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Scientifiques en Rebellion

Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire.


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30.11.2023 à 01:00

L'alter-COP de scientifiques en rébellion : un événement aux formats multiples

L'alter-COP de scientifiques en rébellion : un événement aux formats multiples

La COP alternative de Scientifiques en rébellion s’est ouverte jeudi 30 novembre. Une première table ronde a réuni la spécialiste des COPs Amy Dahan, le co-auteur du GIEC Wolfgang Cramer, les journalistes Paloma Moritz et Fabrice Nicolino, l’essayiste Agnès Sinaï et le fondateur d’Alternatiba et ANV-COP21 Jon Palais. Leurs points de vue sur les COP étaient particulièrement instructifs et ont ouvert un riche échange avec le public. Ensuite, le texte « Agir avec le désespoir environnemental », de l’autrice et militante Joanna Macy a été lu, accompagné d’une performance musicale par la guitariste-chanteuse Maéva Michel. La nuit tombée, les scientifiques ont investi le Pont Jacques Chaban-Delmas et y ont déployé un slogan lumineux « join us » et projeté des visuels, appelant à rejoindre l’alter-COP et plus largement le mouvement de lutte contre le réchauffement climatique. En particulier, le slogan de la campagne internationale de Scientist Rebellion « How much more climate failure can we take ? » était repris.

Pour cette action lançant leur COP alternative, les scientifiques ont choisi le symbole du pont, et celui de la lumière. Le pont comme symbole du lien entre les scientifiques et le grand public, mais aussi entre tous les secteurs de la société, tous les mouvements engagés face aux enjeux écologiques. Dans le noir de la situation actuelle, caractérisée l’inaction généralisée face à l’urgence écologique, cette action nocturne tente humblement d’allumer une petite lumière. Celle qui n’attend pas que les décideurs politiques agissent à notre place, celle qui investit des lieux partout dans le monde pour articuler la cohésion sociale et l’action écologique, celle qui ouvre de nouveaux imaginaires et allume un autre narratif. Cette action nocturne mise en lumière est également une manière d’appeler à un réveil, à un sursaut collectif pour ne pas se laisser écraser par ces rouleaux compresseurs que sont les compagnies pétrolières et gazières, qui tuent littéralement le vivant et, faisant cela, vident le monde de toute sa richesse et sa diversité. Enfin, cette lumière dans le noir est une manière d’incarner notre puissance d’agir et de lutter contre le sentiment d’impuissance et l’engourdissement qui nous menace. C’est aussi dans cette lignée, vendredi après-midi, que sera jouée fictivement, mais de manière très précise et documentée le procès de TotalEnergies.

Les poètes parlent de la nuit comme d’une figure qui engendre le jour. Cette action appelle à faire naitre de nouveaux jours, de nouvelles manières de vivre, de nouvelles actions. Cette action initiale de la COP alternative de Bordeaux est le premier fil d’une toile militante de quatre jours tissée collectivement. Les scientifiques appellent toutes et tous à les rejoindre pour faire rayonner cette toile le plus possible aux yeux du monde. Martin Luther King écrivait : « Ce n’est que lorsqu’il fait assez sombre que vous pouvez voir les étoiles ». Il est temps d’allumer les étoiles.

Photos: Un répertoire contenant les photos de la COP alternative est disponible ici. Les crédits photos sont au nom de Mathis Nicolas. Vous pouvez réutiliser les photos librement.

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29.11.2023 à 01:00

La COP alternative des Scientifiques en rébellion démarre jeudi 30 novembre 2023

La COP alternative des Scientifiques en rébellion démarre jeudi 30 novembre 2023

En 1992 tous les pays promettaient de s’engager pour éviter « toute interférence dangereuse d’origine anthropique avec le système climatique ». 27 COP plus tard, les émissions de carbone sont 60% supérieures à ce qu’elles étaient en 1992 et le constat d’échec est patent : les COP se sont succédé sans qu’on ait pu observer la moindre inflexion positive des trajectoires d’émissions de GES (Gaz à effet de serre). Y compris pour les quelques COP dont on aura retenu le titre (par exemple : protocole de Kyoto signé en 1997 lors de la 3e COP, et entré en vigueur en 2005 lors de la 11e COP à Montréal, accord de Paris en 2015 lors de la COP21) et qui ont permis de déboucher sur une résolution ou avancée concrète, aucune n’a fixé aux Etats l’obligation réelle de respecter les engagements pris. A l’inverse, les lobbies industriels ont pris de plus en plus de place dans ces COP au fil des ans et leur « délégation » a aujourd’hui plus de poids que celles des décideurs politiques. Et ce n’est certainement pas la 28e étape de ces COP (qui démarre ce jeudi 30 novembre) qui changera le cours des choses : elle se tient, de façon tout à fait indécente, à Dubaï sous la présidence du magnat du pétrole Ahmed Al Jaber, PDG d’ADNOC, plus grosse entreprise d’hydrocarbures des Emirats Arabes Unis qui annonçait récemment vouloir augmenter de plus de 25% sa production d’énergies fossiles en 5 ans – et utilisera la COP pour légitimer encore d’avantage la production et l’utilisation d’énergies fossiles. Les COP sont empêtrées dans de multiples compromissions avec le secteur des énergies fossiles et plus généralement avec les mondes industriels et financiers qui les empêchent de jouer le rôle qu’elles devraient tenir : celui d’un espace de dialogues pour défendre l’habitabilité de notre planète et assurer un futur digne aux pays du monde entier.

