04.09.2026 à 12:42
Rebekka Deubner · Estelle Benazet Heugenhauser
Dans “La terre amoureuse (se dit de la terre qui colle aux bottes)”, Rebekka Deubner photographie le territoire des mégabassines, à la rencontre des paysan·nes et de leur milieu. Puis l’autrice Estelle Benazet Heugenhauser prend le prétexte d’une virée en bus dans les Deux-Sèvres pour mêler paysages, mémoire intime et sabotage dans un texte superbe. Extrait.
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Cet article est un extrait du livre La terre amoureuse (se dit de la terre qui colle aux bottes), de Rebekka Deubner, Julie Héraut et Estelle Benazet Heugenhauser, paru aux éditions Rotolux press en 2026.
Pour le livre « La terre amoureuse (se dit de la terre qui colle aux bottes) » de la photographe Rebekka Deubner, un long traveling en images fixes conçu comme un hors-champ du site de la mégabassine de Sainte Soline, l’autrice Estelle Benazet Heugenhauser a écrit une nouvelle inédite, « Tu retourneras au purin ». On y suit les pensées d’une fille revenue à Niort qui s’installe au fond d’un bus pour passer le temps et ne pas arriver trop en avance dans sa famille pour les fêtes de Noël. À travers les vitres défilent les paysages du territoire des Deux-Sèvres, des places de villages ou des zones industrielles. Dans sa tête remontent des souvenirs d’enfance, à mesure que le personnage de sa cousine – fille de maraîchers bio devenue militante écologiste – se fait de plus en plus présent. Saboter une mégabassine ? C’est très simple.
L’extrait que nous publions est la dernière partie de la nouvelle.
Sur la vitre du bus, les grosses gouttes se rejoignent entre elles, ça coule, ça dégouline. La route, les barrières, les champs, les arbres deviennent flous. Regarder loin devient impossible. Je repense aux schémas de la prof de biologie qu’on avait au collège, ou de physique chimie, ou sciences de la vie et de la terre, je ne sais plus. Quand elle voulait nous expliquer un truc, elle sortait d’un coin de la salle de classe des schémas imprimés sur des rouleaux en tissus plastifiés, ou en papier épais, elle les suspendait sur un crochet au-dessus du tableau noir. À gauche, l’Ouest, l’océan Atlantique, au-dessus, les nuages, et des flèches, puis les terres qui bordent l’océan, et encore des flèches vers les zones humides, là, un cours d’eau qui se divise en plein de bras, les flèches rétrécissent et se dispersent, voilà ici les tourbières, et là des barrages des stations d’épuration, des petites vallées, des haies. À chaque cours, elle répétait la même phrase, c’est beau la vie, rien ne se créé, rien se ne se perd, tout se transforme. Sous l’action du soleil, l’eau de l’océan s’évapore dans l’atmosphère, se condense dans les nuages, et retourne à la terre lorsqu’il pleut ou qu’il neige. Les précipitations s’infiltrent, rechargent les nappes phréatiques ou ruissellent avant de regagner la mer. Et tout ça se répète à l’infini, c’est beau la vie. Et elle radotait tellement qu’on se moquait d’elle, on l’appelait Madame Cestbeaulavie. À chaque cours elle portait une blouse blanche, mais ce n’était pas ça qui nous faisait ricaner le plus, c’était sa coupe de cheveux. Gris argentés, peignés en brosse, droits sur la tête, on racontait qu’elle avait léché une prise électrique, ou qu’elle avait été le cobaye de ses propres expériences, des produits chimiques lui avait explosés à la tronche, ses cheveux ne s’étaient jamais remis du choc.
On était cruels et maintenant je me dis qu’on était injustes avec elle, c’était une des seules profs à dire qu’on n’était pas obligés de devenir fermiers, vous pouvez travailler dans l’ingénierie, y’a plein de boulot là-dedans elle disait. Elle nous donnait confiance, elle avait un peu d’espoir pour nous. Elle nous parlait des entreprises du coin qui embauchaient, elle nous décrivait la fermentation microbienne et la culture cellulaire, elle nous montrait des photos de gens qui se baladaient entre des cuves en inox énormes, en uniforme de protection, gantés, avec des cagoules ou des charlottes sur la tête, elle nous répétait encore, regardez comme elles sont belles ces unités de filtration, des bioréacteurs, c’est beau la vie. Les médicaments contre le cancer, les insulines, les dérivés sanguins, les vaccins, comme les biopesticides, les biofertilisants, les biocarburants sont fabriqués au même endroit, c’est magique. Y’a de l’avenir dans l’industrie biopharmaceutique. Tout ça nous paraissait très abstrait, mais en tout cas, je ne me souviens pas qu’elle nous ait dit ce qui rapportait le plus de bénéfices à ces entreprises, fabriquer et vendre des produits qui engendrent le cancer, ou fabriquer et vendre des produits qui soignent le cancer. Qu’est-ce qui est le plus rentable, créer la mort ou créer la vie ?

Arrêt Giannesini. Ça y est, on est dans le village de Frontenay-Rohan-Rohan, la pluie se calme pour que je puisse voir la perspective des rues se rétrécir, tout est bien entretenu. Les vieilles pierres des maisons basses bien propres, les volets bien peints, bleus ou vert pastel. Une église, un lavoir, une boulangerie, un Crédit Agricole. Ça sent le village touristique.
Épannes Grand Place. Le chauffeur me dit qu’on est en avance sur les horaires officiels. Je vais fumer, il me dit, si vous avez envie de vous dégourdir les jambes, c’est le moment. Vous pouvez laisser vos affaires, ça ne risque rien.
Je fais quelques pas sur le goudron rafistolé. J’évite les flaques. Dans la bruine, les LED des distributeurs de nourritures prêtes à déguster m’attirent. Il y en a trois, un pour les pizzas prêtes en trois minutes, un pour les sushis, makis et sashimis tout frais livrés tous les jours de Niort, et un autre avec des préparations charcutières et laitières locales, jambon, grillons, rillettes, mousse de canard, fromage frais, fromage affiné et même foie gras. Je vais me prendre des grillons, tiens. J’ai un bout de pain dans mon sac, ça va m’occuper.
Dans la bruine, les LED des distributeurs de nourritures prêtes à déguster m’attirent. Je vais me prendre des grillons, tiens. J’ai un bout de pain dans mon sac, ça va m’occuper.
Un peu plus loin, une autre construction flambant neuve aussi, mais carrément plus grande. Ça ressemble à un cabanon Algeco ou à un mobile home avec des couleurs et une petite abeille dessus. Je m’approche, je lis les instructions. Faut créer un compte, donner ses informations personnelles, s’identifier, et après on peut faire ses courses, 24h/24. Je check sur internet c’est quoi ce truc. Apparemment, il y a plus d’une centaine de supérettes autonomes en France. Plus besoin de faire des kilomètres pour une connerie oubliée au supermarché. Super humain. Super proximité. Super producteurs. Entreprise à mission. Label transition écologique. Label initiative sociale et solidaire. Slogan : demain devient possible. Avec un demi-million de subventions publiques, oui c’est sûr. Toute la presse, nationale et locale a encensé le projet. Augmentation du chiffre d’affaires de 870 % entre 2022 et 2023, pareil entre 2023 à 2024. Une association entre patrons de la région, des gens de la biotech, des négociants de Cognac, courtiers en spiritueux, et d’autres patrons d’ailleurs, de banques, de supermarchés. En fait, c’est 70 % de produits Carrefour, 25 % de marques industrielles et 5 % de locaux. Ça fait un producteur local situé à moins de 50 km par supérette autonome. Une belle arnaque que les maires des petits villages ont du mal à refuser. Le chauffeur me fait signe de revenir.

