19.10.2026 à 22:29
Rendez-vous mardi 20 octobre à 11h devant le commissariat de Saint-Denis avenue Jean Moulin.
Rendez-vous mardi 20 octobre à 11h devant le commissariat de Saint-Denis avenue Jean Moulin.

Communiqué des personnels mobilisés du lycée Paul Éluard
Depuis dimanche soir, trois lycéen-nes de Paul Éluard à Saint-Denis ont été arrêté-es dans des conditions violentes et indignes, et un autre a été frappé :
Parallèlement, un membre du personnel du lycée, qui se promenait dans les rues de Saint-Denis, a subi des jets de gaz lacrymogène venant d'une voiture de police, dont les passagers l'ont dévisagé en ricanant.
Ces violences sont cohérentes avec les recommandations du ministre Laurent Nunez, qui a appelé les forces de l'ordre à ne faire preuve d'aucune retenue. Elles témoignent aussi d'un sentiment d'impunité de la police, encore plus marqué que d'habitude. Elles semblent enfin relever d'une vendetta personnelle du commissariat de Saint-Denis, ciblant certains élèves déjà identifiés, mais plus généralement les lycéen-nes de la ville.
19.10.2026 à 08:00
Certaines tendances politiques ont pour fâcheuse habitude de propager des thèses paranoïaques dès qu'une situation échappe à leurs contrôles.
Certaines tendances politiques ont pour fâcheuse habitude de propager des thèses paranoïaques dès qu'une situation échappe à leurs contrôles.
Certaines tendances politiques ont pour fâcheuse habitude de propager des thèses paranoïaques dès qu'une situation échappe à leurs contrôles.
Ces derniers jours, réitérant une mascarade qu'ils nous ont déjà servi, c'est Mélenchon puis Olivier Besancenot qui ont pris la parole pour stigmatiser, dénigrer, et amalgamer les casseurs à leurs propres ennemis : les flics.
JLM a posté, le lendemain de la mort de Rémi Fraisse, un statut Facebook accusant les militants qui ont directement affronté la police sur la Zad d'être des clochards avinés et puants, d'extrême droite, et probablement payés par l'État ou les pro-barrage du Testet pour « décrédibiliser » le mouvement d'opposition et d'occupation...

Une semaine après, c'est à Besancenot de relayer cette rumeur pendant le journal de bfmtv
Il y montre des photos tirées d'une manifestation à Nantes
où l'on voit des policiers en civil, cagoulés. Selon lui, ils y sont pour « organiser directement ou indirectement des violences urbaines » ; et il réclame une commission d'enquête sur les casseurs.
Pourtant, qu'est ce qu'un casseur ? un-e individu-e qui casse. Pas un style vestimentaire, n'en déplaise à certains. Ni un équipement, n'en déplaise à d'autres.
Est-ce que porter une cagoule fait de toi un casseur ?
Est-ce que casser des vitrines, des banques,...fait de toi un flic ? Avec toutes ces accusations, tout cet amalgame entre policiers et casseurs ; est-ce qu'on ne risque pas de priver les militants/manifestants de choisir leurs modes d'actions ?
C'est pourquoi nous nous demandons :
Quelles preuves nous ont été données ?
Y-a-t-il des vidéos, des photos de flics en train de casser ?
Aucune...Concrètement à l'heure actuelle aucune image (photos ou vidéos) montrant des policiers en train de casser quoi que ce soit n'a été publiée. Donc, sur quoi se basent ces accusations ? Les seules images qui ont été présentées sont des photos d'individus comme à Nantes, clairement identifiables comme policiers, grâce à leurs brassards ou bien au groupe au milieu duquel ils se trouvent (s'ils ne portent pas leurs brassards).
Existe-t-il des photos/vidéos de ces mêmes personnes tour à tour en train de casser, puis en train de discuter tranquillement avec des policiers ?
Les médias seraient-ils complices de ces exactions en coupant au montage les vidéos, ou en dissimulant des photos ?
Les journaflics ont-ils pour habitude de laisser filer un scandale ou un titre accrocheur ?
Et quand bien même, en admettant qu'ils puissent marcher main dans la main avec la police : pourquoi, à l'heure des smartphones et du cop watching, n'y a-t-il personne pour nous amener des preuves concrètes sur l'existence de tels agents provocateurs ?
On vous laisse répondre vous mêmes à ces questions.
En 2010, à Paris, Mélenchon accusait déjà des casseurs d'être des flics.
Grâce à Youtube - terreau fertile des paranoïas contemporaines, et qui donne l'impression que l'on a tout vu sans jamais rien voir - Jean-Luc Mélenchon, ex-coprésident et actuel militant du Parti de gauche, a cru voir dans une vidéo de Reuters sur la manifestation du 16 octobre 2010 des flics casser une banque et malmener un citoyen qui venait les en empêcher.
Policier en casseur la vidéo polémique
Il accusait celui que les médias ont appelé le « ninja » et d'autres manifestants autour d'être des policiers-casseurs, déguisés. Cette accusation a déclenché une polémique qui a enflé autour du « ninja » et à l'égard des casseurs en général.
Mais le 28 octobre, le ninja a été identifié et interpellé par la police -lassée de la polémique- puis jugé et condamné à 1 an de prison, dont 6 mois fermes.
Et ce n'est pas Mélenchon, porteur de ces accusations, qui a purgé la peine de ce camarade, qui n'est pas policier.
Y-a-t-il déjà eu des flics parmi les casseurs ?
Aujourd'hui, on peut affirmer que la police a déjà infiltré et infiltre peut être encore les milieux militants, comme le montre le témoignage du 23 janvier 1982 On m'appelait l'étudiant, recueilli par Georges Marion pour le Nouvel Observateur ; ainsi que le cas de Marc Kennedy, en Europe.
On ne nie donc pas que des policiers puissent être infiltrés dans des réseaux militants, en tant que militants actifs : comme les deux cas cités précédemment, on les considère comme nos ami-e-s, et ils gagnent notre confiance en nous imitant.
Parmi ceux-là il peut y avoir des casseurs, mais on ne l'apprendra peut-être jamais.
Pendant les manifestations, il y a aussi des anonymes, flics de la bac ou RG, qui viennent en tant qu'observateurs ou poukaves ; et rejoignent les lignes de CRS après nous avoir brièvement fait croire qu'ils venaient participer à la manif, dans son cadre légal.
Pourquoi les flics casseraient-ils ?
Est-ce qu'il est possible qu'un commissaire/préfet/ministre de l'Intérieur donne l'ordre à ses policiers de détruire des centre-ville, dans le seul but de « décrédibiliser » un mouvement ?
Est-il possible que le pouvoir - alors même qu'il est renseigné sur l'existence de militant-e-s « agité-e-s » qui lui en veulent au point d'adopter des modes d'actions illégaux/offensifs - décide de les aider en brisant plus de vitrines ?
On pourrait imaginer que la police choisisse ce mode d'action (les flics « déguisés » en casseurs qui poussent au Crime...) pour justifier la répression des manifestations.
