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L’expertise universitaire, l’exigence journalistique

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05.05.2026 à 11:53

Troubles des conduites alimentaires : pourquoi la notion de rétablissement ne se résume pas à l’alimentation ou au poids

Catherine Houlihan, Senior Lecturer in Clinical Psychology, University of the Sunshine Coast

Andrew Allen, Senior Lecturer in Clinical Psychology, University of the Sunshine Coast

Dan Fassnacht, Associate Professor in Psychology, University of the Sunshine Coast

Kathina Ali, Senior Lecturer in Clinical Psychology, University of the Sunshine Coast

En matière de trouble des conduites alimentaires, juger du rétablissement à l’aune des symptômes cliniques uniquement peut créer un décalage avec le ressenti des patients.
Texte intégral (1824 mots)
La notion de rétablissement, dans le contexte des troubles des conduites alimentaires, est encore souvent fondée essentiellement sur l’amélioration des symptômes cliniques. A.C./Unsplash

En matière de trouble des conduites alimentaires, pour définir ce qu’est le rétablissement, on s’intéresse généralement à la présence ou à l’absence de symptômes cliniques. Mais ce critère n’est pas celui qui compte le plus pour les personnes concernées.


Les troubles du comportement alimentaire (TCA) ne sont pas de simples affections physiques. Ce sont des pathologies psychiatriques complexes qui perturbent profondément la relation des individus avec eux-mêmes, avec leur corps et avec autrui.

Se rétablir d’un TCA est un processus long et complexe. La prise en charge de telles affections vise généralement à diminuer les pensées et les comportements dysfonctionnels qui les caractérisent, qu’il s’agisse de se livrer à des régimes amaigrissants extrêmes, d’avoir des accès hyperphagiques (envie de manger beaucoup et vite), des conduites purgatives, une image corporelle négative ou encore, dans certains cas, de présenter un poids très faible.

Or, considérer que le rétablissement n’est atteint que lorsque les symptômes cliniques ont été maîtrisés (permettant, par exemple, de revenir à un poids considéré comme « sain ») peut mener à négliger certaines dimensions essentielles de la guérison. En effet, en matière de rétablissement, la dimension psychologique ainsi que le vécu subjectif des personnes concernées par les TCA jouent un rôle déterminant.

Publiés récemment, les résultats de notre nouvelle étude révèlent que lorsque le bien-être global des patients s’améliore – par exemple, lorsqu’ils développent un sentiment d’acceptation de soi ou ressentent de l’espoir –, ces derniers sont davantage enclins à se déclarer comme ayant « personnellement » récupéré de leur trouble. Et ce, quand bien même ils présentent encore certains symptômes cliniques.

Comment mesure-t-on le rétablissement ?

En matière de TCA, il n’existe pas de définition unanime de ce qu’est le rétablissement. À ce sujet, la plupart des travaux de recherche existants se sont focalisés sur les symptômes. Selon cette approche, on considère qu’un patient est rétabli lorsqu’aucun critère diagnostique (épisode de boulimie, de frénésie alimentaire, de conduite purgative…) n’a été constaté, sur une période donnée (par exemple douze mois consécutifs).

Des recherches plus récentes soulignent, quant à elles, l’importance du « rétablissement personnel ». Cette notion implique qu’en matière de rétablissement, les dimensions relevant du bien-être psychologique sont tout aussi essentielles que celles relevant des symptômes cliniques.

Ainsi, en 2020, une revue de la littérature scientifique concernant des travaux de recherche qui se sont focalisés sur le point de vue des personnes atteintes de TCA, a révélé que le soutien dont elles ont fait l’objet, l’espoir qu’elles ont ressenti, la prise de conscience de leur identité, leur autonomisation, le sens et la finalité donnés à leur vie, leur « empowerment » (autonomisation) et l’autocompassion (manifester de la compassion envers soi-même en cas de faiblesse, de souffrance ou d’échec, NdT) occupaient une place centrale dans leur parcours de rétablissement.

Les personnes souffrant de TCA rapportent également qu’intégrer ces dimensions dans les objectifs thérapeutiques – plutôt que de cibler seulement les symptômes cliniques – leur semble non seulement pertinent, mais aussi générateur d’un sentiment d’émancipation. Par ailleurs, des travaux indiquent que cette approche peut améliorer les résultats à long terme et la qualité de vie des patients, réduisant ainsi le risque de rechute.

Pourtant, jusqu’à présent, peu d’études se sont penchées sur la manière dont les dimensions personnelles et cliniques pourraient être intégrées à la prise en charge et ainsi participer conjointement au processus de rétablissement. Comprendre comment y parvenir relève d’une véritable urgence, car les TCA figurent parmi les troubles psychiatriques dont le risque de mortalité potentielle est le plus élevé. En outre, le rétablissement des patients est souvent lent.

Ce que nous avons fait et ce que nous avons découvert

Notre nouvelle étude a été menée auprès de 234 adultes ayant vécu ou vivant actuellement avec un trouble du comportement alimentaire. La majorité des volontaires s’identifiait comme femme (89 %) et leur âge moyen était de 28 ans.

Dans l’ensemble, moins d’un quart des personnes participantes (22,6 %) répondaient aux critères d’amélioration clinique, ce qui signifie qu’un grand nombre d’entre elles restaient engagées dans des conduites alimentaires restrictives ou étaient encore préoccupées par leur alimentation et leur image corporelle. En revanche, plus de la moitié (52,1 %) d’entre elles estimaient être rétablies.

Ce « rétablissement personnel » englobait l’acceptation de soi ainsi que le fait de pouvoir entretenir des relations interpersonnelles positives, d’avoir le sentiment d’avoir progressé, d’avoir une plus grande capacité de résilience et une autonomie accrue, et d’observer une diminution des comportements liés au TCA.

Si l’amélioration clinique des symptômes favorisait certes le rétablissement personnel, près des deux tiers (63,9 %) des personnes participantes qui se considéraient comme « personnellement rétablies » ne satisfaisaient pas à la définition clinique du rétablissement (autrement dit, elles présentaient encore certains symptômes de TCA).

Ce constat met en lumière l’existence d’un décalage potentiel entre une définition du rétablissement centrée sur les symptômes et ce que signifie réellement le rétablissement pour les personnes qui le vivent.

Au cours de cette étude, nous avons également cherché à savoir si le rétablissement personnel différait en fonction du diagnostic. L’ensemble des personnes participantes avaient reçu à un moment ou un autre de leur vie un diagnostic d’anorexie (68,4 %), de boulimie (8,5 %) ou de frénésie alimentaire (aussi appelée parfois « hyperphagie boulimique » – 8,1 %).

