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05.08.2026 à 11:31

L’éclipse solaire, un spectacle impressionnant source de mythes et de découvertes scientifiques

Yaël Nazé, Astronome FNRS à l'Institut d'astrophysique et de géophysique, Université de Liège

Le plus impressionnant spectacle naturel ? Probablement une éclipse solaire ! Petit tour d’horizon, avant l’éclipse de ce 12 août 2026.
Texte intégral (2442 mots)

L’ESSENTIEL

  • Une première depuis 1999, le 12 août 2026, une éclipse solaire totale sera visible en Europe. En France hexagonale, ce spectacle astronomique parmi les plus marquants sera observable jusqu’à 99 % selon les régions.

  • Découvrez comment se produit ce phénomène et pourquoi on ne l’observe pas tous les mois.

  • Les éclipses ont toujours fasciné et sont à l’origine de nombreux mythes, mais aussi de découvertes scientifiques majeures.


Une éclipse solaire totale, c’est quoi ? Facile : le Soleil qui disparaît – il fait donc nuit en plein jour !

Un événement forcément impressionnant qui a donné naissance à de nombreux mythes. Comme le Soleil est source de vie, sa disparition était synonyme de malheur partout dans le monde, à part dans quelques tribus aborigènes d’Australie, pour qui un voile pudique tombait alors sur les rencontres intimes entre époux, Soleil et Lune. Pour résoudre le problème, des cérémonies spéciales, bruyantes, devaient alors se tenir afin d’effrayer le monstre ou le démon tentant d’engloutir l’astre du jour.

Aujourd’hui encore, difficile de rester indifférent quand les ténèbres tombent en pleine journée – notre cœur se serre instinctivement. Quelques minutes après, la délivrance, quand la lumière revient : comme les oiseaux qui saluent alors ce retour, on peut avoir envie de chanter, soulagé…

D’où viennent ces éclipses ? La base est bien connue : la Terre tourne autour du Soleil et la Lune autour de la Terre. On peut donc avoir, de temps en temps, un alignement Soleil – Lune – Terre. Dans ce cas-là, la Lune va bloquer les rayons solaires, un peu comme un parasol fait de l’ombre. L’ombre de la Lune s’étire en un long cône derrière elle, et la Terre en coupe juste le sommet : cela implique que seule une toute partie du Globe pourra bénéficier du spectacle, hélas.

Configuration d’une éclipse solaire. Iunity/Wikipedia, CC BY

Et c’est là qu’intervient un heureux hasard : la Lune est 400 fois plus petite que le Soleil, mais aussi 400 fois plus près. Du coup, vus de la Terre, les deux semblent avoir la même taille apparente (on dit aussi « angulaire »). Autrement dit, la Lune cache pile le Soleil ! Cela rend le spectacle plus intéressant encore, car une éclipse permet de voir le profil d’éruptions en bord de Soleil, mais aussi l’atmosphère qui l’entoure, appelée « couronne solaire ». Très faiblement lumineuse, elle ne se dévoile que lors des éclipses – quand il n’y en a pas, les astronomes produisent des éclipses artificielles dans leurs télescopes avec un masque adéquat pour pouvoir la voir.

Pourquoi pas une éclipse solaire chaque mois ?

Évidemment, on pourrait croire que, à chaque tour de la Lune autour de la Terre, elle va venir bloquer le Soleil. Cela ferait une éclipse chaque mois, mais malheureusement ce n’est pas le cas, à cause d’une légère différence (5°) entre le plan de l’orbite terrestre et celui de l’orbite lunaire.

Pour avoir une éclipse, il faut un alignement parfait, ce qui ne se produit que si les astres se positionnent le long de la ligne faisant l’intersection entre ces deux plans. La Terre s’y trouve deux fois par an, et on a donc deux saisons d’éclipses chaque année. Le reste du temps, la Lune se trouve juste un peu trop haut ou trop bas pour que l’alignement se fasse. Précision supplémentaire : les orbites ne sont pas des cercles, mais des ellipses. Du coup, le facteur 400 évoqué ci-dessus est une moyenne. Parfois, la Lune est un peu plus loin et le Soleil plus près, alors la Lune n’arrive plus à cacher complètement le Soleil : on observe alors une éclipse dite annulaire, car on voit encore un anneau lumineux autour de la Lune enténébrée… Cela deviendra la règle à l’avenir, car la Lune s’éloigne de la Terre au rythme de 4 centimètres par an.

Les plans des orbites terrestre et lunaire ne sont pas identiques, une différence qui rend les éclipses fort rares. Yaël Nazé/Rejouisciences, Fourni par l'auteur

Les éclipses solaires, entre mythes et réalités

Ces impressionnantes éclipses ont donné lieu à de nombreuses histoires. La première concerne rien de moins que la naissance de la science ! En 585 avant notre ère, une guerre faisait rage entre deux peuples d’Asie Mineure : les Lydiens (de l’ouest de l’Anatolie actuelle, ndlr) et les Mèdes (du nord-ouest de l’Iran actuel, ndlr). Soudain, en pleine bataille, voilà que le Soleil se voile. Les soldats des deux camps, apeurés par ce « signe céleste », cessèrent immédiatement le combat, ce qui ouvrit la voie à des négociations de paix.

Mais Hérodote, qui raconte cet épisode, ajoute que les Ioniens, un peuple de la Grèce antique qui n’a pas participé à ce conflit, eux, n’auraient pas eu peur, car le fameux Thalès les avait prévenus. Et voilà la première victoire « classique » de la raison sur la superstition. Jolie histoire, mais fortement remise en cause aujourd’hui. Sans sources directes, difficile en effet de s’assurer du fait, mais on sait par contre que le temps a tendance à enjoliver certaines choses…

Autre éclipse : celle de Pâques. Moins connu que l’étoile de Noël, l’événement céleste s’impose néanmoins sur de nombreuses œuvres montrant la Crucifixion. Les passages bibliques parlent bien de ténèbres tombant sur la Terre, mais il y a un problème sérieux. Le martyre du Christ est censé s’être passé à la Pâque juive, une fête qui a lieu… à la pleine lune. Une éclipse solaire, elle, ne peut se produire qu’à la nouvelle lune, soit dans la configuration opposée, une demi-révolution lunaire plus tard ! De plus, impossible de trouver une éclipse qui « colle » avec l’année et le lieu. Bref, on est plus dans le symbole – d’ailleurs, les représentations classiques montrent Lune et Soleil éclipsés, de part et d’autre de la croix. Or, il est évidemment impossible d’avoir les deux en même temps…