Mais, apparemment, il n'y a pas besoin de ça pour justifier la répression à Paris : les militants n'ont même pas eu le temps de rêver à une émeute qu'ils étaient déjà entassé-e-s dans des fourgons.
Alors, est-ce que pendant un rassemblement/une manifestation, les énervé-e-s qui se (re)connaissent ont besoin d'inconnus pour les exciter contre le Capital, l'État, et ses sbires ?
Il faut croire que pour Olivier et Jean-Luc, les gens ont si peu de raisons d'être en colère qu'il est improbable qu'ils choisissent des actions offensives pour manifester leur mécontentement...sans y être poussés par les keufs.
Sous-entendraient-ils que Rémi aurait couru vers le conflit, non pas à la vue de militants affrontant des gendarmes mobiles, mais engrainé par un policier « déguisé en casseur » ? D'ailleurs, on aimerait bien connaître les chiffres des flics « déguisés en casseur » mutilés par les armes de leurs collègues.lolilol...
On se demandera également combien de flics ont bien pu participé -en tant que casseurs- au lancement des émeutes de 2005 en france, après la mort de Zyed et Bouna... Besancenot et Mélenchon ont-ils accusé la police d'infiltrer les rangs des émeutiers, à ces moments-là ?
Quels effets ont ces accusations sur nos luttes et sur nos vies ?
Nous avons décidé de réagir en écrivant ce texte parce que ces accusations sans fondement mènent à un amalgame entre les flics et les casseurs. Cet amalgame est dangereux dans la mesure où il nous dépossède des modes d'actions que l'on peut choisir pour s'exprimer, pour être entendus. Celles et ceux qui auront décidé de s'attaquer directement, frontalement, aux symboles du pouvoir se verront accusés soit d'être des flics manipulateurs, soit d'être des suiveurs qui se laissent influencer par des flics.
Porter ces accusations publiquement et sans éléments de preuve, en tant que militants, c'est se désolidariser de ceux et celles qui choisissent des modes d'action dits « violents », parce qu'illégaux : attaque de la propriété privée, réponses aux charges et provocations de la police, sabotage des outils de production, fauchage de champs OGM, occupations de lieux, manifestations sauvages...
C'est les mettre en danger pendant leurs actions, parce qu'en plus de la police, d'autres militants peuvent se retourner contre eux (par peur que ce soit des flics ou qu'ils « décrédibilisent le mouvement »).
Mais c'est aussi les mettre en danger parce que cette absence de soutien les isole et rend plus dure la répression à leur égard.
Solidarité entre tous les opprimé-e-s !
A bas les chefs, à bas les flics, à bas l'état !
signé : anti-shmitts gang
19.10.2026 à 08:00
Quand les jeunes prolos prennent les quartiers riches, autrefois envahis par les Gilets Jaunes, les manifestations ennuyeuses et inutiles ont tout de suite plus de gueule. Une nouvelle illustration (si c'était encore nécessaire) que dépasser le train-train mou du République-Bastille-Nation, c'est vital pour faire perdurer la révolte en cours.
Quand les jeunes prolos prennent les quartiers riches, autrefois envahis par les Gilets Jaunes, les manifestations ennuyeuses et inutiles ont tout de suite plus de gueule. Une nouvelle illustration (si c'était encore nécessaire) que dépasser le train-train mou du République-Bastille-Nation, c'est vital pour faire perdurer la révolte en cours.

On en parlera sûrement quelques temps du 17 octobre 2026 : ce retour de l'émeute, des affrontements, des barricades et du pillage.
Ça avait un goût de gilets-jaunes mais avec moins de gilets jaunes en proportion. C'était plus jeune, et pour beaucoup, habillés en noir de la tête au pied. C'est rassurant de voir les bons réflex se diffuser.
1) pas de banderoles et peu de slogans même si certains sont très drôles (« plus de Master, moins de Poulet »)
2) pas de République-Bastille-Nation, d'ailleurs pas de trajet de manifestation du tout
3) pas les emmerdants et cringe « ou sinon, ça va péter »
4) du folklore gauchiste « Siamo » et « Acab », certes en masse, mais qui paraissait relativement bien mou à côté des pillages et des affrontements
5) un retour dans les quartiers riches, autrefois envahis par les Gilets Jaunes en 2018 : Grand boulevards, Opéra, Saint-Lazare, Saint-Augustin, Les Champs, ...
Juste des affrontements, des barricades, du pillage. De midi à Minuit (et probablement encore beaucoup plus tard pour les plus endurantes et endurants).
Une bien belle journée et de l'espoir :
Ici ça vote pas Mélenchon, ça parle pas du retour du fascisme H24 que pour faire du chantage électoral ou pour faire mousser sa boutique militante ou sa petite lutte atomique incompréhensible. Ça parle pas de la fête de l'huma. Ça fait pas des discours grandiloquents sur « la vision tactique », ou sur « c'est quoi être conséquent ».
Bien sûr, faut pas être dans le déni non plus : la dynamique mondiale est au retour de l'extrême-droite au pouvoir et tout ce que ça implique de ... ténèbres. En attendant, cette manifestation ne change rien à la donne, si ce n'est se donner de la force et se compter pour les années sombres qui nous attendent. Le réchauffement climatique, les perspectives autoritaires, le techno-fascisme, le désanchentement est général. Le « 40 par classe », les moyens de l'enseignement et de la recherche, « l'état des toilettes du lycée », même si c'est réel et sordide, passent un peu à la trappe.
Il est bien évidemment impossible d'avoir une vue d'ensemble de ce qui s'est passé, à Paris et dans tout le reste de la France. Mais on peut au moins dire ce que sur Grands Boulevards, ça a été affrontements, charges, contre-charges pendant plusieurs heures. Madeleine, idem (les vitres du Decathlon sont plus solides que celles du Franprix). Ça s'est vengé plus tard sur tout le reste autour.
On résiste mal aux lacrymos, on perd souvent beaucoup de terrain et ça court un peu dans tous les sens parfois quand juste reculer un peu suffirait à laisser les flics s'autointoxiquer avec leur gaz de merde. Comme pour les Gilets Jaunes, les Champs Élysées, c'est compliqué, c'est trop grand, on y reste pas. Des fois des barricades se font temporairement enlever pour laisser passer les pompiers... qui vont éteindre un feu qu'on rallumera 5 minutes après. Les Brav sont ultraflippants à rouler à 90km/h en te frollant. Ils sont toujours aussi bêtes et idiots. Ils viennent souvent que pour enlever la barricade et reprendre une intersection que tu réinstalles 5 minutes après aussi.
Dans les semaines à venir, ils feront tout pour nous parquer comme des moutons à République et à Nation. Pour organiser des débats avec des représentants qui ne représentent qu'eux-mêmes et dont on ne veut pas. On fera tout pour bordéliser le centre de Paris et les quartiers de riches.
Des manifestantes et manifestants.
19.10.2026 à 08:00
Ca marche pour Lyon, mais pour partout aussi.
Idéalement, ne traînez pas avec les objets que vous avez récupéré pendant un petit moment, c'est frustrant, on sait, mais vous chérirez d'autant plus ces objets et les souvenirs qui vont avec si vous ne vous faite pas péter !