Nos résultats révèlent que, en matière de taux de rétablissement personnel, il n’existe aucune différence significative selon le type de diagnostic. Cela suggère que, quel que soit le TCA rencontré, l’expérience du rétablissement personnel est largement similaire.

Pourquoi ces résultats sont-ils importants ?

Lorsque le succès thérapeutique est évalué presque exclusivement à l’aune de listes de symptômes et de critères cliniques, on risque de ne pas voir – et de ne pas valoriser – les progrès qui comptent le plus pour la personne que l’on accompagne.

Pour cette raison, nous suggérons de ne pas s’en tenir uniquement aux recommandations cliniques : il est important de demander également aux personnes qui entament un parcours de rétablissement ce que la guérison représente pour elles. Une telle démarche pourrait également contribuer à améliorer les taux de recours aux soins pour les TCA, qui restent actuellement faibles. Elle pourrait aider les cliniciens et cliniciennes à définir des objectifs thérapeutiques porteurs de sens pour les patients et patientes, qui refléteraient mieux la nature psychologique de ces troubles, et pas seulement leurs manifestations physiques.

Si vous faites partie des personnes concernées par un TCA et que certains aspects vous paraissent importants en matière de rétablissement, n’hésitez pas à en faire part à l’équipe soignante. Le rétablissement revêt des formes différentes d’une personne à l’autre, et vos objectifs personnels comptent.

L’objectif d’atteindre un bien-être peut, entre autres, consister à renouer avec ses proches, à se reconstruire une identité ou, tout simplement, à reprendre le contrôle de sa vie quotidienne, le tout en parallèle de l’amélioration des symptômes cliniques.

Ce constat revêt aussi une importance systémique : le financement des services spécialisés dans les TCA et les décisions prises en matière de politiques de santé reposent encore largement sur des indicateurs cliniques. Si ces derniers ne rendent pas compte des dimensions du rétablissement personnel, il est probable que l’on sous-estime le nombre de personnes en voie de guérison et que l’on conçoive des dispositifs de soins fondés sur une vision du rétablissement plus étroite que ce que les données scientifiques permettent aujourd’hui d’étayer.


Pour en savoir plus

La page consacrée aux TCA sur le site du Psycom, organisme public français destiné à informer, orienter et sensibiliser sur la santé mentale.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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05.05.2026 à 11:35

From Schuman's post-war declaration to the EU today, the Historical Archives unpack how Europe came together

Dieter Schlenker, Director of the Historical Archives of the European Union and Co-director of the Alcide De Gasperi Research Centre on the History of European Integration, European University Institute

The construction of Europe after WWII sought to promote political and economic cooperation among European nations. The Historical Archives of the European Union in Florence are a testimony to this.
Texte intégral (2166 mots)

The Historical Archives of the European Union (HAEU) in Florence is home to a wealth of public documents and records of decisions issued by EU institutions along with artefacts illustrating pro-European movements and initiatives led by prominent personalities that helped shape the EU as we know it today. May 9 is Europe Day which celebrates the European Union’s founding values of unity, solidarity, democracy, human rights and shared prosperity. This year marks the 76th anniversary of Robert Schuman’s historic declaration. In 1950, the birth of a union of coal and steel was at the centre of the vision of a united Europe backed by the governments of France, West Germany, Italy, the Netherlands, Belgium and Luxembourg.

Dieter Schlenker is the Director of the Historical Archives of the European Union at the European University Institute (EUI) in Florence which is now in its 50th year and has grown into a thriving community centred around interdisciplinary research and public engagement. We asked him to walk us through the archives that retrace the history of the European Union and its institutions, and the trajectory of the EUI from its conceptual beginnings in the post-war period to its consolidation as an international centre for research and intellectual exchange.


The Conversation: The historical archives provide the public with a written memory of the European integration process since the early 1940s. What is available to visitors, and which resources would be of particular interest to researchers?

Dieter Schlenker: The HAEU has received over the last 40 years more than 300 holdings that comprise almost 1 million paper files stored at Villa Salviati on 10 kilometres of dedicated roller shelving. During the Open day on May 9 visitors will have the unique opportunity to discover archival documents, artefacts and materials in various forms, in a high security, climate-controlled environment that is normally closed to the public. Almost 1.000 visitors will be invited to take a tour through the Villa and the Archives on the open day. They will be accompanied by a professional archivist who will explain the mission and holdings of the archives and show them a selection of documents including the authentic copy of the Maastricht Treaty, historical letters, notes, photos and even objects that belonged to European politicians and EU officials, plus a selection of media formats for audio-visual and digital archives that have become obsolete (magnetic tapes, floppy disks, CDs, etc), and which show the volatility of modern archives and the challenge of preserving and maintaining them so they remain accessible to the general public.

A behind the scenes presentation of The Historical Archives of The European Union (Florence, Italy) on the history of the European Union, which promotes public interest in European integration and enhances transparency in the functioning of EU Institutions.

Researchers can consult the archives in the reading room at Villa Salviati from Monday to Friday. Approximately 40% of the hard copies of the archives have been digitised, so they are available online in the archives database. The holdings comprise the archives of EU institutions, such as the European Commission, the Council and the European Parliament along with a unique collection of archives from other highly relevant European organisations, such as the European Space Agency, the European Free Trade Association, and the European Cultural Foundation. The HAEU is also home to the archives of various European movements and associations, and political groups in the European Parliament. Finally, more than 100 personal papers have been deposited by important European political figures, from pioneers, such as Alcide De Gasperi and Altiero Spinelli, through to Commission Presidents, such as Jacques Delors and Romano Prodi, and numerous Commissioners and Members of European Parliament.

How are the archives organised, and what are visitors most drawn to?

D.S.: Visitors can discover the physical infrastructure and how the numerous archives are stored in different rooms, in boxes and files, organised according to where they originate from and by the type of archive. They also get to see the complex coding and classification systems in place that facilitate the storage and retrieval of the documents. Guided tours also allow visitors to see documents on display and extended photo collections that are mounted on the walls, and can ask questions about their conservation and access conditions, the history and context of the creation of the documents and the people featured on the photos.

Monetary policy or EU expansion, what significant moments are captured in the archives?

