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Scientifiques en Rebellion

Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire.


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14.11.2022 à 01:00

Des centaines d’activistes, dont 129 scientifiques, ont bloqué 11 aéroports d’affaires internationaux pour demander l’interdiction des jets privés. 31 arrestations dans le monde entier

Des centaines d’activistes, dont 129 scientifiques, ont bloqué 11 aéroports d’affaires internationaux pour demander l’interdiction des jets privés. 31 arrestations dans le monde entier

Cette action internationale demandait l’interdiction des jets privés et la taxation des grands voyageurs pour financer l’adaptation au changement climatique et l’indemnisation des pays vulnérables.

Ces derniers jours, des scientifiques et des militants de Scientist Rebellion et Extinction Rebellion ont bloqué plusieurs aéroports d’affaires et protesté contre les jets privés dans onze pays. Les aéroports d’affaires de Farnborough et de Londres Luton (Royaume-Uni), de Berlin (Allemagne), de Milan (Italie), de Stockholm (Suède), d’Ibiza (Espagne), de Teterboro, de Charlotte, de Los Angeles et de Seattle (États-Unis) ont été bloqués le jeudi 10 novembre, tandis que celui de Schiphol (Pays-Bas) l’a été le samedi 5 novembre dans le cadre d’une manifestation plus large. Les aéroports d’affaires de Melbourne (Australie), Trondheim (Norvège), Cascais (Portugal), le troisième constructeur mondial de jets privés Dassault (Paris, France), et le ministère néerlandais des infrastructures ont également été visés. Près de 200 personnes ont pris part aux protestations, dont 129 scientifiques de diverses disciplines. Les manifestants ont eu recours à toute une série de tactiques pour bloquer les entrées des aéroports, s’accrochant avec des tubes d’acier et des chaînes, se collant aux portes et aux fenêtres et déclenchant des alarmes incendie. Dans d’autres cas, les militants ont utilisé les arts et la musique. À Ibiza, ils ont mis en scène un numéro de théâtre pour représenter le mépris et l’arrogance des plus riches alors que les moins nantis sont en difficulté. 31 manifestants ont été arrêtés par la police puis relâchés, tandis que 58 ont subi un contrôle d’identité.

Ces journées d’action s’inscrivaient dans le cadre de la campagne internationale « Make Them Pay ». Les militants ont appelé les dirigeants mondiaux actuellement réunis à Sharm el Sheikh, en Égypte, pour la COP27, à interdire les jets privés, qui consomment environ 10 fois plus d’énergie par passager que les avions commerciaux et 50 fois plus que les trains. Les militants ont également demandé une taxe sur les personnes qui prennent fréquemment l’avion. La taxation permettrait à la fois de réduire les émissions et de payer pour les pertes et dommages, de contribuer aux fonds pour le climat et d’annuler la dette financière des pays les plus vulnérables au dérèglement climatique. Ces demandes intègrent une proposition faite par le groupe des pays les moins avancés – représentant les pays les plus vulnérables au changement climatique lors de la COP27 – et ont été soutenues par des assemblées citoyennes dans de nombreux pays.

Le climatologue Peter Kalmus fait partie des personnes arrêtées pour sa participation au blocus de Charlotte (États-Unis). « Aujourd’hui, j’ai été arrêté pour la deuxième fois alors que j’essayais de sensibiliser le public à l’urgence de l’effondrement de la Terre », a déclaré le Dr Kalmus. « Nous sommes du bon côté de l’histoire, mais nous avons l’impression d’échouer terriblement. Nous avons besoin de renforts, nous avons besoin de plus de scientifiques et de plus de personnes qui s’engagent dans la désobéissance civile non violente. À l’heure actuelle, il n’est pas nécessaire d’être un scientifique pour savoir que, tant que nous ne mettrons pas fin aux combustibles fossiles, chaque été sera plus chaud que le précédent et que nous risquons de tout perdre en conséquence. Le mépris général de notre société pour ce fait fondamental me stupéfie. »

Le Dr Gianluca Grimalda, chercheur en sciences sociales, parmi les personnes arrêtées à Milan, a déclaré : « Pour éviter une catastrophe climatique, les sociétés doivent passer en mode d’urgence. Cela implique de réduire les émissions de luxe d’une élite fortunée, dont l’empreinte carbone est plusieurs fois supérieure à celle du reste d’entre nous. Il est inacceptable que les super-riches continuent de sillonner le monde alors que des millions de personnes souffrent des effets désastreux du dérèglement climatique. »