Ca marche pour Lyon, mais pour partout aussi.
Idéalement, ne traînez pas avec les objets que vous avez récupéré pendant un petit moment, c'est frustrant, on sait, mais vous chérirez d'autant plus ces objets et les souvenirs qui vont avec si vous ne vous faite pas péter !
Tout le monde est au courant, les magasins de la Presqu'ile et de la Guill' se sont tous fait ouvrir hier pendant de longue longue looooongue heures. Une belle démarche de prix libre dans un monde où tout augmente. Le truc évidemment, c'est que ce genre de chose ne va pas sans répression, alors voici quelques tips !
Lors des derniers grands moments de pillages (notamment les révoltes suite à la mort de Nahel), les flics ont écumé les sites de revente pendant une longue période après le mouvement, en quête d'objets récupérés à prix très libre pour être revendus ensuite. Pour éviter ça, évitez de revendre les trucs dans les mois qui viennent, favorisez le don à des proches ou attendez les périodes intenses d'échange et d'achats de marchandises comme Noël, les fêtes de fin d'année ou l'Aïd...
Idéalement, ne traînez pas avec les objets que vous avez récupéré pendant un petit moment, c'est frustrant, on sait, mais vous chérirez d'autant plus ces objets et les souvenirs qui vont avec si vous ne vous faite pas péter !
19.10.2026 à 08:00
Bilan de la journée en France à 19H30
Des millions dans la rue ? Une mobilisation numériquement comparable à celles du mouvement des retraites
Ce samedi est une journée historique, insurrectionnelle, incroyable. Qui aurait imaginé un tel soulèvement en pleine campagne présidentielle, dans un pays éteint par 10 ans de macronisme, surgie grâce à une une jeunesse héroïque ?
Bilan de la journée en France à 19H30
Des millions dans la rue ? Une mobilisation numériquement comparable à celles du mouvement des retraites
Ce samedi est une journée historique, insurrectionnelle, incroyable. Qui aurait imaginé un tel soulèvement en pleine campagne présidentielle, dans un pays éteint par 10 ans de macronisme, surgie grâce à une une jeunesse héroïque ?
Sur tous les plans, ce samedi 17 octobre rivalise voire dépasse en intensité les actes les plus renversants des Gilets jaunes. Partout en France, ou presque, la situation est hors de contrôle. Hier le gouvernement disait tranquillement qu'il s'attendait à 100.000 personnes dans la rue : il y en au minimum 10 fois plus. Mais c'est surtout le nombre d'actions qui impressionne. Tour de France :
Selon un éditorialiste de Valeurs Actuelles, une « source policière » lui confie ce soir : « La situation est hors de contrôle à Paris. Des collègues commencent à être juste au niveau munitions. Il y a des cortèges sauvages dans tous les sens. On court partout et on recule beaucoup ». La nuit s'annonce bouillante, et ce n'est qu'un début.
Des millions dans la rue ? Une mobilisation numériquement comparable à celles du mouvement des retraites
L'appel est parti d'un compte Tiktok il y a quelque semaines, il a embrasé la France, et c'est désormais une déferlante inarrêtable. Entre temps, le régime a tenté de terroriser les lycéen·nes en lutte et la crise sociale n'a pas cessé de s'aggraver. À présent, le vase déborde, et le peuple demande des comptes.
Ce 17 octobre, au-delà des affrontements hors du commun dans toutes les villes de France, c'est une véritable marée humaine qui prend les rues.
Nous sommes des centaines de milliers, sans doute des millions de personnes à manifester, bravant la répression et la propagande.
Par exemple, à Nantes, nous n'avions pas vu une aussi grosses manifestations depuis le sommet du mouvement des retraites de 2023 : à l'époque, la CGT revendiquait plus de 3 millions de personnes dans la rue ! À Paris, les cortèges ne se comptent plus et les places débordent, c'est absolument colossal. À Perpignan, Lille, Nice, Toulouse, Bordeaux, c'est gigantesque.
Jamais autant de monde n'était descendu dans la rue suite à un appel totalement auto-organisé, autonome, relayé sur les réseaux sociaux, sans soutien de partis ni de centrales syndicales.
Montrez ces images autour de vous, avant que les médias ne parlent d'un « essoufflement ». Le pouvoir peut trembler, car c'est un peuple qui se lève.
19.10.2026 à 08:00
Article de Cerveaux Non Disponibles sur la journée du 17 octobre. Source : instagram
Article de Cerveaux Non Disponibles sur la journée du 17 octobre. Source : instagram
Bourgeois spoiler : vous ne trouverez dans ce texte aucune condamnation ni prise de distance à l'égard des prétendues « dérives violentes » de cette journée. Si cela vous dérange, passez votre chemin et allez lire les analyses du JDD ou de CNews.
La réalité, c'est que, aussi offensive qu'elle ait été, cette journée du 17 octobre n'a fait aucune victime parmi les défenseurs du système. Depuis l'arrivée de Macron au pouvoir, en revanche, des milliers de personnes ont perdu la vie à la suite de décisions politiques prises dans le cadre de ce même système. Ce n'est ni provocateur ni démagogique de l'écrire. C'est une réalité. Terrible. Honteuse.
Ceci étant dit, une chose mérite d'être soulignée : le mouvement Gen Z / Gilets jaunes a réussi son premier rendez-vous face au pouvoir. Rendez-vous compte : depuis plus de six semaines, une partie de la jeunesse annonce qu'elle veut retourner le pays le 17 octobre. Malgré les alertes, les menaces et les craintes affichées par le pouvoir, cette génération est parvenue à renverser Paris, mais aussi de nombreuses villes de France.
L'Élysée a tremblé. Les Champs-Élysées ont été repris. Une mairie est partie en fumée à Limoges, un office de tourisme a également été incendié à Lyon, la résidence de la préfète de Bordeaux incendiée... Et nous ne connaissons probablement encore qu'une infime partie de ce qui s'est réellement passé ce samedi à travers le pays.
Les dégâts infligés au pouvoir ce samedi sont considérables, alors même que le pouvoir s'attendait « au pire ».
À paris, les forces de l'ordre ont été débordées, tant par le nombre de manifestants que par leur détermination et leur organisation. La préfecture en annonce 110 000 manifestants dans Paris. Il y en avait sûrement entre 200 et 300 000 !
Dans les rues, une population très jeune, venue notamment des banlieues, vêtue de noir et de jaune, avec une ambition affichée : reprendre le flambeau des Gilets Jaunes. C'est désormais chose faite. Et pas à moitié. Ce qui rapproche cette Gen Z des Gilets Jaunes de 2018, c'est d'abord le déclassement. C'est le sentiment de n'avoir plus grand-chose à perdre. Et ce n'est pas qu'un sentiment...
Cette France-là, qu'elle soit rurale ou issue des quartiers populaires, ne vit plus vraiment. Elle survit. À peine.
Et lorsqu'on n'a plus le sentiment d'avoir un avenir à préserver, le rapport au pouvoir change radicalement. La confrontation devient envisageable. La rupture cesse d'être une idée abstraite.