En tant que scientifiques, face au changement climatique et aux bouleversements écologiques d’origine anthropique, nous nous sommes d’abord senti⸱es concerné⸱es. Puis nous avons été alarmé⸱es. Alarmé⸱es face à l’amplification des phénomènes catastrophiques provoquant des milliers de morts et des pertes imminentes des conditions pour une vie digne et sans faim pour un tiers de la population mondiale. Alarmé⸱es face à l’accumulation d’observations et d’analyses documentant leurs causes et leurs conséquences, et l’observation et l’analyse tout aussi documentées des politiques climatiques inadaptées en raison de verrouillages sociotechniques et de collusion entre mondes politiques, industriels et financiers. Nous sommes maintenant terrifié⸱es car en dépit de toutes les alertes, et dans un contexte de crise démocratique croissante, ces mêmes politiques irrationnelles et dévastatrices perdurent.

Nous sommes terrifié⸱es. Mais pas résigné⸱es. Car nous savons aussi que des mobilisations d’ampleur de la société sont capables de faire advenir de grands changements, à l’image des mobilisations pour la justice sociale, les droits civiques, l’égalité de genre… qui ont toutes été gagnées par des mouvements sociaux forts.

Nous entendons jouer notre rôle dans cette partition : ni conseillers du prince, ni au service des pouvoirs technologiques et industriels, nous mettons nos méthodes et nos compétences au service du commun. C’est dans cet esprit que s’inscrit la campagne actuelle de Scientist Rebellion et de Scientifiques en rébellion, sa déclinaison française. Nous voulons proposer autre chose que ces COP impuissantes.

Nous souhaitons amorcer la construction d’un espace de discussion à la hauteur des enjeux. Un espace qui tisse des liens entre les personnes, les associations, les mouvements, les syndicats, différents mondes professionnels. Entre différentes façons d’observer, de comprendre, de percevoir et de ressentir le monde. Entre différentes rationalités et sensibilités dont le socle commun serait le respect du vivant.

C’est cette approche que nous tenterons de faire advenir à Bordeaux, du 30 novembre au 4 décembre avec l’organisation d’une COP alternative, réellement écologique. Cet évènement national a déjà été amorcé par de « mini COP alternatives » dans différentes villes de France : à Nancy le 22 octobre avec une action d’investissement des « Jardins éphémères » place Stanislas, installation de la ville, pour y porter haut et fort un discours critique sur la paralysie politique dominante et engager des discussions avec les visiteurs sur les enjeux climatiques et écologiques dans leur ensemble ; à Nantes, le 22 novembre avec une conférence inversée et une assemblée citoyenne sur la thématique des ressources en eau ; à Lyon, le 25 novembre avec un atelier participatif sur les enjeux du Rhône entre citoyen⸱nes, scientifiques et organisations locales ou encore à Paris le 26 novembre avec une conférence-débat à l’Académie du climat.

A Nancy, à Nantes, à Lyon, à Nice ou à Paris, nous avons proposé des espaces de réflexions autour d’enjeux de territoires. Ces espaces sont connectés à l’évènement de Bordeaux, ainsi qu’à tous ceux qui se jouent au même moment dans des dizaines de pays du monde selon le même état d’esprit dans le cadre de la campagne internationale de Scientist Rebellion, « How much more climate failure can we take ? ». Ces COP alternatives sont des manières d’inviter à faire du lien social, à prendre le temps de faire germer de nouveaux imaginaires et initiatives populaires, et donc d’une certaine manière à « ralentir », pour catalyser l’action contre le réchauffement climatique, la chute de la biodiversité, et de manière générale le dépassement des limites planétaires.

A Bordeaux le programme est ambitieux : il est à la hauteur des enjeux auxquels l’humanité doit faire face. De nombreuses organisations, associations, mouvements ont répondu à notre appel. Ces quatre jours vont constituer un véritable « Quartier général » de résistance climatique, une effervescence de rencontres, de discussions, de débats, de formes artistiques, d’actions de désobéissance civile non violente aussi, car nous jugeons que, face aux pouvoirs qui entrainent le monde à la catastrophe, la résistance et l’action seront des moteurs puissants de changement. Avec ces journées nous entendons contribuer au vaste tissage d’initiatives qui émerge un peu partout, contribuer aussi à rouvrir les imaginaires, et à redonner du pouvoir d’action aux personnes. Scientifiques en rébellion propose donc une main tendue pour mobiliser à Bordeaux, en France (et un lien visio streaming est mis en place à cet effet), à l’internationale aussi dans un désir de créer davantage de ponts entre pays, et de renforcer les groupes Scientist Rebellion internationaux. Des interventions et des témoignages venus de l’étranger enrichiront le programme de Bordeaux : sur l’expérience de référendum populaire en Equateur le vendredi soir, sur les bassines à partir d’une intervention d’un hydrologue italien le samedi matin, lien avec le Portugal aussi autour des questions de l’exploitation minière en haute mer. Nous appelons à décloisonner tous les secteurs au service du vivant, à fédérer les énergies tous ensemble sous le même toit (la Base sous-marine) pour fusionner nos singularités et catalyser l’action.

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22.11.2023 à 01:00

COP28 alternative Nantes: propositions

COP28 alternative Nantes: propositions

Le mercredi 22 novembre 2023, nous, collectif des Scientifiques en Rébellion et d'Extinction Rebellion, avons co-organisé à Nantes une COP28 alternative autour de la thématique des ressources en eau en Pays de la Loire. Trois intervenantes ainsi que divers.e.s participant·e·s du public ont partagé leurs savoirs et expertise sur le sujet. Puis, collectivement, lors d'une convention citoyenne, le groupe a été invité à réfléchir sur les différentes façons de concevoir les ressources en eau dans la région dans un contexte de dérèglement climatique. Il en a émergé ce texte, co-écrit par des membres de Scientifiques en Rébellion, d'Extinction Rebellion et un groupe de citoyen.ne.s concerné.e.s, qui mêle constats et propositions.