La Dr Rose Abramoff, écologiste spécialiste du changement global, également arrêtée, a déclaré : « Pendant cette période critique, chaque tonne de combustibles fossiles émise endommage les écosystèmes essentiels pour notre vie et nous rapproche de points de basculement dévastateurs. Une première étape essentielle pour une transition énergétique sûre consiste à interdire les voyages aériens privés, à taxer les grands voyageurs et à obliger les personnes et les nations riches à payer leur dette climatique aux populations du Sud, autochtones ou qui sont en première ligne. »

Finlay Asher, ingénieur aérospatial, a déclaré : « L’aviation représente le summum de l’injustice climatique et de l’inégalité des émissions. Seulement 1 % de la population mondiale produit plus de la moitié des émissions totales de l’aviation, alors que 80 % de la population mondiale n’a jamais mis les pieds dans un avion. Je ne peux pas rester sans rien faire alors que les émissions de mon secteur continuent de croître et de contribuer au carnage climatique qui fait des ravages dans le monde. Le fait que les ventes de jets privés soient en plein essor montre que nous échouons totalement en matière de justice économique et climatique. »

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10.11.2022 à 01:00

Les Scientifiques en rébellion devant le siège de Dassault réclament l’interdiction des jets privés. Des actions partout dans le monde.

Les Scientifiques en rébellion devant le siège de Dassault réclament l’interdiction des jets privés. Des actions partout dans le monde.

Le collectif Scientist Rebellion a organisé jeudi 10 novembre une journée internationale d’actions contre les jets privés cordonnée dans 11 pays. 30 militant·es de sa branche française Scientifiques en rébellion, en collaboration avec Extinction Rebellion, ont participé à cette journée avec une action à Paris devant le siège de Dassault Aviation, troisième fabricant mondial de jets privés avec les fameux Falcon, sur le Rond-Point des Champs-Élysées dans le 8e arrondissement. Parmi les scientifiques mobilisés, se trouvaient plusieurs personnes ayant été incarcérées suite à des actions de désobéissance civile en Allemagne il y a quelques jours.

D’autres actions ont été menées simultanément dans 11 pays : États-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas, Italie, Suède, Allemagne, Belgique, Norvège, Portugal et Australie. Un communiqué de presse international sera publié ultérieurement. Une première action avait déjà eu lieu le week-end dernier à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam, où des centaines d’activistes ont été arrêté·es pour s’être introduit·es sur le tarmac (parfois à vélo), bloquant les décollages de jets privés pendant plus de 6 heures.

À Paris, les scientifiques, habillés de blouses blanches siglées Scientist Rebellion, ont déployé trois banderoles reprenant les revendications de la campagne internationale menée intitulée Make Them Pay : interdire les jets privés ; taxer les grands voleurs ; faire payer les ultrariches pollueurs. Dénonçant plus particulièrement le rôle irresponsable de Dassault Aviation dans la promotion de l’aviation d’affaires, ils/elles portaient aussi des pancartes « Dassault Falcon : l’avion des criminels climatiques » et « Dassault Falcon : l’avion de l’injustice climatique » et scandaient « Dassault Falcon, criminel climatique ; État Français complice de l’injustice » ainsi que « Sobriété pour les lobbies, les jets privés doivent être taxés ». Ces phrases sonnent d’autant plus juste que Politico a récemment mis en évidence des liens étroits et problématiques entre le gouvernement français et le groupe Dassault, ce dernier étant propriétaire du logement de la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher. Cela vient s’ajouter aux révélations de fraude fiscale organisée par Dassault Aviation pour éviter à ses riches clients de payer des taxes.

Parallèlement, les participant·es ont recouvert les grilles dorées de l’hôtel particulier abritant le siège du groupe Dassault de reproductions d’articles scientifiques traitant de l’impact environnemental de l’aviation. Symboliquement, les membres de Scientifiques en rebellion et d’Extinction Rebellion ont ensuite plié ces articles scientifiques pour en faire des avions en papier, et les ont propulsés dans la cour de l’hôtel particulier.

Cinq scientifiques ont pris la parole durant l’action.