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Prochains arrêts. Square. Les Colliberts. Mauzé Mairie. Sur la place, une montagne de pneus, des bottes de paille. Sur la grille de la mairie, des banderoles attachées à la ficelle ou au scotch commencent à se casser la gueule, d’autres en carton ont ramolli avec la pluie. Sur le goudron, des phrases écrites à la bombe. Maudite soit la guerre économique et sanitaire. Stop à l’abattage total. Accord de Mercosur, faisons-lui sa fête. Moins de paysan·nes c’est plus de malades. Cancer Colère. On ne se laissera pas abattre. On n’est pas débiles les paysans. Le réveil alimentaire c’est maintenant. Femmes de terre, femmes déter ! Non aux bassines et à leur monde. Discutons du partage de l’eau. Stop mégabassines. Méteo bassines, soulèvements olympiques !
Sur la grille de la mairie, des banderoles attachées à la ficelle ou au scotch commencent à se casser la gueule, d’autres en carton ont ramolli avec la pluie. Sur le goudron, des phrases écrites à la bombe.
Mauzé Place Tombouctou. Mauzé-sur-le-Mignon. Des gens de ma famille parlaient de Mauzé quand j’étais petite, ils disaient Mauzé, mais ils disaient pas sur-le-Mignon. Ils parlaient de ce village de deux mille cinq cents habitants pour se rappeler le fiasco de la famille, de la faillite de Josy Boutique, le magasin d’une tante éloignée. Ils pouffaient rien qu’à l’évocation de ce nom, Josy Boutique, le nom du rêve d’une femme du coin. Ils se moquaient d’elle, car ils avaient besoin de quelqu’un sur qui cracher. C’est sûr qu’un magasin de mode dans un village, ça fait pas décoller le chiffre d’affaires. Ça fait juste rêver, non rêver ça coûte rien, c’est ça qui est beau. Enfin, si justement, rêver, ça peut coûter très cher. Josy organisait des défilés de mode à la salle des fêtes de Mauzé. Sa fille venait d’avoir son BEP coiffure, elle maquillait, coiffait, elle apprenait même aux jeunes du coin à marcher avec élégance. Laque ou gel dans les cheveux brushés, ongles rouges, fards sur les joues, mascara, eyeliner, comme à la télé, les jeunes marchaient droit sur la scène de la salle des fêtes. Au bout, au plus près du public, ils s’arrêtaient, regardaient fièrement droit dans les yeux ceux placés au premier rang, une main sur la hanche, une main sur l’autre, et ils repartaient en coulisses. C’était pas de la haute couture, c’était plutôt des sweatshirts, des jupes, des jeans, des tenues de ville simples, et avec ça on se disait qu’on pourrait vivre en ville, qu’on pourrait se fondre en ville, qu’on pourrait être des jeunes gens modernes, mais on haïssait la ville. Josy avait bon goût, un sens du style, elle savait marier les accessoires, des bijoux pas chers mais qui donnaient de la classe, des clips qui brillent sur les oreilles, des broches, des colliers de perles multicolores.
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Avec son mari, ils s’étaient installés au milieu des années quatre-vingt dans un hameau à quelques kilomètres. Elle était née dans la région, lui, fils de pied-noir, en Tunisie. L’État français avait donné des terres à ses grands-parents là-bas, sur leur carte d’identité, leur métier était indiqué : colons. Puis avec l’indépendance, ils avaient dû revenir dans l’Hexagone. Josy et Yvon s’étaient rencontrés à un bal de campagne, peut-être même à la fête de la mogette, ce haricot blanc du coin, elle chantait sur les tables, il lui avait offert un bouquet de violettes. Lui voulait partir. On lui avait proposé de bosser dans une mutuelle, il avait préféré être gendarme, tireur d’élite. Ils étaient partis, loin. Tchad, Martinique, Guadeloupe. De retour dans l’Hexagone, le mari rêvait d’une ferme. Après les années expatriés, la bonne retraite de gendarme sur le compte bancaire, Yvon et Josy avaient trouvé un moyen de retrouver leur France. Le couple avait acheté des terres, Yvon rêvait d’une exploitation agricole. Et Josy avait rêvé plus fort, sa boutique de mode comptait plus que tout. La famille raconte encore qu’elle aurait fait du chantage à Yvon. Plus d’argent pour développer les activités de la boutique ou je divorce. Le couple a hypothéqué la ferme, les bâtisses, les terres. Et ils ont tout perdu. Josy Boutique et l’exploitation. Le couple s’est retrouvé à vivre à cinquante ans dans une studette dans la périphérie de Niort. La banqueroute, c’est toujours à cause d’une bonne femme, répétait la famille.
Le bus fait demi-tour. C’est reparti pour une heure dans l’autre sens. Encore une heure de route pour revenir au centre-ville. Je prends mes affaires et je me pose au fond du bus.

