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Scientifiques en Rebellion

Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire.


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31.03.2023 à 02:00

Les scientifiques en rébellion apportent leur soutien aux Soulèvements de la Terre et accablent le gouvernement

Les scientifiques en rébellion apportent leur soutien aux Soulèvements de la Terre et accablent le gouvernement

Le collectif Scientifiques en rébellion publie deux textes aujourd’hui sur son blog dans le Club de Mediapart. Le premier, « Les méga-bassines sont une maladaptation aux sécheresses et aux enjeux agricoles » est co-signé de plus de soixante hydrologues et spécialistes de l’eau, et dénonce l'inadéquation des méga-bassines aux enjeux hydrologiques, écologiques et agricoles, soulignant au contraire les multiples problèmes liés à leur installation. Ce texte est une version plus longue et détaillée d’une tribune parue dans Le Monde le 25 mars (voir le communiqué de presse du 26 mars). Le second texte, plus vindicatif, s’intitule « En soutien de la résistance, nous sommes les Soulèvements de la Terre ». Les scientifiques y affirment être complètement atterré·es par le traitement politique de la question écologique et climatique et critiquent de manière cinglante l’action du gouvernement et la « violence démesurée » dont il a fait preuve. Ils et elles considèrent que la menace de la dissolution des Soulèvements de la Terre est « le symbole d'un pouvoir qui perd les pédales dans un délire sécuritaire », alors que ce collectif écologiste propose « un autre monde, un projet de société différent et réaliste où le soin (care), le respect, la tolérance, la justice sociale sont réellement réfléchis et mis en place au quotidien. »

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30.03.2023 à 02:00

Les méga-bassines sont une maladaptation aux sécheresses et aux enjeux agricoles

Les méga-bassines sont une maladaptation aux sécheresses et aux enjeux agricoles

Nous, scientifiques, soutenons les mouvements de résistances aux projets de méga-bassines. Sans utilité réellement prouvée, ces retenues à ciel ouvert menacent la préservation de l’eau et des écosystèmes, et freinent la transformation de notre modèle agro-économique face aux sécheresses actuelles et à venir. Plus de dialogue est nécessaire entre agriculteur·ice·s, citoyen·ne·s et institutions.

Ce texte publié sur notre blog dans le Club de Mediapart est une version longue de notre tribune publiée dans Le Monde le 26 mars 2023.

« Il est possible d’assurer un avenir durable et équitable dans le domaine de l’eau. Il faut pour cela changer radicalement la façon dont nous apprécions, gérons et utilisons l’eau. Cela commence par traiter l’eau comme ce qu’elle est : notre bien collectif mondial le plus précieux, essentiel à la protection de tous les écosystèmes et de toutes les formes de vie ». Ces écrits ouvrent le rapport de synthèse sur l’économie de l’eau publié à l’occasion du sommet sur l’eau des Nations Unies en cette première semaine de printemps 2023. Ce printemps succède à un hiver exceptionnellement peu pluvieux en France, où les restrictions d’eau apparaissent déjà. La crise qui s’installe et les restrictions associées soulignent l’importance de la gestion des stockages naturels fournissant une grande partie de l’eau dont nous dépendons.

Car l’eau n’est une ressource renouvelable que si la consommation n’est pas excessive ; un équilibre en phase d’être rompu à mesure que les effets combinés du changement climatique et de la surconsommation d’eau se font sentir. Que l’on regarde dans les lacs, les rivières, les sols ou les nappes phréatiques, les quantités d’eau se réduisent en France. Contrairement à l’argent, il n’y pas d'"eau magique », il est donc très probable que la compétition entre les principaux usages de l’eau du territoire (industrie, eau potable et sanitaire, refroidissement des centrales électriques, géothermie, loisirs et évidemment agriculture) augmente.

L’agriculture utilise actuellement 45 % de l’eau consommée en France, principalement via l’irrigation. Cela représente plus de 90 % de la consommation estivale dans certaines régions. Dans un contexte de raréfaction de l’eau disponible, il est donc crucial de (re)penser notre système agricole ; une adaptation est indispensable, mais laquelle ?

Les méga-bassines, qui sont des retenues à ciel ouvert remplies en hiver par pompage des nappes phréatiques et qui alimentent ensuite l’irrigation, sont souvent présentées comme nécessaires pour « nourrir la France ». Les projets se multiplient en Nouvelle Aquitaine, Pays de la Loire, Centre, Bretagne et Auvergne, entre autres. D’un point de vue hydrologique, agronomique et économique, les méga-bassines sont pourtant une sérieuse attaque envers la préservation de l’eau et notre souveraineté alimentaire.

Les méga-bassines sont une mal-adaptation aux sécheresses présentes et à venir, qui nous rendront probablement plus vulnérables tout en fragilisant des écosystèmes entiers. Les eaux de surface et les eaux souterraines forment un continuum, elles sont les deux faces d’une même pièce qui interagissent fortement, il est donc vain de les traiter séparément dans la gestion de l’eau. Et comme les bassines dépendent par définition de la recharge souterraine, elles ne permettent pas de faire face à une sécheresse prolongée, où un déficit de pluie se “propage” dans l’assèchement des sols et laisse finalement les nappes à des niveaux trop bas. Même à une échelle saisonnière, un remplissage de méga-bassines (qui dure entre 2 et 3 mois) mise sur une recharge phréatique satisfaisante à la fin de l’hiver, un véritable pari quand on sait que les prévisions hydrogéologiques ne peuvent dépasser 6 mois.