D.S.: The Historical Archives of the European Union’s mission is to collect and provide the broadest possible archival legacy of European integration and European Union in a single location. This is why many different topics of European history since World War II can be studied on the basis of numerous original primary sources. These reach from the first pro-European federalist movements emerging during WWII, the important Congress of The Hague 1948 that led to the creation of the Council of Europe in Strasbourg, the whole negotiation process of the Schuman Plan and the European Coal and Steel Community, then all the policies and actions taken by the Commission created by the Rome Treaties in 1957, all plenary and committee sessions of the Parliament, the Council and European Council meetings, the various enlargments, all procedure files of the European Court of Justice, etc. All EU documents are opened to the public after a 30-year period and shipped here to Florence by the respective institution for public access, which is why the documentation currently available approximately goes up to the mid-1990s.

How are the archives used and which documents have proven to be the most thought-provoking for academic research?

D.S.: The archives provide such a large base for research that the points of view, research interests and findings change all the time. More than 120 researchers register every year at the archives reading room and conduct 1.000 research sessions. The output reaches from the first works on European integration, mostly biographic studies on the founders, such as the works of Raymond Poidevin on Robert Schuman and the Biography of Jean Monnet by François Duchêne, or institutional history, such as Dirk Spierenburg’s book on the High Authority of the European Coal and Steel Community. Today, historical research covers practically all different areas of European policies, and we may highlight the many diverse publications produced by the members of the European Union Liaison Committee of Historians that also edits the Journal of European Integration History (JEIH), or mention the current EUI Chair on European integration history, Emmanuel Mourlon-Druol, who works on European Monetary Union.

The HAEU also hosts the historical archives of the European Space Agency including the records of the continent’s earliest major efforts to develop a space programme, what are the highlights on display?

D.S.: The European Space Agency in Paris decided to entrust the HAEU with their historical archives in 1989 and revised the deposit contract in 2020 to deepen cooperation and set focus on digital access, data protection and information security. This included the archives of the forerunner organisations ELDO and ESRO and therefore provides researchers with thousands of paper files documenting all aspects of European ambition in space since the early 1960s. These archives provide unique insight into the various joint European satellite, earth observation and human space flight projects of the past 60 years.

Looking back at the archives, what insights do we gain about European identity today? What values still stand and how are they reflected in visitors’ feedback?

D.S.: Looking at the recently published catalogue commemorating the 40th anniversary of the archives, we can see how all the many facets of European cooperation and integration are covered and referred to in the archival holdings preserved in Florence. It offers a fascinating trip back in time. Certainly, the documents on a peaceful and democratic post-War Europe expressed by those resisting against the Nazi and Fascist regimes provide a highly visionary humanistic picture of a united Europe, while the later negotiations on European treaties, policies, enlargements and external relations become much more multi-faceted, detailed, technical and concern very concrete political, economic and social arguments.

Nonetheless, the fascination of how it all started in Hour Zero in 1945 as a vision of peace, democracy and solidarity remains very strong until today. Visitors often refer to the founders of the European Union and their foresight and long-term vision securing peace amongst European states since 80 years, which is particularly important as visitors are rather worried about the present and future of Europe in a multipolar globalised world.

Interview by Carly Lock, Journalist at The Conversation Europe & The Conversation France.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Dieter Schlenker ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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04.05.2026 à 16:26

À quelle heure éteindre les lampadaires pour protéger la biodiversité ?

Samuel Challéat, Chercheur, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Jean Secondi, maître de conférences en Ecologie, Université d’Angers

Kevin Barré, Post-doctorant en écologie appliquée, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Laurent Godet, Chercheur au CNRS, Nantes Université

Léa Mariton, Post-doctorante en sciences de la conservation & éco-acoustique, Inrae

Thierry Lengagne, chercheur CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1

Pour la biodiversité, l’enjeu n’est pas seulement d’éteindre, mais de savoir quand et où.
Texte intégral (4546 mots)

Alors que l’extinction nocturne se diffuse dans les communes, trois études portant respectivement sur des rouges-gorges, des crapauds et des chauve-souris montrent que, souvent, éteindre la lumière quelques heures ne suffit pas à restaurer une nuit naturelle. Pour la biodiversité, l’enjeu n’est pas seulement d’éteindre, mais de savoir quand et où.


Ces dernières années, éteindre l’éclairage public au cœur de la nuit s’est imposé comme une réponse simple à plusieurs enjeux : réduire la facture énergétique, afficher une forme de sobriété, et limiter la pollution lumineuse et ses effets sur le vivant. Du point de vue de la biodiversité, la meilleure solution serait de ne pas éclairer du tout. Mais cette option se heurte à d’autres usages légitimes des espaces nocturnes : les nôtres ! Reste alors une question : une extinction de quelques heures en milieu de nuit suffit-elle vraiment à réduire les impacts de la lumière sur la biodiversité ? Pas nécessairement : ses effets sur le vivant dépendent du contexte – lieu, paysage lumineux à large échelle, météorologie – et des espèces concernées.

Une mesure répandue, mais dont les effets biologiques restent peu évalués

De fait, les espèces n’utilisent pas toutes la nuit de la même manière. Le début de soirée, le cœur de la nuit et les heures qui précèdent l’aube correspondent souvent à des comportements différents : recherche de nourriture, déplacements, retours au gîte, endormissement et réveil, communications… Dans ce contexte, une extinction partielle de l’éclairage peut limiter certains effets de la pollution lumineuse sur la biodiversité… ou passer à côté de l’essentiel si elle ne coïncide pas avec les pics d’activité des espèces présentes.

Autre point important : éteindre localement ne signifie pas forcément retrouver une obscurité totale. En ville, les éclairages voisins – lampadaires des rues adjacentes, enseignes, vitrines ou éclairages privés – ainsi que la lumière diffusée par les nuages maintiennent souvent une clarté résiduelle. Et cet effet ne s’arrête pas aux centres urbains : en zone rurale aussi, le halo lumineux des villes peut rester perceptible à plusieurs dizaines de kilomètres. Pour les espèces les plus sensibles à la lumière, la différence entre périodes allumées et éteintes peut donc être faible, même lorsque l’éclairage public est coupé localement. Les horaires d’extinction d’une commune ne suffisent donc pas, à eux seuls, à décrire l’ambiance lumineuse réelle à laquelle les animaux sont exposés.

Le rouge-gorge familier en ville : couper la lumière au cœur de la nuit ne suffit pas

rouge-gorge familier (_Erithacus rubecula_)
Le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula). Giles Laurent, CC BY

C’est ce que nous constatons chez le rouge-gorge familier (orthographié « “rougegorge” familier » par la Cinfo, ndlr). Chez cet oiseau diurne, l’extinction partielle de l’éclairage en milieu de nuit ne suffit pas, en contexte urbain, à retrouver des rythmes d’activité comparables à ceux observés dans des sites non éclairés. Même lorsque les lampadaires sont coupés entre 23 heures et 6 heures, les oiseaux ont tendance à chanter plus tôt le matin et plus tard le soir que dans des zones réellement sombres.