Convention citoyenne dépolluée - Texte aux décisionnaire

Gestion et utilisation de l'eau, un bien commun

L'eau est très présente dans la région Pays de la Loire, recouvrant 13% du territoire selon le rapport du GIEC Pays de la Loire. Cette ressource intervient dans différents aspects de nos vies (consommation, énergie, agriculture, usage quotidien). L'eau est un bien commun aux humains et aux autres êtres vivants, utile et nécéssaire dans les cycles de la vie et de l'écosystème entier. Dès lors, cette ressource ne doit pas être pensée de manière individuelle, segmentée et à petite échelle mais de manière décentralisée et solidaire, à l'échelle des différents bassins versants et de l'ensemble du cycle de l'eau. En effet, l'eau atmosphérique, plus au moins chargée en polluants, va irriguer les terres, remplir les nappes phréatiques et les points d'eau ou participer à la calotte glaciaire et former un stock d'eau douce. Toute l'eau n'est pas utilisée et immobilisée immédiatement, une partie va rejoindre, par ruissellement, les cours d'eau, ruisseaux et rivières, avant de se jeter dans la mer. En conséquence, une eau polluée, trop riche en nutriments (azotes, phosphate...), trop chaude, trop turbide, trop rare (cours d'eau à sec suites aux sécheresses à répétition des dernières années) ou encore trop canalisée, aura de nombreux effets néfastes pour nous, humains, mais aussi pour l'ensemble de l'écosystème en découlant.

Pour pallier cela, plusieurs propositions ont été évoquées comme le renforcement des mesures de renaturation des cours d'eau et des zones humides (débusage, recréation de méandres et degravières, défrichage et arrachage d'arbres, retrait de jussie et myriophylle etc.). Cela fait notamment partie des grands objectifs des documents réglementaires tels que le Schéma Directeur d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) et Schéma d'Aménagement et de Gestion desEaux (SAGE). À cela devrait venir s'ajouter une part de communication et de sensibilisation de la population à l'importance de ces zones, pour comprendre que l'eau est partout et utile à tous. Par ailleurs, la création d'un statut juridique pour les cours d'eau, tel que la Loire, indépendamment de son classement au patrimoine mondial de l'UNESCO, permettrait des recours juridiques facilités en cas de pollutions avérées, facilitant ainsi sa protection.

Concernant la gestion des ressources en eau, une des préoccupations centrales est l'utilisation de l'eau potable. Est-il pertinent de continuer à l'utiliser à d'autres fins que pour sa consommation (exemple : machine à laver, toilettes) notamment lorsque l'on sait qu'environ 20% de cette eau est perdue à cause des fuites dans le réseau d'alimentation [1]. À ce titre, la Régie de Nantes Métropole est considérée comme moins performante que des opérateurs privés [2]. Une alternative à ces pertes et à l'utilisation abusive d'eau potable serait de repenser le réseau d'alimentation en eau des foyers lors des nouvelles constructions : un réseau d'eau potable pour la consommation et un réseau alimenté par les eaux pluviales pour le reste. Dans les logements déjà construits et occupés, des aides financières de l'État ou de la Région pourraient être mises en place pour repenser ces réseaux d'eau comme pour la rénovation énergétique (MaPrimeRénov', Certificats d'Économie d'Énergie, aides des collectivités locales [3]). On peut également imaginer que les bâtiments publics et les entreprises aient des obligations à installer et/ou convertir leurs réseaux d'eau pour réutiliser les eaux pluviales et participer à une économie de l'eau potable. Par ailleurs, afin de garantir l'accès à l'eau à tou·te·s, de manière équitable il faudrait revoir la tarification de l'eau en adoptant le principe du "pollueur-payeur". Actuellement, elle est proportionnelle et une tarification sociale existe au niveau de Nantes Métropole [4]. À l'heure où la 6ème limite planétaire, celle de l'eau douce, a été dépassée [5] et que les prévisions pour la Loire indiquent une baisse substantielle des ressources en eau pour les années à venir [6], qu'adviendra-t-il du coût de l'eau ? Dans un contexte de raréfaction des ressources pour les foyers, la tendance est à la montée des tarifs (cf. prix de l'essence) et seuls les plus riches pourront se permettre d'utiliser l'eau et de la gaspiller. Nous craignons une tendance à l'accaparement au vu des épisodes de méga-bassines à Sainte-Solines ou du projet, heureusement suspendu, d'une retenue d'eau à la Clusaz [7]. Pour pallier cela, nous proposons de généraliser le système de tarification indexé sur les ressources financières : on paye en fonction de ce que l'on gagne. En outre, pour limiter le gaspillage de l'eau, un système de forfait devra être créé impliquant différents seuils au-delà desquels le tarif global de l'eau sera revu. Ainsi, à revenus identiques, un foyer ne faisant pas attention à sa consommation d'eau devra dépenser plus pour cette ressource qu'un foyer ne gaspillant pas. Cette nouvelle tarification se veut plus juste en prenant en compte les usages de l'eau en grande quantité (remplissage de piscines individuelles, arrosage de terrains de golfs, nettoyage des voitures etc.).

