02.03.2024 à 01:00
Alors que s’achève le salon de l’agriculture, salle comble à Paris ce 2 mars à l’académie du climat, en soutien à l’appel du scientifique Joseph Garrigue (conservateur de la réserve nationale de la Massane) qui a traversé la France à pied pour dénoncer les ravages des pesticides sur le vivant :
Cet appel est soutenu par de nombreux collectifs, dont Scientifiques en rébellion, Pollinis, Générations futures, Secrets toxiques, Association Francis Hallé pour la forêt primaire, Appel des médecins contre les pesticides, Office pour les insectes et leur environnement, Bioviv’art, Extinction rebellion, Alternatiba… Il se fonde sur des consensus scientifiques bien établis. La science est claire comme l’ont rappelé les scientifiques du muséum national d’histoire naturelle Gilles Bœuf, Emmanuelle Porcher, Marc-André Selosse, ainsi que Francis Hallé (Botaniste), Julie Bertrand (Réserves Naturelles de France), Maud Lelièvre (Union Internationale de Conservation de la Nature) et Charles Sultan (Faculté de Médecine de Montpellier).
Les pesticides contaminent tous les milieux et participent à l’extinction de masse notamment des populations d’insectes et d’oiseaux. Les pesticides ont des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes avérés en santé humaine. L’art peut-il mieux nous ouvrir les yeux ? La comédienne Barbara Castin dans des extraits de son spectacle ‘La beauté sauvera le monde’, témoigne aussi de l’indignation devant le déni politique face aux consensus scientifiques sur la gravité des impacts des pesticides.
Et pourtant, la prospective INRAE de mars 2023, démontre qu’une agriculture sans produits phytosanitaires est possible d’ici 2050 tout en maintenant la souveraineté alimentaire de l’Europe. Il est urgent que les responsables politiques prennent la mesure des consensus scientifiques et engagent un changement radical de modèle agricole.
Les preuves scientifiques sur les ravages des pesticides s’accumulent, comme le rapportent notamment les expertises collectives menées par les instituts publics français : sur la santé humaine (INSERM 2013, 2021) et sur la biodiversité et les écosystèmes (INRAE-IFREMER, 2022). Cette extinction dramatique constitue une menace majeure qui risque de provoquer l’effondrement des écosystèmes et de la production agricole dont nos sociétés dépendent (United Nations Report, 2019).
« Les études scientifiques montrent une chute fulgurante d’abondance des insectes, dont certains pollinisateurs, qui atteint de 60 à 80% en Europe depuis 30 ans ainsi qu’un déclin massif de 30% des populations d’oiseaux d’habitats agricoles en 15 ans en France. Un rapport de l’ONU de février 2024 montre également que les pollutions aux pesticides et plastique contribuent au risque d’extinction de 22% des espèces migratrices » alerte Gilles Bœuf, biologiste et ex directeur du Muséum national d’histoire naturelle.
Les dommages des pesticides sur l’environnement se doublent du drame de leur toxicité sur la santé humaine, qui touche en premier lieu les professionnel.les du monde agricole. Comme le rappelle régulièrement Charles Sultan, professeur émérite à la faculté de médecine de Montpelier et directeur scientifique de Générations Futures. « La contamination par les pesticides a des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes. En particulier, l’exposition du fœtus génère de nombreuses pathologies à l’âge adulte. Cette contamination représente un véritable cataclysme sanitaire, psychologique, social, économique et éthique ».
Malgré ces constats scientifiques accablants, la France figure parmi les principaux pays consommateurs de pesticides en Europe, avec selon l'indicateur de consommation utilisé en France depuis le début d'Ecophyto, le NODU, aucune tendance à la baisse et même une augmentation de 3% sur la période 2011-2021. La France n’a respecté aucun de ses plans successifs de réduction de l’usage des pesticides et le prochain plan Ecophyto vient d’être mis en pause par le gouvernement. De même, l’évaluation des risques des pesticides avant leur mise sur le marché comporte de nombreuses failles, que le gouvernement ne cherche pas non plus à corriger.