Élie Oriol, doctorant en physique, a déclaré : « Pour agir, ce n’est malheureusement pas de science que nous manquons. C’est un problème de volonté politique. Certaines et certains de nos aîné·es, au cours de leurs carrières, ont vainement essayé de faire prendre conscience à nos gouvernants de l’urgence de tous ces sujets. Jeune scientifique, moi aussi j’aimerais faire de la science comme mes aîné·es, pour aider le monde à évoluer dans la bonne direction. Mais comment espérer encore aujourd’hui que ce serait suffisant ? Une fois fait le constat de cette impuissance, nous ne voyons plus que la rébellion. »

Kaïna Privet, chercheuse en écologie à Rennes ayant participé aux actions en Allemagne, a déclaré : « Les jets privés sont 10 fois plus polluants que les avions commerciaux et 200 fois plus polluants que les trains grandes lignes français. En tant que scientifique, je suis particulièrement scandalisée par le greenwashing développé par Dassault Aviation, qui prétend promouvoir une aviation « durable ». ​​Leurs prétendus « carburants d’aviation durables » sont une escroquerie scientifique, leur utilisation à grande échelle consommerait bien trop de ressources. Ils utilisent cet argument pour justifier le fait qu’ils continuent à développer le secteur de l’aviation malgré l’urgence de la crise climatique à laquelle nous faisons face. Ils doivent être tenus pour responsables de cette crise et être taxés en conséquence. » ​​​​Une publicité pour le Falcon a notamment été jugée contraire à la déontologie publicitaire en 2021 car elle laissait entendre que cet avion était « vert » malgré son énorme impact sur l’environnement.

Jérôme Guilet, astrophysicien ayant passé 4 jours en prison en Allemagne début novembre pour s’être collé à une voiture de luxe dans un showroom BWM, et participant à l’action, a relevé que « l’État protège les vrais criminels climatiques en réprimant de plus en plus les scientifiques et citoyens qui lancent l’alerte par des actions non-violentes. ».

En dépit du caractère totalement pacifique de leur action, les participant·es ont été encerclé·es par une cinquantaine de membres des forces de l’ordre (principalement des BRAV-M) au bout d’une heure. Elles et ils ont subi un contrôle d’identité et ont reçu l’ordre de se disperser en prenant le métro.

Les émissions annuelles de gaz à effet de serre des jets privés représentent autour de 400 kt CO21, ce qui est énorme étant donné le nombre très restreint de personnes qui les utilisent et le service rendu. Surtout, cela sape tout espoir d’aller vers la sobriété en donnant le pire exemple qui soit et en donnant aux citoyen·nes le sentiment justifié que les efforts ne sont pas répartis équitablement.

Les jets privés sont en moyenne 10 fois plus polluants par passager que les avions commerciaux et 200 fois plus polluants que les trains grandes lignes français2. Un vol privé de quatre heures génère autant d’émissions qu’un·e européen·ne moyen·ne en un an. Entre 2005 et 2019, les émissions de GES liées aux jets privés ont augmenté de 31 % en Europe. La moitié des vols parcourent moins de 500 km et correspondent donc à des trajets qui sont maintenant interdits pour les liaisons commerciales (car prenant moins de 2h30).

Les villes les plus desservies (Nice fait partie des destinations les plus prisées) et l’augmentation du trafic en été indiquent bien que l’utilisation de ces jets privés est plus motivée par le plaisir que par les affaires, ce qui la rend d’autant plus inacceptable.

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1 D’après le rapport « Private jets : can the super rich supercharge zero-emission aviation? », les émissions de CO2 des jets privés au départ de la France représentent 400 kt CO2, à comparer avec les 436 MtCO2 des émissions territoriales

2 Les avions privés émettent 1300 gCO2 /passager.km contre 128 gCO2 /passager.km pour des avions commerciaux et 5,92 gCO2 / passager.km pour les trains grandes ligne en France, selon le même rapport.


© Lyuba - XR France


© Akwa - XR France


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10.11.2022 à 01:00

10 novembre 2022 : Make Them Pay, Dassault Aviation, Paris

Le 10 novembre 2022, une trentaine de scientifiques ont manifesté devant le siège de Dassault Aviation, troisième fabricant mondial de jets privés avec les fameux Falcon, sur le Rond-Point des Champs-Élysées dans le 8e arrondissement de Paris, pour dénoncer l’impact climatique des jets privés. Cette action visait à défendre les revendications de la campagne internationale Make Them Pay menée simultanément dans 11 pays : interdire les jets privés ; taxer les grands voleurs ; faire payer les ultrariches pollueurs. Les participant·es ont recouvert les grilles dorées de l’hôtel particulier abritant le siège du groupe Dassault de reproductions d’articles scientifiques traitant de l’impact environnemental de l’aviation et lancé ces articles sous forme d’avions en papier.