Avec la nuit, il n’y a plus grand-chose à regarder à travers les vitres, à part le marquage au sol sur le goudron, éclairé par les phares de voitures, bande blanche d’arrêt d’urgence, vide, bande blanche d’arrêt d’urgence, vide. Halos de clignotants. Plaques d’immatriculation. Panneaux de directions. Au bord de la route, la masse sombre des arbres fait peur. Je repense aux membres coupés des frênes, à leurs boursouflures. Ma tête penche vers la vitre, c’est froid sur mon front, il fait plus chaud à l’arrière du bus, ma cousine avait raison, j’enlève mon écharpe, j’en fais une boule, je la cale dans mon cou, mon poing contre ma joue. Je ferme les yeux. Les phares des voitures, les rayons lumineux des lampadaires pulsent à travers mes paupières. Je vois des machines qui coupent, qui tranchent, qui broient. Je vois des mains coupées, des pieds coupés, des têtes coupées sur un tapis roulant. J’ouvre les yeux, la couleur rouge du marteau prêt à être saisi pour casser les vitres en cas d’accident me saute au visage. Mon poing sous ma joue. Le front contre la vitre froide. Je referme les yeux. Je me concentre sur le bruit du moteur. Certains enfants ne peuvent pas s’endormir sans le bruit du ventilateur, moi, je ne peux pas m’endormir sans le bruit d’un moteur, lointain ou proche, la vibration berce, avec une odeur d’essence c’est ce que je préfère, mais bon, c’est pas toujours possible. L’odeur d’essence mélangée à celle des cheveux propres, les cheveux propres de ma cousine quand on faisait des siestes dans les champs. On marche dans les épis, elle se cache, je me cache, et par surprise on attaque l’autre, on saute sur l’autre par-derrière. Parfois, on trouve une petite parcelle de blés complètement couchés, on se dit que des biches ont fait leur sieste là, et nous aussi on se couche là, on s’endort un peu et vite on se réveille en sursaut. La moissonneuse-batteuse fait un boucan pas possible, on court dans les poussières de blé, ça nous fait éternuer, on s’essuie le nez, la bouche, d’un revers de main, on sait pas quoi faire de ces glaires, ça colle. Le bruit de la moisson mécanique est trop fort, vite, elle va nous rouler dessus, nous aussi on va devenir de la farine.
Dans l’air, un autre truc irrite mes narines, ça sent le brûlé, le plastique fondu, le pétrole ou le désinfectant. Mes yeux piquent, pourtant, la cheminée de l’incinérateur est loin. Des mains gantées dans un coffre de voiture, des déchets, des bouts de planches mal coupées, des tuyaux, des briques de béton cassées, des bottes de paille pleine de merde. Les mains chargent les déchets sur une remorque. Je ne vois pas où vont les déchets. Des mains trient sur un tapis roulant. Des lambeaux de bâche terreux, des bouts de tuyaux coupés, une jambe, une langue. Sur le sol, des morceaux de goudron, de la boue. Des mains se ferment, des mains empoignent un plantoir et le plantoir fait un trou. Des mains froides s’enfoncent dans un trou en plastique. Une main pénètre dans la boue. Un bras disparait dans un cul. C’est visqueux, c’est chaud, c’est résistant. On va la perdre, on va la perdre. Allez, mémère, reviens. Les vaches cognent contre les barrières en métal. Les chaînes contre les barrières en métal. Leurs yeux insistent, leurs yeux s’écarquillent de plus en plus, j’ai peur que leurs orbites s’ouvrent et que leurs yeux tombent. Vingt-cinq vaches, quatre estomacs par vache, ça fait cent estomacs. Cent quatre-vingts litres de liquide dans chaque premier estomac, dans chaque panse. Ça fait quatre mille cinq cents litres qui macèrent dans chaque panse de chaque vache, ça cuit là-dedans. Une vache expulse jusqu’à six cents litres de gaz par jour, alors avec vingt-cinq vaches, ça fait quinze mille litres de gaz expulsés par les culs des vaches. Mes paupières s’ouvrent et se ferment. Front contre la vitre froide, poing contre ma joue, je le sens de moins en moins. Mais non, t’as pas froid, disait ma cousine, c’est dans ta tête. Et mets pas tes mains dans tes poches, si tu tombes, t’auras rien pour te rattraper, ce sera ta tête directe par terre, les graviers dans les yeux, la bouse dans la bouche. La main dans la poche, des cailloux dans la poche, des cailloux dans le creux de la main. Des graviers sous les ongles. Je me prépare, je tiens mes cailloux dans ma poche, si un petit con arrive, je serai plus rapide, déjà prête, le caillou sera prêt, je lui balancerai direct à la gueule. Un marteau, des clous. Faut surveiller quand le voisin n’est pas là. Sa voiture n’est pas là. Il veut raser sa haie. Je vais lui montrer qu’il va pas raser sa haie. Je plante des clous dans ses frênes. Sa tronçonneuse va pas aimer. La chaîne va lui péter à la gueule. Les maillons crantés dans sa chair, les dents métalliques qui lacèrent. On déconne pas avec les haies, ça stoppe les coulées de boues, ça stoppe le vent et donc ça ralentit l’assèchement, le réseau des racines développe la fertilité du sol, et plein de petits animaux peuvent y construire leur vie.