Sonagramme du chant du rouge-gorge familier. Fourni par l'auteur

Pour tester cet effet dans la métropole nantaise (Loire-Atlantique), nous avons comparé trois types de sites : des sites non éclairés, des sites éclairés toute la nuit et des sites soumis à une extinction partielle de l’éclairage, c’est-à-dire à une coupure de l’éclairage public pendant une partie de la nuit.

Nous avons utilisé un indicateur simple : le chant du rouge-gorge familier (Erithacus rubecula). En enregistrant l’environnement sonore sur plusieurs jours, on peut reconstituer les rythmes de chant de l’espèce sur l’ensemble du cycle jour-nuit et voir comment ils varient selon les conditions lumineuses.

Chants de rouges-gorges familiers ainsi que de troglodytes mignons, de pinsons des arbres et de fauvettes à tête noire. Laurent Godet, Fourni par l'auteur737 ko (download)

Le résultat est net : les sites où l’éclairage est coupé en milieu de nuit ressemblent souvent davantage aux sites éclairés toute la nuit qu’aux sites non éclairés. L’écart apparaît surtout aux moments clés pour cette espèce, à l’aube et au crépuscule – respectivement autour de quarante minutes avant et de vingt minutes après le coucher du soleil – qui correspondent à ses pics d’activité vocale.

Dans notre étude, le pic de chant matinal survient en moyenne avant le lever du soleil, de l’ordre de quelques dizaines de minutes. Or, c’est précisément à ce moment-là que, dans un paysage urbain déjà lumineux, l’extinction partielle de l’éclairage se distingue peu d’un éclairage continu.

Cela s’explique sans doute par le rôle central de l’aube et du crépuscule chez les espèces diurnes : ces transitions servent de repères pour caler les rythmes quotidiens. Beaucoup de dispositifs d’extinction laissent encore de la lumière en début de soirée et se rallument avant le jour. Autrement dit, on éteint au cœur de la nuit, mais on maintient de la lumière aux deux moments qui comptent le plus pour synchroniser l’activité.

Pour un rouge-gorge, ce décalage peut avoir des conséquences très concrètes : chanter plus tôt, c’est aussi défendre son territoire plus tôt, interagir différemment avec les autres individus, et décaler des activités essentielles comme la recherche de nourriture ou l’attraction d’un partenaire.

Nos données ne permettent pas, à elles seules, de conclure à un effet direct sur la reproduction ou la survie. Mais elles montrent qu’une extinction partielle de l’éclairage ne ramène pas automatiquement la situation à la normale, surtout en ville où l’obscurité reste souvent incomplète même quand une rue ou un quartier est éteint.

Une chauve-souris réunionnaise : un petit décalage de l’extinction peut changer la donne

Petit molosse de la Réunion (_Mormopterus acetabulosus_)
Petit molosse de La Réunion (Mormopterus acetabulosus). Paul Jossigny, CC BY

Chez le petit molosse, une chauve-souris nocturne endémique de La Réunion, en revanche, avancer de deux heures l’extinction du soir suffit à faire disparaître l’effet de l’éclairage en début de nuit. Cependant, cet effet persiste en fin de nuit, quand le rallumage matinal reste précoce.

Nous avons étudié cette espèce, Mormopterus francoismoutoui, dans une situation permettant d’aller au-delà d’une simple comparaison entre sites éclairés et non éclairés. Pendant un mois, sur certains sites, l’extinction partielle de l’éclairage a été modifiée : les lampadaires s’éteignaient deux heures plus tôt que d’habitude. Cela permettait de comparer la situation avant et après ce changement sur les mêmes sites avec, en parallèle, des sites témoins non éclairés. L’activité des chauves-souris a été suivie par acoustique, à l’aide d’enregistreurs captant leurs cris d’écholocation. Il ne s’agit pas d’un comptage direct d’individus, mais d’un indicateur de leur activité.

Petits molosses de La Réunion, en sortie de gîte. Samuel Challéat, Observatoire de l’environnement nocturne du CNRS, UMR Géode, Fourni par l'auteur

Les résultats montrent que tant que les lampadaires restent allumés, les chauves-souris sont davantage détectées près des zones éclairées, surtout au début et à la fin de la nuit, c’est-à-dire pendant leurs pics d’activité. Quand l’extinction du soir est avancée, cet effet disparaît au début de la nuit : la lumière ne « structure » plus leur activité comme auparavant. En revanche, une différence tend à persister avant l’aube, ce qui est cohérent avec un rallumage matinal resté inchangé. Les petit molosses semblent donc toujours attirés par les zones éclairées lors de leur pic d’activité précédant le lever du jour, notamment lorsque la météo est favorable.

Ce résultat illustre un point important : l’efficacité d’une extinction partielle de l’éclairage dépend de son chevauchement avec les périodes d’activité des espèces présentes. Couper la lumière en milieu de nuit peut avoir peu d’effet si une espèce concentre ses déplacements et sa recherche de nourriture aux extrémités de la nuit. À l’inverse, un ajustement apparemment modeste – ici, éteindre deux heures plus tôt en soirée – peut suffire à faire disparaître l’effet de l’éclairage sur une partie de la nuit.

Il faut toutefois rester prudent dans l’interprétation. Une présence plus importante près des lampadaires ne signifie pas forcément que la lumière est bénéfique. Elle peut correspondre à une opportunité, par exemple si des insectes sont attirés par la lumière, mais aussi à des effets plus ambigus : trajets modifiés, concentration des individus dans certains espaces, compétition accrue ou exposition plus forte aux prédateurs. Autrement dit, ces résultats montrent surtout une redistribution de l’activité dans le temps et dans l’espace, sans permettre de conclure que l’éclairage artificiel est, en soi, favorable ou défavorable.

Chez les crapauds, l’extinction partielle reste une solution partielle

Crapaud épineux (_Bufo spinosus_)
Le crapaud épineux (Bufo spinosus). Frank Vassen, CC BY

Chez le crapaud épineux (Bufo spinosus), un amphibien surtout actif la nuit, l’extinction partielle de l’éclairage atténue certains effets de la lumière artificielle, sans recréer pour autant les conditions d’une nuit réellement sombre.

