour l’exploitant de détenir ou d’exercer une activité auprès d’animaux. L’association interpelle également Eureden sur son absence d’engagement à respecter le Pig Minimum Standards, un ensemble de critères minimaux destinés à mettre fin aux pires pratiques de l’élevage intensif des cochons.
Il s’agit de la deuxième enquête menée par L214 dans un élevage de cochons fournissant Eureden en trois mois, après une première enquête au mois d’avril dans une maternité collective du Morbihan.
Pour Sébastien Arsac, directeur des enquêtes de L214 : « Ce que montrent ces images est difficilement soutenable, même pour une association habituée à documenter les pires pratiques d’élevage. Les truies vivent au milieu des cadavres de leurs porcelets, des cochons adultes sont abandonnés jusqu’à devenir des squelettes, laissant imaginer l’agonie précédant la mort de ces animaux.
Nous parlons de plus de 300 cadavres dans une exploitation liée à Eureden, présentée il y a quelques semaines comme un modèle de l’élevage porcin de demain. C’est l’un des pires cas d’abandon que L214 ait jamais documentés depuis sa création. Les services de l’État doivent intervenir sans délai : cet élevage doit fermer, les animaux vivants doivent être mis à l’abri et les responsabilités doivent être établies. »
Une pétition que vous pouvez signer complète l’appel au Sauvetage du Siècle.
– L214
Photo de couverture : Capture d’écran d’une vidéo des portes ouvertes de la SCEA du Tertre És Lys
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Mr Mondialisation
Fondée en 1928, la Confédération Nationale Défense de l’Animal (CNDA) réalise un travail plus discret que d’autres associations bien plus connues du grand public. Pourtant, son combat contre la maltraitance animale prend différentes formes essentielles. Rencontre avec Bruno Navarro, son délégué général. Il est des associations dont on entend peu parler. C’est le cas de […]
The post Depuis 1928, elle se bat pour les animaux : dans les coulisses de la CNDA, presque centenaire et pourtant méconnue first appeared on Mr Mondialisation.Il est des associations dont on entend peu parler. C’est le cas de la Confédération Nationale Défense de l’Animal. Elle agit pourtant depuis près d’un siècle auprès des animaux domestiques. Moins populaire que d’autres grands noms de la protection animale, elle n’en est pas moins présente dans 97 départements français.
Son mode d’action se décline sous forme d’aide apportée aux refuges fédérés, de pédagogie, d’actions en justice ou encore de sauvetages. Grâce à la force de son réseau et le travail d’une équipe soudée et dévouée, la CNDA parvient à sauver plus de 200 000 animaux chaque année.
Elle est également particulièrement présente et vigilante face aux contenus de maltraitance diffusés sur les réseaux sociaux. Suite à sa plainte déposée à l’encontre d’un influenceur pour sa vidéo malmenant un chien, Bruno Navarro, délégué général de la CNDA, a accepté de faire le point avec Mr Mondialisation.

Bruno Navarro : « La Confédération Nationale Défense de l’Animal, souvent appelée CNDA, va fêter son centenaire en 2028. Par le nombre de refuges, c’est l’organisation la plus importante en France. Nous confédérons environ 260 associations de protection animale dans l’Hexagone ainsi qu’aux Outre-Mers. La particularité, c’est que les gens qui viennent se confédérer dans notre organisation sont des associations dites « indépendantes ». Elles ont chacune leur propre statut, leurs propres moyens de subsistance, etc.
Ce que nous apportons en tant que confédération, c’est un appui sur tous les aspects de la gestion quotidienne d’un refuge. À savoir ce qui a trait au bien-être animal, les problématiques rencontrées dans les gouvernances, les relations en termes de droit social vis-à-vis des salariés… Enfin, nous sommes une association reconnue d’utilité publique, ce qui nous autorise à traiter pour le bénéfice de ces associations les dons et les legs que le public peut leur attribuer. »

Bruno Navarro : « Cette confédération est composée d’un conseil d’administration de 12 membres bénévoles. Le siège de la confédération se situe à Lyon et comporte 10 salariés, dont moi-même. Et en tant que délégué général, je mets en œuvre la politique décidée par le bureau du conseil d’administration. Celui-ci est constitué de cinq membres: un président, deux vice-présidents, un trésorier et un secrétaire général.
Bénévoles et salariés sont tous arrivés chez la CNDA parce qu’ils ont chevillé au corps la protection animale. Ils sont impliqués au quotidien, et remarquables d’engagement et de stabilité émotionnelle. Parfois pourtant, c’est très difficile parce qu’ils font face chaque jour à la violence et à la maltraitance. Il faut être là pour les soutenir. »
« plus on entre dans la crise économique, plus la subsistance de nos refuges devient critique. »
Bruno Navarro : « Essentiellement de la générosité du public. Ce qui explique d’ailleurs que, plus on entre dans la crise économique, plus la subsistance de nos refuges devient critique. L’une des grandes questions posée par les refuges, c’est comment nourrir les animaux et comment les soigner. Nous assistons à une explosion des prix de l’alimentation animale, ainsi qu’à celle des interventions vétérinaires, que ce soient les médicaments ou les actes vétérinaires en eux-mêmes. Nos actions servent donc à aider financièrement ou matériellement les refuges qui en ont le plus besoin. »