De plus, bien qu'il soit essentiel de repenser individuellement nos usages de l'eau, il faut surtout responsabiliser les industries très aquavores (textile, agroalimentaire, énergie). Nous voulons plus de transparence de la part des industries sur leur utilisation de l'eau. Sur la base du forfait évoqué plus haut, une taxation importante pour les entreprises très consommatrices est exigée. Nous voulons également obliger les diverses industries à ajouter la quantité d'eau utilisée pour leurs produits - notion d'eau virtuelle - en condition d'obtention des diverses aides financières publiques. Ce calcul d'eau virtuelle devra prendre en compte l'eau consommée sur le territoire et hors du territoire Français. Un institut indépendant pourra être chargé d'évaluer la justesse des quantités d'eau virtuelle évoquées. Nous estimons que cela incitera les industries à diminuer ce coût et sensibilisera les consommateurs sur leur impact sur les ressources en eau (exemple : ce jean a nécessité 7 000 à 11 000L d'eau [8]). Au niveau individuel, diverses idées ont été avancées ayant trait à la sensibilisation et à l'accessibilité des informations. L'éducation des citoyen·ne·s à l'importance du cycle de l'eau est fondamentale et se doit d'être appuyée. Cela peut passer par des campagnes d'affichage, une moindre consommation de viande dans les cantines scolaires (une alimentation plus végétale diminue de 28 à 41% notre consommation d'eau [9]), des ateliers de sensibilisation dans les maisons de quartiers, écoles primaires, collèges et lycées...

Dès lors, il est nécessaire d'avoir conscience de l'effet que peuvent avoir nos actions sur l'eau. Cela passe certes par des questions individuelles - à quelle part de confort personnel suis-je prêt à renoncer pour économiser l'eau ? - mais surtout par des décisions politiques fortes quant à l'accaparement de l'eau et au gaspillage. Il semble important de retenir que ce n'est qu'en adoptant un système tourné vers la décroissance que l'on aura un impact encore plus réel non seulement sur notre consommation en eau mais aussi en ressources en tout genre (minerai, énergie, etc.).

Qualité de l'eau et pollution

Une des grandes inquiétudes mise en lumière lors de cette conférence est la qualité de l'eau. Selon l'Agence de l'eau Loire Bretagne, seules 11,3% des masses d'eau de la région sont en bon état écologique contre 44% des masses d'eau au niveau national [10]. En cause notamment, la présence de divers micropolluants chimiques [6], conséquences des pratiques agricoles et des activités industrielles. L'impact de ces pollutions n'est plus à démontrer : extinction de la biodiversité (-40% d'espèces d'oiseaux [11]), diminution de la production agricole due à la perte de pollinisateurs [12] ou encore toxicité humaine (substances cancérigènes, perturbateurs endocriniens et neuro-toxiques [13]).

Alors que les épisodes de marées vertes ont montré un lien direct entre l'eutrophisation des milieux aquatiques et la pollution des eaux aux nitrates par les effluents d'élevage [14], le changement de paradigme agricole reste très faible. Il est urgent de revoir le modèle d'agriculture intensive pour protéger au mieux les ressources en eau mais aussi repenser nos modèles économiques de production et de consommation. L'utilisation par les cantines scolaires de : i) récoltes bio, au lieu des productions des agro-industriels, participerait à la réduction des produits phytosanitaires, limitant la présence de polluants chimiques et organiques dans les nappes superficielles et profondes ; ii) variétés locales adaptées aux contraintes environnementales de la région, participerait à diminuer l'utilisation d'intrants, le besoin de transport pour les récoltes et ne nécessiterait pas ou peu d'irrigation. Concernant la pollution aux pesticides, nous soulignons l'arrêt de leur utilisation dans l'entretien des espaces verts de la métropole depuis 1999 [15] et invitons dès lors les diverses collectivités à aller au-delà et bannir les phytosanitaires des lieux de restaurations collectives.

Quant aux industries, nombreuses sont celles qui polluent, gaspillent ou accaparent l'eau ; on pense notamment aux industries classées SEVESO présentes au niveau de l'estuaire telle que Yara, régulièrement mise en demeure pour des rejets dans la Loire et qui a préféré fermer plutôt que de se mettre aux normes [16]. Parmi les diverses revendications, la taxation plus importante des gros pollueurs a été unanime. À ce jour, plus de 70% des redevances pollution (un outil financier utilisé pour protéger la ressource eau) sont à charge des consommateurs domestiques, contre 10% pour les industriels et ce, malgré leur impact bien supérieur sur la ressource [2]. Pour aller en ce sens, un travail de cartographie recensant les industries les plus polluantes et/ou aquavores est nécessaire.

Pour pallier les effets néfastes de la pollution de l'eau, la proposition d'un aquascore, calqué sur le nutriscore alimentaire, permettrait d'informer la population sur la qualité de l'eau au robinet. Si des seuils existent (sulfates, chlorure, potassium, nitrates etc.) pour garantir la potabilité de l'eau, cela n'est pas communiqué de façon claire. À titre d'exemple, un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a montré en 2022 que deux tiers de l'eau du robinet des français était contaminée par un dérivé de chlorothalonil, un herbicide interdit depuis 2020 et ce, au-delà du seuil autorisé dans 34% des cas [17]. Dès lors, dans des régions agricoles où le taux de nitrates peut avoisiner le seuil de potabilité, l'eau pourrait être classée B ou C en regard d'une eau peu riche en nitrates ayant un aquascore A. Le cahier des charges pour la création de cet aquascore ainsi que sa diffusion reviendrait à la Régie publique eau de Nantes Métropole et permettrait à la population de se prémunir contre les effets néfastes d'une eau polluée. Cela devrait par ailleurs se généraliser aux autres Métropoles, communauté de communes et aux gestionnaires privés. Dans le cas où l'aquascore ne serait pas disponible, la distribution de kits pour tester soi-même la qualité de l'eau semble être une bonne alternative.