Il est urgent que les responsables politiques prennent la mesure des constats scientifiques et engagent un changement radical de modèle agricole. La prospective INRAE (mars 2023) démontre qu’une agriculture sans produits phytosanitaires est possible d’ici 2050 tout en maintenant la souveraineté alimentaire de l’Europe.
02.03.2024 à 01:00
Lors d’un rassemblement de plus de 250 personnes à l’académie du climat à Paris, organisé par Scientifiques en rébellion, Pollinis, Générations futures, Secrets toxiques, et Association Francis Hallé pour la forêt primaire, les scientifiques ont soutenu l’appel du naturaliste Joseph Garrigue qui a traversé la France à pied en 45 jours pour dénoncer les ravages des pesticides sur le vivant.
Cet appel se fonde sur des consensus scientifiques bien établis comme l’ont rappelé des chercheur.es du muséum national d’histoire naturelle Gilles Boeuf, Emmanuelle Porcher, Marc-André Selosse, ainsi que Francis Hallé (Botaniste), Julie Bertrand (Réserves Naturelles de France), Maud Lelièvre (Union Internationale de Conservation de la Nature) et Charles Sultan (Faculté de Médecine de Montpellier).
Les pesticides contaminent tous les milieux et participent à l’extinction de masse notamment des populations d’insectes et d’oiseaux. Les pesticides ont des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes avérés en santé humaine.
La comédienne Barbara Castin dans des extraits de son spectacle ‘La beauté sauvera le monde’, témoigne aussi de l’indignation devant le déni politique face aux consensus scientifiques sur la gravité des impacts des pesticides.
Alors que la prospective INRAE de mars 2023, démontre qu’une agriculture sans produits phytosanitaires est possible d’ici 2050, il est urgent que les responsables politiques engagent un changement radical de modèle agricole.
Plus d'infos: vidéo de 4 min résumant le rassemblement, le replay du rassemblement (2h), l'interview d'une scientifique de l'INRAE sur le sujet (de 2:55 min à 9:10 min) et notre communiqué de presse.
01.03.2024 à 01:00
Six membres de la branche française du collectif Scientist Rebellion seront en procès en Allemagne le 5 mars, pour des actions réalisées en octobre 2022. A cette époque, des dizaines de membres du collectif avaient participé à une série d'actions ciblées de désobéissance civile non-violente à Munich pour dénoncer des pratiques illégitimes et irresponsables en temps de catastrophe écologique. Le constructeur automobile BMW et le gestionnaire d’actifs BlackRock avaient notamment été visés, conduisant à une série d'arrestations et jusqu’à 6 jours de détentions préventives. Au total, les charges pénales et les frais de justice associés avaient été estimés à environ 350 000 euros. Lors du procès du 5 mars, les prévenus et leurs avocats chercheront à faire reconnaître l'état de nécessité et la légitimité des actions, à la fois sur les cibles visées et sur les moyens employés. Le collectif Scientifiques en Rébellion rappelle ainsi que, face aux alertes de plus en plus prégnantes des scientifiques et de la société civile, la réponse des gouvernements ne doit pas être la répression, mais l’adoption de mesures politiques à la hauteur des enjeux.
Pour Sylvain Kuppel, qui figure parmi les prévenus : « La science est suffisamment claire : nous sommes dans une situation d'urgence climatique et écologique, et la responsabilité humaine est indiscutable. Nous, scientifiques, avons pris des risques pour alerter, c’est maintenant au tour de la justice de faire sa part et de reconnaître, plutôt que d’entraver, nos alertes ». À l’approche du procès, Jérôme Guilet relate quant à lui son état d’esprit : « Ce procès nécessite beaucoup de préparation, ce qui va avec son lot de stress. Mais au final nous sommes sereins, confiants d’être du bon côté de l’Histoire ».