Le crapaud épineux est une espèce commune dans le sud et l’ouest de la France, fréquemment présente à proximité des zones habitées, y compris en contexte urbain et périurbain. Chez son espèce sœur très proche, le crapaud commun (Bufo bufo), la lumière artificielle nocturne est déjà connue pour affecter le comportement, la physiologie et même l’expression des gènes dans les cellules : plus de 1 000 gènes dysfonctionnent lorsque les animaux sont soumis à une faible intensité lumineuse la nuit ! Or, chez ces animaux, l’activité est souvent plus marquée en début de nuit, ce qui laisse penser qu’une extinction partielle de l’éclairage en cœur de nuit ne peut, au mieux, qu’en atténuer les effets.

Qu’appelle-t-on « expression des gènes » ?

  • L’expression des gènes correspond à la manière dont un organisme « active » ou « désactive » certains gènes selon le moment, l’environnement ou l’état dans lequel il se trouve. Tous les gènes ne fonctionnent pas en permanence. Selon qu’il fait jour ou nuit, qu’un animal est au repos, en activité ou soumis à un stress, certains gènes sont davantage mobilisés que d’autres. Cela permet notamment de produire les molécules nécessaires au fonctionnement de l’organisme. Dire que la lumière artificielle peut modifier l’expression des gènes signifie donc qu’elle ne change pas seulement le comportement visible des animaux : elle peut aussi affecter leur fonctionnement biologique en profondeur.

Nous avons testé cette hypothèse expérimentalement chez des individus issus de l’une des zones les moins exposées à la pollution lumineuse dans l’ouest de la France – en Mayenne et dans l’Orne. Trois groupes ont été constitués : un groupe maintenu dans l’obscurité naturelle, un groupe exposé à une faible lumière toute la nuit (0,5 lux) et un groupe soumis à une extinction de l’éclairage entre 23 heures et 5 heures, mais avec cette même intensité lumineuse de 0,5 lux le reste de la nuit. Après au moins neuf jours d’exposition, nous avons suivi l’activité de mâles par vidéo au cours de la nuit.

La distance parcourue a peu varié selon les traitements, sans doute en partie à cause du dispositif expérimental. En revanche, un résultat ressort nettement : plus les crapauds sont exposés longtemps à la lumière, plus ils passent de temps dans leur refuge. Les individus soumis à une extinction partielle de l’éclairage occupent une position intermédiaire entre ceux placés dans l’obscurité et ceux exposés toute la nuit. C’est aussi le seul groupe à montrer une reprise de l’activité après le rallumage de 5 heures du matin.

Pour un crapaud, cela peut avoir des conséquences très concrètes : passer plus de temps caché, c’est potentiellement disposer de moins de temps pour chercher de la nourriture, trouver un partenaire ou se déplacer vers un autre site. Le regain d’activité observé au moment du rallumage pourrait aussi représenter un coût en énergie ou une source de stress. L’extinction partielle de l’éclairage réduit donc certains effets comportementaux, mais elle ne semble pas équivalente, pour ces animaux, à une nuit non éclairée.

Nous ne savons pas encore si cette atténuation se traduit aussi par une réduction des effets physiologiques ou génétiques de la lumière artificielle. Il reste également à mieux comprendre l’impact d’un changement brutal d’intensité lumineuse, au moment de l’extinction comme du rallumage.

Un constat commun : l’importance des moments clés de la nuit

Il serait excessif de conclure que l’extinction partielle de l’éclairage est inutile. Mais nos résultats rappellent qu’elle reste avant tout pensée en fonction des usages humains de la nuit – quand les espaces publics sont moins fréquentés et la circulation plus faible – plutôt qu’en fonction des moments où la lumière influence le plus les êtres vivants.

Dans nos trois études, ce sont justement les extrémités de la nuit qui apparaissent décisives. Chez le rouge-gorge, maintenir de la lumière au crépuscule et à l’aube suffit à entretenir des décalages d’activité, même lorsque l’éclairage est coupé au cœur de la nuit. Chez le petit molosse, avancer l’extinction du soir réduit l’effet de la lumière en début de nuit mais non en fin de nuit si le rallumage matinal reste inchangé. Chez les crapauds, le rallumage en fin de nuit relance l’activité alors qu’elle devrait plutôt diminuer. Dans les trois cas, le constat est le même : pour être efficace, une extinction partielle doit coïncider avec les périodes où les espèces sont les plus sensibles à la lumière et produire une baisse réellement perceptible de la luminosité.

Enfin, parler d’extinction comme d’un simple retrait de lumière peut être trompeur. Cette modalité de gestion de l’éclairage public impose aussi des transitions artificielles brutales – allumage, extinction, rallumage – qui peuvent perturber les organismes. Une extinction en milieu de nuit, ce n’est donc pas seulement moins de lumière : c’est aussi une autre manière de découper artificiellement la nuit.

Quelles implications pour l’action locale ?

Ces résultats ne livrent pas, bien sûr, de recette unique. Mais ils suggèrent trois leviers si l’on veut que l’extinction partielle de l’éclairage apporte aussi un bénéfice à la biodiversité.

D’abord, ajuster les horaires autour du crépuscule et de l’aube, souvent décisifs pour les rythmes et l’activité des espèces. Ensuite, réduire la lumière qui déborde des zones encore éclairées – rues adjacentes, enseignes, éclairages privés – pour que l’extinction se traduise par une baisse réelle de luminosité. Enfin, adapter la stratégie d’éclairage selon les lieux – centre-ville, quartiers résidentiels, abords d’espaces naturels – plutôt que d’appliquer partout la même règle.

Ces décisions d’aménagement gagnent à s’appuyer à la fois sur l’expertise écologique et sur l’expérience des habitants pour repérer les lieux et les horaires sensibles, arbitrer en transparence, puis ajuster les choix au vu des retours et des observations.

The Conversation

Samuel Challéat est coordinateur de l'Observatoire de l'environnement nocturne du CNRS, directeur du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS, et directeur adjoint de l'UMR 5602 GÉODE. Il a reçu des financements du Parc national de La Réunion et de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS.

Jean Secondi est membre du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS.

Kévin Barré est membre de l'Observatoire de l'environnement nocturne du CNRS et du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS. Il a reçu des financements du Parc national de La Réunion et de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS.

Laurent Godet est membre de l'UMR 6554 LETG, de l'Observatoire de l'environnement nocturne du CNRS et du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS. Il a reçu des financements du Parc national de La Réunion, de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS et de la Fondation de France dans le cadre du projet LARN.