Aménagement du territoire

De manière générale concernant la gestion des ressources en eaux et leurs qualités, une mesure importante des pouvoirs publics doit consister à repenser l'aménagement du territoire. La réduction drastique de l'artificialisation des sols en zones urbaine et notamment leur imperméabilisation permet de limiter le ruissellement des eaux pluviales qui se chargent en polluant lors du lessivage des surfaces et dégradent par la suite fortement les milieux aquatiques [18]. En particulier, une étude montre que la pollution est locale pour de nombreuses molécules et ne provient qu'en faibles proportions de la pollution atmosphérique, étant reliée directement au lessivages des surfaces urbaines [19]. Par ailleurs, bien que nous soulignons la mise en place du plan Pleine Terre par la Métropole, ayant pour objectif de déminéraliser les sols et les "renaturaliser" [20], nous sommes nombreux·ses à déplorer l'inertie au vu des espaces encore bitumisés inutilement ; certains et certaines se disent prêts et prêtes à utiliser des marteaux piqueurs. Il n'est pas sans rappeler que les végétaux en ville participent à de nombreux services écosystémiques favorisant la captation de l'eau ou réduisant de manière significative les îlots de chaleur [21]. Il semble également paradoxal qu'une Métropole encourage à la renaturalisation des sols pour favoriser la biodiversité et dans le même temps participe à la destruction de zones humides très riches en biodiversité dans le très controversé projet Doulon-Gohards. À ce titre, une réglementation plus dure pour protéger les zones humides et prévenir leur disparition en zone urbaine est essentielle tout comme une réévalution du PHEC (plus haute eau connue) du PPRI (plan prévention risques inondation) pour limiter les inondations. Cette dernière mesure implique également d'éviter les constructions en zones inondables (cf. le projet du nouveau CHU [22]). Parmi les diverses propositions, la création de mares parait rapide à mettre en place et permettrait par ailleurs de favoriser le développement de biocénoses aquatiques.

Le "tout-béton" prôné par une politique attractive de la métropole - objectif de 6000 logements neufs par an indiqué dans le plan de relance du programme local de l'habitat publié en octobre 2023 sur le site de Nantes métropole [23] - a un impact négatif plus vaste sur le territoire ligérien de par la destruction de nombreux paysages et écosystèmes pour l'extraction du sable. Divers collectifs de riverains et riveraines s'opposent notamment aux extensions de carrières (Tahuns, Saint-Colomban etc.) pour protéger des espaces naturels et lutter contre le monde du béton. Comme évoqué plus haut, l'incitation au changement de paradigme agricole par les pouvoirs publics particperait à une refonte des paysages du territoire (haies, bocages...). Enfin nous souhaiterions que plus de moyens financiers et humains soient accordés à la "police de l'eau", aux protecteurs.ice.s de l'environnement (ONF, OFB) afin de préserver au mieux le vivant.

En conclusion, si les diverses oeuvres dystopiques nous appellent à repenser nos imaginaires, rouages indispensables des politiques de transitions, nous ne sommes pas prêts à vivre avec des distiles - appareil de recyclage de l'eau corporelle présent dans l'univers fictionnel "Dune" de Frank Herbert - ou être dépendants des caravanes de l'eau (convoi d'approvisionnement d'eau potable dans le livre "Les derniers hommes" de Pierre Bordage). Les problématiques de l'eau sont centrales pour les humains et non humains afin d'assurer la subsistance du vivant. Les diverses décisions la concernant se doivent d'être prises collectivement et rapidement.

📣 C'est pourquoi nous appelons à l'organisation d'une convention citoyenne de l'eau au niveau de la Métropole Nantaise, du département et de la Région, et insistons sur le besoin de souverainetés locales. 📣

Un collectif de citoyen.ne.s, Scientifiques en Rébellion et Extinction Rébellion.

Références

  1. www.services.eaufrance.fr/rapport-national
  2. Pedehours, P., 2022. Outils d’aide à la décision pour la répartition de la ressource en eau en région Pays de la Loire. Thèse de Doctorat. Nantes Université.
  3. www.economie.gouv.fr/particuliers/prime-renovation-energetique
  4. metropole.nantes.fr/tarification-eau
  5. www.nationalgeographic.fr/environnement/eau-douce-danger-ressource-naturelle-la-sixieme-limite-planetaire-a-ete-franchie-et-maintenant
  6. Rapport GIEC Pays de la Loire, version 1 (29-09-2022)
  7. https://reporterre.net/Victoire-La-Clusaz-un-moratoire-construction-retenue-eau
  8. librairie.ademe.fr/cadic/1529/le-revers-de-mon-look.pdf
  9. www.l214.com/communications/20230329-plan-eau-gouvernement-elevage-alimentation
  10. agence.eau-loire-bretagne.fr/home/bassin-loire-bretagne/zoom-sur-la-qualite-des-eaux-en-loire-bretagne-2020.html
  11. Rapport sur l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques, IPBES 2019.
  12. Rapport d'évaluation sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire, IPBES 2016.
  13. Rapport sur les impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques, ESCo INRAE et Ifremer, Mai 2022.
  14. De l'élevage industriel aux algues vertes en Bretagne, les errements de la politique agricole ? Rapport Greenpeace Juillet 2019.
  15. Communication personnelle de la CGT Mairie de Nantes.
  16. www.francebleu.fr/infos/economie-social/montoir-yara-licencie-et-ferme-son-usine-de-fabrication-d-engrais-plutot-que-de-se-mettre-aux-normes
  17. www.anses.fr/fr/system/files/LABORATOIRE2022AST0255Ra.pdf
  18. Béatrice Béchet, Yves Le Bissonnais, Anne Ruas, Anne Aguilera, M. André, et al.. Sols artificialisés et processus d'artificialisation des sols : déterminants, impacts et leviers d'action. Rapport. [0] INRA. 2017, 609 p. hal-01687919.
  19. Chérin, N., 2017. Modélisation des flux de dépôts atmosphériques du plomb et du cadmium à l’échelle urbaine. Thèse de doctorat. Ecole Nationale des Pont et Chaussées, Paris.
  20. metropole.nantes.fr/actualites/2022/environnement-nature/un-plan-pour-reduire-le-bitume
  21. aquagir.fr/gestion-eaux-pluviales/connaissances/la-vegetalisation-urbaine-et-rurale-pour-reguler-localement-la-temperature-et-le-cycle-de-leau
  22. www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/futur-chu-a-nantes-un-collectif-exige-la-revision-du-plan-de-prevention-des-risques-d-inondation
  23. metropole.nantes.fr/actualites/2023/logement-urbanisme/congres-hlm-2023/plan-relance-dans-le-concret
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21.11.2023 à 01:00