Les actions d’octobre 2022, organisées par le collectif international Scientist Rebellion, avaient duré trois semaines et sont décrites dans notre communiqué de presse de l’époque. Au terme d’une semaine d’actions à Munich, les scientifiques avaient alors collé leurs mains à la glue à une automobile de sport de luxe dans le showroom BMW. Ils avaient également collé des publications scientifiques sur plusieurs autres modèles exposés, entraînant leur mise en détention provisoire. Parmi eux se trouvent Sylvain Kuppel, chercheur en hydrologie à Toulouse, Jérôme Guilet, astrophysicien à Saclay, Hugo Raguet, enseignant-chercheur en informatique à l’université de Tours et à l’INSA Centre-Val de Loire, Marceau Minot, docteur en écologie de l’université de Rouen, et Lauranne, docteure en écologie tropicale de l’université de Cambridge. Manua, coordinateur de Scientist Rebellion pour la France, est également inculpé. Leur mise en prison avait provoqué une vive réaction de la communauté scientifique : 1300 scientifiques avaient signé une lettre ouverte en soutien à leurs collègues.
À l’issue des arrestations, des amendes très élevées avaient été requises (jusqu'à 12 800 euros par personne), ce qui entraînerait des inscriptions au casier judiciaire allemand. Ces amendes ont été systématiquement et formellement contestées, ouvrant ainsi la voie à une série de procès au tribunal fédéral de Munich. Les deux premiers procès ont réussi à réduire certaines amendes, mais il est prévu de faire appel pour tenter d’obtenir la reconnaissance de l'état de nécessité et de la légitimité de ces actions. Le troisième procès concerne donc les 6 français.es membres de Scientifiques en Rébellion qui se rendront à l'audience du mardi 5 mars. Pour soutenir ses membres faisant face à ces dépenses conséquentes, Scientist Rebellion a lancé une collecte de fonds avec un objectif initial de 100 000 euros, dont le quart a été pour l’instant été récolté.
Ce procès intervient dans un contexte national et international de judiciarisation et de répression croissante des actions non-violentes pour la défense de l’environnement. Pour autant, certaines victoires judiciaires ou symboliques ont récemment été obtenues. Le 28 février dernier, le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur les Défenseurs de l’Environnement publiait un texte de positionnement intitulé « Répression par l’État des manifestations et de la désobéissance civile environnementales : une menace majeure pour les droits humains et la démocratie ». Parmi ses principales recommandations, le rapport préconise aux États de veiller à ce que les décisions de justice ne contribuent pas à restreindre la liberté d’expression. Le même jour, en France, le tribunal de Paris prononçait la relaxe de deux militants du collectif Dernière Rénovation poursuivis pour avoir projeté de la peinture sur le ministère de la transition écologique. Cette relaxe a été justifiée au motif que leur incrimination pénale constituait « une ingérence disproportionnée dans l’exercice de la liberté d’expression ».
Enfin, en janvier dernier, la justice française a rendu son premier verdict pour un procès concernant le collectif Scientifiques en Rébellion. Ce procès se tenait dans le cadre d’une conférence-occupation que le collectif avait organisé en avril 2022 au Muséum National d’Histoire Naturelle. Le tribunal a finalement signifié la relaxe et annulé les amendes de l’ensemble des prévenu.es sur la justification d’infractions non caractérisés.
03.02.2024 à 01:00
Le collectif Scientifiques en rébellion signe une tribune dans L’Obs, critiquant vertement la réponse de la FNSEA et du gouvernement à la colère agricole.