Les nappes phréatiques sont de véritables tampons hydrologiques dans les paysages, amortissant les variations météorologiques vers un transit souterrain plus lent et stable. Par contraste, les méga-bassines « court-circuitent » une partie de ce cycle, exposant au passage l’eau remise en surface à une évaporation importante (7 % selon la FNSEA, plutôt 10 % voire 60 % selon les sources scientifiques) et une eutrophisation (cyanobactéries) affectant les eaux stagnantes. Plus généralement, cette mise à disposition artificielle de la ressource peut créer des « sécheresses anthropiques » directes amplifiant l’impact des sécheresses météorologiques et hydrologiques en aval des prélèvements d’eau. Ces sécheresses d’origine humaine, observées dans les dernières décennies dans la péninsule ibérique et au Chili, proviennent d’une dépendance accrue aux infrastructures d’approvisionnement en eau, et peuvent créer un cercle vicieux : les impacts des sécheresses alimentent une demande pour plus de dispositifs de stockage d’eau, accroissant par effet rebond les usages, qui causera de nouveaux déficits en eau et ainsi d’autres dégâts socioéconomiques. Et au-delà de l’hydrologie locale et aval, les retenues d’eau ont un impact sur la biodiversité des zones humides et les systèmes aquatiques avec des effets cumulés encore largement inconnus. On sait en revanche que les zones humides, havres de biodiversité, ont connu une régression massive en Europe en particulier en France, tandis que la biodiversité aquatique a globalement décru à un tiers de celle estimée en 1970.

Face à ces risques, aucune étude d’impact n’existe pour affirmer un effet positif local des bassines sur la ressource en eau. En Deux-Sèvres où les projets de méga-bassines avancent, une étude fournie par un organisme public (le BRGM) en 2022 a modélisé l’effet régional du pompage de la nappe pour le remplissage hivernal de 16 de ces réservoirs à ciel ouvert. Une contre-expertise et plusieurs collègues spécialistes ont relevé que la méthodologie utilisée ne parvient pas à décrire les dynamiques locales des nappes phréatiques, à prendre en compte les effets d’évaporation, ni enfin à intégrer les effets de sécheresses comme celles de la dernière décennie et encore moins celles – plus fréquentes et plus intenses en été – à venir. Nous ne mettons pas en cause nos collègues du BRGM, qui n’ont répondu qu’à une commande émise par la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres avec des scénarios précis sur une période 2000-2011 peu représentative du futur, comme admis dans un communiqué de presse et plus récemment expliqué au Sénat.

Il est inacceptable que l’instrumentalisation de résultats scientifiques sortis de leur contexte, justifie des politiques de gestion de la ressource sourdes à l’intérêt collectif et à l’évaluation scientifique rigoureuse. En effet, le déploiement de dispositifs tels que les méga-bassines freine la transformation de notre modèle socio-économique et de nos modes de vie, nécessaire et urgente pour la préservation de la ressource en eau. La recherche scientifique doit contribuer à cette transformation, et non être mise au service de projets qui ne font qu’aggraver la situation ou détourner les efforts des véritables priorités.

N’oublions pas qu’à travers l’utilisation de l’eau, il s’agit aussi de notre capacité de production agricole locale pour nourrir la population française. Les méga-bassines alimenteront en fait une minorité d’exploitations (12 à 15 % en Sèvre Niortaise – Mignon, dont la moitié initialement raccordée aux bassines), avec pour effet de fragiliser l’accès à l’eau souterraine des autres producteurs (et évidemment les autres usages). Dans cette mise en concurrence, il n’est pas question de stigmatiser les agriculteurs et agricultrices, mais d’engager le dialogue. Diverses dynamiques mettent les professions agricoles sous pression : baisse du nombre de paysans, agrandissement des exploitations, et dépendance aux importations (engrais, pétrole) réduisent la souveraineté alimentaire et la résilience du système agricole. Nous conseillons de nouvelles orientations politiques et économiques pour l’agriculture​​​​​​​ afin de réellement soutenir les paysan.nes pratiquant une agriculture plus sobre en eau, plutôt que de subventionner des méga-bassines (à hauteur de 70 % des 76 M€ pour le projet en Deux-Sèvres, via l’Agence de l’eau) sans réelle contrepartie.

Au final, on peut se poser la question de l’utilité réelle des bassines, qui consiste plutôt en une « rustine hydro-sociale » (voire du « greenwashing hydrologique ») alimentant la culture du déni de l’urgence de changer de modèle de société, et où l’argent public bénéficie à un petit nombre au détriment de tous les autres. L’éthique scientifique nous impose de susciter et d’éclairer un débat démocratique, pour que soient prises des décisions collectives à la hauteur des enjeux. Pour conclure, les mobilisations contre les projets de méga-bassines nous paraissent légitimes, et les Scientifiques en rébellion estiment nécessaire d’agir pour replacer les débats scientifiques et la gestion des ressources au cœur d’une prise de décision égalitaire entre tous les acteurs.

Ce texte a été écrit collectivement par : Sylvain Kuppel (hydrologie), Odin Marc (géomorphologie), Stéphanie Mariette (génétique des populations), Laurent Lassabatère (hydrologie), Pascal Houillier (médecin, physiologie), Julien Lefèvre (informatique), et Lara Elfjiva (anthropologie sociale), membres du collectif Scientifiques en rébellion.

Avec le soutien de chercheur.se.s spécialistes :