Les tourbières disparaissent, et l’autre veut raser ses haies. Je remue la terre, je trouve des vers de terre, j’en fais des appâts pour mes hameçons, je pêche dans ma mare. La voix de la maitresse de l’école primaire. Écartez-vous, restez sur la rive, je m’éloigne un peu. Elle pousse avec sa pagaie contre les branchages, elle recule avec sa barque. Regardez-moi les enfants. Elle plonge sa pagaie dans l’eau, elle remue l’eau sombre. Regardez les enfants. Elle continue de remuer et elle sort un truc de sa poche, regardez les enfants, elle enfonce encore plus la pagaie dans l’eau, remue encore plus profondément. Elle allume son briquet, une énorme flamme apparait au-dessus de l’eau, plus grande qu’elle. Oui, c’est magique les enfants. Ça sent oui, ça sent fort la pourriture. Et avec cette boue noire, on fait des briques, on le brûle et ça nous chauffe. C’est moins cher que le charbon. Ne pas toucher aux tourbières. Laisser la pourriture faire son travail. Je vois le niveau de l’eau baisser. Dans les ruisseaux, dans les rivières, dans les mares. Parfois, les poissons remontent d’un coup, tous morts à la surface. Un fossé vide. Une voix dit qu’il faut le drainer. Il faut que le pus soit évacué. Il y a trop de lentilles d’eau, c’est pas normal. Ou y’a trop d’algues, ça veut dire qu’il y a trop de nitrates. Le marais est devenu un égout. La voix de ma cousine. Ses mots se précipitent.
Oui, c’est magique les enfants. Ça sent oui, ça sent fort la pourriture. Et avec cette boue noire, on fait des briques, on le brûle et ça nous chauffe. C’est moins cher que le charbon. Ne pas toucher aux tourbières. Laisser la pourriture faire son travail.
Quelqu’un s’est noyé dans une bassine. Les pro-bassines disent que c’est à cause des anti-bassines. Si les anti-bassines n’avaient pas porté plainte auprès de l’État, l’État n’aurait pas démantelé cette bassine, personne ne serait tombé dedans. Oui, on a monté des dossiers, oui, on a étudié les conséquences de cette centralisation de l’eau dans ces bassines avec des scientifiques, oui, les bassines, ça assèche les nappes phréatiques, ça assèche tout. Les gros exploitants ne ferment jamais leur gueule, c’est normal, ils s’en mettent plein les fouilles. Ils répètent en boucle, ils veulent nous faire passer pour des meurtriers. S’il y avait eu des grillages, des barbelés, des caméras de surveillance, personne ne se serait baladé au bord de la bassine, personne ne serait tombé dans la bassine, personne ne se serait noyé dans la bassine. Quand une bassine est armée, seuls les petits animaux se noient, pas les humains. Les tics du visage de Magalie quand elle parle vite. Sa tête qui s’agite, elle se touche les cheveux, elle regarde ses doigts, elle sent ses doigts, elle me dit j’ai toujours les ongles sales. Son œil gauche rétrécit quand elle parle vite, ses épaules se soulèvent dans les silences. La dernière fois que je l’ai vue, elle m’avait dit dans ce café près de la gare de Niort, quand je viens voir ma cousine en ville, je mets du mascara quand même. Mes bottes sont pleines de merde, mais j’ai de beaux yeux. Et ses yeux regardent partout, elle me regarde et elle regarde derrière moi, comme si quelqu’un regardait derrière moi, elle surveille, elle regarde derrière elle. Son regard cherche le moindre signe, elle sort son portable de sa poche, elle enlève la batterie. Sa voix revient. Quand t’es en bas, tu ne peux plus remonter, les pentes autour de la bassine, recouvertes de plastique, sous les pattes, ça glisse. Sous les mains, ça glisse. Pattes ou mains, t’essaies de t’accrocher, tu griffes, tu t’épuises, tu n’as plus de griffes, tu meurs. Il n’y a que les cygnes qui se baladent sur cette réserve d’eau sale, pleine de miasmes et de cadavres. Il parait qu’ils ont mis des sortes de tissus grillagés maintenant sur les bords des bassines, comme ça les petites pattes, les petits ongles des rongeurs s’accrochent et remontent. La pente est raide malgré tout, ils peuvent reglisser et retomber dans l’eau. Enfin, ce sont les problèmes d’hiver. Quand il y a de l’eau dans les bassines, en été, l’eau des bassines s’évapore, c’est complètement con, et de l’autre côté, ça pompe, ça pompe. Sa voix devient plus claire, elle ralentit, on dirait qu’elle a répété ces phrases mille fois, elle s’entraine devant le miroir, elle me l’a dit, faut toujours être prête à parler en public, elle répète très très vite, elle répète plus doucement, elle postillonne, elle rate un mot, c’est le début du bug, elle bégaie, elle se reprend, elle marmonne, elle redit les mêmes phrases en chantant, en chuchotant, en criant, elle répète encore, elle ralentit, elle parle au miroir comme elle parlerait à une caméra. Elle recommence, elle lance son chrono, elle minute ses mots. Faut s’entrainer à parler, faut apprendre par cœur les formules, que tu les prononces à un journaliste ou au tribunal, c’est pareil.
➤ Lire aussi | L’appel des naturalistes des terres・Les naturalistes des terres (2023)
Le premier connard qui a mis en place des bassines, devine qui c’est ? C’est Pinochet. Sa voix s’éraille, elle perd en volume. Oui, les bassines, ce sont des terrains militarisés. Magalie tousse, elle dit, j’ai des remontées gastriques, ça me fait tousser, des fois, j’en perds ma voix. Elle se racle la gorge. Je te dis ça mais tu le répètes pas. Oui, on pète, on sabote les tuyauteries, oui, c’est du gâchis, oui, tout ça coûte, chaque réparation coûte, mais y’a pas le choix ma petite, t’as vu ce qu’ils ont fait chez Alexandre ? Ils ont balancé des gravats dans son jardin et du lisier. Alexandre était pas là, mais Amélie oui, et les gosses, ils ont tout vu, ça va mal finir. Je te le dis. Les gars bientôt boiront un coup de trop, ils sortiront leur fusil de chasse et ils le tueront. Les gosses, ils ne peuvent plus jouer à avoir peur, ils ont tout le temps peur. Tu sais qu’il y a eu une cellule spéciale pour défendre les bassines, c’est la FNSEA, le syndicat des gros exploitants et l’État qui la gérait, c’était une police spéciale. En fait, le syndicat des gros exploitants fait du renseignement pour l’État, il dit qui est contre les bassines, qui est contre l’élevage intensif, toute critique de l’agriculture conventionnelle devient dangereuse. Ils sont même intervenus dans les lycées agricoles, pour empêcher les étudiants de s’informer sur les conséquences de leur futur métier. Mais bon, on s’est battu, la cellule Déméter a été dissoute.
Oui, on pète, on sabote les tuyauteries, oui, c’est du gâchis, oui, tout ça coûte, chaque réparation coûte, mais y’a pas le choix ma petite, t’as vu ce qu’ils ont fait chez Alexandre ?
De toute façon, on nous parle de la France, de notre beau pays, de notre beurre régional, exceptionnel bien sûr, car d’origine protégée, mais protégée de quoi exactement ? Nos super productions naissent de nos magnifiques terroirs bien purs, c’est ça ? Et ces idées sont là pour flatter l’extrême droite, notre sol serait meilleur que les autres, mais c’est une parade. Ce qu’on produit le plus ce sont les céréales, 80% de la production part pour l’export, tout ça est stocké dans le grenier du port de La Rochelle, un max de blé, et ils ont attendu qu’un événement vienne faire décoller les prix, la guerre en Ukraine est arrivée et leur a permis de s’en mettre plein les fouilles.

Tu sais, on compare souvent les bassines à des pieuvres, la bassine c’est la tête, c’est trop gros, on peut pas faire grand-chose, tu peux pas vider la bassine avec tes mains, c’est trop énorme, et toute façon avec leurs caméras de surveillance et leurs installations barbelées tu peux pas intervenir directement sur les bassines. Par contre, les pompes, elles sont faciles à repérer, tu fais le tour de la bassine en bagnole, tu roules sur les petites routes autour, et tu les vois, elles sont toutes rutilantes, bien rouges, bien bleues, ou juste couleur argentée en métal. Enfin, ce que je veux dire, c’est que si tu peux pas attaquer la tête, faut attaquer les tentacules. Si tu coupes les tentacules, que tu pètes les raccordements, la tuyauterie, la tête sert plus à rien. Faut toujours avoir une masse dans le coffre de ta voiture, une masse avec un long manche je précise, faut prendre un peu d’élan et en trois quatre coups tu pètes le raccordement, tu remontes dans ta voiture, c’est terminé.
Photo d’ouverture : La terre amoureuse, p. 420-421 ©Rebekka Deubner.

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15.07.2026 à 10:53
Baro d'evel
Celles et ceux qui ont assisté à des spectacles de Baro d’evel portent en eux un petit secret : il existe une compagnie dont l’art total mêle cirque, poésie, danse, chant et travail avec les animaux. Baro d’evel donne forme aux vertiges de notre époque. Leur livre “Le dedans et le dehors”, aussi beau à regarder qu’à lire, raconte leur monde. Extrait.
L’article Ouvrir la fenêtre pendant l’orage est apparu en premier sur Terrestres.