Dans une tribune publiée dans L’Obs le 3 février 2024, le collectif Scientifiques en rébellion dénonce la récupération par certains syndicats et la réponse clientéliste du gouvernement à la colère légitime des agriculteur·rices, dont la revendication première est d’accéder à des revenus dignes. Le collectif y rappelle les différents enjeux et résultats de la littérature scientifique autour de l’agriculture : émissions de gaz à effet de serre, impacts des produits phytosanitaires sur la santé des agriculteur·rices et des écosystèmes, problématique de l’eau, et impacts délétères du libre-échange sur les revenus. Dans ce texte, les scientifiques soulignent que « répondre à la détresse des agriculteurs et agricultrices est compatible avec le respect de l’environnement et de la santé publique », notamment par une transition vers l’agro-écologie combinée à des mesures assurant un revenu digne pour les agriculteur·rices. Ils et elles appellent les citoyen·nes à s’opposer à l’agro-industrie, et soulignent que les conventions citoyennes sont des outils démocratiques potentiellement utiles pour identifier les mesures à prendre.
Dans leur tribune, les scientifiques martèlent de nouveau, références à l’appui, que « le modèle agricole industriel et productiviste conduit à une catastrophe sociale et environnementale », que ce modèle contribue au changement climatique et à l’effondrement massif de la biodiversité mais aussi que « cette agriculture ne s’adaptera pas indéfiniment à un environnement profondément dégradé. Qu’elle ne s’adaptera pas à un réchauffement climatique de +4 °C et une ressource en eau fortement diminuée, pas plus qu’à une disparition des insectes pollinisateurs ». Le collectif souligne les conséquences tragiques pour les agriculteur·rices de ce modèle agricole : santé physique et mentale, conditions économiques et enfin travail avec des milieux profondément dégradés ou avec des ressources vitales réduites. Pour les signataires de cette tribune, la détresse des agriculteur·rices témoigne aussi de « ce conflit interne entre le modèle productiviste qui les emprisonne et la nécessité de préserver l’environnement ».
Les scientifiques précisent que « des pratiques et des modèles alternatifs existent, réduisant significativement les émissions de gaz à effet de serre et préservant la biodiversité » et qu’« ils sont déjà mis en œuvre par des agriculteur·rices qui prouvent chaque jour que d’autres voies sont possibles ». Le collectif dénonce le détournement de la colère d’une partie du monde agricole sur les normes environnementales orchestré conjointement par la FNSEA et le gouvernement, qui a conduit aux mesures annoncées le 1er février par M. Attal. Ces mesures (remise en cause du plan Ecophyto, et reprise en main de l’Anses notamment) « sont en totale contradiction avec l’urgence de s’attaquer à la dégradation environnementale couplée à celle des conditions de vie et de travail des agriculteur·rices » et démontrent selon les signataires « que la priorité gouvernementale est de sanctuariser le modèle agro-industriel ».
À rebours de ce recul dramatique sur le plan environnemental et de cette non-réponse sérieuse à la question des revenus agricoles, les signataires appellent « les citoyen·nes et les agriculteur·rices à soutenir les changements de politique qui iraient réellement dans l’intérêt général, du climat, de la biodiversité » et indiquent que seul un débat collectif, nourri par de multiples savoirs et expériences, de qualité et organisé démocratiquement, devrait décider des orientations à soutenir face à un sujet aussi fondamental que celui de notre subsistance.
Cette tribune, en complément de nombreuses autres portées par des structures ou collectifs œuvrant dans le sens d’une transformation radicale des socio-écosystèmes pour faire face aux catastrophes écologiques et sociales (Confédération Paysanne, MRJC, Soulèvements de la Terre…), arrive après deux semaines d’une forte mobilisation des agriculteur·rices, et au lendemain du baisser de rideau de celle-ci, après que le gouvernement a renoncé à des mesures indispensables et vitales de protection de l’environnement pour tous les organismes vivants.