Christian Amblard (hydrobiologie, CNRS, Clermont-Ferrand)
Sandrine Anquetin (hydroclimatologie, CNRS, Université Grenoble Alpes)
Luc Aquilina (biogéochimie des eaux souterraines, Université de Rennes 1)
Sébastien Barot (écologue, IRD, Paris)
Annette Bérard (écologie et écotoxicologie microbienne, INRAE, Centre PACA)
Gilles Billen (biogéochimie, CNRS, Sorbonne Université, Paris)
Camille Bouchez (hydrogéologie, CNAP, Université de Rennes)
Brice Boudevillain (hydrométéorologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Pierre Brigode (hydrologie, Université Côte d’Azur)
Yvan Caballero (hydrogéologie, Montpellier)
Nadia Carluer (hydrologue, INRAE, Lyon)
Aude Carreric (climatologie, Barcelona Supercomputing Center)
Simon Carrière (hydrogéologie, Sorbonne Université)
Jérémie Cavé (sciences de la durabilité, IRD, Géosciences Environnement Toulouse)
Guillaume Chagnaud (hydro-climatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement (Grenoble)
Jean-Baptiste Charlier (hydrogéologie, BRGM, G-Eau Montpellier)
Diego Chavez (hydrologie, Aix-Marseille Université)
Nicole Claverie (environnements géo-naturels & anthropisés, Université de Toulouse III)
Wolfgang Cramer (géographie, directeur de recherche CNRS, Aix-en-Provence)
Florian Debras (astrophysique, CNRS, Toulouse)
Bertrand Decharme (hydrologie & climatologie, CNRS, Toulouse)
Marc Deconchat (écologie des paysages, INRAE, Toulouse)
Valérie Demarez (écologue, Professeure à l’Université Toulouse III)
Agnès Ducharne (hydroclimatologue, CNRS, METIS-IPSL, Paris)
Marc Dumont (hydrogéologie, Université de Liège, Belgique)
Véronique Durand (hydrogéologie, Université Paris Saclay)
Sylvain Ferrant (agronomie et hydrologie, IRD, Toulouse)
Jérôme Gaillardet (géochimie, Institut de Physique du Globe, Paris)
Rémy Garçon (hydrométéorologie et gestion de l’eau, retraité)
Josette Garnier (biogéochimie des eaux et des sols, CNRS, Paris)
Marina Gillon (hydrogéologie, Avignon Université)
Yves Goddéris (surfaces continentales et interfaces, CNRS, Toulouse)
Marielle Gosset (hydrométéorologie, IRD, Toulouse)
Youen Grusson (hydrologie, Université de Toulouse III)
Joël Guiot (paléoclimatologie, directeur de recherche émérite CNRS, Aix Marseille Université)
Vivien Hakoun (hydrogéologie, BRGM, G-Eau Montpellier)
Basile Hector (hydrologie, IRD, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Benoit Hingray (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Laurent Husson (géologie & géophysique, ISTerre, Grenoble)
Pierre-Alain Jayet (économie de l’environnement, INRAE, Saclay)
Aglaé Jézéquel (climatologie, LMD-IPSL, Paris)
Damien Jougnot (hydrogéophysique, CNRS, Paris)
Hervé Jourde (hydrogéologie, Université de Montpellier)
Yann Kerr (hydrologie spatiale, CNES, CESBIO, Toulouse)
David Labat (hydrologie, Université de Toulouse III)
Francois Lafolie (modélisation sol et agro-hydrosystèmes, INRAE, Avignon)
Michel Lang (hydrologie, INRAE, Lyon)
Claire Lauvernet (mathématiques appliquées, hydrologie & qualité de l’eau, INRAE, Lyon)
Corinne Le Gal La Salle (hydrogéochimie, Université de Nîmes)
Patrick Le Moigne (hydrométéorologie, Météo-France, CNRM, Toulouse)
Christophe Le Roux (géochimie, CNRS, Géosciences Environnement Toulouse)
Thierry Lebel (hydroclimatologie, IRD, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Mathieu Lucas (Doctorant en Hydrologie, INRAE, Lyon​​​​​​​)
Christelle Marlin (hydrogéologie, Université Paris-Saclay)
Vincent Marc (hydrogéologie, Avignon Université)
Nicolas Massei (hydrologie, Université de Rouen Normandie)
Laurence Maurice (hydrogéochimie, IRD, Géosciences Environnement Toulouse)
Naomi Mazzilli (hydrogéologie, Université d’Avignon)
Florentina Moatar (hydrologie environnementale, INRAE)
Malo Mofakhami (sciences économiques, Université Sorbonne Paris Nord)
Jean-Marie Mouchel (sciences de l’eau, Sorbonne Université, Paris)
Claude Mugler (hydrogéologie, Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement, Saclay)
Simon Munier (hydrométéorologie, CNRM, Toulouse)
Nathalie de Noblet-Ducoudré (bioclimatologie, CEA, LSCE-IPSL, Ile-de-France)
Catherine Ottlé (hydroclimatologie, CNRS, Université Paris Saclay)
Ludovic Oudin (hydrologie, Sorbonne Université, Paris)
Sébastien Pouchoulin (hydrologie, INRAE, Lyon)
Gérémy Panthou (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Aura Parmentier Cajaiba (Organisation systèmes agroécologiques, Université Côte d’Azur)
Jean-Luc Peiry (hydrologie, Université Clermont Auvergne)
Christophe Peugeot (hydrologie, IRD, Hydrosciences Montpellier)
Marie-Claire Pierret (géochimie, physicienne CNAP, Université de Strasbourg)
Séverin Pistre (hydrogéologie, Université Montpellier)
Xavier Poux (agroéconomie, AScA-IDDRI, Paris)
Agnès Rivière (hydrogéologie, MinesParis – PSL)
Antoine Séjourné (hydrogéomorphologie, GEOPS, Université Paris-Saclay)
Adrien Selles (hydrogéologie, BRGM, Montpellier)
Yves Tramblay (hydrologie, IRD, Hydrosciences Montpellier)
Christine Vallet-Coulomb (hydrologie, Maîtresse de conférences Aix-Marseille Université)
Rémi Valois (hydrogéologie et géophysique, Université d’Avignon)
Théo Vischel (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Sylvain Weill (hydrologie, ENGEES / Université de Strasbourg)
Nikola Zsolnay (Géoécologie, ENSAT-INP, Toulouse)

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30.03.2023 à 02:00

En soutien de la résistance, nous sommes les Soulèvements de la Terre

En soutien de la résistance, nous sommes les Soulèvements de la Terre

Les Soulèvements de la Terre font partie de ces collectifs qui se substituent à l’État là où ce dernier échoue à répondre à l’intérêt général. Ils proposent un autre monde, un projet de société différent et réaliste où le soin, le respect, la tolérance, la justice sociale sont réellement réfléchis et mis en place au quotidien. Nous, scientifiques en rébellion, les soutenons sans réserve.

Ce texte a été publié sur notre blog dans le Club de Mediapart.

Nous sommes des scientifiques de toutes disciplines, pour beaucoup documentant directement les bouleversements écologiques et climatiques en cours, leurs causes et leurs responsables. Nous sommes atterré·es de voir le traitement politique appliqué a la question écologique et climatique, en complète déconnexion avec les enjeux qui menacent directement nos sociétés et la majorité des écosystèmes sur Terre.

L’adaptation, la bifurcation ou l’abandon complet des projets aggravant la mise sous tension de notre environnement sont perçues comme des opinions politiques, souvent attaquées ad hominem, plutôt que comme les conséquences logiques de travaux scientifiques solides sur lesquels ces propositions légitimes s’appuient. Cela s’appliquait à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, maintenant au projet d’autoroute Castres-Toulouse et bien-sûr aux projets de méga-bassines. Celles-ci sont une maladaptation au réchauffement climatique et au manque d’eau. Autrement dit, une réponse court-termiste qui finira par aggraver le mal qu’elle prétend résoudre. Ce constat qui dépasse l’idéologie est largement partagé, et nous l’avons argumenté dans Le Monde et plus longuement ensuite dans ce blog, avec le soutien de nombreux spécialistes du domaine.