Léa Mariton est membre de l'Observatoire de l'environnement nocturne du CNRS et du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS. Elle a reçu des financements du Parc national de La Réunion et de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS.

Thierry Lengagne est membre du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS.

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04.05.2026 à 16:24

Que sait-on des hantavirus soupçonnés d’être responsables du décès de trois passagers d’un bateau de croisière ?

Thomas Jeffries, Senior Lecturer in Microbiology, Western Sydney University

L’OMS soupçonne une épidémie d’hantavirus sur un bateau de croisière dans l’Atlantique, des virus à l’origine d’une maladie rare mais potentiellement mortelle, transmise à l’humain par des rongeurs.
Texte intégral (1531 mots)

Le 3 mai 2026, selon les informations communiquées par l’Organisation mondiale de la santé, trois personnes sont mortes à bord d’un bateau de croisière sur l’océan Atlantique. L’OMS suspecte une épidémie provoquée par un hantavirus, une famille de virus qui peuvent, de manière exceptionnelle, être transmis à l’humain par des rongeurs et provoquer des syndromes pulmonaires et hémorragiques, potentiellement mortels.


Trois personnes sont décédées à la suite d’une épidémie présumée d’hantavirus sur un bateau de croisière au milieu de l’océan Atlantique. Au moins un autre passager est en soins intensifs en Afrique du Sud.

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux dimanche 03 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé ces décès et indiqué que cette maladie rare à hantavirus avait été confirmée en laboratoire dans un des cas. Les autorités enquêtent actuellement sur cinq autres cas suspects parmi les passagers du MV Hondius.

Alors, qu’est-ce-que la maladie à hantavirus ? Et pourquoi peut-elle se révéler mortelle ?

Au fur et à mesure que l’enquête avance, voici ce que nous savons.

Que sait-on sur les hantavirus ?

Les hantavirus provoquent des syndromes pulmonaires rares mais graves et peuvent aussi entraîner des hémorragies sévères et de la fièvre, sachant qu’une maladie à hantavirus peut être mortelle.

(Ces virus quand ils sont zoonotiques causent chez l’humain deux types de syndromes, indique l’Institut Pasteur : soit une fièvre hémorragique avec syndrome rénal causée principalement par des hantavirus de l’Ancien Monde, soit un syndrome cardiopulmonaire causé essentiellement par des hantavirus du Nouveau Monde. Les deux syndromes peuvent être provoqués par une même espèce virale. C’est une maladie relativement rare dans certains pays – une centaine de cas hospitalisés détectés en moyenne en France annuellement et de l’ordre d’une cinquantaine par an aux États-Unis –, mais plus fréquente dans d’autres – plusieurs centaines à milliers de cas par an en Allemagne et Scandinavie, ndlr.)


À lire aussi : Qu’est-ce qu’une zoonose ?


Le virus est transmis par des rongeurs, tels que les souris et les rats, principalement par l’urine et les excréments des animaux infectés.

En général, les hantavirus ne se transmettent pas d’un humain à un autre, sauf dans de rares cas.

On estime qu’il y a chaque année, dans le monde, entre 150 000 et 200 000 cas d’infection par des hantavirus.

Ils sont moins contagieux que les virus transmissibles par voie aérienne tels que le Covid et les virus influenza (les virus influenza transmettent la grippe, ndlr), car ils ne se transmettent généralement pas d’une personne à l’autre.

Qu’est-ce qui rend ces hantavirus mortels ?

Il existe deux principaux types d’hantavirus, chacun présentant des symptômes différents.

Le syndrome pulmonaire à hantavirus, qui touche les poumons, est principalement présent aux États-Unis. Si une personne est infectée par ce type d’hantavirus, elle présentera probablement, en l’espace de quelques jours, une toux et un essoufflement.

À mesure que la maladie progresse, des symptômes tels que la fatigue, la fièvre et des douleurs musculaires peuvent apparaître. Des maux de tête, des vertiges, des nausées, des vomissements et des douleurs abdominales peuvent également survenir. Il s’agit de la souche la plus mortelle du hantavirus. Malheureusement, environ 38 % des personnes qui présentent ces symptômes décèdent des suites de la maladie.

La fièvre hémorragique avec syndrome rénal est principalement présente en Europe et en Asie, mais la souche connue sous le nom de « virus de Séoul » s’est propagée dans le monde entier. Cette forme d’hantavirus touche principalement les reins.

Les personnes développent généralement des symptômes dans les deux semaines qui suivent l’exposition au virus. Les premiers symptômes comprennent des maux de tête intenses, des douleurs abdominales, des nausées et une vision trouble. Les symptômes plus avancés comprennent une tension artérielle basse, des hémorragies internes et même une insuffisance rénale aiguë. Cette maladie peut être causée par différents virus, dont certains sont plus mortels que d’autres, ce qui signifie qu’entre 1 % et 15 % des cas peuvent être mortels.

Malheureusement, il n’existe aucun traitement spécifique ni aucun remède contre aucun des deux types d’hantavirus. Toutefois, une prise en charge médicale précoce peut augmenter les chances de survie du patient. Cela peut inclure le recours à des respirateurs, l’oxygénothérapie et la dialyse.

Concernant le bateau de croisière, les autorités poursuivent leurs investigations afin de déterminer à quel type de hantavirus les passagers ont été exposés.

Comment le virus s’est-il retrouvé sur un bateau de croisière ?

Dans un environnement clos tel qu’un bateau de croisière, les passagers auraient pu contracter un hantavirus de deux façons.

Selon une première hypothèse, ils auraient été exposés au virus lors d’une excursion à terre.

Autre hypothèse : des rongeurs auraient pu s’introduire à bord du navire dans la cargaison, puis transmettre la maladie aux passagers par le biais de leur urine ou de leurs excréments contaminés. D’autres facteurs, tels que les normes d’hygiène et les pratiques de stockage des aliments, ont peut-être contribué à accélérer la propagation de l’infection.

Pour endiguer cette épidémie présumée, les autorités doivent d’abord s’assurer que tous les rongeurs sont capturés en toute sécurité et retirés du navire. Elles doivent ensuite surveiller l’ensemble des passagers afin de détecter d’éventuels symptômes liés à une infection par hantavirus. Le virus est diagnostiqué à l’aide d’un test PCR, similaire à ceux utilisés pour diagnostiquer des virus tels que le Covid.

Sachant qu’il n’existe aucun traitement spécifique contre cette maladie, les autorités doivent aider les passagers infectés à gérer leurs symptômes. Cela implique de vérifier qu’ils respirent normalement et que leurs reins fonctionnent correctement.