C'est précisément ce qui inquiète les classes dominantes. Et c'est aussi ce qui explique, en partie, pourquoi les condamnations risquent de pleuvoir.
À l'extrême droite, à droite, mais aussi à gauche, nombreux seront ceux qui voudront dénoncer, disqualifier et condamner ce qui s'est joué dans la rue.
Mais il y a peut-être autre chose qui inquiète les puissants.
Cette jeunesse venue en masse à Paris depuis les banlieues n'était pas nécessairement là pour casser des vitrines et repartir avec des vêtements de marque. Une partie de ces jeunes, vêtus de noir et de jaune, semblait animée par une ambition autrement plus radicale : faire tomber le pouvoir. Littéralement.
Pour une partie de la population, cette perspective paraît totalement « hors sol », déconnectée des réalités, presque inconcevable. Mais pour cette Gen Z, elle appartient au champ des possibles. Et c'est précisément cela qui fait peur aux puissants.
Car leur monde repose aussi sur une croyance : celle qu'il serait impossible de s'en passer. Impossible de le renverser. Impossible d'imaginer autre chose. Leur pouvoir tient, en partie, à cette illusion. Et toute brèche ouverte dans cette certitude devient une menace.
Reste maintenant une question essentielle : que faire après cette journée objectivement historique ?
Le 17 octobre pourrait bien marquer un tournant. Mais une journée, aussi spectaculaire soit-elle, ne suffit pas à dessiner la suite. Il reste à comprendre ce qu'elle a fait émerger, ce qu'elle révèle de la colère sociale et ce que celles et ceux qui y ont participé vondront en faire.
Ce n'est pas à nous de décider à leur place quand, ni comment, la lutte doit continuer. Ce 17 octobre ressemble à un commencement. Un acte I.
À la jeunesse, désormais, de décider de la suite. Aux plus anciens qui croient encore qu'un autre monde est possible de l'accompagner, de la soutenir et de l'écouter. Sans lui dicter sa conduite, sans lui expliquer comment lutter, sans chercher à canaliser sa colère pour la rendre plus acceptable.
Par ce que cette colère ne nous appartient pas. Et que l'espoir d'un autre monde ne se décrète pas d'en haut.
Le 17 octobre n'était pas une fin.
C'était un premier avertissement.
19.10.2026 à 08:00
Depuis samedi, toutes les chaînes d'infos en continu et les politiques sont en ouin-ouin généralisé sur la casse.
Depuis samedi, toutes les chaînes d'infos en continu et les politiques sont en ouin-ouin généralisé sur la casse.
Ce n'est que du matériel : quand les flics mutilent ou tuent, il n'y a pas le dixième des réactions. La marchandise a beaucoup plus de valeur que des vies humaines dans leur tête.
Les personnes mises à la rue car expulsées de leur logement trop cher, les services publics (on parle pas des keufs ou des matons) sous-financés qui entraînent des morts bien concrètes elles aussi, les politiques de l'éducation qui mènent les adolescent-es au désespoir, les coupes budgétaires dans tout ce qui touche à l'écologie et nous mène droit dans le mur, les autorisations de pesticides qui nous filent directement des cancers, le laisser-faire qui conduit à des infections massives au Covid...
Tout ça, c'est de la vraie violence, qui ne fait tiquer personne en plateau ou à la tête des partis.
De Mélenchon à Tondelier en passant par Faure, Grégoire et Payan, c'est la foire à la dissociation entre les gentil·les manifestant·es et les méchant·es casseur·euses, bien souvent décrit·es comme des bêtes sauvages et déshumanisé·es. Il se passe la même chose quand il y a des révoltes après un meurtre de la police, comme les révoltes pour Nahel en 2023. C'est encore une manière de dépolitiser la casse et le pillage : il y a plein de raisons pour vouloir casser. Ça peut être la rage face à ce qu'on subit au quotidien, ça peut être la volonté de s'en prendre à tout ce qui représente le capitalisme ou l'État, la volonté de se faire enfin entendre, la volonté de créer un soulèvement... Bref, les raisons sont multiples et font tout-à-fait partie de la manifestation.
Un argument avancé est que ça décrédibiliserait la mobilisation, que ça cache les revendications :
Ce que font les politiques de gôôche est finalement normal : iels s'inscrivent dans une démarche réformiste, et sont partisans de l'ordre. On voit bien à leurs regrets que les RG n'aient pas été plus compétents qu'une fois au pouvoir, iels feront tout pour réprimer ce qui bouge (comme l'a fait Hollande). Tout ce qui déborde et est un tant soit peu révolutionnaire les fait grave flipper parce que ça sort de leur petit cadre. On les imagine mal pendant la Commune ou la prise de la Bastille...
Les dernières décennies ont montré qu'il ne servait à rien de demander les choses gentiment. Des manifestations monstres, des votes aux législatives, des pétitions à millions de signatures n'ont strictement rien changé. Au contraire, il a fallu des journées de casse pour obtenir des miettes (augmentation de la prime d'activité) pendant les gilets jaunes. Et pendant ce temps, la police est le seul service public avec l'armée à avoir plus de moyens, plus de blanc sein pour protéger les puissants et les ultras-riches et faire taire la population, lui faire peur et la mutiler, la rendre amorphe, apeurée.
Ce qu'on voit aussi, c'est qu'il y a de plus en plus de gens qui se gavent sur l'exploitation : de plus en plus de milliardaires toujours plus riches, de plus en plus de dividendes versés aux actionnaires. Alors piller des magasins c'est aller chercher directement ce qu'on a produit. Il s'agissait d'une manifestation contre la vie chère : tout ce qui a été pillé participe à réduire le coût de la vie !
Des participant-es au 17 octobre
18.10.2026 à 08:00
Après notre émission sur le début du mouvement lycéen à Lyon, on continue à suivre la mobilisation en passant cette fois la porte des établissements actuellement vides pour voir ce qu'il reste des fameux hussards noirs de la République et comprendre l'origine du malaise qui a poussé autant de jeunes dans les rues.
Après notre émission sur le début du mouvement lycéen à Lyon, on continue à suivre la mobilisation en passant cette fois la porte des établissements actuellement vides pour voir ce qu'il reste des fameux hussards noirs de la République et comprendre l'origine du malaise qui a poussé autant de jeunes dans les rues.
Cette semaine, cela fait déjà près d'une vingtaine de jours que le mouvement lycéen et désormais également étudiant s'est emparé des rues lyonnaises quasi quotidiennement. Partout, les lycées ont encore leurs portes solidement fermées voire barricadées de peur de la résurgence des rassemblement lycéens aux portes des établissements, malgré la répression inédite menée conjointement par la préfecture et le rectorat. Depuis notre dernière émission, où l'on écoutait dans des entretiens fleuves des lycéen-nes lyonnais-es nous parler de leurs premiers blocages, de l'organisation et des perspectives du mouvement, la répression a tenté de dégager la mobilisation des abords des établissements pour lui faire gagner la respectabilité des mobilisation sociales traditionnelles. Pourtant, la jeunesse continue de prouver jour après jour sa détermination à poursuivre le mouvement, selon son propre agenda.