Des dizaines de milliers de personnes l’ont compris et ont convergé au cours d’un week-end, pour s’opposer à un projet pourtant parfois bien loin de leur domicile. Quelques milliers sont même allés jusqu’à prendre des risques – allant au moins jusqu’à la mutilation et le coma – pour tenter d’occuper symboliquement ce « trou » absurde. Face à cela, le gouvernement a répondu par une violence démesurée, ayant recours à des armes de guerre telles que les grenades GM2L. Le pouvoir a tenté de détourner l’attention, pointant la colère plutôt que d’en reconnaitre les causes : le refus de la destruction de notre habitat par les forces destructrices du business-as-usual.

De ce refus construit sur les faits, découle la résistance.

Les Soulèvements de la Terre font partie de ces collectifs qui se substituent à l’État là où ce dernier échoue à exister dans l’intérêt de celles et ceux qui le constituent. Leur désobéissance s’inscrit dans les traces de nombreux mouvements pour faire progresser l’état de droit, un mouvement issu des citoyen·nes et agissant dans l’intérêt du plus grand nombre.

Les Soulèvements de la Terre proposent un autre monde, un projet de société différent et réaliste où le soin (care), le respect, la tolérance, la justice sociale sont réellement réfléchis et mis en place au quotidien. Ils et elles défendent concrètement une planète vivable et vivante, dans un contexte d’écocide et de crise climatique mondiale niés, ignorés ou instrumentalisés à des fins de greenwashing par les gouvernements des pays les plus riches dont la France. A Sainte-Soline, cette envie bienveillante et joyeuse de monde meilleur était portée, partagée et vécue par les 30,000 personnes présentes.

Ce modèle de société, exemple désirable de monde où nous pourrions vivre, fait face à une diabolisation systématique par le gouvernement, allant jusqu’à vouloir réduire à néant cette « organisation » qui n’en est pas une, et entraver les individus qui y contribuent ou font exister ce projet. Nous nous interrogeons : qu’est-ce qui fait si peur au gouvernement ? Peut-être le fait que les Soulèvements puissent réussir à rendre tangible et plausible une alternative au monde capitaliste, néolibéral et écocidaire que le gouvernement défend, en rassemblant toujours plus de citoyen·ne·s dans des actions pouvant mener à un basculement.

La menace de dissolution des Soulèvements est le symbole d’un pouvoir qui perd les pédales dans un délire sécuritaire. Au déni d’écoute du peuple qu’il prétend représenter – toujours plus flagrant à chaque étape du projet de réforme des retraites – s’ajoute la caricature d’un musèlement de mouvements progressistes. Une dynamique vue dans le passé avec d’autres gouvernements aux étiquettes politiques bien moins libérales.

Si des dissolutions doivent avoir lieu pour rétablir l’« ordre » et la démocratie, commençons par celles de la BRAV-M et du gouvernement.

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26.03.2023 à 01:00

Les Scientifiques en rébellion participent au mouvement contre les méga-bassines et le justifient

Les Scientifiques en rébellion participent au mouvement contre les méga-bassines et le justifient

Des membres du collectif Scientifiques en rébellion publient dans le journal Le Monde un texte d’analyse scientifique et de dénonciation des projets de méga-bassines. Ce texte, écrit et soutenu par des scientifiques spécialistes du sujet, dénonce l’inadéquation des méga-bassines aux enjeux hydrologiques, écologiques et agricoles et souligne au contraire les multiples problèmes liés à leur installation. Le collectif Scientifiques en rébellion réaffirme son soutien aux mouvements d’opposition à de tels projets en France et sera présent le weekend du 24-26 mars lors du grand rassemblement dans les Deux-Sèvres.

Les méga-bassines, qui sont des retenues d’eau à ciel ouvert remplies en hiver par pompage des nappes phréatiques et qui alimentent ensuite l’irrigation, sont souvent présentées comme nécessaires pour « nourrir la France ». Les scientifiques du collectif jugent que « sur le plan hydrologique et économique, les méga-bassines menacent la préservation de l’eau et notre souveraineté alimentaire ». Ils et elles jugent ainsi que de multiples données scientifiques font douter des bénéfices de tels dispositifs face aux sécheresses actuelles et à venir, tandis que d’importants risques hydrologiques, écologiques et agro-économiques demeurent.

Ces scientifiques considèrent que les méga-bassines sont une mal-adaptation aux sécheresses présentes et à venir, qui nous rendront probablement plus vulnérables, tout en fragilisant des écosystèmes entiers. Comme ces réservoirs dépendent par définition de la recharge souterraine, ils ne permettent pas de faire face à une sécheresse prolongée laissant les nappes à des niveaux trop bas. Plus grave, ces retenues de substitution « court-circuitent » une partie du transit lent des nappes phréatiques et peuvent contribuer à créer des « sécheresses anthropiques » amplifiant l’impact des sécheresses météorologiques en aval des prélèvements d’eau, comme déjà observé dans la péninsule ibérique et au Chili. Au-delà de l’hydrologie locale et aval, les retenues d’eau ont un impact sur la biodiversité des zones humides et systèmes aquatiques, dont les effets cumulés restent encore largement inconnus. On sait en revanche que les zones humides, havres de biodiversité, ont connu une régression massive en Europe et en particulier en France, tandis que la biodiversité aquatique a globalement fortement décru.

Face à ces risques, il n’existe selon les scientifiques du collectif aucune étude d’impact permettant d’affirmer un effet hydrologique positif local des bassines sur la ressource en eau. En Deux-Sèvres, où les projets de méga-bassines sont très avancés, la médiatisation de l’étude de modélisation par un organisme public (le BRGM) en 2022 est donc très problématique ; si la probité du BRGM n’est pas en doute, leur étude répond à une commande déconnectée des réalités climatiques et d’hydrologie locale, comme mis en évidence par une contre-expertise et certain·e·s scientifiques. Dans leur texte, ces spécialistes jugent inacceptable « l’instrumentalisation de résultats scientifiques, sortis de leur contexte, qui justifie des politiques de gestion de la ressource sourdes à l’intérêt collectif et à l’évaluation scientifique rigoureuse », et estiment que « le déploiement des méga-bassines freine la transformation de notre modèle socio-économique et de nos modes de vie, nécessaire et urgente pour la préservation de la ressource en eau ».