Alors, faut-il s’inquiéter ?

Bien qu’ils soient préoccupants, les cas d’infections par des hantavirus restent extrêmement rares. Cependant, comme la maladie à hantavirus peut présenter des symptômes similaires à ceux d’autres affections respiratoires, il est recommandé de toujours consulter un médecin si vous présentez des symptômes.

Si vous avez séjourné dans des régions où ce type de virus est présent et que vous souffrez d’essoufflement, de fièvre ou de tout autre symptôme qui ressemble à un syndrome grippal, consultez votre médecin traitant.

The Conversation

Thomas Jeffries ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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04.05.2026 à 16:20

Are we really programmed to be lazy?

Nathalie André, Maitre de Conférences en Sciences du sport, Université de Poitiers

Do people have a natural aversion to putting in the effort or wasting effort?
Texte intégral (1086 mots)

For decades, psychology and neuroscience have suggested that if humans and animals naturally try to make as little effort as possible, it is because putting in the effort is not enjoyable.

Another possible interpretation: is that it’s not the actual effort that individuals avoid, it’s the effort wasted – effort that leads you nowhere or whose benefits do not justify putting in the effort. This vision is explored in a recent article I co-wrote with Roy Baumeister at Harvard University, Guido Gendolla at the University of Geneva, and Michel Audiffren from the University of Poitiers and published in 2026 in Neuroscience & Biobehavioral Reviews.

Let me explain:

How did we come to pinpoint that it’s effort-wasting that people avoid rather than actual effort?

To support our thesis, we conducted a critical, two-pronged synthesis of the scientific literature. First looking at child development. We thought that, if the effort was intrinsically unpleasant, effort rejection should be observed very early in development.

Infants and young children do not show any spontaneous aversion to effort: they engage in it freely, associate pleasure with satisfaction, and only learn how to spare their efforts gradually. The example of 10-month-olds is particularly striking: after watching an adult persevere in a difficult task, they themselves redouble their efforts to solve a problem.

Later on, at around 6 years old, children smile more after achieving something difficult than when something is easy – as if the acutal resistance involved added value to their success. If effort were intrinsically aversive, none of this would be possible.

Secondly, we focused on studies of the “least effort principle” in animals and adults. The preference for the least costly path in terms of effort emerges only when the rewards are strictly equivalent – and disappears as soon as the benefits justify the investment.

Better still, several studies show that people prefer to actively engage in a task rather than remain passive, and that busy people are happier than idle people, even when they are forced to be active.

Why is this so important?

This shift in perspective is transforming our understanding of human motivation. It makes it possible to solve what some call the “paradox of effort”: if there is indeed a biological law of “least effort”, then how can we explain why millions of people voluntarily engage in demanding activities such as extreme sports, learning an instrument, lengthy studies – and find them enjoyable?

If effort is perceived as a neutral cost (i.e. neither positively nor negatively balanced), comparable to spending money, then it becomes logical that people agree to put in the effort when it pays off.

This approach reinstates human beings as agents capable of evaluating and making decisions, rather than as an organism perpetually battling against a biological repulsion to action. It also makes it possible to better distinguish between ordinary situations of disengagement – when faced with something deemed unfavourable – and pathological cases, where a real aversion to effort may arise.

In the second case, such resistance to effort is based on well-identified neurobiological mechanisms, notably a reduced activity of the dopaminergic system.

Dopamine plays a central role in motivation in this respect: it strengthens the sense of reward and stimulates the pursuit of goals. When dopamine is lacking, effort becomes truly unpleasant and the desire to engage withers away.

What should be the next steps for this research?

Several questions remain open.

It is still unclear in what conditions some people develop a real aversion to effort and which neurobiological mechanisms are involved. Dopamine function is often cited, but research has mainly focused on situations involving external rewards. However, few studies examine the intrinsic motivations behind actually seeking effort for the sake of it.

One practical question still stands: what if, rather than seeking to make tasks less burdensome in schools, at work, and in care sectors – we primarily sought to make them more justified and useful in the eyes of those who are required to do them? This could make all the difference.


The Research Brief is a short, three-minute take on interesting academic work with context and commentary from the academics themselves.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Nathalie André ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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04.05.2026 à 16:16

Corse : aux racines de la violence politique des années FLNC

Jean-Paul Pellegrinetti, Professeur, histoire contemporaine, Université Côte d’Azur

En Corse, il y a cinquante ans naissait le FLNC. Comment expliquer l’irruption de violence politique qui a frappé l’île jusqu’aux années 2000 ?
Texte intégral (1962 mots)

Il y a cinquante ans, le 5 mai 1976, naissait le Front de libération nationale de la Corse, FLNC. Comment expliquer l’irruption de violence politique qui a frappé l’île jusqu’aux années 2000 ?


À la fin du XIXe siècle, l’économie agricole de la Corse s’effondre et l’île ne prend pas le tournant de la révolution industrielle. Pour beaucoup, le départ vers les colonies devient une échappatoire à la misère. Durant l’entre-deux-guerres, 230 000 Corses ou leurs enfants sont établis ou en service en outre-mer. Pendant les années 1960, la Corse reste la grande oubliée des Trente Glorieuses. Cette situation est à l’origine de la contestation portée par de nouvelles générations qui dénoncent la persistance d’un clanisme qui a sclérosé la vie politique. À cela vont s’ajouter les répercussions de l’indépendance algérienne et l’effondrement d’un empire colonial qui permettait d’accéder aux emplois de la fonction publique.

Déçue par l’absence de perspectives politiques, une partie de la jeunesse militante adopte progressivement la lutte armée comme mode d’action.

La fin de la guerre d’Algérie

Face au sous-développement économique qui prévaut sur l’île, un plan d’action régional propose, en 1957, une stratégie de relèvement économique adaptée aux impératifs de la construction européenne. Ce plan repose sur deux sociétés d’économie mixte, la société de mise en valeur de la Corse (Somivac) et la société d’équipement touristique de la Corse (Setco).

En 1962, avec l’indépendance de l’Algérie, 17 500 rapatriés non corses s’installent sur l’île et bénéficient des aménagements de ces sociétés alors que les Corses sont tenus à l’écart. Comme l’explique l’historien Didier Rey, des frustrations naissent donc avec l’arrivée des rapatriés d’Algérie, porteurs d’une certaine forme de modernité. Les Corses se sentent sacrifiés, dépossédés du développement et, même, déracinés sur leur propre sol.