Pour cette émission, on voulait aller voir ce qu'il se passait en interne dans les établissements scolaires pour comprendre l'origine du malaise qui a poussé autant de jeunes dans la rue. On est donc allés tourner dans la manifestation du 13 octobre à Lyon, où l'on écoute à nouveau des lycéen-nes, mais aussi des étudiant-es nous parler de l'avancée de leur mobilisation et la manière dont les établissements du second degré et du supérieur tentent coûte que coûte de mater la révolte en interne en gardant leurs portes fermées. Dans cette même manif', on s'est entretenu avec des profs de lycées de quartiers populaires ayant connu de nombreux blocages qui nous expliquent concrètement ce qu'il se passe dans les établissements fantômatiques depuis ces 20 derniers jours.
On écoute aussi une camarade prof de lettre en réseau d'éducation prioritaire renforcé (REP+) de banlieue lyonnaise, qui revient à notre micro sur les évolutions de l'éducation ces 10 dernières années, sur l'absence complète de démocratie dans les bahuts et sur le fossé grandissant entre l'ordre et la morale pronés par les adultes et les désirs de révolution des jeunes. Pour saupoudrer le tout d'un peu d'histoire, on est allés repiquer les archives du mouvement lycéen de 1971 à Villeurbanne dans le 2e numéro des Informations Rassemblées à Lyon (IRL).
L'émission s'écoute sur notre audioblog, ici, et un peu partout en podcast. Bonne écoute !

Minuit Décousu, c'est un fanzine radiophonique nocturne sur Radio Canut (Lyon et alentours), Radio Vassivière (Limousin) et Cause Commune (Paris/IDF). Semaine après semaine pendant une heure, on en découd avec la nuit et on tire les fils de sons, de textes, d'archives et de voix qui s'entremêlent.
17.10.2026 à 08:00
Ce jour-là, des dizaines d'Algériens ont été noyés dans la Seine ou massacrés par la police française à Paris. C'est un devoir de justice de ne pas l'oublier. Le 17 octobre 1961 alors que la guerre d'Algérie touche à sa fin, le FLN appelle à une manifestation pacifique dans les rues de Paris pour dénoncer le couvre-feu raciste imposé quelques jours plus tôt aux Algériens et par extension à tous les Maghrébins (obligation d'être sans cesse isolé, et interdiction aux travailleurs algériens de sortir de 20h30 à 5h30, les cafés tenus par des musulmans doivent fermer à 19h...). Cette manifestation rassemble environ 30.000 personnes.
Ce jour-là, des dizaines d'Algériens ont été noyés dans la Seine ou massacrés par la police française à Paris. C'est un devoir de justice de ne pas l'oublier. Le 17 octobre 1961 alors que la guerre d'Algérie touche à sa fin, le FLN appelle à une manifestation pacifique dans les rues de Paris pour dénoncer le couvre-feu raciste imposé quelques jours plus tôt aux Algériens et par extension à tous les Maghrébins (obligation d'être sans cesse isolé, et interdiction aux travailleurs algériens de sortir de 20h30 à 5h30, les cafés tenus par des musulmans doivent fermer à 19h...). Cette manifestation rassemble environ 30.000 personnes.

Le préfet de police de Paris, Maurice Papon, qui a reçu carte blanche des plus hautes autorités, dont de Gaulle, lance, avec 7.000 policiers, une répression sanglante. Il y aura 11.730 arrestations, et peut-être beaucoup plus de 200 morts, noyés ou exécutés, parmi les Algériens.
Ce crime au coeur de l'État français n'a toujours pas été reconnu officiellement alors même que les partisans de la Nostalgérie prônent la promotion de l'oeuvre positive française durant la colonisation dans les programmes scolaires !!!

Le 27 octobre 1961, Claude Bourdet, alors conseiller municipal de Paris et aussi journaliste à "France-Observateur", avait interpellé le préfet de police, Maurice Papon, en plein conseil municipal de Paris sur l'exactitude des faits qui se lisaient dans la presse parisienne, à savoir le repêchage dans la Seine de 150 cadavres d'Algériens depuis le 17 octobre 1961 entre Paris et Rouen.
« Monsieur le Préfet de Police »
Intervention de Claude Bourdet au Conseil municipal de Paris, le 27 octobre 1961
- Les silences de Monsieur Maurice Papon

« J'en viens d'abord aux faits. Il n'est guère besoin de s'étendre. Parlerai-je de ces Algériens couchés sur le trottoir, baignant dans le sang, morts ou mourants, auxquels la Police interdisait qu'on porte secours ? Parlerai-je de cette femme enceinte, près de la place de la République, qu'un policier frappait sur le ventre ? Parlerai-je de ces cars que l'on vidait devant un commissariat du quartier Latin, en forçant les Algériens qui en sortaient à défiler sous une véritable haie d'honneur, sous des matraques qui s'abattaient sur eux à mesure qu'ils sortaient ? J'ai des témoignages de Français et des témoignages de journalistes étrangers. Parlerai-je de cet Algérien interpellé dans le métro et qui portait un enfant dans ses bras ? Comme il ne levait pas les bras assez vite, on l'a presque jeté à terre d'une paire de gifles. Ce n'est pas très grave, c'est simplement un enfant qui est marqué à vie !
Je veux seulement mentionner les faits les plus graves et poser des questions. Il s'agit de faits qui, s'ils sont vérifiés, ne peuvent pas s'expliquer par une réaction de violence dans le feu de l'action. Ce sont des faits qui méritent une investigation sérieuse, détaillée, impartiale, contradictoire.
D'abord, est-il vrai qu'au cours de cette journée, il n'y ait pas eu de blessés par balle au sein de la Police ? Est-il vrai que les cars radio de la Police aient annoncé au début de la manifestation dix morts parmi les forces de l'ordre, message nécessairement capté par l'ensemble des brigades... et qui devait donc exciter au plus haut point l'ensemble des policiers ? C'était peut-être une erreur, c'était peut-être un sabotage, il faudrait le savoir ; et peut-être, d'autre part, n'était-ce pas vrai. C'est pour cela que je veux une enquête.

De même, est-il vrai qu'un grand nombre des blessés ou des morts ont été atteints par des balles du même calibre que celui d'une grande manufacture qui fournit l'armement de la Police ? Qu'une grande partie de ces balles ont été tirées à bout portant ? Une enquête dans les hôpitaux peut donner ces renseignements. Il est clair que ce n'est pas n'importe quelle enquête et que ceux qui la feraient devraient être couverts par son caractère officiel et savoir qu'ils ne risqueraient rien en disant la vérité.
De même, est-il vrai qu'un grand nombre des blessés ou des morts ont été atteints par des balles du même calibre que celui d'une grande manufacture qui fournit l'armement de la Police ? Qu'une grande partie de ces balles ont été tirées à bout portant ? [...] Et que sont devenus leurs corps ?