Ce texte est un extrait du livre Le dedans & le dehors de Baro d’evel (Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias), paru en 2026 aux éditions Actes Sud (pp. 12-19 et pp. 72-74).
Le premier texte, “Ouvrir la fenêtre pendant l’orage”, est tiré de la version écrite du magnifique poème oral, longue harangue stupéfiante de Camille Decourtye qui clôture le spectacle “Qui Som ?”. Le second texte est tiré du récit biographique et artistique écrit par Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias qui raconte l’histoire de Baro d’evel.
Combien de fois le même tour ? À laisser se refaire cette histoire que l’on connaît déjà. Celle dont on a déjà fait le tour et qui pourtant nous prend à chaque fois de court. Celle qui souffle sur les braises du ressentiment et dégueule sa violence sur le monde. Celle qui gronde, regarde ailleurs quand ça crève, soulage quand ça mord, s’en fout si ça ment. Et remonte encore à la surface cette pulsion de mort, et ceux qui chercheront toujours à faire leur beurre de tout ce pire se shootent aux mensonges et laissent les souffrances emporter les existences et le dégueulasse coloniser la terre et les eaux.
Alors quoi ? On fait comment ? On se rattrape à quoi dans cette chute à pas de géant ? Comment fait-on, là, en plein milieu de ce réel, pour ne pas laisser la déception de soi-même inviter la mort trop tôt ? Pour continuer de ressentir, de grandir au milieu de ce chaos ? Alors que ça fait mal, que ça devient vilain.
Comment ne pas laisser la peur prendre toute la place, ne pas la laisser gueuler tellement fort que l’on n’entend plus rien.
Pourtant il n’y aura pas de conclusion de nos existences, ni de fin mot de l’histoire pour venir nous prendre par la main.
Mais il y a simplement cette suite qui est en train de venir, cette suite qui est déjà là, déjà en train de se faire à l’intérieur de nos corps, il y a ce dedans qui tient le dehors. Nos paysages intérieurs fabriquent la suite, nos territoires intimes sont les paysages de demain.
On fait comment ? On se rattrape à quoi dans cette chute à pas de géant ?
Alors il est peut-être l’heure de se battre pour la douceur, de prendre soin, et ce pas savoir tout autour, d’essayer simplement de le traverser parce qu’on n’effacera rien. Traverser cette incertitude, celle de nos vies, de ce qu’on fabrique sans comprendre où ça va, et ne plus laisser la peur prendre toute la place, se battre pour la douceur et se regarder en face. Et s’il faut du courage, c’est un « courage sans victoire »1 qu’il faudra aller chercher. Pas de bordure, pas d’enveloppe, pas de point final, pas d’endroit intact qui nous attende quelque part où nous serions sauvés. Et à chercher comment tenir alors que rien ne tient, à tendre la main, à refaire ce geste, même si c’est toujours le même, juste sentir ce quelque part là-dessous.
L'infolettre des Terrestres
Toutes les deux semaines, dans votre boîte mail : un éditorial de la rédaction, le résumé de nos dernières publications, un conseil de lecture des Terrestres et des articles tirés de nos archives, en écho à l'actualité.
Sentir comme ce geste dessine quelque chose en soi, qu’il s’agit de plus que ça, de plus que soi, sentir qu’il y a quelque chose qui commence à compter.
Faire avec ce truc, ce truc qui résistera toujours, déjà là à l’intérieur, à qui on donne sa part, ce quelque part, appuyer sur chaque petite part du dedans.
Cet impossible en nous, cet impossible malgré tout, en être un peu responsable, en être un peu un bout.
Se mettre à l’arpenter, ce truc, avancer malgré tout. Même quand le doute cogne à la porte. Même si la suite ne se pointe jamais comme on le veut, toujours à côté, parce qu’on vit tous un peu penchés.
Des blessures, il y en a partout et on grandit tous avec des trous, mais là, il faut bien voir ce qu’on en fait.

On en attend tellement du tout ça, tout ça à attendre si souvent ce qui ne viendra pas, pourtant il ne reste rien d’autre que ce geste qui creuse, pour du plus que soi, qui cherche autre chose que d’arriver au bout d’un bout qui n’existe pas, que d’attendre que le temps nous prenne dans ses bras.
Juste recommencer encore, reprendre peu à peu du terrain à cette peur, à ce ressentiment qui s’est foutu partout, à cette panique qui creuse là où ça fait mal et prend toute la place.
Se fatiguer ce qu’il faut et ne plus espérer ce qui jamais ne vient, ne plus désirer tant, être la chose qui manque avant que le gong sonne. Faire et refaire pour que ça creuse jusqu’à toucher cet endroit où ça dit oui, où il y a encore du oui, du oui pour ce qu’on ne connaît pas, du oui pour ce qui ne nous ressemble pas, du oui pour ce qui ratera peut-être, du oui pour l’essai, pour du encore, pour ce qui ne règle pas tout en une seule fois, pour ne plus rester au bord. Faire groupe pour ça. Pour se regarder en face, tendre la main, faire de la place, prendre soin. Faire l’effort alors que ça ne suffira pas, mais quand rien ne suffit, c’est déjà ça, bien mieux que l’envie de rien.
On n’efface rien et ce ne sera plus comme c’était, mais il y a ce encore, de la suite déjà là, déjà dans nos corps. Il y a ce quelque part qui en demande encore, par quelque force que ce soit, quelque part en soi, il y a bien cet endroit du encore.
Même un petit coin, même pas grand-chose, ce truc au-dedans qui fabrique la suite sans le savoir, sans avoir besoin d’y croire, pour juste reprendre son souffle.
Pour juste continuer et tenter encore que cela vienne, que cela se transforme.

Tisser des liens entre les wagons, entre les lignes, entre les passages, tricoter la suite avec ce qu’on ne connaît pas, se laisser secouer par ce qu’on n’attendait pas et réparer ce qu’on a devant soi.
Sa place, on s’en fout, tant qu’on est occupé à reprendre son souffle encore une fois et tout ce qu’il faudra encore pour traverser ce truc-là. Et il sera toujours là ce truc qui ne répond jamais vraiment à tout ce qu’on en attend. Toujours à côté, pas comme on le veut, un peu penché.
Ce foutu pas savoir, tout autour. Ce pas savoir même quand on en a fait deux fois le tour.
De ce qui se tient devant nous, il nous reste d’en prendre un bout et c’est ce petit reste qui peut encore tenir le tout.
Pour lui, pour ce bout-là, juste se pencher, plier les genoux, occupé à faire. Occupé à chercher le plus grand que nous en nous, occupé à léguer au monde quelques gestes d’amour alors que ça ne tient pas debout. Faire société pour ça, s’aider à rester debout.
Même quand la peur s’empare de presque tout, à faire groupe autour de ce qui dit oui, même quand ça tremble.

Parce que la suite est déjà là, déjà en train de se faire à l’intérieur de nos corps.
Parce que c’est le dedans qui tient le dehors.
Nos territoires intimes sont les forêts, les eaux et les glaces à venir. Alors peut-on se battre pour la douceur, sublimer nos vies, savoir regarder ce qu’on a devant soi et tricoter une suite en acceptant qu’on n’aura jamais tout compris ? Peut-on sentir le merveilleux de la vie qui tourne, se refait, sans replis ? Peut-on accepter que cette chaîne sans fin nous retienne au-dessus du vide pour apprendre à danser ?

La beauté ? La beauté, on l’abîme, parce qu’on ne la regarde pas, et puis quand on ne voit plus rien, on ne pense qu’à ça. Mais maintenant, des cachettes, il n’y en a plus. C’est le dessous qui est passé par-dessus. C’est le dessus qui laisse voir le dessous. À présent, on voit tout.
Personne ne peut dire qu’il n’est pas au courant de ce qui se trame, personne n’est en dehors de ce rêve. Le dessous est passé par-dessus, des cachettes, il n’y en a plus.
La suite, elle vient forcément, et nous sommes au cœur et nous sommes dedans.
Peut-on se battre pour la douceur, sublimer nos vies, savoir regarder ce qu’on a devant soi et tricoter une suite en acceptant qu’on n’aura jamais tout compris ?
Et quand bien même ce ne serait que du tout foutu, ce foutu-là va prendre son temps. Alors se dire que c’est fichu et sortir en sifflant, en gueulant qu’on l’avait bien dit, depuis une colère qui n’invente rien. À prendre si peu de risque, ça ne va pas suffire pour transformer ce qui vient.
Foutu ou pas foutu, si on ne se pose la question que comme ça, on n’aura le courage de rien.
[…]
➤ Lire aussi | Les beaux gestes・Baro d’evel et Barbara Métais-Chastanier (2025)