Alors que s’ouvre la COP28, des scientifiques en procès pour avoir alerté sur la crise écologique

Alors que s’ouvre la COP28, des scientifiques en procès pour avoir alerté sur la crise écologique

Scientifiques en rébellion & Extinction Rebellion

Le 30 novembre 2023, jour de l’ouverture de la COP28 sur le climat à Dubaï, 8 scientifiques et activistes seront en procès à Paris pour avoir alerté sur la crise écologique au cours d’une conférence-occupation au Muséum national d’histoire naturelle dans la soirée du 9 au 10 avril 2022. Ce hasard du calendrier met cruellement en lumière le caractère révoltant de la situation actuelle : alors que la COP est présidée par le dirigeant de l’une des principales compagnies pétrolières au monde et que l’État français a été condamné pour inaction climatique, ce sont les lanceurs et lanceuses d’alerte qui sont poursuivi.e.s. L’action d’avril 2022 pour laquelle scientifiques et activistes sont poursuivi.e.s, est issue d’une collaboration entre Scientifiques en rébellion et Extinction Rebellion (XR). Elle se tenait symboliquement dans la galerie des fossiles du Muséum. Ce fut la première action de désobéissance civile organisée par des scientifiques en France. Plusieurs personnalités scientifiques viendront témoigner lors du procès en soutien aux personnes poursuivies et un rassemblement aura lieu à cette occasion.

Conférence-occupation au Muséum national d’histoire naturelle, avril 2022.

Le 30 novembre 2023 dans la matinée, 8 scientifiques et activistes passeront en procès devant le Tribunal de police de Paris suite à une action réalisée en avril 2022 pour alerter sur les conséquences de l’inaction climatique du gouvernement. Les personnes poursuivies contestent les amendes de 5e classe qui leur avaient été infligées dans un premier jugement pour être resté.es après l’horaire de fermeture du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) à Paris. Une première audience s’était tenue le 5 octobre, mais avait été reportée car le MNHN n’avait pas été informé.

Le procès sera l’occasion pour les accusé.es de défendre la légitimité de leur action au regard de l’urgence climatique et de la perspective de la sixième extinction de masse. Pour leur défense, ils et elles invoqueront l’état de nécessité en raison du danger actuel et imminent qui pèse sur le vivant tel que démontré notamment par les travaux du Giec et de l’IPBES. Des personnalités scientifiques reconnues viendront témoigner pendant l’audience, en soutien aux accusé.es : Pierre-Henri Gouyon (biologiste, Muséum national d’histoire naturelle), Christophe Bonneuil (historien des sciences, CNRS) et Fabrice Flipo (philosophe des sciences, Institut Mines Telecom). Un rassemblement de soutien et des prises de parole de scientifiques auront lieu après l’audience.

La soirée du 9 au 10 avril 2022, en pleine campagne pour les élections présidentielles, une trentaine de scientifiques ont occupé la galerie de paléontologie et d’anatomie comparée du Muséum national d’histoire naturelle. Entouré.es de fossiles en allégorie aux risques existentiels qui pèsent sur notre espèce et sur tout le vivant, des scientifiques de spécialités variées (océanographie, écologie, agronomie, biologie, infectiologie, informatique et histoire) ont réalisé une douzaine de présentations illustrant les mesures urgentes, radicales et nécessaires qui doivent être prises afin de limiter les conséquences des crises climatique et écologique en cours et à venir.

La vidéo complète des conférences est disponible ici et des images ici.

Il s’agissait de la première action organisée en France par le collectif Scientifiques en rébellion, issu de l’appel de 1000 scientifiques à la désobéissance civile publié dans le journal Le Monde en février 2020. Elle était organisée conjointement par Extinction Rebellion (XR) et Scientifiques en rébellion, dans le cadre d’une campagne internationale de Scientist Rebellion. L’action annonçait également la campagne d’XR qui allait suivre avec, notamment, l’occupation d’une partie des Grands Boulevards pendant le week-end du 16 avril.