Le collectif Scientifiques en rébellion avait déjà par le passé mené des actions en lien avec le sujet de l’agriculture et des pesticides. Ainsi, le 1er décembre dernier, en marge de l’alter-COP qu’ils et elles avaient organisée à Bordeaux, les Scientifiques en rébellion avaient mené une action de sensibilisation dans l’espace public aux causes de la destruction de la biodiversité, notamment en Gironde. Ils et elles avaient notamment pris la parole devant l’École du vin, devant le Muséum d’histoire naturelle, et avaient remis le rapport de l’IPBES à l’Hôtel de Région. En mars 2023, en parallèle du salon de l’Agriculture, au cours d’une action appelée « Printemps silencieux », ils et elles avaient formé un cortège funèbre dans le jardin du Muséum national d’histoire naturelle pour dénoncer les conséquences catastrophiques du recours massif aux pesticides et promouvoir un autre modèle agricole.
03.02.2024 à 01:00
Répondre à la détresse des agriculteurs et agricultrices est compatible avec le respect de l’environnement et de la santé publique, expliquent, dans une tribune publiée dans L’Obs, les Scientifiques en rébellion, à condition de rejeter les mesures productivistes et rétrogrades du duo FNSEA-gouvernement.
La crise de l'agriculture brasse croyances, savoirs, opinions, émotions. Elle ne peut laisser quiconque insensible tant elle renvoie à l’un de nos besoins fondamentaux – se nourrir – et témoigne du désarroi profond d’une partie de nos concitoyen·nes qui travaillent pour satisfaire ce besoin. Reconnaître la souffrance et le désarroi du monde agricole n'empêche pas d'examiner les faits et de tenter de démêler les responsabilités dans la situation actuelle. Une partie de son traitement médiatique tend à faire croire que les agriculteurs et agricultrices parleraient d'une seule voix, celle du président agro-businessman de la FNSEA Arnaud Rousseau. Ce directeur de multinationale, administrateur de holding, partage-t-il vraiment la vie de celles et ceux qui ne parviennent plus à gagner la leur par le travail de la terre ? Est-ce que les agriculteur·ices formeraient un corps uniforme, qui valoriseraient le productivisme au mépris des enjeux environnementaux qu'ils et elles ne comprendraient soi-disant pas ? Tout cela est difficile à croire.
Ce que la science documente et analyse invariablement, en complément des savoirs et des observations de nombre d’agriculteur·ices, c'est que le modèle agricole industriel et productiviste conduit à une catastrophe sociale et environnementale. Que ce modèle concurrence dangereusement les alternatives écologiquement et socialement viables. Que cette agriculture ne s'adaptera pas indéfiniment à un environnement profondément dégradé. Qu’elle ne s’adaptera pas à un réchauffement climatique de +4°C pour la France et une ressource en eau fortement diminuée, pas plus qu’à une disparition des insectes pollinisateurs.
Actuellement, comme le rappelle le Haut Conseil pour le Climat (HCC), l’agriculture représente le 2e secteur d’émissions de gaz à effet de serre, avec 18% du total français, derrière les transports. La moitié de ces émissions agricoles (en équivalent CO2) provient de l’élevage bovin à cause du méthane produit par leur digestion, 14% des engrais minéraux qui libèrent du protoxyde d’azote et 13% de l’ensemble des moteurs, engins et chaudières agricoles. Le HCC rappelle aussi que la France s’est engagée lors de la COP26 à baisser de 30% ses émissions de méthane d’ici à 2030, pour limiter le réchauffement climatique. L’agriculture, bien que répondant à un besoin fondamental, doit aussi revoir son modèle dominant pour répondre aux enjeux climatiques. De ce point de vue, ce qu’indique la science, c’est que, si l’on souhaite faire notre part dans le respect de l’accord de Paris, la consommation de viande et de produits laitiers doit diminuer en France. Mais la solidarité avec nos agriculteur.ices ainsi que l’objectif légitime de souveraineté et résilience alimentaire nous indiquent que ce sont les importations et les élevages intensifs de ruminants qui devraient diminuer en premier.