Crédits photo : Akwa & Lyuba - XR France

Communiqué de presse

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05.11.2022 à 01:00

1300 scientifiques signent une tribune en soutien à leurs collègues en prison à Munich

1300 scientifiques signent une tribune en soutien à leurs collègues en prison à Munich

Une tribune en solidarité avec les scientifiques ayant été placé.es en détention à Munich pour avoir alerté sur la crise climatique vient d’être publiée par France TV. Signée par plus de 1300 scientifiques, incluant des co-auteurs du GIEC et plusieurs chercheur.es de renom, elle appelle à « ne pas se tromper de coupables », estimant que « le problème n’est pas la protestation, mais l’inaction générale et le désespoir de la jeunesse mondiale dont 3 sur 4 se disent « effrayés » par leur avenir ».

La tribune rappelle pourquoi ces actions ont été menées et pourquoi elles sont légitimes. L’action est justifiée par la crise climatique et ses effets catastrophiques qui sont déjà là, comme l’illustre l’été 2022 en France et dans le monde. De plus, l’ONU vient de déclarer que la fenêtre d’action pour rester à un réchauffement global en dessous de +1,5°C « était en train de se refermer rapidement », démontrant l’inaction des gouvernements et mettant à nu leur double-discours vis à vis de la crise climatique. Les signataires estiment « il est de moins en moins possible de faire preuve de patience et d’accorder aux décideurs politiques et économiques le crédit de la bonne foi. » Désespérés devant cette inertie, consternée par l’indifférence générale devant la catastrophe en cours, en conflit avec leur mission de service public qu’ils voient ainsi désavouée, les scientifiques sont donc conduits à de nouveaux moyens de faire passer leurs messages.

Les signataires considèrent que la cible choisie – une voiture de luxe BMW – est justifiée car « émettre pour la gloriole un surcroît de carbone, et le promouvoir sur un salon constituent une participation active et inutile (…) à la destruction en cours du climat ». Enfin cette tribune rappelle que ces scientifiques ne sont ni des extrémistes ni des originaux mais sont largement soutenus dans la communauté scientifique qui partage leur inquiétude, et considère que le monde va au-devant de catastrophes écologiques majeures.

Pour nous, Scientifiques en rébellion, la frustration de ne pas être entendu.es par les pouvoirs politiques est immense : ces derniers sont les premiers à prétendre baser leurs décisions sur les sciences et pourtant, en même temps, ils réduisent au silence les scientifiques lanceurs d’alerte, en les jetant en prison et en cherchant à intimider toute notre communauté. Face à cette duplicité, la majorité scientifique silencieuse pourrait bien d’un jour à l’autre se rebeller et choisir une façon plus disruptive d’exprimer ses alertes et ses protestations. L’entreprise BMW estime les dommages causés aux voitures à plusieurs dizaines de milliers d’euros et a porté plainte contre les auteurs pour dégradation de biens et violation de domicile. C’est une honte : émettre de façon puérile et stupide une telle quantité de gaz à effet de serre pour une voiture de luxe, s’en vanter et le promouvoir publiquement constituent non seulement une participation active et néfaste aux bouleversements climatiques mais une injure aux scientifiques, politiques et citoyens qui luttent quotidiennement pour le futur de l’humanité, ainsi qu’aux personnes qui aujourd’hui déjà en souffrent et en meurent. Cela illustre que cette entreprise, comme beaucoup d’autres – et à l’image des gouvernements – refuse de prendre ses responsabilités face aux ravages écologiques.

Alors, allons-nous continuer à nous tromper de coupables ? Ou verrons-nous des décisions politiques ambitieuses et immédiates, un débat public à la hauteur organisé par les médias, et une réorganisation dans un cadre juste et démocratique de nos sociétés, de nos productions et de nos consommations ? La réponse pourrait dépendre de la mobilisation des scientifiques et des citoyens, autant que de la mobilisation de médias et d’institutions engagés.

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04.11.2022 à 01:00

Face à la crise climatique, ne nous trompons pas de coupables

Face à la crise climatique, « ne nous trompons pas de coupables » : des scientifiques défendent leurs collègues arrêtés en Allemagne

Tribune publiée sur France Info.