Il existe aussi une éclipse célèbre mais fictionnelle, celle du Temple du Soleil, d’Hergé. Tintin, ayant lu dans le journal qu’une éclipse allait se produire, profite de l’événement pour faire croire que le Soleil lui obéit. Ses geôliers, impressionnés par le prodige, le libèrent immédiatement ainsi que ses amis. Si les détails de la BD peuvent permettre de savoir où se trouve le fameux temple, il faut avouer qu’Hergé s’est probablement inspiré d’une histoire bien réelle. À son quatrième voyage en 1504, Christophe Colomb se trouvait en mauvaise posture quand il se souvint de l’imminence d’une éclipse – et ses « pouvoirs » impressionnèrent suffisamment Arawaks et Taïnos pour qu’ils l’aident à s’en sortir. Seule différence : Colomb se contenta d’une éclipse de Lune, alors qu’Hergé préféra la version solaire…

Einstein et l’éclipse

La célébrité touche aussi des éclipses récentes, comme celle d’août 1868 ou celle de mai 1919. En 1868, plusieurs astronomes rapportent l’existence d’une signature lumineuse supplémentaire associée aux éruptions visibles au bord du Soleil caché par la Lune. Son origine n’est pas claire et Norman Lockyer creuse la question. Il montre qu’elle n’est associée à aucun élément connu et le baptise « hélium », du nom du dieu grec du Soleil Hélios, l’élément qui produit cette signature – il faudra encore quelques décennies avant de le trouver sur Terre ! C’est aussi lors de cette éclipse que Jules Janssen et Norman Lockyer, indépendamment, trouvent une méthode encore utilisée aujourd’hui : en filtrant sur les signatures lumineuses associées aux éruptions, ils montrent que ces dernières existent un peu partout sur le Soleil – il s’agit donc bien de structures solaires, et cela permet de repérer l’activité solaire sur l’ensemble du Soleil et en dehors des éclipses.

L’éclipse de mai 1919 est également restée dans les annales. Depuis plusieurs années, Einstein tentait de convaincre les astronomes de mesurer précisément la position des étoiles autour du Soleil lors d’une éclipse solaire. Son idée ? La masse du Soleil devrait dévier les rayons stellaires, de sorte que la position des étoiles changeait un peu par rapport aux observations habituelles, quand le Soleil n’est pas là. La valeur de cette déviation n’était pas pareille dans les théories de Newton et dans sa propre théorie de la relativité générale – les éclipses constituaient donc un joli test pour savoir qui avait raison. Hélas, plusieurs éclipses ne purent être observées, pour cause de mauvaise météo ou de guerre en cours (et tant mieux, vu qu’Einstein avait initialement fait une petite erreur de calcul…).

L’éclipse de 1919 présentait toutefois des conditions particulièrement favorables : le Soleil se trouvait en effet dans un amas stellaire, multipliant les mesures… Les astronomes anglais décident de ne pas rater l’opportunité et ils se lancent dès que l’armistice est signé. Une équipe est envoyée au Brésil, une autre à Principe, une île dans le golfe de Guinée, à 350 kilomètres des côtes du Gabon, chacune accumule les photographies et les analyse de manière indépendante. À l’automne, après des mois de calcul, le verdict tombe : Einstein a raison ! Si certains ont tenté de remettre en cause le résultat, il s’est non seulement vérifié de nombreuses fois depuis, mais en plus des vérifications sur les données originales confirment bien le résultat de l’époque… Cette éclipse-là a bien changé notre façon de voir le monde !

The Conversation

Yaël Nazé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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05.08.2026 à 11:31

Quelles sont les limites de la clim ?

Brice Trémeac, Professeur et directeur du Laboratoire du froid et des systèmes énergétiques et thermiques, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

L’efficacité d’une climatisation dépend de nombreux facteurs : la technologie utilisée, le bâtiment, le réseau électrique, l’urbanisme local et les usagers.
Texte intégral (2012 mots)

L’ESSENTIEL

  • L’efficacité d’une climatisation dépend de nombreux facteurs : la technologie utilisée, le bâtiment, le réseau électrique, l’urbanisme local, les usagers.

  • On peut refroidir une pièce, un hôpital, et même organiser le froid à l’échelle d’un quartier… mais on ne peut pas climatiser le climat.

  • Tant que la climatisation reste un équipement de confort, les inégalités d’accès à la fraîcheur peuvent sembler acceptables. Mais lorsqu’elle devient un moyen de protection contre les fortes chaleurs, elles prennent une dimension de santé publique.


À chaque canicule, la climatisation apparaît comme la réponse la plus immédiate à la chaleur. Dans certains cas, elle devient même un outil de protection sanitaire : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle que les vagues de chaleur touchent particulièrement les personnes âgées, les nourrissons, les personnes malades ou encore les personnes isolées.

Mais la climatisation peut-elle tout résoudre ? Continue-t-elle de fonctionner lorsqu’il fait 45 ou 50 °C dehors ? Toutes les climatisations se valent-elles ? Et surtout, peut-on imaginer répondre au réchauffement climatique en refroidissant toujours davantage nos bâtiments ?

La réponse est nuancée. La climatisation constitue bien l’un des leviers d’adaptation au changement climatique, mais son efficacité dépend de nombreux facteurs. Ses limites ne sont pas uniquement techniques : elles sont aussi physiques, énergétiques, économiques, urbaines… et humaines.

Toutes les climatisations ne se valent pas

Dans le débat public, on parle souvent de « la climatisation » comme d’une technologie unique. En réalité, plusieurs systèmes très différents coexistent.

Les climatiseurs mobiles monoblocs, souvent achetés en urgence lors des épisodes de chaleur, sont les plus accessibles mais aussi parmi les moins performants. L’Agence de la transition écologique (Ademe) estime qu’ils peuvent consommer environ 2,5 fois plus d’électricité qu’un climatiseur fixe de type split ou qu’une pompe à chaleur réversible pour un même service rendu. Ils sont également plus bruyants et offrent généralement une puissance de refroidissement plus limitée.

À l’inverse, les systèmes fixes représentent un investissement plus important, mais leur rendement est bien meilleur. Leur performance est mesurée par leur coefficient de performance (COP) : les modèles les plus efficaces produisent plusieurs kilowattheures de froid pour un seul kilowatt-heure d’électricité consommé.