Le passage qui suit est extrait du récit autobiographique et artistique de la compagnie Baro d’evel qui occupe l’essentiel du livre “Le dedans & le dehors”. Camille Decourtye y raconte son rapport aux animaux sur scène et notamment au cheval Bonito, si central dans plusieurs spectacles, notamment “Falaise”.
[…] C’est le moment pour moi de retrouver les chevaux, ils me manquent, et j’ai besoin de pouvoir vivre à nouveau avec l’un d’eux. Je rencontre Bonito qui deviendra notre compagnon de route, et sa présence, sa personnalité, vient naturellement nourrir notre recherche. Quand on vit avec les chevaux, on comprend vite que la résolution des choses ne peut venir qu’en maintenant le mouvement vers l’avant. Leur colonne vertébrale et leurs quatre pattes ont besoin d’avancer, de sentir le sol se dérouler sous eux pour intégrer les choses et les saisir. Ils pensent avec et dans l’espace. Je crois que Blaï et moi fonctionnons un peu comme eux, nous laissons venir la suite d’une recherche dans un mouvement qui accepte de « laisser passer » quand ça coince. Nous n’arrêtons pas tout pour comprendre ce qu’il se passe, nous continuons pour laisser la marche en avant résoudre des équations vivantes impossibles à poser sur un papier ou à analyser dans l’instant.
Demander l’immobilité à un jeune cheval est une sollicitation très intense, c’est d’abord par la qualité de sa locomotion, de ses mouvements qu’il se met à l’écoute et peut porter son attention vers l’humain et se révéler à lui-même.
Quand on vit avec les chevaux, on comprend vite que la résolution des choses ne peut venir qu’en maintenant le mouvement vers l’avant.
Pour les personnes sur scène, c’est aussi très difficile d’être immobiles sur un plateau, de se laisser regarder, de ne rien jouer d’autre que d’être là. Les chevaux, eux, sont là, impossible pour eux d’être ailleurs, collaborer avec eux, c’est aussi les laisser nous emmener dans ces états de présence à la fois simples, à l’écoute et ancrés. Le mouvement des chevaux fabrique une langue, à remâcher chaque jour, selon la pluie, la fatigue, le vent, l’envie.
Ce sont des attitudes, des signes, qui demandent de comprendre ce qu’un port de tête nous dit, un ventre remonté, un crottin, un seau encore à moitié plein, du foin englouti, des pieds secs, une oreille dressée. C’est une langue de la porosité, de la globalité et du détail. Un alphabet de sons, de positions, de gestes, en dessous des mots mais bien au centre du corps. Cette langue recommence toujours par les premiers mots, au même endroit, celui du « ça va, toi ? ».

Les chevaux ont des niveaux de perception et d’échange dans le sensible plus amples que les nôtres. Pourtant, il ne s’agit pas d’attendre d’eux qu’ils viennent combler nos manques, nos besoins d’amour inconditionnel, pas de fidélité aveugle, pas de pacte d’amour, c’est ailleurs, dans la continuité du jour à jour, plus simple, plus authentique. La sensibilité des chevaux et leur état de présence à la fois intense et diffus se rapprochent parfois, dans leur mode de communication, de ce que l’on appelle la télépathie, et pour autant, c’est aussi à travers l’enchaînement de signes visibles et concrets qu’ils s’expriment. C’est en permanence un mélange de visible et d’invisible.
Ce sont nos impatiences et nos attentes disproportionnées envers eux qui brouillent le langage, rendent nos gestes confus. Souvent cela vient de notre propre confusion, de nos surinterprétations, de ce fantasme d’une pensée magique, ce rêve d’une relation immédiate. Le corps du cheval, sa manière de bouger, dit ce qu’il ressent, mais il faut savoir composer avec ce qui est, être capable de lire son corps, et faire avec ce qu’on voit et non pas avec ce qu’on voudrait voir.
Quand je bouge avec un cheval, je cherche une ligne de dialogue entre nos deux corps, une clarté. Sans bavardage, sans double sens ni lieu commun, sans arrière-pensée, à l’essentiel. Leur pensée latérale de l’espace demande d’apprendre à dévier, à naviguer dans la courbe. C’est un autre rapport au déplacement, ça tourne pour aller droit, un jeu de ligne directe et de déviation. Dans cette danse, dans cette recherche d’équilibre, il n’y a pas d’absolu, il n’est nulle part, mais diffracté entre les perceptions et les mouvements, morcelé et recousu par les négociations entre les possibles et les impossibles des corps.
À la fin de certaines séances, j’ai l’impression d’être au bord d’un monde que je ne ressentais pas. Car quand l’effort accompli ensemble trouve son point d’équilibre, arrive la pause, le calme, et nos corps à l’arrêt sont comme reliés, nous partageons alors intensément notre perception du tout autour. Je peux, dans ces moments, sentir à la fois la puissance du présent et cette vie plus vieille que nous en nous. Quand cela arrive, il faut savoir ensuite se lâcher l’un l’autre pour que chacun puisse retourner sur sa rive.
Cette langue du quotidien avec les chevaux nous permet de donner à voir sur scène des moments de rencontre à la lisière entre espèces. On ne peut pas devenir cheval, comme eux ne peuvent devenir humains, et pourtant il y a tant de commun en partage possible.
Bonito, avec qui j’ai traversé la vie et la scène pendant de longues années, m’a fait comprendre que sa sérénité n’était possible qu’à la condition que je fasse preuve de clarté. Ma tendance à m’en remettre à lui, mes bonnes intentions ne suffisaient pas et même l’insécurisaient. Il m’a appris à prendre mes responsabilités, à avoir de l’aplomb.
[…]
Photographie d’ouverture : François Passerini.

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08.07.2026 à 08:59
Des Naturalistes Des Terres
Des écolos s’alliant aux chasseurs ? Impensable ! Contre les lobbies réactionnaires de la chasse et par pragmatisme, des naturalistes et ornithologues militant·es défendent pourtant une proposition d’union stratégique avec un type de chasse aux oiseaux pour mieux en combattre un autre, particulièrement destructeur. Récit illustré depuis les sommets des Pyrénées.
L’article Le plomb dans l’aile : alliances et discordes entre chasseurs et ornithos est apparu en premier sur Terrestres.
Cet article est une adaptation du fanzine-BD « Chasse(s) Oiseaux Ornithos », publié en 2025 par des Naturalistes Des Terres. Le fanzine est visionnable en ligne ici et récupérable en version papier auprès des groupes locaux des Naturalistes Des Terres (naturalistedtr@riseup.net).
La palombe gît entre les mains de Laure, inerte, l’aile retombant sur son flanc comme une cape. La mise à mort d’un oiseau blessé par le plomb d’un chasseur, abattu « trop loin en forêt » pour être récupéré, destiné à mourir de l’hémorragie causée par la grenaille, est pour les ornithologues la fin d’une souffrance.