Une utilisation réfléchie de l’eau est centrale pour la capacité de production agricole locale visant à nourrir la population française. Les méga-bassines alimenteront en fait une minorité d’exploitations, le plus souvent de grande taille et pouvant se permettre les investissements nécessaires, avec pour effet de fragiliser l’accès à l’eau souterraine des autres producteurs. Les scientifiques jugent que « dans cette mise en concurrence, il s’agit alors d’engager le dialogue » et conseillent « de nouvelles orientations politiques et économiques pour l’agriculture afin de soutenir les paysan.nes pratiquant une agriculture plus sobre en eau, plutôt que de subventionner des méga-bassines ». A l’occasion de la mobilisation internationale des 25-26 Mars dans les Deux-Sèvres pour la défense de l’eau, des membres de Scientifiques en rébellion, et notamment certain.es auteur.ices du texte, seront présent.es pour les manifestations. Ils et elles pourront répondre en détail aux questions des journalistes.

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26.03.2023 à 01:00

Les mégabassines sont une mal-adaptation aux sécheresses présentes et à venir

Les mégabassines sont une mal-adaptation aux sécheresses présentes et à venir

Des membres du collectif Scientifiques en rébellion publient dans le journal Le Monde un texte d’analyse scientifique et de dénonciation des projets de méga-bassines. Ce texte, écrit et soutenu par des scientifiques spécialistes du sujet, dénonce l’inadéquation des méga-bassines aux enjeux hydrologiques, écologiques et agricoles et souligne au contraire les multiples problèmes liés à leur installation. Le collectif Scientifiques en rébellion réaffirme son soutien aux mouvements d’opposition à de tels projets en France et des membres du collectif sont présents le weekend du 24-26 mars lors du grand rassemblement dans les Deux-Sèvres.

Une version longue, publiée sur notre blog dans le Club de Mediapart est disponible ici.

Ce texte a été écrit collectivement par : Lara Elfjiva (anthropologie sociale), Sylvain Kuppel (hydrologie), Odin Marc (géomorphologie), Stéphanie Mariette (génétique des populations), Laurent Lassabatère (hydrologie), Pascal Houillier (médecin, physiologie), Julien Lefèvre (informatique), membres du collectif Scientifiques en rébellion.

Avec le soutien de chercheur.se.s spécialistes :

Christian Amblard (hydrobiologie, CNRS, Clermont-Ferrand)
Sandrine Anquetin (hydroclimatologie, CNRS, Université Grenoble Alpes)
Luc Aquilina (biogéochimie des eaux souterraines, Université de Rennes 1)
Sébastien Barot (écologue, IRD, Paris)
Annette Bérard (écologie et écotoxicologie microbienne, INRAE, Centre PACA)
Gilles Billen (biogéochimie, CNRS, Sorbonne Université, Paris)
Camille Bouchez (hydrogéologie, CNAP, Université de Rennes)
Brice Boudevillain (hydrométéorologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Pierre Brigode (hydrologie, Université Côte d’Azur)
Yvan Caballero (hydrogéologie, Montpellier)
Nadia Carluer (hydrologue, INRAE, Lyon)
Aude Carreric (climatologie, Barcelona Supercomputing Center)
Simon Carrière (hydrogéologie, Sorbonne Université)
Jérémie Cavé (sciences de la durabilité, IRD, Géosciences Environnement Toulouse)
Guillaume Chagnaud (hydro-climatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement (Grenoble)
Jean-Baptiste Charlier (hydrogéologie, BRGM, G-Eau Montpellier)
Diego Chavez (hydrologie, Aix-Marseille Université)
Nicole Claverie (environnements géo-naturels & anthropisés, Université de Toulouse III)
Wolfgang Cramer (géographie, directeur de recherche CNRS, Aix-en-Provence)
Florian Debras (astrophysique, CNRS, Toulouse)
Bertrand Decharme (hydrologie & climatologie, CNRS, Toulouse)
Marc Deconchat (écologie des paysages, INRAE, Toulouse)
Valérie Demarez (écologue, Professeure à l’Université Toulouse III)
Agnès Ducharne (hydroclimatologue, CNRS, METIS-IPSL, Paris)
Marc Dumont (hydrogéologie, Université de Liège, Belgique)
Véronique Durand (hydrogéologie, Université Paris Saclay)
Sylvain Ferrant (agronomie et hydrologie, IRD, Toulouse)
Jérôme Gaillardet (géochimie, Institut de Physique du Globe, Paris)
Rémy Garçon (hydrométéorologie et gestion de l’eau, retraité)
Josette Garnier (biogéochimie des eaux et des sols, CNRS, Paris)
Marina Gillon (hydrogéologie, Avignon Université)
Yves Goddéris (surfaces continentales et interfaces, CNRS, Toulouse)
Marielle Gosset (hydrométéorologie, IRD, Toulouse)
Youen Grusson (hydrologie, Université de Toulouse III)
Joël Guiot (paléoclimatologie, directeur de recherche émérite CNRS, Aix Marseille Université)
Vivien Hakoun (hydrogéologie, BRGM, G-Eau Montpellier)
Basile Hector (hydrologie, IRD, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Benoit Hingray (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Laurent Husson (géologie & géophysique, ISTerre, Grenoble)
Pierre-Alain Jayet (économie de l’environnement, INRAE, Saclay)
Aglaé Jézéquel (climatologie, LMD-IPSL, Paris)
Damien Jougnot (hydrogéophysique, CNRS, Paris)
Hervé Jourde (hydrogéologie, Université de Montpellier)
Yann Kerr (hydrologie spatiale, CNES, CESBIO, Toulouse)
David Labat (hydrologie, Université de Toulouse III)
Francois Lafolie (modélisation sol et agro-hydrosystèmes, INRAE, Avignon)
Michel Lang (hydrologie, INRAE, Lyon)
Claire Lauvernet (mathématiques appliquées, hydrologie & qualité de l’eau, INRAE, Lyon)
Corinne Le Gal La Salle (hydrogéochimie, Université de Nîmes)
Patrick Le Moigne (hydrométéorologie, Météo-France, CNRM, Toulouse)
Christophe Le Roux (géochimie, CNRS, Géosciences Environnement Toulouse)
Thierry Lebel (hydroclimatologie, IRD, Institut des Géosciences de l’Environnement, Grenoble)
Mathieu Lucas (Doctorant en Hydrologie, INRAE, Lyon​​​​​​​)
Christelle Marlin (hydrogéologie, Université Paris-Saclay)
Vincent Marc (hydrogéologie, Avignon Université)
Nicolas Massei (hydrologie, Université de Rouen Normandie)
Laurence Maurice (hydrogéochimie, IRD, Géosciences Environnement Toulouse)
Naomi Mazzilli (hydrogéologie, Université d’Avignon)
Florentina Moatar (hydrologie environnementale, INRAE)
Malo Mofakhami (sciences économiques, Université Sorbonne Paris Nord)
Jean-Marie Mouchel (sciences de l’eau, Sorbonne Université, Paris)
Claude Mugler (hydrogéologie, Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement, Saclay)
Simon Munier (hydrométéorologie, CNRM, Toulouse)
Nathalie de Noblet-Ducoudré (bioclimatologie, CEA, LSCE-IPSL, Ile-de-France)
Catherine Ottlé (hydroclimatologie, CNRS, Université Paris Saclay)
Ludovic Oudin (hydrologie, Sorbonne Université, Paris)
Sébastien Pouchoulin (hydrologie, INRAE, Lyon)
Gérémy Panthou (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Aura Parmentier Cajaiba (Organisation systèmes agroécologiques, Université Côte d’Azur)
Jean-Luc Peiry (hydrologie, Université Clermont Auvergne)
Christophe Peugeot (hydrologie, IRD, Hydrosciences Montpellier)
Marie-Claire Pierret (géochimie, physicienne CNAP, Université de Strasbourg)
Séverin Pistre (hydrogéologie, Université Montpellier)
Xavier Poux (agroéconomie, AScA-IDDRI, Paris)
Agnès Rivière (hydrogéologie, MinesParis – PSL)
Antoine Séjourné (hydrogéomorphologie, GEOPS, Université Paris-Saclay)
Adrien Selles (hydrogéologie, BRGM, Montpellier)
Yves Tramblay (hydrologie, IRD, Hydrosciences Montpellier)
Christine Vallet-Coulomb (hydrologie, Maîtresse de conférences Aix-Marseille Université)
Rémi Valois (hydrogéologie et géophysique, Université d’Avignon)
Théo Vischel (hydroclimatologie, Institut des Géosciences de l’Environnement, Université Grenoble Alpes)
Sylvain Weill (hydrologie, ENGEES / Université de Strasbourg)
Nikola Zsolnay (Géoécologie, ENSAT-INP, Toulouse)