En 1965, des premiers attentats à l’explosif – non revendiqués – visent alors les « Pieds-noirs », la Somivac ou des complexes touristiques. Sur un fond de sentiment de spoliation, se constituent, autour des frères Edmond et Max Simeoni, les bases d’une revendication politique régionaliste, avec la création, en 1967, de l’Action régionaliste corse (ARC).

Aléria : un événement fondateur

Au début des années 1970 s’effectue en Corse le passage du régionalisme à l’autonomisme. La période correspond au Riacquistu, c’est-à-dire à la réappropriation de la langue, de la culture, de l’identité, de l’histoire, des expressions artistiques et culturelles ou encore des savoir-faire. Des combats à la fois politiques, culturels (création de groupes musicaux) ou écologiques sont menés. Notamment la lutte contre les « boues rouges » de la société italienne Montedison ou contre les projets d’essais nucléaires que le général de Gaulle veut mener sur le site d’anciennes mines en Balagne (Haute-Corse).

En janvier 1973, l’« Appel de Castellare » scelle l’acte de naissance du nationalisme corse dont les premiers mouvements clandestins, le Fronte Paesanu Corsu di Liberazione (FPLC) (créé le 8 octobre 1973) ou Ghjustizia Paolina, sont directement issus, à côté d’autres mouvements.

Dans la nuit du 3 au 4 janvier 1974, la Corse connaît sa première « nuit bleue » marquée par une vague d’attentats. Le 22 mars de la même année, à la veille de la visite du premier ministre Pierre Messmer, le groupe Ghjustizia Paolina fait exploser un avion sur l’aéroport de Bastia-Poretta. La violence politique fait ainsi son apparition dans l’histoire contemporaine insulaire et s’y installe pour des décennies. Durant l’année 1975, quelque 226 attentats sont comptabilisés.

En août 1975, des militants de l’Action pour la renaissance de la Corse (ARC), avec à leur tête Edmond Simeoni, occupent les armes à la main une cave viticole d’un rapatrié à Aleria pour dénoncer le scandale de vins frelatés dont la Corse est victime. Mais l’opération se termine dans le sang : le ministre de l’intérieur Michel Poniatowski décide d’employer la force. Deux gendarmes sont tués et un militant de l’ARC est grièvement blessé. L’événement marque le début d’une période de tensions politiques et de violences entre la Corse et l’État.

La création du FLNC

À la fin de l’année 1975, des discussions ont lieu entre les diverses organisations clandestines et conduisent à une unification. Le 5 mai 1976, est signé la naissance du Front de libération nationale de la Corse (FLNC). Il constitue un tournant du processus de radicalisation, dans les discours et dans les actes.

Sa création est annoncée par une spectaculaire vague d’explosions dans les principales localités de l’île, mais aussi à Nice, à Marseille et à Paris. D’autres vont suivre. On en comptabilisera plus de 300 en 1976, et jusqu’à 438 en 1980.

Pour marquer le premier anniversaire de son existence, en mai 1977, le FLNC publie son Livre vert. La Corse est présentée comme une colonie victime de l’oppression exercée par la France et ses relais locaux que sont les clans. L’indépendance doit permettre à la Corse de mettre fin à cette situation. La dynamique s’inscrit dans un contexte intellectuel marqué par les luttes tiers-mondistes et les références à la guerre d’Algérie.

Durant cette période, la violence s’intensifie et les « nuits bleues » se succèdent accompagnées par des slogans comme « IFF », (I Francesi Fora, « les Français dehors »), ou encore « la valise ou le cercueil ».

Cette radicalisation s’explique en partie par des facteurs socioéconomiques. La crise économique des années 1970, marquée par la montée du chômage et le déclin de certains secteurs clés, accentue le sentiment de marginalisation ressenti dans l’île, notamment dans les milieux modestes ou précarisés.

Dérives et ambiguïtés de l’État

Face à cette montée de la violence clandestine, l’État adopte une stratégie ambivalente. D’un côté, il affirme son autorité par des opérations policières ponctuelles et spectaculaires ; de l’autre, il semble tolérer l’émergence de groupes « contre-terroristes », à l’image de l’organisation Francia, le Front d’action nouvelle contre l’indépendance et l’autonomie créé en 1977. Opposé aux nationalistes, le groupe mène des attentats contre des militants nationalistes. Son existence contribue à instaurer un climat de violence généralisée, où les frontières entre légalité et illégalité deviennent floues. Francia entretient des liens troubles avec des milieux politiques ou administratifs, ce qui alimente les soupçons de collusion avec l’appareil d’État.

Cette situation engendre une profonde défiance au sein de la population, qui perçoit une justice à deux vitesses où les violences des groupes antinationalistes semblent rarement sanctionnées.

L’affaire Bastelica-Fesch, en janvier 1980, constitue l’aboutissement de ces tensions. Une tentative d’action menée par Francia dans le village de Bastelica (Corse-du-Sud) déclenche une réaction en chaîne, aboutissant à une prise d’otages et à un siège spectaculaire d’un hôtel à Ajaccio. L’intervention des forces de l’ordre, marquée par des affrontements violents, entraîne la mort d’un CRS ainsi que celle de deux civils, complètement étrangers aux événements. La condamnation des dérives de l’État est unanime, d’autant que le gouvernement français reste muet.

En 1981, la gestion judiciaire de l’affaire renforce ce sentiment. Les responsables des violences liées aux réseaux parallèles bénéficient d’un traitement clément, tandis que les militants nationalistes sont lourdement condamnés. Ils bénéficieront un an plus tard de l’amnistie accordée par le président François Mitterrand. Néanmoins, cette inégalité va contribuer à légitimer, dans certains milieux, le recours à la violence comme forme de résistance.

Triomphe du nationalisme

Après une guerre fratricide et violente menée durant quelques années entre différentes branches nationalistes, les années 2000 voient le vote nationaliste gagner progressivement du terrain lors des scrutins électoraux. Finalement, cinquante ans après la naissance du FLNC, ce sont les autonomistes – pour qui l’avenir de l’île doit passer par le rejet de la violence – qui prennent le dessus dans la vie politique insulaire.

Comme l’explique le politologue Andria Fazi, les résultats électoraux de 2017 attestent une « mainstreamisation » du vote nationaliste, capable désormais d’attirer des citoyens issus de tous bords politiques.

Lors des élections territoriales de juin 2021, Gilles Simeoni, président sortant de l’exécutif corse, obtient la majorité absolue, sans alliance avec d’autres listes nationalistes, et choisit l’autonomie comme l’une de ses priorités politiques.

The Conversation

Jean-Paul Pellegrinetti ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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