À lire aussi : Comment fonctionnent les climatiseurs et les pompes à chaleur ? L’éclairage de la thermodynamique


À une tout autre échelle, les réseaux de froid urbain n’ont plus grand-chose à voir avec une climatisation individuelle. Une centrale produit de l’eau glacée qui est distribuée à plusieurs bâtiments, selon un principe comparable à celui du chauffage urbain. À Paris, le réseau dépasse aujourd’hui une centaine de kilomètres de canalisations et alimente hôpitaux, bureaux, musées ou grands ensembles immobiliers. Il s’agit d’une infrastructure collective davantage que d’une « grosse climatisation ».

Que se passe-t-il lorsqu’il fait 45 °C dehors ?

Cela paraît paradoxal, mais une climatisation ne fabrique jamais de froid. Elle déplace simplement la chaleur d’un endroit vers un autre. Cette opération devient progressivement plus difficile à mesure que la température extérieure augmente. Maintenir un logement à 26 °C lorsqu’il fait 35 °C ne demande pas le même effort que lorsqu’il fait 45 °C. Plus l’écart de température augmente, plus le compresseur doit travailler et plus le COP diminue.

Il n’existe pas de température à partir de laquelle une climatisation « cesse de fonctionner ». Les performances dépendent du modèle, de son dimensionnement, de son entretien et de la température maximale prévue par le fabricant.

Mais toutes sont soumises aux mêmes lois de la thermodynamique et c’est la première limite des climatiseurs : lorsque les températures extérieures augmentent, chaque degré supplémentaire de fraîcheur devient plus coûteux à produire.

Les pics de consommation électrique

La deuxième limite concerne moins les appareils que le système électrique qui les alimente.

À l’échelle mondiale, climatiseurs et ventilateurs représentent déjà près d’un cinquième de la consommation d’électricité des bâtiments. L’Agence internationale de l’énergie estime que cette demande pourrait plus que tripler d’ici à 2050 si les politiques d’efficacité énergétique ne sont pas renforcées. En France, la consommation électrique totale s’est établie à 451 TWh en 2025, selon RTE.


À lire aussi : Climatisation : quelles alternatives au quotidien, quelles recherches pour le futur ?


Le principal enjeu est celui des « pointes estivales » : les besoins de refroidissement se concentrent précisément pendant les journées les plus chaudes, lorsque de nombreux équipements fonctionnent simultanément.

Les réseaux électriques doivent alors être dimensionnés pour répondre à ces quelques épisodes critiques, c’est-à-dire que l’on construit des centrales qui ne sont en usage que quelques jours par an.

En France, le chauffage d’hiver demeure aujourd’hui le principal moteur des pics de consommation, mais la multiplication des canicules pourrait progressivement déplacer une partie de cette pression vers l’été.

Qui peut payer le froid ?

Un climatiseur mobile peut coûter quelques centaines d’euros, alors qu’une pompe à chaleur réversible représente un investissement de plusieurs milliers d’euros. Quant aux réseaux de froid urbain, ils supposent des infrastructures lourdes qui ne sont pertinentes que dans des secteurs suffisamment denses, comme les hôpitaux, les quartiers d’affaires ou certains ensembles résidentiels.

Derrière cette différence de prix se cache une autre question : qui peut réellement accéder à un refroidissement efficace ? La question n’est donc pas seulement celle du coût d’un kilowatt-heure de froid. Elle est aussi celle de l’accès à des solutions efficaces. Tant que la climatisation reste un équipement de confort, ces inégalités peuvent sembler acceptables. Mais lorsqu’elle devient un moyen de protection contre les fortes chaleurs, elles prennent une dimension de santé publique.

Une efficacité qui dépend aussi de l’usager

On l’oublie souvent. Les performances d’une climatisation ne dépendent pas uniquement de la machine. Elles tiennent aussi aux choix de son utilisateur : le modèle retenu, son dimensionnement, son entretien ou encore la température de consigne.

Le premier est celui de l’équipement lui-même. Un appareil correctement dimensionné, installé par un professionnel et adapté aux caractéristiques du bâtiment, offrira de meilleures performances qu’un modèle choisi dans l’urgence ou mal dimensionné. L’entretien joue également un rôle essentiel : des filtres encrassés ou un manque de maintenance peuvent dégrader les performances et augmenter la consommation d’énergie.

Enfin, la température de consigne n’est pas anodine. Plus l’écart entre la température intérieure souhaitée et la température extérieure est important, plus la climatisation doit fournir d’efforts. Régler son logement à 26 °C plutôt qu’à 20 °C lors d’une canicule ne relève pas seulement du confort ; cela influence directement la consommation électrique et le fonctionnement du système.

Il serait pourtant réducteur d’en conclure que tout dépend de l’utilisateur. Les choix individuels comptent, mais ils ne remplacent ni un bâtiment bien conçu ni un équipement performant. Comme souvent en matière d’énergie, la technologie et les comportements sont indissociables.

Refroidir dedans, réchauffer dehors

Refroidir un logement revient aussi à rejeter de la chaleur à l’extérieur. À l’échelle d’un quartier, l’accumulation de ces rejets contribue à renforcer les îlots de chaleur urbains.

Les réseaux de froid permettent de limiter une partie de ces effets grâce à la mutualisation des équipements et à une meilleure gestion des rejets thermiques. Ils ne suppriment toutefois pas la contrainte fondamentale : produire du froid consiste toujours à déplacer la chaleur ailleurs.

La meilleure climatisation est probablement celle dont on a le moins besoin

Les limites de la climatisation ne signifient pas qu’il faudrait s’en passer. Lors des vagues de chaleur, elle peut sauver des vies. Dans les hôpitaux, les EHPAD, les crèches ou certains logements particulièrement exposés, elle peut devenir indispensable.

Mais le véritable enjeu est de réduire les besoins de froid avant de chercher à en produire toujours davantage. Cela passe d’abord par des bâtiments mieux adaptés : protections solaires, volets, brise-soleil, ventilation nocturne, isolation pensée pour le confort d’été, végétalisation, matériaux réfléchissants ou encore réseaux de froid lorsque leur déploiement est pertinent.


À lire aussi : Canicules : le rôle de l’isolation et de l’inertie thermique des bâtiments pour se protéger contre la chaleur


Cette approche est également celle défendue par l’Association française du froid à travers son programme Clim’Eco, qui met en avant des « écogestes » allant de la réduction du besoin en froid jusqu’à une utilisation plus durable des systèmes de climatisation. L’idée est simple : le premier levier consiste souvent à éviter que les bâtiments ne surchauffent, avant même de chercher à les refroidir.