Cela fait plusieurs années que l’on nous parle du col de Lizarrieta, en pays Basque. Situé entre les communes de Sare en France et d’Etxalar en Espagne.
Nous, c’est Syrphe, JA, Sanka, Cori, Malou et Aldo, six naturalistes et militant·es de milieux et de sensibilités différentes. Nous nous sommes rencontré·es au sein du collectif des Naturalistes Des Terres, qui interroge les pratiques naturalistes et leurs implications en politique. Un point nous a réuni·es : notre volonté de comprendre les rapports de force en place sur ce col mythique, entre d’un côté les ornithologues qui suivent les migrations d’oiseaux, et de l’autre ceux et celles qu’on appelle les « filetiers » (en référence à leur pratique de chasse des oiseaux au filet). Des rapports de force qui dépassent les postures « anti-chasse » dont nos mouvements écolos sont souvent affublés.
La palombe ou Pigeon ramier Columba palumbus est une espèce forestière qui s’est très bien adaptée au développement des milieux agricoles puis urbains. Elle est présente dans toute l’Europe, à l’exception de la zone arctique. Le froid de l’hiver rendant l’accès aux graines dont elle se nourrit plus difficile, surtout dans le nord, elle effectue alors une migration importante vers la péninsule ibérique et le nord du Maghreb.

Toutes les palombes ne passent pas les Pyrénées : 10 millions de pigeons « sédentaires » passent l’hiver au nord des montagnes, principalement dans les Landes et le Gers où ils trouvent de nombreuses graines dans les immenses cultures agroindustrielles de maïs et de tournesol, ainsi que des abris dans les zones boisées. Les palombes qui nichent plus au nord et au nord-est passent en grande majorité par le Pays Basque à l’automne, où l’altitude plus basse des montagnes des Pyrénées facilite le passage de ces lourds oiseaux.

Depuis quelques décennies, les vols se concentrent dans l’espace et dans le temps. Les 1,5 à 3 millions de pigeons ramiers qui passent au-dessus des montagnes basques effectuent leur traversée en groupes plus importants et par les zones les plus basses, de la côte d’Urrugne à la redoute de Lindus (1221m). Toutefois, les vols spectaculaires de palombes au col d’Organbidexka, connu historiquement pour ses records de passages, ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient dans les années 80. Cet afflux d’oiseaux sur un laps de temps très restreint a motivé l’organisation de nombreuses pratiques de chasses – vivrière, de prestige ou de loisir. Aujourd’hui encore, la palombe détient le triste record de l’espèce dont le plus grand nombre d’individus est annuellement tué en France, avec jusqu’à 4,9 millions de mort·es.

Lizarrieta est un col juché à 441m au-dessus d’une chênaie-hêtraie de trognes – ces arbres aux formes noueuses taillés par les habitant·es, multiséculaires pour certains. Il est surplombé par le mont Ibanteli, couronné de rochers et portant à son flanc des prairies pâturées par des pottoks, les chevaux locaux. Un point de vue récemment aménagé et deux restaurants entourent de part et d’autre de la frontière le parking des visiteur·euses et usager·es du col.

Sur toute la ligne de crête se succèdent des centaines de postes de chasse disposés à 30 mètres les uns des autres. Derrière ces palissades de fortune peintes dans un vert épicéa qui ne correspond à aucun vert d’automne, des silhouettes masculines lèvent leurs fusils à chaque passage d’oiseaux. Des gerbes de plomb tombent en pluie sur les arbres, les voitures et sur quelques camping-caristes qui, impassibles, se contentent de mettre la main sur leur café pour protéger leur précieux breuvage.
En contrebas il y a les ornithologues, ces bénévoles qui comptent les oiseaux en route vers le sud, migrant à l’arrivée de l’hiver, notant les heures de passage des grues, milans et faucons sur des carnets d’observation.

Un compteur dans la main droite pour les alouettes, un compteur dans la main gauche pour les coups de feu.
Enfin, plus loin sur le col, nous pouvons apercevoir des abris perchés en haut de longs pieds de bois. C’est la zone de la chasse au filet, traditionnelle dans la région depuis le XIVème siècle. On entend des trompes, des cris et des claquements de tissus.
L’association « Comptage, Protection et Animation à Lizarrieta » (CPAL) dénombre les oiseaux de passage depuis le début des années 80. Aujourd’hui totalement bénévole, l’équipe tournante d’ornithologues scrute le ciel du lever au coucher du soleil, du 15 août au 15 novembre, 7 jours sur 7. Le col de Lizarrieta fait partie des sites mythiques de suivi de migration d’oiseaux des Pyrénées dans la lignée du col d’Organbidexka, de Lindux ou du Soulor. Sur ces cols on compte les oiseaux : une manière de connaître leurs voies de migration, l’état de leurs populations au fil des années et face au changement climatique.

Dans un contexte ou la biodiversité s’effondre, les ornithologues sont à l’affut de ces oiseaux migrateurs.
À force de les observer, un rapport intime se tisse avec les oiseaux. On devient attentif·ve au minuscule, à ces rémiges abîmées qui indiquent l’âge d’une buse, à la couleur plus claire de cette poitrine qui dit le sexe d’un busard.

L’association dépasse son statut scientifique : en comptant les coups de feu, elle est parvenue à dresser un constat à charge contre la chasse au fusil. Sans aucun quota, ce sont plusieurs dizaines de milliers de coups de feu qui résonnent par saison et jusqu’à 50 000 certaines années, soit 1700 kg de plomb déversés dans la vallée en deux mois.
L’association a réalisé des prélèvements des sols de la forêt, en contrebas des postes de tir. Les résultats du laboratoire sont formels : 820 milligrammes de plomb par kilo de terre, soit deux fois la limite fixée pour qualifier un site de pollué… Les champignons commercialisables, quant à eux, dépassent de 4 à 14 fois la concentration en plomb réglementaire. Les chasseurs au fusil ne tuent pas seulement les oiseaux, ils empoisonnent la vallée et ses habitant·es.
Quant à ces fameux filets, il nous fallait aller voir de plus près. Sur le conseil des ornithologues, nous longeons la crête vers le sud-est, sursautant lorsque des coups de feu partent des cahuttes qui criblent la frontière, à quelques mètres de nous. En contrebas du col se trouve la Txabola, repère des filetiers. Un peu plus loin, une cahute de pierre ou l’on vend café, vin rouge, sandwichs et biscuits aux curieux·ses L’ambiance est calme mais préoccupée : caché·es derrière des murs, des hommes et des femmes sont à l’affût. Six gigantesques filets se dressent entre les deux vallées, prêts à « enlacer » – pour reprendre le terme employé par les filetiers – les palombes dans une étreinte mortelle. On nous désigne Christian, en nous demandant de nous dépêcher de le rejoindre avant qu’un vol ne soit annoncé.

« On est des piégeurs, pas des chasseurs, pour moi c’est très important de faire la différence ! On est obligés de composer avec ces fous de la gâchette, mais c’est terrible ces incessants bruits de tir… La période la plus agréable c’est au début et à la fin de la saison des pantières, qui est le nom que l’on donne aux grands filets que vous voyez ici, quand les chasseurs ne sont pas encore là, ou quand ils sont partis. »
Christian vient d’Ariège. En 2004, émerveillé par les pantières, il rend visite aux filetiers pendant ses vacances. Après plusieurs années d’observation, on lui propose de revenir chasser – un honneur selon lui. C’était il y a 16 ans. Pour Christian, la chasse au filet est « sensuelle ». Les palombes se chassant en groupe, on ne parle pas d’individus mais de vols.