Une quinzaine de scientifiques ont été arrêtés, le 29 octobre, lors d’une action de désobéissance civile contre BMW à Munich. Ils protestaient contre l’impact climatique de l’industrie automobile et réclamaient des mesures fortes pour lutter contre le réchauffement climatique.

Des scientifiques en prison. Seize chercheurs, dont cinq Français, ont été arrêtés, samedi 29 octobre, pour s’être collé la main à une voiture de sport BMW exposée dans un showroom de Munich (Allemagne). Une action symbolique du collectif Scientist Rebellion, un mouvement international de scientifiques contre l’inaction climatique. Fatigués de chroniquer rapport après rapport une catastrophe écologique annoncée, ils ont décidé de se lancer dans des actions de désobéissance civile.

La justice allemande a placé ces scientifiques en détention provisoire, jusqu’au 4 novembre pour certains. Leur arrestation et la durée de cette détention a choqué dans la communauté scientifique. Des personnalités comme les climatologues Jean Jouzel et Christophe Cassou, l’économiste Thomas Piketty et les philosophes Dominique Bourg et Dominique Méda témoignent de leur soutien dans ce texte publié par franceinfo.fr et signé par plus de 950 scientifiques. Ils s’expriment ici librement.


Samedi, plusieurs scientifiques de divers pays se sont pacifiquement installé·e·s dans une voiture de sport en exposition au salon BMW à Munich, symbole du système consumériste qui condamne notre monde aux malheurs. Pourquoi cette action à cet endroit ?Il n’y a pas à redouter quelque catastrophisme, nous sommes déjà confrontés à des catastrophes : des milliers de morts en France cet été sous les canicules répétitives, un mégafeu en Gironde, des agriculteurs à la peine face à la sécheresse, plus de dix millions de personnes jetées sur les chemins au Pakistan après la destruction de leurs habitats par une mousson hors norme… Des types d’événements auxquels on s’attendait plutôt vers la moitié du siècle.

Non seulement nous ne sommes pas parvenus à respecter l’objectif assigné par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CNUCC) signée en 1992 – à savoir éviter toute « perturbation anthropique dangereuse du système climatique » – mais nous avons déjà atteint un degré élevé de perturbation du système.

Pourquoi ce type d’action ? Est-ce que les scientifiques n’ont pas d’autres façons de s’exprimer ? Depuis 30 ans, la communauté scientifique effectue patiemment son travail de documentation des changements en cours dans le climat et les écosystèmes de la Terre, dans l’économie. Patiemment, elle parle, sur les supports qui lui sont habituels (les revues, les colloques, les rapports commandés à des experts), sur un ton policé, de choses aussi effrayantes qu’un changement climatique de grande ampleur en quelques décennies (les précédents s’étalaient sur des millénaires), qu’une sixième extinction de masse, qu’une désagrégation des sociétés humaines. Ce type de communication est pleinement légitime, mais ne touche pas assez le grand public… Or la mobilisation d’un large public autour des enjeux climatiques contraindrait les pouvoirs publics à agir à la mesure des enjeux. C’est une condition de réussite de la CNUCC et des COP qu’elle organise annuellement.

Le problème n’est pas la protestation

Pourquoi ce changement de ton cette année et ces actions de « scientifiques en rébellion » ? Nous arrivons à un tournant, et il est de moins en moins possible de faire preuve de patience et d’accorder aux décideurs politiques et économiques le crédit de la bonne foi. Le sixième rapport du Giec a expliqué il y a à peine plus d’un an que le respect de l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C était encore possible sur le papier, mais qu’il nécessitait des changements radicaux dès les prochains mois. Depuis, les Etats n’ont rien fait. Pire, la guerre en Ukraine a remis en selle les projets pétroliers et gaziers les plus polluants. L’ONU a déclaré la semaine dernière que la fenêtre d’action pour respecter 1,5°C « était en train de se refermer rapidement ».

Peut-on dissocier les scientifiques qui prennent part à ce type d’action (qui se discréditeraient en révélant une nature d’activiste plus que de chercheur) du reste de la communauté académique ? Les scientifiques qui ont participé à ce type d’actions ne sont pas des extrémistes. Ils ne sont pas sortis de leur confort pour faire cela par goût de l’action et de la visibilité médiatique. Ils ont, pour beaucoup d’entre eux, une pratique professionnelle à travers laquelle ils essayent aussi d’agir sur le monde. Si certains d’entre eux ont, en outre, décidé d’agir de manière plus démonstrative, c’est parce qu’ils sont désespérés d’être entendus.