L’adaptation passe aussi par l’évolution de certaines habitudes. Choisir un équipement adapté, le faire installer et entretenir correctement, régler une température de consigne raisonnable, mais aussi accepter que nos modes de vie évoluent face à des étés plus chauds, font partie des solutions. Adapter les horaires lorsque cela est possible ou faire évoluer les codes vestimentaires en période de canicule peut parfois permettre d’améliorer le confort tout en limitant le recours à la climatisation.

La climatisation est un outil technologique dont l’efficacité dépend de la technologie utilisée, du bâtiment, du réseau électrique, de l’organisation urbaine, mais aussi de l’usager. On peut refroidir une pièce. On peut refroidir un hôpital. On peut même organiser le froid à l’échelle d’un quartier. Mais on ne peut pas climatiser le climat.

Pendant longtemps, nous avons surtout cherché à adapter les bâtiments à nos habitudes. Avec des étés qui dépassent désormais régulièrement les 40 °C, c’est peut-être l’inverse qui commence à se produire : nous allons aussi devoir adapter certaines de nos habitudes à notre environnement. Porter un bermuda au bureau pendant une canicule n’est peut-être pas seulement une question de confort ; c’est peut-être déjà une forme d’adaptation au changement climatique.

The Conversation

Brice Trémeac a reçu des financements de l'ANR, l'Ademe, des bourses de l'école doctorale SMI

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04.08.2026 à 16:09

How grief became a subscription service

Vitor Lima, Associate Professor of Marketing, ESCP Business School

Russell Belk, Professor, York University, Canada

Two researchers navigate the mind-boggling and often sinister, parallel universe that is known as the digital afterlife industry and chatbots specifically designed to help people grieve.
Texte intégral (1834 mots)
There is life after death: digitally speaking thanabots prove this by virtually recreating loved ones who have passed away. It’s a money-spinning, potentially heart-wrenching and largely unregulated business. AI generated image , Fourni par l'auteur

KEY TAKEAWAYS

  • Interactive digital clones of deceased people feed off a person’s digital footprint which is comprised of messages, photos, videos, voice recordings and social media, enabling the living to simulate conversations with the dead.

  • These mind-bending subscription services are becoming part of a burgeoning commercial “digital afterlife” industry that raises emotional and ethical concerns about how we process grief.

  • This article offers food for thought on who has the final say on how the deceased’s identity should be represented, who has access to these services and how companies make money from them.


Thanabots (or griefbots), artificial intelligence (AI) trained based on the deceased’s social media and other personal data, turn these traces of a human being’s life into an eerie speaking identity shaped by families, algorithms, and companies.

A phone lights up. A dead friend answers. A dead son remembers our birthday.

What once belonged to seances, prayer, and science fiction is edging towards an ordinary consumer service. In the Black Mirror episode Be Right Back, Martha loses her partner, Ash, and turns to a service that rebuilds him from his digital “footprint”. It starts with messages, then moves to a familiar voice, and ends with a synthetic body. The replica knows Ash’s catchphrases and jokes. While it can reproduce what he left behind, it cannot recover what it was like to be him.

Griefbot subscription services act much like transitional objects by allowing bereaved people to remain virtually connected with the deceased. (Shutterstock AI) Shutterstock AI, CC BY

One early, real-world case came when Replika co-founder Eugenia Kuyda used messages from her dead friend Roman Mazurenko to build a conversational bot in his style. Today, thanabots, griefbots, and deathbots use messages, photographs, videos, voice recordings, and social media posts to simulate a dead person’s speech and behaviour. They are part of a growing Digital Afterlife Industry that turns the traces of a life into interactive recreations.

The concept has moved well beyond fringe experimentation. Microsoft holds a patent, granted in 2020, for “creating a conversational chatbot of a specific person” using social data such as messages, voice data, images, and other personal material. The patent explicitly says that the “specific person” may be a past person, including a friend, relative, celebrity, or historical figure. The pricing makes the commercial logic clear. One recent report described HereAfter AI (which announced it was shutting down earlier this month) plans priced around US$199, while South Korean company DeepBrain AI was said to offer premium 3D avatar recreations for up to US$50,000, with maintenance fees on top of that.

From souvenir to speaking identity

People have always used objects to sustain relationships with the dead. A coat can keep a smell. A recipe can evoke the voice of someone who was close. A saved voicemail can collapse years into seconds. But older memorial objects carry something of the person without claiming to be the person. A thanabot changes that arrangement. It speaks in the first person: “I remember,” “I miss you,” “I still believe,” even though these are new sentences generated after death. A photograph says, “This person was here.” A thanabot says, “I am still here.”

That shift in pronoun may produce problems. The system is assembled from what others can collect, such as messages, recorded habits, photographs, jokes, and remembered actions. It then performs a point of view, as though these fragments had recovered the inner life that once gave them meaning. What looks like preservation is already production. Each reply combines the dead person’s data with a family’s selections, a mourner’s prompts, a model’s predictions, and a company’s design choices. The answer sounds as if it comes from one person, but its authorship is potentially spread across many.

The dead are not the only people being recreated

The question “Is it healthy to keep talking to the dead?” sounds straightforward. But grief has never required silence. People speak at graves, write letters to the dead, repeat shared rituals, and imagine what a loved one might say. Continuing a bond can be part of mourning. The harder question is not whether people should maintain a relationship with the dead. It is exactly what the service keeps “alive”. Relationships help make us who we are. We become partners, parents, children, and friends through the ways other people recognise and address us. Death removes a person, but it also unsettles part of the survivor’s own identity. A parent loses a child, but also loses the voice that made their parenting into a living exchange.

A thanabot can restore some of that recognition. It can remember the anniversary, repeat the family joke, or call someone “Mum” again. In that sense, the service does not just recreate a version of the dead. It can also preserve a version of the living person who existed inside that relationship. This, of course, may offer comfort at first. But it may also hold the mourner close to an earlier version of oneself, organised around a relationship that death has changed. Companies may be selling access to the dead and, with it, access to a former version of the customer.

Who decides who the dead become?

A thanabot can say things the dead person never said. This can be appealing but ethical difficulties may begin at the same point. In 2025, the father of Joaquin Oliver, a 17-year-old killed in the 2018 Parkland school shooting, created an AI version of his son and allowed a journalist to interview him. The avatar answered new questions using Joaquin’s voice and publicly advanced his anti-gun activism. The same issue appears privately within families. Who gets to authorise a recreation: a spouse, a parent, all siblings, or only the actual person before their death? Love may motivate the reconstruction, but it does not grant unlimited authority over another person’s identity. And consent is only the beginning. A thanabot may change over time. A software update can alter its vocabulary, humour, “memories”, or political tone. Relatives may upload new material, allowing it to grow beyond the life on which it was trained. At some point, preservation gives way to interpretation.

