04.04.2026 à 18:50
aplutsoc2
Suite à la publication ce matin du commentaire de VP sur la conférence de Porto Alegre, qui comportait plusieurs autres articles en liens, nous avons reçus les remarques du camarade John Reimann, d’Oakland Socialist (Californie), dans le forum faisant suite à l’article, une information précise d’un camarade sur la place des fascistes islamistes iraniens dans la conférence, et le récit du camarade Alfons Bech, militant révolutionnaire et syndicaliste en Catalogne, qui s’est rendu à la conférence.
Ci-dessous, nous reproduisons l’information communiquée ainsi que le récit d’Alfons, suivis de quelques commentaires de notre part.
1°) Les mollahs à Porto Alegre :
Il est remarquable que personne ne parle de la présence d’un agent d’influence de la republique islamique d’Iran qui selon le site Resumen Latinoamericano « a reçu une ovation debout…. Le chef religieux a démontré comment l’impérialisme américain harcèle et attaque la République islamique depuis des années, ajoutant que son peuple est parfaitement conscient de la nature des attaques de ses ennemis »
[note de la rédaction : le texte exact, qui se trouve vers la fin de l’article en lien ci-dessus, dit précisément que Hossein Khaliloo, « dirigeant religieux » du « Centre Imam Al Mahdi pour le dialogue au Brésil », l’une des principales représentations officieuses du régime des mollahs en Amérique latine, a été « chaleureusement applaudi », en plénière, « de même » que « l’ovation debout » reçue par le représentant du gouvernement cubain.]
Son turban blanc dégoulinait du sang du peuple iranien.
Sur facebook un participant a dit avoir vu des tracts de soutien aux mollahs distribués – à sa grand colére » … et bien j’y étais et ai été très choqué par l’absence de ce sujet lors des débats ! j’ai reçu a la sortie de l’un d’eux un tract de soutien au régime iranien que j’ai en ma possession sans que personne n’ai à redire. Tout ennemi des États Unis est considéré comme un ami. Lors de la cérémonie de clôture Manon Aubry pourtant à la tribune n’a pas dit un mot sur le sujet. Seul le représentant du PSOL hélas a abordé le sujet ; très bien d’ailleurs, tout ceci est filmé et enregistré et peut être donc vérifié…. on se croit en 1936 : motus et bouche cousue sur les procès de Moscou dans les réunions antifascistes ! »
.2°) Le récit du camarade Alfons Bech :
Notes sur la première Conférence internationale antifasciste de Porto Alegre.
Ces notes ne constituent pas encore un bilan définitif, mais seulement des considérations initiales. Seule la collaboration de l’ensemble des camarades qui ont participé et soutenu l’intervention des camarades ukrainiens, à commencer par eux-mêmes, nous permettra d’avoir une vision complète.
Nous avons déclaré dans la résolution préparatoire : « L’ENSU a décidé de mener la lutte contre le campisme partout où il y a une opportunité de convaincre des secteurs des syndicats, des partis ouvriers et des associations paysannes, des ONG ou des pacifistes non poutinistes, et la conférence antifasciste de Porto Alegre est l’une de ces opportunités, au-delà des raisons de sa convocation. Pour cette lutte, la meilleure formule est de garantir que la voix des syndicats et de la gauche politique d’Ukraine soit entendue. »
De ce point de vue, la participation des camarades a été un fait clairement positif. Outre notre atelier, qui a bénéficié d’une forte présence, le camarade Vasyl est intervenu dans un autre atelier où Eric Toussaint lui a demandé de prendre la parole. Même si la parole n’était pas donnée lors des séances plénières, la présence des camarades ukrainiens, tout comme celle des opposants socialistes russes, a été mise en avant par des membres du MES, en particulier lors de la clôture finale de la conférence assurée par Roberto Robaina. Ils ont également pu avoir des conversations avec des militants du Brésil et d’autres pays. Et ils ont donné des interviews et tourné des vidéos qui sont en train d’être diffusées parmi les organisations de gauche.