Et voici le plus grave : est-il vrai que dans la « cour d'isolement » de la Cité, une cinquantaine de manifestants, arrêtés apparemment dans les alentours du boulevard Saint-Michel, sont morts ? Et que sont devenus leurs corps ? Est-il vrai qu'il y a eu de nombreux corps retirés de la Seine ? Dans les milieux de presse, et pas seulement dans les milieux de la presse de gauche, dans les rédactions de la presse d'information, on parle de 150 corps retirés de la Seine entre Paris et Rouen. C'est vrai ou ce n'est pas vrai ? Cela doit pouvoir se savoir. Une enquête auprès des services compétents doit permettre de le vérifier. Cela implique, ai-je dit, non pas une enquête policière ou administrative, c'est-à-dire une enquête de la Police sur elle-même, mais une enquête très large, avec la participation d'élus.
- L'essentiel

J'en viens maintenant au propos qui est pour moi l'essentiel : celui qui vous concerne directement, Monsieur le Préfet de Police. Mon projet n'est pas de clouer au pilori la Police parisienne, de prétendre qu'elle est composée de sauvages, encore qu'il y ait eu bon nombre d'actes de sauvagerie. Mon projet est d'expliquer pourquoi tant d'hommes, qui ne sont probablement ni meilleurs, ni pires qu'aucun de nous, ont agi comme ils l'ont fait. Ici je pense que, dans la mesure où vous admettrez partiellement ces faits, vous avez une explication. Elle a d'ailleurs été donnée tout à l'heure : elle réside dans les attentats algériens, dans les pertes que la Police a subies.
Il s'agit seulement d'expliquer, sur le plan subjectif, l'attitude de la Police, cette explication est, en partie, suffisante. Nous nous sommes inclinés assez souvent ici sur la mémoire des policiers tués en service commandé pour le savoir, mais cela n'explique pas tout. Et surtout, ces explications subjectives ne suffisent pas. Le policier individuel riposte lorsqu'il est attaqué, mais il faut voir les choses de plus loin. Ce qui se passe vient d'une certaine conception de la guerre à outrance menée contre le nationalisme algérien. Ici on peut me répondre : « Auriez-vous voulu que nous laissions l'ennemi agir librement chez nous ? Et même commettre des crimes impunément ? » Sur ce plan, la logique est inévitable : l'ennemi est l'ennemi ; il s'agit de le briser par tous les moyens, ou presque. Mais l'ennemi répond alors de la même façon, et on arrive là où nous sommes aujourd'hui. Il était impossible qu'il y ait une guerre à outrance en Algérie et qu'il ne se passe rien en France. Mais ce que je dis - et cela me semble vérifié pour tout ce qu'on a dit ici, à droite, sur la puissance du FLN en France, et sur la menace qu'il représente -, c'est qu'il aurait pu rendre la situation infiniment plus grave qu'il ne l'a rendue.
- La guerre à outrance
Les dirigeants algériens ont agi non pas en vertu de sentiments d'humanité mais dans leur propre intérêt, parce qu'ils voulaient pouvoir organiser les Algériens en France, parce qu'ils voulaient « collecter » comme on l'a dit et cela, vous le savez bien, en général beaucoup plus par le consentement que par la terreur. Il y avait là aussi, probablement, l'influence d'un certain nombre de cadres algériens, en particulier de ces cadres syndicaux de l'UGTA, très enracinés dans le mouvement syndical français, très proches de la population métropolitaine, hostiles au terrorisme. Ce sont malheureusement eux, justement, parce qu'ils étaient connus, repérés, voyants, qui ont été les premiers arrêtés, souvent déportés en Algérie, et on ne sait pas malheureusement, vous le savez, ce que ceux-là sont devenus.
Vous répliquerez qu'il y a eu, dès le début de la guerre, des règlements de compte entre Algériens, des liquidations de dénonciateurs, etc., c'est-à-dire des crimes que la Police ne pouvait pas tolérer, quelle que fût sa politique. Oui, mais il y a, pour la Police, bien des façons d'agir et dans les premiers temps, on n'a pas vu se produire, du côté policier, les violences extrêmes qui sont venues ultérieurement. Ce que je dis, c'est qu'à un certain moment, on a estimé que cette action de la Police ne suffisait pas.
On a estimé qu'il fallait qu'à la guerre à outrance menée contre le FLN en Algérie corresponde la guerre à outrance menée contre le FLN en France. Le résultat a été une terrible aggravation de la répression, la recherche par tous les moyens du « renseignement », la terreur organisée contre tous les suspects, les camps de concentration, les sévices les plus inimaginables et la « chasse aux ratons ».
Je dis, Monsieur le Préfet de Police, que vous-même avez particulièrement contribué à créer ainsi, au sein d'une population misérable, épouvantée, une situation où le réflexe de sécurité ne joue plus. Je dis que les consignes d'attentats contre la Police étaient bien plus faciles à donner dans un climat pareil de désespoir. Je dis que même si de telles consignes n'existaient pas, le désespoir et l'indignation suffisaient souvent à causer des attentats spontanés, en même temps qu'à encourager ceux qui, au sein du FLN, voulaient en organiser. Je dis qu'on a alimenté ainsi un enchaînement auquel on n'est pas capable de mettre fin.
- Est-il vrai ?
Je pense, Monsieur le Préfet de Police, que vous avez agi dans toute cette affaire exactement comme ces chefs militaires qui considèrent que leur propre succès et leur propre mérite se mesurent à la violence des combats, à leur caractère meurtrier, à la dureté de la guerre. C'était la conception du général Nivelle au cours de l'offensive du Chemin des Dames, et vous savez que l'Histoire ne lui a pas été favorable. C'est cette conception qui a été la vôtre à Constantine et celle que vous avez voulu importer dans la région parisienne, avec les résultats que l'on sait. Maintenant, vous êtes pris à votre propre jeu et vous ne pouvez pas vous arrêter, même en ce moment, à une époque où la paix paraît possible. La terreur à laquelle la population algérienne est soumise n'a pas brisé la menace contre vos propres policiers, bien au contraire. J'espère me tromper, j'espère que vous n'aurez pas relancé, d'une manière encore pire, l'enchaînement du terrorisme et de la répression.
Car, enfin, il n'était pas condamnable, il était excellent que le FLN cherche, lui, à sortir de cet engrenage par des manifestations de rue, des manifestations dont un grand nombre de gens ont dit qu'elles étaient, à l'origine, pacifiques. Nous aurions dû comprendre, vous auriez dû comprendre, que c'était là l'exutoire qui permettrait au désespoir de ne pas se transformer en terrorisme. Au lieu de cela, vous avez contribué à créer une situation pire. Vous avez réussi, et peut-être certains s'en félicitent-ils, à dresser contre les Algériens, il faut le dire, une partie importante de la population parisienne qui ne comprend pas évidemment pourquoi ces Algériens manifestent. Elle n'est pas algérienne, cette population, elle ne vit pas dans les bidonvilles, sa sécurité de tous les instants n'est pas menacée par les harkis, etc. Alors, évidemment, « que viennent faire dans les rues ces Algériens ? Leur attitude est incompréhensible ! »
Je dis, Messieurs les Préfets, mes chers collègues, que loin de chercher à réprimer l'agitation politique des Algériens, nous devons dans cette perspective de négociation, de paix, qui s'ouvre enfin, même si c'est trop tard - nous devons chercher à légaliser l'activité politique des Algériens en France. Il faut que leur action politique s'effectue au grand jour, avec des organisations légales, donc contrôlables, avec des journaux que l'on puisse lire. Nous devons leur laisser d'autres moyens que ceux du désespoir.