Côté biodiversité, la littérature scientifique montre que l’usage des pesticides est la deuxième cause de l’effondrement des populations d’insectes, qui atteint 80% dans certaines régions françaises. Les oiseaux sont en déclin global de 25% en 40 ans, mais ce chiffre bondit à 60% en milieux agricoles intensifs : le printemps est devenu particulièrement silencieux dans certains champs...
Le paradoxe est que ces bouleversements environnementaux menacent particulièrement les agriculteur·ices, pour au moins trois raisons bien identifiées. Tout d’abord environnementale, à cause du manque d’eau, de la dégradation des sols, des évènements météorologiques extrêmes (incendies ou grêles), ou du déclin des insectes pollinisateurs, qui se traduisent par une baisse de production. Sanitaires, ensuite : par leur exposition aux produits phytosanitaires, ils et elles ont plus de risque de développer des cancers (myélome multiple, lymphome) et des maladies dégénératives. Financière enfin, avec l’interminable fuite en avant du surendettement, provoqué par la nécessité d’actualiser un équipement toujours plus performant et d’acheter des intrants pour pallier les baisses de production engendrées par la dégradation environnementale.
Depuis des décennies, les traités de libre-échange et la compétition intra-européenne ont privé la grande majorité des agriculteur·ices de leur autonomie, dans un cercle vicieux aux répercussions sociales tragiques pouvant mener au suicide. Si la FNSEA, les JA, ou la Coordination Rurale réclament une forme de protectionnisme agricole, d’autres de leurs revendications portent en revanche sur une baisse des contraintes environnementales et sanitaires qui font porter le risque de la poursuite d’un modèle délétère sur le long-terme. Ce sont justement ces revendications que le gouvernement a satisfait avec, en particulier, la « suspension » du plan Ecophyto, accueilli par un satisfecit de ces trois organisations syndicales rappelant immédiatement « leurs » agriculteurs à la ferme. Seule la Confédération Paysanne refuse ce compromis construit au détriment de l’écologie.
Pourtant, des pratiques et des modèles alternatifs existent, réduisant significativement les émissions de gaz à effet de serre et préservant la biodiversité ; ils sont déjà mis en œuvre par des agriculteur·ices qui prouvent chaque jour que d’autres voies sont possibles. Mais ces alternatives ont besoin d’une réorientation des politiques publiques (qui contribuent aujourd’hui pour 80% au revenu agricole). Des propositions cohérentes de politiques publiques répondant à des enjeux clés (rémunération digne des agriculteur·ices non soumis aux ‘trusts’ de la grande distribution, souveraineté alimentaire, considérations climatiques et protection de la biodiversité) existent, comme les propositions relevant de l’agro-écologie, qu’elles émanent du Haut Conseil pour le Climat, de la fédération associative Pour une Autre PAC, de l’IDDRI, ou encore de la prospective INRAE de 2023 : baisse de l’élevage industriel et du cheptel notamment bovin avec soutien à l’élevage extensif à l’herbe, généralisation des pratiques agro-écologiques et biologiques basées sur la valorisation de la biodiversité (cultures associées, agroforesterie, restauration des haies favorisant la maîtrise des bio-agresseurs) et arrêt des pesticides chimiques de synthèse. Ces changements de pratiques doivent être accompagnés de mesures économiques et politiques permettant d’assurer le revenu des agriculteur·ices, leur accès à la terre et leur formation, en cohérence avec ce que proposent des syndicats, des associations ou des réseaux (Confédération paysanne, Atelier paysan, Terre de liens, Fédérations nationale et régionales d’Agriculture Biologique, Réseau salariat...).
Nous savons donc que les politiques qui maintiennent le modèle agro-industriel sous perfusion ne font qu'empirer les choses et qu’une réorientation complète est nécessaire et possible pour la survie, la dignité, la santé et l’emploi des agriculteur·ices. Nombre d’enquêtes sociologiques indiquent qu’une bonne partie d’entre elles et eux le savent très bien, et que leur détresse témoigne aussi de ce conflit interne entre le modèle productiviste qui les emprisonne et la nécessité de préserver l'environnement.