Je sais que lors de certaines conférences, il y a eu une intervention ouvertement pro-Poutine. Cependant, mon impression est que les secteurs les plus pro-Poutine ont été freinés. Deux vieux militants politiques et syndicaux que je connais ont écrit un livre défendant des thèses pro-Poutine sans avoir la moindre idée de l’Ukraine. J’ai rencontré l’un d’eux à plusieurs reprises avant la conférence pour qu’ils viennent écouter nos camarades ukrainiens. Mais ils n’ont pas été capables de le faire, alors qu’ils avaient écrit un livre ! Une lâcheté politique. Cela montre à quel point le campisme a été plutôt sur la défensive lors de cette conférence.
Pour moi, le plus important est qu’un pas en avant a été fait dans l’unité et la coordination de ces syndicalistes, partis et personnes qui, en Amérique, étaient déjà en faveur de l’Ukraine. Et qui sait, des nouveaux. Je pense que ce pas en avant ouvre une nouvelle étape de collaboration entre les partis, les syndicalistes et les personnes d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. Et entre eux et l’Europe. Savoir qu’il existe des acteurs qui défendent des positions identiques ou similaires en faveur de l’Ukraine et de sa classe ouvrière, et agir ensemble autour de cette conférence, adopter ensemble une même résolution, c’est un pas qualitatif par rapport à la situation antérieure à la conférence.
Organisées à partir de là qu’il faut maintenant aller de l’avant avec les trois décisions prises à la fin de la conférence : a) créer un groupe Google des participants à l’atelier, organisations et personnes, pour rester en contact avec les camarades, les actualités et les campagnes en Ukraine ; b) échanger les articles et rapports que nous rédigerons sur la conférence en rapport avec l’Ukraine ; c) participer aux réunions mensuelles organisées par l’ENSU à une heure convenable pour l’Amérique, le premier samedi de chaque mois.
Pour finir, concernant le contenu de l’appel final adopté. Le document indique très clairement que le principal ennemi des peuples et de la classe ouvrière mondiale est l’impérialisme américain, ce qui est juste. Mais en tant que document international, il est à mon avis faible et souffre des mêmes défauts que le premier : ne pas appeler les choses par leur nom, ne pas relier la montée du fascisme au rôle des États impérialistes les plus agressifs et ne pas mentionner explicitement la Russie comme l’un d’entre eux. Partant de là, le soutien aux résistances et au droit à l’autodétermination des nations opprimées est vide de sens. ENSU n’a pas signé le premier appel car il ne mentionnait pas et ne prenait pas position contre la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Celui-ci ne le mentionne pas non plus et, par conséquent, je pense qu’il ne répond pas à notre lutte, même s’il intègre l’aspect de la lutte contre tous les impérialismes. Ce n’est que sur ce point qu’il améliore le précédent.
L’appel final est donc un compromis entre le secteur cohérent de l’anti-impérialisme et d’autres qui ne le sont pas ou qui, voire, soutiennent politiquement les impérialismes russe et chinois contre le principal, celui des États-Unis. Un compromis peut-être inévitable compte tenu du rapport de forces entre l’internationalisme cohérent et ceux qui s’appuient sur des États ou des secteurs de la bourgeoisie (« l’ennemi de mon ennemi est mon ami »). Sur un continent où le campisme est encore majoritaire, toute action de front unique contre la montée du fascisme doit logiquement se faire entre les deux camps. Nous verrons dans les prochains mois si ce compromis sert à la mobilisation et à l’unité contre la droite et l’extrême droite. Espérons qu’il en soit ainsi. Quoi qu’il en soit, nous aiderons nos camarades américains.
Mais l’important n’est pas tant l’appel adopté en soi, mais le fait que le cadre de la conférence ait permis une avancée des forces les plus cohérentes, une coordination, un échange d’idées. Et un engagement à poursuivre ce combat lors des prochaines conférences antifascistes en Argentine et ailleurs. C’est ce que nous sommes allés faire à Porto Alegre et nous avons atteint cet objectif.