Monsieur le Préfet de Police, cela suppose que vous, vous changiez d'attitude. Ici je suis obligé de vous poser une question très grave. Je vous prie, non pas de m'en excuser, car vous ne m'en excuserez pas, mais de comprendre qu'il est difficile, pour un journaliste qui sait que son journal sera saisi, si quoi que ce soit déplaît un peu trop à la Police ou au gouvernement, d'écrire un article sur ce sujet. Mais quand ce journaliste est conseiller municipal, il a la possibilité de venir dire ces choses à la tribune et de les dire sans ambages.
Est-il vrai qu'au mois de septembre et d'octobre, parlant à des membres de la Police parisienne, vous ayez affirmé à plusieurs reprises que le ministre de la Justice avait été changé, que la Police était maintenant couverte, et que vous aviez l'appui du gouvernement ?
Voici ma question : est-il vrai qu'au mois de septembre et d'octobre, parlant à des membres de la Police parisienne, vous ayez affirmé à plusieurs reprises que le ministre de la Justice avait été changé, que la Police était maintenant couverte, et que vous aviez l'appui du gouvernement ? Si c'était vrai, cela expliquerait, en grande partie, l'attitude de la Police au cours de ces derniers jours. Si ce n'est pas vrai, tant mieux. De toute façon, d'ici quelques années, d'ici quelques mois, quelques semaines peut-être, tout se saura, et on verra qui avait raison. Et si j'avais eu tort aujourd'hui, je serais le premier à m'en féliciter. »
Même si Papon a été débouté de la plainte déposée contre lui, tous ces faits, tout ces massacres ont été complètement avérés au cours du procès, cependant aujourd'hui le gouvernement français ne les a toujours pas officiellement reconnus.
A voir aussi le documentaire : Mémoires sauvées du vent, qui fait un retour sur la répression de la manifestation du 17 octobre 1961, et la lente intégration des travailleurs algériens, des bidonvilles aux cités de relogement, avec les conséquences que l'on sait.
À partir d'archives, ce document relate les événements d'octobre 1961, du couvre-feu imposé aux "Français musulmans d'Algérie" par le préfet de police Maurice Papon, à la répression de la manifestation du 17 octobre 1961 qui aurait fait près de 300 victimes selon les historiens, en passant par les rafles qui l'ont suivie et le retour forcé vers leur "douars d'origine" des interpelés. Puis il s'attarde sur la condition des travailleurs algériens dans les bidonvilles de Nanterre, avec cet entretien mené par Monique Hervo qui y a séjourné, jusqu'à leur transfert sous l'impulsion du gouvernement de Jacques Chaban-Delmas vers des cités de relogement... avec les conséquences que l'on sait : la progressive ghettoïsation de ces quartiers. Dès les Années 70, on n'hésite plus à parler dans les médias de "seuil de tolérance", de "côte d'alerte", de "français de souche" qui désertent ces banlieues... Une mise à l'index qui trouvera son exutoire dans le vote populiste des Années 80, jusqu'aux émeutes de 2005 qui, trente ans plus tard, démontrera à une France médusée la face cachée d'une politique de la ville réduite à sa plus simple expression. Racisme, discriminations, contrôles au faciès, bavures policières... la liste est longue des renoncements d'une République, qui n'a toujours pas soldé les séquelles de ses guerres coloniales.
17.10.2026 à 08:00
Ce qui se passe actuellement en France en terme de révoltes populaires est passionnant et beaucoup de gens dans d'autres pays nous regardent.
Il semblerait qu'il y ait un potentiel révolutionnaire dans cette période.
Comment faire pour que cet élan ne s'essouffle pas, se renforce, se multiplie et s'étende ?
Pour que l'État ne puisse pas l'écraser et que les forces contre révolutionnaires, bourgeoises, réformistes ou autoritaires ne puissent pas le récupérer, et confisquer le pouvoir, comme ça a été le cas encore et encore au cours de l'Histoire ?
Déjà l'élan de la révolte pousse de plus en plus de gens à manifester, à faire grève, à bloquer, à occuper, à faire des assemblées, à tout faire pour élargir le mouvement et faire converger les forces.
Mais comment faire pour que cet élan tienne dans la durée, se perpétue, et devienne plus offensif et révolutionnaire ?
L'idée avancée dans ce texte (et qui n'est pas spécialement originale en vérité) est que pour cela il faudra que les assemblées qui se créent dans le mouvement se saisissent à bras le corps des questions de l'autonomie, de l'auto-organisation, sur notamment ce qui touche à la subsistance quotidienne du peuple révolutionnaire.
Auto-gérer l'auto-défense, par exemple comme les gens qui se sont organisés contre l'ICE aux États Unis
Auto-gérer la nourriture, par exemple en expropriant des supermarchés pour redistribuer la nourriture à celleux qui en ont besoin, en renforçant ou créant des réseaux de récup, en faisant des cantines ou en s'approvisionnant directement auprès de producteurs solidaires de la lutte
Auto-gérer les logements, par l'expropriation, les occupations, la redistribution, le partage, et en repensant comment on se loge, comment on habite, en sortant des carcans individualistes
Auto-gérer les soins, en ouvrant ou intégrant des lieux de soin communautaire, avec des soignants solidaires de la lutte révolutionnaire
Auto-gérer la communication, en faisant nos propres journaux, nos propres radios, nos propres internets (ou en ralliant à notre cause des medias, si tant est qu'ils soient réellement révolutionnaires et qu'ils sachent rester à leur place)
Auto-gérer les enfants et les personnes qui ont besoin de soin spécifiques ou d'assistance, en créant ou en intégrant dans la lutte des lieux dédiés à ça
Et ce ne sont que des pistes pour illustrer le propos, en vérité tout doit se décider entre les gens, en fonction des besoins réels, des capacités, réelles, des situations et des possibilités réelles.
Il faut déserter tout ce qui alimente le Capital et investir tout ce qui alimente le peuple révolutionnaire.
Déserter, ou réorienter les forces vers l'auto-organisation et l'autonomie.
Si on a un travail qui fait sens, qui répond à des besoins réels des gens, pourquoi pas les mettre au service de la révolution, c'est-à-dire au service des gens, et non au service de l'argent et du pouvoir ?
On ne peut rien attendre de l'État et du Capital.
On peut tout attendre de l'auto-organisation, de l'entraide, de la solidarité.
On peut tout attendre de la révolution.
Il faut du courage et de l'insoumission (on en a)
Il faut s'organiser, réorganiser la vie, réinventer la manière dont on se lie les uns et les unes aux autres.