Les participant.es ont quitté les lieux dans le calme à l’issue des présentations scientifiques, sans avoir créé aucun dégât matériel à ce lieu symbolique. Pourtant, elles et ils sont aujourd’hui poursuivi.es en justice. Alors que l’État français a été condamné par le Conseil d’État pour inaction climatique et que le gouvernement ne prend toujours pas de mesures exigées par la justice, ce sont les scientifiques qui sont inquiété.es pour avoir joué leur rôle de lanceurs et lanceuses d’alerte. L’histoire retiendra qu’en plein « effondrement climatique » (selon les mots du Secrétaire général de l’ONU), la France était plus occupée à poursuivre les scientifiques qu’à prendre des mesures à la hauteur de l’urgence. Plus grave encore, au moment de l’audience s’ouvrira aux Émirats arabes unis la COP28, présidée par Sultan Ahmed Al-Jaber, PDG de la compagnie pétrolière nationale ADNOC, 12e productrice mondiale. Cette compagnie prévoit d’augmenter de 25% sa production de pétrole d’ici à 2027, en contradiction totale avec les objectifs de l’Accord de Paris de 2015.

Ce n’est pas la première fois que des scientifiques français.es font face à une répression judiciaire pour des actions de désobéissance civile. En novembre 2022, 16 scientifiques (dont 4 Français) ont été emprisonné.e.s pendant une semaine en Allemagne pour s’être collé les mains à des automobiles de luxe dans un showroom BMW à Munich, dans le cadre d’une campagne internationale de Scientist Rebellion. Une tribune de soutien sur France TV Info avait alors été signée par 1300 scientifiques. En octobre 2021, un astrophysicien a été poursuivi avec six autres activistes pour s’être introduit sur le tarmac de l’aéroport de Roissy afin de dénoncer le caractère climaticide de l’extension du terminal 4, une action à laquelle participaient d’autres membres de Scientifiques en rébellion. Une tribune de soutien parue dans Reporterre avait recueilli près de 300 soutiens. La répression des scientifiques n’est qu’une illustration de la stratégie de criminalisation des mouvements sociaux et notamment des mouvements écologistes par le gouvernement, qui frappe aussi bien les actions de désobéissance civile que les manifestations. Ainsi, rien que cet automne, des militant.es d’Extinction Rebellion ont déjà dû faire face à plus de dix procès différents (voir notamment ici et là).

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25.10.2023 à 02:00

A69 : Les gendarmes chargent et interrompent une conférence scientifique

A69 : Les gendarmes chargent et interrompent une conférence scientifique

Des membres de deux collectifs scientifiques, l’Atécopol et Scientifiques en rébellion, étaient présent.es au week-end de manifestation contre l’A69, pour rappeler le rejet de ce projet par la communauté scientifique. Dimanche, aux environs de 12h30, une conférence de l’Atécopol a débuté sur le terrain privé du rassemblement, devant environ 300 personnes. Un discours de 20 minutes était prévu visant à souligner la légitimité des opposant.es à ce projet au vu des enjeux climatiques et environnementaux (discours publié sur le site de l’Atécopol). Il devait être suivi par un échange de 40 minutes avec le public, et devait être clôturé par une intervention des Scientifiques en rébellion. Quelques minutes après le début de la conférence, alors que les scientifiques étaient en train de rappeler l’inadéquation de ce projet face aux trajectoires nécessaires pour respecter l’Accord de Paris, et d’expliciter leur positionnement critique face aux pratiques de compensation écologique sous le bruit croissant d’un hélicoptère de la gendarmerie, les forces de l’ordre ont décidé de donner l’assaut.

Les scientifiques sur place ont pu constater que les gendarmes mobiles, loin de se contenter de s’attaquer à la ZAD qui avait été installée la veille, ont usé abondamment de lanceurs de grenades lacrymogènes sur l’ensemble du site sur terrain privé, obligeant les scientifiques et leur public à se mettre à l’abri rapidement. Ces tirs ont également déclenché des départs de feux dans la paille des champs et sur une tente, heureusement éteints par des manifestant.es avant qu’ils ne deviennent potentiellement incontrôlables. Les forces de l’ordre ont également lancé des grenades lacrymogènes dans la zone du parking, gazant ainsi une foule comprenant des familles, des enfants et des personnes vulnérables essayant de quitter le site.

L’Atécopol et Scientifiques en rébellion expriment leur incompréhension et leur indignation quant à la violence et au moment choisi pour cette intervention : sans attendre le démontage du camp et le départ de la majorité des personnes venues pacifiquement écouter les conférences dominicales, ainsi que réfléchir et débattre ensemble sur les suites du mouvement.

L’Atécopol avait publié le 24 septembre une lettre ouverte exposant le consensus de ses 200 membres contre l’A69, dénonçant l’incohérence du projet sur le plan du climat et de la biodiversité. Le 4 octobre, Scientifiques en rébellion avait publié une lettre à Emmanuel Macron, rappelant également ces contradictions, qui avait été signée par près de 2000 scientifiques dont de nombreu.x.ses co-auteur.es du GIEC et membres d’institutions consultatives (Haut Conseil pour le climat et Conseil national pour la protection de la nature). Suite à ces prises de position, une délégation de scientifiques de l’Atécopol avait rencontré le 11 octobre Carole Delga et ses conseillers, soutiens du projet, pour leur rappeler les faits scientifiques essentiels à prendre en compte dans les décisions publiques.

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04.10.2023 à 02:00

Autoroute A69 : l’opposition au projet grandit parmi les scientifiques

Autoroute A69 : l’opposition au projet grandit parmi les scientifiques

Plus de 1500 scientifiques, dont plusieurs co-auteur·es du GIEC, signent une lettre ouverte à Emmanuel Macron demandant l’arrêt des travaux de l’autoroute A69.