Alfons Bech
Porte-parole de l’ENSU [European Network for Solidarity with Ukraine] à la Conférence antifasciste de Porto Alegre
3 avril 2026
3) Quelques commentaires (VP)
Nous avons là deux aspects contradictoires et opposés de ce qui s’est passé à Porto Alegre. Rappelons que même dans un congrès syndical où la présence stalinienne (FSM), d’origine stalinienne (PCF), campiste-lambertiste (POI), campiste-gauchiste (LO) et populiste de gauche (LFI), était très forte, à savoir le congrès confédéral de la CGT en France tenu pendant la vague de manifestations en défense des retraites à Clermont-Ferrand au printemps 2023, il fut possible qu’une déléguée des Syndicats indépendants iraniens prenne la parole, ce qui fut un moment stratégique de ce congrès dont nous avions rendu compte. A Porto Alegre, ceci n’est pas possible : concernant l’Iran on ne donne pas la parole aux travailleurs mais aux représentants des tortionnaires !
Pourquoi ? Il faut ici se déprendre d’une idée convenue qui est en fait celle de militants d’extrême gauche occidentaux : parce qu’on est en Amérique latine, les gens de la base ne pourraient pas comprendre qu’on ne soit pas « que » contre l’impérialisme américain, et qu’on ne soutienne pas Poutine ou les mollahs.
Répétons le : c’est là du paternalisme empreint d’un certain racisme condescendant; totalement démenti par la réalité, y compris, dans l’organisation de Porto Alegre, par la présence clef de camarades brésiliens (le MES) et argentins qui ne sont nullement dupes du campisme, mais qui ont fait le calcul politique d’un front unique au moins momentané (?) avec lui. Nous avons des correspondants de base brésilien qui n’ont aucune illusion ni sur Poutine ni sur Maduro.
Les régimes répressifs latino-américains, celui, libertarien, de Milei en Argentine, celui, déjà le pire quant à la répression anti-ouvrière sous Maduro, du Venezuela, à présent vassalisé, celui « de droite » de Bukele ou « de gauche » d’Ortega, d’autres encore, se ressemblent dans la réalité concrète, et par delà leurs racines d’extrême droite ou prétendument de gauche radicale, ont tous un point commun : la marque de Trump, et la plupart du temps celle de Poutine en même temps, ou à travers celle de Trump. Les courants réactionnaires évangélistes à la base du bolsonarisme sont typiquement trumpo-poutiniens.
La répétition mortifère des schémas campîstes à Porto Alegre contribue, de ce fait, à la préparation des défaites dans la lutte des classes directes sur le terrain latino-américain ! L’excuse au campisme parce qu’on serait chez les latinos, les indios et les descendants d’esclaves, ça suffit, c’est un argument alibi de courants politiques, pas une réalité profonde de la lutte des classes. Bien entendu, la haine envers l’impérialisme yankee et gringo est, elle, une réalité profonde, mais elle n’est en rien, surtout à l’ère de Trump et de Vance, un obstacle à la lutte commune aussi contre Poutine, bien au contraire elle la permet !
Or donc, Alfons qui est allé à Porto Alegre, est content. Il a une raison légitime de l’être, et une autre qui risque de le fourvoyer. La raison légitime, c’est bien entendu, comme on pouvait parfaitement s’y attendre, les contacts pris et certainement la richesse des rencontres interpersonnelles et humaines. Nous n’en doutons pas, et, oui, Alfons a raison, il faut faire fructifier cela : groupe Google; échanges d’articles, association des camarades sud-américains à l’ENSU. Evidemment !
Mais attention : est-ce que cela se fait grâce au « cadre » de Porto Alegre ou à travers lui et au fond malgré lui ? Alfons semble considérer que le « cadre » lui-même fournit la base pour avancer, le cadre de la dite « première conférence antifasciste internationale »‘. Soyons nets : situer l’action internationaliste non campiste DANS ce cadre, c’est au mieux l’échec ASSURE, au pire l’enrégimentement en alibis de forces de classes ennemies.
Ainsi, Alfons présente en fait, sans s’en rendre compte, l’appel final de deux façons différentes : il commence par dire qu’il est « juste » de dire que l’impérialisme américain est le « principal ennemi ». Désolé, mais cette affirmation aujourd’hui ne veut rien dire : elle ne dit pas quelle orientation de l’impérialisme américain attaque les peuples, à savoir l’orientation trumpiste dans le cadre de la multipolarité impérialiste avec Poutine, et, pour l’instant, avec Xi Jinping – y compris le bombardement criminel de l’Iran se situe dans ce cadre là. Le fait que l’appel ne dise pas un mot ni sur Poutine, ni sur Xi, ni sur Modi, ni sur l’Ukraine, n’est pas l’expression d’un texte de compromis entre internationalistes et campistes, il est l’expression exclusive de la ligne 100% campiste, moyennant quelques manoeuvres qui ne sont pas des compromis, de l’appel final.