Interpretation then becomes invention. Ownership, then, is divided from the start. The family may supply the archive. The company controls the model, interface, and servers. The dead person provides the identity that gives the product its emotional and commercial value, but can no longer renegotiate the arrangement. Companies can decide which version appears, what it remembers, and how long it remains available. Better memory may sit behind a premium tier. A familiar voice may change after an update. The clone may vanish when the company shuts down.

Psychoanalyst Jacques Lacan distinguished biological death from symbolic death, when a person disappears from collective memory. Subscription-based resurrection, we suggest elsewhere, introduces a third possibility: digital death happens when payment stops, the provider closes, or the model is removed.

Here, the ethics are not abstract. They are built into the service itself: whose consent counts, who answers for distortion, how grief is priced, and whether a family can pause, export, or permanently remove a recreation without being forced to rent it forever. The dead have always spoken through possessions, rituals, and the people who remember them. What is new is the generated animated reply, together with a company’s power to edit, interrupt, and invoice it. Once grief depends on server uptime, someone owns the next sentence.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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04.08.2026 à 16:09

Canicules : le rôle de l’isolation et de l’inertie thermique des bâtiments pour se protéger contre la chaleur

Simon Rouchier, Maître de conférence en performance énergétique des bâtiments, Université Savoie Mont Blanc

La réaction d’un logement à une vague de chaleur tient à son isolation et à son inertie thermique, deux concepts liés mais différents.
Texte intégral (2677 mots)

L’essentielCliquez pour lire les trois points à retenir L’isolation est le premier facteur pour améliorer le confort thermique en été et limiter les besoins en climatisation. Une « bouilloire thermique » n’est autre qu’une « passoire thermique » (c’est-à-dire un logement peu ou pas isolé)… … ou un logement isolé mais sans protections solaires. La deuxième priorité est donc d’installer des protections solaires : volets, masques adaptés, vitrages sélectifs, etc. L’inertie thermique est un plus qui permet de retarder le besoin de climatisation, voire de s’en passer, mais à la condition qu’il y ait une alternance de périodes de fraîcheur relative (la nuit). Replier


Les canicules successives de l’été 2026 et leurs victimes nous rappellent le manque d’adaptation du parc immobilier français au réchauffement climatique. Dans ce contexte, on voit souvent circuler l’idée qu’un bâtiment isolé, et donc bien protégé du froid hivernal, risque de piéger la chaleur en été. Les mesures de rénovation pour diminuer le besoin de chauffage sont pourtant largement compatibles avec la protection contre la chaleur.

Tout comme il est coûteux l’hiver de chauffer une passoire thermique – c’est-à-dire un logement mal isolé –, il est coûteux de climatiser un logement mal adapté aux fortes chaleurs estivales. Le recours à la climatisation ne doit y arriver qu’après les mesures élémentaires de rénovation – l’isolation et les protections solaires, sous peine de consommer trop de climatisation, et d’aggraver l’effet d’îlot de chaleur urbain (ICU).

Pour prioriser la lutte contre la surchauffe des bâtiments, il est utile de comprendre comment ils réagissent à une vague de chaleur, avec ou sans climatisation.

Le rôle de l’isolation

L’isolation thermique est la première mesure préconisée pour réduire les consommations de chauffage en hiver. Pour un écart de température donné de part et d’autre d’un mur, l’isolation diminue la quantité de chaleur le traversant, et donc le coût du chauffage pour maintenir votre intérieur au chaud.

Elle a le même effet en été. Tout comme votre frigo est isolé pour consommer moins d’énergie, un bâtiment isolé consommera moins de climatisation, ou restera frais plus longtemps s’il n’est pas climatisé. Dans ce dernier cas, la chaleur s’accumulera jusqu’à ce que la température intérieure soit égale à l’extérieure.

On peut ici faire le parallèle avec un réservoir d’eau dont le niveau est la température de votre intérieur. Il se remplit lorsque la température extérieure dépasse celle intérieure, et se vide dans le cas contraire. L’isolation (ou « résistance thermique ») établit le débit de remplissage et de vidange : une meilleure isolation ralentit les variations de niveau d’eau dans les deux sens.

La masse thermique et l’inertie

Comme, en pratique, une isolation ne peut pas être parfaite, le réservoir de chaleur se remplit pendant une canicule. Avec un même débit (combien de chaleur entre ou sort), un grand réservoir mettra plus de temps à se remplir ou se vider : on parle de « capacité thermique » ou de « masse thermique » du bâtiment. Une construction lourde (béton, pierre, briques) sera plus « capacitive » qu’une construction légère (ossature bois).

Ces deux facteurs, isolation et capacité thermique, se combinent pour former l’« inertie thermique » du bâtiment. Elle est en réalité difficilement quantifiable, mais résulte grosso modo de la résistance thermique totale des matériaux de construction, et de leur masse thermique. D’autres facteurs entrent en compte dans l’inertie, comme le fait qu’une construction isolée par l’extérieur est beaucoup plus « inertielle », car l’essentiel de sa masse thermique (les matériaux lourds, surtout les murs porteurs, les sols et les niveaux intermédiaires) se trouve à l’intérieur de sa résistance thermique (les matériaux isolants). C’est pourquoi on recommande d’isoler par l’extérieur quand les contraintes architecturales le permettent.

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’inertie thermique du bâtiment influence la vitesse de variation de la température dans des conditions climatiques données.

Une forte inertie thermique : quand est-ce un avantage ? Et un inconvénient ?

Représentons très schématiquement comment un logement non climatisé réagit à une vague de chaleur. Lorsque la température extérieure oscille entre une minimale (au lever du jour) et une maximale (en fin de journée), la température intérieure suit, avec un certain retard (on parle de « déphasage »), et une amplitude réduite.

L’inertie augmente ce déphasage et cet amortissement : le pic de chaleur de l’après-midi est d’autant plus réduit et repoussé que le bâtiment est soit mieux isolé, soit plus lourd, soit les deux.

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L’isolation et la masse thermique du bâtiment influence son « inertie thermique », qui va permettre de réduire l’amplitude des variations de température (on parle d’« amortissement ») et de les retarder (on parle de « déphasage »). Plus l’inertie est importante, plus cet effet d’amortissement et déphasage est grand. Simon Rouchier, Fourni par l'auteur

L’inertie thermique apparaît donc à double tranchant, puisqu’elle retarde aussi bien la montée en température que sa descente, d’où le sentiment de chaleur « piégée ».