Si le gouvernement convient que « les premières victimes du dérèglement climatique sont les agriculteurs », les mesures prises démontrent que la priorité gouvernementale est de sanctuariser le modèle agro-industriel. La remise en cause du plan Ecophyto, et la reprise en main de l’Anses notamment, sont en totale contradiction avec l’urgence de s’attaquer à la dégradation environnementale couplée à celle des conditions de vie et de travail des agriculteur·ices.
Nous appelons les citoyen·nes et les agriculteur·rices à soutenir les changements de politique qui iraient réellement dans l’intérêt général, du climat, de la biodiversité. Nous rappelons que le sujet de l’agriculture et de l’alimentation est d’une redoutable complexité, et qu’identifier les mesures les plus pertinentes devrait être réalisé collectivement et démocratiquement. Ces mesures devraient privilégier l'intérêt général et à long-terme, par exemple dans le cadre de conventions citoyennes dont les conclusions seraient réellement traduites dans la législation, a contrario de la précédente convention citoyenne pour le climat.
19.01.2024 à 01:00
Le lundi 15 janvier, deux tribunaux allemands ont condamné trois scientifiques, dont un Français, pour avoir participé à des actions de désobéissance civile contre l’inaction climatique à l’automne 2022. Le même jour, au Tribunal de Paris, des scientifiques étaient relaxés dans le cadre d’un procès faisant suite à une conférence-occupation au sein du Muséum national d’histoire naturelle au printemps 2022.
Le lundi 15 janvier 2024 ont eu lieu deux procès en Allemagne au cours desquels quatre scientifiques et activistes du groupe Scientist Rebellion, de nationalité grecque, française et allemande, ont été jugés pour leur action pacifique visant à souligner l’échec de la politique allemande face à la crise climatique. Une fois de plus, des membres de Scientist Rebellion ont été condamnés sans que les tribunaux ne prennent réellement en compte la gravité de la crise climatique.
Le tribunal régional de Berlin a tout d’abord confirmé l’amende infligée en première instance à Niko Froitzheim, professeur en géologie à l’université de Bonn, qui avait bloqué un pont dans le quartier gouvernemental de Berlin avec 15 membres de Scientist Rebellion en avril 2022. Le juge a rejeté l’appel, en dépit du plaidoyer fait en faveur d’un état d’urgence climatique. Le scientifique a commenté : « Lors de ce procès, plus que lors des précédents, j’ai eu l’impression de parler à un mur. Le tribunal n’était pas prêt à faire face à mes motivations et à mon désespoir, comme si la crise climatique allait se résoudre d’elle-même si ceux qui attirent l’attention sur elle sont réduits au silence ».
Au tribunal régional de Munich, s’est déroulé le deuxième procès parmi ceux intentés contre 20 membres de Scientist Rebellion suite à des actions de désobéissance civile non violente en octobre 2022 dans la même ville, ayant déjà conduit certains de ces scientifiques à passer jusqu’à une semaine en détention préventive. Ces actions visaient le fond d’investissement BlackRock, où les activistes avaient réalisé une mise en scène en versant de la mélasse (symbolisant le pétrole) puis s’étaient collé les mains au sol en signe d’occupation, pour fustiger l’implication de cette société dans le financement de l’exploitation des énergies fossiles et dans l’endettement des pays du Sud. Le groupe avait ensuite bloqué une route dans le centre de Munich pour attirer l’attention sur le manque d’engagement du gouvernement allemand dans la décarbonation des transports. Trois jours plus tard, le groupe avait investi le hall d’exposition BMW Welt pour attirer l’attention sur le rôle de l’entreprise dans le retard de mise en œuvre des politiques de décarbonation des transports et le greenwhashing utilisé dans la publicité pour ses voitures (thermiques et électriques), en projetant de la mélasse sur plusieurs voitures exposées, en collant des articles scientifiques documentant la crise climatique, puis en se collant les mains sur l’un des modèles les plus luxueux et polluants de l’exposition.