Plus concrètement encore qu’à propos d’un grand texte déclaratif, le récit sincère, vivant et honnête d’Alfons nous donne à voir de manière pratiquement physique comment cela se passe. Alfons écrit : « Outre notre atelier, qui a bénéficié d’une forte présence, le camarade Vasyl est intervenu dans un autre atelier où Eric Toussaint lui a demandé de prendre la parole. Même si la parole n’était pas donnée lors des séances plénières, la présence des camarades ukrainiens, tout comme celle des opposants socialistes russes, a été mise en avant par des membres du MES, en particulier lors de la clôture finale de la conférence assurée par Roberto Robaina. »
En creux, nous comprenons donc ici que l’universitaire et pontife de l’altermondialisme Eric Toussaint, n’a pas permis que puissent intervenir en plénière des représentants de syndicats de masses dont les membres affrontent l’impérialisme russe les armes à la main sur le premier front armé antifasciste de la planète, en l’occurrence Vassyl Andreiev, responsable aux relations internationales de la FPU, mais seulement dans un des 150 « ateliers ». Fait qui doit être mis en relation avec l’organisation de la prise de parole du représentant du régime iranien, 6 semaines après la pire répression fasciste subie par la classe ouvrière, la jeunesse et les femmes, à l’échelle mondiale !
Le premier front antifasciste armé du monde silencié et relégué, la pire répression fasciste du monde passée sous silence et cautionnée. Antifascisme ? …
Il y a là un choix qui caractérise le « cadre » d’une telle conférence. Cela ne vient pas des masses latinos mais des organisateurs brésiliens et européens.
Cela ne fait ni du MES, ni d’Alfons, des complices des mollahs ou de Poutine, cela va sans dire, mais c’est là une raison pour laquelle ils ne doivent pas se constituer partie prenante, c’est-à-dire prisonniers, d’un cadre politique qui défend les mollahs et Poutine et qui, par cela même, risque de contribuer à impuissanter la lutte des peuples latino-américains contre toutes les dictatures et menaces de ce continent. Ce n’est donc pas seulement la solidarité avec les Ukrainiens, mais bien la solidarité avec les peuples latino-américains, qui requiert l’organisation de l’internationalisme effectif EN DEHORS de tout cadre commun avec les campistes et les régimes fascistes qui sont derrière eux.
04.04.2026 à 10:07
aplutsoc2
Le 14 mars dernier, nous avons publié une présentation de la « conférence antifasciste » de Porto Alegre, faite par le MES brésilien, le courant du PSOL le plus véritablement internationaliste, en vue d’y faire venir les internationalistes, c’est-à-dire celles et ceux pour qui l’ennemi « fasciste » n’est pas désincarné mais s’appelle avant tout Trump et Poutine, et nous résumions les grandes lignes du débat suscité dans le RESU/ENSU à ce sujet.
La conférence a eu lieu, et même si un bilan précis des camarades du RESU/ENSU et des quelques ukrainiens et russes qui s’y sont rendus est attendu, l’essentiel est dès à présent tout à fait clair et confirme les craintes que l’on pouvait avoir. L’expérience a été faite : ce fut une grande messe dans laquelle les internationalistes anti-poutiniens furent poliment noyés et réduits au silence, non pas seulement de par la manière coutumière d’organiser ce type de rassemblement (à l’image de l’altermondialisme du monde d’avant 2022, dont un Eric Toussaint se veut, en quelque sorte, le pape), mais très délibérément.
L’appel final, jamais discuté ni voté et manifestement écrit avant même la conférence, nomme Trump et évoque l’existence aux Etats-Unis du mouvement « No Kings », un tout petit peu plus que dans la dernière mouture de l’appel initial : ce dernier datait d’avant le cycle de guerres déclenchées par Trump depuis début 2026. En étant généreux, on peut tenter de voir là une évolution …
Il était en effet impossible de ne pas se centrer quelque peu sur Trump, toutefois vite ramené à l’ « impérialisme américain » de toujours et toujours égal à lui-même. Et dans la suite du texte, fascisme et néolibéralisme sont largement confondus (ils sont bien entendu en rapport, mais toute rupture qualitative est ignorée).