Mais une majorité d’universitaires et de chercheurs est consternée par l’indifférence générale devant la catastrophe en cours : les trois quarts des personnels de la recherche pensent que si les choses continuent au rythme actuel, le monde va connaître une catastrophe écologique majeure. Cette majorité pourrait bien d’un jour à l’autre rejoindre le camp de celles et ceux qui protestent de manière de plus en plus disruptive. Ne nous trompons pas de coupables. Le problème n’est pas la protestation, mais l’inaction générale, le désespoir de la jeunesse mondiale dont 3 sur 4 se disent « effrayés » par leur avenir.

Les premiers signataires :

Dominique Bourg, Université de Lausanne
Pascal Vaillant, Université Paris Nord
Jean Jouzel, Institut Pierre Simon Laplace
Julia Steinberger, Université de Lausanne
Christophe Cassou, CNRS, Toulouse
Wolfgang Cramer, CNRS – Institut Méditerranéen de la Biodiversité et d’Écologie
François Gemenne, Université de Liège
Timothée Parrique, Université de Lund
Éloi Laurent, OFCE (Sciences Po) / Stanford
Jean-Baptiste Fressoz, CRH, EHESS
Christophe Bonneuil, CNRS, Paris
Johann Chapoutot, Sorbonne Université
Dominique Méda, Université Paris Dauphine-PSL
Thomas Piketty, Centre d’Histoire Économique et Sociale François-Simiand
Isabelle Stengers, Université de Bruxelles
Jacques Testart, INSERM
Kévin Jean, Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris
Jérôme Santolini, Commissariat à l’Energie Atomique
Milan Bouchet-Valat, Institut National d’Études Démographiques, Aubervilliers
Florence Volaire, Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive, Montpellier
Anne Baillot, Le Mans Université
Stéphanie Mariette, INRAE, Bordeaux
Sophie Gerber, INRAE, Bordeaux
Victor Altmayer, Institut du Cerveau, Paris
Julian Carrey, INSA Toulouse
Odin Marc, CNRS Géosciences Environnement Toulouse
Alexandre Rambaud, AgroParisTech
Yves Goddéris, CNRS Géosciences Environnement Toulouse
Xavier Capet, CNRS, LOCEAN, Institut Pierre Simon Laplace
Pierre-Henri Gouyon, Muséum National d’Histoire Naturelle
Jérémie Cavé, IRD, Géosciences Environnement Toulouse
Joan Cortinas, Centre Emile Durkheim, inovador
Gabriel Malek, président Alter Kapitae
Marie-Antoinette Mélières, Université Grenoble
Thibaud Griessinger, chercheur indépendant
Philippe Abecassis, Université Sorbonne Paris Nord
Davide Faranda, Institut Pierre Simon Laplace
Lara Elfjiva, CNRS – Laboratoire Anthropologie Politique – EHESS
Annalisa Lendaro, CNRS – Certop
Sylvia Becerra, CNRS, GET
Joan Cortinas, CED, Université Bordeaux
Rémi Douvenot, ENAC, Toulouse
Alice Meunier, CNRS, Paris
Laure Vieu, CNRS, Toulouse
Laure Teulières, Université de Toulouse Jean Jaurès
Olivier Aumont, LOCEAN, Institut Pierre et Simon Laplace
Pierre Mathieu, Université d’Aix-Marseille
Céline Marty, Université de Franche-Comté
Jean-Christophe Poully, Université de Caen
Soizic Rochange, Université de Toulouse

Liste complète des signataires sur le site de France Info.