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04.03.2023 à 01:00

Les « Scientifiques en rébellion » dénoncent les ravages des pesticides lors de l’action « Printemps silencieux – Le Off du Salon de l’Agriculture

Les « Scientifiques en rébellion » dénoncent les ravages des pesticides lors de l’action « Printemps silencieux – Le Off du Salon de l’Agriculture

Une centaine de scientifiques et de citoyen.nes de diverses disciplines venus de toute la France (Paris, Montpellier, Toulouse, Nice, Lyon, Marseille, Grenoble, Rennes, etc.) se sont rassemblé.es samedi 4 mars à Paris devant le Muséum National d’Histoire Naturelle, pour dénoncer les conséquences catastrophiques du recours massif aux pesticides et promouvoir un autre modèle agricole. Cette action est menée par Scientifiques en rébellion et Extinction Rebellion, avec les ONG Pollinis, Générations futures, Avenir Santé Environnement et Alerte des Médecins sur les Pesticides.

Une centaine de personnes, dont une majorité de scientifiques, soutenu.es par des représentant.es d’ONG, ont formé un cortège funèbre sous la bannière « Printemps silencieux : les pesticides tuent » lors d’une action organisée au Muséum National d’Histoire Naturelle.

Des prises de parole se sont succédé sur fond de die-in et au rythme du slogan « Non à l’écocide – Stop aux pesticides » et de coups de gong. Les artistes Red rebels, vêtues de rouge pour symboliser le sang des espèces éteintes, ont déambulé parmi les participant.es vêtu.es de noir et les scientifiques en blouses blanches.

Cette action, qui s’est déroulée en parallèle du Salon de l’Agriculture, fait référence au célèbre livre Printemps silencieux de la biologiste nord-américaine Rachel Carson, première lanceuse d’alerte en 1962 sur la dangerosité des pesticides de synthèse.

60 ans après la publication de cet ouvrage, les preuves scientifiques sur les ravages des pesticides s’accumulent, comme le rapportent notamment les expertises collectives menées par les instituts publics français : sur la santé humaine (INSERM 2013, 2021) et sur la biodiversité et les écosystèmes (INRAE-IFREMER, 2022).

En infiltrant les sols, l’air et les milieux aquatiques, les pesticides contaminent l’environnement et participent à l’extinction de masse des populations d’insectes et d’oiseaux. Cette extinction dramatique constitue une menace majeure qui risque de provoquer l’effondrement des écosystèmes et de la production agricole dont nos sociétés dépendent (United Nations Report, 2019).

« Les études scientifiques montrent une chute fulgurante d’abondance des insectes, dont certains pollinisateurs, qui atteint de 60 à 80% en Europe depuis 30 ans (Wagner et al., 2021 ; Goulson, 2023) ainsi qu’un déclin massif de 30% des populations d’oiseaux d’habitats agricoles en 30 ans en France (Fontaine et al., 2020) » alerte Kaïna Privet, écologue, pour Scientifiques en rébellion.

Les dommages des pesticides sur l’environnement se doublent du drame de leur toxicité sur la santé humaine, qui touche en premier lieu les professionnel.les du monde agricole.