Parmi les trois prévenus, deux ont été condamnés à des amendes entre 900 et 2700 € pour dégradation de biens et violation de propriété, une somme fortement réduite comparée aux amendes initiales (dont la contestation a conduit au procès) et évitant une inscription au casier judiciaire allemand. Ils envisagent néanmoins de faire appel. Les charges requises contre le troisième scientifique ont été abandonnées en échange d’un don de 1000 € à l’ONG environnementale Deutsche Umwelthilfe e.V. L’adéquation des montants de dommages et intérêts demandés par BlackRock (12 000 €) et BMW (27 000 €) n’a pu être prouvée. Les accusés ont par ailleurs fait valoir que leurs actions étaient nécessaires pour atténuer la catastrophe climatique imminente en faisant pression sur le gouvernement pour qu’il agisse conformément aux accords internationaux et aux données alarmantes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Leurs actions ont mis en avant la nécessité urgente de décarboner rapidement la société, pour laquelle la fenêtre d’opportunité existante se referme rapidement.
« Je suis soulagé que le procès soit passé, celui-ci amenant beaucoup d’anxiété du fait de notre système judiciaire répressif injuste et bancal. Je tiens à souligner la solidarité incroyable dont j’ai fait l’expérience ces derniers jours, et suis également très en colère contre ce système qui réprime et menace, considérant des activistes tirant la sonnette d’alarme sur la réalité de la crise climatique comme des criminels. Nous devons continuer à nous battre », déclare Nicolas, ingénieur français en environnement et également membre du collectif Scientifiques en rébellion (branche française de Scientist Rebellion).
Après le procès, Agisilaos Koulouris, de Grèce, a déclaré en réponse au verdict : « Au milieu de l’effondrement du climat, les actions perturbatrices sont justifiées, proportionnelles et nécessaires. Si les défenseurs du climat sont condamnés, alors la justice est vraiment aveugle ».
Le troisième procès de cette série d’actions, qui jugera 6 Français, aura lieu le 5 mars 2024 à Munich.
Par ailleurs, le lundi 15 janvier, le Tribunal de police de Paris a relaxé 8 scientifiques et activistes de Scientifiques en rébellion et Extinction Rebellion qui étaient poursuivi·es suite à une conférence-occupation tenue au Muséum national d’histoire naturelle le 9 avril 2022 pour alerter sur les conséquences de l’inaction climatique du gouvernement et l’extinction des espèces.
L’audience s’était tenue le 30 novembre, jour d’ouverture de la COP 28 à Dubaï, et le jugement avait été mis en délibéré. Trois personnalités scientifiques étaient alors venues témoigner de la légitimité de cette action : Pierre-Henri Gouyon (biologiste, Muséum national d’histoire naturelle), Christophe Bonneuil (historien des sciences, CNRS) et Fabrice Flipo (philosophe des sciences, Institut Mines Telecom). Une lettre de la climatologue et ancienne co-présidente du groupe 1 du Giec Valérie Masson-Delmotte avait été préalablement jointe au dossier.
Conformément aux réquisitions du parquet, le tribunal a annulé les amendes de 5e classe qui avaient été infligées aux participantes à l’action car l’infraction n’était pas suffisamment caractérisée. En revanche, ni l’état de nécessité, ni la liberté d’expression, qui avaient été invoqués par la défense, n’ont été retenus. Il s’agit néanmoins d’une victoire judiciaire pour le collectif Scientifiques en rébellion, issu de l’appel de 1000 scientifiques à la désobéissance civile publié dans le journal Le Monde en février 2020, et dont c’était le premier procès. Comme le clamait une banderole lors de la conférence-occupation, « Dire la vérité n’est pas un crime » !
D’autres participant·es à cette action passeront en jugement ultérieurement.