Recréer du sens, choisir nos valeurs réelles, se réapproprier nos vies, collectivement, élaborer ensemble de quoi on a réellement besoin et ce qu'on doit faire. Expérimenter, apprendre.
Et ça ne doit pas se faire chacun.e dans son coin.
Si on veut abattre ce système, les forces révolutionnaires doivent s'alimenter (au sens propre comme au figuré) et se relier les un.es aux autres, à l'intérieur de la France, mais aussi à l'international.
On doit décupler nos forces, créer des infrastructures qui permettront au mouvement de tenir, créer des solidarités matérielles et concrètes partout où on peut.
Créer un maillage avec ce qui existe déjà, s'associer là où on peut, dans le but d'avoir une puissance matérielle qui maintient la lutte et la conflictualité.
Coordonner ces puissances matérielles et ces luttes.
C'est en se saisissant de ces enjeux qu'on réussira peut-être à faire ce que tant de gens avant nous n'ont pas réussi à faire, ou pas assez, parce qu'ils se sont fait écraser, trahir, déposséder, par la bourgeoisie, par des élites, par des partis, par des soit disant professionnels de la politique.
On est pas obligé.es de se faire écraser, on est pas obligé.es de se faire déposséder.
Mais pour devenirs plus fort.es et durer, il faudra probablement s'emparer de ces questions concrètes, de la vie, de la subsistance, de l'autonomie.
On est capables d'auto-organisation et d'autonomie
Le système nous a inculqué l'impuissance et la passivité politique, la dépendance au point qu'on n'arrive même plus à imaginer quelque chose au delà.
Mais en vérité, l'intelligence collective est très puissante, très capable.
Il faut juste lui laisser l'occasion et le temps de s'élaborer, plutôt que de toujours confier notre destin à des soit disant experts politicards qui finissent toujours par nous trahir.
Les gens seront toujours les mieux placés pour savoir ce dont ils ont besoin et ce qu'il faut faire.
Il faut s'en convaincre.
Ce qui se passe actuellement en France en terme de révoltes populaires est passionnant et beaucoup de gens dans d'autres pays nous regardent.
Il semblerait qu'il y ait un potentiel révolutionnaire dans cette période.
Comment faire pour que cet élan ne s'essouffle pas, se renforce, se multiplie et s'étende ?
Pour que l'État ne puisse pas l'écraser et que les forces contre révolutionnaires, bourgeoises, réformistes ou autoritaires ne puissent pas le récupérer, et confisquer le pouvoir, comme ça a été le cas encore et encore au cours de l'Histoire ?
Déjà l'élan de la révolte pousse de plus en plus de gens à manifester, à faire grève, à bloquer, à occuper, à faire des assemblées, à tout faire pour élargir le mouvement et faire converger les forces.
Mais comment faire pour que cet élan tienne dans la durée, se perpétue, et devienne plus offensif et révolutionnaire ?
L'idée avancée dans ce texte (et qui n'est pas spécialement originale en vérité) est que pour cela il faudra que les assemblées qui se créent dans le mouvement se saisissent à bras le corps des questions de l'autonomie, de l'auto-organisation, sur notamment ce qui touche à la subsistance quotidienne du peuple révolutionnaire.
Auto-gérer l'auto-défense, par exemple comme les gens qui se sont organisés contre l'ICE aux États Unis
Auto-gérer la nourriture, par exemple en expropriant des supermarchés pour redistribuer la nourriture à celleux qui en ont besoin, en renforçant ou créant des réseaux de récup, en faisant des cantines ou en s'approvisionnant directement auprès de producteurs solidaires de la lutte
Auto-gérer les logements, par l'expropriation, les occupations, la redistribution, le partage, et en repensant comment on se loge, comment on habite, en sortant des carcans individualistes
Auto-gérer les soins, en ouvrant ou intégrant des lieux de soin communautaire, avec des soignants solidaires de la lutte révolutionnaire
Auto-gérer la communication, en faisant nos propres journaux, nos propres radios, nos propres internets (ou en ralliant à notre cause des medias, si tant est qu'ils soient réellement révolutionnaires et qu'ils sachent rester à leur place)
Auto-gérer les enfants et les personnes qui ont besoin de soin spécifiques ou d'assistance, en créant ou en intégrant dans la lutte des lieux dédiés à ça
Et ce ne sont que des pistes pour illustrer le propos, en vérité tout doit se décider entre les gens, en fonction des besoins réels, des capacités, réelles, des situations et des possibilités réelles.
Il faut déserter tout ce qui alimente le Capital et investir tout ce qui alimente le peuple révolutionnaire.
Déserter, ou réorienter les forces vers l'auto-organisation et l'autonomie.
Si on a un travail qui fait sens, qui répond à des besoins réels des gens, pourquoi pas les mettre au service de la révolution, c'est-à-dire au service des gens, et non au service de l'argent et du pouvoir ?
On ne peut rien attendre de l'État et du Capital.
On peut tout attendre de l'auto-organisation, de l'entraide, de la solidarité.
On peut tout attendre de la révolution.
Il faut du courage et de l'insoumission (on en a)
Il faut s'organiser, réorganiser la vie, réinventer la manière dont on se lie les uns et les unes aux autres.
Recréer du sens, choisir nos valeurs réelles, se réapproprier nos vies, collectivement, élaborer ensemble de quoi on a réellement besoin et ce qu'on doit faire. Expérimenter, apprendre.
Et ça ne doit pas se faire chacun.e dans son coin.
Si on veut abattre ce système, les forces révolutionnaires doivent s'alimenter (au sens propre comme au figuré) et se relier les un.es aux autres, à l'intérieur de la France, mais aussi à l'international.
On doit décupler nos forces, créer des infrastructures qui permettront au mouvement de tenir, créer des solidarités matérielles et concrètes partout où on peut.
Créer un maillage avec ce qui existe déjà, s'associer là où on peut, dans le but d'avoir une puissance matérielle qui maintient la lutte et la conflictualité.
Coordonner ces puissances matérielles et ces luttes.
C'est en se saisissant de ces enjeux qu'on réussira peut-être à faire ce que tant de gens avant nous n'ont pas réussi à faire, ou pas assez, parce qu'ils se sont fait écraser, trahir, déposséder, par la bourgeoisie, par des élites, par des partis, par des soit disant professionnels de la politique.
On est pas obligé.es de se faire écraser, on est pas obligé.es de se faire déposséder.
Mais pour devenirs plus fort.es et durer, il faudra probablement s'emparer de ces questions concrètes, de la vie, de la subsistance, de l'autonomie.
On est capables d'auto-organisation et d'autonomie
Le système nous a inculqué l'impuissance et la passivité politique, la dépendance au point qu'on n'arrive même plus à imaginer quelque chose au delà.
Mais en vérité, l'intelligence collective est très puissante, très capable.
Il faut juste lui laisser l'occasion et le temps de s'élaborer, plutôt que de toujours confier notre destin à des soit disant experts politicards qui finissent toujours par nous trahir.
Les gens seront toujours les mieux placés pour savoir ce dont ils ont besoin et ce qu'il faut faire.
Il faut s'en convaincre.
Rubrique «À LIRE AILLEURS»