« Les scientifiques documentent, encore et encore, que les pesticides neurotoxiques favorisent effectivement les troubles cognitifs et les maladies neurodégénératives, que les pesticides ressemblant à des hormones naturelles exercent bien des effets perturbateurs endocriniens sur tous les êtres vivants dont l’humain, ou encore que les pesticides épandus à moins de 1,5 km des habitations augmentent les risques de troubles du neuro-développement chez l’enfant (Gunier et al, 2017). » rappelle Laurence Huc, toxicologue, au nom de Scientifiques en rébellion.

Malgré ce constat scientifique accablant, la France figure parmi les principaux pays consommateurs de pesticides en Europe, avec plus de 70 000 t/an, et n’a respecté aucun de ses plans successifs de réduction de l’usage des pesticides (plans Ecophyto). Pire, les centaines de millions d’euros investis dans cet objectif ont abouti à une hausse de plus de 20% de l’utilisation de pesticides, une contradiction qui a été épinglée par la Cour des comptes en 2020.

Alors qu’un nouveau plan Ecophyto 2030 vient d’être annoncé par le gouvernement, sans aucun objectif de réduction des produits phytosanitaires, il est urgent que les responsables politiques prennent la mesure des constats scientifiques et engagent un changement radical de modèle agricole.

« Fort.es des résultats des recherches et scénarios d’agronomes et économistes, nous demandons des politiques publiques urgentes pour la transition radicale de nos modèles agricoles, vers l’agroécologie, une agriculture valorisant la biodiversité végétale et animale, avec une réduction de 60% des pesticides pour 2030 et de 90% d’ici 2050. Cela implique d’augmenter massivement les aides pour l’agroécologie et, en particulier l’agriculture biologique, développer l’agroforesterie, doubler les haies, augmenter les bandes enherbées, réduire de moitié l’élevage intensif en divisant par quatre les cultures fourragères annuelles (maïs, ensilage) au profit des prairies et cultures de légumineuses. Cela requiert une réduction de moitié de la consommation de viande. Stopper l’artificialisation des sols et les restaurer sont également essentiels pour stocker le carbone (Billen et al, 2021 ; Tibi et al., 2022 ; Solagro, 2022, Jacquet et al, 2022). », explique Florence Volaire, écologue, au nom de Scientifiques en rébellion.

Les dégâts dus à l’utilisation massive de pesticides ne sont qu’un des problèmes écologiques majeurs engendrés par l’agriculture intensive. La destruction des habitats, avec notamment la suppression de 70% des haies depuis 70 ans, aggrave la perte de biodiversité. De plus, l’agriculture est responsable de 20 à 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

En remettant le vivant au cœur des choix de société, sa restauration et sa préservation au centre des politiques agricoles, il est démontré qu’un cercle vertueux est possible, avec des agriculteur.rices qui ne tombent plus malades, des écosystèmes diversifiés et dynamiques, une eau et un air plus sains pour tous les êtres vivants !

Citations :

« Les sciences sociales décrivent comment les lobbies de l’agrochimie usent de moyens colossaux pour dénigrer la science, produire du doute, instrumentaliser les institutions et influencer les autorités sanitaires françaises et européennes pour que rien ne change (Thébaud-Mony A, 2014 ; Jas N, 2017 ; Dedieu F, 2022 ; Jouzel JN, 2020) » déclare Laurence Huc, toxicologue, pour Scientifiques en rébellion.

Le mouvement Extinction Rebellion (XR), via sa campagne Changement de régime, fustige « l’influence de la FNSEA dans les prises de décisions politiques. Ce syndicat majoritaire défend le statu quo et l’agrobusiness, et encourage les agriculteurs à manifester pour la réintroduction des néonicotinoïdes. XR, qui a fait des actions au Salon de l’Agriculture, devant le ministère de l’Agriculture, au Conseil National de l’Alimentation, devant le siège de la FNSEA et les chambres d’agriculture, va continuer à lutter activement contre ce lobbying mortifère et pour un réel changement de régime agricole et politique ».

Nicolas Laarman, délégué général de POLLINIS rappelle que : « L’effondrement de la biodiversité nous privera à terme de ce qu’on appelle aujourd’hui les services écosystemiques indispensables, assurés par les organismes vivants : la pollinisation de nos cultures alimentaires et de 85% des plantes à fleurs connues à travers le monde, par les abeilles et les insectes pollinisateurs. C’est donc un sentiment d’urgence qui nous pousse donc à agir aujourd’hui aux côté de Scientifiques en rébellion, et le poids écrasant de la responsabilité morale vis-à-vis des jeunes générations auxquelles nous nous apprêtons à léguer un monde silencieux, vidé d’une part essentielle de la diversité et de la beauté qui enchantent l’humanité depuis des millénaires. »

Nadine Lauverjat, Déléguée générale de l’association Générations futures, a souligné que : « Les victimes des pesticides, méprisées par un trop grand nombre de décideurs pendant des décennies, ne peuvent plus être ignorées. Si nous n'agissons pas vite, nos enfants nous accuseront et ils auront raison. Nous devons sortir au plus vite de notre dépendance aux pesticides, il en va de notre survie et aussi de celle de tout le vivant. Il n'est plus question d'optimisme ou de pessimisme mais d'une détermination immense que nous portons toutes et tous ce jour ».

Pierre-Michel Perinaud, d’Alerte des médecins sur les pesticides, explique : « Nous devons mettre en parallèle l’expertise de l’Inrae sur l’impact des pesticides sur la biodiversité (2022) avec la seconde expertise de l’Inserm (2021) concernant les effets sur la santé humaine. On voit bien que sur les professionnels, les populations riveraines et en population générale, ces effets sont de mieux en mieux documentés sur un nombre toujours plus grand de pathologies. Mais que la perte de biodiversité associée à l’usage des pesticides représente une menace au moins aussi importante sur la santé que les effets directs. »

Franck Rinchet-Girollet, porte parole de Avenir Santé Environnement, témoigne du combat que mène l’association : « En Charente-maritime, sur un secteur impacté par un cluster de cancers pédiatriques, nous luttons contre tous types de pollution pouvant aggraver ou déclencher des pathologies. Depuis quelques années les résultats en matière de pesticides sont alarmants. 41 molécules dans l’air, des CMR dans l’eau, la contamination est systémique : tous les milieux sont touchés, l'impact sur la santé est sous-évalué car l'effet cocktail des pesticides présents dans l'environnement n'est pas pris en considération. Nous ne pouvons plus entendre que les impératifs de production et d'exportation doivent primer sur la santé, et nous ne supporterons plus que nos enfants et ceux qui viendront après eux soient exposés à ces produits ! »