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02.11.2022 à 01:00

Des scientifiques en prison pour le climat

Des scientifiques en prison pour le climat

Les trois dernières semaines ont été marquées par un engagement de plus en fort des scientifiques dans la lutte contre le dérèglement climatique, sous la forme d’actions de désobéissance civile non violente, de conférences dans l’espace public, ou d’actions visant à interpeller les décideurs. Ces actions ont été organisées par le collectif international Scientist Rebellion et sa branche française Scientifiques en rébellion. Des scientifiques de toute l’Europe ont dans un premier temps convergé vers l’Allemagne, et ont mené à partir du 16 octobre plusieurs actions de blocage ou d’interpellation, s’engluant devant des bâtiments officiels (ministère des Transports, ministère des Finances), déclenchant l’alarme incendie lors du discours du chancelier allemand au Sommet mondial de la santé, ou occupant le pavillon Porsche d’un centre de loisirs dédié à l’automobile. Leurs actions étaient accompagnées de demandes auprès de l’État allemand de prendre des mesures visant à décarboner le transport, annuler la dette des pays du Sud, et reconnaître l’échec de sa politique climatique. En parallèle et en soutien aux actions en Allemagne, une centaine de scientifiques ont mené en France des actions les 14 et 15 octobre. À Nice et Montpellier des conférences ont été organisées sur des places publiques, rappelant que les politiques actuelles ne sont pas à la hauteur des enjeux. À Toulouse, une table ronde organisée par la métropole et à laquelle était convié Total Énergies fut interrompue et une conférence interpellant les protagonistes fut donnée. À Paris, des scientifiques en rébellion se sont invité·es à Sorbonne Université à l’occasion de la Fête de la science.

Cette semaine, les scientifiques européens ont convergé vers Munich. Ils et elles se sont englué·es dans les locaux de la banque d’investissement Black Rock le 25 octobre, ont bloqué un axe routier majeur le lendemain, et se sont englués à des automobiles de luxe dans un showroom BMW le 29 octobre. Pour cette dernière action, 16 membres de Scientist Rebellion ont été placés en détention provisoire jusqu’au 4 novembre. Parmi les scientifiques actuellement en prison, se trouvent les Francais Sylvain Kuppel, spécialiste toulousain des ressources hydriques, Jérôme Guilet, astrophysicien à Saclay et Hugo Raguet, chercheur en informatique à Blois, et Marceau Minot, docteur en écologie de l’université de Rouen. Manua, coordinateur de Scientist Rebellion pour la France, fait également partie des personnes incarcérées. Les scientifiques qui ont mené cette action avaient conscience que cette dernière risquait de les conduire en prison, mais étaient prêt·es à cela pour dénoncer l’inaction climatique.

Le collectif Scientist Rebellion a également rendu public cette semaine un texte signé par plus de 1000 scientifiques, dont plusieurs co-auteurs ou co-autrices du GIEC, affirmant que l’objectif de contenir le réchauffement climatique en-dessous de 1.5°C est désormais hors d’atteinte, illustrant ainsi l’échec des politiques climatiques mondiales. Ils demandent à l’ensemble de leurs collègues de le reconnaitre également, et de dire la vérité sur l’ampleur de l’effort nécessaire pour rester « bien en-dessous de 2°C » comme le prévoit l’accord de Paris de 2015. Cette lettre a été suivie par la publication d’un rapport de l’ONU constatant qu’il n’y a, en effet, plus de trajectoire possible pour maintenir le réchauffement en dessous de 1,5°C et que seulement un changement urgent et drastique du système peut encore éviter un désastre climatique. 

Dans un texte de 4 pages, disponible en ligne, les scientifiques français ayant participé aux actions expliquent leurs motivations, leur positionnement et leurs interrogations. Ces scientifiques considèrent que, tant que la trajectoire du business-as-usual continue, « [leurs] actions de désobéissance civile seront légitimes », rappelant que « cinq décennies d’alertes sans résultat, c’est bien trop ! ». Selon eux, « loin de ternir [leur] crédibilité, (…) [se] lancer dans ces actions ne peut que renforcer la confiance que les citoyen·nes auront dans le contenu de [leurs] messages ».

En solidarité avec leurs collègues en détention, ces scientifiques appellent à se réunir le mercredi 2 novembre 2022 à 18h devant l’ambassade d’Allemagne à Paris (13/15 Av. Franklin Delano Roosevelt, Paris 8ème, Métro Champs-Elysées-Clémenceau, plan) et devant le consulat d’Allemagne à Montpellier (14 Dsc. en Barrat, en face du Corum, plan) pour appeler le gouvernement allemand, et ceux des autres pays européens, à prendre leurs responsabilités : c’est-à-dire reconnaître l’échec et l’insuffisance radicale de leur politique climatique actuelle, et commencer une politique à la hauteur des enjeux, plutôt que de placer en détention des scientifiques et de continuer à nier l’ampleur de la crise en cours.

Informations complémentaires.

Les communiqués de presse de Scientist Rebellion, relatant chaque action menée en Allemagne, peuvent être trouvés ici.

Le communiqué de presse de Scientifiques en rébellion concernant les actions en France peut être trouvé ici.

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