On peut cependant l’exploiter pour en tirer plus d’avantages que d’inconvénients. Par exemple, elle permet de retarder l’arrivée du pic de chaleur jusqu’à la nuit, où la ventilation naturelle par l’ouverture des fenêtres « décharge » la chaleur plus rapidement qu’elle ne s’est accumulée en journée.

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Cas favorable : la montée de température est lente en journée, et le rafraîchissement efficace grâce à une bonne ventilation nocturne. La température intérieure reste toujours en dessous de la température extérieure. Simon Rouchier, Fourni par l'auteur

Dans ce cas un peu idéal, l’inertie est un avantage. Elle peut même retarder la chaleur pendant plusieurs jours et, couplée au rafraîchissement naturel, permettre de se passer de climatisation.

Si la canicule persiste et si les températures restent élevées la nuit, comme c’est souvent le cas dans les centres-villes à cause de l’effet d’îlot de chaleur, l’inertie ne fera en revanche pas de miracle : pour qu’elle contribue à réduire les consommations d’énergie, le bâtiment doit connaître une alternance entre des périodes d’apports et de perte de chaleur

Elle peut même devenir un inconvénient si la chaleur s’est installée dans votre logement. Une bonne isolation peut se retourner contre vous si de grandes fenêtres sans volets laissent rentrer le soleil. C’est pourquoi les protections solaires ont une importance prépondérante dans la prévention de la surchauffe : volets et stores, bien sûr, vitrages sélectifs, mais aussi brise-soleil de type « casquette », laissant passer le soleil en hiver quand il est bas, et le masquant en été quand il est haut.

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Cas défavorable : une montée rapide de température en journée à cause de l’ensoleillement sans protections solaires, et une descente de la température trop lente la nuit, par manque de ventilation nocturne. Simon Rouchier, Fourni par l'auteur

La sensation de « bouilloire thermique » apparaît donc principalement dans deux cas de figure :

  • un bâtiment mal isolé, dans lequel le pic de chaleur extérieur se propage rapidement ;

  • un bâtiment, isolé ou non, laissant entrer le soleil. Sans protections, fenêtres de toit et vastes baies vitrées plein sud changeront vite votre bâtiment en serre.

L’isolation est prépondérante dans les dépenses de climatisation

Dans un bâtiment climatisé, les enjeux sont plus simples. Revenons à notre analogie du réservoir : un système de climatisation (ou de chauffage) maintient le niveau à une certaine valeur, votre température de consigne.

Pour faire des économies d’énergie, seul importe le débit de chaleur qui entre ou sort de votre réservoir, et donc son isolation, pas sa capacité.

L’isolation qui réduit votre besoin de chauffage aura le même effet sur votre besoin de froid. La masse thermique aura également un impact positif, en particulier en périodes tempérées, où exploiter la fraîcheur nocturne permet de moins (ou ne pas) climatiser le lendemain.

Quel choix de matériaux ?

L’inertie est la combinaison de l’isolation, et de la masse thermique, apportée surtout par les murs porteurs et dalles. C’est la première qui est prépondérante : à isolation égale, et à protections solaires équivalentes, il y a peu de différence de besoin de refroidissement entre des parois très lourdes (béton isolé par l’extérieur) et des constructions légères (ossature bois).

Quant à l’idée que certains matériaux isolants offrent un meilleur « déphasage » que d’autres, c’est-à-dire qu’ils jouent aussi le rôle de masses thermiques qui retardent donc encore l’accumulation de chaleur, elle est largement exagérée. Le surplus de masse thermique apporté par les isolants « lourds », comme le béton de chanvre ou les panneaux rigides de fibre de bois, a un effet marginal sur le confort d’été, par rapport aux autres mesures de prévention de la chaleur, comme les protections solaires.

Le critère principal du choix des matériaux biosourcés est leur bilan environnemental, pas le confort d’été.

The Conversation

Simon Rouchier est membre de l'Université Savoie Mont-Blanc et de plusieurs associations de chercheurs et de professionnels: SFT, AICVF, IBPSA. Il a reçu des financements d'organismes publics : ANR, région Auvergne Rhône-Alpes, ADEME.

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04.08.2026 à 16:09

Pourquoi a-t-on envie de manger du salé au bord de la mer ?

José Miguel Soriano del Castillo, Catedrático de Nutrición y Bromatología del Departamento de Medicina Preventiva y Salud Pública, Universitat de València

À la plage, plusieurs facteurs influencent l’envie d’aliments salés, mais tous ne sont pas physiologiques. On rappellera que l’excès de sel peut présenter des risques pour la santé.
Texte intégral (1742 mots)
À la plage, les produits apéritifs, les snacks ou les fruits secs peuvent apporter des quantités élevées de sel dans un volume réduit. Davizro Photography/Shutterstock (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • Nous avons souvent envie de salé lors de pique-niques à la plage ou d’apéritifs en terrasse au bord de la mer.

  • La transpiration, le besoin de sodium et la soif n’expliquent qu’en partie pourquoi la mer est associée aux aliments salés.

  • Le cerveau, qui guide les sens et la mémoire, ainsi qu’une culture gastronomique construite autour du sel jouent aussi un rôle.


Certaines scènes semblent faire partie d’un souvenir collectif : une table face à la mer et une boisson fraîche accompagnée d’olives, de pommes de terre, de fruits secs, de sardines, d’une omelette ou d’une portion de calamars. Parfois, nous n’avons même pas très faim, mais l’ambiance semble nous pousser vers le salé.

Est-ce simplement une habitude ? Cela répond-il à un besoin de l’organisme ? Ou bien la mer éveille-t-elle d’une certaine manière l’appétit pour le sel ?

Le corps s’exprime lui aussi : transpiration, sodium et soif

Le premier suspect, c’est la transpiration. À la plage, on marche, on nage, on joue, on prend le soleil et, même quand la brise dissimule ce phénomène, on perd de l’eau et des électrolytes. Parmi ces derniers, figure le sodium, qui se révèle essentiel pour maintenir l’équilibre hydrique, transmettre les impulsions nerveuses et permettre le bon fonctionnement musculaire.