Poutine reste l’innomé, en fait soutenu implicitement par les organisateurs. Pas un mot de solidarité pour le peuple ukrainien, dont les représentants furent poliment et folkloriquement relégués dans des « ateliers » périphériques. La seule solidarité précise sur laquelle il est fortement appuyé concerne Cuba, la Palestine et l’Iran, à savoir l’Etat iranien des mollahs contre la guerre des Etats-Unis et d’Israël : la plus grande répression fasciste ou fascisante des toutes récentes semaines, des dizaines de milliers de morts en Iran début janvier, est passée sous silence. Le soutien aux mollahs et le soutien à Poutine constituent la ligne de fond réelle, plus ou moins affichée, des organisateurs : elle n’a strictement rien d’antifasciste. Au contraire !
Cet indispensable bilan sans concessions ni illusions n’a rien de sectaire : il est clair que la masse des participants voulait absolument combattre contre le fascisme, pour la démocratie, l’écosocialisme et l’émancipation, et c’est précisément pour cela que la clarté est nécessaire. Divers articles, en nombre croissant, donnent bien des éléments, comme ceux d’Yvan Druri Zarin et de Sergio Bellavita repris ici sur le site du Réseau Bastille, le bilan nuancé d’un camarade ukrainien pour qui « il reste beaucoup à faire » pour construire un véritable internationalisme, la Gauche anticapitaliste de Belgique ayant regroupé également ces documents pour appeler à un débat en vue d’un bilan. Ceci s’impose en effet, et rapidement.
Quatre questions appellent des réponses précises.
Premièrement, cette conférence a-t-elle constitué un grand pas en avant dans la lutte antifasciste internationale, comme veut le croire Israel Dutra, du PSOL et du MES, qui, dans Inprecor, parle d’une « grande victoire politique » ? Était-ce là, comme il l’écrit aussi, « l’avant-garde » ?
On peut comprendre ce camarade qui a probablement investi bien des forces dans cette conférence et qui a lutté pour l’invitation d’ukrainiens et de russes, et l’on doit prendre en compte les regroupements et efforts organisationnels en cours au Brésil, mais …
Pour les camarades de la IV° Internationale ou beaucoup d’entre eux, les références à Lénine et à la III° Internationale ont sans doute quelques poids, alors donnons en une : rien ne ressemble plus à « Porto Alegre » 2026 que les conférences de reconstitution de l’Internationale socialiste, la « seconde », en 1919, ou de « l’Internationale deux et demi » un peu plus tard : là aussi, on se retrouvait dans l’amitié contre « le militarisme » en taisant l’union sacrée sous ses diverses formes nationales !
Bien qu’il faille le prendre avec quelque distance, avouons que le parallèle est frappant entre la volonté de refaire comme avant, en ce temps là comme avant 1914, à Porto Alegre comme avant 2022, le tout renforcé par le déni conscient ou inconscient de cette date, et de rester « tous ensemble », poutiniens, non-poutiniens, anti-poutiniens, dans le grand carnaval de l’affichage antifasciste et anti-impérialiste. Qui gagne dans cette partie de dupes ? Pas l’antifascisme.
Deuxièmement, Porto Alegre a-t-elle été un pas en avant du point de vue du combat actuel des peuples latino-américains ?
Les trois partis brésiliens qui ont été au centre de son organisation sont le PT au pouvoir, le PCdoB pro-Poutine et pro-mollahs, et le PSOL, le plus ouvert sur l’internationalisme effectif, mais tiraillé par de grands débats et de vraies contradictions sur ses rapports avec le gouvernement. Le PT lui-même reflète les contradictions de la ligne pro-Poutine de Lula qui ne peut plus continuer telle quelle, face à l’axe Trump-Poutine et aux formes prises en Amérique latine par l’offensive trumpiste, particulièrement la formation, au Venezuela, d’un régime compradore composé de 99% de l’appareil d’Etat et de l’appareil politique du ci-devant madurisme !