Lorsqu’un groupe de palombes s’approche, le retentissement d’une corne de brume fait taire les fusils. Les tireurs s’arrêtent soudain, contraints par les règles de la cohabitation de laisser les palombes aux piégeurs. Résonnent alors dans les montagnes des cris humains destinés à rabattre le vol vers les filets…

Xuria, piégeuse à Etxalar, raconte :
“J’ai commencé à venir à la chasse parce que des amis m’en avaient parlé. Ils avaient besoin d’aide là-haut, l’ambiance était bonne, la chasse au filet fait partie des traditions de notre culture, alors je suis allée faire un tour. Ça fait 7 ans maintenant.
J’aime toujours autant regarder le ciel et attendre les oiseaux arriver. J’aime vraiment être là-haut, sur le col, dans la forêt. La seule chose qui gâche ce bonheur, c’est les coups de fusil qui fusent à l’instant où on sonne la fin de notre chasse. C’est savoir qu’ils sont juste derrière nous et sur tous les côtés, et que toute la saison ils tuent en continu.”

Plus loin sur le col, deux femmes comptent les oiseaux pour le Groupe d’Investigation sur la Faune Sauvage (GIFS), association émanant des fédérations de chasse d’Aquitaine et de Midi Pyrénées. Quelques mètres les séparent des panneaux d’informations du CPAL – l’association Comptage, Protection et Animation à Lizarrieta – et des bénévoles présent·es pour renseigner les touristes. Mais la tension est palpable. Sur leur site Internet, on voit que l’association « développe des études scientifiques pour la détermination des mesures de conservation appropriées, la mise en place d’une utilisation rationnelle, comprenant notamment le maintien des activités cynégétiques dans la diversité des cultures et des traditions ». La science au service d’une « utilisation rationnelle » des palombes pour maintenir la chasse donc…
“Vous savez, nous on ne se met pas avec le CPAL parce que cela fait 25 ans qu’on fait ce suivi donc on a plus de recul – et nous, nous sommes des professionnels·les.”
L’association CPAL est présente depuis 1980, soit 44 ans – même s’il est arrivé qu’il y ait des années difficiles sans comptage. L’association réalise donc un suivi quotidien depuis plus longtemps que le GIFS et sur une période plus étendue (quatre mois, contre un mois et demi pour le GIFS). Par ailleurs, même si iels sont bénévoles, cela ne dit rien de leurs compétences : de fait, les ornithologues du CPAL sont tout aussi diplômé·es que les ornithologues du GIFS, et leurs comptages suivent un protocole scrupuleux.

“On pense connaître plein de choses sur la migration de la palombe. Mais nos suivis montrent que nous avons depuis plusieurs années des baisses du nombre de palombes comptées. Cela veut donc bien dire qu’elles passent au-dessus de l’océan, plus à l’ouest.”
En fait, en regardant les autres comptages migratoires sur les différents sites pyrénéens, il s’avère que cela fait plusieurs années que les passages se concentrent fin novembre… c’est à dire après la fin des comptages du GIFS.
Sur les conseils de Christian, nous avons décidé de longer les crêtes pour rejoindre les pantières de Sares et leur superbe tour de pierre sèche. En chemin, nous avons croisé David, chasseur au fusil français.

– La tour de pierre ? Ne cherchez pas, vous ne la trouverez jamais ! Si vous vous intéressez à la chasse, elle a toujours existé sur ces cols. Les gens d’ici ont toujours chassé et cela fait partie de leur patrimoine, des palombes on en tire peu. Vous êtes allé voir les ornithos ? La vidéo de Pierre Rigaux commandée par le CPAL sur la chasse sur le col de Lizarrieta nous a fait beaucoup de mal.
– Vous pensez quoi de son contenu ?
– Tout est vrai. Mais le montage est à charge. Et puis, ce que la vidéo ne dit pas, tout comme les touristes qui viennent voir la chasse sur le col, c’est que tout ce qu’on voit, c’est les chasseurs espagnols : ça ne se passe pas comme ça chez nous ! Nous, au moins, on ne tire pas les grives !
– Par contre, la vidéo ne venait pas de l’association CPAL et puis iels ne voulaient pas que l’on fasse pareil, justement pour ne pas envenimer la situation.
– Ah bon ? Remarquez, depuis la sortie de la vidéo, on ne leur parle plus… Allez, montez dans mon Pick-up, je vous emmène à la tour. Ça va secouer un peu !

Notre tour du col nous fait arriver jusqu’à Michel, qui bague les oiseaux pour le CPAL et qui siège également dans des instances administratives comme expert écologue « sans étiquette ». Dans nos échanges, il questionne les pratiques naturalistes qui résument la biodiversité à une liste d’espèces et qui les détachent du contexte social des lieux d’inventaires et des objectifs politiques que ces mêmes naturalistes doivent assumer en tant que producteurs de savoirs.
“Les chasseurs au fusil sont responsables d’un prélèvement de trois pourcents des palombes migratrices alors que les filets ne représentent qu’un prélèvement de trois pour mille.”

Autour de la pantière, il n’y a pas d’économie productiviste. Face aux fusilleurs qui doivent acheter, souvent très cher, leurs places aux enchères chaque année, les piégeurs vendent une partie des palombes aux restaurateurs des vallées, ce qui leur permet d’entretenir les filets. Une partie des pigeons colombins est relâchée avec une bague en partenariat avec l’association CPAL, à la suite d’un dialogue initié il y a longtemps entre spotteurs – celles et ceux qui suivent les migrations – et piégeurs.
Bien que les filetiers et filetières ne fassent pas toujours preuve de douceur pour démailloter les palombes, Michel dit retrouver les techniques de capture des bagueurs, comme pour souligner un rapprochement par la pratique entre naturalistes et filetier·es.
“La pantière doit être défendue contre les lobbies de la chasse, cette pression des administrations sur les pratiques traditionnelles cache un procédé sournois. Le soutien récent aux pratiques traditionnelles dans le discours de la Fédération des chasseurs est à la fois une tentative de faire unité parmi les chasseurs et chasseuses face à la dénonciation sociale de la violence de la chasse, et un investissement pour le futur dans l’apaisement social.”
Comment ?

L’administration se rapproche des chasseurs pour mieux les jeter en pâture lorsque les élus ont besoin de montrer aux associations de protection de la nature qu’ils légifèrent pour protéger la faune. C’est une mascarade qui participera à la poursuite de la financiarisation de la chasse et à la disparition de pratiques populaires, dans une dissonance d’interdiction de la pratique la moins impactante, et au service de structures comme la LPO qui pourra faire valoir un travail de militantisme.
Il est évident qu’il y a des intérêts économiques qui dépassent le débat éthique des types de chasse. Pour les villages propriétaires des communaux (les parcelles de terre communes aux habitant·es d’un lieu), la location des emplacements est une manne financière qui s’est élevée à 45 000 euros pour une commune en 2024, après attribution des postes aux enchères.
Filetiers et ornithologues doivent s’allier contre la chasse au fusil !


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