Lorsque l’organisme détecte une perte importante de ce nutriment, il peut activer des mécanismes qui favorisent la recherche de sel. Cela ne signifie pas pour autant que chaque envie de chips soit un signal d’urgence de l’organisme. La plupart des gens n’arrivent pas à la plage avec une véritable carence en sodium et, en réalité, dans les sociétés occidentales, nous avons tendance à consommer plus de sel que ce qui est recommandé. Cependant, la chaleur, l’activité physique, une transpiration abondante, une exposition prolongée au soleil ou la consommation d’alcool peuvent renforcer la sensation selon laquelle quelque chose de salé « passera mieux ».

Le corps ne perçoit pas le sel uniquement comme un nutriment, mais aussi comme une expérience sensorielle dont l’attrait varie en fonction de l’état physiologique. L’appétence pour le sel résulte ainsi de l’interaction entre le besoin, l’apprentissage, le plaisir et l’environnement.

La soif joue également un rôle. Les aliments salés stimulent l’envie de boire, et au bord de la mer, on dispose généralement de boissons fraîches à portée de main. La combinaison du sel, de la fraîcheur et de la chaleur ambiante est séduisante : olives et bière, frites et soda, fruits secs et eau gazeuse, poisson frit et citron… Le plaisir réside dans l’ensemble de la séquence : chaleur, sel, boisson fraîche, détente et conversation.

La mer, théâtre de l’appétit

La physiologie, cependant, n’explique pas tout. S’il ne s’agissait que d’une question de transpiration, en sortant d’un sauna, nous aurions envie des mêmes aliments qu’à la plage, ce qui n’est pas toujours le cas. Nous mangeons avec notre corps, mais aussi avec notre mémoire. Le cerveau apprend à établir des associations : le cinéma est associé au pop-corn ; un anniversaire, au gâteau ; Noël, aux friandises ; et la plage, à l’apéritif. Les signaux environnementaux peuvent influencer ce que nous mangeons et en quelle quantité, avant même que la faim physiologique ne se manifeste.

La mer concentre bon nombre de ces signaux. Elle sent le sel, les algues, la crème solaire, le poisson, la fumée de cuisine et l’été. On y entend le bruit des vagues, des conversations et de la vaisselle sur les terrasses. L’ensemble forme une sorte de « menu invisible » que le cerveau reconnaît sans avoir besoin de le lire.

De plus, de nombreux aliments du littoral sont salés pour des raisons historiques. Pendant des siècles, le sel était indispensable à la conservation du poisson avant l’apparition de la réfrigération. C’est ainsi qu’ont vu le jour des préparations telles que les anchois, la mojama (une spécialité espagnole obtenue à partir de la partie noble du thon, ndlr), la morue, les œufs de poisson ou de nombreux poissons salés. Dans les régions côtières, le sel ne se résume pas à une simple saveur : il fait partie intégrante de la conservation, du commerce, de la gastronomie et du paysage.

C’est pourquoi l’envie de manger quelque chose de salé au bord de la mer peut également être considérée comme une réaction acquise. Nous ne recherchons pas le sel uniquement parce que notre corps en a besoin, mais parce que nous avons appris que cela fait partie du rituel lié au fait d’être au bord de la mer.

Une expérience multisensorielle

De plus, le goût ne naît pas uniquement sur la langue. L’odorat, la vue, le son, la texture, la température, l’environnement et les attentes jouent également un rôle. Les recherches en gastrophysique montrent que l’environnement peut modifier l’expérience gustative. Un aliment peut nous sembler plus frais, plus intense ou plus agréable en fonction des signaux qui l’accompagnent.

Manger au bord de la mer, ce n’est pas la même chose que de déguster le même plat dans une pièce fermée. Les vagues, la brise, l’odeur de sel et la température transforment l’atmosphère. Cela n’augmente peut-être pas littéralement la quantité de sel, mais cela peut amener le cerveau à percevoir les saveurs marines comme plus appropriées ou plus agréables.

De l’anchois, une huître ou un poisson frit semblent s’intégrer parfaitement au paysage. Quand un aliment montre une certaine cohérence avec le contexte, on l’apprécie généralement davantage. Le cerveau n’évalue pas le goût de manière isolée, mais à l’intérieur d’une scène complète. C’est pourquoi un simple apéritif peut paraître extraordinaire au bord de la mer et moins mémorable à la maison.

Profiter sans abuser

Il convient toutefois de ne pas idéaliser le sel. Le fait que l’organisme puisse avoir envie d’aliments qui en contiennent lors d’une journée chaude ne signifie pas que nous devions en consommer sans limites. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande aux adultes de consommer moins de cinq grammes de sel par jour. Les apéritifs, les conserves, les snacks, les produits salés et les fritures peuvent apporter des quantités élevées de sel dans un volume réduit.

Comprendre les envies de grignoter ne revient pas à justifier un « buffet à volonté ». On peut profiter de saveurs intenses sans se limiter aux aliments ultratransformés.


À lire aussi : Aliments ultratransformés : Comment aider les consommateurs à les repérer et à les éviter ?


Parmi les alternatives, on peut citer les poissons et fruits de mer frais, les olives en quantité modérée, les fruits secs peu salés, le gaspacho, les salades, les cornichons (en contrôlant la quantité) et les préparations à base de citron, de vinaigre, d’herbes ou d’épices.

Lorsque nous sommes à la plage et que nous avons envie de quelque chose de salé, il n’y a probablement pas une seule raison à cela. La transpiration, le sodium et la soif y sont pour quelque chose, mais aussi l’odeur de la mer, le souvenir d’étés passés et une culture gastronomique qui s’est construite au fil des siècles autour du sel. Ce désir n’est pas uniquement une question de biologie ou d’habitude : c’est un dialogue entre le corps, le paysage, les sens et la mémoire.

The Conversation

José Miguel Soriano del Castillo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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04.08.2026 à 16:08

Ce que l’accès aux toilettes publiques révèle des inégalités de genre dans les villes

Belen Martinez, Research Fellow, Centre for Regional Economic and Social Research, Sheffield Hallam University

Dans les gares, les festivals ou sur les stations d’autoroute, les femmes doivent patienter bien plus longtemps que les hommes pour accéder aux toilettes.
Texte intégral (1498 mots)

L’ESSENTIEL

  • Dans les gares, dans les festivals ou sur les stations d’autoroutes, accéder aux toilettes relève pour les femmes de l’épreuve de patience.

  • Le design uniformisé des toilettes publiques cache des normes de genre qui produisent des inégalités.

  • Loin d’être triviale, la question des sanitaires interroge la conception des espaces urbains.