Bruno Navarro : « Nous combattons systématiquement ces vidéos. Un animal ne peut pas être un accessoire de divertissement, ni l’instrumentalisation du désir de faire mal. En l’occurrence, lorsqu’un influenceur fait souffrir, terrorise ou maltraite un animal pour obtenir des vues, notre réaction s’inscrit dans le refus que la souffrance de l’animal devienne un outil de communication. Nous ne pouvons pas accepter ce passage systématique de la maltraitance à la mise en scène.
Pourquoi ? Parce que derrière, on a quelqu’un qui, pour obtenir des vues et augmenter le nombre des abonnés, voire parfois obtenir de l’argent, va mettre en scène volontairement une maltraitance, la filmer et puis la diffuser. Il s’agit d’un enchaînement d’actes tout à fait réfléchi et conscientisé, dans un but que nous ne pouvons pas accepter. »

Bruno Navarro : « En fait, il s’agit d’un cercle vicieux. C’est via les réseaux sociaux que l’alerte concernant une maltraitance se propage. Donc, le sujet, c’est à la fois d’utiliser intelligemment ces réseaux sociaux, mais également d’attirer l’attention du public. En effet, relayer des scènes de maltraitance, c’est apporter de l’eau au moulin de celui ou celle qui l’a causée, dans la perspective de faire de l’audience.
Le vrai sujet est double. C’est d’abord celui de la modération sur les réseaux sociaux, mais aussi de l’éducation du grand public, en expliquant qu’il ne faut surtout pas relayer ce type de contenu, mais le signaler auprès de plateformes comme Pharos. De ce point de vue, nous avons probablement une œuvre de sensibilisation à mener. Je suis en pleine réflexion avec les administrateurs sur la façon dont nous pourrons faire cela, dès septembre. »
Bruno Navarro : « J’ai pris la décision, il y a maintenant deux ans, de créer un véritable service juridique au sein de la CNDA. Une salariée, juriste, s’occupe activement de gérer ce genre d’affaires. Elle travaille avec un certain nombre d’avocats spécialisés, notamment dans le droit des animaux. Nous sommes donc déjà sur un certain nombre d’affaires, et avons obtenu des décisions de justice avec des sanctions à la clé. Soit le maltraitant se voyait retirer l’animal, soit il recevait une interdiction pendant plusieurs années, voire ad vitam aeternam, d’en détenir un. Mais il y a encore du chemin à parcourir… »
« il faudrait intégrer dans les programmes scolaires de vraies actions éducatives pour expliquer aux enfants qu’un animal est un être sensible. »
Bruno Navarro : « Il y a des progrès, certes, mais il faut probablement aller plus loin. Il y a désormais notamment un référent animal dans chaque gendarmerie. Des progrès ont été faits, mais plus largement, je pense qu’il faudrait intégrer dans les programmes scolaires de vraies actions éducatives pour expliquer aux enfants qu’un animal est un être sensible.
C’est un tout, complexe. S’y mêlent la volonté des pouvoirs publics, la sensibilité des politiques, la création de programmes éducatifs, la capacité des juges à faire dire la loi avec suffisamment de fermeté et faire en sorte que les peines soient véritablement appliquées… Ou encore l’audience que l’on peut donner aux institutions de protection animale comme la CNDA, peu connue du grand public et qui ne vit pourtant que de sa générosité. »

Bruno Navarro : « Oui, car nous travaillons de façon générale sur la question du lien humain-animal. Nous savons tout d’abord que lorsqu’il y a des violences intra-familiales, du fait de l’homme dans environ 97% des cas, l’animal en est souvent directement victime. Ou bien, il peut être instrumentalisé de deux façons. La première, c’est de menacer de lui faire du mal si femme et enfants ne se soumettent pas aux volontés du maltraitant. La deuxième, pour éviter que la femme parte avec les enfants, leur prédateur dit qu’il va se venger sur le chien, le chat ou le hamster.
Des situations qui font que, souvent, la femme battue préfère rester au foyer quel qu’en soit le coût à payer, pour sa santé et même sa vie. Nous avons donc signé deux protocoles que nous avons appelés « Violence intra-familiale ». L’un, avec le parquet général de Toulouse, l’autre, avec le parquet général d’Aix-en-Provence. Et d’autres encore vont suivre, car nous y travaillons activement.
« lorsqu’il y a des violences intra-familiales, du fait de l’homme dans environ 97% des cas, l’animal en est souvent directement victime »
À ce titre, dès lors que le juge a connaissance de violences intra-familiales et qu’il y a un animal au foyer, il alerte la CNDA qui, sur réquisition du juge, récupère l’animal et le met à l’abri dans un endroit qui est tenu secret vis-à-vis du maltraitant. Cela donne le temps à la victime de se retourner afin de trouver une solution pérenne pour l’animal. Et pendant ce temps-là, la CNDA prend en charge tous les frais, alimentation ou vétérinaires. C’est une avancée sur laquelle je fonde beaucoup d’espoir. »

Bruno Navarro : « Nous essayons de nous battre contre la double peine encourue par les chiens maltraités puis abandonnés. À chaque fois que je peux, je tente de sortir les chiens de la fourrière. Après cela, il faut leur trouver des points de chute dans les refuges, puis des financements avec de bons éducateurs pour les remettre sur les rails. Malgré un passé éprouvant, nous avons par exemple eu un chien remarquable, Usko, qui a réappris à faire confiance en l’humain et a fini par trouver un maître.
Quand il est parti, nous avions tous les larmes aux yeux parce qu’on savait que ce chien le méritait amplement. Alors que si vous l’aviez vu au sortir de la fourrière, je vous assure qu’il fallait y croire, et oser. C’est malheureusement la réalité quotidienne et tragique de ces animaux que les humains maltraitent. Alors, quand nous pouvons les aider et les sauver, c’est sans doute la plus belle des récompenses. »
– Entretien réalisé par Marie Waclaw
Photo de couverture : ©CNDA
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