Inutile de dire que cette réalité latino-américaine fondamentale du moment présent, que tous les habitants du continent perçoivent ne serait-ce que par les millions et les millions de réfugiés vénézuéliens, n’a pas été éclaircie à Porto Alegre où les organisateurs se rangent aux côtés des gouvernants, cubains ou vénézuéliens, contre « l’impérialisme », même quand ces gouvernants le sont de moins en moins !
De ce point de vue, nous demandons à connaître le sort, s’il y en a eu un, des syndicalistes indépendants – même de culture stalinisante ! – du Venezuela notamment, à cette conférence. Quant aux iraniens, ils existent, mais il semble bien n’avoir jamais été invités.
Troisièmement, quel a été l’apport de la conférence à l’unité antifasciste pour empêcher tout retour de Bolsonaro ou des bolsonaristes au pouvoir au Brésil ? En fait, la venue au Brésil d’environ plusieurs milliers de militants du monde entier peut rasséréner les militants locaux, mais le contenu politique de la conférence n’a bien entendu apporté aucun éclaircissement aux tâches de l’heure : barrer la route au bolsonarisme demande en effet de combattre aussi le poutinisme et le trumpo-poutinisme, dont Bolsonaro est un soutien, et en même temps de défendre contre le gouvernement brésilien une politique de défense réelle des besoins sociaux et écologiques.
Quatrièmement, faut-il s’adapter aux militants et aux peuples d’Amérique latine ou d’autres parties du monde pour qui l’impérialisme et le fascisme ce sont forcément les Etats-Unis ? Cette question en appelle en fait une autre : ces militants et ces peuples ne se posent-ils pas de questions ? Ne voient-ils pas à l’œuvre le trumpo-madurisme au Venezuela, la violence coloniale russe contre-révolutionnaire et barbare au Mali, au Burkina, au Niger, en Centrafrique, au Soudan, la nature du régime au Nicaragua, ne voient-ils rien ? Bien sûr que non : en fait, la répétition comme un mantra que les « peuples du Sud » ne peuvent pas entendre une ligne anticampiste s’apparente quasiment à du paternalisme raciste, cherchant en réalité à bloquer les différentiations politiques en marche de Porto Alegre à Cotonou.
Par conséquent, dernière question : faire avancer la cause du véritable internationalisme peut-il se faire en cautionnant un cadre tel que celui de Porto Alegre, et les structures de coordination qui en sont issues et qui bien entendu vont organiser d’autres grandes messes en faisant en sorte que les flonflons étouffent toujours ce qui gêne les poutiniens parmi les organisateurs ? La réponse est bien entendu non, et cela ne signifie pas qu’il ne faut pas discuter avec les militants et prendre des contacts, bien au contraire.
Et nous ne doutons pas que bien des contacts et des discussions intéressants ont eu lieu à Porto Alegre, et qu’il faut en parler aussi, mais ceci ne doit pas cacher le bilan central : l’antifascisme, en dehors de l’affichage, a-t-il gagné quelque chose dans cette affaire ?
La vraie question est donc que le véritable internationalisme et le véritable antifascisme doivent prendre conscience d’eux-mêmes et ne pas se faire les suivistes des initiatives de ceux qui veulent perpétuer les oripeaux du vieux monde et ainsi se condamner à ne jamais grandir, mais prendre l’initiative eux-mêmes du regroupement, autour des réseaux pro-ukrainiens, des Iraniens, de no Kings, notamment. Il est là, l’antifascisme. Il doit s’assumer pour ce qu’il est et arrêter de vouloir suivre le carnaval du vieux monde.
Cela passe par la discussion, rapide, mais approfondie, sur la manière d’articuler les questions militaires – car la lutte antifasciste demande des armes, au sens propre – et la question du pouvoir. Objet de notre visio publique de ce mardi 7 avril à 18 h !
VP, le 04/04/2026.
04.04.2026 à 00:10
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03.04.2026 à 23:42
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03.04.2026 à 12:19
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01.04.2026 à 09:53
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01.04.2026 à 08:45
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31.03.2026 à 18:09
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31.03.2026 à 11:44
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31.03.2026 à 11:03
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29.03.2026 à 11:16
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27.03.2026 à 23:04
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23.03.2026 à 19:09
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23.03.2026 à 13:04
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