Vous souvenez-vous de la dernière fois que vous avez dû faire la queue pour aller aux toilettes ? Si plusieurs exemples vous viennent immédiatement à l’esprit, il y a de fortes chances que vous ayez été dans la file d’attente des femmes. Que ce soit dans les théâtres, les aéroports, les centres commerciaux ou les festivals, le constat est le même : les hommes entrent et sortent des toilettes sans difficulté, sans presque jamais attendre, tandis que les femmes doivent patienter dans de longues files.

Dans la plupart des bâtiments publics, l’espace réservé aux toilettes est réparti en fonction de la superficie, ce qui attribue aux hommes et aux femmes un espace à peu près égal. Bien que cela puisse paraître équitable, des études sur le genre et la conception des toilettes ont montré qu’une superficie égale ne garantit pas l’égalité de l’accès. Cette conception part du principe que les hommes et les femmes utiliseraient les toilettes de la même manière et pendant la même durée, et c’est celle qui prévaut dans la plupart des toilettes publiques.

Design uniformisé, inégalités d’accès

Les toilettes pour hommes combinent généralement des cabines et des urinoirs, qui prennent moins de place et permettent une utilisation plus rapide. Les toilettes pour femmes ne comportent que des cabines ; ainsi, même lorsque les deux types d’installations occupent la même surface, celles destinées aux hommes peuvent servir à davantage d’usagers.

Le temps joue également un rôle. Les femmes mettent généralement plus de temps car elles doivent s’asseoir plutôt que rester debout, portent souvent des vêtements plus complexes à enlever et remettre, elles peuvent avoir leurs règles, être enceintes et sont plus susceptibles de souffrir de troubles tels que l’incontinence ou des infections urinaires.

De nombreuses normes de conception reposent encore sur le modèle du « corps masculin par défaut », qui suppose une utilisation rapide des toilettes, en position debout et avec un temps de passage minimal. Lorsque les espaces sont aménagés en fonction du corps et des habitudes des hommes, les retards sont facilement imputés au comportement des femmes – qui « prendraient trop de temps » – plutôt qu’à un problème dans la conception même des toilettes.

La conséquence la plus visible de ces normes d’aménagement est la file d’attente devant les toilettes pour femmes. Mais, comme le montre ma recherche, cela peut également avoir des répercussions économiques et sanitaires. Pour les travailleurs mobiles, comme les chauffeurs de taxi, le temps passé à faire la queue est du temps perdu pour gagner leur vie.

Un coût économique

Et il ne s’agit pas seulement de la longueur de la file d’attente : le simple fait d’installer des toilettes publiques est déjà un choix d’aménagement qui a davantage de conséquences pour les femmes que pour les hommes, qui peuvent plus facilement trouver un endroit où se soulager lorsqu’ils en ont besoin.

Pour la plupart des femmes, faire la queue pour aller aux toilettes est un désagrément certes, mais qu’elles jugent mineur et intègrent dans leur quotidien sans y prêter vraiment attention. Cependant, lors de mes recherches sur les femmes chauffeurs de taxi en Espagne, j’ai réalisé que ces inégalités en matière de toilettes pouvaient avoir des conséquences plus graves.

Lorsque je leur ai demandé quels étaient les aspects frustrants de leur métier, leur première réponse n’était presque jamais la circulation, les passagers difficiles ou les longues journées de travail, mais bien les toilettes. Trouver des toilettes pendant leur service exigeait souvent une organisation minutieuse et de longues attentes, entraînant une perte de revenus, alors que leurs collègues masculins ne s’absentaient pas plus de quelques minutes pour les mêmes raisons.

Rosario, une conductrice Uber de 26 ans, a qualifié les pauses toilettes pendant son service de « drame du métier » ! Comme beaucoup d’autres conductrices ayant participé à mon étude, elle a expliqué qu’elle planifiait son itinéraire en fonction des toilettes dont elle connaissait l’emplacement. D’autres ont indiqué qu’elles évitaient de boire de l’eau pour ne pas avoir à s’arrêter « tout le temps », tandis que certaines ont établi un lien entre des infections urinaires récurrentes et le fait de « se retenir trop longtemps ».

Ces stratégies deviennent toutefois inopérantes en période de règles. Comme l’explique Juana :

« Il faut s’organiser et s’obliger à s’arrêter. Après une course, au lieu de se rendre directement à une station de taxis pour prendre un nouveau client, il faut se rendre dans une station-service pour pouvoir d’abord aller aux toilettes. »

Des normes de genre implicites

Des recherches ont depuis longtemps démontré que les toilettes publiques ne sont pas des infrastructures neutres, mais qu’elles reflètent des présupposés plus profonds quant aux corps et aux comportements considérés comme la norme. En particulier, les normes de pudeur et d’intimité impliquent que les femmes soient censées utiliser des cabines fermées, tandis que les installations destinées aux hommes privilégient la rapidité et l’efficacité grâce à des urinoirs ouverts.

Des recherches ont depuis longtemps démontré que les toilettes publiques ne sont pas des infrastructures neutres, mais qu’elles reflètent des présupposés plus profonds quant aux corps et aux comportements considérés comme la norme. En particulier, les normes de pudeur et d’intimité impliquent que les femmes soient censées utiliser des cabines fermées, tandis que les installations destinées aux hommes privilégient la rapidité et l’efficacité grâce à des urinoirs ouverts.

Il est également plus facile d’un point de vue anatomique – et souvent socialement plus accepté – pour les hommes d’uriner au bord d’une route ou ailleurs lorsqu’il n’y a pas de toilettes publiques à disposition.

Si l’intimité des femmes fait l’objet d’une attention particulière dans la conception des toilettes, il n’en va pas de même de leur temps. Les recherches consacrées à la « parité en matière de toilettes » (« toilet parity ») montrent qu’une augmentation du nombre de cabines ou la création de cabines non genrées permet de réduire considérablement les files d’attente des femmes, avec un impact minime sur celles des hommes. Des expérimentations menées lors de grands événements, notamment avec l’installation d’urinoirs conçus pour les femmes, montrent qu’une réflexion sur la capacité d’accueil des sanitaires peut pratiquement éliminer les temps d’attente.

Pour les femmes ayant participé à mon étude, la quête frustrante d’un accès à des toilettes ne relève pas seulement de l’attente, mais aussi de la dignité et du droit d’occuper l’espace urbain sur un pied d’égalité. En ce sens, les toilettes indiquent de manière discrète mais éloquente pour qui l’espace public est réellement conçu, et quelles sont les personnes dont les corps sont censés s’adapter, encore aujourd’hui.

The Conversation

Belen Martinez a reçu des financements de l’Economic and Social Research Council (ES/P00072X/1).

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