Dans une lettre ouverte publiée dans L’Obs le mercredi 4 octobre, plus de 1500 scientifiques, dont plusieurs co-auteur·es du GIEC, membres du Haut Conseil pour le Climat et membres de l'Académie des Sciences, réclament l’arrêt des travaux de l’A69. Cette lettre, initiée par le collectif Scientifiques en rébellion, arrive au cœur d’une forte mobilisation des citoyen·nes et des scientifiques autour de ce projet. Après le collectif scientifique toulousain Atécopol, qui a rendu public son rejet unanime du projet le 24 septembre, ce sont aujourd’hui des scientifiques de tout le pays qui se manifestent. Alors qu’on pourrait se demander pourquoi des scientifiques se mobilisent autour d’un projet d’autoroute, ils et elles précisent qu’« en nous opposant au chantier de l’A69, ce n’est pas seulement à ce projet particulier que nous appelons à mettre fin, mais à travers lui aux diverses politiques publiques héritées d’un passé qui nous a conduit dans l’impasse écologique actuelle ».

Dans leur lettre, les scientifiques tiennent à rappeler qu’ils et elles ne sont pas contre toute construction, et que « face à l’urgence écologique », il reste nécessaire « de bâtir, de rénover, d’installer de nouvelles infrastructures, et de développer la production et l’utilisation d’énergies renouvelables ». Pour autant, les signataires jugent que, sans une politique de sobriété, ces mesures seront insuffisantes et pourraient même devenir contre-productives par une augmentation des usages. Les scientifiques estiment ainsi que le respect des engagements internationaux de la France en matière climatique et de biodiversité nécessite de la sobriété et de renoncer à certaines choses comme « à la prédominance de la voiture individuelle, au tourisme de masse, à la surconsommation, à une alimentation trop carnée, et dès à présent à tout nouveau projet d’exploitation d’énergies fossiles ».

Les scientifiques jugent que l’A69 est un de ces projets auxquels il faut renoncer, parce qu’il est à la fois injustifié et délétère sur le plan climatique, environnemental et social.

Selon les signataires, « ni l’intensité du trafic, ni les gains de temps envisagés sur le trajet Toulouse-Castres ne justifient la construction d’une autoroute ». Les signataires plaident plutôt plutôt pour une limitation de la vitesse maximale sur autoroute à 110 km/h, ce qui ferait perdre l’intérêt en gain de temps de l’A69. L’argument du désenclavement, souvent mis en avant par les politiques soutenant le projet, est également contesté : « les recherches montrent clairement que le lien entre infrastructures autoroutières et développement n’est pas automatique, et peut être négatif », notamment pour les villes moyennes que l’on voulait ainsi desservir.

Sur le plan social, l’autoroute A69 serait l’une des plus chères de France, excluant ainsi son utilisation par les plus modestes. Pire, les déplacements de ces personnes seraient rendus plus difficiles en raison de la privatisation d’une partie des aménagements existants.

Les signataires rappellent les principaux impacts négatifs de cette autoroute comme les émissions de gaz à effet de serre, la destruction d’écosystèmes et la perte de terres agricoles, soulignant que la majeure partie de ces impacts peut encore être évitée : « Il n’est pas trop tard. [...] Arrêter maintenant, c’est limiter grandement le nombre d’arbres anciens coupés, de surfaces agricoles fertiles définitivement perdues, de zones humides terrassées et asphaltées. Arrêter maintenant, c’est éviter les émissions de CO2 associées à la construction de l’infrastructure, et celles causées tous les ans par un trafic à plus grande vitesse. […] Arrêter maintenant serait une marque de sagesse, de vision et de responsabilité face au défi que nous devons collectivement relever ».

La compensation écologique, mise en avant par le Ministre chargé des Transports lors de ses annonces du 26 septembre, fait également l’objet de sévères critiques de la part des scientifiques : « le principe même de la compensation écologique est largement contesté dans la littérature scientifique. Notamment, des arbres centenaires et des écosystèmes ne sont pas remplaçables par des plantations plus jeunes ou la protection d’autres zones ». Les signataires rappellent que la priorité doit être donnée à l’évitement des impacts, plutôt qu’à une illusoire tentative de compensation. Ils et elles soulignent qu’un projet d’aménagement alternatif à partir de la route nationale existante a été présenté par le collectif « La Voie Est Libre ».

Les scientifiques rappellent également que des citoyen·nes ont décidé de mettre leur liberté ou leur vie en jeu pour s’opposer au projet d’autoroute parce qu’il contrevient directement aux idéaux humanistes, une allusion au fait que Thomas Brail, le fondateur du Groupe National de Surveillance des Arbres, a entamé une grève de la faim depuis 34 jours, depuis rejoint par d’autres citoyen·nes.

Ils et elles concluent en demandant au Président de démontrer qu’il a entendu les alertes des scientifiques, et pris la mesure des transformations profondes qu’il faut apporter aux manières de conduire l’aménagement du territoire : « nous comptons donc sur votre lucidité, votre courage et votre détermination à préserver l’habitabilité de notre planète et de notre pays pour toutes et tous ».

Cette lettre ouverte intervient alors qu’une rencontre a eu lieu le 3 octobre à Paris entre les opposant·es au projet, Carole Delga et des représentants du ministère des transports, dans l’objectif de mettre en place un processus de médiation. Carole Delga se serait engagée à donner une réponse dans un délai de 24h, réponse qui pourrait mettre fin aux grèves de la faim et permettre le début de la médiation.

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