Références à la littérature scientifique

Les chiffres de l’extinction

EFFONDREMENT DE 80% DES POPULATIONS D’INSECTES EN 30 ANS

Hallmann CA, Sorg M, Jongejans E, Siepel H, Hofland N, et al. (2017) More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PLOS ONE 12(10): e0185809. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0185809

PERTE DE 30% DES POPULATIONS D’OISEAUX AGRICOLES EN 30 ANS

Fontaine B., Moussy C., Chiffard Carricaburu J., Dupuis J., Corolleur E., Schmaltz L., Lorrillière R., Loïs G., Gaudard C. 2020. Suivi des oiseaux communs en France 1989-2019 : 30 ans de suivis participatifs. MNHN- Centre d'Ecologie et des Sciences de la Conservation, LPO BirdLife France - Service Connaissance, Ministère de la Transition écologique et solidaire. 46 pp.

1 PLANTE SUR 5 EST MENACÉE D’EXTINCTION

Willis, K.J. (ed.) 2017. State of the World’s Plants 2017. Report. Royal Botanic Gardens, Kew.

40% DES INSECTES DANS LE MONDE SONT MENACÉS D’EXTINCTION

Sanchez-Bayo (Sánchez-Bayo, Wyckhuys, 2019. Worldwide decline of the entomofauna: A review of its drivers.Biological Conservation)

31% DES ESPÈCES DE PAPILLONS DE JOURS EN DÉCLIN EN EUROPE

Van Swaay, C., Cuttelod, A., Collins, S., Maes, D., López Munguira, M., Šašić, M., Settele, J., Verovnik, R., Verstrael, T., Warren, M., Wiemers, M. and Wynhof, I. 2010. European Red List of Butterfies Luxembourg: Publications Office of the European Union.

PLUS D’1 MILLION D’ESPÈCES EN DANGER D’EXTINCTION DANS LES PROCHAINES DÉCENNIES

United Nations Report, Nature’s Dangerous Decline ‘Unprecedented’; Species Extinction Rates ‘Accelerating’ (2019),. Accessed 15 November 2020.

Expertises collectives

Leenhardt S. Mamy L., Pesce S., Sanchez W. (coord) et al. (2022). Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques, Synthèse du rapport d’ESCo, INRAE - Ifremer (France), 124 pages, https://www.inrae.fr/actualites/impacts-produits-phytopharmaceutiques-biodiversite-services-ecosystemiques-resultats-lexpertise-scientifique-collective-inrae-ifremer

Tibi A., Martinet V., Vialatte A. (coord.) et al. (oct. 2022). Protéger les cultures en augmentant la diversité végétale des espaces agricoles., Synthèse du rapport d’ESCo. INRAE, 86 pages

https://www.inrae.fr/actualites/expertise-scientifique-collective-diversite-vegetale-solution-agroecologique-protection-cultures

Inserm. Pesticides et effets sur la santé : Nouvelles données. (2021) Collection Expertise collective. Montrouge : EDP Sciences, 2021.1 036 pages

https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-et-sante-nouvelles-donnees-2021/

Fontaine B., Moussy C., Chiffard Carricaburu J., Dupuis J., Corolleur E., Schmaltz L., Lorrillière R., Loïs G., Gaudard C. 2020. Suivi des oiseaux communs en France 1989-2019 : 30 ans de suivis participatifs. MNHN- Centre d'Ecologie et des Sciences de la Conservation, LPO BirdLife France - Service Connaissance, Ministère de la Transition écologique et solidaire. 46 pp https://www.mnhn.fr/fr/actualites/pres-de-30-d-oiseaux-en-moins-en-30-ans-dans-les-villes-et-les-campagnes-francaises

Solagro (2022) Afterres 2050 Biodiversité. Un scénario fondé sur la nature et pour la nature. Pointereau P. (coord). https://solagro.org/afterres2050-biodiversite

Jacquet Florence, Jeuffroy Marie-Hélène, Jouan Julia, Le Cadre Edith, Malausa Thibaut, Reboud Xavier, Huyghe Christian (coord) (2022) Zéro pesticide. Un nouveau paradigme de recherche pour une agriculture durable. Éditions Quae. 9782759233106, 244 pages.

Publications

Gunier RB, Bradman A, Harley KG, Eskenazi B. (2017) Will buffer zones around schools in agricultural areas be adequate to protect children from the potential adverse effects of pesticide exposure? PLoS Biol. https://journals.plos.org/plosbiology/article?id=10.1371/journal.pbio.2004741

Jas N,(2017) Millefeuilles institutionnels et production d’ignorance dans le « gouvernement » des substances chimiques dangereuses Raison présente 2017/4 (N° 204).

Billen et al. (2021) Reshaping the European agro-food system and closing its nitrogen cycle: The potential of combining dietary change, agroecology, and circularity, One Earth, Volume 4, Issue 6,2021,Pages 839-850, https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S259033222100289X?via%3Dihub

Wagner et al. (2021) Insect decline in the Anthropocene: Death by a thousand cuts. PNAS, https://doi.org/10.1073/pnas.2023989118

Ouvrages

Carson Rachel (1962) Printemps silencieux. Editions Wildproject (2020) 978-2-918-490-999, 352 pages

Dedieu François (2022) Pesticides – Le confort de l’ignorance. Editions Seuil, 978-2-02-147349-0, 369 pages

Foucart Stéphane (2019) Et le monde devint silencieux - Comment l’agrochimie a détruit les insectes, Editions Seuil, 9782021427424, 336 pages

Goulson Dave (2023) Terre silencieuse – Empêcher l’extinction des insectes, Editions du Rouergue, 9782812624070, 388 pages

Jouzel Jean-Noël (2019) Pesticides. Comment ignorer ce que l’on sait , Presses de Sciences po,

Thébaud-Mony Annie (2014) La Science asservie, Editions La Découverte, 978-2-7071-7369-0, 305 pages

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